Le jeudi 24 octobre 2002

1-
Gros paquets de nuages en camaïeux de gris, ciel bas ce matin. Déboulez donc insipides ouates grises. Qu’il pleuve ou qu’il neige, j’en ai pris (enfin, enfin !) mon parti, l’été est terminé pour de bon. Les couleurs ternissent maintenant. Le lugubre novembre est proche. Ce matin, coup de fil troispistolien.
Victor : « Jeudi, Claude, tu devrais stopper chez moi en te rendant à Rimouski pour vendredi matin ». Moi : « Je pensais prendre le train, Vic ». Lui : « Oh, il part à une heure et arrive à Rimouski très tard. Je te le conseille pas ». Moi : « Bon, je prendrai mon char et je te fais une visite ». Je songe au bus aussi….Victor-Lévy : « Ainsi tu verras, chez moi, ton livre tout neuf. Oh ! Au fait, j’ai reçu ton nouveau stock —journal de juillet à septembre—, le livre-suite sera publié au Salon de Québec au printemps de 2003. Notre Martine va se mettre à la révision. C’est bon. J’ai lu, c’est bon ». Moi : « Oui, je crois que j’ai gardé le « beat » —Kérouac !— hein »? Il est bien d’accord le V.-L. B.
Tout baigne quoi ! En profiter pour le chicaner :il m’avait dit « oui » pour me parrainer au Prix David (de novembre), qu’il a remporté l’an dernier. Il a oublié c’est clair. Oui, le quereller là-dessus pour lui voir la fraise !
Aile refuse (je récidivais de « viens donc avec moi ») de nouveau de me tenir compagnie à Rimouski. Je peux la comprendre. Si Aile publiait, je ferais de même.
2-
J’ouvrais le livre tout neuf du poète Luc Perrier (« De toute manière » au Noroît) et tombe un vieux carton imprimé : « Buanderie Villeray », 8175 Lajeunesse, téléphone : Crescent 4531 ».
Une relique !
Ce Luc Perrier était un des brillants élèves du fameux (dans Villeray) « père Boyer », rue Saint-Denis. Les chassés des collèges q’y rassemblaient ! Comme chez Mongeau-St-Hilaire. Rue Saint-Hubert. Perrier me dédicace son livre avec plein de noms de la bande du temps. Chaud au cœur. Il se souvient d’un lunch, pris ensemble, plus tard, à la taverne « Royal Pub » avec Jean-Paul Fillion (« La parenté ») et le scénographe Chiriaeff. Étrange (mais le hasard n’existe pas n’est-ce pas ?), avant-hier, une biographe au travail (« La vie de Ludmila Chiriaeff ») me demandait un texte sur Alexis le mari de Ludmila ! Je le ferai.
Bizarre : encore au clavier-diariste ce midi ! Besoin de journaliser vif ? Savoir qu’il me reste 7 ou 8 entrées avant de tirer ma révérence. Mauvaise conscience ? Lire encore une aimable protestation : « Ne cessez pas ! J’aime votre journal ». Une autre fidèle : « J’aimais… mais je peux fort bien comprendre votre grand besoin de liberté, je suis comme ça moi aussi ». Mon fils me dit aussi bien comprendre. Daniel —pas libre lui aussi— se débat bien pour promouvoir son jeu de société tout neuf, « Top secret ». Je lui courriellise : « Chanceux les Bourgault, Foglia, etc. Si je me dénichais une colonne dans un quotidien, envie de me pointer au « Devoir », tiens.
3-
Daniel et sa jolie Lynn s’inquiétaient de l’angoisse manifestée par Aile (au souper chez eux) face à l’éduc actuelle des enfants-rois. Même sujet avec Christiane Olivier chez Bazzo ce matin : « Il ne faut pas craindre (les parents) de ne plus être aimé un moment et savoir dire « non », savoir refuser, poser des balises ». Hier (?) la Pétrovsky ridiculisait la brillante psychanalyste des enfants, la mère Dolto, et, hélas, son gros bouffon de vieux fils, un chanteur obèse un peu pénible. J’ai trouvé le procédé « vache ». Un être d’élite peut bien voir grandir tout croche un rejeton. Non ? J’aurais pu avoir un de mes enfants dans la délinquance ou pire encore …Tant de facteurs changent un destin. La mère Olivier, à CBF-FM ce matin, tombait dans ce panneau et moquait ce fils insignifiant de Dolto. Ouash !
Il y a des parents qui furent corrects et qui héritent d’enfants… très incorrects. Et vice versa. Vice de forme. Faut-il absolument, sans examen sérieux, culpabiliser les échecs d’une mère, d’un père ?
Dans cette veine, j’ai entendu parler de la compassion d’un psy à la radio pour —horresco referens— un « tueur en série »! Son drame intime. Sa folie et sa détresse profonde au fond. Un lecteur s’en indigne. Rien n’est tout noir… Ainsi je disais à Aile : « Imagines-tu la détresse psychologique effroyable d’un prêtre qui a la manie… des enfants de chœur ? Imagines-tu ce qu’il doit éprouver entre deux crises pulsives ? Qui il voit dans son miroir de presbytère ? Un monstre. Personne pour avoir la moindre pitié de ce fatidique malade, personne au monde.
L’écrivain ainsi juge parfois (personne n’est parfait) mais aussi il se doit de faire réfléchir, faire comprendre. Même le diable. Ce matin, Aile pensive, me disait : « Oui, sans doute, cet agresseur pédophile en soutane doit vivre le pire des cauchemars, c’est vrai ». Je l’aime quand elle me fait voir de l’humanité même face à un monstre humain. Cela dit, soulagement, on semble avoir mis (enfin !) le grappin sur le démoniaque tireur embusqué aux USA.
4-
Pu’ capab’ encore ! Cette Geneviève Asselin de la radio publique qui hausse ridiculement toutes ses fins de phrase, bafouant sa langue ! Elle ne sait pas se lire et on la garde en poste ! Très correct, lui, ce Michel Labrecque à un autre poste de correspondant-radio.
Parfois, aveu, je lance des bouteilles à la mer. Ainsi Lorraine Pintal vient de me dire « non » pour ma candide proposition de monter à son TNM mon « Patriarche bleu, Duplessis ». Pintal : « Nous sommes enterrés de projets nouveaux ». Bon, bon. C’est qu’elle m’avait signé de beaux compliments quand je lui fis parvenir un exemplaire de ce texte dramatique illustrant le vieux « Cheuf ». Bon, bon. Au moins il y a eu réponse. Tant d’autres gardent un silence compact face à mes offres. Tas de créateurs pourraient dresser une longue liste de ces murés indifférents, au mutisme froid.
Un salaud (une salope ?) —méchanceté pure— raconte à un Michel Dumont par exemple, que Jasmin le traite de « directeurs des flops chez Duceppe ». Dumont ne peut savoir la source de cette calomnie et il y croira. Il répétera cela à une amie à nous proche des Duceppe. Un soir, révélation de cette calomnie et: « Dumont est furieux contre toi, Claude, car… » Vous tombez de votre chaise (à la Moulerie). Jamais je ne cesserai d’être étonné de la méchanceté de certains individus. J’ai vite expédié une note à Michel Dumont. Me répondra-t-il ? Accordera-t-il de la crédibilité à ce salaud —qui doit me haïr viscéralement —l’ex-critique— pour quelque raison, non ? Il faut bien continuer à vivre parmi bien des ténèbres.
Admirant ceux qui le font… j’ai toujours voulu mémoriser des poèmes.
Je veux y arriver, par exemple, pour ce Miron : « Il fait un temps de soleil carrousel / la végétation de l’ombre partout palpitante / le jour qui promène des calèches de bonheur / le ciel est en marche sur des visages d’escale / d’un coup le vent s’éprend d’un arbre seul / il allume tous les êves de son feuillage /

je monte dans les échelles tirées de mes regards / je t’envoie mes couleurs vertes de forêt caravelle / il fait un temps de cheval gris qu’on ne voit plus / il fait un temps de château très tard dans les braises / il fait un temps de lune dans les sommeils lointains »
(tiré de : «Le temps de toi »)
J’y arriverai ma pauvre mémoire.
5-
J’y reviens : Daniel et Lynn, au Domaine Saint-Sulpice où ils gîtent, furent un peu beaucoup secoués d’une vive discussion, menée surtout par Aile, sur les enfants-monarques. Ce matin je lis : « Tant de célibataires ont des théories sur l’éducation des enfants ». Je lis cela à Aile qui rigole volontiers, elle a un excellent sens de l’humour, mon Aile. Je me souviens d’une Judith Jasmin, célèbre cousine « célibataire endurcie », qui palabrait lucidement et souvent sur le sujet. Le critique Gilles Marcotte (mon boss à La Presse) gloussant un : « Et que je suis donc inquiet pour les enfant de Judith ». En clair : « Si pas d’enfant, bouclez-la, les amateurs » ! Facile. La critique est un libre et vaste domaine. Je ne suis pas compositeur de « tounes » mais je peux vous prédire si une toune nouvelle va « pogner » ou non; Aile confirmerait mon… « don ». Quel critique disait : « Je ne peux pas pondre un œuf mais si on m’en sert un pourri, je le sais ».
Le Québécois « assimilé », Yann Martel (le neveu du rameau-Réginad) gagne un prix très envié à Londres avec son dernier roman : « Life of Pi » avec un héros en une sorte de « père Noé moderne. La gloire pour lui. Avec son papa diplomate, Martel fut élevé en anglais et il pense et écrit (« Life of… ») en anglais. Or, il proteste qu’il n’est pas un Québécois assimilé ! Eh b’en ! Allons, certes, pas sa faute mais voilà une réalité. On n’en meurt pas. Il en soufre ? Sans doute puisqu’il refuse sa réalité. Jocelyne Lepage (La presse) enchaîne sur cette grave question : « Martel, c’est un écolo très souvent en vélo ! (…) et il mettra l’argent de son prestigieux prix littéraire en placements d’ordre éthique… » Bon, reste que c’est un assimilé involontaire.
6-
Louis Riel, métis militant et chef de guerre au Manitoba ancien, fut pendu par les cliquarts de MacDonald, le cheuf à Ottawa. Ce qui allait barrer les Conservateurs très longtemps en pays québécois. Reconstitution de son procès à la télé (RDI) et l’auditoire consulté donne tort au maudit Bloke « bleu », le pendeur.
Riel sombra à la fin dans un délire religieux. On parla « folie ». Le fit-il pour échapper à la corde ? On peut le penser. Histoire fréquente en ces temps-là, on se souvient d’un Henri Bourassa, patriote de pointe, qui finit sa vie réfugié dans le giron souverainpontifiant. Les nôtres, si longtemps méprisés, bafoués, menacés par la dilution organisée des fédérats, se trouvaient une autre patrie, une patrie de religiosité, une sorte de patrie un peu floue : la catholicardise cléricaliste ambiante.
Ainsi, pour mon père, sa vraie patrie c’était Rome, le Pape. À la Saint-Jean Baptiste il pavoisait tous ses balcons aux couleurs vaticanesques, en jaune et blanc. Et fumait sa pipe. Pas l’ombre d’un Union Jack, plein de drapeaux aux tiares brodées d’or et d’argent sur « clés de Saint-Pierre » au vent de la rue Saint-Denis. Pauvre Louis Riel qui, bien plus lucide que l’on croyait, livrait un testament écrit fort, espérant par sa mort une confédération (de nations : Français, Anglais, Métis, Autochtones, un jour) vraie et juste. S’il revenait…
Je lis : « déposer son enfant ». Expression horrible ? Déposer un sac. Les garderies. Inévitable quand, chaque matin, la maison se vide. Chez moi, enfant, porte ouverte —jamais verrouillée, on avait pas la clé— 24 h. sur 24 h. Maman en otage ? Prisonnière heureuse puisque toutes ses voisines faisaient de même. Trop occupée —Yvon Deschamps— pour pouvoir aller travailler ! Quand il n’y a qu’un ou deux enfants… « le sac avec sac à dos », le lunch froid … « Sac de vie » chez des gardiens, huit heures par jour, parfois dix.
Hier, voir l’image de RDI. Deux bustes parleurs et, au-dessus, deux écriteaux : Montréal et Vancouver ! Non mais…Propagande subtile : allez vous comprendre, votre pays ce n’est pas le Québec, c’est « coasse tou coasse », jusqu’à Vancouver si francophone, si francophile ! Ottawa-CiBiCi : « tu penses qu’on s’ en aperçoit pas » ?
7-
Le Blond Labrèche avec Christiane Charrette hier soir à TVA. Cocasse, curieux spectacle de deux « speeddés » ! Aile : « Il ne l’écoute pas ! Il est froid ». Oh oui : dur même, ne relevant pas des « ouvertures » charettiennes offertes avec candeur, il ne songe qu’à sa prochaine question loufoque, son plan. Vaine tentative de provocation alors qu’elle devisait grande ouverte et sincère. Dommage !
Zapping intempestif hier soir : tragédies syndicales d’antan , invasion d’usines et sanglantes émeutes, incendies et tueries, scabs pour tuer le syndicalisme naissant en « Écosse et aux USA. Ailleurs, on raconte « la méthode » chez « Actors Studio ». Pleurez, pleurez, c’est bon. Ailleurs, démolition de « Balzac (le film) et la petite chinoise ». Aile avait aimé le roman. Pas moi. Faux. Artificiel. Une idée (farfelue d’une francophilie niaise) en place et lieu de la vraie vie.
Et puis quoi ? « Tag » : un maniérisme, oui, un maniérisme —une recette quoi— celui du réalisateur Pierre Houle. Tics de faciès ultra-nerveux sans cesse, coupures intempestives de caméra excitée, mimiques excessives. Ersatz de mouvement, résultat artificiel. Pu’ capab !
Je regrette d’avoir acheté (cher) hier matin, le « Couac » de Paris, « Le canard enchaîné ». C’est, à pleines colonnes avec caricatures, à propos des actualités du parlement parisien. Noms de députés (et ministres chiraquiens) inconnus donc piques et craques que je ne saisis pas. J’ai ma leçon.
8-
Au « Point » entretien vivifiant, hier soir, entre Le Bureau et Khan, directeur du magazine « Marianne ». Il dit : « Bush ? Le pire des anti-américains primaires. Un chef politique néfaste qui fait lever partout des ennemis des USA. Et du terrorisme, cela pour des décennies à venir ». Le grand Khan, politisé, structuré dans son argumentation, était à bout de…salive. Énervé, excité, on l’écoute tant il discute avec véhémence.
À la fin, je dis à Aile, qui a apprécié comme moi son discours enflammé : « Aile, ne devrait-il pas dire tout ça calmement, en souriant, il serait plus convainquant, non ? » Elle rigole et comprend ma moquerie. Je me dis : j’irai tout feu tout flamme moi itou à ma prochaine charge polémique. Hon !
Pour « Boîte noire » à T.Q. cette voix « hors-champ » suave, ronronnante, roucoulante, à la sauce « pub Canadian-Tire »,. Quelle niaiserie. Chez Arcand, hier, un expert de France en « tueurs en série ». L’homme dont l’amie fut victime d’un tel maniaque a adopté l’étrange métier d’étudier minutieusement tous les comparses de cet acabit meurtrière. Il dira à Arcand : « La police, W. BUSCH, les médias, tous encouragent ce maniaque pathologique en lui accordant tant d’impact,
d’importance. Ce qu’il désire. Danger ! » Ma foi, il a raison. Facile d’imaginer le délirant assassin s’imaginant une vedette, un indispensable bon négociateur. Le Président parle de lu, les gendarmes, sans cesse, les média (CNN en tête), oui, disait cet expert (il a publié un livre sur son sujet), une bêtise, une erreur. Il faudrait au contraire agir (officiellement) comme s’il n’avait guère d’importance et fouiller vite partout. Diable, cet homme disait vrai !
9-
Hier, ça jasait « débat de télé » et les préparations. Mode nouvelle. Souvenir, un ex-réalisateur de télé, était devenu « imagier » officiel de Lesage. Exemple : « Ne regardez même pas une seule fois votre adversaire, ne songez qu’à la caméra, au public électeur ». Son patron battu par Daniel Johnson (automne 1966 ), le grand conseiller en images avait « souitcher » au P.Q. Il voulait imposer ses précieuses recommandations au chef Lévesque. Comment se coiffer, s’habiller, sourire, se parfumer, marcher, discourir, etc.
À un homme comme Lévesque ! Celui-ci lui dit : « En somme, je vous écoute et je perdrai mes élections comme votre ex-chef Lesage vient de perdre les siennes ». Confusion et retraite. Puis disparition du grave spécialiste. Un bon débarras. Nous —du comité de publicité du jeune P.Q.— nous avions bien ri. Lévesque n’avait nul besoin de se faire une image.
Une voix d’outre-escalier : « Clo ? Quatre heure et demi, vas-t-y aller à l’École hôtelière, oui ? » Moi : « N on, pas question ». Raide de même. Je l’entends ricaner la démone. Quoi ? Tanné de ses gros yeux face à mon tri. Puis j’entends la porte qui claque. Elle y va. Honte un peu, juste un petit peu, de me sauver de ces corvées.
Fin de mes notes de calepin et je zieute le tas frais de coupures de gazette. Arrivage immodéré ! Il y en a trop. Ça suffit. On ferme, on ferme !

