« AVEC LE TEMPS, VA »

Mon titre est celui de la chanson nommée « la plus belle de toutes » dans un sondage; Léo Ferré la chante avec cœur. On regarde, ces soirs-ci (archives des guerres) les grandes tueries en Europe; les horreurs du siècle qui vient de finir. On s’incline devant ça, pas par respect, par envie de vomir !

Je me demande : que pensent les jeunes de ces époques à fous furieux (Hitler, Mussolini, Staline) aux manettes de commande. Ici, autour de moi, de nous tous, le monde continue; tenez, ma fille fraîchement rentrée de Floride est bousculée : actions de bénévolat à reprendre. Mon fils, Daniel, plongé en traitements pour de satanés maux de dos. Marco, gendre idéal, tient sa nouvelle voiture, doit vendre la vieille. Thomas, un petit-fils, prépare aux HÉC un stage au Brésil.

Ainsi va le monde, n’est-ce pas ? Du trouble, des énervements. « Le temps, le temps et rien d’autres », chante ma radio, oui, le temps ! Qui se sauve de nous en ricanant. Quoi ? Chanceux, les étendus dans des hôpitaux ? Certes non. Il reste, oui, le temps passe trop vite. Alors je cours me cacher de lui et, sifflotant, le nez en l’air, je baigne dans la piscine d’eau chaude extérieure à L’Excelsior. Chacun dans son coin vit la bousculade familière des éphémérides inévitables.

Brève halte pour regarder passer, ému, le grouillant défilé écolier allant à la plage, reliés par un cordon à la monitrice. Et à la vie. Hélas, voir d’autres visages d’enfants dans le journal. Voir la détresse en Afrique noire, Moyen Orient. Voir un maigre gamin aux yeux intelligents mendier à un coin de rue de Bangkok. Oh ! Pas loin d’ici, dans un taudis des Appalaches (Maine), d’autres miséreux. Mon Dieu, dans quels sales trous avez-vous mis tant d’humains ?

Fin donc des « Guerres Mondiales » mais, toujours la persistance des conflits régionaux. Des enfants armés, enrôlés ! Jadis, on savait rien; à 15 ans, courant les filles —de Villeray— sur mon vélo, alors qu’à Paris des bombes pleuvaient, tu me l’as raconté cher Paul Buissonneau; à Londres, à Berlin, à Rome, des enfants couraient aux abris. 2014 et, désormais, on voit tout dans votre salon. Un Sadam Hussein, sortant de sa cachette, seul et se faisant farfouiller la gueule comme un malpropre. Nous ? Non, on voyait peu le dément Hitler ou le despote tyrannique, Mussolini. Ou ce «  tueur en séries » Staline —un temps notre allié ! Assis au salon, on a vu ce « saudit » Oussama Ben Laden se faire assassiner par la Cia. Meurtriers autorisés par Washington ! Encore ? Assis dans un bon fauteuil, voir, couvert de crachats et pissant le sang à pleine gueule Kadhafi, colonel —vénéré à l’Élysée un temps.

Sainte-Adèle dort sur ses deux oreilles. Chantons « Le temps, le temps et rien d’autre » ou le Trenet de « N’y pensez pas, n’y pensez pas trop »…à ces écolières (au Nigéria) enlevées par des « Fous d’Allah ! Mahomet, détestait-il l’instruction autant que ces cons de Juifs Hassidims tordus de Ste Agathe à Outremont ? Ô pauvres prophètes, pauvre Jésus voyant la vieille catholique dégueulasse Espagne de la sordide « L’Inquisition ». Pauvres évangiles, pauvre bible (Thora), pauvres épîtres (Talmud), vieux grimoires interprétés par des tarés. Bon. Assez. Il y a le quai à « remenuiser », la clôture à redresser, le BBQ à dégraisser juste dire que ceux qui se plaignent, ici, en contrées tranquilles, mériteraient de crever. Un scandale de des braillards râler pour vétilles et broutilles. Des ingrats car nous avons un devoir, privilégiés d’occident : sourire à la vie.

« J’ENTENDS FRAPPER ! » (air connu)

 

La sonnette de notre entrée (un ancien buzzer) fonctionne mal, aussi j’ai mis une note : frappez…J’entends justement frapper et je vais ouvrir :pas un chat ! Toc-toc toc, encore et je tends ma feuille de chou malentendante, ça vient du jardin. Y aller voir : un gros pic bois au boulot. Au bouleau justement ! Et puis un deuxième s’y jette… à plein bec ! Échos frénétiques. Recherche effrénée de larves, pucerons, vers ? Quelle beauté ces pics bois emmêlant leurs noirs et gris aux noirs et gris du bouleau, joli camaïeux !

Même jour, et pas moins énervés, la venue en masse de noirs étourneaux. Leur cible ? Le sorbier débordant de baies.R Remuantes taches noires en un buffet rougi. Pour manger sur place ou pour emporter ? Mon ignorance en ornithologie.

Viens, bel el automne, le vieux saule brille platine et des feuilles en sang dans les érables. Deuil de l’été. Devoir rentrer la chaloupe sous l’escalier, accoster le radeau (crotté), mettre les tuyaux d’arrosage à l’abri. Aller sans cesse à la cave pour vider l’eau du déshumidificateur. Et quoi encore ? Repeindre les marches. Faire le ménage de la cave (et de mon bureau).

Oh Seigneur !

     « Ceux qui diront sans cesse Seigneur, Seigneur, n’entreront point en paradis », dit la Bible. Encore toc-toc toc ? Pics vaillants. Les imiter. Commencez par agir ? Ainsi — et j’y reviendrai jswqu’ APRÈS MA MORT — comment secouer ce Konrad, patron du CRTC ? Konrad Von Kenstein. Écrivez-lui à Ottawa, invitez-le à civiliser la télé. Ses annonceurs se répandant comme lierre. Le Konrad doit juguler la criarde hémorragie. Pas « murmure marchand » cher J. Godbout, non, vacarme, tintamarre, hourvari, fracas écoeurant.

Tiens, encore du toc-toc toc dehors. Frétilleur énergique…et nos ? Écrivez à Konrad ! Son CRTC pourrait aussi enrayer les abus des BELL, ROGERS, SHAW, VIDEOTRON, COGECO. Ils gobent les deux tiers des revenus. Une mainmise sur le câble.  Konrad doit les forcer à stopper leur convergence. ( les obliger à offrir le hockey-des-pros à tous).

Question à Cogeco des Laurentides : pourquoi nous priver de l’excellent canal « TFO ». Débarrassez-nous plutôt de trop de canaux-USA. NBC, CBS, ABC, PBS,  oui. Mais stop aux amériquétaineries. Konrad mettez fin au chantage des gros distributeurs. Nous, le peuple…propriétaires des ondes publiques, n’avons pas à subir ces querelles satellisées.

Côté pubs, j’y tiens : mettez-en 20 ou 50 en début et en fin d’émissions mais jamais pendant l’émission. Tiens, j’entends frapper encore ces acharnés pic bois, bon exemple, je me livre au bouleau. Non au boulot !

 

AUX PORTES DE « CHEZ SAINT-PIERRE »

       Il y eut un matin, comme dit la Bible, où l’on vit Mordorée 1er, mon chat-roi, s’installer droit comme un chat égyptien, à mi-terrain, sur une dalle, pour contempler le paysage. Classe ! Puis, il y eut un mati où Donalda-marmotte se trémoussa sous nos cèdres, cherchant l’Alexis ? Sais pas. Face à ces écureuils, menaces des mésanges innocente, ma Raymonde, Acadienne par sa mère, a pris les grands moyens. La déportation ! À Maurice-Voisin, elle a emprunté son piège-cage. Une noix en guise d’appât, ajustage des portières…et bang ! Le lendemain, une première victime poilue affolée. Au petit matin, on l’a libéré chez Rona-Riopelle. Là, j’ai revu la belle fougueuse Rivière-aux-Mulets. M’sieur le maire, faudrait faire voir mieux ce si beau trésor d’eau, rare en pleine ville, faire enlever ces HÉNAURMES pesées de béton sur le petit pont.

