AH, JOUER DANS L’EAU !

Le livre (ancien) du sexologue Ellis sur « L’ondinisme » parle de couples appréciant « se pisser dessus » (eh oui !) et aussi de cette attraction universelle, si naturelle, pour l’eau, cela, dit le savant, depuis notre eau première, du ventre maternel. Voyant une vivante pub sur les prodigieux jeux d’eau de Saint-Sauveur et son vaste parc sophistiqué, je songeai à nos jeux d’eau modestes de jadis.

Il y a eu d’abord, 1930-1935, la grande cuvette de tôle à remplir d’eau frette en ville pour les jours de canicule. 1935-1939, fréquentes expéditions (avec maman débordée) dans la pauvre pataugeuse bétonnée au parc Jarry. Et puis vint (10 cennes l’heure !) le modeste bain public, rue Saint-Hubert. À puantes odeurs de javel brut. Rien à voir avec ces excitants appareils modernes de tous les Saint-Sauveur du territoire. Oh non ! L’eau offerte, en bassins, en canaux, sur matelas, en tubes géants, ou autrement, en cascades, en piscine-à-vagues, l’eau, oui, est un fascinant et perpétuel, et très profond  appel. Il n’y a qu’à écouter les rires, les fous cris de joie des jeunesses en liesse en ces lieux. Du temps de bibi en « papi-gardien » je fus bien obligé de risquer ma peau dans ces glissoires géantes, ces tunnels, ces viaducs. Un benjamin tenait mordicus à imiter les aînés. Alors, à plus de 60 ans, à l’Aquascade de Pointe-Calumet, à Ste Adèle (disparu ce site) ou à Mont Saint-Sauveur c’était « à l’eau le vieil homme », veut, veut pas et cela tout au haut de très géantes échelles qui me faisaient très peur… pris de vertige, je fermais mes vieux yeux !

L’eau : élément tant apprécié en belle saison (pas celle de 2009 ). Le grand bonheur dieu Neptune ! 1940 vint, de 10 à 17 ans, net progrès, ce sera des heures et des heures à barboter du matin au soir, dans le grand beau lac des Deux Montagnes. Il aurait pu, ma foi, nous pousser des branchies ! On se faisait sécher tous les soirs en se secouant la peau au son du boogie-woogie dans les dancings aux constructions bancales.

L’eau courante, vivante, peu polluée en ce temps d’après-guerre était « LE » souverain loisir dans ces villégiatures « aux camps sur pilotis ». Deux petits lacs se formèrent à Pte Calumet à force de siphonner du sable pour des plages artificielles lointaines. On y allait souvent, outre-clôture —« danger, no trespassing »— excités de glisser des hautes dunes qui attendaient leurs wagons de fret. Mais là, hélas, ni cascades ni fougueuses fausse-vagues maritimes.

Des temps plus modernes venaient, de vastes piscines extérieures s’ouvraient enfin. À Verdun d’abord, puis à Cartierville. Joie de nos amis restés en ville. Il reste un fait concret, têtu : l’eau-à-baignades exercera toujours désormais cette fascination et nouds écoutions, médusés, papa nos racontant : « Pour nous, enfants de 1900, jamais de trempette, nulle part. Natation jamais enseignée et interdite. À Laval, habitant pourtant juste en face de la rivière, nos parents craignaient l’eau courante comme on craint la peste. »

Ah oui, ils étaient éloignés des piscines-à-vagues folles !

PORTRAIT DE L’HOMO LAURENTIS ?

Je filais à ma chère piscine de l’Excelsior, quand je le revis qui marchait sur la 117, énergique, bras ballants, nez en l’air. C’était bien lui. Un familier anonyme. Chaque fois que j’en croise un de ces costauds aux yeux clairs, il me semble le connaître. Je le sais par coeur et j’aime cette silhouette gossée rudement. Vous le croisez souvent, c’est « le type laurentien », visage sculpté à la hache, faciès buriné. Son visage façonné par le cruel ciseau des vents d’hiver qui sifflent en nos collines.
Homme sans âge précis, mâchoires carrées, cheveux salés et très poivrés, « des cuisse comme deux troncs d’arbre », pas vrai Raoul ? « L’habitant », reflet de nos anciens temps si durs par ici. Rien de l’agriculteur paisible des généreuses plaines maraîchères de « l’en bas de nos montagnes ». Mon buriné est nommé un jack of all trades, le villégiateur dira le jobber. Indispensable.
Félix-Antoine Savard, a parlé de lui, « Menaud maître-draveur »,musclé mais fragile, illusionné mais abandonné. Avant Vigneault qui l’a bien chanté, Félix Leclerc, qui lui ressemblait à La Tuque, a crié : « Ring-ring, Mac Pherson s’est noyé !» Un autre ? À Sainte-Agathe, le gars du menuisier, le Gaston, qui alla au sud se faire religieux et qui changea d’idée et s’acheta un harmonica, se lia aux images-en-mots pour devenir Gaston Miron ! Mis en bel album de chansons tout récemment. Fini la drave, restait… le « jack of… » Voyez mon survenant, « dieu des routes » qui dévore en riant rauque un beignet au Ultramar du Boulevard. Qui boit du café chaud, gars aux biceps d’acier, aux jambes arquées, au dos déjà courbé. Cou de taureau, cheveux de fer précocement. Cantonnier d’occasion, il peut tout conduire, fardier ou tracteur ; il pratique tous les métiers manuels, ce matin, la voix éraillée par tant de saisons dehors, tu l’entendras éclater de rires féroces. Il compense par un humour ravageur d’avoir été obligé d’ignorer les longues écoles, mais il est courageux et il accepte, bravades, des risques. Il en récolte, jeune, plein de rides au front, de plis sous ses yeux. L’homo laurentis aime fêter aussi, même un rien, une bagatelle. Il ira aussi pleurer aussi s’il le faut, au salon mortuaire, l’ami gringalet dégringolé dans la chute mortelle. Fatras de bières trop vite vidées ? Il a oublié l’heure, alors bourré de houblon, il vomit sa colère et l’injustice derrière le mur d’une buvette. Demain, mon gaillard sculpté se réinstallera à un autre emploi précaire. Qu’il s’est négocié pour quatre sous. Faut pas que son fils devienne un… jack of trades. Salut à tous mes Jean-Guy Groulx. Et merci !

LE CAS D’UN « ADÉLIGATOR » ?

Il y a des limites. J’ai parlé de l’ours-du-Sommet-Bleu, sorte de yéti, des chevreuils en dévoreurs de haies de cèdres. De l’orignal-aux-pommettes chez Jodoin. J’ai narré mes bêtes rôdeuses, racoons, moufettes, rats musqués et marmotte- Donalda sous la galerie; il y a couple désormais, sachez-le. Vous savez mon bouffon Jambe-de-bois la queue en l’air, mon tigré Valdombre, au pelage bin magané… Quoi encore ?
Voilà-t-y pas qu’un matin d’il y a quinze jours, une voisine Ouellet, deux lots de chez nous, me raconte les visites d’un coyote, petit loup « qu’on aurait aperçu du côté de la plage municipale. » Quelle faune en plein village ! N’en suis pas trop surpris. À Ahuntsic, des voyageurs de nuit en quête de déchets à déguster longent le chemin de fer, avenue de Port Royal. Furent surpris dans des cours des rues voisines, Sauvé, Sauriol.
Des écoliers marchant au catéchiste (non, c’est fini ça) marchant au skateboard… témoignèrent à ma fille, rue Prieur angle Chambord : « coyotes en vue madame ! » Bref, j’écoute ça et, un peu plus tard, au rivage des Ouellet, floue, lointaine vision d’une « remuante tache rousse ». Coyote ? Je dévale l’escalier et, très prudent, je tente de mieux voir l’intrus roux, me dissimulant derrière mes pins.

ADIEU AU PETIT-LOUP
On voit pas bien car deux haies touffues me séparent du roux fringant ! Soudain, la rousse bête se secoue, s’agite, saute en l’air, fait des tours sur elle-même et, zut, disparaît à l’ouest du terrain, chez l’amie Nicole, « la grand’femme-du-docteur » pour parler le claude-henri-grignon. Je ne vois plus le —peut-être— coyote et n’ose aller enquêter. La peur. Oui car, venues de mon enfance, de tristes z’histoires de coyote agressif me hantent.
En vieillissant, vous verrez les jeunes, deux choses : on pleure plus souvent (aux films tristes) et on craint des attaques sournoises. Alors, je rentre penaud. S’il y a dommage « carnivore » du fait d’un coyote enragé, je l’apprendrai en lisant La Vallée, non ?
Mais quand je raconte le coyote à l’ancêtre bavard, à la mémoire d’archiviste, McKay, le voilà qui trépigne : « Un coyote ? C’est rien ça. Vers 1930, mon jeune (hum !), en fin d’été, le gamin d’un touriste aurait jeté dans le lac sa bestiole. Un pet griffu monstrueux et qui serait devenu une calamité. Oui m’sieur, plus personne ne voulait se baigner au lac Rond. » Je m’installe sous pergola au jardin de cet ex-couvent de briques rouges, rue Lesage; j’aime les raconteux : « 1930 ? À quelle bête marine faites-vous allusion ? » Heureux de me voir appâté : « Oh ça ! On a pas pu retracer le garçon et on a jamais pu savoir de quelle espèce au juste était la bibitte dont il s’était débarrassée. »

L’AGRANDISSEMENT DU CAÏMAN
« Chose sûre, mon p’tit garçon (hum !) comme pour alligators ou crocodiles, la « chose » mise à l’eau a pu s’agrandir, grossir. S’ajustant vite aux dimensions du lac. » Mon conteur, fier de m’avoir captivé, me dit l’avoir « vu de ses yeux vu » au printemps de 1934. « Mon ami, ce fut en quelques saisons un sorte de serpent géant qui nageait du côté du Chantecler. Des loustics la voyaient : de longs crocs jaunâtres, une peau d’écailles verdâtres, une gueule de dragon chinois, une lourde queue qui battait férocement l’eau. Le tout reposant sur quatre pattes palmées. Un horrible griffon ! »
Je restai jongleur : « Vous me menez en bateau ? » Lui : « Pantoute, essayer de retrouver des journaux de 1933-34, vous verrez, on en a parlé dans tous nos cantons. Sérieux comme un pape, McKay continua : « Plus de touristes, plus de baignades, des recherches, avec des grappins puissants, des phares, jours et nuits, furent faites dans tout le lac Rond. Rien. Un certain mois de novembre de 1936, on retrouva la queue de la bête. Toute Moisie. Putréfiée. Se décomposant. La mort. Ce fut la fin des cauchemars et on a supposé que le monstre, exilé malgré lui de la caraïbe, s’était épuisé à mort de vouloir s’échapper de Sainte-Adèle. Soulagement, en été de 1937, la vie reprit son cours joyeux. »
Satisfait, mon McKAy s’en va, avec sa mine du chat raminagrobis, content de son effet. Et moi qui jonglait à un simple coyote échappé de nos bois, ça ne pesait pas bien lourd face à un alligator adélois jeté de son bocal… Prière, si vous fouillez d’anciennes annales, de confirmer l’adéligator !

GRANDE FÊTE POUR MON PÈRE MORT

Un dimanche récent, trois pères fêtés : moi, le vieux papa, mon fils, Daniel et mon gendre, Marc. Tours de mini-moto, petits cadeaux, vin rouge sous les épiceas à Val David. Feu sur l’herbe, juteux poulets rôtis et, à la fin, baignade dans le petit lac Doré, pas loin. Ce jour-là, j’ai un peu parlé du mien-de-papa. Un « père absent » ? Oh non ! Ultra-présent dans son sous-sol aménagé en gargote populaire, rue Saint-Denis, proche des cinémas Rivoli et Château. Ce fut sa fête « posthume » la veille de la fête-des-pères car un coup de fil m’annonçait son entrée —triomphale— au prestigieux Musée nationale des beaux-arts dans la Vieille Capitale.

Une céramique d'Édouard Jasmin

Lui ? Papa ? Ce petit restaurateur examiné tous les dimanches de septembre 1974 à juin 1976 à la télé par des millions de Québécois via cet acteur au talent fort, le Jacques Galipeau de « La petite patrie ». Ce MNBAQ ! Sur Grande Allée ma chère ! Fameuse fête pour mon père ! Le Musée de Québec vient donc d’acquérir plus d’une douzaine de ses plats ouvragés en terre cuite. Papa qui est mort en mai 1986 ne verra pas ça mais une partie de lui va donc lui survivre. Voici un conte, son histoire. 1935 : moi, enfant pré-scolaire, grimpé sur ses genoux, je lui commandais sans cesse des dessins et, habile, papa dessinait tous les objets de la maison, rue Saint-Denis. Ce papa-là m’épatait. Aux Fêtes il confectionnait ses cartes de bons vœux, en vendait dans son petit caboulot entre deux hamburgers ou deux grill-cheese. Puis, vieilli, dans la cave derrière ses comptoirs, papa inventa une série de tableaux « au sable », reliefs singuliers avec visions cocasses. Vers 1955, je fis une démarche que le très populaire « Petit Journal » accepta. Un « reportage premier » parla ainsi de mon père : « Cet homme ( voir notre photo) peint, la nuit, des femmes étranges ». Ce titre fit frémir sa Germaine d’épouse, ma mère, on le comprendra !

Retraité, le restau fermé, papa installa dans la chambre des « filles parties » (on a revu un des mariages familiaux à ARTV récemment) son atelier de « céramiste-du-dimanche » avec son four. L’histoire débutait vraiment. Quel récit exemplaire que cet homme âgé qui, débarrassé de ses devoirs de pourvoyeur, car nous étions neuf à table, décide de se faire artiste à 100 % Mon père alla montrer ses céramiques naïves à la Centrale d’artisanat. On lui en prit. Un prof du cégep voisin, l’acadien Léopold Foulem, le découvre et Foulem fonce partout en chantant ses louanges. Ce prof agrandira sa réputation d’artiste dit primitif, tel le barbier Villeneuve, fera connaître papa à Toronto à la réputée « Prime Gallery, et, à la fin, à New York à la prestigieuse Clark Gallery. 57 ième rue dans Manhattan ! Où on lui organisa une expo avec joli carton d’invitation en couleurs ! Papa, hélas, mourut avant le vernissage. J’ai publié un roman de ce père trop pieux et si doué, avec « Pâques à Miami » où je raconte cette mort bête quand New York s’apprête à le faire connaître aux connaisseurs.

Il y a deux ans, grimpant l’escalier du très stimulant Musée d’Art Populaire à Trois-Rivières —que l’on finissait de rénover—, bedang !, en haut d’un escalier, face à face inattendu avec papa qui me souriait dans un poster ! Trois-Rivières montrait trois de ses étonnantes céramiques. Au téléphone, pour cette belle fête-des-pères, le prof Foulem m’a dit : « Ce lot des ouvrages en terre cuite de votre père sera installé dans une cage d’escalier prestigieux au Musée de la Grande Allée à Québec. Ce jour-là, j’ai reposé l’appareil sur son socle, j’ai jonglé avec les images jaunies de l’album ratatiné : ce petit restaurateur de la rue Saint-Denis triomphe donc. J’ai songé longuement à ce papa rêveur, mal installé dans la réalité, composant pas très bien avec la charge d’une trâlée d’enfants, rêvassant si souvent, la pipe au bec, ses vieux Geographic Magazines sur les genoux. Incroyable : lui désormais bien coté, montré, dans un grand musée ? Ce père embarrassé, né sur une ferme à Saint-Laurent (comme tant de Jasmin), a vécu une existence si chétive, si longtemps avant qu’il décide de s’exprimer ouvertement. Quelle belle leçon pour tous les « empêchés de la vie » qui arrivent à l’âge de la retraite, non ? Édouard Jasmin n’a jamais pas pu voyager. Trop pauvre. Il a fait mieux, il a inventé dans la glaise un étonnant voyage : ces centaines de céramiques aux paysages insolites. Ma fête-des-pères fut donc cela : la consécration officielle d’un modeleur imaginatif, fier autodidacte qui débuta sa vie d’adulte au milieu des gâteaux Vachon et de « la crème à glace » JJJoubert. Qui refusa son sort, qui décidait, vieilli mais encore courageux, de laisser sa griffe aux rebords d’images d’argile. Le voilà donc je n’esn reviens pas, installé dans un vrai musée, bien loin de ses saucisses à hot-dog dont il oubliait parfois de retirer l’enveloppe de cellophane, sa clientèle de zazous sacreurs enrageaient du fait.

