Le lundi 22 juillet 2002

1-
Bel après-midi. Prélassement total, chaises longues matelassées, baignades, lecture du « Nouvel Obs » —sur la vérité et les mensonges dans la Bible—, Aile lit « L’Express », je repars nager vers le radeau et, coucou, passage du rat musqué familier, au large un canard, solitaire !, visions de poissons rouges énormes (venus de bocal renversé?), carpes capables de s’adapter au lac d’ici donc ? Mon ignorance. Soudain : adieu soleil, adieu chaleur, le ciel virant au gris sombre, vent plus violent, on monte vitement vers la maison. Le temps d’aller au journal est venu.
Tout un week-end passé avec une terrible pie bavarde dans mon genre, la comédienne émérite Monique (Miller). Elle et son fils Patrice (Gascon) sont repartis ce midi. Taquinage dès samedi midi (à son arrivée) avec cette « nouvel officier de l’Ordre du Canada ». Elle ira bientôt chercher sa médaille, logée, nourrie, à Vancouver, billets d’avions payés ! On a rigolé. Je lui ai répété qu’elle devait dire : « J’accepte cet honneur d’un pays étranger mais néanmoins ami ». « Laisse-moi tranquille, on a pas le droit de parler. Okay ? » Comment ça se fait ça qu’ à moi, Ottawa ne m‘offre jamais rien, ni médaille, ni ruban? Monique : « Pis j’suis p’us séparatist’ Jasmin ! Depuis tu sais quand ».
J’ai lu le prof, auteur-éditeur Brochu ce matin dans la « une » du Devoir. Il narre avec cruauté l’état piteux de l’idée nationaliste de nos jours. Oh la la ! L’académicien y va d’une lucidité remarquable mais atroce. Le lot des déçus, des découragés grossit vite ma foi du diable ! Moi ? Je serais le dernier, le seul, à lutter pour notre indépendance, je continuerais à la proclamer. Toujours. Jusqu’à ma mort. Nos compatriotes (quatre sur dix !), pour des raisons connues, craignent le changement. Ce fait têtu ne change pas une conviction, il me semble. Je reste optimiste.
Dimanche, visite avec nos deux invités à Val David pour les « 1,001 pots » (de céramique). La qualité baisse. Vaste fourre-d’argiles diverses tout bien démocratique mais… Déception légère de tous. À l’aller, vision sur la 117 de troupes assemblées. Police, ralentissement. Val Morin reçoit pour un cérémonial de type indou mais on ne sait trop de quoi il retourne. Ce matin, nous apprenons qu’il s’agissait d’un vaste pow-wow religieux, Tamoul. Ça ne devait pas trop causer en français !
Un bonhomme (reportage de ce matin) installé longtemps aux USA revient tout heureux à Montréal. Il vante la place. Ça fait chaud au cœur de lire son grand plaisir. Dira-t-il qu’il veut s’intégrer à nous, qu’il avait besoin de nous ? Non. Pas du tout. Il ne vante que l’aspect cosmopolite de Montréal. Pour lui, c’est le suc de l’existence. Le 84 % des nôtres le laisse de glace. Il dit qu’à Montréal, il ne perçoit pas l’homogénéité raciale qu’il devait endurer à Atlanta !Ils sont nombreux ces zigues (dont certains des nôtres). Le Québec ils s’en crissent ! Notre culture, nos us et coutumes, notre histoire, notre avenir incertain, nos combats de résistance ( 2% au milieu de la vastitude anglo-saxonne) c’est de la schnoutte ! Ils n’aiment que la mosaïque de ghettos du centre-ville. Une sorte de racisme. C’est bien clair.
Tout autour de ce centre-ville à ethnies « variables » (tant s’exilent vers Toronto tôt ou tard), vivent les nôtres, à Longueuil comme à Laval, à Saint-Hubert, à Saint-Jean comme à Sainte-Thérèse et à Saint-Eustache… des millions des nôtres, rien à faire. Toutes ces foules ne comptent pas, non, ce qu’il estiment c’est le carnaval des ethnies. Un racisme, oui.
2-
Le tonnerre gronde maintenant, on passe de la grisaille à l’ardoise dehors. Le vent a viré de l’ouest vers un nordet énervant. Ça sent l’eau qui va tomber en trombes…On verra. Monique nous a beaucoup parlé de sa tournée en Europe avec « Je suis une Mouette… », le captivant spectacle monté par Denoncourt. Un franc succès de Marseille à Berlin, à Munich, etc. Cette fille possède une énergie renversante. Je ne me voyais pas trop, (on a à eu près le même âge) dans mes valises, changeant d’avion, de train, de ville… Mais non, Monique, elle, raconte ses périples avec joie, fait voir tout cela comme une expédition agréable. Facile, ce lot de représentations à l’étranger ? C’est qu’elle adore son métier, je suppose.
Aile, Monique sur la route, semble toute essoufflée…d’avoir vu encore cet engin inouï, Monique, qui cause, qui brille, qui se souvient de tout, de tous, qui est une mémoire absolument prodigieuse. Tant que je lui dis : « Tu veux pas que je te rédige un bouquin, tout ce que tu sais, pourrait se perdre, non ? » Elle rit. Me fait comprendre sans doute qu’elle se sent encore trop jeune pour se mettre au livre de ses souvenirs. Hélas ?
Rêve de vendredi. Un cauchemar. Des enfants sadiques, avec des poignard, qui cherchent dans nos rues des victimes. Je me cache comme tout le monde face à ces petits sorciers, bandits, qui règlent je ne sais trop quels comptes ! Des amis sont blessés et râlent. Je reconnais des camardes de travail de jadis (Roussel, Picard, Valade). Puis, il y a une réunion. Salle vaste. Un gymnase ? Des moniteurs nous conseillent. Un caucus savant, bavard, futile. Je me sauve. Aile me retient. « Il y va de notre survie » ! Je sors, je me moque, plus une seule voiture en ville. Les jeunes rôdeurs juvéniles sont disparus. Méfiance de cette accalmie. Une sorte d’Harry Potter pleure, seul, assis dans un caniveau. Je me sauve. La peur. Je me réveille.
D’où ça peut venir. Lectures récentes. Sur l’excision en Afrique. À la télé, des enfants installanbt une machine pour faire dérailler un train. Les 118 assassinats du sordide docteur en Angleterre. J’avais songé à ma bande, dans « Enfant de Villeray », martyrisant les chats de ruelle. Mystère des songes noirs.
3-
Jeudi soir, film loué, bien fait. « The Hart’s war ». Un Bruce Willis solide. Un camp de prisonniers au nord de l’Allemagne. Même ambiance que pour « Le caïd », autre film bien fait mais se déroulant dans un camp tenu par des Japonais. Un récit effrayant, encore sur cette guerre de ‘39-’45. Gregory Hoblit est un réalisateur compétent.
Actualités : Une parodie du mariage ? Deux homos. 29 ans de vie commune harmonieuse. Désir tenace d’une union officielle. Rien du genre névrosé, des « homos à sauna », pour des secousses anonymes et brèves. Un beau couple, cela est évident. Trouver un nom nouveau pour ce type d’union …maritale ? Oui. Aile enfin y consent. Je dois me dénicher un papier attestant que je suis bien un veuf et le curé du village, Michel Forget, dit qu’il nous organisera un mariage. À trois coins de rue d’ici. Régler cela pour septembre. Fin du concubinage. Ce mot ! Vendredi, voyage-éclair en ville. Courrier, Aile pour son cher poulet mariné du Adonis, rue Sauvé. Entrer-sortir quoi. Vendre ce mini-condo en ville, non ? Aile, desperados espagnolisante : « Non, non, Clo. S’il fallait que l’un ce nos deux tombe gravement malade…Nous voit-y voyager tout ça pour le visites à l’hôpital à Montréal ? » Bon. Pas vendre. Mon correspondant de Concord (qu est en Mass, pas au New-Hamshire, dit-il) : « record Guiness ? j’ai touché 8 dollars US de royautés pour mon « Total Chaos ». Eh ! Je reçois parfois un chèque de 8, ou de 13 piastres, pour un vieux livre publié qui trouve quelques lecteurs. Pour un livre nouveau, oui, c’est rude. Ça fait mal. Ça stimule pas une miette. Ce G. Tod pourrait sombrer dans la parano car il avance que si un littérateur critique trop fort, ne respectant pas les tabous….—et cela par un inconnu ou un méconnu— c’est l’enterrement rapide.
5-
Ce vendredi-là, anniversaire de ma fille. Téléphone du popa. Elle a reçu mon cadeau. Elle devra rencontrer bientôt deux ou trois médecins. Spécialiste de ceci et de cela. Ma peine. Elle qui fut si forte si…en bonne santé jadis, enfant , ado. J’invoque mes chers défunts à son sujet : que la santé lui soit rendue.
Les spéculateurs se méfient. Les mensonges aux boursificateurs des patrons. La cupidité rongeuse de confiance. La bourse en alarme. Crise, Congédiements en cascades. L’économie des USA chambranlante. Dans un magazine de Paris : prévisions de catastrophe aux États-Unis. L’Euro grimpe. Des jargonneurs s’en mêlent. Pour l’un, rien à craindre, pour l’autre, un tremblement de terre économique chez nos gras voisins. Qui croire ? Nortel valait 120 piastres l’action. Chute vertigineuse et c’est 2 dollars l’action maintenant. Du chinois pour moi. Word- machin s’écroule…faillite à l’horizon ! Manchettes premières sur tout cela au télé-journal. Aile : « Desjardins m’a prévenu pour mes REERS, je vais perdre dans le 3,000$ Et toi » ? « Moi ? Je lis pas ces paperasses codées chez Desjardins ».
