Le vendredi 19 avril 2002

Le vendredi 19 avril 2002

À CŒUR OUVERT
1-
Pas de soleil ce matin mais toujours cette douceur, ce printemps qui a surgi si subitement qui fait que nous sortons balayer, brosser…nettoyer. Moi, hier, je retire les tapis de coco, je sors deux râteaux, je cache les pelles. J’’installe les deux boyaux d’arrosage, un pour le jardin d’en avant, un pour le terrain d’en arrière. . Oui, un vrai plaisir. Cinq mois au moins à attendre cette saison. Les Québécois nous devenons comme fous quand, enfin, enfin, enfin, revient ce climat de douceur. Le lac —quand? dans la nuit— est redevenu de l’eau !
Je n’aurais pas à aller bien loin si je veux entendre jaser des camarades écrivains dès demain matin, samedi. En effet, juste en face de chez moi, le président de notre « Académie des lettres », le poète Jean Royer, lancera une série de causeries au Chantecler.
Y aller ? Peut-être. Je viens de raconter un terrible canular dans « Écrire. Pour l’argent et la gloire » :invité à un de ces colloques, au Mont-Gabriel cette année-là, j’avais lu un texte-bidon avec des noms d’auteurs fictifs et des citations fictives et…on avait écouté cela sans broncher. Je voulais me moquer des amateurs de citations savantes, celles des cuistres habituels, toujours présents à ces réunions littéraires.
Si j’y vais, porter alors un carton d’identification : « reporter ». Oui, « envoyé spécial ». J’aurai un carnet de notes. Un bloc. Je serais l’envoyé du journal… Le quel ? Bin, le mien. Mon journal. À Aile : « Accompagne-moi demain, tu verras ce monde des littérateurs, ça te changera des acteurs et réalisateurs, non ? et il en viendra d’ailleurs, c’est dans le journal de ce matin. Viens donc ! »
Aile : « Non, non, pas le temps. Et demain, si tu vas là, ne me reviens pas trop tard, on va souper chez les D. J’aurai des courses à faire avant d’aller là. » Voilà comment madame estime les gens de lettres ! Édifiant, non ? Me suis toujours senti un peu « à part » à ces meetings d’écrivains. Pourquoi ? Sais pas trop. J’étais un décorateur de télé qui publiait un roman par année, pourtant. Cadence pourtant rare parmi mes collègues en écritures. Un scénographe de variétés qui a une marotte, un… « hobby » ? Oh ! Cela ou…Sais pas. Je me sentais, au milieu des écrivains, un étranger. Bizarre sentiment. Je voyais des « fous d’écrire », des studieux du « livre », des acharnés, des « graves et seurieux » zigues. Oui, moi, j’écrivais comme par les soirs, les week ends et un mois par année en vérité.
Bientôt donc, dans le journal, c’est probable, des notes sur les invités du colloque littéraire de cette année. Irai-je en pédalo, le lac maintenant fondu ?
2-
Hier, joyeux, j’arrose un peu partout. Aile rigole. Elle sait qu’arroser chez moi, est une sorte de bonheur total. L’eau ! C’est la vérité. C’est dröle, remonté sur la galerie, je lis dans le vieux volume du savant Ellis : « L’ondinisme », dont j’ai parlé il y a peu.
Il y a 270 pages. J’en suis à la page 115. Étrange discours sur la pisse. Les pisseuses. Ellis nous sort les mythes, les légende, les contes, les fables, les statues (dont le célèbre Manequin-Piss de Bruxelles), les tableaux, les décors, antiques ou moins anciens, sur… « uriner ». Étonnante rétrospective qui va du jet d’eau illustré par les fontaines, des concours de jets d’eau par les gamins qui pissent en riant, des postures des femmes qui urinent et cela à travers les âges et selon les contrées. Ellis parle de Noé (l’eau qui monte) et de Moïse, trouvé sur l’eau.
Évidemment, après ses énumérations chronologiques, il en vient à son sujet :l’érotisme uréthral —ou urinaire— et l’érotisme anal qui est autre chose. C’est fou et captivant de lire cette étude. J’avais lu sur le diariste célèbre qui aimait pisser sur sa femme ou qui aimait se faire pisser dessus. Mais avec Ellis, c’est les savantes explications de cette manie. Freud est appel à la barre comme l’on pense bien. Lui et ses disciples dont cet auteur. Des mots s’amèenent : enuresis. Énurèse. Uropoiétique. Amphimixis. Urolagnique. Urolagnie. Anurie. Exhilaration. Exhilarant. Ouf !
En fin de volume, Havelock Ellis parle de cleptolagnie. Un temps, freudien passionné, je cherchais à tout savoir sur le subconscient. J’avais donc accepté ce livre avec plaisir quand le libraire René Ferron me l’offrait vers 1965.
Ondiniste moi-même (!) , je quitte le bonhomme Ellis et retourne arroser les jeunes arbres plantés l’an dernier. Ah oui, ce jet d’eau fait plaisir à voir, à diriger. En fin d’après-midi, avant souper, j’irai même jusqu’à arroser le recouvrement —en déclin de plastique— des murs de la maison. Une crasse grise coule jusqu’au sol. La satisfaction de sortir de l’hiver. La joie d’entrer en printemps, les lieux nets…comme dans « Journées nettes », tiens, le tite du journal sur mon site web.
3-
Paris imitera désormais New-York. Hier soir, une première, à la télé de Artv, de Paris, un long entretien, très captivant, avec Philippe Noiret. « Un cancre total », admettra-t-il. À trois reprises, Noiret se taira subitement, comme étranglé d’émotion, comme en proie à des souvenirs trop riches. De la bonne télé. Mieux qu’avec notre habile Lipton et son « Actors studio » newyorkais car c’est dans notre langue. Hâte déjà de voir, jeudi soir prochain, la deuxième partie de cette interview. Promesses fameuses, on y verra sans doute tous les grands noms en un défilé fascinant. Vive cette sorte de bonne télévision !
J’ai fini de lire mon exemplaire du Nouvel Observateur. Une page sur l’ontarienne célèbre Margaret Atwood —la vis-à-vis de Victor-le-matamore, livre dont j’ai parlé ici— à la toute fin de l’Obs. Son tout récent roman contient des extraterrestres. Oh ! C’est le récit d’un romancier aux prises avec un roman trouvé qui raconte le blocage d’un roman en cours …Ouen ! Je n’aimerais pas lire cela, je le crains ! Je déteste ce narcissisme à la mode. En vieillissant certains auteurs se regardent le nombril (comme font tant de jeune par ailleurs !), ils s’examinent en train d’écrire. Je me méfie de cette soupane égotiste, moi.
On commente un livre sur l’étonnant Augustin, le saint, théologien fameux qui disait : « Aime et fais ce que tu eux », ma devise. Aussi un livre sur cette Simone Weil, morte de tuberculose jeune, juive parisienne anxieuse du destin du monde, convertie en catho, qui se fit ouvrière d’usine, qui s’exila à Londres, qui était une mystique —une hystérique disent les athées bien entendu. Bref, on parle de sujets qu’un magazine comme notre « L’actualité » n’aborde jamais. Ici, racisme inverti, on doit se dire : « tout cela n’intéresse pas nos misérables lecteurs » . N’est-ce pas ? On est tous, les Québécois, des cons abrutis, c’est certain. Alors, hélas, on reste des « jamais stimulés » à cause de ce mépris ambiant des dirigeants en presses diverses. Et, aliénation en mineure, on achète des produits « made in Paris ».
4-
Après le Noiret si bien confessé, nous regadons à ce canal Artv, « Métropolis », un magazine de Berlin illustrant des événements artistiques divers en Allemagne. Ah que cela fait du bien ! Les Québécois ne sont pas frileux, ils aiment les mondes étrangers. Mais il n’y a que les USA, sans cesse et toujours. Aile et moi étions ravis de voir autre chose que New-York et Los Angeles, merde ! Non pas que ce « Métropolis » était si bien ficellé, non, mais il nous changeait de la poutine impérialiste USA. Pouvoir regarder ce qui se brasse (théâtre, danse, peinture, cinéma etc.) en Italie, en Espsagne…Mais où voir cela ? Consultez l’horaire de télé : un peu d’ici, du français sur 6 ou 7 chaînes et 25 canaux et plus d’anglo-américains ! Sur ce sujet, la belle niaiseuse de Maréchal me criait : « Quoi Jasmin, on est en Amérique, on est pas en Europe ! » Oser parler ainsi à l’heure des satellites partout, de l’échangisme mondial, des rubans transportables et rapidement décodifiables ?
Vu aussi, toujours sur Artv, le romancier Philippe Djian. Célébré par son célèbre roman (mis en film) « 37. 2, le matin », il frappera un certain mur par la suite, se livrera alors à de la…porno (!), disant à l’écran que « c’est de la merde ce qu’on trouve dans les sex shops » (!). Ajoutant « qu’il est très difficile de produire de la vraie porno ». Mon Dieu, quelle noble tache mon Philippe D. !
Souvenir : je tentais, en 1985, sur TQS, d’animer un talk show sur les livres et ce jeune célébré, Djian, en studio, boude, joue le désintéressé, me bat très froid quoi. Malaise total alors. J’en garde un cuisant souvenir. Un « p’tit frais chié de Paris. Point final. Plus tard, le Arcand cinéaste —un mauvais jour— lui aussi, affiche des airs de grandeur et de mépris souverain pour l’émission en cours. Djian sépare nettement érotisme et porno. On saura pas les frontières…fines des deux domaines. Le « pas de sentiments » en serait la loi.
L’interview sur Artv se poursuit et ça jase sur l’obsédé Ouellebec (avec « Particules élémentaires » et « Plateforme ») et la copuleuse bestialiste, Catherine Millette. Enfin Djian parle de son petit dernier, « Ardoise », qui raconte sa gratitude envers des auteurs « premiers » chéris : Kérouac, Cendrars, Henry Miller. Il dira : « Voilà, j’avais envers eux tous, « une ardoise », une dette, j’ai payé. Aile me dit alors : « Ah ! comme toi avec ton « Je vous dis merci ». Pas tout à fait, je remercie, moi, non pas des littérateurs qui m’auraient marqué, mais des gens généreux de mes humbles commencements.
5-
Vu « Fortier » hier soir. Aile y tenait. J’aurais pu aller lire à l’étage mais j’aime rester près d’elle. Encore, j’en ai parlé, la démonstration, « farouche » chez Larouche, que 1- « la femme » est la seule brillante parmi le policiers mâles. 2- Et que « la psychologie » est le seul moyen pour solutionner tout. Comique non ? Ce féminisme (inconscient ?) joint à la louange du métier de l’être aimé. Rigolo, oui. Le texte était mal « économisé », confus, sans rythme solide, avec un temps massacré, la réalisation suivait, mollement voyeuyriste, complaisante, sans chronologie claire. En somme un amateurisme bien dissimulé dans une facture (fabrication ?) habile, moderne, aux effets sonores efficaces. Discussion sur « contenant » dynamique et faible « contenu » à l’horizon ? Non . Pas le temps.
Vu aussi la fin de la série « Tabou ». Pour cette saison. Tout revient si tout lasse et tout casse ! Bonjour les accros ! ce « Tabou »,,c’est des allures modestes, pas du tout « gros chiard », pas prétentieux. Louise Portal, Germain Houde, Claude Léveillé —acteur habile souvent— offrant de bons jeux. Visite au Nicaragua ! Téléfilm-Canada —nous tous quoi— est riche. Bof, payé en pesos, non ?
6-
L’autre soir, Paul Arcand, à TVA, tisonne (!) Gabrielle Lavallée, devenue manchote par l’opération à froid du Moïse québécois. Un capoté vicieux, dominateur de filles abusées, G. L. fut une victime d’inceste, enfant. Un dérangé mental mais « qui a un gros quotient intellectuel » affirmera sa proie ! C’est une des nombreuses sottes épouses du polygame, malade mental, Roch Thériault, alias « Moïse ». Inyerné, il sortira de sa prison du Nouveau-Brunswick, c’est probable, un des ces prochains jours ! Malgré ses menaces de mort à l’endroit de cette Gabrielle selon ses dires.
La justice d’ici est ainsi faite. Compassion sans fin pour les désaxés…jusqu’à ce qu’ils récidivent. On en a vu un cas (pédophilique) récemment. Folie ! Une confession télévisée pitoyable. Arcand, stupéfait avec raison, se tait parfois. Il cherche, comme nous tous, à comprendre cette grande niaise qui aurait dû prendre ses jambes à son cou et fuir le monstre. Elle dit : « un grand charisme, il avait ! » Ouen ! Le masochisme est un gros mystère humain !
L’ex-martyre du fou parle vite, a une diction curieuse, affiche un vocabulaire primaire mais, soudain, sort des mots savants. Elle est allée en cure, en thérapie, sans doute, et emprunte maintenant au vocabulaire des psys. Elle avoue une jeunesse de cauchemar, elle sort d’un gouffre, d’un abîme grave, et tout cela vient d’être mis en film. C’était couru. Un cinéma plus ou moins « non-fictif », qu’on verra bientôt avec l’excellent Luc Picard en gourou psychosé.
7-
Je ne fume plus. Aile en bave davantage que moi. La faiblesse de « la » femme ! Je la taquine. Elle ne rit pas. Déception avec cette École-Bouffe parfois. Faisan…viande dure, hum…pigeon, pas de viande du tout, de la peau et des os, leurs « osso-bouco », viande sèche. Aile pas contente ! Moi, énervé. Je dois être prudent et ne m’y connaît pas. Hier, très bonnes bavettes d’aloyau. Bonne sauce. Bon goût. Ouf ! J’ai la permission d’y retourner. Eh oui, c’est la « dragée haute » avec mon Aile, je ne vis pas avec une Gabrielle L. Si j’osais vouloir lui couper… un seul doigt, même le petit…elle m’arracherait les yeux et vite ! J’aime pas les filles masos, alors.
Enfin, rentrée de chèques, hier, de TVA. Pour Jocelyne Cazin et mes topos-débats chez Bruneau. Ça fait du bien. Envie de m’acheter de nouveaux pinceaux. Des gros. Et des litres, oui des litres, d’acrylique, bleu, jaune, rouge, blanc, noir, sortir beurrer (barioler) ces vieux stores qui traînent dans ma cave. Je m’ennuie de peindre. « De la peinture ? », dirait Aile et elle me dira : « Bien. Bon, regarde, tout s’écaille, il y a les balustrades, les planchers des galeries… » Et elle aurait raison. Bientôt, je vais m’y mettre. Dire que je rêvais tantôt de peinture dans le sens riopellien du mot !
Au Salon de Trois-Rivière, dimanche, il y a eu discussion vive à propos de la dictée « à pièges » du golfeur, chanteur et brasseur de malt, le « guadéloupéen » sympa, Robert Charlebois. Des « pour » et des « contre ». On s’agitait sur scène, Jacques Laurin, fier et noble, gardait ses distances. Une sobriété de vieux garçon bien élevé. Moi, le dictées farcies de pièges, je suis « contre » mais j’ai gardé le silence dans la salle.
Une maîtresse d’école (retraitée, elle l’a spécifié) a bondi à un micro libre en écoutant un Léandre Bergeron, boulanger à ses heures, affirmer qu’il faut se méfier des dangers de montrer aux jeunesses que le français c’est un tas de difficultés, des entourloupettes rares, des pièges à cons. Des exceptions folichonnes, etc.. La demoiselle en gris-fer, raide et bien fâchée, était furibarde ! Ensuite, silence de mon Bergeron, prudent et souriant. On ne réplique pas à Jeanne D’Arc. Bravo !
Rêve dans ma chambre d’hôtel rue Hart, samedi. Je suis dans une sorte de club chic, un « Iberostar », quatre étoiles, comme celui connu l’an dernier en République dominicaine. On nous conduit, sages touristes, à un lieu vénérable, c’est marqué « Muséum » dans son fronton de pierre ruinée. Le guide nois mène aux caves. Plein de musiciens. Du jazz, des airs sud-américains aussi. Boisons. Rhum surtout. Je bois un peu. Fumée partout. Lumière rare. Je cherche Auile. Disparue. Enlevée ? L’amie, M.-J., sort d’une pièce et me saute dessus ! Ma surprise totale ! Elle rite, se moque de ma pudeur. De ma retenue. « C’est congé, fête, vacances quoi, dit-elle ». Je reste figé. L’attitude du refuseur digne. Elle tente de m’embrasser. Je me sauve d’elle. Dédale fou dehors. Petites venelles louches. Je suis perdu et soudain, miracle des songes, je retrouve notre « Iberostar ».
Ouf ! Aile est à une terrasse du vaste hall de plein air, elle boit un jus de fruits. Je lui raconte l’incroyable assaut de sa chère et fidèle amie. Elle ne me croit pas. Je me réveille.
Toute cette fumée… mon manque de nicotine…cause de ce petit délire ?
8-
Vu ce Salman Rushdie (à Artv)nparlant de son nouvel exil : Manhattan. Il dit : « attirance et répulsion à la fois ». Une facination, non ? Il dit : « une jalousie universelle sotte envers New-York que toute cette littérature actuelle. » Laquelle ? Celle publiée dans les grottes des taliban ? Il ajoute : « une envie maladive face aux USA ».
Franchement !
Jacques Chirac avait fustigé cet auteur au tempos de son livre illustrant le prophète Mahomet en satyre dégénéré. Moi aussi, je jugeais qu’il était facile de ridiculiser une croyance, un chef religieux reconnu mondialement. De faire des Jésus en homosexuel ou en sado-maso et quoi encore ? Je regardais son visage de…satrape, son faciès de fouine pas clair de nœud —eh oui, juger sur le physique c’est donc pas beau, hein— je continuais à ne pas estimer ce grand voyageur qu’on a montré longtemps comme un « terré », une victime de l’Iran sauvage des intégristes. Rushdie publie une sorte de polar (sauce, peut-être, Umberto Eco ? L’hyper-cuistre qui aime pas voir le populo en musées !) et Salman va guetter les échos. Il s’est exilé au cœur de l’argent et du pouvoir, en nouvelle « Roma », alors ma méfiance augmentée. On verra bien ce que cet arbre, encore une fois déraciné, volontairement, donnera…
8-
Pivot dixit : « la francophonie, ça fait ringard et il y a trop de pays si peu français dans ce vaste club… » Badang ! Dans L’Express, un édito que je résume : « La France, pas unie comme avant, trop de religions, trop de protections spéciales, trop d’ethnies en ghettos, refus de s’intégrer comme jadis, fracturée la France, émiettée, avons nostalgie de la bonne vieille république uniforme de jadis avec ses seuls mots : liberté, égalité, fraternité,… »
Eh b’en ! Rapprochement à faire partout. Ici comme ailleurs. Peur aux USA de l’espagnol qui monte ! Fin des pays univoques, début de tous les brassages. La dictature (!) des majorités, de la multitude, mise à mal désormais ? Nous sommes 84 % au Québec, non, pas vrai ? Et entendre : « pis ça ? » Place aux droits de chacun. Mosaïque totale ? Savoir qu’en France aussi, des hommes de gauche se posent des questions. Ravage des « chartre de droits » —avec, jamais, aucun devoirs collectifs à respecter— oui ou non ?
M’intégrer à la majorité, moi, dit le nouveau venu …Pourquoi ? Votre pieuse et révérée chartre me protège. Je n’émigre pas vraiment. Je reste ce que j’étais…Exil ou non ? Où ai-je mis mon kirpan ? Voyons…
8-
Tu as donné un 5 piastres à un parti politique. Disons un 5, au P.Q. Tu vaux quoi ? Une corporation (de pub) donne 195,000 $, elle. Elle vaut quoi ? Mieux que toi, petit tarlais ! La compagnie fera des profits : un million et demi en bel argin, viande à chien. « Group’Action » c’est de l’argent bien placé. On fait des copies d’un même rapport sur « comment bien tapisser arénas et amphithéâtres de drapeaux unifoliés… »
Et on m ramasse la mazoune. Un scandale. Qui restera lettre morte ? On va bien voir. En réalité, tous les politiciens se tairont peut-être. Et les journalistes aussi. Connivence. Ils sont bons copains aux restaus des parlements. Quoi, c’est la pratique courante. Partout. Au P.Q. comme chez le petit Mario ? Partout. Il y a les gros, les moins gros mais, partout, c’est ce rackett.
C’est passe-moi le sel, je te passerai le poivre. Après ça, on verra des rigolos surpris : Mon Dieu, où va la démocratie, les gens vont plus voter ? Mon Dieu, le public méprise les hommes politiques, c’est malsain ! Gauche, droite, libéral, conservateur, un seul club. Celui des favorisés. Quoi, tu donnais un petit 5 à un petit parti ? Tu vaux rien.
Un scandale actuel ? Récemment, la firme diabolique « Enron », l’enfer des fourbes et des spéculateurs avides, qui trompent les petits spéculateurs niais (ses travailleurs salariés candides), aux USA, montre le scandale des scandales. Avec des « arrosés » au Sénat, à la Maison Blanche.
Effroyable…et le temps passe…Le silence se fait.
Dehors, la clarté. Je vais aller arroser mes bosquets, tiens. Les laver de l’hiver.