Le vendredi 11 octobre 2002

1-
Radio, la météo ce matin : « la brume cache le soleil, cela va lever… » Quand ? Midi bientôt et ciel mat, gris, uniforme. Ouash ! Hier, revenant de la promenade rituelle tout le tour du lac —refus du vélo— installation pour regarder le couchant. Ciel rubescent. Marchant, Aile et moi, faisons un arrêt admiratif sous chaque érable empourpré. Rêve rouge !On ne se lasse pas de cette beauté insolite.
J’achève ce « Testament d’un tueur des Hells » —chez « Les intouchables »— par Pierre Martineau (rédac-chef de TQS-Québec). Pas fort. Il écrit plutôt mal. Une livre-confession assez sordide, forcément, et trop…mal structuré. Martineau est un débutant ? Le jeune tueur-fou, Serge Quesnel, y est mal expliqué. Pas de vraies révélations psychologues sur ce criminel repenti, devenu le « délateur » le mieux payé (par nous tous) jusqu’ici. Je ne le recommande donc pas à Aile qui a « ses » livres à lire. Ce jeune « narcisse » (19 ans) déboussolé souhaite refaire sa vie à 25 ans. N’ayant qu’un secondaire-3, il veut aller —cours par correspondance de sa cellule, il sortira en 2007— au bac, à la maîtrise et même au doctorat (en administration ). Il était —tueur efficace chez les Hells— fasciné par l’argent, le confort. Là-dessus il reste le même au fond. On lui souhaite de réussir sa deuxième vie.
2-
Bernard Landry —appuyé, « secondé », par tous les partis— fustige le « mépris du Québec » chez Chrétien et son sbire S. Dion. Avec raison. Colère montrée aux actualités hier, bien contrôlée. À froid. Le traître Chrétien est en train de tuer son parti au Québec et s’il y a une alternative —pour les Québécois fédéralistes— du genre « jeune Lord » d’Acadie, Bleu et francophone aux prochaines élections fédérales, c’est clair, le Rouge va disparaître de la carte. Ne restera plus que le « Bloc » et les Conservateurs du jeune chef Lord. Le businessman « Pôlh Martinn » est cuit, rôti, brûlé par Chrétien. Souhait secret, voire inconscient, du démissionnaire « lib’ hérald » sénile ?
Vue à ARTV, hier soir, longue entrevue avec ce Paolo Coelo, devenu « gourou » avec plaisir. Les intellos, et les littéraires purs, méprisent cet auteur aux énormes succès. Traductions nombreuses du fameux Brésilien qui écrit en Portugais. Millions de lecteurs dans le monde. On lui reproche son ton moralisateur. Sauce « …le goéland ». Rien à faire, les gens aiment l’optimisme (bon enfant ou non), une certaine spiritualité, des écrits aux nobles idéaux. C’est un gigantesque lectorat et les « purs » râlent en vain. Coelo, fils de bonne et riche famille brésilienne, mis tout jeune en clinique psychiatrique par ses parents bourgeois, se mettra à écrire tard. Il aura fait le fameux pèlerinage à Compostelle un jour et décidera de « fabriquer » des livres « sincères » où il tente de montrer des « chemins peu fréquentés » à la mode actuelle. L’espérance l’habite et, réinstallé au Brésil, à Rio, très riche de ses redevances, il est le mécène d’une œuvre d’aide aux jeunes paumés de sa région. Il tient le discours d’un Lapierre, autre riche « espérant », humaniste, engagé en « livres » comme dans une mission laïque. Il en faut ! Pleins d’auteurs riches qui en restent à leur « je-me-moi ». Égo inévitable des vedettes de la littérature mondiale : Hemingway ou Henry Miller.
3-
Documentaire mal fait avec des passages émouvants à Télé-Québec hier soir : « Entre pères et fils ». Serge Ferrand —dessinateur de B.D. et cinéaste— a abandonné un fils, Jason —qu’il nomme « Chayzonne » (?)— et sa mère bien entendu. 20 ans plus tard, plein de regrets, cet émigré au Québec invite —en un camping-canotage organisé— le fils oublié. Trop tard ! Ce dernier restera de glace, avec raison. Oui, quelques bons et forts moments —Ferrand et son vieux papa pêchant en France— mais une sorte de « patch-work » mal organisé et qui laisse sur la faim de mieux savoir le vaste problème « père-fils ».
Serge Quesnel, le tueur repenti, fait allusion au divorce de ses parents, semble indiquer que ce fut le début de sa grave délinquance. Fréquente affirmation et cela me laisse très songeur au pays où quasiment « un couple sur deux », avec jeunes enfants, se fracture. Paquet de graves délinquants à nos horizons ? J’espère me tromper. Christiane Olivier —« françoisedoltonniene »— dans le film de Ferrand, affirmait qu’un jeune garçon a absolument besoin de « se constituer » via le père. Miserere !
4-
Manon Arial —courriel—, me reproche aimablement (j’aurais des œillères) mon blâme de « l’anglais dès la première année », vante le choix, l’option ($) « d’envoyer son enfant en école privée bilingue ». Me faudrait tant de pages pour bien expliquer notre situation à nous Québécois à la langue mal contrôlée. Elle est particulière. En France par exemple, la langue structurée y est florissante, sue à la maison, dès le jeune âge, bien assimilée. Ici, l’enfant (d’Arial) parlera mal les deux langues. On sait bien, qu’enseigné mal, l’anglais sera appauvri, déficient et ne fera pas de cette jeune personne un bilingue normal. Il sera une sorte de « bègue bilingue ». Tout juste bon à rester « valet infirme » dans un job banal en Nouvelle-Zélande, à Londres ou en Australie, à Toronto ou à New-York. Pas « d’avenir glorieux », pauvre maman inquiète dont je respecte néanmoins l’anxiété inévitable comme chez tous les parents normaux. Urgence : posséder vraiment sa propre langue d’abord. Savoir penser : donc grammaire, syntaxe. Cela fait, apprendre —mais vraiment— une autre langue sera efficace.
Revu (?pas sûr) hier soir le gras comédien Villeret (ah revoir son « Dîner de cons » !) chez Rapp aux « Feux de la rampe ». Pétillant, amusant et instructif sur ce métier si particulier de faire rire.
5-
Décidément ce folichon Marc Labrèche, à TVA, devient un fameux surréaliste. Il a un front…Dans son heure vespéral, inégale, de forts, très forts et cocasses moments avec une spontanéité peu commune. Admirable bonhomme ! Sa personnification de la Reine Élisabeth numéro 2, fut un caricature désopilante au possible, faisant parler « la vieille » monarque si mal chapeautée avec une vulgarité étonnante qui fit éclater de rire ma chère Aile, pas moins admirative de ce « Grand blond » que moi.
Grande visite demain, samedi, et, ce matin, Aile accueille donc avec reconnaissance, Rita, une femme de ménage habile. Je devrai —le salisseur impétueux— me tenir à carreaux. Oh oui ! Quand Rita s’emparait tantôt de ma chambre-à-écrire…je frissonnai. Mes petits papiers partout … Mon cher désordre. Non, elle ne fera « qu’aspirer » le tapis ocre. Ouf ! Quand il a vu le chapelet —en pierres-du-rhin—de ma mémère Albina, le bénitier et le crucifix (de papa) derrière ma porte…silence ! Reliques qui me sont chères, qui me font signe sur mon enfance d’enfant de chœur pieux, il y a… une éternité.
Hier, avant la promenade de santé : le canot à ranger, la planche à voile itou, le quai à monter sur la rive… L’annonce d’une « mort de l’été ». Tristesse légère.
6-
Quoi? New-York, Paris, Londres, etc, ne sot pas de vraies villes cosmopolites ? Un tableau de La Presse (série de Rima Elkouri) place Toronto en tête et Montréal en 6 ième position après Copenhague. C’est que les grandes cités des grands et vrais pays sont capables, eux, d’intégrer rapidement les émigrants, comme il se doit, comme il le faut. La faute aux complaisances sottes, à cet esprit trudeauiste du multiculs. Je lis qu’une émigrante de L’inde, heureuse du fait, se sent comme à Bombay autour de la gare Jean-Talon, quartier Extension Park. Émigrant à Bombay, serais-je heureux de me sentir à Montréal ? Non. Ce sera ma première polémique à T.L.M. un de ces matins : cette attitude, ces ghettos favorisés. Qui nuiront tellement aux enfants des migrants, ceux-là qui souhaitent devenir…comme les autres qui les entourent. Besoin normal. M’exilant en Italie ou en Allemagne, je voudrais vite voir mes enfants ressembler à leurs concitoyens du pays que j’aurais adopté. Je ne me vois pas à Rome ou à Madrid chercher où est-ce qu’on vend… de la poutine, nom de Dieu ! Elkouri écrit que « les Québécois y sont vus comme des étrangers », tant le ghetto est entretenu. Non mais… Elle poursuit : « Ils ont les pieds ici mais la tête ailleurs… » Comme elle, je remarque chaque fois qu’on monte ici, les antennes paraboliques partout, rue de L’Acadie. Ces nouveaux Québécois ne regardent que la télé USA ?
Ils ne savent rien de notre culture populaire et c’est anormal. Vivre ainsi, enfermé dans sa nostalgie, est malsain. Alain Médam (« Labyrinthes… » chez Fides) parle « d’une utopie qui pourrait se casser la gueule ». Et comment ? Ottawa qui souhaite, depuis toujours, nous diluer, nous réduire à une minorité parmi tant d’autres versent des subventions pour entretenir cet esprit néfaste des ghettos. Si nous les aimons le moindrement, nous devons sonner l’alarme et tout faire pour que ces nouveaux Québécois comprennent que la rapide intégration est l’avenir salutaire de leurs enfants, leur épanouissement. C’est rempli, ici, de racistes invertis qui estiment la non-intégration. Ils s’estiment si mal qu’ils apprécient, eux, de vivre comme en voyage perpétuel dans Le Mile-End ou ailleurs. Des malades de l’esprit, oui un racisme à l’envers.
7-
Ce soir, à Télé-Québec, un docu de Labrecque sur le RIN des D’Allemagne, Bourgault et Ferretti (née Bertrand dans Villeray). Hâte de voir ça. Le Pierrôt du Plateau : « Solange Chaput-Roland ? Une maudite folle », René Lévesque ? Un insignifiant et il fera dire au fondateur du P.Q. : le Président-au-balcon-du-maire-Drapeau ? Un vieux fou ». Eh bin !
Adieu les nuances ? Souvenir : rue Fleury, 1961, mon premier speech pour le RIN, je lis mon texte de dix pages. Après, mon Bourgault : « Lâche-moi ça la lecture, regarde-moi : un seul feuillet, quelques notes, des mots-clés et là… tu pars ! » Il avait raison. Bonne leçon du brillant tribun que j’ai suivie par la suite.
Pétition de gang ce matin : pour défendre l’Académie des Gémeaux en querelle. Certains « sages » avouent qu’ils étaient trop pris en carrière pour s’occuper vraiment de ce machin-télé. Ce bénévolat…bon pour les méconnus ou… les ratés. Ainsi, les trophées sont accordés selon les humeurs et les caprices —et l’incompétence— de ces généreux et aimables bénévoles ( faux pairs !) sans grande réputation qui n’ont rien à faire d’autre que d’aller visionner les produits des membres actifs. Oh ! Voilà où le bat blesse, je l’ai dit souvent. De là les aigreurs, les cris à l’injustice flagrante, aux mauvais jugement. Et les démissions, les chicanes. Comment résoudre cette bête réalité ? Rien à faire.
8-
La Gagnon, hier, déçue de voir le bon docteur des sidéens, Réjean Thomas, dans la « dumonterie » va jusqu’à laisser entendre que l’ex-ministre Castonguay s’affichant aussi avec le Mario-dégraisseur n’est que de l’intérêt pour son monde: les assurances (Groupe la Laurentienne) où il a bossé bien plus longtemps qu’en politique. Bang ! Ça leur apprendra à oser se ranger contre John Charest-le-fédéraliste-clair !
Mon ex-petit- camarade de l’École de céramique, Gilles Derome, y va toujours de citations quand il « lettreouvertise » ! L’autre jour, du Toynbee de 1952. Hier… du Jean-Marie Nadeau de 1965, publié à « Parti-Pris ». À mes yeux, étrange besoin de béquilles lourdes. On ne change guère ? Jeune, il pouvait se farcir dix livre par semaine, je l’en admirais et tentais de l’imiter. Ce qui m’a servi, bien entendu. Mais, Gilles, maintenant que tu es un grand garçon, comme moi, tu pourrais t’ exprimer sans parachute, non ?
André Aucoin, comme moi, est pour des classes séparées dans des écoles mixtes :les gars d’un bord, les fille de l’autre. Bravo ! Il dit une réalité incontournable : Les filles sont deux ans en avance dans leur développement mental et physique, réalité qui affecte les…comparaisons de rendement, nuit à la compétition —normale et souhaitable—des garçons entre eux. Découragement face à leurs sempiternels « derniers rangs », décrochage catastrophique parfois. On va attendre combien d’années avant que le Ministère de L’Éduc, les Commissions scolaires, comprendront ce fait tout simple et corrigeront cet état actuel si nuisible ?
« Quand tu peux l‘faire, tu l’enseignes.. » est un adage « parfois » injuste. Parfois. Claude Cossette, vétéran-expert-en-pub, ose : « La publicité est la pus mauvaise forme de communication ». Il enseignait à un congrès (à Québec) d’affairistes, gros et petits. « Pas de pitoune kioute..,. c’est vulgaire et ringard, non-productif ! Oh les chefs de télé qui engagent tant de « mignardeuses pitounes », pour l’info-spectacles, ou la météo ! À la SRC comme à TVA ! Oh !
9-
Le public —pas fou messieurs les démagogues, les mépriseurs—écoutent les excités névrosés comme André Arthur d’une oreille. Pour le show. Un divertissement. Les monstres attirent la foule depuis le Moyen Âge. Ces démontés fêlés n’ont aucune influence, allons-donc ! Punir si lourdement l’André Arthur est d’une bêtise. Surtout, c’est le signal des censeurs : « continuez à parler fort, cru, franc et les amendes « hénaurmes » vont vous mettre le cul sur la palle ». Il y aura donc prudence extrême et pour s’ être débarrassé d’u bouffon, on verra naître une radio de têteux, de timides prudents, de langues boisées. Dangereux virage ce demi-million de $ à faire cracher à Cogeco ou à Métromédia. Très dangereux pour les esprits libres compétents ! La juger Carole Jean a été une « machine à intimider » les rares radiodiffuseurs courageux. Désormais : craindre une radio plate, sans cesse surveillée, autocensurée à mort ! Franco Nuovo (4 octobre), lui, enrage face à ses lecteurs qui osent défendre « l’hurlurberlu Arthur » et ne voit pas les périls pour la liberté de parole avec cette amende « gargantuesque », hélas !
Avis aux anti-américains primaires : depuis 1001 —à ses débuts— les Prix Nobel vont très souvent aux Étatsuniens. Voici donc le 44 ième « Prix Nobel de physique » chez eux. Deux chercheurs sur les étranges « passe-murailles » que sont les neutrinos. J’ai appris (un peu) de quoi il retournait quand j’ai lu : « Brève histoire du temps » de Hawkings. L’infiniment petit est fascinant. Ces particules du cosmos sont les plus nombreuse, on parle d’un « rayonnement » plus que de vraie matière —qu’ils traversent sans cesse. Ces découvertes qui font mieux comprendre « l’infiniment grand » —soleil, planètes, galaxies, supernovas— changent beaucoup la conception ancienne de l’univers. Rien que ca ! Les amers disent : « oui, mais ce sont souvent des trouveurs émigrés de l’Europe ». Pis ?
10-
Je lis : « Non, nos enfants ne détesteront pas les homos ». Le mouvement GRIS, à est à l’ouvrage. Bien. Cartes postales, affiches par paquets, partout, on dira : « Nos enfants sont peut-être hétéros » » C’est fin, non ? Oui, faut combattre la haine des homos. On souhaite chez Gris présenter la réalité homo dans des manuels scolaires. Ah ? Fini l’« Yvette aux assiettes à laver » ? Exemple, dit Marie Allard (La Presse) : « Voyez, il y a Luc, son chien et …ses deux mamans ». Ou, au foyer, deux fois « papa » ? Dans mon quartier, « apparemment » pas d’homos, à l’école non plus. Au collège, deux ou trous ensoutanés, quelques zélotes du « touche-pipi » de mon âge. Eh non, on les aimait pas. Pas de la haine, plutôt des moqueries.
Un ami me dit : « S’il s’en trouvais un parmi ta bande d’ex-petits mousquetaires, tu réagirais comment » ? Eh b’en oui, je le protégerais le mieux possible, je l’aiderais à fond, je lui expliquerais qu’il n’a pas eu le choix, qu’il est né avec ce chromosome mystérieux en lui, qu’il a bien de la chance d’être né ces années-ci, qu’il n’aura pus à se cacher sans cesse, à mentir, à « épouser » pour la forme et à faire des enfants malheureux quand, à 50 ans, l’homo non assumé, sort du placard. Je lui dirais aussi que sa vie ne sera pas facile, qu’il sera toujours plus ou moins marginalisé, toléré le plus souvent sans plus.
Je lui dirais la vérité quoi. Surtout que ce n’est plus un drame social désormais. Pas du tout. Que les homos ne soient que 5 % ou 10% de la population n’est certainement pas une raison pour, en effet, ne pas combattre cette sordide haine si niaise.
11-
Foglia m’a fait réfléchir avec ses « pauvres tit-pits » l’autre matin. Il dit « foin des filles performantes, les gars sont paresseux et encouragés dans la paresse par l’école trop laxiste ». Folie, foutaise selon lui de vouloir « faire de l’école un lieu qui souigne comme la télé, avec bin du fonne »! L’environnement « trop » féminin et nuisible aux petits pits, il n’y croit pas, lui. Ensuite, du même souffle, le Foglia avance que le féminisme fait fausse route en diffusant que les filles sont meilleures parce qu’elles seraient plus obéissantes, studieuse, plus soumises, plus « moumounes » quoi. Insulte aux fillettes ? Ouaille ! J’y pense et y repense.
Louise Deschatelets lit son courrier du cœur : Marie-Hélène S. s’insurge du fait que l’État n’envisage jamais de verser des gages aux femmes qui décident de garder leurs enfants à la maison, loin de garderies. Cette M.-H. parle de sa voisine qui fait garder cinq jours et qui en travaille trois, qui lui gueule : « comme chuis bin quand ils sont gardés ». Oh la sans-cœur, la dénaturée ! L.D. répond à côté : « Vos mots dépassent votre pensée, les garderies ont du bon etc. »
J’ai croisé le psy Michel Dorais du temps de mon bref talk-show sur les livres. Un jeune homme plein de bon sens. Excellente entrevue avec Dorais (par Micheline Lachance) dans le dernier « L’Actualité ». Le sujet : les pédophiles en soutanes… ou non. Instructif. Me retiens de citer le tout, c’est dire. Exemple : Q. : « Si le mariage était permis aux prêtres » ? R. :« Ça ne changerait rien » répond Dorais. Vrai. La pédophilie n’a rien à voir avec le goût, le besoin des femmes.
Nous méfier des sondages ? Louis Préfontaine le dit avec raison. Exemple de question piégée. « D’accord ou non, les gens en moyens allant à la médecine privée feraient épargner de l’argent qui retournerait au système public » ? 67 % de « Oui ». C’est vrai ? Ces riches refuseraient de payer l’impôt pour les soins publics. Alors ? L.P. dit si on rédige franchement : pour ou contre un système public plus dispendieux, moins efficace, traitant moins de gens… », il y aurait eu 67 % de « Non ». Méfiance des sondages en effet.
Un André Pratte (La Presse) étonnant dit que les médias contribuent à l’installation des langues boisées politiques. Hen ? Pratte attaque le « National Post » qui conspue le John Manley (un « partionniste » écœurant) pour ses propos anti-monarchistes. Hon !
12-
Ce « Testament… » de Quesnel-le-tueur nous en apprend de bien bonnes sur le personnel dans les prisons, il faut le dire. Les pots-de-vin y circulent allégrement. C’est, ici et là, à faire dresser les cheveux sur la tête.
Et moi je suis là avec mon doux clavier, ce ciel calme et si gris, et mon Aile qui dit : « Un bon potage bien chaud, non ? » Oh oui. Je descend. Cliquer : fermer.

Le jeudi 10 octobre 2002

1-
Ciel clair ce matin, nuages déchirés, le brossage fougueux d’un peintre naturaliste ! Fringale du journal depuis que j’ai pris conscience (hier) que cela s’achève ? Oui. Sans doute. Miche de Sherbrooke, courriel, me prie de continuer le journal. Chaud au cœur. Elle dit comprendre cependant ma détestation d’une routine, même agréable et fortifiante. A raison. Elle s’imagine à tort que c’es dur de taper d’un seul index :non, facile et je vais plus vite qu’Aile au dactylo, Aile qui fut secrétaire zélée (section « publicité » à la SRC) avant de devenir scripte et ouis réalisateure. À propos d’Aile : hier, la démone : « Mon sacripan, ton annonce de stopper le journal, c’est-y juste pour t’attirer des protestations, te faire flatter l’égo »? La méchante. Plutôt une délicatesse : prévenir ceux qui m’aiment. Juré, craché.
Mon « va chier », fusée honteuse lundi dernier au Paul Houde de T.L.M. qui me lançait effrontément : « Et toi, Claude, tu dois payer, je suppose, pour avoir des photos de paparazi ? » Ça a sorti trop vite. Aile me le reprochait mais en souriant; elle connaît mon goût de la vitupération spontanée. Je dois mieux me contenir, l’ex-petit voyou des ruelles de Villeray.
Coup de fil tantôt : la Francine Ladouceur petitepatriesque vigoureuse me rassure : « Tous vos tableaux sont encadrés chez M. Bambino, je vais chercher tout le stock dès aujourd’hui ». Bien. Je respire. « M. le Président d’honneur, vous ne parlerez que cinq minutes, lundi soir. Bien compris ? Pour inviter l’auditoire de notre concert (de Larochelière et chœur de chant ) à visiter votre expo dans le portique lors de l’intermission ». Bon. Bien. Je lui dis, gaminerie : « Serons-nous 25 ou 50 ? » Elle : « Sachez qu’on a déjà vendu 250 billets ». elle ajoute : « Fort bon votre communiqué aux gazettes mais c’est jour férié, lundi, il n’y aura pas de journaux ! » Merde, j’avais oublié ! Me reste le brave Journal de Montréal qui, lui, fête pas fête, publie !
Marco m’expédie des données : il y a 200 liseurs du journal internetisé.. Bien. Bon. Mon récit « Enfant de Villeray », vendu à 3000 exemplaires, a donc plus de 6000 lecteurs. Et je ne compte pas les emprunteurs des biblios publiques. Différence énorme. Vive le livre alors ?
2-
Comme je suis reconnaissant à mon fils Daniel pour m’avoir (en 1998) forcé à l’initiation ordinatrice. Un fameux cadeau filial. Ce matin encore, plaisir de recevoir cinq messages. De pouvoir, sur un clic, répondre immédiatement. Jacques Lanctôt (ref :« Enfant de Villeray ») me veut à son kiosque —Salon de novembre à Montréal— à lui entre mes heures de kiosque chez « Trois-Pistoles éditions ». J’ai dit :oui. Une reporter de Rimouski (salon en fin d’octobre ) me fixe un rendez-vous : samedi matin. J’ai dit : « Mais oui ». J’ai envoyé un courriel à Franco Nuovo, de la Petite patrie, rue Saint-Denis lui aussi, pour qu’il annonce à son million de lecteurs ce lundi soir, le 14 à Saint-Arsène ». J’ai mis : « Fais-le en souvenir de ton quartier d’enfance ». Vive le I-Mac !
À la télé hier, à Historia, la bio de Harry Truman. Étonnant parcours. Sans scolarité solide, fils de fermier et ex-fermier déchu du « far ouest », Truman fait la guerre de 14-18 et s’y signale en capitaine bien brave. Iil revient à Kansas City en héros national. Il va — chômeur, sa mercerie-chemiserie en faillite— jouer cette carte du héros-soldat, s’acoquinant avec le gros politicard « organisateur » du coin. Devient député « démocrate », puis sénateur. Un jour, du White House, grand capitaine de forces armées, il dira « oui » à la bombe atomique ! On dit maintenant chez les gauchistes, « horribles crimes de guerre ». On dit « horribles massacre de populations civiles ». On dit aussi : « On a fait des calculs précis, la continuation de la guerre conventionnelle aurait tué énormément plus —les deux bombes stoppaient net le conflit— de soldats et japonais et américains. Qui croire ?
Aile surveillent les feuilletons et moi je lis. « L’express, L’Actualité (bon contenu cette fois), l’Historia. Je commence les confessions (signé Martineau, reporter à TQS) de ce Quesnel, délinquant précoce à Québec, un jeune tueur fou, qui deviendra un délateur fameux. Un livre effrayant offert par Albert, le chum de ma quasi-jumelle, Marielle.
Aile me répète : « J’ai bossé durant vingt ans en feuilletons, j’y suis comme… concernée, attachée, fou hen ? » Je peux la comprendre. Malgré, si souvent, ses insatisfactions, elle ne lâche pas la patate-téléroman.
3-
Suggestion d’Aile : « On se fait un lunch et on part au soleil, en vélo, avec nos blousons ». Bonne idée. Oh, hier soir, chez « Les francs-tireurs »,Martineau questionne très franchement des leaders juifs. Bizarre : tous ont « bin de la misère » avec le français ! Les juifs Ashkénazes (majoritaires) n’aiment pas trop nos juifs sépharades hélas (venus de l’Afrique du Nord) qui, eux, causent français impeccablement… et ceci explique cela ? Donc des réponses bafouillantes à la bonne question : « À cause du massacre nazi, plus moyen de critiquer Israël sans passer pour anti-sémites » ?
Dutrisac, son compère, excellent désormais en questionneur ultra-franc. Bons moments forts avec Ménard, ministre des Transports. Débat vain entre la Navarro (« Voir ») et le Ferrand —parlant « parisien » tous les deux. Chicane mondaine —en riant— sur le thème : « les hommes, les pères, devenus inutiles et bafoués depuis le féminisme agressif d’antan.
Souvenir : en août 1988, je signe, j’en ai déjà parlé, un article dans le Journal d’Outremont (papier refusé partout ailleurs) : « Y a-t-il un racisme juif » ? Oh la la ! Un boucan du yable et tous les autres (prudents) journaux (radio et télé aussi ) s’embarqueront alors dans un vaste champ de tir…Jamais on n’aura tant jasé sur ces isolationnistes, ghettoïstes, les « élus » non-intégrables, les Hassidims du lieu. Cela, souvent, sans m’inviter aux débats, moi qui avait parti le bal ! Un bal si délicat que le P.Q, hésitera à me garder comme candidat dans l’ex-ville. Un an, plus tard, le chef Parizeau n’hésitera pourtant pas à condamner (avec raison) tous ces « ethniques » indifférents au destin collectif du 84 % (nous tous ) de la population. À son tour, Parizeau connut l’horreur des langues de bois ! Je rigolais dans le temps !
4-
Ce matin encore, cette connerie signée André Duchesne (La presse) : « Visite royale : reflet des deux solitudes ». Non, non et non !, il y « deux nations » et pas « deux solitudes » Quand va cesser cette lubie de « solitude » quand il y a « ignorance ».
J’entend des innocents qui croient que le vice-premier ministre, Manley, anti-monarchiste, est un allié en oubliant que ce même Manley fut le criard « partionniste » qui souhaitait que l’on découpe le Québec en morceaux détachés si l’indépendance advenait. Mémoire courte de trop des nôtres.
Aux actualités hier : une ouaitresse ontarienne, cancéreuse pulmonaire en phase terminale, va obtenir beaucoup d’argent. Elle a bossé dans un snack-bar —« C’était « bleu » de fumées de cigarettes » dit-elle joliment— très longtemps. Avocat intéressé (à 50 %) et cause gagnée. Oh, tous les restaurateurs vont jeter dehors les fumeurs, ça va pas tarder ! Autre chose : notre « govern’ment » va cracher des millions de notre argent public pour soutenir (on cherchera des investisseurs) Murdochville (moins d’un millier d’ habitants !). Des millions. Ces gens veulent pourtant (référendum tenu) que l’on ferme la ville…et que l’on crache un bö gros trésor en compensation. Je ne sais quoi en penser. Une ville ouvrière s’installe autour d’une grosse industrie. Cette machine-à-salaire finit d’exploiter les entrailles du site et ferme. Catastrophe ! Miserere !
5-
Je lisais hier soir sur les sectes en France. Les disciple de la « québécoise » patente —à domicile fixe ici avec panneau payé par le gouvernement— « raéliste » font face à quatre accusations en France. Subornations et agressions sexuelles sur des mineures ! Bigre, on dirait que secte ou religion catho d’hier, c’est toujours la même obsession : les enfants comme objets sexuels. L’article (de « L’Express ») souligne la complicité bien tacite des parents (raéliens eux-mêmes) des jeunes abusées. Renversant. Un déboussolage total chez ces brûleurs de croix à la KKK, ces zélateurs loufoques aux portes des écoles. Ne « laissons pas venir à eux les petits enfants », leur évangile est un crachat amoral. Bavures inévitables (?) là où la liberté totale (certes) doit régner. À nous de critiquer sans cesse ces désaxés.
Chez Bazzo, ce matin, ça cause parfums ma chère. J’entends : « thé au Jasmin ». Baptisé Théo, on me nommerait « thé au jasmin ». Excusez-la.
Tiens, je vais envoyer à mon Marcogendre —suis un addict— copie ce cocasse communiqué pour lundi le 14.
Je vois des joueurs de tambours à la télé, dans Villeray. Souvenir : c’était comme Hollywood au coin de ma rue parfois. En 1940, la radio (prestigieuse comme la télé en 1960) venait s’installer sur la scène du cinéma du coin, le Château. Du music-hall gratuit ! Il y avait une file jusque devant chez nous. Nous sortions, Gilles et moi, notre cheval-de-catin et zigzaguions entre les gens en longue queue. Quêtage de sous. Cet été, je n’ai pas réussi mon aquarelle sur ce cheval-de-guenille, hélas !
Comme j’aimais tant Montand roucoulant Prévert : « Ils ont des poids / ronds et carrés / des tambours, des cerceaux dorés / l’ours et le singe / animaux sages / quêtent des sous / à leur passage…. »
Bon, partons la mer est belle…la mer d’air sur nos têtes. Allons vélocipéder sur l’ex-chemin de fer. « Il fait chaud », me dit Aile, revenue de courses. Comme en France, Aile achète les victuailles au jour le jour. « Avec es enfants, ce serait différent, je le sais bien », dit-elle.
Bon, cliquer sur : « éteindre ».

