MA MÈRE SURPRENANTE – Inédit

 

D’abord il y a la benjamine, ma sœur Reine, qui me dit les yeux exorbités : «  J’ai vu maman tantôt, tu me croiras pas Claude, elle entrait au Bain Saint-Hubert ! » Et puis, c’est mon frère Raynald : «  Claude, ça se peut pas ou c’est un sosie, j’ai pas rêvé, je viens d’apercevoir notre mère qui sortait du Bain St-Hubert ! »

Nous étions en plein mois avril, ça ne faisait pas un mois que les dernières neiges de cette année étaient enfin disparues ! Il y avait une canicule terrible. Une chaleur de mois de juillet !

À nos yeux, une vraie mère ne va pas aller s’esbaudir, s’ «évaporer », à un bain public. Les baignades, les nageades, c’était bon pour les enfants et certaines vieilles demoiselles effrontées du quartier. Aussi, hélas, pour nos « pauvres » du coin, démunis de salle de toilette avec bain dans leurs masures, en fait des taudis pitoyables quasiment. Quelle crise bizarre s’était emparée de notre bonne mère ?

Fou : une « mère de famille », se disait-on tous, doit se trouver toujours dans sa cuisine, pas loin de sa cuisinière à quatre ronds. Ou au lavage hebdomadaire, au repassage… au ménage de la demeure quoi ! Non ?

Oui, en effet, quelle bizarrerie : maman dans un bain public !

Prenant mon courage à deux mains, je me plante devant elle qui raccommodait un gilet : « C’est-y vrai ça m’man, que tu serais aller te baigner au Bain Sr-Hubert cet après-midi ? » Elle éprouve une sorte de malaise, de gêne rentrée. Enfin, elle crache : «  Euh…euh…il y a notre réservoir à eau chaude qui m’a eu l’air défectueux…mais c’est revenu là.

J’arrivais pas à imaginer notre si dévouée maman s’amuser avec la foule à ce bain public. Pourquoi ? Un cliché. Une bêtise. Un préjugé. Une « mère de nombreuse famille », elle avait neuf bouches à nourrir, n’a pas sa place dans un tel lieu. Pas sa place à l’item « loisirs ». N’est qu’un dévoué robot utile, une machine à laver, à nettoyer, à frotter, etc.

« Je suis pas rester longtemps, hen ? » Quoi ?, pire maman tentait de minimiser le temps de sa sortie, tentait, ma foi, de s’en excuser ? Quand j’y repense, quel bêtise, quelle époque pudibonde, corsetée, niaise !

Ce pauvre bain, étroit, vraiment pas bien grand, mal aéré, empestant l’eau de javel, guetté par un énorme gardien avec son sifflet nerveux …pauvre maman va ! J’ai pris mon courage à deux mains et enfin : « Si tu veux, on ira ensemble la semaine prochaine, m’man ». J’aurais jamais honte de ma mère, jamais. Je me disais : je passerai pour un petit fifi à sa moman, et tant pis ! Jeune ado, j’en étais enfin arrivé à apprécier cette mère si dévouée. Il était temps.

Mais ma mère n’est jamais retournée rue St-Hubert, au coin de Jean-Talon.

La rue St-Hubert c’était pour les courses aux nombreux magasins entre Beaubien et Jean-Talon, pour les achats de lingeries diverses, pour les besoins de ses filles et de ses deux fils.

Des jours passèrent et ça ne me sortait pas de la tête : ma mère était allé, seule, comme une jeune fille, nager au Bain St-Hubert ! Elle avait trente ans et depuis des mois ! C’était une « femme mariée », une cheffe de famille nombreuse ! Quel culot. Je me mis à l’admirer à la longue et, fin avril, un après-midi de grande chaleur  —elle s’épongeait le cou sans cesse avec une serviette rafraichie : « M’man, écoute, on crève de chaleur, tu es de sueurs, je vais garder les deux p’tits jeunes, si tu allais te baigner rue St-Hubert, non ? » Elle m’a souri. Elle m’a fait un caresse brève : « Non, mon petit garçon, grand-maman, vient de mourir, tu le sais, et ton père a loué un chalet à Saint-Placide. On va passer tout l’été au bord du lac des Deux Montagnes ! Tu es content ? »

Terminé, à jamais, le gardien « bouncer » et son sifflet maudit, fini les maudites fortes odeurs de javel. Oui, j’étais content; départ dans 20 jours, à la St-Jean Baptiste quand on mettra « l’école en feu les maitresses dans le milieu » , comme on le chantait si souvent.

FIN

un ensoleillé vendredi 19 déc (Angela « rides again ») chap 8 (?)

 

(notes : j’achève « Chroniques martiennes » de Ray Bradbury, jamais lu ce pionnier de S.F., Je saisis sa grande réputation, Bradbury y jette du littéraire, habilement, ces très belles et ses imaginatives descriptions ( les étranges paysages sur mars) et cela sans « faire littéraire », ni cuistre, ni rien. C’est du fort et du bon.