      Nous en sommes déjà au cinquième écureuil ! Mésanges ravis. Autre ouvrage : comment corriger l’inclinaison inouïe d’un sorbier qui penche sans cesse vers le sol tout garni de ses petits fruits orangés. Il y eut un matin : je descend la Morin, marchant vers l’entrée d’autoroute pour  l’annuel examen-bilan du vieil homme. « Comment vont vos écureuils ? », me jette une dame sur sa galerie. Je raconte la cage. Madame Patry est « de souche » par ici : «  Mon père a beaucoup construit un peu partout dont ce resto Quidi Vidi, fraîchement  démoli ». On jase au soleil.

      Clinique et j’arrive « aux portes de Saint-Pierre » pour livrer mon corps à sa science. Ça y va par là. Mon Saint-Pierre ne niaise pas avec la santé. Saint-Pierre a fait ma joie, mon ciel, le paradis ! Je flottais en sortant : « Tout baigne, me dit-il, cœur, poumons, pression, pouls, la prostate, alouette. Il y a le bedon, hum… » Je lui ai parlé des gâteaux de ma chère École, rue Lesage, qui va ré-ouvrir. « Bof, vas-t, mange, Claude ! Mais marche et nage davantage ». Rien du catastrophisme ambiant avec « mon » Saint-Pierre. Chez la photographe-en-poumons, j’entends : « Cessez de respirer ! » Diable, va-t-elle me commander : « Mourrrrrez. On rigole. Je sors enchanté de cette « vallée » terrestre.

        Devoir maintenant remonter la célèbre côte adèloise ? Ahanant, je m’oblige à des poses et, au joli Café de la rue Morin ( où l’on petit déj impeccablement), j’aperçois un noiraud minet très très tigré qui fige, me darde d’un regard perçant. Ce café fut l’école du lieu jadis, très exactement « au milieu » de la côte Morin ! Justice pour les en bas et les en haut.  Ce mini tigre me suit et me revient un souvenir. Papa qui conte : « Dans les années 1910, mon p’tit gars, j’aimais ma p’tite école à Laval-des-Rapides, il y avait là, qui y vivait, une si jolie maîtresse ( une fille de Caleb ?) mais surtout son chat gris ardoise si tigré me suivant partout, affectueux. » Alors j’ai dit au minou : « Toi avec tes fameuses « 7 vies », aurais-tu connu mon papa, Édouard Jasmin ? » Dont je m’ennuie si souvent.

UN VOLEUR, UNE SOTTE, UN FOU ET UN CON !

Ah, les actualités ! Ma joie et aussi mon désespoir parfois.

Un grand auteur britannique a dit : « ma Bible et mon journal du matin, mes deux nécessités ! » Il y a du vrai ? Le hasard fait les choses diablement amusantes parfois. Ainsi, un matin, j’ouvre mon quotidien et je lis sur une seule colonne, une seule,  quatre brefs articles.

Voilà tout un monde, le nôtre, en cet été de 2008,  en résumé. De haut en bas : un voleur, une sotte, un fou et enfin un con. En haut de la pile : lisons que le magouilleur pro-fédération, « chum » de Chrétien-l’innocent, Charly Guité, vient de perdre en Cour d’appel. Ce grand, ce très haut fonctionnaire « rouge » à Ottawa, ce non-élu qui brassait notre argent public pour faire pavoiser ses feuilles d’érable et autres cadeaux, eh bien trois juges le redisent : « coupable ». Preuve accablante, disent-ils. Ce cow-boy aux bottes larges était jaloux des autres voleurs, les Jean Brault (30 mois) , Paul Coffin (18 mois) . En juin 2006, le sieur « patroneux » a pris 42 mois de prison, lui ! Les deux larrons, eux, avaient plaidé coupable. Il avait refusé de témoigner à son procès, le voleur-controleur des gaspillages éhontés du trésor commun.

Juste en dessous du sinistre « botté », une sotte. L’ex-athlète reconnue coupable d’enlèvement ( de son enfant !), en septembre 2007; Morin, un juge, autorise la reprise du procès. Trois juges vont s’asseoir sur le bout du banc. Jugée « coupable » avec absolution partielle (!) et probation de deux ans, Myriam Bédard.  Un certain John Pepper (!), avocat de Mme. Bédard, veut un acquittement, c’est simple ! On a pu observer (en septembre) une sorte de « gourou » grimaceur , -amateur de tableaux de Casserman-, aux traces et aux trousses de la jeune championne de jadis. Nous avons été nombreux à craindre de la manipulation. Un juge dit à ce Pepper : « Bon, on va refaire le procès ». Ouin… La sotte avait osé amener sa fillette avec elle dans une sorte de tentative (apparente) de fuite aux USA. L’ex-mari n’avait pas apprécié, comme on sait. Pauvres enfants de couples en querelles : des proies, des victimes !

En bas de colonne : un con. Voici même le con des cons ! Un vrai fou ! Un jeune joueur de hockey, au Royaume du Saguenay, Jonathan son nom, le fils d’une immense vedette qui est proprio d’un club « junior », et « le » vrai  coach, soudain ce dénommé Jonathan Roy, en cours de joute, perd les pédales. 19 ans, pas cinq ans, 19 ! Colère subite incompréhensible ! Un gros et vieux bébé ? La foule hurle, n,En revient pas. Il patine vers l’autre gardien des buts, le tapoche, le cogne, le boxe, le frappe…et son rival, aucunement intéressé à la bagarre générale qui se déroule, se laisse faire ! Un très large public (à la télé) a vu le comportement du jeune con. Un grand malade ? Un cas d’asile ? On sait pas. Voilà qu’on vient de brandir : six mois de prison ! Oh ! Ou bien : $2,00.00 en amendes ? On verra. Procès suivi en vue. Quatre mois plus tard…Il va y avoir donc procès « au civil », comme on dit. Le con ne doit plus avoir envie de ricaner ni de lever un index stupide, celui d’un jeune cogneur stupide.

N’oublions pas le fou ! Alors là, c’est le mystère. L’incroyable. Dans un bus Greyhound, compagnie fiable et reconnue, un passager, un client, un homme anonyme,  soudainement, sort un couteau. À ses côtés un jeune homme roupille. Voilà  que l’homme au couteau frappe l’ewndormi !!!. 40 fois ! Une violence de cinéma d’horreur au Manitoba. Tous le monde se sauve. On bloque le mécanisme d’ouverture des portes du bus. Voilà le fou enfermé. Il va cuper la tête du poignardé ! Vraiment c’est le cauchemar ! Les policiers accourus devront parlementer avec le dément. Craignaient-ils le suicide ? Le fou… qui arpente le couloir du véhicule une tête coupée à la main… finira pas se rendre. Les 37 qui venaient d’Edmonton et se dirigeaient vers Winnipeg vont certainement faire de bien mauvais rêves et pendant longtemps.

Ainsi va le monde parfois. Il pleut et…il pleut. Juillet fut bien moche… Août…bien… hum…on verra bien. Une chose va durer beau temps ou mauvais temps : il y aura d’autres sottes, d’autres cons et bien des voleurs et, espérons-le, le moins de fous possible. Prenez en paix le bus pour un voyage agréable, il est rare qu’un fou surgisse, Dieu merci ! Mais rien ne nous préserve des sottes, des cons et surtout des voleurs. À Ottawa ou ailleurs.

VOTRE ARGENT PAR LES FENÊTRES ?

On est pas des chics bandits en « grey flannel suit » pour cacher notre fric de contribuables solidaires dans des îles du sud. Non, vous et moi, on crache volontiers du fric pour la santé et l’éducation. Et, citoyen chanceux j’en cracherais davantage pour faire s’épanouir tous ces « suds » pauvres et retenir ainsi, dans leur patrie, tous ces migrants qui se font apatrides —« le plus grand des malheurs », selon Dostoïevski.