Petit écran, petit écran, que vois-tu venir ? Misère en Angola. Guerres civiles. Du sang en Israël. Du feu…des inondations…Le sida-ravage. Et, enfin, le pape, en ce moment dans son avion jaune et blanc, surgira à Toronto et des foules jeunes attendent ce petit vieux malade, tremblant, étonnant pontife d’une religion à laquelle la même jeunesse ne souscrit en rien ! Mystère ?
Ce pape veut mourir à l’ouvrage, en pèlerin. « Mort d’un commis-voyageur évangéliste ! À Toronto peut-être ? Ou au Mexique, où il s’en va après ? Monique Miller : « Oui Claude , comme Molière, il veut mourir en action ! ».
Fête de l’amie Mimi Dubois, dimanche. Promesse d’un petit mot. Je le fais. Courriel au mari organisateur de la « cérémonie ». l’ami André Dubois. Pendant que le jardin de Mont-Royal festoyait (40 invités !), nous, ici, dimanche, nous bavardions à perdre haleine, conversations à bâtons casés sur les faits divers en « colonie artistique ». La revue générale des « gens de la balle » quoi !
J’ai repris mes pinceaux une fois encore, vendredi. Hum… Essais, essais ! Fort marchand de glace et de charbon. Vieux à la pipe sur le balcon. Une mouman et se quatre fillettes au panier de tomates….Pas fort encore ! Au bord du découragement ? Oui et non. Fou, je me dis que, soudain, je trouverai la bonne veine et que paf ! ça va jaillir, couler comme source. Tête heureuse va !
Vendredi soir, entretien télévisé à « Inside Actor’s studio » avec Kim Basinger. Bonne télévision d’ARTV. Une actrice aux antipodes de la fraîche manipulatrice Sharon Tate vue il y a peu. Avec Basinger de la bonne franchise, des aveux frais, de l’expérience offerte généreusement aux élèves de l’école de New-York et…à tout le monde aux écrans.
Oh ! La bonne rencontre chez Claude, vendredi soir, rue du Chantecler où l’on bouffe trop gras mais… quelle formidable régalante bouffe ! À une table voisine : une directrice-adjointe de la SRC, aux dramatiques, Claudine Cyr. Je suis ravi car voilà qu’elle offre à Aile de donner un cours (« sur l’image ») à l‘alma-mater. Aile refuse. Rendue à la maison : « N’empêche ça fait du bien. On me veut, on pense encore à moi. On a toujours confiance en moi. C’est vitalisant. » Moi bien fier d’elle.
6-
Un bon groupe de soldats en Israël refuse d’aller servir dans ces territoires occupés. Ouf ! Vent frais nécessaire. Ils iront en prison. Honorable incarcération. L’honneur de ce pays est sauvé par eux. Beau courage. Ces objecteurs de conscience d’aujourd’hui sont la nécessaire « réparation » d’une réputation « bin maganée » là-bas. État, menacé certes, mais qui doit comprendre qu’il faut aussi un état aux Palestiniens. Sinon…du sang versé (de civils innocents) et pour longtemps encore.
Un lecteur laurentien s’insurge avec raison dans l’hebdo « Succès ». Par ici, Cogeco (comme à Montréal ?) n’offre pas la télé française de l’ontario, TFO. C’est scandaleux. Sylvio LeBlanc est révolté. Comme moi, il dit qu’il se fiche carrément du gros paquet de canaux USA offerts gratuitement. Il y a si peu de chaînes francophones. Comme LeBlanc, je voudrais bien obtenir TFO. Et au plus sacrant. Je dois trouver un bon moyen de dénoncer ce COGECO aux mains pleines d’Amériquétaineries ! Ça suffit !
7-
Je viens de lire (courriel) un jeune (Robert Mercier) qui est monteur pour l’entrevue accordée récemment ici. Il me remercie pour mes propos. Rares compliments chez un technicien… le monde change, les temps changent. Il m’a donné confiance. On se jette à l’eau, face à la caméra, on sait pas trop si notre baratin a de la gueule ou si c’est du vasage et voilà qu’un modeste monteur vous dit : « c’est bon, merci, c’est des propos riches ». Merci jeune homme !
Si jamais mon fils ou ma fille décidait de rédiger un bouquin sur « moi, en père »… que dire ? que faire ? Ouaille ! Dangereux. La fille du très célèbre reclus, l’ermite de Cornisch, New Hampshire, J.D. Salinger —auteur de « L’attrape cœur », relu récemment, livre-culte, roman d’initiation— fait éditer « L’attrape rêves ». Nil, éditeur, 512 pages. « Nihil obstat » ? Margaret Salinger étale la vie secrète de papa. Un illuminé, qui navigue de religion en religion, parle des langues inventées (de l’au-delà), boit sa pisse…Franchement ! Est-il vraiment sénile ? Si oui, vite, « le manteau de Noé », madame. Sinon… quoi ? Pour du fric ? Par besoin de casser une camisole qui l’a fait souffrir ? Mon Dieu…la vie, la vie à l‘ombre des gloires littéraires made in USA !
Normand Rousseau explique clairement aux lecteurs de La presse que c’est une fausseté de répandre qu’au Québec le citoyen croule sous les taxes et impôts. Aux Usa, où tout doit se payer, le coût de la vie revient autrement plus cher. Y vivre peut être la ruine en cas de malheurs (de santé entre autres). Ces bobards servent à diffamer le Québec un peu social-démocrate. Ils sont repris par les bons valets John Charest ou Mario Dumont. « On va couper tout cela et puis vous débourserez de votre poche si vous tombez malade ». Une mode dangereuse s’annonce.
La vogue néo-libéraliste (sauce Reagan, Tatcher, Harris-Ontario) est dénonçée désormais et il était temps. Pendant ce temps… des affairistes, —tel M.Léon Courvile— se coulissent chez l’ADQ dumontiste ! Eh !
8-
Dame Clarkston —la femme à Saül— (Vice-de-la-Reine) dans « L’Actualité » dit que la CBC engage souvent des francophones mais, hélas, pas le réseau français de Radio-Canada —pour ses chers pauvres petits anglos. Petite niaiseuse va ! Les nôtres sont toujours les seuls bilingues…voilà pourquoi ils peuvent bosser à CBC ou ailleurs ! Et pas les anglos toujours unilingues anglais, eux. Non mais…quelle sotte vice-royaliste ! Comme d’habitude, l’interviewer ne réplique pas, rien. Faut être poli face à la General Governor ? Hon, pas de médaille jamais pour moi, là, c’est certain.
Je lis sur Napoléon Bonaparte : « Il a fait un pays de veuves et d’orphelins » J’applaudis et tant pis pour les cocos à la Ben Weder, ces idolâtres ce « petit caïd des banquiers (Guillemin).
Mon éditeur, bon ami du Ben Weder, racontera « L’homme fort du Québec », le très célèbre jadis, Louis Cyr. En six épisodes, Beaulieu montrera que le leveur de poids prodigieux, connu dans toute l’Amérique du nord, était aussi danseur (!) et musicien et…. politisé à fond ! Hâte de voir cela.
Robitaille, qui vit à Paris dit qu’il a étudié les Augustes de l’Académie « comme une tribu d’Amazonie ». Il publie en septembre « Le Salon des Immortels… ». Il parle de médiocrité totale depuis qu’on y trouve plus des Bossuet, Racine, Lafontaine et…Valery, Péguy, Mauriac…Robitaille avance que cette Institution anachronique sert de compensation subconsciente depuis que l’on a osé trancher la tête du cou du gras roi Louis numéro 16. Lecture amusante (Denoël, éditeur) bientôt.
9-
Monique Miller a eu l’occasion (chanceuse !) de voir le fameux transformiste italien Brachetti. Hier, ici, elle ne tarissait pas d’éloges. Elle est certaine qu’il va triompher partout aux USA où il s’en va maintenant. On a raté cela.
Nous tous, via notre Caisse public (des dépôts) soutenons Péladeau Junior —qui énerve bien du monde par ses acahats audacieux. Quebecor Media c’est quoi ? C’est 180 journaux désormais, de tailles diverses certes dont le Journal de Montréal. C’est Vidéotron : un million et demi d’abonnés. C’est TVA et LCN. C’est Canoé et Netgraphe. C’est 170 magasins SuperClub, des magazines « people » et des hebdos pop. Un empire. Un colosse made in Québec ! Nos économies (à tous) sont bien à l’abri de magouilles style Enron, Nortel et Cie ? Touchons du bois.
Francophobie qui pointe aux USA « La France serait un terrain d’antisémitisme virulent ! Un ambassadeur y rétorque. Dans le Washington Post. Titre : La France calomiée. » Bujjon L’Estang contre-attaque : « Les Usa ont rejeté Lieberman comme candidat, en France, Blum et Mendès-France, juifs, furent élus ! Les actes anti-juifs sont le fait d’une jeunesse nord-africaine mal intégrée, il n’y aurait jamais eu de KKK anti-Noirs en France, jamais. Depuis un certain silence se serait installé au sud de Lacolle !
10-
La « Presse Canadienne » se l’ouvre : dépenses royales des politichiens fédéraux aux Olympiques chez les Mormons ! Une fédération de jeunes sportifs à Salt Lake city recevait 15,000 $ pour s’exercer. Madame « Drapeau Copps » payait 3,475 $ pour chacque nuit à son chic hôtel ! La ministre de la « Kulture Canadian a acheté pour 57,000 $ de billets « de faveur ». Elle a versé pour des babioles et du beau linge « unifoliant » pour 60,000$ Pour des petits fours et du vin mousseux de l’Ontario :14,000$
Clair ? Les politichiens avaient le gros du fric et des pinottes pour les jeunesses sportives. Apprenant tout cela, on entend « Ça me dégoûte ». Déclaration d’ une skieuse, Sara Renner. Pas seulement vous mademoiselle !