Je lis sans cesse, rejette la télé. Ma liseuse (kindle) s’amaigrit, mon webmestre Marco va y voir.

À 6 h.p.m. ou le lendemain à midi, je m’amuse ferme à revoir à ARTV (au 28 en Laurentides) mes sketchs dramatiques pour « La petite Patrie », quelle candeur en 1945…quelle naïveté en ce temps-là. Frissons, oui, quand je revois ma mère ou mon papa mort en mai 1987, (dont je m’ennuie si souvent), le revoir vivant fantôme dans son caboulot, ce Jacques Galipeau, sosie véritable de papa.

Encore de bien noires nouvelles et toujours sanglantes (Australie, USA, Afrique, et ce Moyen-Orientaux mille misères (religieuses à las base). Et ici aussi…du sang à la une ! Brrrr…Dans mes gazettes, chaque matin, « la mort » toujours.

Quelle bonne paix, et bien peu appréciée, dans nos Laurentides ! Ce matin, encore un vacillement, eh oui, je titube (et bien à jeun ) durant un instant appuyé pourtant sur ma canne, à la porte du Boni Soir. Merde ! J’ai une neuve pataugeoire à eau chaude dans une clinique de physio et à 5 minutes de chez moi. Heureuses baignades de 45 minutes chaque fin d’aprè-midi.

Je note sur un calepin ouvert pour continuer Angela, carnet ouvert sur ma table à café, je ne faisais jamais ça (prendre des notes) quand j’étais jeune. C’est que ce nouveau récit d’auto-fiction m’énerve, une crainte bizarre car je suis bien content jusqu’ici. Mon admirateur précieux du Devoir (le critique des essais et de la non-fiction), Louis Cornellier, publiera-t-il encore : « Chef d’œuvre de Claude Jasmin », comme il l’a fait pour mon « ANITA » ? Je touche du bois…

Bon, à l’ouvrage pépère écrivailleur impénitent ! )

HÉLIOTROPE

Dans Starmania —faible scénario avec chansons géniales de Berger-Plamondon— ça pleure : « Je cherche le soleil… »

Eh bien je suis de ceux-là. Sans cesse. Tous ceux dans mon genre, nous sommes des héliotropes —de hélios, « soleil » en grec ancien. Une vraie folie d’être tout semblable au tournesol. Fleur, tant aimé du peintre Van Gogh, qui se tourne vers l’Astre des astres. Envie de rire un peu de moi encore ? Oui. Dernièrement, je notais quatre moments d’ensoleillement dans un seul jour :

1- Dans mon lit, dès potron-minet, ouvrir le store de ma chambre du coté de l’est et puis nouer le rideau pour mieux recevoir la lumière de l’Astre, énergisante, en plein visage !

2- Puis, dévorant céréales et/ou rôties, deux cafés, lisant mes gazettes, j’allume ma lampe solaire sur la table pour pallier ce côté sombre, ce ciel d’ouest. Bien bon soleil artificiel.

3- Ensuite, devoir vaquer aux travaux du jour, mais, en après-midi, pouvoir (vive avril !) aller m’allonger une heure ou deux, en transat sur la galerie, avec l’Astre encore en pleine gueule. Vitamines !

4- Et puis, quand s’approche la fin du beau jour, je cours retrouver mon cher dieu, sous le joli palétuvier à ma piscine de l’auberge Excelsior. Sautiller, trépigner, nager avec mon cher soleil en pleine face ! Entendez-vous gueuler le ténor ? « Oh, lèves-toi soleil ! Tu fais pâlir l’horizon ! » Ainsi —les beaux jours— matin, après-midi, avant crépuscule, moi l’héliotrope se laisse dévisager par « mon grand amour qui est au ciel » !

D’où nous vient, à certains —à plusieurs ?— cette affection, cette vraie dévotion ? Pour mon cas j’ai une hypothèse : dès l’âge de dix ans la découverte d’une plage lors de notre premier été à la campagne, une petite grève de sable importé le long du quai. En face de la modeste église de Saint Placide; là où vit notre plus grand chanteur-poète, Gilles Vigneault.

C’était pari pour la jasminerie et de 1941 à 1951, à nous les rivages de sable du côté ouest du lac des Deux-Montagnes. Longue presqu’île, lieu fameux du nom de Pointe Calumet, beau lieu d’avant les pollutions. Milliers d’après-midis ludiques donc avec ce cher Hélios ! Puis, la pousse des herbiers, algues maudites, d’abord l’immense barrage à Carillon. Jusque vers 1960-70, quelle belle époque. Si bien profitable aux humbles familles ouvrières qui louaient de ces « camps » rudimentaires. « Sur hauts pilotis » car terrains bas et inondables au printemps. Cela pour, souvent, moins de cent dollars pour tout un été !

