Du mercredi 10 au mardi 16 juillet 2002

1-
Ça ne pouvait durer ? Cinq ou six jours de bel été. Tant de bon soleil. Ce matin : fin de la récréation solaire. Ciel bouché. Météo prometteuse (et menteuse) et nous partions pour Val David à vélo. Un aller-retour à l’ombre des nuages en camaïeux de gris.
Bof ! Presque vingt kilomètres à observer une nature en pleine maturité déjà avec des couleurs vraies puisque le soleil n’est pas là pour fausser en ombres fortes les lumières et donc tricher. On m’a dit que photographes, comme cinéastes, en fin de compte, préfèrent ce temps gris pour, justement, obtenir les couleurs franches.
Dépendance affective totale ? Hier soir, au ciné, entendant mal, je vais m’installer loin d’Aile en avant de la salle. Eh b’en, oui, après quinze, vingt minutes de… « solitude », je suis revenu près d’elle avec ma boite de chocolats « closette » aux raisins !
« Chemin de perdition » forme un récit filmique bien parfait, très pro, signé Mendes. Richard Johnson en est l’extraordinaire directeur artistique. Que de bonnes séquences dans des lumières glauques. Et on aime tant Tom Hank (aves un « s », ? ) depuis son fameux, « Forest Gump », « Le soldat Ryan », d’autres.
Au lit je dis : « Un bon film, oui, mais au fond une niaiserie.
Écoute Aile : c’est encore la vie (brève) d’un modeste salaud (Tom H.), collecteur-tueur pour (Paul Newman) un chef pégrieux des années ’30. Ce patron irlandais a un fils idiot, une tête brûlée, jaloux de l’affection de son papa pour Tom H., il va tenter de le faire assassiner. Échouant, ce fils-con, vite sur la gâchette, tuera l’épouse et un des deux fils de Tom. Débute alors l’illustration —avec sang versé sans cesse— d’une vengeance. Classique récit des westerns et des films sur la pègre. Le célèbre Al Capone (invisible à l’écran) tire toutes les ficelles, commande les marionnettes. Fin.
Aile est d‘acord. « On devrait éviter de perdre notre temps à ces bluettes (rougeâtres d’hémoglobines), non ? » Pas de réponse, la « famille Molson » (son livre actuel) gagne.
2-
Depuis tous ces beaux jours, tiraillement terrible : les aquarelles promises. Ma honte totale. Tantôt l’Anabelle (revenue de vacances) de TVA au téléphone. Le camion micro-ondes s’en vient. Sujet proposé : « Le sort fait aux Vieux ». Oh ! Je vais en profiter pour me défouler un brin. Je souhaitais tant, devenu un aîné, jouer les sages, celui que des jeunes consultent. Nenni ! Nos expérience —tant d’erreurs !— ne servent à rien. Ça va barder chez Pierre Bruneau. Ailes : « Cloclo ! Du calme. Pas de criage hein? » Ma chère boussole !
Avant-hier, dimanche, on s’amène au Lac Marois chez les Faucher. J’ai un barbouillage avec le tricolore. Jean nous fait taire sur le parvis, nous pousse devant son téléviseur et on voit Chirac entouré de sautilleurs (à cheval). Non, il n’y a pas eu de « Dallas à Paris », Dieu merci ! Pastis sur la galerie. Large tricolore fixé à l’escalier. Vive le 14 juillet ! Solange Lévesque (du Devoir) nous parle de spectacles vus récemment sur sa route : Nicole Leblanc, Hughette Oligny au « Caveau de mon éditeur de Trois-Pistoles, une reprise de « Encore une fois, si vous me permettez » avec Louison Danis en « mamma » de Tremblay à Beaumont. Une gentille bretonnante —sa filleule— rigole de nous entendre ferrailler Jean et moi. Bonne bouffe, revue des fleurs sauvages partout, les bons soins de Françoise.
La veille, samedi, à cinq rues de la belle vieille église (des Patriotes) de Saint-Eustache, « garden-party » pour célébrer 40 ans de mariage de ma sœur Nicole et de son Louis, imprimeur retraité. L’hôtesse, Marie-Hélène, a deux jolies fillettes. L’aînée, Aude, se laisse apprivoiser mais l’autre, une petite Fanny adorable de quatre ans, résiste farouchement à mes…avances ! Oh ! Mon neveu Sylvain va bien s’amuser de me efforts. À la fin de la fête, Fanny est sur mes genoux et me fait voir son ruban doré entortillé à son index. Je lui parle de fonte et d’une bague de princesse à fabriquer ! Je l’ai eu. Aile : « Je le savais. Tu as le tour avec les enfants ! »
Louis veut savoir le truc. Facile : ne jamais prendre le rétif de front. Passer par un objet. Faire « focus » sur cet objet lui appartenant. Vont défiler alors les dessins, les « peluches », etc. L’enfant timide refuse d’être sondé, d’être « le » sujet. Mais si vous lui parlez de ses « petites affaires », il ne tarira plus.
3-
À TV-5, dimanche soir, plus de ces « Campus » aux bavardages « speedy ». Table ronde avec des auteurs divers, Vargas (« Pars vite… ») Decoin, Djian, Tounier, etc. Invité d’honneur, Umberto Eco. Vous savez, l’homme érudit qui déteste voir ces masses laborieuses, ces vains touristes, jacasser trop fort dans les musées ! L’Umberto (avec son frais paru, « Baudolino », roman picaresque) est disert, brillant, rétorque vitement. Sait faire aussi le modeste disant : « les intellos ne devraient pas sans cesse fournir aux médias qui les questionnent des décrets définitifs lors des « actualités » à chaud ». Ce qui ne risque pas de se passer par ici. « L’intellectuel, dit-il, doit parler « avant » l’événement et « longtemps après ». Pendant, il n’est qu’un citoyen pas plus capable d’analyser qu’un autre ! » Quand on questionne sur les « favoris », c’est, comme toujours :Proust, Céline, Dante (pour Eco).
Mon Daniel est revenu du Maine. Camping. Quatre journées. Suis jaloux :je voudrais (re)voir la mer ? « À la mi-septembre », suggère Aile. Bien. Ma .deuxième mère », Lucille :pas là à Saint-Eustache. Ni mon frère « sauvage » Raynald. Parti à la pêche, on ne sait où. Eh ! Mon regret —chagrin même— de ne pas arriver à de plus fréquentes rencontres. Bof, moi itou, assez sauvage au fond. À tant voyager j’ai su que lui et sa Monique se sont faits de bons nouveaux amis. C’est bien. C’est fatal ? Ne sommes-nous pas plus proches —avec le temps— de nos amis que de nos parents ? Faut bien l’admettre, non ?
4-
Je pense encore à ces « Souvenirs… d’un ronchon » de Jacques Henripin. Deux cent pages souvent remplies de graves regrets, de critiques acerbes, de vivifiants rechignages. Très souvent, je me suis senti solidaire de ses condamnations des temps actuels. Il est mon aîné de cinq ans. Ce garçon pauvre, presque misérable (« Je n’ai pourtant jamais manqué de rien ».), venu de Lachine, aspirant-curé dans un pensionnat de Chambly (Les Oblats de Marie-Immaculée !), courageux « très » jeune travailleur pour gagner ses études, s’inquiète du laxisme ambiant dans écoles et collèges —dans les familles aussi ? Henripin épingle cruellement jusqu’aux universitaires. Se moque des colloques, des séminaires, de ces « futiles voyages payés » Sa lucidité grognonne fait plaisir à lire.
Il finira pas être fort bien coté comme expert-démographe. Solides contrats, très en demande à Ottawa (!) et passages fréquents dans les médias. Retraité de l’université, il grogne —avec raison, l’âge venant, il devrait être encore meilleur — qu’on l’invite moins désormais.
Ah, sujet de mon bref topo ce soir à TVA !
Des chapitres entiers illustrent ses recherches, ses travaux, ses publications fréquentes. Peu à peu, il m’a déçu. Choqué vraiment. Le voilà traitant la nation québécoise de simple « tribu » de râleurs ! Drôle de mouche qui l’a piqué (il se dit de « Cité libre », revue fédéraste crasse. Il finit son livre en militant anti-nationaliste furibond et content ! Nous ne sommes —les indépendantistes— que « tribalisme », gens à courte-vue. Une sorte d’imbéciles quoi.
Hélas, son livre reste muet sur toute sa vie intime. Sans tomber dans les bobards indiscrets, il est difficile de bien estimer un bonhomme qui ne jase que sur son métier, qui passe sous silence tant d’aspects d’une existence…qui font un être vraiment humain. Que cache donc une si énorme discrétion ?
Dimanche chez les Faucher, voyant Chirac menacé j’ai songé à « Conversation » (Plon éditeur) de son épouse, lu récemment. J’ai aimé les parties de son bouquin quand elle raconte ses déambulations nocturnes dans le vieux château de Napoléon-le-Petit (le no. 3). Le livre fait bien voir une femme de la bonne bourgeoisie française (moins « gaulienne » cependant que celle de son époux), un vaste monde sépare ces gens du commun. J’ai bien pris conscience que cette classe sociale (en France) vit en une sorte d’immense vase clos ! Les valeurs de Bernadette et de Jacques n’ont rien à voir avec les foules françaises, paysannes ou ouvrières. Pourtant cette catégorie de citoyens jouit d’une sorte de ferveur. Ils sont (les Chirac en sont la pointe) l’équivalent de la monarchie britannique. « Paris-Match » les illustre régulièrement.
Ce pays de « La » révolution a gardé la nostalgie des temps anciens. En cela, nous sommes vraiment des nord-américains.
5-
Vendredi aller-retour en ville. Ramasser le courrier. Comme de fait : des factures surtout. Quelques chèques utiles aussi ! Y est le « Couac » dernière livraison plus solide que d’habitude. Moins de faciles facéties iconoclastes bien estudiantines. U n bon article de Nadeau sur un Pierre Vallières, devenu comme fou, gravement malade, qu’il fera hospitaliser (à St-Luc). De révélations étonnantes sur un ex-asiprant-capucin ( Henripin encore !) qui vire révolté, qui entre en FLQ, qui fera de la prison, qui imagine des complots invraisemblables, qui renie ce qu’il adorait, qui part pour la Bosnie en fin de parcours (on songe à Malraux, vieux malade, voulant aller au combat politique, armé !). Triste itinéraire.
Normand Baillargeon (alias Raymond-la-science) raconte deux expériences américaines. Des « tests » très effroyables. Manipulation de type behaviouriste. Démonstration horrible. Des individus finissent par obéir à des ordres si on sait les conditionner. À lire absolument au domaine de la « psychologie sociale ». N’importe qui peut devenir un tortionnaire sadique en toute bonne conscience. Cela rejoint ces bons jeunes soldats chrétiens de France torturant volontiers des Algériens indépendantistes en 1960. Un très bon « Couac ».
Je me sens parfois trop isolé. Des livres m’excitent introuvables ici. Des spectacles m’attirent mais… descendre en ville…Oui, j’en cause avec Aile, trop souvent, le fâcheux sentiment de passer à côté de « ce qui se fait ». Demeurer urbain, montréalais, ne ferait-il pas que j’irais voir ce film à la cinémathèque ou à Ex-Centris, ce spectacle à tel Festival, ce brillant humoriste hors du lot commun, mais quoi…il n’y a qu’à aller tailler un bosquet… déplanter et replanter un arbuste comme j’ai fait hier matin.
Il y a quelques années, je suis allé me stationner près d la prison de Vallières (Bordeaux) en face d’un coquet logis habité quinze ans. Je rêvassais. Dans un champ immense (d’Hydro) jouaient mes deux jeunes enfants innocents. Plus de deux décennies d’un bonheur relatif. Le temps passé. J’éprouve ce même frisson du « temps qui file trop vite » quand je repasse rue Querbes, treize ans là ! Ou devant le 551 de la rue Cherrier, sept ans au centre-ville suractif. Même en face du 10,210 de la rue Sacré-Cœur où je n’ai vécu que deux ans… j’avais vingt-neuf ans, je gagnais le (très convoité à cette époque) Prix du Cercle de France avec « La corde au cou », j’étais stimulé…pour longtemps ! La vie, la vie…
6-
Lucie et Toumaï. Elle avait de 2 à 3 millions d’années. Lui, Toumaï, trouvé au Tchad hier, entre 6 et 8 millions d’années ! Des squelettes importants. Homo erectus ? Macaque ou humain véritable ? On cherche. La Bible parlait de 20,000 ans comme début l’humanité » et Stephen Hawkings, le fameux astro-physicien, dit que la marge n’était pas trop mal puisqu’eux, les savants, jugent que cette humanité débutait vers 40,000 avant Jésus. J’ai été un peu trop vite en parlant de l’Ancien-Testament comme d’un tissu de guerres horribles, il y a dans « le » livre de tout, fureurs et sagesses, et aussi de la poésie. Voir « Le Cantique des cantiques ». Les intégrismes issus des liseurs de la Bible en sont un avatar. Le Livre n’en est pas responsable. Un tableau de génie regardé par un crétin devient un tableau de crétin, je ne le répéterai jamais assez.
« Dieu prit un peu de limon de la terre et souffla dessus… », on lit cela et on rêve. « Si c’était vrai… » chantait Brel. Du Mont Ararat, en Arménie actuelle, Noé appareilla et mit le compteur « humanité » à zéro, recommandation de Yaveh. Si c’était vrai…Vendredi dernier, randonnée à vélo et des marguerites partout (pâquerettes), les collines plus rondes, grasses des feuillus en pleine maturité. La beauté.
Documentaire (Canal d) sur la succursale (à Morin Heights) de l’OTS. L’excellent acteur Godin en piètre animateur. Une tuerie affreuse qu’on découvrait dans des chalets en octobre 1994. Nous étions aller voir ce site funeste, Aile et moi. Morbide attirance, la curiosité des faits divers sanglants. Comme tout le monde ? Horrible aussi ces missions avec leurs « reconstitutions » bidons. Intolérable. Si amateur. Mode niaise. Démagogie visuelle infantile.
7-
Le soleil éclabousse tout le terrain et le lac aussi. Fainéantise, ces jours derniers. Le paradis perdu (encore la Bible) retrouvé. Sort édénique quoi. Repos total. Ne rien faire, plus même lire. Regarder et se taire. Baignades fréquentes. Un soir, à Tv-5, docu sur « l’Étang de Berre » de Marseille, « la petite mer ». Pollution. Centrale nucléaire pas loin. Pétrochimiques. Raffineries. Hydroélectricité sauvage. Une merde colossale ! Rejets nocifs. Cris des riverains. Mort de la pêche bientôt. Sursaut. Révolte. Le reportage faisait voir le redressement. Ce matin, manchette des gazettes : ici, des rivières harnachées un peu partout. Des petites centrales électriques. Beauté des sites à vendre. Par qui ? Si l’on décide de saccager les cascades de la Rivière du Nord un jour, on me trouvera en farouche guerrier. Promis ! On saura qui exactement veut acheter (profiter) et pour vendre combien et à qui ? On saura tout. Promis.
Samedi matin, fou cela, un simple odeur de rôties et me voilà salivant. C’est ainsi depuis l’enfance. Une odeur ordinaire, ancienne et c’est la joie des papilles joie. Un bien grand rôle pour deux petites tranches de pain brun dans le « toaster », non ?
Chez Lipton, revu la Susan Sarandon. Quelle actrice brillante. Quel grand plaisir de l’entendre converser sur son métier et aussi sur sa vie…intime ! Ai revu « La beauté du diable ». Bien bon., Michel Simon en parfait satanique Méfisto. Gérard Philippe, lui, toujours envoûtant. Vieux film avec des séquences modernes.
Mon fidèle Marleau (Daniel) me revient pas moins taquin. Il me propose des titres du journal pour V.-L. B. dont « Romanceries au saucisson de mousse » et « Écrivain chassant le bébé écureuil »…je le relis, non, cela pour le projet de totems sur la piste cyclable. Une lectrice, Manon A., y va généreusement. Je retiens « Dans le nid d’Aile ». Il y a « Rien à cacher » qui me plait bien aussi. Un lecteur surnommé « le frileux » par moi : « …mégalomane », « …défroqué », aussi « si mes jours étaient contés ». Brr… Donc, j’’ai reçu un tas de suggestions, des comiques et des graves. Je lis.
Le dénommé Tod, un francophile qui baragouine le français pas trop pire, de Concord, USA, me couriellise (courtise ?) parfois. Il a détesté le film « La pianiste » et Isabelle Huppert tout autant (moi qui veut aller voir ça ?). Tod me parle de « Le Québécois », un neuf journal pro-indépendantiste (?). Est de’acciortd que le F. de Jazz c’est « USA » au boutte ! Me dit qu’il est aussi bédéiste, signant P.Maudit (!). Que sa compagne aime bien Journées Nettes. Le meillewur ? Qu’il y a —pour un petit 300,000 piastres— l’île Sottise (en face de Grosse île) è vendre ! Faut que j’aille vite voir ça. Enfin, qu’il n’est « pas toujours d’accord » avec mes humeurs et opinions. Normal le gaillard « nieuhampshirois. Non ? Cette Sottise…un canular de ce G. (j’ai) Tod ?
Michelle T, elle, me suggère : « Le capteur de temps » J’aime bien. C’est une de mes héroïnes préférées : elle tient à élever ses deux filles à la maison. Avec abandon de début de carrière en radio-télé. Lourd sacrifice, je sais. Deux filles heureuses qui s’épanouiront cependant. Pas de clé au cou !
8-
Une cousine ronchonneuse d’Aile, Mimi, me dit : « Oui, canicule et puis temps froid, c’est ça notre beau Québec, Claude »! La venimeuse. Cela est du racisme inverti. Comme si aux USA (qu’elle affectionne tant) il n’y avait pas de canicule ! Elle m’enrage.
Je lis sur Yourcenar (Le Devoir) et l’on parle de son tout dévoué Yvon Bernier. Ainsi, on trouve souvent de nos gens auprès des sommités. Robitaille, à Paris, servant dévotement longtemps son illustre maître Henry Miller. Il y en a eu d’autres. Bizarre ! De nos illustres inconnus qui se font admettre auprès des grands noms. Étranges valets sur-cultivés que des notoires accueillent volontiers. Miller a eu des éloges HÉNAURMES pour ce Robitaille, mort récemment.
Un jour, Aile et moi, on veut visiter le modeste domaine de la Marguerite à Mount Desert, au Maine. Nous avions pris le traversier à Yarmount, en Nouvelle-Écosse, arrivant à Bar Harbor, pause d’une nuit. Le lendemain, filant vers notre cher Ogunquit, demande de visite chez Yourcenar. Au téléphone, une voix : « Ah, regrets, monsieur Bernier n’est pas disponible. Il faudra réserver plus tard ! » Dépit à l’époque. Françoise Faucher l’a bien mieux connue (pour « Femmes d’aujourd’hui »), y allant parfois l’interviewer mais elle m’a prié de ne pas révéler ses amusantes observations face à l’écologisme tout relatif et curieux de Madame. Je me tais donc mais j’ai ri. .
Une mort qui m’a surpris. Je l’avais rencontré au Salon du livre de Hull en avril. Petite frêle femme, poète ayant publié. Des japonaiseries tendres parfois, des haïku ? Un être délicat, prof de français à Carelton University, son nom : Evelyne Voldeng Paix à ses cendres; nous devions nous revoir. Nous nous reverrons donc dans…l’Éther ! L’éternité.
Article sur la peintre Joan Mitchell, longtemps la maîtresse (à Paris) du taureau impétueux (« orignal », disait de lui Breton le pape ) Riopelle. Artiste new-yorkaise qu’il aurait bien malmenée, disait la rumeur. Le catalogue de Mitchell mépriserait Riopelle copieusement. Justice ? Non. Vengeance à l’amerloque. Pénible.
Assez jasé, le micro-ondes s’approche !