Le jeudi 3 octobre 2002

1-
Un hier si beau et si chaud…ce matin, ciel bleu à nuages éparpillés, c’est frisquet en yable ! Je reviens du bas de la côte Morin, de chez le tondeur de cheveux (et barbe dans mon cas), Lessard. Passionné de golf, il m’en jase. Je lui dis : « Ah le golf! Ça me tente, on me dit tant que c’est défoulant, reposant, mais j’avais un camarade (J.-C. Rinfret) golfeur emeritus qui m’avait prévenu : « Claude, commence pas ça, je te le dis, ça devient vite une passion. Tu pourras plus t’en passer…etc. » .J’ai suivi son conseil, trouvant si peu de temps pour m,es passions. La lecture. Le cinéma. Et mes petits projets divers.
Monique Miller, avant-hier soir, rue Frontenac, avait choisi de lire d’abord deux textes de mon bouquin « Je vous dis merci », l’un dédié à mon père mort, l’autre à ma mère morte. Je la sentais ému pour papa-mort. Pour ma mère-morte, elle éclate en sanglots ! A du mal à poursuivre sa lecture. Malaise partout. Moi tout bouleversé de la voir si bouleversée. Un moment fort. Pour terminer sur une note plus joyeuse Monique a lu (avec son grand talent qui améliore un texte !) le tout premier chapitre de « Enfant de Villeray » avec le « tit-gars » qui découvre la lune et s’imagine qu’elle vogue dans le noir firmament.
2-
Le cinéaste audacieux Pierre Falardeau, hier, sous le portique de TVA, nous quittions « Dans la mire » : « Tu sais, j’ avais quoi, 15 ans, j’achetais mes « comics-books » américains à une tabagie de mon Saint-Henri et je découvre un jour qu’on y offre la revue de gauche « Parti-Pris » et ton roman « Pleure pas Germaine ». Une découverte qui m’avait marqué ». Il me glisse soudain : « Dis donc, Jasmin, t’es encore plus révolutionnaire que moi, ma foi du bon yeu ! » Pris cela comme un fameux compliment venant de ce dissident enragé.
Envie d’envoyer à ce cinéaste mon « L’Armoire du Pantagruel ». Il aime Rabelais ! Il me semble que Falardeau saurait en tirer un fameux récit filmique. Eh ! Je constate que je n’ai plus de copie. M’adresser vite à Leméac, son éditeur.
3-
Quand je décidais d’offrir mon polar de « fantasy », « La nuit tous les singes sont gris », à Quebecor, j’avais cru à une promotion énorme (journaux, magazines, télé), vu l’immense machine des Péladeau. Mon erreur. L’éditeur Simard (Publicor) m’expliqua, voyant ma déception : « On imagine un empire qui se tient, mais non, chaque branche de l’empire tient à sa liberté. Même qu’il y a méfiance. Et silence. Impossible d’obtenir de la publicité dans une section ou l’autre du « gros jeu de blocs ». Mon « La nuit.. » ne fit donc pas mieux là qu’ailleurs. Les énervés de la « convergence » seront surpris de lire cela ?
J’ai acheté le dernier numéro de la revue « Historia » que mon père estimait fort. Lectures formidables. Article sur le Mussolini fêté avec empressement par le roi d’Italie alors que l’armée aurait pu stopper net la marche sur Rome des fascistes (en chemises noires). Monarque bien con. Et qui regrettera amèrement sa confiance niaise au Duce Benito, dictateur. Article encore plus fascinant sur les capitalistes des USA collaborant volontiers avec les nazis parvenus au pouvoir. Ford, G.M, Shell, ITT, IBM, tous, la main dans la main avec le fou. L’argent à faire. « Business as usual ». Pire encore : après le conflit, ces compagnies ont exigés des millions (du trésor de cocons de payeurs des Étatys-Unis) en réparation. Quoi ? Ils dirent : « nos usines étatsuniennes installées en Allemagne furent bombardés par les USA ! Incroyable mais vrai. C’est à vomir sur ce capitalisme démoniaque. Article étonnant sur cette Suisse, pas si neutre qu’on pense sous Hitler-le-fou. Captivant article sur les assassinats de Présidents, en France.
Bref, un magazine instructif. M’abonner, pensais-je ? Non. Résister. Pas le temps, hélas. J’arrive à peine à lire…ce que j’ai à lire, ici et maintenant. Hélas !
4-
Deux films loués. Un bon et un con. Le con ? Celui de Woody Allen, le pornocrate suborneur de fille adoptive. « Hollywood ending » est un navet. Récit —mal mené— d’un cinéaste déchu qui tourne malgré la cécité subite dont il est victime. Il y a quelques bons « one-line ». J’avais été prévenu mais bon… W.A. a donné jadis de si amusants films. Au début, prologue sur le Canada d’où revient ce triste héros-cinéaste capricieux : « Que de la neige et de la glace. Un pays ennuyeux qui n’inspire absolument rien ». Merci. À la fin, épilogue, son navet (et c’en est un au fictif comme au réel), se fait acclamer à Paris conte toute attente. Lisez, entendez : « les cinéphiles de France sont tous des cons et des abusés ridicules ». Édifiant.
L’autre film : bien fait. Excellente démonstration signée Barbet-Shroeder. Titre : « Meurtre en équation ». On songe au formidable suspense « The rope ». Même thème : des égocentriques dégourdis, forts en sciences et maths, qui se croient au-dessus du monde entier. On songe au « crime gratuit » d’un roman d’André Gide : « poussez un passager hors d’un train en marche, au hasard, n’importe lequel, on ne saura jamais qui a tué ».
« Meurtre en équation » raconte la totale soumission d’un brillant collégien face à un autre « bollé » encore plus machiavélique que lui. Un fils de famille riche et puissante, qui va le séduire « philosophiquement », qui va en faire son complice dans un assassinat « gratuit ». C’est un polar hors du commun. Ces deux grands ados, sans aucune fibre morale, sans humanité aucune, sont joués de façon hallucinante. Je reverrais volontiers ce suspense diabolique.
5-
Vu hier soir —vrai blitz en médias— « le jeune messie » des bourgeois cupides —les détestateurs de la solidarité national— Mario Dumont face à Paul Arcand à TVA. Quoi ? Immense déception ? Non, je le devinais fourbe et calculateur. Si jeune ! Je l’avais vu « patiner et farfiner » chez Miss Dussault à Télé-Québec. C’est un disciple resté fidèle à la manière- Boubou, son ex-mentor. Le gaillard, faux-baveux et, à la fois, empesé, est un danger effroyable. La gauche la moins gauchiste doit vite le dénoncer et partout.
Déjà ratoureux, il refusait carrément de parler vrai, de parler franc avec Arcand, cela sous des dehors de bonhomie, de franchise… frelatée. Ce matin, la Lysiane Gagnon de Power-Gesca-La Presse commente, élogieuse —tout pour nuire aux souverainistes de Landry— cette « fraîcheur rafraîchissante » —mon cul— pour finir par admettre, comme à regret, que ce Dumont est…oui, un simple patineur ! C’est John Charest l’homme de la Power-Gesca! Hélas, les bourgeois cupides le refusent et il reste bien bas en sondages ! Ô Lysiane —défroquée de l’indépendantisme— on devrait changer de peuple, hein ?
6-
La nouvelle série-télé d’Homier-Roy —tournée au vieux cinéma Rialto sans vrai public participant (hélas)— ne lève pas. Après Picard (Luc), Carole Laure —Laure de « Lord », son premier mari, m’expliquait Monique Miller— fit voir un fort tempérament, il faut lui donner ça. Mais… une fois de plus, pas de dossier d’archives, pas d’enfance, pas d’infos sur ses études, sur sa jeunesse, son milieu, ses tout débuts, etc. Fille volontariste, bûcheuse, ambitieuse —comme il se doit en ces carrières— il y a du Monique Miller et de la Sophie Faucher chez cette Carole d’abord mignardisant, se dénudant volontiers, danseuse à gaga, à gogo, chanteuse à voix bien frêle et puis actrice-amateure aux roulements des « r », manière arrière-province. Mais elle captive jouant de sa chevelure rebelle —mieux que Luc Picard— par son entrain et un certain sens de l’humour.
Ce matin, mon vaillant correspondant fidèle, Marleau, me pointe une adresse hypothétique afin que mon album illustré se réalise, un certain Henri Rivard de Contrecœur. Éditeur inconnu ou méconnu ? On ne sait jamais. Je lui écrirai. Est-ce vraiment un riche philanthrope paré à perdre de l’argent ? La grosse millionnaire SOGIDES, via sire Graveline, ne veut pas risquer une maudite cenne noère !
7-
Au Centre culturel Frontenac, mardi soir, deux « rencontres après entretien ». L’une, jeune fille au regard de feu, me veut comme « parrain littéraire » avec le programme de l’UNEQ. Je lui au expliqué : « Fuyez ces niaiseries, genre « atelier d’écriture » de mes deux fesses, etc. Écrivez en solitaire (c’est cela le vrai métier d’écrivaine) et tenez vous loin de tous ces machins-bidons. Cherchez seulement un éditeur qui appréciera vos écrits. Je crois qu’elle a tout compris. L’autre, jeune homme visiblement allumé me donne des poèmes-anarchistes. François Béland rédige des « prières » d’iconoclaste inspiré. Un « Ave maria », un « Credo », un « Pater Noster », provocations bien troussées. Il me semble plein de jus. Il a du talent. Je lui dis, devant m’en aller, de signaler claudejasmin.com… Le fera-t-il?
Messire Lionel Lefebvre me couriellise ses accords : « Oui à l’école séparée, les filles d’un bord et les garçons de l’autre et « oui aussi » aux uniformes…lui qui moque avec raison les « guenilles griffées », chers, avec fond de culotte aux genoux ! Il m’a fait rire. Il juge « Tous les matins » à la SRC un peu trop fourre-tout cependant ! Ah ! N’y peut rien. C’est un magazine. Aile a lu un « Clin d’œil », acheté pour la Marie-Josée à la neuve hanche, et me dira : « un fourre-tout. Ennuyeux ». Je lis « L’Âge d’or » d’octobre (qui va me célébrer en novembre) « fourre-tout » là aussi. Un variété est un variété, une dramatique est une… Un mag-télé…doit être forcément un fourre-tout ? Sais pas.
8-
Au téléphone tantôt : Stéphane T. « On vous invite deux fois, vous venez et lundi qui vient et mardi. Salut ! » Bonne nouvelle ? Y serais-je bientôt « tous les matins » à « Tous les matins » ? Mon Dieu, alors des gages de deux mille tomates par semaine, moi, un pauvre et simple vieux retraité ? Crise d’apoplexie pour tous les G.Tod Slone de ce monde— qui, soit dit en passant, fait des adieux courroucés au « vieux schnock hypocrite » —ses mots. Le talent ? Pouah ! C’est juste que j’ai su enfirouaper ces cons finis de la télé, n’est-ce pas ?, qui sont tous des vendus, des crétins abusés, pas vrai ?
9-
Ici, en Laurentie, il y a trois hebdos « gratuits ». L’un d’eux se nomme « Accès », c’est le plus percutant. On y trouve des « papiers » du prof Lauzon, c’est vous dire ! Frédérique David (sa directrice) y signe un billet hebdomadaiore souvent brillant; et cette fois, c’est une charge valable. Elle s’affirme « snob » puisqu’on taxe de ce sobriquet ceux qui aiment la culture. En effet, une longue vague d’un populisme douteux fait qu’est décriée (décrétée ?) comme « snob » toute personne qui a à coeur de s’instruire, de s’informer, de s’enrichir en fréquentant des institutions qui ont du fond. Bravo à elle !
Le sens des mots : très important. Placarder Harry Kissinger (prix Nobel de la paix en 1973) comme « criminel de guerre » relève de l’inflation verbale niaise. Voir Hitchen et son livre polémique :« Les crimes de M,. Kissinger », Editeur Saint-Simon. Le rôle politique —discutable évidemment— du célèbre conseiller à la Maison blanche l’a conduit à un tas d’erreurs graves mais mettre un Kissinger au même niveau qu’un Pinochet c’est tromper les gens.
L’exagération abusive devient une insignifiance. Ce même Christopher Hitchens, journaliste anglais basé à Washington, a fait bien mieux quand il a loué George Orwell —« 1984 », « La ferme des animaux », etc.— qui fustigeait la gauche britannique de 1940 sombrant dans le défaitisme. Voilà que ce même Hitchens se range du côté « faucon » et appuie le W. Bush ? Stupeur dans la république gauchiste ! Hitchens —allié de Tony Blair— parle de « fascisme islamique » dans la revue de gauche « The nation ». Et vive les esprits libres ?
Regard à ma fenêtre de ma « chambre à écrite » : fin du passage des trains de nuages, ciel tout bleu, malgré le frette automnal… aller lire sur la galerie ? Oui, oui.

Le vendredi 27 septembre 2002

1-
Ciel bouché ce midi. « One passe pas » dit le firmament à l’astre. L’héliotrope enragé en profite pour aller au journal. Randonnée infernale en métropole hier. Aile-de-Aile encore en chauffeur privé. « Tu aimes tant conduire » ? Sa réponse : « C’est que j’aime pas tes façons de conduire. Tes risques ». J’ai fini par m’habituer à ses façons à elle. Prudence extrême. Grands espaces entre elle et le véhicule précédent. Abandon de sa voie aux voitures qui sortent des bretelles. Vitesse commandée très respectée. Bon. C’est bien. Je vais mourir dans mon lit pas sur l’autoroute laurentienne.
Départ d’abord pour le Musée des beaux-arts où il y aura, à 11 h., lancement de la série d’Artv, « Tablo » —où j’ai une participation. Arrêt Chemin Bates. Aile grimpe au condo avec des sacs. Elle prendra sa vieille minoune —une Jetta 1990— dans la cave pour ses courses. Je file aussitôt vers le centre-ville. Remettre au « garage » du Musée mon tableau : « Vert regard », aquarelle et encre de Chine. Il y aura mini-expo tantôt pour « la presse » des participants invités de « Tablo ».
Trouver du parking. Tournage en rond dans le chic quartier.
Je finis par dénicher une place Avenue du Musée et crache neuf « tente sous » dans la fente ! J’allai si souvent à ce bon vieux Musée, du temps du « monsieur le critiqueur d’art de La Presse » (expression de madame-barbier-Villeneuve). J’en profite pour monter visiter l’expo-Riopelle. Le grand canot barbouillé dans l’entrée : pas fort. Salles de ses vastes tableaux barbouillés à Paris dans les années 50 et 60. Ses mosaïques spatulées fameuses. Plusieurs ouvrages d’un dynamisme gesticulatoire unique au monde. Trois ou quatre ouvrages géants (dont « Avalanche ») mériteraient d’être bien cachés dans une cave sombre. Ratages évidents. Sa sculpture, bien lourde, inexpressive, hélas. Quand je dis cela à une jeune femme (de l’équipe Tablo), elle me regardera comme si je disais que Ben Laden est un saint ! Je dis : « Évidemment, il y a son nom, sa grande réputation, on ne doit rien critiquer désormais, tout ce que Riopelle a peint (ou gravé, ou sculpté) est extraordinaire, oui, n’est-ce pas ? » Elle allume et me sourit.
J’en profite pour parcourir les salles d’art « canadien » —les prudents « néo-classiques », Plamondon, Hamel etc.—, sale sur le fameux Laliberté où il y a de misérables objets du culte de « la ruralité » tant vantée à son époque, et puis salle d’esquimauderies —certaines pièces en os de baleine sont extraordinaires— une salle de « quincaillerie sacrée » —calices, ostensoirs, ciboires, etc.— et, enfin, un « magasin » pour le « commerce-Riopelle » : posters, gravures, cartes, médaillons, bébelles diverses quoi.
Redescendu, j’assiste au lancement. Comme pour l’inauguration de « La Maisonnette… » lundi, nombreux laïus, d’ordre inflationniste, par les promoteurs, vidéos, inévitablement, et le reste pour s’attirer de la pub. Et ce matin :rien dans les quotidiens ! Dur, très dur, de capter l’attention des médias tant il y a de produits culturels à vendre, de lancements variés.
Je me sauve (avant le goûter gratuit) pour filer chez « Graveline-Typo-Ville-Marie inc. » , rue La Gauchetière. Pas un chat. Tout le monde est au lunch. Je reprend don, triste et penaud, mon cartable de mes quarante illustrations de « La petite patrie ». J’ai quarante minutes, au mini-condo du Phénix, pour luncher avec Aile.
Je roule sur la 40 vers l’encadreur de Montréal-Nord. Ce monsieur Bambino, supporter-mécène est charmant. Rigolo. La Francine vigoureuse s’amène. On signe une entente-contrat pour mon don des 40 ouvrages. Au crayon de plomb, je signe mes ouvrages et trouve vite, les titres. « Pas certain d’avoir le temps, pour lundi le 14, d’encadrer tout le lot », nous prévient le proprio de la boutique. Francine s’assombrit un brin.
De retour, je fais un arrêt, rue Chambord, pour donner des « sous » —rituelle remise d’argent de poche— à mes petits-fils. Il n’y a que le beau géant Laurent. Brève causette et je me rends chez Publicor pour une enveloppe à ma belle bru, Lynn, —avec des billets pour le 14— destinée à ses deux ados. Ouf ! Il est 15.40
Un fardier à 25 roues colle au train d’Aile sur la 15 en réparations perpétuelles. Elle jure. S’énerve. Un autre fonce, la doublera, manège dangereux. Hier soir, aux nouvelles, on raconte à propos du carambolage du matin à Richelieu, sur la 10, la trop grande vitesse des camionneurs « colleurs ». Aile : « Ah, tu me moques mais tu vois, j’ai raison. Ils sont dangereux ces animaux-là ».
Retour donc et beau soleil bien chaud. Aller au rivage. S’allonger. J’en avais besoin. Coussins. Lecture du « Point » et du « Nouvel Ob » par Aile qui décrètera avec raison : « Le Point », c’est plutôt plate, non » ? Oui. « L’express », c’est mieux. J’hésite à aller nager un 26 septembre. Bang ! Arrivée des nuées et lumière tamisée, chaleur diminuée. Je prend un grattoir et, à quatre pattes sur la pelouse, je cherche cette oreillette électronique —à deux-mille piastres— perdue dimanche. Rien, maudit !
2-
Au fait, Aile —myope et œil de lynx à la fois ! —m’a trouvé ce chapitre 25 de Mathieu dans ma mini-Bible. Ce Dole ne sait pas lire ? Il n’y a qu’une édifiante parabole. Une belle, le « j’étais nu, j’avais soif, j’avais faim… et vous m’avez donné à manger, vous m’avez vêtu… Ce que ferez au plus petit d’entre vous…etc. ». L’américano-québécois Dole, publiant « Mon Allemagne », se trompait-il de « numéro mathieusant » en fabricant son « Jésus parano et schizoïde » ?
Aux nouvelles : anniversaire de l’imposante « Place Ville-Marie » hier. Du Pei —un talentueux chino-amerloque qui fit aussi la pyramide du Louvres— fort audacieux. Souvenir : les dirigeants de Radio-Canada, à cette époque, se… réfugièrent vite là. Envie de prestige ? Se sauver des « horribles travailleurs » (Rimbaud) de la base ? Péter plus haut que le trou ? Le directeur Dugas me fait « parader » pour me reprocher un virulent article dans « Le travail », un journal syndical. Il me dit tout cerné par les grandes vitres du lieu chic : « Nous habitons une maison de verre (!). Ton maudit article-critique contre ton propre employeur…écoute un peu, faut pas garrocher de roche ici, va-tu comprendre ça un jour ? » Menacé de « virage », je lui avais promis d’être « sage comme une image ».
3-
Bouffe au Chrysanthème « ching-ching » de Saint-Sauveur hier soir. Aile, qui n’aime guère ces chinoiseries alimentaires me faisait une fleur ! Aïe : sauce fameuse pour le bœuf à l’orange et… « Pepto bismol », deux fois, cette nuit ! Gargouillis ventraux ultra-sonores à l’aube, peur de réveiller la compagne. Une fois encore, on voit bien que Saint-Sauveur est plus…comment dire?, plus vivant (?) que Sainte-Adèle. Un jour je dis à l’ex-maire Grignon, le filleul de l’auteur célèbre : « Quoi donc au juste qui fait qu’on est moins populaire que Saint-Sauveur, hein ? » Lui : « Tais-toi, faut absolument pas devenir comme ce Saint-Sauveur commercial ! »
Coup de fil de l’apothicaire-éditeur-artisan, le beauceron René Jacob ce matin. Je le remercie de son envoi de ses petits modestes et jolis livres. Je critique raidement les piètres dessins de son Roch Carrier cependant. Il ne dit mot. Il aime « tous » ses enfants ? Puis, par courriel, je lui répète vouloir trouver une bonne idée de petit livre inédit avec sa maison modeste « Les éditions du Lilas ».
Ma file, Éliane, au téléphone : « Papa ? Tout va bien, examens médicaux positifs ». Ouf, je respire. Pleurnichard, je lui raconte mon échec pour l’album chez « Ville-Marie,Typo ». Consolateur, son Marco, mon gendre, s’offrira : « On pourrait, peu à peu, publier vos images sur votre site ? » Je lui parle de ce pharmacien-éditeur René Jacob de Saint-Georges de Beauce……Peut-être…
Hier, Foglia jase cruellement, ave raison, sur un curé qui « bénit des sacs d’école ». Une môman : « Quoi ? Ça pourrait lui apporter des bonnes notes en classe ! » Paganisme toujours vivant ! C’est l’Afrique primitive à Saint-Hilaire ? Bientôt vaudou en sacristie ? Hors de la métropole, pas morts regrettables « dévotionnettes et piéticailleries » infantilisantes de mon enfance ?
4-
Vieux stock redondant que cette « très louangée » (Cousineau et al) « Boîte noire » à RDI hier. La fillette brûlée du Vietnam —napalm « made by CIL-Canada »— vue et revue. J.O. Simpson que les flics n’osent pas intercepter —un footballeur coté se sauvant de Dame Justice en Bronco blanche— sur une autoroute de L.A. Quoi ? « L’innocent » fuyait la police ? Séquences vues et revues dans le temps. Enfin, cet arrogant Trudeau s’entourant de militaires à Ottawa —PET qui disait n’obéir qu’a Boubou et à Drapeau pour protéger le Québec au bord d‘un putch n’est-ce pas ? Vu et revu son « Just watch me ». Oui, une émission-bidon. Et, si souvent, du stock traduit de l’anglais. Dumping fatal !
L’enragé obligatoire, mon correspondant USA, G.Tod Slone, m’attaque raidement avant de m’inviter à « tout effacer »et à m’enfoirer dans « mon confort ». Il n’y a qu’une chose :depuis longtemps j’ai tenté de fuir les échanges « notoriété (méritée ou non ) versus méconnu (mérité ou non). Car je sais qu’il y aura injustice au départ. À moins de soumission conne, exemple connu: ce jeune Yann, inconnu, devenu le fana adorateur de la Duras. Aveuglement et tristesse énorme.
S’il y a des divergences en cours de route, le notoire (méritant ou non) a beau jeu. C’est exactement cela qui me rend réticent quand un (ou une) jeune tente de bâtir un pont avec moi. Il y a forcément injustice du sort. Vaut mieux s’attaquer « entre pairs ».
4-
Mon « boudeur sociologique », G.-T. Slone, n’y va de main morte, ni par quatre chemins pour me répiquer; ce qui n’est pas pour m’effaroucher. J’ai vu neiger. Je suis devenu à ses yeux « un mercantile » en sortant de la marginalité. Seigneur ! On écrit plus « vrai et dur quand on vit à l’aise ». Mon Dieu ! En lisant mes J.N. (journal), il voit bien que je vis sans plus aucun conflit (!). S’il savait… « Je m’enrage, dit-il, si on me critique ». Mais non ! Sa conclusion : « Un vieux schnock », moi. Et lui un « ado ». Oui, attardé. « Ah oui ça c’est vrai », chantait une pub de bière.
Bref, je serais « un salonard » et « un vendu ». En 2002, des salons littéraires ? Où ça ? Vendu ? Membre de l’U des A., —aussi de la Sardec, de la Sacem, de l’Uneq— oui, j’exige que l’on me verse un cachet si on m’invite quelque part en médias. Un mal ? On m’invite pas pour mes beaux yeux, je le suppose.
« Les pouvoirs te laissent gueuler : tu es un divertissement ».
Pardieu, tudieu, bonyeu, par-le-sang-bleu : encore en 2001, les pouvoirs me censureraient tant que j’ai adopté le journal justement pour pouvoir m’exprimer librement. Et, tenez-vous : « C’est tout ça qui tue l’indépendance du Québec ». « Bin là », comme on dit.
Il ajoute : « Ça (qui ce ça ? les salauds de notoires ?) tient trop à leurs sous, leurs contrats, leur invitations payées ». Il termine par : « les journaux (Le Soleil, La Presse, Le Nouvelliste) ne publieraient pas ma charge, censure oblige au Québec ». Ah bon, aux States y a pas de censure ? Là, il se goure complètement, ce rédacteur-en-chef du « The American dissident » (?), on se ferait une joie féroce de publier une vicieuse attaque-à-Jasmin-le-damné-gauchisse-séparatisse dans tous ces canards bien fédéralistes. Et comment ?
À vrai dire, à parler franc, « le vieux schnock » est débarrassé d’un vieil ado romantique. Que ce « sans le sous, sans contrat, sans invitation payée » aille au diable et qu’il sache que je refuse son mot : « hypocrite ». Con, idéaliste, bouché, idiot, rêveur, oui. Mais moi en « hypocrite » ? Va chier G.Tod Slone !
5-
Hier, Michel Tremblay (La Presse) dit que, comme pour Jasmin dont on a adapté son « Pleure pas Germaine » et qui « ne causa aucune controverse », il espère qu’on va accepter que Téléfilm-Canada subventionne sa fascinante comédie dramatique, « Les belles-sœurs ». Tournage dès janvier au Nouveau-Brunswick et en langue anglais (aïe !). Ce sera «très librement adapté » (oh, oh, oh !) par Tim Burns et John Smith, spécifie d’avance Tremblay. C’est « Loft Story »— du « real-tivi »— qui animera sa Germaine (Lauzon) à lui. Fini les timbres Gold-Star.
Ah non ! Pas du tout la même aventure Tremblay et moi. Pas du tout. D’abord pas de subvention d’Ottawa pour le film du jeune Bruxellois, Alain De Halleux avec « Pleure pas Germaine », le film.. Le producteur Eric Van Beuren avait assez aimé « P.P.G. » pour respecter mon histoire totalement. « Alligator Film » a suivi scrupuleusement l’intrigue et les héros de mon roman. Pas question « d’adapter très librement ». Et pas de « six millions » —de notre argent du trésor public— là-bas, à peine un petit million.
6-
Pour une fois —serais-je redevenu « persona grata » depuis que j’ai cotisé à l’uneq ?— je reçois une invitation pour un séjour payé en Flandre. Trente jours ! « Aïe Marik, aïe Marik » ! J’entendais souvent parlé de ces mystérieux « cadeaux » pour initiés. J’ai tout compris.
Ce système de séminaires, colloques, « résidences » à l’étranger, séjours à gogo, c’est pour des auteurs célibataires, sans job, sans contrat, sans enfants et sans avenir, des bohémiens bien libres qui peuvent se taper ces « voyages-de-la- princesse » fricotés, concoctés par les Uneq et affiliés. Québec (toé pis moé) paye le transport (de l’écrivain méconnu) en Flandre. Logé dans « La maison des traducteurs » —en banlieue de Louvain ! Reste à faire le marché du samedi matin :50 piastres. Pour ce « six-mois », ca va dans le mille deux cent tomates (Euros). Oh boy ! Y aura trois jurés anonymes (?) pour élire le tit-joyeux-copain-bohème-bien-libre… qui a publié au moins deux ouvrages. Envoyer demande à l’Uneq avant le 2 octobre, vite !
Regard à ma fenêtre, il pleut et le noir s’avance. Va tomber quoi ? Drapeau du Québec flasque qui attend quoi ? Nos arbres immobiles, qui guettent quoi ? Marie-Sissi (oh !) Labrèche publie de l’autofiction ? C’est jamais clair. Comme pour la pute d’Arcand. Mère folle…elle, folle aussi ? Ça se pourrait. Un journal c’est clair et net. Fou peut-être mais « clair de nœud », pas vrai ? Le titre : « La brèche ». Ah bon ! Tel quel ! Une « tite niaiseuse », étudiante en « lettres » ma chère (c’est plein de niaises en ce milieu ?) s’amourache de son prof marié, 56 ans, père de famille. Attentes vaines et humiliations. « Père absent », il lui en faut un. Et qui vous subjugue. Vieille histoire depuis Sagan et Cie ? Oui. Pour « Voir », Julie Sergent (mon caporal !) l’a rencontrée et il y a moquerie et respect. Sissi pleure quand son texte part pour l’imprimerie. 1 Eh bin ! Comme c’est touchant, non ? Partout, à New-York comme à Paris, à Montréal comme à Londres, la sauce autofiction , « c’tu vrai, c’tu pas vrai », envahit les librairie. Non mais…Mon journal (c’est tout vrai) et la paix. Heureux d’avoir quitté ce cirque. Adieu, adieu litté-rat-turr !
7-
Je veux lire le dernier roman de Serge Kokis, auteur québécois venu du Brésil, psy et peintre expressionniste aussi. Il a lu « L’automne du patriarche » de Marquès, dit-il à Bazzo, et a pondu le récit de vie d’un réel dictateur sud-américain, véritable fou, soutenu par Washington comme il se doit. Il y a de bons « dégeus » et de mauvais, tel Saddam Hussein !
Moi, ayant lu aussi « L’automne… » j’avais publié, en 2000, chez Lanctôt, un Duplessis comico-dramatique : « Le patriarche bleu ». Oui, les livres naissent des livres. Vérité.
Comme jaloux des auteurs, on voit, de plus en plus, des directeurs de scène bousculer le texte. Ainsi René-Daniel Dubois, exemple tout frais. Son « Kean » au TNM, ne fait pas l’unanimité, loin de là. Dumas-Sartre se font bardasser à sa moulinette. Lorent Wanson (chez Denise-Pelletier), venu de Belgique, lui aussi, tripote dans Beckett et arrange « Godot » à
sa sauce ! Il nomme cela : « ne pas craindre de désacraliser les textes ». Qu’ils écrivent leurs propres textes ces déviargeurs ! Dubois le peux. Et la paix !
Libération de Paris. De Gaulle arrive enfin au pouvoir. Son énervement. Les communistes furent farouches et très efficaces dans les maquis. Faut calmer le jeu. Il va donc demander des absolutions. Que l’on passe l’éponge. Assez de « l’épuration » revancharde. Ainsi l’affreux Maurice Papon, nazi notoire, va s’en tirer. Et « se tirer ». À 92 ans, le « très » vieux emprisonné sur le tard, bien tard, vient d’être remis en liberté. Il est un grand et grave malade. Scandale en France ! Faut-il libérer les vieillards grabataires des cellules ? « That is the question » ces temps-ci, là-bas !
8-
Énorme, très énorme succès, à la télé USA des « Sopranos ». Jamais vu encore. Un feuilleton de bandits ! Une clan de mafioso, en famille très très élargie. Ça se questionne au sud. Un sociologue étatsunien (David Simon) : « Les Américains sont pourris jusqu’à la moelle ». Eh bin ! Il poursuit : « Cette série bien-aimée est le symbole de notre violence meurtrière, de nos pathologies nationales, de la corruption économique, de la criminalité transnationale. Le pays tout entier est déliquescent ». Bon. Compris ? Exagération ? Un psy coté (Glen Gabbard) raconte qu’il y a davantage de clients dans les cabinets d’analyse depuis la venue de ce Tony Soprano.
Martineau, dans Voir, condamne les uniformes aux écoples et pisse sur les « anciens ». Son tour viendra vite pourtant. Déjà….……Cassivi (La Presse) fesse aussi sur les vieux à son tour. Tant de hargne ! Il n’y a des vireux cons, des vieux corrects, non ? Comme il y a des jeunes sympas et des jeunes cons, non ? Son billet du 21 dernier fait les éloges du « Bunker » de Dionne, et puis cogne sur les Parizeau ou Paul Martin. Aux yeux de ce jeune, souvent « brillant », c’est le « place aux générations nouvelles »! Seulement ? Ce « tasse-toi mon oncle » est une idiotie.
9-
Depardieu, lui aussi, avance en âge. Il va s’incarner dans Augustin, mon cher saint algérien qui disait : « Aime et fais ce que tu veux ». L’acteur va réciter du Augustin-le-saint dans des églises (e des mosquées !) du monde entier. Il y a deux ans, le gras Gérard rencontrait le pape polonais et ils ont jasé… d’Augustin ! Le chemin de Damas de riche acteur ? Le 23 novembre, en Algérie, début de son pieux périple ! Il dit qu’il n’aura que de bougies pour éclairage. Belle lubie ou conversion d’occasion ? On verra bien.
Sylvie St-Jacques rédige (La Presse) : « Aux lendemains du tourbillon médiatique qui accompagne généralement la parution d’un livre… » Est folle ou quoi ? Le livre ne cause aucun tourbillon en médias. Elle rêve debout ! Réveille Sylvie ! Il y a de tentatives (le dimanche après-midi ?) pour publiciser les bouquins mais c’est peine perdue. La littérature n’a rien de visuel et donc n’est pas bonne matière à faire de l’audience. Vérité incontournable, hélas !
10-
Il fallait écrire Morissette l’autre jour…quand j’ai parlé de cette rédactrice qui vantait le bilinguisme dès la première année à l’école. Qu’ Yves Michaud qui, lui, possède bien sa langue, aille au diable quoi !Je répète qu’il faudrait savoir manier d’abord un peu plus correctement notre langue. Or, c’est un cauchemar.
En 1960, moi, ou Gérald Godin, même Yvon Deschamps, tous, nous avons voulu illustrer la parlure fautive chez nous. Tous, en artistes, on croyait que nous faisions un portrait cruel et en voie d’être dépassé bientôt.
Mais non, hélas, en 2002, ça ne va pas mieux. Nous espérions candidement que ce joual —pouvant donner de beaux effets phonétiques certes— allait disparaître avec les progrès de l’éducation moderne et gratuite, répandue. Qu’est-ce ce qui nous avons de vrillé dans nos chromosomes ? Depuis la Défaite de 1760…depuis la domination anglaise… malgré nos succès collectifs rassurants, nous parlons mal collectivement. Ça ne va pas mieux vraiment.
C’est grave. Dramatique. Lâchez-moi l’anglais en première année ! Écoutez parler un enfant francophone du Maroc ou de Tunisie, un jeune Noir de la Côte d’Ivoire, ou du Sénégal….ça coule de source, c’est beau à entendre, c’est comme un enchantement. Une musique. Ici, c’est graveleux, c’est des borborygmes, inarticulation innée, infâmes grommelages, élocutions d’arriérés mentaux, c’est des « euh..euh… »
C’est la syntaxe à l’envers. La grammaire ravagée. Le vocabulaire minimal. Une plaie, n’est-ce pas. Lâchez-moi l’anglais en première année !Un chauffeur de taxi s’exprime mieux en France que nos docteurs en économie ! Un éboueur, mieux qu’un directeur de banque d’ici ! C’est anormal, non ? Il n’y a qu’à écouter la radio ou la télé avec les entrevues dans la rue. Non mais…Allons-nous un jour nous en sortir de ce handicap extrêmement grave ? Enseigner comment, de quelle manière, en première année, le français ? Comment casser, pulvériser, ce moule honteux ? Ça ne peut plus continuer.
Bien connaître une langue (une seule d’abord) c’est posséder tout, le monde, son avenir, c’est contrôler sa pensée, pouvoir concevoir, articuler son esprit, structurer son jugement. Il m’arrive d’être découragé. Le premier pas pour nous corriger ? Bien le savoir cela : on s’exprime tout croche trop souvent. Cette lucidité est le pas essentiel. Ceux qui disent : « quoi? On se comprend bin comme faut entr’e nous autres », sont des assassins de la nation !
L’anglais (lire le basic american) fait se parler —bien sommairement— un Hongrois qui rencontre un Finlandais en Pologne ! Cet instrument « universel certes » —à cause de l’hyper-puissance USA— n’a rien à voir avec le bilinguisme réel. C’est juste un outil —superficiel— et bien entendu fort commode. Ce sabir pratico-pratique n’a pas besoin d’un long enseignement . On l’attrapera et vite si on en a besoin un jour. Pas besoin d’être un « bolé » pour cela.
11-
Éliane au téléphone. Frais de cours pour Gabriel en collège privé de la rue Sauriol. Je veux, de mon vivant, les faire hériter —tous les cinq petits-fils— de cela :l’instruction. C’est ma part et j’en suis fier ! Ma fille, alerte, de belle humeur, semble bien se remettre de ses maux de cet été quand il a fallu interrompre leurs vacances à la mer du New-Jersey. Tant mieux. Elle me parle du clan LaPan (à Daniel) s’en allant de nouveau à mon cher Ogunquit pour ce week-end-à-congé-national. Brr… L’eau frette ? Il y a l’été de la Saint-Martin. Qu’ils touchent tous du bois…du « drift wood »?
Marco tente d’arranger la prise de photos de mes « graphitis » exposés lundi soir le 14 —Éliane et lui y seront— dans le portique de Saint-Arsène. Il y a les lumières « flash » et les vitres des encadrements. Ouengne ! Rien à faire, je le crains. En parler à mon Daniel? Un bon photographe lui aussi ? Inutile, je pense.
Aile rentre de courses, j’ai vu une boite du vidéo-club du bas de la côte. J’aime ça. C’est comme un paquet-surprise chaque fois. Si je la questionne elle dira justement : « Ah, surprise ! » Ainsi , rôdeur en cuisine, elle me chasse : « Va-t-en. Surprise ! » Je suis un homme… surpris…et heureux de l’être.