Et moi, ce dimanche-là, avec la hâte d’aller à Québec cet été, je lui disais tout bas, regardant voleter les flammes du bûcher de Val David : « Bonne fête, papa pas mort ! »

Entrée sur Édouard Jasmin dans le site du Musée d’art virtuel – en anglais-

La vie, la vie.

Matin. Je sors acheter les journaux et, hélas, les cigarettes maudites. Et, oh, la mort dans le caniveau ! Je reconnais la victime. L’ai croisée souvent ces derniers temps, dévalant le boisé voisin avec sa démarche chaloupée. Là, du sang sèche sous sa tête. C’était un si joli « racoon ». Pas grave ? Pourquoi ma peine ? Des êtres humains meurent sans cesse, partout. Comment dire ? Ce chat sauvage, c’est que je l’avais vu gambader si souvent.

L’autre dimanche, en voyage chez mon éditeur, René Jacob —un pharmacien beauceron qui ose publier 30 aquarelles de votre blocnoteur— ma compagne ralentit pour laisser passer un jeune piéton à sa gauche. À notre droite, une voiture fonce. Un bang affreux ! Le piéton vole sur le capot ! Miracle !, il rebondit, se redresse et fonce vers le chauffeur. La mort proche, évitée de justesse. Mon « racoon » mignon, rue Morin, n’a pas eu cette chance.

Au fait, lirez-vous ce neuf album illustré, « La petit patrie en images » ? L’espoir. Je marche sur la vaste plage d’Ogunquit, la semaine dernière : plein de crabes éventrés où les mouettes s’alimentent. La vie, la vie ? Le soir, allant vers Perkin’s Cove, sur ce magnifique Marginal Way d’Ogunquit, des pêcheurs patients sur des récifs scluplturaux. On voit un lever de…lune comme le matin on avait observé, dans la brise océane pleine d’iode et de sel, les pieds sur le sable tapé de la marée basse, un radieux lever de soleil. Mon chat sauvage était encore vivant à ce moment-là. La mort, la mort…

Les mains pleines de plumes blanches et ocres, je fais rire un gamin avec des cris de sauvage. Deux flotteurs-repères (à homard), vivement colorées, dérivent, je les sors de la mer. Au sud de Moody Beach, je cueille des galets bien polis qui soutiennent de longues tresses de lichen. Besoin de rapporter cela en Laurentides. Y roulant dimanche matin, on chantonnait « La mer » de Trenet : « bergère d’azur infini-e ». Étonnemenmt total deux fois : chez Charly’s comme chez Billy’s, renversés de voir que l’on passe l’aspirateur jusque dans nos jambes ! USA manners ? Voir la mer : c’est notre pèlerinage, notre Mecque. Cinq ans que l’on se retenait. La piastre à Chrétien si faible. C’est fait. Beau soleil de quatre jours en Maine mais, hélas, un front froid. Partant pas de mon cher belley’s surf !

Jeudi, au retour, ici, maintes baignades. Revanche. Photo reçue :mon cadet de frère, Raynald, si vieilli. Bah !, mauvaise photo. À Maisonneuve, voir la chère Colette-à-Pierre qui ne peut plus parler ! Et notre vaillante Fernande accablée elle aussi de radio et chimiothérapie. Misère ! La santé, la santé… Toi qui me lit, jeune ou plus jeune, si tu as cela la santé, lève-toi, sourit, apprécie, dis merci à la vie, ne fais comme moi qui oublie trop souvent ce privilège précieux. J’aime les ardeurs —à humeurs optimistes ou critiques— de mes voisines ici, la Mimi Legault, la rigolote Gaillarde, de bons signaux de vitalité.

J’ai terminé la biographie praguoise de Franz Kafka, écrivain juif épris de transcendance irréjoignable, tout pris d’un mal de vivre atroce, hypocondriaque, pathétique impuissant fuyant la jolie Felice, puis la belle Julie…accroché désespérément à la littérature pour son salut difficile. On le lit encore. Je lis maintenant « Une vie », l’autobiographie d’Arthur Miller (« Mort d’un commis voyageur »), juif agnostique, empêtré d’un gauchisme idéal qui l’encombre. Soudain, il voit « La ménagerie de verre » de son rival, Tennesse Wiliams. Il écrit : « Il a osé mettre de la poésie, ce qui est audacieux et si rare, dans un drame pragmatique ». Chez Duceppe, je viens justement de voir « La ménagerie… », version de mon amie Françoise Faucher. J’ai écouté espérer, rêvasser, rager, pleurer ma voisine (de Morin Heihgt) Louise Marleau. Splendide jeu d’une Marleau vieillie en monoparentale névrosée, vendeuse d’abonnements si démunie, qui s’accroche à ses deux enfants grandis. L’un, le fils, fuira en marine marchande, l’autre, la fille infirme, n’a plus qu’à épousseter ses animaux de verre. Ma compagne s’essuie les yeux au tomber du rideau, moi —un homme hein ?— le moton dans gorge.

J’ai à mon chevet la vie de Man Ray, « saintgermain-despréistes » surdoué. Aussi celle du sculpteur en silhouettes filiformes, Giacometti. Lire : ma vie, ma vie… Ce matin, le chat sauvage mort est encore là, étendu dans le caniveau; envie de l’installer dans le boisé des Simony en face. Et puis, non, la ben du vidangeur va passer. À quand le tour de cet ours brun furtif ? On raconte qu’il rôde à la nuit tombée Chemin du Sommet Bleu. La vie, la vie, toujours en danger. Ensuite, devoir aller causer face à mes aficionados mardi soir à Beauport. Ensuite ? Aller jaser, cinq matins, avec François Dompierre pour la radio fm de CBF-culture. Et puis front froid pour front froid, l’été prochain, j’irai voir ma chère mer à Sainte-Luce-sur-mer, là où le Saint-Laurent est un océan. Lundi, belle fourrure inerte dans la ben avec ordures en tous genres. Merde !

Quoi ? Du coq à l’âne ? Non, « coqs à l’âme » !