« Oh les beaux jours », oui Samuel Beckett, du matin jusqu’au souper, c’était baignades sur baignades, concours de plongeons, bronzer sur des radeaux un peu partout, les longs quais de bois, oui, des kilomètres de sable doux et, en prime, deux sablières avec ses petits lacs. Eh bien, pas loin de chez moi, j’entends encore qui résonnent à mes oreilles nostalgiques (comme une cour d’école rempli, vous savez ) de ces joyeux cris des enfants, de rires fous, d’appels entrecroisés. A soleil. Ah, le bon plaisir du « vieil homme » face à ce paysage rieur fait de ces jeunesses en maillots de bains. Futurs héliotropes ?

Cette sonorité si familière me saute aux oreilles avec grand plaisir quand je m’approche de la jolie petite plage, ici, à l’extrémité « est » de notre lac Rond. Même concert gai qui nous arrive parfois de la blonde plage —bondée l’été— du domaine du Chantecler, en face. L’été, à chaque une de ces occasion, eh bien, paf !, j’ai dix ans, je suis au rivage du lac au « camp sur pilotis » avec maman et la trâlée. « Enfance au soleil » ineffaçable chez les héliotropes.

 

MES «’TITES » BÊTES ET LES LUMIÈRES NOËLLESQUES

Avec les premières neiges sont tombées, on découvre parfois des pistes. Allant couper des branches (de cèdre) apercevoir des traces fraîches… on se sent redevenir chasseur, coureur des bois, sauvages à l’affût. J’en vois partant du dessous du long escalier qui s’allongent sur notre terrain vers le vieux saule du rivage. Ma marmotte ? Elle dort pas alors ? Mystère. Ou est-ce le passage d’un lièvre, d’un renardeau ?

L’autre matin allant vers nos boites postales de la rue Richer, encore des pistes filant de ma rue Morin ( nommée jadis « Route Rurale No.Un »), vue de pistes chez Simony ! Ma mouffette ? Pourtant disparue de sous le perron d’en avant ? Tout jeune et amant tant écrire, j’avais composé une nouvelle :« Où vont les « ch’faux » la nuit ? » Je suis d’un temps, cher Azanavour, que les jeunes de moins de 20 ans ne peuvent comprendre » car il y avait des tas de chevaux. Laitier, boulanger, épiciers, etc. Tout se livrait avec un cheval !

En tous cas, on le sait tous, les chats n’hibernent pas comme les ours, aussi mon joli «  noiraud », vif comme panthère, rôde derrière le IGA-Jasmin. Vagabond frénétique que je frôle —à faillir l’écraser, à, chaque périple —aprèsmidien— vers mes piscines de l’Excelsior. Autour de l’École Hôtelière, d’autre quadrupèdes m’apparaissent comme éclairs poilus : maigre chat gris, obèse marcou tigré, désossée chatte orange toujours enceinte ! Mon somptueux angora, lui, semble me guetter quand je descend vers la 117 de la rue Archambault… Ah cette rue, chaque fois, je tente de me remémorer où habitait le poète et ambassadeur, Robert Choquette, aussi feuilletoniste à la télé (« La pension Velder »). Ce zélé souteneur du « Centre d’art d’été » animé par la fille du docteur Rochon me tutérisait. Y étant engagé, il m’offrait des baignades chez le multimillionnaire Bronfman (toujours parti en croisières). Il avait la précieuse clé du grand bain. Sa précieuse fille s’amourachant de moi, ce fut la fin des baignades. Crainte que sa belle héritière aille trop loin avec ce vulgaire « fils-du-peuple ». Rions-z’en !

Je ris aussi en découvrant que mon amour n’abandonne pas un certain romantisme noëllesque car la voilà qui m’implore : « Sors les décorations de la cave, sors nos jeux d’ampoules multicolores, fais-moi un peu de décoration. » Docile, j’ai installé la couronne à la porte d’entré et puis des jeux de lumières au sapin du jardin. J’ai mis aussi des mini-ampoules dans des maisonnettes d’argile trouée sur un buffet. Enfin, me voyez-vous, à mon grand âge, juché sur un escabeau pour garnir cadres de portes de branches de cèdre munies de ces p’tites lumières ? Il y eut étourdissements et danger de chute —ma hanche opérée se re-casserait ?— mais quand on aime hein ? Avant de monter au dodo, c’est son « Oublie pas mon chou de fermer toutes « tes » lumières ! » Ouaille !

Ce matin, de nouveau, émerveillés tous les deux par cette brillante lumière solaire sur la petite plaine blanche, le lac. Bientôt m’sieur le maire ordonnera à ses services la pose des anneaux circulaires, pour marcheurs, skieurs de fond, aussi les deux patinoires, aussi de ces bancs sur l’eau gelée, pour nous tous, la Secte des adorateurs de l’Astre!

