Le samedi 16 mars 2002

Le samedi 16 mars 2002
À CŒUR OUVERT
1-
Merveilleux moment chez Rioux-Cuillierier hier soir, rue Hutcheson, quand le couple a déployé devant nous une longue reproduction du « Rosa Luxembourg » de Riopelle qui vient de trépasser ! Je voulais démonter que ce n’est pas du tout une murale mais une juxtaposition de tableaux sur un même thème.
Grande beauté tout de même, suspendue aux quatre mains de os hôtes dans la salle à manger. Ces oies blanches aux contours soufflés, évanescents, par bombes… aérosols nous disaient : il est mort maintenant ! Un « in memoriam » de circonstance dans l’appartement chaud de Pierre-Jean. Chaud car encombré, bohémien, pas « design » du tout, Dieu merci, avec souvenirs aux murs sur des tables, caravansérail, foutoir visuel qui me convient tout comme chez les Sabourin, rue Clark, —présents hier soir, Diane et Jean-Guy S. furent entraînés dans un débat fou. Aile présidait notre débat. Thème survenu je ne sais plus comment : l’homosexualité, inné ou acquis ? Gène ou effet de culture ? Carole R., une psy, thérapeute émérite, se mit en frais de démolir, à Aile et moi, notre conviction que l’inversion sexuelle viendrait du bagage génétique, (pas une orientation due à la mère « qui voulait une fille », ou au père désirant aussi « une fille » et, encore moins, un choix), mais une fatalité de naissance.
Les arguments volaient dans l’odeur du bon café… après les bons jarrets de veau —recette de « calcination modéré » exotique— et rizoto avalés, arrosage de gorgotons avec bons vins rouges.
La présidente autoproclamée, Aile, plongeait volontiers dans le débat. Mon bonheur, on sait comme j’aime la polémique ! On s’enflamme. Trois pour l’ « inné » (Diane, Aile et moi ), trois pour « l’acquis » (P.Jean, Jean-Guy et le « docteur-Carole ») ! P.-J., volontiers « basique » court cherche un dico. Le ton monte. Injures en bordure. Frontière d’intolérance verbale. Des cris ! Piques et horions! Moi et le « Spooner » on finit par dire : « peut-être ». Voilà la bonne position. Si les chercheurs (CALIFORNIENS) en chromosomes déclarent bientôt: eureka !, c’est un gène l’homosexualité, on s’inclinera tous les deux. Si l’on conclut :c’est de l’acquis, c’est culturel, on s’inclinera aussi. Chercheurs cherchez !
En fin de soirée, les trois couples racontent la crainte des visites des voleurs : à l’Île Dorval (Oh !), les Sabourin, dans un rang au sud de Sutton, les Cuièllerier, à Sainte-Adèle, Aile et moi. Des petits bourgeois « à résidence secondaire » quoi, et qui craignent les vandales.
2-
Jeudi soir, bouffe à « La sirène » avec Josée, revenue de Salt Lake City sans compagnon… mormon et qui s’inquiète beaucoup d’une grève menaçante à la SRC (vote samedi, aujourd’hui). « J’ai besoin de tout mon salaire ! » C’est un vaste restau aux lumières à pleines salles (comme en Italie, ce qui nous surprenait, Aile et moi, en ’80) ! Proprios ? Des Grecs. Fruits de mer variés ! Pas trop chérant, rue Jean-Talon, à l’ouest de Rockland, —tout proche de notre pied à terre du Chemin Bates— ce « La sirène » offre de la pieuvre. Miam ! Un régal ! Mieux que les calmars, moins caoutchouté ! Clientèle de Ville Mont-Royal, beaucoup d’Israélites, Syriens, Grecs, Libanais, etc. Beaucoup de vieillards, femmes et hommes, silhouettes de richards calculateurs…Des enfants en masse. Un lieu animé, je vous jure. La fédéraste Lysiane Gagnon de La Presse s’amène. Raideur. Josée et Aile : « vous vous saluez pas, rien ? » Non. Ça pourrait mal tourner.
Un voisin de table fume, comme moi, des More au menthol, paquet vert, clin d’œil de connivence. Puis, debout, le fumeur : « Content de vous voir. J’admire votre franc parler. Bravo ! » Autre voisin : le riche Pédégé de Sogides, Pierre Lespérance. Nous causons un brin près du péristyle en rotonde à la décoraton « flashy » greco-moderniste. Souvenir :sa soeur , S., béguin fou, baisers volés —La jolie S. va à l’école de cet hurluberlu de « monsieur Tudon » (voir « Je vous dis merci »)— caresses derrière la gargote de papa. Nouvelle flamme quoi…—me voyez-vous beau-frère du Pédégé-Crésus aujourd’hui, éditeur important— et l’idée de changer de « blonde » mais la « fiancée » du moment surviendra : « Je suis enceinte, je sors de la pharmacie. » Oh ! Enterrement rapide du béguin en gestation, éloignement de cette …sirène… et réservation d’une date de mariage et vite !
3-
Avant « La sirène », suis allé dans le nouveau-Rosemont visiter ma quasi-jumelle, Marielle. Un plein sac de livres lus. Son contentement. Son Albert —sors-moé donc Albert— en forme. On croque des rouleaux de chou chinois, un Pernod, mon ancien « drink » familier, on regarde des photos du « Picola » où l’on fêtait Marielle en janvier. Offre d’un classeur à quatre tiroirs. Deux heures de jasette ad lib. Aile est à ses courses ave sa vieille Jetta.
Quand je quitte leur rue Ephrem-Longpré, l’horreur : miroir dans l’escalier, sur le trottoir, dans la rue, glace sur les autos, verglas partout. Gratte, gratte, gratte, et je finis par repartir vers « La sirène ».
Jeudi midi, courriel du Cardin qui veut raconter « son » Ahuntsic, il a découvert les J.N., l’« à coeur de jour » :
« Des parcelle de vie charmantes, l’impression d’être votre voisin, votre ami, quelqu’un qui partage votre vie » Justement ce que je voulais, ce que je souhaite. Content. Cardin me remercie encore de l’avoir secoué, encouragé, fouetté ( pas méchamment) et lui qui s’était dit « en panne », voilà qu’il m’imagine maintenant présent à son lancement. Parlez-moi de ça ! Une dame Tremblay, journaliste et mère de famille, voudrait mon aide en vue d’un bouquin où elle va défendre le beau rôle des femmes qui décident de « rester à la maison », d’élever des enfants. Je lui explique que je déteste jouer ce rôle de tuteur des écrits d’un autre, que je n’y crois pas du tout. On a le « virus » d’écrire ou on l’a pas. Il faut se jeter à l’eau. Riopelle, le fou de lumières (de couleurs, c’est la même chose )déclarait : « Un virus, la peinture, une maladie, on attrape ça et on n’y peut plus rien » . Vérité.
4-
J’ai débuté, excité, la lecture du « Journal » de Françoise Giroud, l’année 1995. Déception. La célèbre journaliste parisienne ne s’y révèle nullement. De jour en jour, elle ne fait que commenter les actualités lus dans les gazettes. Et rien d’autre. B’en ! Cela devient un livre de réflexions, d’essais brefs. Ce n’est pas cela un vrai journal. Il doit y avoir aussi des « entrées » où le diariste doit nous faire voir sa vie ordinaire, les éphémérides de son existence sinon c’est autre chose. Pas un « journal ».
Vu un autre épisode de « Tabou ». Portal et Houde y jouent fort bien. Mais…il n’y a qu’une seule intrigue, cette mètre qui est obsédée par sa fille portée disparue il y a sept ans. Alors ça piétine, c’est redondant , c’est répétitif. Excellent sujet pour « une » émission, un film. Pas pour un machin à épisodes !
Vu aussi un épisode nouveau de « Fortier », série à enquêtes policières où un limier féminin est aussi psy. Cette femme, apparemment un peu bêta, gourde, trouve toujours, seule, les tenants et les aboutissants des crimes en cours. Elle est la seule brillante de la station de police. Les camarades du détective Fortier —l’intuitive géniale—sont tous des hommes plutôt bornés.
Farouche Fabienne, ainsi, sublime son féminisme ?
Et aussi la psychologie !
Son compagnon de vie, c’est très publicisé —par exemple, elle l’a amené, chez Arcand— est un psy ! Ça me fait rigoler, savez-vous !
Sa dernière histoire, celle d’une fausse timide, infirmière ou laborantine, frêle d’allure, grande maigre quoi, névrosée, psychosée même, qui tue plusieurs femmes enceintes, —quelle vigueur !— qui arrachent les fœtus des ventres, est tarabiscotée en diable ! Du Stephen King dévoyé ! « Monsieur Larouche », le psy, la conseille-t-il bien ?
5-
Un certain « ex-gambler » repenti, Raynald Beaupré, se soignant de son « vice du jeu », écrit partout qu’il est inquiet de ce nouveau patron de Loto-Québec. L’ex-pédégé de la Régie des alcools, passé de la « dive bouteille » au vice du jeu étatisé, annonce qu’il veut diminuer les offres au « gambling », qu’il va réduire le nombre de machines maudites, qu’il va donner plus de secours aux compulsifs… et autres vœux pieux face à cette organisation maléfique, scandaleuse, qui rapporte plus d’un milliard de belles piastres aux coffres de l’État. Hypocrisie rare !Il n’y a qu’une vérité : l’État profite de cette « maladie ». 30% des profits venus de 2% des « gambleurs » maladifs. Point final. C’est un État-mafieu. Point re-final. C’est l’État maquereau. Une maquerelle publique qui veut se travestit avec des allures de bonne dame « patronesse » digne ! Allons !
Conte bref, intitulé : « Donnez-moi de l’Oxygène ! » Claude Roquet (de Investissement Quebec) avertissait la ministre Marois : « méfiez-vous des démarcheurs chez « Oxygène 9 ». Là où régnait un ex-petit-copain du pouvoir, un ami intime du ministre « pleureuse », le Gilles Baril démissionnaire en larmes ! Questionnée à l’assemblée nationale, Marois ne confirme ni n’infirme ! Oh la la ! Un conte noir. Les amateurs de subventionnite aiguë —avec % aux démarcheurs— doivent rire sous cape.
Et voilà le maire Gérald Tremblay, ex-défusionneur— élu par les blokes effrayés, pris encore (déjà !) dans un deuxième tipatouillage-à-favoritisme ! Ensuite on entendra : « Danger pour la précieuse démocratie ! Les gens n’ont plus aucun respect, aucune estime pour les élus ! » Ben !
Comme on entendra : « Faut pas attaquer le monde religieux. C’est important dans une société la spiritualité, vous savez ! »
Ensuite ? On lit qu’un juge californien (Sans Francisco), David Garcia, remet en liberté un prêtre catho accusé de 224 accusations de pédophilie. « Ça fait si longtemps de ça (1965-1980) », dit mossieu le juge Garcia. Le révérend abbé Patrick O’Shea, 69 ans, sortira donc de sa prison où il attendait la « clémence » depuis deux ans. C’est aussi un escroc : vol de 150,000 $ à l’Église catho. La procureure, écoeurée, Linda Klee, déclare que cette libération pourra autoriser l’abandon de 13 autres causes de pédophilie. Elle veut aller « en appel ». On suivra ça !
6-
Un samedi ensoleillé : installation sur nos transat signés « Lafuma », dehors. Je lis le dernier numéro de « l’Actualité ». Un long reportage de Micheline Lafrance. Interviews avec quatre ou cinq auteurs d’origine diverses. Toutes, absolument toutes, ne parlent que de leur pays d’origine, ont publié des histoires de leurs anciennes patries abandonnées, écriront de nouveau sur leurs contrées d’origine, ont des projets pour faire revivre leurs souvenirs de leurs pays d’origine. Une face grotesque. Micheline L. de « l’Actualité » n’y voit rien d’anormal, de bizarre. Pas un seul petit commentaire à ses questionnées, ou questionnement du genre : « Mais ici, maintenant, avez-vous envie d’écrire sur ce que nous sommes, nous, vos nouveaux concitoyens, rien sur le pays québécois où vous allez devoir vous intégrer, veut veut pas,, les chocs, les accords, les découvertes, les harmonies, les différences, les difficultés, les hostilités ou les accommodements, les rencontres fertiles.
Sinistre, lamentable, très attristant paquet d’entrevues. Instructifs aussi : on ne vient pas s’installer parmi nous pour échanger, nous mieux connaître. Mais non, on vient pour mieux vivifier le choc des ruptures. Examiner les blessures de l’exil. Point final. Nous n’existons pas (83% de la population !) pour les Aki, Tecia, Elena, Sonia et Abla ! On se fait subventionner (via les éditeurs aussi) pour raconter par les détails, le territoire fui, abandonné, quitté !
Quelle pénible farce ! Bulgare, Chinoise, Japonaise, Georgienne…toutes, elles pourrait s’interroger dans leurs ouvrages sur « qu’est ce que c’est Québec » ? Non ! Rien ! Pas une seule n’a envie d’écrire sur leur patrie d’adoption, le Québec. Lamentables et « racistes » comportements nostalgiques. Moi, écrivain m’installant disons en Espagne, je tenterais d’écrire surtout, d’abord et au plus tôt sur mon nouveau pays, l’Espagne. Ma patrie d’adoption.
Mais non, les subventionneurs encouragent ces écrivaines émigrées à gratter les vieilles plaies, à ne rien oublier de leurs anciennes racines, et à refuser de s’intégrer. Je dénonce ce cosmopolitanisme vicieux à la mode, oui, je parle de cette sinistre fascination —en médias— à sauce internationaliste. De cette émerveillement de « colonisé. » dans le « Écrire » qui va paraître sous peu. Je craignais que « la chose » soit en train de se corriger et que je serais « hors propos. Non, le long article complaisant et sucré de Micheline Lafrance de « l’Actualité », me prouve que je frapperai dans le mille. Personne pour dire aux Aki Shimazaki, Tecia Werbowski, Sonia Kaleva, Abla Farhoud que nous serions normalement curieux de lire sur leur adaptation québécoise, leurs « arrangements » depuis leurs « dérangements » obligés.
Voilà à quoi on a fini par aboutir avec cette politique —initié par Trudeau le centralisateur qui voulait nous diluer, manigances poursuivies par les fédérats— la propagande du « lécheculisme » multiculturel.