Le jeudi 22 août 2002

1-
Ouf! Oui, « jours de pluie »…donc jour du diariste. Par où débuter…résumer cette absence du clavier ? Éliane, ma fille, arrivée ici lundi, vient de nous quitter. J’admire son courage : sous la pluie, tantôt, elle a tenu à aller se baigner longuement une dernière fois et y faire ses exercices dans la « nouille » de plastique. Elle nous a détaillé un tas de maux physiques qui l’accable et nous a paru pourtant , à Aile et moi, en forme splendide. Hier, je lu ai dit : « Eliane, ça serait pas la ménopause tout ça » ? Elle a répondu : « Oui, peut-être, ça se peut ». Elle jouit d’un appétit formidable, a un moral solide, est capable d’énergie rare. Alors ? Quoi qu’il en soit, son séjour m’a fait du bien. L’absence des trois garçons favorisait nos confidences. On a souvent jasé en tête en tête. Souvenirs communs, constats divers sur nos petites actualités, vagues projets d’avenir. C’était fameux. Un seul inconvénient : la fumée de nos cigarettes. Elle ne supporte pas. Le soir, Éliane elle se tenait un éloignée des deux cheminées, près de la moustiquaire. On en riait.
Mercredi midi, visite, avec Éliane — amateurs d’aquarelles, en faisant pas mal elle-même— à Saint-Agathe, pour visiter une modeste expo de l’aquarelliste, brillant technicien, lui, Jean-Paul Ladouceur. Sa fille, Johanne, était dans la petite galerie. Échange de souvenirs. J’ai oublié de lui dire avoir consacré un chapitre à son père-peintre dans mon « Je vous dis merci ». Elle me veut en préfacier —au moins, lui ayant dit que je n’avais pas le temps d’écrire la une biographie qu’elle planifie— pour un tel livre qu’elle veut consacrer à la mémoire de Jean-Paul. Je ne me voyais pas, paresseux, potasser des tas de documents ladouceuriens.
Le lac, à Saint-Agathe, est plus impressionnant que notre petit lac Rond. On a embelli des rues, on y trouve la panoplie des restaus et boutiques à la mode un peu partout désormais. C’était joyeux sous le beau soleil de ce jour-là. Chaque soir, promenade de santé dans nos alentours avec ma fille qui y tenait, qui me fit prendre la résolution de marcher davantage.
Vu à la télé, avant-hier soir : « Vertigo » d’ Alfred Hitchcock. Son chef d’œuvre disait la chronique. Oh la la ! D’une lenteur, d’un manque d’ellipses, un « presque navet » au fond. Basé sur un polar de Boisleau-Narcejac, il en sort une abracadabrante histoire. Seul la fin surprenante de l’intrigue —de ce lent et trop long film— reste valable…et encore ! Pourquoi surenchérir, sur-coter, ces vieux films d’antan…aveuglément ? Snobisme puant. Aile comme Éliane rigolaient ferme aux tournants, virages brusques, si peu plausibles de ce « Vertigo ». Et moi donc !
Avec ma fille, bref pèlerinage à mon ex-écurie de 1952 — 14 mois avant sa naissance— rue du Chantecler. Je lui parle du concierge de l’hôtel qui tentait de m’aider un peu. Il ne reste que le solage. « Tu parles beaucoup de ce Sainte-Adèle, cela t’a marqué hein ? », me dit Éliane. Et comment ? Au fond mon premier appartement, à vingt ans. Ma première vraie coupure avec la famille et la rue Saint-Denis; mon premier échec aussi. Ça marque en effet. Le lendemain, —y a-t-il un hasard— au dépanneur du coin, la fille du concierge Aubuchon m’apostrophe : « Ah vous ! Ma mère détestait que j’aille rôder dans votre atelier. Elle avait peur…de vous, de l’artisse, du bohémien ! » On a rigolé.
2-
Nous avions appris —source du « beau milieu », expression de Raymond Cloutier— avant tout le monde le suicide de la fille de feu Luc Durand, Émilie Durand. 22 ans, merde ! Aile : « Non, non, va pas mettre dans le journal, la famille est peut-être pas prévenue encore ». J’obéis. Samedi matin, c’est dans les journaux. Clairement. Avec le rituel : « Dons à « Suicide-Action ». Tombée du clocher de l’église de Baie Saint-Paul. Miserere !
Coup de fil de mon éditeur « trois-pistolets », le V.-L. B. « Salut Claude ! Bon :on garde un de tes titres. Ce sera : « À cœur de jour ». Final. Pour la couverture, cesse tes tourments, oublie l’illustration littérale du titre et fais-moi plutôt un de tes autoportraits donquichottien dont tu as le secret. Okay ? Salut ! »
Bonne idée. Je vais m’y mettre et la lance du « chevalier sans peur et sans reproche », à la joyeuse figure, sera une longue plume bien acérée ! Youpi! Délivré.
Rêve vraiment bizarre, extravagant, avant-hier. Je le résume très brièvement. Matin. Je suis avec d’autres (c’est vague : mes enfants, des amis, le passé, aujourd’hui ?) dans une cave bétonnée —la mienne, jadis, à Bordeaux, il me semble— il y a eu des…mulots, chauve-souris, rats, bêtes bizarres. (Écureuils ?) Le lieu est craint. On cherche comment nous débarrasser de ces « bébites de nuit » si encombrantes. Je vois des trous nombreux dans le solage (reste de l’ex-écurie). Aussi des blocs de glace…Soudain, qui descend le long d’un mur de cette cave, une assiette de cuivre, gravée. Je vois la corde de soutien qui défile ! Peur de tous. Fantôme ? Poltergeist ? Frissons de tous. Prudence. Petits cris. Recul des froussards. Brave, je m’approche et je lis un nom (inconnu) —Marcel ou Maurice… Briard ou Brodard… peint au bas de l’assiette martelée qui offre un portrait brossé vivement. Visage joyeux. Face comme hilare. Tête d’homme avec képi militaire. Soudain, juste à coté, fil mobile encore et c’est un masque de carton épais qui descend et s’arrête à la hauteur de l’assiette métallique. Même visage ! Stupeur de nos tous. Le nom peint au bas de ce masque : même fion grotesque. Ensuite, nouvelle surprise. Cris encore : un troisième objet sort du mur et se glisse le long du mur de ciment. Une petite huile sur toile, sans encadrement, le nom pas même séché encore à l’huile grasse :colonel M…B…Je peux pas lire clairement. Bouleversé par cet accrochage insolite, je veux calmer mes compagnons, —mes enfants, mes petits-fils, je ne sais trop— je dis : « C’était ça. C’était lui. Un esprit en difficulté. C’est fini, regardez. En effet, les trous sont frais cimentés et la glace a disparu. Les trois portraits remontent au plafond, disparaissent. Je récite un pater, je ne sais plus les mots, alors je récite un ave… Soleil luisant dans la cave redevenu normal. En sortant je dis à Marco (qui est à mon côté ?) : « Je regrette. J’aurais pas dû… ces vieilles invocations, non, j’aurais pu improviser mieux, faire une « prière aux morts » plus personnelle. Marc me dit : « Oui, c’est vrai ! En effet ! » Réveil.
3-
Mardi et mercredi, ma fille heureuse, en vacances totales, baignades sans cesse et, hier, visite au rivage d’une amie d ‘Éliane, Danielle P. venue du Rang 12. « Regardez ce que je vous apporte, m’sieu Jasmin. Vous aviez parlé des « croquettes » mangés au collège Grasset à chaque récréation, votre « régal », disiez-vous. J’en ai déniché une de vos chères croquettes ! » Elle me le lance ! Vite, j’y goûte. Je l’avale toit rond. Miam ! Rien de changé. On a ri. Il nous reste ainsi des goûts anciens qui ne s’oublient pas. Ce petit gâteau « Stuart », le « Croquette » — « Mae west » pour d’autres— pauvre consolation dans « la prison » obligée des « bons pères ».
Dimanche soir, location du dernier film de Godard : « Éloge de l’amour ». Arès quelques navets imbuvables, nous avions mis une croix pour longtemps sur ce « chercheur » aux navrante trouvailles. Dimanche, on se disait : « un dernier essai, il a changé, évolué, peut-être. Non, c’est plus assommant que jamais. La « recommandeuse de vidéos » de La Presse, la Sarfati, bien snob, bien jet set, craignant, mondaine, de passer pour une demeurée, y allait d’un « trois étoiles et demi » ! La niaise intello désincarnée ? J’en doute. Plutôt la timide timorée intimidée. Un récit obscur, une machin sans queue ni tête. D’une prétention d’imbécile, d’un ennui constant et total.
Raconter encore mon histoire : « Une fois c’t ‘un gars… devant l’entrée d’un club « pour intellos seulement ». Le portier lui dit : « En êtes-vous vraiment un ? » Lui : « J’ai aimé « Éloge de l’amour » de Godard ». Le portier ouvre aussitôt : « Entrez, entrez vite »! Aile vraiment écœurée —qui aime bien pourtant les histoires compliquées à la « Mulholland Drive ». Cette fois, comme moi, elle jure que Godard c’est terminé. À jamais. Elle me ramène un Godard et je divorce. Euh non, on est pas encore mari et femme !
Le peintre « automatique » Pierre Gauvreau ( aussi auteur de « Le temps d’une paix, « Le volcan tranquille ») à la radio du matin avec Dussault : « Les marchands de soupe ont envahi la télé ». Vrai et pus souvent que souvent.
Éliane nous raconte l’organisation d’un anniversaire pour son benjamin, Gabriel. Une douzaine (12 !) d’amis. Garçons et filles. Toute une soirée de fête, une nuit aussi et le lendemain ça continue rue Chambord ! Oh la la ! Tas de repas, de collations, jeux, min-orchestre, voisins ennuyés etc. Fatigue terrible. Aile écarquille les yeux et voit mieux à quoi elle a échappé. Ouf et re-ouf !
4-
Lundi, départ pour monrial. Fête rue Saint-Denis, à l’école de théâtre, pour le 50 e anniversaire de fondation de « La Roulotte » des parcs. Paul Buissonneau très applaudi, félicité sur toutes les coutures. Il est en pleine forme. Il pète vraiment le feu tout en allant vers ses 80 ans ! Rencontres merveilleuses des anciens camarades : Clémence, Sabourin, impossible de les nommer tous. Évidemment évocations sans cesse. Souvenirs, souvenirs. Nostalgie inévitable. Et cette École, ex- terrifiante antre de jadis. Nos parents, des voisins : « Continuez, petits vauriens, à casser des carreaux (ils disaient « des vitres ») et on va vous faire renfermer à l’École de réforme » ! Nous savions que c’était à quatre coins de rue de la rue Bélanger cette horrible prison des enfants où on fouettait, on torturait ! Notre frayeur alors, on restait tranquille deux ou trois jours.
Après la joyeuse fête, souper à « La Moulerie » avec P.-J. Cuillerier. J’aime ce camarade d’Aile. Il n’est jamais ennuyeux. Sa faconde est inépuisable. Il est brillant, il me stimule. J’arrête, je me souviens qu’il m’a dit « nous tenir à l’œil » via ce journal qu’il lit fidèlement. Bon, disons qu’il n’est pas « si fin » que ça.
Chemin Bates, lundi soir, constatation : le trou s’évase. La pelle « pas à stime » se fait aller la mâchoire. C’est maintenant un très, très grand trou. Le futur bloc de condos, huit étages, sera bien assis. Le bruit incessant dès mardi, très tôt. Les saletés partout. L’horreur. Nous déguerpissons vite de là. Que font ceux qui demeurent au « Phénix » tout l’été ?
Le beau cadeau envoyé par Manon A. Vieilleries précieuses. Elle m’a posté deux volumes du journal de Julien Green et un de Mauriac, sans doute déniché à ses « puces » de la Rive-sud de Québec. J’ai commencé le 1940-41 de Green. Il s’est sauvé aux USA, chez lui. Il en souffre. C’est un amoureux fou de Paris, de la France. Chaque entrée offre de profondes réflexions sur le destin, la vie tourmentée, l’angoisse métaphysique. Il plane au-dessus des réalités contingentes, ce que moi je ne fais pas bien entendu. Je suis donc privé constamment d’informations sur sa vie réelle, son existence « de chair et d’os ». C’est un romancier d’antan —que j’ai tant aimé, je l’ai déjà dit—, du temps que j’appréciais tant les âmes torturées, sauce Mauriac. Plus tard, Dos Pasos, Hemingway, Steinbeck, Caldwell me soignaient à jamais de ce besoin un peu… disons, judéo-chrétien. Trop.
5-
J’ai lu, en vitesse, le bouquin, écrit à la va-vite, de Claude Jodoin (« Mes aveux… » Quebecor, éditeur) qui fut le Michel Auger de son temps au même « Journal de Montréal », qui se lia avec Claude Dubois et ses frères en banditisme. Un jour, remords le titillant, il passe indicateur de police. Cette lecture éclaire beaucoup les affaires actuels avec Maurice Boucher et ses bandits à moto. Dame Justice en attrape pour ses grades. Le Jodoin finira en une prison atroce : chaque jour, cachette découverte, dit-il, risque d’être son dernier. Une « balance » le sait fort bien. Il affirme que sans eux, les délateurs (« haïs par tous » souligne-il !), il n’y aurait jamais —mais jamais— procès des « chefs » de mafias puisque ceux qui règnent sur les commerces interlopes savent « se couvrir ».
Pour me changer de la crasse morbide des tueries en série du clan des Dubois, j’ai lu « Les détectives de la santé », par Jacques Drucker (Nil éditeur). Une crasse différente. On y découvre le horreurs microscopiques ( virus, bactéries) qui répandent les infections, les épidémies. Du « vieux » Sida à cette effrayante contagion actuelle via les moustiques (du Nil occidental). Instructif en diable mais…on devient nerveux. On craint la nourriture même inspectée et on a envie d’aller vivre dans une bulle. Bon, Drucker affirme : « nos systèmes immunitaires se battent sans cesse et gagnent le plus souvent ». N’empêche de savoir qu’il y a des milliards de bactéries qui résistent tant bien que mal dans notre organisme donne froid dans le… ventre, c’est là surtout, dans nos intestins que se situe l’arène de lutte perpétuelle !
Je commence deux romans, un de Stanley Péan : « Zombi blues », plein de zombis rôdeurs sous Duvalier en Haïti et un du très érudit macaroni, Umberto Eco : « Baudolino ». Les finirai-je ? C’est une autre question. J’aime bien essayer » un livre. Eco m’énerve déjà, je déteste l’érudition (qui n’a rien à voir avec la culture) et encore d’avantage ceux qui l’étalent à pleines pages.
À RDI —quand il font une pause en fédérastie appliquée » avec leurs actualités coast to coast— présente de bons documentaires. L’autre soir, un colonel, Braun de son nom. Fgrandis et partis. Il devient un gourou. Dans l’aile des « charismatiques ». Commune organisée. Il sermonne. Il « impose les mains », il parle en langues. On voit une de ses fidèles qui s’étend au sl en tremblant, prise de fou rire ! Braun dira : « c’est l’onction de joie », c’est fréquent ! Tu parles ! Enfants stupéfaits. L’un dira : « Au fond, ils se sont fabriqué une nouvelle famille, ayant perdu la vraie. » Oh ! oh ! oh ! Les voies du Seigneur (oh Lord !) sont variées hein ? Bon docu. Très bon.
6-
Bref songe : nous sortons d’une fête clinquante. Trop de monde. Plein de mondains snobs. Fusses rencontres. Façades et vains propos. Trop de vin bu. Nous nous retrouvons, Aile et moi, sous le Stade Olympique. Logement exigu, de béton armé. Affreux réduit de quatre pieds sur huit ! On étouffe. Aile désolé, muette, embarrassée, moi honteux, découragé. Déçu. Ça parle dehors de complot, de crise, de menaces nucléaires à venir. Nos vivons comme des homes de caverne. Privés de tout. Bizarre cauchemar non ? Ça vient d’où ? La Roulotte ? Le film de Godard ? Sais pas. On sait pas. Comme j’aimerais comprendre le symbolisme des songes. Y en-a-t-il un ?
Dubé à la télé d’antan : « La meilleure pièce de Tremblay ? « À toi pour toujours ta Marie-Lou ». Pas loin d’être de son avis. Lui, sa meilleure ? « Un simple soldat », dit-il, ma plus forte, je crois bien ».
Dans le Godard tout de même, un petit passage un peu plus clair et où je retrouve le débat que je tiens : « Ne jamais dire les Américains quand on veut parler des citoyens des USA ». Un personnage tient le même langage que moi. Ma surprise. À la fin de cette séquence : « Quoi, alors quoi, les citoyens de votre pays n’ont pas de nom ? Américains c’est aussi vrai pour les Canadiens et les Mexicains. Vous n’avez donc pas de nom, c’est inouï ça » ? Plaisir furtif.
Ce soir, hâte, avec Bernard Rapp —qui va s’améliorant— à « Les feux de la rampe », Anouk Aimée. Pour une fois le Cauchon du Dev l’annonce dans son « Choix ». Bien. Était temps !
Un comique vante Toronto et démolit sa ville natale. On s’empresse d’imprimer ça sur cinq colonnes hein ! Racisme inverti, un virus solide. Ce jeune diplômé trouve un job bin payant à Toronto, ça arrive partout en Allemagne comme en Angleterre, et le voilà vantant Toronto « La » salvatrice. Si un gars de Toronto se déniche un bon job à Montréal, ira-t-il brailler à Toronto qu’il n’y a que Montréal pour les chercheurs d’emplois ? Non mais… Il est venu faire son tour, il adore tant Montréal, il aimerait tant y revenir, il a revu de ses amis diplômés comme lui et…chômeurs. Hon ! Or, les sondages le disent tous : ils se créent au Québec plus d’empois qu’ailleurs au Canada depuis quelques temps. Un menteur. Non, un petit malin qui sait qu’on va imprimer son lamento chez Gesca-Powers and Company. Ma fille nous a raconté la « belle vie » d’un couple d’ex-amis, deux urgentologues du Québec, instruits ici à nos frais, qui s’enrichissent rapidement en Pennsylvanie, à Pittsburgh. Grand bien leur fasse, non ? Certes, ici, ils auront de moins bonnes gages. Là-bas, s’ils tombent malades, ils vont en baver et en cracher un coup. Un risque. Liberté pour tous quoi ! Ce couple a choisi et ne viendra pas baver sur le Québec. L’exil chez les Amerloques ou en Australie, un choix. Point final. Je sais que je ne pourrais pas vivre, pas une seule année, aux USA. Pas même six mois, pas deux, pas un seul. Mon choix. Il n’y a que la France…et encore. J’aime trop mon pays, je reste. Et puis il est bien tard…
7-
Coup de regard à ma fenêtre. Classique, à l’heure de la soupe, Sainte-Adèle s’illumine même le jours de pluie. Sortir ? Oui. Aller à l’école Bouffe, ré-ouverte depuis une semaine ? Non. Les débutants doivent se fortifier. Et les sauces riches, mmm !
Dans le « Ici », Robert Lévesque déboulonne l’Ionesco et aussi le Cioran. Que dirait-il d’Adamov viré à droite-toute ? Nos deux héros littéraires fleuretaient abondamment avec les fascistes au début de la guerre. Découverte au mode « passé trouble » par Laignel-Lavastine qui publie « L’oubli du fascisme » (PUF éditeur, 550 pages). Je comprends mieux l’énervement des Cioran quand ils lisaient le mot « nationalisme ». Pour tous ces défroqués du fascisme, le mot, était tabou. Incarnait le mal. Ils oublièrent le nationalisme moderne, celui de la décolonisation, le nationalisme moderne, actuel, qui n’avait rien à voir avec leurs péchés de jeunesse quand ils admirèrent en nigauds confus le nationalisme des Mussolini et des Hitler —comme celui, ici, ici, de nos Chemises Brunes du chef Adrien Arcand et certains curés, évêques englobés, du genre, tiens, du papa de Jacques Lanctôt dont il parla volontiers avec Dussault l’autre matin. Bref, un autre bon article de Lévesque. Et un livre que je veux trouver.
Voilà le soleil; « Here come the sun… » chantait The Beatles. Je sors le dévisager sur la galerie et vite.