Y a-t-il du gaspillage éhonté même au domaine culturel ? Oh oui hélas, dans ce rayon, la culture, qui m’est familier, c’est plein de « notre argent » de contribuables abusés —fourrés— qui est jeté par les fenêtres. L’excellent critique Martin Bilodeau —autre scandalisé avec raison— raconte cette dilapidation de nos économies confiées à des fonctionnaires-en-cinéma. Bien savoir ceci d’abord : vous demandez-vous où se cachent tant de pseudos-créateurs aux carrières inabouties ? Réponse : ils jouent les juges. Ils se réfugient en « experts » un peu partout dans les officines de nos agences culturelles. Ces has-been précoces ramassent ainsi du pognon et décident, font le tri des projets, donnent le « OK » à des conneries le plus souvent. Un seul exemple ? Les fameuses « enveloppes » de cash pour notre cinéma dit commercial. Il s’agit pas de « pinottes », il s’agit de millions et millions de nos impots et taxes virant en lamentables gaspillages. Il y a eu « Nouvelle France », le flop, il y a « Duo », autre échouerie, il y a « Roméo et Juliette », « une ânerie, dit Bilodeau » et la liste qu’un reporter devra dresser est fort longue.

Ah, si j’étais ministre !, je ferais le grand ménage. L’argent public irait à deux catégories de candidats. Un, les solides, les forts, les consacrés qui ont donné des preuves évidentes et reconnues de talent. Bref, les sérieux, les doués. Et deux, les jeunes personnes débutantes. Il faut donner leur « première chance » aux aspirants, au moins une fois. Tout ce qui végète, taponne, tatillonne, bégaie, redonde, qui sont des médiocres perpétuels, dehors ! La porte ! Car il y a un vaste « marécage » de noms surfaits dont il faut nous débarrasser. Nettoyons cette écurie où se ruent des avortons-artistes, ambitieux aveuglés. Ce serait une économie de « fortunes » en argent public, je vous jure.

Comment juger ces (deux) sortes de projets de films ? Facile, pas besoin de ratiocineurs, savants stériles, mais non, on organise une loterie selon le budget de tel agence. Oui, oui, un tirage au sort. Car… Car la réalité est terrifiante : nul ne sait ce qui sera bon, bien fait, étonnant au bout du compte, le film tourné, monté, mis en boite. Personne ne peut deviner. Ça fait mal à savoir mais c’est un fait têtu. Les pros francs et sincères vous l’avoueraient. La création est un mystère ! Rien à voir —produit fini— avec la lecture de l’encombrante paperasse, la bible, les vantardises du rédacteur de scénario la main tendue. Sur le papier c’est « ceci », un chef d’œuvre bien entendu, rendu en salle, ce sera « cela », un navet. De la merde ! Ou, au contraire, chiche et pauvre sur papier, richissime de sens à l’écran. On a vu ça et très souvent !

On ferait de cette manière l’économie des multiples réunions, surtout de ces « ordres-de-réécrire ». On a vu des échecs à très haute échelle alors que ces p’tits juges-à-la-con faisaient ré-ré-écrire dix, quinze fois même, tel et tel scénario. Quel journaliste ira enquêter là-dedsus ?, ce serait un scandale gigantesque. En art, il faut s’y résigner, il n’y a pas de règle, pas de chemin sûr, pas de recette, pas de gammique. Tel scénario inquiétant à lire, bizarre, original, apparemment « mal foutu », à dangereux risque, peut se transformer en cours de tournage en un film unique, magnifique, neuf de ton, extraordinaire. C’est bien connu et c’est très enrageant cette « dure réalité » pour les financiers —privés ou d’État. Mais rien à faire.

Alors quoi ? Au chômage tous ces comités d’experts-de-mes-deux-fesses, tous ces jurys illusionnés, à Téléfilm comme à la Sodec. Ces ex-artistes déchus, pairs jaloux, tatillons qui courent le cachet ou le jeton-à-séance-payante, oui, dehors ! On accorde donc de l’aide à tous ceux qui se sont fait un nom important car il est essentiel d’encourager les carrières éprouvé et aux jeunes nouveaux venus. Les autres, au panier ! Refuser —comme on l’a fait— une subvention à un Denys Arcand ou à un Robert Lepage c’est d’une bêtise grave, un affront, une insulte. Ce sont les Jutra (un temps rejeté à cette foire des p’tits juges !), les Perrault, les Falardeau, les Brault —et j’en passe— qui devaient être stimulés, supportés, sans cesse encouragés. Certes, un Jean Beaudin peut errer à l’occasion mais comme il a fourni amplement des preuves de dons rares, il doit pouvoir continuer à s’exprimer au monde du 7 ième art. C’est justice. Tant d’autres tacherons qui pataugent péniblement, très laborieusement et que l’on garde en une vie artificielle, par copinage, bon contact, bien réseauté, disons le mot, par complaisance. Retenons-nous de donner des noms tant c’est triste.

Ces juges, « courageux anonymes », sont, la majorité, des fossoyeurs de « la culture qui se fait ». Bien entendu, il n’en va pas autrement ailleurs, peinture, théâtre, littérature, musique. Là comme ailleurs, vaines réunions de ces jurys-de-cuistres, de « doctorants-spécialistes », une bande d’impuissants tout à fait stériles, de théoriciens obtus, de singes-savants qui plastronnent via un vague statut d’archidiacres-ès-culture. Quand un tout nouveau-venu, gars ou fille, dès son premier film, fait la preuve d’un fort talent, on garde son nom pour « la prochaine loterie ». Et s’il nous a pondu une croûte infâme, fin des entretenus perpétuels, adieu ! « Y a de la place en usine », clamait une chanson. Ah, si j’étais ministre !

Claude Blanchard: MORT D’UN P’TIT VOLEUR !

Sidérés nous étions, entendant Blanchard, enfant pauvre, livreur à vélo, raconter au Canal D, qu’il « démanchait » souvent ses « commandes » pour garder à sa mère, veuve pauvre, une côtelette de porc, quelques saucisses, ensuite il refaisait en vitesse le paquet à livrer. Ô rue Ontario en 1940 ! Où, un peu plus tard, rue Amherst pas loin, un autre garçon se prépare à quitter son atelier pauvre pour obtenir, à Paris, une si fameuse renommée qu’il collectionnera des voitures de luxe, aura un voilier de luxe au large de Nice, Jean-Paul Riopelle. Quand, à 14 ans, Claude Blanchard perdra son pucelage avec des « vieilles » danseuses de vingt ans (!), qu’il s’égosillera dans des boites de nuit mal famées, qu’il sera initiée au « tap danse », moi, en uniforme gris et bleu, j’étudiais le latin et le grec ancien. À bon marché puisque je mentais : « Je ferai un prêtre plus tard ».