Le mercredi 18 septembre 2002

1-
Ce matin, comme hier, beau firmament, beau bleu poudre ! Les froids automnales sont là. En allant à me gazettes et à nos « cibiches » maudites, je remarque la brume sur le lac, l’humidité sur notre petit trottoir de bois, les vitres de la Jetta noire toutes embuées de vapeur et cet air froid dans le narines. Au retour, faisant le café, je jette un regard sur mes maillots de bain dans la cuisine : ça achève les saucées hélas ! Avec cet été si chaud, si beau, ce fut mille baignades et c’est, mais oui, la fin bientôt !
Déjà nostalgique des chaleurs. J’aime tant l’été. Seul prix de consolation avec octobre bientôt : les si belles couleurs ! Sang et or. Après… ce sera l’hiver. Bizarre, on dirait que j’ai fini par accepter cette saison blanche. Mais oui, moi, l’héliotrope ! Depuis 1975, fini le ski alpin, fini d’aimer l’hiver. Maintenant, je veux bien revoir —admirer même— les blancs manteaux à venir. L’enfance revenue ? Les petits aiment bien l’hiver, pas vrai ? J’ai donc changé. Je ne souhaite plus autant m’exiler —pour au moins deux mois— au soleil…de la Floride ou de la Côte d’Azur. Je ne fais plus de calculs ou de recherches, j’en étais à Carcassonne ou Perpignan…Fini. Non, content de me ré-enquébécoiser à fond, au fond.
Réveil tôt ce matin. Vainement. Devoir aller chez le denturologue (?) pour en finir avec ce qui me reste de vrais dents ! Coup de fil pour confirmation et, erreur, c’est demain le rendez-vous pris. Céréales, cafés, journaux et puis monter au clavier-à-mots.
2-
Où étais-je donc cette nuit-là ? Immense mégaplexe ? Vaste restau. « La Sirène », où l’on a mangé encore de la pieuvre grillée récemment ? Multiplié par dix, luminaires flamboyants, aussi une vaste salle de spectacles. Je suis à la fébrile recherche d’Aile un peu partout. Invisible ma sœur d’amour. Invisible. Je croise des camarades, des connaissances comme lorsqu’on va à « L’Express » ou au « Continental », sites connus pour artistes entre deux spectacles. Non, personne ne l’a vue ! Puis, tout se vide. Plus personne quand je retourne à la grande salle. Que quelques nettoyeurs affairés entre les rangées de fauteuils. Dans une salle des coulisses, un maître de danse, de ballet ?, me voit et me choisit. Oui, oui, je dois embarquer dans son… aventure. Danser ? Il est fou ? Il se fiche de mes protestations et m’indique des positions à prendre sur la scène fantôme où des marques au ruban gommé font des zigzags. Je me laisse un peu faire. C’est un tyran. Aveuglé. Qui crie sans cesse. Buissonneau jeune ? Voici des amis, tous en collants ! Gaétan Labrèche, à qui j’avais dédié un texte à vingt ans, Claude Desorcy, avec qui je faisais du théâtre amateur dans Villeray. Qui est ridicule avec son collant tricoté, en grosse laine verte. Le dictateir gueule, vite, on doit débuter la répétition. Je ne sais trop quoi faire, où aller. On va vers le théâtre vide. La troupe est en effervescence. Je vois, tout autour de moi, des danseuses dénudées, d’un érotisme vulgaire, avec des gestes obscènes, ça reptilise au sol, ça se garroche les uns sur les autres. (« La la La, human step » vu à Artv récemment ?) Des duos d’un burlesque total. Ballet de vulves à l’air, de pénis exposés ! Dois-je vraiment participer à cette danse cochonne ? Réveil. Comment bien décoder ce drôle de rêves ?
3-
Très bon film (quatre étoiles) loué hier soir. Très, mais vraiment très librement inspiré par « l’affaire-Jean-Pierre Romand », le fameux menteur escroc assassin —dont j’avais lu le bon livre tiré de cette affaire :
« L’adversaire »— le cinéaste Laurent Contet a signé : « L’emploi du temps ». Aile et moi envoûtés totalement par l’athmosphère de ce récit filmique prenant. Une auguste lenteur, un climat fascinant, on est renversé par cet homme, bon père de famille, chômeur qui se déguise, qui se camoufle, renfermé dans son mensonge, inquiet, ravagé. L’épouse terrassée d’inquiétude sourde, elle devine l’imposture, les trois enfants comme devinant ce bon papa menteur, avec un « emploi du temps » fabriqué. La cinéaste Nicole Garcia présentera aussi « sa » version de l’histoire sordide de Romand —qui est aujourd’hui un bizarre « Jésus freak » en prison à perpétuité.
« L’emploi du temps » bifurque tout autrement, à la fin —heureux et soulageant « happy end— le malheureux imposteur s’en sort très bien. Aile et moi, ahuris –excellent, l’illustration de sa folle dérive— par le cheminement pitoyable du héros (!), avons poussé un « ouf » tout content du « salut » enfin trouvé. Il faut un sacré talent de cinéaste pour avoir su rendre aussi parfaitement la solitude du trompeur, il triche partout, dort dans s voiture, extorque ses ex-camarades de travail, rôde dans l’entreprise suisse (relevant de l’ONU) où il dit qu’il est un décideur important en coopération franco-africaine (!). Ah oui, voilà du cinéma loin du Hollywood commun, riche de fond. Ce Laurent Contet n’a certes pas fini de nous surprendre.
J’ai dit franchement à Aile que ce gaillard perdu, angoissé, culpabilisé, m’a fait me souvenir d’un temps (1967-1977) où elle était ma secrète maîtresse, que je devais calculer sans cesse des mensonges plausibles tout autour de moi. Aile m’a regardé longuement en silence. La défunte épouse convaincue —ce qui m’arrangeait au fond— que j’étais une sorte de play-boy, de don juan, alors que je n’avais qu’elle, Aile, en tête et au cœur. Dans « L’emploi du temps » le trompeur, qui est fidèle à sa femme, s’enlise horriblement par vanité folle. Viré de son emploi, taisant ce fait aux siens, il va se forger toute une existence mensongère. Dans la vraie vie, ce Romand ira jusqu’au vol de son entourage et puis aux meurtres de tous ces complices involontaires. Il faut lire « L’adversaire » car on dit que le film de Garcia n’est pas bien bon.
4-
Vendredi matin, à « Tous les matins », on pourra voir Tit-Claude en acteur (un rêve de jeunesse!). Avec Paul Houde j’ai osé accepter de faire un bref sketch comique. Que j’ai aimé ça ! Houde, marchant au démaquillage (on porte même des perruques !) rigole : « Nous voilà revenus aux « Tannants » du Canal 10 ». En effet ! Et je me suis souvenu aimer beaucoup regarder les folleries des « Tannants », ils me reposaient de mes travaux sérieux. Le burlesque est une fameuse détente pour les esprits occupés.
Hier matin, en studio, je complimente Tremblay, mon illustre camarade : « Tu deviens beau, tu vieillis bien, Michel ! » Lui : « Je sors d’une maudite maladie, Claude, et je dis maintenant : rien comme ça pour vous redonner la santé »! Il a sans doute raison. Il semble péter le feu. Mais je n’ai pas grande confiance à ce projet du « feuilleton-radio » avec sa Nana de mère, à coup de dix minutes tous les matins.
Souvenir : Raynald Brière, le « boss » à CJMS, dit « oui » à un projet de « radioroman ». À New-York, ce « retour du genre » connaissait du succès solide. Je suis engagé pour un texte-pilote. Trente minutes de polar. On le fera au micro. Et on le fera entendre à un « groupe-test ». Fiasco : tous disent : « Non, on veut pas juste les entendre, on veut les voir ». Abandon aussitôt du projet.
Hier soir, encore une autre entrevue ratée par « Le grand blond…» de TVA. La drôle Sylvie Moreau —je l’aime tant à son « Catherine »— se montre au naturel. Fiasco là aussi. Candidement elle déclame : « Je suis une vedette », « je suis une experte dans mon domaine », « nous avons un très grand pouvoir sur le public », etc. Ça sombre dans le marasme interviewellique ! Quand on installe Labrèche (acteur avant tout) dans un contexte dramatisée, il est bon. Hier soir, avec le « vrai « grand blond », Pierre Richard, dans sa cave fictive, avec une fausse épouse momifiée, du « blé dingue » à éplucher, un faux cousin en « siffleur » étonnant, nous avons beaucoup rigolé, Aile et moi. Il arrive que cet étonnant Labrèche me fasse peur. Il y a du névrosé chez lui et je m’inquiète, à l’occasion, pour sa bonne santé. On le sent alors tout fébrile, au bord de péter lres plombs parfois. Sa recherche compulsive d’originalité à tout prix fait plaisir à voir souvent, plonge, à l’occasion, dans un surréalisme douteux. Son culot (un front de beu !) à Paris avec Thierry Ardisson, lundi soir, fut fameux. Une prouesse rare. On constate que ce jeune Labrèche n’a peur de rien, est prêt à tout. Qu’il n’a aucune peur du ridicule… qui guette ses performances « flaillées ». Chapeau pour cela !
5-
Vu trente secondes, hier, Serge Bélair. Une réclame (assommante) de « Brault et Martineau. Mécanique. Ce vieil animateur est bafoué par « le beau milieu ». Moi aussi je le croyais vide. Or, CJMS fermé, on m’invite à CKVL, rue Gordon, à Verdun comme critique de spectacles et de télé. Je découvre un bonhomme fort sympa, plus cultivé qu’il ne le laisse paraître, généreux et d’une amabilité totale envers ses co-équipiers. Certains « portraits emblématiques » noirs ont la vie dure. Bien sûr, il y va de trop de concessions au « monde des marchands » et, un jour, un animateur populaire doit payer pour ces abus-là.
Mardi matin, brève « table de débat » à « Tous les matins ». Ma chère Clémence en belle forme. L’humour et les femmes. Thème dangereux. J’ai parlé de la vanité féminine (un pléonasme ?) qui empêcherait la « feumme » de s’essayer trop souvent en humour corrosif. Lundi matin: « Notre camion micro-ondes, M. Jasmin, ne peut aller à Sein-Ad’Aile. Pourriez-vous descendre, à 17 h., le retrouver au Palais de Justice de Sein-Gérôme ? C’est pas bien loin ? » J’accepte. C’est payant. Mais oui. Mini-débat : doit-on punir sévèrement ou non cet ado tordu et niais qui se déguisait en tueur à son école (à la Lépine aux HEC) ?
À la caméra du « 17 h. » de Bruneau et Charon, je réclame le retour de la sévérité ambiante de mon jeune temps, une punition exemplaire et dissuasive pour d’autres petits cons déboussolés. Mon vis à visa, à Québec, est un prof de cégep et joue la carte du laxisme, de la compréhension. À 18 h.30, TVA annonce que la plupart de leurs correspondants (ô internet !) me donnent raison :c’est oui, à une punition sévère ! Ouf !
6-
Mardi soir à RDI, un bon documentaire (fait ailleurs encore !) sur…la Palestine encore. Des mouvements clandestins et bien organisés comme le Hamas ou Ezbola ont salopé, torpillé —attentas terroristes— les accords d’Oslo, entre Shimon Pérez —travailliste débarqué par le Licoud droitier et Nethanayou— et Arafat— pour une paix négociée là-bas. Ces purs et durs clandestins à Gaza comme au Liban, proclament : « Les Israéliens ? Tous à la mer »! Point final. Les populations civiles en bavent. Des deux côtés. Du sang sur la rue, dans un café, dans un bus, dans une disco ou…répliques funestes de Tsahal, dans des taudis palestiniens. L’horreur sans fin.
Au début de ma lecture de « Mon Afrique », découvrant une belle jeune fille de soldat d’Ottawa, d’une mère prof chez les Innuits, recherchiste à l’ex-série « Nord-sud » de Télé-Québec, devenue reporter-pigiste (radio de la SRC) en Afrique du Sud, mère séparée d’un garçon, qui s’amourache vitement de son bel interviewé, Indo-africain, bin…je résistais à ses complaintes larmoyantes. Elle verse de torrents, frise la dépression. Or, ce « Mon Afrique » de Lucie Pagé contient aussi une formidable source d’informations sur l’histoire de cet Afrique pas comme le reste du vaste continent si pauvre.
Je ne regrette nullement d’avoir continué ma lecture. On y trouve, d’une part, une Blanche qui va épouser son bel « interviewé », un chef de syndicat devenu ministre du Président (libéré de prison) Nelson Mendela, avec jolie maison, piscine, tennis et cours d’équitation pour les enfants. Mais on y trouve aussi une brève histoire de ces surprenants sudistes, venus de Hollande d’abord, et puis d’Angleterre avec demi-domestiques importés de l’Inde (tel Ghandi), tampons utiles, pas trop Noirs quoi.
On songe à nos Irlandais d’ici longtemps tampons utiles pour jouer auprès de « nos bons maîtres » les demi-boss. Vraiment une lecture captivante.
7-
Oh, fierté québécoise nouvelle ! Acclamations partout lundi matin ! Un certain Charles Dionne —à San Francisco, USA— a battu toit le monde et, incroyable, le grand champion Armstrong dans une importante course de vélos. Ces succès (Cirque du Soleil ou Céline Dionne) sont d’excellents remèdes à nos colonisés, aux victimes du racisme inverti, qui répandent que nous ne valons rien.
Vu « Bunker », deuxième émission. Même sentiment d’une caricature forcée. Manichéisme puéril. Symbolisme —les cabinets de toilette où l’on est tout nu, à la in des moutons sur estrade de congrès… d’une candeur molle, vaine. Les fourbes sont très noirs. Aucune nuance. Donc aucune investigation intelligente de l’être humain. Tout en surface. L’excellent acteur, Savoie, en financier retors, —il va tomber carrément au sol en apprenant une sentence de son candidat-poulain— devient ridicule à force d’une peinture grossière par Dionne et Houle.
Pas du tout envie de suivre « Bunker ». Suis pas un mouton (!) pour manipulateur démago. J’ai compris le propos : « Mes dames, messieurs, le monde de la politique n’est que marionnettes et manipulateurs sans conscience. Fin.
Dénoncés, les créateurs disaient : « allons, un peu d’humour ». Or il n’y a aucun humour là-dedans. Il y a mépris total. Seule scène solide en une heure, la rencontre de Rémy Girard avec Micheline Lanctôt (mauvaise actrice cependant). On cessait enfin les coupures sans raison et les mouvements futiles. Il y a aussi Louise Marleau, fascinante, mais avec un rôle pas moins carré que les autres.
8-
À RDI, au début de la semaine, à « Grand reportage » —par la France : que de dumping !— : « Où est Ben Laden » ? Comme les albums (qu’aimaient tant mes petits-fils) « Où est Charlie » ? Stupéfaits, nous découvrons, là aussi, une fois de plis, la vénalité des « colonisés », les marchandages abjects : crachez du fric les amerloques et on va collaborer à dénicher notre merveilleux chef spirituel, le richard saoudien, Ben !
L’émission illustrait clairement que les USA ne pouvaient se fier à ces…mercenaines-girouettes. On dirait le Vietnam encore. Bref, après tant de bombardements de cavernes, de bavures (un mariage saute : 40 morts ! On tue des Canadiens !) : bin, pas de Ben ! Un échec quoi ! Instructif en diable. Même riches, armés jusqu’aux dents, ne débarquez jamais sur un sol inconnu, étranger. Ce sera la noyade. Le gaspillage effrayant. Oui, comme au Vietnam.
Je disais, au départ, le 11 septembre : folie de déclarer « la guerre » au terrorisme. On peut les pourchasser, tenter les déjouer, certes. Et il le faut. Mais la guerre suppose un ennemi visible. Le terrorisme est affaire de cachettes, de maques, de clandestinité. Al Quaïda est partout et nulle part. G.W. Bush jouait sur un mot pour obtenir des adhésions. Il n’y a pas de croisade possible quand il n’y a pas de terrain délimité. Ils sont à Chigago ou à Syracuse. À Plattsburgh ou à Boston. À Beyrouth ou à Paris. À Londres ou à …Montréal. Cette folie —la guerre— saigne le budget USA. Et ce n’est pas fini. Le W —ses sbires-faucons galonnés —songe à envahir le pays de Hussein ! Et puis où encore ? La Corée du Nord, la Lybie, ça ne finira jamais. Et les brillants espions de la CIA qui ne parlent qu’amerloque, pas un mot d’arabe…. pas un mot de Coréen, gageons-le. Un espion encombré de traducteurs, bin, ça se voit et vite, non ?
Un sergent des « marine » déclare aux envoyés de cette télé de France : « D’abord, de chez nous, on avait cru à des misérables et là on découvre qu’ils sont brillants, très intelligents et bien mieux organisés et équipés qu’on pensait ». Il avait tout dit.
9-
Vélo lundi matin. Du rouge aux crêtes de toutes les collines (il n’y a pas de montagnes dans les Laurentides). De l’or ici et là, aux bouleaux timides. Déjà ? Des fleurs de fin d’été dans les ravins. Moins d’eau furieuse aux si belles cascades de Val Morin. Terrasse ensoleillée encore (pour les œufs et les rôties avec confiture aux framboises ) tout de même à Val David. Chaque fois, Le Journal de Montréal offert. Bourgault y a un bon papier. Il cognait sur les Israélites d’ici devenus paranos face à l’émeute à Concordia. Oh ! Il va encore se faire désigner (j’ai connu ce manège pitoyable en 1988 à Outremont ) comme antisémite néfaste car on sait qu’il est interdit de parler librement sur les Juifs depuis l’horrible carnage des nazis. Ils sont tous beaux, bons, fins, parfaits !
Un article bien troussé. Sa belle « moyenne au bâton » et, je l’ai déjà dit, la chance de parler avec un très vaste public. Chanceux le Pierre ! Mais trop plein d’annonces, à pleines grandes pages ! Le succès commercial complet attire les marchands rue Papineau !
Très bon film —« Mon ennemi intime »— revu à la télé sur le cinéaste allemand Herzog (bien maso) et l’acteur fou Kinski (qui fut dirigé par David Lean et Berthold Bretch), Kinski (il s’est pris pour « Jésus revenu » un temps !) bien sado: un couple d’artistes vraiment étonnant. Aimerais visionner « Aguire, la colère de Dieu », dont on montrait des extraits et le « making off » tortueux, ou bien ce récit d’un bateau transporté au delà d’une montagne en vue d’un opéra à fonder dans les Andes, j’ai oublié le titre. Des films curieux, pas banals du tout !
10-
J’oubliais : les techniciens de TVA me parlaient de mon retraité de frère, Raynald, chef —aimé je crois— longtemps à TVA. « Tu l’as vu récemment, notre ancien petit boss » ? Ma gêne ! La réalité : on ne se voit plus guère. Il a son monde (sport, voyages, découverte des plaisirs de la pêche, etc.) et j’ai le mien : Aile et Aile… avec Aile, mon journal et mes projets ? Je regrette, il était mon cadet de cinq ans et je fus, si longtemps, son moniteur de jeux. La vie ! Je veux, je vais, lui passer un coup de fil.
Colère populaire. À Asbestos, referendum : « On veut la fermeture de la ville » ! Je comprenais mal. Comme partout, on veut du fric. Notre fric. Aile scandalisée. Je tente : « Écoute, une société solidaire, humaine, c’est cela. Il est arrivé un funeste coup du sort à Asbestos —fermeture de l’unique grosse usine— bon, on doit les aider, payer pour les déménagements de nos concitoyens malchanceux là-bas, pas vrai ? ». Aile se tait, médite ça.
L’étrange mépris du français au Festival de Toronto par une célèbre actrice de Paris : Catherine DeNeuve toute surprise que notre reporter Chilio-québécoise, Alexandra Diaz (au parler fort nasal)—envoyée dans ce pays étranger, oui, oui— la questionne en français et veut ses réponses en français ! Mystère ? Pas vraiment. Elle est en « amérique », comme aux USA. Parfaitement. Toronto, elle l’a bien vu, est une ville américanisée jusqu’à l’os —excepté à son université d’intellectuels qui se font accroire qu’il y a une « culture canadian ». Elle cause american quoi ! Pour elle, Québec, c’est un autre pays. Et elle a bien raison. Elle sera pas moins surprise si, au Brésil par exemple, un reporter la questionnait disons en allemand ! Eh !
11-
Hier matin— à « Tous les matins »— entre la table à débat, l’entretien du « papi » où je raconte que mes petits fessaient le Gros Giguère (un érable commun et méchant qui étouffait un petit sapin), avant de jouer le sketch —pour vendredi matin— je vole —à pied—vers un de mes éditeurs, Pierre Graveline à Sogides, rue de la Gauchetière. Notre projet d’album illustré ira bien. Il voit mes 40 illustrations. J’en avais maintenant 60. Il dit : « c’est beaucoup ». Je lui dit de ramener cela à 25 aquarelles. Il a besoin d’un semaine pour les photogravures (par ordinateur). Bon. Tout baigne.
Dans une semaine, j ‘irai porter ces 25 élus chez l’encadreur de Francine Ladouceur. Le 14 octobre :expo —et concert avec Luc de la Rochelière— au sous-sol de Saint-Arsène, rue Bélanger. Dimanche, ici, à Sein- Tad’Aile, Francine —avec son Delphis fidèle— a vu mon stock de graphignages en couleurs ! A paru satisfaite mais un peu étonnée. Je crois qu’elle a une autre conception de l’art pictural. Elle m’a donné un paquet de billets de courtoisie pour son événement du 14 octobre.
La fougueuse Francine (d’habitude) n’est pas en bien bonne santé, se démène tout de même, me vante encore Sœur Madeleine Gagnon, avec raison. En partant : « J’espère que vous, « Président d’honneur » de cette soirée, vous allez m’aider pour la promotion du concert-expo ! »
Oh oh ! Quoi faire ? Je déteste mousser mes propres affaires. Je lui dit : « Vous devez faire les démarches aux médias, recommandez-vous de moi tant que vous voudrez ». Me demande si mon nom est vraiment un « sézame », doutes graves !
J’ai envoyé à l’Union des extraits de mes trois livres récents pour ma lectrice prestigieuse du Mardi-Fugère, Monique Miller. Chez Duceppe (où « La preuve » m’endormait) Monique : « Eille, Claude, pas trop longs hein tes textes pour le Centre culturel Frontenac ! » Je dirai à Aile : « Ouengne, pas trop enthousiaste à me lire, ta Monique ! » Aile :
« Tu la connais pas, c’est qu’elle va travailler à fond sa lecture, c’est pas une liseuse banale, Monique ». Ah bon ! Je dois aussi trouver de photos pour ce Mardi-Fugère. Diapositives en vue. Trouver aussi des photos pour le mag « Bel Âge », dont je ferai la couverture de novembre. « Urgent », dit une recherchiste !
12-
Il y a pire : demain matin, devoir souffrir chez le dentiste de Sein Tad Aile. Peur. Amenez-moi de la grosse douleur morale…nous autres les hommes… mais la douleur physique, on déteste !
Ce beau ciel bleu qui me nargue par la fenêtre. Bon. Assez. Descendre faire le lunch et ouis ouvrir une chaise et lire sur Octobre 1970, livre tout nouveau offert donné par Graveline chez « L’actuelle, VLB, Typo, Ville-Marie », etc.
Souvenir : le grand patron de ces cabanes à livres, Pierre Lespérance avait une bien jolie sœur, Suzanne. Elle allait au collège de M. Hudon, voisin de la gargote de papa —où je fabriquais mes marionnettes. Flirt. Coup de foudre réciproque. Elle a dix-huit ans, j’ai vingt et un ans. On s’embrassait au dessus des caisses vides d’eaux gazeuses (Ô gaz déléthère des amours juvéniles !) dans la cave derrière le caboulot. Amour, amour ! Puis, ma blonde de ce temps, m’annonce : « je suis enceinte. De toi ! » Aussitôt rupture avec cette belle Lespérance et prise de mes responsabilités, on « levait pas les feutres » lâchement à cette époque ! Me voit-on en beauf’ du PDG de Sogides aujourd’hui ? Serais-je « adjoint du PDG » avec droit de vie et de mort sur les manuscrits de la Maison ? J’en ris.

Le mardi 10 septembre 2002

1-
Canicule qui dure. Ventilateurs qui ronronnent au salon et dans la chambre la nuit. De jour : c’est baignades sur baignades. Se sauver de monsieur Galarneau sous le saule géant ! Ce midi, soleil ardent et dardant encore. Faut que je m’enferme au clavier car je déborde notes. La peur de me perdre dans mes jours qui filent. La crainte aussi d’un mélange avec tant de rencontres à faire, à préparer. Monique Miller vient d’accepter de lire quelque textes de bibi à cette Rencontre-Fugère au Centre culturel Frontenac. Téléphone : « Apportez donc l’aquarelle de votre Quichotte…oubliez pas les extraits de vos textes à expédier à l’UNEQ pour madame Miller… » Brr…oui, il y a ceci et cela, rencontre à la biblio de Saint-Laurent, le Salon du livre de Rimouski où je serai un des quatre invités d’honneur. (Pourquoi donc avoir tant d’invités honorables …quatre ? Hon ! Vanitas.) La Francine (de la rue Liège) : « Je monte chez vous, je dois vos rencontrer pour ce « 14 octobre à Saint-Arsène…Votre expo, mon concert… » Ouf !