Le dimanche 18 août 2002

1-
Désormais j’aime tant tenir ce journal que je me suis réjoui quand le temps est mauvais. Comme ce matin. Faibles lueurs dans un firmament de gris bleuté. Fou, non ? Un écrivain écrit pour être lu. Lapalissade ? Mais non. En m’installant au clavier je sais qu’il y aura, tout de suite, dans les cinq cent fouineurs sympathiques, selon mon webmaestro, Marco. Au départ, ce fut une centaine d’internauphiles puis, vite, deux centaines. Progrès non ?
Mes romans les moins populaires m’amenaient combien ? Cinq mille liseurs (en comptant les bibliothècophiles) ? Mon « adieu » à la littérature de fiction, publié l’automne dernier — in « Pour l’argent et la gloire »— m’a plongé dans un monde différent. Ici plus besoin de plan, de composition, de recherche de style, d’action à élaborer, de personnages à structurer, non. Noter seulement —avec des fions, on reste un littérateur— le temps qui passe. Vive le journal jusqu’à la fin ? Ma fin. Je sais plus trop… car je me vois mal en diariste ad vitam aeternam. La peur d’être comme rivé à un boulot, une tâche, un… devoir.
J’appréhende les démons de la rédaction « imaginaire »…Ils rôdent tant sur mes épaules chaque jour. Des tas d’idées m’assaillent. Y résister ? Oui et non. Aile hier soir raconte un fait et puis me dit : « Je te vois encore noter. C’est pas pour ton journal. Tout ce que je te dis n’est pas pour ton journal ». Puis, la langue dans la joue, elle ajoute (joue) : « Va falloir que tu en révises tout un coup, hen ? » La démone !
Excellente fable folichonne du Stéphane Laporte ce matin. À partir des pommes cirées, toxiques peut-être. J’aime le talent. Il en a. Il me stimule. Je suis allé trop loin, récemment, en disant que je manquais de stimuli… Je découvre sans cesse du talent québécois stimulant­. Un peu partout. Je trempais dans un moment de noirceur. Spleen ?
2-
Le Vennat (de La Presse), ce matin et pour une troisième fois d’affilée, se soulage face à son jeune papa « perdu » sur les plages de Dieppe le 19 août 1942. Fiasco, débarquement prématuré ? Sang gaspillé en vain ? Erreur prévisible et masochiste pour contenter L’Armée Rouge de Staline aux abois ? Certainement une boucherie. 50 ans plus tard, on trente d’organiser des cérémonies consolatrices pour panser « la » plaie ? J’avais onze ans, je me souviens de la rage des nationalistes grondeurs : « On se sert de nous, misérable « chair à canon », pour tester les forces alliées. Une saloperie des Britanniques ». L’encre coulera encore longtemps là-dessus ?
Lu : le stress —une annonce de produit bio-actif (!)— grand et unique coupable de tous nos maux physiques (du Lafontaine !). Hans Sélié a écrit sur —pourtant— le « bon » et le « mauvais » stress ! Qu’en est-il? Le stress,
nommé jadis « nerfs à vif, énervement »— réduit nos défenses immunitaires, oxyde (rouille) nos « radicaux libres ». « Faites de l’exercice et avalez nos vitamines X » ! Allez aux comptoirs des pharmacies, les stressés ! Simple comme bonjour.
Cahier « été » de La Presse d’à matin. Avec des livres d’ailleurs et pas un seul article sur un livre d’ici ! Un 18 août, alors que certains de nos éditeurs publient des nouveautés. Toujours ce « racisme inverti ». Comme au cahier-livres du Devoir d’ hier : prestigieux papiers sur un Espagnol (Montalban) et sur un Grec (Kasantzakis). Loin, en page 4 : Cornellier écrit sur un essai d’ici. Sur un militant anti-rationalisme, en faveur du « spirituel, de l’absolu, du mystère (à la sauce Berdiaeff). « Tensions de l’errance » (édité par PAL) du philosophe André Désilets qui avance que le social, le politique, détruisent le sacré, le transcendantal. Ouf ! Il est fustigé : « réactionnaire, imposteur, aristocrate ». Il cogne dur, fesse fort, le L.C. Avec raison. En effet, pourquoi séparer drastiquement les composantes inhérentes à toute vie humaine ? Le « Qui fait l’ange… », toujours vrai !
3-
Ma liseuse Manon A., de Saint-Etienne-de-Lauzon. a déjà quitté ma petite ville qu’elle a trouvée « magnifique ». « Veni, vidi, vinci »? Discrète, elle n’a pas donné son coup de fil. Me courriellise qu’elle a pédalé sur le lac Rond avec son Ti-Mine (!), vu mon drapeau sur la berge, la maison, les persiennes…noires, a « tourbilonné » à « L’Excelsior », bouffé au « Petit chaudron » y jasant avec la jolie veuve, madame Aveline, la proprio « qui connaît bien M. Jasmin ». Moi en agent de tourisme laurentien ?
Hier soir, Aile a mis la main —enfin— sur l’unique copie de « Je rentre à la maison » — film de Manuelo Oliviera— avec l’admirable Michel Piccoli (devenu sosie de feu Gérard Pelletier). Hélas il est bon mais pogné dans un récit bien maigre, dans un rôle bien chétif. La minceur du propos —un acteur en fin de carrière, épuisé, abandonne un téléfim— nous laissait sur notre faim en face du comédien pourtant chevronné. Sarfati, complaisante, y collait quatre étoiles. C’était trop ! À qui se fier, répète-je.
Ensuite ? Fallait nous voir, excités, dans la nuit sur la galerie. Aile à ses jumelles, moi à mon téléscope bien bon-marché. Patate ! Pas de ce météorite en chute libre ! Cri d’Aile soudain : « Je le vois » ! Non, c’était un avion (vers Mirabel ?) et ses clignotants. Déception.
Je lis « les lèvres des Laurentides ». On parle de Saint-Jérôme ! Je m’étouffe dans mon café. Où sont le cou, le poitrail, la bedaine et le… trou du cul des Laurentides. Mont-Tremblant ou Mont-Laurier ? Je retiens mon… cheval.
4-
L’auteure des tomes sur « Julie Papineau », un franc succès de librairie, Micheline Lachance (ma petite camarade du temps de Québec-Presse) baptisait son chien « Papineau ». Eh bin ? Aucun respect du mari de son héroïne ? Avec Godin (ex-reporter devenu biographe bien coté), hippisme tardif, il y eut tentative de jouer « les citadins exiléss en campagnards-cultivateurs. Des tomates. Un fiasco, dit-elle. J’ai songé au peintre Mousseau (Saint-Hilaire) et ses déboires « en patates », au dramaturge Rémillard et ses fromages ratés (Saint-Eustache), aux citrouilles bin maganées de V.-L. Beaulieu (Rawdon ?). Et puis la mode passa. On ne s’improvise pas cultivateur, on l’avait oublié. Ces « retours à la terre » modernes —bien après le prêche des romanciers du début du siècle tel Ringuet— relevaient d’un utopisme sympathique.
Tantôt, céréales avec fraises « ailiennes », café sur café… soudain, violent vroum au-dessus d’une oreille. Je sursaute : un joli colibri m’a frôlé. Hélicoptère myope ? Maintenant plantureuses, la dizaine de corbeilles à fleurs d’Aile est leurs jardins. Plus curieux encore ? Aile et moi cette nuit : rêves de… tromperie ? Ensemble et chacun pour soi. Moi avec un Louise Turcot, rajeunie, qui me harcèle langoureusement. Aile, de son bord du lit, flattée mais prudente, éloigne poliment un Pierre Nadeau la draguant allégrement. « Dans mon rêve, tu étais décédé et j’en étais inconsolable », me dit-elle. Moment de silence. Je me (pré)vois pas mort et à veille d’être cocu posthumément. Orgueil.
La fille de Monique Leyrac, Gyronnay, publie sur des rééditions des longs reportages d’ Albert Londres, un chroniqueur très apprécié du public jadis. Et très méprisé par les collègues-journalistes de son temps. « La littérature » est, hélas, un ingrédient honni en matière de reportages journalistiques chez les puristes du métier. Gyronnay applaudit à fond la nouvelle édition de ses enquêtes lointaines (Chine, etc.). Souvenir : un jour de 1969, Jacques Guay —alors directeur de l’hebdo Québec-Presse—m’expédie en écrivain-journaliste pour un gros congrès politique. J’étais content car il voulait du reportage « impressionniste ». L’espace manquant, hélas, il ne publia que de courtes lignes sur mon séjour en aréna surchauffé. Gyronay sur Albert Londres dira : « d’accord, pas « très documenté » parfois mais jamais, jamais, ennuyeux ». « Et c’est ce qui compte », conclut-elle. Bravo, bravo ! On ne fait jamais appel dans nos joirnaux —on le fait en Europe (Gunther Grass par exemple) et aux USA (Norman Miller par exemple) aux écrivais québécois pour de tels « papiers », et c’est une grave erreur. « Look who’s talking »? Bin oui.
5-
Je vis avec un ange (ailé) ? Vendredi soir, rue du Chantecler, moi à ma bavette aux échalottes,, Aile a ses pâtes aux crevettes et pétoncles —chez « Délices de Provence », du chef Claude— les titres pour mon journal revolent. Ce « À cœur ouvert », m’ont averti des amis, ça ferait un peu tremblayesque avec son « Cœur découvert »à lui. À la télé bientôt. Bon. On change ça. Aile, généreuse, studieuse comme toujours, en devient un torrent de mots (de titres). Je veux aussi consulter les suggestions de mes liseurs. Notre méfiance des titres pouvant être ridiculisés par la critique. Exemple : « Incorrigible ». Je réfléchis qu’Aile, ne lisant jamais mes pontes, manifeste au fond une confiance énorme. Elle a bien raison, non ? Le loustic, dans la rue, l’autre jour, présentation et lui, tout rieur qui y va d’un : « Ah, c’est donc vous ça, Aile ? » Brr…
Saumon revenu ? Anguille retourné aux lieux de ses origines ? Le pape à Cracovie. Il se racontait hier, volontiers, humain à fond, en jeune travailleur d’usine, sabots de bois aux pieds. Lu que des gens tentent actuellement de trouver un boulot dans la contrée de leur enfance. Besoin impérieux ? Tant de monde le font. Force terrible. D’autres, que je connais, ont mis une croix, à jamais, sur ce que Saint-Exupérit nommait : « le vrai et seul pays ». Il a dit : « On est de son enfance comme d’un pays. » J’avais mis ça en exergue à « La petite patrie ». Vérité. Certains, familles démunies, déménageaient sans cesse et n’ont pas de ce lieu précis. D’autres vécurent une enfance si noire qu’ils ont biffé la racine-de-vie « maudite ». Comprendre alors.
Hier au nouvelles, découverte d’une Michaële Jean… défrisée hélas, devenant banale, un air « guidoune » vaguement et l’accent plus « parigot » que jamais ! Dresde en Saxe noyé d’eau : « Florence du Nord devenu Venise », dit l’actualité. Prague ramasse ses boues. En Asie aussi : pluies torrentielles. Ici ? Sécheresse totale dans l’Ouest, ballots de foin —des maritimes et du Québec— à pleins trains de marchandise. La météo en sujet capital partout. Menaces d’ouragan dans le Sud. Aile remonte de ses courses au centre-village : « Clo, c’est d’une humidité insupportable en bas » ! Le lac, petite plaine, amène du bon vent d’ouest « en haut ».
6-
J’ai retrouvé une Bible reliée en cuir noir souple, toute petite et l’ai mis entre Rimbaud et Verlaine à mon chevet. Désir de lire parfois de très vieux écrits, les premiers, à propos des hommes et du destin. Avant les penseurs grecs, avant ceux de Rome, avant Augustin et autres « pères » antiques, il y a eu ce livre. « Le » livre. Aux nouvelles, hier, une Aile bouleversée : « Mais c’est affreux, une maîtresse d’école, jeune, et un concierge d’école, jeune, en Angleterre. Ces deux jeunes enfants assassinés par eux ! À qui se fier ? Incroyable affaire, non ? » Mon trouble à moi aussi. Lire la Bible ? Les premiers sangs innocents versés, racontés.
Quoi ? Aux actualités : Napoléon-le-tueur absent de son tombeau ? Souvenir : visite en 1980 des Invalides. Le chic tombeau de porphyre du « caïd des banquiers » (selon Guillemin) recouvrant d’autres cercueils. Maréchaux en niches de marbre ! Drapeaux pendants aux murs de la noble crypte. Des « vitrines » aux éclairages de « window display », flamboyants. Étonnement d’Aile et moi. Un panthéon pour l’homme de l’impérialisme français. Et il serait à Westminster ? Son valet de pie dormirait dans le porphyre ? J’imaginais, Chemin Bates, son idolâtre montréalais, Ben Weider, bondissant à cette nouvelle !
Ce parisien toqué, Messyan, qui se fit rabrouer partout avec son « complot du 11 septembre » (« Aucun avion de kamikaze tombé sur le Pentagone », etc.) veut aller en cour contre « Paris-Match » qui le diffamerait ! Non mais…
Fabienne Larouche, scripteure et producteure de télé, moque « les corbeaux » —son qualificatif des jurés et ees organisateurs du Gala des Prix Gémeaux. Son ex-compagnon, Tremblay (Réjean), lui aussi, boude le Gala et grogne. Il souhaite que seuls les indices d’auditoire soient le gage « des vertus »pour les lauréats-télé. Oh la la ! Primes aux démagogues ? Aux exploiteurs des goûts les plus vulgaires dans le public ?
La vérité ? Il n’y a pas vraiment jugement des vrais pairs. Les gens doués sont trop pris, suractifs et n’ont pas le temps d’aller s’enfermer et visionner les innombrables produits des camarades. Qui acceptent ce joug pesant ? Le plus souvent des ratés, des semi-ignares, des gens de métier sous-doués —amers, jaloux, ulcérés et mesquins forcément — qui sont en perpétuel chômage par manque de talents transcendants justement. Résultat : déceptions de tous, des oublis graves, des rejets mystérieux, des récompenses imméritées. Abolissons ces niaises « distributions de prix » subventionnées. Le talent vrai n’a pas à être comparé. Jamais. Chaque bonne production est un prototype, unique donc, et ne doit jamais être évalué par rapport à d’autres créations. Il en va de même pour les jurys de Prix littéraires, pour ceux des les bourses et subventions aux écrivains. Une vieille farce.
7-
Esturgeons menacés par cette vaste rivière Rupert —au sud de la Baie James— dont on veut (Hydro-État) harnacher les vifs courants. Souvenir : j’aperçois des poissons longs comme des requins qui sautent hors de l’eau au large de Pointe-Calumet ! Renversé, ébloui, je suis. La mer en eau douce. J’en parle à Paul Arcand aux micros de CJMS. Je m’attire quolibets et moqueries. Je me tais. Ais-je eu la berlue ! Trop de soleil dans les yeux, sur la tête ? Plus tard, je lirai : « Il y a d’énormes esturgeons —« deux mètres et parfois plus »— en eau douce autour de Montréal. Ah ! Mais oui, il y a des esturgeons géants en eau douce. Je n’avais pas rêvé dans ma chaloupe à moteur et ne fus point pas la proie d’un mirage.
Une non-nouvelle : sondage, les Étatsuniens (ils écrivent Américains!) voyagent très majoritairement en pays… anglophones ! Eh ! Leur nombrilisme bien connu. La langue « de césar » en ces contrées. Un chauvinisme culturel ? Xénophobie ?
Trio fatal autour du « bush », le W : Donald Rumsfeld, Condolezza Rice, Dick Cheney. Des va-t-en-guerre (en Irak) dociles, militants ! Colin Powell se méfie de cette… croisade, lui. Des opposants du dictateur Hussein —capable de gazer des Kurdes— hantent Washington, grouillent, calculent, ces temps-ci. 69% des étatsuniens sont pour u-la « force »selon un sondage. Europe et pays arabes sont « contre ». À suivre…suivez « le trio des faucons », ils se préparent, dit-on, pour janvier 2003. CNN salive ! « La guerre comme un divertissement », dit Linus Torvalds.
Mon Dieu, ais-je exposé mes deux enfants aux dangers de l’électromagnétisme ( via les tours de fer d’Hydro-État) en ne déménageant pas vite du Vieux Bordeaux dans les années ‘60 ? De nouveaux chercheurs disent : « Oui, cancer » ! Seigneur, « si j’ara su j’ara pas venu » dans cette impasse Zotique-Racicot… et cela durant plus de 15 ans !
8-
C’était d’un bleu saturé étonnant, samedi : un ciel pur avec d’énormes sculptures mobiles d’une blancheur immaculée. Beauté. Et du fort vent !
Carpe diem, oui, chaque jour suffit sa peine (son bonheur aussi). Lu : « idiot de ramer quand le courant t‘emporte ». Sagesse d’orient ! Je viens de parcourir (on passe de larges pans tant c’est gnan-gnan) un petit livre —son pus récent— de Marc Fisher, alias Marc-André Poissant. Ce jeune cinquantenaire a tenu à nous narrer par le détail, et c’est long, un cheminement spiritualiste à sauce orientale durant la fin de son adolescence. Sept ans d’expériences quasi mystiques. Visions, concentrations la tëte au pored, le jambes au plafonsd et , à la fin, rencontre d’une voyante qui lui baragouine en français approximatif un passé prestigieux dans des vies antérieures. J’ai pouffé de rire souvent. L’auteur de « Le millionaire » un ouvrage qui a connu un succès fort (traduit souvent), passant de Poissant à Fisher, affirme que c’est son testament, son livre important C’est édité chez « Un monde différent, éditeur ». Tu parles ! On se demande s’il veut blaguer en certains passages. Ou s’il veut joindre une (maintenant) vieille vague nommée « nouvel âge » ? Titre : « L’Ascension de l’âme » (grand A hein ?) À quand L’Assomption de Fisher ? Pour faire un monde, faut de tout…Le gaillard est sympathique, je l’ai croisé en Salon du livre, il me semble sain d’esprit et tout… avec cette « ascenseur égotiste » je doute maintenant.
Téléphone : « Venez, École de théâtre, lundi à 17h. On va fêter Buissonneau et sa Roulotte » Encore une fois ? Mystère ? J’irai. Pour Paul. Téléphone : « C’est pour madame Bombardier, pour le studio du trois septembre, je veux vous pré-confesser sur vos amours de jeunesse…Vous voulez bien ? » Je voulais. On a ri. Téléphone : C’est le cousin de maman, Paul Lefebvre. Son opinion est faite en tout. Il va voter Martin à Ottawa et Dumont à Québec. Suffit du P.Q., me grogne-t-il. Il est très inquiet. Il regrette que « Bourgault n’aie jamais pu réunir, réussir jadis… » Sur un ton grave, mon Tit-Paul —du Bout de l’Île— m’annonce en vrai Nostradamus : « Mon Claude, une crise économique effrayante, comme en 1929, va fondre sur nous tous, regarde bien ce que je te dis là. C’est pour très bientôt. » Bon, bon. Je ouatche !
Lu : « tout homme regrette le passé et craint l’avenir ». Hen ? Pas moi. Ni l’un, ni l’autre. Suis-je anormal ?
Corrections : Fantine et non Fanzine chez le Hugo télévisé. Jabert et non Jalbert. Vu de la suite. Mélo total. Et toujours des pubs incessantes. Oui, mépris et des auteurs et du public à Radio-Canada (comme ailleurs). C’est absolument intolérable. « Advil » gueule…oui : « Advil contre la douleur… »,la douleur d’être arrosé de crieurs infâmes. Le ministre de la police (Intérieur) à Jabert : « C’est plus grave de penser que de voler. Oublier ce Valjean, faut plutôt surveiller les étudiants républicanistes, monsieur. » Du bon Hugo là !
Colonisation : Ginette Reno déclare qu’elle est plus à l’aise en anglais que…dans sa langue ! La peur de faire de erreurs. Terrifiant aveu non ? Claire et candide illustration de l’aliénation ici. Tristesse d’entendre cela, grande tristesse.
Hâte de jaser avec ma fille dès mardi midi. Aile : « Vrai, avec les enfants autour, c’est pas facile. Oui, on va pouvoir converser tranquilles ». Sur les enfants, sur l’éducation moderne ? Je nous connais.