Le mercredi 18 septembre 2002

1-
Allant à drogues —journaux, magazines et cibiches— je sens plein d’eau dans l’air. J’aime ça. Rivage maritime. Océan en vue ! Plus tard, ça se déverse. Aile chaque fois : »Clo ! Monte vite fermer les fenêtres de la chambre » ! J’ « haguis » ça ! J’y vais docilement. Avant le bain avec mousse (!) —Aile fait couler ce bain trop souvent— coup de fil de Delphis qui le solide compagnon de cette Ladouceur, initiatrice du concert-expo à Saint-Arsène, le lundi 14 octobre. « J’ai déniché un nouvel encadreur, un Italien habile, mécène consentant, c’est à Montréal-Nord. Apportez-lui, au plus tôt, votre paquet d’images. C’est réglé : votre expo sera installée dans l’entrée de l’église à Saint-Arsène. L’arrondissement fournit les cimaises-panneaux et les réflecteurs ».
Mon Delphis m’inquiète, il devra acheter les vitres ailleurs ! Où mettre les titres, les prix, l’ annonce du généreux donateur ? Il ignore la manière d’un vernissage….et le reste. Je me dis, nerveux, jamais plus de bénévolat. D’œuvre caritative. Trop d’amateurs. Je finis par me calmer mais je devine que l’ « affaire concert-expo » du 14 sera improvisée pas mal. Bof, tant pis ! On n’en meurt pas et puis je serai dans ma chère « petite patrie ».
J’espère que chez Graveline (l’éditeur) on aura fait les photos des 25 élus et que, mardi midi (après TOUS LES MATINS), je pourrai transborder le « paquet » chez cet encadreur. Une légère angoisse m’habite : peur d’oublier un rendez-vous. Beaulieu qui n’expédie plus les épreuves du tome 1 du journal ! Mystère lourd ! Coup de fil de Monique Miller hier soir : « Claude, ces textes pour le 1er octobre au Centre culturel Frontenac (« Mardi-Fugère »), c’est trop long paraît. Selon l’Uneq. Je coupe ou tu coupes » ? Je dis : « Je te laisse libre. J’ai confiance en toi, Monique ». Paresseux va ! Ce matin, lettre à mon frère Raynald, retraité et peintre à ses heures. Je lui demande un tableau sur un thème de « notre enfance dans ruelle ». Si mon cher cadet fait à mon goût, j’organiserai une édition d’ « Enfant de Villeray » illustré par lui. Car…
Car, hier, j’ai reçu un appel chaleureux, enthousiaste, de René, un pharmacien beauceron étonnant, amateur de beaux livres, qui a édité entre autres, un joli livre sur les dessins et les textes de ma chère Clémence Desrochers. Il veut absolument un texte et des dessins de moi. J’ai promis de trouver une « géniale » (!) idée pour sa petite maison artisanale. Il était tout content.
2-
L’illustre peintre Claude Monet aurait dit avant de mourir : « Je n’ai jamais rien vu de laid dans ma vie » ! Oh ! Ah ! Je le répète, c’est le regard qui change tout. Je le répète : « Un tableau génial regardé par un crétin devient un tableau de crétin ». Inversement, Renoir qui était « un œil de génie » (dixit Cézanne), embellissait donc tout ce qu’il voyait.
J’ai achevé trois bouquins. 1- Tout frais sorti des presses : « Les silences d’octobre », par Manon Leroux. Un brillant florilège commenté des événements de la Crise d’octobre. Ce fut une plongée captivante dans cette époque haletante, il y a 30 ans ! C’est clair ? Non. Le livre avance que Trudeau hésitait à envoyer ses soldats. Bourassa et Drapeau (en campagne électorale avec manipulation de la peur tel un W. Busch) exigeaient de Trudeau cette…invasion loufoque. Est-ce si vrai ? On disait que Lalonde, le bras droit de PET, se promenait chez Boubou et Drapeau avec la formule à signer. Il fallait, selon la loi, une raison pour ces Mesures de guerre. On a trouvé : « insurrection (ou révolution) appréhendée ». La farce. La rumeur organisée : « Lévesque, Pépin, Ryan et cie, songeaient sérieusement à prendre (un putch !) le pouvoir chancelant. La farce. Un bon livre chez « L’homme ».
2- J’ai terminé aussi « Mon Afrique » de la reporter (radio publique) Lucie Pagé. On tombe sur le cul., Tout son livre veut réhabiliter les Noirs. Mais…à la fin, deux chapitres démolissent son livre. Maria, sa nounou dévouée, Maria, sa cuisinière bien-aimée, Maria une domestique choyée, une Noire, s’avère être une voleuse sordide (les économies du couple) , aussi ( téléphones de Pagé sur écoute mystérieuse !) une espionne engagée dans une lutte clandestine contre Nelson Mendela, et ses troupes novatrices —amis intimes de l’indo-africain, Jay l’époux-ministre de Lucie Pagé.
Morale bizarre de « Mon Afrique » : On peut pas se fier aux Noirs. À aucun ? Pagé s’en allait revivre au u.bec avec ses enfants. Jay, le beau ministre —toujours absent du foyer— reste en Afrique-du-Sud. Sa mission passe avant les amours !
Incroyable cette grasse « bonniche » Noire, bien dégueulasse, qui étudiait « les explosifs pour boites aux lettres ». Ce sera évidemment la stupeur, la police alertée, la prison pour cette « brave et si bonne » Maria la vénérée « gardienne » (armée d’un revolver caché !) des trois enfants de la reporter. Et on ne saura rien, hélas, des résultats de l’enquête sur cette satanée Maria ! Et, avec cette fin « moliéresque » on ne saura rien, hélas, des résultats de l’enquête sur cette satanée Maria ! L’écriture de Pagé sombre souvent dans une inflation verbale scripturaire plutôt insoutenable et dans crises de larmes à répétition et dans les dépressions nerveuses. J’ai été néanmoins très captivé par son récit de vie (10 ans là-bas). On y lit des anecdotes édifiantes sur ce monde politique, aussi sur ce métier de pigiste fragile, jamais encouragé, traité par Radio-Canada (radio) comme « un chien pas de médaille ».
3-
J’ai terminé hier soir un récit de vie (10 ans à l’étranger encore) étonnant. « Prisonnier à Bangkok » (« L’Homme », éditeur) de Alain Olivier est un excellent suspense. Normand lester a guidé son auteur. 245 pages renversantes.
Un petit con venu de Drummondville part travailler —à planter des arbres— en Colombie-Britannique. Il se drogue. Jeune playboy inconscient, hédoniste à gogo sans cervelle, il va se lier avec un bonhomme de son séneau, Glen Barry. Un guide pour touristes amateurs de pêche au saumon. Ma surprise : le livre débute comme finit celui de Pagé : une trahison grave. Plus de trompeuse Maria mais un sale petit « indicateur » de la GRC. Le « bon ami » Barry concocte une « passe » avec des agents fous de la police monte (on sait qu’ils sont nombreux depuis ce que l’on a appris au Québec). .
C’est un récit qui fait dresser les cheveux sur la tête —Foglia l’a rencontré là-bas— d’abord un faux assassinat —organisé par la GRC— pour intimider ce jeune polytoxicomane (mot de Lester son préfacier), ce fragile et inconscient Alain Olivier.
Pour résumer : Olivier se retrouve en Thaïlande —où il a déjà pris des vacances de jeune cochon. « Jeunes thaïlandaises pas chérantes et drogues bon marché ». Foire de « tourisme sexuel » bien connue. Cette fois, la GRC l’accompagne. Il le sait, il dit qu’il fut forcé (ouen !). C’est qu’il y a eu promesses indigestes (argent et part de drogue) pour qu’il se fasse le complice d’une arrestation de trafiquants d’héroïne indigènes. On a souhaité du gros gibier à la GRC mais la GRC s’est acoquiné avec un petit malfrat sans envergure ! Incroyable ? C’est que « l’ami » Barry, le délateur rémunéré se devait de s’activer pour ne pas perdre son statut de « balance » bien payée. Barry a menti à la GRC. Des naifs, oh oui !
Ce « raid » de la RCMP tourne donc au fiasco derriè;re un cinéma de Bangkok. Bavure gigantesque : un agent « canayen », père de trois enfants, se fait tuer d’une balle dans le cou !
Embarras HÉNAURME pour la GRC. Bavure qu’il faudra camoufler et vite. Et notre Olivier de se retrouver en tôle « exotique ». Puantes pisses et merdes partout ! On est pas au chic motel de Port-Cartier ! Il va y rester dix ans (tiens, dix ans aussi, pour Lucie Pagé, madame-la-femme-d’un-ministre, dans sa geôle dorée africaine !).
Procès burlesque et condamnation à mort ! « Prisonnier à Bangkok », est une lecture instructive, elle narre le débat d’Olivier pour se faire rapatrier. On en apprend « des belles » sur l’aide —bien molle— de nos ambassadeur (guidés par la GRC) et aussi « des dégueulasses » sur les connivences partout en hauts-lieux à Ottawa. Aussi sur la CPP (Commission des plaintes du public), dirigée longtemps par un ex-commissaire …oui, de la GRC. C’est-y assez fort ?
Très inquiétant, citoyens !
Olivier, pas tuable, organise avec des satrapes-compagnons —qui encouragent l’achat des gardiens, la corruption totale— en sa prison malodorante des tripots, des loteries, des danses payantes à travestis. Ce jeune rastaquouère ne s’ennuie pas, son lecteur non plus, il faut le dire.
Morale de cette funeste aventure où la GRC l’a piégé, l’a carrément « incité à crime » : poursuite judiciaire de tout ce beau monde de « croches honorables » pour 27 millions de $ Can. L’omertà pégrieux de nos autorités —politiques, judiciaires et policières— sera-t-elle dénoncé au grand jour ? Je parie qu’il y aura encore réglement hors-cour. Un bon petit $ 5 millions et on efface l’ardoise, non ? Et ces merdes « nationales » —GRC, juges, enquêteurs pourris— vont continuer leur « beau travail ». On n’a guère de sympathie pour ce jeune gnochon mais il nous fait découvrir un « complot » injustifiable, « hors la loi » carrément, intolérable dans un pays (le Canada) moderne. Ce qui est révélé par ce jeune excité est un scandale profond.
Je suis fort inquiet de vivre ici.
Une malchance, un faux-pas, une erreur d’orientation, un manque d’instinct et le cabochon fera fasse aux magouilles infernales de la GRC, et si on veut se défendre, de cette CPP infâme, tous de mèche avec les puissants appuis politiques. Face à la mort même ! Dans le temps, quand on a découvert, après enquête publique (enfin), les dérapages très graves (bombes, vols, incendies) de la section « intelligence » de la RCMP-GRC, on a fait quoi ? Nous le savons :on a inventé tout simplement une nouvelle police (le SRSC) au-dessus de la corrompue. Ça venait de finir.
4-
J’ai commencé un petit livre (150 pages) « Une lueur d’espoir », signé M.-É. Nabe (Edit.du Rocher). Un texte lyrique sur le 11 septembre à Manhattan. L’auteur y est brillant, images fortes, symboles puissants, métaphores déroutantes, amalgames audacieuses solides, on dirait un poème échevelé. J’y reviendrai.
Vu hier soir à TV-5, « L’abolition ». Une longue dramatique pas très bien menée, mal montée, avec acteurs faibles parfois, mais au sujet absolument fascinant. Le héros de cette « longue nuit de délibérations intenses » est Victor Schoelcher —fils de potier devenu un industriel bourgeois. Schoelcher, autodidacte cultivé qui déclarera « « je fais encore des fautes d’orthographe !) s’est mué en farouche et lumineux militant anti-esclavagisme.
Bon portrait d’époque —1848, durant la « deuxième » révolution. (La trosième éclatera conte Napoléon-le-Neveu). 1848 : « la débarque » du loufoque roi « Philippe-Égalité ». Ce sera une « nuit » historique : on finit par s’entendre dans le cabinet —où il y a Musset en ministre, Lamartine en conjuré alcoo. La loi-décret est voté aux aurores ! Première mondiale : fin des servitudes « africaines » dans les colonies de la France. Un Dumas (« Les trois mousquetaires ») y viendra plaider, Hugo s’active, lui, sur les barricades. Et Balzac est introuvable. Fasciné, j’étais.
À RDI, hier, encore la pègre italienne de Neew-York. Redondances. « Pu’ capab » ! Clichés se débattent avec stéréotypes. Bonjour la zapette chérie ! Plus tôt à RDI : documentaire sur ce Unabomber fou et l’explosion meurtrière à Oklahoma. Sinistre rappel s’il en est. Ailleurs : « La paix avec les tribus à Montréal », « pu’capab » d’avaler ses saudites reconstitutions toujours bidon quand on a pas de gros moyens. Zapettage !
5-
« Les incontournables » , à TVA, première hier. « Pu’ cabab »…avec ces défilés vains, série de « plogues » à la chaîne « de tout et de rien » où on ne fait ni critiques (surtout pas hein !) ni commentaires un peu étoffés. Comme à « Ce soir » quoi ! Service public futile en diable ! Minets et minettes, tous à « parlure nasale » forte. Cette vaste tribu des « nez bouchés », est-ce une infection ? C’est contagieux en médias ? Insupportable !
Hier matin, le dentiste : « Non, non, pas d’arrachage, gardez vos rares dernières dents. Tant que vous pourrez ! » Bon. Compris. Comment les bien garder ? Maudite vieillesse ! Revenu, lettre-réponse à ma quasi-jumelle, Marielle. Petites nouvelles. Téléjournal de clan ! Je lui ai envoyé trois paires de « passes » pour ce concert et expo à Saint-Arsène, lundi le 14 à 20 h.
Horreur de nouveau : un bus bombardé à Tel Aviv ! Le sang des innocents. Hezbollah (non Ezbola comme j’ai mis) et Hamas versent dans la terreur. Aussitôt tanks de la Tsahal vers Ramallah, vers Arafat. « Nous allons le capturer et puis l’exporter », dit Israël. Faites ça et tout va empirer en Cisjordanie. Horrible cercle vicieux.
Le Tod me contacte. Regrette notre chamaille. Pas moi ! Ne m’en veut pas de l’avoir chicané raidement. Mon Daniel Marleau revient à la surface. Il a des misères de « pigiste » abusé, c’est classique non ? Hélas. Il cherche… « sa forme ».
Mon fils, pigiste, lance son quatrième jeu de société. Il touche du bois. Son « Bagou-2 » fonctionnera-t-il aussi bien que le premier ? Aile, alertée par ma fille Éliane, a vu Daniel à TVA mardi matin —pendant que je jaspinais, ou jasminait, à « Tous les matins ». Aile : « Ton Daniel est sérieux hein ? Grave même. C’était bien. Ils ont joué avec son « Bagou-2 ». Très bien. Mais comme il est sérieux ! »
Ah ! quoi dire ? Je le vois pas lucidement, moi. Aucune distance. C’est la loi-des-parents. Les enfants —même de 50 ans— sont les enfants.
6-
À T.Q. un faux défilé pour la « Fierté hétéro ». Un flop visuel lamentable. Si long. Pour rien. Mais l’entrevue avec Denise Bombardier, oh, excellente ! Elle n’a pas cessé, avec raison, de corriger —avec raison— le tir de ses questions au « baveux de service » le brillant —d’habitude— Martineau. Cette bombardeuse est d’une intelligence rare. Ses propos sur l’amour, parfaits ! En effet, la sexualité séparée des sentiments (elle a dit des émotions, mais bon), c’est de la grosse merde. Le chemin pour la névrose, parfois la psychose et la clinique d’enfermement. Je l’aime pour son bon sens. Aussi pour ses lumineux verdicts, souvent compétents, à propos de notre société québécoise. Et ses mutations à l’aveugle.
« Rumeurs ». Une première encore et encore « pu cabab… ». Ce remuement intempestif pour obtenir un ersatz de vitalité, du rythme artificiel. La caméra trépigne, s’agite en vain. Ce frétillage ne comble pas du tout des textes vides, la banalité des propos. Une mode. « Touche la poire, prend l’ananas et mouds le café… », non, non, non, cela n’est pas du mouvement, c’est de l’agitation facile. Assez Seigneur ! Démagogie ! Assez du mépris, le public est très capable d’écouter parler deux personne durant deux minutes. Calmez-vous le pompon les suiveurs de modes.
Chantal Renaud, la « meilleure » de Bernard Landry, chez « Arcand en direct » ose dire : « La politique est un univers de brutes ». Candidement. Oups ! « Bunker, c’est vrai ? « Je veille sur lui », dira-t-elle. On croit rêver. Anti-héros landry ? « On me paye des fortunes pour écrire sur des héros, je sais ce que c’est ». Qui connaît cette auteure sur-numérée ? Personne ! Encore ? « Je suis une vraie « Monica-la-mittraille »… sur la question nationale. Franchement ! Aile : « Hum, elle fait fabriquée ». Ouen. Je le crois aussi. En tous cas elle est bien mal équipée intellectuellement pour répondre à un questionneur acharné comme mon Paul. Elle vasouille parfois, a une articulation vaseuse et on la comprend mal. Un accent curieux, celui d’une exilée longtemps en France qui vous sort un « chriss » ou un « hostie » pour sembler être restée bien enracinée. « Pas clair de nœud », Chantal R.
7-
Mon « petit camarade » new-yorkais (!), le romancier Norman Mailer s’inquiète beaucoup pour l’avenir de la démocratie, chez lui, aux USA. Ce 11 septembre aura enclenché des restrictions partout. À Londres, Mailer a accordé une longue entrevue pour confesser ses appréhensions. « Nous frisons la barbarie culturelle », dit Mailer en parlant de la puissance étatsunienne dans le monde entier. « Deux credos se font face, dit-il, le rapport à Dieu (OU Allah), et le credo des succès technologiques ». Il avance que les Américains (ordinaires, pas ceux du Pentagone) aussi font face à ce dilemme actuellement. Vrai ? Moins inquiet que Mailer (qui vit là, lui), le révérend père Jean-François Revel, à Paris, publie — « L’obsession anti-américaine », Plon éditeur— qu’il faut nous méfier en détestant les Amerloques. C’est sa bonne vieille scie habituelle. Il dit que « France comme Angleterre » peuvent bien jouer les purs et les lucides critiques des USA, qu’ils ne sont que « des jaloux , des envieux », eux qui ont perdu —après la guerre de 1939-1945— leurs empires au profit de celui des USA ! Eh ben ! Du vrai là-dedans ?
Souvent fort amusant ce Laporte du dimanche dans La Presse. Son papier du 15 où il recommandait que Bush ou tout autre Président, Premier ministre, etc., qui souhaitent une guerre enfourche leur cuirasse, leur casque et leurs bottes et… aillent sur le champ de bataille. J’ai souri longtemps. J’imaginais W. , tout sali, rampant, grenade dans la gueule, dans un désert afghan ou dans un ravin proche de Bagdad. Chapeau Laporte !
Des compliments mérités pleuvent soudainement sur le Chrétien qui a osé parler (en Alberta ou à l’ONU) : « Richesse versus pauvreté, mal distribuées sur notre planète, engendre misères et conflits ». En effet, un Chrétien nouveau nous est né. « Ainsi, je serais pas surpris, dis-je à Aile admirative, que Chirac, sur la voie-de-sortie lui aussi, mue radicalement. Aile : En tous cas, tu sais que, inimaginable il y a peu de temps, j’aime et j’admire le premier ministre du Canada maintenant. » Moi itou, Aile, moi itou ! « Pourvou qué ça doure » !
8-
Le vieux Ozias Leduc bien mort voilà que des zélés « patrimoineux » souhaitent sanctifier l’art édifiant et franco-italianiste du bonhomme de Saint-Hilaire. Or, ces machins à religiosité sont de l’art minable de Saint-Sulpice bien souvent. Des chromos. Hon ! Cloclo, t’as pas honte ? Ça se dit pas. Quoi, quoi, le long temps qui passe ne me fera jamais prendre des vessies pour des lanternes, des chromos-à-dévotionnettes pour des chefs d’œuvre. Non, non. Les fresques d’église du contractuel Leduc…pouah ! Parler d’ « art sacré » pour ces barbouillages à sfumato calculé, bons pour flatter un clergé ignare, colonisé (en 1930) et soumis aux modes cléricalo-française héritées des années 1800, c’est trahir le sens des mots. J’aime beaucoup plusieurs tableaux du Leduc —peints chez lui, loin des églises— créateur merveilleux d’un art pré-impressionniste étonnant souvent.
À Montréal, 50 Chiliens exilés au Québec ont fêté un 11 septembre très oublié. Celui de 1973. Anniversaire sinistre du suicide de l’élu socialiste Allende quand les chars blindés du dictateur Pinochet l’encerclaient. Renversement largement commandité par Washington —via la CIA, qui serait mieux nommé la SPI-USA : »société protectrice des industriels étatsuniens ». Il y aura 40,000 disparus et morts sous le bon général protégé par les USA.
Mince événement, un 12 septembre, dans la Vieille Capitale : un demi-million de belles piastres (viande-à-chien !) pourrait être versées à la journaliste du « Soleil », Claudette Samson. La radio de Choi-fm et son animateur « fêlé » Jeff (!) Fillion devraient être jugés coupables cependant.
De quoi. ? De ces : « maudite folle », « pauvre conne », « tabarnak de chienne », « bitch imbécile », « mange-marde ». C’est le vocabulaire d’un craqué du cerveau. La journaliste Samson, après sondage (en mode vox-pop) concluait, imprimait et signait : « Les Québécois jugent que les USA se sont attirés leur propre malheur ». Quand ce dérangé de Jeff a lu l’article de Samson, il a pété les plombs. Ensuite, des courriels méchants envahissent son clavier. Le « crack-pote » attire les « crack-potes » ! Résultat : « grave détresse ». Allons ! Quel citoyen normal a pris au sérieux …le furieux ? Personne. Il ne s’agit pas d’une attaque. C’est du vent. C’est niais. Des propos de cette nature ne salissent que le déboussolé qui les utilisent, non ? « Bêtise, haine et injures », dit le papier de l’avocat de Samson. Le public est pris pour des demeurés ? Les gens normaux, « ordinaires », écoutent ces « sur-menés de la caboche » et rigolent. « Un fou », se disent-ils.
9-
Denis Vaugois, éditeur, réclame davantage de fric public pour achats de livres dans les biblios publiques. Lanctôt, un de mes éditeurs, le félicite mais insiste : « achat de livres d’ici seulement ». Oh, oh ! Je vois bien qu’on se procure beaucoup, beaucoup, de « best-sellers USA » ici à la biblio du village. Il y a demande. Les payeures de taxes ont droit à leurs choix. Hélas si on veut. C’est une dure loi démocratique.
Foglia, le 14, signe : « Moi, le sale con ». Bon. C’est noté. Foglia ajoute qu’étant anti-américain —ce qui ne plaira pas à ses patrons, Pratte et Roy, mais il est syndiqué jusqu’ »aux oreilles—, il accepte donc d’avance d’être taxé d’antisémite car, dit-il, on amalgame les deux. Il envoie paître les Revel, Lévy (B.-H.), Bruckner, Finkielkraut, Sorman et… toute l’ « archibagne » qui prend « pour » W.Bush et « contre » Al Quaïda. Surprenant manichéisme ? Foglia refuse de voir les USA poser des conditions à Sadam Hussein. Il parle deux fois des 4,500 enfants irakiens qui crèvent chaque mois à cause de l’embargo. « Des fois je suis anti-intellectuel », achève-t-il ? Non mais…Ça lui prend pas trop souvent. Une chance !
Un homme chanceux ? Morris Mayers, un israélite d’ici, a blanchi 44 millions $. Profit net : 2,3 millions de dollars Us ! Aussi :importation de 750 kilos de drogue. Pas grave ? Le juge Jean Falardeau cogne de son marteau : « Ce sera, svp, 775,000$ d’amende, mossieu Mayers ». Eh bin… On a vu sortir le Morris de la cour tout souriant, léger, chic, bienheureux sinon sanctifié, soulagé. Il a dit qu’il allait se recycler dans les bonnes œuvre à l’avenir. Personne n’a ri ? Relisons la fable du 18 ième siècle : « Selon que vous serez puissants ou misérables, les jugements de cour vous rendrons blancs ou noirs ». Merci Jean de La Fontaine.
Un copain de M.M., Pierrot Amzallag, lui, avait choisi la prison au lieu de cracher un demi-million d’amende. Il a eu… six mois ! Voyons :faut détester vraiment la prison M. Mayers.
Jérémie en jérémiade (Dunn). Il veut comprendre. Une morue. 63 cents la livre. Au pêcheur ! Au magasin, à Monrial, c’est une piastre et trente neuf ! Donc 17 $ la morue ordinaire ! Grosse marge, dit Jérémie. Il en est scandalisé. Il y a l’usine (nettoyage ?), le grossiste (camion ?), l’épicier du marché IGA. Dunn finit : « Qu’on m’explique cet écart ! »
Mais oui le jérémieux. Et nous, pauvre romanciers ? C’est souvent, un roman, 20 tomates chez le libraire. Pas pour nos goussets. Minute ! Il y a l’imprimeur, le distributeur (camion), le libraire…Et l’éditeur, faut pas l’oublier. Le créateur (le sueur) a un 20 cennes par piastre, donc un petit « deux » par exemplaire à 20 tomates. Jérémie Dunn, c’est-y juste ?
10-
L’Allemagne a eu honte. Et pour cause. Les temps changent. 50 ans plus tard, on a besoin de sortir « toute la merde » de ces années noires. Là-bas, ça parle…ça parle des violés et des massacrés (par les soldats Russes) lors de la débâcle nazie. Ça parle de 125 millions d’Allemands chassés des pays de l’Est où ils vivaient. 300,000 Allemands se font tuer pour défendre la capitale, Berlin. Ont-ils le droit maintenant d’en parler ? De commémorer ces faits pénibes ? Les vieux, dit-on, se taisent. Des jeunes veulent de la lumière sur tout. Pas seulement sur les camps nazis. Le tabous doivent être secoués, disent-ils. Deux millions sont morts sur les routes en fuyant Berlin en flammes, mise à sac. Le romancier Gunter Grass, avec « La marche du crabe » a réveillé bien des misères mal enterrées. À suivre…
Le ciel se colore en mauve, du rose filandreux se glisse dans des écharpes de nuées grises, c’est beau le crépuscule, partout. Téléphone : la Francine me tint au courant pour son concert-expo du lundi 14, nerveuse, zélée. Ring, encore : ma fille me potine les derniers potins ! Ring…encore, c’est pour mon topo de mardi prochain…Ouf ! Aile : »Dans dix minutes, on soupe ! » Et il n’y aura pas de soupe ! Temps que je retourne à l’École des jeunes chefs ! Bon. On ferme ! On ferme ! Je ferme.…