Le samedi 6 juillet 2002

1-
La chaleur ne lâchait pas. Canicule terrible ! Adieu journal ! Aujourd’hui, comme hier, temps plus frais. Je grimpe à ma chambre à écrire vers 17h. Un lecteur du journal me questionne : il est étonné par ces auteurs américains (qui ont encore bon succès) trop célèbres à son goût (ceux de l’avant-guerre et de l’après-guerre). Réal Perrault aimerait savoir aussi où cesse la frontière entre l’écrivain et l’homme. Caldwell semble l’avoir déçu. Je l’avais tant aimé, plus jeune. Il me changeait des proses intellectuelles des Français bien aimés (Camus, Sartre et Malraux). Je l’aimais. Son monde sudiste (pauvre) me ramenait aux gens du peuple. Le relire est-ce que…Vaines questions ?
Ma fille et mon marcogendre (quoi? on dit bien narcotrafiquant !) sont revenus hier soir en catastrophe du New Jersey (avec le benjamin, le trompettiste Gabriel et un ami à lui, Raphaël —que d’anges. Vacances stoppées brutalement. Mon Éliane ne va bien du tout. Canicule terrible là-bas, camping abandonné. Motel climatisé loué. Me voilà anxieux. Éliane si solide enfant ! Le vieux papa en angoisse.
Une équipe de quatre jeunes ont quitté la place après quelques heures. Lunch à 14h. Ils font un documentaire sur le peintre Serge Lemoyne, mort il y a peu d’années. Bombardé de questions, je me suis vu revenu dans les années soixante quand Lemoyne, ici, installait des manières « pop art ». Happenings et Cie. J’aime la jeunesse. J’ai accepté gratuitement de participer à ce film. Ils avaient des copies de mes critiques du temps de La Presse. Amusant de me relire quand j’avais 35 ans, Lemoyne, 25.
Ils sont enthousiastes, font plaisir à voir. Ont confiance en leur projet.
Hier, vendredi, plus longuement, ce fut toute une journée (payé cette fois !) de tournage avec une équipe préparant de segments culturels pour ARTV. Une série titré : « Tableaux ».
J’ai sorti pinceaux, papiers, encre de chine et plumes dehors sur la pelouse. Du vent dans les branches des arbres divers ! Silence Éole, on tourne ! Moteur ! Parlez ! J’ai jasé sur mes merveilleux démons de fabriquer des images colorées , de jouer au surréaliste, à l’exploiteur de taches. J’avais mis ma salopette.
Nathalie tenait des micros, André-Paul une caméra moderne, Sophie assistait et Bernard (LaFrenière) réalisait. Après une longue séance de barbouillages bien trempés, lunch, avec Aile chez notre Denise du coin de la rue Chantecler (Dino). Aile adore jacasser avec ces jeunes du « milieu ». Elle est intriguée (comme moi) par les nouvelles façons de faire. Tous sont des « À contrat ».
Retour et décrochage de tableaux des murs du chalet. Fouille de deux cartables. Vieux dessins du bonhomme :images de poissons, oiseaux, acrobates et…. bedaines de Miami. ! Voilà mes vieilles et récentes pontes gravées à jamais. Dont mes premiers essais (encore maladroits) pour de projet d’expo et d’album sur « La petite patrie ». Dure journée. Partis, nous nous garrochons vers le lac…et baignades !
2-
Lundi dernier, à Radio-Canada, un documentaire où l’on parle de Modecaï Richler, le baveux baveur d’idioties infâmes sur les nôtres. La complaisance dans ce document ne disait pas un mot de travers sur ce néanmoins brillant romancier qui avait pour « side line » (bien rémunéré) de nous diffamer. À Londres comme à New-York, Sir Richler se répandait en proses dégueulasses :nos n’étions qu’une tribu de racistes anglophobes ! Quelle tristesse ce mensonge. Ce silence aux téléspectateurs à propos de ce volet humain sinistre du fameux auteur, exilé longtemps à Londres. L’imposture était signé : Marc Coiteux. Qui est ce mercenaire qui cache les faits ? Au nom de bonententisme douteux, on a pu entendre une série de témoins (anglos baragouinant le français) qui ne cessaient pas de vanter le Québec moderne, le Montréal d’aujourd’hui, pas en hommage à notre culture bien vivante, mais non, en bonheur de vivre en un site « si cosmopolite ». La noyade de notre culture. La dilution organisée.
L’un dit que nous irons chez les théâtreux anglos si c’est bon, il ne dit pas que les anglos iront à nos théâtres…. Qui sont souvent fameux ! J’enrageais. Un défilé grotesque, masqué, hypocrite. Avec nos zélés « collabos » de service. On souhaitait une culture anglo-montréalaise plus vigoureuse…la farce, quand on sait que nos voisins (275 millions d’anglos, non ?) offrent la même poutine (même langue et même culture au fond). Si Paris, la France, étaient à nos portes, vous pouvez parier que nous n’aurions pas du tout cette vigueur actuelle. Fatalité pour ces descendants de loyalistes monarchistes se sauvant des patriotes décolonisés (les libertaires des jeunes USA) en 1775.
Quelle fumisterie cette affaire du terrible « péril anglo » au Québec ! C’est à se tordre de rire d’entendre l’angoisse de nos blokes : « Goddam Loi 101, l’anglais en danger ! » Nous sommes un tout petit 2% de francos en Amérique du nord et ces « résistants » à l’intégration gueulent que nous sommes des ogres, des fanatiques, des misérables racistes ! Non mais…
Ah oui, tous les soirs, compatissant, je prie la Providence de sauver l’anglais, langue tellement, tellement fragile n’est-ce pas ? Foutaise. Ces lamentations ne font que camoufler une réalité : la nation ici, 84 % du peuple, ils n’en veulent rien savoir. Quelques exceptions merveilleuses n’empêchent pas de constater leur racisme.
Le Foglia de The Gazette (Fresh, Freech, ?) est d’un borné, déclarant que « c’est les Péquistes qui ont inventé cela : « les anglos ! » Un fou ? Avec l’ONF, la SRC a concocté ce tissu de faussetés qui relève de l’imposture. Salut Télé-propaganda ! « Salut à toi, Dame bêtise, dont le rêgne est infini », chantait Léo Ferré.
Conseillé par un voisin ami, Paul Pastakis, Aile et moi avons visionné « La mandoline… ». signé John Madden, film tiré d’un roman de Louis de Bernière. Un acteur bien aimé mais pas bien fort ici : Cage. Une belle île, Cephallonia (d’où vient le grand-père de Paul). La guerre de 39-45. Les soldats de Mussolini dans cette île aux us et coutumes anciens. Les nazis très insatisfaits des ritals trop mous. L’amour entre un soldat envahisseur (et sa mandoline) et une indigène. La Résistance. Des morts. Et…une fin heureuse. Tout le monde jase en français (post-synchro) comme tout le monde parlait américain en copie originale :Grecs, Italiens, Allemands ! En 2002, c’est insupportable. Hélas, défense de sous-titrer n’est-ce pas ? Alors cela sonne faux, très faux.
3-
La canicule sévissait mardi. Comme jamais. J’ai sorti le ventilateur très silencieux pour le dodo. Le jour :ne pas trop remuer. Lire à l’ombre. Au téléphone, ARTV s’annonce pour vendredi. J’apprends que Nicole Leblanc (« Le temps d’une paix ») peint, elle aussi, encouragé par Pierre Gauvreau. J’ai vu Michel Tremblay (Artv) à un de ses tableaux ! Ducharme fait dans le recyclage-sculpture. Il y a Diane Dufresne, initiée par le frère Jérôme. Il y avait, aquarelliste, Henry Muller. Combien d’autres ?
Mardi soir, nous avons vu, télé, le premier épisode du « Twin Peak » de Lars Van Trier : « Le Royaume ». Il y aura 11 épisodes. Un hôpital-asile inquiétant. Des malades curieux, inquiétants aussi mais moins que les médecins ! On y joue des cartes rares : parapsychologie, télépathie. C’est prometteur.
Mercredi dernier, chaleur insupportable encore. Comme à la in de l’hiver, crise bizarre, envie de me relire encore ! Pourtant pas mon genre. Je reis d’abord « La sablière » et, riez de moi, je verse des larmes —sous le saule non-pleureur— face au petit Mario, dix ans, mal pris, très mal pris dans son orphelinat pour enfants déficients. Il dit qu’il veut se tuer.
Je me fais brailler ? J’en suis surpris. Aile ? Encore plus étonnée que moi. Je m’attendris en vieillissant ? C’est clair. Quel bon talent j’avais en 1980 ! Riez, vous dis-je ! Le matin, pas kla moindre brise et, au diable le permis, je fais u feu tant il traîne des branches (cèdres émondés ). Je m’allonge. Soudain bruits curieux de bzz, bzz, bzz ! Les pompiers ! Bottés, casqués, imperméabilisés. Par cette chaleur. Je vois l’Aile ricaneuse sur la galerie…ce qu’elle doit rigoler la démone ! Ma honte ! . « Vous avez pas le droit, vite, éteignez ! » Penaud, je cours chercher le tuyau d’arrosage. Pas assez long ! Je trouve des chaudières de plastique. Nous voilà à trois dans le lac, moi pas botté ni casqué, à étouffer vite ce feu de cèdre ! Avec fumées davantage. L’un rédige son rapport et me dit : « Pour cette fois, il n’y aura pas de frais mais, SVP, ne faites plus cela. On est en période de sécheresse ! » Ils s’en vont, gentils, affables, polis ! Ouf !
Le soir venu,. Je re-téléphone aux « orphelins », Laurent et David. « Soyez des hommes les gars, les parents partis, il faut que la maison se change en soue à cochons. Promis ? Papi pourrait descendre en ville et aller inspecter les lieux ». Laurent rigole et promet !
4-
Visions du Cachemire actuel à la télé de RDI. Documentaire bien fait. Fin totale du tourisme, ressource essentielle jadis, avec cette guerre civile et religieuse. Malheur partout. Pauvreté grandissante. Tueries fréquentes. Le fanatisme bien connu. Images des marinas florissantes de jadis… devenues désertes ! Trois guerres en 55 ans. Cette division diplomatique de ce pays n’a fait qu’agrandir les disputes. Un partage entre Inde et Pakistan, un partage flou. Des musulmans répandus un peu partout. Cachettes. Guérilla. Frontières sur-armées. Le Président pakistanais fera naître, par son double-jeu, des milices clandestines. Le terrorisme s’installera rapidement. Le « yable » est aux vaches et c’est… « à suivre ». Hélas ! Vieille histoire. Jérusalem brûle-t-il ? Le Cachemire brûle-t-il ?
À TVA, mercredi soir, zapping et c’est l’Algérie de 1960 ! Le temps de la guerre avec la torture. L’horreur à la française. Documentaire rare. On voit Malraux enjoignant les militaires de « faire cesser cela ». De Gaulle, à son tour, gueule : « fini les tortures ! » Désobéissance à Alger. « Paris ne comprendra jamais rien » ! Des témoins parlent. Boirrés de remords. Accablés. Trop tard ! Un savant dit : « La torture par des officiers français ? Il y a que le « surmoi » n’était pas assez solide, pas assez fort » ! Quoi ? Ah !ah ! Ce surmoi (sauver les apparences, bien paraître) a donc son utilité ? Oui. Un autre logue patenté : « On a découvert que ni la religion (tous de bons chrétiens), ni la culture ne peuvent servir de feins à ce sadisme militaire ! » Eh ben ! Un baptisé bien cultivé sortait donc les fils électriques (électrodes) et faisaient crier l’Algérien indépendantiste ! Horreur ! Des adolescents innocents souvent, pour qu’ils dénoncent les pères clandestins. Douce France, cher pays… !
Le 3 juillet 1962 : fin. L’indépendance. Les collabos, les Harkis, abandonnés. L’exil en vitesse. Régime militaire qui s’installe. Pour longtemps. Il y est toujours. Adieu démocratie promise. Un castrisme algérien quoi ! Hier, aux nouvelles : tueries nouvelles en Algérie ! Allah ou akbar ! Le sadique est toujours (encore) religieux ? Fanatique intégrisme !
Le soir, magnéto béni, un film…de guerre encore, à Historia. Visions funestes de prisonniers Anglais et Américains à Changi, proche de Singapour : « Le caïd » signé B. Forbs. Tiré d’un roman de James Clavell. Aile se dit fadciné de découvrir les astuces des démunis, les débrouillardises de l’être humain. Sa force d’imagination afin de conserver la vie. En effet, un récit illustrant des gens perdus qui vont s’en sortir. Vol, rapines, trahisons. N’ est plus question de la moralité ordinaire. Édifiant ? Non. Réaliste ? Oui.
5-
Jeudi :chaleur toujours ! Sueurs sans cesse. Un M. Charron m’accroche aux journaux (et cigarettes hélas). Il me raconte la Saint-Jean sur le parvis de l’église Saint-Vincent Ferrier. « Vous nous aviez distribué du gâteau aux raisins après les célébrations que vous animiez ! » Il semble un peu surpris que je ne le reconnaisse pas , lui et sa dame ». Je n’en reviens jamais de ce fait. Certaine personnes nous imaginent avec une mémoire électronique miraculeuse !
Jeudi soir, 4 juillet, avec Carole et Paul-le-Grec bouffe en terrasse chez « Pep » réouvert dans la côte Morin. Nostalgie des « rib steaks » d’antan. C’était très bon. Le bœuf est boudé dorénavant. Y revenir m’a plongé dans des souvenirs de jeunesse quand le steak était si fréquent aux tables du midi. Avec sauce « worcestershire » (?). Causerie croisée jusqu’à tard dans la nuit. Ciel qui se remplit de noirs nuages. Orage enfin ? Peur. On rentre. Quatre gouttes d’eau et puis plus rien. Que la chaleur !
On a écouté « la confession à James Lipton » par Sharon Stone. « Actors’studio », à ARTV. Aile déçue. Moi itou. Elle nous a paru menteuse, hypocrite même, calculatrice (dans Ses réparties), fausse, faux-nez (qu’elle se frottait sans cesse). Tricheuse enfin. Déception pour une rare fois ! Lipton, lui, poli, à genoux devant la fatale star hollywoodienne. Le cucul !Sarandon la semaine prochaine : ça ira mieux, c’est certain