Pas d’envoi d’autres épreuves pour mon journal de Trois-Pistolles ? Que se passe-t-il ? Mémo : Devoir apporter une aquarelle au lancement des vidéos-films sur l’art, via la série « Tablo ». Être là au Musée de la rue Sherbrooke tel jour, telle heure. Ouf ! Aile n’en finit plus de noter à l’agenda. Est pas obligée. Sans elle…il y aurait des oublis regrettables.
2-
Hier matin, à la SRC, début de « Tous les matins, un fourre-tout, pardon, on dit un magazine (!). Mon premier topo avec Paul Houde et la belle Dominique Bertrand. Sur « la démasculinisation des garçons aux écoles ». Les deux animateurs s’y mettent, ils ont des choses à dire, je les écoute et n’ai pas le temps de bien défendre mon souhait : séparer les gars des filles désormais. Bof ! C’est le jeu, c’est le risque. Être (bien)payé pour débattre cinq petites minutes à peine ! La vie en télé. Un studio débordant, très nerveux (une première pour ce duo), silhouettes sur-actives partout. Je regarde cela, que j’ai vu si souvent, en souriant. J’aime ces jeunesses pleines de fougue. Je me sens un sénateur, un ancêtre qui a trop vu …neiger ! L’auteure-productrice, Fabienne Larouche, n’en revient pas de ma bonne forme. « Hen ? Toi, 71 ans, incroyable ! » Je dis : « J’ai eu une bonne jeunesse, je communiais tous les dimanches, moi… » Elle rit.
Remontée ultrarapide au village laurentien. Rue Notre-Dame puis la 40, tunnel sous le centre-villle, bretelles de l’échangeur Turcot, le « creux » Décarie…En dix minutes je suis rendu déjà à Laval ! Autoroutes pratiques. En 50 minutes, aller de Radio-Canada à ma rue Morin ! Impossible jadis ! Enfant, l’oncle Léo (qui avait une chevrolet rouge vin) nous conduisait —23 juin rituel— au chalet de Pointe-Calumet en une heure et demi ! Un monde de 1940 à 2002. Mais rien à voir. Du bitume et de enseignes. Filons, filons…
Du temps d’oncle Léo, on examinait Saint-Martin, Sainte-Dorothée, Saint-Eustache et Marielle avait toujours envie de dégobiller ! Pauses obligatoires.
3-
J’ai terminé, en sautant de longs passages, le Eco de « Baudolino ». L’auteur nous arrose de « faits divers » historiques. Ennui. Umberto Eco, cuistre plutôt, installe un bavard conteur (le héros) qui narre tous les détails de sa vie tumultueuse du temps qu’il était un zélote de l’Empereur Frédéric…Constantinople assaillie, Byzance bafouée, des reliques (8 têtes de Jean le Baptiste !) des croisés mercantiles, des chicanes de palais…
Ah oui, l’ennui et toutes ces fictions qui s’emmêlent aux faits vrais. Pouah !
J’ai terminé aussi le roman —« Music Hall ! »— de Gaétan Soucy. Encore des passages à sauter tant le récit —du pauvre orphelin perdu— s’enlise ici et là. Hélas ! Il y a de la fantasy dans ce roman. Soucy a cru bon de fleureter avec Frankenstein, le docteur Jeckill et autres ténébreux docteurs, Moreau, Cagliari… Une poutine assez indigeste, merci ! Que diable allait-il faire dans cette galère ? Raymonde va s’y mettre et je ne dis pas trop rien (de ma déception) pour voir si elle éprouvera le même embarras.
Entre deux saucettes, j’attaque (!) le Finkielkraut de « La sagesse de l’amour », dogme, théories, expliquer l’inexplicable quoi…. et aussi deux courts livres de Gaston Bachelard. Je glane. En céramique j’avais essayé, à vingt ans, de m’abonner à ce Bachelard philosophe-psychologue des « éléments » : eau, terre, feu et air. Pas facile à décoder, oh la la ! Ça ne va pas mieux en 2002. Bouché en maths je le suis aussi en philo. Jargon trop souvent. J’avais acheté en 1950 « le lexique de la philosophie ». En vain. Réfractaire à jamais aux mondes de l’abstrait ? Sans doute. Tant pis pour moi ? L’intuition que ces jargonneurs vivent hors-la-vie. Un texte (de Lescure) admet ce fait —passer à côté de la vraie vie, inapte au réel— à la fin de ses éloges à Gaston-le-penseur. Pauvre Bachelard ?
4-
Samedi soir, Aile loue —enfin— ce « Iris ». Un film vrai. Sorte de bio stylisée. Il raconte Iris Murdoch —romancière, 26 bouquins,— qui sombre dans le mal terrifiant de ne plus se souvenir de rien. Son fidèle compagnon de vie —complètement désarçonné— raconte la chute. Aile –qui a vécu ce cauchemar avec sa maman vieillie— pleure un tantinet. « Je voulais pas louer ce « Iris » aussi » ! Mais le film est bref, mince même, sans pathos; il court à sa conclusion —prévisible— dès le début —avec retours en arrière bien peu explicatifs— sans donner assez de vie, de consistance à ce que fut l’existence de cette auteure, Murdoch. On n’a rien su de solide, hélas ! Des moments tragiques extraordinaires ici et là. Content néanmoins de l’avoir vu.
Vu à RDI, samedi, un document incroyable sur certains musulmans de Londres. Entreteneurs de haines. Militants mal planqués. Réservoir de « fous de Dieu, d’Allah, qu’on nourrit volontiers. Qui sont souvent sur le B.S. (avec parfois quatre fausses cartes) du « pays de toutes les tolérances ». Fameux bordel, oui ! Le grand respect des libertés (des Droits de l’Homme) fait que des activistes peuvent —sous les soutanes des Imans revanchards— s’allier à des terroristes ! On en a froid dans le dos. Excellent reportage, si rares partout.
5-
Dimanche, canicule effroyable, coup de fil de ma fille qui rentre d’Old Orchard. Elle se trouve en Estrie. Éliane me parle (de Sutton) d’excursions le long de l’atlantique, en vélo, avec son Marco, mon « web-maestrio ». Au nord, Pine Point (longtemps port aimé de la famille Tisseyre), au sud, Ocean Park.
Ma fille a revu la rue Fern où l’on louait une maison, logis que ses modestes habitants quittaient pour se retrouver dans les terres, loin de la mer, à Sacco ou à Bidderford, afin de ramasser un peu de fric l’été. Le couple revient en belle forme. Et moi, oui, je veux revoir la mer ! Téléphone justement de l’ami Dubois qui rentre de Corse, qui me dit : « C’est encore très sauvage ici et là et c’est vraie, c’est « L’Île de Beauté ». Il m’annonce qu’il se met à la recherche, via Interbet, d’un logis dans le Maine pour notre « Groupe des six ». Notre cher Ubaldo mort d’un cancer, fin du « Groupe des sept ».
Hier, j’ai badigeonné une glacière de bois et son vendeur à pince, la machine à laver -« sa cuvette en bois » comme tonneau de vin et son tordeur antique— machine primaire de ma mère quand j’avais cinq ans; aussi des fillettes jouant « à la corde à danser », jouet fréquent à dix sous, (moins cher qu’une cassette nintendo), ausssi un enfant-apache bien faraud, son arc et son carquois improvisé, toujours dans la ruelle, notre unique terrain de jeu. Jamais vraiment satisfait hélas. Je dois aller vite pourtant maintenant.
6-
Gala de la rentrée à la SRC et ce fut bien mené. Pour une fois un gala n’assommait pas. Un temps profitable —les pubs affluent hélas— pour montrer ses belles reliques que ce 50 ième anniversaire. Revu donc des machins d’un amateurisme épouvantable —tel « Le p’tit café »— mais aussi quelques images bien plaisantes. Un très amusant « Moi et l’autre » où la Filiatreault jouait « la défuntisée ». Pissant ! C’est le jeu des musées : du bon et du mauvais !
Je viens de décider d’y aller à fond la caisse avec mes barbouillages. J’y mettrai du crayon, des craies, des « feutres », du stylo à l’encre…De tout quoi. Oui, je dois me secouer et ne plus craindre …la liberté totale. Ce sera des ouvrages très « mixtes media » quoi ! Ça vient de finir. Courage l’amateur ! Pour le lancement des émissions « Tablo », on me demande d’apporter au chic Musée des Beaux Arts, une aquarelle encadrée, titrée, etc.
Je sais mon choix. C’est une tête bizarre, au crane chauve, surréaliste, tachiste, accidentelle, qui est au mur de notre chambre. Y mettre un titre ? Je trouverai. Il y aura donc expo des « sujets » de cette série « Tablo » ce jour-là. Mon Dieu, le Musée voudra-t-il me l’acheter pour ses collections permanentes ? Ah le rêveur nigaud que je suis !
7-
La Francine (de la rue Liège, dans Villeray) Lavigueur (!) suractive —bien que sortant d’une brève hospitalisation— me menace au téléhpone tantôt : elle sera ici, au chalet samedi. Elle verra donc, la première, ma cinquantaine d’essais graphiques pour son expo à des fins caritatives. Moi en généreux donateur…Pour son « Centre culturel-La petite patrie », dans Saint-Arsène et aussi pour « La maisonnée » de la nonne merveilleuse, Gagnon, dans Saint-Jean de la Croix.
Vu hier soir, Canal D, un autre de ces odieux documentaires filmés. « Vie et mort du petit parrain » —colonisé par New-York— Paolo Violi. Un « modeste » restaurateur rue Jean-Talon dans l’est. Les satanées « reconstitutions » Du bidon affreux. Insupportable !
Vu aussi ce « Bunker, le cirque », en phase un, de Dionne. Grave déception. Manichéisme sot. Dialogues niais. Caricature facile du monde des publicitaires et des fabricants de politiciens. On songe un peu au bonhomme Desrosiers, le « mon oncle Paul », derrière le Bourassa des débuts. Aux Simard de Sorel. C’est gros. C’est démagogique.
Plein de vieux clichés usés à la corde. Les stéréotypes convenus défilent. Du mouvement artificiel sans cesse (la mode en ces séries :bouge ou crêve ! ) pour camoufler des répliques-fadaises. Louise Marleau, en épouse rétive du candidat à la chefferie, avale de son « flasque » et fonce dans une vitrine ! Bedang !
Un « hook » sauce USA ? « On veut nous appâter hein chère Aile »? Elle : « Ah non, je suis pas du tout mais pas du tou, appâtée ! » Aile pas moins déçue que moi donc. « Si la tendance se poursuit »… nous aurons une autre série coûteuse (à nos frais via les Téléfilms) avec gros sabots, gros crochets à la fin pour ramener les méprisés à l’écran. Le générique de la fin n’en finit plus ! Une armée…pour camoufler —avec cette liste interminable— le fric des « producteurs-empocheurs- morons » dont parlait Fabienne e Larouche ?
Je m’ennuie de Tchékov à la télé de jadis. De Marcel Dubé aussi. Ces girouettes filmées avec dynamisme (par Houle), marionnettes obligées, pour des « répliques à punch » bien courtes, robots archétypés qui grouillent dans le vide, m’assomment. Cela dit, guettons la suite. Sait-on jamais ? « Oui, je crois aux miracles… », chantait Jen Roger et dans mes décors svp !
8-
Ce matin, store levé, j’observe nos deux couples de goéland bien blanc survolant le lac, ils font de lents ziz-zags mystérieux, planent, m’apparaissent et disparaissent —comme des traceurs aux codes secrets— dans mon grand tableau-fenêtre. Lignes codées, invisibles, dans la lumière matutinale. Hier, notre couple de tourterelles tristes —beiges, sables, ocres timides— s’installent sur la rampe de la galerie et roupillent. La beauté somnolente. Chaque fois Aile s’en attendrit et fait « chut, chut, Clo, bouge pas » ! Et je ne bouge plus d’un cil !
À l’horizon, déjà ? déjà?, cimes en rouges et ors. La précoce chronique montagneuse d’un automne annoncé.
« Demain, Clo, temps sombre et plus froid, même ce soir.. » Aile me fait dire au fond : « profite de ce soleil, cela s’achève ». Je descend enfiler mon maillot. Et ce sera :flouc ! À l’eau canard ! Et mon canard de « Canadian-Tire », imbécile plastifié, me fera des petits saluts de la tête.