Le dimanche 3 mars 2002

Le dimanche 3 mars 2002
1-
Le bonhomme hiver est tellement en beau maudit d’avoir raté sa saison qu’il se venge ce matin. Brume partout. On voit plus rien devant soi. L’autre rive du lac…invisible ! J’aime ces allures de monde disparu, rayé, contours effacés, sol englouti : mon côté romantique ? Achat de croissants ce matin par Aile, envie de varier le menu. C’est bien. Aile, frénétiquement, tousse sans cesse , un rhume étrange ne la quitte pas…elle est tellement attachante ! Des jus et du sommeil…ce matin, il est onze heure quand on quitte notre couche nuptiale ! Une certaine honte !
J’ai oublié le nom d’un grand penseur sage qui affirmait : « tous les jours, deux lectures essentielles, mes vieux testaments (bible) dans une main et dans l’autre, le journal du jour ».
En effet. Sorte de frénésie encre ce midi en ouvrant le journal. Incapable de comprendre ceux qui ne lisent pas le journal du matin, les nouvelles fraîches de la veille quoi. Mais un journal intime ne doit pas qu’être un résumé des nouvelles. Impossible par contre de pas faire écho aux activités dans notre cher monde, planète malmenée.
Pour nos braillards angoissés face aux écoliers québécois, relire (un texte de Jean-François Lizée) ce rapport d’une enquête internationale sur l’éducation (l’instruction plutôt ?) menée par l’OCDE en fin d’année. Trois grands tests depuis 1994 et cela dans 30 pays développés. Eh bien pour les sciences et les mathématiques, les jeunes québécoise se sont classés « les premiers » !
Répétons cela aux anxieux et à ceux qui, racistes invertis, nous jugent collectivement des « poches » en la matière !
« Ouen, mais nos jeunes lisent pas… » Faux encore ! Nous nous classons (lecture) bons seconds. Sur 30 pays avancés hein ?
Au total, on y est les premiers partout. Troisième est notre pire rang. Okay le sinistrosé ? Ces résultats nous installent devant l’Ontario, et, loin, devant les USA. Que nos colonisés patentés montrent sans cesse en bon exemple.
2-
Hier, le billettiste Marc Cassivi : « TQS râle, veut des prix aux Gémeaux…c’est un peu comme si Claude Jasmin exigeait le prix du Gouverneur général pour son dernier roman. » J’ai eu mon lot de « prix », me manquent que ce « General Governor » d’Ottawa (bof !) et le « David » de Québec ! Ce dernier, on finira, tous les écrivains féconds, par l’obtenir. S’agit d’attendre son tour. Un matin, folie qui m’amuse, je rameute —au lieu de prestigieuses signatures de lettrés— mes beaux-frères, ouvriers, et mes sœurs, midinettes, afin qu’ils me recommandent pour le David automnal.
J’avais expédié aux savants jurés du Prix David cette liasse de lettres, certaines écrites presque au son. Cela m’amusait d’imaginer leurs augustes figures se crisper d’horreur devant des témoignages aussi peu littéraires. Je suis un gamin parfois. Pas eu le prix, vous pensez, le jury de « doktors en lettres » et experts-profs en sémiologie et en linguistique devaient s’en torcher que les miens s’écrient que « Tit-Claude était un fameux conteur » .
Un philo-sociologue de France, Lipovetsky, a répondu aux questions de Robitaille (Le Devoir) et il prône la légèreté de l’être. Bravo ! Il reste optimiste, déteste le manichéisme actuel, à la mode, déclare qu’il y a bien plus de conscience sociale et civique chez les possédants que, par exemple, dans les années’30 quand montaient les fascismes. « Le superficiel a sa légitimité » ose-t-il dire. Il éloignerait des totalitarismes (les idéologues graves ?). Il est étonné de constater alors que l’on vante et chante partout le festif, l’hédonisme (pubs du monde marchand, par exemple), l’angoisse lourde de ses élèves dans ses classes.
Il termine son interview en disant : « Agaçants ces intellos qui dénoncent la télé tout en l’hypercritiquant sans cesse (ils la regardent donc). » Et : « Ça n’est pas de la barbarie une société qui marche à la légèreté. » Rafraîchissant bonhomme ce Lipovetsky, non ?
3-
Regardions, hier, le gala des Césars (dans un vieux théâtre merveilleux) pour les films made in France. Parfois bin plate. Amateur souvent . Séance d’école. Improvisation totale souvent. Pourtant une atmosphère de rigolade fait du bien à voir. On disait :« On ne se prend pas au sérieux comme dans ce Hollywood aux « Oscars » où la moindre seconde de show est calculée, où une machinerie impeccable prévoit tout, règne en despote furieux. Le jeune comédien, Edouard Baer, en présentateur, fit le joker. Un rigolo doué. Ainsi, vers la fin, Baer annonça qu’il va faire une grave déclaration, délicate, importune mais essentielle, trémolo dans la voix… Nous guettions une sortie historique et voilà que son laïus tombe à plat… sans sujet aucun. On verra jamais de ces farces aux Oscars si « seurieux ».
Quand un « nommé », un beur, se précipita au micro pour remercier, avant même le décachetage habituelle, ce fut une franche rigolade aussi. À Hollywood deux « videurs », armés, l’auraient sorti illico, non ? Bref, de la légèreté, tiens ! Enfin, un savant montage (et sans infographie à incrustations), vraiment étonnant, d’images d’oiseaux exotiques qui obéissaient à un cinéaste invisible, offrait un morceau d’anthologie. Aile morte de rire comme moi.
La « grande reporter » Oriana Fallaci, jadis célèbre, ose déclarer que le monde islamique est très en retard par rapport à notre civilisation (chrétienne blanche occidentale), que les femmes de ces contrées, habités de machistes dominateurs, devraient se révolter, cesser de tolérer ces jougs antiques… et c’est la stupeur ! L’indignation partout.
Quelle hypocrisie ! Cette crainte niaise de passer pour « impérialiste », pour « paternaliste », réduit au silence les pleutres de l’Occident.
Pas un chat (chrétien blanc) ne voudrait s’expatrier dans les pays (intégristes ou non ) de cet Islam, pas vrai ? Berlusconi, le Président crésus italien et détestable potentat bien capitaliste, osait parler de cette manière et « les gauches » le fusillèrent. Mais elle, la renommée Fallaci, elle ? Oh ! On chuchote : « Elle est malade, elle traverse une crise ». Hypocrites mondes !
4-
Proverbe : « seule la vérité blesse ! »
Réjean Tremblay, ce matin, lance et compte. Tous ces correspondants, dit-il, avancent :« Que ces millionnaires, comme Villeneuve, se la ferment, ils mordent la main qui les nourrit. » Tremblay explique calmement à ses froussards la raison qui fait que le « boss » endure les écarts de langage de leurs petits et chers protégés. « Ils rapportent de l’argent !» C’est tout simple. Je ne cesse plus de lire cette expression: « mordre la main qui nourrit ». On l’utilise pour un cinéaste de l’ONF, pour un téléaste de Radio-Canada (je fus servi là-dessus quand je critiquais la boîte). Pour la majorité celui qui est payé pour son travail doit s’autocensurer, tout laisser passer. Être reconnaissant comme un « bon tit nègre » du temps de l’Oncle Tom ! Avachissement stupide.
Villeneuve a dit que « Pollock, congédié par Bat, a été traité comme du bétail ».
Hon !
Tremblay frappe et cogne : « Jacques Villeneuve rapporte aux marchés de BAT un profit de 1 000 000 018 $ (US), ça vient de finir. À Melbourne, samedi, il y avait que lui et Schumacher comme champions de la F1 sur la piste. On achète pas le silence de ces types. L’argent (21 millions à J.V.) n’achète pas la liberté de penser, de s’exprimer, à moins d’être un trouillard.
5-
Regard à ma fenêtre :pluie oblique. Neigeuse un peu. Tonnerre au loin, eh b’en ! Le lac rempli de flaques d’eau ! Chantons : « Mais où sont les neiges d’antan ? » Chaque fois que la température faisait des siennes, dans les année d’après-guerre, papa disait —sa scie à lui : « Ça, c’est à cause de la bombe atomique mes petits enfants ! » Maintenant j’entends souvent : c’est les gaz, les oxydes de carbone, c’est la couche d’ozone perturbée… » Bon.
Il doit se sentir fragilisée le critique Louis Cornellier du Devoir. Deux collègues ( M.-A. Lamontagne et Odile Tremblay) l’attaquent ce samedi. Il a osé (hon !) dire que les bons vieux classique de France devraient être enseignés aux jeunes collégiens après (b’en oui, après, hon, hon !) une bonne et habile initiation aux écrivains d’ici. Impardonnable position fait le chorus des aristocrates ! On grimpe aux créneaux. Pourtant la pédagogie actuelle est du bord de Cornellier. Et moi itou.
Dans son article, Lamontagne louange les écrits de notre brillant Kérouac à nous, alias Frère (botaniste) Victorin, mais se trouve heurtée quand le génie écrit en patriote sur notre histoire.
Ceci explique cela, elle semble dire : « Reste donc dans ta houache, les plantes. Ne pense pas sur nos malheurs historiques. Pas ta place ! Chacun enfermé dans son créneau, sa cage ! » Belle connerie !
6-
Un certain Pierre Jourde de Paris , bien cuistre, publie « La littérature sans estomac » et il attaque les auteurs qui ont du succès. De Sollers à Angot, de Darrieusecq à Beigbeder, à Ouellebec bien entendu. Donc les liseurs sont des poches ! Ah, faudrait changer le public lecteur n’est-ce pas, comme ce député dépité souhaitait changer de peuple ! Jourde, mitrailleur fou, saurait, lui, rédiger des romans forts, incontournables. S’il peut s’y mettre car qu’allons-nous devenir, tous, s’il ne s’exécute pas ?
La petite Bertrand de la rue Saint-Hubert, alias Andrée Ferretti, était une sacrée « donneuse de leçons » dans les années ’60. Elle publie « La passion de l’engagement » et fustige les indépendantistes qui osent faire face aux « faits têtus » de la réalité. C’est digne. Il en faut. Parizeau ou Landry ? De tristes échangistes ( pacte de l’Alena maudit !). Militante sincère, elle recommande « les mains propres » et on sait ce qu’en disait Sartre de ces « mains jamais sales ».
Sur les sujets ci-haut, je lis R.-M. Sauvé, mon âge, qui dit qu’il a lu la comtesse de Ségur à 11 ans, Jules Verne ensuite, Shakespeare, Scott et Chaucer à l’université, et des littérateurs allemands, et des Américains, surtout Lewis… son témoignage pour dire qu’il faut lire jeune (non?) et de tout (non ?) . Il veut appuyer la dame de France, Guiserix (comme dans Obélix), qui dénonçait la position Cornellier (étudier d’abord les auteurs d’ici), elle aussi. Le racisme inverti toujours !
Pauvre Salman Rushdie, son dernier bouquin, « Furie », un flop ! Récit trop compliqué. Un soufflé raté. En interview, il dit qu’il a voulu offrir « le grand roman américain », qu’il a voulu s’inspirer de la chute de l’Empire romain…rien que ça ! Qu’il a voulu rédiger son « Great Gatsby » à lui. Son « Furie » serait emberlificoté avec trop de pistes ! Eh maudit que c’est pas facile. J’ai tant souhaité, comme tant de mes collègues, faire « le grand roman québécois », maudit que c’est dure le talent, introuvable le génie ! Rushdie s’est essayé. Faut continuer mon cher Salman. Se reprendre. « Mais nous, nous serons morts mes frères » quand apparaîtra ce « livre des livres » sur les Québécois !

Le vendredi 1er mars 2002

Le vendredi 1er mars 2002
1-
Nous quittons Montréal sous un soleil velléitaire ce vendredi matin et aboutissons dans nos Laurentides sous un ciel tout gris. Zut !
Achat de bons beignets, rue Laurier, comme avant « petit-déj » (allô Paris !) pour patienter en voiture. Miam ! Hier soir, bouffe à La Diva, en face de la SRC avec la « revenante » des J.O. EN Utah et je lui demande : « Vrai Marie-Josée, tel qu’entendu hier à la radio par un commentateur d’ici, que Salt Lake était comme un affreux Camp de concentration ? » Elle dénie : « Non, mais non. À Nagano comme à Atlanta, où j’ai bossé, il y avait aussi plein de fusils et de mitrailleuses. C’est la règle pour la sécurité maximum, c’est tout. On s’y fait vite. On les voit plus. » Cadeaux à Aile et à moi de briquets-bricoles marqués du sigle des J.O. mormoniques.
Pennine « alarabiata », trop épicés, et vin rouge. Puis des nouvelles et potins sur notre ex-boîte : une SRC aux abois, aux trop bas « indices d’écoute », panique amenant de la nervosité dans les murs avec brassage de camarades.
Lors du débat « homoparentalité » chez Liza, il y a peu, rencontre de couloir du Pierre Nadeau. Salutations et Nadeau me dit : « Drôle de te croiser, je sors d’une réunion de production à l’instant et on vient de mettre ton nom sur une liste. Nous préparons une série d’interviews avec le réalisateur Pierre Castonguay. Des causeries sur les années de la Révo tranquille, etc. Tu accepterais de venir à nos caméras et micros, Claude ? » Je dis oui. Ça va de soi, j’aime bien nostalgiser un brin.
Au restau « La Diva » je sortais de TVA, du studio-placard (!) où —quand je suis en ville— on me duplexise avec l’Isabelle Maréchal pour un autre topo-débat —aux nouvelles de Bruneau. Curieux : au dixième étage de TVA, on me maquille vitement puis on m’enferme dans un petit garde-robe (!). Il y a une petite table, un fauteuil et une caméra-robot. Porte refermée, je suis tout seul. Je vois Bruneau en action sur un moniteur. Soudain, oreillette, on me dicte : « Attention, ce sera à vous dans une minute. Ne regardez que la caméra. Stand-by. »
Sensation étrange. Solitude totale pourtant peuplée : voix d’un régisseur, d’un technicien (« vous entendez bien, oui ? »), d’un réalisateur, puis voix de l’animateur Bruneau, voix de Isabelle.
Seul et pas seul vraiment! Hier je réussis à dire deux choses qui m’importent : un, « le racisme inverti » (ma nouvelle marotte et je ne cesserai plus de bien enfoncer ce bon clou) et l’américanisation publicisée sans cesse —nos médias en courroies dociles des produits USA— qui n’a rien à voir avec culture « universellle » ni « internationaliste ». J’ai crié presque : « pourquoi ne jamais rien savoir de ce qui se fait de mieux à Berlin, Tokyo ou Madrid ? ». La Maréchal rétorque : « Ah, en Europe, Claude, oui, vous pourriez obtenir tous les canaux, ici, on est sur le continent nord-américain. » Mon œil ! Il y a des satellites. Et des rubans magnéto, non ? Un feu, un déluge, un accident à Moscou ou à Kaboul et on voit toit, dans l’heure, non ?
Et puis, parlons en « américains » tiens : on sait quoi sur les « meilleurs » talents de Mexico, de Buenos Aires, de Rio de Janeiros ? Rien ! De La Havane ? Rien. Faut pas compter sur les USA pour voir ce qui se fait à Cuba, je crois !
Aile en bonne conseillère me confie : « Danger cette série de topos. Ça surgit dans le bulletin de nouvelles, on ne sait quand, on ne sait trop pourquoi. Il n’y a pas « chronique ». Vos machins-débats, cela peut faire « forcé », « fabriqué », « obligation de polémiques ». Mon chou, méfie-toi. »
Aie, Aile ! Aïoylle ! Elle a raison. Je vais communiquer vite avec le chef-Fortin. Le prévenir. Fonder une chronique et qu’elle soit titrée (« La belle et le bête » ?) et régulière, tel jour, telle heure. Que cesse la manière « cheveu sur la soupe. »
Maints témoignages d’appréciations pour le débat à « Dans la mire »,chez Cazin quand on a discuté couteau « sirpan » à l’école et « intégration des émigrants. Un certain Pascal Beausoleil, jeune animateur de radio (à CIBL je crois) me téléphone hier midi. Des éloges sur la « grande gueule », puis : « J’ai tant aimé, chez Cazin, votre ton direct et votre bon sens. Je vous contacterai à Sainte-Adèle lundi matin, on va parler « rectitude politique » à mon micro. » J’ai accepté, flatté comme le corbeau au fromage face au renard du Fabuliste.
2-
Aile salive ces temps-ci. Tas de neuves séries démarrent à l’horaire de nos télés. Je suis fou du monde des livres, Aile, elle est folle du monde des dramatiques. Normal. 20 ans à travailler là-dedans. Elle examine tout en experte, castings, découpages, montages, éclairages, décors, costumes. Première de « Fortier » hier soir. Appréciation totale. Première de « Tabou », même contentement. Aile est pas peu fière d u « savoir faire » québécois désormais. Je lui donne raison, « Le Collectionneur », film de Beaudin, prouve ce savoir-faire, à la télé, en effet, ces deux émissions nouvelles illustraient hier soir le « bon ouvrage » dans le genre.
Des caméscope, hier, dans des séquences de « Tabou » et je songeais à ce montage de mon Gabriel, cadeau d’anniversaire au papi, où on revoit les petits-fils, gamins, en action chez eux, il y a dix ans et davantage encore. Qu’est-ce que je donnerais pour voir Aile à cinq ans, à douze ans ! Et moi à quatre ans, à quinze ans ! Eh ! Pas de caméscope encore. Ah, voir maman à 40 ans, papa à 30 ans !
3-
Je n’achèterai plus jamais « Le Monde diplomatique ». Le patron, Ramonet, au « salon du livre » de La Havane, en invité d’honneur, ose chanter les vertus du « despotisme heureux ». Oh que ça fait « despote éclairé » de jadis ! Saloperie, dit Mario Roy avec raison, quand le Castro-despote-heureux fait jeter en prison tous les penseurs dissidents. Ménard de « Reporters sans frontière » a eu raison hier de parler de « honte et infamie ». Castro aurait ordonné une édition cubaine augmentée du livre de son louangeur, « Les Propagandes silencieuses ». Roy publie que l’hebdo de Ramonet se titre désormais à Paris :« Le monde diplodocus ». Bin bon !
Aile a reçu ses nouveaux verres hier. Même choix, exactement. Un vrai couple en osmose, non ?. Emblématique en diable. Danger maintenant de nous mélanger de lunettes, au réveil, le matin, en chaussant les bésicles de l’autre ! Vraiment, on en rit. Ce choix fut fait à notre insu. On a donc les mêmes goûts, à 100 %
J’ai craché un peu de fric hier : pour Les Anciens du collège Grasset, pour les Amputés de guerre, pour La cinémathèque et…pour quoi encore ! D’anciennes émissions (de variétés de la SRC) sont à l’affiche de notre télé-cinémathèque pour mars et avril, et Aile y a son nom. Me me semble pas très fière du fait. Quelle modestie chez elle ! Côté donations diverses, Aile est encore bien plus généreuse que moi. Cela doit se savoir car les demandes d’argent se multiplient et parfois elle en vient à rechigner. Est-ce que l’on échange les listes des donateurs en un haut-lieu mystérieux d’entreprises caritatives ? Ça se pourrait-y ? Non ? Hum…
Lecture du « Collectionneur » de Brouillet, en livre de poche, et Aile me dit, honteuse : « C’est bon mais j’ai mieux aimé le film de Beaudin, c’est fou non ? » Non. Ça arrive. Rarement.
4-
Oh la belle et bonne nouvelle, mon ciné du coin « Le Château » est classé patrimoine historique. Ça me fait drôle, je viens d’en chanter la beauté, le mystère, son pouvoir d’attraction sur nous, jeunes de Villeray, dans ce « Écrire» qui est à l’imprimerie en ce moment pour « Trois-Pistoles éditeur ». Curieux ! Le voisin, le Rivoli, devenait, hélas, une pharmacie Coutu, c’était une très belle salle pourtant ! Le beau « Château de mon enfance » ( bonjour Marcel Pagnol !) est donc sauvé d’une semblable hideuse métamorphose commerciale, hourrah !
On a regardé (magnéto béni !) « Lulu sur le pont » film écrit et réalisé par Paul Auster. Du bon et du moins bon. Du « jean-luc-godardisme » bien confus trop souvent. Des moments étonnants.
Ainsi, bien joué par Keitel, le héros du « Lulu… », un jazzman enlevé par des « méchants » anonymes, gardé dans une cave mystérieuse par un docteur-anthopologue, sadique questionneur, évoque Gene Kelly. Voilà son bourreau en complet-veston qui, ravi, déclare : « J’aime les Américains à cause de ce film, il vaut votre déclaration d’indépendance ». On est secoué ! Ce type fermé, se lève et danse ! À la Gene Kelly et chante « I am singing in the rain ». Ah oui, ici et là, des séquences merveilleuses. Hélas, fin obscure et « plate ».
5-
Nous y étions, Aile et moi, chez Victor Hugo en 1980, au numéro 9, Place des Vosges. Il y a vécu 14 ans. La jolie place ! Demeure sombre, bourgeoise. Sa menuiserie (mais oui, bricoleur en plus) bancale, lourde. Quelques belles illustration d’Hugo sur les murs. On revoit soudain ce logis historique à la télé. Le présentateur de TV-5 y offre un film « Le condamné à mort » de Toto à Juliette. Film plutôt plat. Monologue pompeux en voix hors-champ… Zappette chérie par ici !
Avant-hier, Aile part pour l’école des chefs. Rien que des soupes et des sauces, les leçons du jour ! Elle repart, mécontente, pour le marché Métro aussitôt. Le lendemain, même pénurie de plats préparés quand j’y vais. J’achète des viandes crues. Aile est fâchée : « Je t’ai dit, pas de ça, jamais ! » J’ai offert le steak et le foie de veau frais à ma belle bru Lynn qui travaille de l’autre côté de la rue, en face de notre « pied à terre » à Outremont. Voilà que son patron,. Jacques Simard, m’accroche et m’offre une commande. « Maintenant, dit-il, on a un réseau, de bons contacts à Paris. Ça t’intéresse ? On vend beaucoup de nos livres pratiques. Une manne pour Publicor ! » Je lui dis : « Non, moi, les bouquins « pratiques », pas ma tasse de thé ! ». Il rigole et me dit : « On a un marché aussi pour les écrits érotiques. En nouvelles. Ça marche très bien, là-bas. Tu veux t’y essayer ? Tu pourrais utiliser un pseudo si tu veux ! »
Diable…quand on vous veut…Et puis, oui, il me semble que je pourrais pondre du nouveau dans cette veine du « péché de la chair ». Et je m’y connais pas mal. Je lui dis « Oui, ça me tente, ça me changerais de mes écritures habituelles. » Simard semble content : « Je te signe un contrat quand tu veux. »
J’en parle à mon amour. « Ça me tente l’érotisme ! » Voilà une Aile comme inquiète du projet ! Pourquoi donc ? Crainte de voir son Cloclo devenu auteur salace ? Allons, elle devrait bien savoir que je ferai pas le cochon, que la porno m’embête, m’ennuie profondément. Alors ? Oh, j’y pense, peur que je révèle des manières…, des façons… C’est cela, oui, je me comprends. Eh bien qu’elle frisonne ma belle Aile, je le ferai sans doute ce receuil de sensualité débridée. Ça ne traînera pas. « Une dizaine de brèves nouvelles », a dit le Simard. Bon. Ça va revoler, seins, cuisses, fesses, chair rose, chair opale, translucide, ah oui, ma belle Aile, tremble…
Un peu de ce vieux Renoir, (fils du peintre auguste) à la télé et zapping ! « Éléna et les hommes » avec Ingrig Bergman, Marais, etc, scènes cuculs la praline, plein de cocotiers, imaginaire visuel à clichés, musiquettes éculées, princesse polonaise à accent, stéréotypes des années 1900, la soupane antiquisante que je déteste. Oui, vite, on vogue ailleurs. J’espère toujours dénicher du « bon stock, man » chez Historia ou au Canal D. Parfois, oui, ça arrive !
Ma chère Clémence souhaite aller davantage vers le dessin. Tiens ! Comme je la comprends. J’ai vu ces dessins colorés partir de vieille photos de sa jeunesse ou de la jeunesse de sa mère. C’est naïf sans toujours la maladresse (authentique) des vrais peintres du dimanche, hélas. Pas facile l’art dit primitif. Il ne s’agit pas seulement de « mal dessiner », ce serait trop facile. Tout le monde embarquerait. Il y faut une sorte de …vision ! Cela ne se commande pas. Je suis hors-concours là-dessus, j’ai appris (hélas ?) le dessin.
6-
Oh le renversant documentaire à RDI l’autre soir. « Grands reportages » (dumping souvent mais de qualité) illustrait l’ouvrage des espions des USA. Paquet de bavadrs, ex-employés, experts en la matière. Bien rémunérés, on l’imagine, pour témoigner sur les douteux procéés des NSA, CIA… aussi sur CSE, G.C.H.Q et même GRC…
Il y a un immense réseau nommé ECHELON. Très puissante machine américaine. Vaste « soucoupe » parabolique mondiale. On écoute. On vous écoute. On écoute tout le monde. On apprend que ces « oreilles satellisées » indiscrètes se tiennent parfois loin des méchants ennemis virtuels. Ainsi l’espionnage payé par le public, un temps, fouine en France et découvre —clandestinement— que la « Thompson-France » graissait des fonctionnaires brésiliens pour un contrat plantureux (en Amazonie). Les « grandes oreilles » font couler la nouvelle. Scandale partout dans les médias. Recul au Brésil. Prudence. Gêne. Et c’est une compagnie des USA (Sivam), bien informée, utilement alertée par ECHELON qui obtiendra le vaste contrat amazonien (17 milliards de dollars US !). Alliance Pentagone et Département Commerce ! Édifiant, non ?
Les dirigeants de Sivam, eux aussi, graissèrent à leur tour et, connaissant les chiffres des « backshishs », (merci ECHELON) payèrent davantage ! Ainsi on a vu les agences affiliées à ECHELON, NSA, CIA, etc., dans le commerce jusqu’ au cou. Et on a vu le « Clinton-aux-cigares-vulviens » faire sa visite chez ces gens et les féliciter : « Merci pour les emplois obtenus, les boy, good job ! »
Mais ce ECHELON le 11 septembre, kamikazes saoudiens à l’aéroport de Boston ? Non. Pas prévu ? Pas vu venir ? Rien, personne, pas du tout ? Rien, rien, rien ? Trop pris par le monde du business ? Des finances. Trop occuper à filtrer les informations aux oreilles des gros entrepreneurs ? Aux « bums-corporates-bums » ? Volet no. 2 et dernier la semaine prochaine, même canal RDI. Hâte !
7-
Fabienne Larouche, accompagné de l’époux, un jeune psy tranquille, à « Arcand en direct ». Patate ! Chou blanc ! Des fois, un sujet ne lève pas. Que du baratin mou ! Arcand devait s’en mordre les doigts. La même Fabienne rétorque ce matin à un jeune auteur de film qui la malmenait. Philippe Falardeau lui cherchait des poux. Raison ? Larouche retire ses émissions en vue du gala des Gémeaux. Falardeau osait dire que « le niveau de qualité de prix s’en trouverait plus élevé ». C’est pas fin ! Réplique : « son film « Le côté gauche du frigo » ne fut qu’un succès d’estime ! » Et bang ! Les couteaux volent bas !Elle ajoute qu’il joue le complaisant, les tapes dans le dos aux producteurs restés sur le Gala. « Il envie ma renommée », dit-elle et « il méprise mon talent » . Bien. En effet il y avait une attaque « ad hominem » dans la diatribe du jeune cinéaste.
Stimulantes les querelles des créateurs ? Oh oui, mais sans ces attaques personnelles. Il est encore jeune, ce Falardeau. Il se corrigera là-dessus ? Il faut l’espérer.