Le mardi 4 juin 2002

Le mardi 4 juin 2002

Jours de pluie…

1-
Safari hier soir ! On regarde —tiré d’un roman-vérité de Peter Maas— « Serpico » à Artv. Le calme au salon, à l’écran les coups fourrés contre le jeune flic new-yorkais des années ’60, l’anti-« pourris », une histoire vraie, ce pur si bien jouée par Al Pacino, si bien réalisé par Sidney Lumet —si jeune le Al quand on pense à celui du bon film, « Insomnie », vu il y a peu— et soudain : cris d’Aile! Je sursaute.
Son index indique, là, là, derrière la télé ! Film vif, en temps réel : une bête ! Est-ce un lion ou un tigre ? Je cherche des yeux. Je vois l’intrus. Pas vraiment un mulot, non ! C’est quoi ? Aile et moi abasourdis. Rendu sous la fenêtre, la grosse bébittte nous fixe, crâneuse… monte sur une plainte chauffante, en redescend, file sous le porte-journaux. Angoisse d’Aile. Ô cinéma d’horreur ! Maintenant seul, il se démène, sans notre aide, ce vaillant Serpico qui doit s’enferrer en anti-magouilles policières !
Debout, impuissants, on cherche à « comment faire sortir l’impudente bestiole ». C’est un genre rongeur, plus gros qu’un rat, moins qu’un écureuil. Sorte de Suisse en miniature. Il court le long du mur ! Aile bondit pour lui ouvrir la porte-patio du coin à déjeuner. Il ne sent rien le petit zéro. Un nul. Il vagabonde. Je cherche quoi faire. Ce matin, nous avions vu une tomate rongée sur le comptoir de la cuisine. C’était donc lui. Mais d’où vient-il ? d’où sort-il ? Erreur donc d’avoir acheté et installé deux trappes à souris. Le fromage non, les tomates, oui !
Il grimpe sur un fauteuil. Nous défiant, ma foi ! Petits cris de souris de ma tendre Aile très énervée. Ah les femmes et les souris, c’est connu ! Je dos donc faire l’Homme. M’empare de la pelle de la cheminée et…bang ! Il gigote. Re-bang ! Du sang sur le parquet ! Il frétille, secousses mortelles et puis immobilité.
J’ai mal, fifi que je suis. J’ai pas aimé ça. Je « pellette » le cadavre chaud dehors, au dessus de la balustrade de la galerie. J’éponge ce sang. Ouash ! Adieu ! Je guette des applaudissements mais c’est : « Oh non, Cloclo, non ! Comment as-tu pu faire ça? »
Allons voir comment va se faire piéger par ses camarades vénaux ce policier courageux : coup de pelle fatal à la fin sur la bête et Serpico éliminé, handicapé, s’exilera en Suisse. Ouf !
Tantôt, merde, une autre tomate rongée ! Ils sont-étaient donc deux ? Ou quatre ? Misère ! Je suis allé porté les trappes à la cave. Encore cette pelle près de la cheminée ? À ce soir le numéro deux…mais on a trouvé mieux, on jettera un blouson sur le faux-suisse et hop, dehors ! L’expérience civilise.
2-
Une fois de plus, hier soir avant le dodo, on a rentré toutes les corbeilles de fleurs. La météo annonçait encore du « gel au sol ». Ciel tout couvert ce matin. Un 4 juin ! On s’ennuie de nos vélos.
L’ami frelishburgien, le théâtreux Pierre-Jean, avec sa Carole, une « peuthe », acceptent un « souper en ville » pour vendredi soir. Quand je sortirai de mes deux animations pour Bibliotheca-jeunesse. La recherchiste m’a couriellisé tous ses documents et je suis prêt à confesser Bilodeau et Faucher. Je me sens fragile pourtant, un peu comme avant ma première du temps de TQS naissant avec mon talk-show littéraire qui échoua. Courage Cloclo ! Ce sera plus facile de converser avec dame Bombardier mercredi, demain. Le sait-on assez :plus facile de parler que de faire parler. Denise est un vieux singe et connaît bien le métier :ça va donc aller tout seul.
Hier, appel du benjamin des Barrière, mon cher Gabriel-le-trompettiste. J’allais l’appeler. « Papi ? T’es encore là ? Tu viendras pas ce soir à mon concert au collège ? » Oh non. Nuit blanche, indigestion —le très gros et gras et délicieux bœuf chez Claude-le-Niçois— et récupération du gourmand malmené tout ce lundi. Je fume moins et je mange trop (Aile itou, qui ne fume plus du tout !). Je veux ralentir la bouffe. Je bedonne !
Télé. Pivot, lourdaud, complaisant, à Manhattan en quête de francophones pour ses « Double Je ». Paul Auster parle : « En France , on jase, on discute, on mange bien, on boit, on fume, on prend le temps de vivre, j’aimais ça. À New-York, il y a plus d’énergie et ça me manque quand je m’absente. » Un intervenant dira : « Les Français n’émigrent jamais vraiment. Ils retournent un jour ou l’autre en France, pas le cas des autres : Italiens, Grecs, etc. » Souvenir : notre premier séjour à Manhattan, 1962, Aile avait vingt-cinq ans moi trente et un, —voyage qui me fera écrire « Ethel et le terroriste »— avec plusieurs rencontres de new-yorkais parlant français, du taximan au proprio de galerie d’art. Notre étonnement, l’agréable surprise alors ! Avec Pivot, hier, un Noir, exilé d’afrique puis de Belgique, tenancier d’un club, « Le papis rouge », dit : « New-York, c’est Babel et personne ne nous demande jamais d’où nous venons, c’est fameux ! » Drôle de binette de Pivot qui, avec raison, ne cesse de questionner tout son monde francophone : « D’où venez-vous ? »
Pourquoi cette satisfaction, de taire ses racines, ses sources ? Pourquoi ce besoin d’un passé anonyme ? Mystère à mes yeux, moi qui cherche toujours (comme Pivot) « l’histoire » d’un rencontré, Où que ce soit. Ce « cosmopolitisme à secrets » m’intrigue. On cache quoi ? On a honte de quoi ? J’ai repensé à l’aubergiste dans l’excellent film, « Insomnie » : « Ici en Alaska il y a ceux qui y sont nés et tous les autres qui ont toujours quelque chose à cacher ». Oh, oh !
Ai-je bien fait d’avoir refusé de participer à ce « Sommet-Mntréal » dans un pré-comité culturel. Ça démarre en grande aujourd’hui aux HEC et ça va durer trois jours en assises. Assis ! Je serais pris dans cette « gommer à projeter de l’avenir ». Ouengne ! Le Simard (du Festival du jazz) lui, projette à qui mieux mieux et parle d’un funiculaire partant de la rue Peel (angle Avenue des Pins) vers le sommet du mont Royal, puis d’une navette spécialisée pour faire voir le Centre-Ville des arts et spectacles et ces nouveaux « centres-multi-médias », du canal Lachine et de l’ouest du Vieux, lieux qui rassemblent les travailleurs visuels modernes; et quoi encore ? Patentes à allécher le tourisme, cette « vache à lait » que l’on veut traire épuise partout désormais sur la planète. Exemple : parade qui s’organise de gais et lesbiennes à, incroyable !, Jérusalem! Ô Allah ! Ô père-fouettard Yaveh ! Ô tourisme !
3-
Vérité ? « Alice… », un film folichon, parodiant les contes de fée, va sortir bientôt et son auteure, qui co-signait le feuilleton « 4 et demi », dira :« La télé est un médium d’auteur, le cinéma un médium de réalisateur ». On sent de la frustration —il y aurait eu douze —oui : 12 !— versions du script de ce « Alice… », elle avoue qu’elle n’a pas trop envie de revenir au cinéma.
Au théâtre aussi c’est « place à l’auteur », à la pensée. Le cinéma, lui, est affaire d’images, de mouvement, pas souvent de pensée, donc d’ « écriture ». Il arrive, Dieu merci, qu’on y trouve les deux : du grand et fort texte, de la pensée, des sentiments humains riches, féconds, développés. Avec, un imagier pas moins fort. Il n’en reste pas moins que si cet imagier est un génie, on se fiche alors du contenu, de la pensée. Exemple : Federigo Fellini.
Gazette ce matin : quinzième anniversaire, cet été, d’un spectacle d’amateurs : « La fabuleuse histoire d’un royaume ». Vu à l’été de 1988, Aile et moi en sortions ravis par la générosité des participants (bénévoles) malgré un manière de faire… disons primaire. Le seul « pro » de ce gigantesque et sympathique pageant ? Michel Dumont, né natif du lieu. Il fait a voix du narrateur des multiples tableaux à la sauce-Épinal. Sa belle voix est un enregistrement ! Encore : une machine à attirer au Saguenay des centaines de milliers de touristes.
Les plus vieux de mes petits-fils adoraient les effronteries de « L’album du peuple » du François Pérusse des débuts. Ils me le firent connaître. Je rigolais. Ce diable d’homme sort de six ans (6 ans !) de radio en France, Belgique et Suisse. Il revient ici et déclare : « je dois retrouver mon parler, ma languie » ! Preuve d’un clivage profond, en humour, entre deux sortes de français parlé. Ça me fait réfléchir. Anomalie ? Un Noir viendra d’Afrique ou de France et à « Juste pour rire » fera rire la foule, cela sans changer sa parlure. Nous sommes vraiment des bilingues !
4-
Le « double-you » Buch en visite chez les apprentis-militaires, à l’école célèbre de West Point, près de New-York, dans le New- Jersey. Son sermon sur la montagne : « le mal existe, la moralité est une réalité, nous devons, Américains, défendre le bien ». Qui et pour le vice, qui est pour le mal, contre le bien. Discours surréaliste ? Chirac, en campagne, allant à l’école de Saint-Cyr, le West Point des Français, dirait-t-il la même chose, offrira-t-il la même salade aux jeunes de l’élite des armes ? Traîné en cours de justice —pour divers abus de bien public— s’il n’avait pas été président, pourra-t–il parler sans s’étouffer du bien et du mal ? Bush, élu par « effoirage » floridien, magouilleur pétrolier avec la famille Ben Laden, a un front de beu ! La jeunesse candide, costumé, au garde à vous, écoute, la main sur le cœur, l’œil vissé au drapeau. Misère humaine ! Images de la télé qui m’assomment.
Oh la merveilleuse télé parfois : face à Lipton, le formidable acteur et réalisateur Sean Penn (génial dans « La dernière marche »). C’était la cinquantième émission, a-t-on dit, émission que nous écoutions, hier soir —merci magnéto— religieusement, Aile et moi. Le père de Sean, Léo Penn, réalisateur, fut mis sur la « black list » des chasseurs de socialistes et communistes à la fin des années 50. Je n’ai jamais aimé cette sorte de bouille à la Penn. Une connerie. À force de voir jouer cet excellent comédien, me voilà réconcilié avec ce genre de petit visage anguleux, cette sorte de face à claques —regard d’oiseau de proie ! Fou non ?
Aile —comme moi— est portée à juger quelqu’un vite, sur sa mine. C’est idiot sans doute, cette manière de juger quelqu’un sommairement, au premier abord, d’après la physionomie. C’est périlleux évidemment. Il y a de bonnes bouilles camouflant des salauds et il y a des faciès ingrats se révélant des gens de bonté et de douceur. Ainsi le fameux professeur et si brillant vulgarisateur Jacquard qui est si laid : il parle, il pense à haute voix devant nous et il est transformé aussitôt, se révèlant le plus bel homme qui soit, non ? Mais bon, c’est plus fort que nous —et vous ? et vous ?— on voit un visage, on se dit : l’hypocrite, le fourbe, le vilain ! Idiote manie qui nous jouera des tours regrettables un de ces jours. En tous casa, Sean Penn qui pense, qui répond, qui explique son art : un moment de grâce fantastique.
5-
« Campus » sauce porno » cette semaine. Le Durant naviguait en eaux troubles et il tentait de joindre le voyeurisme à l’utile. Panel d’auteurs divers. En France, c’est nuque au monde, vous prenez un mot du dictionnaire, n’importe lequel, disons : fruits, et l’on peut former un aréopage de publiants —et récents hein ? — sur ce seul mot ! Pivot le prouvait parfois. Fameux pays de cocagne que la France en la matière.
« Porno manifesto », signé —sosie de Dyne Mousseau— Ovidie (sic, quel courage !). L’actrice de « cochonnailles pour voyeuristes » réclame le respect ! Bon. Jouant la noble péronnelle qui en a assez du mépris des gens (eh !), elle a laissé croire qu’avec tout l’argent du « vrai cinéma », la porno serait bien meilleure. Politesse ?, pas un rire sur le plateau de Campus ! J’imaginais les producteurs cochons rigoler. Sont pas à pour l’Art mais pour le pognon vite gagné.
Deux rasés (aucun faux tondu), mercenaire du genre —des « hardeurs », dit Paris-Salé— leur livre sous le coude, naviguaient volontiers dans ses belles eaux et ses pieux vœux. Le vendeur de livres (n’ayons pas peur des mots, j’ai déjà fait ce noble métier), Guillaume Durant se montrait en arbitre neutre, oh ! une moue, une lippe, rien de plus. Les noms voletaient : Georges Bataille (« Histoire de l’œil »), Aragon (« Le con d’Irène »), Paulhan (« Histoire d’O »), Alina Reyes (qui était là), les propos spéculaient entre « illégal, illicite, illégitime ». Censure et exploitation mécanisée.
« side-dish » de cette tablée aux épices frelatées : un romancier-ex-Goncourt signe, lui : « Rencontre sous X », c’est Didier Cauwelaert. Récit d’un acteur raté gars, un « hardeur », qui fourre, sur signal, une actrice ratée (ratée :divine Ovidie qui va me haïr) et qui, ensuite, en tombe amoureux. Un oasis rafraîchissant, ce romancier coté parmi les « horribles » (Rimbaud) travailleurs du sexe !
Nous savons bien qu’il s’agit moins de cinéma que de pantomime (toujours la même, c’est ennuyeux). Un ciné muet, forçément, répétitif et où l’humour est strictement interdit. Le rire ferait débander l’onaniste. Après « la mise en vente » de la marchandise, il y eut, avec d’autres panélistes, quelques propos solides : Kafka rôdait, la malsaine « marchandisation » des corps fut évoquée et l’on fit bien d’associer : a) les publicités et, b) les clips-vidéos du rock à de la porno « light ». Un quidam déclare : « C’est Bataille qui avait raison : l’érotisme c’est la trangression. C’était…car, partout, il n’y a plus que permissivité. Plus de tabou, plus moyen de transgresser.» Silence partout ! J’aimerais lire « Le nouvel ordre sexuel », ouvrage d’un sociologue présent et pas bavard hélas.
À la fin, diversion, on se réfugia du côté de cette expo à grand succès, celle des surréalistes (à Beaubourg), un courant d‘air frais passa et vive Dada !
6-
Souvenir : À Bordeaux, un voisin me racontait (1975 ) hilare et bon enfant que son ami (de Laval) sortant —avec l’épouse— d’un cinéma (le célèbre film, « Emmanuelle »)fila vite, n’en pouvant plus, au motel le plus proche (rue Lajeunesse) —avec l’épouse. Urgence de forniquer au plus coupant.
Moi expliquant au voisin : « c’est le résultat, extrêmement humiliant pour les femmes, d’un film porno vu. Le bonhomme se servira d’elle, après visionnement, comme d’un sac pour assouvir son fantasme avec « l’agissante » du film cochon. Le voisin médusé, puis : « J’avais pas pensé à ça. Baiser « la » cochonne du film en se servant de sa femme comme pis aller ? En somme, baiser par procuration ? Humiliant pour la femme, oui. » Bin oui, baquais, pas autre chose. Au lieu de divorcer —de bobonne qu’il n’aime plus— il s’en sert après voyeurisme de XXX. De la masturbation adolescente mais tronquée quoi. L’Église romaine qui vomit le divorce doit beaucoup à la porno. Hon !
Rêve bizarre hier. Mon ex-camarade de CJMS, Paul Arcand, goguenard, me tourmente : je ne suis plus qu’un empêtré de nostalgie. Un de ses deux fils (que j’ai baptisé un midi au bord de sa piscine ) me suit partout et papa-Paul le taquine : « Ce papi est un acteur, méfiance, un fourbe » ! Séquence autre : je suis en voyage, le caricaturiste Chapleau m’accompagne et me tourmente. Lui aussi. Je ne suis qu’un vieux schnock, un radoteur réacto. (Chapleau le faisait quand nous co-animions, à TQS, « Croque-madame » vers 1993). C’est un rêve flou, sans raccord. Sans sens clair.
7-
Petit retour à Sean Penn. À la fin de l’entretien, les élèves présents questionnent brièvement l’invité. Une élève de cet « Actor’s studio » demande à Penn : « Quand on a peur, qu’on sait pas comment acter, qu’o trouve pas…? » Réponse lumineuse de Penn : « Aider l’autre, en face., L’écouter, le regarder agir. Vous oublier. Penser à ce que l’autre a à faire et tenter de ’aider. Collaborer pour qu’il trouve et vous trouverez pour vous ainsi ». Courte et magistrale leçon. À la toute fin, un étudiant demande pourquoi il aime la poésie (de Charles Bukosvsky en particulier). Réponse : « C’est facile de s’exprimer, au théâtre, au cinéma, dans l’existence, il y a toujours des choses, un drame, une situation, des choses. Avec le poète, il n’y a rien et le poète dit quelque chose. À partir de rien. Souvent, de presque rien. C’est cela qui m’émeut ».
Plus tard, sur le thème de « toujours réfléchir », ne rien prendre pour acquis, critiquer : « Je pense à une anecdote là-dessus, dans un film, une séquence brève : un type voyage en train et un voisin de cabine siège, regardant défiler l’océan Pacifique dit : « C’est pas si beau, pourquoi faut-il dire que c’est beau ? » Le voisin sursaute , regarde encore par la fenêtre et dit : « C’est fantastique, merci, vous le dîtes et, ma foi, c’est vrai, on répète que c’est beau parce qu’il est convenu de le dire, merci ».
Je le plains mon-voisin-sans-télé par une bouderie niaise. Il a manqué, dimanche —merci encore magnéto— à « Découvertes », à la SRC. Du « cheap dumping » ? Pis ? De la BBC, signé Alastair Fortesghal, mirifiques images, étonnantes visions sur et sous la mer et tous ses habitants. Aile et moi renversés, on poussait des « oh ! » et des « ah !» comme des mômes, aussi épatés que par « Le monde migrateur » des oiseaux, vu récemment. Des sardines aux baleines, des méduses aux requins, séquences à couper le souffle. Du plus petits poissons aux immenses mammifères marins, un « mangeons-nous les uns les autres » sinistre et étonnant. Ce fut un trop bref voyage. Un « vingt milles lieux sous les mers » : Jules Verne n’a pas pu voir cela, le pauvre homme ! Hourrah, dimanche prochain, la suite ! Hâte ! Très grande hâte !
Je reviens de L’École Bouffe : deux potages frais du jour, saucisses de Toulouse ! Miam… Et du chocolat pour Aile si courageuse de laisser à jamais le sale bonhomme Nicot et Cie. Pendant que j’attendais : lecture du Hawkins (« Brève histoire du temps »), hum, c’est dur. Je vogue de Newton à Einstein. Ça rentre, pas vite, mais ça rentre. Je finirai par savoir causer espace-temps et trous noirs, vous verrez bientôt ! Tenez-vous bien. Si le soleil s’éteignait, juste un instant, il faudrait huit longues minutes pour revoir sa lumière. Question de distance, d’espace-temps à jamais liés. » Hen, saviez-vous cela ?

Le dimanche 2 juin 2002

Le dimanche 2 juin 2002

Jours de pluie…

1-
« Ça va mal à shop » ce matin : froid insolite dehors. Un 2 juin ? Ce juin part bin mal ! La météo annonce : « gel au sol ce soir » ! Un cri ! C’est ma belle Aile très découragée : « Bon. Merde ! On va rentrer les fleurs, le plant de tes tomates, tout. » Yvon Deschamps : « US QU’ON S’EN VA ? » Papa répétait face au moindre caprice du monde en marche : « Ça, me enfants, c’est les conséquences de la bombe atomique ». Elle avait le dos large.
Je croise le André gigoteux et valeureux et vigoureux, jardinier chez le juge, mon voisin, je lui dis : « L’hiver va revenir ma foi ? » Ses yeux s’arrondissent, sa bouche crochait, il a pris le visage terrible d’un sorcier déçu : « Ouen ! Ça fait peur ! Le monde à l’envers ! Le monde va croche ! » Et il repart de son pas de bourru, marmonnant, grognard, d’inaudibles imprécations. André vient presque chaque jouir chez les Boissoneau d’à côté. Ce André impayable gratte, creuse, jette de la terre, ici et là, déplace des rochers, tond sans cesse, caresse virilement ses plantations, examine la pousse de ses efforts. Le juge a de la chance de pouvoir se payer un tel zélé « conservateur » de son jardin.
Aux nouvelles : braillements généralisés. On veut de l’argent. Celui du peuple. Écœurant ! La grand’ peur ces jours-ci Ottawa énervé par les scandales à propos des tripoteux qui les sucent des fonds généreux, a mis un moratoire. Stop ! Fini les folies ! Plus rien pour la propagande fédérate ! Les téteux à festivals tremblent ! Et vous ? Et moi ? Est-ce je lance, moi, un festival ? Non. Je suis pas assez riche. Eux ? Des « quéteux à cheval » : ils comptent sur l’argent public ! Le nôtre. Saloperie ! J’aimerais ça être producteur, et vous ?, aider des talents, soutenir des créateurs, encourager des imaginatifs, mais non, j’ai pas les moyens. Eux tous ? Sont comme vous, et moi mais se rabattent, ces parasites, veulent l’argent du trésor commun des taxés ! Honte ! J’aurais aimé ça être éditeur : pas les moyens et je refuse de téter l’État, le citoyens-travaileurs.
Un téteux va rétorquer : « Quoi ? le gover’n’ment donne aux entrepreneurs (G.M. ou Bombardier) de ci et de ça, donne aux usines, aux manufactures…pourquoi pas à nous, aux « parteux » de festivals variés, on draine du tourisme, non ? »
Bombardier, subventionné, génère des jobs ? Les festivaleurs rozonniens , subventionnés, remplissent les chambres des hôtels, nos restaurants du Vieux. Un système où c’est le travailleur qui soutient la patente marchande quoi.
Bon. Bien. Je me tais. Ottawa revenez vite, mettez vos unifoliés mur à mur. Ne tuez pas la beauté de ce monde, les Group’Action. Qui congédient déjà pour faire enrager le politiciens. Je suis un candide : je me disais que « pas riche », il ne me fallait pas oser installer une machine du genre : producteur de film, de séries-télé, d’éditions, de spectacles, etc.
Un candide ! Un nono. Un pas-capable.
Que les parasites intelligents en profitent et laissons-les chialer aux nouvelles : « On veut vos sous, cracheurs d’impôts ».
Allez travailler lundi, demain matin, et on vous prélever une part de vos gages : il y a « Juste pour rire », Le Jazz, le Festival du film, ma cabane à éditer, ma compagnie de production de séries-télé… Allez suer en mornes bureaux, en sordides usines, en exténuantes manufactures.
Les « gros » ? Ah les gros, eux, ils jouissent d’exemptions d’impôts car il y a l’investissement à amortir et leurs super-comptables- fiscalistes veillent aux « crédits ». Pus il y a les abris aux îles, « portes » de fausses compagnie aux îles machin-chose, non ? Demain matin, va travailler le nigaud candide !
2-
Ai donc débuté le Trevor Ferguson. Est-ce mal traduit ? Est-ce trduisable. Le Ferguson a peut-êtrre un style si original que …En tous cas, les yeux sursautent sans cesse. Aile : « Regarde donc ça dehors ! » Derrière le Ferguson et moi, soudain, hier soir, dimanche, une lumière faste dans la fenêtre du salon ! Collines sombres sous un fabuleux ciel nuageux découpé par un soleil invisible et pourtant radieux ! Une belle ancienne gravure dans un livre d’histoire sainte ! La beauté ! Notre ébahissement. Silence dans le salon.
Ai expédié, hier, ma lettre mensuelle à ma quasi-jumelle, Marielle. Un méméring bien-aimé. Marielle, un lien avec ce qui reste —si peu— de la famiglia !
Bien conseillé, j’ai pris, vendredi, de l’onglet (?) à l’École Bouffe. Sorte de bavette. Saignante ! Samedi, délicieux souper, à s’en lécher les doigts : artichauts (miam !), fèves et mini-tomates d’Aile.
Vu un reportage sur la (maintenant devenue célèbre) pépinière Jasmin au nord-ouest de l’ex-village Saint-Laurent. Le descendant, Pierre J., disait : « Au départ, nos vendions 300 vivaces par année, maintenant, c’est 3,000. Par jour ! En mai, c’est souvent, par client, jusqu’à mille dollars en achats. »
Ce vaste et florissant commerce, visité par la caméra de télé, se situe là même où l’ancêtre, Aubin, en 1715, faisait abatis sur abatis. Du « bois debout » couché à jamais. Où poussent désormais plantes exotiques, arbrisseaux variés, fleurs de toutes les couleurs; semailles « qu’on part » sous d’immenses serres climatisées. Non, on arrête pas le progrès, mon p’tit Chose !
Même le parc Jarry, jadis, faisait partie de Saint-Laurent. Papa me disait que, enfant, il y avait une barrière à péage —il y en avait partout pour pouvoir payer les cantonniers— au coin de la rue Saint-Laurent et de Castelnau, délimitant son village natal de la paroisse où il s’installait pour toute sa vie, Sainte-Cécile.
3-
Rassuré par les critiques (bien complaisants !), vendredi, sommes allés nous divertir en toute confiance « chez Astérix », Carrefour du nord, à Saint-Jérôme. On a ri. Souvent. C’est un très rapide défilé de gags visuels —effets infographiques connus —qui redondent partout, toujours les mêmes— avec des « répliques » (les « one line ») efficaces et le vieux jeu des anachronismes —Berval en jouait en 1950 à son « Beu qui rit » mêlant Corneille, Racine au joual— bref, on rigole et on sort de « Mission Cléopâtre » comme des nuls, des vides. Un humour épais, la maladie infantile du ciné actuel. Quelques gros (gros Depardieu !) noms n’ont, hélas, rien de solide à interpréter. Gaspillage de talents. Ce n’est pas pensé, ni écrit, c’est « dessiné ». Comme le comic-book à cinq cents de nos dix ans. Pas mieux, ni pire. Ir-recommandable. À personne. À moins d’une envie de pop-corn. Et encore.
Avant c’était mieux ? « Play Time », un film du Tati de 1967, revu vendredi, tard, à ARTV ; bien long, trois heures, et pas souvent comique. Piétinement intolérable dans sa caricature d’un monde d’acier, de verre et de plastique avec ses mécaniques à minuteries.
Pas comique non plus d’entendre le chanteur Renaud (tant aimé par mon fils et sa bande jadis) raconter sa chute récente. Le pastis, Pernod, Ricard ? « Une drogue dure », dit-il. Bon, il sort de son enfer et se remet en scène pour raconter son voyage (« bad trip ») aux rivages du Styx. Sa grande fille — « Je te reverrai plus jamais si tu t’en sors pas »— fut sa planche de salut. Jim Morrison n’avait pas de grande file, lui ! Un Vigneault (La Presse) a des bémols pour sa récente ponte. Aïe! Cette thérapie peu appréciée ?
Aile en état de choc hier matin, lisant la chronique nécro, La Presse : deux mortes. Son âge ! Gisèle et Monique. Qui travaillaient à la SRC comme elle. Très songeuse l’Aile interloquée.
4-
Hier, un docu de la BBC sur les frères Coen, cinéastes américains (« Fargo », film parfait). Les témoins bavassent vainement, potins vains des amis, camarades d’école, acteurs divers. Odieuse et facile technique du saucisson comme toujours. Après : leur film « Miller’s crossing » (ou « Un cadavre sous le chapeau »). Ouen ! Pas fort. C’est « Le parrain » en brouillon de potache. Trop de bandits, trop de sang, trop de futiles coups de revolver… et humour rare. Pas fort parfois nos chers Coen.
Samedi en fin d’après-midi, un vrai bon film. « Insomnia ». Un « remake » d’un vieux film suédois, me dit-on. Pacinon, excellent comme souvent, en flic expédié en Alaska (paysages étonnants parfois) avec Robin Williams en écrivain raté. Fameux duo. Une aubergiste dira : « Ici, en Alaska, il y a deux mondes, ceux qui sont nés ici et ceux qui sont venus toujours pour échapper à quelque chose. » Vrai pour tant d’apatrides, d’exilés. Si on excepte les réfugiés fuyant les prisons des dictatures.
Ce matin j’ai lu le cahier-livres de La presse, hier Le Devoir culturel du samedi, ai achevé L’Actualité … et pas de stimulations. Aucune. Pourquoi ? Lisant parfois un magazine de France, j’en sors toujours stimulé. Je songe à l’importance (pour les jeunes surtout) d’être stimulé. À quoi ça tient ce « manque » ici ? Épuisant de s’auto-stimuler sans cesse en une contrée trop souvent insipide…Ou bien, c’est la direction-rédaction des écrits d’ici qui est nulle. Ça se pourrait. Avant… dans mon temps.. dans les années ’60… Me taire là-dessus. Refus du rôle de vieux schnock nostalgique, pourtant…Me taire. Ça changea un de ces jours. L’espérance. Vertu.
5-
Ce matin, espace du store levé, un oiseau frétilant (un quisscal ?) juché au faîte d’un haut sapin. Comique. Aile me dit avoir vu cela, il y a deux jours. Silhouette remuante bizarre. L’étoile (noire ce matin ) qu’on posait au bout de l’arbre de Noël !
Loué « du québécois » vendredi soir. Merci aux critiques complaisants encore ! De Francis Leclerc (fils du grand Félix) « Une jeune file à la fenêtre ». Le navet des navets ! Ennui profond. Trois couples de jeunes aspirants-artistes dans la Vieille Capitale en 1920. Navet songé par quatre (4) scénaristes —obligation de Téléfim ? Quelques images photogéniques (facile à Québec) et récit ennuyeux, comme…non, « pire » que la pluie.
Aile penaude puisque, la veille, elle rapportait du vidéoclub cet autre navet « Comédie de l’innocence », pas moins assommant que le Leclerc malgré l’actrice Isabelle Huppert. Le talent est rare ? Pas de syntaxe ni grammaire filmique, pas de rythme partant. Du cinéma où l’on tourne séquence sur séquence sans tonus; films sans vie en découlent.
Coupures retrouvées, je corrige deux choses :1- C’est dans Le Devoir et non dans La presse qu’un édito, fort bien intitulé « Shame on you ! », fustigeait le racisme anglo de The Gazette où l’on nous traitait collectivement de racistes fascistes ( ref : le kirpan d’un écolier Sikh intoléré par le gouvernement). Le quotidien de Power-Gesca ménage The Gazette. 2-C’est Ouimet, le nom de la stupide qui déclarait come étant de « même farine, notre SSJB et l’ « All-liance Kouaybec », la très subventionnée par Ottawa. Coup de pied au cul perdu.
La SSJB se veut tellement « moderne » : on invite une Nanette Workman, un Éric Lapointe et Cie comme « figures patriotiques » à Montréal. À Laval, le 24 juin, ce sera le magnifique Claude Dubois et l’emblématique Gilles Vigneault. Vive Laval !
6-
Polar, suspense, « spy-story », film que l’on veut voir : « The sum of fears » (à Saint-Jérôme encore), basé sur un Tom Clancy (que l’on a comparé à Jules Verne. Franchement !). Marcel Sabourin y tient un bref rôle, un néo-nazi de France. Terroriste avec bombe nucléaire. Rien que ça. Quoi, à la Maison blanche, on la craint l’arnaque des arnaques…la nucléaire. Via les conteneurs puisque 2 % seulement sont examinés dans nos ports. Souvenir : 1975. J’avais lu « La bombe chez vous » avertissement de l’atomiste —qui travailla à Fort Alamo en 1944— Ted Teller. Secoué par ses révélations, fin 1966, je publie « Revoir Ethel » pour revoir Éthel et aussi pour le polar « d’une bombe atomique sur le stade Olympique », en construction à ce moment-là. Invité à « Parle, parle… », je narre l’intrigue de mon roman et j’entends l’animateur (Giguère) qui me dit : « Mais Claude ! Un film américain va se faire sur ce thème qui aura pour titre « Black sundae ». Imaginez ma stupéfaction ! Le roman n’eut guère de succès chez Stanké.
7-
Aile excitée. Page E-3 de La presse :on parle d’un entrepreneur, M. Marin, qui va construire un gros bloc de condos dans le joli jardin derrière notre pied à terre, Chemin Bates. On avait acheté pour ce boisé plein d’oiseaux. On voit une photo :un de nos voisins de palier, le lousianais valeureux, Zacharie Richard, tout désolé devant de arbres déjà sciés. Personne ne manifestera pour défendre des petits- bourgeois gâtés qui se lamentent pour une « escarpement vert », pas vrai ? On a tenté une bataille il y a deux ans et sans aucun succès. « On a besoin de taxes », disait le maire et ses conseillers. « Meanwhile, back to… ce M. Martin qui est aux prises avec les autorités municipales car un de ses blocs, à Verdun, pourrit déjà sur place ! Prometteur derrière chez soi.
Hypocrisie ? Même jour, on voit le maire Gérald Tremblé (sic) en vélo. L’article dit qu’il l’a loué pour la photo et, chose faite, le vélocipède Gérald est allé reprendre vite sa Mercedes !
Enfin, je reçois un courriel de Québec-Tourisme sur le projet fou —de M. Claude Langevin, originaire de Larouche et devenu collectionneur-galériste à Manhattan— de temples achetés, démolis et puis en voie de déménagement de Cochin (en Inde) vers Larouche (au Saguenay). Pour tourisme de haute gamme. Réponse : M. Jasmin cher. Larouche, c’est une affaire totalement privée. On a absolument rien demandé à notre ministère pour ce projet ».
Et clac !
Installé au rivage, je regardais… le vent. Deux oiseaux —noires, oui, chère Aile !— viennent se suspendre dans le tout jeune feuillage du vieux saule. Oh ! Joliesse ! Ravissement ! Une gravure délicate d’un peintre japonais classique ! La beauté une fois encore ! Le bonheur.
J’oubliais, vendredi à 17 h. … Comme d’habitude, porte ouverte à l’École Bouffe, c’est les ruades (homes et femmes aussi), la course effrénée pour obtenir les bons plats. À mon côté, une nouvelle venue sursaute à mes sparages et me jette : « Mal élevé d’effronté, va ! »
Je n’en reviens pas. Je dis rien. Je me sens redevenu le gamin de dix ans dans la ruelle et j’entendais maman me répétant : « Rentre toi, petit effronté de mal élevé ». On ne change guère?
Jean-Claude Germain l’a eu enfin ma brève nouvelle pour sa revue « L’ ». Mon titre : « Germaine braille p’us, est morte ». Je raconte en huit brefs paragraphes l’assassinat, près du bingo de la rue Papineau, de mon héroïne. Je vais envoyer copie à mon Marco de gendre pour le site. Ce meurtre littéraire : au fond envie de quoi ? De me débarrasser du passé. Des ouvrages d’antan. La mort pour en finir ? Ma crainte de radoter ? Ma Germaine n’existe plus et ça m’avance à quoi ? Mystère !