Du mercredi 10 au mardi 16 juillet 2002

1-
Ça ne pouvait durer ? Cinq ou six jours de bel été. Tant de bon soleil. Ce matin : fin de la récréation solaire. Ciel bouché. Météo prometteuse (et menteuse) et nous partions pour Val David à vélo. Un aller-retour à l’ombre des nuages en camaïeux de gris.
Bof ! Presque vingt kilomètres à observer une nature en pleine maturité déjà avec des couleurs vraies puisque le soleil n’est pas là pour fausser en ombres fortes les lumières et donc tricher. On m’a dit que photographes, comme cinéastes, en fin de compte, préfèrent ce temps gris pour, justement, obtenir les couleurs franches.
Dépendance affective totale ? Hier soir, au ciné, entendant mal, je vais m’installer loin d’Aile en avant de la salle. Eh b’en, oui, après quinze, vingt minutes de… « solitude », je suis revenu près d’elle avec ma boite de chocolats « closette » aux raisins !
« Chemin de perdition » forme un récit filmique bien parfait, très pro, signé Mendes. Richard Johnson en est l’extraordinaire directeur artistique. Que de bonnes séquences dans des lumières glauques. Et on aime tant Tom Hank (aves un « s », ? ) depuis son fameux, « Forest Gump », « Le soldat Ryan », d’autres.
Au lit je dis : « Un bon film, oui, mais au fond une niaiserie.
Écoute Aile : c’est encore la vie (brève) d’un modeste salaud (Tom H.), collecteur-tueur pour (Paul Newman) un chef pégrieux des années ’30. Ce patron irlandais a un fils idiot, une tête brûlée, jaloux de l’affection de son papa pour Tom H., il va tenter de le faire assassiner. Échouant, ce fils-con, vite sur la gâchette, tuera l’épouse et un des deux fils de Tom. Débute alors l’illustration —avec sang versé sans cesse— d’une vengeance. Classique récit des westerns et des films sur la pègre. Le célèbre Al Capone (invisible à l’écran) tire toutes les ficelles, commande les marionnettes. Fin.
Aile est d‘acord. « On devrait éviter de perdre notre temps à ces bluettes (rougeâtres d’hémoglobines), non ? » Pas de réponse, la « famille Molson » (son livre actuel) gagne.
2-
Depuis tous ces beaux jours, tiraillement terrible : les aquarelles promises. Ma honte totale. Tantôt l’Anabelle (revenue de vacances) de TVA au téléphone. Le camion micro-ondes s’en vient. Sujet proposé : « Le sort fait aux Vieux ». Oh ! Je vais en profiter pour me défouler un brin. Je souhaitais tant, devenu un aîné, jouer les sages, celui que des jeunes consultent. Nenni ! Nos expérience —tant d’erreurs !— ne servent à rien. Ça va barder chez Pierre Bruneau. Ailes : « Cloclo ! Du calme. Pas de criage hein? » Ma chère boussole !
Avant-hier, dimanche, on s’amène au Lac Marois chez les Faucher. J’ai un barbouillage avec le tricolore. Jean nous fait taire sur le parvis, nous pousse devant son téléviseur et on voit Chirac entouré de sautilleurs (à cheval). Non, il n’y a pas eu de « Dallas à Paris », Dieu merci ! Pastis sur la galerie. Large tricolore fixé à l’escalier. Vive le 14 juillet ! Solange Lévesque (du Devoir) nous parle de spectacles vus récemment sur sa route : Nicole Leblanc, Hughette Oligny au « Caveau de mon éditeur de Trois-Pistoles, une reprise de « Encore une fois, si vous me permettez » avec Louison Danis en « mamma » de Tremblay à Beaumont. Une gentille bretonnante —sa filleule— rigole de nous entendre ferrailler Jean et moi. Bonne bouffe, revue des fleurs sauvages partout, les bons soins de Françoise.
La veille, samedi, à cinq rues de la belle vieille église (des Patriotes) de Saint-Eustache, « garden-party » pour célébrer 40 ans de mariage de ma sœur Nicole et de son Louis, imprimeur retraité. L’hôtesse, Marie-Hélène, a deux jolies fillettes. L’aînée, Aude, se laisse apprivoiser mais l’autre, une petite Fanny adorable de quatre ans, résiste farouchement à mes…avances ! Oh ! Mon neveu Sylvain va bien s’amuser de me efforts. À la fin de la fête, Fanny est sur mes genoux et me fait voir son ruban doré entortillé à son index. Je lui parle de fonte et d’une bague de princesse à fabriquer ! Je l’ai eu. Aile : « Je le savais. Tu as le tour avec les enfants ! »
Louis veut savoir le truc. Facile : ne jamais prendre le rétif de front. Passer par un objet. Faire « focus » sur cet objet lui appartenant. Vont défiler alors les dessins, les « peluches », etc. L’enfant timide refuse d’être sondé, d’être « le » sujet. Mais si vous lui parlez de ses « petites affaires », il ne tarira plus.
3-
À TV-5, dimanche soir, plus de ces « Campus » aux bavardages « speedy ». Table ronde avec des auteurs divers, Vargas (« Pars vite… ») Decoin, Djian, Tounier, etc. Invité d’honneur, Umberto Eco. Vous savez, l’homme érudit qui déteste voir ces masses laborieuses, ces vains touristes, jacasser trop fort dans les musées ! L’Umberto (avec son frais paru, « Baudolino », roman picaresque) est disert, brillant, rétorque vitement. Sait faire aussi le modeste disant : « les intellos ne devraient pas sans cesse fournir aux médias qui les questionnent des décrets définitifs lors des « actualités » à chaud ». Ce qui ne risque pas de se passer par ici. « L’intellectuel, dit-il, doit parler « avant » l’événement et « longtemps après ». Pendant, il n’est qu’un citoyen pas plus capable d’analyser qu’un autre ! » Quand on questionne sur les « favoris », c’est, comme toujours :Proust, Céline, Dante (pour Eco).
Mon Daniel est revenu du Maine. Camping. Quatre journées. Suis jaloux :je voudrais (re)voir la mer ? « À la mi-septembre », suggère Aile. Bien. Ma .deuxième mère », Lucille :pas là à Saint-Eustache. Ni mon frère « sauvage » Raynald. Parti à la pêche, on ne sait où. Eh ! Mon regret —chagrin même— de ne pas arriver à de plus fréquentes rencontres. Bof, moi itou, assez sauvage au fond. À tant voyager j’ai su que lui et sa Monique se sont faits de bons nouveaux amis. C’est bien. C’est fatal ? Ne sommes-nous pas plus proches —avec le temps— de nos amis que de nos parents ? Faut bien l’admettre, non ?
4-
Je pense encore à ces « Souvenirs… d’un ronchon » de Jacques Henripin. Deux cent pages souvent remplies de graves regrets, de critiques acerbes, de vivifiants rechignages. Très souvent, je me suis senti solidaire de ses condamnations des temps actuels. Il est mon aîné de cinq ans. Ce garçon pauvre, presque misérable (« Je n’ai pourtant jamais manqué de rien ».), venu de Lachine, aspirant-curé dans un pensionnat de Chambly (Les Oblats de Marie-Immaculée !), courageux « très » jeune travailleur pour gagner ses études, s’inquiète du laxisme ambiant dans écoles et collèges —dans les familles aussi ? Henripin épingle cruellement jusqu’aux universitaires. Se moque des colloques, des séminaires, de ces « futiles voyages payés » Sa lucidité grognonne fait plaisir à lire.
Il finira pas être fort bien coté comme expert-démographe. Solides contrats, très en demande à Ottawa (!) et passages fréquents dans les médias. Retraité de l’université, il grogne —avec raison, l’âge venant, il devrait être encore meilleur — qu’on l’invite moins désormais.
Ah, sujet de mon bref topo ce soir à TVA !
Des chapitres entiers illustrent ses recherches, ses travaux, ses publications fréquentes. Peu à peu, il m’a déçu. Choqué vraiment. Le voilà traitant la nation québécoise de simple « tribu » de râleurs ! Drôle de mouche qui l’a piqué (il se dit de « Cité libre », revue fédéraste crasse. Il finit son livre en militant anti-nationaliste furibond et content ! Nous ne sommes —les indépendantistes— que « tribalisme », gens à courte-vue. Une sorte d’imbéciles quoi.
Hélas, son livre reste muet sur toute sa vie intime. Sans tomber dans les bobards indiscrets, il est difficile de bien estimer un bonhomme qui ne jase que sur son métier, qui passe sous silence tant d’aspects d’une existence…qui font un être vraiment humain. Que cache donc une si énorme discrétion ?
Dimanche chez les Faucher, voyant Chirac menacé j’ai songé à « Conversation » (Plon éditeur) de son épouse, lu récemment. J’ai aimé les parties de son bouquin quand elle raconte ses déambulations nocturnes dans le vieux château de Napoléon-le-Petit (le no. 3). Le livre fait bien voir une femme de la bonne bourgeoisie française (moins « gaulienne » cependant que celle de son époux), un vaste monde sépare ces gens du commun. J’ai bien pris conscience que cette classe sociale (en France) vit en une sorte d’immense vase clos ! Les valeurs de Bernadette et de Jacques n’ont rien à voir avec les foules françaises, paysannes ou ouvrières. Pourtant cette catégorie de citoyens jouit d’une sorte de ferveur. Ils sont (les Chirac en sont la pointe) l’équivalent de la monarchie britannique. « Paris-Match » les illustre régulièrement.
Ce pays de « La » révolution a gardé la nostalgie des temps anciens. En cela, nous sommes vraiment des nord-américains.
5-
Vendredi aller-retour en ville. Ramasser le courrier. Comme de fait : des factures surtout. Quelques chèques utiles aussi ! Y est le « Couac » dernière livraison plus solide que d’habitude. Moins de faciles facéties iconoclastes bien estudiantines. U n bon article de Nadeau sur un Pierre Vallières, devenu comme fou, gravement malade, qu’il fera hospitaliser (à St-Luc). De révélations étonnantes sur un ex-asiprant-capucin ( Henripin encore !) qui vire révolté, qui entre en FLQ, qui fera de la prison, qui imagine des complots invraisemblables, qui renie ce qu’il adorait, qui part pour la Bosnie en fin de parcours (on songe à Malraux, vieux malade, voulant aller au combat politique, armé !). Triste itinéraire.