Le jeudi 21 février 2002

Le jeudi 21 février 2002
1-
Ciel mauve. Revenons d’un tour du lac. À trois cette fois ! L’aîné de mes petits-fils, David, est avec nous. Repartons demain, vendredi midi…théâtre chez Duceppe (pièce traduiute d’un auteur espagnol ) le soir. David me renverse : ses manuels scolaires écrits en « chinois » à mes yeux. Lui, il navigue dans ces notions « économiques » de son université (Concordia). Hier soir, jasette des trois compères « Chez Grand’pa », à Val David. Bonnes pizza au four ! Ce matin, il y a un ogre à notre table. David bouffe comme Gargantua ! Il me dira : « Quoi, je n’ai pas beaucoup mangé ! » Il me fait me souvenir de cet âge (19 ans) où la faim nous habite 24 heures par jour. Il est costaud, n’engraisse pas. Il ne peut faire de ski ici car il s’est « démanché » un genou en jouant au rugby avec de trop grands gaillards, plus vieux que lui. Il en est puni !
J’aime bien jaser avec un jeune, je questionne mais aussi j’écoute. Nous apprenons sur us et coutumes de cette génération. David, bravo, est un type d’homme qui a confiance en l’avenir. Cela sans être innocent. Il sait qu’il devra lutter. Comme n’importe qui.
Mardi soir, vu le spectacle de Maheu à l’Usine C, par Carbone 14. Oh la platitude ! Et nos critique, ces complaisants, qui se fendaient de papiers élogieux à outrance. La salle avec beaucoup d’élève d’écoles, a fait presque une ovation à cette quinzaine de…mimes.
Ma déception vient d’une trop grande attente ? J’avais tant aimé « Le dortoir » du même auteur. Toutes ces couchettes qui valsaient ! Un symbolisme assez clair. Cette fois, c’est une suite d’amorces et qui sèchent. Une suite de « coïtus interruptus » visuels. Il y a cinq trous (fosses, puits ?) sur le plateau, deux au fond, deux en avant et un au milieu de la scène. Alors, ce sera des jeux d’apparitions et de disparitions…Chaque fois, je guettais un développement un peu musclé…et chaque fois…rien de consistant ne venait. Je peux admettre l’illustration du chaos, les images d’un monde désorganisé mais il y faut des thèmes avec un os. Ici, le mou, le flou.
Certes quelques brillants « moments », dans l’ensemble, un long show visuel (peu de mots, peu de pensée donc, peu de « théâtre » car le théâtre est lieu de parole, idées avec des sentiments, des émotions etc. Ici, c’est des danses, des acrobaties, la manière du bonhomme Maheu quoi, avec du non-sens. Or « faire sens », peu importe la sorte de théâtre, est ce qui compte. Il y a des milliers de textes depuis Diderot… depuis Goldoni, Molière, Dubé, Ionesco, Pirandello, Tremblay… Si Maheu n’a rien à dire qu’il recrute un auteur, n’importe où, il a du jus pour « la forme », il pourrait monter autrement des textes solides, non ?
J’en suis sorti, rue Visitation, un peu maussade. Qui, dans cette rue, dans ce quartier, apprécierait ce spectacle « fermé », ambigu, hermétique ? Pas grand monde, je vois jure ! Quelle blague sinistre tout cet argent public pour installer ce théâtre soi-disant avant-gardiste et qui, jamais, ne saura faire grossir les rangs des amateurs. Le Cénacle de ces formalistes, est clos, refermé.
Ainsi il en va d’un autre théâtre tout neuf en plein quartier Villeray et qui fait ses petites affaires sans aucun souci envers les gens de ses alentours ! Une misère ! Un refus net, complet, de séduire les publics populaires. Serpent qui se mord la queue ! On fait sa cuisine pour « happy fews » et puis, vanté par les esthètes, on part en tournée mondiale, félicités et encouragés par d’ autres « aficionados initiés » à Berlin ou à Milan ! Une farce plate.
Un arrêt pour le développement culturel des nôtres qui crachent, via les subventions, cet argent public. Des asociaux ? Inconscience ? Snobisme ? Repli égotiste sur ses goûts à soi ? Tout cela à la fois. Qui dénoncera publiquement ce snobisme stérile, encore moi ? Et, très plausible, on refusera encore de publier dans nos quotidiens mon petit pamphlet. Le « beau monde » (selon Raymond Cloutier) , le « beau milieu » fut très choqué jadis quand j’ai condamné les Lepage, Maheu, Marleau, Asselin et qui encore ?, ce cinquième larron de fabricants de shows formalistes. J’avais gueulé : »et le fond, diable, c’est pour quand ? »
Que d’engueulades, en privé, après cette sortie ! Oh ! Pas amusant de se mettre à dos ces épicuriens du « grand art » du théâtre pour marginaux sur-instruits mais…faut ce qui faut non de Dieu !
Cette fois, Aile en rigolait, c’est moi qui avait souhaité aller au théâtre. Je ferme donc ma trappe face à Aile qui est tout de même désolée de ma déception. Un article disait : « Des chansons de Brel.. » Moi qui l’aime tant. Or il n’y a eu que « La valse à « mille » temps » de Brel. Un bon moment.
En tous cas, avec ces formalistes plutôt muets de paroles, c’est un métier ingrat. Cette troupe énergique n’a plus qu’à gesticuler, se rouler par terre, se jeter dans un bassin d’eau, n’a qu’à suivre la chorégraphie dans une sorte d’anonymat. Vu la grosseur du groupe, on en arrive à se dire :c’est des cachets pour tant d’artistes si peu souvent invités à jouer. Pauvres eux !
2-
J’ai omis de causer un brin sur ce « Double Je », nouvelle mouture télévisée, mensuelle, du père Bernard Pivot à TV-5. Pas fort ! Un couple d’américains installés à Vaison-la-Romaine. Épicuriens contents ! Ouen ! Ennuyeux comme la pluie ! Une jeune élève, boursière « brillante », Chinoise exilée à Paris et qui a pu s’instruire à l’occidentale ! Hum ! Et qui garde une sorte de nostalgie, discrète, elle est polie, de sa Chine abandonnée. Et b’en ouen ! Pas fort ! Un vieil Allemand juif (un certain M. Goldsmith) converti au catholicisme. Bons propos mais…court sujet !
Bref, c’est la sauce « internationaliste » qui a atteint notre Pivot devenu « politiquement correct ». C’est triste.
Je n’aimerais pas tellement regarder une émission envoyée de Chine avec des Français exilés là-bas. L’inverse oui. Voir les nôtres là-bas, ça oui. De l’Italie je veux voir des Italiens, de l’Espagne, des Espagnols.
Pas certain d’être clair. Dire « je me comprends » ? Oh ! cela enrage tellement ma belle Aile, ce fion ! Je dirais : vouloir à tout prix applaudir « ses » bons émigrants, relève du « têtage », de la flatterie et aussi de la vanité. Orgueil du Pivot franchouillard. « Ah mais vous parlez très bien le français !, bravo ! bravo ! », à « ses » deux Américains, à « sa » chinoise…Pouah ! Quoi, quiconque s’exile se doit de bien et vite s’intégrer ? Ce qui serait étonnant c’est bien que ces exilés en France, (subventionnés en ghettos « multiculs » comme ici non !) ne sachent pas parler la langue de Molière ! Je croyais qu’il n’y avait qu’au Québec, complexé, accusé faussement de xénophobie, qu’on sautait en l’air de joie (idiote) dès qu’un émigrant (normal) parle notre langue !
3-
Comme j’aime glaner ces émissions diverses au souvent auCanal D, parfois à RDI, très souvent à Historia. Des exemples : le procès de J.O. Simpson, blanchi au criminel, 33 millions de dollars d’amende lors du procès au civil ! Cette sinistre farce pour empêcher que le ghetto Noir de Los Angeles s’enflamme. La Justice ridiculisée. La romancière Colette qui parle entourée de ses chats, Place Royale. L’Argentine, le « putch », la tourmente monétaire en cette contrée. Les débuts de ce carnaval pas drôle du tout. L’épouse de l’Iranien, Mme. Blin, défigurée, recousue, qui retrouve, en Nouvelle-Écosse, sa fillette après trois ans de recherches quand la « Justice de France » négligeait d’émettre vite un mandat d’arrestation. Retrouvailles émouvantes à Halifax. Ce chef de guerre Massoud (que j’ai lu), tué par un reporter-kamikaze afghan taleb. Son tirailement entre Russes omniprésents et Amércains lointains et prudents. Il y avait que la CIA de Washington avait armé tous ces Taliban (pas de s) « fous de Allah » afin de combattre les méchants « communisses ». Tout cela est tellement plus instructif que ces méli-mélos « feuilletonnesques ».
Les momons affirmaient qu’une tribu juive navigua et s’installa aux USA des années avant la naissance de ce Jésus de Nazareth ! Eh oui ! C’est dans « le » livre du fondateur :Smith !
Arrivant dans l’Utah, chassé (en 1844) de la Nouvelle-Angleterre (Vermont), le bon papa aux trente mamans et à la caravane d’enfants, était en pays biblique de cette façon… légendaire ! Le livre dit qu’il filera une éternité heureuse ave « l’éternelle épouse » ! Diable, laquelle ! Il y a eu terrible bousculade à ce portillon ! En 1978, des preachers mormons ( missionnaires partout dans le monde…partout il y a des poires !) virent un peu : les Noirs, oui, c’ est endurable, tolérable, mais les homosexuels, jamais ! Ils sont sur 12 millions de « convertis » dans le monde, mais que 6 millions aux USA. Du lierre, ma parole ! Il n’y a plus qu’à attendre le procès annoncé sur l’argent « impur » versé en fraude (achat de votes pour Salt Lake City d’un tas de délégués divers) pour obtenir ces J.O. Lasalle affaire « mormone » a été mise en parenthèses pour la paix momentanée du déroulement de ces « merveilleux » Jeux olympiques. Ça pue !
L’inévitable chauvinisme nationaliste (il triomphe en ce moment !) nous fera guetter ce soir si les Canadians vont gagner au hockey ! Eh !
Il y a eu feu l’humoriste Coluche qui se présentait pour le poste numéro 1, en France. Certains riaient jaune. Visibilité obligatoire et le Coluche s’en donnait à coeur joie en piques et horions de toutes sortes. Voici l’humoriste Dieudonné ! Un autre clown de Paris, lui aussi, veut prendre le job de Chirac ou de Jospin. Il aime bien la fraise de Ben Laden, lui trouve du…chartisme ! B’en !. Il la préfère, dit-il, à la bouille, de W. Bush Ouen ! Comme c’est subtil. Souvenir : militant jadis pour le Parti Rinocéros, passage obligé au téléjournal, en 1967 et question du reporter : « Et si vous êtes élu, qu’allez-vous faire ? » Réponse du candidat à la « Corne sacrée » : « Ce que je ferai ? $68,000 piastres ! » C’était le salaire du député en ce temps-là. On rigolait. On était jeune et sauvage. Ce bouffon iconoclaste Dieudonné, voyant sa photo ce matin, me semble, lui, un quinquagénaire ! Oh !