Le jeudi 30 mai 2002

Le jeudi 30 mai 2002

Jours de pluie…
1-
Adieu mai ! Odeurs d’eau dehors. Nuit pluvieuse. Un matin annonciateur de pluies nouvelles. Je reviens de mon barbier, Lessard et frère, d’une coupe « rase-crâne ». Tondeuse utie anti-sueurs. Puis suis allé voir ma vieille tondeuse chez le brocanteur pas loin, rue Valiquette. À son chevet, le nouveau « Michel », des lieux, y travaille et me conseille de la garder ma vieille picouille. Bon.
Aile en beauté. Si heureuse. Neuf corbeilles sont suspendues autour des galeries, en avant et en arrière. Ses choix merveilleux. En plus :pots de géraniums et, à ma demande, un plant de tomates. Elle y allait avec truelle, pelle, terre noire, dans le parking, joie et bonheur pour elle ce rituel de fin mai. Ah 1 la voir remontant l’escalier d’en arrière avec ses chères fleurs ! Oui, le bonheur du printemps enfin, enfin, revenu.
De mon bord : plantation d’un joli sapin entre le bouleau et le haut chèvrefeuille pour nous cacher du voisin. Plantation de deux bosquets de chèvrefeuile pour camoufler la souche immense de cet érable pourri (à Giguère !) qu’on a fait abattre le printemps dernier. Maintenant on voit mieux le lac à gauche. Nouveau paysage. Hier soir, je sors ma lunette sur la galerie, téléscope pas cher ( l’aubaine de mon beauf, Albert), hélas, rien qu’une étoile au nord et pas bien luisante. J’espérais tant. Une vision…moi en mini Reeves épaté ! J’arrive à rien. Attendre un ciel vraiment étoilé !
Querelle : sculpture-fontaine de Riopelle que certains veulent sortir d’ Hochelaga pour la réinstaller au centre-ville. J’ai signé la pétition de Keable mais…cette patente bronzée ( déjà un peu sénile le Jean-Paul usé ?) un peu lourde, confuse, noironne ne m’ecite pas. Ne l’ai vu qu’en photo. Je voudrais la voir « en personne ». Si elle est si laide… je fesserai dessus. Les grands noms ne m’impressionnent pas. Avec une réputation bien établie, des artistes arrivent à faire passer tout. Du moins bon. Ce snobisme intimidant n’a aucune prise sur moi.
2-
Un navet. Ennuyant comme tout ce film (de Ruiz) loué : « Comédie de l’innocence ». Aile attirée par une Isabelle Huppert. Un conte à dormir …assis dans le salon. Erreur. Aile embarrassé. Je lui dis : « c’est ça ma peur quand tu veux me laisser choisir. » Comme lorsque tu m’expédies à l’École Bouffe. Crainte justement de me tromper. Navet, navet !
Ce film (d’après un roman italien) : que de « beauty shots », ouash ! Esthétisme décadent. Pas de travailleurs encore une fois dans ce conte endormant se déroulant en un milieu de professionnels riches. Tout tourne autour d’un enfant-roi capricieux, désolé, en manque d’amour (?), vivant dans un appartement luxueux avec un papa absent et une maman pas trop maternelle et un oncle, étrange psy.
Il va se sauver. À sa manière. Il va suivre une dame dans un jardin public, l’adopter comme… nouvelle maman. C’est une folle. Elle a perdu un garçon du même âge par noyade accidentelle. Camille devient donc ce Paul, l’enfant mort. La démente s’empare du gamin…
Bon, une histoire bonne en soi mais ce Ruiz en a fait une longue machine sans structure, sans ossature, sans épine dorsale. Suites de photos plates ! Tout le monde ne peut être un Bunuel ! Le récit tourne en un néo-boulevard insipide. À qui se fier ? Ainsi, des noms « de béton » disent « oui » à des histoires sinistres ? Ou bien…manque de talent (des réalisateurs) malgré le bon synopsis. Comme avec ce « Comédie… »
J’ai songé à l’asile des fous visionnant cette ineptie. À ce mystérieux cousin de papa, l’oncle inconnu surnommé « Bombarde » car il jouait de la guimbarde. J’en ai parlé dans « Enfant de Villeray ». La folie me fascinait. Devenir fou ? Le pus grand des malheurs, me disais-je à douze ans. Pus, il y eut une cousine (même famille) « qu’on a faite renfermée » comme disaient le peuple de ce temps. Cette expression m’était effarement : se faire renfermé ! Elle fut utilisée dans ce film de Ruiz. Tout s’éveillait alors, souvenirs de l’asile des fous :ma peur de voir surgir Bombarde chez moi. Ou l’autre, sa sœur, la fille de tante Evilna. Ce poète fameux, Nelligan, pourissant dans sa cellule. J’imaginais une conspiration. Autour de moi on moquait tant les poètes.
3-
Pourquoi donc ? D’où viennent certaines pensées, souvenirs, etc. J’ai pensé à Guy Dufresne, auteur mort depuis longtemps. Il avait signé une dramatique-télé formidable : « Les traitants ». Jean Dumas, le réalisateur de ces « Traitants » en fit un spectacle inoubliable. Ah ! Dumas, retraité, a signé, comme moi, un texte en hommage à Léo Jacques, ex-maire de L’Assomption.
Ensuite, j’ai songé au réalisateur Gilles Senécal, mort il y a peu, qui avait réalisé superbement « Les filles du Roy » (du même Dufresne ?). Je questionnerai l’ami Pierre-Jean là-dessus, il a été le compagnon d’une fille de ce Dufresne. C’est fini ces grands moments de la S.R.C. Comme c’est fini « La soirée du hockey », disent les gazettes d’aujourd’hui. « Tout s’en va… » Léo Ferré ?
Soudain, Aile sort en trombe. Des cris d’oiseau piquent sa curiosité. Elle ira jusqu’au rivage pour tenter de trouver la source de cette complainte bizarre. Revenue : « J’ai vu deux rats musqués, un gros et son petit, ils nageaient rapidement pas loin du rivage. Ces cris d’un oiseau ? J’ai pas pu le voir. Sur la grève, j’entendais clairement ce piaillage. Mais rien à voir. Mystère ! C’était là, dans la haie, je cherchais des yeux… et pas d’oiseau ! Curieux non ? L’oiseau invisible existe, c’est ce criard ! »
L’amie Françoise Faucher au téléphone. Elle accepte volontiers de parler avec moi dans un studio-Scully à Ville La Salle (jeudi ou vendredi prochain). Sujet : « Lectures de son enfance ». « J’ai encore ces « premiers » livres, Claude ! » La recherchiste Gagnon en sera heureuse pour son « Biblotheca Jeunesse ».
Je loge un appel sur le répondeur de J.-C. Germain qui veut un bref « polar » (une page de revue). Je lui dis que ça va venir, que je tiens une piste. Date-limite : le 15 de ce mois. Je dois trouver un bon sujet. Son magazine est de gauche. Comment relier « limier, bandit police et gauche » ?
Aile : « Menteur, tu n’as rien et tu lui dis que tu as … » Je m’explique : » Folie ? Vanité conne ? Un auteur ne va pas avouer à un camarade qu’il n’a pas une idée. » Elle rigole. Répète : « Menteur, saudit menteur ! » Elle…des fois. Aile… parfois …
4-
Le président du conseil (sous le maire Tremblay) est mon ex-camarade des parcs de la Ville, Marcel Parent. Je viens de demander à Faucher (de L’Actualté) de me donner des nouvelles de lui, via une entrevue. On sait jamais. Ce bonhomme était un moniteur de récréation dans Maisonneuve où j’allais faire peinturlurer ses petits. Il devint cadre plus tard. Il aimait les enfants, les enfants l’aimaient. Il aimait le théâtre. Il fut enrôlé par Buisonneau pour « La tour Eiffel qui tue » Marcel jouait, poudré de blanc, un vendeur itinérant, il répétait, son kiosque-cabaret en bandoulière : « Limonade, orangeade » en fixant la salle comme un dément perdu. Je l’ai perdu de vie… Il se fit élire député. Il devint ‘coach’, chef du caucus sous Bourassa. Le voilà donc en Président du Conseil, « boudeur exaspéré », dans toutes les gazettes du jour.
Manifestation hier dans nos rues. Le monde de la couture industrielle proteste. Mes sœurs furent exploitées en midinettes mal payées. Maintenant, l’on craint et l’exploitation, au sud, des travailleurs… et….qui nuisent aux emplois du « monde de la guenille » à Montréal. Situation complexe. On trouve donc toujours « pire que soi ». Les industriels désormais (merci mondialisation !) voyagent et dénichent (« cheap labor ») plus misérables que nos misérables relatifs ! Comme on dit : je pensais pas voir ça de mon vivant !
5-
Un magazine (L’Express) consacre un tas de pages à : « Le Québec veut des Français ! » Suis curieux de lire cela. Ceux qui ont lu « Je vous dis merci » savent tout ce que je dois à nos Français de France. Ils émigrent peu. On peut comprendre cela. La France est un pays étonnant, si varié, si fécond dans maints domaines. Vouloir devenir apatride, quand on vit dans ce fantastique pays, nécessite de graves raisons. Une certaine xénophobie (chez les fragiles comme toujours), mélangée à un certain complexe d’infériorité (pour des raisons connues) font que l’émigré de France devra faire face à certains problèmes. Il n’en reste pas moins que (la France) c’est une source parfaite, idéale, pour la lutte contre la dénatalité et contre les tentatives séculaires des francophobes pour nous diluer.
Quelle francophobie ? Bon. Lisez « The Gazette » of Montrial. L’affaire du « kirpan à l’école » fait de nous des fascistes dangereux, des intolérants enragés, des brutes nazies. Lisez « The Gazette » et vous verrez si la francophobie existe encore dans nos murs. Des éditos (La Presse et Le Devoir) se scandalisent avec raison de ces condamnations folles !
À L’École Bouffe hier : « pain de viande ! » Ma surprise ! Le bon vieux temps du « meat loaf » de nos enfances pauvres de retour ? J’ai pris aussi du chocolat —« cher »— cadeau pour cette Aile qui fait de si beaux bouquets de fleurs ! Moi le « malade » me contente du chocolat à 80 % chez l’épicier. Pas bien sucré mais…
Nuits chaudes enfin, donc dormir fenêtres ouvertes et le store aussi. Brise parfaite. Je regarde la nuit et je vois les lumières des maisons (condos) sur l’autre rive. Conte de Noël. Cartes de souhaits de l’enfance. Sous-Krieghoff. Paysages bien-aimés de jadis. Ces maisonnettes illuminés sur la colline d’en face comme celles posées au pied de l’arbre de Noël. Elles sont là, lucioles vives, veilleuses charmantes dans les collines, si vraies dans ma nuit. Et je m’endors comme un enfant la veille d’un Noël.
6-
J’ai vite abandonné un roman nouveau de Marie Auger, un pseudo pour Mario « ché-pas-qui ». Page vingt, je décrétais » Non mais… Quelle détestable fable aux péripéties inexistantes. Page 40 : Piétinement, redondances, bégayeur, haïssables jeu de mots. « Le ventre en tête » est une lourde et pénible logorrhée. Une salade de calembours pesants. Page :60, indigeste intrigue. Nulle. C’est répétitif. Aucune progression dramatique.
N’est pas Soucy qui veut (fantastique « La petite fille aux allumettes »). Aile débute dans ce « Ventre… » et me dit qu’elle aime bien. Quoi ? Ma peur ? Que nous soyons trop différents. Fou non ? Elle a droit à ses goûts, à ses auteurs favoris, à ses opinions. Oui fou : je voudrais l’unanimité toujours, que nous formions un couple parfait —niaiserie— avec les mêmes valeurs, critères, et les mêmes plaisirs et déplaisirs. Je rêve moi !
Journal : « On va geler, à Ottawa, 50 millions d’argent (public, le nôtre). Enquête sur pub et propagande avec retour (backshish ?) aux caisses du parti libéral. Cryogénie passagère !
Voici enfin un nouveau lien avec mon éditeur basdufleuvien . Je dois ré-expédier —par « envoyer vers…— les mois du journal à un nouveau (nouvelle) adjoint (e). Gros tas de mots à réviser. Ai prévenu : laissez-moi mes néologismes, aussi mes erreurs (dates, noms etc.) car, à d’autres entrées, je corrige moi-même ! Eh ! Labeur dur !
Encore une bombe hier, À Tel-Aviv. Oh Dieu, Yaveh, Allah ! Bousillage de vies innocentes versus mission sacrée chez des enfants palestiniens fanatisés. Rien à faire. Mille chars de la Tsahal n’y pourront jamais rien. Hélas ! Le pacifistes des deux camps mis à mal ! L’horreur sans nom !
J’ai lu des novelles de Marquez hier,. Grand plaisir pour moi qui n’avait guère apprécié son célèbre « Cent ans de solitude ».
Gabriel-Garcia Marquez, avec ces nouvelles (« L’incroyable…) brosse des personnages, des lieux, des fables qui sortent d’un pays pauvre de la mer Caraïbe où la misère court les rues de villages désertiques perdus.
Un monde « ancien » ? Ses souvenirs « arrangés » de son jeune âge ? Je sais pas. Je ne sais trop. Un panorama insolite. Fillettes prostituées, généraux bouffons —j’avais beaucoup aimé son « Patriarche… »— sorciers, guérisseurs infâmes, homme-oiseau, ou ange tombé, maquerelle redoutable, milices effrayantes.
Et puis, sur toute cette plèbe, autour de ces gueuses et gueux, des descriptions étonnantes avec des phrases audacieuses, percutantes, d’une imagerie troublante. Fort écrivain. Et qui m’a donné l’envie —c’est cela aussi lire pour un auteur— de me garrocher illico dans cette sorte de récits fous où je pourrais sublimer, moi aussi, mes souvenirs en fable folles, délirantes.
Est-ce que je pourrais. Hum ! Silence là-dessus. Je dis « oui » mais…
7-
Je palpe un Trevor Ferguson qu’Aile m’a rapporté —bon chien, oh, si elle lisait cela !— de la biblio du coin. Je veux le connaître. Un anglo de Montréal, ex-chauffeur de taxi, j’aime les autodidactes. Doué dit-on partout, et qui a connu, enfin, un succès tardif. J’ai lu dix pages. Histoire au fin fond du grand nord. Je crois que ça me conviendra. Un jeune orphelin candide s’amène dans un camp de grossiers travailleurs du rail. Un job de « time keeper ». Un couque (cook) bizarre. Un chef de chantier curieux. Un chien-loup mauvais. Oui, je vais m’y plonger. On verra bien.
J’ai donc achevé le Hervé G. Son misérable « Mausolée.. » Une fin affreuse. Voyez comme on …dansait ! Difficile à supporter toute cette chasse à fellations…ces « traces de merde sur le drap »…(sic), la coprophagie implicite, la pédophilie tacite, la porno infantile admise (page 341), cette petite Louise qu’il doit garder (!), l’amant, T. qui le trompe, qui est l’époux de C., la mère de Louise, et ce mari bi-sexuel volage.
« Il me lèche l’anus », précise et insiste le Guibert et on voit les voyeurs compulsifs qui vont accourir. Misère humaine ! On a mal au cœur ? Oui. On continue dans cette merde (à la lettre), car, soudain, de brefs portraits —d’inconnus qui passent— brossés avec art. Soudain, en quatre lignes une vision bien définie : un talent évident. Ses parents —contentieux amer et flou sur eux— lui avouent « tout ramasser sur lui, pour revendre tout cela un de ces jour ! » Oh ! Soudain, l’Hervé —qui vomit, qui chie partout, à bout de souffle, qui supporte mal la médicamentation anti-sida— assiste à une messe en plein air ! Et il en est troublé. Soudain, il a un chapelet aux doigts … C’est Verlaine, sorti de prison, avec son chapelet, s’agenouillant devant son Rimbaud en route pour l’exil.
Du journal sans aucune entrée claire. Quinze années d’une vie de patachon obsédé de sexualité inverti, jeune bourgeois (venu de La Rochelle) parisianisé, englué dans son vice. Deux tantes riches qu’il visite, de vraies tantes, une à l’agonie. Séjour à Villa Médicis —pour ses dessins, ses photos ?— chicane chez Lindon-Minuit (trois ans), querelle chez Gallimard, (cinq ans). Guibert passant chez Pivot, Guibert heureux d’être reconnu dans la rue. À la fin, Guibert crevant, chauve, titubant vers sa mort. Lecture bien triste. Content d’en être sorti.
Dans « Voir », à des émissions culturelles (Fugère et Cie) « La presse » et où encore ?, pas u mot sur sa folie obsessionnelle, mais non. Voyons restons « littéraires » n’est-ce pas. Hypocrisie niaise. Guilaine Massoutre, par seul exemple, publiait (le 16 mars) : « Si les « Essais » de Montaigne étaient récrits aujourd’hui, ils diraient la sagesse antique et retrouvée d’un Guibert »
Incroyable mais vrai. Dans « Le Devoir » , plus tordue que Ma Sourde », tu meurs. !
8-
Je tiendrai journal en juin. Moins souvent, forcément, à moins que le temps… Météo, je te guette. Grand mystère : à deux reprises, —articles différents— je veux alerter le public sur ce projet fou d’églises vandalisées en Inde, par un M. Langevin, venu de Larouche et devenu un riche marchand d’art, galériste dans Manhattan. Un reportage du jeudi 9 mai signé Richard Hétu. Ce bizarre projet d’un site touristique à Larouche, village du Saguenay pourrait être dénoncé par l’Unesco. André Pratte (La Presse) que je secoue : « Pas de place. Plus tard !» Et je lis des lettres futiles depuis. Chaque jour.
Oui, mystère épais ! Qui cache quoi au juste ? Alors j’avertis le ministère du Tourisme à Québec, avant hier, et pas d’écho encore ! Non mais…que cache cette affaire ? Je fouillerai encore. On verra bien.
Bête intelligente le racoon ? Ah, ce chat sauvage du yable ! Il a fait tomber l’œillet de mon crochet à notre boite à vidanges. J’en ai reposé un plus gros. Aile n’en revient pas. Comme elle n’en revient pas de ce pape si mal en point qui continue de voyager. Elle dit : « Il est comme certains acteurs, il souhaite mourir en scène, au travail, c’est beau ! » L’Hervé du « Mausolée… » : « Un écrivain dot mourir en train d’écrire ». Ouengne ! Romantisme qui m’énerve.
9-
Il y a 13,000 postes de loto dans nos murs ! Ce serait unique en Amérique du nord ! Une société distincte hein ! Je dis :on est les meilleurs ! Sérieusement ? Nous sommes le pire trou au monde!
J’écoute le bonhomme Royer aux nouvelles, un des grands manitous (venu du bureau de l’ex-chef Pariseau) de la patente à sucer le fric des fragiles. Il semble content : 13 mille tentations sur le territoire ! Eille chose ! Et, hypocrite comme sept yables, il parlera aussi du bureau de surveillance pour les compulsifs ! Non mais…
À PBS, avant-hier, une version d’ « Anna Karénine ». La « Madame Bovary » russe ! Aile qui aima tant leur moderne « Othello » avec un vrai Noir, pas un maquillé d’opéra, écoute avec attention. À la fin, elle va louer encore le bon travail de réalisation. Je regardais d’un seul œil. Soudain, je zieute un sosie d’André « grand-père » Cailloux et, soudain, me voilà encore rêvant.
Faire un film. De la vidéo, c’est moins cher. Engager Cailloux. Me souvenir de sa bouille rare, de son timbre de voix si spécial. Je rêvasse :enrôler un tas de ces « vieux » comédiens (hommes et femmes). Composer des histoires où il faudrait des gens âgés. Je dis à Aile : « Tu reprendrais le métier, oui ? » « Non », fait-elle. J’ai donné. C’est bien fini ». Bon, je ferai son job. On voit tant d’amateurs complets dans ce métier.
Je voudrais tant revoir des figures fameuses d’il n’y a pas si longtemps, merde ! Comme on a jeté vite les vieux artistes par ici.
J’entendais les noms des premiers invités d’une série d’ ici, pour ARTV, qui va imiter (bravo !) et Lipton et Rap : encore que des jeunes gens. J’admire, moi aussi, Luc Picard ou Marina Orsini mais il y a les aînés, non ? Gilles Pelletier, par exemple, n’est pas nommé. Je n’aime pas du tout cette ingratitude des producteurs d’ici. Chez Lipton aussi, on voit des artistes pas bien vieux mais on invite parfois des figures fameuses qui ont donné de grands moments —d’impérieuses lettres de noblesse, d’honneur— à l’art dramatique des USA.
10-
Avec Denise Bombardier, mercredi qui vient, pour une « Conversation ». Où ça ? Aux ex-shops Angus au bout de la rue Rachel, dans l’est. Des studios naissent donc partout ? La recherchiste au téléphone : « Apportez donc des photos de vous, enfant ! » Non mais…Se moque-t-elle de moi ? Je dis : « Ne m’embarquez pas là-dedans, vous me connaissez là-dessus, la nostalgia ! » Elle est sérieuse et y tient.
Jeudi et vendredi, studio de nouveau, pour ces « Bibliotheca Jeunesse ». Faire jaser Bilodeau et F. Faucher sur leurs lectures premières. Je jongle : est-ce qu’un jour, cela ne pourra plus se faire ? Dans 50 ans, ce sera : « Parlez-nous de vos premières images de ciné ? De télé ? » J’imagine un (e) gaillard (e) s’amenant en studio, non plus s avec un vieux roman de Jules Verne mais avec des bobines. Des cassettes de chefs d’œuvre divers, signés de grands « imagiers » aux noms connus, prestigieux. Pourquoi pas ?
Et cela ne me fait pas mal. Je me dis : mais oui, le monde change, Ils auront, à la maison, une filmothèque, une vaste vidéothèque et plus de bibliothèque. Eh ! Le mot sera biffé des dictionnaires. Quoi ? Chaque année grossit des stocks effarants d’excellents ouvrages visuels, pas vrai ? Alors….
Grande hâte de revoir mes pivoines au pied de la galerie, sous les lilas. Belles grasses fleurs. Roses et blanches. Parfum fort, consistant. Fleurs volées ! J’avoue. La maison voisine, celle de la vieille demoiselle Françoise Saint-Jean, resta longtemps en vente. Les pivoines poussaient… pour personne chaque année. Un jour, nuitamment, la pelle… et hop, déménagement chez nous d’une bonne part de ces pivoines-pour-personne. Un peu de honte, rien de plus. Peur d’être vu surtout. Aile bien humiliée d’abord. Bof !
Les acheteurs, nouveaux venus, refirent complètement l’aménagement paysagiste du terrain et ainsi ne furent privés de rien. J’ai raconté ailleurs (in « Pour tout vous dire » ou « Pour ne rien vous cacher ») mes déboires avec ma chère vieille fille Saint-Jean. Je me retiens d’y revenir. Ce fut « le chat (moi en matou) et la souris (Françoise énervée du raminagrobis effronté).
Qu’entends-je à la radio ? Le Bouchard « ethnologiste » à Brazzo qui raconte : Dans les vieux pays, tous ces Européens fuyaient pour plus de liberté, venaient en ce continent nouveau dans l’eldorado du tout est permis ? » Vrai et faux ? Je vos plutôt deux types : l’un, minoritaire, est une sorte de saint, de mystique et il fait partie d’une élite, d’une caste de nantis à la moralité noble, il est accompagné d’un autre minoritaire, le marchand audacieux qui rêve de marchés nouveaux.
L’autre type, c’est le monde ordinaire, majoritaire. Tel mon ancêtre en 1700, vos ancêtres. Comme Aubin Jasmin (du Poitou), ce sont des très jeunes gens pauvres. Ils s’engagent comme soldats. Régiment de Repentigny (Aubin) , de Callière, etc. Ils n’ont plus rien à perdre. Tout à gagner. De la terre. À perte de vue une fois l’engagement terminé. À Poitiers Aubin n’ a rien. N’est rien. Ici, il aura, au village Saint- Laurent, des milliers d’arpents ! Cela va de la rivière des Prairies jusqu’au Dorval actuel. Une hache, un cheval, un vache… plus tard, cabane dresse, une « file du Roy », pis vas-y, défriche jeune homme !
Foin de ces « rêveurs de liberté » bonhomme Bouchard !
11-
L‘animateur Daniel Pinard, volontairement abandonneur d’émissions-cuisine et qui rêvait publiquement de son « Sel de la semaine » télévisé bien à lui, doit être très triste. Bien déçu. C’est René Homier-Roy qui a été élu pour animer ces entretiens d’une heure à ARTV. Pinard a fait des remous gigantesques « en sortant du placard » comme on dit. Des producteurs sec sont-ils dit :non, pas un homosexuel strident, évident ! J’espère que non.
Quelle connerie de percevoir un homosexuel comme, uniquement, un être d’une certaine sexualité. Aberrante attitude.
Pinard —que j’ai un peu fréquenté— est « aussi » un homme cultivé, érudit sur bien des sujets, passionné par tous les aspects humains de la vie et des êtres, il est bien articulé quand il questionne, il est capable de structurer solidement une interview, capable de jacasser avec beaucoup d’esprit (radio, télé, aussi journaux). Il a de l’humour à revendre. Bef, j’espère qu’il aura une autre occasion de faire valoir ses talents multiples.
12-
Le grand homme des anglos, PET, disait de nous : « un peuple de maîtres-chanteurs ». Bang ! Mais qui offre sans cesse ce chantage ? Ottawa. Preuve en est faite ces temps-ci. On demandait pas tous ces millions en publicité, en propagande, via les compagnies comme Group’Action et alliés. Non ! Énervé par le 60 % de francos souhaitant l’indépendance, les fédérats gaspillent tout cet argent public (celui de tous les Canadiens) pour nous faire la cour. Avec ristourne aux caisses du parti.
Un prof des HEC vient de fournir les preuves que c’est au Québec que l’on crache le plus du trésor commun public. C’est grotesque. Injuste pour les payeurs de taxes et d’impôts du Canada… qui devrait s’en révolter. Le maïtre-chateur nb’est pa celui qu’on pense ! Une réalité.
Mais, ce matin, un éditorialiste de La Presse compare volontiers les fanatiques francophobes (type Brent Tyler) aux gens de la SSJB ! Diffamation dégueulasse au moment où cette vieille société nationale change, évolue, mue et, depuis des décennies, fait tout (avec beaucoup trop de zèle parfois !) pour inclure, pour attirer, pour intégrer tous les émigrants québécois.
13-
sa only ! USA always ! Ce matin, « La presse », un certain F. Perron couvre l’activité d’un certain H. Knowles, fleuron amerloque ! Encore un. Un autre. Un de plus. Ça ne cesse pas. Partout. Maudite marde si, ensemble —chroniqueurs, reporters, etc. — on décidait de cesser de jouer la courroie de tansmission docile des Américains, pour arts, culture, spectacles, etc. Quoi ? On veut fermer nos frointi;res ? Mais non. Les ouvrir justement et vraiment. Pouvoir lire davantage sur Espagne, France, Belgique, Italie, Suisse, Scandinavie, etc. Faire l’essai. Juste un an pour voir. Des novelles sur le monde. Sur les pays de l’univers. Assez de « USA only », non ? Paresse maudite ! La culture pop américaine n’a pas besoin de nous. Serait-ce injuste de ne pas mousser leurs bébelles Kulturelles ? Pas du tout. Ils sont assez nombreux (275 millions) pour s’épanouir sans l’aide du con zélé, stipendié, du petit « plus grand journal français d’Amérique ».
14-
Comme c’est fréquent ici, vers 18 h ou 19 h, le soleil se montre en force. Luisant, brillant. Surprenant. Chaque fois, c’est la galerie inondée. « Va-y-t-on manger dehors ? » Aile : « Euh …Pourquoi pas ? » Et manger quoi ? C’est Aile qui est allé à l’École Bouffe tantôt. Réponse : « Aile de requin ! » Hen quoi ? Incroyable. Elle s’est apprêtée à quelle sauce mon Aile ? J’exagère, Aile oui, mais requin, non. Ça, jamais ! Plutôt un médusante méduse. Je m’approche donc de ce « jaw » cuisiné, en confiance.
Demain, dernier jour de mai. Je chante : « Le temps, le temps et rien d’autre… » Je ne le vois pas passer. Hier, dans la file de l’École bouffe, j’ai repris (une troisième tentative) la lecture de « Brève histoire du temps », de Hawkins. Je veux comprendre notre univers. Début avec Aristote, Ptolémée, plus tard, Galilée, puis Copernic et Newton . Ça va jusque là… mais j’ai peur de la suite.