Ô rue Ontario ! Un snobisme chasse l’autre ? Un temps, nos élites de l’Union des artistes méprisaient ces « venus du burlesque ». Un snobisme inverti maintenant car une certaine élite proclame que ces anciens d’un vaudeville pitoyable furent de grands créateurs. Pas moins ridicule. Ces spectacles grimaldiens contenaient surtout des sketches d’un humour très bas exploitant les fantasmes les plus grossiers, improvisations bâclés pour faire rire un public d’aliénés. Un opium. Ce théâtre de ruelle ne faisait rien pour stopper l’exploitation des ignorants, au contraire. Mais dans ce lot de cabots cochons sortaient de vrais talents, des exceptions, et il y eut Claude Blanchard. Nous partagions la même loge chaque fois que l’on m’invitait à « débattre » au populaire talk-show « Madame est servie ». Michel Tremblay a raison quand il affirme être devenu « un personnage public » reconnu à cause de ses prestations à « Madame est servie ». La vérité. Claude Blanchard co-animait en faisant intervenir des personnages hilarants d’une efficacité redoutable : un explorateur fou prétentieux, un arriéré mental plein de bon sens (dont il fera un gamin, épais), un peintre efféminé émouvant et, enfin, un caïd maffieux —facile, il en avait tant côtoyé en night club. Son talent d’acteur crevait les yeux et je lui avais concocté une dramatique où il devait incarner son cher quatuor. Le projet, hélas, avorta. Plus tard, il m’organisa un vaste caucus à son « tape à l’œil » bureau, rue Sherbrooke. Je me serais cru chez un « parrain » Italien. Mon Claude agitait son gros cabochon, frottait d’haleine ses boutons de manchettes, fumait le cigare chérant et se remplissait de rhum, son élixir quotidien d’avant ses maladies. Propos du meeting ? Blanchard allait louer tout un bloc d’appartements, m’indiquait l’adresse, me montrait des photos, il y aura cinématographie dramatique, je devais, vite, lui rédiger une « bible » en vue d’un feuilleton dont, producteur, il allait jouer le héros. Il cherchait des commanditaires et la promesse d’un diffuseur. Je le fis. Cela aussi tomba à l’eau, Dieu sait pourquoi.

On sait la suite : enfin une reconnaissance de ses dons naturels, une solide réputation, des trophées en bout de piste, la gloriole méritée. Il y a peu de temps, il m’invite chez Marcotte en son resto de l’île Sainte-Hélène. Projet de feuilleton encore, une idée de sa jolie et jeune biographe, présente à notre table. Je refusai son maillage n’étant pas du genre à écrire « en comité », pas même à deux. On se quitte et lui : « Tu me déçois mon Jasmin, tu me déçois ». Ce bon géant me faisait la baboune et j’en était attristé car on voulait toujours lui faire plaisir tant il montrait d’enthousiasme enfantin dans ses illuminations.

À l’annonce de sa mort, très triste, je me suis souvenu du p’tit voleur de dix ans à vélo, rue Ontario, qui refait vite les paquets « démanchés ».

Adieu fabuleux gros ourson rigolard, adieu !

LE MAL EXISTE-T-IL ?

En 1950, jeune révolté par la religion-de-papa —« à dévotionnettes et à piéticailleries », mots du Cardinal-à-chapelet qui, converti, s’exila en Afrique— je rigolais de ça : le mal.

Nos « vieux » le voyaient partout. Revenu de mes révoltes de libertaire à gogo, je constate que « le mal » existe. J’ai oublié le nom du grand écrivain qui disait : « Je tiens ma Bible dans une main mais aussi le journal du jour dans l’autre ». Au XX ième siècle, tout Le « bataclan-psy » a décrété longtemps : « ne pas juger et essayer de comprendre ». Trop commode, trop facile. Je recommande de ne pas prendre à la lettre le « Tu ne jugeras point ». On a le droit de juger. Et le mal existe.

Tenez, dans le journal, on lit qu’un directeur-adjoint de la police trifluvienne, collectionnait et visionnait des milliers de photos de porno infantile ! Pour fin d’enquête, bien sûr. Dénoncé, il y a procès. Verdict ? Coupable. Punition ? « Un an de prison. À purger dans sa collectivité ». L’enverra-t-on en surveillant dans les garderies ?

Le mal existe.

Ce « Tu ne jugeras point » n’a pas empêché (Dieu merci) l’installation de milliers de tribunaux de toutes catégories, l’assermentation de million de juges sur la planète. Et qui jugent, eux ! Cela va du barbare serbe Milosevic, à La Haye, jusqu’à nos malfrats , ici. Saddam Hussein, enfin attrapé, sera jugé pour le gazage des Kurdes et le reste.

Le mal existe, pardon maman, pardon papa, désormais je le sais. Il y a des degrés dans le mal. Un autre exemple ? Le noble Conseil des arts d’Ottawa a subventionné —partie de 72,000 $— une galerie d’art d’Ottawa : pour « 30 ans de merde en art contemporain ». Sous-titre de cette expo intitulée : « Scatalogue ». Parmi les 25 exposants cropophiles, le « créateur » belge, Wim Delvoye vend ses excréments, emballés sous vide, 1,500$ US le sac ! On ne s’incline pas devant cette turpitude par respect mais par envie de vomir.

« Faut pas juger », proclame la jet-set déliquescente. « Tolérance », gueulent des snobs de la déréliction. « À bas toute censure », avancent les mondains décadents.

Le mal ? Deux de mes cinq chers petits-fils se sont fait « taxer » récemment, l’un au Métro Sauvé, l’autre à Henri-Bourassa. Merde !, on a brisé leur nécessaire confiance-au-monde à jamais. J’en fus atterré. J’enrageais contre ces jeunes délinquants. Le mal est donc partout, à tout âge.

Je viens de lire dans La Presse, un reportage d’une complaisance crasse sur un yatch (au Vieux-Port) à « échangistes sexuels », donc à détraqués névrotiques. Même le « seurieux » Devoir a sa chantre attitrée du délabrement sexoliste ! Le mot « cul » détrônant les beaux mots « amour sexuel ». Moi qui aime tant « la sexualité avec l’amour », moi qui abhorre la bestialité. Le mot « copulation » anéantissant les beaux mots de « faire l’amour ». Le mal aux contours variés se répand. Il enrichira les cliniques pour psychosés que seront, tôt ou tard, ces libertins lâches qui n’aiment plus leur compagne, se réfugient dans la porno; magazines, ciné ou cassette-vidéo, là où règne le pire machisme, le fantasme du mâle dominateur. En fait onanisme détourné : on se masturbe au fond, on « monte » par procuration, « les deux yeux farmés bin durs » ( chanson de R. Ducharme) la « cochonne « du film. La séparation c’est pas pour les chiens, merde !

Cher journal du jour : en mars, une Julie Legendre dénonçait, La Presse encore, des écoliers de cinquième année lisent dans le manuel « Capsule », no 5, (Deslauriers et Gagnon auteurs) « Lafleur du Brésil ». Découvrir à dix ans, comment « être heureux via le bonheur de renifler de la colle, sinistre activité d’enfants perdus, au sud, Brésil Cie, au nord, Inuits et Amérindiens. Un dévoilement complaisant aux enfants chanceux d’ici. Pathétique pédagogie, déboussolage d’éditeur et de directions scolaires ? Dérives pédagogiques à la mode et d’autres niaiseries sont dénoncées.

Le mal varie : des profs se font les amants de jeunes élèves (en thèse ou non ). Mal du jeunisme! Ces quinquagénaires fondant une deuxième famille quand ils n’ont su que saboter leur première famille. Ils seront des vieillards édentés, sourdingues et chauves, quand leurs « jeunes » vivront l’adolescence inquiète. Narcissisme.

Oui, on a le droit de juger et « la critique est le sang de la pensée » (Valéry).

Je sais mieux « le mal » bien visible, multiforme, et j’en viens à croire de nouveau —comme l’enfant au catéchisme d’antan— aux esprits mauvais, au diable, au démon, aux prosélytes satans parmi nous. À ce terrifiant « belzébuth » dont je me moquais du temps où je m’imaginais que le mal était une invention des curés pour nous garder dans l’ignorance du monde. Je me trompais. N’y a jamais déshonneur à l’admettre. Le mal et ses affreux zélotes, ça existe. Le journal du matin, chaque jour, illustre les graves méfaits de ses suppôts. Tiens, il peut prendre un visage réel aux nouvelles télévisées, aussi ce pénible accent— d’un déchu. Cet « indic », cette « balance », le sieur Gagné, ex-tueur, utile délateur de ses ex-compagnons d’enfer. « Hell the hell », grommelait le regretté Robert Rivard dans « Race de monde ».

Moi le croyant agnostique, j’affirme que, morts, tous ces vilains apôtres lucifériens seront précipités dans « la Ténèbre ». Pour l’éternité. Esprits privés de « la Lumière », celle promise par les grands prophètes du Livre.