Pas moins romantik-cul-cul q’elle, je me surprend à entonner les sempiternelles musiques du temps des Fêtes : Beau sapin, Petit tambour, Sainte Nuit et je songe à Germaine, ma mère morte, chantonnant « Petit papa Noël » avec son cher Tino Rosi. Chez moi, mon papa, membre du Tiers-Ordre, archi-pieux et peureux, ne permettait aucune lumière : « Danger d’incendie ça ! » Pas l’arbre « des lumières du nouveau solstice », nous n’avions au salon qu’une vaste crèche avec tout le monde nazaréen peinturluré; « Peuple à genoux » et attend ton rédempteur ! »

DEVOIR D’ÊTRE HEUREUX, DE BONHEUR ?

Vive le bel été, ô joie, vive la nature épanouie, ô bon bonheur ! Tous les jours, trois beaux canards (comme dans la chanson) se baignent au rivage. Certains jours, deux, un couple avec le mari coquet et décoré, l’épouse, sobre et terne (!). Certains matins : un seul. Querelle dans un « Ménage à trois »? Est-il un canard « Tanguy » refusant de se construire une vie-bien-à-lui.
Ça mange et c’est comique de les voir, les trois culs blancs en l’air, les six pattes qui pataugent, six becs en plongée. Pour quoi ? Pour des alevins (les p’tits ménés, disait-on). Mon trio, hélas, moments de pauses, va se hisser sur notre radeau, se secoue les ailes, se rapetasse en boules de boulingrin, et… merde ! ( c’est la cas de le dire) décorent la plateforme de multiples morceaux d’un chocolat déféqué et pollueur.
Un matin chez mon « puscher » de nouvelles), Monsieur Taillon-du-Calumet (noble sire) me questionne : « Le lac, là-haut, c’est bon pour la baignade, oui ? » Oh oui et quelle aimable vision quand j’aperçois, au loin, la plage remplie de joyeux baigneurs au soleil. Arrosés et arroseurs, petits cris de plaisir, maillots colorés variées, c’est ça « le plein été » avec juillet qui s’ouvre. On sait que les résidents y ont droit gratuitement et venez voir les neufs jolis aménagements; merci m’sieur l’maire Charbonneau ! Concert de duettistes dans l’air ?, ma foi oui : comme en échos à ces joyeuses clameurs, je vois les baigneurs d’en face, à cet hôtel où, aspirant potier démuni, je lavais la vaisselle en hiver de 1950. Bon. Enfin, preuve du vrai été, le soleil-jean-claude-gauthier, est revenu à sa charrette lumineuse rue Valiquette, ô petits fruits bénis !, et sa perpétuelle belle humeur.
Samedi, soirée magique à Saint-Eustache-la-Neuve, boul Pie X11. Fête surprise pour 50 ans de « vie commune », pour  ma cadette, Nicole. Elle s’amène en toute innocence chez son fils l’horticulteur, Sylvain (qui porte bien son  nom !) et c’est le total étonnement ! Découvrir au jardin une trentaine de convives (parents et amis) qui lui chantent « bonne fête ». Vive motion. Larmes discrètes. Ce sera l’inévitable « album parlé » sur nous tous, avec les deux  clans, les Vézina-Jasmin. Bavardages croisés faits de nos folies de jeunesse, petits bonheurs masquant les petits chagrins, des déceptions. C’est long, un demi-siècle. « Entre la jeunesse et la vieillesse » chantait feu une poète de Morin Heights…samedi, quelques jolies jeunesses : Aube, Fanny, le petit Milo…qui nous sourient examinent ces têtes blanches rigolards de tant de souvenirs, Heureux, parfois tragiques. J’en parle ici pour dire que l’été c’est « le bon temps » pour des rassemblements familiaux. Samedi, au milieu des rires et des cris, des gâteaux et des vins, pas un mot sur cette pauvre Syrie qui saigne en ce moment ou sur le Mali en Afrique-des-désespoirs, toutes ces ténèbres armées ! N’y a-t-il pas un devoir d’être heureux pour ceux qui, comme nous, ont la chance de vivre par ici. Les « faces de carêmes », les « grise mines », les « longues figures », sont des ingrats occidentaux repus. Des inconscients. Chanceux et comblés, oui, il y a devoir de bonheur.

« LES MENSONGES QUE MON PÈRE CONTAIT »

Mon titre est aussi celui d’un film que je n’oublierai jamais tant il m’avait ému. Il raconte l’existence précaire d’un pauvre  regrattier —guenillou— vue par son petit-fils, rue Saint Urbain à Montréal. Ce « Lies my father told me », louez-le, voyez-le sur le web, est signé, Ted Allen. Comme à chaque fin d’hiver j’ai terminé —un rituel— mon roman annuel.  Je m’étais plongé en enfer, chez Belzébuth, Lucifer et Satan. En fin d’été paraîtra donc « Papamadi », mon titre de travail où je raconte les frayeurs enfantines causées par les récits de mon papa. Père très pieux et prenant plaisir à me raconter le mode des voyantes, des stigmatisées et autres mystiques ! Frissons !

