Du mercredi 10 au mardi 16 juillet 2002

1-
Ça ne pouvait durer ? Cinq ou six jours de bel été. Tant de bon soleil. Ce matin : fin de la récréation solaire. Ciel bouché. Météo prometteuse (et menteuse) et nous partions pour Val David à vélo. Un aller-retour à l’ombre des nuages en camaïeux de gris.
Bof ! Presque vingt kilomètres à observer une nature en pleine maturité déjà avec des couleurs vraies puisque le soleil n’est pas là pour fausser en ombres fortes les lumières et donc tricher. On m’a dit que photographes, comme cinéastes, en fin de compte, préfèrent ce temps gris pour, justement, obtenir les couleurs franches.
Dépendance affective totale ? Hier soir, au ciné, entendant mal, je vais m’installer loin d’Aile en avant de la salle. Eh b’en, oui, après quinze, vingt minutes de… « solitude », je suis revenu près d’elle avec ma boite de chocolats « closette » aux raisins !
« Chemin de perdition » forme un récit filmique bien parfait, très pro, signé Mendes. Richard Johnson en est l’extraordinaire directeur artistique. Que de bonnes séquences dans des lumières glauques. Et on aime tant Tom Hank (aves un « s », ? ) depuis son fameux, « Forest Gump », « Le soldat Ryan », d’autres.
Au lit je dis : « Un bon film, oui, mais au fond une niaiserie.
Écoute Aile : c’est encore la vie (brève) d’un modeste salaud (Tom H.), collecteur-tueur pour (Paul Newman) un chef pégrieux des années ’30. Ce patron irlandais a un fils idiot, une tête brûlée, jaloux de l’affection de son papa pour Tom H., il va tenter de le faire assassiner. Échouant, ce fils-con, vite sur la gâchette, tuera l’épouse et un des deux fils de Tom. Débute alors l’illustration —avec sang versé sans cesse— d’une vengeance. Classique récit des westerns et des films sur la pègre. Le célèbre Al Capone (invisible à l’écran) tire toutes les ficelles, commande les marionnettes. Fin.
Aile est d‘acord. « On devrait éviter de perdre notre temps à ces bluettes (rougeâtres d’hémoglobines), non ? » Pas de réponse, la « famille Molson » (son livre actuel) gagne.
2-
Depuis tous ces beaux jours, tiraillement terrible : les aquarelles promises. Ma honte totale. Tantôt l’Anabelle (revenue de vacances) de TVA au téléphone. Le camion micro-ondes s’en vient. Sujet proposé : « Le sort fait aux Vieux ». Oh ! Je vais en profiter pour me défouler un brin. Je souhaitais tant, devenu un aîné, jouer les sages, celui que des jeunes consultent. Nenni ! Nos expérience —tant d’erreurs !— ne servent à rien. Ça va barder chez Pierre Bruneau. Ailes : « Cloclo ! Du calme. Pas de criage hein? » Ma chère boussole !
Avant-hier, dimanche, on s’amène au Lac Marois chez les Faucher. J’ai un barbouillage avec le tricolore. Jean nous fait taire sur le parvis, nous pousse devant son téléviseur et on voit Chirac entouré de sautilleurs (à cheval). Non, il n’y a pas eu de « Dallas à Paris », Dieu merci ! Pastis sur la galerie. Large tricolore fixé à l’escalier. Vive le 14 juillet ! Solange Lévesque (du Devoir) nous parle de spectacles vus récemment sur sa route : Nicole Leblanc, Hughette Oligny au « Caveau de mon éditeur de Trois-Pistoles, une reprise de « Encore une fois, si vous me permettez » avec Louison Danis en « mamma » de Tremblay à Beaumont. Une gentille bretonnante —sa filleule— rigole de nous entendre ferrailler Jean et moi. Bonne bouffe, revue des fleurs sauvages partout, les bons soins de Françoise.
La veille, samedi, à cinq rues de la belle vieille église (des Patriotes) de Saint-Eustache, « garden-party » pour célébrer 40 ans de mariage de ma sœur Nicole et de son Louis, imprimeur retraité. L’hôtesse, Marie-Hélène, a deux jolies fillettes. L’aînée, Aude, se laisse apprivoiser mais l’autre, une petite Fanny adorable de quatre ans, résiste farouchement à mes…avances ! Oh ! Mon neveu Sylvain va bien s’amuser de me efforts. À la fin de la fête, Fanny est sur mes genoux et me fait voir son ruban doré entortillé à son index. Je lui parle de fonte et d’une bague de princesse à fabriquer ! Je l’ai eu. Aile : « Je le savais. Tu as le tour avec les enfants ! »
Louis veut savoir le truc. Facile : ne jamais prendre le rétif de front. Passer par un objet. Faire « focus » sur cet objet lui appartenant. Vont défiler alors les dessins, les « peluches », etc. L’enfant timide refuse d’être sondé, d’être « le » sujet. Mais si vous lui parlez de ses « petites affaires », il ne tarira plus.
3-
À TV-5, dimanche soir, plus de ces « Campus » aux bavardages « speedy ». Table ronde avec des auteurs divers, Vargas (« Pars vite… ») Decoin, Djian, Tounier, etc. Invité d’honneur, Umberto Eco. Vous savez, l’homme érudit qui déteste voir ces masses laborieuses, ces vains touristes, jacasser trop fort dans les musées ! L’Umberto (avec son frais paru, « Baudolino », roman picaresque) est disert, brillant, rétorque vitement. Sait faire aussi le modeste disant : « les intellos ne devraient pas sans cesse fournir aux médias qui les questionnent des décrets définitifs lors des « actualités » à chaud ». Ce qui ne risque pas de se passer par ici. « L’intellectuel, dit-il, doit parler « avant » l’événement et « longtemps après ». Pendant, il n’est qu’un citoyen pas plus capable d’analyser qu’un autre ! » Quand on questionne sur les « favoris », c’est, comme toujours :Proust, Céline, Dante (pour Eco).
Mon Daniel est revenu du Maine. Camping. Quatre journées. Suis jaloux :je voudrais (re)voir la mer ? « À la mi-septembre », suggère Aile. Bien. Ma .deuxième mère », Lucille :pas là à Saint-Eustache. Ni mon frère « sauvage » Raynald. Parti à la pêche, on ne sait où. Eh ! Mon regret —chagrin même— de ne pas arriver à de plus fréquentes rencontres. Bof, moi itou, assez sauvage au fond. À tant voyager j’ai su que lui et sa Monique se sont faits de bons nouveaux amis. C’est bien. C’est fatal ? Ne sommes-nous pas plus proches —avec le temps— de nos amis que de nos parents ? Faut bien l’admettre, non ?
4-
Je pense encore à ces « Souvenirs… d’un ronchon » de Jacques Henripin. Deux cent pages souvent remplies de graves regrets, de critiques acerbes, de vivifiants rechignages. Très souvent, je me suis senti solidaire de ses condamnations des temps actuels. Il est mon aîné de cinq ans. Ce garçon pauvre, presque misérable (« Je n’ai pourtant jamais manqué de rien ».), venu de Lachine, aspirant-curé dans un pensionnat de Chambly (Les Oblats de Marie-Immaculée !), courageux « très » jeune travailleur pour gagner ses études, s’inquiète du laxisme ambiant dans écoles et collèges —dans les familles aussi ? Henripin épingle cruellement jusqu’aux universitaires. Se moque des colloques, des séminaires, de ces « futiles voyages payés » Sa lucidité grognonne fait plaisir à lire.