Le jeudi 22 août 2002

1-
Ouf! Oui, « jours de pluie »…donc jour du diariste. Par où débuter…résumer cette absence du clavier ? Éliane, ma fille, arrivée ici lundi, vient de nous quitter. J’admire son courage : sous la pluie, tantôt, elle a tenu à aller se baigner longuement une dernière fois et y faire ses exercices dans la « nouille » de plastique. Elle nous a détaillé un tas de maux physiques qui l’accable et nous a paru pourtant , à Aile et moi, en forme splendide. Hier, je lu ai dit : « Eliane, ça serait pas la ménopause tout ça » ? Elle a répondu : « Oui, peut-être, ça se peut ». Elle jouit d’un appétit formidable, a un moral solide, est capable d’énergie rare. Alors ? Quoi qu’il en soit, son séjour m’a fait du bien. L’absence des trois garçons favorisait nos confidences. On a souvent jasé en tête en tête. Souvenirs communs, constats divers sur nos petites actualités, vagues projets d’avenir. C’était fameux. Un seul inconvénient : la fumée de nos cigarettes. Elle ne supporte pas. Le soir, Éliane elle se tenait un éloignée des deux cheminées, près de la moustiquaire. On en riait.
Mercredi midi, visite, avec Éliane — amateurs d’aquarelles, en faisant pas mal elle-même— à Saint-Agathe, pour visiter une modeste expo de l’aquarelliste, brillant technicien, lui, Jean-Paul Ladouceur. Sa fille, Johanne, était dans la petite galerie. Échange de souvenirs. J’ai oublié de lui dire avoir consacré un chapitre à son père-peintre dans mon « Je vous dis merci ». Elle me veut en préfacier —au moins, lui ayant dit que je n’avais pas le temps d’écrire la une biographie qu’elle planifie— pour un tel livre qu’elle veut consacrer à la mémoire de Jean-Paul. Je ne me voyais pas, paresseux, potasser des tas de documents ladouceuriens.
Le lac, à Saint-Agathe, est plus impressionnant que notre petit lac Rond. On a embelli des rues, on y trouve la panoplie des restaus et boutiques à la mode un peu partout désormais. C’était joyeux sous le beau soleil de ce jour-là. Chaque soir, promenade de santé dans nos alentours avec ma fille qui y tenait, qui me fit prendre la résolution de marcher davantage.
Vu à la télé, avant-hier soir : « Vertigo » d’ Alfred Hitchcock. Son chef d’œuvre disait la chronique. Oh la la ! D’une lenteur, d’un manque d’ellipses, un « presque navet » au fond. Basé sur un polar de Boisleau-Narcejac, il en sort une abracadabrante histoire. Seul la fin surprenante de l’intrigue —de ce lent et trop long film— reste valable…et encore ! Pourquoi surenchérir, sur-coter, ces vieux films d’antan…aveuglément ? Snobisme puant. Aile comme Éliane rigolaient ferme aux tournants, virages brusques, si peu plausibles de ce « Vertigo ». Et moi donc !
Avec ma fille, bref pèlerinage à mon ex-écurie de 1952 — 14 mois avant sa naissance— rue du Chantecler. Je lui parle du concierge de l’hôtel qui tentait de m’aider un peu. Il ne reste que le solage. « Tu parles beaucoup de ce Sainte-Adèle, cela t’a marqué hein ? », me dit Éliane. Et comment ? Au fond mon premier appartement, à vingt ans. Ma première vraie coupure avec la famille et la rue Saint-Denis; mon premier échec aussi. Ça marque en effet. Le lendemain, —y a-t-il un hasard— au dépanneur du coin, la fille du concierge Aubuchon m’apostrophe : « Ah vous ! Ma mère détestait que j’aille rôder dans votre atelier. Elle avait peur…de vous, de l’artisse, du bohémien ! » On a rigolé.
2-
Nous avions appris —source du « beau milieu », expression de Raymond Cloutier— avant tout le monde le suicide de la fille de feu Luc Durand, Émilie Durand. 22 ans, merde ! Aile : « Non, non, va pas mettre dans le journal, la famille est peut-être pas prévenue encore ». J’obéis. Samedi matin, c’est dans les journaux. Clairement. Avec le rituel : « Dons à « Suicide-Action ». Tombée du clocher de l’église de Baie Saint-Paul. Miserere !
Coup de fil de mon éditeur « trois-pistolets », le V.-L. B. « Salut Claude ! Bon :on garde un de tes titres. Ce sera : « À cœur de jour ». Final. Pour la couverture, cesse tes tourments, oublie l’illustration littérale du titre et fais-moi plutôt un de tes autoportraits donquichottien dont tu as le secret. Okay ? Salut ! »
Bonne idée. Je vais m’y mettre et la lance du « chevalier sans peur et sans reproche », à la joyeuse figure, sera une longue plume bien acérée ! Youpi! Délivré.
Rêve vraiment bizarre, extravagant, avant-hier. Je le résume très brièvement. Matin. Je suis avec d’autres (c’est vague : mes enfants, des amis, le passé, aujourd’hui ?) dans une cave bétonnée —la mienne, jadis, à Bordeaux, il me semble— il y a eu des…mulots, chauve-souris, rats, bêtes bizarres. (Écureuils ?) Le lieu est craint. On cherche comment nous débarrasser de ces « bébites de nuit » si encombrantes. Je vois des trous nombreux dans le solage (reste de l’ex-écurie). Aussi des blocs de glace…Soudain, qui descend le long d’un mur de cette cave, une assiette de cuivre, gravée. Je vois la corde de soutien qui défile ! Peur de tous. Fantôme ? Poltergeist ? Frissons de tous. Prudence. Petits cris. Recul des froussards. Brave, je m’approche et je lis un nom (inconnu) —Marcel ou Maurice… Briard ou Brodard… peint au bas de l’assiette martelée qui offre un portrait brossé vivement. Visage joyeux. Face comme hilare. Tête d’homme avec képi militaire. Soudain, juste à coté, fil mobile encore et c’est un masque de carton épais qui descend et s’arrête à la hauteur de l’assiette métallique. Même visage ! Stupeur de nos tous. Le nom peint au bas de ce masque : même fion grotesque. Ensuite, nouvelle surprise. Cris encore : un troisième objet sort du mur et se glisse le long du mur de ciment. Une petite huile sur toile, sans encadrement, le nom pas même séché encore à l’huile grasse :colonel M…B…Je peux pas lire clairement. Bouleversé par cet accrochage insolite, je veux calmer mes compagnons, —mes enfants, mes petits-fils, je ne sais trop— je dis : « C’était ça. C’était lui. Un esprit en difficulté. C’est fini, regardez. En effet, les trous sont frais cimentés et la glace a disparu. Les trois portraits remontent au plafond, disparaissent. Je récite un pater, je ne sais plus les mots, alors je récite un ave… Soleil luisant dans la cave redevenu normal. En sortant je dis à Marco (qui est à mon côté ?) : « Je regrette. J’aurais pas dû… ces vieilles invocations, non, j’aurais pu improviser mieux, faire une « prière aux morts » plus personnelle. Marc me dit : « Oui, c’est vrai ! En effet ! » Réveil.
3-
Mardi et mercredi, ma fille heureuse, en vacances totales, baignades sans cesse et, hier, visite au rivage d’une amie d ‘Éliane, Danielle P. venue du Rang 12. « Regardez ce que je vous apporte, m’sieu Jasmin. Vous aviez parlé des « croquettes » mangés au collège Grasset à chaque récréation, votre « régal », disiez-vous. J’en ai déniché une de vos chères croquettes ! » Elle me le lance ! Vite, j’y goûte. Je l’avale toit rond. Miam ! Rien de changé. On a ri. Il nous reste ainsi des goûts anciens qui ne s’oublient pas. Ce petit gâteau « Stuart », le « Croquette » — « Mae west » pour d’autres— pauvre consolation dans « la prison » obligée des « bons pères ».
Dimanche soir, location du dernier film de Godard : « Éloge de l’amour ». Arès quelques navets imbuvables, nous avions mis une croix pour longtemps sur ce « chercheur » aux navrante trouvailles. Dimanche, on se disait : « un dernier essai, il a changé, évolué, peut-être. Non, c’est plus assommant que jamais. La « recommandeuse de vidéos » de La Presse, la Sarfati, bien snob, bien jet set, craignant, mondaine, de passer pour une demeurée, y allait d’un « trois étoiles et demi » ! La niaise intello désincarnée ? J’en doute. Plutôt la timide timorée intimidée. Un récit obscur, une machin sans queue ni tête. D’une prétention d’imbécile, d’un ennui constant et total.
Raconter encore mon histoire : « Une fois c’t ‘un gars… devant l’entrée d’un club « pour intellos seulement ». Le portier lui dit : « En êtes-vous vraiment un ? » Lui : « J’ai aimé « Éloge de l’amour » de Godard ». Le portier ouvre aussitôt : « Entrez, entrez vite »! Aile vraiment écœurée —qui aime bien pourtant les histoires compliquées à la « Mulholland Drive ». Cette fois, comme moi, elle jure que Godard c’est terminé. À jamais. Elle me ramène un Godard et je divorce. Euh non, on est pas encore mari et femme !
Le peintre « automatique » Pierre Gauvreau ( aussi auteur de « Le temps d’une paix, « Le volcan tranquille ») à la radio du matin avec Dussault : « Les marchands de soupe ont envahi la télé ». Vrai et pus souvent que souvent.
Éliane nous raconte l’organisation d’un anniversaire pour son benjamin, Gabriel. Une douzaine (12 !) d’amis. Garçons et filles. Toute une soirée de fête, une nuit aussi et le lendemain ça continue rue Chambord ! Oh la la ! Tas de repas, de collations, jeux, min-orchestre, voisins ennuyés etc. Fatigue terrible. Aile écarquille les yeux et voit mieux à quoi elle a échappé. Ouf et re-ouf !
4-
Lundi, départ pour monrial. Fête rue Saint-Denis, à l’école de théâtre, pour le 50 e anniversaire de fondation de « La Roulotte » des parcs. Paul Buissonneau très applaudi, félicité sur toutes les coutures. Il est en pleine forme. Il pète vraiment le feu tout en allant vers ses 80 ans ! Rencontres merveilleuses des anciens camarades : Clémence, Sabourin, impossible de les nommer tous. Évidemment évocations sans cesse. Souvenirs, souvenirs. Nostalgie inévitable. Et cette École, ex- terrifiante antre de jadis. Nos parents, des voisins : « Continuez, petits vauriens, à casser des carreaux (ils disaient « des vitres ») et on va vous faire renfermer à l’École de réforme » ! Nous savions que c’était à quatre coins de rue de la rue Bélanger cette horrible prison des enfants où on fouettait, on torturait ! Notre frayeur alors, on restait tranquille deux ou trois jours.
Après la joyeuse fête, souper à « La Moulerie » avec P.-J. Cuillerier. J’aime ce camarade d’Aile. Il n’est jamais ennuyeux. Sa faconde est inépuisable. Il est brillant, il me stimule. J’arrête, je me souviens qu’il m’a dit « nous tenir à l’œil » via ce journal qu’il lit fidèlement. Bon, disons qu’il n’est pas « si fin » que ça.
Chemin Bates, lundi soir, constatation : le trou s’évase. La pelle « pas à stime » se fait aller la mâchoire. C’est maintenant un très, très grand trou. Le futur bloc de condos, huit étages, sera bien assis. Le bruit incessant dès mardi, très tôt. Les saletés partout. L’horreur. Nous déguerpissons vite de là. Que font ceux qui demeurent au « Phénix » tout l’été ?
Le beau cadeau envoyé par Manon A. Vieilleries précieuses. Elle m’a posté deux volumes du journal de Julien Green et un de Mauriac, sans doute déniché à ses « puces » de la Rive-sud de Québec. J’ai commencé le 1940-41 de Green. Il s’est sauvé aux USA, chez lui. Il en souffre. C’est un amoureux fou de Paris, de la France. Chaque entrée offre de profondes réflexions sur le destin, la vie tourmentée, l’angoisse métaphysique. Il plane au-dessus des réalités contingentes, ce que moi je ne fais pas bien entendu. Je suis donc privé constamment d’informations sur sa vie réelle, son existence « de chair et d’os ». C’est un romancier d’antan —que j’ai tant aimé, je l’ai déjà dit—, du temps que j’appréciais tant les âmes torturées, sauce Mauriac. Plus tard, Dos Pasos, Hemingway, Steinbeck, Caldwell me soignaient à jamais de ce besoin un peu… disons, judéo-chrétien. Trop.
5-
J’ai lu, en vitesse, le bouquin, écrit à la va-vite, de Claude Jodoin (« Mes aveux… » Quebecor, éditeur) qui fut le Michel Auger de son temps au même « Journal de Montréal », qui se lia avec Claude Dubois et ses frères en banditisme. Un jour, remords le titillant, il passe indicateur de police. Cette lecture éclaire beaucoup les affaires actuels avec Maurice Boucher et ses bandits à moto. Dame Justice en attrape pour ses grades. Le Jodoin finira en une prison atroce : chaque jour, cachette découverte, dit-il, risque d’être son dernier. Une « balance » le sait fort bien. Il affirme que sans eux, les délateurs (« haïs par tous » souligne-il !), il n’y aurait jamais —mais jamais— procès des « chefs » de mafias puisque ceux qui règnent sur les commerces interlopes savent « se couvrir ».
Pour me changer de la crasse morbide des tueries en série du clan des Dubois, j’ai lu « Les détectives de la santé », par Jacques Drucker (Nil éditeur). Une crasse différente. On y découvre le horreurs microscopiques ( virus, bactéries) qui répandent les infections, les épidémies. Du « vieux » Sida à cette effrayante contagion actuelle via les moustiques (du Nil occidental). Instructif en diable mais…on devient nerveux. On craint la nourriture même inspectée et on a envie d’aller vivre dans une bulle. Bon, Drucker affirme : « nos systèmes immunitaires se battent sans cesse et gagnent le plus souvent ». N’empêche de savoir qu’il y a des milliards de bactéries qui résistent tant bien que mal dans notre organisme donne froid dans le… ventre, c’est là surtout, dans nos intestins que se situe l’arène de lutte perpétuelle !
Je commence deux romans, un de Stanley Péan : « Zombi blues », plein de zombis rôdeurs sous Duvalier en Haïti et un du très érudit macaroni, Umberto Eco : « Baudolino ». Les finirai-je ? C’est une autre question. J’aime bien essayer » un livre. Eco m’énerve déjà, je déteste l’érudition (qui n’a rien à voir avec la culture) et encore d’avantage ceux qui l’étalent à pleines pages.
À RDI —quand il font une pause en fédérastie appliquée » avec leurs actualités coast to coast— présente de bons documentaires. L’autre soir, un colonel, Braun de son nom. Fgrandis et partis. Il devient un gourou. Dans l’aile des « charismatiques ». Commune organisée. Il sermonne. Il « impose les mains », il parle en langues. On voit une de ses fidèles qui s’étend au sl en tremblant, prise de fou rire ! Braun dira : « c’est l’onction de joie », c’est fréquent ! Tu parles ! Enfants stupéfaits. L’un dira : « Au fond, ils se sont fabriqué une nouvelle famille, ayant perdu la vraie. » Oh ! oh ! oh ! Les voies du Seigneur (oh Lord !) sont variées hein ? Bon docu. Très bon.
6-
Bref songe : nous sortons d’une fête clinquante. Trop de monde. Plein de mondains snobs. Fusses rencontres. Façades et vains propos. Trop de vin bu. Nous nous retrouvons, Aile et moi, sous le Stade Olympique. Logement exigu, de béton armé. Affreux réduit de quatre pieds sur huit ! On étouffe. Aile désolé, muette, embarrassée, moi honteux, découragé. Déçu. Ça parle dehors de complot, de crise, de menaces nucléaires à venir. Nos vivons comme des homes de caverne. Privés de tout. Bizarre cauchemar non ? Ça vient d’où ? La Roulotte ? Le film de Godard ? Sais pas. On sait pas. Comme j’aimerais comprendre le symbolisme des songes. Y en-a-t-il un ?
Dubé à la télé d’antan : « La meilleure pièce de Tremblay ? « À toi pour toujours ta Marie-Lou ». Pas loin d’être de son avis. Lui, sa meilleure ? « Un simple soldat », dit-il, ma plus forte, je crois bien ».
Dans le Godard tout de même, un petit passage un peu plus clair et où je retrouve le débat que je tiens : « Ne jamais dire les Américains quand on veut parler des citoyens des USA ». Un personnage tient le même langage que moi. Ma surprise. À la fin de cette séquence : « Quoi, alors quoi, les citoyens de votre pays n’ont pas de nom ? Américains c’est aussi vrai pour les Canadiens et les Mexicains. Vous n’avez donc pas de nom, c’est inouï ça » ? Plaisir furtif.
Ce soir, hâte, avec Bernard Rapp —qui va s’améliorant— à « Les feux de la rampe », Anouk Aimée. Pour une fois le Cauchon du Dev l’annonce dans son « Choix ». Bien. Était temps !
Un comique vante Toronto et démolit sa ville natale. On s’empresse d’imprimer ça sur cinq colonnes hein ! Racisme inverti, un virus solide. Ce jeune diplômé trouve un job bin payant à Toronto, ça arrive partout en Allemagne comme en Angleterre, et le voilà vantant Toronto « La » salvatrice. Si un gars de Toronto se déniche un bon job à Montréal, ira-t-il brailler à Toronto qu’il n’y a que Montréal pour les chercheurs d’emplois ? Non mais… Il est venu faire son tour, il adore tant Montréal, il aimerait tant y revenir, il a revu de ses amis diplômés comme lui et…chômeurs. Hon ! Or, les sondages le disent tous : ils se créent au Québec plus d’empois qu’ailleurs au Canada depuis quelques temps. Un menteur. Non, un petit malin qui sait qu’on va imprimer son lamento chez Gesca-Powers and Company. Ma fille nous a raconté la « belle vie » d’un couple d’ex-amis, deux urgentologues du Québec, instruits ici à nos frais, qui s’enrichissent rapidement en Pennsylvanie, à Pittsburgh. Grand bien leur fasse, non ? Certes, ici, ils auront de moins bonnes gages. Là-bas, s’ils tombent malades, ils vont en baver et en cracher un coup. Un risque. Liberté pour tous quoi ! Ce couple a choisi et ne viendra pas baver sur le Québec. L’exil chez les Amerloques ou en Australie, un choix. Point final. Je sais que je ne pourrais pas vivre, pas une seule année, aux USA. Pas même six mois, pas deux, pas un seul. Mon choix. Il n’y a que la France…et encore. J’aime trop mon pays, je reste. Et puis il est bien tard…
7-
Coup de regard à ma fenêtre. Classique, à l’heure de la soupe, Sainte-Adèle s’illumine même le jours de pluie. Sortir ? Oui. Aller à l’école Bouffe, ré-ouverte depuis une semaine ? Non. Les débutants doivent se fortifier. Et les sauces riches, mmm !
Dans le « Ici », Robert Lévesque déboulonne l’Ionesco et aussi le Cioran. Que dirait-il d’Adamov viré à droite-toute ? Nos deux héros littéraires fleuretaient abondamment avec les fascistes au début de la guerre. Découverte au mode « passé trouble » par Laignel-Lavastine qui publie « L’oubli du fascisme » (PUF éditeur, 550 pages). Je comprends mieux l’énervement des Cioran quand ils lisaient le mot « nationalisme ». Pour tous ces défroqués du fascisme, le mot, était tabou. Incarnait le mal. Ils oublièrent le nationalisme moderne, celui de la décolonisation, le nationalisme moderne, actuel, qui n’avait rien à voir avec leurs péchés de jeunesse quand ils admirèrent en nigauds confus le nationalisme des Mussolini et des Hitler —comme celui, ici, ici, de nos Chemises Brunes du chef Adrien Arcand et certains curés, évêques englobés, du genre, tiens, du papa de Jacques Lanctôt dont il parla volontiers avec Dussault l’autre matin. Bref, un autre bon article de Lévesque. Et un livre que je veux trouver.
Voilà le soleil; « Here come the sun… » chantait The Beatles. Je sors le dévisager sur la galerie et vite.