Normand Baillargeon (alias Raymond-la-science) raconte deux expériences américaines. Des « tests » très effroyables. Manipulation de type behaviouriste. Démonstration horrible. Des individus finissent par obéir à des ordres si on sait les conditionner. À lire absolument au domaine de la « psychologie sociale ». N’importe qui peut devenir un tortionnaire sadique en toute bonne conscience. Cela rejoint ces bons jeunes soldats chrétiens de France torturant volontiers des Algériens indépendantistes en 1960. Un très bon « Couac ».
Je me sens parfois trop isolé. Des livres m’excitent introuvables ici. Des spectacles m’attirent mais… descendre en ville…Oui, j’en cause avec Aile, trop souvent, le fâcheux sentiment de passer à côté de « ce qui se fait ». Demeurer urbain, montréalais, ne ferait-il pas que j’irais voir ce film à la cinémathèque ou à Ex-Centris, ce spectacle à tel Festival, ce brillant humoriste hors du lot commun, mais quoi…il n’y a qu’à aller tailler un bosquet… déplanter et replanter un arbuste comme j’ai fait hier matin.
Il y a quelques années, je suis allé me stationner près d la prison de Vallières (Bordeaux) en face d’un coquet logis habité quinze ans. Je rêvassais. Dans un champ immense (d’Hydro) jouaient mes deux jeunes enfants innocents. Plus de deux décennies d’un bonheur relatif. Le temps passé. J’éprouve ce même frisson du « temps qui file trop vite » quand je repasse rue Querbes, treize ans là ! Ou devant le 551 de la rue Cherrier, sept ans au centre-ville suractif. Même en face du 10,210 de la rue Sacré-Cœur où je n’ai vécu que deux ans… j’avais vingt-neuf ans, je gagnais le (très convoité à cette époque) Prix du Cercle de France avec « La corde au cou », j’étais stimulé…pour longtemps ! La vie, la vie…
6-
Lucie et Toumaï. Elle avait de 2 à 3 millions d’années. Lui, Toumaï, trouvé au Tchad hier, entre 6 et 8 millions d’années ! Des squelettes importants. Homo erectus ? Macaque ou humain véritable ? On cherche. La Bible parlait de 20,000 ans comme début l’humanité » et Stephen Hawkings, le fameux astro-physicien, dit que la marge n’était pas trop mal puisqu’eux, les savants, jugent que cette humanité débutait vers 40,000 avant Jésus. J’ai été un peu trop vite en parlant de l’Ancien-Testament comme d’un tissu de guerres horribles, il y a dans « le » livre de tout, fureurs et sagesses, et aussi de la poésie. Voir « Le Cantique des cantiques ». Les intégrismes issus des liseurs de la Bible en sont un avatar. Le Livre n’en est pas responsable. Un tableau de génie regardé par un crétin devient un tableau de crétin, je ne le répéterai jamais assez.
« Dieu prit un peu de limon de la terre et souffla dessus… », on lit cela et on rêve. « Si c’était vrai… » chantait Brel. Du Mont Ararat, en Arménie actuelle, Noé appareilla et mit le compteur « humanité » à zéro, recommandation de Yaveh. Si c’était vrai…Vendredi dernier, randonnée à vélo et des marguerites partout (pâquerettes), les collines plus rondes, grasses des feuillus en pleine maturité. La beauté.
Documentaire (Canal d) sur la succursale (à Morin Heights) de l’OTS. L’excellent acteur Godin en piètre animateur. Une tuerie affreuse qu’on découvrait dans des chalets en octobre 1994. Nous étions aller voir ce site funeste, Aile et moi. Morbide attirance, la curiosité des faits divers sanglants. Comme tout le monde ? Horrible aussi ces missions avec leurs « reconstitutions » bidons. Intolérable. Si amateur. Mode niaise. Démagogie visuelle infantile.
7-
Le soleil éclabousse tout le terrain et le lac aussi. Fainéantise, ces jours derniers. Le paradis perdu (encore la Bible) retrouvé. Sort édénique quoi. Repos total. Ne rien faire, plus même lire. Regarder et se taire. Baignades fréquentes. Un soir, à Tv-5, docu sur « l’Étang de Berre » de Marseille, « la petite mer ». Pollution. Centrale nucléaire pas loin. Pétrochimiques. Raffineries. Hydroélectricité sauvage. Une merde colossale ! Rejets nocifs. Cris des riverains. Mort de la pêche bientôt. Sursaut. Révolte. Le reportage faisait voir le redressement. Ce matin, manchette des gazettes : ici, des rivières harnachées un peu partout. Des petites centrales électriques. Beauté des sites à vendre. Par qui ? Si l’on décide de saccager les cascades de la Rivière du Nord un jour, on me trouvera en farouche guerrier. Promis ! On saura qui exactement veut acheter (profiter) et pour vendre combien et à qui ? On saura tout. Promis.
Samedi matin, fou cela, un simple odeur de rôties et me voilà salivant. C’est ainsi depuis l’enfance. Une odeur ordinaire, ancienne et c’est la joie des papilles joie. Un bien grand rôle pour deux petites tranches de pain brun dans le « toaster », non ?
Chez Lipton, revu la Susan Sarandon. Quelle actrice brillante. Quel grand plaisir de l’entendre converser sur son métier et aussi sur sa vie…intime ! Ai revu « La beauté du diable ». Bien bon., Michel Simon en parfait satanique Méfisto. Gérard Philippe, lui, toujours envoûtant. Vieux film avec des séquences modernes.
Mon fidèle Marleau (Daniel) me revient pas moins taquin. Il me propose des titres du journal pour V.-L. B. dont « Romanceries au saucisson de mousse » et « Écrivain chassant le bébé écureuil »…je le relis, non, cela pour le projet de totems sur la piste cyclable. Une lectrice, Manon A., y va généreusement. Je retiens « Dans le nid d’Aile ». Il y a « Rien à cacher » qui me plait bien aussi. Un lecteur surnommé « le frileux » par moi : « …mégalomane », « …défroqué », aussi « si mes jours étaient contés ». Brr… Donc, j’’ai reçu un tas de suggestions, des comiques et des graves. Je lis.
Le dénommé Tod, un francophile qui baragouine le français pas trop pire, de Concord, USA, me couriellise (courtise ?) parfois. Il a détesté le film « La pianiste » et Isabelle Huppert tout autant (moi qui veut aller voir ça ?). Tod me parle de « Le Québécois », un neuf journal pro-indépendantiste (?). Est de’acciortd que le F. de Jazz c’est « USA » au boutte ! Me dit qu’il est aussi bédéiste, signant P.Maudit (!). Que sa compagne aime bien Journées Nettes. Le meillewur ? Qu’il y a —pour un petit 300,000 piastres— l’île Sottise (en face de Grosse île) è vendre ! Faut que j’aille vite voir ça. Enfin, qu’il n’est « pas toujours d’accord » avec mes humeurs et opinions. Normal le gaillard « nieuhampshirois. Non ? Cette Sottise…un canular de ce G. (j’ai) Tod ?
Michelle T, elle, me suggère : « Le capteur de temps » J’aime bien. C’est une de mes héroïnes préférées : elle tient à élever ses deux filles à la maison. Avec abandon de début de carrière en radio-télé. Lourd sacrifice, je sais. Deux filles heureuses qui s’épanouiront cependant. Pas de clé au cou !
8-
Une cousine ronchonneuse d’Aile, Mimi, me dit : « Oui, canicule et puis temps froid, c’est ça notre beau Québec, Claude »! La venimeuse. Cela est du racisme inverti. Comme si aux USA (qu’elle affectionne tant) il n’y avait pas de canicule ! Elle m’enrage.
Je lis sur Yourcenar (Le Devoir) et l’on parle de son tout dévoué Yvon Bernier. Ainsi, on trouve souvent de nos gens auprès des sommités. Robitaille, à Paris, servant dévotement longtemps son illustre maître Henry Miller. Il y en a eu d’autres. Bizarre ! De nos illustres inconnus qui se font admettre auprès des grands noms. Étranges valets sur-cultivés que des notoires accueillent volontiers. Miller a eu des éloges HÉNAURMES pour ce Robitaille, mort récemment.
Un jour, Aile et moi, on veut visiter le modeste domaine de la Marguerite à Mount Desert, au Maine. Nous avions pris le traversier à Yarmount, en Nouvelle-Écosse, arrivant à Bar Harbor, pause d’une nuit. Le lendemain, filant vers notre cher Ogunquit, demande de visite chez Yourcenar. Au téléphone, une voix : « Ah, regrets, monsieur Bernier n’est pas disponible. Il faudra réserver plus tard ! » Dépit à l’époque. Françoise Faucher l’a bien mieux connue (pour « Femmes d’aujourd’hui »), y allant parfois l’interviewer mais elle m’a prié de ne pas révéler ses amusantes observations face à l’écologisme tout relatif et curieux de Madame. Je me tais donc mais j’ai ri. .
Une mort qui m’a surpris. Je l’avais rencontré au Salon du livre de Hull en avril. Petite frêle femme, poète ayant publié. Des japonaiseries tendres parfois, des haïku ? Un être délicat, prof de français à Carelton University, son nom : Evelyne Voldeng Paix à ses cendres; nous devions nous revoir. Nous nous reverrons donc dans…l’Éther ! L’éternité.
Article sur la peintre Joan Mitchell, longtemps la maîtresse (à Paris) du taureau impétueux (« orignal », disait de lui Breton le pape ) Riopelle. Artiste new-yorkaise qu’il aurait bien malmenée, disait la rumeur. Le catalogue de Mitchell mépriserait Riopelle copieusement. Justice ? Non. Vengeance à l’amerloque. Pénible.
Assez jasé, le micro-ondes s’approche !