Il finira pas être fort bien coté comme expert-démographe. Solides contrats, très en demande à Ottawa (!) et passages fréquents dans les médias. Retraité de l’université, il grogne —avec raison, l’âge venant, il devrait être encore meilleur — qu’on l’invite moins désormais.
Ah, sujet de mon bref topo ce soir à TVA !
Des chapitres entiers illustrent ses recherches, ses travaux, ses publications fréquentes. Peu à peu, il m’a déçu. Choqué vraiment. Le voilà traitant la nation québécoise de simple « tribu » de râleurs ! Drôle de mouche qui l’a piqué (il se dit de « Cité libre », revue fédéraste crasse. Il finit son livre en militant anti-nationaliste furibond et content ! Nous ne sommes —les indépendantistes— que « tribalisme », gens à courte-vue. Une sorte d’imbéciles quoi.
Hélas, son livre reste muet sur toute sa vie intime. Sans tomber dans les bobards indiscrets, il est difficile de bien estimer un bonhomme qui ne jase que sur son métier, qui passe sous silence tant d’aspects d’une existence…qui font un être vraiment humain. Que cache donc une si énorme discrétion ?
Dimanche chez les Faucher, voyant Chirac menacé j’ai songé à « Conversation » (Plon éditeur) de son épouse, lu récemment. J’ai aimé les parties de son bouquin quand elle raconte ses déambulations nocturnes dans le vieux château de Napoléon-le-Petit (le no. 3). Le livre fait bien voir une femme de la bonne bourgeoisie française (moins « gaulienne » cependant que celle de son époux), un vaste monde sépare ces gens du commun. J’ai bien pris conscience que cette classe sociale (en France) vit en une sorte d’immense vase clos ! Les valeurs de Bernadette et de Jacques n’ont rien à voir avec les foules françaises, paysannes ou ouvrières. Pourtant cette catégorie de citoyens jouit d’une sorte de ferveur. Ils sont (les Chirac en sont la pointe) l’équivalent de la monarchie britannique. « Paris-Match » les illustre régulièrement.
Ce pays de « La » révolution a gardé la nostalgie des temps anciens. En cela, nous sommes vraiment des nord-américains.
5-
Vendredi aller-retour en ville. Ramasser le courrier. Comme de fait : des factures surtout. Quelques chèques utiles aussi ! Y est le « Couac » dernière livraison plus solide que d’habitude. Moins de faciles facéties iconoclastes bien estudiantines. U n bon article de Nadeau sur un Pierre Vallières, devenu comme fou, gravement malade, qu’il fera hospitaliser (à St-Luc). De révélations étonnantes sur un ex-asiprant-capucin ( Henripin encore !) qui vire révolté, qui entre en FLQ, qui fera de la prison, qui imagine des complots invraisemblables, qui renie ce qu’il adorait, qui part pour la Bosnie en fin de parcours (on songe à Malraux, vieux malade, voulant aller au combat politique, armé !). Triste itinéraire.
Normand Baillargeon (alias Raymond-la-science) raconte deux expériences américaines. Des « tests » très effroyables. Manipulation de type behaviouriste. Démonstration horrible. Des individus finissent par obéir à des ordres si on sait les conditionner. À lire absolument au domaine de la « psychologie sociale ». N’importe qui peut devenir un tortionnaire sadique en toute bonne conscience. Cela rejoint ces bons jeunes soldats chrétiens de France torturant volontiers des Algériens indépendantistes en 1960. Un très bon « Couac ».
Je me sens parfois trop isolé. Des livres m’excitent introuvables ici. Des spectacles m’attirent mais… descendre en ville…Oui, j’en cause avec Aile, trop souvent, le fâcheux sentiment de passer à côté de « ce qui se fait ». Demeurer urbain, montréalais, ne ferait-il pas que j’irais voir ce film à la cinémathèque ou à Ex-Centris, ce spectacle à tel Festival, ce brillant humoriste hors du lot commun, mais quoi…il n’y a qu’à aller tailler un bosquet… déplanter et replanter un arbuste comme j’ai fait hier matin.
Il y a quelques années, je suis allé me stationner près d la prison de Vallières (Bordeaux) en face d’un coquet logis habité quinze ans. Je rêvassais. Dans un champ immense (d’Hydro) jouaient mes deux jeunes enfants innocents. Plus de deux décennies d’un bonheur relatif. Le temps passé. J’éprouve ce même frisson du « temps qui file trop vite » quand je repasse rue Querbes, treize ans là ! Ou devant le 551 de la rue Cherrier, sept ans au centre-ville suractif. Même en face du 10,210 de la rue Sacré-Cœur où je n’ai vécu que deux ans… j’avais vingt-neuf ans, je gagnais le (très convoité à cette époque) Prix du Cercle de France avec « La corde au cou », j’étais stimulé…pour longtemps ! La vie, la vie…
6-
Lucie et Toumaï. Elle avait de 2 à 3 millions d’années. Lui, Toumaï, trouvé au Tchad hier, entre 6 et 8 millions d’années ! Des squelettes importants. Homo erectus ? Macaque ou humain véritable ? On cherche. La Bible parlait de 20,000 ans comme début l’humanité » et Stephen Hawkings, le fameux astro-physicien, dit que la marge n’était pas trop mal puisqu’eux, les savants, jugent que cette humanité débutait vers 40,000 avant Jésus. J’ai été un peu trop vite en parlant de l’Ancien-Testament comme d’un tissu de guerres horribles, il y a dans « le » livre de tout, fureurs et sagesses, et aussi de la poésie. Voir « Le Cantique des cantiques ». Les intégrismes issus des liseurs de la Bible en sont un avatar. Le Livre n’en est pas responsable. Un tableau de génie regardé par un crétin devient un tableau de crétin, je ne le répéterai jamais assez.
« Dieu prit un peu de limon de la terre et souffla dessus… », on lit cela et on rêve. « Si c’était vrai… » chantait Brel. Du Mont Ararat, en Arménie actuelle, Noé appareilla et mit le compteur « humanité » à zéro, recommandation de Yaveh. Si c’était vrai…Vendredi dernier, randonnée à vélo et des marguerites partout (pâquerettes), les collines plus rondes, grasses des feuillus en pleine maturité. La beauté.
Documentaire (Canal d) sur la succursale (à Morin Heights) de l’OTS. L’excellent acteur Godin en piètre animateur. Une tuerie affreuse qu’on découvrait dans des chalets en octobre 1994. Nous étions aller voir ce site funeste, Aile et moi. Morbide attirance, la curiosité des faits divers sanglants. Comme tout le monde ? Horrible aussi ces missions avec leurs « reconstitutions » bidons. Intolérable. Si amateur. Mode niaise. Démagogie visuelle infantile.
7-
Le soleil éclabousse tout le terrain et le lac aussi. Fainéantise, ces jours derniers. Le paradis perdu (encore la Bible) retrouvé. Sort édénique quoi. Repos total. Ne rien faire, plus même lire. Regarder et se taire. Baignades fréquentes. Un soir, à Tv-5, docu sur « l’Étang de Berre » de Marseille, « la petite mer ». Pollution. Centrale nucléaire pas loin. Pétrochimiques. Raffineries. Hydroélectricité sauvage. Une merde colossale ! Rejets nocifs. Cris des riverains. Mort de la pêche bientôt. Sursaut. Révolte. Le reportage faisait voir le redressement. Ce matin, manchette des gazettes : ici, des rivières harnachées un peu partout. Des petites centrales électriques. Beauté des sites à vendre. Par qui ? Si l’on décide de saccager les cascades de la Rivière du Nord un jour, on me trouvera en farouche guerrier. Promis ! On saura qui exactement veut acheter (profiter) et pour vendre combien et à qui ? On saura tout. Promis.