Le vendredi 16 août 2002

1-
Temps de grisaille comme hier. Humidité lourde. Avec, youpi, du vent dans les branches des érables. Content au fond. Irai à mes aquarelles tantôt. Projets : une pelle « à stime » et le rouleau à vapeur. Monstre pour l’enfant tout de même émerveillé. Ai fait appel à Lanctôt pour le sonder voyant la tiédeur chez Sogides pour mon projet d’un album illustré de La petite patrie. Sa réponse : « non, ai pas les moyens, va voir Marcel Broquet….» Ouen. Il y a aussi ART GLOBAL, rue Laurier. Souhaite que les Graveline et Soucy (Sogides-Ville-Marie-Typo) embarquent vraiment dans le « oui à l’album ».
Ce rouleau à vapeur… il me vient d’un vif souvenir. Il figurait, imposant, gigantesque, dans une illustration d’un tome de « L’Encyclopédie de la jeunesse », seuls livres chez moi quand j’avais 10 ans. Je contemplais longuement cette image fascinante. Je me rappelle encore de cette Françoise Faucher (pour « Biblios-jeunesse ») encore émue et qui examinait les illustrations laborieuses d’un livre des contes de Grimm. Je songe à mes illustrations joyeuses, légères, si claires, dépouillées, pour l’album projeté, bien éloignées de ces gravures fouillées, pleines de mystères, d’ombres maléfiques. Devrais-je, comme jadis, tout reprendre, faire des dessins mystérieux, avec des détails partout ? L’enfant (l’adulte aussi !) rêve-t-il davantage en voyant de ces illustrations complexes, sombres, aux signaux touffus. Mon Dieu… quoi faire ? Bof ! Non. Le paresseux dit : autre temps autre manière d’illustrer.
2-
Hier soir, la comédienne étonnante Catherine Frot chez Rapp à « Les feux de la rampe. Canal Artv. Belle heure. Comment se fait-il qu’aucune chronique-télé ne daigne annoncer (à « Choix d’émissons ») cette série qui est riche le plus souvent ? Connerie, non ? Hier parlant de Linus Torvalds enfant, j’ai mis « barnicleux ». Frot disait hier : une binoclarde. On dira donc pour Harry Potter :un binoclard. J’aime bien. Elle a dit pour son rôle de « nounoune » dans « Un air de famille » —formidable film et fameux rôle pour elle— j’avais un personnage « nunuchoix ». De nunuche. De nounoune aussi ? J’aime les mots d’argot. De partout.
On parle du Ghislain Lebel, frais démissionnaire du Bloc, comme d’un « imprévisible » aux actualités. J’ai bien senti le péjoratif du terme. Pourtant, j’aime tant rester « imprévisible », le qualificatif qu’Aile me colle bien souvent. Ah oui, surprendre, me pointer (en paroles ou en actes) là où on ne m’attendait pas :ma joie. Les bénis-oui-oui des pouvoirs occultes, discrets et calculateurs diront : « Un canon lousse ». Qu’ils aillent au diable ! Craindre tant les préjugés, les classeurs, les étiqueteurs. Faire mentir les catalogueurs à mon sujet. Les dérouter. Ne jamais me laisser enfermer. Surprendre sans cesse.
3-
Hier, Daniel, mon fils « unique », en brève visite. Il avait laissé ses deux garçons dans les cascades d’eau de Saint-Sauveur et est allé, seul, en vélo, rôder dans les chemins vicinaux de Val David et de Val Morin. Il est en pleine forme, fait plaisir à voir, bronzé, beau comme un dieu (le papa parle). Comme il l’exige, il est monté à ma chambre à écrire pour examiner l’ordi du paternel. Il a rectifié des « polices » Il m’aide, lui, mon initiateur électronique (malgré moi, au début !).
Parti reprendre ses deux baigneurs, Aile me dit : « Ton gars me fait penser parfois à ton père, Édouard :indépendant d’esprit, un peu sauvage, un peu secret, farouche individualiste ». Vrai ? Je me suis souvenu de papa disant : « Germaine, la paix, j’irai pas travailler à l’extérieur, oublie ça, je n’ai personne au-dessus de ma tête, je suis libre, mon propre patron dans mon restaurant. » Au dessus de sa tête il y avait pourtant ma mère-boss… et comment ? Comme papa, je n’ai jamais voulu avoir de patron juché sur mes épaules. Trente années scénographe de variétés, j’étais le « boss » de mes pontes. Daniel, l’ex-prof et journaliste, créateur de jeux de société, est donc —comme son grand-père et son père— son propre patron. Il travaille à « Bagou-2 » et a un projet nouveau en marche : « Top Secret ». Un jeu de société inédit où les joueurs fonceront dans… aveux et confidences. « Mais là, avec ces chaleurs, je travaille au ralenti », nous a-t-il avoué en rigolant.
Hier aux nouvelles, la reporter Michelle Levasseur « aux inondations ». Accent tonique absent, débit de débile légère… Non, « pu capab » !
4-
Merci ô magnéto ! Nous avons visionné hier soir le Tremblay renversant d’ « En pièces détachées », fameuse réalisation de feu Paul Blouin. 1970. Cette pièce n’est pas construite aussi solidement que tant de Tremblay. Pourtant on y trouve de formidables, inoubliables, morceaux de bravoure. Tremblay a une oreille géniale. Absolument géniale pour avoir su si efficacement transcrire ce langage effrayant, celui des misérables d’un quartier populaire (avant que le Plateau se « gentrifie » !).
Hélas, il est devenu un demi-sourd, quelle cruelle ironie du sort ! J’en parle pas… mais je sais ce que c’est. Nous vivons comme en marge parfois. Chaque fois qu’il y a « groupe ». Devenons des isolés involontaires au milieu des autres quand ça jacasse en gang. Une souffrance, croyez-moi. Nous perdons la majorité des propos échangés. Nous captons des bribes. C’est plate, très plate. Handicapé, nous nous taisons. Le cours des échanges nous est souvent borborygmes. Douleur alors ! On fait semblant de comprendre. Orgueil ! On refuse de toujours faire répéter et alors on fait celui (celle) qui a tout saisi. Soudain, je fais « non » et je découvre qu’on attendait un « oui ».
J’ai vu souvent des interlocuteurs hésiter à poursuivre avec moi un propos…Ils se détournent et ça fait mal. Maudite vanité aussi ! Aile, sans cesse : « Claude, en groupe, tu dois vite dire aux gens que tu entends mal, qu’ils doivent te parler fort… » Je refuse. Saudit orgueil !
Hier soir, j’ai songé à « Rear window », son chaud décor, en découvrant ce voisinage de méchantes commères dans un fond de cour du « En pièces détachées ». À la fin, j’ai songé —l’ambulance qui va amener à l’asile Marcel-le-fou— à la conclusion similaire dans « Un tramway nommé Désir » de Williams qui influençait tous les auteurs comme Dubé fut influencé par le Miller de « Mort d’un commis voyageur ». La forte littérature étatsunienne est si proche de nous, Américains du Nord. Ma mère, snob bizarre, répétait que c’était —les gens du Plateau des années 40 et 50— du « monde très commun ». Notre « fond de cour » à nous, rue Saint-Denis, dans Villeray : on avait à gauche, mossieu Laroche, un savant prof, à droite le notaire Décarie, la famille du docteur Lemire —un médecin, pensez donc ! À un étage, le journaliste Provost (de Radiomonde). Eille chose ! Okay ? On rit pu ! La Germaine s’enflait la caboche, au téléphone, je l’entendais dire : « Viens nous rendre visite, chère, nous habitons le « boulevard » Saint-Denis ». Papa, « habitant », fils de fermier, ricanait. De l’épouse née à Pointe Saint-Charles.
Il y avait du vrai. Tremblay n’a pas illustré « les professionnels » du Plateau, il devait y en avoir. Il a illustré du « pôvr’monde » et, avec sa pièce, il a voulu raconter très courageusement la misère profonde, désespérante. La détresse accablante de son entourage. Ces colonisés (de partout). Ces bafoués de l’existence. Temblay a été extrêmement utile pour faire voir la gangrène morale effroyable qui rongeait les nôtres en majorité. Il alla bien plus loin que Gélinas et Dubé. Le choc terrifiant de sa dramaturgie des débuts a fait de lui « le » dramaturge et son talent immense de dramaturge l’a propulsé sur des tas de scènes étrangères puisque « la vie minée » se vit aussi à New-York comme à Londres, à Sydney comme à Berlin.
Ce « En pièces détachées », qu’on reverra encore c’est certain, était défendu par d’hallucinantes actrices : Hélène Loiselle en « mater dolorosa » au « joual » poignant, marmottages difficultueux, mots chétifs qu’elle s’arrachait d’une bouche tordue. Ah, quelle comédienne ! Luce Guilbeault, Thérèse, inoubliable grossière ouaitresse déchue… et tant d’autres. Cette fresque grotesque aux couleurs violemment saturées —comme d’un Georges Rouault égaré sur nos rives— assomme net. Le burlesque de cette famille québécoise avachie se haussait souvent au niveau de la tragédie classique avec un « fatum » comme fatal, inévitable. On a compris mon admiration pour ce Tremblay-là et je ne tente pas de corriger le tir pour ses « Bonbons assortis », d’une prose plutôt facile.
5-
Chez le maraîcher du coin de la Caisse Desjardins :achat ce matin de fraises. Comme pour obliger Aile à faire de la confiture nouvelle. Revenu, elle me tend un bol et un couteau : « Faut équeuter maintenant, vas-y ! » J’ai croisé, rue Valiquette (la Catherine du village !), Jean-Marie Léger, un « ancien » du Grasset. Il me semble un peu mal en point —me trompe-je ?— comme vieilli précocement, rapetissé, zézayant quelque peu : « Tu viendras à la fête chez la présidente (Ass. des écrivains laurentiens) Vincent, oui ? » J’ai dit « oui » mais… Je cotise à la SARTEC, à l’UDA, à L’UNEQ… alors ce groupement laurentien …quelle utilité ? Les Laurentides ne forment pas vraiment « une région », c’est la banlieue —à peine lointaine— de la métropole québécoise. Son vaste terrain de jeux et loisirs. Un parc d’amusement ?
Aile s’est remis à Marcel Proust. Je dis : « Bon courtage ! »
Avec « Les patriotes » de Max Gallo, je lis : « Ami, entends-tu \ Le vol noir des corbeaux…Ohé, les tueurs \ À la balle et au couteau \ Tuez vite…
Sifflez, compagnons \ Dans la nuit, la liberté \ Nous écoute… Au Saint-Denis comme au Château, à vingt ans, nous allions voir tous ces films illustrant les Résistants d’une France sous la botte hitlérienne. Ces histoires de saboteurs-Partisans clandestins me soulevaient, m’excitaient. Ce chant me bouleversait. Je tente encore en 2002 d’en mémoriser les paroles.
Séchan a titré l’hagiographie fraternelle (à Renaud) « Bouquin d’enfer », allusion à « Boucan d’enfer », une toune de son frérot célèbre. Toujours une sorte de gêne quand on voit « le frère ou la sœur » d’une notoriété s’accrocher en wagon… derrière.
6-
Pour en finir avec ce Linus Torvalds, le « généreux » Finlandais —Finlande où il n’y a pas que le célèbre portable « Norquia »— donateur de son système (Linux) devenu multi-millionnaire californien comme malgré lui (ouen !), papa de trois fillettes, avance que (attachons nos tuques ) « la race humaine lui importe moins que l’évolution ».
Tel quel !
Verbatim !
Ce technicien de haut calibre, un génie, se veut carrément un non-penseur. Forcément j’ai sursauté en lisant son dernier propos venant de publier « Pour l’argent et la gloire », lisez : « Soyons francs, tout le monde rêve d’être célèbre et riche. Jeune, je voulais devenir Einstein, en mieux ». Il dit que ce sont de fieffés hypocrites ceux qui parlent « du poids de la gloire ». Mensonge et louche condescendance, affirme Linus Torvalds qui, à la fin de son interview-livre, s’est acheté un immense manoir et une BMW du type « maxima ». Le gamin binoclard (je l’ai placé !) d’Heklsinski, le petit « fort en maths » ballotté entre mère et père (séparés) et les grands-parents semble un bienheureux exilé. Grand bien lui fasse.
Pourtant j’ai songé au fou « Docteur Folamour », un matheux fasciste … Combien sont-ils ces scientifiques qui ne s’encombrent jamais d’aucune moralité ? Einstein, tiens, n’est-il pas mort de regrets au sujet du « secret atomique » qu’il révélait dans une lettre au Président Truman et qui assassinera des centaines de milliers de civils japonais en 1945. Einstein, lui, avait de la conscience. Au collège on nous répétrait : « Science sans conscience… Je reste du côté humain des choses. Un vieux schnock ?
7-
Sans la radio de Radio-Canada aurions-nous de ces longues et éclairantes entrevues du matin —où Anne-Marie Dussault s’améliore sans cesse, je tiens à le dire— oui ou non ? Ce matin, la fille d’Andrée Lachapelle, Catherine Gadouas, une musicienne de nos scènes, raconte les horreurs d’être choisi sur un jury dans un gros procès (les Hells du sieur sinistre « Mom » ). Le « cirque » insupportable des avocats l’a complètement dégoûtée du système judiciaire. « Odieux et ruineux », dit-elle. Elle parle très franchement et ce fuit, ce matin, un plaisir fécond de l’entendre.
Ainsi, même importance, à la même émission de Dussault, Pauline Marois, ex-relationniste de Parizeau, qui a vu le « Bunker » (télé à venir) de Luc Dionne, lui aussi ex-relationniste de politiciens (!). Marois en est sortie insultée, dégoûtée, scandalisée. Elle en éprouve « un vrai haut-le-cœur » dit-elle. « Toute la classe politique est jetée dans un même sac ». Un sac d’ordures, apparemment. Ce « Bunker » dionnesque : « reçu comme une gifle », dit Marois. On a lu les textes chez Téléfilm, chez le producteur, chez l’acheteur-diffuseur. Un tas d’imbéciles ? Un paquet d’innocents ? Matois exagère ? On verra bien.
Il y a un danger : Dionne, de cette cavalière manière, ferait voir que toute personne songeant à l’action politique n’est qu’un arriviste, un sale ambitieux égocentrique. Cela peut miner la « si fragile » démocratie. « Le moins pire des systèmes », disait Churchill. Les cyniques, les malchanceux du sort, vont souscrire volontiers —les brillants « gérants » en tavernes— à cette noirceur totalisante. Le redire : quelle radio offrira de ces émissions importantes si le Parlement (c’est pas l’envie qui manque à Ottawa) vendait la SRC ? Je critique « l’ex-auguste Société » à satiété, il n’en reste pas moins qu’elle sert utilement et souvent. « À la Maison blanche », série de télé USA, l’on fait voir des noirceurs crasses mais aussi des gens généreux, exemplaires. Les deux. Ici, au Québec, on fonce souvent dans les extrêmes. Effets d’un peuple colonisé ? Y penser.
8-
Ma fille, Éliane, viendra, en vraies vacances,» ici, lundi. Hâte de ce rapprochement inattendu. Je dois changer. Je la voix comme ma « petite fille » et elle aura bientôt cinquante ans ! Un père s’aveugle, n’ouvre pas les yeux sur cette réalité incontournable. Si elle vieillit, je vieillis encore davantage. Eh ! Cela l’arrange ? Oui.
Hier fête de L’Assomption de Marie, mère monoparentale d’un Jésus-Messie. Souvenir : août 1945. Hitler —on a tant prié pour la paix au Québec— va se suicider. En face du chalet familial, se dresse « une haute croix de chemin » avec les outils de fer sur la potence sacrée, la petite échelle, la niche-à-statuette pieuse. La « vieille » Proulx organise une neuvaine chaque été, même heure, même parterre (le sien). Maman nous fait traverser la rue et c’est la récitation d’un chapelet et prières mariales adéquates. Sept fois… jusqu’au 15 août. À la fin, nous chantons « J’irai la voir un jour, un jour dans sa patrie-i-e… » La piété partout en ce temps-là même en ce lieu « d’épivardage », Pointe-Calumet, où l’on passait nos journées en maillot de bain sur les plages, sur les radeaux et les quais du grand Lac des Deux-Montagnes. À chasser les grenouilles dans les bois d’en haut. À glisser dans la sablière-Pomerleau —assomptions naturalistes près de la gare du CiPiAr— son clair lac naturel devenu maintenant l’ « Aquascade » fréquenté du site.
J’aurais voulu prévenir— par charité pour le créateur du « Si les hommes vivaient d ‘amour ». Lanctôt m’avait parlé de mettre en livre les « lettres ouvertes » du chansonnier Raymond Lévesque. Mal équipé intellectuellement, impulsif déboussolé à ses heures, le chanteur glissait parfois dans un réactionnarisme lamentablement déliquescent. Honteux. Trop tard. Et Louis Cornellier lui sonnait les cloches durement samedi dernier dans sa chronique des essais. « À bon entendeur, salut »? « De la démagogie, une rhétorique de droite, anti-syndicalisme primaire, misanthropie vociférante », fesse L.C. Ce même samedi (le 10), Le Devoir consacre sa « une » et à V.S. Naipaul (par André Major)qui s’exile de son pays d’adoption (Trinidad) pour fuir le racisme et l’ignorance (!) et au poète devenu fasciste fou, Gabriele D’Annunzio (par Guilaine Massoutre). Les auteurs québécois ? Christine Brouillette est reléguée en page 5. C’est bien assez non ? Le « racisme inverti » traverse une crise rue de Bleury et cela depuis un bon bout de temps.
Ce matin Ménard-ministre cogne sur le juge Boilard : « un vaniteux ». Il est seul. Tous les chroniqueurs s’accordaient à dire que le « comité des juges-jugeant », bien con, a commis une bourde d’une niaiserie profonde en blâmant Boilard au moment où il était en train de juger une gigantesque cause, bien compliquée, très délicate. Sacré Ménard va. Seul, il a donc le bon pas ?
9-
Un certain Laurent Audar, lui aussi, est révolté par les publicités incessantes à Radio-Canada-télé qui montre « Les misérables » de Hugo. « Aucun respect ni pour les œuvre ni pour le public », dit-il. Vérité. Bravo !
Mon ex-petit-camarade en céramique, Gilles Derome, est aussi un servant en « lettres ouvertes ». Mercredi, Gilles, lecteur de Chomsky, nous révèle qu’il instruit un petit-fils sur les « vraies tours tombées » aux USA. Pas celles du 11 septembre. Toujours un peu sibyllin (on ne change guère, Gilles ?), Derome fait sans doute allusion aux « tours de magie » des C.A. des Enron et Cie. Sans doute ? B’en…pas trop clair une fois de plus.
Ce matin Rima Elkouri (La Presse) relate un fait divers… la concernant. Les journalistes vivent parmi nous, pas vrai ? Évocation maudite d’un percepteur de tickets au métro. Le guichetier zélé, à l’évidence, est un zélé sourd, aveugle et muet. Un malade. Conclusion : téléphone de plainte de Rima et la direction de la STM dira : « Rédigez–nous (journaliste !) un rapport complet et circonstancié dudit billet refusé et on vous enverra l’argent dudit billet ».
Non mais…
10-
Lu dans un « Nouvel Obs » : le grand matheux, Laurent Schwartz, admirait énormément le système universitaire des Etats-Unis. Il admettait « la sélection », craignait « la gratuité » (!), et…détestait « l’impérialisme » des USA cependant. Viudal-Naquet, auteur de la note posthume —et aussi de « La torture dans la République » (L’Algérie maganée de 19860)— souligne que Schartz n’aimait pas que les calculs savantissimes, il était féru de la Grèce antique et rédigea, jeune, une brillante grammaire de grec ancien. Je lis. Je me dis :pourquoi, ici, jamais ne sont publiés de tels articles lumineux. Que j’aurais dû fuir (comme Naipaul a fui à Londres), à vingt ans, en France. Je le voulais tant. Je serais autrement mieux stimulé. Bien plus souvent. Misère… Même magazine : d’Anne Crignon, un bon « papier » sur Alain Fournier (« Le grand Meaulnes »).Sur « Le capitalisme qui a perdu la tête » par J.E. Stiglitz, prix Nobel, ex-conseiller de Clinton. Enfin, tout un dossier, fascinant, sur les mensonges de la Bible. Tissus admirable de légendes. Il n’y a pas de Mont Sinaï, ni Murs de Jéricho, ni déluge-à-Noé, ni roi Salomon, ni Reine de Saba… Des archéologues n’en finissent pus de donner l’heure juste. Il en reste quoi ? « Des empires fabuleux n’ont jamais pu constituer un tel considérable livre de spiritualité et de mythologie, ce qui est unique. Aussi : Destruction du paganisme délirant et invention d’ un seul dieu, Yaveh. Aussi : « Rien de scandaleux face aux recherches modernes car la Bible ne doit pas être pris comme « un livre d’histoire » mais il peut contenir de l’histoire (Renan), c’est bien davantage. « C’est un livre de beauté et il est génial », Renan
Oui, dans nos murs, la pauvreté. Parfois on me fait le trop grand honneur de me dire que mes modestes écrits stimulent… mais moi aussi, comme tout le monde, j’ai besoin d’être stimulé. Je déniche de vœux livres mais il est bon aussi de lire « de l’actuel » et en profondeur. « L’Actualité » me semble souvent léger, léger, léger. Pourquoi donc cela ?
Regard à ma fenêtre. Le ciel s’illumine. L’horizon au dessus des collines s’éclaircit. Il y a eu de petites averses. Le vent lève davantage. Aller à l’atelier, découper du carton blanc, mouiller les cubes de pâte de couleurs, fermer les yeux, me souvenir du « rouleau à vapeur », de la pelle « à stime », reprendre mes yeux de gamin poltron dans Villeray… Ne plus avoir peur ! J’y vais.