DIMANCHE.

Rentré tard d’un bon buffet pascalien chez mon traducteur « sommet-bleutien », Paul Paltakis, je sors une vieille chaise, me juche et répare un « store-à-spring » déglingué. Badang ! Trop de pastis et vin rouge ? La chaise éclate et je revole —tête par dessus cul— dans la haute cage de l’escalier. Souffle coupé. Cris de mort —un homme hein ? Aile accourt affolée ! J’ai cru venue ma dernière heure. Vous liriez ici le post-mortem d’ Accès : « Mort subite —escalière— d’un chroniqueur ». Mardi annulation chez « Tous les matins », aussi au « Salon du livre », à 3-Rives, pour le week-end. Francois Jodoin, champion-skieur, me recommande « messieu Champagne », « r’bouteux », « ramancheur » du bas de la côte-Morin. Le souffrant endolori hésite. Ma peur des toubibs. Conventionnés ou non.

L’HORREUR. Le génial peinturlureur de Sainte-Marguerite, Riopelle, ne se soucia guère de ses trois rejetons : il n’y avait que son art. Sa compagne-infirmière veilla longtemps sur le vieux buveur peu paternaliste. Mais lui trépassé, très publique et scandaleuse chicane-à-héritage. Exemple :son manoir rupestre de l’Île aux Grues ira à qui ? Et tous ses tableaux en jachère ? « Charognage » sinistre, inévitable ? Cette tardive « belle-mère » —reniée par les enfants négligés— se verra (en cour) transformée en vilaine marâtre incompétente. On songe au monstre-Picasso crevé puis déchiqueté par l’État et les rejetons-héritiers. Pénibles péripéties extrêmement matérialistes ($$$). Éloignées de l’art.

DÉBAT CAPTIVANT. À « Campus » sur TV-5 : « Science versus croyance ». Y sont Régis Debray —jeune ami du « Che » jadis— viré en grand défenseur des religions. Le ministre de L’Éducation, Luc Ferry qui installe l’enseignement officiel des « trois religions » (monothéistes). Y est aussi le savant Albert Jacquard (il publie « DIEU ? ») qui proteste : « Que les trois « Livres » changent vite les fadaises face aux découvertes avérées ». Le « Je crois en Dieu » l’horripile mais pas « Le sermon sur la montagne ». Debray s’insurge : « Fausse question ! Science et croyance sont deux domaines à ne jamais emmêler ». Certains savants se questionnent (Einstein lui-même) sur la survie de l’esprit. Fascinante télé. A notre télé, jamais de ces panels stimulants. L’intello de Lemelin braillait : « Y a jamais de place, nulle part, pour les Ovide Plouffe » !

LA FOI. Études biologiques, tiens, sur « croyant de naissance » avec 140 jumeaux ! Des généticiens fouillent : « Y aurait-t-il un chromosome-foi » ? La preuve —via les gêne— n’est pas encore définitive mais on creuse, on cherche. Ce ne serait pas seulement la société (familles, églises, communautés ) qui faciliterait une prédisposition à la foi. Fascinant débat —inné la foi ?— entre psychologues et biologistes. Comme toujours désormais. Ce sujet me passionne. Adolescent « une sainte vierge qui enfante », et autres fariboles, m’assommaient. Je n’aimais que l’Évangile. Je l’aime encore. Agnostique —mon horreur des dogmes— je prie souvent. Ultra-prostestant (?), je lis encore la Bible mais je fuis et ses contempteurs et ses zélotes issus des 54 sortes de réformismes aux USA, comme pour le Ketchup Heinz ! « Mgr » (titre ridicule) Ouellet de Québec déclare : « Les syndicats d’enseignants marxisants chassèrent notre religion des programmes ». « Mon Seigneur » oublie que la gauche condamnait les dévotionnettes et les piéticailleries du vieux catholicisme infantilisant. Ouellet souhaite le « retour en force » de l’enseignement religieux aux écoles. « Sur 100 jeunes québécois, 5 vont encore à la messe », déplore-t-il. Les diocèses ont moins de fric alors il compte donc sur l’État (laïc) pour le grand retour à la pratique. Niaiserie. « Oui » à davantage de cours de philosophie comprenant l’enseignement des trois grandes religions.

UN VRAI QUESTIONNEUR. Notre voisin Grand’maison, chanoine et sociologue à Saint-Jérôme, publie : « Questions interdites » ( Fides éditeur). Il ose dire la vérité :que nous sommes devenus une société contradictoire, individualiste. Qu’il y a eu un silence complice, lâche, des croyants quand on a jeté (dès 1960) le bébé avec l’eau sale du bain. Exemple : fin de l’enseignement de notre histoire durant 20 ans ! Dit qu’on n’a pas subi un « changement » mais une « rupture » fracassante. Que cela nous a donné une société-passoire, molle, le cul-de-sac actuel. « La confusion mentale ». Un peuple devenu fou ? Je le pense souvent. Le refus global conduisait à tout discréditer. Alors déshérités, les mains vides, nous sommes devenus des déboussolés. J’aime sa lucidité : « On veut tout, dit Grand’maison, fédéralisme et indépendantisme, état-providence et privatisations, socialisme et libéralisme ». « Réveille » (Zacharie Richard) nation nigaude !

21 mars 2003

Vendredi 21 mars, il pleut des bombes sur Bagdad et je rentre de Paris et de New-York. Mais oui, lire c’est voyager. À Paris ? Lu « D’amour » ( 219 pages, Gallimard éditeur), terrifiant récit par Danièle Sallenave. Une jeune bachelière follement éprise d’un aîné, homme marié —amateur d’art classique— incapable de quitter femme et enfants. Affligeant récit d’une fin de la liaison. Elle a les mains vides. Lui ? Vers 65 ans, enragé de vieillir, se tue. Que de tourments, de quêtes de ses visites —et/ou brefs voyages. Sallenave —façon Annie Arnault— écrit sans afféteries. Il y a —en parallèle— la mort de tante Odette. Une mondaine hantée par la vieillesse, comme son « homme marié ». Odette se jettera devant son train de banlieue.

– À New-York ? Krauss et McLaughin, deux étudiantes baby- sitters, racontent une famille « truquée » (Sartre). Des multi millionnaires, vaste penthouse en face de Central Park. Un récit-journal terrifiant que ce « Nanny » (343 pages, Albin Michel éditeur ). Il révèle la vie tragique du fils unique, Grover. papa banquier invisible, maman ultra mondaine se sauvant sans cesse de lui. L’horreur tragique d’un enfant enterré vivant sous les multiples pressions de la « jet society ». Congédiement brutal de la Nanny. Seul lien d’affection du « gardé ». L’enfant est perdu ! Récit qui a connu un succès foudroyant aux USA et je sais maintenant pourquoi.

Dimanche, 23 mars, hier, vu « The hours » à Saint-Jérôme, excellent film. Trois femmes névrosées. Un lesbianisme de compensation ? Troublant récit installé à partir d’un roman de la dépressive et célèbre auteure bourgeoise, Virginia Woolf. Ce soir, à Hollywood, le 75 ième « bal » à strass et paillettes, remise des « Oscars ». À moins de « trop de morts américaines », il aura lieu.

-Chaque fin d’après-midi, un « quatre à cinq » de commérages dans la file des acheteur de l’École hôtelière d’ici. Moi, je lis. Mes oreilles s’amusent de tant de méméring charmant. Hypocrite, l’écrivain y glane de tout. Une bavardeuse me dit : « On vous dérange pas trop ? » On rit. On rit moins quand s’ouvre la porte. Hélas, avant 17h, des étudiants, des profs, des employés du lieu (normal) ont enlevé les meilleurs lots ! Simples péquenots, on a droit… aux rares restes. Il reste des miettes ! Certains grognent. Un comptoir-tricherie au fond et qui ne devrait plus durer bien longtemps.

