IL FAIT BLANC JANVIER

Il fait blanc janvier. Voir un jeune du village au coin de ma rue, de beaux grands yeux sombres, sac d’école en bandoulière, éjecté de son bus jaune, il sourit à un matou tigré qui l’attendait. Dehors si blanc janvier avec petit mal à l’âme car je lis la Syrie ensanglantée. Maudit journal du matin, maudit téléjournal du soir. Et puis tousser sans cesse, cracher, grippé horriblement. Alors surgir aux genoux pour implorer le bon grand Saint Pierre…mon toubib à la clinique. Une fiole d’antibiotiks.

Encore, à la radio cette fois, frappes mortelles —chrétiens versus musulmans— cadavres empilés aux terres rouges briques en exotique Afrique ! Celle, désaxé, du centre. Voir des enfants estropiés, Seigneur, on a le cœur en compote. Ces journaux —salut m’sieur Taillon— suis-je masochiste, tous les matins avec ration de sangs. Turquie tiraillé, Tunisie devenue fragile…Des obus au nm d’Allah ! Partout des réfugiés entassés. Assommé encore avant d’aller dormir. Vous aussi ? Où se réfugier ?

Sainte Adèle, bel abri ? Non. Pas assez blindé et les beautés d’ici ne calment pas; telle cette très belle vieille dame, rue Beauchamp, et ce joli poupon rose en carrosse de luxe. Ou ce gras géant et ses rires tonitruants chez IGA. Au Métro, une adolescente danse sur place, sourit au commis dragueur. Mon voisin rétabli sourit à la vie de nouveau. Vive Jodoin ! Quoi, le monde ailleurs… à la page UNE, photos d’enfants syriens dépenaillés qui nous dévisagent, accusateurs. Tristesse. La Birmanie brassée dans des rues violentes. Une envie de fuir. En raquettes au fond de nos bois.

« Dieu », disait l’écrivain, « dans quel trou m’avez-vous mis ? » ( Réjean Ducharme). Il fait mi-janvier déjà, il fait blanc et froid et j’ai mal. Vous aussi ? Marcher à la poste. Des factures. Des publicités. J’ai mal à ce Liban encore mortifié. On a mal au monde. On a mal au cœur. La douleur de ces habitants-sur-pilotis, voir Bangkok-hors-touristes en révoltes. Examiner ces bouches en forme de cris en Irak à kamikazes. Djiadistes fanatiques là aussi ! Somalie ? Poitrines maigrichonnes d’enfants noirs aux écoles fermées.

Regarder ces actualités de maints sangs dans moult querelles et, dehors, beau soleil dans mon village à collines. Besoin de rire aux cabrioles d’un enfant dans des congères démolis. La charrue passe. L’ouvrier crache. Il sort sa pelle. La vie. Pourquoi le mal au monde ? Facile de fermer radio, télé ? Merde ! La misère aussi toute proche ! Ce triste jeune vagabond, rue Valiquette, qui observe une photo de palmiers. Vitrine à touristes. Songer à ma fille fragile exilée au sud. Je reste en ce « pays aux mille collines » —loin du Rwanda— où il fait blanc janvier.

Chemin-Péladeau, un géant attache sa tuque, grimpe dans son camion. Juste un homme qui va filer. En Abitibi. L’autre, son jeune frère, chômeur, reste. Déjà sans domicile fixe. Oui, même ici en jolies collines, une discrète misère. Sur la pointe des pieds. Des voisins ont faim. Rongent des freins. La honte des deux côtés avec l’impuissance. Nos routines : sortir le bac noir hier. Le bac bleu demain. Aube : voir des pistes de raton laveur. Nyctalope comme les chats. Devoir gratter la glace aux vitres de la Honda. Janvier s’en ira-t-il ? L’hiver passera, oui ? Très grippé donc mais nourri, vêtu et bien logé, l’écrivain retraité, chroniqueur de tout et de rien. Encore ça : des enfants en loques à Beyrouth. À Damas. Au Caire. À Bagdad. À Kaboul. Partout. Songer à des parents sur les plages de Palm Beach. Les veinards ! Photos chaudes sur Internet. Le journal lui : cité maganée en beau pays, Haïti, des enfants si beaux les yeux pleins d’eau !

Faut vivre malgré tout et sortir au soleil sur l’anneau du lac, y admirer un chien fou, foufou, d’un beau brun bruant. Dehors, il fait blanc janvier.

AIMONS L’HIVER ?

Daniel, mon fils le valdavidien, à qui je dis  : « Pas jaloux de ta sœur, partie six mois à Palm Beach ? », me dit : « J’aime bien l’hiver, moi, pour la beauté des paysages, pour le ski dans nos collines, pour ses airs de fêtes, pour cette variété saisonnière illuminante. »

Je lui sonne raison. Daniel est en meilleure santé que ma fille un peu fragile, Éliane. Que dorlote son Marco qui est mon webmestre.