Samedi matin, fou cela, un simple odeur de rôties et me voilà salivant. C’est ainsi depuis l’enfance. Une odeur ordinaire, ancienne et c’est la joie des papilles joie. Un bien grand rôle pour deux petites tranches de pain brun dans le « toaster », non ?
Chez Lipton, revu la Susan Sarandon. Quelle actrice brillante. Quel grand plaisir de l’entendre converser sur son métier et aussi sur sa vie…intime ! Ai revu « La beauté du diable ». Bien bon., Michel Simon en parfait satanique Méfisto. Gérard Philippe, lui, toujours envoûtant. Vieux film avec des séquences modernes.
Mon fidèle Marleau (Daniel) me revient pas moins taquin. Il me propose des titres du journal pour V.-L. B. dont « Romanceries au saucisson de mousse » et « Écrivain chassant le bébé écureuil »…je le relis, non, cela pour le projet de totems sur la piste cyclable. Une lectrice, Manon A., y va généreusement. Je retiens « Dans le nid d’Aile ». Il y a « Rien à cacher » qui me plait bien aussi. Un lecteur surnommé « le frileux » par moi : « …mégalomane », « …défroqué », aussi « si mes jours étaient contés ». Brr… Donc, j’’ai reçu un tas de suggestions, des comiques et des graves. Je lis.
Le dénommé Tod, un francophile qui baragouine le français pas trop pire, de Concord, USA, me couriellise (courtise ?) parfois. Il a détesté le film « La pianiste » et Isabelle Huppert tout autant (moi qui veut aller voir ça ?). Tod me parle de « Le Québécois », un neuf journal pro-indépendantiste (?). Est de’acciortd que le F. de Jazz c’est « USA » au boutte ! Me dit qu’il est aussi bédéiste, signant P.Maudit (!). Que sa compagne aime bien Journées Nettes. Le meillewur ? Qu’il y a —pour un petit 300,000 piastres— l’île Sottise (en face de Grosse île) è vendre ! Faut que j’aille vite voir ça. Enfin, qu’il n’est « pas toujours d’accord » avec mes humeurs et opinions. Normal le gaillard « nieuhampshirois. Non ? Cette Sottise…un canular de ce G. (j’ai) Tod ?
Michelle T, elle, me suggère : « Le capteur de temps » J’aime bien. C’est une de mes héroïnes préférées : elle tient à élever ses deux filles à la maison. Avec abandon de début de carrière en radio-télé. Lourd sacrifice, je sais. Deux filles heureuses qui s’épanouiront cependant. Pas de clé au cou !
8-
Une cousine ronchonneuse d’Aile, Mimi, me dit : « Oui, canicule et puis temps froid, c’est ça notre beau Québec, Claude »! La venimeuse. Cela est du racisme inverti. Comme si aux USA (qu’elle affectionne tant) il n’y avait pas de canicule ! Elle m’enrage.
Je lis sur Yourcenar (Le Devoir) et l’on parle de son tout dévoué Yvon Bernier. Ainsi, on trouve souvent de nos gens auprès des sommités. Robitaille, à Paris, servant dévotement longtemps son illustre maître Henry Miller. Il y en a eu d’autres. Bizarre ! De nos illustres inconnus qui se font admettre auprès des grands noms. Étranges valets sur-cultivés que des notoires accueillent volontiers. Miller a eu des éloges HÉNAURMES pour ce Robitaille, mort récemment.
Un jour, Aile et moi, on veut visiter le modeste domaine de la Marguerite à Mount Desert, au Maine. Nous avions pris le traversier à Yarmount, en Nouvelle-Écosse, arrivant à Bar Harbor, pause d’une nuit. Le lendemain, filant vers notre cher Ogunquit, demande de visite chez Yourcenar. Au téléphone, une voix : « Ah, regrets, monsieur Bernier n’est pas disponible. Il faudra réserver plus tard ! » Dépit à l’époque. Françoise Faucher l’a bien mieux connue (pour « Femmes d’aujourd’hui »), y allant parfois l’interviewer mais elle m’a prié de ne pas révéler ses amusantes observations face à l’écologisme tout relatif et curieux de Madame. Je me tais donc mais j’ai ri. .
Une mort qui m’a surpris. Je l’avais rencontré au Salon du livre de Hull en avril. Petite frêle femme, poète ayant publié. Des japonaiseries tendres parfois, des haïku ? Un être délicat, prof de français à Carelton University, son nom : Evelyne Voldeng Paix à ses cendres; nous devions nous revoir. Nous nous reverrons donc dans…l’Éther ! L’éternité.
Article sur la peintre Joan Mitchell, longtemps la maîtresse (à Paris) du taureau impétueux (« orignal », disait de lui Breton le pape ) Riopelle. Artiste new-yorkaise qu’il aurait bien malmenée, disait la rumeur. Le catalogue de Mitchell mépriserait Riopelle copieusement. Justice ? Non. Vengeance à l’amerloque. Pénible.
Assez jasé, le micro-ondes s’approche !

Le dimanche 30 juin 2002

Le dimanche 30 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Ouf ! C’est fini. Voici juillet. Demain. Congé de journal ? On verra. Certains jours d’orage, je reviendrai à ma petite machine mettre de l’ordre dans mes notes de calepin. Je vais expédier ce « tout juin » chez Victor-le-matamore du bien-bas-du-fleuve et sa tartineuse, Martine (Au but) saisira mon texte. Saisir ? Hum !
Ils sont venus. Mon Daniel toujours fier de sa neuve fausse-jeep, le beau Thomas, et Lynn la noiraude espiègle, Du Sommet (pas si bleu), Paul et Carole, sœur de ma bru, —ma dépanneuse émérite en ordi— descendaient aussi vers notre rivage. Deux petites cabotes, Lili et Zoé, se tiraillaient un bout de bois, ououf, ououf ! Baignades à répétition. Jasettes et puis trempette (aux légumes crus) offerte par l’experte Aile. Bières et limonades.
Le papi bienheureux en oubliait volontiers le beau bloc à papier-aquarelle qui l’attendait pas loin. Plus tard ! La sainte paix dominicale. L’été bien installé enfin.
En soirée revoyons, à TQ, un film cocasse :« ce roi fou un temps, Georges le numéro 3 ». J’ai rapproché le curieux roman de MacDonald, je veux terminer son « coffre de cèdre ».
2-
Il y a un zigue étonnant, un certain G.Tod, qui me tient parfois au courant de ses activités poétiques. Un anarchiste ? Un jeune ermite grouillant en quête de combats gauchistes ? Je ne sais trop encore. Il est de Concord, USA. Il aime le Québec. Il vient parfois ici, rue Saint-Hubert, pour réciter des strophes chez « L’inspecteur Épingle » devant « un parterre d’ivrognes », spécifie-t-il. Il semble bien connaître nos ébats (littéraires) et débats (politiques). L’ordinateur nous amène ainsi de ces correspondants hors du commun. Ainsi, le cher Marleau, lui, m’encourageait hier — et vivement, spirituellement— à ne pas passer la batte « aquarellisante » à un autre…que moi. Chaud au coeur.