Le dimanche 4 août 2002

1-

Un dimanche mat. Ciel bouché. La blancheur intimidante, annonciatrice de pluies. Il a fait si beau ces derniers jours. Oh (oui) les beaux jours, monsieur Beckett ! Hier, un samedi parfait. Éliane, ms file s’amenait au chalet avec mon Marcogendre et le grand Laurent (il pousse à vue d’œil mon cher cégépien d’Ahuntsic !). Baignades à répétition sous ce beau soleil. Du vent. Marco sort une de mes planches à voile pour initier son gars. Tout de suite, Laurent saisit les astuces du véliplanchisme. On ira chercher au garage d’en bas le benjamin (qui rentrait d’un camp de vacances chrétien de Mont-Laurier tout ragaillardi. Gabriel retrouve donc son copain (un voisin), William (habitant du 3 e arrondissement à Paris) dont la maman va rentrer de France bientôt. Hier, William dit : « J’ai su par Jacob (fils du voisin Lagacé) que vous écriviez des livres. Je lui donne une « Petite patrie-en-poche. Dédicace. « Merci, merci monsieur ». Il dit : « Je vais commencer à le lire ce soir ». Alors hier matin, au rivage : Épis, as-tu aimé ta lecture ? » Il fait : « Oh oui, beaucoup m’sieu » ! Riant, je dis : « Sur une échelle de 1 à 10, tu me mets combien William » ? Sa réponse polie, il jongle un instant : « Euh…Neuf et demi » ! Le gentil garçon et… j’ai honte de moi.
Sortie des cannes à pêche, en fin d’après-midi pour Gabriel et ce William… et un achigan en sort. Et des crapets, aussi de la mini- perchaude. Clic, clic ! Photos par Laurent. Aile offrait des trempettes et s’en allait ensuite voir au souper. Ce groupe-des-six jasera ad lib sur la galerie en dégustant fraîches laitues —le « dressing » expert d’Aile, yam !— et hamburgers bien cuits sur le barbàqueue (oh vache folle !). Vin rouge et coke diète. Enfin de ce bon gâteau (sans glaçage sucrée) dont Aile a le secret.
Avant le départ, expo-minute de mes essais graphiques en cours. Marco, mon web-maestro, et ma fille, bien admiratifs. Ils sont très stimulants. Laurent et Gabriel aussi. Ma foi, je me trouve « pas si mauvais » que je croyais. Marco en prend « pour, dit-il, « scanner » pour mon site web ». N’y connais rien. Confiance. Faut dire que je suis fier de mon « guenillou plein d’poux » et sa barouette à cheval.

2-
Dodo ? Aile poursuit le Bouchard saguenayien et je lis du Rimbaud car j’ai installé le célèbre voyou de Charleville, Arthur —et Paul (VerLaine)aussi— à mon chevet. Ce « Coffre de cèdre » de Mac Donald m’échappera, l’ayant abandonné il y a si longtemps, il faudrait que je recommence ma lecture pour m’y retrouver dans son fatras de personnages. Je dérange Aile pour lui lire des bouts exemplaires de la prose rimbaldienne. Oh le génie ! Téléphone tard : Éliane a oublié les bagages du campeur Gabriel dans ma Jetta. Demain matin, un ami, Mario-Paquette-l’architecte (du 12 ième Rang ), qui doit « descendre », viendra chez nous récupérer tout ce stock. Je lui donnerai un exemplaire de « Papa papinachoix » pour le remercier du dérangement.
Mercredi, le jeune réalisateur La Frenière (pour « Tablo » à Artv) me courriellise. Il me remercie pour l’hospitalité et est fébrile devant « beaucoup couper » pour son montage de… 8 minutes ! Je lui quête le vidéo sauvage « au complet » pour mes archives. Pour ma bio du Canal D, chez Béliveau Inc, on avait accepté de me donner les « chutes » des enregistrements. Il me quémande —à moi et à Aile l’ex-réalisatrice— des échos « après diffusion » me disant (comme il a raison !) qu’il y a peu de « feed-back » dans le métier (rétro-réactions).
3-
Je lis le Gilles Courtemanche à succès : « Un dimanche à la piscine à Kigali », prêté par mon voisin Jean-Paul. Pas un bien bon roman, il est journaliste —longtemps efficace « grand reporter » à la SRC— et cela (pour mon vif plaisir) lui fait farcir son roman de documentation réaliste sur ce Rwanda en sang. Courtemanche, dans Outremont comme aux Salons du livre, me bat froid, « ne me voit pas », tel un Hassidim, sans que je sache trop pourquoi. Mépris du « romancier populaire » ? Je dois dire qu’il n’est pas du genre (son droit) à se mêler aux camarades en écriture. Ce « Dimanche à la piscine.. » est d’une cruauté terrible face aux fonctionnaires en tous genres qui s’offrent « jardinier et cuisinière, indigènes bien tournées, le tout —vains bureaucrates satisfaits— aux frais de l’ONU, des bouts que j’aime beaucoup évidemment. G.C. écrit : « La France : suffisance, le Canada : innocence, les USA : ignorance ». Il réussit excellement, via l’histoire d’amour de Bernard Valcourt (son héros québécois venu installer la télé sans y parvenir), à illustrer cruellement l’effrayant massacre des « beaux » Tutsies minoritaires par les Hutus racistes et nazifiés (depuis la petite école).
N’empêche, cet ex-reporter de télé, payé par Ottawa, dans un programme-ONU, (on songe à André Payette —ou Pierre Castonguay— qui alla en Afrique), entché du merveilleux « physique » d’une « petite jeune » serveuse indigène de son hôtel-à-piscine (le « Mille-Collines ») est bien faible. Il fait l’éloge de la beauté physique avant tout. Il fait du héros (divorcé ) une sorte de voyeur (et consommateur de chair fraîche) plutôt pathétique. Pas très humain. Pas attachant du tout. C’et , ensime, une harlequinade : au début de l’idylle, la « pauvre jeune beauté noire » songe à l’exil salvateur avec son « Blanc instruit » venu du confortable Canada.
J’ai donc sauté des passages —d’un érotisme convenu— pour lire avidement sur les tenants et aboutissants de ce « très » épouvantable génocide. « Ils n’avaient (les Hutus déchaînés) pas les moyens des fours à gaz, c’est tout », écrit Courtemanche. Ce sera donc « à la main », à la machette, les empilements de cadavres mutilés, violés, le long des routes —à tous les carrefours— du Rwanda.
4-
À T.Q. ce mercredi, étonnant documentaire sur une vieille dame d’un petit village italien qui tient absolument à retrouver son frère et sa sœur, orphelins pauvres, vendus par des curés à des adopteurs étatsuniens vers 1950, après la guerre. Elle questionne les autorités cléricales : « omerta ». Une maffia ensoutanée. Mais elle s’entête et avec l’équipe du film ($), part pour les USA. Recherches. Péripéties. « Omerta » là aussi chez des curés « oublieux » culpabilisés.
Retrouvaille enfin ! Chocs émotifs terribles, on l’imagine. 35 ans passaient ! Un bon film. Étrange : hier, Éliane et Marco me parlent d’un Italienne rencontrée à leur église (baptiste évangélique) qui, elle aussi, fut victime de ces « catholiques » ventes d’enfants. J’ai raconté ce film. Le monde, oui, est tissé serré !
Enfin, on a vu (loué) « La pianiste » avec Isabelle Huppert, très primé à Cannes. Mystère ! Mon correspondant de Concord, G. Tod, avait bien raison : un film débile, un film racoleur, sans logique, avec une fin ratée. Une sado-maso toute déboussolée, prof de piano, cherche à se mutiler de toutes les manières. On a juste envie, dès le début de ce navet, de crier : « Appeler le 911 de Paris, c’est urgent ». Critiques louangeuses pourtant et ces « prix cannois », il y avait, cette année-là, des jurés morbides complaisants. On sait bien que la mauvaise santé mentale fait des ravages chez cette jet-set ultra-mondaine, ici comme ailleurs.
Correction : c’est une autre —celle au « distinguo »—, pas Gisèle Halimi, dans une gazette, qui acceptait la prostitution au nom de la liberté (des malheureuses démunies).
5-
Vendredi soir, Tommy Lee Jones (« Man in black ») est le 35 ième invité de Lipton à Artv. Son papa a un contrat —en Lybie pour le pétrole, avant Kadhafi et ses fermetures aux USA. Au secondaire alors, Jones refuse de s’exiler. On l’installe dans un pensionnat utra-prestigieux (à Houston ?). Cette école riche est une « porte-ouverte » ensuite pour une université chic de New-York. On l’inscrit. Il y découvre par hasard le « jeu »…celui du théâtre et s’y mettra. Il a du talent aux théâtres de New-York, du succès mais… il apprend qu’on lui refuse de bons rôles parce qu’il n’a pas « un gros nom » L’affiche de Broadway en a besoin. Pour le fric ! Alors, il part pour Hollywod se faire « un gros nom ». « Et puis, chose faite, je ne reviendrai pas dans l’est », dit-il, sourire en coin. Un ton sec, Texan oblige ?, un débit difficultueux (ex-bègue sans doute). Un peu sosie de notre Lalonde, acteur et romancier, Jones répond intelligemment aux questions avec une sorte de terreur : sa difficulté à parler !
Lipton : « Du côté de votre mère il y a du sang Commanche, non ? Lui : « Non, pas du tout. Cherokee. » Lipton : « Bon, bien, c’est de l’Amérindien, non ? » Lui : « Attention, Comanches et Cherokee c’est aussi différent que Français et Chinois ». Étonnement partout. Comme le paralysé Christopher Reeve (correction : pas de « s »), les chevaux sont sa passion désormais. « Oui, je trouvais le tennis ennuyeux (!) et le golf ça restait une affaire de riches à mes yeux ». « Le cheval est le plus beau des mammifères », s’écrie-t-il. J’ai alors songé aux misérables canassons (percherons ?) des voitures du laitier ou du boulanger, des maraîchers ou du regrattier de mon enfance. Bêtes que je tente d’illustrer ces temps-ci. Mammifères bien peu esthétiques Mister Jones !
6-
Hier matin, samedi, songeries —je compose des images d’illustrateur—, rêvasseries au bord de l’eau. J’oublie mon petit carnet de notes à « journal » qui me suit dans la maison. Je m’échappe sans cesse de mon devoir d’aquarelliste, je songe à cet anarchiste « des marais » Henri-David Thoreau (qui inspira un Gandhi), celui du « gouvernement qui gouverne le moins est le meilleur des gouvernements », ouais ! Vrai quand on songe aux bureaucraties énervantes pour tout libertaire mais si faux quand on souhaite, comme moi, une justice sociale, redistributive, pour les malchanceux du sort, les démunis, les « ceux qui ont pas eu la chance de s’instruire », les « ceux qui sont nés avec un quotient intellectuel déficient ». Alors oui, je consens volontiers « à taxes et impôts » et tant pis pour ce maudit lierre épais des fonctionnaires tatillons. Je mourrai socialiste. Et déçu.
Sylvio LeBlanc (mes chères « lettres ouvertes ») dit juste. Pourquoi tant de doués en musique populaire refuse-t-ils de choisir les mots de nos meilleurs poètes.
Ils devraient imiter un Léo Ferré, par bon exemple, qui a su dévoiler aux foules Baudelaire, Verlaine, Breton, Éluard, et qui encore ?, avec ses chansons. Charlebois a fait un beau Rimbaud. Et puis plus rien hélas ! LeBlanc juge (lu aussi) si débiles, si pauvres, tant de paroles niaises sur des musiques réussies.
Samedi matin, le Dev, Courtemanche narre d’excellents souvenirs de fêtes modestes en Bretagnedu sud où il avait séjourné. Il souhaite qu’au Québec l’on s’y mette davantage. Si vrai. Ici, le 24 juin, il y a eu une de ces « fêtes au village » très modestes. Ravi d’y avoir croisé des jaseux qui racontaient de formidables souvenirs. C’était tout simple, humain, d’une convivialité familière, et bien chaleureux.
Aile suivait avec passion les jeunes téléastes de « La course… » à Radio-Canada. On voit bien qu’il en sorti de fort talentueux jeunes talents au cinéma québécois de maintenant. Un certain Trogi —qui fit « La course… »— vient de signer un film —« Québec-Montréal »— cocasse et qui semble faire florès. On a mis la hache —coupures budgétaires !— dans cette glorieuse jeune « École ». Un désastre, non ?
Sartre préférait Honoré Balzac à Marcel Proust. Hon ! Il dira sur le fameux Marcel : « Un esthète compassé ». Hon, hon ! J’appludos. N’ayant jamais pu continuer sa « Recherche… », j’applaudis le vieux « coq-l’œil » de Saint-Germain-des-Prés. Je préfère Louis-Ferdinand Destouches, alias Céline.
Lysiane —fédérate— Gagnon rigolait samedi et c’est rare tant elle fait des boutons à fesser les indépendantistes. Je lis : « Il n’y a plus que les prêtres et les homos pour tant souhaiter le mariage ». N’y a-t-il pas des notaires partout pour rédiger des contrats d’union entre individus ? Et des testaments ? La loi Bégin garantit les droits des homos —le mot « gay » est interdit chez moi tant ce vocable (amériquétainerie)— est sot— et c’est justice. Mais c’ est trop peu : le ghetto-homo militant réclame « plusse » :le mariage en règle, le vrai, le normal, l’ordinaire, le total, le gros mariage à l’ancienne ! Non mais…
7-