Moi ? Je balance Tenté de m’exiler car il y a mon grand âge. Suis pas trop friand froidures. M’envoler alors avec nos oiseaux, hum, ma Raymonde ? Une totale aversion de l’avion. Mon gendre nous parle de « mettre l’auto sur un train », ce qu’il fait, lui. Il y a aussi la crainte de certaines privations, us et coutumes d’ici, s’en passer six mois ? De 1978 à 1988, nous allions en Floride, le temps des Fêtes. Vite, on s’ennuyait, nous étions contents de « remonter ». Pourquoi ? Ma radio, ma télé, mes chers journaux et magazines —d’ici et de France. Avec raison, Marco rétorque : « Désormais il y a l’ordinateur qui apporte tout ça et en quelques clics ». Mais chez nous, l’ordinateur… pas top ! Francophiles ardents nous avions songé à « l’hiver en France-du sud ». Mais des connaisseurs du « midi » disaient : « Où ça ? À Menton, proche de Nice ? Pas bien chaud », là où des adèlois de nos connaissances hivernent. Nous songions au sud-ouest, Cacassonne, Perpignan ? Ces connaisseurs : « Ne rêvez pas. Il faut se couvrir d’une bonne grosse « laine » dès la mi-après-midi. Il y a aussi ce terrible « mistral. Frais et assourdissant ! » Il y avait aussi cette peur atroce de l’avion chez ma dulcinée. Bon, faire aveu :depuis une décennie, nous ne craignons plus l’hiver.

« Avec le temps », cher Léo Ferré, l’hiver ne nous semble plus si long, est « endurable ». Il doit y avoir pas mal de monde qui ne déteste pas l’hiver québécois, non ?

« Hier encore… »…cher Aznavour, j’admirais ce luisant soleil faisant reluire, étincelantes, nos région laurentidiennes. Et on sait bien désormais se vêtir chaudement. Ce matin, j’écoute, stimulé, ravi, sonner de ces « Jingle bell » et tant de bien jolies chorales nous égaient. Entendant au 98, 5, —salut à toi, l’ ex-camarade Paul Arcand !— l’inévitable « a-des-té-fi-dé-les », j’ai chanté avec ma radio et me suis souvenu de ma mère qui, au logis de ma rue St Denis, suspendant haut son fer-à-repasser, écoute les yeux mouillés « La Charlotte prie Notre-Dame », incroyable mélo larmoyant de Marie Dubas (écoutez ça à google).

« Ma bonne mère », cher Pagnol, malgré sa trâlée d’enfants, chantait toujours, oui, Fabien Thibault ! Ma Germaine n’avait pas le droit de songer à la chaude Florida, vissée qu’elle était à son modeste logis.

En passant, suis ébahi (un enfant ?) de tant de lumières multicolores dans nos arbres —merci m’sieur l’maire !— aux façades des commerces, de nos demeures. En 1940, rue St Denis, m’sieur le riche notaire Décarie avait, lui seul, dans son parterre un bel arbre de lumières ! Je me suis rappelé aussi, à Miami, à Fort Lauderdale, de ces fausses neiges de plastique aux fenêtres avec leurs « joyeux Noël », en français. Ô nostalgie cocasse de nos exilés!

En profiter chers lectorat pour vous souhaiter un très beau jour de Noël !

MON VILLAGE CHÉRI !

J’aurais jamais cru cela : que je m’attacherais —après quelques décennies à Ste Adèle— à ce point; c’est rendu que je déteste retourner à Montréal, la métropole ! Vendredi dernier, bien obligé (mon éditer XYZ) d’aller Au Salon du livre. Je tempêtais dans ma Honda et mon « chauffer privé » —une femme dont je suis fou— en rigolait. Mais je sais qu’elle est comme moi et que de… «  descendre en ville » ne la réjouit plus du tout.

Ce « Saloon… » à la Place Bonaventure, ouf !, quelle belle grande fête hein ? Illusion car les gens lisent de moins en moins, hélas, une sale vérité souvent niée tant on refuse le fait. Il est têtu pourtant : le monde ne lit plus. Les cinq chers petits-fils du « grand écrivain » ( Louis Cornellier dixit) ne sont pas « des gens à livres ». Ils « très » branchés et foin du papier imprimé et relié. C’est : Vive le Web, vive le Net, google, wikipédia et cie ! Vive l’ère de l’électronique, y compris ses jeux. Quand la pub du Saloon dit : 150 000 visiteurs, comprenez bien qu’il s’agit d’un infime minorité de Québécois car de St Jérôme à St Jean Iberville, vivent 3 millions des nôtres !