Ce « poche » signé Hawking refermé, il me taraude avec ses calculs si renversants. Son histoire des jumeaux dont celui installé sur une haute montagne vieillissant moins vite que son frère !!! J’en reste baba ! Il m’a fait voyager entre Bing bang, bing, bing et bang bang et, à la fin (il n’en est pas certain) le grand Crush ! Des Jésuites savants l’invitèrent (lui et d’autres astrophysiciens) à jaser cosmos avec le pape à Rome.
Le Vatican si content depuis que les physiciens acceptèrent l’idée d’ un « début », d’un commencement de l’univers.« Ah, la Bible le disait bien ! Il y a eu un commencement…une création du monde ». Il n’y aura plus « l’obscurantisme catholique » enfin, ni un Galilée numéro 2 ? Non, plus jamais. Stephen Hawking, la langue dans la joue, laisse entendre qu’il n’a pas voulu provoquer une polémique mais … oui, il a certains doutes. Ainsi, cette expansion dure peut-être depuis toujours sans qu’il y ait eu un départ.
« Go, partez galaxies ! »
Là-haut, faut filer à 500 km-heure pour éviter de tomber ! Le Newton-à-la-pomme-qui-tombe l’avait prédit. Tout est sujet de gravité. C’est 720 km-h. Ou 12 km-h à la seconde ! C’est bien rapide en ce monde-là !Je relisais, je relisais, moi le zéro en maths au collège. Ces explosions d’étoiles, ces trous noirs —« des trous rouges », devrait-on dire selon Hawking. Ce « tout n’est que gaz » d’abord, ces nutrinos, ces photons, ces particules très invisibles à nos yeux … je me débattais avec mes synapses de neurones.
Nous ne serions que carbone et oxygène ? L’enthropie y est vicieuse : cette nécessité de se multiplier dans le chaos total. La surfusion et l’eau qui ne gèle pas même sous le zéro ! Bon sens ! Pas facile à saisir. Bon sang !
Je naviguais du mieux que je pouvais entre Euclide et Hubbles l’essentiel chercheur. Hawking songe à « pas de début et pas de fin ». Et il continue de chercher. Le « principe d’incertitude » de la nouvelle physique (la quantique) change tout désormais. Il y aurait non plus une mais trois flèches du temps : la thermo, la psycho et la cosmologique. Aïe ! La mémoire humaine, on ne sait trop comment elle fonctionne (ah ?), la mémoire des puissants ordinateurs, elle, on peut la comprendre, la démonter, l’examiner dit-il. Ouen !
Un Québécois travaille avec Hawking (le Einstein d’aujourd’hui), Raymond Laflamme, son nom. Fierté soudain, car ce Laflamme fait se corriger le maître à propos de l’effondrement de l’univers, le « big crunch » envisagé. « Il n’y aurait pas inversion des flèche du temps lors de la contraction (des trous noirs). S.Hawking, modeste génie, admet son erreur puis raconte l’erreur du grand Einstein, reconnu par lui, quand il voulut, un temps, « installer un modèle statique d’univers ». « La plus grande erreur de ma vie », aurait déclaré Einstein.
Ouf ! Tout ne serait qu’ondes en fin de compte ! Donc lumière ? Ce besoin de comprendre (l’univers) est formidable. Nous autres (écrivains, philosophes, psychologues), on tente de comprendre « son frère, ses amis, les humains modernes, la nature environnante », ces chercheurs embrasent l’espace tout entier. Quelle immodestie ?
Même lui, Einstein, qui ne croyait pas au terrible Yaveh de ses compatriotes, à la fin, luttait pour le sionisme, la patrie à reconquérir. Ardent militant pacifiste à Berlin, il est conspué et interdit, un long temps, de voyager. Pire : les USA refusent d’abord son visa de simple visiteur. « Jerusalem, l’an prochain ? » Nous voilà plongé dans l’actualité chaude du jour hein ? On tenta de l’assassiner. Arrestation d’un tueur, amende : 6 dollars ! Pétition contre lui. En 1933, Hitler est au pouvoir et Einstein, alors en Amérique, déclare qu’il ne rentrera pas son pays. À Berlin on publie : « Bonne nouvelle : il ne reviendra pas ! »
On sait la suite, sa lettre du génie à Truman. La bombe atomique. Ses remords. En 1952, on lui offre rien de moins que « la présidence d’Israël »! Il refusera, se disant un « naïf » en politique. Il dira : « la politique c’est le présent, une équation (à trouver) est quelque chose d’éternel ».
3-
Je lisais avant-hier (dans un quotidien) sur un bonhomme qui a quitté librement les actualités, —les nouvelles du jour. Il disait qu’il voulait être hors de ce présent qui rapetisse. Oh ! J’ai réfléchi longtemps là-dessus, le journal sur les genoux, le nez en l’air, regardant un goéland voltiger sur le petit lac Rond en cherchant un poisson à engloutir. Quoi? Vrai :une perte de temps tout ce fatras des nouvelles, des batailles politiques, ici ou à l’étranger ? Je ne savais plus. Il me reste dix ou vingt ans de vie, si on pouvait savoir ? Moi qui aime tant la vie, j’en suis devenu tout fébrile. Ne plus perdre mon temps. Comment ? J’ai eu la tentation d’imiter ce personnage. Que cela serait libérant, que cela me donnerait du temps pour…pour la création. Créer pour qui ? Pourquoi ?
Mais non, le lendemain, je me colle le nez de nouveau aux manchettes. Une sale vox me murmurait : « trop con, trop petit, pas assez fort hein » ? Je fis taire cette voix embarrassante. Tous, nous devons vivre « ici et maintenant » et nous ne sommes pas des Hawking. Au diable ces trous noirs (ou rouges), il y a des images à faire naître à propos de mes chers souvenirs d’antan : le guenillou, le vendeur de glace, les cordes à linge de ma ruelle. Je le ferai juste pour donner raison à cette voix d’Henry Miller —dans « Paris est une fête »— qui répétait sans cesse : « La mission de l’homme sur terre est de se souvenir. »
4-
Il est tard. Je veille. J’écris tout ceci. Je suis très énervé (excité aussi, amusé ?) de devoir fermer ma baraque aux mots pour un temps. Vaniteux : vouloir terminer ce six mois d’entrées diverses de façon captivante. Mon vieux souci :ne pas ennuyer les gens. À sept ans —avec Devault, Malbeuf, et Moéneau— j’avais déjà si peur d’ennuyer, dans la cour, avec nos séances dramatiques improvisées.
M’amuser d’un édito (de Saskatoon) où un compère, anglo pure-laine ?, recommande de nous « voler » de nouveau. Oui, dit-il, comme nous les Canadians nous ont volé le mot Canada, l’hymne nationale— oui, nous voler la fête du 24 juin, qu’il trouve « la seule réussie à travers le Canada ». Il n’y aurait qu’à allonger cette fête du Canada (demain), publie-t-il, mais oui la prolonger en incluant ce maudit 24 juin. Dont il est jaloux, il l’admet volontiers.
La vie ordinaire c’est aussi, ce midi, vite, vite, aller acheter un bidon de gaz (profane) pour qu’Aile puisse faire rôtir ses douze bons hamburgers. Ils furent succulents. Bon vin rouge, fraises et glace à la vanille…oui, la vie ordinaire, bonne.