Le jeudi 1er août 2002

1-
Hourrah ! le beau temps se continue. J’ouvre l’œil (expression comique) et j’observe de ma fenêtre de chambre, les jolies taches de bleu, rouge, jaune sur la rive opposée. Ce sont des pédalos amarrés des condos « Villa Major ». Hier, on invite ma fille et mon marcogendre…Quoi? Marc est déjà de retour à son ministère (Famille) rue Fullum ! Ils viendont, promis, samedi. Hâte. Le clan d’Aile, l’autre week-end. Ça ne cesse pas la belle « vésite » quand on a un chalet-dans-le-nord, c’est connu. Je nage et le rat musqué (ou bien son frère ?) me côtoie avec sa branchette dans la gueule, vaillant comme un castor. Des poissons font des sauts étonnants ici et là. Gare à vous moustiques de toutes sortes ! Si chaud…que… nagettes sans cesse. Nager sur le dos, pour revenir, m’est une joie. Un bonheur rare. On est comme moins lourds. Fascinant. J’y resterais des heures !
Zappeting, hier, après-souper : je vais toujours, toujours, au 31, Canal D —un procès sordide célèbre en Californie avec ce coco de narrateur, voix hors-champ, qui semble toujours ronronner, ronfler une conne pub de « Canadian Tire— au 43 pour Historia, Lacoursière, « speedé », parle des Amérindiens Pétuns d’où le mot « pétuner » pour fumer, dit que des gamins de 4 ans fumaient jadis, on disait « pour aller chez Joseph, c’est à trois pipées d’icitte ! », la notion d’enfance n’existait car un enfant dès 7 ou 8 ans devenait un travailleur agricole comme son poupa. Lacoursière, longtemps méprisé par ses collègues excelle en vulgarisation et est fort bien documenté— à TV-5, le 19, à Artv, canal 28, à T.Q. Bien rarement ailleurs. Charron parfois ennuyeux —cette M.-H. Bizier, insupportable avec ses bafouillages. « Pu’ capab’ » ! Avignon 2002, une jeune chorégraphe allemande explique « le corps », le formalisme triomphe partout, coté avant-garde, avec sa quête acharnée de symbolisme, époque du visuel gagnant, avec gadgets, bébelles et acrobaties folichonnes et aussi, parfois, des images renversantes, hors du commun. La pensée… pas le temps.
À mes chers canaux, il y a des pubs, partout, hélas. Zap, zap, zap ! Aile en a fini avec restes et lave-vaisselle et c’est l’heure du film loué. J’aime. On se carre.
Je regrette mon anglais plus que très chétif, obligation alors de voir les (fréquents) bons films américains « doublés » et bien mal le plus souvent. Hélas, le grand public ne supporte pas le sous-titrage, c’est très regrettable. « Chambre à louer » est un film drôle et triste à la fois. Il raconte les déboires (loufoques) d’un jeune et bel auteur inconnu Égyptien qui veut devenir scripteur à Hollywood un jour (eh !) comme tous les exilés rêveurs et colonisés. Émigré à Londres, sans via, sans permis de travail, ses pirouettes se terminent en un fort amusant « conte de fée ». Scénario d’un maghrébin et réalisation d’El Hagar fort brillante. Aile enchantée comme moi de ce « Chambre à louer » ; munie d’une liste, elle trouve, fréquemment, avec bonheur.
Après ? Fin des fées ! Aux actualités : une Caisse Desjardins, associée à un bandit, ramassent son lot de cupides rares (promesse : 50% d’intérêt !) qui se font flouer (domaine immobilier) et maintenant ce cocus râlent contre leur Caisse ! Bin bon pour vous autres les avides en spéculations faciles, bin bon !
2-
Un saint mexicain enfin ? Je me souvenais d’un film avec notre François Rozet : « Notre-Dame de la Guadeloupe », vu en sous-sol d’église à dix ans. Cette Vierge immaculé, négroïde, fit des signes (lourdiens, fatimatiens) à ce nouveau saint. Il y a controverse sur ce saint-là et menée par une archevêque sceptique. Bof : le pape décide, « he is the big boss » ! Un cardinal —« papabile » sur dix aspirants au Saint-Siège— voulait « son » saint. Il l’a eu. Souvenir : en 1980, entrant à Saint-Pierre, mon ahurissement de voir au dessus du maître-autel, une chaise ! Oui, oui, un fauteuil ! C’était le symbole. Menuiserie de bronze et doré !
À propos de ces vierges noires, je l’ai dit, souvent d’antiques sculptures de Marie noircissaient avec les décennies. De là, plusieurs Vierges noirâtres.
Ça jase « harcèlement moral » au Point. Je dis à Aile : « Les victimes des patrons sadiques : des fragiles, des mous aussi, non ? » Deux victimes témoignent :une bien molle en effet mais aussi une « avec forte échine » ! Ah bon ! Qui n’a pas connu le petit despote gradé dans ses entourages ? Au réseau français de Radio-Canada, il ne faisait pas long feu, l’on se regroupait, grogne organisée et vite, dehors ! Ou transmuté à Ottawa.
Essais hier : content. Des moinillons, en petits Saint-Antoine, rue Dante, une Fête-Dieu, rue De Castelnau, un christ couronné d’épines, éclabousseur de son sang, un Crucifié géant (à Saint-Cécile) au-dessus d’un gamin qui cache son arme, une fronde. Oui, pas mécontent. Je me suis souvenu des aquarelles « à châteaux » de Hugo vu « chez lui » à Paris, belle Place des Vosges, au numéro 7. Alors je songe à un fort bien bancal —de garnements— avec, au ciel, leur « rêve » d’un château-dongeon-forteresse. Hâte de retourner à mes jus colorés. Ce matin, achat de papier et des blocs neufs de peinture.
Justement, téléphone de cette Francine-organisateure avant-hier : « Tout baigne, l’expo va se faire début octobre. J’ai questionné des gens du Musée, votre cote serait dans le mille dollars ! » Je répond : « Ne rêvez pas, Francine, si vous obtenez 500 tomates par aquarelle, ce sera miraculeux ! » Elle proteste : « Vous vous sous-évaluez ! » On a bien ri. C’est qu’elle veut beaucoup de fric pour ouvrir son centre culturel dans Saint-Arsène, rue Bélanger, angle Christophe-Colomb. Avec une part pour aider « La maisonnette » de Sœur Gagnon, tel que promis.
Soucy chez « Sogides-Typo » m’a dit : « D’abord, avant l’encadreur, tu m’apportes tes image pour « le scanning » ici, oublie pas ». Cette « PetIte patrie » toute illustrée par « la main de son auteur » sortIrait chez « Typo » dans un an ou deux. PATIENTIA !
3-
Hier soir, pizza végétarienne (au four) chez « Grand’pa », à Val David, avec les J., nos voisins. La patronne, une Française installée ici à jamais, « endure » son dernier été : « Très difficile de dénicher du personnel efficace ». C’est vendu. Présentation —un Français aussi— de son acheteur. Bonne bouille : « Craignez pas, je ne changerai rien, ça marche si bien ». Bon. Jasette en quatuor : nos anciens « voyagements ». Pauline et Jean-Paul sont allés un peu partout plus jeunes. Tiraillement : sédentaires, on a la paix, partir (pour des aînés) c’est les attentes, le délais, l’impatience, les risques de déception, etc.
Avant qu’elle ne redevienne si populaire, Françoise Faucher… et moi, on imaginait des « voyages organisés » avec nous deux comme guides ! Une idée restée en jachère.
Au retour de Val David, docu (au D) sur l’acteur Chris Reeves, le —« Superman 1-2-3-4— bien connu, tombé un jour de son pur-sang et, à jamais coincé dans son fauteuil-roulant, très gravement paralysé. Hagiographie. Complaisance des amis : « Il était un homme parfait ». Reeves dira que le divorce de ses parents avait été un choc… énorme. Encore un ! Il s’en trouvera, dit-il, incapable de se marier ! Ce matin, gazette, un autre : « divorce des parents et choc affreux, très perturbateur ! Décidément… Je me félicite donc d’avoir attendu que mes enfants soient de jeunes adultes avant de me séparer. Satisfecit facile ?
À la télé : « en deux ans, 2,00 tués au Proche-Orient en chamaille », bombe meurtrière encore hier à l’Université Hébraïque. Cantine ensanglantée. L’horreur et puis —la télé va si vite— tas de dauphins géants à l’agonie sur une jolie plage au Cap Cod.
Segment des souvenir : à Percé, en 1979, énorme baleine échouée. Sang et sable. Yvonne (mère d’Aile) écœurée du sombre spectacle. En avoir vu 30 ou 40…brrr ! Mystère : perte du radar bio, infection par virus inconnu, on sait pas encore.
4-
Y revenir : la laideur insoutenable du décor pompier au studio des nouvelles à cette télé publique. Maquillage ($$$) de parvenu, de nouveau riche, plus je le vois, plus je suis insulté. Tout ce clinquant métallique comme si le Téléjournal était un show de rock and roll ! Qui a osé approuver un tel chiard prétentieux ? Qui ? Un journaliste alerté me le dira-t-il bientôt ? Il faut mettre au piloris une « direction » aussi conne, non ?
J’écoute, télé toujours —Aile médusée aussi—, ce Cubain d’ici qui parle de ses concitoyens qui, comme lui, veulent (venus au festival catho de Toronto) abandonner Cuba. Il dit clairement que l’on se sent traître les premiers temps. Comme « un salaud » qui a quitté lâchement sa culture, ses gens, son pays…Je me disais souvent cela, je voulais, je l’ai dit, questionner un Dany Laferrière abandonnant les siens… Dostooïevsky : « Être apatride est le pire des malheurs ».
Articles fréquents sur qui est responsable de ces enfants mal éduqués: familles ou écoles ? Aile —« the tongue in the cheek »— à Val David : « Ah, plus de religion, donc pus de code moral ! »
Ma Germaine de mère éduquait. Le mal existait, la méchanceté était une réalité. Nous écoutions parler entre eux maman et papa : « Quelle méchanceté terrible, effrayant. Médisance, pire : calomnie, c’est mal ce qu’elle a fait, cette voisine. Ce voisin… » Ainsi nous était communiqué « qu’il fallait se démarquer du mal » Le mal ? Notion disparue de nos jours ? Eh oui, soyons moderne et « tout est relatif ». « Ne jugeons pas ! Jamais ! », ce leurre. Comment bien grandir, correctement, sans aucun code moral, sans déontologie minimum, sans éthique essentielle, sans critères, ni balises, comment ?
« Ah !, dit l’ami Jean-Paul —qui s’inquiète de ses petits-enfants un peu perdus— plus de mère au foyer ! Maison vide à quinze heures et demi, dix mois par année. Personne pour recevoir l’enfant rentrant de l’école ».
Quatre vieux schnockes n’est-ce pas ?
5-
Soudain, je sursaute, pluie forte. Brève. Quoi, fin du beau temps ? Angoisse ! Nuages se multipliant. Combat du blanc contre le bleu du ciel. Toujours ce « ça va pas durer tous ces beaux jours »! Effet du judéo-christianisme bien catastrophiste ? Le vieux Grec, lui, fataliste : la sagesse ?
Je lis « une écriture fragmentée », oh ! Bon titre pour le journal : « La vie fragmentée ». Aile dit : « Fragments », juste ça ? » Chez Lanctôt, j’ai déjà mis pour un roman à clés : « La vie suspendue ». J’hésite : « À coeur de jour », ou « À cœur ouvert ». Vic décidera tiens !
Michèle Richard, chanteuse : « La séparation de mes parents fut un choc terrible ». Encore ? À Jean Beaunoyer —reporter suractif— aimant se livrer —telle une Reno— Richard jase volontiers de son mari en prison (pour fraudes) qu’elle aime encore : « Un gars qui avait pas eu d’enfance. Comme moi ». Elle chantait dans des cabarets enfant, quand les autres, autour, jouaient à la balle, à tag, aux poupées. « Miserere » de ces petits singes dressés dont on tire des sous ?
Débat actuel. Pour ou contre : imiter la Suède qui punit les clients de putains et protègent les prostituées ? Pleine page dans Le Devoir. Je suis suédois. Là-bas, baisse notable de la prostitution depuis cette loi. Eh ! J’ai souvent souhaité publiquement que l’on poursuive ces névrosés, sans eux, moins d’abus des —jeunes— corps. Féminins ou masculins. Toujours des démunis, des pauvres, vous aviez remarqué ? Une intello bien connue, Gisèle Halimi, sort son « distinguo ». Qui me fait répéter cette farce : le portier d’un club « Pour intellectuels seulement » questionne : « Vous faire entrer ici ? Êtes-vous vraiment un intellectuel ? » Le quidam : « Euh…distinguons d’abord le mot… » Le portier : « Entrez, entrez »!
6-
Cher courrier électrique : Lionel L., 58 ans, de Joliette. Il a visité la maison de Félix aux Chenaux de Vaudreuil (1959), celle d’Ernest Hemingway aussi à Key-west. Vendredi, il cherche la maison d’Aile (qui l’a eu pour une chanson en 1973). Caméscope : « Zoom sur la parure en haut de votre porte… », me dit-il. Or, il n’y en a pas. Un loustic le guidait : « Jasmin? Maison aux persiennes oranges (chut : noires sont mes persiennes), impasse-Grignon ». Pas ma rue, mais mon joliettain fureteur était pas loin. M’ayant entendu —Cbf-fm— converser avec Nadeau, il craint de « ne pas voir venir cette civilisation autre », comme je l’espère. Moi, l’optimiste à tout crin, je rêve.
Claude S., étonnant correspondant, me révèle que tous nos « produiseurs de nourriture » seraient forcés —par notre très puissant lobby juif— à « cachèriser » tout ce qu’on bouffe ou presque ! Lire, dit-il le « Protégez-vous » d’août. Et que nous payons tous en conséquence « sans être de foi rabbinique » ! « Une taxe », dit-il. Il m’a amusé et puis j’y ai songé :injustice en effet ? Il m’apprend que Jacques Attali (« Les juifs, le monde et l’argent) affirme que « le capitalisme est une invention des Juifs ». Claude dit : « Ont-ils inventé aussi « ce taxage » (par 1.2 % de la population) sur les aliments »?
Manon A. a apprécié mes propos à Nadeau sur « les enfants de Borduas » maganés, et les compagnes donc ! Jeune, elle me jalouse d’avoir vécu les débuts fringants de la télé d’ici. Oh, il y a eu aussi des « noirceurs ». J’en parlerai un jour. Oui, hélas, tout est « formaté » commercialement désormais, elle a bien raison. Elle lit mon « Alice vous fait dire bonsoir », je lui ai parlé de ce polar (« mon meilleur » disait Martel !). J’arrivais, avec Aile, de la rue Cherrier, à cette rue Querbes à Outremont. J’habitais le 360 et mon voisin (papa de Renée Claude) avait, lui, le numéro 354 ! Il n’y a donc pas, rue Querbes, de 356 ni 358. Ce sont les adresses (fictives) des deux maisons où se déroule le drame terrifiant d’ « Alice… ».
Aile voyage comme Manon A. à… Outremont. Elle vit au Lac-Saint-Jean —en ses pionniers efforts— avec le roman-saga, « Mistouk » (bien laide couverture de Boréal-éditeur !) du frère de Lucien, le Gérard Bouchard sociologue. Me dit que c’est maladroit comme prose, amateur même parfois, mais qu’il y a une vérité historique qui la captive. « Tu veux un exemple, dit-elle ? Bouchard parle d’un pionnier, médecin-accoucheur, qui se tape souvent un petit « somme » en se couchant aux cotés de sa parturiente (!), lui disant : « Dans votre état, madame, vous n’avez rien à craindre de moi ».
J’aime ça ! Je le lirai donc.
Gilles G. me révèle que le CRTC (surveillant des ondes !) s’était opposé —les salauds— à la télé franco de l’Ontario qui souhaitait l’obligation par les cablodistributeurs d’intégrer ce Télé-Québec ontarien. Gilles G. m’apprend aussi qu’en Abitibi comme en Acadie, TFO rentre ! Maudit Cogeco des Laurentides ! Maudit CRTC du diable !
7-
Mon G.Tod, prof de français en Caroline —pour des Noires démunies— est-il mal informé ? Il prétend que Vigneault a accepté le Prix-« Governor » ottawaïen. Il avait refusé. L’anarchiste reproche au « Couac » de ne pas le publier. Qu’il ne vote plus pour Nader (?). Qu’il a vu, en ses manoirs privés, un jour, les pancartes « No trespassing » chez le libéral Teddy Kennedy. Enfin que son bon sens « de l’humour » le prémuni de toute parano.
Son lamento « on édite pas le réfractaire, le dissident m’énerve. allons, il y a des livres qui sortent et qui fessent. Cher Tod grognon, foncez, creusez, dégainez-vous, accusez, stigmatisez avec une cruauté impitoyable « l’american way of life » qui vous pèse, qui assomme. Ne craignez pas de river de gros clous. Dites tout. Candidement épouvantable. Naïvement sincère. Devenez vraiment la fureur, un enragé, celui qui en a assez d’une riche contrée toute puissante minée par cent aspects malodorants. Ayez aussi l’impudeur de celui qui raconte tout sur lui. Ça fait mal. C’est difficile. Parler aussi de propres lâchetés. Nos compromissions qui énervent. Des secrets intime éventés, il sera lumineux, ce manuscrit. Devenez fragile, nu, sacrificiel.
Le peut-il ? A-t-il peur de sa propre demi-lucidité à faire péter ? Est-il disposé à crever tous les abcès ? Trouvez le nécesaire et rare courage de vous e mettre à blanc. Allez Tod, à bas la concorde moche ! Soyez capable de dévisager, de démasquer vos amis, vos parents, vous-même…tous les sépulcres blanchis. Vous verrez, si vous arrivez à cracher tout ce pus, à décaper toute cette gangue pourrie qui recouvre, chez vous l’amerloque (amer loque), la civilisation actuelle nord-américaine, un éditeur s’empressera de publier votre essentielle clameur, voulez-vous gager ? Il vous faut l’énergie totale pour vous délivrer. De tout. De tout ce qui vous pèse sur le coeur. Soyez pire que franc, sans concession aucune. Comme si c’était votre dernier temps à vivre ici. Faites scandale de l’effrayante incurie, de l’épouvantable inconscience étatsusinienne, vous verrez, vous deviendrez une sorte de hérault national, très conspué, honni par vos adversaires, les conservateurs ronflards. La gauche toute entière vous applaudira. Soyez excessif.
Assez… G. Tod, de Concord, l’organisera peut-être ce bombardement —« les mots peuvent tuer », Sartre— qui s’impose quand on voit la cruelle et flagrante disproportion —intolérable— entre ceux (nous tous) qui ont et ceux qui n’ont rien. Ah, si j’étais, comme lui —enfant mal dans sa peau— des USA, et jeune, je cognerais, je cognerais. Seul un Étatsunien peut frapper. Chez lui. À lui de jouer ou de continuer à râler ordinairement.
Claude G., lui, fit du « Grasset », comme on dirait faire du « pen ». Ex-fonctionnaire fédéral, il sait ce qu’il dit face à l’astuce bilingue-muti-culs du traître national en chef, Trudeau, le héros des blokes. Visée : la dilution. Nous tous en une petite facette —on sera quoi 10% du Canada dans…bientôt, ce sera alors : vos gueules, minoritaires insignifiants— de la chère chérie mosaïque canadian, surtout pas en nation. Il me fait lire son amusante paraphrase sur une fable du génial Lafontaine pas piqué des vers (« Les animaux malades… »). Merci à lui.
Gros nuages partout. Aller lire au bord de l’eau ou bien mouiller ma nouvelle boîte de couleurs…Hum !
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Le vendredi 26 juillet 2002

1-

Ce matin, un ciel lacté. Rubans de jaune, d’orangé. Contraste avec ces derniers beaux jours ensoleillés. Allons au journal donc.

Hier matin, rôties et café sur la terrasse —maintenant ensoleillée depuis l’émondage des grands cèdres—, Aile toute retournée : « Si tu avais vu cela ! Ce matin, à l’aube, c’était le rare spectacle de la brume mobile sur le lac et, en face, le haut des colline illuminées en rose tendre, sortant de l’ombre tout doucement. La beauté, Clo ! » Oui, j’ai déjà vu ce spectacle. On dirait d’antiques gravures japonaises, on dirait de ces vieilles photos d’antan, qui montraient les brumes en Scandinavie, le long des fjords.

Hier, un jeudi de bonheur. Mon fis s’amène après le lunch avec sa si jolie Lynn et les deux beaux ados, Simon et Thomas. Ils ont leur baladeur moderne à portée de main…ne s’en serviront pas. Je fournis des vers et deux lignes à pécher « de 1900 », longues cannes de bois à poignée de liège —trouvées aux rebuts, rue Morin— il n’en sortira que cinq crapets-soleil et pas de truite, pas d’achigan, hélas ! Les parents avaient le canot blanc sur le toit de leur voiture et s’absenteront deux heures. Voguer sur un lac au nord-ouest. Ils canotent depuis très longtemps. Ma fille et mon Marcogendre —téléphone— devaient venir aussi. Nouveau coup de fil. Viendront pas hélas ! Il y a tant de cantonniers -réparateurs sur la 15 —au lieu de 45 minutes, il faut 95 minutes pour monter ici— qu’Éliane, pas en bien bonne santé, abandonne l’idée de se joindre à nous.

Souvenirs : quand Aile bossait encore avec ses chers Jean-Louis Millette —elle avait dîné avec lui quelques jours avant qu’il s’écrase à tout jamais sur un trottoir du Vieux, près de chez lui— et Monique Miler (fin de « Montréal-P.Q. »), Daniel venait me chercher pour m’initier à sa passion du canot. Ensemble, nous avironnions sur la Rouge, entre les îles du Saint-Laurent (vers Sorel), sur la rivière L‘Asomption aussi, un jour. On se retrouve alors comme hors du trafic des humains. C’est inoubliable.

Plongeons et concours « du meilleur souffle » sur le radeau quand ils reviennent de leur excursion. La joie ! Souper —la maman de ma bru, la veuve en santé, Denise, nous arrive de Saint-Sauveur— au « jambon à la Aile » sur la longue galerie, le crépuscule nous éclabousse tant qu’il faut installer le rideau de bambou. La joie toujours. Je fais voir un trésor précieux car j’ai fait un tri des plus jolies « roches chanceuses » que me rapportaient les petits-fils jadis quand ils pensaient à moi le collectionneur de ces roches brillantes. On dirait des agates souvent ! Fabuleux trésor.

J’ai fait voir, inquiet, ma vingtaine d’aquarelles pour l’album en vue et l’expo d’octobre. Daniel, généreux ?, me rassure et élit d’emblée une bonne douzaine de ces essais graphiques. Un regard extérieur, neuf, ainsi, me rend comme plus indulgent envers ma ponte. Eux en allés, Aile, plus sévère réduit « les élus » à neuf !

Des éléments de certaines illustrations, me dit-elle, sont à conserver. Je me reprendrai donc. Il y a « Le guenillou », mon plus récent petit ouvrage, dont je suis très content et qui a rallié tout le monde. Aller vers cette manière de faire davantage donc.

Avant de m’endormir, j’ai remercié la Providence et tous mes défunts chers, d’avoir ces descendants en bonne santé, pleins de vie vive. J’ai prié encore pour que ma fille retrouve sa santé amochée.

2-

Le film loué visionné mardi soir —« Sous le sable » de François Ozon— nous hante encore. Aile surtout…qui m’aime tant ! Cette épouse, si bien jouée par Charlotte Rampling, absolument inconsolable du mari (Bruno Cremer) tant aimé et disparu en mer— mystère du film— sur une plage des Landes était d’une tristesse effrayante. Elle en est devenue comme folle et le voit sans cesse, partout, dans ses vains efforts pour lui survivre.

Vu la fin du téléfilm « Silence, on court » à Artv. Amateur !

Simon Galien (?), Jean Saulnier (?) offre un récit chétif avec Sabourin, Ronfard et l’amie Françoise Faucher. Pas moins amateur, le talk-show de Gildor Roy, aperçu parfois en zappant. De la télé d’élèves du secondaire…non, ils font mieux souvent ! Et c’est les nouvelles de ce mardi :c’est Gaza, le massacre du missile israélien. Un poupon tué. Deux mois ! L’horreur totale. Sharon dira : « On savait pas qu’il y avait des civils pas loin. » Ouen !