Le samedi 6 juillet 2002

1-
La chaleur ne lâchait pas. Canicule terrible ! Adieu journal ! Aujourd’hui, comme hier, temps plus frais. Je grimpe à ma chambre à écrire vers 17h. Un lecteur du journal me questionne : il est étonné par ces auteurs américains (qui ont encore bon succès) trop célèbres à son goût (ceux de l’avant-guerre et de l’après-guerre). Réal Perrault aimerait savoir aussi où cesse la frontière entre l’écrivain et l’homme. Caldwell semble l’avoir déçu. Je l’avais tant aimé, plus jeune. Il me changeait des proses intellectuelles des Français bien aimés (Camus, Sartre et Malraux). Je l’aimais. Son monde sudiste (pauvre) me ramenait aux gens du peuple. Le relire est-ce que…Vaines questions ?
Ma fille et mon marcogendre (quoi? on dit bien narcotrafiquant !) sont revenus hier soir en catastrophe du New Jersey (avec le benjamin, le trompettiste Gabriel et un ami à lui, Raphaël —que d’anges. Vacances stoppées brutalement. Mon Éliane ne va bien du tout. Canicule terrible là-bas, camping abandonné. Motel climatisé loué. Me voilà anxieux. Éliane si solide enfant ! Le vieux papa en angoisse.
Une équipe de quatre jeunes ont quitté la place après quelques heures. Lunch à 14h. Ils font un documentaire sur le peintre Serge Lemoyne, mort il y a peu d’années. Bombardé de questions, je me suis vu revenu dans les années soixante quand Lemoyne, ici, installait des manières « pop art ». Happenings et Cie. J’aime la jeunesse. J’ai accepté gratuitement de participer à ce film. Ils avaient des copies de mes critiques du temps de La Presse. Amusant de me relire quand j’avais 35 ans, Lemoyne, 25.
Ils sont enthousiastes, font plaisir à voir. Ont confiance en leur projet.
Hier, vendredi, plus longuement, ce fut toute une journée (payé cette fois !) de tournage avec une équipe préparant de segments culturels pour ARTV. Une série titré : « Tableaux ».
J’ai sorti pinceaux, papiers, encre de chine et plumes dehors sur la pelouse. Du vent dans les branches des arbres divers ! Silence Éole, on tourne ! Moteur ! Parlez ! J’ai jasé sur mes merveilleux démons de fabriquer des images colorées , de jouer au surréaliste, à l’exploiteur de taches. J’avais mis ma salopette.
Nathalie tenait des micros, André-Paul une caméra moderne, Sophie assistait et Bernard (LaFrenière) réalisait. Après une longue séance de barbouillages bien trempés, lunch, avec Aile chez notre Denise du coin de la rue Chantecler (Dino). Aile adore jacasser avec ces jeunes du « milieu ». Elle est intriguée (comme moi) par les nouvelles façons de faire. Tous sont des « À contrat ».
Retour et décrochage de tableaux des murs du chalet. Fouille de deux cartables. Vieux dessins du bonhomme :images de poissons, oiseaux, acrobates et…. bedaines de Miami. ! Voilà mes vieilles et récentes pontes gravées à jamais. Dont mes premiers essais (encore maladroits) pour de projet d’expo et d’album sur « La petite patrie ». Dure journée. Partis, nous nous garrochons vers le lac…et baignades !
2-
Lundi dernier, à Radio-Canada, un documentaire où l’on parle de Modecaï Richler, le baveux baveur d’idioties infâmes sur les nôtres. La complaisance dans ce document ne disait pas un mot de travers sur ce néanmoins brillant romancier qui avait pour « side line » (bien rémunéré) de nous diffamer. À Londres comme à New-York, Sir Richler se répandait en proses dégueulasses :nos n’étions qu’une tribu de racistes anglophobes ! Quelle tristesse ce mensonge. Ce silence aux téléspectateurs à propos de ce volet humain sinistre du fameux auteur, exilé longtemps à Londres. L’imposture était signé : Marc Coiteux. Qui est ce mercenaire qui cache les faits ? Au nom de bonententisme douteux, on a pu entendre une série de témoins (anglos baragouinant le français) qui ne cessaient pas de vanter le Québec moderne, le Montréal d’aujourd’hui, pas en hommage à notre culture bien vivante, mais non, en bonheur de vivre en un site « si cosmopolite ». La noyade de notre culture. La dilution organisée.
L’un dit que nous irons chez les théâtreux anglos si c’est bon, il ne dit pas que les anglos iront à nos théâtres…. Qui sont souvent fameux ! J’enrageais. Un défilé grotesque, masqué, hypocrite. Avec nos zélés « collabos » de service. On souhaitait une culture anglo-montréalaise plus vigoureuse…la farce, quand on sait que nos voisins (275 millions d’anglos, non ?) offrent la même poutine (même langue et même culture au fond). Si Paris, la France, étaient à nos portes, vous pouvez parier que nous n’aurions pas du tout cette vigueur actuelle. Fatalité pour ces descendants de loyalistes monarchistes se sauvant des patriotes décolonisés (les libertaires des jeunes USA) en 1775.
Quelle fumisterie cette affaire du terrible « péril anglo » au Québec ! C’est à se tordre de rire d’entendre l’angoisse de nos blokes : « Goddam Loi 101, l’anglais en danger ! » Nous sommes un tout petit 2% de francos en Amérique du nord et ces « résistants » à l’intégration gueulent que nous sommes des ogres, des fanatiques, des misérables racistes ! Non mais…
Ah oui, tous les soirs, compatissant, je prie la Providence de sauver l’anglais, langue tellement, tellement fragile n’est-ce pas ? Foutaise. Ces lamentations ne font que camoufler une réalité : la nation ici, 84 % du peuple, ils n’en veulent rien savoir. Quelques exceptions merveilleuses n’empêchent pas de constater leur racisme.
Le Foglia de The Gazette (Fresh, Freech, ?) est d’un borné, déclarant que « c’est les Péquistes qui ont inventé cela : « les anglos ! » Un fou ? Avec l’ONF, la SRC a concocté ce tissu de faussetés qui relève de l’imposture. Salut Télé-propaganda ! « Salut à toi, Dame bêtise, dont le rêgne est infini », chantait Léo Ferré.
Conseillé par un voisin ami, Paul Pastakis, Aile et moi avons visionné « La mandoline… ». signé John Madden, film tiré d’un roman de Louis de Bernière. Un acteur bien aimé mais pas bien fort ici : Cage. Une belle île, Cephallonia (d’où vient le grand-père de Paul). La guerre de 39-45. Les soldats de Mussolini dans cette île aux us et coutumes anciens. Les nazis très insatisfaits des ritals trop mous. L’amour entre un soldat envahisseur (et sa mandoline) et une indigène. La Résistance. Des morts. Et…une fin heureuse. Tout le monde jase en français (post-synchro) comme tout le monde parlait américain en copie originale :Grecs, Italiens, Allemands ! En 2002, c’est insupportable. Hélas, défense de sous-titrer n’est-ce pas ? Alors cela sonne faux, très faux.
3-
La canicule sévissait mardi. Comme jamais. J’ai sorti le ventilateur très silencieux pour le dodo. Le jour :ne pas trop remuer. Lire à l’ombre. Au téléphone, ARTV s’annonce pour vendredi. J’apprends que Nicole Leblanc (« Le temps d’une paix ») peint, elle aussi, encouragé par Pierre Gauvreau. J’ai vu Michel Tremblay (Artv) à un de ses tableaux ! Ducharme fait dans le recyclage-sculpture. Il y a Diane Dufresne, initiée par le frère Jérôme. Il y avait, aquarelliste, Henry Muller. Combien d’autres ?
Mardi soir, nous avons vu, télé, le premier épisode du « Twin Peak » de Lars Van Trier : « Le Royaume ». Il y aura 11 épisodes. Un hôpital-asile inquiétant. Des malades curieux, inquiétants aussi mais moins que les médecins ! On y joue des cartes rares : parapsychologie, télépathie. C’est prometteur.
Mercredi dernier, chaleur insupportable encore. Comme à la in de l’hiver, crise bizarre, envie de me relire encore ! Pourtant pas mon genre. Je reis d’abord « La sablière » et, riez de moi, je verse des larmes —sous le saule non-pleureur— face au petit Mario, dix ans, mal pris, très mal pris dans son orphelinat pour enfants déficients. Il dit qu’il veut se tuer.
Je me fais brailler ? J’en suis surpris. Aile ? Encore plus étonnée que moi. Je m’attendris en vieillissant ? C’est clair. Quel bon talent j’avais en 1980 ! Riez, vous dis-je ! Le matin, pas kla moindre brise et, au diable le permis, je fais u feu tant il traîne des branches (cèdres émondés ). Je m’allonge. Soudain bruits curieux de bzz, bzz, bzz ! Les pompiers ! Bottés, casqués, imperméabilisés. Par cette chaleur. Je vois l’Aile ricaneuse sur la galerie…ce qu’elle doit rigoler la démone ! Ma honte ! . « Vous avez pas le droit, vite, éteignez ! » Penaud, je cours chercher le tuyau d’arrosage. Pas assez long ! Je trouve des chaudières de plastique. Nous voilà à trois dans le lac, moi pas botté ni casqué, à étouffer vite ce feu de cèdre ! Avec fumées davantage. L’un rédige son rapport et me dit : « Pour cette fois, il n’y aura pas de frais mais, SVP, ne faites plus cela. On est en période de sécheresse ! » Ils s’en vont, gentils, affables, polis ! Ouf !
Le soir venu,. Je re-téléphone aux « orphelins », Laurent et David. « Soyez des hommes les gars, les parents partis, il faut que la maison se change en soue à cochons. Promis ? Papi pourrait descendre en ville et aller inspecter les lieux ». Laurent rigole et promet !
4-
Visions du Cachemire actuel à la télé de RDI. Documentaire bien fait. Fin totale du tourisme, ressource essentielle jadis, avec cette guerre civile et religieuse. Malheur partout. Pauvreté grandissante. Tueries fréquentes. Le fanatisme bien connu. Images des marinas florissantes de jadis… devenues désertes ! Trois guerres en 55 ans. Cette division diplomatique de ce pays n’a fait qu’agrandir les disputes. Un partage entre Inde et Pakistan, un partage flou. Des musulmans répandus un peu partout. Cachettes. Guérilla. Frontières sur-armées. Le Président pakistanais fera naître, par son double-jeu, des milices clandestines. Le terrorisme s’installera rapidement. Le « yable » est aux vaches et c’est… « à suivre ». Hélas ! Vieille histoire. Jérusalem brûle-t-il ? Le Cachemire brûle-t-il ?
À TVA, mercredi soir, zapping et c’est l’Algérie de 1960 ! Le temps de la guerre avec la torture. L’horreur à la française. Documentaire rare. On voit Malraux enjoignant les militaires de « faire cesser cela ». De Gaulle, à son tour, gueule : « fini les tortures ! » Désobéissance à Alger. « Paris ne comprendra jamais rien » ! Des témoins parlent. Boirrés de remords. Accablés. Trop tard ! Un savant dit : « La torture par des officiers français ? Il y a que le « surmoi » n’était pas assez solide, pas assez fort » ! Quoi ? Ah !ah ! Ce surmoi (sauver les apparences, bien paraître) a donc son utilité ? Oui. Un autre logue patenté : « On a découvert que ni la religion (tous de bons chrétiens), ni la culture ne peuvent servir de feins à ce sadisme militaire ! » Eh ben ! Un baptisé bien cultivé sortait donc les fils électriques (électrodes) et faisaient crier l’Algérien indépendantiste ! Horreur ! Des adolescents innocents souvent, pour qu’ils dénoncent les pères clandestins. Douce France, cher pays… !
Le 3 juillet 1962 : fin. L’indépendance. Les collabos, les Harkis, abandonnés. L’exil en vitesse. Régime militaire qui s’installe. Pour longtemps. Il y est toujours. Adieu démocratie promise. Un castrisme algérien quoi ! Hier, aux nouvelles : tueries nouvelles en Algérie ! Allah ou akbar ! Le sadique est toujours (encore) religieux ? Fanatique intégrisme !
Le soir, magnéto béni, un film…de guerre encore, à Historia. Visions funestes de prisonniers Anglais et Américains à Changi, proche de Singapour : « Le caïd » signé B. Forbs. Tiré d’un roman de James Clavell. Aile se dit fadciné de découvrir les astuces des démunis, les débrouillardises de l’être humain. Sa force d’imagination afin de conserver la vie. En effet, un récit illustrant des gens perdus qui vont s’en sortir. Vol, rapines, trahisons. N’ est plus question de la moralité ordinaire. Édifiant ? Non. Réaliste ? Oui.
5-
Jeudi :chaleur toujours ! Sueurs sans cesse. Un M. Charron m’accroche aux journaux (et cigarettes hélas). Il me raconte la Saint-Jean sur le parvis de l’église Saint-Vincent Ferrier. « Vous nous aviez distribué du gâteau aux raisins après les célébrations que vous animiez ! » Il semble un peu surpris que je ne le reconnaisse pas , lui et sa dame ». Je n’en reviens jamais de ce fait. Certaine personnes nous imaginent avec une mémoire électronique miraculeuse !
Jeudi soir, 4 juillet, avec Carole et Paul-le-Grec bouffe en terrasse chez « Pep » réouvert dans la côte Morin. Nostalgie des « rib steaks » d’antan. C’était très bon. Le bœuf est boudé dorénavant. Y revenir m’a plongé dans des souvenirs de jeunesse quand le steak était si fréquent aux tables du midi. Avec sauce « worcestershire » (?). Causerie croisée jusqu’à tard dans la nuit. Ciel qui se remplit de noirs nuages. Orage enfin ? Peur. On rentre. Quatre gouttes d’eau et puis plus rien. Que la chaleur !
On a écouté « la confession à James Lipton » par Sharon Stone. « Actors’studio », à ARTV. Aile déçue. Moi itou. Elle nous a paru menteuse, hypocrite même, calculatrice (dans Ses réparties), fausse, faux-nez (qu’elle se frottait sans cesse). Tricheuse enfin. Déception pour une rare fois ! Lipton, lui, poli, à genoux devant la fatale star hollywoodienne. Le cucul !Sarandon la semaine prochaine : ça ira mieux, c’est certain