Le dimanche 10 mars 2002

Le dimanche 10 mars 2002
1-
La peur. Après une nuit de bourrasques terribles, ce matin, vent fort et au début de cet après-midi, tempête brève mais énervante. L’électricité menacée ! Ça clignote ! Songe à éteindre l’ordi mais…ça passe. Hier, lu un courriel acidulé du fils Daniel qui se questionne quand j’ose refuser une promenade avec Aile pour continuer mes Journées Nettes, ici. Reproches forts ! Il a raison. Je regrette mon « assis sur chaise », ma défection. Promis de ne pas récidiver. Voici donc le fis qui joue au père du père ! Je me souviens d’avoir tenu ce rôle parfois auprès du mien. Sa surprise. Son sourire chaque fois. Je souris ! Mo n fils va jusqu’à me questionner : »pourquoi au fond ce journal. Une vanité u peu futile, non ? ? » Boum ! J’y réfléchis. J’aime le tenir, c’est certain, pourtant certains jours comme un… « devoir » (?) et de l’accablement.
Hier, stimulé par Buissonneau —vu, je l’ai mentionné, au lancement de « Debout les comiques » qui passait hier soir au Canal D, je l’ignorais— si enthousiaste pour les deux tomes de mon vieux journal (1987-88), j’ai lu (au lit) plus d’une centaine de pages sur 1988. J’y ai pris un plaisir fécond, revivant des éphémérides cocasses. Dont ce passage hilarant (fait cocasse oublié) quand mes petits-fils exigeaient que je passe la nuit chez eux,couchant avec leur gardienne, Lucille. On explique que c’est impossible, que nous ne sommes mari et épouse et ils s’écrient : « Qu’est ce que ça fait ça, c’est pas important ça, le lit de nos parents est grand ! » Je remémore l’incident à Aile et nous avons bien ri. Un des rôles du journal :faire rire ?
2-
Vendredi soir, belle brève visite de ma fille avec son Marco, ils revenaient du ski à Morin-Eights, pour mon cher Gabriel, le benjamin de la rue Chambord et son grand ami, Raphaël Drolet. Un jeune géant fort attachant, déluré, l’esprit en éveil, poli et curieux. J’amène ces deux ados à mon atelier-cave. Ils admirent un dessin gouaché du David À Marc À Bernard, venu séjourner ici à la mi-février. David et moi partions du même accident coloré, David me battait, faisant une meilleure réussite graphique. Ainsi le non-initié, libre de toute enseignement, peut battre un pro, par son audace. Je ferai encadrer sa ponte. Je veux les amener au four et à la glaise mais, vu un temps de verglacement (j’aime néologiser) les parents décident de vite, vite, renter à Ahuntsic. On a remis à Éliane deux plats préparés par l’École hôtelière. Pour son papa, qui m’a si bien donner à bien manger jadis, j’ai offert à Raphaël Drolet un petit graphique (vert, blanc, rouge) sur « Roma », « l’italianisant » compère en radio l’aimera-t-il ?
Achat du « Paris-Match » l’autre matin et bonne lecture de trois ou quatre articles bien torchés. Sur l’Amen, film de Costa-Gravas. Sur Israël et Palestiniens. Avec, comme toujours, des photos inédites. Après, feuilletant le dernier numéro de « L’Actualité », ça m’a paru bien pâle, peu excitant. Notre magazine « national » manque de…de quoi donc ? de nerfs ? C’est trop souvent mou, avec des sujets plats. Peu…québécois ? C’est cela. On sent qu’avec le boss de Toronto, la rédaction évite « l’enquébécoiserie » dynamique et solide ! Hélas ! Les contenus, trop souvent, offrent une sauce « pancanadienne » peu ragoûtante ! S’excuseront-ils en disant qu’ils ont des abonnés à Winnipeg et à Vancouver. Foutaise. Leur lectorat doit être du Québec à 90 %
3-
Martine Bédard (courriel) se cherche un …chantre pour sa famille, les Saint-Louis, fondeurs du Carré célèbre du même nom à Montréal. Elle veut mon aide. Quoi faire ? Pas le temps de rédiger des monographies de vieille famille ou…paroissiales. Ouvrages qui me plaisent bien pourtant, telle celle sur la famille-Jarry —et son parc dans Villeray— lu récemment.
Autre message d’appel à l’aide : de Jocelyn Bruneau qui installera un site qu’il veut baptiser non pas « Heart Attak » mais « Artattak ». Il veut m’installer, weebant (j’aime néologiser, vous disais-je), comme son tout premier « portrait d’artiste ». Il a adoré, dans le temps, mon feuilleton télévisé, « La petite patrie ». Il veut « piquer » (hon!) des photos de mon site. J’ai dis :oui.
Le jeune Cardin, lui, me remercie de nouveau pour mon soutien (pas bien fort pourtant vu mes ouvrages pressants) pour son projet d’écriture : son Ahuntsic natal en « petite patrie » bien à lui. J’ai tant souhaité, en 1975, un tas de récits publiés sur tous les quartiers de Montréal. Ça vient ?
Ma chère Aile toute fière hier soir quand je lui dis que l’agneau des « élèves en cuisine » ne peut être comparé au sien, si rose, si tendre, si juteux… La vérité. Elle en est comme emmiellée !
4-
Lu tantôt le cahier « Livres » dans « La (grosse) Presse », si maigre le jour du Seigneur ! Encore la « une » sans couverture des livres qui se font ici. Salmigondis, sauce cosmopolitaine à la mode. Platitudes « convenues ». Paraître « universaliste», n’est-ce pas ? Martel, vénérable fidèle des écrivains livres québécois, mis dans un petit coin, louange Gravel et sa modestie scripturaire avec raison. Il se faisant aussi l’écho de Suzanne Jacob dans son « Écrire » à elle, vantant en chorus les talents de véritable écrivain de Foglia. Comme il a raison. Martel dit que ce Foglia affirmant « aimer chroniquer sur rien surtout », chronique alors avec art. Vérité.
Si le jeune nouveau critique, Stanley Péan, continue de s’insérer « corps et âme » dans ses articles il deviendra le seul passionnant chroniqueur de livres. C’est le tort des Martel et Chartrand (Le Devoir) de rester en dehors d’eux-mêmes, de rédiger froidement, un « devoir » scolaire strict, parfois sur un ton professoral, glacial à l’occasion, en brave pion attentif, correcteur zélé, liseur comme anonyme. Le public d’un journal n’est pas celui d’une revue littéraire, il aime que ses « montreurs de talents » s’impliquent, se racontent un peu, laisse voir de leur …quoi donc ?, naturel. Feu Jean-Éthier Blais le faisait fréquemment et nous l’appréciions fort, peu importe ses louanges ou ses descentes.
5-
Éliane, ma fille, dans le portique l’autre soir, ici : « Mon amie t’a vu chez Lisa à Radio-Canada discutant « homoparentalité ». Elle m’a dit que tu étais bouche bée, muet, désarmé quand, soudain, un psy t’a sorti des études prouvant la non-dangerosité des parents homosexuels ! » J’en reste…bouche bée. J’avais rétorqué que peu importe les sondages —où les sondés peuvent mentir par rectitude attendue— il y avait ce témoignage livré tout frais, là, à deux pas de notre table ronde, de cette jeune Annick, fait en studio où elle a parlé courageusement de « sa honte » d’avoir une mère lesbienne, de ses mensonges obligés, de ses malaise à l’école, dans le quartier, de ses cachettes, de son silence. Il me semblait que le psy en question n’avait pas écouté (et compris) le désarroi terrible de ce témoin de chair et d’os à nos cotés !
Ce matin, Paul-Maurice Asselin exprime (mes chères « lettres ouvertes ») publiquement que « dans notre société si « distincte » il est essentiel de rester à l’avant-garde du changement pour le changement… » Ce Asselin jasait sur « mariage officiel de deux hommes ou de deux femmes ». En effet, tant de braves citoyens stupéfaits devant les caricatures, par besoin de mimétisme, mais bien silencieux de peur de sembler « ancien ». Crainte farouche de se faire cataloguer « rétro », « nostalgique », faut avoir l’air dans le vent, absolument moderne, en piétinant ses convictions s’il le faut. Le vent…
Et le vent les emportera, cher Rabelais !
Ainsi j’étais donc décontenancé, bouche bée ? Chacun peut interpréter subjectivement une attitude, une portion d’émission, le cours d’un débat. Rien à faire et je le sais depuis très longtemps. : « T’as été parfait ! T’as été en dessous de tout !
Au collège, le « tot sensus, tot capita », illustrait une règle de latin, cela illustre aussi que, oui, tant il y a de têtes (capita) , tant il y a d’opinons (sensus). Eh oui !
Je répète : »Un tableau de génie regardé par un crétin devient un tableau de crétin », et je répète pour m’amuser : Un tableau de crétin vu par un génie… Hum! Aux élèves des écoles où je suis invité parfois, je vais répétant aux jeunesses : « Tenez-vous avec plus brillants que vous, plus intelligents, mieux cultivé. C’est souvent un peu humiliant, fatigant aussi, mais vous en sortirez améliorés, grandis, stimulés par eux. Pas en vous collant aux gnochons, aux voyous « populaires » !
Silence dans la salle quand je fais ce sermon. On sait la « mise à part » du « bolé », la discrimination active face aux « brillants » dans un groupe, une classe, hélas !
6-
Aile, hier soir, avait loué « Legally blonde » en version française. Nous avions lu des louanges de cette comédie toute amerloque. Et nous avons bien rigolé. Récit pétaradant, fable comique. Un conte de fée « arrangé par le gars des vues ». L’héroïne, étudiante dans un collège californien pour futurs mannequins, avec « concentration » sur cosmétiques et modes, follement amoureuse d’un bel ambitieux qui la laisse tomber espérant une « blonde » à famille prestigieuse. Le beau « salaud’ file vers l’Est, vers Boston, vers l’école prestigieuse de l’université d’Harvard pour devenir avocat.
« Legally blonde » fonce alors dans une suite de séquences drolatiques. La belle poupée languissante abandonne son école de modes, fonce vers Harvard, réussit à y entrer, bûche comme diable, se retrouvera assistante d’un très célèbre plaideur…
Je ne vous en dis pas davantage. C’est comique et facile. Un de ce films à l’intrigue guère plausible — que d’amusants imbroglios— dans son intrigue mais un récit cocasse mené. Tambour battant. Un « happy end » savoureux, proclamant : « Une poupée Barbie a le droit d’être brillante, intuitive, humaine. » Et aussi : « Quand on est mue par l’amour, tout peut arriver. » La leçon finale :Une blondinette peut en cacher une autre. » Vraiment désopilant.
Le penseur grec Aristote aurait dit : « Le droit c’est la raison pure de passion. » Une prof de Harvard commente l’assertion millénaire et la minette de « Legally blonde » saura le contredire montrant qu’avec intuition, passion même, le droit…retrouve tous ses droits. J’ai songé un instant au bonhomme Trudeau pour qui c’était la règle de vie que cette « raison sans passion » et qui échoua complètement à vouloir détruire le patriotisme passionné des nôtres ! Samedi soir, un film de divertissement, si comique, me conduisait par accident à mon ennemi viscéral, le « raisonnable » pourfendeur du souhait normal d’une patrie normale , feu-Trudeau. Quel détour !
7-
À Londres, chez « The observer », Peter Beaumont, chef des nouvelles internationales en a plein son casque : « Plus moyen de critiquer Ariel Sharon, le va-t-en-guerre, et son gouvernement, sans nous faire accuser d’antisémite. » Il affirme que les attaques, plus nombreuses, contre des synagogues ou des cimetières juifs, partout en Europe, n’ont rien à voir avec la haine raciale mais sont le fait de jeunes émigrants arabes, mal intégrés, —et aussi mal acceptés par un racisme hypocrite en Europe, tient-il à souligner— qui s’ont une sorte d’écho de solidarité de l’Intifada palestinien. Heureusement, en Israël, de 80% de popularité, la cote du Sharon —prometteur de paix à son arrivée— est tombé à un peu moins de 50% maintenant !
Stéphane Laporte signe, très souvent, un très bon « portrait de société québécoise » dans « La presse. Quel don ! Ce matin, sa cabane à sucre immangeable, ses « oreilles de christ » qui le scandalise, enfant, et ses « pets de sœur » dont il ne veut rien savoir, tout le reste de son « Le bonheur est dans la tire… » illustre bien ses talents d’humoriste. Fort. Il est bon. Plaisir de le lire le plus souvent et je le lui ai déjà dit à la terrasse de « La Moulerie », rue Bernard, sa voisine. Difficile l’humour réussi —pas le lourd lot farcesque de pipi-caca-cul— essayez-vous, vous verrez bien.