Le mardi 19 février 2002

Le mardi 19 février 2002
1-
Je devine vite la lumière qu’il fait au travers d’un store (donnant sur l’est) de la chambre au réveil. Ce matin, soleil partout. Mais…menaces de nuages à l’ouest. Ca va se couvrir ! Tant pis, ce soir, nous allons chez Duceppe voir la pièce d’un Espagnol. Cela promet si on lit bien le « pré-papier » de La Presse. Toujours de bons articles promotionnels pour ceux qui achètent de l’espace. On voit rarement cela pour la littérature. Pas assez d’achats de placards par nos pauvres éditeurs ! La vie…Donc, départ tantôt pour le chemin Bates.
J’ai corrigé hier les épreuves (ce mot !) de mon « Écrire » qui s’en ira chez l’imprimeur. Donc relu de force (hum !) mon texte. « C’est génial, Aile ! » Elle rit. Me dira : « C’est incroyable ce genre de cri chez toi. Quelle confiance en toi ! C’est utile, non, pour continuer ? » Oui. C’est cela avoir de l’estime, une très grande confiance en ses talents… Sinon ? Sinon, on arrête tout, je suppose. N’ai jamais su d’où me vient cette confiance. Que je perds parfois, face aux coups durs des critiques. Chanceux, la critique fut « bonne » le plus souvent pour bibi et longtemps.
Je sors d’un rêve bizarre. Cette nuit, j’étais…à Londres ! J’étais une sorte de protégé, celui d’un vieux bonhomme, auguste vieillard, tout de noir vêtu, l’aspect de l’acteur Gielgud. Il est aimable, me loge dans son manoir. M’offre de collaborer à son « London times » de l’autre côté de la rue. Est-ce que ça existe ? Il me conduit à ses bureaux, me dit : « Vous connaissez bien les arts, vous nous ferez des papiers. On va vous donner les adresses des galeries de Londres. » Aile, dans ce rêve, n’existe plus !
Me voilà soudain dans ma chambre d’hôtel, là où nous avions loué en 1981 dans le « West zone » de London (Hôtel Georges ». Surgissent un patron de CJMS, Charles Benoit, et Paul Arcand ! Benoit insiste : « Tu dois vite téléphoner à ta blonde. Elle doit être morte d’anxiété. Elle attend ton coup de fil. » Je le fais. Je retourne à une autre chambre (celle du « Pas de Calais » à Paris. Je vois mon linge coutumier sur le lit, mon pantalon de velours ocre, précisément ! Aile y est, assise sur le lit, valises bouclées, et, triste comme désolée, me dit qu’il faut rentrer à Montréal.
Ah ces rêves ! D’où viennent-ils ? J’ai terminé hier soir « L’art du roman. De Milan Kundera. Il raconte souvent « Le procès » et « Le château » de Kafka. De là ce manoir du proprio de journal ? Ne sais pas.
Ce livre de Kundera : « L’art du toman », un cours magistral assez spécial. Subjectif à souhait ! Plein de théories, de dogmes même, lui et ses chers « principes » et, bizarrement, le bonhomme répète qu’il déteste les « théoriciens de l’art d’écrire. » Non mais… Une lecture avec des passages lumineux, des trouvailles fortes mais assommant aussi par certains chapitres. Kundera voue ses admirations pour, surtout, des auteurs de son « Europe-du-milieu » ( son pays natal et ses environs). Admiration tout de même pour le premier romancier : Rabelais ! Aussi, énorme, pour Cervantès et son « Don Quichotte , le modèle. Et Proust (le passé, dit-il) et Joyce (le présent, explique-t-il). Il vogue entre les sommets, de pic en pic ! Pas de risque d’être contesté hein ? On y trouve un certain chauvinisme acceptable, normal, non ? Mais comme je ne connais beaucoup pas ses écrivains chéris et qu’il raconte, détaille, leurs personnages, j’ai sauté de longs passages. En fin de compte, un esprit brillant mais qui devrait admettre qu’il est un intello et qu’il n’aime rien tant que « théologiser » sur « roman et comment faire un noman parfait » !
2-
Je ne suis pas un Kid Kodak ! La preuve : ce matin Éric de TVA (pour Bruneau-les-nouvelles) me téléphone : « On vous veut encore ce soir. Le sujet : l’amour actuel (aux J.O.) des Américains pour nous ! Leur appui pour nos patineurs (médaille d’or ex-aequo) et voilà, sache-le, qu’il il y a files de clients, là-bas, pour les vêtement Rooth (?), costumier de nos patineurs ! »
Je refuse net : « Ce sujet, cher Éric, ne captivera pas les nôtres. Vous faites fausse route. Jetez ça au panier ! » Il rigole de mon culot, de mon rejet. Il me demande alors de dénicher « un meilleur sujet ». Téléphone fermé, je cherche. Avec Aile je farfouille les « canards » de ce matin. Je retéléphone et propose quatre ou cinq sujets. Attente, il ira voir son cheuf ! Téléphone de nouveau : « Non, vos suggestions ne plaisent pas. Pas de débat ce soir. Merci et à la prochaine ! » Bien. La paix. Le boss des nouvelles (celui de ce Éric Malo,) boudait-il à cause de mon refus sur « Rooth-les-guenilles » ? Comment savoir ?
Je découvre que c’est feu Gilles Richer qui a composé « Mamy, mamy… » avec les si terribles, et poignantes, paroles de la chanson crée par le musicien de « Mamy… », feu Marc Gélinas (reprise souvent, Pauline Julien et Cie). Sur ce sujet —notre dilution— une dame Veilleux dans « Le Devoir » nous accuse, les Québécois, de rester de marbre sur nos « frères » francos d’ailleurs, d’être resté trop silencieux dans leur lutte pour cet hôpital français menacé en Ontario.
Je ne répéterai pas comme René Lévesque et le Matou-Beauchemin, qu’ils sont « des cadavres encore un peu chauds ». Oh non ? Mais vont-ils comprendre nos très chers frères qu’on voyait (1960) la menace d’un Québec réduit comme chez eux, qu’on a alors entrepris notre propre lutte et qu’il en allait d’une bataille d’autant plus urgente qu’ils étaient, eux, l’illustration du danger. La francophobie de nos anglos dominants, ici-même, devait être vite enrayée. Alors, aider les autres…bien, ça viendra avec un Québec vraiment libre. Il y aura ensuite la menace réelle pour eux : continuez à faire baver les nôtres chez vous et ,ici, on fera de même avec la minorité anglo. C’est triste, mais c’est cela, la « realpolitik ». Ce sujet vient d’être rejeté chez TVA ! Je proposait un « face à face » avec l’Antonine Maillet qui rêve, l’été, à « fédéral mes amours » dans son phare luxueux à Bouctouche près de Moncton !
Autre sujet refusé ce matin ? M’engueuler avec la collégienne Anne Poirier (de Lionel-Groulx) qui chicane Louis Cornellier. Ce dernier recommande que l’on étudie les auteurs québécois au collège, avant les « gloires » françaises. Cela pour mieux captiver les grands ados. Poirier publie ce matin : « Non. Au primaire et au secondaire, oui, les Guèvremont., Thériault, Gabrielle Roy, pas au collège, il est trop tard. » Curieux raisonnement ! La cégépienne reproche qu’aux écoles élémentaires, on n’initie pas à nos auteurs. Elle a raison ? Peut-être. J’aurais aimé l’interroger plus avant, en discuter avec elle.
Souvenir soudain (effet J.O. ?) : fin des années quarante, aimer tellement, le soir, éclairage romantique, patiner avec ces jolies filles de quinze ans, leurs jolis costumes. Les jupettes qui volent aux quatre coins de la glace, quand il faut les faire tournoyer…, les pompons roses…Niaiserie ? Sentimentalité ? Oui. On se cherchait des patineuses accortes à serrer par la taille ! Aile m’écoute et dit : « Ah oui, c’est si vrai. La patinoire du quartier et les occasions de patiner avec un beau blond, un beau brun… Ah ! Elle (aile, c’est le cas de le dire ) rêvasse, les yeux au plafond !
Vrai de dire, de dénoncer, le snobisme chez les jurés du Gala des Masques pour la « Compagnie Duceppe ». Ainsi on y a vu un fameux tandem, (Dumont et D’Amour) dans « Les rossignols… » et pas une seule mention de ce parfait, si solide, spectacle signé Denoncourt, à ce gala. Mépris bizarre ! Regrettable injustice Snobisme. Sera-t-il enfin corrigé l’an prochain ? Espérance !
Faut y aller maintenant … Chantons : « Partons le lac (la mer) est belle, el-le !

Le vendredi 1er février2002

Le vendredi 1er février2002
1-
Grande excitation partout, les médias cherchent sans cesse de l’excitation ! Imaginez-vous donc il va tomber 7 pouces de neige ! Il en est tombé hier, jeudi, quelques centimètres seulement ! Une certaine déception…L’humain veut de l’action ou j’sais pas quoi…! D’où vient mon indifférence totale face à cette fausse agitation.? Déçus, hier soir, les animateurs radios et télés : « Demain, c’est demain (aujourd’hui quoi) que ça va tomber ! Sortez pelles et balais, citoyens ! Vous allez voir ça !… » Non mais… Il sera midi et…rien ne tombe ! Ah je ris…Ici en tous cas, pas un flocon ! Que cette faible lueur au ciel, cette pâleur hivernale au firmament ! Suspense niais ? C’est cela vivre en un pays confortable, faire partie du Groupe des 7, être riches ? Ailleurs, c’est une autre sorte de suspense : « Mangerons-nous un peu aujourd’hui ? » « Notre enfant va-t-il mourir aujourd’hui ? »
Hier soir, j’ai feuilleté un drôle de livre (reçu par la poste) écrit par Jocelyne Delage : « La vie de son papa ». Touchant mais trop long, trop méticuleux, l’ouvrage d’une recherchiste, Pointilleuse. Vain labeur hélas !
La pauvre fille fait imprimer tout, les potins les plus niais sortis de vieux « Radiomonde » des années 30, 40 etc. Un livre épais. Un livre inutile. Elle aurait dû éliminer les futilités (de toute carrière) résumer la vie de ce vaillant gastronome (un pionnier), dévoué aux intérêts de l’hôtellerie d’ici. Gérard Delage fut une sorte d’érudit sympa… Bien que je déteste les jeux de mot, les calembours (« la fiente des sots »).
Tout de même le personnage Gérard Delage —inventeur et animateur de « jeux questionnaires » longtemps aux débuts de la télé— sorte d’amusant et parfois fort brillant causeur à la faconde joviale, gourmet, amateur de bons vins, n’était pas banal. Né à Nominingue, collégien à Saint-Hyacinthe, étudiant en droit plus tard, il touchera à la radio, acteur en « radio savon roman », chez Robert Choquette et Cie, puis, animant, présidant même longtemps, la naissante « Union des artistes », il va se spécialiser dans les arts de la table !
Il est mort en 1991. Les photos de ce livre racontent mieux sa vie. Le texte trop touffu, trop rempli d’éphémérides sans signifiance importante, ne se lit pas bien. Pas du tout. Ce « florilège à Delage » est raté, il fera les délices des intimes, c’est tout. Une monographie familiale quoi. Hélas, je dirais, car il y a eu de ces trop rares hommes dans un Québec encore bien « habitant » qui aimaient la culture, aimait les arts, aimait (Delage) la bonne bouffe, les bons vins. Ils étaient un tout petit groupe, venaient « des gens du peuple » et, étonnamment, firent des mains et des pieds pour améliorer, ici, la qualité de vivre. Ce n’est pas rien dans un pays dominé au temps de Delage par le clergé qui craignait tant « les délices, les plaisirs »…. Delage aurait mérité une histoire, une vraie, captivante, pas ce lourd fatras, ce pavé de notices insignifiantes (à la lettre).
J’ai terminé le court roman « Le liseur » de Flinch. Un texte fort. Grand plaisir de lecture. Satisfaction totale. C’est rare. L’auteur raconte avec sensibilité l’existence du très jeune homme (15 ans) séduit par une « vieille » de 30 ans, j’en ai parlé. Il a honte de sa vieille maîtresse, une simple billettiste dans les trams de sa ville. Il l’évite, se cache d’elle, à la piscine publique. Ailleurs aussi. Cette « honte d’Hanna » l’habite comme une traîtrise lui fait mal. Or, elle va soudainement se sauver de son très jeune amant. Mystère. Des années plus tard, l’initié toujours comme envoûté par son amante, la revoit, dans une cour (il étudie le droit) en accusée lors d’un procès de gardiennes d’un camp nazi ! Il en sera perturbé. Je ne raconterai pas la suite. C’est excellent.
En cours de lecture, vu le sujet, me revient en mémoire…une traîtrise à moi. Anita G. Je l’aimais. Elle aussi. Nous nous plaisions. Elle étudiait la céramique elle aussi. C’était une enfant de la guerre. Émigrante si mignonne :beaux cheveux blonds, yeux… de cobalt ! Un soir de ciné-club, assis à ses côtés, je découvre, stupéfait, qu’Anita a un numéro tatoué sur son avant-bras ! Ma peur niaise. Je tournais le dos à…peut-être, une belle histoire d’amour. Bêtise adolescente ? Cette Anita avait-elle été la proie sexuelle des terribles SS ? J’avais dix huit ans ? Elle aussi. Je la fuyais. Trop de distance entre « le petit chanceux de Villeray » et cette jolie fille sortie miraculeusement de l’enfer nazi, de l’horreur…
Comme dans « Le liseur », une honte imbécile ! Je ne suis pas fier de moi sur cette histoire de 1949, pas du tout. Si honte que c’est la première fois que je la raconte par écrit. Mort, au « paradis promis », elle sera là, Anita G., elle me tournera le dos, avec raison, et moi, élu (?), j’aurai encore honte de ma peur et de mon mépris idiot. De ma fuite de tit-cul « canayen-frança ».
2-
Autre sujet de honte mais où, cette fois, je n’y suis pour rien. Hier soir, sur RDI. « Grand reportage » raconte les « mormons », ces arriérés mentaux d’une secte imbécile (60% de la population de l’Utah, 80% à Salt Lake City). Ces odieux polygames de l’Utah, au large de Salt Lake City, c’était à vomir. Ce Tom, par exemple, ses cinq jeunes femmes (épousées à 13 ou 14 ans !), pauvres victimes niaises d’un gros con fini. La trâlée d’enfants, innocents sacrifiés à ce genre de macho décadent.
Ah oui, à vomir. On regarde cela et les cheveux se dressent. En 2002 ? Au cœur des États-Unis ? On croit rêver ! Que fait l’autorité constituée. Rien. Réponse du documentaire : « Que voulez-vous, aucun juge n’est libre, presque tout le monde là-bas a des parents, des grands-parents, polygames, peut-on condamner sa propre famille? » Eh b’en oui ! Il faudrait mettre un cran d’arrêt définitif à ces « camps de lesbianisme sublimé » (mon verdict !), à cette secte dangereuse avec mariages consanguins, des rejetons infirmes, des mongols en quantité…Destin écœurant et involontaire pour ces enfants innocents. Pour une fois, on souhaiterait la police, le FBI, les troupes fédérales en Utah ! Il y aurait de la casse, c’est certain, de lourds dégâts au sein de ces clans de folie pure, mais ce serait la fin, le point final, à c es pratiques odieusement misogynes de ces dégénérés fabuleux.
Incroyable que les dirigeants des Jeux Olympiques acceptèrent de célébrer en une contrée de mâles malades sexuels ! Inacceptable. Cette riche, très riche, « église des derniers saints des derniers jours « (ouf !), fondée par un bonhomme Smith aux trente épouses (30 !) va profiter d’une visibilité grandiose et tenter ainsi de faire croire que « tout va bien » à Salt Lake City malgré l’eschatologique vision des mormons démoniaques (ils attendent pour bientôt la fin du monde et font des loufoques compilations généalogiques à cette fin !), malgré ces illuminés qui prêchent, répandent, pas trop féministes, qu’il faut revenir à Abraham, à Moïse, à Jésus, tous polygames bien entendu, ‘it’s in The Book’. Oui, Jésus en polygame à trâlée d’enfants (!) et Dieu? Lui aussi ! Yahvé, comme les autres mâles bestiaux de Salt Lake City, Dieu en pacha servi par des jeunes filles subjuguées, dominateur de misérables subornées.
L’émission a parlé de pédophilie, de viols, d’incestes, d’enfants battus et/ou abusés, et le reste de la racaille puritaine invertie !Un reportage accablant. Cela ne se passe pas en Afghanistan (où des suicidaires fanatisés espèrent le harem de vierges !) ou dans un pays aux confins du monde civilisé. C’est tout proche d’ici et en 2002 et, tous, bientôt, on va y aller voir avec les milliers de kodaks nous montrant les jeunes, chics et beaux athlètes de l’univers dans des arénas proprets, en cachant soigneusement cette misère totale, cette plaie ignoble de Salt Lake City !
Oh les tromperies irresponsables de la télé et des J.O. !
Oh mon Dieu !
À la toute fin, ce gros baveux de Tom, on nous le dit, il n’a pas su tricoter adroitement car il doit divorcer (en loi ) de chacune de ses fillettes abusées pour contracter (sauver la face) chaque une énième nouvelle union…eh b’en, il a reçu une peine de cinq ans de prison. Quoi ? Il a fraudé le B.S. ? Il devra payer 78,000 $ mais sa troupe des cinq « séparées » —à la caméra, elles se disaient comblées, épanouies, heureuses et… pas trop jalouses— reste unie et sous ses ordres.
3-
Vu chez Arcand les quatre femmes, emblématiques victimes du Crime organisé. Elles se scandalisent que (nous) l’État crache du notre argent public pour défendre ces commerçants de drogues, ces scélérats les motards (en Mercedes ?) criminalisés alors qu’elles reçoivent des pitances pour les séquelles des actes endurés lors d’attaque diverses. Le public, nombreux chez Arcand, apprenait la folie furieuse des lois : aveugles, sourdes et muettes. « Dura lex, sed lex » ?, oui « ça fait dur » Madame drapée aux yeux bandés à la balance égalitariste !
Ce soir-là, face à Martineau (qui a su mener son questionnaire solidement, il faut le souligner)un certain Claude Robinson. Dessinateur et scénariste d’un conte (« Robinson Curiosité ») pour animation.
Le barbu affirme —revenant avec promesses d’Hollywood euphorique— s’être fait voler toutes ses idées. Cela par ses ex-associés, promoteurs zélés, chez CINAR, la compagnie énorme qui nous suçait des fonds publics avec des « faux noms ». Robinson mène une lutte judiciaire seul sur son île de déception cruelle, démuni. Il espère un jour … quoi ? Recevoir le magot mérité ? Mais ce Cinar (coté à la Bourse) a fait une sorte de faillite, ses deux patrons, un couple, oui oui, furent congédiés (!) de leur propre firme vu qu’ils cachaient des profits dans des asiles bermudiens.
Les nouveaux doivent se dire, eux, innocents ! Eh ! Il y a aussi des jobs à garder, alors l’avocasserie gouvernementale (Procureurs de la Couronne !) se traîne les pieds. Le barbu est épuisé ! À suivre ? Hum…Les jobs, les jobs…
Je l’ai dit, je suis abonné à cette vieille revue nationaliste : « L’Action nationale » Cela se nommait jadis « L’Action française », en hommage à celle de France. De ce côté-là, catholicarde et conservatrice, on versa dans la xénophobie et le racisme virulent, le pape à Rome finit par l’interdire aux catholiques. Coup funeste, coup fatal. Changement de nom. En 2002, la revue est moderne désormais. On y lit des articles solides et, oui, modernes. Mon père, décrocheur du collège Sainte-Thérèse, y travailla comme petit commis, en face du théâtre cinéma Saint-Denis, vers 1920. L’abbé Groulx était « le » patron.
Vadeboncoeur —un nationaliste progressiste de gauche, il y en a plein et j’en suis— y signe un papier terrible illustrant comment les gouvernements désormais ne gouvernent plus. Les machines transnationales, avec ses complices le FMI et l’OMC, sont aux commandes partout en Occident, dit-il. La vérité, hélas ! Aucun élu, et tout le pouvoir ! En ce moment à New-York caucus des politiciens désarmés avec ces magnats financiers, à Porto Allegre, au même moment, grand caucus des sociaux-démocrates. Pas trop de police au Brésil. La police partout dans Manhattan, ah ! Comment ça se fait donc ? Le peule menacerait cette élite des non-élus réunie à New-York et aussi nos « valets élus » ?
4-
Je vais me mettre à la rédaction d’une lettre ouverte. Oui. Ma monomanie qui me reprend malgré le défouloir journal ? Bon. Contre qui Jasmin cette fois ? Je vais m’adresser au monde entier. Eh b’en, on vise haut, on voit grand ? Oui. Je vais écrire au nom de…Mahomet. D’Allah lui-même, ce « Allah ou Akbar» écœuré de ses fidèles fous furieux ! Une idée quoi. J’imaginerai un Mahomet absolument furieux contre… ses propres zélateurs ! Il va vraiment tempêter, fulminer, fustiger …ces « fous de lui ». Ce texte m’est venu en tête en visionnant ce terrible bon docudrame fait par des Français, à propos du « Vol 93 », l’avion détournée et « re-détournée » par quelques courageux passagers américains, le 11 septembre. Une histoire fatale, un récit horrible.
Reconnaissant, j’ai fabriqué un diplôme d’honneur aux feutres de couleurs pour les profs et élèves de l’école hôtelière d’ici. Un parchemin pour rire. C’est que ce « Paris Brest » était si bon…et les fruits de mer à la sauce je-sais-pas-quoi, et le foie de veau, et l’agneau, et le chocolat maison, et le reste, alouette ! Nous nous régalons et à prix modéré. Quelle veine d’avoir cette école à deux coins de rue !
Dans « Voir » Grenier nous apprend ceci : le comprimé d’ecstasy son coûte : 50 cents, prix de vente ? 40$ Ça c’est du profit chers « dealers » !
Je reviens —hier midi— de Vidéotron, rue Viger, canal VOX. Rencontre avec Serge Laprade qui, vétéran, revient au talk-show. Un autre. Moins que 15 minutes pour jaser sur mon dernier bouquin —illustré de photos que l’on fait voir à la caméra,. Ce « Je vous dis merci », Laprade semble l’avoir beaucoup aimé. Tribune téléphonique à la fin. Une dame me questionne « comment je fais pour avoir une si bonne philosophie de la vie. » Je reste embarrassé et ai répondu « Ma mère a su… ». Oui mais j’aurais dû répondre plutôt ceci : « Il faut s’estimer avant tout ». Un (ou une) jeune qui a une bonne estime de lui se conduira toujours « comme du monde ». Il ne va pas se droguer, ni rien. Il faut s’aimer pour pouvoir se tenir debout et ne pas se laisser enliser dans les conneries qui font « placebo » à l’insupportable mépris de soi-même. Tant d’enfants, élevés sans affection, —milieu riche ou pauvres— sont incapables, ne trouvent pas de raison, sont sans motivation, perdus, gâtés et abandonnés à eux-mêmes, bref, ne peuvent s’aimer. Socrate a parlé !
5-
Hier soir, vu « Un gars, une fille ». Encore l’ouvrage d’un obsédé sexuel, Guy Lepage et ses scripteurs nombreux ! À une heure où les enfants ne sont pas au dodo ! La SRC s’en contrefout ! Il n’y a plus de responsable nulle part. Dommage ! La « fille », bonne actrice, obligée de jouer l’obsédée sexuelle vendeuse de gadgets cochons, pénis de plastique, godemichés, vibrateurs, films de cul…Etc. C’est très triste. Débilitant. On en a, Asile et moi, une sorte de…haut le cœur. Rien de plus triste, de plus sinistre même que les pornographes. Connaissant un peu Lepage, un jeune homme cynique mais sain (en apparence), j’en arrive à croire qu’il se fait obsédé sexuel pour attirer la foule. Un salaud, démagogique auteur méprisant les téléspectateurs ? Ce serait pire encore, tiens, j’aime mieux croire qu’il est vraiment un pathologique obsédé.
À la fin d’Un gars… vol, vandalisme à la maison et bon, efficace et, hélas, bref sketch.
Avons regardé à ARTV « Le pélican » de Strindberg, traduction d’Adamov et adaptation (!) de René Dionne, musique de Léveillée, réalisation de Carrier. Une pièce aux bons ressorts dramatiques, à l’intrigue excitante mais…qui se cantonne dans un… surpace (?) énervant et vain. Serge Turgeon en vicieux exploiteur des femmes, fille ou mère, Gadouas Junior et Dorothée Berryman en enfants accablés par une mère avare et dénaturée, fort bien rendue par Marjolaine Hébert. Il manquait un…un je-ne-sais-quoi… Aile et moi, au générique de la fin, déçus.
J‘avais lu du Hervé Guibert. « À l’ami qui… » où le bavard pédé osait révéler que le célèbre Foucault (son ami) pratiquait des perversités sexuelles d’un masochisme scatologique défrisant ! Un tel cerveau si détraqué faisait réfléchir entre « jugement sain et intelligence froide ». Cela ne va pas du tout « de pair ». Hélas !
L’on publie « Le mausolée des amants’ un journal intime (Ah !) si j’ai bien compris. Pierre Thibeault, comme il croit nécessaire, recense son livre sans communiquer le moindrement de jugement…moral. C’est la mode actuelle et c’est la grand’ peur de passer pour moraliste. Une pitié. Il se laisse épouser par une Christine assez maso merci, lui flanquer son Sida, à ses deux gamins aussi…Thibault apprécie, semble-t-il, la sexualité crue, omniprésente. Une dimension de vie à sens unique quoi ! Il dit « morbide » mais « pas de complaisance ». Eh oui ! Dix ans après sa mort (du Sida) la Cristine toute dévouée (Mormonne, je dirais) s’autorise comme prévu à publier le…torchon : « Journal sur le mausolée ». Guibert : Zola le dégoûte (« L’œuvre ») et il se sent déshonoré de sa propre écriture. C’est fin, non ? Qui a envie de se plonger dans ce sinistre désarroi ? Pas moi. Tous les Thibault de cette terre littéraire déboussolée, oui.
Le même Thibault pose des questions utiles cette fois sur ce gala qui se prépare pour le mobde du livre. Quatre éditeurs reconnus a viennent de déclarer : non, gala vain et idiot ! Donnez, Ministre Diane Lemieux, cet argent du gala pour faire éditer davantage de nos manuscrits. Oh !
Le 23 avril, il y aurait 28 prix. Il y a plus de mille (1,000) livres à faire lire ! P. T. demande : « comment ? Lire 3 livres et demi par jour d’ici avril !» Donc, pas de crédibilité aucune pour ce gala des auteurs ? Eh ! Hélas, il termine par une basse allusion à Marie Laberge…Pourquoi donc ? Le succès enrage certains ! Curieux cette manie au Québec !
Éric Grenier (dans « Voir » toujours) jase sur le 12 millions de Coutu- pharmacien —et « magasinier général » de tous les coins de rue— offert généreusement pour faire avancer « la science des médicaments ». Un « juge et partie », demande Grenier ? Gros applaudissements du mécène…hum… désinteressé, en médias ! Avec justesse Grenier écrit que, face au 60 millions d’argent public, celui des contribuables, offert par la ministre Marois pour ce même bâtiment universitaire, c’est le silence compact. On fête pas la générosité des travailleurs taxés, du peuple. Belle connerie en effet !
Je vais lire sur « un chef de guerre », cette dénomination étrange. Sur le fameux Massouf, Afghanistan du nord, anti-soviétique envahisseur tué. Hâte de savoir s’il mérite tant l‘admiration de Bernard-Henri Lévy.
Marielle, ma quasi-jumelle, m’expédie une jolie carte pour me remercier de l’organisation de son anniversaire à la Piccola le 19 dernier. Aussi une lettre. Je lui ai rédigé aussitôt une réplique. Ma lettre mensuelle. Elle craint beaucoup avec ces « J.N » ici. Elle me dit : « Claude, fais bien attention, la vie privée … c’est privé. ». Wengne ! B’en oui…je le sais !
Entendu chez Bazzo sans Bazzo (est b’en souvent malade la brillante grande slaque, non ?) une entrevue avec trois cinéastes à propos d’un docudrame : « Le cobra magique » ou un titre du genre. C’est à « L’ex-centris », rue Saint-Laurent. Ils ont embrigadé une bande d’ados pour se faire la guerre. Du « paint-ball ». Mon petit-fils, Simon, en fut friand un temps. Il y alla deux ou trois fois. C’est cher ce camping sauvage et encadré à la fois . Et cela m’inquiétait. Or, l’un des trois gars affirme au micro de CBF-FM : « On a vite vu, constaté, comment l’obéissance, l’armée, l’encadrement organisé, (« notre scénario en somme » ) peut mener vite des jeunes au fascisme ! Ils perdent volontiers toute identité. Notre film illustre cela aussi même si nous savons bien que l’instinct, le besoin viscéral, de combattre, de batailler, est au coeur même du jeune mâle ! »
Oh oh ! Aïe ! Ma crainte est entière de nouveau. Je vais en jaser avec mon fils, le père de ce Simon. Vu, justement, hier soir, bout de film sur l’entraînement de jeunes cadets —qui iront en Afghanistan bientôt— de notre armée. Tous disaient candidement : « On a lâché nos études trop tôt. On avait pas d’avenir. Ça nous a fait un job quoi… » Les cris cons, les marches au pas, le masochisme accepté, les plus vieux en dominateurs gueulards, sadiques contentés, des jeunes automates, machines humaines décervelées, oui, hélas…Ce milieu en est donc resté à une sorte d’ esclavagisme bien puant. L’attirail vicieux de l’ obéissance aveugle…
Frissons chez Aile et moi devant le petit écran ! Gauche , droite, gauche…Une deux…Trois quatre…Quelles idioties navrantes, que de « caporal Lortie » aliénés, cinglés se font mâchouiller la cervelle… J’irai vite voir ce « Cobra… ». Et avec mon fils si je peux. Avant de partir civiliser les méchants Arabes intégristes ! Ce mot… intégriste…tiens ! J’ai peur.
Au coin de Bélanger et Saint-Denis, en face du Rivoli, il y avait un petit garçon de mon âge qui brillait dans ses études. Il fut admis comme moi, au Grasset des sévères Sulpiciens. Il est devenu un savant en matière de criminalité, je lis, mercredi matin, un savant « papier’» de ce Jean-Paul Brodeur. Il cause d’aide juridique…et de motards criminalisés. Il a grandi en science et en sagesse, c’est une sommité désormais. Hélas, il ne sait pas encore bien vulgariser ses études sérieuses. J’ai eu du mal à le suivre. C’était plus une simple flânerie aux vitrines du « Rivoli Sweet ».
Ça viendra tit-pit Brodeur, (tit-cul Jasmin, hon !) un jour, oui ?
À Brossard blâme sur des policiers qui ont laissé travailler des cameramen pendant qu’ils faisaient une besogne…descente dans…un bordel brossardien. On reproche aux agents d’avoir risqué que l’on voit bien les clients débauchés du lupanar !
Pis après ? Maudite justice tatillonne. Tu vas chez les putains…on peut les filmer prises à leurs pièges mercantiles…mais pas les clients ? Allons-donc…cette « légalité » à formulaires, à codes gonflés, à règlements variés, fait froid dans le dos.
Pas de machos bien mâles, caméra, stop ! Femmes bien mal prises car ceux qui n’aiment que les femmes-damnées, les pauvres salopes, caméra, oui, filmez ces prostituées, pas de gêne.
Certains ne respectent que la « femme-vierge ou la femme-maman », « la mère de mes petits », dit Kid Macho le con !
La femme-putain, ça c’est pour le plaisir, payée comptant, content ! On voit le jeu de ces braves clients. Kodak, arrière !
Si la femme est une truie, une cochonne, c’est la femme des joies physiques. La veille chanson chez les mâles tordus : t’as vu la danseuse à poil, ça c’est de la peau hein Farnand ? »
Reste qu’ à brutaliser un peu peut-être ? Qui, c’est pas Putain chic Nelly Arcand, call-girl snob pour enrager papa parti….pour messieurs délicats et fortunés !
Pas de kodak de ce côté huppé du monde ! Les exploitées volontaires… qui n’ont jamais mis les pieds en fac de lettres, elles, bienvenue les caméras…Épargnez les clients SVP. Policiers Linda DeLaplante et Pierre Bergeron, SVP, du monde respectable ces clients de motel louche ! 100 tomates la chienne, c’est pas des pinottes en partouze brossardienne , la paix à ces petits crésus en pantalonnade collective ! « Échange » de bons procédés, messieurs les avocats de ces vils maquereaux !Saviez pas ça ? Même le bozo lubrique ont droit à la discrétion. Société de droits, SVP. Ignominie !
Vive les caméras partout ? Si vous avez rien à cacher. Moi ? Rien. Honnêtement . Alors ? Quoi ? Quoi ? Je devrais avoir honte, gauchiste-à-la-Monique-Simard, caviar-et-fourrures, genre madame la féministe Cocue-Sartre-de-Bavoir. Car il faut te crier des « gros noms » si tu oses admettre dans nos rues (et nos motels) les caméras —cachées ou pas cachées. Le crack d’Attak, l’autre Jasmin, fulminerait…celui qui est à Porto Allegre en ce moment. Je l’entend gauchir à la radio, j’ai baissé mon Mozart opératique un peu… Ce Jasmin aurait honte de me lire ici, il dirait : mauvais gauchiste cousin de la fesse gauche !
M. Mignault du « Comité de déontologie policière », vous venez donc, en somme, de décréter : Partouzes à 100 dollars ou non, on verra plus rien à l’avenir dans nos quotidiens, braves citoyens encourageurs du vice ! Revenez à Bordel-Brossard-Motel-Ville ! On verra juste, c’est juste, seulement les belles guidounes, employées payées par des hommes invisibles . Amateurs de mamans-putains !
Eh bien moi, je dis :des caméras partout messieurs les hypocrites. La démocratie partout. Le génial ethnologue, anthropologue, le jésuite (si détesté par le Vatican qu’il l’expédiera en exil), Teillard de Chardin, lui, oui, lui, l’avait prédit : « Nous vivrons tous un jour dans des maisons de verre ».
Mettez-en même dans les bureaux des députés et des ministres qui se font offrir (hier, aujourd’hui demain, dans tous les partis) des valises avec des demi millions de piastres. Et qui n’appellent pas la police. Pas fous. On sait jamais si le fric venait à manquer, hein mon bon monsieur Royer, pas vrai sire Chevrotine joliettin ?
Déjà que plein de quidams qui s’en installent volontiers au-dessus de leur ordinateur. Petit œil crasse va ? La vie sera donc un reality-show, à Brossard, au petit motel-bordel, comme au Château Frontenac ? Eh oui ! Encore plus de kodaks à la cour-toute-neuve des bandits à Mom Boucher. Oui. Le peuple veut voir. Tout. Société fourbe qui dit « non à la caméra » pour pouvoir jouer en paix ses jeux de grands frustrés, de magouilleurs, de profiteurs.
Bon, voyons, du calme mon vieux, du calme. Bon. Je me tais.
Je m’emporte comme ça des fois, ne craignez rien…je sens de bonnes odeurs qui m’attendrissent et puis le ciel est tout noir à présent, et la neige se devine à peine sur le lac Rond…et j’ai faim…
On vit pas de caméras partout Monsieur Teillard de Chardin, pas vrai, vieux génie mort ?