Le dimanche 30 juin 2002

Le dimanche 30 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Ouf ! C’est fini. Voici juillet. Demain. Congé de journal ? On verra. Certains jours d’orage, je reviendrai à ma petite machine mettre de l’ordre dans mes notes de calepin. Je vais expédier ce « tout juin » chez Victor-le-matamore du bien-bas-du-fleuve et sa tartineuse, Martine (Au but) saisira mon texte. Saisir ? Hum !
Ils sont venus. Mon Daniel toujours fier de sa neuve fausse-jeep, le beau Thomas, et Lynn la noiraude espiègle, Du Sommet (pas si bleu), Paul et Carole, sœur de ma bru, —ma dépanneuse émérite en ordi— descendaient aussi vers notre rivage. Deux petites cabotes, Lili et Zoé, se tiraillaient un bout de bois, ououf, ououf ! Baignades à répétition. Jasettes et puis trempette (aux légumes crus) offerte par l’experte Aile. Bières et limonades.
Le papi bienheureux en oubliait volontiers le beau bloc à papier-aquarelle qui l’attendait pas loin. Plus tard ! La sainte paix dominicale. L’été bien installé enfin.
En soirée revoyons, à TQ, un film cocasse :« ce roi fou un temps, Georges le numéro 3 ». J’ai rapproché le curieux roman de MacDonald, je veux terminer son « coffre de cèdre ».
2-
Il y a un zigue étonnant, un certain G.Tod, qui me tient parfois au courant de ses activités poétiques. Un anarchiste ? Un jeune ermite grouillant en quête de combats gauchistes ? Je ne sais trop encore. Il est de Concord, USA. Il aime le Québec. Il vient parfois ici, rue Saint-Hubert, pour réciter des strophes chez « L’inspecteur Épingle » devant « un parterre d’ivrognes », spécifie-t-il. Il semble bien connaître nos ébats (littéraires) et débats (politiques). L’ordinateur nous amène ainsi de ces correspondants hors du commun. Ainsi, le cher Marleau, lui, m’encourageait hier — et vivement, spirituellement— à ne pas passer la batte « aquarellisante » à un autre…que moi. Chaud au coeur.
Ce « poche » signé Hawking refermé, il me taraude avec ses calculs si renversants. Son histoire des jumeaux dont celui installé sur une haute montagne vieillissant moins vite que son frère !!! J’en reste baba ! Il m’a fait voyager entre Bing bang, bing, bing et bang bang et, à la fin (il n’en est pas certain) le grand Crush ! Des Jésuites savants l’invitèrent (lui et d’autres astrophysiciens) à jaser cosmos avec le pape à Rome.
Le Vatican si content depuis que les physiciens acceptèrent l’idée d’ un « début », d’un commencement de l’univers.« Ah, la Bible le disait bien ! Il y a eu un commencement…une création du monde ». Il n’y aura plus « l’obscurantisme catholique » enfin, ni un Galilée numéro 2 ? Non, plus jamais. Stephen Hawking, la langue dans la joue, laisse entendre qu’il n’a pas voulu provoquer une polémique mais … oui, il a certains doutes. Ainsi, cette expansion dure peut-être depuis toujours sans qu’il y ait eu un départ.
« Go, partez galaxies ! »
Là-haut, faut filer à 500 km-heure pour éviter de tomber ! Le Newton-à-la-pomme-qui-tombe l’avait prédit. Tout est sujet de gravité. C’est 720 km-h. Ou 12 km-h à la seconde ! C’est bien rapide en ce monde-là !Je relisais, je relisais, moi le zéro en maths au collège. Ces explosions d’étoiles, ces trous noirs —« des trous rouges », devrait-on dire selon Hawking. Ce « tout n’est que gaz » d’abord, ces nutrinos, ces photons, ces particules très invisibles à nos yeux … je me débattais avec mes synapses de neurones.
Nous ne serions que carbone et oxygène ? L’enthropie y est vicieuse : cette nécessité de se multiplier dans le chaos total. La surfusion et l’eau qui ne gèle pas même sous le zéro ! Bon sens ! Pas facile à saisir. Bon sang !
Je naviguais du mieux que je pouvais entre Euclide et Hubbles l’essentiel chercheur. Hawking songe à « pas de début et pas de fin ». Et il continue de chercher. Le « principe d’incertitude » de la nouvelle physique (la quantique) change tout désormais. Il y aurait non plus une mais trois flèches du temps : la thermo, la psycho et la cosmologique. Aïe ! La mémoire humaine, on ne sait trop comment elle fonctionne (ah ?), la mémoire des puissants ordinateurs, elle, on peut la comprendre, la démonter, l’examiner dit-il. Ouen !
Un Québécois travaille avec Hawking (le Einstein d’aujourd’hui), Raymond Laflamme, son nom. Fierté soudain, car ce Laflamme fait se corriger le maître à propos de l’effondrement de l’univers, le « big crunch » envisagé. « Il n’y aurait pas inversion des flèche du temps lors de la contraction (des trous noirs). S.Hawking, modeste génie, admet son erreur puis raconte l’erreur du grand Einstein, reconnu par lui, quand il voulut, un temps, « installer un modèle statique d’univers ». « La plus grande erreur de ma vie », aurait déclaré Einstein.
Ouf ! Tout ne serait qu’ondes en fin de compte ! Donc lumière ? Ce besoin de comprendre (l’univers) est formidable. Nous autres (écrivains, philosophes, psychologues), on tente de comprendre « son frère, ses amis, les humains modernes, la nature environnante », ces chercheurs embrasent l’espace tout entier. Quelle immodestie ?
Même lui, Einstein, qui ne croyait pas au terrible Yaveh de ses compatriotes, à la fin, luttait pour le sionisme, la patrie à reconquérir. Ardent militant pacifiste à Berlin, il est conspué et interdit, un long temps, de voyager. Pire : les USA refusent d’abord son visa de simple visiteur. « Jerusalem, l’an prochain ? » Nous voilà plongé dans l’actualité chaude du jour hein ? On tenta de l’assassiner. Arrestation d’un tueur, amende : 6 dollars ! Pétition contre lui. En 1933, Hitler est au pouvoir et Einstein, alors en Amérique, déclare qu’il ne rentrera pas son pays. À Berlin on publie : « Bonne nouvelle : il ne reviendra pas ! »
On sait la suite, sa lettre du génie à Truman. La bombe atomique. Ses remords. En 1952, on lui offre rien de moins que « la présidence d’Israël »! Il refusera, se disant un « naïf » en politique. Il dira : « la politique c’est le présent, une équation (à trouver) est quelque chose d’éternel ».
3-
Je lisais avant-hier (dans un quotidien) sur un bonhomme qui a quitté librement les actualités, —les nouvelles du jour. Il disait qu’il voulait être hors de ce présent qui rapetisse. Oh ! J’ai réfléchi longtemps là-dessus, le journal sur les genoux, le nez en l’air, regardant un goéland voltiger sur le petit lac Rond en cherchant un poisson à engloutir. Quoi? Vrai :une perte de temps tout ce fatras des nouvelles, des batailles politiques, ici ou à l’étranger ? Je ne savais plus. Il me reste dix ou vingt ans de vie, si on pouvait savoir ? Moi qui aime tant la vie, j’en suis devenu tout fébrile. Ne plus perdre mon temps. Comment ? J’ai eu la tentation d’imiter ce personnage. Que cela serait libérant, que cela me donnerait du temps pour…pour la création. Créer pour qui ? Pourquoi ?
Mais non, le lendemain, je me colle le nez de nouveau aux manchettes. Une sale vox me murmurait : « trop con, trop petit, pas assez fort hein » ? Je fis taire cette voix embarrassante. Tous, nous devons vivre « ici et maintenant » et nous ne sommes pas des Hawking. Au diable ces trous noirs (ou rouges), il y a des images à faire naître à propos de mes chers souvenirs d’antan : le guenillou, le vendeur de glace, les cordes à linge de ma ruelle. Je le ferai juste pour donner raison à cette voix d’Henry Miller —dans « Paris est une fête »— qui répétait sans cesse : « La mission de l’homme sur terre est de se souvenir. »
4-
Il est tard. Je veille. J’écris tout ceci. Je suis très énervé (excité aussi, amusé ?) de devoir fermer ma baraque aux mots pour un temps. Vaniteux : vouloir terminer ce six mois d’entrées diverses de façon captivante. Mon vieux souci :ne pas ennuyer les gens. À sept ans —avec Devault, Malbeuf, et Moéneau— j’avais déjà si peur d’ennuyer, dans la cour, avec nos séances dramatiques improvisées.
M’amuser d’un édito (de Saskatoon) où un compère, anglo pure-laine ?, recommande de nous « voler » de nouveau. Oui, dit-il, comme nous les Canadians nous ont volé le mot Canada, l’hymne nationale— oui, nous voler la fête du 24 juin, qu’il trouve « la seule réussie à travers le Canada ». Il n’y aurait qu’à allonger cette fête du Canada (demain), publie-t-il, mais oui la prolonger en incluant ce maudit 24 juin. Dont il est jaloux, il l’admet volontiers.
La vie ordinaire c’est aussi, ce midi, vite, vite, aller acheter un bidon de gaz (profane) pour qu’Aile puisse faire rôtir ses douze bons hamburgers. Ils furent succulents. Bon vin rouge, fraises et glace à la vanille…oui, la vie ordinaire, bonne.
« Tout ne fut, au commencement, que gaz accumulés », m’expliquait Hawking dans cette « Brève histoire du temps » (« J’ai lu »).
Je veux lire, de Julien Fortin, « Chien levé en beau fusil »(Triptyque), je veux tout lire. Écrire et lire, mes deux passions. Ma tristesse de nous savoir si peu nombreux les fous de lecture. Je questionnais mon beau jeune Thomas là-dessus au bord du lac. « Toi qui lisait tant jeune…pourquoi ? » Réponses vagues. Ai cru comprendre : « Papi, trop de lectures obligatoires au collège ! » Je crains tant qu’il passe à côté de plaisirs si féconds. Je l’aime tant.
Ma paresse ? J’avais voulu organiser à Val David ( à l’expo de poteries annuelle) un grand moment : montrer les céramiques naïves de papa. L’été prochain. Promesse de paresseux ? Mon ex-camarade, illustrateur et graphiste à la SRC, René Derouin, sur son domaine de Val David, en août, fera voir des « installations » comme l’exige la mode branchée.
Derouin prône la venue de liens entre les trois Amériques comme si des liens valables pouvaient se tisser avec l’éléphant du groupe, les USA. Il s’est souvent vanté d’avoir coupé avec l’Europe, la France. Le vieux rêve des muralistes célèbres (Rivera, Orozco, Siqueiros ) quand ils jouèrent des cartes truquées en tenant d’assimiler l’art « candide» des indiens, les seuls vrais indigènes des Amériques du sud. Un échec forcément.
Ah, ces Blancs torturés, gênés de descendre des Blancs d’Europe ! Je n’y crois pas. Le vieux complexe des « colonisateurs » (nous), refusant de continuer les liens normaux avec d’où nous venons quand nous avons émigré sur les terres des « sauvages ». Aucune confiance dans ces tentatives folichonnes, artificielles, de jouer les « nouveaux » sauvages. Un leurre.
Il y a un axe tout-puissant chez les anglos. On refuse de tenter de fortifier un axe francophone. Danger : la langue est le sang de la pensée créatrice. La culture véritable en découle. Les musiciens ou les peintres, eux aussi, ne peuvent s’en dissocier de ce fait têtu, la langue. L’axe espagnol (et portugais ?) des lointains voisins du sud est valable pour les usagers de ces langues. Comme les Noirs du nord ont des liens à se forger avec l’Afrique, leur patrie ancestrale lointaine. Derouin rêve de connivences artificielles. Hors-langue. Laissons-le rêver, tiens, il ne fait de mal à personne. Gaspillages d’énergie tout de même. Il y aura, sur « ses terres » boisées de Val David, entre les poissons d’argile multinationaux, les poèmes de Lapointe et les « installations » intellos-symboliques, quelques marcheurs pour rêver avec lui.
5-
Mon correspondant « imac-ien », le sarcastique humoriste Daniel Marleau, me conjure de ne pas confier mes illustrations à un peintre de profession. Merci ! Il a bien raison. Dès demain, j’affronte mon affaire, on va bien voir qui c’est qui mène chez moi. Marleau ne cesse pas de me souhaiter « une belle Fête du Caaaaanada », je l’étriperai un jour. Il me taquine franchement ? Il a braillé —en un courriel souffrant— que l’on ait osé lui changer le nom de sa petite patrie au Saguenay. Il a raison : ma foi, je fesserais rare s’il fallait que l’on nous change le nom de Villeray, par exemple.
On a donc, avant-hier, regardé « I am Sam », j’y reviens ?, et cette « fin heureuse, inattendue certes —qui a chagriné tant de critiques— me fait songer que la gent intellectuelle déteste le bonheur. On veut du tragique, c’est plus sérieux ! Jeune, j’étais de ce lot… dramatiseur à souhait. Mon Daniel : « Ah, je vais louer « I am Sam » alors, moi, j’aime bien le bonheur ! » Bravo fils ! Pas un garçon bien élevé ça ?
Tenir à dire que j’aime les intellectuels, que j’en suis un (autodidactement !) et fier de l’être, que j’ai le droit de dénoncer les illusions, les marottes, les lubies funestes de mon monde.
Je songe à mon marcogendre et ma fille, Éliane, roulant vers l’océan atlantique du New-Jersey et je suis jaloux. Ça persiste. J’espère que l’ami Dubois dénichera une piaule pour une quinzaine au Maine en août. Folie ? L’idée de convaincre le Marco d’organiser une soirée-jasette libre avec mes fidèles du journal. On serait dix ou cinquante, peu importe. Parler ad lib avec ceux qui m’aiment et aussi avec ceux qui —fidèles—voudraient aussi me critiquer. Une folie ? Une idée de mégalo ? Je verrai.