8-
Si, comme moi, vous aimez les enfants, combien êtes-vous, depuis quelques années, à être étonnés, renversés, éberlués, vraiment choqués, consternés, du gros lot de pédés chez les curés et autres pasteurs ?
Le loustic : « Vite, le mariage permis pour eux à l’avenir. » Comme si cette tare, ce vice, cette effroyable maladie pouvait se guérir en prenant une épouse ! Cette homosexualité d’un ordre particulier, pervers, n’a rien à voir avec le mariage.
Voilà que ce matin —cerise pourrie de plus sur ce sundae exécrable— nous lisons dans les gazettes que l’évêque de Palm Beach, en Floride, a fait son ravage écœurant et, enfin, se fait dégommé. Trop tard ! Le mal est fait et il se faisait sous les apparence d’un doux, aimé et révéré bon pasteur des jeunes âmes ! L’exemplaire et pieux « monseigneur » O’Connell faisait donc partie intégrante du troupeau de brebis bien noires.
Sous couvert de charité, de belles paroles évangéliques, il est un autre haut gradé, drapé dans l’incarnat et la pourpre, crosse en l’air, mitre à rubans dorés au vent, soyeux gants violets aux mains —avec bague cabochonne luisant à embrasser à genoux— vicaire zélé de Rome qui se livrait à la corruption des jeunes. Gestes qui engendrent un déséquilibre pour la vie chez la plupart des jeunes victimes.
J’espère que des malheureux du Québec —tel, à 40 ans, ce Christopher Dixon (spolié à 13 ans)— même devenus adultes à cheveux gris, trouveront toujours le courage (en retard ou non) de dénoncer ces abuseurs —crapules en soutanes rouges ou en « clergyman » gris ou bleu poudre, en chandail mauve ou en jeans usagés, avec le crucifix au cou. Juste avant la nomination du rat O’Connell, il y eut le cochon Keith Symons, autre évêque pédéraste. Une lignée ! Vraiment ! Grossier acheteur de silence, complice dégeulasse, l’archevêché avait payé Dixon, à l’époque, 125,000 $
Le front de cette église catholique…qui installe ses pédés en satin moiré un après l’autre. Un autre abbé-à-petits-garçons, —nous en avons eu des paquets de cette vermine au Québec cléricaliste triomphant — John Geoghan, œuvrait à ses œuvres, pas bonnes, « basses ». A Boston, Il vient de prendre 10 ans de prison, lui. Bagatelle ! Il fera quoi, trois ans ? Moins ?
Il y a aussi d’autres coups de pied au cul à donner. Aux « rongeurs de balustre » aveuglés, aux « grenouilles de bénitier » complaisants, bedeaux candides, marguilliers écervelés, imaginez cela, ces braves paroissiens supplient l’O’Connell misérable de rester. Oui, oui ! Ils baissent les yeux : « Quoi ? Il faut-y pas pardonner les offenses ? C’est dans nos prières ! » Le « Palmbeachéen », Seamus Murtagh : « Quoi ? À tout péché miséricorde, non ? » C’est-y pas beau hein la charité chrétienne ? Aux portes de l’éternité, un Créateur décidera, lui, s’il y a lieu d’être miséricordieux, nom de dieux !
9-
Dies ira… poltergeist… neige incohérente, le lac soulevé de bourrasques, les murs vibrent, l’aluminium aussi, les vitres des fenêtres grondent, les chaises bougent, mon fleurdelisé tremble, le vent beugle et meugle…Apolcalypse now ! À la quasi-mi-mars ? Me mettre dans le ciboulot que l’ hiver n’est pas fini !
Gilles Derome, ex-réalisateur redevenu excellent potier à Laval, fait publier souvent, en lettres ouvertes, des…invectives ? Non. Des réflexions quasi philosophiques. C’est lui qui —jeune compagnon de l’atelier de céramique du 42 Avenue des Pins— m’excitait à une sorte de concours de « rapportage de livres » des bibliothèques publiques, de Montréal ou de Saint-Sulpice. Derome vu en boulimique liseur, cela m’encouragea à l’imiter. Bien m’en pris. Début février, mon Gilles y va d’un « Fanatismes », sorte de billet, à sa façon habituelle, ambigu. Son tableau dépeint W. Bush comme un nouvel Hitler. Rien de moins. Il s’aide dans sa démonstration des écrits de Béguin, Corti et Claude David. Pas vraiment cuistre mais volontiers étalagiste de ses lectures, mon Derome estime beaucoup les citations. Bush, valet servile du FMI, veut exterminer les vendeurs de pavot de l’Afghanistan avant tout, et, vite, y installer son pipe-line pour se défaire du joug des Arabes (?). Ce serait un politique qui va nous coûter cher mais qui nous rapportera gros à tous « nations chrétiennes ». Un fanatique selon Derome, que dire des kamikazes intégristes, fous d’Allah, cher Gilles ? « Ce Bush ressemble de plus en plus à Staline, le plus grand criminel de l’histoire », termine-t-il.
Mais Staline, si je me souviens bien, n’avait pas à rendre de compte à des électeurs. À personne. Le dictateur, « petit père des peuples soviétisés », n’avait pas à aller en élections libres, lui.
Ce Bush démonisé à l’excès me laisse perplexe un peu, Gilles.
Avant Bush, il y eut jadis Nixon. Élu, lui aussi. Les archives nationale des USA viennent de publier 500 heures de ses conversations de bureau. Oval, comme on sait. 1972. Tenez-vous. Nixon attaque des Juifs notoires, fait répandre des rumeurs sur Ted Kennedy, via sa zélée secrétaire car il l’attelle à la rédaction de lettre anonymes pour salir ce Ted encombrant. Ou à un journaliste désobéissant : des insultes grossières. Sous un faux nom. Devant un Henry Kissinger —énervé—, Nixon songe à la bombe atomique pour en finir avec les nationalistes du Vietnam. « Ce serait trop, lui dit Henry, il y aurait des victimes civiles ». Nixon répondit : « Je m’en fous. » Sur le fameux « agent orange » (utilisé e 1973) pour défolier les cachettes feuillus des « résistants » vietnamiens, Nixon ne veut rien savoir des « effets secondaires ». 30 ans plus tard, on vient de le révéler : le taux de dioxine (TCDD, ou tétrachlorodibenzo, un poison) est deux cent fois (200 !) supérieur au taux normal.
Qu’est-ce que mon ex-petit compagnon, Derome, écrira s’il tombe sur ce paquet-là ?
10-
Je juge la boxe une barbarie et , soudain, je m’intéresse à ce garçon de Sainte-Lucie, Éric Lucas. Il a battu Vinny Paz. Un gros morceau !C’est un champion. Me voilà oubliant que la boxe devrait être un sport banni, interdit complètement. Fou hein ? Chauvinisme maudit ? Oui. Le voilà donc co-proprio d’une « Cage aux sports » à Granby. C’est un début ? Le jeune Éric vient d’empocher 300,000$ juste pour ce combat contre Paz. Lucas, meilleur des super moyens (chez les mi-lourds ?), dit qu’il ne battra plus passé 40 ans. Plein de gérants, autour, l’encourage à continuer.
On veut le confronter à des Mitchell (association WBA), à Calzaghe (du WBO), à Ottke (du IBF). Il s’agit de diverses associations de combattants à gants de cuir, je suppose. Ses patrons chez « InterBox » ont intérêt à le voir grimper au pavois des pavois…
Et moi, je regarde aller le bonhomme de Sainte-Lucie, village laurentien voisin au nord-est de Sainte-Adèle, où je fus invité un jour pour une jolie et modeste fête littéraire. Me voilà donc tout fier, avec, comme à regret, au bout du compte, cette horreur de la boxe, une folie sadomaso. Je voudrais l’encourager, comme nos autres boxeurs, s’ils ne risquaient pas, tous, de se faire écrabouiller, et pour la vie, comme le pauvre infirme, Cassius Clay, alias Mohamed Ali… Au fait…dont je veux voir le film que l’on vante partout. Maudit voyeurisme, instinct de mort excité, qui nous rameute autour de ces arènes horribles. Spectacle inhumain. Ah je vous dis les contradictions des hommes, moi comme les autres. Ouais !
Marie-Claude Malboeuf (La Presse) fait souvent de bons reportages. La voilà inspectant enfants, profs et gardiens dans l’est de la ville. Son seul et final verdict : « les enfants se cherchent de l’affection…à l’école. Ils s’accrochent littéralement aux maîtresses. Une pitié. On lit les détails de son séjour et on comprend rapidement qu’il n’y a, au fond des choses, que cela :un besoin effarant de tendresse, d’affection. Un sentiment de petit être délaissé envahit corridors, classes et salles de récréation comme cantines. C’est terrible, non ?
Maman n’est plus à la maison. Me taire là-dessus. Les filles admises avec bon sens aux études supérieures, ne veulent pas rester à la maison pour faire cuire des beignets, laver des murs et tout le reste…et donner de l’affection au petit ou aux deux petits. Là, c’est la douleur ! Culpabilisées, elles ne savent plus comment réparer ce trou béant, ce ma, ce désespoir muet, qu’elle voient aussi bien que ces maîtresses d’école débordées.
Justice ! Si elles ont un diplôme, même modeste, elles veulent en profiter. L’État en est bien content de ces « deux au boulot », tu parles ! Plus de mazoune au fisc. Alors, on offre des dollars aux garderies et on promet d’en ouvrir d’autres. Beaucoup. Mais l’affection bordel ? Maman l’instruite reste bien mal en point, n’en doutons pas. Elle sait. Elle devine. Elle constate. Et lâchez-moi « la qualité » du temps de présence, cette farce ! Un enfant a besoin soudainement de tendresse, d’attention, de réconfort et cela ne se révèle pas « de telle heure à telle heure » .Elle a mal, cette mère partie de 8 h. à 18 h. Que les maîtresses n’en reviennent pas de ces abandons est une phrase creuse, elles aussi, souvent, ont des enfants ailleurs. C’est clair chez Malboeuf qui a tout vu :les petits sont en manque. Maman c’est de 18 h. et demi à 21 heures. Après, dodo, l’école demain.
Je voudrais juger sévèrement…. Moi qui a eu la chance, dans mon enfance, comme tant de ma génération d’avoir, chez moi, sans cesse, la présence… mais… Non ! Ep ! Me taire. Comment dire « rester donc avec vos petits ? » Si l’État voulait donner des sous, un vrai bon salaire, à ces filles qui veulent bien élever une famille…Ça changerait les choses ? Ne sais plus.
En tous cas, il y a dénatalité grave par dessus le marché, il y danger de vider le pays. On a les émigrants, sinon, ce serait une catastrophe nationale disent les démographes patentés. Alors ? C’est, les enfants, ben plus important qu’eau, électricité, forêts et tout le reste. C’est la ressource naturelle prioritaire. Essentielle. Vitale. Et on fait quoi ? 5$ par jour la place en garderie ? Oui, un salaire, un vrai, un bon et des femmes qui diraient : « Bien, c’est un métier à plein temps, je vais rester à la maison. Mon choix. Pas pour un ou deux, pour 4 ou 5 enfants, une famille qui compte vraiment, avec 4 ou 5 enfants ! Un salaire décent pour un métier délicat et vital, harassant et peu gratifiant souvent..
Ma fille, Éliane, diplômée d’université, capable d’avoir signé une série de télé pour enfants (« Les antipodes ») numéro deux après « Bobino » et ses stocks faciles de dessins animés, faisait ce choix. Ses trois garçons ne se sont jamais accrochés pathétiquement aux jupes des maîtresses. Elle était là pour l’affection normale. Je lui ai levé souvent mon chapeau !
Problème insoluble ? Reste une seule affligeante constatation : aux écoles, les enfants s’accrochent aux gardiennes, au gardiens, aux institutrices et quêtent ostensiblement un peu de tendresse. Pas du tout seulement apprendre le calcul ou la grammaire et cela n’est pas normal. C’est long, très long 10 heures (parfois un peu plus) dans l’école. Nous autres, au temps des mères « trop occupées pour travailler » selon Deschamps, tous les midis, il y avait sa soupe chaude, le repas chaud et surtout, surtout, sa présence. Maman écoutait nos chagrins, nos chicanes de cour, nos ambitions minimes, nos rêves et nos ambitions, nos projets dérisoires, notre simple papotage d’enfant. Ma mère était présente tous les midis ! Je lisais l’enquête de Malboeuf et j’avais mal. Très mal. C’est sordide. Quoi faire ?