Le jeudi 16 mai 2002

Le jeudi 16 mai 2002

1-
Hier, mercredi, soleil tout l’après-midi, de retour de « Montréal-théâtre et dentiste », bain solaire sur la galerie en chaises longues, la rouge pour bibi, la jaune pour…baba. Aile. Avec lectures. Des textes d’un jeune voltairien québécois, bourgeois de Rimouski par sa maman, père disparu en colonie anglaise lointaine, soldat juvénile en Italie pour les Républicains, avocat par accident, anticlérical farouche, esprit libre, ouf ! Arthur Buies (livre paru chez Trois-Pistoles ); devenu vieux et re-converti au catho, marié sur le tard, l’arthur se fera—payé par l‘État— publiciste des « Pays d’en haut » niché dans la soutane de ce gros curé-sous-ministre (Labelle), personnage étonnant, ami de Mercier, alors « chef » d’un Québec qui redressait un peu la tête.
Une lecture illustrant une fin de dix-neuvième siècle Québécois captivante et cela vingt ans après la Rébellion, celle de nos vaillants et impudents Patriotes.
Ce matin :le sombre. Le lait là-haut. La blancheur d’albâtre partout. Ouash ! Ce journal « à nourrir » régulièrement m’accapare trop. Je ne retraitais pas pour me soumettre à un nouveau carcan, hein ?
Je viens de faire oublier mon testament , j’ai organisé « ma » cérémonie des adieux à… écrire dans ce tout récent « Écrire ». Non ? Ai obtenu « trois étoiles » par le « maître d’école Martel », non ? C’est que j’y arrive mal. Tenir journal est une discipline. Je hais les disciplines. Je songe donc à le quitter. Du moins pour l’été. Disons de juin à octobre. Ça fera pas de grosses vagues. « Ce qui est gratuit ne vaut rien ». Un adage faux ?
Onze messages sur mon écran ce midi ! Plusieurs « in english » ! Chaque fois, sans répondre vraiment, je gueule (par écrit) « EN FRANÇAIS SVP ! » Fait-on cela toujours, toujours, dans nos murs ? J’espère.
Donc vu, mardi soir, le Buissonneau au théâtre « Go ». Non mais quelle connerie ce nom de théâtre ? Le « Go ». Une bêtise rare. Choix de son animatrice hors du commun, la costumière Noiseux ? Sais pas. Rue Saint-Laurent : bâtisse mode « structure à l’air », minimaliste. Tristounet. Pas assez de subventions à ces architectes nouveaux ? En dedans, froideur mais du sacré bon café au petit bar du fond. La salle : encore ces nefs froides comme à « L’espace C. ». Il n’y a donc pas d’équivalent nouveau à ces merveilleuses vieilles sales de théâtre d’antan (et, jadis, de cinéma souvent) ?
Décior : des tables de café, des chaises, un écran (inutile et mal orné avec des images d’un peintre de Paris !) Plein paquet à surprises textuelles, Tardieu (sous-Queneau, sous-Prévert ?) et de bons moments d’un étonnement fantasque. Beaucoup de temps…moins forts. Le jeu avec le lexique et le sens des mots, ne m’a jamais beaucoup attiré. Tardieu offre parfois de lumineuses acrobaties verbales et mon Paul B., c’est sa veine, sa hache, son terreau de prédilection, s’y ébroue (comme un jeune chien qu’il est resté, Dieu soit loué). Une soirée divertissante dont, hélas, il ne reste rien.
Je serai toujours, au théâtre, du coté d’un Arthur Miller (pour prendre un seul exemple) celui de « Mort d’un commis-voyageur ».
Aimer ou admirer.
Tout est là. Tardieu et ses semblables (Beckett, Adamov, Ionesco) sont des gens de cirque (cirque langagier). Oui, on est épaté ici et là et oui, hélas, on est pas ému. On n’est jamais bouleversé. Il n’y a que des exercices brillants et la petite troupe du « GO » est pleine de bons talents, très capable de rendre ces vertigineux jeux avec les phrases…folles, ambiguës, alambiquées, surprenantes. Théâtre moderne ce « Cabaret… » ? Oui et non. J’aime les textes modernes, j’ai aimé —seul exemple— « Le ventriloque » de l’ « autre » Tremblay, au même théâtre. Il me faut une histoire, on peut me la narrer n’importe comment, de façon avant-gardiste et sans le vieil ordre chronologique si on veut, mais je reste froid s’il n’y a pas un récit, oui, une histoire.
2-
Hier matin, Aile chez son dentiste. Je fais des achats dans le quartier et vais à la « banque Desjardins » puisqu’il faut dire « adieu » aux Caisses pop, ce me semble. Puis, n’ayant pas apporté « mes » livres, je relis ce « Ethel et le terroriste » qui traîne sur une table de coin. Eh bien…c’est génial ! Oui, oui, génial. Hon ! Quoi ? J’aime faire rire de moi, moi ! Ce texte rédigé en un seul week-end me prouve aussi, hélas, que je serais probablement incapable de répéter un tel haut fait (gagneur du prix France-Canada dans le temps, 1964).
Maudite vieillesse ! Et puis, in petto, je me dis : tu pourrais t’y essayer, juste pur voir. On sait jamais. Le démon sur mon épaule ? Un fou hen ? Aveu encore gênant ? Aggraver mon cas, ces temps-ci, pas mal narcissique ? Oui. La veille, la télé si plate, et rien à lire encore, je sors d’un rayon à livres, mon tout premier bouquin : « Et puis tout est silence » (1959). J’ai beaucoup apprécié. Hon ! Hon ! Rions, c’est l’heure. Oui, j’ai trouvé cela fort estimable pour un premier essai. On y voit des maladresses, ici et là, c’est évident, aussi des mauvais emplois de mots, de tournure de phrases. Et quoi encore ? Je me suis surtout amusé de déceler des tas de thème qui, par la suite, me reviendront et seront repris. Mieux exploités, oserai-je dire.
Ces deux lectures auto- rétroactives firent qu’hier, au soleil, je cherchais une novelle histoire à conter. Je tentais d’imaginer un « dernier » roman. Sur mon écran cervical (oh !) défilaient des idées de roman, des tas de personnages. J’ai fini par me calmer et surveiller d’un œil, les « tits zoiseaux » de mes alentours. Le lilas bourgeonne gros. Le bouleau nouveau aussi et le sorbier à mi-côte du terrain et les innombrables chèvrefeuilles. Tout va péter, éclater bientôt et nos regards seront émerveillés une saison de plus. Au prochain jour d’ensoleillement, ce sera les feuilles toutes neuves. Le beau vert de la terre avec le bleu du ciel. Vive l’été qui viendra !
3-
Encouragé par mon auto- adulation naïve :voilà que je traverse (un peu en diagonale) mon « Alice vous fait dire bonsoir » (1985). Ah b’en là, dit le ouistiti. Quel talent unique ! Faut que j’en expédie une copie au critique Stanley Péan se proclamant « amateur » de nos polars. Il y verra un véritable chef d’œuvre !
Non mais… Suffit ! Du calme, candide lecteur de ses ouvrages. Franchement, ce Alice-polar est digne de n’importe quelle histoire du genre. Je n’en reviens pas. Hein ? C’est moi qu ai pondu ce « Alice… » ? Épaté, je suis. Riez, riez ! Mon détective retraité, l’as Asselin, buveur de Pernod, fumeur de cigarillos, a obtenu un contrat bizarroïde. Il doit surveiller des voisins dans un logis loué pour lui par une Marlène étrange d’Ottawa (là même où je venais d’emménager, rue Querbes ), et découvrira une rancune « juive » renversante. Un dénouement effroyable ferme le récit. Une fois de plus, me voilà tout stimulé à composer un… « dernier » roman. Et ce testament, et ces adieux ? Je suis fou.
4-
Fèves germées, cailles, potage tomate-patate, gâteaux pris à l’École des mirlitons marmitons, hier. Soleil reluisant, ado avec un Kodak luxueux qu rôde, sur la galerie du « B and B » d’en face, un homme affalé sur un banc. Parking de l’église d’à côté plein de chars. Bingo ? Une Jaguar décapotable blanche. Deux gamins courent derrière un ballon de soccer. La vie, la vie. Un vieux numéro de février dernier, l’hebdo gratuit « Ici », pris dans l’entrée. Le Robert Lévesque fou récidivait, affirmant détester, « sans les avoir vus » (!), les récents films d’ici. Ça fait peur !
Hier midi, Chemin Bates, suis allé saluer Lynn à sa cantine de « Publicor ». Je gueule à la troupe des scribes : « Vous venez d’être acheté par TVA, vous le saviez ? » On rigole. Cadeaux pour mes deux petits-fils. Une jeune dame me salue familièrement, me dit qu’il y a longtemps qu’on s’est vu ! Je ne la reconnais pas mais je fais mine de…Danger des « notoires » qui font de la télé. Certains ont l’impression qu’on voit le monde dans les salons ? C’est le « si je t’ai vu, tu m’as vu, non ? » Tout va si vite.
Un observateur du journal : « Vous faites du coq à l’âne…dur à suivre. » Quoi ? Reproche irrecevable. C’est cela, justement, un journal, cher monsieur.
Vu un film loué hier soir : « The others » (Les autres). En 1945 : une dame bien (vivant et ses deux enfants) engage trois domestiques pour l’entretien d’un vaste manoir sur une île Normande. Le papa est en France mais la guerre vient de finir. On guette son retour. Les malheurs commencent. La fillette voit des choses, une vieille, un couple, un garçon se nommant, dit-elle, Victor. Des esprits morts ? Bruits étranges au grenier ! Vous voyez le genre? Maman affolée. C’est long, c’est bien lent. À la fin, un coup de théâtre étonnant. Ouengne :un film divertissant. Reste rien. Et je n’ai guère le goût de revenir à ce « Mausolée… » sodomiteur de Guibert. Avons regardé, Canal D, « Histoire à la une », une fois de plus. Hum ! Fidel Castro en grande vitesse, ellipses niaises, puis « Le Ryan du « non à une patrie » , avec les Yvette », rafales d’assertions; bref, décevant encore une fois, c’est « L’histoire à la brume ». Le Charron ne reviendra pas la saison prochaine. Eh !
4-
Rêve bizarre cette nuit, de nouveau, constatation encore que les rêves se tissent à partir de réminiscences de veille : défilé de la Saint-Jean (je pense à un conte pour CKAC là-dessus), j’y amène les enfants, puis, je suis à Pointe-Calumet revisité (Jodoin, mon voisin, me parle de « lui » installé dans un texte d’ « Écrire », hier soir), grange vaste, un monde à la Fellini (on a parlé de Fellini Aile et moi), des gens de cinéma concocte un film, je refuse de m’en mêler, Gaucher et de Santis (j’ai pensé aux amis de jeunesse, hier, sur la galerie) me mettent en garde contre ces gens de cinéma, soudain, je dors avec un des fils de Marco. (Hier soir, David et puis Gabriel me téléphonaient ). Mon gendre, interromps notre sieste sur un quai de bois peint, Marc mécontent veut reprendre son fils, agressif. Moi, plutôt étonné, je lui résiste. Il tire sur son garçon mal réveillé. Il me semble jaloux de moi, du papi-gâteau ! Il caresse son fils, lui parle doucement, le prend dans ses bras et… me fuit ! Je me réveillerai.
En vérité, j’ai songé parfois que mon accaparement, jadis, de ses fils, pouvaient l’encombrer. Lui au travail et moi (1985-1998), retraité et très libre pour les conduire en excursions diverses. Fou, non ?
Un choc profond pour Aile et moi hier soir. On songe à monter dormir et, dernier coup de zapette, à la télé de la SRC, un documentaire d’un certain Brouilette sur le cinéaste défunt Gilles Groulx. À « Vues d’ici », le titre : « Trop c’est assez. »J’ai connu Groulx, vingt ans comme moi, en céramique. Beau jeune homme aux cheveux blonds, aux yeux d’un bleu clair. Il y resta peu de temps.
Le choc ? Lui en vieillard prématuré, vivant comme un misérable clochard dans un sinistre refuge pour débiles. Silhouettes inquiétantes tout autour de lui. Des gens perdus, fauteuils roulants, marchettes cognée en couloirs, la télé sans cesse dans un coin, les grosses bercantes rassemblées. La vie écrapoutie ! C’est trop !
J’en suis complètement secoué. C’est assez ! Aile pas moins abasourdie que moi. Qu’est-ce qui lui est arrivé ? On ne le saura pas, hélas. Une interview pénible, libre, pas du tout explicative. Effrayantes images, effroyables propos confus de Groulx. L’horreur ! Nous sommes fascinés, malheureux, rivés à ces images infernales. Groulx, barbe hirsute, grise —il a cent ans ?—cheveux effilochés, buvant au goulot et tentant de rassembler péniblement les souvenirs du jeune cinéaste censuré qu’il fut à l’ONF. Groulx fut une sorte d’imitateur suiveur des pires conneries insignifiantes du Jean-Luc Godard dépouillé si subitement de ses premiers dons. Des extraits montrés, on se souvenait des incohérences « révolutionnarismes d’un cinéaste mal équipé intellectuellement pour dénoncer efficacement les abus « du monde à consommations » acceptées. Un Patrick Straram, un Vanier, poète illuminé bégayeur de condamnations floues. Tout ce pauvre carrousel de nos ivrognes—ou drogués— marxistes. Le gang de gaspillés, généreux et futiles, ces bohémiens désaxés des années ’70.
Deux heures de douleurs ! C’était un film amateur, pas assez… clair, trop…confus pauvre jeune Brouillette.
Le pire si j’ose dire : les pubs. Sans cesse. Aux huit minutes. Par paquets. Voir Groulx se noyer et devoir endurer ces spots crétinisants. Faire cela à un tel documentaire c’est pire que la pire pornographie. Une honte pour Radio-Canada.
Une de plus. Au moment où les patrons jouent aux malins avec les grévistes en ce mai de 2002. Un patronat qui vient de se congédier (et qui le sait fort bien) ce matin, les syndiqués venant de refuser les offres. C’est certain cela, c’est classique avec une telle corporation fédéraliste, tout comme en mars 1959, la grève terminée, Ottawa congédiait tout la bande de ces patrons incapables de « garder la paix syndicale » : les Ouimet, Viens, (Colbert, Lamarche, un peu plus tard), Jean-Paul Ladouceur, lui, « drette là ».
5-
Vu l’autre soir, en reprises à TVA, le « meilleur » du Grand blond. Hilarant ! Oui, décidément ce Marc Labrèche est un animateur hors du commun. Il peut devenir fou rare. Capoté. Iconoclaste. Audacieux Ses bafouillages (visuels ou sonores) finissent par arracher l’adhésion si vous avez un peu l’esprit surréaliste. Faut le faire ! Chapeau, son amateurisme accepté, ses intuitions débridées, ses improvisations surprenantes font parfois florès. À fond ! Hors du « meilleur » il faut endurer souvent de invités niais, des trous noirs, des ratés et des bavures, des déchets quoi. La loi des aventureux ?
On offrait un milliard sept cent mille piastres à une « balance », un indicateur de police. Salaire faramineux pour un voyou, un tueur, un bom, un délateur sans vergogne.
La police —qui nous protège est riche de l’argent public, celui des travailleurs taxés et imposés !— doit donc verser une fortune colossale pour obtenir des preuves.
Preuves valables quand une charogne humaine —la lie de la terre— bavant sur une autre charogne humaine ! Eh!
Aile — comme moi— a bossé trois —presque quatre— décennies pour avoir quoi ? Un demi-million, un million au bout de sa carrière ? Pour une infirmière c’est un peu moins ? Pour un agent de police c’est un peu plus ? Il n’en reste pas moins qu’il faudrait neuf cent existences bout à bout de salariés ordinaires pour ramasser ce pactole offert par la police pour faire cracher le morceau à un assassin…repenti ! Repenti ! Hum !
Fin de ce conte de fée monétaire: le bavard se tuait ! Cri, cri, cri, mon histoire est finie ! Un conte amoral !
6-
Ce matin, festival à Cannes, photos de Woody Allen partout. Et moi incapable de ne pas songer à ses photos pornos prises avec une ado (devenue sa fiancées !) qui était sa fille adoptive en quelque sorte, dont il avait charge morale. Je ne puis plus admirer ce créateur. C’est ainsi. Je suis bin ancien, hein ! Ma vive déception quand ceux que j’ai admiré se montrent soudain en crapules infâmes. Du déchet humain. Ainsi pour Picasso, que j’admirais tant et qui s’avère (à mesures des témoignages) un père absolument (et écoeuremment) dénaturé.
Dans le sérieux magazine IUSA « Variety » : au bout des appels hystériques d’Américains pour le boycott du Festival de Cannes —qui se tient en cette France « horrible »— oui, « Variety’ ose publier que la France de mai 20023 est exactement comme la France nazifiante de 1942. Folie ? Francophobie (mais oui !) couvante qui se déculpe ? Maladie mentale ? « Variety » n’est pas une poignée de hypocondriaques sionistes ! Au pays où il y a le plus de Juifs (après New-York) et d’Arabes, il subsiste quelques têtes brûlée, c’est inévitable, disposées à brûler des synagogues et à renverser des tombes d’israélites.
De là à comparer l’ex-France envahie (et certes en bonne part docile et même favorable au pouvoir « brun », —il faut pas craindre de le dire désormais) et la France de 2002…Des dieux juif sont tombés sur la tête aux USA. Exagération farfelue et donc insignifiance mais il restera des traces pénibles entre Hollywood-Variey et Paris-Cinéma.
7-
Le chef Laviolette (CSN) et le chef Landry : rien ne va plus ? N’empêche le grand chef syndical a raison. Récompenser un Mulroney, travailleur du fédéralisme infatigable, en faire un héros québécois (médaillé) est une connerie rare. Parler des beaux efforts de Brian pour deux traités honnis (Meech et Charlottetown), des offres combattus par tout le Québec souverainiste …
Landry a besoin de repos, c’et urgent.
Ce matin, colonne nécro : « mort d’un inconnu ». Un de plus. Encore un. Qui est le sulpicien Wilfrid Éthier ? Eh bien il était un professeur savant, dévoué et estimé des collégiens du collège Grasset, il y a longtemps. Un inconnu vient de mourir. Il ne saura jamais qu’un élève se souvient de lui, dans son journal intime, à Sainte-Adèle. Paix à ses cendres !
Et moi,, pas mort encore ? Non. Je sors de la clinique du docteur Singer. Jour de son rapport des analyses récentes . Eh bien, mes affreux contempteurs vont en baver. Tout baigne ! Je suis en bonne santé, cœur, ooumons, reins, alouette ! Il n,’y a que ce satané mauvais cholestérol. Mais il va me régler ça. Qu’il dit. Une diète ! Ah misère ! Adieu École des marmitons, leurs sauces grasses (si bonnes) à la française ! Singer m’a parlé comme un Montignac. Pas des trois maudits P. Pomme de terre (en frites !), pain (trop sucré) et pâtes (mes délices).
Aile ravie de ce bilan mais un peu énervée de devoir changer ses menus, s’adapter, adopter les mets dans les trois P. Tantôt elle allait acheter du…poisson ! Ouash ! Et du pain de blé entier. « Fini le beurre, qu’elle me dit, on va faire comme en Italie du sud :huile d’olive pure (machin à froid ) dans le beurrier ! » Oh oui, je vais râler. « Et des légumes… » Oh Seigneur ! « Et des fruits mossieu le diariste ! » Ouengne, pas trop!
Et me voilà avec l’achat d’un gros flacon de comprimés (sans ordonnance, au magasin voisin de la clinique) de…de quoi ? « Chol-Aid ». Ce docteur Singer, ça m’arrange bien, n’aime pas trop, le chimique, penche vers les produits naturels. Bien.
Un comprimé de chol-Aid avant chaque repas ? « Oui, et avec un verre d’eau », dit le vendeur de choses naturelles. Il méprise les pilules de magnésie, le pepto-bismol (mon sauveteur d’indigestions), et un truc que Daniel, mon fils, me recommandait, il y a peu. « Tout cela n’agit pas bien comme le chol-aid qui a trois fonctions, lui… contrarier l’acidité, installer dans l’estomac… Expédier dans le sang…» Blablabla ! Bouché en cette matière, bibi !
Bin, bon. On verra. « Revenir me voir, ici, pour examiner le progrès, dit Singer le toubib. Ce foie « trop paresseux », hérité de qui ? … On va me priver de ce que j’aime. Adieu les gâteaux de l’École…Ah je souffre d’avance. Mon royaume pour un morceau bien sucré ! L’Aile si heureuse pour tout le reste : « C’est pour ton bien, Cloclo. Tu vois tout va si bien à part ça, chanceux, il n’y a que ton méchant cholessse ! »
Je pense à ce beau jeune homme de vingt ans, aux yeux si bleuis, aux cheveux si blondés…et qui est mort, lui, en 1994 dans une refuge sordide, Gilles Groulx. Je pense aussi à un talentueux gaillard, cinéaste, doué lui, sans mémoire désormais, désespéré. D’un pont, ll s’est jeté à l’eau. Dans la poche du noyé on a trouvé un bout de carton, c’était écrit : « Mon nom est Claude Jutra. Je suis cinéaste »
Écrit pour lui.
Promis, Aile tendrement aimée, je serai docile.