À mon kiosque XYZ, néanmoins grand plaisir d’y recevoir quelques chaleureux « fans », dont pas mal d’adèlois ! Ces chaleureux sont venus me serrer la pince, bavarder et m’encourager parfois en se procurant ce « chef d’œuvre » dont parlait « Le Devoir » en début de mars: « Anita, une juive numérotée. » À ce propos, dimanche, au Saloon, Place de l’Agora, l’on m’organisait une sorte de débat entre Dame Ravary, ex-convertie aux juifs Hassidims, et l’éditeur et auteur, Vanasse. Ce dernier publie un bouquin de sa généalogie, cela jusqu’à des ancêtres juifs en Hollande (les Van Hasss), même en Pologne ! À la fin, du petit « show », une vieille dame —de confession juive— est venue aux micros pour m’agonir d’injures (si j’en crois une jolie guide qui en riait). Le malentendant que je suis devenu n’a rien compris, voulant savoir, on m’a dit que « la madame » était toute confuse dans ses griefs, peu claire dans ses horions. Mais la chroniqueuse de Journal de Montréal, Dame Ravary, doit savoir quand elle vante les meilleurs rapports désormais entre sa chère secte et nous (à Outremont sinon ici, à Ste Agathe) que je m’en attribue volontiers les mérites. En 1988, il y a 25 ans, quand tous se taisaient, rectitude de cons, j’ai protesté dans l’hebdo d’Outremont face à un vrai racisme juif. Je fustigeais l’écœurant racisme des orthodoxes juifs. La Ravary a raison, leurs chefs ont compris et ils changent assez vite, une des leurs deviendra même candidate aux élections !

En ce moment, mardi matin, je vois le lac tout proche qui va se figer. Pour des mois. J’observe de la fenêtre de mon petit bureau une virtuelle glace, c’est de l’ardoise, mi vitre, mi pierre, vaste miroir d’un noir d’enfer, recouvert d’une espèce de glauque pellicule. Ça y est, c’est l’hiver qui entre. Il va vraiment neiger. Alors, spectacle magique réjouissant, sur la glace du lac, les samedis, les dimanches ensoleillés, on viendra nombreux. Les promeneurs sur les anneaux balisés vont venir tourner dans la lumière « la plus belle de toute la planète ». Oui, la science l’affirme : au sud, ils n’ont pas cette beauté lumineuse. Ni en Floride, ni aux Antilles. C’est chez nous, par ici, la luminescence vibrante… vive le boréalisme ! Cette luminosité éclatante s’en vient donc, dire merci alors aux millions de millions de cristaux de neige qui la reflète. Ah oui, on se baignera de lumière très bientôt, accompagnés de belles compagnes. Parfois avec, en laisses, les plus jolis spécimens de la race canine. Enfant, j’aimais l’hiver, ses jeux, forts, labyrinthes, traîneaux, patins et skis— vieillard, j’aime de nouveau l’hiver, pour sa lumière.

 

 

AU MILIEU DES BÊTES !

Autre « tour de machine », donc. On roule sur la 50 à partir de Mirabel et on file d’abord vers Lachute. Ensuite, région de Montebello, on arrive à cet étonnant zoo naturaliste. Zoo sans aucune cage. Vouloir circuler dans les sentiers boisés d’OMEGA. On y est donc et, mais oui, on ne sortira pas de « la machine ».

Courrez-y, l’automne achève, ça fait du bien de se plonger une centaine de minutes au moins dans la sauvage nature, au milieu des cerfs. Des daims, des paons ?, que sais-je? Des grands élans et autres bêtes de notre patrie. En ce temps de la chasse, combien de « disciples de Saint Hubert », vont revenir en ville « bredouillards », sans même avoir pu apercevoir un chevreuil ? Alors qu’ici, à Omega, dès le premier passage-grillagé, vous attendent tout de suite un lot de cerfs, parents et rejetons. Tous friands de vos…carottes ! On peut en acheter au « chalet central » —on a mangé de bons hot-dogs italiens !— à l’entrée du site; achat aussi de ces « kodaks » jetables.

Ce sera ensuite le défilé toujours impressionnant, comme majestueux, de ces habitants à poils : chevreuils aux gabarits variés, gros orignaux plus rares, boucs sauvages aux cornes étonnantes, un grand nombre de gras sangliers, des oiseaux sauvages autour de mini-lacs et puis plusieurs loups d’un beau blanc, à la fin, des ours noirs en quantité appréciable. Le parc Omega se divise en une vingtaine de sites. On y suit des cartons fléchés, c’est partout la beauté forestière, ce calme qui réconcilie avec la vie vive.

La guichetière nous avait prévenu : c’est le temps du rut, n’ouvrez pas trop grandement, les fenêtres de votre voiture. Des orignaux surtout pourraient devenir encombrants ». Nous étions prudents et l’ouverture des fenêtres était calculée. Laisser passer une seule …carotte…et puis une autre. Calculs et frissons. Oh les goulues bêtes avec leurs grands et sombres et si doux yeux ! Les noirs museaux tout mouillés, les langues si rouges. La beauté sauvage, la nature et ces intenses plaisirs des proximités.