Mardi 25 mars, je sors du studio 45 (« Tous les matins »), un avion file vers l’est, bas. Grondement. Je songe au ciel iraquien. Le journal de ce matin : « plusieurs soldats US ont entre 18 et 20 ans, un colonel a 25 ans » ! Je revois sas cesse le visage angoissé d’un jeune prisonnier. « Je viens du Nebraska ». « Pour tuer des Iraquiens ? » dit une voix iraquienne. « Non, je suis un employé de maintenance ». C’est clair, ce ne sont pas des gosses de riches, venus de Harvard, de Princeton ou du MIT. Comme un beau-frère (Pierre), un neveu (Claude), ce sont des jeunes se servant d’un job dans « les Forces » pour pouvoir étudier un peu plus longtemps. Voilà ces enfants expédiés en Orient, aux mains des « méchants ». Inoubliables ces jeunes visages tourmentés, anxieux. Tous rassemblés aux portes de Bagdad maintenant et ce sera la mort pour combien d’entre ces enfants ? Son Oscar (mérité) à la main : « Honte à vous W. Bush ! », a crié Michaël Moore. Devant des centaines de millions de téléspectateurs du monde entier ! Les huées venant de « patriotes assis » en smoking. Oui, le jeune visage énervé du soldat me hante. « M. le Président, si vous voulez du sang, allez verser le vôtre », chantait Boris Vian. À la Maison blanche, dans son confortable bureau ovale, le Président Bush lit la Bible et joue aux dominos. Écœuré, je suis !

Journal – 19 Décembre 2002

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oui, comme chaque année, énervement quand s’achève une année, quand se pointe une nouvelle année, bêtise, oui, peut-être, car, au fond des choses, bien savoir qu’on ne changera pas, qu’on reste semblable, vouloir, tellement vouloir, une mue, être différent, nos faisons pitié avec ce désir de transformation alors que l’on traîne avec soi les mêmes valeurs, les mêmes habitudes, les mêmes tendances, foie, je me dis : s’en aller, vivre ailleurs, autrement, couper, oh, mais couper fait mal, comment accepter une distanciation qui fait peur, la vérité, ne pas vouloir changer vraiment, on aime bien ses petites affaites, pas vrai, la routine triomphe, je me secoue, faux que je n’arriverai pas à changer, à évoluer, le créateur, dans tous les domaines, souhaite un neuf projet, un travail qui le fera creuser une niche nouvelle, je lis la vie d’un auteur reconnu, je le vois s’instruire et puis tenter de faire sa marque, Raymond Queneau, le papa de «Zazie dans le métro », éducation de petit normand catholique, famille bourgeoise, monte à Paris, décroche un diplôme d’université et puis décide qu’il sera écrivain, il va d’abord, dans la vingtaine, se coller au pape André Breton et puis prendra ses distances, son refus permanent d’embrigadement, trois premiers romans assez (trop ?) hermétiques, à trente ans il va vagabonder, journalisme, employé-lecteur chez Gallimard (jusqu’à sa mort en 1976), Queneau n’aura pas les succès de son camarade Prévert, lui, Prévert, moins cérébral, Queneau entiché de notions mathématiques, aussi curieux de parapsychologie, par exemple, il demande une rencontre avec la stigmatisée, Thérèse Neumann, étudie minutieusement l’art des fous, s’égare dans des chemins d’un « encyclopédisme » flagrant, oh la la, je songeais sans cesse aux nôtres, même époque, un univers les sépare, Queneau nage dans des eaux intellectuelles savantes, ici, un Roger Lemelin tente de s’élever avec des moyens d’une modestie totale, une Gabrielle Roy rédige des articles commandés, un Yves Thériault joue le cow-boy à une radio des Maritimes, oui, un monde entre ces écrivains de France et les nôtres

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j’observe de ma fenêtre des véhicules sur le lac, comme chaque année, l’on trace trois grands anneaux, l’un pour les patineurs, l’un pour les skieurs de fond, le dernier, le plus large pour les promeneurs, viendront des bancs de reps, viendra le week-end et de pas trop d’utilisateurs de ces aires pour résidents et visiteurs, voici donc l’hiver installé sérieusement, une centaine de jours avec la blancheur, déjà je m’ennuie des feuilles et des fleurs, fou cela, hier rue Lesage, écouter deux golfeurs pépiant joyeusement sur leurs projets d’exil pour bientôt en France du sud, volée de bonnes adresses, pour délicieux restaus, sites fameux sur la côte d’azur, grands bourgeois qui vont fuir notre hiver, j’aurais les moyens de les imiter désormais, je questionne, « oublier ça, la France et les belles plages chaudes, c’est deux choses », me dit mon voisin, compris mais je refuse la Floride et on ne va à Cuba ou en Guadeloupe pour deux mois, je resterai ici une fois de plus,

je vois bien que je ne serai jamais un « snow bird » évitant l’hiver québécois, Aile qui me dit : « va-y, reprend le ski alpin, je resterai à t’attendre, toi en ski ou devant ton clavier, ça changera quoi », justement, tout car, à mon clavier, nous sommes ensemble tout de même, sous le même toit, non ?, oui, oui, les bons juges, « dépendance affective », mais oui, un couple uni fait cela, et si Aile insiste, je m’entends lui dire : « non, pas de ski alpin, non, à mon âge, s’il fallait que je me casse une patte, les ennuis, le lit d’hôpital, les soins de réparation, non, non », je ne m’ennuie jamais, accompagner Raymond Queneau jusqu’à son tombeau, et puis ce sera un autre, pondre ces images pour le Jacob, éditeur beauceron, à un moment donné, plonger radicalement, tout janvier ?, dans la rédaction de mon « éxilé », guetter des méls sur mon i-Mac bleu, y répondre, au fond voyager sans cesse par la lecture, être étonné si souvent par « les actualités », journaux, radio, télé, voilà comment va se vivre cette fin de décembre et le début de 2003, une vague honte, bien savoir que je resterai le même, chasser cette envie, ridicule ?, d’un « je » devenant « un autre », eh oui, au diable cette anxiété, en fin de compte bien comprendre —et mal accepter— que le temps coule, puissant fleuve indifférent à nos desiderata folichons

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le « couac » de ce mois m’encadre —pour me citer— parlant dans mon « À cœur de jour », affectueusement, de cet hebdo d’iconoclastes enragés; mon beaulieu hier au téléphone : « claude, pas encore un seul article pour recenser ton journal, bizarre ça » !, non, et aucun « pré-papier » dans les gros quotidiens, suis habitué, « l’annuel jasmin » ce n’est pas de la nouvelle littéraire, ça m’apprendra à tant publier; beaulieu, répondant à mes reproches « aucune pub », me dira : « fini le devoir et compagnie mais j’ai mis des annonces dans toutes nos revues littéraires », eh b’en !, bien servi, moi justement le fuyard de ce maigre monde littéraire à lectorat confidentiel , ensuite, à sa demande, ai trouvé le titre du tome deux pour le « salon du livre de québec » au printemps : « tuer le temps », et, en exergue, il y aura de jean genêt : « Je tue le temps et le temps me tue, nous sommes entre assassins », me reste l’interview dans cet « accès laurentides » de samedi qui vient, aussi, dans « l’express d’outremont », me voilà donc « écrivain de quartier, de région » !, ça m’amuse, l’hebdo de Prévost voudrait un « deux pages », « la vallée » a voulu un conte de noël; retour à la case départ quoi quand je tentais de me faire imprimer dans « le progrès de villeray » à dix-neuf ans

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ce soir, notre joyeuse « bande des six » à la bonne bouffe d’avant noël chez france-la-veuve dans son île des sœur, demain matin, lecture de mon conte-rituel pour paul arcand à ckac, l’après-midi, party des fêtes avec les équipes de « tous les matins », samedi nous fêterons mon marcogendre en « tout neuf cinquantenaire » —déjà?— c’était hier, il me semble, que le soupirant de ma fille, à bordeaux —un chemin de fer du cpr séparait les deux tourtereaux— frais diplômé de « concordia university », debout dans ma vieille camaro rouge rouillée, arrosait en rigolant le plancher de cette bagnole vendue pas cher; mercredi prochain, repas « du grand jour » —« alla collette »— à duvernay de laval, chez le frérot d’Aile, et, enfin, au jour de l’an nouveau, la tribu en entier chez mon fils, à ahuntsic…et puis fin des agapes rituelles, je serai attablé pour en finir avec cet « exilé », ou non, ce sera la mise en marche d’un autre paquet de jours, douze mois, 365 jours, et pour noël 2003, je me lamenterai de nouveau : comment muer, changer, devenir « un autre », connerie ?