Le dimanche 27 janvier 2002

Le dimanche 27 janvier 2002
1-
Hier la beauté solaire nordique, ce matin, à « bloody sunday » tout bêtement blanc, pas un seul trou dans le couvercle céleste. Tant pis ! Ayant revu la jeune beauté de Daniel Gadouas dans « Un dimanche… » à ARTV, j’ai eu souvenance amère d’un projet. D’abord dire que j’avais souhaité le jeune Gadouas pour incarner mon « alter ego » de La petite patrie. En suggérant l’acteur au réalisateur, ce dernier refusait net : « On a eu du mal avec lui, récemment, il a fallu le refroidir dans une toilette de studio tant il était barbouillé de drogue ». Ma déception. C’était en 1974. Certes Vincent Bilodeau, choisi par Florent Forget, me fit une réincarnation adolescente bien parfaite.
Plus tard, vers 1979, avec la promesse fallacieuse des dirigeants de la SRC du temps (J.-M. Dugas et J.-C. Rinfret), je songeais à une dramatique que je voulais rédiger et réaliser moi-même sur Rimbaud et Verlaine. Le « boss » Rinfret me disant « Oui, mon Claude, on va te laisser faire une réalisation », je voyais un duo singulier : Jean-Louis Millette en Paul Verlaine envoûté, comme on sait, par son jeune et génial compagnon de rimes et, lui, oui, lui, Daniel Gadouas, en Arthur Rimbaud impétueux, iconoclaste et… fou. Je préparais avec enthousiasme le scénario et…vint la remise « aux calendes grecques » bien connue. Hélas, oui, mon projet « tomba en quenouille » , sombra dans « l’abîme du rêve » (Nelligan) vu le manque de parole du boss. Ma déception encore !
C’est dire comment ce jeune Gadouas, qui avait ce côté, cet aspect, fiévreux et romantique de Daniel Gadouas, son papa, hélas suicidé par défenestration, m’inspirait fort !
2-
On imagine pas comment écrire ainsi un journal sur Internet change un tas de choses. La certitude d’être lu à mesure qu’un ouvrage se fait… effet bizarre, je vous jure ! Rien à voir avec le fait de rédiger un livre dans la solitude, pour un lectorat inconnu, encore à venir. Ça change tout. Je suis excité certes par cette neuve réalité. Une première ! La centaine (ou 200 ?) de lecteurs fidèles fait que je les sens comme au-dessus de mon épaule. J’ai des envies de dialoguer. Je me retiens de ne pas interpeller ces gens qui voient le livre sec faire à mesure. J’en suis comme… gêné. Je dois oublier que l’on pourrait intervenir, m’expédier un courriel pour commenter, à chaud, l’itinéraire « in progress » de ces « Journées nettes ». Je me sens comme en danger. C’est fou.
Quand sera publié en livre ce journal « spécial » est-ce j’aurai biffé, changé, censuré des choses ? Je ne le sais pas encore. Devrais-je couper des éphémérides ayant perdu du sens ? Le manuscrit sera-t-il trop lourd, trop épais ? L’éditeur voudra-t-il tout prendre dans six mois, en fin de juin, pour un bouquin à paraÎtre en septembre (ou octobre) de 2002 ? On verra « dans le temps comme dans le temps » disait Ovila Légaré du « Survenant ».
J’ai très hâte de voir dans les librairies, en avril, ce « Écrire » que je viens de terminer. Avant-hier, Beaulieu l’exige pour sa série, j’ai envoyé à Trois-Pistoles un dessin (Don Quichotte et le Sancho) et une page manuscrite. J’ai mis six ou sept textes lyriques au beau milieu de ce bilan sur le métier (!) d’écrire…qui n’en est pas un, bien entendu comme je le répète dans « Écrire ». C’est aussi une manifeste, un pamphlet par bien des côtés. Il y a que, en dehors du portrait de l’écrivain « raté », j’ai voulu y semer un peu de « littérature » en cours de cette confession très prosaïque, très « factuelle », aux aveux francs. J’en suis si fier, si content.
J’ai mis du temps à répondre à l’invitation de Beaulieu et soudain, bang, ça m’a pris, ça m’ a emporté, je me suis vidé le cœur et je vais encore, me faire un tas d’adversaires !
3-
Aile et moi avons regardé, à la télé, le troisième et dernier tome sur l’écrivain new-yorkais, Norman Mailer, intitulé « le désenchanté ». Mailer en ouverture : « C’est pas comme écrire un livre. Vous voyez, je parle ici pour la télé, ça ne donnera rien d’important. On va regarder, tout de suite après, une autre émission, on va oublier aussitôt tout ce que je dis maintenant » Lucidité valable ! Mailer : « Aimer, c’est quoi ? Suis-je prêt à donner ma vie pour cet autre ? C’est la seule vraie question. Suis-je disposé à mourir pour lui ? » Aile et moi, nous nous regardons, gênés. Mailer qui dit parfois de niaiseries, qui est contradictoire a de ces moments forts ! Revenu de l’action politique, vieilli, Mailer cherche des veines, comme il dit : »L’écrivain est une sorte de mineur et si un filon s’épuise, il cherche ailleurs. » Il crache des sentences définitives sur Johnson, Nixon, sur Reagan, des « crachats » vraiment. Et il n’a pas tort. Il donne un verdict terrible sur la popularité de Ronald Reagan : « Les gens l’aimaient, il était nul mais si gentil, aucune idée solide, du charme (je songeais au charmant Brian Mulroney copain comme cochon avec ce Ronald-duck). La nation ne voulait que cela, « être charmée ». Il a parlé de l’immense bavure des Américains en Somalie, un Vietnam bref, et ce sera, deux jours plus tard pour gommer cela —et aussi le scandale « l’argent sale du trafic des armes » versé aux « Contras » du Nicaragua— l’invasion niaise de la Grenade (1983), une farce, dira Mailer. « Uncle Sam » enfin vengé de ce maudit Vietnam. Les réjouissances candides partout pour avoir pu chasser déménager un millier de pauvres ouvriers cubains « communistes » ! « On a gagné une guerre ! » Une « joke » ricane Norman Mailer. La guerre au Koweït, elle, lavera vraiment dans l’imaginaire américain la honteuse défaite du Vietnam. Un besoin urgent !
Plus tard, Mailer va creuser le filon « condamnés à mort ». Il va publier sur Gilmore…qui sera gracié et qui en sera révolté, qui insistera pour être exécuté comme… on le lui avait promis ! Mailer, interloqué, ira le confesser. Gilmore l’insistant sera exécuté le 17 janvier 1977. Et puis ce sera un autre livre, sur Abbott, autre condamné à mort (Random House, éditeur) sur qui Mailer va écrire combattant sans cesse la barbarie de la peine de mort. Ce dernier, lui aussi, sera gracié. Sortie de son pénitencier. Et puis, l’horreur : Abbott va tuer un homme (poignard) quelques semaine après sa libération ! Mon Mailer sur le cul ! La culpabilité alors. Cela fit couler beaucoup d’encre à l’époque et Mailer dit : « Arès cela, les exécutions capitales montèrent en flèche aux USA ». Ah oui, le « désenchanté ». Surprise d’Aile et moi en l’entendant proclamer : « Il n’y a qu’une vraie mort dans la vie et c’est la mort de l’âme. Des gens meurent avant de mourir. Quand votre âme est morte, c’est déjà la fin ! La mort qui viendra ensuite, ce n’est plus rien. » Chapeau ! C’est tellement vrai ! Il a affirmé que les USA qu’il aime, dit-il, comme on aime sa femme dans un mariage en crise (!), c’est « place à l’exportation de nos produits », point final. Un monde de spéculateurs. Dit aussi qu’il y a trois problèmes graves : les drogues, les Noirs et la pauvreté. Il craint une récession car, dit-il, le sort des Noirs et des pauvres sera effroyable si on revivait les années de la grande Crise de 1929-1939.
Il a dit que, jeune, il a lu Marx, dès 1949, et que cela l’a aidé à comprendre que toute société repose sur une structure et qu’il faut bien la connaître (« le Capital ») si on veut changer les choses. Il est allé en URSS en 1984 et a saisi que, partout, la misère est le lot des petites gens…
Mailer fit une parenthèse sur l’assassin de Kennedy (il a écrit sur lui comme sur Marylin Monroe) qui s’était déjà volontairement exilé au « paradis promis » des travailleurs,
l’URSS, y avait travaillé, avait compris que « l’ouvrier non-spécialisé » est un perdu, un diffamé, un exploité, un no-body, en URSS comme aux USA et que cela avait armé son bras meurtrier. Cer tueur de Dallas voulait se signaler, il refusait d’être un « rien ». Mailer à Moscou découvre le mensonge USA. MOSCOU n’avait rien d’un danger grave, n’était pas un monstre dut tout. L’URSS, déjà, était ruiné, à cause de la guerre aux armements aux USA. « Cette fédération n’ avait pas du tout les moyens de rivaliser avec l’industrie capitaliste de l’armement. C’était un « tiers-monde », pas du tout le Satan que Washington voulait faire accroire aux candides citoyens. De là l’écroulement, l’essoufflement, l’écrasement final en janvier 1990.
En fin d’émission, Mailer répète que l’écrivain cherche à comprendre. Puis à faire comprendre. Ce qu’il croit qu’il a compris, Ne veut que cela : la compréhension, seulement et toujours cela. Bien d’accord. À la toute fin, Mailer crachera sur « l’étiquette » que l’on s’empresse de coller à un auteur. Débat terrifiant ensuite pour la décoller ! Oh oui ! Voir ce « vieil homme et la mer », sur sa plage de Provincetown, au bout du Cap Cod, revenu de tout, amer et serein à la fois, donnait un choc. Je lirai son « Harlot’s gost », démoli férocement par « Time » et Cie, un « nauvrage navrant » a-t-on dit. Curieux de voir ça, un nauvrage littéraire !
Mon ami et voisin, l’anarcho Jodoin, qui refuse de regarder la télé, manque ainsi des émissions captivantes, (signé Richard Copans, ces trois émissions sur Mailer et l’Amérique)le pôvre ami et voisin ! C’est con, je le lui ai dit mais il s’obstine dans sa bouderie.
4-
En ais-je parlé ? Avoir relu l’été de 1994 dans ce « Un été trop court » (Publicor, éditeur ), ce journal intime de quatre mois d’été. Quel plaisir de revivre un temps enfui, recherche de ce temps perdu ! On devrait, tous, rédiger du journal. Aile fort stimulée quand je lui remémorais des faits de cette année lointaine …lointaine ! Il y a quoi, sept ans ?, pourtant que d’oublis.
Sa maman qui sombrait dans la démence d’un âge avancé, les larmes d’aile désespérée en cet été, les pluies diluviennes, incessantes, l’inondation du terrain, la plantation des pins nains. Notre motel, le 218 du Norseman, à Ogunquit, avec de la porte-fenêtre de la chambre, ses crépuscules mirifiques sur la rivière Ogunquit, ses aurores rouges comme sang sur l’océan à nos pieds. Le beau voyage alors ! L’oublie d’une maman, Yvonne, qui coulait dans les pertes de mémoire atroces.
Avons pris trois livres à la biblio du village. Un sur un chef de guerre (anti-soviétique) décédé, Massoud d’Afghanistan, un sur Bernard Landry par Vastel et un tome du journal (Ah ! du journal, me délices !) de ce frère mariste « devenu un réactionnaire fini » publie Martel dans le cahier « Livres » de La Presse ce matin.
Je l’avais lu et l’ai donc pris en vain. Vrai que ce Jean-Paul Desbiens est devenu un frileux, conservateur éhonté, mais il a de la jasette et de l’esprit. Et de la culture. Et j’avais aimé glaner de ses facéties où il s’enrage contre le progrès et la culture actuelle, les us et coutumes d’un monde qu’il craint, qu’il fustige aussi. J’aime bien lire des gens qui sont aux antipodes de mes sentiments et opinions, je trouve cela stimulant. Et puis le célèbre Frère Untel a de vraies bonnes raisons, ici et là, de s’enrager.
Le fameux petit frère mariste, amateur de bon gin, un temps exilé en Suisse par son église très énervée de ses « insolences », fut nommé Grand Pacha, chef édito à La Presse, à la fin des années ’60 et ce sera une aventure curieuse. Durant la Crise d’octobre, il est devenu comme cinglé. Il avait publié : « Il faut fermer le monde ». Aussi : « On est pas des « beus » pour chier en marchant ! » Il fut censuré par les proprios de la « Power Corp. » Vers la fin, il semblait hésiter à condamner les terroristes… il fit rapidement ses valises dans une sorte d’hébétude bizarre. Il fait allusion, ici et là, dans son journal, pétillant par longs passages, à ces vieilles chicanes…. avec tant de monde. Martel est cruel : « un réac fini ? » M ais non, Desbiens est plutôt un nostalgique des années du bon vieux temps catholique québécois, en cela, qui n’est pas nostalgique de sa jeunesse perdue ? Martel ? J’en douterais. Beaucoup.
5-
Hier, samedi, à Télé Québec, encore deux bons films et sans les putains de chiennes de maudites de décervelantes de dégueulasses d’infantilisantes de gnochonnes de criardes de mécréantes d’insupportables de…publicités ! Ouf ! Ça fait du bien.
Deux films de Claude Miller. D’abord « La classe de neige » de Carrère. Un récit haletant, terrifiant, bien mené. Celui d’un garçon dominé par son père incestueux, un malade pathétique, pédophile. Ce père inquiétant a rendu son enfant paranoïaque. Quel bon récit filmique de Miller.
Ensuite, T.Q. offrait, toujours de Miller : « La chambre des sorcières », vu au cinéma, que j’ai pris grand plaisir à revoir. Une histoire en apparence banale :une étudiante (30 ans) —amante d’un homme marié— en anthropologie qui doit se faire hospitaliser pour les nerfs, ses migraines et ses coliques monstrueuses. Anne Brochet ( la jeune fille dans « Cyrano » avec un Depardieu inoubliable) joue fort bien cette chercheuses de signification chez les Africains primitifs et, à l’hôpital, la voilà avec des soignants exilés d’Afrique. C’est subtil et très brillant. Sa science la rejoint en effet. Sorcellerie en chambrée (à trois) ? On voit une poule noire, des singes, des bébés criards, tout vire en un cauchemar qui l’accable. Qui la trend encore plus névrosée. On y voit, voisine de lit, une vieille dame inquiétante comme ce gourou dans le « Juliette des esprits » de Fellini. Cette vieille Éléonore, sorcière de nuit dans la pouponnière, renverse ! Une sorte de folle avec plein de sous-entendus, d’allusions. Vraiment un film bien fait. Cette « Chambre… », je le reverrais encore C’est tout dire. Le neurologue impuissant est brillamment interprété par le québécois doué Yves Jacques.
6-
Hier au souper —­agneau d’Australie, d’Aile aussi, rouge et rose, yum!— ma compagne s’épanche : « à Hull, fillette, j’avais deux bonnes amies fidèles, les petites Rochon, il y a eu déménagement et aucun adieu, rien, pas un geste, pas un mot, pas « d’au revoir». Longtemps après j’y repensais parfois et je ne comprenais pas comment on peut en arriver à se séparer de telles camarades sans un signe, sans rien. Ça me fait quelque chose ces façons de faire de ce temps-là. »
Et c’est si vrai. Les enfants suivaient docilement les parents et il n’y avait, hélas, pas d’espace pour l’expression des sentiments. « Ensuite, il y a comme une petite blessure », dit Aile. « Que sont-elles devenues ? Je ne sais pas. Je n’ai plus rien su d’elles. »
J’ai raconté à CKAC, pour la Saint Valentin de l’an 2001, une coupure de cette sorte. La petite Carrière que j’aimais tant et un matin… les rideaux partis aux fenêtres, leur porte d’entrée entrebâillée, plus personne. Le proprio qui me dit : « Cherche-la plus, attends-la pas, ce matin les Carrière sont déménagés en vitesse et je sais pas où ! »
Soudain, Aile : « Bon, assez jasé et je veux pas voir ça dans ton journal, hein ? » Je n’ai rien promis. Je ne comprends pas, je ne comprendrai jamais pourquoi, si souvent, les gens veulent garder pour eux des choses aussi simples, aussi belles, aussi attendrissantes surtout et qui ne sont pas des secrets personnels. Il va de soi qu’il y a des intimités qui ne se répètent pas mais…là, ce souvenir de petites amies perdues…
À ce propos —coupures d’amitiés et Saint Valentin— si Guy Lachance, réalisateur à CKAC chez Arcand, m’invite encore pour un conte, j’ai le choix : il y a la boiteuse sur son balcon, la jeune juive au bras marqué d’un numéro nazi, ou la jeune beauté sourde et muette en visite au musée naturaliste des Sourds, rue Saint-Laurent. J’avais aussi songé à ce jeune oncle, Fernand P. qui voulait me « matcher » à une petite guidoune du Faubourg à mélasse. Je verrai.
7-
Ça jase partout du procès qui va se faire en grandes pompes pour John Linch, cet étonnant jeune américain caché parmi les terribles talibans « fous de Dieu », d’Allah, pardon ! Divorce, le père, un avocat bourgeois de la Californie, décidant d’assumer son homosexualité ! Et bang ! conversion de John à l’islamisme radical. Exil. La mère, une photographe, venait de se convertir au bouddhisme, elle !
Oubliant la magouille des dirigeants et souteneurs de W. Bush, dans l’empire « Enron », qui se sauvaient avec la caisse avant de déclarer faillite, de ruiner les milliers d’actionnaires ordinaires, ce sera le « show Linch ». Une pertinente diversion, genre « foire O.J. Simpson » et ça arrangera le Président Bush, cette cohue, cette ruée aux écrans de télé.
Ce matin, « La presse » du dimanche, entrevue de ma collègue romancière, Monique Larue. On lit qu’enseigner la littérature française (à Edouard Montpetit ou ailleurs ) quand la jeunesse n’en a que pour les images et le rock anglophone n’a rien d’une sinécure. On l’imagine en effet. On lit aussi à propos de la mort récente du célèbre sociologue Pierre Bourdieu que ce dernier était « un chef de secte » et « dominateur » avec ça ! Eh b’en ! Le captivant Robitaille de Paris en profite pour parler de Jean-Paul Sartre « stalinien pendant 25 ans », de Sollers « maoïste zélé », de Foucault « pro-Komeiny-intégriste », ajoutant en citant Gluckmann, qu’il y a des Socrate :ceux qui questionnent sans enrégimenter et des Platon, se voulant conseiller du prince au pouvoir. Bravo ! Il oppose à un Althusser du genre Platon zélé à un Edgar Morin plutôt, lui, sage socratiste (sic).
La vérité.
J’ai croisé le fameux sociologue en studio dans le temps. En effet, un homme sage, rieur, ne se prenant pas pour un autre, curieux des détails techniques de cette télé d’ici, bavardant volontiers avec le décorateur que j’étais. Edgar Morin rentrait d’un séjour prestigieux, californien, où il avait été bien reçu et avait hâte de revoir Paris après le Mai’68. Robitaille fait aussi des liens perspicaces entre un Bourdieu, en 1995, à 65 ans, jouant l’ouvriérisme vindicatif chez les grévistes du transport et Sartre, vieillard à demi aveugle, en 1969, chez Renault en grève, grimpé sur un tonneau pour ses prédications maoïstes.
Fini ces intellos dominateurs, les guides autoproclamés du populo ? On dit que c’est le temps du scepticisme, du doute. Les nouveaux philosophes (Sartre, énervé d’une relève qu’il n’avait pas couvé, disait d’eux :des agents de la CIA !) sont plus prudents. Bernard-Henri Lévy reste celui qui est tenté par un rôle de gourou du peuple. Le seul peut-être. Norman Mailer, j’y reviens, a fini par dire ayant compris la vanité des « combatifs par l’écriture » : « J’ai compris tard qu’un intello, un écrivain, ne peut guère influencer la vie courante ». C’est le rôle des politiques quand ils osent avoir des politiques et pas seulement des opinions faciles pour joindre la faveur des sondages. Bourdieu a tout de même publié : »Les chiens de garde », une charge anti-médias percutante, un brûlot qu’on dit terrible, que je cherche à me procurer.
8-
Pierre Vennat, ce dimanche, parle de Lemelin qu a fait connaître « sa pente douce », de Beaulieu et son « Trois Pistoles » illustré, de moi et mon cher Villeray-Petite patrie. Il oublie Tremblay qui a su raconter son Plateau des années ’50 et ’60. En effet, un des rôles de la littérature est d’illustrer ses lieux d’origines. Plusieurs le font mais tant d’autres sont comme déracinés, on ne sait trop d’où coulent leurs sources, ils sont même fiers d’être comme sans origines précises —ils viennent de nulle part ! Un choix certes. À mes yeux une bizarrerie et fréquente !
Un jour, quelqu’un m’avait soufflé : si tu avais été, jeune, abandonné, malheureux comme les pierres, enfant triste, délaissé, jamais stimulé, perdu même, tu ne raconterais pas tant ton enfance, ta jeunesse. Je m’étais dit :ouais, vrai sans doute ! Il faut avoir obtenu au moins un peu de bonheur, jeune, pour vouloir tant se souvenir.
Le téléphone sonne : un certain Chapdelaine. Il a étudié à L’École du Meuble lui aussi, devenant ébéniste. Il habitait mon coin, jeune, il vit maintenant à Grande Vallée en Gaspésie et il m’invite à y aller le visiter. Il compose des poèmes, il a « composé » sa maison avec beaucoup de bois d’épave. Un logis en… »drift wood !Il ne lit pas J.N. car il n’a pas encore l’ordinateur, m’explique-t-il. Jasette ad lib. Il a bien connu mon jeune camarade Roland Devault. Un de mes héros impétueux dans « Enfant de Villeray », livre qu’il vient de lire avec, évidemment, beaucoup d’émotion, affirme-t-il, étant du quartier.
Un livre fait cela parfois : une sorte d’union de pensée formidable. Nous raccrochons après vingt minutes. Cela va lui coûter cher…de tant se souvenir !
Un certain Jacques Gélinas avance que la globalisation mènera au totalitarisme. Bigre ! Ça se peut. Tiens : ce chercheur dit aussi que l’argent à blanchir jouit de la complicité de tout le système en place. Jacques Gélinas, haut-fonctionnaire retraité mais resté actif, fonde trois choses : L’État, les grandes compagnies (transnationales) —les deux sont de mèche ces temps-ci face à la globalisation— et enfin, les consommateurs (nous).
Il n’y a plus de… « citoyens » déplore-t-il, pour les États et les entreteneurs géants. Il n’y a que des consommateurs ! Gélinas déclare que les élites sont sans aucune morale, qu’il y a défaitisme, abandon. Les gouvernements se taisent aussi, la peur de l’économie contrôlée par les gigantesques machines commerciales. Il n’a plus confiance qu’en ce mouvement naissant, qui débutait à Seattle, qui a fait son grabuge au Sommet de Québec…et qui continue. Il veut que cela grandisse, il compte sur ce réveil des citoyens, la seule vaste planche de salut.
Enfin, « La presse » parle de « Le liseur » un livre qui obtenait une audience fantastique…Son auteur, un Allemand, assure que jamais l’Allemand ne pourra arracher la page noire du nazisme. Que les jeunes tentent pourtant d’effacer ce souvenir odieux, atroce, dont ils ne sont pas responsables mais qu’il n’y aura jamais, jamais, rien à faire. J’y pense très souvent. En effet, comment charger des Allemands nés… disons en 1980 ou 1990, des méfaits intolérables commis par les grands parents, complices ou témoins muets ?
Quelle chance nous avons, au fond, de n’avoir été que des enfants, les descendants de modestes colons —abusés par les envoyés de la monarchie versaillaise souvent— s’installant en cultivateurs pour la plupart dans les parages du fleuve Saint-Laurent sans déloger ou chasser les indigènes puisqu’ils étaient, pour le plus grand nombre, des nomades, chasseurs et cueilleurs. Nous n’avons jamais participé activement à aucune guerre grave. C’est une chance. Je me demande ce que je serais si j’étais un Allemand. Je les plains. Le nazisme a imposé une tache noire indélébile, pour des siècles à venir, sur ce pays. Les grands musiciens et les philosophes de cette nation, eux-mêmes, en sont éclaboussés. Il faudrait que je lise… « Le liseur ». L’étudiant allemand tombant amoureux d’une employé de tramway plus vieille que lui, analphabète et qui, il va le découvrir, trempa dans le nazisme…Faut que je déniche ce livre. Voilà ce que fait de bons « papiers » du cahier Livres.
Je tiens à terminer cette Journée…nettoyée avec ceci qui est grave : « Le langage pédagogique est l’opposé absolu du littéraire… il ne peut engendrer aucune compétence langagière. » C’est le héros du dernier roman de Monique Larue, je l’ai dit plus haut, prof de littérature dans un cégep qui parle par sa bouche. Ça donne à réfléchir sur tous ces cours de création littéraire, ces ateliers spécialisés, ces séances offertes par des auteurs connus. Dans mon « Écrire » qui va vers un imprimeur bientôt, je fulmine contre ces arnaqueurs, je fustige ces attrapeurs de nigauds. Pour écrire, c’est tout simple, il faut prendre un crayon ou un stylo, et du papier. Ou un clavier. Oubliez les Marc Fisher, Arlette Cousture ou Réjean Tremblay ou Dominique Demers…oubliez ça. Ne gaspillez pas vos sous.