C’est quoi cette guerre cachée, tue, camouflée, niée, en Tchétchénie depuis 1999 ? C’est 1,000 indépendantistes actifs —« foin des fédérations forcées »— face à 70,000 soldats russes bien équipés ! Il y eu une première guerre anti-souverainiste (menée par Moscou) en 1994-1996. Le nouveau KGB, baptisé FSB, crache du fric pour infiltrer les nationalistes, déniche des délateurs de « patriotes ». Le sang coulait hier, il coulera demain. L’ONU se tait (se terre), comme pour le Rwanda où l’ONU —tout comme les paras belges, allemands, français—)savait fort bien ce qui se tramait (lire : « Un dimanche… »). Comme pour Israël. La Russie, pays démocratique et souverain n’est-ce pas ? Washington-le-pentagone-la-CIa est aveugle. Laissons-les s’entretuer. Bush a besoin de Poutine, oui ou non ?
Alain Stanké a fait ses adieux d’éditeur dans La Presse. Il résume sa longue carrière et a bien raison de son satisfecit. Il qualifie —énumère— ses bons coups, ses auteurs. À mon nom, je lis : « le brillant Claude Jasmin …. » Hum ! Ça peut être péjoratif non ? Brillant comme dans superficiel ? Parano le bonhomme ? J,sais pas, j’aurais préféré, tiens, candide, naïf. Oui oui !
Un autre qui barbouille ? Oui. L’acteur André Montmorency. J’aime bien tous ces « amateurs » à « violon dingue ». J’en sais les bonheurs. À Sainte-Agathe, une vaste expo : des centaines de noms. Plein d’inconnus du public. Pis ? Démonstration que peinturlurer est un besoin souvent. Une quoi ? Une porte ouverte sur la liberté. « Une thérapie », disent plusieurs. Oui, oui, pis ? Un monde hoirs du rationnel, comme la musique, une pace accordée aux sentiments, aux émotions. Hier soir, je lisais dans mon Rimbaud qu’il abandonnait, adolescent, la poésie ancienne, celle des raisons raisonnables, des buts louables, des idées nobles (Banville et Cie), il cherchait des…sensations. Des illuminations. Ainsi de la peinture, à des degrés fort variables cela va de soi. J’irai à Sainte-Agathe.
Aux actualités hier soir : « Montréal devient une des capitales du tourisme…gai ». Bravo ? Bravo ! Ces célibataires (pour un très grand nombre) sont d’excellents consommateurs et le fric répandu est bienvenue ! Pour le fric-à-touristes —subventionnons, tous, nos restaurateurs, nos hôteliers :jobs, jobs !— il y a l’humour, le jazz, les francos —souvent anglaisés—le cinéma, la parade homo, et quoi encore. Vite, si vous avez une idée, correspondre avec le Ministère-Tourisme. À Toronto, comme ici, joyeux défilé antillais ! Les Caraïbes dans nos rues ! Est-ce qu’aux Antilles, —Jamaïque, Trinidad et Tobago, Martinique ou Guadeloupe— l’on organise une fête nordique —voire arctique ? Une fête des neiges ? Avec chiens-loups, traîneaux et iglous, avec tuques et foulards multicolores, grattes et pelles, avec une grosse souffleuse toute décorée ? Eh maudit qu’ils pensent donc pas au tourisme dans ce sud-là hein ? On nous montre des travestis en folie et on entend l’animateur tout guilleret : « C’est merveilleux, formidable, on dirait que la ville leur appartient ! » Sa taire. Un mot de travers et c’est l’index —bien « correct »— braqué sur vous : « intolérance ».
Oh, oh ! Aux nouvelles d’hier encore : « Moins d’émigrants —sortez des terres occupées, ça ira un peu mieux M. Sharon— en Israël et les Palestiniens font davantage d’enfants que les Israéliens (orthodoxes) » ! Danger flagrant de minorisation. Peur ! Campagne de l’État très inquiet là-bas pour faire s’accoupler —ô mariages, mariages !— les jeunes célibataires. M’sieu Sharon, ces fertiles Arabes, pas moyen de les stériliser, non ? Vous y pensez ? Vos chars blindés en Cisjordanie, distribuant des tas de capotes, non ? Il trouvera c’est certain.
Quoi litre maintenant ? Hésitation : des nouvelles de Shlink (dont j’ai tant aimé « Le liseur », ou Dolce-Huston, son repas de bourgeois très arrosé, avec elle-même-narrateur-Dieu-le-père qui conduit ce bal des gourmets ? Je verrai.
8-
Ce matin, lecture sur le… mandala, sauce bouddhiste. Une planche et dessus, du sable coloré distribué pour former une abstraction. Tu t’assoies devant et tu médites. Puis tu vas jeter ça à la rivière. Papa faisait-il cela avec ses tableaux au sable dont j’ai quelques modèles. Lui, le jongleur perpétuel. C’était avant son essor fameux en céramique naïve. Papa ne jetais pas son mandala friable, non, il le vernissait pour qu’il soit durable. Parant « papa », ce matin, Stéphane Laporte (La Presse) raconte bien « l’été, le soir, le balcon, la canicule, l’enfant (lui) qui peut veiller tard ». Laporte devrait faire éditer tous ces beaux —parfois savoureux— morceaux sur son enfance proche de la rue Décarie —il y revient assez souvent— et titrer : « La petite patrie de Stéphane ». Il y aura un jour cent, mille « petites patries » ? J’en serais ravi le premier. Même canard du dimanche : mon éditeur —et prolifique auteur— c’est son tour, est dans les devinettes du jour. Je lis : « Auteur né le 2 septembre à Saint-Paul de la Croix ». Ah ! Saint-Jean de Dieu viendra donc après ? Et puis, jeune ado, ce sera Montréal-Nord —« Race de monde »— à quatorze (14), douze rejetons dans un 4 et demi » ! Je n’en reviens jamais, je lui ai dit, de ce fait.
Canular ? Roger Drolet, le « preacher » laïc (pas tant que ça !) de CKAC et du cinéma Château a accepté de faire « Juste pour rire » l’été prochain. Je peux, si c’est vrai, lui garantir un fort bon succès.
Correction : Marchaudon et non Marchildon, la modeste et dynamique libraire qui jette son tablier, rue Laurier.
9-
Philippe Moreau, monomaniaque des lettres ouvertes ? —comme moi avant l’exutoire merveilleux du journal— réplique solidement au Arseneau qui, récemment, « plantait bin raide » tous les jeunes pèlerins réunis à Toronto. Il le traite de rien de moins que : « nouvel inquisiteur ». J’ai croisé sur la route-médias un laïciste forcené de cette trempe. Un petit tonneau du nom de Baril (!), présidant outremontais d’une ligue… d’inquisiteurs athées à masque de « droits de l’homme ».
La brève prière —assez neutre au fond— aux assemblées de l’hôtel de ville le rendait malade. Son acharnement à interdire ce moment de réflexion spiritualiste me fit le traiter à TVA —­la langue dans la joue, hein— de belzébuth ! Il en resta interdit un moment craignant peut-être que je sorte de ma poche un goupillon pour l’ arroser d’eu bénite. Quand j’ai défendu les crucifix chez le maire Gérald Tremblay, même émoi chez ces énervés.
Même si la majorité des nôtres désormais n’est plus « pratiquante » toute notre histoire —notre culture— (montréalaise en particulier) est tissée par les dévouements des Croyants —religieux et laïcs— qui fondaient Ville-Marie. Réalité incontournable. J’avais dit (à TVA encore) : « faut-il vite aller déboulonner le grand crucifix de métal sur le mont Royal » ? Depuis silence chez, oui, Philippe Moreau, les nouveaux inquisiteurs.
Oh le bon « papier », mercredi ! Signé par la jeune Rima Elkouri : « Il faut toujours se méfier des vieux », phrase prise au vieillard alerte, Henri Salvator (85 ans). Elkouri, comme tous ses collègues, séduite par « l’ancêtre » venu de Paris, note : « …nous qu craignons tant le passage du temps ». Ce même jour, un vieux verrat est en prison ! Chaque jour, il vidait de ses sous et de ses cennes —avec deux comparses— la fameuse « Fontana di Trevi », à Rome. En voilà un grippe-sous, littéralement. C’était, dit l’agence de presse, un revenu dans le 15,000 $ par mois. Non imposable ! Rome ramassait des miettes —prudent Roberto Cercelletta— pour donner à ses pauvres. Pour gagner plus de 150,00 $ par année, Roberto devra travailler dur quand il sortira de sa geôle. Souvenir : en 1980, au détour de rues et de venelles, Aile et moi, tombons sur la fontaine surchargée, immortalisée par Fellini (« La dolce vita »). Notre déception. On imaginait une vaste plaza à la hauteur de sa renommée. Rien du tout. Coincé, le lieu célèbre. À ses pieds, c’est la vue étonnante de personnages neptuniens, un baroque déchaîné, ouvrage fou, une vision excitante et ses eaux mugissantes….
Les éditos des journaux des USA font des réserves sur le projet —W, et ses militaristes conseillers— d’abattre Saddam Hussein. « L’après Saddam H. » reste l’immense point d’interrogation. En effet ! Ce matin, sur cinq colonnes, des experts divers (certes démocrates souvent mais aussi des républicains) font voir les difficultés à prévoir. Sagesse qui rasure un peu. Si W. B. les écoute ! Il y a Saddam débarqué, voire assassiné avec un guerre ruineuse de l’Irak (« axe du mal ») et de la « reconstruction » pas moins ruineuse. Et alors ? Le chaos total, prédisent certains. Ou bien, se sachant perdu, il se défend : bombes (biologiques) venus de ses dépôts clandestins et, plus inquiétant encore, capacité de « ré-actionner » des arme chimiques (bactériologiques) —il en usa, allié des USA durant la guerre à l’Iran, contre ses ennemis religieux— cachés, oui, cachés, entreposés, aux USA. Chaos « at home » ?
Tremblez mortels !
10-
Ma fenêtre. Le drapeau bin flaque. Pas de vent hélas. L’humidité règne. Hier, plein de cris sur les berge, des pédalos en grand nombre, et « le canot du dragueur » qui depuis 20 ans, sillonne le lac. Lui debout, ou à genoux parfois, avec, à son bord une jeune pouliche ramassée on ne sait trop où. Rituel qui nous amuse comme nous amuse cette jolie dame digne, raide dans son pédalo bleu poudre, au chapeau de paille 1900, qui passe et repasse, une fois par jour, à heure fixe, son « Devoir » sur les genoux, acheté au bout du lac, à un coin de rue de la plage municipale. Souvenirs : longtemps, à Ogunquit, durant 20 ans, chaque été, un zigue bizarre —sosie de Jack Lemon— s’amenait chaque midi, son filet sous le bras, son ballon sous l’autre. Il guettait, appelait des jeunes gens libres pour qu’une partie de ballon volant débute. Une vraie curiosité. Aile et moi toujours fascinés par son manège chaque été. Sa casquette sur l’œil, son maillot de bain bien ajusté, on le vouait tout heureux quand, au bout de vingt minutes, il parvenait à former deux équipes de jeunes joueurs. Pas un seul été, le Jack n’apparut pas. Étrange loisir, non ?
Hier, je dis à Laurent —et c’était vrai— que je venais de voir une drôle de bestiole entre deux eaux. Sorte de (trop) longue grenouille, immense bebitte inconnue de moi. Il rit. Je lui dis : tu pourrais filmer ça, tiens, tu aimes les caméras. Titre : « le monstre du Lac Rond ». Scénario de papi : on voit la plage municipale, mon Laurent : un gars et une fille, sa blonde, nagent. soleil aveuglant. Rires. Ballons. Sauveteur qui roupille sous son parasol dans sa chaise-haute. Vu ? Soudain, qui sort de l’eau, une tête monstrueuse surgit de l’onde ! Cris. Panique ! Témoignages contradictoires. Plus tard, crépuscule et farces pour se rassurer. Un comique ? Un homme-grenouille aimant les attrapes ?
Une semaine passe. Autre séquence :plage du Chantecler, en face. Jeunes touristes chassant les rainettes à l’ouest de la plage. Encore une fois, stupeur, cris de panique : au large, cette tête effrayante, serpent, poisson inconnu. Monstre survivant aux chutes des moraines quand, ici, dévalaient les plus vieille pierres du monde connu, celles de ce bouclier laurentien. Le temps des glaciers qui fondaient. De la grande Mer Champlain quand on ne voyait que le mont Royal et les hautes cimes des Laurentides. Des vieux en débattent, ce soir-là, autour d’un feu de camp.
Une semaine passe encore. Des reporters sont venus. De partout. En vain. Un bon matin. Nos deux jeunes héros, à l’aube, avec des filets, vont aux ouaouarons, ceux du marais deltaïque, petit site protégé à la charge du lac. De nouveau, proche du rivage la bête… apocalyptienne ! Un des héros sort du canot, criant, se sauve dans le boisé. L’autre reste dans son canot. Le fuyard, essouflé, raconte à ses parents. On part, en groupe, un à sa carabine, vers le marais aux nénuphars. Plus rien. Le calme. Le canot renversé…
« Pis ? Pis ?, me dit Laurent. Moi : « Ah, faudrait rédiger toute l’histoire, tu vois ça, un conte pour tous. Tout simple. Juste pour nous amuser, ilustrer la paix, la beauté de l’été ici et… soudain la bébite… qu’il faudrait confectionner, à l’épreuve de l’eau ». Laurent ne dit plus rien, il regarde ailleurs, il doit se souvenir de toutes mes histoires quand il était un petit garçon. Il est maintenant plus grand que moi. Se dit-il : papi change pas. Il cherche à inventer des fables encore.
N’empêche que je me demande encore ce qu’était cette créature, vue hier, sous notre saule aux longues branches dans l’eau, cette longue bestiole aux pattes palmées…Je ne me raconte pas d’histoires ?