Le mardi 14 mai 2002

Le mardi 14 mai 2002

1-
Hier soir, en ville, hockey, la dégelée hors de l’ordinaire, une raclée étonnante, totale, pour le club Canadiens et ce matin, la neige à la mi-mai, à plein ciel. Ailleurs, l’agressif Sharon faisant face à pire que lui : « Il n’y aura jamais, jamais, de pays nommé Palestine ! » proclament des énervés d’Israël, Bon. Que dire ? La déprime partout !
Comme pour nous divertir, à midi, foin du lunch à sandwiches, nous somme allés, sous cette neige maudite, « dévorer » la bonne soupe —habituelle du « Petit chaudron »— et des hot-dogs, oignons-moutarde, à cette chère gargote au pied de la côte. Avec frites. Avec vinaigre. Et café-déca, expresso. Dessert ? Une cigarette. Aile m’épate, se délecte du dessert-maison —crêpe au sirop d’érable— et résiste à prendre « sa » poffe ! Rencontre : Cyrille Beaulieu, ex-camarade d’Aile. Bonheur de rencontrer un ex-compagnon de travail —chef d’orchestre— du temps qu’Aile faisait « du variété ». Sa compagne, institutrice, va prendre sa retraite. Le couple a acheté, il y a pas longtemps, une maison au bord du lac, pas loin de notre rue. Qu’ils veulent rénover. Un « work in progress » qui sera lent », dit le musicien retraité.
J’ai parcouru en diagonale ce récent roman de Messadié. Je déteste toujours cette sorte de roman où se mèle de faits réelsde l’Histoire. Chute du roi de l’ Égypte coloniale, Farouk, venue du nationaliste indépendantiste Nasser. Ces dialogues…inventés, comme si l’auteur-narrateur y était. Pouah ! J’Ai mieux aimé, je l’ai dit, le petit récit de Esther Gidar : « Jasmin sur barbelés » sur ce même sujet. Messadié cite soudainement Cioran : « S’exiler c’est accepter de perdre son identité. »
Le fameux Cioran (un de personnages de M.) parle de son temps quand les « chartres de droits » n’encourageait pas du tout à la non-intégration des exilés. Désormais c’est le ghetto subventionné, l’encouragement —bien démocratique ?— à conserver tous ses folklores, quoi. Citation aussi de Guénon : « Le révolutionnaire est condamné à mener une vie d’esclave ! » Aïe !
Avons — après ce hockey humiliant— visionné un ancien film de Casavette (« Gloria ») . Pénible plutôt. Histoire abracadabrante d’un petit garçon abandonné par sa famille qu’on vient d’éliminer (pègre) et qui s’accroche désespérément à une ex-maîtresse de mafieux, une voisine délurée (jouée par madame Casavettes) et bien rapide sur la gachette. C’est long. C’est lent. C’est assez assommant d’invraisemblances…voulues.
Ce matin, chez Paul Arcand —que félicite Foglia dans sa chronique d’aujourd’hui— le chef de l’éducation, un étonnant Sylvain Simard qui va déclarer soudain que depuis le rapatriement de la Constitution, ce sont « les juges qui gouvernent » et non plus les élus du peuple. » Ça causait du kirpan à l’école ! C’est cela « une société de droits » et il faut obéir aux tribunaux. Bien ! Mais qui sont ces juges de toutes ces cours et d’où viennent-ils exactement ? Quel pouvoir avons-nous face à ces non-élus. Peut-on les « débarquer » s’ils errent ? Eh !
2-
J’ai toujours apprécié la lucidité du dramaturge le plus illustre du Québec, Michel Tremblay. Il vient de déclarer que ce fameux succès remporté hier soir à San Francisco avec « Encore une fois… » tient à la notoriété de la fabuleuse comédienne Olympia Dukakis… « puisque l’on ne sait rien de moi, là-bas ». Reste que ce triomphe pourrait lui ouvrir des portes importantes aux Usa. Rêvons : après les Tennessee Williams et autres Arthur Miller, pourquoi pas le Québécois Tremblay en dramaturge nouveau acclamé par tous les des Américains ? Ça ne m’étonnerait pas, moi.
Je lis dans mes gazettes que Baril « le député-patroneux déchu » se fera tabletter (dans un job chromé) sans que le chef libéral Jean Charest n’y trouve rien à redire. Ce serait un bon copain, quoi ! Voit-on mieux la vaste « chapelle » des copains comme cochons ? On se jette des injures pour la galerie. Dans les coulisses c’est un « club » uni, solidaire. Jadis, des observateurs de ces « ententes clandestines louches », un De Virieux, un Pierre Pascau, dénoncèrent cette situation incestueuse. Vainement. Pauvres gnochons d’électeurs que nous sommes qui s’imaginons voir des opposants radicaux quand il s’agit d’un bonne vieille confrérie de cochons-de-copains.
Anne Thivierge —lettre ouverte— publie ce matin : « Le gouvernement doit garder un contrôle sur tous les aspects de la vie en société. » Sainte-Vierge ! Non, non ! Jamais de la vie. Or je n’ai aucune confiance aux capitalistes, aux prêcheurs du « privé partout »,pas davantage en cette droite —à la Mario Dumont— avec le « moins de gouvernement possible ». Qui suis-je alors ? Combien sommes-nous ? Comment, où, nous inscrire ? Sous la rubrique : anarchistes ? Je sais pas hen ?
Stephen Harper, élu hier soir, chef de « L’alliance… ». Il cause français. Il fut installé, toit jeune, en « immersion française » par ses parents dont il ose dire (courageux ?) « qu’ils l’ont fait probablement pour se débarrasser de lui !!! Aïe ! Le Stephen affirme qu’il n’a pas eu à le pratiquer souvent puisque le Canada n’est pas du toit un pays bilingue.
Lucide, bravo !
On lit ce matin (Le Devoir) son speech contre le bilinguisme à la Trudeau — un rêveur romantique le Pet qui affirmait pourtant préférer la raison aux émotions ! Donc, un échec total avance Harper. Un non-sens. Une connerie, une folie qui a fait crouler des montagnes d’ argent public stupidement. « C’est un pays unilingue, le Canada », il le dit, il le sait. C’est la vérité. D’une même bouche, hélas, bouché et borné, ce chef Harper déteste la loi 101 qui protège (un peu) la langue du 2% de francos en Amérique du nord et il voudrait abolir ce bilinguisme officiel. Stupide en effet.. Et, entre nous, qui a fait reculer, qui a retardé la venue de notre indépendance (« objectivement », je le proclame). On sait plus s’il faut l’encourager ou le fustiger.
J’encourage mon petit-fils David qui étudie à Concordia, le félicite, il sera bilingue bientôt. Partout dans le monde, il y a des personnes bilingues —trilingues c’est encore mieux. Il n’y a pas de pays bilingue, allons, pauvre Pet mort, c’est une aberration.
3-
Mon adversaire idéologique, Lysiane Gagnon, frappe dans le mille ce matin en ridiculisant le récent questionnaire des sondeurs chez SOM. « Malhonnête », dit-elle. Vérité. Elle détaille la manière que l’on a rédigé les questions. Du biaisage éhonté, dit Gagnon. Et des commentateurs myopes y allaient, y vont de propos sérieux, d’analyses graves ! Des farceurs ? Des innocents ? C’est une farce qui a fait plaisir évidemment à Mario-le-privatiseur, à John Charest-le-défusionneur. Ne pas croire que je souffre pour un Landry en pente douce. Oh non !Rien de mieux qu’un bon séjour dans l’opposition pour ce parti tout embourgeoisé.
Un écrivain s’engage ? C’est si rare au pays des « écrivains d’État », tous entretenus comme des guidounes. Subventionnés. Noël Audet (« L’ombre de l’épervier ») attaque furieusement les patrons de Radio-Canada qui oublient qu’ils ne sont pas des proprios des ondes publiques mais que des petits valets en gestion, qu’il ne sont que « nos » employés, les « cracheurs d’impôts ».
4-
Un congrès chasse l’autre ces temps-ci. À Mont-Tremblant, un tas de ministres en justice veut trouver les bons moyens de « nettoyer le net » des vicieux pédés à mômes. À Montréal, congrès de l’ACFAS. Ça jase accent, français international, national…On y voit des Suisses et de Belges. Colonialisme ? Les délégués du Québec seraient seuls à proclamer la supériorité du Français de Paris ! Discussion sur…le sexe des anges : il y aurait le patois, le vocabulaire exotique, les trouvailles valables…ou non, la langue régionale et… aussi la diction, entendre la prononciation…
En effet, un cultivateur —je pense à feu Ubald Proux, pomiculteur de Saint-Joseph— parlant mal (selon les critères des puristes) avec un accent « d’habitant » formidable, reste un locuteur merveilleux. On ne ratait pas, avec mon Ubald, un seul mot. Il articulait, le bonhomme. Il prononçait ses phrases inventées par lui avec un éclat confondant. Le reste ? Broutilles !
Il sortira de ce caucus un beau rapport et une liste effarante de « notes de frais », factures plantureuses signées par ces délégués chéris, auto-proclamés « experts » et cooptés. Tout ce chiard de ratiocination à nos frais de cochons-de-payeurs –de-taxes. Comme toujours ! Fermez vite les bars et les bonnes tables, Seigneur !
Une étude (congrès autre !) signale : un suicide rendu public, celui d’une notoriété quoi, peut entraîner d’autres suicides. Est-ce bien vrai ? Oui, dit un rapport parmi d’autre rapports. Non pas que le suicidé (tel celui, jadis, d’ une Marylin Monroe ou, ici. un Gaétan Girouard, reporter célèbre de TVA) engendre des cas nouveaux, non, mais cette publicité fait se décider ceux qui y pensaient, qui, alors, sortent de leur état de velléitaires. Eh b’en ! Silence donc ? Comme on fait, dit-on, pour ceux (plus fréquents qu’on pense ?) de notre Métro. Est-ce bien vrai?
Il y a pas longtemps, on pouvait lire : « Citoyens d’ici, n’allez surtout pas en Algérie, danger ». Ce matin : Marois, la ministre, de retour de ce pays en régime militaro-dictatorial fait appel aux Québécois : » Allez en Algérie faire des affaires, c’est le bon temps ». ‘Cout donc ! Est-ce dangereux, oui ou non ? Des réfugiés d’Alger, à Montréal, pourraient aller raconter à Mme. Marois comment le gouvernement (promoteur de si beaux projets) agit face à ses dissidents. Des contes qui n’ont rien à voir avec ceux des « Mille et une nuit », elle devrait bien s’en douter.
5-
J’expédie —lentement, trop—du journal pour la pré-production du bouquin automnal aux Trois-Pistoles. Amusant, surprenant parfois, de relire en vitesse, des faits survenus en janvier ou en février, il y a quoi ?, deux ou trois mois seulement. Le temps file, des « entrés » me surprennent. Tout change, se métamorphose si vite. Des riens s’agrandissent, des « bizarreries » s’atténuent. Comme c’est fascinant !
Hâte d’étrenner mon beau vélo à 700 piastres ! Cette satanée neige ! Puis-je continuer à jouer le frugal avec ma bécane de luxe ? Dire que j’ai déjà moqué le Foglia qui jasait sur sa monture à mille piastres. Silence désormais. Honte ? Pourquoi ? D’où ca me vient… Cette manie de conserver le pus longtemps possible mes vieilles affaires. Mon enragement un peu puéril quand mon Daniel, ado normalement impétueux, brisait mon vieux vélo de jeunesse ou une vieille machine à diapositives ou une vieille ciné-caméra payée 30 tomates pour du film 8mm.
Édouard, mon vieux père mort, réparait sans cesse ses bébelles. Maman détestait ses rafistolages fous. Un barreau de chaise devenait une rampe épaisse par les mains maladroites de ce bricoleur indigne ! Papa fuyait les magasins, tous, il détestait acheter du neuf. Hérédité ?
Bon, départ maintenant pour Monrial, théâtre. Celui de Tardieu vu et corrigé par l’ami Buissonneau. Je devine déjà des visions surréalistes renversantes. Hâte pour une fois… pas de cette crainte habituelle quand Aile loue, un peu malgré moi, ses deux fauteuils…de théâtreuse invétérée. On y va ! J’en reparlerai.