Le vendredi 11 janvier 2002

Le vendredi 11 janvier 2002
1-
L’avais-je oublié, c’est cela l’hiver ? Quelques rares et bénis jours radieux de soleil brutal — propre aux pays nordiques ?— et, bien plus souvent ce gris étalé tout partout ! Comme ce vendredi matin d’aujourd’hui. Bof ! Bientôt mars n’est-ce pas ? Je sais trop bien désormais la vitesse du temps, des saisons. Patientia !
Le « vieux » se questionne quand il examine le monde des nouveaux venus.
Un exemple : elle se nomme Lévy, Conception de son prénom. Son boulot : « réserviste » (?) dans un cabinet d’avocats par les soirs ! Au bord de la nuit, retour de ce boulot, Conception dit aimer visionner des films en arabe, en hébreu ou en japonais, peu lui importe. Quel canal ces films ? Où les loue-t-elle ? Pas de réponse dans l’interview. « Je savoure aussi un film ou sans les images ou bien sans le son. » Eh b’en !
Pour elle « érotisme et ésotérisme », même affaire. (!) Elle se dit intriguée par les « potions » celtes (!) ou égyptiennes, par le Karma Sutra. Aussi par la métaphysique. Seigneur ! Cette Conception cherche, sur Internet, des sites et sur l’urologie (!) et la physique quantique. Femme singulière, hein ? Elle fut barmaid un temps, stagiaire à l’école du barreau… étudiante aux HEC…a quitté car elle déteste « les bancs d’école » ! Bonne Vierge ! Plus jeune, elle fut découragé d’aller étudier en théâtre par ses parents.
Elle élève des escargots !
Les amoureux ? « J’en ai eu ma claque des hommes. » Oh la la ! « Ils étaient comme « mes » enfants ! Elle termine par, tenez-vous bien : « Du jour où je sais que je ne leur apprend plus rien, il n’y a plus d’échange possible et je pars » ! La photo nous montre cette bizarre « enseignante » aux hommes », jolie et sérieuse jeune femme, cheveux sombres, lunettes de la studieuse.
Je vous le redis : un certain « nouveau monde » m’intrigue au plus haut point. Pépère Jasmin, est-ce cela vieillir ? Découvrir des cadets aux mœurs déroutantes ?
2-
Bande chanceux, va !
Je vais vous résumer ce très long entretien du Nouvel Obs avec un brillant psy, auteur de trois volumes sur la question, Boris Cyrulnik. Sujet qui nous tient tous à cœur, le bonheur.
Voici donc en une douzaine de brefs paragraphes, la substantifique moelle de ses affirmations, parfois renversantes.
A- Un enfant dont les parents ne s’occupent pas sera inapte au bonheur ! Il faudra le « réparer ».
B- Tous nos progrès sociaux mènent surtout, au « bien-être », ce qui n’est du tout le bonheur.
C- Issu d’un contexte familial, ou social, qui n’a pas de sens, pas de projet à rêver, à élaborer, on devient inapte au bonheur.
Une grave épreuve, comme contracter un cancer, peut donner du bonheur : enfin une lutte, un combat, un « sens à la vie », qu’on peut raconter.
D- Les médicaments, culture techno-industrielle, tel le Prozac, sont sans effets secondaires graves comme la cigarette ou l’alcool, mais ne sont qu’une solution moléculaire. Ils ne règlent pas « le malheur ». Les solutions affectives et culturelles sont plus importantes.
F- Il y a l’utopie pour rendre heureux. Le vent bien des églises, des sectes, des partis politiques et… les vendeurs de voiture !
G- Jeune psychiatre, les asiles étaient « merdiques ». C’était « notre espoir » : corriger tout cela. J’étais heureux ! Utile, cette « représentation » de l’avenir, d’un progrès. Jeune communiste après la guerre, j’avais une utopie : améliorer l’avenir du monde ouvrier. J’étais heureux.
H- Nous sommes —ça n’a plus rien à voir avec le bonheur— dans une culture du « bonheur immédiat ». Un leurre cette quête de jouissance rapide, d’échappée du réel, via drogues, sexolisme, « don juanisme ». La dépression en est la conclusion fatale, maladie qui ira grandissante en ce nouveau siècle.
I- Les nazis étaient heureux, les membres du parti « Front National » de Le Pen, eux aussi. Les talibans aussi. Utopie nuisible ou non, c’est un fait. Le sentiment « d’appartenance » rend heureux.
Cette solidarité mène au mépris des autres. Cela opère comme un mythe, souvent avec tout un rituel sonore et visuel : musiques, slogans, posters. Il y a un chef, un leader :militaire, prêtre, gourou, chef charismatique, tribun démago…ben Laden. On se distingue des autres, c’est l’aristocratie des minables. Le groupe amène du bonheur; le fanatisme, le racisme, l’intolérance et c’est euphorisant. Surtout pour ceux qui « s’identifient » mal, qui n’ont pas de famille, pas d’amis véritables. Même un voyou de HLM, un délinquant peut savourer cela : « J’ai enfin une identité, j’ai mon gang ! »
La haine rend heureux, c’est un constat.
J- Les mystiques sont des anxieux, l’extase est une défense. On abolit le doute qui engendre malaise. La recherche d’une vérité définitive les inspire, car l’ambivalence leur est source de conflits. Qui dit vrai ? Israélites ou Palestiniens ?
Pourtant le relatif permet de chercher à comprendre l’autre, les autres. Ceux-là rejettent donc l’angoisse de chercher des nuances. Des angoissés se font souvent des « mythes éphémères »; selon le niveau d’éducaton, héros sportifs, vedettes de cinéma ou « médecins sans frontière », intellectuels médiatisés.
K- L’être humain déteste deux chose fondamentalement : la liberté et le bonheur s’y rattachant. La liberté est angoissante. Elle vous tend responsable. Sous un dictateur (tel Salazar au Portugal), on était heureux. C’était simple, le mal venait des socialistes pour les militaristes. Pour le peuple, le mal venait des militaires et des curés. Fin de cette dictature : c’est l’angoisse. Plus de totalitarisme pour dénoncer le mal, plus d’ennemi. La peur d’être maître de son destin.
L- Pour le bonheur, vive la une « double-vie ». Celle du gagne-pain obligé et celle d’une passion, d’un projet personnel. Sinon, avec la retraite, ce sera la dépression. Malheur à ceux qui investissent tout dans le boulot.
Mais pas de rêverie irréalisable, pas de fantasme idiot, On a vu la vraie histoire de Jean-Claude Romand (lire « L’adversaire », ou voir le film qui en sera tiré « L’emploi du temps ») sombrant dans la crasse duperie des siens. Il finit en prison et se réfugiera dans la religiosité.
M- Les liens sociaux, une force. Le bonheur existait dans les petites ville, les campagnes. Cette solidarité peut être aussi une prison. Un carcan culturel étouffant. La femme :une porteuse d’enfants et
l’homme, annexe des machines, un pourvoyeur.
Désormais, il y a l’aventure de se construire une personnalité. Un enfant longtemps isolé, je travaille là-dedans, ne se souvient de rien. Les souvenirs ont besoin d’être reliés aux souvenirs sociaux. Les enfants à qui personne ne s’attache deviennent phobiques. Ils marchent, parlent, très tard. On a pu mieux « réparer » des orphelins libanais qui avaient des amis, un jeune chef, que des enfants avec des parents dépressifs, une mère malheureuse. Puis c’est l’adolescence, la rupture nécessaire. L’ado doit se faire son propre projet.
N- Le bonheur se construit. Il faut du partage. Pas de l’échange, terme commercial limité. « Ensemble, on va faire ceci, cela… » Avec conflit et c’est créateur. Seul, on ne peut rien développer, ni se développer. C’est l’altérité qui fait vivre l’homme en harmonie. L’enfant sans aucune aide va marcher à quatre pattes.
Donc, le bonheur n’est pas un état, c’est un objectif. Faut y aller, partir, tenter l’aventure, mettre les voiles.
3-
Une voix amie : « Tu devrais faire payer pour la lecture de ton journal. Les gens n’apprécient pas ce qui est gratuit, Claude. » Oh, oh ! J’hésite, savez-vous ? La voix : « Vas-y, ils sont ferrés maintenant, ils vont accepter de payer, sois-en assuré. » Non mais… S’i me plait à moi de me faire lire à l’œil ! Mon droit, non ?
4-
Correction, il fallait lire « Puerto Plata » et non « Porto Plata », récemment. Le rocker Éric Lapointe vient de « visiter », quatre jours, la prison du lieu. Nous avions visité l’ancien fort prison, une forteresse antique ruinée. C’était affreux. Sosua, où Lapointe aurait dansé et…consommé…nous avait paru un village bizarre. Tous ces marchands —de chair humaine féminine aussi— étaient encombrants. Loin de la Floride florissante —c’était un premier séjour aux Antilles— cette « république » était embarrassante pour le voyageur qui a un peu de cœur. Tant de pauvreté ! Au retour, nous n’étions pas du tout sûr d’avoir envie de retourner jouer les « gras-durs nord-américains » en de tels parages. Notre brève visite à Puerto Plata nous avait montré très clairement la misère ambiante. On se dit : notre argent de touriste peut les secourir et puis on réfléchit et, enfermés dans notre club-med luxueux, « Iberostar », est-il bien certain que les profits collaborent au mieux-être des indigènes ?
Les naïfs, seuls, vont croire que deux faits ne comptent pas pour la liberté si vite retrouvée par le chanteur pop, Lapointe. Un : c’est une vedette québécoise, danger de le garder en cellule. Deux: l’emprisonnement peut nuire à la venue des touristes. Le bla-bla d’un avocat, du gérant et autres commentateurs, est une belle connerie. Le fabuliste : « Selon que vous serez noir ou blanc… » Jos Bleau, lui, y aurait goûté.
Candeur aussi…vu le « parrain », sir Gagliano, plutôt hilare, à l’aise, confortable, face au Bureau-au-si-beau-bureau, hier soir. Il sait tant de choses. Il a parlé de sa liste de députés de l’opposition, qui font des pressions —aimables et gentilles— pour placer amis et supporters. Il sait bien que de haut en bas de la chère « colline » parlementaire, ça dégringole le favoritisme. Tout le monde fait ce qu’on lui reproche.
Colonne voisine du sbire tout-puissant de Saint-Léonard, journal de ce matin, on lisait : « Bernard Landry veut amener « son ami » le docteur Levine à ses côtés. » C’est de même ! Depuis toujours. Les « cymbalistes » ès médias jouent une comédie d’hypocrite ! Pratte, éditorialiste, a joué de cette innocence surfaite, ce matin. Honte à lui !
5-
J’entends ma chère Aile en train de peinturer la petite toilette d’en bas. Broush, brouch… ! Elle y va !Je lui ai préparé peintures, du blanc et du ocre, baguettes à brasser, pinceaux, torchon… Moi ? Je tiens journal. Je plaisante, elle est de ce genre de femmes qui aiment bien faire de ces travaux virils de temps à autre.
6-
Hier soir, Norman Mailer à T.Q., premier entretien de trois. Pas bien fort. Documents archi-connus sur les actualités de son jeune temps. L’homme est antipathique à mes yeux. Je ne regarderai pas le reste. Sa déclaration : « Comme tout écrivain, parmi les morts aux Philippines, en 1945, je restais froid, emmagasinant pour un roman. » Non, faux, des écrivains s’enflamment devant des atrocités et ne jouent pas les témoins de glace. Très faux !
7-
Suis-je trop romantique ? Ce Labrie qui s’évade d’un fourgon…et court…et court…Fou, je suis comme de son côté Il est l’exemple de l’Homme captif ( lui, un vulgaire braqueur de banque) qui doit se libérer. À tout prix. Risques énormes. Audace terrible !Oui, je me sens comme solidaire d’un tel audacieux. Et fus triste de savoir qu’on la replongé dans la marmite carcérale douze heures plus tard. Il y a chez moi, enfoui loin j’espère, de l’ anarchiste, du Bonnot et sa bande ! J’ai bien honte !