Étonnant aussi de voir tant de volières naturelles —des bernaches ?— oiseaux de grisailles variées, géants grignotant quoi ? Larves, vers, coquilles ?, en divers marais ou vastes étangs. Soudain, un orignal détale, mystère. Soudain des cerfs jumeaux refusent de dégager notre sentier; attente acceptée. Ici, des loups dorment dans leur blancheur immaculée, là, un énorme sanglier, mufle bas, cochon velu et si gris, trottine en vitesse collé à notre carrosse ! Kodak : clic, clic ! Debout, un des noirauds, ours géant, exécute des figures d’un « cirque du soleil improvisé ». Vive Omega !

Le surlendemain, envie de revoir à l’ouest de Mont Rolland, notre si jolie Doncaster. Le site aménagé est gratuit d’accès aux résidents des lieux. Youpi, hein, les « séraphins? » Elle est toujours là et nous marchons le long de sa vivante coulée, couple enchanté d’un si beau soleil. On y a revu ses cascades bruyantes et on a grimpé sa lente montée toute en douceur, nous aimons ce site de paix rupestre. Des pique-niqueurs se redressent, nettoient leur table, remballent restes de vivres et…petits galopins. On s’agite car une rumeur grandit : on vient de voir un ours noir et il « valserait » du coté de « La cabane à Eddy ». « Raymonde, on y va voir ? » Non ? Ce temps de rut ! Chez feu-Eddy, la Doncaster se jette vibrante de rapides dans les bras de la Nord, tout au flanc du « P’tit tain ». Le bonhomme «  Galarneau » tombe à l’horizon, on rentre.

 

UN JOUR D’HIVER DE 1945 : DÉCOUVERTE DE SAINT-SAUVEUR !

Nous voyez-vous tous, tel le gang d’apôtres d’antan, nous amenant à l’heure du lunch, à un resto de Bordeaux ? Tous nous avons 82 ans, des p’tits vieux » qui furent de jeunes collégiens du Grasset. Ce « repas annuel » est un rituel installé par le dévoué Jean-Guy Cadotte, diplômé en sacerdoce. Ce vendredi récent donc, nous n’étions plus qu’une quinzaine ! Un temps, nous étions 35, puis 25…La mort….faucheuse sans pitié.

Pouvez-vous imaginer le flot des bavardages, aussi du radotage; mais quoi ?, on aime se re-re-remémorer des moments chéris, des profs aimés —« bons Messieurs de Saint-Sulpice »— d’autres « moines », les sévères et méchants. Confidences graves car certains regrettent leur orientation, Des aveux d’une voix cassée. Amers regrets d’un pharmacien, un ingénieur. Même un « missionnaire d’Afrique » !Silences, malaises. Soudain, au dessert, mon « petit camarade » l’avocat Roger R., nous fait nous souvenir du ski à Saint-Sauveur. À 15 ans ! L’autobus loué. La journée « de rêve » dans les Laurentides bien loin des rues cimentées, des tassements serrés des maisons de briques rouges. C’était la découverte d’un monde nouveau et ce vendredi-là nous nous souvenions de la beauté du vaste ciel et des innombrables collines.

Aussi du câble, rugueux « remonte-pente », nous conduisant au haut des pistes, 68, 69, 70. Ces ciels dômes infinis chers garçons de l’asphalte répandu partout, du macadam. J’ai rappelé à mes commensaux certaines de nos ballades hors pistes, loin de « La vache qui rit » à mi-côte. On s’aventurait dans des sentiers où les conifères se garnissaient de magnifiques meringues à la blancheur aveuglante.

Émus, on s’en est rappelé de ce silence, de cette solitude qui donnait une envie de prier et le goût du sacré. Ainsi, ce vendredi midi, soudain des yeux un peu mouillés, nostalgie de l’hiver de 1945. Nous, jeunes impatients au coin de la rue Saint-Hubert et Crémazie et l’autobus loué qui surgit enfin, joie folle, on monte pour Saint-Sauveur ! Okay, maintenant, voyez-moi, un samedi tout récent, et encore à Saint-Sauveur. Votre chroniqueur, mis sur son 36, déguisé en « officiant » mandaté par le « Ministère de la Justice », sérieux, je vais célébrer des noces. Celles du frère de ma bru, Murray Lapan (un prof et frère de ma bru). Ah ! moi qui voulait faire un « prêtre » à 10 ans, j’étais servi. La mariée (Claire Brossoit) inventa un « cérémonial géologique » en parallèle à « ma » grand’messe laïque » (air-terre, eau et feu). Soudain, au moment des vœux éternels, de l’échange des anneaux, du baiser rituel, j’ai levé les yeux du jardin du bout de la Montée du Lac Millette et… j’ai revu les côtes de ski de Saint-Sauveur, revu en cet hiver de 1945, la découverte fascinée des collines, des sentiers de sapins recouverts de jolis meringues.