« Tout ne fut, au commencement, que gaz accumulés », m’expliquait Hawking dans cette « Brève histoire du temps » (« J’ai lu »).
Je veux lire, de Julien Fortin, « Chien levé en beau fusil »(Triptyque), je veux tout lire. Écrire et lire, mes deux passions. Ma tristesse de nous savoir si peu nombreux les fous de lecture. Je questionnais mon beau jeune Thomas là-dessus au bord du lac. « Toi qui lisait tant jeune…pourquoi ? » Réponses vagues. Ai cru comprendre : « Papi, trop de lectures obligatoires au collège ! » Je crains tant qu’il passe à côté de plaisirs si féconds. Je l’aime tant.
Ma paresse ? J’avais voulu organiser à Val David ( à l’expo de poteries annuelle) un grand moment : montrer les céramiques naïves de papa. L’été prochain. Promesse de paresseux ? Mon ex-camarade, illustrateur et graphiste à la SRC, René Derouin, sur son domaine de Val David, en août, fera voir des « installations » comme l’exige la mode branchée.
Derouin prône la venue de liens entre les trois Amériques comme si des liens valables pouvaient se tisser avec l’éléphant du groupe, les USA. Il s’est souvent vanté d’avoir coupé avec l’Europe, la France. Le vieux rêve des muralistes célèbres (Rivera, Orozco, Siqueiros ) quand ils jouèrent des cartes truquées en tenant d’assimiler l’art « candide» des indiens, les seuls vrais indigènes des Amériques du sud. Un échec forcément.
Ah, ces Blancs torturés, gênés de descendre des Blancs d’Europe ! Je n’y crois pas. Le vieux complexe des « colonisateurs » (nous), refusant de continuer les liens normaux avec d’où nous venons quand nous avons émigré sur les terres des « sauvages ». Aucune confiance dans ces tentatives folichonnes, artificielles, de jouer les « nouveaux » sauvages. Un leurre.
Il y a un axe tout-puissant chez les anglos. On refuse de tenter de fortifier un axe francophone. Danger : la langue est le sang de la pensée créatrice. La culture véritable en découle. Les musiciens ou les peintres, eux aussi, ne peuvent s’en dissocier de ce fait têtu, la langue. L’axe espagnol (et portugais ?) des lointains voisins du sud est valable pour les usagers de ces langues. Comme les Noirs du nord ont des liens à se forger avec l’Afrique, leur patrie ancestrale lointaine. Derouin rêve de connivences artificielles. Hors-langue. Laissons-le rêver, tiens, il ne fait de mal à personne. Gaspillages d’énergie tout de même. Il y aura, sur « ses terres » boisées de Val David, entre les poissons d’argile multinationaux, les poèmes de Lapointe et les « installations » intellos-symboliques, quelques marcheurs pour rêver avec lui.
5-
Mon correspondant « imac-ien », le sarcastique humoriste Daniel Marleau, me conjure de ne pas confier mes illustrations à un peintre de profession. Merci ! Il a bien raison. Dès demain, j’affronte mon affaire, on va bien voir qui c’est qui mène chez moi. Marleau ne cesse pas de me souhaiter « une belle Fête du Caaaaanada », je l’étriperai un jour. Il me taquine franchement ? Il a braillé —en un courriel souffrant— que l’on ait osé lui changer le nom de sa petite patrie au Saguenay. Il a raison : ma foi, je fesserais rare s’il fallait que l’on nous change le nom de Villeray, par exemple.
On a donc, avant-hier, regardé « I am Sam », j’y reviens ?, et cette « fin heureuse, inattendue certes —qui a chagriné tant de critiques— me fait songer que la gent intellectuelle déteste le bonheur. On veut du tragique, c’est plus sérieux ! Jeune, j’étais de ce lot… dramatiseur à souhait. Mon Daniel : « Ah, je vais louer « I am Sam » alors, moi, j’aime bien le bonheur ! » Bravo fils ! Pas un garçon bien élevé ça ?
Tenir à dire que j’aime les intellectuels, que j’en suis un (autodidactement !) et fier de l’être, que j’ai le droit de dénoncer les illusions, les marottes, les lubies funestes de mon monde.
Je songe à mon marcogendre et ma fille, Éliane, roulant vers l’océan atlantique du New-Jersey et je suis jaloux. Ça persiste. J’espère que l’ami Dubois dénichera une piaule pour une quinzaine au Maine en août. Folie ? L’idée de convaincre le Marco d’organiser une soirée-jasette libre avec mes fidèles du journal. On serait dix ou cinquante, peu importe. Parler ad lib avec ceux qui m’aiment et aussi avec ceux qui —fidèles—voudraient aussi me critiquer. Une folie ? Une idée de mégalo ? Je verrai.
6-
Il vient de mourir l’acteur fabuleux des « Nuits de Cabiria » de Fellini où il fut un extraordinaire souteneur, veule, lâche, salaud. François Perrier est mort vendredi à 81 ans. J’aimais sa bouille de chien « battu ». Sa tête de « serviteur dévoué » dans le « Orphée » de Cocteau quand il jouait cet ange Hurtebise sorti des enfers, échappant à Cerbère, nageant à contre-courant pour L’Eurydice émergeante du Styx.
A ce sujet : soudain, il y a dix jours, bloqué en illustrations villerayiennes, je reprend un petit manuel —expurgé, à l’usage des écoles— de mythologie. Lecture attentive. Je prend des notes et puis je descend à l’atelier pour peindre Jupiter, sa jalouse d’épouse, Junon, Diane, Neptune, Bacchus et compagnie. Pouah ! Pas fort !
Mais j’y reviendrai. Je me laisserai aller davantage en accidents visuels et je parviendrai à produire une bonne série d’aquarelles sur les mythes fondateurs de tant d’écrits (littéraires ou psychanalytiques). Dimanche matin, chez le camarade Folch-Ribbas (La Presse), je lisais : « Aquarelles de l’auteur », pour une édition de « Le petit prince ». St-Exupérit en illustrateur, bien !
Le Meyssan, parano des complots, se ferait déboulonner déjà. Pour l’auteur Meyssan, le 11 septembre, les quatre avions-à kamikazes c’était le fait de méchants conspirateurs du puissant complexe militaro-industriel. Ils avaient tout organisé pour qu’enfin un grave conflit armé éclate que le pognon puisse rouler dans leurs poches. Deux Français, en 125 pages, lui fermeraient le bec. Il reste à attendre un film de Stone grand amateur du genre : « FBI-CIA : des pourris alliés à des pourris » ! Le manichéisme est payant pour les foules crédules, on ne le sait que trop. Internet serait rempli de ces paranos déboussolés.
7-
Coup de fil, appareil cellulaire béni !, de ma fille qui roulait vers la frontière Canada-USA. Il y a, c’est bien connu, des coupures de son. On s’y fait ? Mal. Aile ne supporte pas ce gadget. Je la sens légèrement inquiète :ses deux « grands» (18 et 20 ans) seront seuls au foyer. J’ai du respect pour ces mamans pourtant vieillies, qui, jamais, ne seront tranquilles d’esprit quand elles s’éloignent du phare, de l’abri, du port d’attache. Je trouve ça touchant. J’ai mal quand je songe à tous ces jeunes pris par le job d’été, à mon David, gardien de piscine à Sophie-Barat, à Laurent surveillant aux parcs de la Ronde, à Simon gardien à la Plage-Doré. Un été chez le diable non ? Je viens de raconter ces boulots ingrats dans « Pour la gloire et l’agent » en quelques lamentos bien braillards… lyriques et fondés.