Le jeudi 10 janvier 2002

Le jeudi 10 janvier 2002
1-
Hier, un mercredi (sans J.N.) avec problèmes sur ma vieille machine « Mac ». Oh la la ! Arrivais pas à expédier des J.N., celui du 7 ou du 8 janvier ! Des appels SOS à Daniel et Marco, le fils et le gendre, si habiles, eux, en « ordinations ». Et Aile chez le toubib et à Notre-Dame… « Rien de grave », dit-elle à son retour d’hôpital où elle a croisé un Michel Chartrand, tout sage, en ligne avec tout le monde dans un couloir. On ramasse les victuailles et on remonte à Ste. Ad. Bouffe au St-Hubert « barbàqueue ». La bonne soupe poulet-riz…yum !
Vu le « Bureau-au-si-beau-bureau », « Le Point », avec un monsieur Roy, spécialiste de l’Islam. Conversation éclairante. Clichés « musulmans » mis aux vidanges un après l’autre. Au matin, « in » Le Dev., lu ce Patrick Declerc, un savant psychanalyste ex-Canadien vivant à Paris —longtemps— parmi, oui, au milieu les SDF, itinérants. Encore le cassage des stéréotypes. Parfait ! Je viens de retrouver ce bonhomme dans un article du dernier « Nouvel Obs » acheté au dépanneur sous Le Manoir. P.D. dit : « des fous volontaires. Oui. Une folie. » Il publie un livre sur la question. J’y reviendrai. Il dit que les clochards (clochardes) refusent toute forme de vie sociétale. Leur libre choix. Comme on est loin des sincères (!) démagogues (maire Tremblay et Cie) qui veulent absolument les encadrer, les ramener…à nous !
2-
Ma « voisine » d’en face, de biais si vous voulez, Chemin Bates, est la femme de mon fils. Lynn travaille comme relationniste pour les publications de Quebecor. Quand je ramène j. et c. au Phénix, je passe souvent la saluer. Mardi matin, elle est de belle humeur. On pique une jasette. Elle craint un déménagement. Projet de regroupement à la Maison mère, rue Saint-Jacques, en face de la Tour de la Bourse. Elle dit : « ce sera le métro obligatoire alors, pas de place pour stationner dans ce bas de la ville ! »
Son boss », Simard, n’était pas à son bureau, voisin de celui de Lynn. Ce Simard fut mon éditeur, le monde est donc petit, pour un conte-jeunesse :« Partir à l’aventure, loin… » et de deux autres livres : « Un été trop court », journal d’une saison (l’été de 1994) et un essai sur le mode « fantasy », l’horreur : « La nuit, tous les singes sont gris. »
J’avais cru, candidement, vu leur puissante machine concentrationnaire, à des moyens publicitaires énormes ! Mais non…rien ou pas grand chose en promotion dans leurs revues, journaux etc. Chaque « cabane » de Péladeau tient à garder sa liberté, n’est-ce pas, cela devient l’envers du « productif », les dirigeants se méfient même de leurs produits annexes ! Et puis, on le sait : la familiarité engendre du mépris ! Résultat pour mes trois publications ? « Mévente ». On a mis en charpie mes livres. Je m’envolai alors chez un autre voisin, rue Ducharme, Jacques Lanctôt.
3-
Attendant Aile à ses tests médicaux, j’ai visionné cette Biographie du Canal D : « Claude jasmin, touche à tout », un jack-of-all- trade » ? Je revois mon fils affirmant que… « Mon père ne m’épanche pas facilement, il se garde bien de se confier en profondeur… » Je reste songeur !
L’image que l’on projette sur autrui, sur ses enfants même, est en dehors de votre contrôle.
Il est vrai que j’ai une sorte de curieuse pudeur…surtout envers mes descendants. La crainte de les charger du poids de mes…anxiétés ? Peut-être. Je me suis souvenu d’un vague camarade d’Aile à la SRC, qui, subitement, nous confiait ses problèmes intimes : divorce, délicat partage…etc. Je l’avais vite interrompu à la grande stupeur d’Aile. Explication exigée après son départ : « Bien…Je craignais qu’il regrette, après ses confidences, de s’être livré trop crûment. » Eh oui ! Folie ? Je ne sais trop.
4-
Ce mardi soir, le restau encore. Ma chère « Moulerie », (sauce roquefort ou sauce indienne, miam !) rue Bernard. Rencontre d’une comédienne, madame Martineau, qui « tient salon » à Outremont ! Littérature, musique, chant, poésie etc. Elle me remercie de l’avoir installée dans le livre « Outremont » , l’an dernier. Me menace d’une invitation à son « salon ». Brrr… Je n’ai rien d’un salonnard, moi !
Jeune, l’insulte courante pour tous ces redresseurs de jeunes personnalités en friche, nous : « Maudit achalant, pas de morale hein ! » ou « Fais pas ton moraliste, okay ? » Nous confondions deux mots : moraliste et moralisateur. Il arrive qu’on me fasse le fameux reproche. Eh bien oui, je suis moraliste et très fier de l’être. Ça fait enrager tous ce monde libertaire, désaxé, mou, flou, pour qui , il n’y a de bon que « liberté à gogo ! » Deux grand auteurs, d’une nature pédéraste pourtant, étaient des moralistes solides, André Gide et Henri de Montherlant. Ils avaient leur échelle de valeurs, des critères, des balises. S’il faut haïr les moralisateurs qui se répandent en interdictions futiles, qui ont davantage de peurs idiotes que des valeurs essentielles, il faut soutenir les moralistes.
Je parle de cela car j’ai envoyé encore des messages à mes jeunes mousquetaires, les cinq petits-fils. Je ne cesse de leur recommander « l’estime de soi ». Quand on a de l’estime pour soi on se conduit bien. Les dérives de tant de jeunes viennent, à mon avis, de ce bafouement de soi-même. Je dis à ces adolescents :
« Vous êtes uniques. Vraiment des êtres uniques. Comme tout le monde certes mais trop de monde l’oublie etc c’est alors le glissement vers des modes néfastes, ils deviennent des suiveurs en chutes funestes, drogue etc. Jeune je m’aimais, je m’aime, et je me suis conduit comme quelqu’un qui s’aime, qui croit en lui. J’ai toujours fui à toute vitesse, d’instinct, les « essais » niais juste pour être à la mode, porno, échangisme, communes naïves,
alcools à satiété, expériences « juste pour voir ».
Vous devriez, lecteurs, voir la tête des jeunes quand, aux écoles, je dis : « Soyez différents, ne vous habillez pas tous de la même façon, fondez votre jeune personnalité hors des rangs, ayez le courage de ne pas être moutonnier, combattez ce « grégaire » si rassurant, évitez de vous fondre dans la masse ordinaire des écoliers. Oh oui, leurs têtes alors !
5-
Aile me chicane souvent. Parfois avec raison. Je suis d’un naturel salissant, sauvage, d’une « bohème » malcommode. Elle se fâche fort à l’occasion, en devient moins … Aile —ou ange— que démone. Une diablesse ! Et c’est les altercations comme dans tous les couples où l’on ne peut rouler sempiternellement en douceur. La diablesse, la satane en colère contre son « petit maudit cochon », en a comme des cornes sous sa jolie frange de cheveux, invisibles aux étrangers, un pied de bouc, de biche ?, hon ! un « crow bar »? La tempête passe, je fais des promesses : « ça ne se reproduira plus, je respecterai nappes, tapis, meubles… »
La tempête me fait me réfugier dans la lecture de cet « Été top court », cet été de 1994. J’écris pour moi ? Mas foi, oui, j’aime bien, après presque une décennie, revoir, revivre nos éphémérides. Calmée, Aile écoute, toute souriante, mon rapport des faits et gestes —et pensées— de notre couple voyageant au Saguenay cet été-là, puis nous dorant la peau en lisant au soleil d’août au bord de l’Atlantique du Maine, à Ogunquit. Je recommande à tout le monde de rédiger ainsi des calepins de mémoires. C’est fort divertissant à déchiffrer plus tard, il faut me croire, essayez. Quand je voudrai, je relirai, amusé, étonné parfois, le temps qui filait, de septembre 1987 à février 1988 (« Pour tout vous dire », chez Guérin) ou bien les jours qui passaient de mars 1988 à décembre de cette année-là (« Pour ne rien vous cacher », chez Leméac).
Dés 1984, un an après la mort tragique de la première épouse, bizarre, je publiais, chez Leméac, cinq romans policier. Cinq fois, l’assassin du polar était une femme ! Oui, curieux ! Un psy qui me lit dira-t-il : « Hum, c’est clair, tentative inconsciente de déculpabilisation ? » Eh !
6-
Ce matin, jeudi, ciel uniformément gris. Temps doux hier, mercredi à Montréal et encore aujourd’hui. Hier soir tombait une neige toute molle, fondante. Aile ravie de cet hiver qui ne vient pas vraiment. Cette vieille maison centenaire nous fait des factures en chauffage mirobolantes, époustouflantes…alors…
Actualités du matin : ce terminus où tournoyaient les tramways de ma jeunesse, rue de Fleurimont (disparue, rayée de la carte !) vaut dans les 20 millions de dollars ! Québec, l’acheteur, veut un méga hôpital. À quoi s’opposent certains dont un fameux gynécologue (celui d’Aile). Ce lieu était aussi proche de notre grande frayeur :L’École de réforme (devenu école de théâtre) . Menace de nos parents quand on cassait des carreaux : « on va vois faire renfermer à l’école de réforme ! ». Lieu aussi, plus tard, lieu de regroupement des manufactures de lingerie où mes sœurs ont sué, bossé, où des juifs hassidim —discrets, cachés—faisaient de l’argent; les ordres aux midinettes venant de petits-boss, de sous-patrons, les contremaîtresses honnies par mes sœurs. Pas loin encore, l’hôpital des enfants, Sainte-Justine (déménagée Côte Sainte-Catherine) où l’on m’opérait pour une appendicite à 13 ans, premier séjour hors foyer, éprouvant. Ce CHUM donc où virevolteront, au lieu des trams, des civières par centaines !
Le réalisateur Laforce, sur la piste du « Petit train du nord », nous en contait une bonne : un jour il fait la connaissance de l’acteur Gilles Renaud. Pas vraiment un inconnu ! Sa tante, « vieille fille » midinette, (c’est le lien de ce coq à l’âne !) assise à sa machine à coudre pendant vingt ans face à une autre « catherine-ouvrière » racontait en détails la vie de son cher neveu, le petit Laforce. Et vice-versa. Cette autre tante était celle de l’acteur Renaud ! À Rosemont, à la maison : tout se savait de l’un ou de l’autre sans, évidemment, qu’ils se connaissent !
Étonnant, quand, vieillis, le réalisateur et le comédien travaillèrent ensemble, ils savaient tout l’un de l’autre par ces commérages des deux « ma-tante », trente ans durant !
Cui, cui, cui, cette histoire, cocasse non ?, est finie !
7-
Plein de civières de nouveau dans les couloirs des « Urgences ». La ministre Harel passerait à la Santé, le Trudel, jugé « chancelant », dehors. Aïe ! Ce jeu (bien peu musical) de la chaise honteuse ! Quoi encore ? Le ministre Gagliano soupçonné de nouveau de favoritisme, d’ingérence grave. La farce. Le bon peuple n’est pas dupe et sait fort bien qu’en ces milieux politiques le favoritisme est florissant et cela depuis la nuit des temps, dans tous les échelons de tous les partis « politichiens » quand ils arrivent au pouvoir… ou qu’ils s’y maintiennent.
Qui croit-on étonner ? Allons, c’est connu comme « Barrabas dans la passion ». Un cas éclate au grand jour et voilà les graves « informateurs » patentés, hypocrites, qui crachent manchettes et commentaires, jouent les scandalisés. Combien de journalistes à bons contacts se font vite nommer relationnistes, chefs de cabinet, directeurs de bureau dès l’élection terminée ! Hen ? Oui, une farce. « Tu penses qu’on s’en aperçoit pas », chantait Vigneault ?
Mon Dieu, je me sens depuis ces J.N. comme en 1989 quand j’arrivais pour cinq ans, à la radio de CJMS, avec mon « débater » Arcand, pour gueuler sur les actualités. Je ramassais, découpais, empilait les nouvelles chaque jour. J’aimais ça ! J’aime encore ça et ça se voit hein ?
8-
Je lis des déclarations d’un ex-ministre de l’Éducation qui se fit mettre à la porte pour Jospin quand des foules descendirent dans la rue, contre sa réforme globale. Ce Allègre, à Paris, éclate : deux forces énormes bloquaient mon travail de rénovation :les bureaucrates du ministère en question et les bureaucrates des syndicats installés. Il aurait préféré sonder la population par référendum. Je dis à Aile pour illustrer la vérité d’Allègre : « Tu t’es présentée et tu as été élue, tu es ministre de la culture, mettons. Te voilà dans ton neuf bureau. Aussitôt, sous-ministres, directeurs de ceci et de cela, t’entourent. Eux, ils savent tout. Eux, ils sont informés des dossiers. Pas toi. Eux vont te dire quoi faire, quoi dire, comment manœuvrer, pas vrai ? Et toi, tu deviens quoi ? Tes projets, tes promesses, tes idées neuves , ton envie de changer les choses…Les « permanents », bien installés, inamovibles, vont t’expliquer le réel, comment on peut contourner leurs semblables, la hiérarchie syndicale bien bureaucratisée, elle aussi, qui déteste le moindre changement. Et tu te tairais ? Oui ou non ? À moins d’être forte, indépendante d’esprit en diable, fonceuse…
Aile réfléchit longuement.
9-
Enfant, il y avait deux abbés pédophiles dans Sainte-Cécile, l’un, aux petits garçons, l’abbé B., —le jeune frère d’un ami l’apprit à ses dépens— l’autre aux petites filles, l’abbé F. —une de mes sœurs dut le combattre. Des parents portaient plainte sur plainte chez le curé. C’est long mais ils finirent par partir. On parlait d’une « prison des prêtres » ! Je n’en revenais pas ! Dans le Nord ! Légende urbaine ? Rome vient de recommander, urbi et orbi, que l’on ramène les cas de pédophilie au Vatican. Quoi ? On a plus confiance aux évêques depuis le silence écœurant d’un évêque de France, qui a reçu une peine de prison pour son « cover-up » scandaleux. Voila qu’ici, nos évêques refusent cette loi… écrite en latin. Un code ? Apostat, hérésie ! Non, Rome s’incline : « Vrai que la justice chez vous est bien menée. » Envie de rire…en latin de servant de messe !
Appel de Trois-Pistoles tantôt : V.-L. B. Ne pas oublier mon dessin, la age manuscrite et trouver le titre définitif et envoyer copie avec espaces larges pour les corrections, etc. Le titre ? Ce sera : « ÉCRIRE POUR L’ARGENT ET LA GLOIRE. » Ça fait pas trop littéraire, hein ? Une provocation encore tit-Claude ? Non, jeune, naïf, je croyais vraiment devenir et riche et plein de gloire. J’y songe, n’étais-je pas « cocu » de Beaulieu ? Quand, la nuit souvent, il téléphonait ses longs tiraillements scripturaires pour « L’héritage » ou pour « Montréal P.Q. ». Des heures enlevées à ma compagne quand je l’attendais au lit ! Oui, il me « cocufiait » ma foi du bon yeu ! Aile rit quand je le lui ai dit cela tantôt.
Un soir d’été, on aperçoit le V.-L. B. , éthylique en ce temps-là, écrasé dans l’escalier de son chef et copain, Jean Salvy, rue Hutchison près de chez nous. On fit un détour, craignant une longue diatribe larmoyante. C’était son temps déraisonnable comme il est agréable désormais cde jaser avec l’auteur guéri.
10-
Brume dans le port de Yarmouth, un midi d’été, au bout de la en Nouvelle –Écosse. Aile et moi attendions le bateau pour nous rendre aux USA, à Bar Harbor. Ce matin, l’on parle de pêcheurs de ce port qui vendent aux amerloques complices, sans l’avouer au fisc maudit, des tonnes de homard. Hon ! Souvenir : traversée en bac donc et la pluie qui tombe. À Bas Harbor, aucun motel libre. Nous filons vers Bangor où je souhaite piquer une jase avec Stephen King —il y habite— que nous lisons souvent Aile et moi. Or, à Bangor deux autoroutes sont comme en parallèles et nous y tournons sans arriver à en sortir, malgré les échangeurs, les bretelles…Ah oui, l’horreur ! Oui, du Stephen King vécu dans cette la nuit orageuse. Cette épopée inusitée m’a toujours étonné ! On a fini, tard, trouvant une issue par hasard, par nous réfugier dans un motel, le lendemain, soleil et nous filions vers Mount-Desert voir le site de la grande Yourcenar. L’effrayant King ? Non, on en voulait plus, échaudé par la mésaventure de me plus pouvoir nous dégager des autoroutes emmêlées.
11-
Lire ou regarder ? Choix fait. Offre de seize (oui 16) épisodes de télé sur l’histoire complète des Britanniques. Non !Trop c’est trop. Esclavage ! La lecture, c’est mieux. Nous avons plus appris sur les pays d’Afrique « en chamailles » en lisant le formidable « Ébène » de Capuscinsky que de regarder seize émissions sur ce sujet. J’en suis sûr. Cependant il y a lecture et lecture : je tentais depuis deux jours de lire avec profit une sorte de manuel un brin scolaire sur la science. Merde ! Je me suis senti de nouveau ce collégien quand je ne pigeais rien en mathématiques. Pourtant pas un livre pour initiés ! Ce blocage me déçoit gravement. Aile au souper : : « T’en fais une tête ! Qu’est-ce t’as? Tu sembles abattu ! » Je lui raconte et ajoute : « Comment ont fait tes deux frères ? L’un si doué en chimie, l’autre docteur en physique nucléaire ? » La démoniaque Aile : « Ah, que veux-tu, c’est des Boucher ! Pas bouchés. En rien ! » Pourquoi n’ais-je pas un esprit capable de saisir les choses scientifiques ? Suis-je borné, suis-je intelligent ? J’en doutais hier soir. Heureusement, je cause et Aile ne cesse d’émettre des « Eh maudit que t’es brillant ! » Consolation.
12-
Nath Pétro, ce matin, chronique sur la laideur. Johanne de Bellefeuille cherche désespérément des gens laids pur un « spécial » de télé. Comme dit une chanson : « Gaston… y a le téléphon et y a personne qui répond… » J’avais songé, jadis, à un concours anti-Lise Payette : « Le plus laid homme du Québec. »
Certes, on aurait récompensé le plus laid et, à la fois, le plus charmant. Cela existe si souvent. Je me retiens (hélas ?) de rédiger sur les avantages d’avoir un bon, un beau physique. Avantagé comme je le fus, jeune, je saurais de quoi je parle. Des facilités indéniables pour ceux qui sont plaisants à regarder. J’avais constaté, jeune, les injustices faites à ceux qui sont vraiment pas jolis à voir. Deux mondes terribles, au fond des choses. Un sujet moins léger qu’on croit, plus métaphysique qu’on croit, vous savez. Je songe à l’acteur Lepage, pas avantagé du tout physiquement et qui a su séduire la plus joie actrice de années ’80, Louise Laparée. Ah, il y a le charme, vous voyez bien. Si un laideron et courageux lecteur veut se manifester, à Johanne la désespérée, qu’il compose le (450) 670-3384.
Je lis les « lettres ouvertes’ il y a de fameuses. C’est rare. Ce matin, Claude Poulin, prof de cégep retraité qui maudit Norman Lester et son célèbre « Livre noir… » écrit : « ce sont des Québécois incapables d’accepter le fait que la présence anglaise fut un facteur essentiel (sic) de leur survie (sic) en Amérique,anglophobie… »
Tabarnak, ces cornichons enseignaient à nos enfants ! Je sacre parfois quand je suis révolté. Quel ignare et quel toupet d’ignorer, lui, un prof d’histoire, que l’Anglais conquérant nous laissait des privilèges (religion et langue) dans la mesure où il craignait notre ralliement aux indépendantistes du sud. Les Américains rôdaient à nos frontières souvent. C’était leur grande frousse et nos maîtres imposés regrettèrent tant leur générosité « calculée » que, par la suite, ils ne cessèrent plus de tenter de nous diluer, de nous noyer, de nous faire disparaître : forcing avec l’Ontario, 1841, dilution avec les provinces, 1867, etc. etc. Eh oui, ces caves myopes, enseignaient ! Heureusement ces Poulin, fédérats bornés, maintenant retraités, ne peuvent plus tromper les jeunesses. Nuisance au rancart !
12-
Des clés pour le bonheur ? Il y en a. Ah le bonheur, hein ! Boris Cyrulnik, que j’ai peu lu, est un psy « éthologue », publie et livre une longue entrevue captivante sur le sujet dans le dernier « Nouvel Observateur », no. 1939, première semaine de janvier. Je vous en re-jaserai un peu plus tard dans J.N. En attendant comme c’est intéressant d’en apprendre sur des plus jeunes que soi, Montréalais.