Le mardi 5 mars 2002

Le mardi 5 mars 2002
1-
L’arraché du lit, ce matin, tard, très tard ! Bon Dieu que l’on hiberne ces temps-ci ! Il y a le rhume épuisant d’Aile. Il y a aussi que j’ai bouffé trop, beaucoup trop, de la belle morue fraîche avec riz tomaté aux olives noires hier soir. Un bon régal à la Aile ! Tant que je suis allé marché dans le soir. Que de rots sonores en chemin ! Pas grave, pas un chat dans la place. Deux silhouettes seulement en cours de promenade : une dame avec un « énorme » chien, un homme avec un « tout petit » chien. Les chiens font sortir ? J’avais quitté ce « Music-Hall » de Larouche. Au retour, c’est fini. « Pis ? », je questionne. Aile hésite…puis : « Ce bon gros Claude Blanchard, qu’il est fascinant ! Surtout quand il ne dit rien ! » Bizarre cette assertion ! Ce cabaret à danseuses et à musiciens, je n’en imaginais aucun de nos jours. Il n’y a en a plus, aucun. Cela faisait que la crédibilité du lieu élu me semblait factice. Assez, ne l’ai pas vu et Aile semble si réticente. Vu le « Asbestos », merci vidéo ! C’est fort bien parti. Les décors de la mine : oh ! Parfait. A-t-on tourné à Asbestos même ? De la rétro bien faite en tous cas et je suivrai ça.
J’ai quitté « Journées nettes » hier en prédisant la mort encore au Proche-Orient. Ensuite, je parle pas au diable , non, mais aux actualités, oui, de nouveaux tués. Facile à prédire l’ouvrage cruel de ces « enragés » des deux bords, évidemment.
Soleil et temps plus chaud qu’hier. Chez ma « poucheure » de drogue (nicotine) l’alerte veuve Constantineau : « Je vous ai vu aux téléjournal de TVA, hier. C’était bon. Vos petits débats amènent une amusante récréation dans les nouvelles, c’est bien. Et j’e préfère cette Dominique Bertrand à Isabelle Marchal qui fait une peu…quoi ? trop fardée ? » Je rigole, je la remercie. Elle n’en revient pas que pour un cinq minutes, le camion TVA se rende à Sainte-Adèle. Je dis : « Il leur faut battre Mongrain de TQS à tout prix ! » On rit.
Compliments bizarres car Aile m’avait jugé : « Pas trop fort. On aurait dit que tu y mettais aucun cœur. Tu m’avais dit, Claude : « Je vais traiter la question « homme fainéant » (selon un sondage-Léger) au foyer avec « humour », tu n’en as pas trop mis ! » Moi aussi, je m’étais évalué pas bien présent !Bof, la vie en méfias, des hauts et des bas ! « Je ferai mieux la prochaine fois », se dit-on. Il y a aussi que je préférerais polémiquer avec un homme. J’ai été élevé (mal ?) à une sorte de respect, de galanterie avec les dames. Aussi, je suis mal à l’aise quand il faut foncer sur une demoiselle mignonne !
Courriel : un certain Cardin me crie SOS, ce midi. Il m’avait voulu comme « conseiller littéraire » pour son projet, il y a un an. Refusé. Je ne fais jamais ça. On ne l’a jamais fait pour moi. Ce serait si vain. Or, le voilà en panne et il panique, me dit-il. Il me demande « des trucs » pour pouvoir continuer à rédiger « sa petite patrie », Ahuntsic. Il y a aucun truc. Je l’ai secoué, vilipendé, semoncé, fouetté…Mais il n’y a que lui pour pouvoir rallumer sa flamme. Ah « le dur désir de durer »!
Lanctôt me chicane ce midi sur l’Internet : « Quoi, publier ton journal sans que je le lise d’abord, tu veux jouer les prima donna ? » Je lui répondrai : « C’est que je publie depuis 50 ans, cinq ou six livres chez toi, tu sais pas mal de quel encre je me…chauffe. Non ? Lanctôt m’avait dit un jour : « Claude, je veux publier tout ce que tu me pondras. » Il termine son courriel : « Tu choisiras entre Lévy (Beaulieu) et moi »
En vérité il y a que j’apprécie peu qu’il retienne mes versements de royalties, écrivant il y a un mois ou deux : « En attendant ma subvention du Conseil des arts ». Mais ce sera donc toujours la même histoire, merde ! Lanctôt le désargenté sort un livre par semaine ( comme feu Yves Dubé) et « ne crache pas » aux auteurs. Dubé mort et Leméac en faillite, ses auteurs (Maillet, Desrochers, Tremblay et moi) furent « remboursés » par des chèques de l’ex-ministre « mulronéen », Marcel Masse d’Ottawa. Ce fut humiliant et je ne souhaite pas revivre cette situation.
Dans son « Les livres des autres » Beaulieu : « Les éditeurs sont subventionnés, hélas, selon le nombre de leurs publications, c’est mal. »
2-
Encore ? Laurent et Gabriel, fils de Marco et de ma fille, refusent notre invitation à séjourner ici (vacances de neige). Eh ! Je les comprends. Ado, moi aussi, pas question d’aller en vacance chez des vieux. Ils ont des amis. Oh l’importance des amis à cet âge ! Normal. Et, ici, pas de jeux d’ordinateur, ni « play-game-machin ».
Daniel mon fils grisonnant (déjà ?) est souvent intéressé par la philo, la psycho, ce qui me réjouis évidemment. Voilà qu’il m’annonce (enfin ?) ne certaine quête de…spiritualité. Ou bien de quoi ? De sérénité ? Il m’annonce qu’il tripatouille des bouquins du côté Zen des choses, du côté de l’hindouisme, du Bouddha. Bravo ! J’ai souvent voulu quêter de la sagesse de ce côté :
« religion, philo asiatique ». Mais le temps…Daniel m’informera je suppose.
Quand David est venu ici ce fut loin de la philo, il nous entretenait, avec pédagogie, et il a 20 ans, sur l’économisme (matières qu’il étudie à Concordia), sur le fameux Keynes, sur Adam Smith, sur un monde que nous ignorons. L’aîné de mes petits-fils était une sorte de « jeune Jésus au milieu des docteurs » (en communications Aile et moi).
3-
J’ai mis beaucoup de temps, plusieurs livres, avant d’oser mettre « écrivain » sous mon nom. Je lis souvent « écrivain » sous des noms inconnus. Auto-proclamation ? Ce matin, un certain Tassinari, « écrivain », vante des migrants de notoriété publique québécois à titre de « métis. » Il cite le fameux graphiste et affichiste Vittorio ! Stop ! Jamais Vittorio n’a joué de cette « carre de visite » parmi nous. Jamais au grand jamais !, J’ai toujours considéré Vittorio comme un Québécois à par entière.
Ce qu’il est, ce qu’il proclame sans aucun doute. Je déteste cette manière de distinguer, via l’origine ethnique, nos créateurs. Ni un Curzi, ni un Aubert Palascio ne le font. Cette engeance du « multiculs trudeauesque » me fait littéralement…chier ! Pourtant l’auteur (in : Le Devoir) semble dédaigner « le ghetto et ses folklores ». Il parle de deux bouches à la fois ? Ionesco est un dramaturge de France, non ? Picasso est un peintre de France (ou il a vécu toute sa vie). L’Espagne a bien le droit de lui faire une fêtes « post mortem », de lui ouvrir un musée, c’est une sorte de « récupération » intéressée. Pour le tourisme ? Vittorio, cet artiste de génie, est un Québécois et allez au bonhomme « collègue » Tassinari !
4-
Maudite zapette indispensable désormais !
Après souper, avant ce Music-Hall bidon, voyagement cathodique : A- La mafia de jeunes Noirs aux USA. Les « Crips », bandes en réseau. De Los Angeles à New-York. Violence extrême parfois. Commerciaux :je zappe donc et vite —l’horreur indicible de ces vendeurs-à-domicile m’insupporte totalement. B- Émission mensuelle de « Double Je », à TVA-5, avec Pivot. Le lécheculisme aux émigrations réussies, « mon doux Dieu que vous parlez bien notre si belle langue », alors que c’est normal, naturel et nécessaire. L’émigrant en Espagne parlera l’espagnol, et en Allemagne, l’allemand, il n’y a aucune félicitation à faire, c’ est indispensable pour une intégration ordinaire, non? Pouah ! Zappons ! C-Les vendeurs de « flacatoune », les contrebandiers de l’alcool à travers les temps. Ouen ! Zap ! D- Les massacres (Milosevic aux commandes de cet enfer) au Kosovo, les cadavres transportés nuitamment en Serbie ! L’horreur ! Commerciaux encore ! Ouash, fuyons encore !
Bref, pas une vie ! Lassante navigation, comment revenir à temps, et où au juste ! J’ouvre un livre. Ou une revue. Je dis à mon Aile : « Je crois que, bientôt, je ne regarderai plus la télé. Que, parfois, TQ pour ses films sans pauses publicitaires, ou Historia, même raison, ou ARTV pour le dramatiques de jadis. » Elle dit : « Pour demain soir, je loue un film. »
5-
J’ai honte. Un peu. Aile s’en va marcher au soleil sur le lac devenu une immense patinoire bellement ensoleillé. Moi non. Terminer mon journal. Oui, la honte. J’aime tant écrire, une vraie passion. Et je sais qu’au moins un éditeur (à Trois-Pistoles) veut le publier cet automne. Ma santé ? Je m’en repentirai un jour. Je le sais.
L’« affaire-Cornellier » —faire étudier, au collège, d’abord les « jeunes » classiques québécois au lieu des « vieux » classiques de France— s’agrandit. Trois textes ce matin. Un pour le prof Cornellier —qui a publié qu’une meilleure identification « littéraire » viendra des classiques Québécois— et deux contre. Une retraitée prof lance : « Les jeunes trouvent pus facile Balzac que Anne Hébert. » Oh, oh ! Facile, belle pédagogie ! Paule Saint-Hilaire compare Grignon avec Molière sur l’avarice, Camus et André Langevin sur l’absurde ! Je ne voudrais pas être comparer avec Pagnol, ni avec Saint-Exupérit, eille ! Ouow ! Intimidation complète :comment comparer des « gloires françaises » avec les auteurs de notre jeune histoire littéraire ? Raciste invertie, mépris pathétique, cette Paule affirme que l’identité n’a pas « à être « paroissiale » ! Ses termes !
Pierre-Paul Roy se range avec Cornellier mais jargonne. Se dit d’accord avec ce Maurice Dantec qui dit que la France littéraire c’est fini ! Connerie d’une sottise rare ! Ineptie d’un autre exilé français fasciné par New-York. Roy parle d’un « américanisme mental », d’une république mondiale des Lettres », un baratin baroque !
6-
Téléfilm Canada (agitez l’unifolié ici ) va changer : il faut faire des films populaires, il faut que les Canadians aillent les voir, il faut que l’industrie « canadian » se revitalise. Son nouveau président, (jeu de la chaise musicale, cooptation) M. Stursberg, va y voir. Neuf Québécois sur 100 soutiennent leur cinéma, pourquoi donc seulement deux Canadians sur cent ? Je le sais moi : il n’y a pas vraiment une « nation Canadian », à part quelques intellos « nationalistes » des universités, le Canadian est américanisé.
Et …jusqu’à l’os ! Good luck Richard Stursberg !
Jadis, lisant sur l’histoire de l’Angleterre du temps où le français était la langue officielle outre-manche, je me questionnais sur la chère jeune sainte Jeanne D’Arc boutant les « anglois » de France. N’a-t-elle pas empêché —séparant ainsi les deux nationalités, les antagonisant pour de bon— la langue française de devenir une langue internationale autrement hégémonique alors que l’espagnol monte sans cesse. Avec le temps, l’établissement en fière Albion aurait fini sans doute par imposer, par répandre le français dans les îles. Pas sûr mais fort plausible !
Eh bien, d’autres y ont songé comme Henriette Walker, par exemple, qui publie « Honni soit qui mal y pense » (Lafont, éditeur). Cette grande nation parlant français, de Londres à Berlin (ou quasiment), unie, aurait colonisé l’Amériques du nord de fond en comble. Imaginons cela : seulement de ce côté–ci de l’Atlantique, près de 300 millions de francophones ! Ajoutez à ce 300 millions, Angleterre, Écosse, Galles, Irlande probablement !, et, qui sait, tant d’autres pays d’Europe entraînés à cette époque par la force du français. Rêvons, ça ne coûte rien.
7-
Je reviens tout juste, pause obligée, du magasin de 17 h., de l’École hôtelière voisine. J’ai toujours un livre de poche installé dans la file. Ces temps-ci, le polar : « Pars vite, et reviens tard ». Surprise ce mardi, il n’y a que deux dames en attente de bonne bouffe ou… de déceptions disons car, parfois, leur menu est maigre ! Deux bavardes amènes et nous voilà trio jacassant. L’une vient du Plateau, milieu modeste, l’autre vient d’Outremont. Quoi ? Non, non pas de ce « Outremont-ma-chère », cette scie, car il y deux Outremont : le bas, au nord, et le haut au sud, plein de manoirs sur les coteaux du mont Royal. Les portes s’ouvrent et c’est rempli de belles offrandes. Ma nervosité ! Comme toujours, je remplis mon petit panier au grand complet et puis, je distingue, je calcule et je rejette pour les retardataires. Il y a Aile qui me gronde souvent : « Ah non, pas ça, pas ci ! »
Cette fois canard, cailles, potages frais…elle est contente.
Faudrait bien que j’en ponde une de mes dix histoires érotiques promises à l’éditeur Jacques Simard pour le marché français. Mais quand ? Le matin ? Vers 10 h., petit-déj, journaux, courrier postale, parfois travaux de maisonnée. Ensuite, lunch léger vers 14 h. Le soir ? Télé aux côtés de ma tendre Aile (« tendr’aile », mm !) avec les infos et/ou divertissement, surtout des documentaires, et lectures si c’est « plate ». L’après-midi ? De15 h. à 18 h. : Les courriels et mon journal.
Bon, c’est décidé, je couperai la poire en deux : le journal mais seulement après ces dix nouvelles « amoureuses ». Le romancier a des droits, non ? Ouen, me semble que je voulais peindre et ne plus écrire moi ? Un éditeur vous veut et voilà comment on est :on dit « oui ». Écrire, maudite passion !
Carmen M. du J. de M. me ré-expédie, enfin, quelques vieilles photos remises offertes de son interview sur « Je vous dis merci ». Note : « Je prends ma retraite. » Ma vadrouilleuse « mondaine » à l’ancre, comme tant d’autres vétérans, il me restera plus rien de ces fidèles supporteurs de ma prose annuelle. Me semblait que j’écrirais plus… la ferme Jasminovitch !