Souvenir : j’ai quoi, 16, 17 ans ? Maman lisant sa chère Colette sur le balcon d’en avant. Je sors avec mon vélo. « Où vas-tu encore trotter là, mon garçon ? » Moi, exaspéré : « Oh, m’man, je t’en prie, j’ai pus dix ans ! » Elle : « Si tu veux te faire une blonde, j’suis pas folle, va donc pédaler vers Ahuntsic, par là. C’est du monde de notre genre. De notre classe ». La mère snob ! Bin snob la tite fille de Pointe-St-Charles, non ? Elle savait et n’aimait pas trop que je fréquente une mignonne noiraude de la rue Villeneuve sur le Plateau.
Un jour, j’apprend que Michel Tremblay —je veux lire son dernier : «Bonbons assortis », même si on doit écrire « Bonbons variés », signale Chartand du Devoir— avait une mère qui disait : « Restez sur le Plateau, ne descendez jamais en bas de Sherbrooke, c’est pas de notre monde » ! La grosse femme snobinarde ? Mon ex-éditeur, Yves Dubé (frère de Marcel) me disait —il était du Faubourg à mélase, rue Logan— que sa mère disait aussi : « Ne traversez jamais Dorchester, évitez le Faubourg Saint-Laurent (où est Radio-Canada), c’est du monde « cheap ».
Snobisme inouï allant du nord vers le sud, vers le bas ! Le romancier André Langevin (que devient-il, lui, si doué ?) y habitait dans ce faubourg mal aimé — lire « Une chaîne dans le parc ». Mère snob aussi ? Non. Impossible. Rien à faire : il n’y avait pas plus bas, c’était le fleuve, que le port, la Molson.
8-
Les cailloux de Mars ? Hum ! Il faudrait à la NASA deux milliards de fonds publics pour aller en cueillir. Y a-t-il traces d’eau, traces de vie… la grande question ! Ce sera pour 2014, semble-t-il, la réponse. Et c’est pas sûr. Patientia !
Dans quatre jours, se rappeler, du fondateur républicain des naissantes provinces unies d’Amérique, Jefferson, le « Tous, nous sommes nés égaux, doués par le Créateur de droits inaliénables :la vie, la liberté, la recherche du bonheur… » Oh, cela, la quête du bonheur depuis Platon et même avant. En 1776, ce terrible virage définitif, anti-monarchisme, une quinzaine d’années avant la Révolution française qui utilisera les mêmes termes. Son successeur, Double-V, utilisant la peur, tente de mettre la police partout, partout. Avec primes aux délateurs maniaques qui verront un saboteur dans chaque dissident, parmi les contestataires les plus pacifiques. Jefferson, au secours !
En ce temps-là, ici, même aux portes de nos églises de village, placardage « bostonnais » :Canadiens-français, joignez-vous à nous, à bas la monarchie ! »
Du bon peuple et nos petits curés favorables. Mais… la hiérarchie cléricale, déjà collaboratrice, excommuniait les libertaires qui osaient souhaiter que nous joignons les voisins décolonisés. Les occupants satisfaits, contents de ces valets en soutane rouges ! Par frousse, par intérêt, on nous accordera bientôt un faux gouvernement « représentatif ». Une Assemblée truquée. Surveillée.
Ensuite, Louis-Joseph Papineau tentera de réformer ce leurre. Ça va coûter cher aux Patriotes de 1837-1838. Le feu partout, des pendus et des exilés en Australie. Vive le 4 juillet !
9-
Laporte parlait avant-hier (La presse) avec son ironie décapante des tricheurs « initiés » dans les bureaux capitonnés des énormes firmes américaines. Scandales sur scandales. On gonfle les profits. On attire des investisseurs candides. Le ballon prêt de péter, on vend vite nos parts (de PDG) et ensuite seulement on déclare faillite.
Un observateur dit : « Quand il n’y a plus de police, les voleurs s’épivardent ». Les vérificateurs sont bafoués partout, moqués, trompés, éloignés…pas assez nombreux, mal équipés. Et vlan ! les spéculateurs modestes ont le bec à l’eau. Les employés de ces bandits —en « grey flanel suit »— deviennent des chômeurs. Aile: « Quoi? Il n’y a plus de rigueur, il n’y a plus de conscience, plus d’honneur, qu’égoïsme et jouisseurs pressés, voilà où nous conduit l’immoralisme ambiant actuel, constitué de prédateurs pressés, d’égocentriques. » Elle a bien raison. Bush, venu de ce monde des « rapaces », joue le râleur indigné : « Suffit ! On va y voir » !Quand mister B. ?
Yves Boisvert, chroniqueur à « La Presse » a une plume vigoureuse, brillante, son allégorie récente (avant-hier) entre ces terribles « poissons rampants » qui voyagent à travers les étangs pour les vider de toute vie aquatique et le jeune chef de la droite, Mario Dumont, était une chronique géniale.
Quoi, quoi, on fesse et puis on vante La Presse ? Bien comprendre : je cogne sur les éditos soumis au boss mais des reporters y sont souvent fameux. Ainsi à « The Gazette », le quotidien raciste, francophobe malade, que je fustige, les reporters y sont souvent très compétents. Il faut faire la différence entre les journalistes (syndiqués souvent) qui honorent le métier et les chefs soumis, les petits-chefs dociles et les sous-chefs accroupis sous les patrons. Le « boss » —derrière le proprio— stipendié, déshonoré, qui a vendu, et cher, sa liberté, tels tous les Pratte, Mario Roy et Cie.
9-
Un calmar d’une tonne (!) est exposé à New-York. L’article fait rêver aux lectures de jeunesse des gens de ma génération, à Hugo et sa poulpe (pieuvre ?) effrayante, Jules Verne et son calmar inimaginable…au fond des mers ! Autre article et autre sujet de rêverie pour les pauvres, les démunis : on oublie de l’argent dans des banques. Cela forme 180 millions ($ Us) en argent ! Personne ne réclame ces magots ! Mystère ! Rêvons encore :le Mexique produit des tas de feuilletons de télé. Une vaste industrie. Des gros mélos pour la plupart. Il doit bien y avoir au moins un ou deux téléroman valables dans le lot. Pourquoi ne pas en voir un peu. Pourquoi seulement le « dumping USA » ? Même le Japon (Chine, Corée) achète de ces « telenovellas »… pas chers forcément. Colonialisme aplatventriste étatsunien accepté. Quelle station briseera le moule. Les Québécois apprécieraient le meilleur de cette industrie Mexicaine… Ou Indienne. Nous ne sommes pas imperméables comme le public chauvin des USA aux cultures étrangères.
10-
À Saint-Jérôme, pas loin d’ici, annonce d’une expo de tableaux. Pas 5 ou 10 peinturlureurs, non, 30 peintres ! Je lis la liste. 90% d’inconnus ! Terrible : toute cette activité peinturluresque et si peu de connaissance de ces manieurs de pinceaux. Aucune information valable. Il y a là un mystère opaque, non ?