Enfin, courez voir la surprenante, fascinante, envoûtante surdouée Hélène Bourgeois-Leclerc, chez Duceppe (« Vénus de vison » ). Toute la salle était éblouie jeudi soir … et vendredi midi, la faim, aller s’asseoir au cher vieux « Petit Chaudron » de Sainte-Adèle. Redevenu le même. Comme en hiver ’45. Très goûteuse soupe au chou, puis l’omelette au fromage « bien baveuse », de fraîches frittes. Dessert : leur tarte au sucre d’antan. Yam !

« VISA LE BLANC, TUA LE NOIR » (air connu).

J’observe sans jamais me lasser ma familière troupe de huit (oui, 8) canards. D’où sortent-ils ? Plusieurs fois par jour, ils vont, nerveux et enjoués, vers la plage publique, en reviennent, y retournent et… disparaissent? Nichent-ils là où la Ville détient un petit lopin de terre (basse) à fin écologique. À côté du Chantecler ?

Très comique de les voir en promenade qui plongent la tête sous l’eau ici et là. Qu’ont-ils aperçu ? Comiques ces cocasses culs blancs soudain dressés au ciel ! Que mangent-ils, des insectes, bactéries d’algues ?, des ménés ? Il m’arrive de, vite, couper des branches porteuses de cerises de chèvrefeuille et mes chers « 8 » semblent les apprécier, me reviennent aussitôt pour avaler ces baies sauvages. Quelle beauté naturaliste que ces pataugeurs ailés et à la natation rapide comme invisible. Il faut imaginer ces seize pattes palmées, mini-avirons énergiques en diable. Ces huit long cous, chaque jour offre un brin de sauvagerie en un milieu habité, où la nature est peignée, tondue, organisée; contraste excitant !

Ma crainte de ne pas les revoir, l’été revenu, car mes chers « 8 » me réconfortent. Or, voici que depuis deux semaines, un nouveau venu, un canard… nègre ! Plus gros, noir de plumes. Ce solitaire vient rôder mais pas trop au bord du rivage, méfiant; l’orgueilleux « moineau », au port arrogant est un indépendant, en tous cas, si je l’appelle avec mes baies lancées…c’est non, niet et plouc !, chaque fois il plonge aussitôt et…disparaît. Vraiment. Je guette mais ne le vois plus ressortir de l’onde ! Est-il mi-poisson, mi-canard ?

Belle vie hen, eh oui car je suis très libre ayant achevé mon prochain roman. Le titre ? « L’apiculteur », rendu chez mon éditeur, VLB-Quebecor, sorti en 1974. Promettez-moi de le lire. L’histoire ? Un chimiste défiguré par un bain d’acide, vit terré sous terre. Pour sortir il se déguise en apiculteur et le « chapeau à voile » cache l’horreur. Le monstre s’est construit par les nuits un bunker sous un mausolée abandonné du cimetière, au pied du mont Royal ! Mon éditeur, Martin Balthazar (vlb, quebecor), m’a écrit : « Ici, excités de publier votre récit d’un apiculteur mort-vivant et c’est peu dire… »

Ça stimule en grande, hein ?

Bon, je paresse mais avec une « bibliothèque portative », mon cher « Kindle ». Je lis en ce moment la biographie d’un effrayant « assassin soviétique », Léon Trotski. Qui sera assassiné (au Mexique) sur ordre d’un autre « assassin soviétique », Staline ! On jase là, mon fidèle lectorat l’a bien vu, c’est un « Journal intime » (que l’on mettra en livre après ma mort ?

Mes canards sauvages donc… à Pointe Calumet, étés de ma jeunesse, point de canards, rien de sauvage, que des hordes de vertes rainettes, parfois un coyote, parfois un renard en haut des plages, loin, derrière les chalets en rangées.

Oh, soudain, « la faim, l’herbe tendre » ( selon Lafontaine), j’imaginai m’en faire rôtir de canard un sur notre BBQ ! Honte à mes gênes d’ex-chasseur ! Mais non, ma carabine (à plomb) restera muette et je mijote un nouveau sujet de livre. Tant aimer écrire ! Folie car publier désormais est une activité qui serait « en voie d’extinction », oui, on dit que la littérature agonise, que monde actuel lit de moins en moins. « Ça gueule : piratages, maudits ordinateurs ! ». Et les journaux ? On dit que le célèbre « Washington Post » pourrait fermer, diable, si « Pays d’en Haut » disparaît où trouverais-je un si bel îlot pour épancher ma passion d’écrire ?

Mes canards ne me consoleront pas. En 2020, solitaire et ridicule, j’irai à l’amphithéâtre de la rue Morin pour réciter mes proses. Des gamins, i-pod aux oreilles, i-pad aux mains, riront de ce vieux saltimbanque et, peut-être, lui lanceront des pierres ?

TI-COUNE SAUVÉ À STE AGATHE UN SOIR !

Au crépuscule le lac —si joli, si vaste— du village était en beauté. Hélas, pas de temps à perdre dans ce Saint Agathe tout doux de début d’été. car Raymonde et moi avions un rendez-vous avec un ti-coune, un cacaile, un ti-coco, un ti-cul, un nono, un zozo.