Le mercredi 30 janvier 2002

Le mercredi 30 janvier 2002
1-
Lumière pâle, toujours, dans ce ciel mat. Grisaille pour cette fin de janvier. Demain…déjà février, le mois racorni, raccourci ! On verra mars s’amener et puis ce sera « le portique » du si beau printemps québécois, revigorant, si stimulant quand la lumière baissait depuis si longtemps, depuis novembre. Ma hâte !
Ce matin, appel de la radio de CKAC. C’est un certain François Reinhardt à l’appareil. Il est le fils de Roger, avocat de la Grande-Allée d’Ahuntsic (oui, nous avons comme à Québec, une « Grande Allée »). Maître Roger (revu en rencontres « almamater »-iennes) fut un collègue de classe au collège Grasset. Il était si brillant, en tout, un bolé, un Premier-de-classe, raflant les premiers rôles de notre théâtre-amateur. Je fis rire le fiston lui révélant notre jalousie de ce beau brummel frisé, aux allures d’Adonis bien grec et surdoué. Mais, il était petit de taille, ah ! tout de même :justice immanente.
Dans mon feuilleton « La petite patrie » Roger était incarné par l’acteur Jean-Pierre Chartrand, pas bien haut sur pattes, lui aussi. Un soir dans un restau du Vieux, rencontre inopinée, face à face cocasse, mon Roger et Chartrand que j’accompagnais . Amusante rencontre, on peut l’imaginer. Donc le Reinhardt-fils me prévient : « Benoit Dutrisac et Geneviève Saint-Germain vous veulent au micro pour discuter sur « les vieux qu’on jette tôt ». Actualité : de « vieux » ministres du P.Q. viennent de démissionner étant donné qu’ils perdent leur…portefeuille (et c’est bien le cas de le dire !).
Je m’amuse une fois en ondes, rappelant qu’à leur heure de radiodiffusion c’était moi, le vieux, et le vieux Pierre Marcotte qui régnions en ondes avec l’amusante tribune : « La moutarde me monte au nez ». On nous avait…jetés le jour du mariage CJMS-CKAC ! Les ingrats ! ! Je cause sur les « jetés » de Radio-Canada en 1985-1990. Ce vice actuel de « l’âgisme », renie l’expérience, la sagesse aussi.
Mais Dutrisac et moi tombons vite d’accord : ces « sans portefeuille » devaient rester, devenir une sorte sénat utile, rester au fort comme conseillers précieux. Mais non, Chevrette, Brassard et Cie…claquent les portes, humiliés ! Il s’en va l’ex-ministre, il claque la porte, il n’a plus de chauffeur, plus de limousine, fini le sérail du paquet de fonctionnaires l’adulant…C’est navrant. Surtout en un parti dont l’idéal est haut placé : l’indépendance nationale.
Télévision surprenante parfois. Lundi soir, en ville, sans l’horaire, nous zappons au hasard, cherchant quoi dévorer et soudain, paf !, sur PBS, USA, un vieux barde enfoui dans un affreux fauteuil et ce pépère de la série « Masterpiece Theater » annonce un truc fort audacieux : un « Othello » de Skakespeare en une version moderne. Ça se déroule —anticipation— dans un Londres en émeutes, et ce Noir fabuleux, fort et sage à la fois, John (nom de famille : Othello) s’y montre le seul grand capable de rassurer les populations. On imagine la suite.
Oui, il n’y a bien entendu la belle Desdémone, le fidèle traître, Iago. Une dramatique télé hors du commun. Décors actuels pour ce vieux drame du grand Bill ! L’épopée de William se fait bardasser, se fait secouer le cadran, c’est prévu, c’est entendu mais il n’en reste pas moins un spectacle singulier de deux heures, mené tambour battant avec une imagerie surprenante, un découpage haletant. Ah oui, la télé parfois…magnifique. Notre anglais étant ce qu’il est, de grands pans du dialogue nous échappent un peu, les mots en sont vagues, mais la trame de l’intrigue (connue pour « Othello ») est clairement symbolisé. Je refuse que l’on de condamne la télé en bloc. Il y a des oasis, rares, mais féconds en diable !
2-
L’ex-patron qui fit florès aux « alcools et vins du Québec » (SAQ) va débuter le 18 février chez « Loto Québec ». La peur ! On doit attendre de ce M. Frigon, PDG retors, habile, brillant, le même envahissant succès. Peur car, déjà, on trouve 150,000 « joueurs compulsifs dans cet « État-Maffia », le Québec ! Beaucoup de ces « accrochés » sont en attente de traitement car il y a manque d’argent public pour soigner ces malades du jeu ! C’est Claude Bilodeau, responsable pour ces soins, qui l’affirme et qui s’indigne, se lamente. Depuis 1960, le pays a su évoluer dans maints domaines…mais dans ce domaine du vice, il se surpasse. Hélas ! Une réussite louche installant tant de citoyens qui grèvent leur budget, souvent pas bien gros car l’on connaît de terrifiantes statistiques. Plein de gagne-petits, parfois des assistés sociaux, qui rêvent de « s’en sortir » en privant la famille du nécessaire, misant sur ces machins et machines qui ne font que des dépités névrosés qui, sans cesse, retournent aux odieuses manettes du mauvais sort. Un pays tapissé de « one-arm-bandit » !Une infamie funeste, non ?
Un jeune homme sympathique, rencontré hier à la « taverne Magnan », m’invite à co-animer avec lui, un samedi, son émission à CKAC. J’ai spontanément dit « oui, avec plaisir ». En avril seulement lui ais-je spécifié. J’ai décidé de refuser toute invitation durant l’hiver. Je me suis déjà retrouvé sur la route de Rimouski dans une longue plaine, en pleine tempête de neige. Ne plus voir que du blanc dans le vent, partout. Il n’y avait plus ni ciel, ni sol, que du blanc dessus, dessous, sur tous les côtés. Affreux ! Ne pas savoir où est la route…Risquer sa vie alors ! Non, plus jamais. Le jeune de CKAC me dit soudain : « Je vous écoutais parler de ce Ovila dans votre conte de Noël, c’était mon enfance, ce Ville-Jacques-Cartier, encore plutôt bidonville de squatters en 1960.
Nouveau témoignage donc et qui s’ajoute à cette photo-internet expédiée pour me montrer la pauvre bicoque familiale d’un « misérable » hugolien. Je lui donné mon adresse-courriel : claudejasmin@citenet.net et je vais guetter un signal…en avril.
3-
Est-ce que devrais poursuivre, avec avocat, Ginete Herry pour « offense au droit moral » de mon collègue Carlo Goldoni ? Ou bien le petit-fils de son petit-fils de son petit-fils à Goldoni le fera à ma place. Car il est inextinguible le droit d’auteur sur le plan moral. Quand on tripote un texte, qu’on le coupe sans vergogne comme elle fait, qu’on le triture comme elle l’a fait pour « L’honnête fille », spectacle présenté chez Denise-Pelletier. En ce moment, il fait florès, dit-on, le grand bonheur des élèves des écoles. Comme Desgagnés le fait au TNM ces temps-ci avec Shakespeare (Les Folles de Windsor !) ça y va et pas par quatre chemins. Un cirque. Des cabrioles, des gesticulations, du mouvement… l’air du temps. Des images virevoltantes, costumes à « velcro », changeables en un éclair, du décor transformable et le reste ? Claques et fouets, giffles et coups de pied au cul, le diable est aux vaches et le rythme à la belle épouvante. Le texte du mort ? Ah b’en le texte…L’auteur est bel et bien enterré et…muet, non ? On peut y aller rondement ! Je ne sais trop quoi penser : présenter sans succès le texte intégral avec honnêteté intellectuelle… ou bien le trancher comme saucisson, lui enlever le trop plein de phrases, et en avant pour les folies bouffonnes. Écoutez les rire des écoliers !Au moins, les jeunesses vont savoir le nom de l’auteur décédé ! « La gang ? Goldoni c’est mieux que Goldorak, eille !, on était pliés en deux, les gars, allez-y ! »
Ouen !
Ouaille ! Sujet de réflexion : poursuivre ou non, pour atteinte morale à l’œuvre…mmm !
4-
Entendu Henri-Bernard Lévy affirmer face à Durant de « Campus » : « Les fascistes verts ! » Oh ! Écologie et nazisme, même combat ? Je sais qu’il y a tant d’exagérations chez les « verts » fanatisés qu’ils atteignent une sorte de totalitarisme dans les revendications en Europe, une intolérance « annoncée » qui fait frémir…si jamais…ce mouvement grandissait vraiment. . Mais…fascime ? A-t-on vraiment raison : l’intolérance de certains écolos peut faire peur, c’est vrai. On en voit s’associant à l’extrême droite d’un Le Pen en campagnes électorales françaises. Ici ? Pas encore à la mode. Autre sujet de réflexion…
J’enrage encore en lisant ce matin (plume de Nathalie Collard) l’expression désuète et si mensongère : « les deux sollitudes » . Hughe McLennand (!), —l’excité écrivain anglo qui avait sorti sa carabine sur sa galerie des « Cantons de l’est », tout apeuré par la « Crise d’octobre »— était dans les patates en créant cette connerie. Il n’y a pas, mais pas du tout, « deux solitudes » ici. Il y a deux nations, deux langues. Collard vantait les mérites de Peter Gzowski qui vient de passer l’arme à gauche (çâ me rire cette expression) et répétait qu’on n’enbrevenait pas de découvrir que les Québécois ignoraient ce reporter-vedette de la CiBiCi. La belle affaire ! C’est tout à fait normal. Qui, chez les Canadians, connaît nos grands reporters ? Personne. C’est cela deux « nations », pas deux solitudes… de mes deux fesses !
Dans notre pays, plein des nôtres qui lisent The Gazette, Globe and Mail, écoutent la CiBici….ce sont des colonisés. Des cocus contents. Ils souffrent de racisme. D’un racisme inverti. Écoutez-les parler. Cela veut dire que les autres, à ses yeux, sont tous parfaits et les nôtres, tous des crétins et des incapables, le raciste inverti méprise qui il est et qui nous sommes. C’ est un raciste. Inverti. L’intolérance, la xénophobie, haïssables sentiments, le concernent. Son racisme, son intolérance est toute tournée contre les siens. C’et un malade. Gravement.
Ce matin, bang ! Surprise à la radio !!! Un bonhomme d’ici, en anglais, en voyage en Angleterre, déclare que pour aider mieux le réseau français de Radio-Canada (on n’est que 2% en Amérique du nord, donc menacés davantage ), il n’y aurait —tenez-vous bien— qu’ à fermer la CiBiCi.
En effet, les Canadians ignorent Radio-Canada alias Canadian Broadcasting. C’est un fait patent. Ils regardent la télé, écoutent la radsio des amerloques (les cousins riches).
Les Canadians lisent les magazines USA, n’estiment vraiment que les produits made in USA. C’est une sorte de colonie niaise. Seuls quelques intellectuels et écrivains « canadians » subventionnés, estiment le Canada anglais. Ils se méfient, mais trop tard, de l’assimilation —galopante déjà— étatsunienne.
Le gros des populations —avec les émigrants rêveurs d’USA— s’en sacre. Ils sont déjà étatsunien et jusqu’ à l’os. C’est une vérité tue. C’est une réalité incontournable qui choque, qui enrage les profs d’université à Toronto, à Vancouver comme à Halifax. C’est un fait très têtu qu’on le veuille ou non.,
Or CiBici suce les deux tiers de l’argent public (normal quota) pour radio et télé publiques…. Avec, au contraire des Québécois, presque personne à son écoute. En effet, fermons la ruineuse CiBiCi déserte. Ils sont 250 millions au sud ! Fatale attraction ? Oui. Si La France (55 millions) avec ses fabuleuses ressources, si Paris se situait là où est New-York… verrait-on le même phénomène ? Sans doute que oui. On dirait : faut fermer Rdio-Canada personne ou presque regarde !
Si je n’avais pas mon journal J.N., ici, j’enverrais une lettre ouverte là-dessus (« Fermons vite la CiBicI ! »). Au Journal de Montréal, au Devoir, à La Presse —comme on le faisait depuis septembre dernier— on jetterait ma lettre au panier ! J’ai un lectorat, ici, de 200 personnes, me dit l’organisateur de ce site. Je compte sur ces lecteurs rares pour répandre l’idée : « Faut fermer la CiBiCi, ruineuse, inutile, vaine, verser ces fonds gaspillés au vaillant réseau français ! »
5-
Dimanche soir dernier, étonné d’abord d’entendre la fameuse Jeanne Moreau —qui incarne las Duras dans un film récent— affirmant : « Il faut être fou pour écrire. Marguerite Duras l’était. » Faut être fou ? Hum…Ensuite, elle dit : « L’écrivain n’est qu’un dévoreur de tout ce qui l’environne. Duras dévorait tout autour d’elle. » ». Eh b’en ! Elle ajoutera : « C’est un métier de solitude totale, écrire. Nous, les acteurs, on a toujours du monde autour, d’autres acteurs, notre réalisateur, ses assistants, des techniciens qui nous regardent travailler. L’écrivain, lui, est tout seul, Duras était seule. »
Fou et dévoreur et solitaire ? Mais non, Jeanne Moreau, non, il y a une sorte de formidable solidarité —l’ouvrage publié— entre liseurs et auteurs ! Allons, ce n’est pas fou de vouloir écrire, c’est sain, très sain. Dévoreur ?…là, oui, inévitablement puisque rien ne naît de rien. Pourquoi pas observateur au leu de dévoreur ?
Je suis e n train —ayant mis pas loin ce « Parfum de cèdre » de Mac Donald— de lire « Le liseur » qu’Aile a acheté hier chez Renaud-Bray, Avenue du Parc. Que « 9 tomates » chez Folio. Un collégien happé par l’amour très génital (à cet âge),séduit par une belle et vieille (30 ans !) conductrice de « transport en commun » …qui se retrouvera dans un procès —post-guerre de 1945— de gardiennes de camp de concentration…eh oui ! Oh ! Bien mené. Fameux. Je l’achève avec déplaisir, je voudrais que cela dure. J’en reparlerai donc sous peu. J’ai terminé, avant-hier, la biographie de Bernard Landry par Vastel. Ce dernier a une manière abrupte de narrer. Ses liens sont mal tissés. Il n’est pas un littéraire et cela fait que sa rédaction reste…disons, comme en a-plat. En revanche, s’il m’énerve, il me comble par sa recherche solide. Il a bien fait son job de biographe, avec rencontres diverses, —parents, amis, voisins, ex-collégiens, anciens chefs politiques, adversaires même. Terminé, on a une bonne idée du personnage public. Que de luttes souterraines, que de temps passé en caucus, en bagarres, en réunions niaises, —avec la cohorte des malheurs domestiques, familiaux, fils drogué en danger, etc. qui s’ensuit forcément— que de vie gaspillée en manigances politiciennes imbéciles.
Oh les calculs qu’il faut faire pour monter, pour combattre. Pour tenir. Pour réunir. Il y faut une âme de militant paroissial et aussi d’idéaliste entêté. certes…bien souvent, sordides batailles coulissières, perpétuelles, pour émerger sans cesse, se reprendre, s’excuser, réparer les bourdes, consoler les blessés, chasser les comploteurs… que de trivialités stupides. Un métier ingrat, impossible.
On sort de cette lecture de Vastel —qui sait la musique par cœur, y rôdant depuis si longtemps et on est en confiance — partagé : est-ce qu’il faut être un saint ou un imbécile pour accepter ce fatras infâme, ces combines obligatoires, ces longues veillées avec, parfois, de fieffés imbéciles qui ne cherchent qu’ à se donner du lustre. Je ne sais pas. Je ne sais plus. C’est fascinant et triste à la fois.
Le pouvoir est une corruption totale et il faut arriver à l’obtenir par les plus vils moyens à l’occasion mais s’en sortir comme lavé. Un art difficile, on l’admettra. Comment donc y parvenir ? Par des gestes uniques. Une vue forte. Un but grave .De Gaulle comme Mitterrand, Churchill comme Kennedy, tous, ils firent de sombres magouilles un jour ou l’autre et ils réussirent à émerger en…grands personnages. Quoi ? Ce misérable tas de petits secrets (éventés souvent dans la bio de Vastel) dont parlait Malraux. Sais pas.
Et le livre de Michel Vastel sur la vie de Landry m’a servi d’aide-mémoire des temps récents, cela du RIN de 1960 ou putsch —de Gérald Godin, poète et député— anti-P.-M. Johnson… C’est excitant, on oublie si vite l’histoire qui est en train de se faire. Hier, aujourd’hui, demain.
Allons voir si l’école des jeunes chefs a bien fait se devoirs du jour…J’ai faim.