En Inde, vandalisme québécois scandaleux

par Claude Jasmin
(écrivain, ex-critique d’art)

On lit et on n’en croit pas ses yeux! Un Québécois, devenu galériste à New-York et collectionneur d’art exotique, affirme  » qu’on revient toujours à ses racines « . C’est vrai. Justement, ce millionnaire de Manhattan fait annoncer qu’il organise ‹avec la permission de l’archevêque idiot des lieux‹ la démolition d’une partie du patrimoine religieux de Cochin, état de Kerala (en Inde).

Tenons-nous bien, Simard va expédier le tout dans son village natal! À Larouche au Saguenay-Lac Saint-Jean. L’antique église (St-Thomas Chuch) construite dans les années 1600, démolie en ce moment même, sera donc réinstallée et exhibée, dit Simard,  » pour les touristes haut de gamme « . L’enraciné de la place, le collectionneur de 50 tableaux du peintre-barbier Villeneuve ne donne pas le bon exemple à l’étranger!

Foin de l’enracinement ailleurs ? Des pauvres ? Claude Simard, new-yorkais d’adoption, profite donc de l’inconscience de cet idiot de prélat et aussi de l’ignorance des habitants de Cochin. Les prix déboursés ne sont pas encore connus. Cette entreprise, dérisoire (antiques monuments religieux de Cochin à Larouche! ) et honteuse à la fois, porte un nom : vandalisme.

L’UNESCO qui protège les sites patrimoniaux partout va réagir à temps ? Doutons-en. Claude Simard a avoué pourtant :  » Ça n’avait pas de bon sens ( ) la destruction d’un tel trésor architectural.  » Eh b’en quoi alors ? Au lieu d’alerter les autorités nationales en Inde, il sort son carnet de chèques, et est en train d’organiser l’exil de ces précieux trésors dans son village natal. Et tant pis pour les pauvres de Cochin, tant pis pour leur besoin ‹à eux aussi‹ de touristes visiteurs. Cette entreprise (avec, SVP, restaurateur d’art indien envoyé bientôt au Saguenay ) est d’une bêtise consommée. Elle illustre bien l’arrogance des millionnaires et si cela se tentait, pas loin d’ici, pour l’art maya ou aztèque, ce serait aussitôt dénonciation, scandale planétaire, et les polices.

On croyait ces pratiques désuètes, honteusement colonisatrices quand un jeune Malraux se faisait voleur de statuettes en ex-Indochine! Réjean Lévesque, le maire de Larouche, s’est dit tout content, candide fervent complice de ce vandalisme. Les commettants qui l’ont élu pourraient, un jour, avoir honte‹et devoir retourner les effets de ce vandalisme autorisé par ce misérable archevêque du Kerala. On pense à nos curés de jadis vendant aux Américains à prix vils des objets inestimables. À Cochin, le  » bargainer  » en soutane a déclaré, iconoclaste, vouloir  » construire du neuf  » avec l’argent du  » p’tit gars de Larouche « .

Imaginez les coûts si, un jour, un tribunal (d’un ordre international), décrétait que la petite ville de Larouche doit réinstaller  » en l’état  » cet héritage, là-bas à Cochin! Qui va défrayer l’énorme facture alors ? Il faut vite dénoncer le vandalisme éhonté du  » déménageur de temples  » ‹car d’autres sites en Inde sont la proie de Claude Simard‹ auprès du consul (à Montréal) et de l’ambassadeur (à Ottawa) de l’Inde. C’est très urgent.

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Le mardi 23 avri l2002

Le mardi 23 avri l2002

EXCEPTIONNELLEMENT, VOICI UN ÉCHANGE ENTRE JASMIN ET UN LECTEUR FAISANT SUITE AU JN D’HIER…

Bonjour Claude,

Je lis vos journées nettes depuis le début avec plaisir au point d’y réagir en couriélisant à mon tour question de vous faire connaître mon appréciation et mon point du vue.

Au fil des jours vos allusions nationalistes sont devenues de plus en plus fréquentes. Pas de problème, je le suis aussi nationaliste. Mais je croyais percevoir à travers vos écrits un soupçon d’intolérance qui m’agaçait. Vous avez confirmé mon sentiment. Votre haine me lève le coeur.

Les anglos que vous détestez n’existent plus. Les anglos d’aujourd’hui ne sont pas en grande majorité des descendants de ceux qui nous ont conquis. Ils sont issus des vagues d’immigration qui a débuté au 19è siècle et s’est accélérée au 20è. Ils sont juifs, d’origine irlandaise, écossaise, arabe, italienne, grecque, d’Europe de l’Est, asiatiques, etc… Arrêtons de jouer les victimes et reconnaissons qu’avant 1960 il était normal qu’un immigrant soit tenter de s’intégrer à la minorité anglophone. Pas seulement parce que les anglos détenaient le pouvoir économique, mais aussi parce que nous avons refusés de lesaccueillir. Tout ceux qui n’étaient pas catholiques et francophones étaient exclus des institutions que nous contrôlions à commencer par les plus importantes pour l’inclusion des immigrants, nos écoles. Même les immigrants francophones non catholiques étaient exclus!

On pourrait même considérer que nous avons eu de la chance d’avoir été conquis par les anglais. D’autres conquérants nous auraient empêchés de conserver nos institutions religieuses, nos écoles, nos gouvernements locaux et même éventuellement de dominer l’Assemblée législative et de diriger la province à une époque ou vous dites que les anglos ont tout fait pour nous écraser. C’est faux. Ailleurs dans le monde, les conquérants qui ont voulus écraser les conquis, ont détruit leurs églises et les ont empêchés de parler leur langue. Il y a aussi eu des génocides.

Ce que je n’aime pas de la haine, c’est qu’elle est sans concession. Lorsqu’elle est nationale, ethnique, raciale ou religieuse, elle mêne à la guerre. Il n’y a là rien d’édifiant. C’est un sentiment que nous devrions tous rejeter. On peut ne pas aimer sans hair.

Jacques Blanchette



RÉPONSE DE JASMIN

Cher Blanchette,

Je sens de la déception. Ma franchise dure fait que je ne m’en étonne pas mais…quoi ? vous en gentille « blanchette », chêvre aimable et vouée au martyr face au loup (anglo) qui la guette, (Alphonse Daudet), se couchant… à l’aube (ref. les Contes du Maître)…

Ça me lève un peu le coeur.

Je réagissais aux prédicateurs effrontés (la dérive Droitsdel’hommesque, grotresque), qui s’imaginent un monde jésuitisque (oh Lord! ) loufoque d’un « aimezvoustouslesunslesautres » burlesque et masochiste…

Pendant que les malins…fessent (« English only »! comme on peut lire en Californie et ailleurs chez ces étatsuniens si TOLÉRANTS n’est-ce pas…

Ah l’axe, l’Axe maudit (pas « du mal » selon Double-V), mais de l' »anglo-américaine machine » à niveler… Ils bataillent ferme en Occident et en Orient pour faire se coucher les gens, les faibles.

Oui, nous sommes mollassons, des carpettes et des oublieux de notre histoire.

J’ai oublié dans ce J.N., des tas de choses dans le portrait sordide des Anglais (génocidaires):

9- Au Manitoba: leurs lois sauvages pour éliminer le français.

10- En Ontario: mêmes lois affreuses: une francophobie rare…maladive, raciste

ET QUI DURE ENCORE, SOYEZ-EN CONVAINCU CHEZ PLUSIEURS

(j’ai un dossier très actuel là-dessus).

Oublier ? Pourquoi oublier ?

L’histoire enseigne, renseigne, forme, prépare, organise, elle doit se survivre;

Les Juifs doivent-ils oublier l’Allemagne d’antan (celle des nazis )? et ne plus se méfier, se répétant, les ânes, les jeunes Allemands, eux, n’y sont pour rien et votre blablabla d’oublieux de l’histoire ? Les Arméniens font bien de raviver l’horreur (turquerie immonde) du génocide de 1915, non ? Pas d’accord. Ils devraient oublier, passer l’éponge, les jeune RTIrcs innocents …Etc. Pouah! pouah!

Non, ne jamais oublier son histoire. Elle est enseignante du présent.

Nos valets stipendiés , les fédérats, à Ottawa ( Dion et Cie) servent ce dessein.

Leurs « maîtres » torpillent sans cesse l’essentielle Loi-101 (via les juges SUPRÊÊÊ…MES!

La haine ‹ ne soyez pas si froussard et trop bon ententiste‹ la haine n’est pas seule composante d’une personne.

Il y a aussi l' »amour ». Et comment! J’ai beaucoup d’amour et pas seulement pour notre long combat, notre résistance étonnante , j’Ai de l’amour, ne craignez rien, pour mille et un autres sujets…

Cette peur farouche (chez vous ?) d’un sentiment humain, la haine, qui a ses droits, ses devoirs, cette viscérale peur de la haine (quand elle est justifiée certes! ) est un trait de faiblard.

Résistez chez Jacques à cette mode fade: aimez oui, mais détestez aussi.

On enseigne (aux enfants bernés des écoles) une tolérance idiote.

Il y a des choses intolérables. D’accord ? Je hais les pédos et leurs complices (tacites, objectifs) en soutane pourpre.

Il y a des motifs valables de haïr.

Je reste avec Augustin (le saint) : »Aime et fais ce que tu veux ».

J’aime, soyez-en convaincu, cher Jacques,. ..et je hais aussi.

À vous, C.J.

DEUXIÈME RÉPONSE

CHER JACQUES Blanchette,

je vous reviens

car j’oubliais…l’essentiel:

Ce (le vôtre) vieil argument: « les Blokes nous ont laissé langue et religion, une assemblée législative:

ne jamais oublier de nous souvenir:

la cause de ces bontés: leur frayeur HÉNAURME voyant les Américains nous entourer , nous inviter à la lutte de décolonisation…

‹pleins de jeunes gens « POUR », pleins de vicaires patriotes, indépendanbtistes, pro-Bostonnais, (ex. à l’Assomption) ,

pas les curés ni évêques évidemment) anti-POUR,

des placards partout, posés la nuit, sur les portes de nos églises (places publiques)

avec des INVITES:

« JOIGNEZ-VOUS AUX BOSTONNAIS ». « QUITTEZ LA DOMINATION »! Etc..

Cette crainte furibonde nous a rendus moins détestables soudainement, les gueux, les C.-F..

Ainsi les Anglais, les maîtres, ont compris qu’il fallait nous accorder du. ..lousse!

EX: Une assemblée ‹faussée complètement‹ législative, écoeurant totalement Papineau, notre premier vrai « républicain ». Faussée aussi par la « Chambre haute » et ses vétos. Au cas où…Aussi faussée par la répartition du nombre des représentants ‹où la minorité (eux) était « majorité »!

Vite, à vos livres d’ histoire cher Jacques!

DONC MALICE…SINON ? Ils savaient que nous allions joindre les valeureux décolonisés du sud.

Vous voyez mieux ?

« pas de merci mon bon maître » hein, DE GRACE, Jacques Blanchette!

Ne répétez plus jamais « SANS EUX, nos bons maîtres, les Anglois, que serions-nous devenus ? »

BASTA!

Des blokes de Québec en de toutes récentes décennies (la ville… où trop de colonisés encore aujourd’hui) ), tant de siècles en durs dominants, ne causaient pas un traître mot de français, avaient leurs ghettos-de-riches, clubs privés, etc.

Racisme anglo, non ? Francophobie maladive non ?

Tels les Singer ( de Montréal) de l’an 2000 qui « bokaient » encore face à la langue de la majorité (procès. etc.)

Il a fallu compter sur nous seulement. Depuis 1960 surtout. On a osé. On les a fait PLIER mais de force.

Et plusieurs, si tolérants hein, si « fair play », s’en allèrent vit, via la 401, tellement leur racisme, leur francophobie, les empêchent de nous voir avec ce normal « MAITRE CHEZ NOUS », de la majorité.

Oh Jacques, est-ce que vous ouvrez les yeux un peu ?

Il faudrait que je les aime ?

Il faudrait l’oubli ?

Les odieux Brent Tyler (de Montréal) , et les Diane Francis (Toronto), vous aiment, eux, tel que vous vous aveuglez sur leur vertu!

Cela, oui, me lève le coeur!

Amicalement, patriotiquement,

Claude Jasmin

Le lundi 22 avril2002

Le lundi 22 avril2002

À CŒUR OUVERT

1-
C’est pari : avec la nouvelle saison, chaque jour de beau soleil est une joie et…pourtant, quand, comme ce lundi matin, le couvert est mis, Aile semble contente et dira : « bon, un peu de ménage fera pas de tort ». Et moi ? Pareil. Je me dis : »bon, en profiter pour aller à mes paperasses diverses. Au clavier ! Fou non ? En effet ,e beau temps nous fait nous jeter dehors ! Si bien qu’avant-hier, j’ai envoyé un avertissement à l’éditeur du journal : « N’attendez pas trop de copie du bonhomme, il fait beau maintenant et il est pris par ses travaux de jardinier. »
Hier, dimanche éclatant de lumière et belle visite de mon fils avec Lynn. Sans les deux garçons : Simon bosse à son Métro d’Ahuntsic et le cadet, Thomas, avait trop de devoirs (hum !). Je me suis dis : sa très chère planche à roulettes ?
Le « char neu » est à l’affiche. On en fait le tour de ce « tracker» aluminisé, sorte de jeep, pas tout à fait jeep : solide engin, belle machine franche. Daniel, nerveux, guette la moindre saleté. Ça va durer un mois ? Pour nous le faire étrenner (!) départ à quatre pour la fougueuse rivière Doncaster dans l’ouest de Mont-Roland, pas bien loin. Il y avait longtemps que nous y étions venus. Marchement dans son joli sentier longeant la rivière aux enflures d’eau rares. Gonflement au maximum. Spectacle toujours saisissant de voir ses cascades. Ce tumulte chantant, comme revigorant, est toujours fascinant pour les yeux et les oreilles. On est bien, on est content, on est tout heureux, nous descendons un coteau, ici et là, pour voir de plus près la furie. Au bord d’un rocher, bruine sur les lunettes d’Aile. Le soleil fait luire ces rapides rageurs aux crinières d’un blanc tacheté d’ocre, et qui déferlent, galops intrépides de chevaux fluides, vers la Rivière du Nord plus à l’ouest.
Ondinisme, messire Ellis ?
2-
« La maudite, a m’a confisqué ma planche parce que je suis Secondaire-2, pas de danger, la froussarde, qu’elle oserait le faire pour un Secondaire-4 ou 5 ! »
C’est mon beau Thomas qui râlait, dit Lynn, quand une maîtresse du Mont Saint-Louis, l’apercevant rouler dans un escalier du collège, vendredi…eh oui, lui a confisqué sa planche chérie pour le week-end. Le drame, me dit Daniel. La rage noire. À la maison, Thomas va à sa vieille planche et lui répare deux vis et finit par dire : « Ouais, pas grave, je m’aperçois que j’aimais bien, ma vieille ! » Comme je suis amusé par ces incidents d’écoliers surveillés. Ainsi, en 2002, la « discipline », toujours exécrée par les enfants, est encore au menu ?
Samedi soir, souper « gastro », rue Simcoe Circle, à Town of Mount-Royal chez les D. Michèle D. toujours experte cuisinière. Miam ! Elle va retraiter bientôt, fin juin ?, de son job de « cadre » au collège Marie-Victorin. Elle n’a pas peur. « Je veux faire tant de choses », dit-elle. « Mais on ne cesse pas de me prévenir :
« Attention Mimi ! Tu vas t’ennuyer ». C’est impossible, tant elle veut rattraper ses beaux songes, dont l’aquarelle. À un mur, une sorte de para-Chagall illustrant son besoin d’un monde coloré très chaudement. Marie-Josée, la scripte émérite, jacasse sur « grève à la SRC », sur son devoir de piqueteuse, quatre heures obligatoires par jour, sinon pas de ce mince « salaire » de gréviste, 200 $ par semaine.
Rumeur samedi soir : « Radio-Canada à vendre ! » Bientôt même plus diffuseur ? La boîte de « chiffon-J » vendue à « La Presse » qui doit rivaliser avec « Le Journal de Montréal » associé, lui, avec TVA. Je me suis souvenu des rumeurs folles en 1959 lors de la grève célèbre à Radio-Canada. Aussi du loyer pas payé, aussi de devoir aller cherche le 15$ de soutien au local syndical. Mon humiliation totale alors et, de là sans doute, ce désir de me trouver vite un autre créneau de travail créatif. Faire des romans ! Départ d’une vocation face à la pauvreté ? Oui, il me semble.
3-
Vendredi soir, vidéocassette d’un fort bon film. Par les fameux frères Cohen. « The man who was not there ». Bien doublé en français. En noir et blanc. Le conte étrange d’un simple barbier d’une petit ville du Middle-West américain qui, mutique, taciturne, est cocu. Sa femme, plus dynamique (car ce mari est vraiment sinistre ), comptable dans un magasin à rayons, a une liaison avec son patron. Le déroulement, au début, d’une existence —ce coiffeur est si ennuyant !— très plate mais qui va tourner au cauchemar subitement.
Aile et moi mieux que satisfaits. On veut donc le recommander à Daniel et Lynn, buvant des bières au soleil, sur la galerie, dimanche. Et mon fils lâche : « Toi et tes fameux films ! On a pas tellement aimé ce film avec ce petit garçon de monoparentale qui s’attache au pensionnaire, un truand-médiumnique, joué par ton cher Anthony Hopkins. Plutôt plate ! Et ton fameux film, « Kandahar », tourné aux frontières Afgho-pakistanaises, pas bien fort. »
Je me rends compote de nouveau qu’un film plaira à X et laissera de glace Y. Qu’Il est délicat de trop vanter tel film. Que chacun a ses préférences. Aussi, je finis par dire en rigolant : « En té cas, nous aut’ , cet « Homme qui n’était pas là », on a aimé ça, bin bin gros, okay ? »
4-
Réception dans « la malle » de Montréal du « Liaison », dirigé par l’ex-camarade Lagüe, un modeste bulletin des retraités de la SRC avec, imprimé, mon petit requiem à « Chardola-mort ». Lecture d’une invitation en croisière en Espagne. Pas trop cher. En juin. Je dis : « Si on s’y inscrivait ? » Aile : « Non, oh non, danger, on sait pas trop qui en sera. On pourrait s’y retrouver avec des…collants, des achalants. » « Hum, elle a raison ? Parfois, depuis quelques années, on songe à essayer ça, une croisière. Vaudrait mieux, sans doute, se faire « enfermer en bateau » avec des inconnus. Sinon…une promiscuité —inévitable en croisière— pourrait engendrer une sorte de…malheur sur mer !
Samedi soir aux digestifs —mon bon vieux « floater » à cognac— André D. nous annonce: « On a vendu, —« Vendôme », sa compagnie— le cottage à Snowdon et on est allé s’installer au bord du canal à Lachine. » Un autre ? Cadre enchanteur depuis quelques années, quartier régénéré avec ses lofts modernes taillés dans du rouge-brique vieillot… celui de manufacture et d’usines abandonnées. L’ex-Cynique me raconte que le chic Scully a accepté volontiers de « figurer » dans un épisode de son sit-com, « KLM », à TVA. Que le chroniqueur « seurieux », voisin de studio à La Salle, sembla tout content de participer à une intrigue de ce feuilleton foilchon et « vulgaire » et tenant le haut du pavé au palmarès des « Émissions les plus regardées. » Sacré Scully va ! Vocation contrariée ?
Les D. revenaient de vacances post-pascales dans une île —« chic et cher »— des Antilles. André raconte sa fascination pour la plongée sous-marine : les coraux multicolores, les poissons tropicaux si beaux… Ravie, Aile l’écoute avec grande attention et semble avoir le goût de…goûter à ça : le masque, le snorkel et la bouteille d’air comprimé sur le dos, surtout voir ces bancs de nageurs ailés exotiques. Bon, j’y verrai un de ces jours, comme un cadeau-surprise !
5-
Téléphone dimanche après-midi. Les Faucher. Déception atroce avec ce LePen seul, Jospin K.O., face à Chirac aux deuxièmes tours des élections. Un vent de panique dans la voix de Françoise. Ils quittaient en vitesse le Lac Marois (où ils n’ont pas le câble-télé) pour aller zieuter la catastrophe à Montréal. Surprenante victoire de la droite extrême en effet.
Surprenant aussi, le soir, d’entendre tous les commentateurs de France (à Tv-5 etc.) ne jacasser —fustigations énervés — que sur le démago-mégalo Le Pen. Pas un mot, silence compact sur tout ce monde qui a voté en sa faveur. Comme si ces gens ne comptaient pas, étaient des invisibles, des extra-terrestres. Je reconnais bien là, une fois de plus, l’attitude niaise des commentateurs renfermés en tours d’ivoire.
Étant au Salon du livre de Québec tout ce week-end —sans Aile hélas— Françoise me dit jouer dans la Vieille Capitale dimanche après-midi. Vais tenter d’aller l’applaudir. Elle demande mon adhésion à une pétition « pro-Radiio-Canada », initiée par la critique Solange Lévesque du Devoir. J ‘ai dit « oui », évidemment.
On verra à Artv, vendredi prochain, ce fameux Adams, acteur rigolo le plus souvent, qui fut si brillant dans « La société des poètes disparus » ou dans ce « Good morning, Vietnam », etc. La veille, Aile et moi, avons hâte de voir la deuxième partie de l’entretien de Noiret, même canal.
La Diable et la Rouge en crues effrayantes au nord d’ici, à une petite heure de route. J’ai un peu fréquenté ces rivières du nord. Avec Daniel. Il y a quelques années. Le canot, la passion de mon fils. J’ai aimé naviguer sur ces longs rubans d’eau calme… en été. Mais là, ravages ! L’eau de ces « rus » gonflés sont en train de noyer les parages du Mont-Tremblant, tel Saint-Jovite. Panique chez plusieurs ! Ici ? La Nord reste dans ses coteaux. Ouf !
6-
Le francophobe en chef, Brent Tyler, terroriste à sa façon dans sa guerre à l’essentielle Loi 101 —dite la charcutée— est terrorisé par un certain ex-felquiste, Raymond Villeneuve et lui fait procès. Les extrêmes pataugent dans leur soue. S’attirent. Se font face. Chien et chat enragés.
En cour, le Tyler du « Crarr », va jusqu’à dire qu’il a peur, chaque jour, de démarrer son auto ! Dans, —organe du « Mnlq »— un petit « canard » qui l’épouvante « La tempête », journal au tirage d’ordre confidentiel comme l’on pense, Tyler a lu un « appel aux armes » et de « la haine ».
Quoi ? De la haine ? Moi aussi je hais. Et beaucoup de gens, beaucoup de choses. Je hais, par exemple, les pédophiles, surtout en soutanes, surtout protégés par les évèques, complices dégueulasses, ici comme à Boston, Maine, ou à Palm Beach, Fla. Pis ? La haine ? —malgré la chartre-des-droits-jamais-des-devoirs qui interdit la propagation de… la haine— elle a sa place à l’occasion, non ?
Ah ces damnées chartres qui individualisent, qui égocentrisent, qui émiettent, qui dissolvent les peuples, qui diluent les communautés, qui fracturent pernicieusement les sociétés, qui n’ont jamais de place pour les droits normaux des collectivités, les droits précieux des communautés, des nations.
Les maudites « chartres de droits »égotistes qui invitent à la maladie de la victimisation, qui déresponsabilisent les populations.
Ces diaboliques machines à tuer les patriotismes normaux, essentiels à la cohésion des collectivités furent installés (par les Trudeau et Cie), exactement installés pour cela : défaire les nations, l’obsession des déracinés, des racistes invertis, à la Trudeau et Cie. Pour aplatir, pour niveler, pour assassiner le sentiment normal d’appartenance nationale.
Ces grands malades de « l’équarissage pour tous (Marceau) , du déracimement pour tous, n’aiment que les mosaïques, les folklores, les ghettos —qu’Ottawa sur-subventionne— où l’on annonce aux nouveaux-venus qu’ils n’ont pas —pas du tout— à étudier une histoire, à apprendre us et coutumes, à se familiariser à une culture nouvelle, Bref, que les émigrants n’ont pas le devoir de s’intégrer au pays choisi, élu.
Pauvres cloches tous ces Tyler, misérables « québécois francophobe ». Alors ils ne sont pas des Québécois. Un Québécois est naturellement, forcément, francophile. Ou bien qu’ils prennent la 401 et pour ne plus en revenir, Seigneur ! La 401, au plus sacrant !
On trouvera des zigotos —au coco fêlé— pour dire que je prends la défense des Villeneuve, des nostalgiques du FLQ, cette démagogie « ne me fait pas un pli sur la différence ».
7-
Je hais les anglos ? Moi ? C’est certain. Comment ne pas détester ce qu’ils nous ont fait. Je fais partie de ceux qui se souviennent, moi. Je connais l’histoire, moi. Je n’oublie pas.
1- Ne pas oublier le sordide génocide des Acadiens, 1755.
2- qu’ils ont voulu nous atrophier, nous réduire à rien, dès la Défaite (ne dites plus jamais la Conquête !). Interdiction aux affaires, au commerce, Accaparement de tous les postes. Malheur aux vaincus, vae victis! Écoles anglaises « only ». Presque cent ans sans instruction publique (malgré nos taxes, etc). Nos grands-parents signant avec des X.
3- Émigration anglo encouragée de mille façons, dès 1763, de toutes les manières, tenter notre noyade. Noyer ces Frenchies encombrants !
4- Viendra l’installation des « harkis », des minables loyalistes. Prise des terres des nôtres (Cantons de l’Est) pour favoriser ces cons de monarchistes, contents de rester des pieux colons colonisés, et taxés, par le Roi d’Angleterre. Protection de ces niais rongeurs de Couronne britannique se sauvant de quoi ? De la neuve liberté des courageux jeunes Américains dès 1775. Des couards.
5- Écrasement impérialiste de nos premiers républicains, ceux (rares) de l’Ontario comme ceux (plus nombreux) du Québec.
6- Nouvelle tentative de nous diluer, de nous diminuer en fondant bas et haut Canada. Notre nom volé. Les dettes des anglos, bien supérieures aux nôtres, mises ensemble de force. 1840 odieux !
7- Devoir de dilution obsessionnel chez les anglos ? Oui : 1867, ça n’a pas fonctionné ces Deux-Canada ? Bien : division de leur Canada en provinces multiples. Nous dissoudre, toujours ce projet. Ils ne seront plus si importants ces —hélas fertiles— cathos de « langue étrangère ».
8- Sans cesse, émigration anglophone massive : expédition de stocks d’Irlandais que l’on a contribué à affamer en Irlande. Ramassage d’émigrants divers, d’Ukraine ou de Pologne, peu importe, mais parlez anglais et venez de n’importe où !
Maintenant ? Aujourd’hui ?
Il y a , par exemple, les millions en argent pour la diffusion des emblèmes d’Ottawa. Il y a les astuces variées pour réduire la force de ce Québec depuis 1960 et notre réveil. Quel est le résultat —prévisible— de notre infériorisation organisée et de nos retards sur tant de plans ? Plein des nôtres —au lieu de se révolter— qui s’inclinent, se renient, nous bavent dessus, collaborent —comme dans « collabos »— sont des racistes invertis. Légions d’assimilés, fiers et contents de l’être.
Je sais notre histoire.
Je n’oublie pas.
Je me souviens.
Je n’aime pas les anglos.