De nos jours, les jeunes aiment toujours avoir peur. Dans mon temps aussi. Mais pas trop ! J’aimais ses récits de démonologie candide, ce monde tourmenté, pas loin de Sainte Adèle, à Chertsey. Ou à Pointe Claire quand un grand chien noir attaquait à la porte de l’église ! J’en dormais mal souvent… mon Dieu, un ami dit : «  C’est à lui, drôle de père, que tu dois cette vocation d’écrivain ? » Ah bon !

Rédigeant cette ténébreuse part de mes souvenirs, j’ai pris un plaisir fou. Faire revivre par exemple Melle Curotte, ici, dans le nord ou cette madame Brault aux rives du Lac Saint-Louis. Que de pieuses âmes violemment possédées du démon ! Ni ce  saint « Frère André » —sa chapelle hantée par Lucifer,— ni Thérèse Neumann —saignante à flots les vendredis—, ni Catherine Emmerich —décrivant la Passion en langue  Araméenne— n’avait de secrets pour le gamin que j’étais.

C’est en faisant revivre ce drôle de père que je me suis souvenu de sa « haine » des Laurentides. Eh oui ! Vers 1940,1945, la bonne réputation « du Nord » grandissait. Tant que l’on se mit à réclamer qu’il vende son petit domaine —50 pieds par 300 pieds— pour aller « passer nos étés dans le réputé nord ! »  « Moins « commun », disait ma Germaine de mère snob. On fit des pressions. Mon père s’en enrageait. Il

appréciait son cher Pointe-Calumet, étant sans auto, il pouvait s’y amener par train ou par bus.

À chaque fois qu’on l’en implorait avec nos « Achète donc un chalet dans l’nord ! », c’était une occasion pour lui de peindre en noir les Laurentides : « Le Nord ?, non mais, vous savez pas ça : ici, à la Pointe vous êtes toujours en maillot de bain même le soir grâce à la chaleur accumulée par le sable partout. Mais dans les Laurentides, c’est le froid et tôt, il est pas quatre heures de l’après-midi qu’il faut mettre un gros chandail de laine. On gèle ! Vous regretteriez vos baignades à la noirceur souvent. » On se taisait, on se refroidissait.

La notoriété « laurentienne » ne cessait pas, aussi on y revenait et ce sera : « Les Laurentides, pauvres enfants innocents ! Danger de vous assommer sans cesse. Ici, dans le notre beau grand lac des Deux Montagnes,  vous pouvez aller nager loin. Et n’importe où, c’est jamais creux. Dans l’nord, approchez-vous de n’importe quel lac et plongez. Bang, c’est  une fracture du crâne ! Tous ces rochers invisibles dangereux, le front qui pisse le sang, parfois la mort ! » Impressionnés, on se taisait. Était-ce exagéré ? Nous ne savions rien des lacs du Nord. Une fois, revenants encore à la charge, papa déclare :

« Écoutez-moi bien, je vous entend vous plaindre de nos p’tits maringouins de la Pointe mais dans vos Laurentides de rêve, c’est un fléau avec des « mouches noires », qui vous arrachent des morceaux de peau grands comme des vingt-cinq cennes! » On ouvrait la bouche ! « Oui, les vacanciers d’en haut se promène avec des pansements rougis partout sur le corps ! »

On ne reparla plus du nord en ces années 1940.

J’y vis depuis plus de 30 ans et je ne me suis pas encore fracturé le crâne, il peut faire très chaud certains soirs d’été et je n’exhibe aucune plaie purulente causée par une vilaine  mouche noire !

Mon père était un curieux personnage, vous n’aurez qu’à lire mon « Papamadi ».