Le samedi 26 janvier 2002

Le samedi 26 janvier 2002
1-
C’était hier soir, vendredi et no aujourd’hui que nous avions des billets pour aller voir « Antarktikos » au théâtre de « la Licorne » un « trou », rue Papineau en face de l’ex-théâtre de Latulippe.
Je me suis senti comme, étant jeune, une sorte d’initié au théâtre marginal. Nous sommes en 2002. Un local de misère. Une centaine de chaises. Atmosphère « bohème » du temps de notre jeunesse (1950). Ces lieux d’un ordre…bancal… Six acteurs tentent de nous faire accroire à six échoués sur une banquise du Pôle Sud. Six gaillards condamnés à mort dans le froid et la nuit. Quelques vagues plates-formes, quelques accessoires, un rideau blanc que l’on éclaire…jour, nuit, aurores boréales, étoiles… pour ciel. Statisme obligé, c’est la nudité des éclopés, des perdus dans le glacial lieu, désespérés, l’arctique et ses dangers de mort.
Un spectacle étonnant. Ils rampent, ils se tortillent, ils s’emmitouflent dans leurs fourrures et guenilles et bottes de misère…ils gèlent, ils crèvent de faim, de soif, ils
agonisent…Tableaux bref, black out fréquent, on rallume, ça ne va jamais mieux. Un texte de David Young —Cuillierier me dit que cela durait quatre heures à la rédaction— qui veut raconter six cro-magnons, six homo sapiens sapiens…de 1912, bataillant pour la survie. Une soirée de théâtre peu commune ! Ce n’était pas plate du tout, D’amour et Bossé se dépensent avec brio. Monty, le metteur en scène, y a mis tout ce qu’on peut mettre pour faire voir la déchéance, le degré zéro d’une existence qui ne tient pis qu’à quelques fils ténus.
Avec nos amis, somme allés d’abord bouffer au « Stromboli » de la rue Mont-Royal, pas loin. Restau pas cher où je me régalai de pasta « fruitti della mare ». Vin rouge. Au bar, je remarquais un jeune homme plein de verve, tendu, éclatant de vie. J’ai songé à nous, jeunes artistes, espérant mer et monde de l’avenir encore très incertain. Je suis toujours ému quand je croise de ces jeunes, filles ou garçons, qui me semblent fiévreux, ouverts. Je me dis chaque fois : « Oh providence des jeunes âmes d’artistes, veillez à ce qu’ ils ne soient pas déçus. Accordez à ces jeunes enthousiastes un peu de succès et le pus tôt possible. Amen ! »
Le matin, vendredi, visite au Stanley Cosgrove d’une petite murale (assez conservatrice) au cégep Saint-Laurent. Verre de punch. Discours d’inauguration. Vidéo amateur où l’on a pu voir Cosgrove, vieux, venu signer sa fresque où l’on voit cinq personnages en toges romaines (!) , symboles de la philo et des sciences, l’ouvrage signé prenait de la plus-value ! Dehors, manifestation agressive des collégiens qui protestent contre les subventions des industriels, proclamant que leur institution, de cette manière, s’inféodait bassement aux capitalistes méchants.
En sortant, des crieurs s’entassent au portique pour faire échouer la cérémonie. Un jeune meneur, 17 ans, beau, écumant, allure d’un Robespierre démonté, crie à tue-tête. Des gardiens s’énervent, se préparent à l’empoigner, à le « vider ». Il s’agite, frénétique, semble au bord de la commotion. L’hystérique s’époumone, ses camarades l’ entourent, on craint la crise fatale. Silence et prudence autour de lui.
Il me regarde, insistant, sortir. Je vais vers lui, lui prend un avant-bras, il ouvre la bouche comme pour me condamner Je lui dis très calmement, le dévisageant avec sérénité : « Jeune homme, on a souvent raison de protester, jeune. Gardez votre faculté de l’indignation. Bon courage. » Il semble calmé net . Ne dit plus rien. Et on s’en va dans le silence nouveau.
Ce matin, dehors, Chemin Bates, l’eau coule dans le caniveau ! Incroyable ! Un 26 janvier ! 45 minutes plus tard, deux œufs au « Petit chaudron » et le Journal de Montréal. Qui ne s’améliore pas. Un visuel de délabrement. Petit torchon imprimé à la va vite, contenant plein de nouvelles fraîches racontées brièvement selon la formule qui a fait le grand succès de ce canard populiste. En après-midi, sous un soleil formidable, notre marche rituelle.
Vendredi matin, devant descendre en ville pour cet « Antarkticos » et m’ennuyant de mon fils et des siens, j’offre de luncher ensemble à Ahuntsic mais : « Ah, impossible, les deux gars sont en congé, papi, et nous montons skier justement dans les Laurentides », me dit Lynn, ma belle bru. Ma déception.
Jeudi soir, à ARTV, vu « Un mois à la campagne », téléthéâtre de Richard Martin. Dyne Mousseau fantastique, hallucinante, comédienne, on l’a oubliée. Ce drame d’Yvan Touirgueniev est moderne par son thème : « Une femme mûre amoureuse d’un jeune de 20 ans, bien joué par Gadouas junior. Je me suis souvenu : à Rosemont, mon lunetier débordé me recommande de revenir plus tard et je traverse la rue pour entrer dans un gargote infâme pour manger un brin. Elle est là, mal vêtue, le teint pâle, les traits défaits, prostrée, marmonnant pour elle-même, dans un coin du restaurant, elle, Dyne Mousseau qui a abandonné son métier pour cause d’éthylisme. Ma gêne, je n’ose aller la saluer, la crainte de l’humilier, de faire voir sa déchéance. J’en avais mal au cœur.
2-
Rima Elkouri, de « La Presse », signe un étrange papier. Elle parle d’un certain Leduc…dont la mère est émigrante et dit : « Il n’est donc pas de souche ! » Pourquoi spécifier cela ? C’est idiot. Une lectrice (Odette Poitras) lu a fait des reproches car Elkouri a publié que le boulevard L’Acadie n’est pas le bon nom pour baptiser un chemin rempli d’usines et d’entrepôts. Sa lectrice, remarquant son patronyme d’« étrangère » (Elkouri), prenant la mouche, lui recommande de mieux étudier notre histoire, que l’Acadie est un nom utile à signaler et blablabla ! Une querelle insipide en somme ! Or, la Rima, née ici, au lieu d’affirmer son intégration, se vante de manger du « tahiné » du « labné », du « shish taouk », initiée par sa grand-mère paternelle syrienne. Son grand-père aurait fui, dite-elle, la guerre des méchants Turcs. Bref, elle entretient une vaine chicane en semblant recommander une affirmation des anciennes racines, ici, les goûts du ghetto. Comme c’est bizarre cette susceptibilité !
Éloges rares de Robert Lévesque, dans « Ici », , pour « Au coeur de la rose » de Perrault au Rideau Vert. Ce texte dont je fis les décors fut monté par Paul Blouin à la télé d’abord, 1958. Pierre-Jean Cuillierier, on en a jasé au « Stromboli » vendredi soir, jouait à « La Boulangerie » de Sabourin (1964 ?), le rôle du marin-survenant au phare. Lévesque, dithyrambique, parle de cette reprise comme de l’un des deux grands évènements théâtrales de ce théâtre de RTUrgeon.