6-
Il vient de mourir l’acteur fabuleux des « Nuits de Cabiria » de Fellini où il fut un extraordinaire souteneur, veule, lâche, salaud. François Perrier est mort vendredi à 81 ans. J’aimais sa bouille de chien « battu ». Sa tête de « serviteur dévoué » dans le « Orphée » de Cocteau quand il jouait cet ange Hurtebise sorti des enfers, échappant à Cerbère, nageant à contre-courant pour L’Eurydice émergeante du Styx.
A ce sujet : soudain, il y a dix jours, bloqué en illustrations villerayiennes, je reprend un petit manuel —expurgé, à l’usage des écoles— de mythologie. Lecture attentive. Je prend des notes et puis je descend à l’atelier pour peindre Jupiter, sa jalouse d’épouse, Junon, Diane, Neptune, Bacchus et compagnie. Pouah ! Pas fort !
Mais j’y reviendrai. Je me laisserai aller davantage en accidents visuels et je parviendrai à produire une bonne série d’aquarelles sur les mythes fondateurs de tant d’écrits (littéraires ou psychanalytiques). Dimanche matin, chez le camarade Folch-Ribbas (La Presse), je lisais : « Aquarelles de l’auteur », pour une édition de « Le petit prince ». St-Exupérit en illustrateur, bien !
Le Meyssan, parano des complots, se ferait déboulonner déjà. Pour l’auteur Meyssan, le 11 septembre, les quatre avions-à kamikazes c’était le fait de méchants conspirateurs du puissant complexe militaro-industriel. Ils avaient tout organisé pour qu’enfin un grave conflit armé éclate que le pognon puisse rouler dans leurs poches. Deux Français, en 125 pages, lui fermeraient le bec. Il reste à attendre un film de Stone grand amateur du genre : « FBI-CIA : des pourris alliés à des pourris » ! Le manichéisme est payant pour les foules crédules, on ne le sait que trop. Internet serait rempli de ces paranos déboussolés.
7-
Coup de fil, appareil cellulaire béni !, de ma fille qui roulait vers la frontière Canada-USA. Il y a, c’est bien connu, des coupures de son. On s’y fait ? Mal. Aile ne supporte pas ce gadget. Je la sens légèrement inquiète :ses deux « grands» (18 et 20 ans) seront seuls au foyer. J’ai du respect pour ces mamans pourtant vieillies, qui, jamais, ne seront tranquilles d’esprit quand elles s’éloignent du phare, de l’abri, du port d’attache. Je trouve ça touchant. J’ai mal quand je songe à tous ces jeunes pris par le job d’été, à mon David, gardien de piscine à Sophie-Barat, à Laurent surveillant aux parcs de la Ronde, à Simon gardien à la Plage-Doré. Un été chez le diable non ? Je viens de raconter ces boulots ingrats dans « Pour la gloire et l’agent » en quelques lamentos bien braillards… lyriques et fondés.
Souvenir : j’ai quoi, 16, 17 ans ? Maman lisant sa chère Colette sur le balcon d’en avant. Je sors avec mon vélo. « Où vas-tu encore trotter là, mon garçon ? » Moi, exaspéré : « Oh, m’man, je t’en prie, j’ai pus dix ans ! » Elle : « Si tu veux te faire une blonde, j’suis pas folle, va donc pédaler vers Ahuntsic, par là. C’est du monde de notre genre. De notre classe ». La mère snob ! Bin snob la tite fille de Pointe-St-Charles, non ? Elle savait et n’aimait pas trop que je fréquente une mignonne noiraude de la rue Villeneuve sur le Plateau.
Un jour, j’apprend que Michel Tremblay —je veux lire son dernier : «Bonbons assortis », même si on doit écrire « Bonbons variés », signale Chartand du Devoir— avait une mère qui disait : « Restez sur le Plateau, ne descendez jamais en bas de Sherbrooke, c’est pas de notre monde » ! La grosse femme snobinarde ? Mon ex-éditeur, Yves Dubé (frère de Marcel) me disait —il était du Faubourg à mélase, rue Logan— que sa mère disait aussi : « Ne traversez jamais Dorchester, évitez le Faubourg Saint-Laurent (où est Radio-Canada), c’est du monde « cheap ».
Snobisme inouï allant du nord vers le sud, vers le bas ! Le romancier André Langevin (que devient-il, lui, si doué ?) y habitait dans ce faubourg mal aimé — lire « Une chaîne dans le parc ». Mère snob aussi ? Non. Impossible. Rien à faire : il n’y avait pas plus bas, c’était le fleuve, que le port, la Molson.
8-
Les cailloux de Mars ? Hum ! Il faudrait à la NASA deux milliards de fonds publics pour aller en cueillir. Y a-t-il traces d’eau, traces de vie… la grande question ! Ce sera pour 2014, semble-t-il, la réponse. Et c’est pas sûr. Patientia !
Dans quatre jours, se rappeler, du fondateur républicain des naissantes provinces unies d’Amérique, Jefferson, le « Tous, nous sommes nés égaux, doués par le Créateur de droits inaliénables :la vie, la liberté, la recherche du bonheur… » Oh, cela, la quête du bonheur depuis Platon et même avant. En 1776, ce terrible virage définitif, anti-monarchisme, une quinzaine d’années avant la Révolution française qui utilisera les mêmes termes. Son successeur, Double-V, utilisant la peur, tente de mettre la police partout, partout. Avec primes aux délateurs maniaques qui verront un saboteur dans chaque dissident, parmi les contestataires les plus pacifiques. Jefferson, au secours !
En ce temps-là, ici, même aux portes de nos églises de village, placardage « bostonnais » :Canadiens-français, joignez-vous à nous, à bas la monarchie ! »
Du bon peuple et nos petits curés favorables. Mais… la hiérarchie cléricale, déjà collaboratrice, excommuniait les libertaires qui osaient souhaiter que nous joignons les voisins décolonisés. Les occupants satisfaits, contents de ces valets en soutane rouges ! Par frousse, par intérêt, on nous accordera bientôt un faux gouvernement « représentatif ». Une Assemblée truquée. Surveillée.
Ensuite, Louis-Joseph Papineau tentera de réformer ce leurre. Ça va coûter cher aux Patriotes de 1837-1838. Le feu partout, des pendus et des exilés en Australie. Vive le 4 juillet !
9-
Laporte parlait avant-hier (La presse) avec son ironie décapante des tricheurs « initiés » dans les bureaux capitonnés des énormes firmes américaines. Scandales sur scandales. On gonfle les profits. On attire des investisseurs candides. Le ballon prêt de péter, on vend vite nos parts (de PDG) et ensuite seulement on déclare faillite.
Un observateur dit : « Quand il n’y a plus de police, les voleurs s’épivardent ». Les vérificateurs sont bafoués partout, moqués, trompés, éloignés…pas assez nombreux, mal équipés. Et vlan ! les spéculateurs modestes ont le bec à l’eau. Les employés de ces bandits —en « grey flanel suit »— deviennent des chômeurs. Aile: « Quoi? Il n’y a plus de rigueur, il n’y a plus de conscience, plus d’honneur, qu’égoïsme et jouisseurs pressés, voilà où nous conduit l’immoralisme ambiant actuel, constitué de prédateurs pressés, d’égocentriques. » Elle a bien raison. Bush, venu de ce monde des « rapaces », joue le râleur indigné : « Suffit ! On va y voir » !Quand mister B. ?
Yves Boisvert, chroniqueur à « La Presse » a une plume vigoureuse, brillante, son allégorie récente (avant-hier) entre ces terribles « poissons rampants » qui voyagent à travers les étangs pour les vider de toute vie aquatique et le jeune chef de la droite, Mario Dumont, était une chronique géniale.
Quoi, quoi, on fesse et puis on vante La Presse ? Bien comprendre : je cogne sur les éditos soumis au boss mais des reporters y sont souvent fameux. Ainsi à « The Gazette », le quotidien raciste, francophobe malade, que je fustige, les reporters y sont souvent très compétents. Il faut faire la différence entre les journalistes (syndiqués souvent) qui honorent le métier et les chefs soumis, les petits-chefs dociles et les sous-chefs accroupis sous les patrons. Le « boss » —derrière le proprio— stipendié, déshonoré, qui a vendu, et cher, sa liberté, tels tous les Pratte, Mario Roy et Cie.
9-
Un calmar d’une tonne (!) est exposé à New-York. L’article fait rêver aux lectures de jeunesse des gens de ma génération, à Hugo et sa poulpe (pieuvre ?) effrayante, Jules Verne et son calmar inimaginable…au fond des mers ! Autre article et autre sujet de rêverie pour les pauvres, les démunis : on oublie de l’argent dans des banques. Cela forme 180 millions ($ Us) en argent ! Personne ne réclame ces magots ! Mystère ! Rêvons encore :le Mexique produit des tas de feuilletons de télé. Une vaste industrie. Des gros mélos pour la plupart. Il doit bien y avoir au moins un ou deux téléroman valables dans le lot. Pourquoi ne pas en voir un peu. Pourquoi seulement le « dumping USA » ? Même le Japon (Chine, Corée) achète de ces « telenovellas »… pas chers forcément. Colonialisme aplatventriste étatsunien accepté. Quelle station briseera le moule. Les Québécois apprécieraient le meilleur de cette industrie Mexicaine… Ou Indienne. Nous ne sommes pas imperméables comme le public chauvin des USA aux cultures étrangères.
10-
À Saint-Jérôme, pas loin d’ici, annonce d’une expo de tableaux. Pas 5 ou 10 peinturlureurs, non, 30 peintres ! Je lis la liste. 90% d’inconnus ! Terrible : toute cette activité peinturluresque et si peu de connaissance de ces manieurs de pinceaux. Aucune information valable. Il y a là un mystère opaque, non ?
Le diable devenu vieux se fit ermite ? Un compagnon d’armes du révolté célèbre, Che Gueverra, l’intello Régis Debray, révèle à Robitaille (Le Devoir) que la politique (il fut, une fois libéré de prison) conseiller de Mitterand) c’est terminé. Il est plongé, dit-il, dans l’étude des religions. Ah ! C’est à lui que je faisais allusion plus haut en parlant de décrocher des actualités. Le bonhomme semble épaté par une connaissance (De Chayssac) qui a abandonné la France et le français, vit à New-York, ne parle plus que l’anglais-américain et recommence sa vie aux USA. Il dit qu’il est logique. Que Washington c’est Rome. Que tous les de Chayssac sont logiques. Exactement ses mots ! Qu’à Rome, tout de même, on parlait deux langues, le latin et le grec. Debray ne croit donc plus à l‘avenir de son pays. Il s’est donc englouti dans les vieux manuels d’histoires des religions.
Qu’en penser ? Effrayant non ? Plus aucun espoir ? Il plaint nos luttes (ADMIRABLES)au Québec, rappeLle que les Français à l’ ONU (New-York) rédigent les rapports en …américain (comme font tant d’hommes de science en France) ! Debray lance le gant. Il fuit. Il s’exile de tout. Écoutez cela : « Oh, horreur, nous allons devenir un grand Québec ! » Un auteur a dit cela, le français Jean-Claude Barreau. Ça donne un sacré choc, non ?
Debray avance que lorsqu’il y a un vide, un empire s’y installe. Une loi incontournable. Or, dit-il, les gens d’Europe refusent de combler cet espace dsisponible. Il dit que très peu de monde chez lui croit vraiment à une Europe forte. Alors ? Le trou, le vide. L’empire s’avance. Résultat : l’américanisation volontaire partout là-bas. Debray m’a captivé en disant que la quête de puissance a donné, deux fois, deux massacres horribles (1914-1918 et 1939-1945) et que cela pourrait faire la méfiance et du désintérêt des Européens en face du pouvoir, de la puissance.
11-
Une fin pour ce premier tome ? Je vois bien que les actualités m’intéresseront toujours. Je ne me cacherez pas dans l’étude des religions ou des arts de jadis. Je suis paré à raconter Marc-Aurèle Fortin aussitôt que « Vendôme » aura un coin de studio libre !
Demain, je lirai encore mes gazettes, encore et encore, j’aurai envie de chicaner, de rédiger des pamphlets…
Rien à faire. Je reste donc curieux comme une belette, accroché. À tout. Distrait et, de cette façon, comment me « cultiver à fond » à propos d’ un seul art, d’une seule discipline. Car la culture véritable c’est cela, foin de l’érudition puisque je ne veux pas briller dans les salons… littéraires ou autres. On ne change pas ? J’étais le grand distrait à l’école, au collège. Je le reste. Je m’intéresse à tout. Un peu. Comme tout le monde.
Aile, je la vois de la fenêtre de ma « chambre à écrire », s’est plongé dans « Le tueur aveugle ». Ensuite, on va pouvoir en jaser longuement. Le ciel, très lumineux est tout de même recouvert d’une sorte de brume. Humidité lourde. Au bord du lac, il y a une bon vent., mon drapeau tremble énormément, « fasaille » même. À partir de demain, je me le jure, Soeur Gagnon sera fière de moi, je me jette dans les aquarelles que je lui ai promises. Je veux que « La maisonnette » progresse.
Demain, je me trouve un autre bon livre à lire, pour les soirs quand la télé est trop insignifiante ou qu’il n’y a pas de bons films au vidéo-club du bas de la côte Morin. On ira voir « Chaos » au Pine, on se fera des grillades sur le barb’à queue. Et puis quoi ? Oui, Léo Ferré : « On s’aimera, on s’aimera ».