À L’EAU CANARDS

Pour vite guérir de cette cuisse arthrosique, qui me fait tant souffrir, je veux recourir à l’hydro-thérapie. Baignades sur baignades donc. Médecine gratuite. Et que vois-je, au large, sur notre radeau ? Deux beaux canards. Côte à côte, le couple se livre à des parades (séduction ?) fort remuantes. Plumes piquées sur l’estomac, cous tendus, sans cesse des coupscde becs en l’air, les ronds corps comme recroquevillés soudain ou alors très extendus ! Ça ne finit pas.
Chaque fois que je m’approche, flouc!, flouc !, vite, à l’eau canards !
Cuissse moins endolorie, m’accrochant à mon « radeau de la méduse » découverte d’un lit touffu de…crottes ! Un dégueu tapis, très intense, de petits cacas bruns. Brun comme mon couple de canards. L’an dernier, c’était le reposoir de quelques goélands et ils crottaient, oui, en blanc les planches de mon radeau ! Quoi ? Si des merles, dit rouges-gorges, s’amènent et s’abonnent à notre radeau, sera-ce du caca orangé ? Si mon cher beau Cardinal s’y installe, des crottes rouges ? Et noirs les excréments des corneilles ? Non mais…
Guérie de ma jambe, je devrai me débarrasser de cette abondante défécation… aviaire ! Merde, c’est le cas de le dire.
Au travers de mes innombrables petits cacas-d’oies brunes, des plumes toutes blanches sont comme greffées sur le bois. Mystère ! Il en résulte un radeau un peu mystérieux. En tous cas, un lieu, une halte, où l’on s’interdit de grimper désormais. C’est, nazi, l’occupation. Or, depuis des jours et des jours, l’on assiste à des promenades bien ordonnées, très sages avec maman en queue de file, d’une nombreuse famille de jeunes canards (10 à 12). J’observe : aucun contact entre mes généreux « chieurs » du radeau et cette famiglia ! Bizarre ! Ils ne se voient pas, dirait-on. Ils s’ignorent ? Mystère !
Ce radeau … Oh oui, dire qu’enfant, au bord du vaste Deux-Montagnes, à Pointe-Calumet., interdiction d’avoir un radeau bien à nous. Mon « papa-peureux » (et pieux comme on le lira dans mon prochain bouquin « Papamadi ») refusait net chaque fois qu’on l »implorait. « Non, et non, mes enfants, jamais, un radeau source de dangers, d’accidents, de noyades ». Pourtant on en voyait un peu partout chez tant de voisins villégiateurs, des grands et des petits, des hauts et des bas. De belles jeunes filles s’y prélassaient, bronzant sous le vent du large. De jeunes adonis s’y déployaient faisant montre d’audace, s’inventant des plongeons inédits.
Compensation ? Pas aussitôt arrivés au Lac Rond, il a donc fallu la construction d’un radeau, objet défendu de ma jeunesse. Passons-nous notre existence d’adulte à colmater ces manques ? Tabous d’antan ? Empêchements à ce que nous croyions « le bonheur » ? Ça se peut. Ainsi, hier, un homme est venu voir le saule géant tombé et scié, devenu un long muret de bûches. Ce mystérieux voisin demande de pouvoir se choisir des morceaux. Il se livre à un artisanat de bols de bois tournés avec art (il m’a montré son album de photos). Retour en jeunesse ? Il m’a avoué qu’avant de devenir un important fonctionnaire fédéral, il avait fait un peu de poterie. On jase et oh, soudain, retour des canards, merde, crottin en vue !

SE PERDRE…

Je me suis déjà perdu, en plein hiver, dans les bois derrière Sainte-Adèle. Je n’étais plus un enfant pourtant. Tout jeune, nos entendions parler d’enfants, comme nous disions, « qui s’étaient écartés. » La peur. Partant, la prudence. Ne pas top s’éloigner de notre environnement familier. « Éloignez-vous pas », était le cri des parents nerveux. «  Oui, je m’étais t’écarté » à Sainte-Adèle, à 20 ans. Enfant, on y jongle, l’horreur : se perdre dans une forêt épaisse. Comme dans le conte de Perrault, « Le petit poucet », ou bien comme  « Hansel et Gretel » chez le célèbre conteur Grimm.

Il y eut une première fois. En plein été. À la campagne. Nous étions une bande, tous âgés entre 10 et 12 ans. Derrière les maisons de la seule rue principale —en 1942— de ce lieu de villégiature (Pointe-Calumet), il y avait la nature touffue, avec plein d’arbres et des bosquets sauvages, au sol des fougères en masse. Et des grenouilles ! Pas de soleil, un ciel bien gris, donc pas de nos habituelles baignades, ni nos plongeons des radeaux, dans le lac des Deux Montagnes. Nous sommes partis, avec des bâtons, et des sacs, safari aux grenouilles !

Nous marchions librement allant vers l’ouest, du côté « forêt dense ». Mini tarzans, nous aimions sembler nous enfoncer dans une jungle. Marche, marche…  plus d’une heure s’était écoulée, nos poches de jute se remplissaient de nos prises batraciennes. Cinq cennes la cuisse en ce temps-là chez les Vaillancourt, les Defoy-Legault, les Laurin ou chez ces Allemands du chalet-à-tourelle dans l’est de la Pointe.

Coups de tonnerre soudain et tit-Yves, inquiét : « On est rendus où, là ? » On ne le savait pas. En allant au nord aurait rencontré la grande route et Saint-Joseph-du-lac, vers l’est, nous serions arrivés à Plage Roger, Sainte-Marthe. Panique. Les eaux glauques d’une  grande baie inconnue, nous bloqua le chemin. Des écartés ! On entendit sonner des cloches au loin. On apprendra : celles de La Trappe des moines à Oka. Voilà tit-Yves en larmes et tit-Gilles pousse des cris. Pas en vain, un vieux pêcheur des brochets de la Grande Baie nous découvre. Et il va rire de notre angoisse, nous guidera vers la route numéro 29. Ouf ! Sauvés !