7-
Dimanche matin, je lis « La Presse » à l’envers (je fais cela souvent et ne sais pourquoi) et trouve Pierre Vennat citant un long passage me concernant quand le critique Clément Lockwell vantait mon urbanité, concluant que « la ville », c’était ma marque de fabrication. Des mots forts, des expressions louangeuses et me voilà bien content de ce déterrement de vieux papiers chez Vennat. Je tourne les pages, ouops ! Martel : « La complainte de Claude Jasmin ». Une critique de mon « Écrire » récent.
Papier plutôt aimable avec plein de bémols réginaldiens, comme à son habitude. Martel roule sur les « breaks », expression pop, c’est fréquent. Il souffre d’une sorte de constipation. Affaire de tempérament. De nature. Je n’ai pas à me plaindre de lui car il fut, le plus souvent, fort constructif face à mes bouquins depuis 1967, à son entrée à « La Presse »
Avec ce très fidèle observateur des proses québécoises jamais trop de compliments, pas de dithyrambe aucun. À moins d‘exceptions. J’ai même connu de son encensement total, pour mon « Rimbaud… » par exemple, en 1969. Il a vite lu mon manifeste édité aux Trois-Pistoles. J’explique souvent ce qu’il feint (son mot préféré à mon sujet)ne pas saisir. La nécessité de la visibilité minimum, par exemple., La lassitude de se faire cataloguer sur un seul thème pas si souvent (qu’il le dit) utilisé.
Prudent, Martel refuse d’embarquer dans mon vaisseau aux griefs. Il sait bien de quoi je parle quand je jase sur le « racisme inverti » actuel, très répandu dans les médias. Il sait de quoi je jase quand je jacasse contre les « doktors » en lettres !
Bon.
Son droit. Tant pis.
À la fin de sa recension somme toute gentille, Martel dit avoir apprécié mes envolées poétiques, « en italique », et cela m’a fait plaisir. Il semble espérer une orientation nouvelle chez le vieil auteur ! Oh ! Il y aura le journal intime, rien d’autre à se mettre sous la dent si d’ici là Martel est toujours à son poste car on m’a dit qu’il était demi-retraité déjà !
Il souhaite que je cesse de parler de moi et de ma famille, malheur à moi, s’il lit ce journal ! En frontispice du cahier Livres, une photo de moi qui me surprend ! Rigolard et Frisé pas mal, qui sort de je ne sais où ?
J’ai voulu aller fureter un brin, samedi matin, à cette « Rencontre québécoise inter… ». Prendre un pot avec les Royer, Martel, Péan, Des Roches, etc. J’avais lu « à Sainte-Adèle ». Je roule donc jusqu’à l’hôtel Chantecler pas loin. Rien ! Personne ! Pas d’écrevisses en salles froides ! Lundi, ce matin, je découvre que le savant caucus sur le thème de « la nuitte » se tenait au Mont-Gabriel et ce qu’en dit mon noiraud préféré, Stanley Péan, laisse entendre —involontairement hein— que ce fut… plate à mort ! Je suis content d’avoir fait chou blanc, samedi matin.
À la télé, chez des Jamaicaïns, l’horreur totale. Couple infernal. Enfant battu. À mort. Ac cadaver. On frissonne dans son salon. On refuse d’y croire. Mon côté juif, sémite ? Œil pour œil, pas de simple cellule d’une prison, non, qu’ils soient martyrisés eux aussi, torturés, oui, mais oui, torturées et lentement…
Bon, on finit par se calmer. Et l’écrivain, du fond de son être, se dresse lentement et dira encore : « mais d’où sort cette femme, cet homme, de quel enfer émergent-ils ces misérables ? L’écrivain, toujours, veut comprendre, faire comprendre l’inadmissible, expliquer l’innommable. Et si… si il n’y avait aucune raison, aucun motif face à ces êtres inhumains ? Si le mal, eh ben oui, nommons cela le mal, existait. À l’état pur. Sans excuse aucune ?Le diable, papa ? Le démon, maman ? ? Silence là-dessus. Et « Soyons absolument modernes » Rimbaud !
8-
Oh, vendredi, le bon bain de soleil ! On l’a promis :on bronze un peu et stop ! La peur du cancer de la peau, n’est-ce pas ? Je nous fais rire. Je descend arroser encore plantes, arbustes, lilas, bouleaux, sapins anciens et nouveaux. Ondinisme, sire Ellis ? Bin oui !
Le soir, pages de nouvelles, la neige, Kaboul, un tunnel creusé par les soviétiques, camions enlisés, vieux tacots, pauvreté, avalanches, détresse, un monde entre eux et nous, oui, nous au soleil dans les Laurentides luisantes de lumière de fin d’avril. Malaise ! Lecture autre : À Calais et à Pas-de-Calais. Misère. Chômeurs. Camp de réfugiés. Atrocités. Pègre profiteuse. Seigneur ! Nous…au soleil, plus tôt…Moi arrosant ma petite vallée de moins d’un arpent ! Dans un coin de canard : Yves Boisvert, oh ! parle comme moi : sa méfiance des chartres, profit des individus et à bas les collectivités… ! Ça fait du bien, on est au moins deux ? Ailleurs encore : l’acteur Dumont et Foglia, chroniqueur, même amour des chats. Le grand amour ! Fou hein ? mais je me dis qu’un chat ferait bien mon affaire. Aile « pas contre », pas du tout. Ça viendra un jour ? Papa en avait toujours un dans son restau-cave. Et je l’aimait bien sa vieille minoune aux couleurs de faux tigre pour rire, vieux matou de ruelle minable et attachent; même lui !
N’en rien dire ? Par crainte de vide, de manque, je ramasse des tas de coupures des journaux et magazines. Qui ne servent pas. Qui grossissent sur ma table de coin. Folie ! Refuser de transformer mon journal en livre de commentaires des actualités. Trop facile. Non, m’obliger à y mettre le réel des petits riens, c’est cela, avant tout un vrai journal intime. Sinon ce serait un essai déguisé en journal comme il y en a plein, comme il y en a trop.
Aile fut folle de la série télé : « La vie, la vie ». Moi ? Moins. En somme, 3 gars et deux filles qui vivotent autour d’un bar-café d’homos discrets et gentils sur le Plateau. La grosse femme de Michel Tremblay (1950) est morte et enterrée. Les enfants de Notre-Dame de Grâce, d’Ahuntsic et des banlieues calmes de la ceinture (nord comme sud), remplissent (1990)son logis délabré que l’on a rénové pas mal, la brique à nu, le parquet huilé, à la poubelle les beaux papiers-peints des Belles-sœurs mortes, les prélarts cirés.
« Les temps changent » dit« La vie, la vie » du jeune Bourguignon, bien mis « en images » par le jeune réalisateur Sauvé, (atout d’importance dans un tel récit flou, mou ). C’était un portait des trentenaires 2002 ? Comment savoir. Tous tournent autour de « médias, électronique, communications », etc. Cela me fatigue. On voit cette poutine « ouvrable », partout, dès qu’on veut montrer des jeunes au boulot : romans, cinéma, télé. Narcissisme des jeunes auteurs ? J’en ai peur.
Un soupçon de tragique avec cette bande de zigues sympas, sans la volonté, ce serait dérisoire ?, se forger un destin solide. Désabusement léger ? La précarité des emplois fait cela ? Un zest d’angoisse. Pas trop. Pudeur obligatoire ? Refus du lourd drame ? Peur de faire face ? En somme, une fresque gentille, microcosme de jeunes sans grande personnalité. Aucun tranchant, un réalisme doux-amer, la banalité salée-sucrée, , douce-amère : on veut le bonheur. Qui ne le souhaite pas ? On voudrait l’amour aussi mais on craint de trop s’engager. Égoïsme répandu comme lierre désormais.
Bref, j’aimais écornifler chez ces éternels ados.
8-
Cracher 180 tomates avant-hier :déneigement de l’entrée de voiture, trois coups de pelle mécanique et hop ! Écrivain ? Niaiseux ! Déneigeur, c’est payant ! Commence pas ça, tit-quelaude !Gros ou petit hiver c’est le même prix chez les messieurs Bertrand. Je lui montre de nouveau les hauts cèdres à couper. « Hum, ouaille…En mai, pas avant, la sève…On pourrait amincir surtout, couper les têtes, non. Euh…on verra… » Bon, attendre en mai pour du soleil au petit-déjeuner sur l’étroite terrasse de l’ouest. Puis je dis à Aile : « Si je grimpais là-dedans, avec mon égoïne, une corde… » Oh non, non ! Que je te vois mon chou, tu pourrais tomber et te tuer ! » Elle m’aime hen ?
J’entends, je lis : France D’amour. Non mais… Pourquoi pas Canada DeHaine ? Les baptiseuses d’ici, des fois…Il y a eu des Martial (DaSylva) et des Royal (Marcoux). Des Jeanne D’Arc ! Eh oui, j’en ai connu. Il y a, au vidéoboutique, une… Victoire-Amélie ! Qui est forte en rébus-ciné car elle a expliqué devant moi à Aile, dimanche midi, le nerf-moteur de ce film de Lynch (avec un Y) « Mulholland drive »! Et je lis, aïe, aïe : Marie-Pierre Jacques, dans mon courrier électro. Ah oui, folie de ces baptêmes aux prénoms insensés !
Coup de fil tantôt, l’animateur-reporter à « Enjeux », en grève, collabore avec à un projet d’une compagnie privée. Il me parle de Richard Blass, ennemi no.1, tueur féroce, recherché partout un temps. C’était, oui, un « p’tit gars de Villeray ». Sa tragique histoire —la police l’a assassiné à l’aube dans un chalet laurentien comme la police de Paris a assassiné son caïd—Mesrine. Le « chat » de la rue de Castelnau m’avait inspiré ce noir roman : « L’armoire du Pantagruel ». Au bar « Gargantua », rue Beaubien, Blass, encore évadé récent de taule, avait fourré tout le monde dans l’armoire réfrigéré et avait mis le feu au bar-joint-beer. Édifiant personnage, légendaire ! L’homme d’Enjeux ( son m’échappe) me veut pour une entrevue filmé. J’ai dit oui, je souhaite parler des gangs terrifiants d’Irlandais de mon enfance.
Je reviens tout juste de l’École-Bouffe. Nos étions six. Pas grand chose. Aile déçue et non. Potage. Agneau en côtes. Fêves au lard. Et, tant mieux, aucune pâtisserie; je n’aurais pu résister cette fois. Ne pas fumer m’excite pour du sucré !
Tremblay de retour au théâtre. L’homme de Key West en entrevue fesse sur la critique d’ici. Oh que c’est dangereux ! Certes, il s’en fiche bien. Sa réputation est assise solidement mais… Rancunes tenaces connues…Pas méfiant ? Ou au-dessus ?
La Moreau, l’actrice de Paris, parle de la Duras et dit : « L’écriture c’est la solitude absolue ! » Mon Dieu, je sais pas…Pas vraiment et pas toujours. Au temps de la rédaction, peut-être. À moins d’être plongé dans une sorte de totalitarisme littéraire et de ne plus vivre normalement. Le film sur Marguerite Duras et son jeune homo (qu’il faut cacher, taire, selon ses ordres) Yann Steiner (de son vrai nom : Lemée, Breton d’origine) ne fait pas dans le superlatif. Oh non !Critiques molles. Genre : « Pas mauvais mais… » Aile : « Ouengne, on ira pas voir ça ! » Quand deux ou trois, parfois quatre (La Presse, Le Devoir, Voir, Ici ) articles n’apprécient pas, on biffe la… marchandise ! Et ça vient de finir.
Dimanche soir, retour « Aux Délices de Provence », restau habituel et pas trop cher. Ses bons potages (aux légumes, dimanche) dans un grand bol avec louche ! Pâtes avec moules, sa tarte au sucre, recette de sa mère la provençale. Claude, le chef (il fut « Aux Trois Tilleuls » avant d’ouvrir sa boutique de la rue Chantecler), tout heureux de rouvrir. En hiver, il ferme, le saligaud. Client voisin, un certain Bessette avec épouse. Il est de Villeray. Oh non ? Pas encore ! L’impression que nous avons vécu, tous….Il me parle du grand garage des Jarry rue Saint-Hubert…
Vu à la télé un effrayant documentaire, vite fait hélas, à Artv, ou à Historia, à moins que…TV-5 ? non, RDI, ah ! ces canaux désormais…En té cas, on y a vu des génocides et en grand nombre. Surprenant. Le film portait là-dessus. On a oublié trop vite Pol Pot, l’Arménie, les Kurdes, la Somalie, le Rwanda, et tant d’autres génocides moindres, c’est une découverte fort désagréable : On a honte d’appartenir à l’humanité. C’est simple !
À PBS, dimanche soir, splendides images avec « Nature ». Des chevaux sauvages en Ohio. Campagnes vastes. Que des plainers, des collines. Quelle belle bête, le cheval ! Quel repos de visionner ce genre de télé ! Aile aux anges comme moi !On devrait dénicher où se trouve ce canal naturaliste exclusif. Il me semble qu’ il existe, non ? L’écran devenant une image mouvante en pleine nature, quoi demander de mieux ? Quoi voir de plus beau ? Il y en avait des bruns, des roux, des gris et des blancs, des noirs, vraiment la faune à longues crinières, à longues queues soyeuses au vent, la beauté parfaite. Soudain, carcasse : un ours glouton s’arrache cette viande de cheval crue. Ailleurs, deux renards qui guettent. La nature comme un risque : orages, éclairs violents, électrocution d’une bête, tuée raide, les jambes en l’air ! Nature parfois cruelle !
En fin de soirée, tard, (élections en France !) « Campus » de Guillaume Durand. On cause polars. Auteurs réunis. Jacasserie à toute vitesse. Le demi-sourd en perd de grands bouts. Et…Il y a cet accent 17 ième ! Et l’accent septième arrondissement :quartier des « écrevisses » rondouillards !Ouen ! Respect solennel pour les pionniers des USA, évidemment. Hommages rendus. L’amie Barcelo n’y était pas. Eh ! Un livre, « Rue du petit ange » fut décrété « chef d’œuvre » !C’est rare chez Durand. J’ai noté.
J’ai entendu, bout de document de télé genre socio-psycho, « la faute à la société » ! Oh non, chu pu capabl’ ! La faute au gouvernement ! La faute au système ! Merde ! C’est l’accusation fourre-tout. Facile. Si pratique. Pour se déresponsabiliser, les chefs syndicaux, les agences caritatives, les leaders d’opinion, tous, ils y vont à bride rabattue, tête basse, enfonçons dans ce bon vieux tas : la faute au système, au gouvar’ n’ment, à la société…Cette télé parlait d’une famille d’accueil remplie de manipulateurs face à face avec des manipulateurs du système « providentiel » … Le beau duel : exploiteurs versus exploiteurs ! Belle famille ! À nos frais de cochons de payeurs de taxes !
Suffit ! Nommons un (ou des) vrai coupable. Ciblons clairement. On ne cesse d’entendre cette scie :le système » ! Les ministères ont un nom, des ministres ont un nom.
Un soir dernier, Levant le nez de mon live, je pige des bouts de la série « Emma », on dirait que ma chère Aile —livre à la main pourtant comme moi— les guette, ces feuillerons surannés ? Et j’y entend un bien sombre mélodrame. Un mélo mélo mélo ! Je me crois replongé au siècle des séances pleurnichardes des sous-bassements d’église avec cette série « Emma ». Je n’en reviens pas. Aile rigole quand je sors mes moqueries, mes grimaces, mes râles et mes sniff, sniff. L’acteur Michel Forget, sérieux et grave, ridicule quoi, , au lit, mourant, entubé, la larme coulante… Un ex-batteur de môman, dit un fils révolté au chevet de l’ogre, femme, maganeur de famille, ronge le frein debout, ravageur de conscience antique…Le voilà en grand chaviré qui va tourner du regard fixe…Mais qui sont les sripteurs de ces fadaises ? C’est le retour à « La piastre varte », au « Sarpant de l’ alcoolisme » ! Incroyable ! Il y en aurait d’autres et pires ! Diable, qui regarde cela sans rire ?
Suffit pour un petit lundi frette et sans solaire lumière, non ?