Le diable devenu vieux se fit ermite ? Un compagnon d’armes du révolté célèbre, Che Gueverra, l’intello Régis Debray, révèle à Robitaille (Le Devoir) que la politique (il fut, une fois libéré de prison) conseiller de Mitterand) c’est terminé. Il est plongé, dit-il, dans l’étude des religions. Ah ! C’est à lui que je faisais allusion plus haut en parlant de décrocher des actualités. Le bonhomme semble épaté par une connaissance (De Chayssac) qui a abandonné la France et le français, vit à New-York, ne parle plus que l’anglais-américain et recommence sa vie aux USA. Il dit qu’il est logique. Que Washington c’est Rome. Que tous les de Chayssac sont logiques. Exactement ses mots ! Qu’à Rome, tout de même, on parlait deux langues, le latin et le grec. Debray ne croit donc plus à l‘avenir de son pays. Il s’est donc englouti dans les vieux manuels d’histoires des religions.
Qu’en penser ? Effrayant non ? Plus aucun espoir ? Il plaint nos luttes (ADMIRABLES)au Québec, rappeLle que les Français à l’ ONU (New-York) rédigent les rapports en …américain (comme font tant d’hommes de science en France) ! Debray lance le gant. Il fuit. Il s’exile de tout. Écoutez cela : « Oh, horreur, nous allons devenir un grand Québec ! » Un auteur a dit cela, le français Jean-Claude Barreau. Ça donne un sacré choc, non ?
Debray avance que lorsqu’il y a un vide, un empire s’y installe. Une loi incontournable. Or, dit-il, les gens d’Europe refusent de combler cet espace dsisponible. Il dit que très peu de monde chez lui croit vraiment à une Europe forte. Alors ? Le trou, le vide. L’empire s’avance. Résultat : l’américanisation volontaire partout là-bas. Debray m’a captivé en disant que la quête de puissance a donné, deux fois, deux massacres horribles (1914-1918 et 1939-1945) et que cela pourrait faire la méfiance et du désintérêt des Européens en face du pouvoir, de la puissance.
11-
Une fin pour ce premier tome ? Je vois bien que les actualités m’intéresseront toujours. Je ne me cacherez pas dans l’étude des religions ou des arts de jadis. Je suis paré à raconter Marc-Aurèle Fortin aussitôt que « Vendôme » aura un coin de studio libre !
Demain, je lirai encore mes gazettes, encore et encore, j’aurai envie de chicaner, de rédiger des pamphlets…
Rien à faire. Je reste donc curieux comme une belette, accroché. À tout. Distrait et, de cette façon, comment me « cultiver à fond » à propos d’ un seul art, d’une seule discipline. Car la culture véritable c’est cela, foin de l’érudition puisque je ne veux pas briller dans les salons… littéraires ou autres. On ne change pas ? J’étais le grand distrait à l’école, au collège. Je le reste. Je m’intéresse à tout. Un peu. Comme tout le monde.
Aile, je la vois de la fenêtre de ma « chambre à écrire », s’est plongé dans « Le tueur aveugle ». Ensuite, on va pouvoir en jaser longuement. Le ciel, très lumineux est tout de même recouvert d’une sorte de brume. Humidité lourde. Au bord du lac, il y a une bon vent., mon drapeau tremble énormément, « fasaille » même. À partir de demain, je me le jure, Soeur Gagnon sera fière de moi, je me jette dans les aquarelles que je lui ai promises. Je veux que « La maisonnette » progresse.
Demain, je me trouve un autre bon livre à lire, pour les soirs quand la télé est trop insignifiante ou qu’il n’y a pas de bons films au vidéo-club du bas de la côte Morin. On ira voir « Chaos » au Pine, on se fera des grillades sur le barb’à queue. Et puis quoi ? Oui, Léo Ferré : « On s’aimera, on s’aimera ».

Le lundi 20 mai 2002

Le lundi 20 mai 2002

1-
Le soleil, le petit verrat, se montre tôt et quand vous êtes sur le piton, cafés bus, journaux lus, pouf ! disparu l’astre des astres ! À moins de vêtir nos costumes de skieurs de fond, pas moyen d’aller randonner sur la piste du « petit train du nord » …je voudrais bin essayer mon neuf vélo moi ! Coup de fil tantôt. Des Trois-Pistoles. Mon nouvel éditeur V.-L.B. Semble content du Réginald Martel (La Presse) et aussi du Louis Cornellier (Le Devoir de samedi dernier) . En effet, deux bons petits papiers pour notre « ÉCRIRE », le mien (de cette collection « vlebesque ») s’intitulant : « Pour l’argent et la gloire ». Cornellier (aussi prof au cégep de Joliette) me nommait : « L énergumène ». J’aime ça.
Mon cher Vic s’informe : il a bien reçu le stock du journal J.N. pour janvier. Je lui dis que février allait partir bientôt sur internet pour lui. Je lui dis en riant : « Devrais-je lire le journal de Jean Paré pour me stimuler, il vient de paraître, tout l’an 2001 ? »
La mode journal grandit ? Formidable. Des articles sur le journal de J.P. laissent entendre que l’ex-directeur de « L’Actualité » y va surtout de son métier : éditorialiste. Une entrevue raconte qu’il a « de la terre » en masse, à perte de vue, à Stanstead, et que des cerfs viennent y musarder. Le chanceux, le « crésus » —c’est si payant servir « MacLean and Hunter » ? Dans son journal, il passe…des mois ! Des mois ?
Paré semble une sorte de châtelain, un « farmer’s gentleman ». Moi, j’en deviens un roturier de basse extraction avec le tout petit terrain au bord du lac. Mais, Paré, lui, a-t-il ce joli tout petit lac laurentien à ses pieds ? Ah !
Mon Victor-éditeur se cherche une nouvelle complice car sa Katleen a mis les voile (!). Dans son village lointain du Bas-du-Fleuve, « pas facile, dit-il, de dénicher une habile aide-littéraire pour révision, pré-production », etc. Il travaille à son projet de neuf téléroman ces temps-ci, je crois. Pris, très pris, mon barbu matamore, ex-Bouscotte vieilli. N’ai pas osé lui dire que le diariste pourrait ralentir (beaucoup) pour l’été qui vient. De toute façon, il va publier (cet automne ) « janvier-juin 2002 »… d’abord. On verra bien pour la suite.
Me voilà pris avec une autre commande, torrieu ! J’avais promis — il y a un an— à la « magnifique » Soeur Gagnon, âme active et fondatrice de « La Maisonnée » dans « La petite patrie », un paquet d’aquarelles inédites qu’elle pourrait vendre pour ramasser des fonds. Pour son œuvre —les femmes démunies de son coin. Elle vient d’acquérir — déménageant de son pauvre petit logis-refuge— le grand presbytère Saint-Jean de la Croix, rue Saint-Laurent, angle Saint-Zotique. Au cœur de « La petite Italie ». Son voisin sera donc cette « Église-vendue-en-condos ». Or, une dame me contacte par téléphone samedi matin : « Oui, ça va se faire votre expo, aiguisez vos plume et mouillez vos pinceaux M. Jasmin. » Elle veut jumeler l’expo avec l’installation d’une sorte de centre culturel dans le sous-bassement de l’église Saint-Arsène, rue Bélanger. Elle dit loger rue Liège angle Saint-Denis et a à cœur de ré-animer un esprit « petite patrie » chez les résidants du quartier.