Mais se perdre à Sainte-Adèle ? Oui, un surlendemain de Noël ? Artiste mais aussi plongeur du Chantecler, j’ai deux compagnons et nous partons un soir, très tard. Projet : marcher avec des bâtons de pèlerins, sans aucun plan en forêt. Pas un seul condo et tous les arbres sont debout en 1950 ! Il y a Marcel, pâtissier émérite, un Marseillais, aussi Roland, saucier aguerri, un Belge. Le trio d’explorateurs admire une lune vive et immense qui jaunit la neige. C’est émouvant. Le silence ! Parfois cassé par des cris d’oiseaux inconnus. Parle, parle, marche, marche, en riant quelques cantiques entonnés à tue-tête puis…nous voilà perdus ! Ne plus savoir dans quelle direction foncer. Tournons- en rond. On ne chante plus. Voilà qu’on revoit le même abri, hutte démantibulée.  La panique ! Soudain, lumière à une fenêtre givrée, cabanon délabré, on y va. Un hobo en camisole, un squatter pas rasé, borborygme et  je traduis pour mes européens. Odeurs éthyliques ! Ce Bill Wabo m’écoute et puis consent à nous guider. Les trois écartés se calment. Le miséreux revêt son capot de chat usé et nous conduit dans une clairière. Très loin, des voitures roulent sur une route. Sauvés ! Comme à 12 ans !

MENSONGES QUE MON PÈRE CONTAIT !

Comme toujours au temps des fêtes,  j’ai débuté, un rituel, mon roman annuel.  Après mon « Rire de Jésus », cette fois je suis plongé avec… Belzébuth, Lucifer et Satan ! Au début de l’été sortira donc en librairies « PAPA M’A DIT… « , titre de travail. Je raconterai mes frayeurs provoquées par les récits de papa ( un bonhomme bizarre) qui prenait plaisir à raconter ses « diableries ». Comme aujourd’hui avec certains films, les jeunes aiment avoir peur, j’aimais avoir peur, petit garçon. Est-ce que je lui dois ma vocation d’écrivain ? Sans doute.

Nageant dans mes souvenirs, j’ai un plaisir fou en faisant revivre ses chers voyantes tourmentées par le démon, ses mystiques stigmatisées, ses thaumaturges, du Frère André à Thérèse Neumann « qui saignait de partout tous les vendredis », me disait mon pieux papa. De Catherine Emmerich à cette « Madame Brault » de Pointe-Claire, dame dévote  que le diable (« un affreux chien noir géant  », disait papa  !) jetait dans le fossé quand elle se rendait à son église !

Faisant revivre ce drôle de père, je me suis souvenu de sa « haine » des Laurentides, où il n’est jamais venu. Je ne sais trop pourquoi, vers 1940, 1945, la réputation « du Nord » grandissait. Tant que l’on se mit à réclamer que papa vendre son petit domaine (50 pieds par 300 pieds) pour « passer nos étés dans le Nord papa ! » Un lieu moins « commun », suggérait Germaine, un peu snob. Cela enrageait mon père qui appréciait tant son cher Pointe-Calumet où étant sans auto, il pouvait venir par train ou par bus. À chaque fois qu’on l’en implorait avec des « Achète donc un chalet dans l’nord, si-ou-pla, p »pa ! », c’était une occasion pour papa de peindre en noir les Laurentides.

« Le Nord !,  vous savez pas ça, mais ici à Pointe vous êtes souvent en maillot de bain le soir. Tard souvent, c’est la chaleur du sable partout qui permet ça. Là-bas dans vos Laurentides rêvés, c’est frette en titi et vite, il est pas quatre heures de l’après-midi que le monde des Laurentides doit mettre un chandail de laine, une veste. On gèle, c’est ça le nord. Vous regretteriez vos baignades ici, tard, à noirceur souvent. » On se taisait, un peu embarrassés.

Mais on y reviendra et ce sera : « Quoi le Nord ? Pauvres enfants ignorants, ce que vous savez pas, c’est le danger de s’assommer. Ici, dans le grand lac des Deux Montagnes, une vraie mer, vous pouvez aller  nager partout, c’est jamais creux. Mais dans l’Nord, oh la la, vous vous approchez de n’importe quel rivage, n’importe quel lac et vous plongez, b’en badang ! Il y a partout des rochers invisibles. Danger de noyade avec le front pissant le sang, la mort souvent, tombé sans connaissance par une roche caché dans ces petits maudits lacs. » Impressionnés, on se taisait. Était-ce exagéré ? On savait rien des lacs du Nord.

Une fois revenus encore à la charge, papa déclara :

« Écoutez-moi bien, je vois entend vous plaindre de nos p’tits maringouins de la Pointe, dans vos Laurentides de rêve, c’est le fléau des mouches noires, ça mes enfants, c’est effrayant, quand ça vous pique, ça emporte des morceaux de peau, c’est grand comme des vingt-cinq cennes ! Voyez-vous ça ? Le monde se promène avec des pansements plein les bras et les jambes. »  On ne reparla plus du nord. J’y suis, en permanence depuis plus de 30 ans, je ne me sus pas noyé encore et n’exhibe nul pansement ! Un curieux personnage, vous verrez ça cet été dans « Papa m’a dit ».