Horrifié, un chef palestinien appelle l’ONU comme Arafat. De toute urgence. Des casques bleus bientôt en Israël, pays démocratique et souverain ? Pas question n’est-ce pas ? (Ni en Tchétchènie indépendantiste où l’on souhaite —ses patriotes— sortir de la Fédération russe, n’est-ce pas ?) Un Palestinien dit : « Ce qui est inconcevable c’est l’indifférence totale de nos frères, ceux de tous les pays arabes ». Ignore-t-il que l’Égypte comme la Syrie, l’Arabie saoudite comme la Jordanie ne sont pas libres d’agir face à Israël, allié chouchou, petit protégé de Washington. Encore moins l’Iran (détestée par Bush) et encore beaucoup moins l’Irak (honnie par Busch jr.). Ne parlons pas de la Lybie hein ?

Qu’arriverait-il donc si une (une seule) bombe (d’Égypte ou de Syrie) tombait sur le quartier-général de Tsahal ? La guerre totale le lendemain et W. Bush grimpé sur ses grands chevaux militaristes —installations militaires USA, avec sous-marins nucléaires, paquebots boirrés de G.I.— partout dans le alentours. Immédiatement, prétexte noble enfin, W.B. volerait à la rescousse de son cher allié. La guerre totale, oui.

« Pu capab »… cette Danièle Levasseur postée à Washington pour Radio-Canada. Cet accent bizarre, ce langage déformé, non mais…

Mercredi, autre séance à l’atelier du sous-sol et …Sœur Madeleine Gagnon (« La maisonnette ») me regarde barbouiller, alors, je me force. L’eau colorée —et l’encre de Chine— revole partout. Un gamin joue au drapeau ou au cow-boy, une fillette lèche son cornet à quatre boules, ou sa « pomme de tire »rouge.

Je me creuse les méninges. Ah ! Quatre bambins passent l’Halloween dans de vieux draps blancs, deux trous pour les yeux…

3-

Jeudi matin, vélo. Deux crêpes avec trop de sirop, à Val David ! Lecture du Journal de Montréal offert aux clients. Tabloïd chétif, bourré de pleines pages de pub, « page trois » sur 10 pages !

Nuovo— le crétin de Foglia— voyage d’un sujet ultra-léger, un matin, à un gravissime un autre matin où il fait voir son « bon sens » habituel que j’estime, moi.

Au retour, ce jour-là, tondeuse et puis natation. Je suis content de moi. J’y vais sans la « nouille de plastique » désormais et j’apprécie la liberté de mouvement rendue alors. C’est une sorte de rein cette « nouille » ce « saucisson », Mister Marleau !

Hier, mon fils ramassait nos restes de jambon dans les assiettes et en remplit un petit sac. Pour Zoé restée at home. « Eh oui, je suis sensible au règne animal, moi. On sait bien pour toi, papa, c’est du très « inférieur » et il y a nous, les humains, trônant au dessus de tous les règnes sur terre, c’est bien ça ? » Discussion là-dessus. Il admettra le ridicule des visionnaires intégristes chez les écolos mais tient à espérer les hommes comme « plus capables » de savoir que les bêtes ont des sentiments, des émotions et peuvent souffrir terriblement de leur sujétion, de leur domestication. « Nous devons être « responsables ». Quand je suggère un effet de ses lectures boudhiques, il se cabre : « Ne crains pas de me voir embrigadé dans une religion. Le

bouddhisme me sert comme philosophie avant tout.

Je lui parle du Somerset Maugham (« Un gentleman en Asie ») que je lis et qui, justement, avance que le « Bienheureux » ne souhaitait pas une religion, qu’il faisait de la métaphysique et que ce sont ses disciples …sbires (?) qui dressèrent une théologie tatillonne à partir de ses réflexions philosophiques avant tout. Ainsi de Jésus le Galiléen ? Que de « pépères de l’église » pour greffer à son évangile des discours à charnières concoctés pour étiqueter en commandements et préceptes innombrables (et péchés multiples) le « aime-toi et aime ton prochain ». Comme mon fils, je sais bien qu’il doit y avoir un vaste équilibre entre les règnes (animal, végétal, minéral), qu’il y va de notre survie. Il me dit : « En traitant mieux poulets, cochons et vaches, il y aura un prix à payer. La viande se vendra plus cher car c’est toujours la seule et unique motivation fondamentale de tous ces marchands : produire plus et vendre moins cher ». Je sone à Sorman et j’oublie de lui rétorquer que, déjà, les tiers-mondes ne peuvent pas même se payer ces denrées pas bien chérantes ! Vaste débat dirait De Gaulle ?

Mon Maugham est Bangkok et il ose dire que toutes ces villes d’Asie n,Ont pas, comme en Europe, de références pour le voyageur. Qu’à Venise ou à Prague, il y a les littérateurs pour nous enrichir en visitant églises, musées, monuments, places publiques. Sacré londonnien de 1923 va ! Il y a, non ?, que les poètes, les musiciens de ces lointaines contrées étaient (sont encore) inconnus des Occidentaux, non ? Je ne sais trop. Maugham semble déplorer que ces pays asiatique n’ont aucune culture écrite, gravée, sculptée, publiée…

Il apprécie les couleurs (des costumes des gens), les pagodes, les temples (teck laqué, pierreries, bouddhas de bronze) cependant. Émerveillé parfois, il décrit habilement ces chatoiements multicolores dans les ruelles et les venelles de Bangkok, ces village sur pilotis, ces marchés sur radeaux, ces cités lacustres du Siam. Je voyage avec lui sans les files d’attente aux aéroports et les mille désagréments des touristes en voyages « organisés ».

4-

À 19h. vu du stock de « Victo Story » avec de jeunes fringants aux imaginations farfelues. Piètre pâté, je vous jure. Encore « Avanti » qui signe cette recherche (hum !) de nouveauté abrutissante (comme pour le Gildor Roy « botché »), avec son Luc Wiseman au gouvernail. Aile, tout autant que moi, déçue. Nous aimerions découvrir de jeunes nouveaux talents. Solides. C’est « cheap ». Production bâclée, amateurisme, insignifiance toujours quand on exagère dans l’humour bien gros, bien gras. Plate quoi !

Aperçue chez Martineau et Cie, T.Q. Raphaella Anderson qui publie « Hard ». Habile questionneur, audacieux souvent, le Martineau la tasse sans cesse. Elle se défend plus ou moins selon les agressions voulues par le bonhomme. »Oui, je fais forcément partie prenante (avec son livre « Hard ») de ce système de « cul et fric ». La belle franchise ! Excuse ? « Quoi, je gagne ma vie ! »

Elle parle de survivre, de subsister. Sans cette veine (simili-porno ou porno hard), elle devrait aller en usine, c’est cela ? Tristesse profonde. Si jeune ! Un moment l’Anderson paraît une petite conne finie, un autre, une lucide froide. Le féminisme, c’est fini. Le lesbianisme, c’est sa tasse de thé. L es gars, tous des dégueus.

« Baise-moi », de son sérail, est une réalité incontournable. Soudain : « Moi, je dois me défendre, hein, je n’ai pas à défendre les autres » ! Elle dit (c9mme elle le fit à « Campus ») que « l’industrie de la porno » (films) est exploiteuse, que ses acteurs sont mal payés. Un projet futur questionne Martineau ? « Oui, avec pédophilie et inceste ». Beau programme de vie à venir ! Soudain vertueuse : « Il y a là des victimes et je veux dénoncer ces salauds qui les exploitent ». On la sent futée et on la sait capable d’exploiter des filons qui reviennent à « cul et fric ». Grande tristesse. « Faut gagner sa vie », répéterait-elle et moi je répète (après Ferrat) : « Y a d’la place en usine, pauvre petite conne ».

5-

Un film bien façonné : « Jonh Q. » signé Cassavetes junior. Les chialeurs québécois (on a trop de « welfare » providence par icitte) y trouveraient un bon motif de se la fermer. Un ouvrier métallurgiste, un Noir (brillant Washington), découvre que, faute d’assurances et donc d’argent, on va renvoyer chez lui son fils condamné à mort (cœur de bœuf). Il décidera de prendre en otage le chirurgien affairiste. Chaos dans l’hôpital et police partout. Négociateur ratoureux (Duvall, excellent). Un bon suspense. À obliger de visionner les John Charest et les Mario Dumont que gênent tant la même médecine pour tous, pauvres ou riches. Hilary Clinton est montrée à la fin, elle qui dut vite battre en retraite (à ce sujet ) face au dur et chic lobby médical toit puissant ici comme aux USA. Ces jours-ci (raisonnable loi Legault), on en voit pas mal qui ne comprendront jamais —ces culs-ronds de bourgeois— que la médecine ne peut pas être un simple « business ». Qu’il faudrait détruire les odieux quotas, le contingentement (corporatisme !) scandaleux aux facultés universitaires. Que les actuels prêteurs de serment (à Hyppocrate) jouent honteusement les « entrepreneurs autonomes » libres. Deux belles lettres de lecteurs de La Presse, ce matin, s’insurgent face à ces « médecins-businessmen ».

Voir « John Q. », malgré son « happy end » hollywoodien facile, fera réfléchir. Aux USA, c’est le docteur qui dit : « T’es pauvre ? Va chier » ! »Jonh Q. » un film certainement pas prioduit et réalisé par des Républicains « buschiens » (sic) mais par des Démocrates convaincus.

6-

Entendu à LC-Tva : « Aux funérailles du syndicaliste Louis Laberge, on a entendu, à la fin de la cérémonie, la chanson de Sinatra « My way ». Connerie ! Encore l’ignorance ! Cette chanson est de —compositeur en France— Claude François. « My way » s’intitulait : « Comme d’habitude », un grand succès. Sinatra, ébloui par l’habile ritournelle, l’avait achetée. Les aînés ont « l’habitude » maintenant d’entendre sans cesse de ces niaiseries en médias, la plate plaine des courtes mémoires. Un jeune contingent de nouveaux venus pourraient un peu mieux se documenter, non ? Hier encore : « L‘épée de Démoclès » ! Da ! Da !

Vu, hier soir, la deuxième émission (avec le même invité, cela arrive chez le Lipton de « Actor’s studio) de « Sous les feux de la rampe » hier soir à ARTV. Patrice Chéreau, metteur en scène coté au théâtre (Nanterre surtout), fait maintenant du cinéma (« La Reine Margot », « Ceux qui m’aiment », « Intimité 2000 », etc.) et l’acteur d’occasion, y brillait de tous les … feux de la rampe, réalisé par Philippe Azoulay. Rationnel, souvent cartésien même, Chéreau expliquait son métier de « chef de troupe » à un Bernard Rapp débordé par sa faconde.

Tournant souvent à Londres —il songe à Pacino pour son projet sur « Napoléon dans l’île Sainte-Hélène—, il a osé : « Les Anglais sont meilleurs acteurs que les Français ». Silence lourd dans la salle pleine d’étudiants…français ! Festival de Cannes ? Il dira : « Nous, cinéastes français, nous traversons prudemment dans les clous, les Américains eux foncent dans le trafic… » Oh ! Ce matin, le gros Depardieu cogne très dur sur le cinéma américain, disant qu’ils contrôlent tout le trafic de la distribution des films, partout !

Chez Bernard Rapp (le jeudi soir), me fait remarquer Aile, on ne s’adresse jamais au public de la salle contrairement à Lipton(le vendredi soir, même canal Artv) qui ne cesse de faire ses appels du pied, de même que ses illustres invités. « C’est comme s’il n’y avait personne devant l’invité » souligne Aile.

7-

Vu le vieillard étonnant Henri Salvador au « Point » hier soir. 85 ans ! Plus vieux que le pape qui retrouve du tonus face aux centaines de milliers de jeunes à Toronto. Rigolard, en forme splendide, Salvator dira : « Le trou s’approche » !, en parlant de des morts de ses alentours. C’est un autre Trenet qui ressuscite.

Tel l’ Adamo revenu à la vie active après une pub de lait dans nos enceintes nationales ! Que de revenants ! Il y a deux ans ou presque, le vieil Henri a pondu un disque sans y croire, « Chambre avec vue ». Succès inattendu et le voilà dans nos murs !

Avant le vieux vert, encore cette Danièle Levasseur en direct de Washington… « Pu cabab » ! J’ai parlé plus haut

d’accent, non, j’aime les accents, même le pointu de Viroli ou l’accent parisien de Michaele Jean. Non, non, elle a carrément un défaut de langue( ou de bouche) ! Elle ne dit pas de niaiserie et pourtant c’est le débit d’une débile ! « J’peux pu » !

8-

Au bulletin de nouvelles, hier : un suicide. Celui d’un magouilleur horrible. Un de moins d’un trio de fripouilles. Un autre est en prison, l’autre servira de « témoin à charge ». Affaire intrigante. Imaginez : des nonnes —des bonnes et pieuses sœurs— (une congrégation religieuse de Québec), avaient un sacré magot : 80 millions de belles piastres ! Viande à chien ! Ça laisse rêveur. Un démarcheur frauduleux —le suicidé— sut les enjoler. Comment ? L’histoire le dit pas. Les dévotes richardes (80 millions de $) s’embarquaient aveuglément dans une supposée juteuse affaire. L’on songeait chez ces ensoutanées non pas à une cathédrale ni à un orphelinat mais à transformer les terrains au nord-est de la rue Crémazie en un juteux marché général bien lucratif.

Dieu, (ou l’Immaculée Conception ?) injuste si souvent, a permis que les braves nonnes virées en spéculateurs immobiliers —à la vue plus grande que la panse— se retrouvent le cul sur la paille, comme des petits Jésus de crêche. Le fric des nonnes, détourné, se faisait « laver » au paradis de fraudeurs, j’ai nommé la Suisse!

Rideau : hier, l’homme expert au tir de pigeons d’argile (et autres pigeonnes bien noirs!), chasseur-touriste assidu de la Colombie, sainte contrée s’il en est, tournait sa chic carabine contre sa tête de tricheur. Miséricordieuses, les religieuses affairistes de Québec vont-elles prier pour le repos de l’âme de leur bandit, détrousseur de grand-chemin-Crémazie, devenue boulevard-autoroute numéro 40 !

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Hier, on parlait vieillesse à table, vin rouge coulant généreusement. Lynn et Daniel parlait d’un miroir cruel dans un motel de Sherbrooke ce printemps. Ils se voyaient… plus vraiment des jeunes ! Aile racontait un incident similaire dans une loge d’artistes, un jour. J’avais découvert un midi, soudainement, la vieillesse de papa. Il ne me voyait pas. Il sortait, seul, du marché Bourdon, près de la Casa Italia. Il poussait son caddy à emplettes lentement. Grimaçait. Sa vieille casquette sur le front. Son pas laborieux. Je le percevais enfin comme ce qu’il était : un petit vieux ! Ça me faisait mal. Daniel m’entendant m’avoue : « Moi, aussi, un jour je découvrais que tu étais… vieux. Rue Garnier, je t’avais prêté un vélo et tu pédalais, lentement, vers le Parc Lafontaine… Oui, je te voyais en « vieux » pour la première fois de ma vie. Eh b’en !

Daniel, encouragé par le bon succès de l’un de ses jeux de société « Bagou » —« je viens d’en vendre un millier et demi de plus en France »— est en train de créer Bagou-2. « Moins facile que le premier à installer, car je dois dénicher des difficultés du français qui sont nouvelles par rapport à Bagou-1 mais, bon, j’y arrive ». Le père bien fier du fils !

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Quand l’intelligente Lysiane Gagnon quitte son aire de l’anti-patriotisme, elle vise bien parfois. Son « papier » sur Dutoit (chef d’orchestre) et Boilard (juge des motards Hells) qu’on jette vitement est de solide farine. Elle termine sa colonne (de columnist) en parlant de notre grande peur des polémiques. Avec raison elle souligne qu’en médias (électronique) on glisse sans cesse vers le « mou ». On évite les confrontations; surtout, dit-elle dans le sérail des universitaires « canadians ». À la fin, elle fionne : « Canada, gentil Canada, gentille Alouette… »

Boilard ? Trop de tempérament : dehors ! Dutoit, idem, ouste, la porte ! Gagnon dit de quitter la cour si l’on supporte pas les remontrances d’un juge fougueux, bravo ! De quitter un orchestre si on endure pas la critique du chef. Bravo ! elle reprend justement l’adage : « Si vous êtes incapable de supporter la chaleur, sortez de la cuisine ». Bien dit.

Ce n’est pas un nationaliste étroit qui parle, c’est l’ONU. Rapport tout récent intitulé « Rapport-2002 » clamant : « le contrôle des médias par de grande entreprises menace la liberté d’expression dans le monde ». Il faut mettre le monde des informations, dit le rapport, et à l’abri des sociétés gigantesque et à l’abri des États. Vaste programme…encore une fois ! La « droite » Institut Fraser rétorque (naïvement ?): « N’ayons pas peur des grosses compagnies, les sources d’infos varient tellement à notre époque… ». Les cons !

Je suis toujours étonné de certaines révélations. Exemple : un gars jouait au TNM dans « Equus ». Après il fit du théâtre de quartier (dans Villeray, tiens !). Trois décennies passent. En 1986, il incarnait Ignace Bourget, évèque de Montréal. Robert Gendreau a maintenant 53 ans. Un jour, « le Sacré-Cœur lui est apparu » ! Six mois plus tard (!), raconte Perreault de « La presse », Gendreau va à la messe, rue Mont-Royal et se confesse. En cachette de son « milieu », il va à messe durant trois mois et c’rest l’appel. La vocation. Il est curé. Il est à Toronto. Il organise « La voie de la Croix », un spectacle pour les jeunes festivaliers cathos de Toronto. À la fin de l’interview, Gendreau dit : « Les jeunes cherchent un modèle, une force. Ils ont vécu les divorces des parents, connaissent un suicidé proche, l’échec…. ».

Ce théâtreux catho parle du 97% de pratiquants au Québec quand il était tout jeune ! « Du jamais vu et ça ne se verra jamais plus », dit-il.

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Les journalistes Cormier (Le Dev.) comme Brunet (La P.) acceptent de n’être que courroies dociles des USA —et affiliés et assimilés— en infos-spectacles, musique, etc. Tristesse, ces minables valets soumis du « petit monde riche » anglo-saxon. Et voilà mon cher « comique » du sport-spectacle, Jean Dion, qui, nous livre ses sources. Variées ? Non. De moult pays ? Non. Non. Lisez : « Sports Illustrated, The San Jose News, Roanoke Times, Virginian-Pilot, Brimingham News, Charlotte Observer, Greenville News, Chronicle of H.E. » Édifiant hein ?

Les Québécois aiment le vaste monde, on dit qu’ils sont accueillants et généreusement ouvert aux autres civilisations. En témoignent parfois des visiteurs de tant de pays étrangers. Or, toute cette valetaille de nos médias n’en a que pour USA et USA et Cie. Pleines pages (souvent payés par les producteurs) consacrées aux activités du puisant voisin. Cinéma compris bien entendu. Jamais d’échos, ni, surtout, de reportages substantiels, sur les héros —vedettes ou nouvelles étoiles) de l’Espagne ou du Mexique, de la Scandinavie ou de Holande, de l’Italie, de la Grèce ou de l’Allemagne. Rien. Une bande de colonisés contents.

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Ce matin : rue Laurier, la petite et grouillante librairie Hermès ferme. La libraire, Marchildon, était sympathique. Impossible de survivre. Il y a les chaînes, il y a Cosco-Club Price, là où on vend presque au prix coûtant les nouveautés… littéraires ou non. Gazette de ce matin : « Quebecor-livres congédie 16 personnes ! Oh ! Ma belle bru qui y travaille ? Peur ! Le progrès ça madame ! Mon cher quincaillier (Théoret) finira par baisser les bras ?

Ce matin, rue de Bleury, Rima Elkouri est allée confesser Thérèse (O’Reilly) :on ferme la très antique boutique « Bellefontaine » ! Souvenir : papa finit enfin par fermer son petit restaurant. Maman contente. Il doit avoir 65 ans. Il ira travailler là, chez Bellefontaine. Jouant l’étalagiste autodidacte. Il ira faire « l’étalagiste naïf » chez L.N. Messier après, rue Mont-Royal. Il ira jardiner aux Serres Notre-Dame. À la cantine de l’Oratoire, il jouera les « cooks » d’occasion ! Il sera gardien au par Laurier, au Parc Maisonneuve, chaque été, au Square Dominion (devenu Dorchester) où il y avait expo de plein air et « guingette » à touristes.

À la fin, longtemps, au petit Musée-galerie sur le Mont-Royal. Il y était heureux se prenant pour un galériste, un guide indispensable. Un vrai « Jack of all trades »! Là aussi, un jour, il avait quoi, 72 ans ? …on lui dira : « On ferme la galerie municipale ». Alors, lui qui avait toujours aimé dessiner et peindre, il se métamorphose en « céramiste primitif » dans le salon-double des enfants… partis depuis longtemps.

Hier, il m’est venu une histoire, une intrigue pas piquée de vers et l’envie de raconter cela ici. Se retenir ? C’est que Somerset Maugham (« Un gentleman.. »), lui, soudain, y va d’un conte, une bonne histoire, au beau milieu de son récit de voyage. Si —mauvais exemple ?— je me mettais à livrer des historiettes de mon cru dans mon journal. Je vais y réfléchir. Danger ?

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Prenez le cahier « spectacles de La Presse d’aujourd’hui : farci de nouvelles à la sauce USA et alliés. Une honte. Huit « papiers » sur Uncle Sam et ses produits « Kultu-cucul-rels » —dont un gros reportage illustré sur Austin Powers (on s’en crisse-t-y d’Austin Powers, pauvre M.A. Lussier ! Parfois le « Voir », qui coûte rien, fonce (Olivier Lalande-en-courroie) dans cette propagande commerciale à sens unique :USA.

C’est cela jouer les courroies de transmission dociles. Un tout petit coin pour raconter que Sorokine —romancier Russe né en 1955 et très connu là-bas, traduit parfois— a pondu un roman (« Le Lard bleu ») où Staline et Khroutchev sont… deux pédés. Subtil non ? Procès. Amende et risque de deux ans de tôle ! L’ex-coco voulait « tester les limites du Kremlin », dit-il. Finesse du raisonnement !

À la mi-juillet, le vétéran-reporter, Gérald LeBlanc (natif de l’Acadie), faisait ses adieux au métier sur cinq colonnes. Hélas, LeBlanc parlait de notre indiférence (Québécois) au sort fragile de ses frères Acadiens. Doit-on sauver aussi la Lousiane ? Quel dadais, quel grand tarlais, quel innocent ! Il faut militer sans cesse pour sauver un Québec que tant d’adversaires voudraient diluer en melting-pot sauce mosaïque multiethniques (et cela avec les millions d’Ottawa pour cette dilution organisée).

LeBlanc, un jour nationaliste prudent (comme Cormier jadis à La Presse), un jour, trembleur devant le « patron Desmarais », le gendre de Jean Chréchien, André. Je l’observais. Il naviguait à vue. Il calculait. Une sortie audacieuse un matin, un retraite de pleutre l’autre matin. Au service des infos (et des Affaires publiques) il y avait, longtemps, plein de ces patriotes sous surveillance (un Jean Lebel par exemple), une émission bravait l’Establishmentd’en hait )elle-même sous haute surveillance et constante du « Siège » à Ottawa, une autre émission les rassurait.

J’ai observé. Ce cirque de ma table à dessin durant 30 ans. Nous nous amusions, à gauche et indépendantistes, à commenter ce jeu de bascule radio-canadien. Balançoire lancinante. Le petit boss montréalais, Marc Thibault, masqué en salomon tout tiraillé entre ses serments à la Reine (une tradition longtemps quand on entrait à la CBC) et ses convictions cachées. Lui aussi, le poète-bureaucrate, Paul-Marie Lapointe, veillait au grain. À coup de méchants « mémos » sinistres, tous ces pions-fonctionnarisés souvent à bout de nerfs. La peur des vases chinois, la peur de Trudeau. Une vraie farce. Alors, tannés de calculer, de veiller à pas trop écoeurer les fédérats dans la place, quand un Bourdon ou un Gérald Godin alla trop loin —« pour tester les limites » ?— ce fut : « La porte, Bourdon ! Il se fit député péquiste. Dehors, Godin ! Il se fit député péquiste ».

Hen, c’est plaisant d’être vieux, on peut en raconter des affaires (publiques).

Il pleut. P’tite pluie fine, quasi invisible. Aile, débrouillarde, a pris sur elle d’acheter un machin de plastique et, ainsi, de remplacer un tirette brisée pour la cuvette des toilettes. Je la félicite chaudement , c’est bien fini l’homme à tout faire, le seul capable, en matière de plomberie. Les temps changent. Le progrès je vous disais pauvre libraire….