Le mardi 22 janvier 2002

Le mardi 22 janvier 2002
1-Marchant vers j et c, le merveilleux temps doux ! Je chantonnais la toune de Léo Ferré — » C’est le printemps « — le long de mon chemin vers mon dépanneur. Le ciel plein de trous bleus. Du Marc-Aurèle Fortin ! Le cher homme, c’est ici, à Sainte-Adèle, hélas, qu’une voiture le frappa sur son vélo (sur la 117, près du site du Petit Chaudron, dit-on. Il refusa de se faire hospitaliser  » le sauvage, le bougon, le génial peintre. Encore hélas! M.-A. F. en gardera des séquelles énormes et il allait payer bientôt pour ce refus de soins.
J’ai montré à ma chère Aile les six ou sept premiers essais de peinture sur…vieille pages de journal. Je tente de conserver des photos, des titres, des pubs même. Je tricote tout autour. Feutres de couleur, gouaches, marqueurs noirs, aquarelle, taches avec éponges etc. Cela me fait du papier comme froissé. J’aime bien. Aile pas trop certaine d’aimer le papier  » ridé « , mais pour mes gribouillis, ça va, il apprécie ma folie graphique. En tous cas que tout cela aile à la poubelle ou non, je m’amuse comme…un enfant à la maternelle.
Katleen (Hélie) est l’adjointe efficace de Victor-le-matamore de Trois-Pistoles. Elle m’expédie, merci ordinateur !, une photo de ce Ludovic belge venu me mitrailler de mille  » clics  » chez moi samedi, en ville. Le choix est fait, je crois. Assis sur le divan de cuir, au salon, je suis en train de lire le cahier  » spectacles  » de La Presse, j’ai mes bésicles sur le nez, et je semble inquisiteur et grave ! Je me laisse faire en cette matière éditoriale. Je suis pas le  » boss « .
Pour le Stanké, ce  » Je vous dis merci « , Cornellier qui m’a fait des éloges dans  » Le devoir « ,a dit que  » la couverture est très vulgaire , laide, une honte  » et que moi, artiste, j’aurais dû protester…  » Or, c’est moi, pour une fois, qui avait proposé cette couverture…avec une photo d’Aile, moi en  » overall  » avec une  » canne  » de peinture et un gros pinceau…Vulgaire ? Non mais… Mon Stanké a bien rigolé, tordu !
2-La Chine devrait acheter ses avions en France. Ou ailleurs, chez nous, tiens !Quelle idée d’acheter USA. Elle a été  » pognée « . Les micros cachés…et le Busch mal pris…La CIA travaille fort ! Elle vient de gaffer gravement ! Encore !
 » Life savers « , ces bonbons que nous aimions tant déjà dans les années 1930, les enfants suceurs vont se fabriquer à Ville Mont-Royal chez Kraft Co. Icitte ! Okay ! Voilà que malgré les millions (62 M. Can, ou 38 M. US.)offerts pour rénover sa vieille usine de Holland (Michigan),  » Life Savers  » préfère produire où l’argent coûte moins cher. Avantages d’être pauvres ! C’est 750 emplois pour stimuler les caries des enfants du monde!
J’enrage encore : Plamondon titre son nouveau spectacle musical :  » Cindy « . Pas  » Cendrillon « . En France, à Nice. Une jeune beauté a été primée et engagée aussitôt par Plamondon dans sa nouvelle  » patente à tableaux « , cette chanteuse participait à une sorte de concours de beauté, et cela se nommait :  » Star Academy  » ! Non mais, ces gnochons de fascinés par les USA, ces colonisés de Français toujours à genoux face à la langue des amerloques… Assez non ?…Que de coups de pied au cul qui se perdent ! Nous, collés sur eux, nous tentons de résister et eux, au lieu de collaborer à nos efforts, à notre résistance, à la défense du français, glissent dans la mode  » mondialiste « , qui est, au fond, une mode étatsunienne ! Traîtres !
3-
J’ai connu ce ministre Baril à CJMS, 1993-1994. Une queue de veau. Collant. Fouineur. Il se sortait de la drogue et se démenait pour collaborer à une maison de désintox qu’il patronnait. Je le trouvais un peu baveux, il avait des allures de…rastaquouère…Je me retiens tant que je peux de juger les gens sur la mine, le masque, la binette quoi. Pas facile. Comme tout le monde, une tête me revient…ou pas. Bon, le Baril en question a réussi à se faufiler dans un parti politique, il est devenu  » indispensable  » et je le crois suractif et dévoué et tout. Le voilà qui embarrasse son ami Bernard Landry avec son copain André Desroches, un démarcheur qui n’a pas froid aux yeux. Ce  » Desroches à Baril  » organisent des  » fêtes  » avec ministres invités et gens de compagnies de marketing, de pub, pour favoriser…le favoritisme. Hum ! Patate chaude !
Au fond, plein de Gagliano partout dans ces réseaux de contacts politiques, un monde que je fuis comme la peste depuis toujours.
On m’a fait des approches dans le temps que j’avais journal et micro. Tant de journalistes glissent vers ce que je nommerais  » l’attachisme-de-presse  » ! Plein des personnages maniganceurs qui tentent d’arracher des faveurs, des contrats. Un mascarade qui dure depuis toujours. C’ est pour cela que j’ai tant ri en voyant les gens des médias jouer les scandalisé Eux-mêmes mangent avec ces politiciens et leurs bons copains dans les  » cafés  » des parlements. Un Pierre Pasco, à CKAC, jadis, les avait vertement dénoncés. Ils savent bien ce qui se passe. L’un de ces zélés en fait trop,se fait prendre, et voilà nos reporters jouant les surpris ! Non mais…
Déclaration de ce dégueulasse de Dutrou (x) belge en prison : La Justice (en Belgique) ne veut pas s’intéresser aux réseaux de pédophilie…  » Aïe! S’i disait vrai? Il sait de quoi il parle le chien ! En fouillant dans son dossier ( à Dutrou (x) , les chefs politiques pourraient avoir découvert des noms de dignitaires parmi ces pédés dégoûtants. À suivre…ou bien à ne pas pouvoir suivre, les gens bien installés sauront peut-être enterrer et Dutrou (x) et les réseaux affreux où martinent des gens respectables, très respectables !
4-
La Lysiane ce matin : quatre motifs pour ces gens instruits, riches, bien établis, qui vont en politique malgré une baisse de revenus. a) pour leur  » égo  » vaniteux, b) par besoin de changer d’existence, lassitude quoi, c) pour des idées, d) pour  » servir « .
Par deux fois —aspirant-échevin dans Ahuntsic avec le FRAP en octobre 1970, et aspirant-député dans Outremont avec le P.Q. en novembre 1994— j’ai voulu  » servir « . Je me disais que, chanceux dans la vie, je devais remettre cela aux gens. À ma modeste façon. Deux échecs dont je jase dans ce  » Écrire  » que je viens de confier aux éditions Trois-Pistoles.
Après le lunch, —un reste de pâtes réchauffées, j’aime— promenade de santé autour du lac sous un soleil radieux. Aucune rencontre une fois de plus. Plus personne ne marche ? Nous sommes allés dans le sous-sol de l’église pour vérifier le travail récent des  » cadastreurs  » du  » gov’ern’ment « . Aile tenait à voir, de visu, si son terrain avait été arpenté et mesuré de la bonne manière. Eh oui ! Rien n’est changé. Une farce ce gros ouvrage de vérification ? Allons ! On fait cela pour ramener les constructeurs autodidactes (!) aux chalets ou maisons construites sans permis vers les bureaux des taxes…municipales ! Je le crois fermement. Un voisin dans la queue à qui je fais mes confidences de néo-anarchiste opine du bonnet et rigole fort. On est du même clan ?
Je lis  » Le coffre de cèdre « , de madame Mac Donald, un fort succès de librairie. C’est amateur. Ouvrage d’écrivain du dimanche. Dialogues faux. Intrigues mal tricotées, pas d’économie scripturaire habile, punch soudain, accident imprévu, changement étonnant…peu importe…on tourne les pages. Ce long récit, une sorte de saga, se lit avec le sentiment que l’auteure raconte la vraie histoire de sa famille au bout du Cap Breton. Ça sonne vrai ! Aussi je poursuis ma lecture et je comprends bien son succès. Mal fait , mal écrit , peu importe, les événements narrés semblent tout droit sortis de l’album de famille de MacDonald. C’est ce qui comte maintenant : l’autofiction. Comme J.N. ? Comme la vérité.

Le mardi 22 janvier 2002

Le mardi 22 janvier 2002
1-Marchant vers j et c, le merveilleux temps doux ! Je chantonnais la toune de Léo Ferré — » C’est le printemps « — le long de mon chemin vers mon dépanneur. Le ciel plein de trous bleus. Du Marc-Aurèle Fortin! Le cher homme, c’est ici, à Sainte-Adèle, hélas, qu’une voiture le frappa sur son vélo (sur la 117, près du site du Petit Chaudron, dit-on. Il refusa de se faire hospitaliser  » le sauvage, le bougon, le génial peintre. Encore hélas! M.-A. F. en gardera des séquelles énormes et il allait payer bientôt pour ce refus de soins.
J’ai montré à ma chère Aile les six ou sept premiers essais de peinture sur…vieille pages de journal. Je tente de conserver des photos, des titres, des pubs même. Je tricote tout autour. Feutres de couleur, gouaches, marqueurs noirs, aquarelle, taches avec éponges etc. Cela me fait du papier comme froissé. J’aime bien. Aile pas trop certaine d’aimer le papier  » ridé « , mais pour mes gribouillis, ça va, il apprécie ma folie graphique. En tous cas que tout cela aile à la poubelle ou non, je m’amuse comme…un enfant à la maternelle.
Katleen (Hélie) est l’adjointe efficace de Victor-le-matamore de Trois-Pistoles. Elle m’expédie, merci ordinateur !, une photo de ce Ludovic belge venu me mitrailler de mille  » clics  » chez moi samedi, en ville. Le choix est fait, je crois. Assis sur le divan de cuir, au salon, je suis en train de lire le cahier  » spectacles  » de La Presse, j’ai mes bésicles sur le nez, et je semble inquisiteur et grave ! Je me laisse faire en cette matière éditoriale. Je suis pas le  » boss « .
Pour le Stanké, ce  » Je vous dis merci « , Cornellier qui m’a fait des éloges dans  » Le devoir « ,a dit que  » la couverture est très vulgaire , laide, une honte  » et que moi, artiste, j’aurais dû protester…  » Or, c’est moi, pour une fois, qui avait proposé cette couverture…avec une photo d’Aile, moi en  » overall  » avec une  » canne  » de peinture et un gros pinceau…Vulgaire ? Non mais… Mon Stanké a bien rigolé, tordu !
2-La Chine devrait acheter ses avions en France. Ou ailleurs, chez nous, tiens !Quelle idée d’acheter USA. Elle a été  » pognée « . Les micros cachés…et le Busch mal pris…La CIA travaille fort ! Elle vient de gaffer gravement ! Encore !
 » Life savers « , ces bonbons que nous aimions tant déjà dans les années 1930, les enfants suceurs vont se fabriquer à Ville Mont-Royal chez Kraft Co. Icitte ! Okay ! Voilà que malgré les millions (62 M. Can, ou 38 M. US.)offerts pour rénover sa vieille usine de Holland (Michigan),  » Life Savers  » préfère produire où l’argent coûte moins cher. Avantages d’être pauvres ! C’est 750 emplois pour stimuler les caries des enfants du monde!
J’enrage encore : Plamondon titre son nouveau spectacle musical :  » Cindy « . Pas  » Cendrillon « . En France, à Nice. Une jeune beauté a été primée et engagée aussitôt par Plamondon dans sa nouvelle  » patente à tableaux « , cette chanteuse participait à une sorte de concours de beauté, et cela se nommait :  » Star Academy  » ! Non mais, ces gnochons de fascinés par les USA, ces colonisés de Français toujours à genoux face à la langue des amerloques… Assez non ?…Que de coups de pied au cul qui se perdent ! Nous, collés sur eux, nous tentons de résister et eux, au lieu de collaborer à nos efforts, à notre résistance, à la défense du français, glissent dans la mode  » mondialiste « , qui est, au fond, une mode étatsunienne ! Traîtres !
3-
J’ai connu ce ministre Baril à CJMS, 1993-1994. Une queue de veau. Collant. Fouineur. Il se sortait de la drogue et se démenait pour collaborer à une maison de désintox qu’il patronnait. Je le trouvais un peu baveux, il avait des allures de…rastaquouère…Je me retiens tant que je peux de juger les gens sur la mine, le masque, la binette quoi. Pas facile. Comme tout le monde, une tête me revient…ou pas. Bon, le Baril en question a réussi à se faufiler dans un parti politique, il est devenu  » indispensable  » et je le crois suractif et dévoué et tout. Le voilà qui embarrasse son ami Bernard Landry avec son copain André Desroches, un démarcheur qui n’a pas froid aux yeux. Ce  » Desroches à Baril  » organisent des  » fêtes  » avec ministres invités et gens de compagnies de marketing, de pub, pour favoriser…le favoritisme. Hum ! Patate chaude !
Au fond, plein de Gagliano partout dans ces réseaux de contacts politiques, un monde que je fuis comme la peste depuis toujours.
On m’a fait des approches dans le temps que j’avais journal et micro. Tant de journalistes glissent vers ce que je nommerais  » l’attachisme-de-presse  » ! Plein des personnages maniganceurs qui tentent d’arracher des faveurs, des contrats. Un mascarade qui dure depuis toujours. C’ est pour cela que j’ai tant ri en voyant les gens des médias jouer les scandalisé Eux-mêmes mangent avec ces politiciens et leurs bons copains dans les  » cafés  » des parlements. Un Pierre Pasco, à CKAC, jadis, les avait vertement dénoncés. Ils savent bien ce qui se passe. L’un de ces zélés en fait trop,se fait prendre, et voilà nos reporters jouant les surpris ! Non mais…
Déclaration de ce dégueulasse de Dutrou (x) belge en prison : La Justice (en Belgique) ne veut pas s’intéresser aux réseaux de pédophilie…  » Aïe! S’i disait vrai? Il sait de quoi il parle le chien ! En fouillant dans son dossier ( à Dutrou (x) , les chefs politiques pourraient avoir découvert des noms de dignitaires parmi ces pédés dégoûtants. À suivre…ou bien à ne pas pouvoir suivre, les gens bien installés sauront peut-être enterrer et Dutrou (x) et les réseaux affreux où martinent des gens respectables, très respectables !
4-
La Lysiane ce matin : quatre motifs pour ces gens instruits, riches, bien établis, qui vont en politique malgré une baisse de revenus. a) pour leur  » égo  » vaniteux, b) par besoin de changer d’existence, lassitude quoi, c) pour des idées, d) pour  » servir « .
Par deux fois —aspirant-échevin dans Ahuntsic avec le FRAP en octobre 1970, et aspirant-député dans Outremont avec le P.Q. en novembre 1994— j’ai voulu  » servir « . Je me disais que, chanceux dans la vie, je devais remettre cela aux gens. À ma modeste façon. Deux échecs dont je jase dans ce  » Écrire  » que je viens de confier aux éditions Trois-Pistoles.
Après le lunch, —un reste de pâtes réchauffées, j’aime— promenade de santé autour du lac sous un soleil radieux. Aucune rencontre une fois de plus. Plus personne ne marche ? Nous sommes allés dans le sous-sol de l’église pour vérifier le travail récent des  » cadastreurs  » du  » gov’ern’ment « . Aile tenait à voir, de visu, si son terrain avait été arpenté et mesuré de la bonne manière. Eh oui ! Rien n’est changé. Une farce ce gros ouvrage de vérification ? Allons ! On fait cela pour ramener les constructeurs autodidactes (!) aux chalets ou maisons construites sans permis vers les bureaux des taxes…municipales ! Je le crois fermement. Un voisin dans la queue à qui je fais mes confidences de néo-anarchiste opine du bonnet et rigole fort. On est du même clan ?
Je lis  » Le coffre de cèdre « , de madame Mac Donald, un fort succès de librairie. C’est amateur. Ouvrage d’écrivain du dimanche. Dialogues faux. Intrigues mal tricotées, pas d’économie scripturaire habile, punch soudain, accident imprévu, changement étonnant…peu importe…on tourne les pages. Ce long récit, une sorte de saga, se lit avec le sentiment que l’auteure raconte la vraie histoire de sa famille au bout du Cap Breton. Ça sonne vrai ! Aussi je poursuis ma lecture et je comprends bien son succès. Mal fait , mal écrit , peu importe, les événements narrés semblent tout droit sortis de l’album de famille de MacDonald. C’est ce qui comte maintenant : l’autofiction. Comme J.N. ? Comme la vérité.