5-

le ciel est bien gris en ce jeudi de l’avent, à la radio, le midi et quinze, chroniqueurs et auditeurs jasent, funeste impression d’un bavardage vain, est-ce je deviens blasé, pas mon genre pourtant, mille et mille opinions déferlent partout, la loi immuable de la démocratie certes, pourtant la hantise d’une vaste inutilité, je devine trop bien, derrière ceux qui défendent des idées, des lots énormes de citoyens seulement accaparés par les petits devoirs du temps des fêtes : quoi donner en cadeau ?, et j’imagine la faramineuse foule aux comptoirs dans tous les centres commerciaux, carte de crédit en l’air, cherchant l’objet qui fera plaisir; m’émouvoir au fond de tant de quêtes sympathiques, candides, oui, vouloir rester léger, désirer être en sympathie avec la population qui oublie volontiers de vastes continents —afrique, inde, amérique du sud, amérique centrale— remplis de démunis qui n’ont pas nos loisirs, nos moyens de dépenser; en finir parfois, j’en rêve, avec cette maudite mauvaise conscience, des intellectuels, des écre-vices dans mon genre, ah oui, comment redevenir un enfant, bien égocentrique, très innocent, cet enfant que j’ai tété, si content de voir seulement les ampoules électriques si colorées dans le parterre de monsieur le notaire, de monsieur le docteur, voisins riches rue saint-denis …, s’exciter d’entrer à l’église paroissiale, à minuit, oh à minuit !, d’entendre le père de claude léveillée, maître chante à sainte-cécile, rue de castelnau, dans son jubé, s’époumonant d’un « minuit chrétiens… »; non, c’est terminé l’innocence, ne reste que la nostalgie, ne restent que des souvenirs, le mains vides ?, les mains pleine aussi de la lucidité qui nous encombre mais, oui, on le sait bien qu’elle est utile, il faut s’indigner du sort, du très mauvais sort, des autres, ailleurs, et, trop souvent, dans nos alentours, hier encore, raflant trois bonnes tourtières de l’école hôtelière, 4.50$, j’ai vu un dame, vêtue modestement, répondant à une « riche », un peu gênée : « non, j’en prends pas, sont trop chers, ma fille, des tourtières, elle m’a promis de m’en faire en masse », je l’ai vu, au milieu de nos voitures, qui rentrait chez elle, à pied, son petit sac pressé dans ses bras; j’ai revu en pensée les excellents décors adèlois du film « séraphin » : on a bien respecté le site —j’ai vu une monographie avec photos du village de jadis— l’église, que je revois, rue Lesage, en pierres, était une modeste petite chapelle de bois, et les pionnières faisaient leurs tourtières, pas de chic comptoir pour les paresseux dans notre genre, pas d’anneaux de glace vive et bien entretenue sur le lac Rond en 1880

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pierre samuel chaleureux sur courriel : « en 1960 vos m’aviez dédicacé « la corde au cou », au premier salon du livre, avec Godin, Major (« parti-pris »), vous représentiez pour moi un grand bol d’air frais, comme les « automatistes » avant vous… »,

il ajoute : « maintenant la vague est haute et les nageurs tellement prudents », je lui parle de la relève, d’un jeune parenteau (chez le bigot) par exemple; mon fleurdelisé tout rataplan sur la rive du lac, pas le moindre vent, un temps d’arrêt, d’attente, hier, mes petits-fils au téléphone, je ne décèle plus l’excitation du temps d’avant noël quand ils étaient plus jeunes, des voix d’homme désormais, des propos calmes, raisonnables, terminé les « papi, on a tellement hâte aux cadeaux, d’ouvrir tes gros « bas de noël » suspendues hauts, cloués aux chambranles de nos chambres »,quoi, resterons-nous toute notre vie comme inconsolables, accrochés maladivement à nos enfances, à ces temps de joie niaise ?, non, non, il ne faut pas, il faut parvenir à cette joie « gionesque » et qu’elle demeure; comment garder sa joie quand Aille téléphone chez son frère pour mieux avoir comment évolue un sale cancer accroché après la belle-sœur Fernande, qui se débat, se défend se fait soigner —chimio et radiothérapie— « c’est le cancer le mieux maîtrisable disent mes docteurs », soulagement un peu, pas de joie, oh non, juste l’espoir, fernande viendra-t-elle à duvernay ?, guy lachance de ckac : « claude, faut couper dans ton conte pour vendredi matin, beaucoup trop long », je coupe, toujours trop long les écrivains, tassez-vous entre les pubs

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aile part pour son centre d’entraînement physique dans l’ancien hôtel « le totem », cette épaule qui l’a fait souffrir, en venir à bout, à son retour, encore devoir garnir le petit frigo portable et en voiture vers cette « île aux nonnes », margot larin-chenard, ancêtre guillerette, m’expédie une longue fameuse lettre remplie de souvenirs étonnants, je lui téléphone : « oui, un jour, je passerai à votre centre d’asbestos, rue simoneau, oui, on jasera sur l’époque des aïeux », un peu sourde comme moi, on se chevauche dans nos propos, et on en rit, voilà que mon fils, travailleur autonome, accepte d’aller bosser quelques jours par semaine chez publicor, pour de la « fabrication de livres », explique-t-il, il a misé trop bas dans une « offre d’achat » pour un chalet bon marché au lac marois, l’affaire lui échappe, semble pas vraiment déçu; un courriel étatsunien du « burlington art centre » : mon père mort mis sur un site web d’artisans émérites là-bas, comme « valeureux céramiste primitif », papa pas vraiment mort donc, je serais disposé à « donner » (disons contre crédit d’impôts ) toutes les céramiques du paternel, édouard jasmin, au musée de trois rivières mais…on me dit qu’il est fermé faute de fonds publics, ah !; je garde pas loin un terrible témoignage —paru le 30 novembre— de sébastien hotte, le fils aîné du tueur Jocelyn, ex-agent de la rcmp, il dit : « il était resté avec ma mère pour protéger les enfants, nous… j’avais l’impression de parler à un jeune enfant, j’avais peur qu’il se suicide tant mon père déprimait… maintenant, nous vivons une tragédie », non, je n’arrive pas à jeter cette coupure, le romancier ramasse et garde ainsi des bouts de vérité tragique, au cas où… non, je viens de le mettre à la poubelle, c’est fini le genre romancier dramatique, je dois pas l’oublier, il n’y aura plus jamais de « corde au cou » dans mes projets, j’ai vieilli…