SALUT L’AUTOMNE !

Nous voici donc dans octobre…Mais pourquoi donc tant d’écureuils qui courent d’un trottoir l’autre ? Je les vois traverser sans cesse nos rues ? Si pressés, où vont-ils  donc ? J’en vois tous les matins maintenant quand je descend la côte Morin pour acheter chez mon homonyme (Jasmin du IGA) mes gazettes du jour.

J’ai vu d’abord voisin-Jodoin, Jean-Paul, assis (un gamin de 80 berges), par terre, devant chez lui; la chaudière de peinture entre les pattes, brassant sa crème bien beige. Dernière couche sur le déclin de bois pour protéger ses murs des froids mordants qui vont nous siffler dessus ? Dans la rue du Parc-de—la- Famille, revoir cette vieille bellement ridée (c’est beau les rides des femmes !) marchant avec son chien fou, son sac d’épicerie plein. Aussi, qui grimpe la Morin, ce ventru dodu, longue queue de cheval sur le dos ! Le faux cow-boy, faux Clint Eastwood du Sergio Leone. Ne se presse point, regarde partout. Autre matineux re-croisé, Beaupré, descendant en ville, nerveux avec des mines de détective privé, il fume à grosse boucane.

Mes gens. Mon monde familier. Mon village aimé.

Ainsi, ces beaux écoliers, sacs aux dos, qui attendent leur bus jaune au bord du trottoir pas loin du bar La Cachette.  La vie de chaque jour. Revoir le chat d’ardoise qui pisse sur un bouleau près du Café à mi-côte. Avec son chien barbet excité au fond des bras, revoir ce jovial nabot, petit colosse roux aux pas agiles. Un matin chasse l’autre et le temps passe. Il y a ce chien…(de classe ou de chasse),qui tire fort sa veille maîtresse à la silhouette raffinée, longs cheveux de neige. Et voici André, fougueux jardinier, roulant des épaules, regard pétillant. Revenu chez moi, ma Pauline est à son râteau. Et « l’autre Raymonde » (celle de Maurice), qui étend du linge. Pour la senteur sans doute. Me souvenir alors des lundis de lessive dans ma petite patrie. Nos ruelles pavoisées, drapeaux de nos vies modestes au vent ! Octobre s’installe donc, les couleurs toutes hissées.Tantôt, rue Beauchamp, autobus aux vitres brunies. Binettes épatées des Japonais-à-kodak qui n’en reviennent jamais de nos ors et de nos sangs. Des adieux lumineux d’avant…la chute ! Je sors le bac noir. Surgit ma Raymonde qui me dit : « J’allais à mon Inter-Club de Piedmont et qui je vois, au milieu de  la 117, j’ai cru à un chien énorme, un lévrier, un chevreuil au galop ! » Risque fou, cette 117 si large ? Rut qui commande ? Hier, elle alla marcher seule autour du lac et, terrasse du Chantecler, ravissement. « Si tu avais vu le lac ! D’un bleu stupéfiant, étonnant ! ».

Non, moi enfin sorti d’un immense rhume, je restais assis à lire mes chères biographies. Ces temps-ci, la Duras et le Eistein. La Yourcenar et le Jack London. Grippe à l’horizon, devoir aller aux aiguilles (que l’homme n’aime pas) ! Oh, télé-4,  annonce pour montrer ces cascades chez Polar Bear’s Club. J’y étais allé en plein hiver. La Rivière-à-Simon folle de rage et en 1985 (!) une simple cabane, un gardien veillant en une installation primitive. Suer d’abord puis, en maillots, dehors, de vieux cordages et une passerelle branlante. Raymonde ’85, héroïque, qui se jette « dans les bras de Simon », sa baignade folle dans ces flots ourlés de glaces. Ce lieu a prospéré, immense parking et on y annonce une vaste piscine !

Un matin récent, je dois aller —cum pedibus— chez mes charmantes postières. Bon pour ma santé. Qui me suit ? Une bestiole inconnue de moi. Vraiment un chien, disons une sorte de laideron pékinois, la phalle basse, baveur et les oreilles à l’envers, les pattes courtes. Si je stoppe, cette vadrouille stoppe aussi. Par quel instinct veut-il absolument marcher dans mes pas ? Quand je sors du bureau de la poste, il est dans les bras d’une punkette. Trous calculés aux genoux, un anneau au sourcil, au nez et à la babine ! Elle l’ouvre : « Y é fou raide, y suit tout l’monde » ! Remontant par des rues secondaires, je me retourne, les deux me suivent. « Y a que j’veux le vendre. Combien vous me donnez pour ? » Je dis : « Rien, j’ai peur des chiens, m’amzelle! » C’est vrai.