Dimanche 9 décembre 2001 – JOURNÉES NETTES : (début de journal intime intitulé J.N.)

JOURNÉES NETTES : (début de journal intime intitulé J.N.)

[page Web originale]

1- Ça y est! Ça me reprend. L’envie de tenir journal. Pourquoi pas. Pourquoi pas via l’Internet. J’ai aimé cette douce manie jadis (1986-87-88).

Ciel bleu doux. Bleu tendre. Le  » bleu poudre  » de notre enfance. Depuis deux jours, le froid est arrivé. On a cru que le temps doux du début du mois allait durer jusqu’aux Fêtes. Non, Brr! Nous rentrons, Raymonde et moi, de notre promenade quotidienne ‹adieu vélo !‹ dans les alentours du village. Je rédige cette première page d’un nouveau journal, sur ordinateur.
J’y reviens au journal probablement parce que je suis en train de lire celui de Jean Cocteau. Il raconte les années 1939-1945. Les Allemands dans Paris. La vie culturelle qui semble aussi dynamique qu’avant leur défaite totale. Comme dans tout journal j’y glane des passages captivants. Un air de  » collaboration  » maudite y rode. Cocteau, réputation déjà acquise ( » Les enfants terribles « ,  » Les parents terribles « , film :  » Le sang d’un poète « , etc.) , peut vaquer à ses nombreuses activités artistiques en paix. Relative.

2- Hier soir, réunion d’amis à l’Ile des Soeurs et le producteur André Dubois (« Vendôme « ) m’assomme ! Il m’ annonce que notre ruban vidéo où je racontais la vie du peintre québécois Cornélius Krieghoff, ne semble pas intéresser le canal ARTTV.
J’en suis abattu. J’avais préparé un Marc-Aurèle Fortin en guise de deuxième émission. J’étais prêt à retourner en studio à Ville La Salle, devant ses caméras vendômiennes. Eh b’en non ! On lui aurait dit à ce canal ARTV que c’était dépassé le genre professoral (je me voulais simple conteur, vulgarisateur, pourtant !). Foin de l’aspect  » magistral  » ! Bon, bon. Sus à l’animateur qui parle, seul, debout, devant un kodak ! Bon, bon.
Je retraiterai donc davantage.
Tant pis. Je regrette d’avoir parlé de ce projet qui me tenait tant à coeur lors de cette  » Biographie  » diffusée deux fois cette semaine au canal D.  » Ne jamais parler de ses projets « , me disait-on souvent. Vrai !

3- Avant hier, audition d’un orchestre d’écoliers au collège Regina Assumpta, rue Sauriol, à Ahuntsic, où nous avons admiré le trompettiste de la famille, le fils de Marco et de ma fille Éliane, mon cher Gabriel. 96 jeunes musiciens ! Ça sonnait magnifiquement ! Émouvant. On dit tant de mal de la jeunesse. Toute cette jeunesse qui a pratiqué ses pièces, répétitions difficile prises sur le temps des jeux, des sports, des loisirs ordinaires, et, vendredi soir, ce spectacle étonnant. Oui, émouvant.

4- Jeudi soir, à l’Espace Go,  » Le ventriloque « . Un spectacle pas banal. Texte curieux de Larry Tremblay ( » The dragonfly of Chicoutimi « ). Une fille renfermée dans sa chambre., Elle veut rédiger une histoire. Parents monstrueux qui se méfient de son isolement. Apparitions sauvages, fantomatiques. Séance d’un psychanalyste fou (ca classique). Bref, une soirée hors de l’ordinaire. Freud fait ses ravages. Avec ce Tremblay du Saguenay on est très loin du réalisme de Michel Tremblay. Autre génération. Aucune allusion géographique. Cette fille plutôt bafouée, au bord de la crise de nerfs, vit une sorte de cauchemar existentiel. Elle n’existe pas par rapport aux réalités québécoises. Ce texte pourrait se dérouler n’importe où, dans n’importe quelle langue.

5- Ces jeunes nouveaux auteurs, pas tous, écrivent sur des thèmes indifférents à  » ici maintenant « .  » Le ventriloque  » dont la poupée en cache d’autres, illustre bien que désormais  » peu importe le pays « , toute jeune âme a de lourds comptes à régler.
Comme il le dit dans le programme, Larry Tremblay, on peut fort bien y trouver un questionnement pas vraiment débarrassé de notre problème d’identification nationale. Vrai.
À la fin de la représentation, causerie  » ad lib  » dans la salle. Quand j’ai dit qu’un tel spectacle devrait être montré au grand public, Poissant, son brillant metteur en scène m’a répondu :  » Oui, c’est vrai. Il y a maintenant le canal ARTV.  » Je ne savais que le surlendemain Dubois m’annoncerait qu’ARTV ne semble pas intéressé à notre projet du  » conteur  » de l’histoire de l’art d’ici. Zut !

6- Par ma fenêtre, je vois qu’une partie du lac Rond est en train de virer en glace. L’hiver pour de longs mois s’amène ! Ne pas m’énerver. Je n’ai pas vu passer ni le printemps, ni l’été, ni l’automne!Alors l’hiver, lui aussi va filer à la belle épouvante. Et ce sera de nouveau le printemps adoré qui filera lui aussi. Le temps ! Dès 1995, ma station de radio, CJMS, fermant et Raymonde retraitant de son job de réalisatrice, devenu donc plus libre que jamais, je croyais avoir le temps de voir passer le temps, enfin. Faux ! Il file plis vite que jamais. Bizarre, non ?
Ferrat chantait :  » On ne voit pas le temps passer « , je découvre une vérité tangible maintenant . Je n’aime pas cela. L’impression de me faire voler. Je me dépêche donc, pas si vite, de terminer ce petit livre (100 pages ?) commandé par Victor-Lévy Beaulieu pour sa collection  » Écrire « . Chaque auteur invité doit y mettre un sous-titre à son  » Écrire « . J’ai mis pour provoquer et pas vraiment pour provoquer :  » Pour l’argent et la gloire. » Pas vraiment pour choquer car, jeune, je m’imaginais devenir un jour célèbre et riche. Je prévoyais faire construire un domaine, un château, pour les miens ‹gens si modestes. Pour les venger de leur existence pauvre. Ce beau château de mes songes creux ne s’est pas construit. Pas du tout. Mercredi dernier, j’ai pondu un chapitre de ce futur petit livre ( » Écrire « ) où je me suis peint en châtelain non advenu qui lutte pour être dans la réalité. Je veux mettre tout de suite cet extrait sur ce site Internet que m’a installé Marco, mon gendre. C’est onirique dans un long texte beaucoup plus réaliste.

Je sens que j’aimerai tenir ce journal. Je retrouve le plaisir d’être  » diariste », de noter des éphémérides, comme pour mes livres  » Pour ne rien vous cacher  » ou  » Pour tout vous dire « .
Vive le journal !


Mon David à Dawson College!

paru dans La Presse le 17 janvier 2001

Le lectorat de La Presse a pu connaître un peu David Jasmin-Barrière par la chronique tenue à deux (les dimanches de l’été de 1999). Peut-on imaginer le choc ressenti par le grand-père patriote quand David m’apprend qu’il allait faire son cégep à Dawson College, dans l’ouest de Montréal, en langue anglaise donc!

La nouvelle me parut d’abord assommante en juillet, il y a deux ans. Je lui dis:

– «David, pourquoi ce cégep anglo de la rue Sherbrooke? Pourquoi pas aller étudier dans un des trois collèges proches de ton Ahuntsic natal? À Saint- Laurent, à vingt minutes de chez toi, à Bois de Boulogne, à quinze minutes, au cégep d’Ahuntsic, à dix minutes?»

– «Papi, pas question! Je veux apprendre l’anglais à fond!»

Il y tenait mordicus, savoir bien parler la langue de Shakespeare, celle des Galganov, Richler et Cie. J’insistais:

– «Mais David, tu l’as étudiée au primaire et au secondaire, tu as pris des vacances dans un camp d’été près d’Orford, tu te débrouilles, non?»

Sa réponse ne se fit pas attendre:

– «Non. Justement, non! À l’école, c’est futile, inefficace. Au camp, il y avait trop de francos. Je le parle à peu près pas, papi!»

Je me disais qu’il allait vers l’échec. Vers de graves difficultés. Je me disais: certains patriotes se battent pour que la loi 101 exige que nos émigrants étudient en français, cégep inclus.

Je me disais: quelle tristesse, nous allons perdre un des nôtres. David va se faire plus ou moins assimiler, il sera plongé à coeur de jour dans une autre culture, mon cher David, diplômé en anglais de Dawson College continuera dans cette voie, il ira à McGill, ou à Concordia, il ira grossir les rangs des frileux, des peureux, des incroyants en notre vitalité française. Il va faire se diminuer un peu plus ce pauvre petit 2% de résistants francophiles en Amérique du Nord. Bref, je n’étais pas content, j’étais malheureux. Lui, David, qui m’avait démontré souvent, enfant, tant de juvénile ferveur pour notre lutte nationale.

Miracle à mes yeux: il se débrouillait fort bien dès sa première année de cégep anglo! Il obtenait les notes nécessaires pour son admission en deuxième année. J’avais (secrètement) espéré qu’il coule. Qu’il se dirige alors vers un cégep francophone. Mais non, il est content, heureux et il termine ses études collégiales en anglais. Chaque fois que j’allais (à l’ombre du vieux Forum) le chercher pour luncher, chaque fois que j’allais l’attendre dans la belle bibliothèque de l’ex-couvent (magnifique!) des Dames de la Congrégation, il était serein, confiant. «Tout va bien, papi. C’est pas facile, mais ça va. Je m’en sors.»

Si je résume ses résolutions, ses ambitions, ses remarques, je dirais:

– «Vois-tu, papi, nous aussi, on doit être capables de rivaliser avec tous les autres. Les anglos, bilingues souvent maintenant, pourraient nous devancer, et rapidement, quant à leurs chances d’un bon avenir. Je ne perdrai jamais ma langue maternelle, pas plus que tant de jeunes migrants qui ont très bien conservé la leur, vietnamienne, arabe, espagnol, etc. Ça ne m’empêchera jamais de batailler pour la survie et le respect de la langue française en ce coin d’Amérique, que crois-tu donc? Possédant parfaitement l’anglais, c’est toute l’Amérique, le monde occidental qui s’offrira à moi en vue d’un emploi (il étudie en commercialisation). Parler couramment l’anglais ne m’a pas changé, je reste ce que je suis, un Québécois francophone. Mais bilingue. J’aimerais bien, un jour, en apprendre une troisième.»

Alors le «papi» se tait. Songeur. Hésitant, doutant. Est-il si loin le temps de nos querelles, de nos batailles. L’époque de «Liberté», de «Parti Pris», du RIN? Des manifs contre le gros président-Gordon du CPR, du McGill en français, du vieux maire raciste de Moncton, des écoles primaires «anglaises» de Saint-Léonard. De l’intolérance et de la francophobie galopante et quoi encore?

Je me rassure du mieux que je peux. Il y a mon cher David à mes côtés. Ses certitudes avec mes inquiétudes. La chanson: les cheveux bruns, les cheveux blancs. Non, je ne chante pas. Je ne déchante pas non plus. Désenchantement relatif! Si David avait raison. Quoi? Les temps changent, papi? Je doute. Je ne sais plus.

Sage, je le regarde vieillir. S’il avait raison? Je verrai bien. S’il se trompait? J’en serais bien malheureux. Une voix me dit: «aucun danger, nous sommes plus de 80% de la population, les franco-québécois, non? Une autre voix: «C’est la métropole (50% de la population) qui donnera le «la» et, déjà, ça ne va pas bien du tout côté «image française», es-tu aveugle?

Confiant un jour, pessimiste un autre…

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