Entrons dans une sorte de taverne bancale (au bon café), triste café sombre et triste d’aspect et puis vers ce théâtre aux fauteuils usés, à l’aspect vieillot, guère invitant, Le Patriote. Assis dans le noir on a laissé causer un énergumène, une sorte de vagabond mal vêtu au langage parfois grossier (*Chier, chier, chier), un jeune type énervé aux prises avec…lui-même. Voici donc pour deux heures de « jaserie folle » une sorte de dyslexique, ah oui, d’inadapté à la vie réelle. On rit. Jaune parfois. Bleu. Rouge, ça dépend. Notre ti-coune, démago ici et là ?, joue du joual et du chiac, franglais à la mode, on le sait (upgrade, level, etc.). Son esprit à mille facettes n’a pourtant pas besoin de ces faciles béquilles. Bon, ces glissades ne sont pas trop fréquentes, Dieu merci !

Moins patients que piqués au vif, le niais, le cave, l’abusé, l’imbécile quoi est inséré dans un cerveau aux lucidités renversantes, c’est tout entendu et alors on accepte volontiers d’entendre ses humiliantes bizarreries, ses honteux rêves cocasses. Il ira jusqu’à critiquer vertement… Dieu lui-même, sa création, donc, lui-même. Ce mince freluquet, tout jeune énergumène, effronté et modeste, craintif et audacieux à la fois —maigre vraiment comme un clou, au visage pâle, aux cheveux bouclés— est, en certains passages, oh oui, très drôle.

L’humoriste André Sauvé s’avance en des domaines aux audaces langagières capricieuses. Il ne patauge pas, jamais, dans le « pipi-caca », le « vagin-pénis » à la mode et si commun à tant de nos paresseux « comiques ». Que non ! Sauvé, lucide, cruel même, se psychanalyse avec franchise, se frappant l’égo douloureusement, cherchant pathétiquement un salut, une catharsis. Tous les malmenés de l’existence, les timides, les peureux, les malchanceux, les complexés se reconnaîtront vite. Sauvé (qui ira au Maisonneuve bientôt) n’hésite pas à se confesser cruellement devant tout ce monde (salle pleine au Patriote !).

Cette osseuse silhouette énergique, corps d’ado attardé, philosophe sans le savoir et son : «  être ou ne pas être » est excellent. Souple zigue à visage nerveux, à la gesticulation névrotique, avec une voix tendue —du « hight pitch »— Sauvé tente aussi, soudain, de nous initier eh oui ! à la menuiserie. Tente aussi de nouer des coq—à-l’âne fous, souvent, osant nous dévisager pour nous poser des questions existentielles intenses, tel du bon Guy Légaré d’antan). En finale, apothéose visuelle remarquable, Sauvé achève de s’humilier dans une reconstitution délirante : on le voit, imbécile, en public et bien obligé de socialiser. Allez voir la cruauté de ses lacunes. Un inadapté attendrissant, paralysé, incapable de causer comme tout le monde, inapte à la vie ordinaire. Il « fitte pas », dira-t-il. Alors, on se rappelle, tous, de connaissances, comme lui, incapables d’être à l’aise à la moindre sortie mondaine. C’est triste, pénible et hilarant. On est partagé face à ce Cré Basile », ce ti-Coune de ville, monter sur scène et l’encourager ou l’abandonner à son triste sort. Sauvé a su s’analyser et s’observer en sagace, ses tics comme ses mots d’esprit illuminent deux heures d’une sorte de « polyphonie pour un bêta crasse ». Chapeau !

« TCHOU, TCHOU », LE TRAIN DU NORD !

Ça y est, enfin, tu as repris ton vélo et te voilà en selle un matin de soleil. De la vieille gare de Mont Rolland, tu vas pédaler presque une heure, pour rouler à un « café du coin » de Val David. Déjà, dans la piste cyclable du « Train du nord », vers Sainte Adèle, tu prends conscience de l’ambiance féerique. Silence ce matin et la paix si totale dans la lumière toute striée de feuillage. Les discrets sifflets de tant d’oiseaux invisibles sont partout dans toutes ces collines que tu traverses.

Le bonheur ! Tu viens de la ville et jeune homme, tu n‘as jamais connu cette sorte de loisir, ni cette sorte d’excursion en baignant dans les sauvagerie. Tu te souviens de toi plus jeune, tu as vingt ans, on est en 1950, tu ne te remues que dans des espaces durs, parmi le ciment et le béton partout, marchant tous les matins, tous les soirs, entre des murs de briques. Du bâti solide t’environne de partout, du construit dur t’accompagne en ville. À perte de vue de l’asphalte. Tu te tenais en bande, paquet de bohémiens, génies méconnus, faune sauvageonne devant des carafes de vin rouge, à la Casa Italia, rue Jean-Talon ou à la P’tite Europe, Avenue des Pins. Tu ne savais encore rien du bonheur de filer sous les vertes frondaisons, sous la verte canopée et ses éclairagistes de mille verts, vrais vitraux dans ce tunnel de velours du « P’tit Train du Nord ».