Le jeudi 20 juin 2002

Le jeudi 20 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Parfois, j’entendais des connaissances se lamenter : « mon ordi est kaput ! » Je me disais : « quelle guigne ! Pas de danger que ça m’ « arrive. » Eh b’en, mercredi dernier —quoi ? toute une semaine sans mon cher journal harassant!— au retour, quatre heures plus tard, je remue la souris et….kaput! Plus rien. Et la lumière…fuit ! J’avais débuté (perdu ce début) et le soleil se mit à luire tant, si fort, si invitant…. sans bon sens. J’avais laissé là cette machine, allumée. Quoi ? On sort prendre l’air et au retour le soir :plus de courant. Plus rien. Mort le machin Imac !
Mon Daniel me recommande d’aller voir un docteur en ordinateurs. Je vais, le lendemain, jeudi dernier, porter mon malade dans la 5 ième Avenue, à Rosemont…et les experts trouvent pas. Me menace : « le tube sans doute, ça va revoler dans le 900 tomates ! » Ouille ! « Ah, il n’a que deux ans, ah ! Bon, bon,. Alors on va mieux chercher le bobo ». Et, ce jeudi midi :enfin, c’est la patente remise à flots et une facture de 350 tomates ! Ouf ! Merde et re-merde !
Je vais devoir noter brièvement des éphémérides pourtant riches depuis toute cette semaine d’absence. Dire tout de suite que —le guéri dans le coffre de l’auto— il m’a fallu aller porter des photos d’enfance chez la Elsa de Denise Bombardier (pour « Conversation ») , proche de Radio-Canada. Ensuite, devoir filer à « La Maison des écrivains », rue Laval, aussi pour une photo : je suis invité à bavarder avec Fugère au Centre culturel Frontenac, en septembre. Photo exigée aussi pour la revue « Le bel âge » (rue University), enfin, aller à un anniversaire (le 50 ième) de « La Roulotte » sur la terrasse de l’Hôtel de ville. Paul Buissonneau y est. Quelques rares acteurs du vieux temps. Vin rouge frais, joli bouquet de lys aux vétérans. Merci. Aile a trouvé un vase tantôt, revenu au chalet.
Une chaleur caniculaire. Fin de la série de jours pluvieux enfin. Sueurs partout. Je sone à une première baignade. Je reviendrai au journal, plus tard. Demain matin ? J’en ai long à raconter. Calepin bourré de notules. Aile a acheté des livres ce midi. Je suis plongé dans « Le tueur aveugle » depuis deux jours, attendant le retour du… jedi-imac ! L’amie Josée, un soir récent, à La Moulerie quand je lui dis ma manie de la vitesse, ma peur de perdre du temps, mon angoisse ordinaire face aux jours qui filent, s’exclame : « Ah ça c’est l’urgence de vivre, Claude » Je lui dis : « Oui, c’est ça, c’est moi ça, ce serait bon comme titre. Pour mon journal en livre, tu permets ? » Elle rigole.
« L’urgence de vivre », journal. Oui, je vais courrielliser ce titre chez « la priseuse de textes », Martine Aubut aux Trois-Pistoles. Bon :sortir donc. Chaleur torride, je l’ai dit. « Demain, ça rivage « L’extraordinaire et triste histoire… » de Marquès —que j’avais bien aimé. Sortir donc. Demain, revenir au journal pour raconter mieux sept journées pas nettes de….de ceci et de cela.

SOUVENIR DE JULIETTE HUOT

Ah b’en quand on a su ça!  » Pas croyable « , disait ma mère épatée du fait: la fameuse Juliette Huot, louait un chalet à Pointe-Calumet, au bout de l’est, boulevard Lachapelle, pas loin du  » Calumet Country Club « .

Quelle fierté pour le petit peuple de cette villégiature populaire des bords du Lac des Deux-Montagnes. Ça jasait, ça épiait. Ça racontait :  » Imaginez-vous donc qu’on y voit souvent Gilles Pellerin, Serge Deyglun, Denis Drouin. Est très recevante. Paraît que Juliette Huot fait des spaghettis dont ils raffolent dans l’avenue Lamothe!  » Nous avions su qu’un lot d’artistes allait dans le Maine, au bord de l’océan, d’autres, disait-on, allaient en Gaspésie au bord de la mer ou du côté du Bic, ou dans Charlevoix, mais avoir une vedette de la radio à Pointe-Calumet oh que c’était flatteur!  »

La  » Juliette s’ajoutait aux  » personnalités  » du lieu populiste : le chef de police de Duplessis, Hilaire Beauregard, le jeune annonceur Réal Giguère, ou Robert Rivet, ou encore la chanteuse française Michèle Sandry, établie au Québec. Mon ami Tit-Yves habitait pas loin de cette avenue Lamothe et potinait volontiers:  » Elle a organisé un fameux de gros party samedi soir dernier, ça riait, ça criait là-dedans! Ça chantait!  »  » Vendredi soir, on a vu, en personne hein?, Jacques Normand!  »  »

L’autre dimanche, sa bande et elle, ils se sont baignés en s’arrosant comme des  » yables « , fous comme des balais.  »

Un bon soir, Raynald, Tit-Yves et moi, on jouait sur la plage de l’hôtel  » Château du lac  » et l’inévitable Tony, bigle et râlait ses  » Aïe Marie, aïe Marie! « , Budy Fasano était au piano et puis, tout d’un coup, et on a entendu le MC gueuler :  » Votre attention, mes dames et messieurs! Une bonne main pour accueillir nulle autre que mademoiselle Juliette Huot qui nous fait l’honneur de sa présence!  » Tonnerre d’applaudissements.

On a couru au chalet pas loin de là :  » M’man, m’man! Juliette Huot est au Château!  » Ma mère qui sortait rarement n’a rien dit, elle a mis sa robe de sortie et est partie fureter au  » Château  » avec sa voisine, Orifice Scarpaleggia. Juliette Huot, jouant si souvent les mères à famille nombreuse, c’est avec elle que notre mère s’identifiait le mieux.

Chère Juliette, aux rivages du paradis tant mérité par ta magnifique carrière et ton dévouement aux  » Petits frères « , bonne baignade et que Saint-Pierre brasse de bonnes pâtes pour toi et ta bande!

Claude Jasmin (écrivain)

Sainte-Adèle. (17 mars 2001)