Le dimanche 28 juillet 2002

1-
Effondréééé…. le diariste :quatre heures de clavier chez le yabl’, j’ai cliqué à tort et l’icône insolite apparut, je clique « Non », toujours, quand ces insolites surgissent. Merdre ! J’ai perdu une dizaine d’entrées ! Je rage. Je téléphone au fils imacien comme moi. « Ah, je te l’ai dit souvent , tu « saves » pas. Misérable père distrait ! Trop tard. Ton long texte est tombé dans les enfers ordinateures. » Je sonne chez Carole l’experte, elle aussi : « Rien à faire. Faut ré-écrire tout cela. Je regrette ». J’en bave. J’avais mis quelques « lumières » ici et là. Bon, au clavier, courage et ne fuyions pas.
Un dimanche matin de brume. Exactement comme samedi, hier. L’impression, au lever du lit, de vivre sur une île ! Îlot. Le terrain émerge mais tout autour ce sfumato blanc ! Une petite planète. Pas de perspective aucune. Pas de haut ni bas, une verticalité étonnante. Blanche. Décor surréaliste chaque fois. Un temps pour…diarer donc. J’y monte.
Samedi soir, deux fesses. Roses. Chez le Claude des « Délices.. », rue du Chantecler. Yam ! Correction : « Silence on court » est un titre générique à T.Q. (pour toute une série) et pas celui du film si « amateur » vu vendredi soir à Artv. L’acteur De Niro, revu avec Lipton. Quel fabuleux comédien. Il pleut. Corrections : j’ai mis Hyppocrate, c’est Hippocrate. J’ai mis guingette, c’est guinguette. « Ortograf », mon démon maudit. Juste un peu « moins pire » qu’au collège quand on me fichait (ma détresse) des « zéro sur vingt » à cause de l’orthographe, à moi le gnochon, qui aimait tant déjà composer de belle rédactions françaises. Paresseux aussi :j’ai, sur mon I-Mac, ce correcteur pourtant. Paresseux vicieux va !
Ce JMJ à Toronto : tout divisé, tout tiraillé. Aile ma belle pleureuse braille soudain. Ce vieux papa malade la bouleverse. Moi ? Aussi ému en fin de compte. Une idole. Paganisme involontaire. Un seul Dieu tu aimeras…. C’est lui « la » personnalité au charisme indéniable qui aimante tant de foules, lui seul. Le vieux Polonais mort, y aura-t-il pareilles rassemblements ? Permis d’en douter. C’est le fond de la question. Et aussi mon scepticisme sur un catholicisme vraiment renouvelé. La curaille (en violet, en mauve, en ceinturons variés), en profite, installe des confessionnaux, ouvre le catéchisme vulgarisé… En vain ? On verra bien si dimanche prochain nos églises cathos seront remplies de jeunesses ! Doutons-en n’est-ce pas ?
2-
Pas top inquiet pour la patronne virée (en réalité, selon tant de rumeurs) de la SRC. Michèle Fortin ira jouer de « la chaise honteuse », ce tout petit cirque des cooptations. On a vu cela pour les autres dégommés. Un club sélect.
J’y repense : nous aurions une belle photo du pape polonais et moi, à Paris en 1980. Aile à l’appareil photo, moi, dans le bon angle sur un boulevard aux passants disséminés, il s’en venait pas loin, saluant la toute petite foule. Je me disais :c’est papa le pieux qu sera content, son fils —« défroqué »— salué par le Pontife de Rome ! Patatra ! Aile, démone, avait mal chargé la pellicule et… pas de photo historique !
Fou de sa succulente confiture-maison, Aile cherche des fraises. N’y a plus que des framboises. Elle se ramène avec des … fleurs pour me consoler ! Je l’aime. Je n’ai pas osé lui raconter ce rêve fou, d’un érotisme curieux, où deux beautés lascives, dénudées, se collaient, frénétiques …Silence !
Voyant un Jésus très efféminé, puceau glabre doucereux dans une gazette, je veux faire des aquarelles sur la religion de ma jeunesse en vue de cet album-petite-patriesque illustré (édition chez Ville-Marie en 2003). À une vente de garage, proche de Lachute, je vois un Christ sanguinolent à l’espagnole-jésuistique. Je dis à la vendeuse : « Combien pour ce cadre ? » Elle dit : »Deux piastres » et arrache la gravure sanglante et la froisse certaine que je veux le cadre et sa vitre. Je saute sur la pieuse image, la défroisse, peiné. Elle en est étonnée. Ce barbu aime Jésus ? J’ai encore cette image de sang et de sueurs. Elle va m’inspirer. Je barbouillerai une Fête-Dieu et quoi encore ? Une procession de la Saint-Antoine, devant l’église Santa Madona della difesia, voisine de chez nous. J’ai hâte.
À la radio du samedi matin, Jean Bissonnette, retraité, gérant de « Bye Bye » audacieux : « Ça serait plus faisable maintenant. Il y a tant de pression (le puissant lobby droitiste, les marchands). Un de RBO ensuite : « Impossible en 2002. Nos charges féroces sur des publicités quétaines …non, il y aurait un veto, c’est certain. » C’est beau le progrès hein ?
Aile et moi délibérément francophones. Nous ignorons complètement la culture pop des amerloques. Trop des nôtres s’y collent en colonisés inconscients. Une Monique Miller, l’autre solr, comparait les mérites des Jay Leno et des Leiterman… On les a jamais vu, les connaît pas ! Elle en est étonnée, nous regarde de travers un peu. Lussier dans « La Presse » recommande souvent des show « made in USA ». Ce monde tout-puisant a-yt-il besoin de ces publicitaires innocents ? Il fonctionne sans nous. Les fans du « way of life USA » n’attendent pas son « choix » quotidien. Ils s’y plongent en petits »toutous » fascinés par les gros Crésus de « l’entertainement ». Pourquoi jouer ce jeu ? La mère Cousineau s’y complaît bien moins.
Le « milieu » des artistes —je ne cesse pas de dénombrer ces colonisés inconscients— est farci de ces candides et bizarres nationalistes : ils gueulent pour les différences culturelles et se vautrent néanmoins dans les gnochonneries étatsuniennes télévisées. Attraction fatale et, hélas, mondiale.
On nous sert : « tas de « bas-de-laineux » ou « gang de ceintures fléchées »! Erreur. Combien sommes-nous qui souhaitent voir les meilleures émissions de Chine ou du Japon ? Du Brésil ou du Mexique, nos voisins continentaux. Ce serait vraiment international. Assez de « seulement les USA » ! Les Québécois, c’est dit et redit si souvent par des visiteurs étrangers, sont très curieux des autres nations. Non, bienvenue au dumping USA. C’est pas cher, les amortissements se font vite chez ces plus de deux cent millions de consommateurs de ce gras show-business outre-quarante cinquième. On obtient cela pour des pinottes, alors on fonce dans ce rétrécissement culturel chez les programmeurs de télé. Horreur ! Horizon culturel « one track ».
Nous regardons les nôtres, aussi, très souvent, TV-5 pour la Suisse, la Belgique et la France. Il faudrait des canaux divers. Cogeco (ici) nous offre des tas, un florilège touffu, de canaux Usa. Qu’on regarde jamais. Maladie infantile du « satellisme » « one way » ? À bas cette univocité plate, non ?
J’ai rédigé, hier, ma lettre mensuelle en écho à celle de ma quasi-jumelle, Marielle. Bulletin de nouvelles du clan. Actualités de la tribu ? Oui. Une coutume chérie. Par écrit, c’est merveilleux, tellement mieux qu’au téléphone.
Tiraillement samedi soir entre Fellini de Rome et Jean-Paul de Rome à Toronto. Zapette que l’on s’arrache. Aile envoûtée par ce vieillard charismatique. Avec raison mais…mon cher Fellini. Quand nous voguons entre « Juliette des esprits » et le festival jeunesse torontos, même ambiance visuelle ! Notre stupeur. Même climat atmosphérique :grilles métalliques, réflecteurs puissants, foule en ombres chinoises…Bizarre surprise, je vos jure.
La saga des Molson : 1790, vingt ans après l’abandon de la France, toute prise qu’elle était par sa guerre sur son continent. John Molson, orphelin, a ris un vieux bateau dangereux et s’en vient à 19 ans avec un petit pécule. La nuit, enfin parvenu sur le Saint-Laurent, de canots surgissent dans la nuit, cris des « sauvages », avec des « halloooo » en guise de salutations sonores dans la totale obscurité.
Sachant les rudiments de ce métier, le voilà au pied « Courant Sainte-Marie », installant une malterie pionnière. Hier, aux nouvelles, je voyais de la Molson à Toronto et je lisais sur son installation récente au Brésil ! John, à 19 ans, initiait donc toute une future famille au houblon, à la levure, au brassage de l’orge « canadien ». Son client principal : les « occupants » armés qui nous sueveikllent encore et qui « watchent » les patriotes des jeunes USA —libérés de Londres-monarchiste— il y a 15 ans et zieutant ce Canada à avaler.
La soldatesque (mercenaires compris) a droit à ses six « pintes » par jour ! Rue Notre-Dame, hors les fortifications donc, le fermier Monarque (seul C.-F. mentionné !) vend ses terres peu à peu car Molson s’agrandit. Ce débrouillard idusriel sera aussi marchand de bois, hôtelier, proprio de « batteaux » à vapeur et même banquier. Je poursuis cette lecture où je redécouvre qu’avec 10 % de la population, les blokes (Écossais surtout) détiennent 50% et plus des richesses montréalaises ! Dire qu’un jeune con d’ historien affirmait chez Charron (à Historia) que la Défaite (pas la Conquête hein ?) avait été bénéfique aux nôtres ! Sic ! Malade !
Au restau samedi, Aile me parle longuement de son papa mort —du cancer de la gorge— jeune, à 64 ans,. Ses regrets. Son gros chagrin de ne pas l’avoir mieux aimé, écouté, questionné, etc. « On est imbéciles, Clo, quand on est jeune, non ? » Oui. J’ai aussi d’immenses regrets de n’avoir pas mieux fréquenté mon vieux papa. Jeunes on est tout pogné par nos propres intérêts. Je lis les regrets de cette même sorte chez la célèbre actrice, Jane Fonda qui, vieillie, se reproche de n’avoir vu qu’à sa carrière et pas assez aux siens. Enfants négligés, vieille histoire classique ?
Je n’ose écrire que je fus bien plus attentif. À cela, seuls peuvent répondre adéquatement mes deux enfants, n’est-ce pas ? Pourtant, oui, il me semble… Père-modèle ? Non, ça n’existe pas bien entendu.
Baignades samedi, fréquentes. Avec moi, au rivage, le Molson (1890) du temps des lampes à l’huile de baleine, enmpuanteuses, des égouts à l’air libre, du quai quémandé en vain, de l’eau potable vendue à la criée, des malades partout, des morts d’enfants sans cesse, des rares bourgeois (tous anglos ou presque) en calèches sur des rues mal pavées, et mon confort moderne.
Monique et son fils nous vantaient le four micro-ondes… Je balance. Aile n’en veut pas. Pas davantage du portable (cellulaire). Moi itou ! M. Molson, lui, aurait dit « oui « à tout cela, je suppose car il part pour Londres acheter les derniers modèles d’outils pour sa jeune brasserie, des moteurs modernes pour ses deux barques de luxe qui font Montréal-Québec en 23 heures !
Samedi soir, « Casanova » suivait « Juliette… » avec Sutherland, jeune, laideron facétieux comme un Marc Labrèche. J’avais détesté ce Fellini (fait rare), j’ai encore pas du tout aimé ce film. On ferme et dodo alors, avec, chevet, le livre des Molson. Plus tôt, en zappant, cocasserie, on voit la petuie Juliette sur un grill de théâtre prête à rôtir pour sauver son âme. Giuletta Massina —si vraie fameuse en épouse cocue dans « Juliette.. »—
sera délivrée par son papi athée et on voit aussitôt une séance niaise de chants plats avec chorégraphettes insipides sur l’estrade. Gestuelle désincarnée qui m’assomme chaque fois. Se continuait ainsi (avec Fellini moqueur) une religiosité soi-disant spectaculaire et très navrante. Tel ce Chemin de croix (de Gendreau) dans les rues torontoises. Images d’Épinal navrante. Un Jésus en hyppie, bel adonis, un Acadien, aux allures Woodstock ?
Mépris ou démagogie ? On a eu peur de faire entendre à cette jeunesse la si remuante musique grégorienne, ses chants si beaux ? Ouen… l’on préfère les battements de nains à la sauce néo-africaine des raves pasteurs évangéliques du Sud des USA. Oh Lord, oh Lord ! Alleluia, amen ! Ce mot « Lord » que je honnis, faisant des fidèles des quoi ?, des domestiques ?, des cerfs bien dociles ? Un esclavagiste : Jésus en « bon Maître missieu » ! Vaste Case d’Uncle Tom ?
Mes coupures gazettières ? En vrac. La Ouimet encourage le Ministre Cauchon d’ « Ottwawa » d’avoir le courage —il médite ce week-end— d’imiter la Hollande et…. Québec pour légaliser le mariage des homos. Parodie des hétéros ? Contrat légal entre conjoints de fait — homos ou non— mais oui. Cérémonie nuptiale loufoque, non. Ce petit et actif lobby, devenu puissant, sert bien la rectitude politique. Cette minorité accapare la une des journaux. La marginalité fait vendre de la copie, meuble les petits écrans mais rien ne changera la réalité qui a fait dire à l’animateur Pinard qu’il se serait empressé d’avaler un comprimé, s’il avait existé, pour quitter son état d’homo.
Dix images comme une b.d. illustre le code secret des gestes des Hells et Cie. Cocasse. Gestes clandestins pour voler, ou drogues en vue, surveiler, messe-caucus, police pas loin, pour un kilo de coke, pour… tuer ! Oh ! Omerta sinistre alors !
La Lysiane de La Presse, hier, reprend sa Mission Gesca-Power. Le Ministre Legault qui fera cesser l’odieux « médecin-businessman » n’est qu’un matamore et sot. Les tribunes libres (radio-journaux) montrent souvent l’accord des « clients » d’hôpitaux. Tous des sots, Lysiane ?
Casivi, lui, avec raison, fesse sur les organisateurs de spectacles qui gardent les bons billets pour la chapelle intime, la coterie, les VIP, le gang de bons amis. Il dénonce ce favoritisme. Souvenir : au Festival du film (1968 ?), je vois une rangée de fauteuils libres, je m’y installe. Des gorilles surgissent : « Quittez vite, ces places sont pour Monsieur Péladeau et ses invités. Mon refus. Gérant accouru, les baguettes en l’air. Je ne bouge pas. Raminagrobis P. s’amène, je dis : « Bonsoir, je voulais absolument être à vos côtés. » Il rigole et me serre la main. Fin des énervés « men in black ».
Ce matin, dimanche, l’archiviste captivant de La Presse, Vennat, me cite —sans me nommer— pour mon interview du peintre Alfred Pellan le 14 juillet 1962. Souvenir encore : Pellan qui rebondit sur le terrain paternel à Pointe-Calumet, arrivant de son Sainte-Rose (Auteuil maintenant), le crayon rouge aux doigts. Il veut nuancer ses propos. Je dis : « Mais c’est trop tard, c’est publié. » Lui : « Non, non. En cas, pour plus tard… » Sacré Pellan : son art surchargé de signaux visuels chambranlait face au triomphe de l’abstraction lyrique. L’art tachiste incandescent de Riopelle régnait, Borduas et ses avatars aussi —Borduas, rival que Pellan détestait vu son anti-dogmatisme total. Pellan aurait pu mieux utiliser sa veine « primitiviste », naïve, être notre Chagall. Il a brossé des tas de tableaux étonnants cependant, des éclatements très graphiques, chaudement colorés, uniques.
Un farouche athée, Réjean Bergeron, y va d’un long papier anti-JMC à Toronto. Pour lui c’est un carnaval pitoyable, des dévotionnettes lamentables à « un humain hors du commun ». Vedettariat risible. Croyant, je ne suis pas choqué. Vive la liberté de parole! Je suis agnostique. Je crois pas à un « Notre père », celui de la belle prière rédigée (texte apocryphe ?) par des évangélistes zélotes. Je crois à une Lumière éternelle pour les esprits (âmes si on veut) puisque l’esprit est indestructible, imputrescible, comme les ondes ( Stephen Hawkings dirait aussi cela). Nous nous retrouverons, tous ceux qui ont vécu un peu en humanistes —après la mort physique de nos carcasses— dans cette Lumière paradisiaque… et j’invoque tous mes défunts souvent…chaque fois que l’angoisse métaphysique me hante. Non, les êtres humains, M. Bergeron, ne sont pas seuls. Non.
Sur quatre longues colonnes, La Presse étale les orientations de la série « Sex and the City », Non mais… on s’en sacre-t-y ? Un chef de pupitre participe ainsi à davantage de colonialisme USA. Coup de pied au derrière qui se perdent partout.
Vincent Arseneau dans l’excellente page « À votre tour », du quotidien (dominical) de la rue Saint-Jacques s’insurge avec raison contre les téléphoneuses du télé-marketting, le soir. Le plus souvent, comme Arseneau, je les envoie paître. Parfois je songe que les jobs sont rares, qu’il faut bien gagner sa vie. Aussi, il m’arrive de jouer l’amusant interlocuteur et pour distraire un peu ces filles enchaînées, je blague. Récréation ? Complaisance nigaude ? Non, certaines me remercient de mes blagues.
Les touristes des USA, (marché de 265 millions !) sans devoir prendre l’avion, pourrait découvrir un vrai pays différent, le Québec. Non, nos marchands sont trop bêtes pour saisir cette manne commerciale. Ou trop racistes ? Ou trop francophobes ? Titres des bars, discos etc. Lisez : Angels, Bed Room, Blizzarts, Bily Kun, Blue Dog, Bourbon Street West, Club One, Cream Night Club, Funhouse, Groove Society, Hurley’s Irish Pub, Llume Room, Jupiter Room, Jingxi, Laika Club, Living, Medley, Pub Sky, Rainbows, Sky Club, Square Dorchester, Swimming. Tiffany, Tokyo, The Tunnel, Unity 2, Upstairs … Se tirer dans le pied (à profits commerciaux) c’est cela !
Cinq colonnes — La Presse encore— pour nous raconter que la Chine actuelle s’américanise rapidement. Qu’en pense son auteur, Ludovic H. ? Rien. Motte ! Aucune opinion. « Facts only », dit un vicieux réglement —implicite— chez American Press. Oui, il y a un « Bourbon Street » en Chine moderne comme à Saint-Sauveur. Le reporter nous jase un brin d’un homo de Montréal (Mark) qui se fait suivre, à Shangaï, d’un aréopage de « minets chinois ». Grande nouvelle hen ? Mark est le gigolo d’un petit vieux australien. Comme c’est intéressant , hen ?Benoit Braud déclare : « les Chinoises fondent pour les Occidentaux plus gentils que les Chinois avec les femmes ». Eh ! « Si j’ara su, j’ara venu ». Ce journalisme de mémère exilée fait pitié. Non ?
Qurtelle vaine : sortez les vélos du trafic. L’un dira : « Jeunes et pas riches, on a aucun autre moyen de transport ». L’autre : « Tous des têtes de linottes dangereuses » ! Cher vélo de ma jeunesse, rivé à moi, pour aller au collège de la lointaine rue Crémazie quand le tickett coûtait 3 cents noires ! Quand je promenais la belle Irlandaise, Marion Hall, sous les stalles désertes du Marché Jean-Talon, ou autour de la Gare Jean-Talon, la belle Italienne, Angela Capra. Cher vélo inoubliable.
Mort d’Évita (Peron) il y a 50 ans en 1952 ! À 33 ans. Un film pas bien fort. La vedette : Madonna, en dame peronniste toute zélée. Charitable, se souvenant d’où elle sortait. Surnommée Evita, elle sera la Bien aimée du populo candide et snobbé par les élites argentines. Une légende vraie : une pauvresse bien jolie sauvée par le grand homme, ex-colonel, malin et ambitieux, démagogue, ce Juan Domingo Peron. Un dictateur « soft » d’un pays en chicanes civiles perpétuelles. Mort, funérailles nationales. Une belle chanson : « Don’t cry for me Argentina ».
La pluie a cessé, une fin d’après-midi ensoleillé. Descendre me baigner avec le père Molson sous le bras. Allons-y.