Citadin, la campagne t’était un monde secret. Jeune anticlérical excédé, farouche adversaire en 1960 de tous les conservatismes, toi et ton gang de chums barbus à cheveux longs, tu gueulais, espérais dans vos nuits des « révolutions » exagérées. Au Royal Pub, rue Guy, à la Casa Pedro, rue Sherbrooke, imbibés avec les autres « beatniks » montréalais dont l’éponge-Patrick-Straram, ardent exilée de Paris. Ah non, tu ne savais pas du tout la joie de pédaler en paix dans ce « P’tit train », ce long cocon tapissé de verts mirifiques qui te ferait un fameux cadeau du ciel toi devenu vieux et sage : merci paix de ce matin, de rouler sous la prodigieuse falaise et au bord des cascades inouïes ! La beauté loin des révoltes farouches de tes 30 ans, aux adversaires injuriés, méchant, par des critiques féroces. Nos batailles d’intolérance face aux mous, aux trop doux à nos yeux, à ces gentils qui avaient bien le droit d’être aimables ! Nos virées tapageuses dans un bazou en beaux quartiers pour narguer la fille d’un grand bourgeois, nos tapages au « Bout de l’ île » pour scandaliser le travailleur endormi, devant se lever à l’aube. Nos pauvres illusions, Seigneur ! En 1970, tu étais loin de te douter alors que la « vie bonne « ( Nietzsche) serait ici, comme ce matin, dans ce couloir qui trottine (comme le train d’antan) à travers des étages d’arbres de nos Laurentides.

Chez Bourgetel, rue Maisonneuve, aux midis de ces époques folles, un Hubert Aquin ricanait. À L’Hotel Provinciale, rue Dorchester (sic), Jean Duceppe giflait raide ce Brousseau—con-paparazzi. Au Café des artistes, le chat dort, René Lévesque jongle du monde entier avec le génie Pierre Dagenais. Au Yatch Club, sur Peel, le bel acteur Dupuis taquine le nabot surdoué, Robert Gadouas. Dans un coin, Claude Jutras, tout jeune, ose planifier un film. Tous, en ce temps-là, nous ignorions que, sur une voie ferrée, un « p’tit train du nord » faisait entendre ses « tchou-tchou, tchou-tchou », selon Félix Leclerc.

CAVALIÈRE LOUISE

Réouverture de (remis à neuf) l’impressionnante auberge « Château de Ste Adèle », boulevard 117, l’autre soir. Y voir une fillette danser seule dans son coin. Les enfants dansent sans cesse. Ils se remuent. Tout jeune, « la danse » c’était steppages à l’ancienne, bras et jambes arqués, dans des tutus roses et beiges, sur des « chaussons » de bois compensés. Mode 1945 : mes sœurs aînées furent confiées au fameux « Professeur Morenoff ». Mode petite-bourgeoise vaine. À dix-huit ans, le futur Ministre de l’Éducation (sous Daniel Johnson), le beau Jean-Guy Cardinal, voisin, traversait en se dandinant en collant noir, les bras en l’air, tête levée haute, pour acheter allant du lait ou du pain chez le Pitou Lafontaine en face. Derrière les fenêtres du salon, virils, mon frère Raynald et moi, on ricanait.

Rien à voir avec Louise Lecavalier. L’autre soir, plein le Maisonneuve en ovation, bravos et cris d’admiration face à cette danseuse moderne. Elle vibrionne toute une heure sans guère reprendre son souffle. Olympien et fou à voir ! Elle fascine, son corps comme évanescent entre dans des transes folles. Miraculeuses. Sa chorégraphie (sa première), en frénétiques déplacements, hypnotise. Son comparse, le félin Frédérik Tavernini, beau « grand singe » musclé avec de très très longs bras, l’accompagne et c’est superbe. Le public de cette Louise —aérienne, voltigeuse— en reste abasourdi, oui, ébahi, je vous jure. Voyez ses incroyables jeux de pieds aux vitesses surhumaines est un spectacle qui renverse. Notre chance ? Apprécié à Tokyo comme à Berlin, « Louise-la-fulgurante » dansera ici, à Saint Sauveur. Tout prochainement. Ne ratez pas cette unique fée, elfe, magicienne, sorcière, avec ses remuements aux mouvements vertigineux et poétiques. Un must.