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fou, je repense encore au roman de dame sissie (!) labrèche, titre « la brèche », symbole du vagin, je n’en reviens toujours pas de cette histoire de copulations frénétiques et bien molles à la fois, entre un gras Tchékie et une (sic) Kikie; l’étrange relation tordue entre l’étudiante en lettres et ce vieux prof « à grosse bedaine », est-il souvent spécifié, l’épouse cocufiée montrée, évidemment, en grosse conne vache aux chairs étirées… un récit de désaxée totale, un appel clair au voyeurisme le pus grossier; aventure sinistre d’une groupie bien sotte et qui dit avoir vécu avec deux folles, sa mère et sa grand mère, dans les punaises et les coquerelles, qui, pourtant, fait une savante thèse à l’université tout de même; comment y croire, une jeune auteure qui pimente en masse, un « putain » numéro deux, tome deux, sauce nelly arcand; mode curieuse où des pages et des pages distillent des images de génitalité furibonde, les coulis de bave, du sang menstruel bien entendu, ce duo mal assorti se démène en sauces gluantes : pas de pénétration, jamais, ah ?, infantilisme du vieux prof de 56 ans ?, jus de vulve, sperme sur les joues; on se questionne : un besoin de quoi au juste, un goût de « commerce littéraire », j’en ai bien peur, la littérature à hauteur du « suçons-nous les uns les autres », puis ça veut un enfant, l’incroyable désir de l’hallucinée et, en finale, séquence classique, banale et prévisible, tentative de suicide de la jeune tordue; franchement, lire deviendrait « voyeuriser » le malheur sexuel d’un vieux con abuseur et dominateur avec sa masochiste enchaînée, pouah, ça pue fort, croyez-moi, et boréal décrétait : « bon à tirer », ah oui, c’est bonjour « le commerce du livre », le plus triste : cette « labrèche » a du talent, ici et là, de très bonnes lignes avec du style étonnant, quelle erreur de viser seulement à hauteur du cul, quelle tristesse et quel mépris des lecteurs, quelle manque de confiance en soi

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ah, un vent d’ouest s’est levé, mon drapeau lève, la météo annonce de la pluie, consternation imaginable des proprios de centres de ski par ici, bon, j’avais voulu du journal plus trépidant, j’y arrive mal, le talent, le talent, en arriver à échapper aux éphémérides ordinaires de la vie ordinaire, non, impossible, comment s’empêcher de parler de ce bush-père vu à historia hier soir, un président mal servi quand l’économie s’écroule, un bonhomme qui a retenu son cheval et fait finir vite la guerre du koweit, refusant de traquer le saddam hussein, assez de morts, aurait-il dit, éviter de commenter de trop ce film ancien, de Tati, qui vieillit bien mal; « les vacances de m’sieur hulot » en une suite de séquences bien soporifiques, hier à artv, notre bien-aimé cinéma vénéré, maintenant du cinéma d’amateur très ténu, fragile, les choses aimées qui se métamorphosent en choses méprisables, aile et moi étonnés, « on trouvait ça si fort, jeunes », mais oui, tout change, ainsi, le passé sous examen, j’achève « le livre noir du canada » du vaillant normand lester, long chapitre instructif sur le racisme effroyable des anglais d’ici, la haine des japonais, même avant la guerre, horrible, découverte utile : ces canadians détestaient viscéralement les Juifs, les japonais, les canadiens-français, les chinois, vraiment des racistes pitoyables, les faits abondes, les vérifications bien montrées par lester, c’est pour tant des nôtres une révélation, quoi, « ces gens-là », m’sieur brel, nous dépeignaient en racistes fascistes maladifs mais ils furent, eux, pires que tout, il faudrait faire lire cet indispensable « manuel scolaire » impitoyable chez nos écoliers, pourquoi, pour qu’ils sachent démasquer nos accusateurs, pour qu’ils apprennent les sources de la francophobie ambiante, ils sont si nombreux les oublieux, les sucrés qui disent « il faut s’entendre, ils furent bons envers nous, ils nous tant apporté, toutes ces fadaises que répandent les zouaves du bon ententisme « coast to coast », une bible rare ce livre noir…

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la bonne mémoire ce n’est pas la haine, c’est du « je me souviens » essentiel, c’est bien savoir les racines de nos malheurs, la mémoire c’est le sang de la vie, de l’histoire, henry miller acceptait le cri du parisien : « la mission de l’homme sur terre est de se souvenir »; trop de monde vit sans cette mémoire utile, ils vivent au jour le jour, ils sont des épaves, des bois morts qui flottent sur la mer trop tranquille des endormis, victimes sottes des événements, refusent de avoir d’où nous venons et ne savent donc pas où ils vont, se laissent dériver, n’ont aucun sens à donner à leur existence, ils vont en aveugles, « dodo, métro, boulot », c’est un devoir qu’il faut se donner —si on les aime vraiment nos concitoyens manipulés— ils n’aimeront pas cela au début, un devoir : les réveiller, chante l’acadien déporté, zacharie richard —qui dormait lui aussi, il le disait l’autre soir chez christiane charrette— chante maintenant avec lui, pauvre anesthésié d’ici : « réveille, réveille » ! ça n’empêchera pas la joie, ça n’empêche pas le bonheur, non, non, savoir n’assombrit pas, se souvenir ne tend pas nécessairement triste, allons, au contraire, c’est un tremplin formidable, pour refuser les manigances des fédérats, pour retrousser les manches et , désormais, vouloir toute notre liberté, ainsi, l’autre soir, au film de binamé, revoyant l’exploitation des politiciens retors sur les misérables villageois adélois, on se disait, je me disais, c’est le passé mais plus jamais… à jamais prendre la défense des nôtres, ne plus jamais laisser dire des inepties sur les nôtres, nous n’étions pas des racistes —s’il y avait un noyau de désaxés— encore moins des fascistes, nous ne sommes pas, collectivement, des caves, c’est faux, c’est du racisme inverti les bobards de diffamateurs intéressés, racistes, ces assertions sordides des Esther Delisle, des Francis, des PitBull Johnson, des Mauditkakailles Richler et cie, il y a parmi nous plein de citoyens, mieux informés, décidés à vivre debout, en cette fin d’année, j’y crois plus que jamais et je ris de ces urgentissimes dadais qui baissent les bras; des nations durent attendrent des centaines d’années avant leur liberté, ici, après 50 ans de luttes, on en voit qui se découragent, allons, je suis certain, très sûr, qu’un jour viendra où nous l’aurons notre état français, c’est écrit c’est si normal, inévitable partout sur la planète, comique d’entendre, autour de john charest ou du mario-adq, que « c’est assez le vœu de la souveraineté », au RIN, jadis, c’était pas même 10 % mais en 1980, c’était 50% des nôtres votant « oui », en 1995, c’était 60% des nôtres, pourquoi cette rengaine répandue : « l’indépendance, les gens ne veulent plus en entendre parler » ? du « whisfull thinking » dit-on aux USA, celui de nos adversaires —dont les « saboteurs », pas d’autre qualificatif pour les députés libéraux à Ottawa— une propagande entretenue par nos bons maîtres et leurs valets stipendiés….maintenant, accrocher un sourire à ma face, pas difficile, je suis d’un tempérament joyeux, et m’en aller fêter chez la chère France, demain matin livrer à ckac un autre petit pan de mon passé dans villeray et voir mon tit-paul arcand, goguenard, qui va m’écouter raconter un orphelin, rue christophe-colomb, hélas jamais revu… maintenant, je la connais, aile va sortir mon « beau linge », mon veston noir comme en cachemire, ma cravate et ma chemise comme en or, un vrai p’tit roi mage, elle va me sourire —j’aime ses si beaux yeux quand elle me sourit— me dira : « parle pas trop ce soir, écoute les autres, pas de farces trop crues, ne bois pas trop »; je l’aime, c’est vraiment un ange gardien incomparable vous savez…

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Dimanche soir, le 5 janvier, Jasmin sera interviewé à « PARLEZ_MOI DES FEMMES » par Denise Bombardier à Radio-22h.30 à la SRC. Mais avant ça:

Vendredi 20 décembre à CKAC, Jasmin et son conte de Noël (vous en recevrez le texte la veille!

Mardi le 24 décembre, le matin de la veille de Noël, vers 11h et 45 à « TOUS LES MATINS », Claude Jasmin, devant quelques enfants en studio, racontera un conte de Noël: « Le dragon de Noël ». On pourra ainsi voir à l’oeuvre, à chaud,ce « papi raconteur » tel qu’il le fut dans la chambre de ses petits-fils de 1985 à 1995. Ne pas rater cet exercice d’impro !