 

* * *

Enfant de ville, nous observions, répandus partout, sans vraiment les regarder, les « maudits » moineaux. Si communs, espèce méprisé. Un jour, cas unique, une volée de canards sauvages passa au dessus du marché Jean-Talon ! Nos cris ! On en revenait pas en la métropole, lieu vide d’oiseaux. Des pigeons, ça, oui ! À six ans, avec papa, j’avais vu au port des goélands —si blancs ! Émerveillement. Or, je découvre « Québec-Oiseaux » —(www.quebecoiseaux.org)— un fort utile et joli magazine. Très illustré. En trois numéros seulement, me voilà comme tout enfoui dans la beauté, submergé par ces petites bêtes aux plumes parfois colorées si joliment. Et qui volent ! Qui volent ! Mes chers mésanges, bicolores ou pas. Les rares grimpereaux, orioles, guiraca. Mes pics familiers ici, variés, chevelus, maculés ou à ventre-roux. J’admire les guépiers, les bruants et les grives, ces carouges à « rouges épaulettes », ces sizerins flammés, étourneaux si beaux quand « sansonnet. Photos jolies de bécasseaux, de passereaux de moucherolles. De mes parulines, orangées ou aux ailes dorées ou flamboyantes. Voir ce quiscale dit « rouilleux », oh ! Cette gélinotte huppée, ah ! Québec-Oiseaux : une revue qui jase aussi des oiseaux exotiques et aussi du si bel harfang des neiges, « notre » oiseau national. Et des tourterelles, tristes et pas tristes. Mon Dieu, quand donc reverrais-je les miennes ?

Au fait cette prodigieuse Louise Lecavalier est une sorte d’oiseau car souvent, elle s’envole !

 

 

 

LES YEUX DANS LES YEUX

J’étais descendu au rivage du Rond pour tenter de redresser mon quai branlant…et, soudain, bruit de feuillage remué. Une ombre mouvante dans la relative noirceur le long de la clôture végétale. J’aperçois, une bête puante (comme on les nomme familièrement). Quel joli pelage « deux tons » quoiqu’on en ait sur la dangerosité de cette espèce, tant de légendes malodorantes.

Méfiance absolue ! Elle se fige. Je la regarde. Elle me regarde. Deux petits « queneuils » brillants sous les épinettes. Classique scène, en Crise d’Oka, « du warrior pégrieux et du tout jeune soldat »! Quelle indifférence de sa part ?, ma moufette se retourne, adieu le bonhomme curieux, elle file vers le lac…soif urgente, rencontre ? Que savons-nous de solide sur tous ces petits mammifères ? Si peu.

Ainsi, il y a pas longtemps, en plein jour (ce qui est rare) par une fenêtre du salon, voir au balcon une sorte de renard, de gigantesque chat sauvage. Découvrir à proximité, une énorme et intrépide bestiole à quatre pattes, à masque vénitien (!), juchée sur le bac noir, un raton s’acharnant à vouloir jeter par terre deux briques de terre rouge. Quel splendide « laveur » avec une queue gigantesque d’une fourrure magnifique. On l’observe dans son acharnement (vain), tripotant de ses doigts habiles nos briques qui scellent le couvercle du bac à vidange (si puant quand on l’ouvre ).

Je me décide à aller au portique, j’ouvre et me livre à mes « pschitt, pschitt » ! Oups, une étoile filante. Je rentre et voyant du mouvement par les portes-patio de la salle à manger, j’examine la terrasse de l’ouest. Qu’est-ce ? Gigotent de véritables ombres chinoises entre les branches des hauts cèdres. Des oiseaux en acrobates, changeant sans cesse de niveau de branchages, un mini cirque bien gai ces objets volants (très identifiables !), qui se sont transforment à contre-jour en petites mécaniques agiles. Spectacle ornithologique fabuleux, gratuit et vrai car (à ma « grotte de Platon » !) il n’y a aucun manipulateur. La vue de ce petit observatoire laisse rêveur : cette vie animale jouit-elle d’une liberté idéale ? Car moi, vite, je dois, aller à « Jardinord », lieu enchanteur sur la 117, pour « plusse de terre », Raymonde a ordonné !

Oh, la dizaine de jolies corbeilles, et le beau gros pot et la longue boite du patio ! Et les « fines herbes » à planter. Et quoi, madame aux gants jaunes, à la rouge gratte dentelée ? Elle en est épanouie. C’est sa routine aimée, sa belle corvée chaque fin de mai. Et moi ? Toujours ravi de n’avoir qu’à les suspendre, me rasseoir dans mon transat de la galerie, jouir des deux yeux. Ô homme ! Il y a aussi dame-nature avec tant de bouquets de lilas, beautés éphémères, des mauves et des violets (dits « double »), des blancs. À pleins vases sur toutes nos tables.

Dans cette beauté, soudain, une crotte ! Le vilain pot après les fleurs ! Souvent, des gens croisés me disent apprécier mes proses. Mais, soudain, un haineux —nommé Marc Desjarlais— me « courriellise ». Que je suis polluant, oui, un « poison » (son mot) laurentien. De tendance violente, Desjarlais affirme que « Pays d’en haut » devrait me chasser et vite ! Vive la démocratie, on lit un tel aimable message personnel (au moins ce n’est pas un couard anonyme!) et on songe à… une bête puante ou bien au puant « bac noir », ouvert par un raton.