J’ai tenté de la décourager mais c’est une farouche acharnée et aucun de mes arguments n’ont pu lui faire baisser les bras. J’admire cela. Elle vient donc me rencontrer, ici, demain matin pour discuter de cette « affaire » caritative et culturelle.
Bigre ! Diantre ! Sacrebleu ! M’installer, tout l’été, à mes tables à barbouiller à l’atelier-cave ? Aile m’en grondait déjà tantôt. « Non, lui ai-je dit, je poserai mes couleurs dehors, en plein air ».
Je dois vite maintenant contacter Sire Graveline (chef en éditions pour VLB, Ville-Marie, Typo, etc.) qui a les droits du livre (« La petite p. ») pour qu’il accepte la publication du récit populaire avec mes aquarelles. Ces tableaux —les originaux— seront donc exposés et vendus par la suite. Au fond, c’était un vieux projet chéri et abandonné (par paresse) et voilà qu’en y étant comme forcé, cela va se réaliser maintenant. J’espère. Ainsi je singerai le célèbre Clarence Gagnon et ses illustrations fameuses du roman de Louis Hémon : « Maria Chapdelaine ».
Ouf, du boulot !
2-
Remue-ménage dès vendredi quand le jeune géant, mon David, (20 ans à peine) —l’aîné d’Éliane et Marco— s’amenait pour le week-end. Un goinfre ? Un gouffre. Son bagage posé à l’étage, il va voir dans notre frigo. Pas grand chose. Nous n’ achetons —tous les jours— que la seule bouffe du souper. Le vide sous ses yeux ! Lippe maussade ! Rien à dévorer ! On rigole !
Aile qui n’aime vraiment que les garçons —elle s’adonnait mieux avec les mâles, camarades réalisateurs, acteurs ou techniciens, à son travail !— observe attentivement le jeune phénomène. Elle en a eu pour son… argent. David est d’un genre…naturel et franc. Il n’a rien à cacher, est bien dans sa peau et rétorque vivement à tout questionnement.
Moi aussi je suis curieux des us et coutumes de cette neuve génération. Un spectacle étonnant dimanche : David a son baladeur sur les oreilles parfois, ce qui ne l’empêche nullement de dialoguer avec nous ! Il a apporté trois manuels scolaires car il tente de faire deux bacs en même temps à Concordia, il regarde le hockey à la télé d’un œil, répond à nos questions et, de l’autre œil, étudie (!) ses livres…Un phénomène, non ?
Je lui ressemblais. À Radio-Canada, j’aimais, un temps, plus jeune, crayonner un décor sur ma table à dessin, jaser avec un camarade venu écornifler dans mon cagibi, et parler au téléphone avec un réalisateur anxieux de son décor. Tout en fumant et en buvant une bière. Jeunesse folle ?
Samedi soir, avant le film loué, « Sortie de l’enfer », David, en confiance avec son papi (?), se confie : « Je découvre peu à peu l’ambiance trop matéraliste à mon goût de ce monde du marketing, de l’économie, à l’université. Je voudrais pas me retrouver plongé dans le monde du « business only ». Aussi je songe maintenant, papi, à l’enseignement. Je ferais mon doctorat et je serais prof dans une université, ici ou aux États-Unis s’il le faut. Ça me mènera à quoi ? Vingt-cinq ans par là ? Ce sera plus long mais ça vaut la peine d’attendre, non ? »
Je lui parle de « moa » à vingt ans : j’étais en deuxième année d’une école technique (la céramique), j’étais pas du tout certain de me trouver un emploi dans le domaine. Oh non ! Je raconte à David les douleurs (ordinaires) de cette « angoisse de l’avenir » à cet âge. Je sens que mes propos le rassurent un peu puisque « c’est toujours la même histoire ». À vingt ans, l’avenir est un fameux point d’interrogation. Je cause avec lui de hasards, de circonstances. Le jeune céramiste diplômé finira par être… décorateur (La Roulotte) et puis animateur dans les Terrains de jeux et les Centres de récréation… Et puis, nouveau hasard, scénographe aux émissions pour enfants à la télé.
David sera bilingue, aura des connaissances solides en économie, et se passionnera toujours pour l’histoire (il adore) il sera donc, —peut-être— professeur. Je lui dis : « C’est le plus beau métier du monde ». Je le crois sincèrement. Je lui raconte aussi : « J’avais voulu l’être mais quand j’ai posé ma candidature (aux Arts appliqués), je découvrais que j’allais perdre quelques milliers de dollars — par rapport à mon job à la SRC et j’avais charge de famille ». Adieu donc le prof qui dort toujours au fond de moi.
Dimanche après-midi, ramenant le beau jeune géant —qui porte un collier de barbe maintenant— chez lui, ma fille— à son si joli jardin avec mon Marco— me fait cadeau d’un pot avec, dedans, six arbres nains : érable à sucre , chêne, bouleau, amélanchier, etc. Nous avons, père et fille, la passion des plantes. Rue Chambord, un cerisier et un pommetier montraient feuilles et fleurs naines déjà. Le climat dans le sud (!) est meilleur. Ici, on attend les feuilles encore. Marc, chef de service (information) au Ministère de la Famille, dit avoir donner du boulot à des grévistes de Radio-Canada. Aile en a les yeux dans l’eau. Elle éprouve une peine immense de voir patauger tous ces « précaires » mis sur le trottoir depuis maintenant des mois. Elle enrage de voir « sa » chère Société couler irrémédiablement, elle qui y connut presque quatre décennies de bonheur parfait.
3-
David me dira que lui et ses copains n’aiment guères les discothèques —« trop bruyantes, on peut plus se parler personne »— et les bars « où les filles, dit-il, se dénudent tant qu’elles peuvent pour attirer, attiser, les gars ». Ils vagabondent plutôt dans des cafés. Je dis : « Et le théâtre découvert au secondaire et au cégep ? » « Plus le temps, c’est raide deux bacs. » Il lui reste la musique (ses chers rappeurs !), sa bonne copine —une belle fille, je l’ai rencontrée, venue avec ses parents de San Salvador. Et des livres d’histoire, son dada.
Et la danse, David ? « Discos archi- bruyantes ou rien, m’explique-t-il. Nous autres, fin des années ’40, avions des lieux : l’Union des Latins d’Amérique rue Sherbrooke, le manège du CEOTC, rue Berri, le « Peace Centennial School », rue Jean-Talon, etc. Eux : rien si ce n’est le bruit infernal !
Dans ses cours d’histoire, lui et cinq de ses camarades, francophones de souche, « étrivent » un peu leur prof. David me montre des chapitres de son manuel d’histoire (du Canada). On rigole. On pouffe de rire. Les notions enseignées versent dans le merveilleux « plus meilleur » Canada fédéraliste. Il est resté farouchement patriote québécois, ce qui me rassure.
J’en profite aussi pour monter la nécessité de la lucidité. Je ne m’empêche pas de lui souligner certains bienfaits enseignés par nos conquérants. Cela existe. Craindre, toujours, le fanatisme. Nous sommes, là-dessus, tous les deux d’accord.
Nous visionnons une cassette, vendredi soir : « Allégria », spectacle très costumé du cirque du Soleil. Hélas, pas fort à la télé. Le cirque n’est pas du tout télégénique, il faut y être. Ennui donc. Avons observé l’ « Hannibal Lecter », génial Anthony Hopkins, répondre avec intelligence au sieur goguenard, toujours fort bien documenté, le Lipton de « Actors’ studio ». Bien belle heure de télé. David très attentif.
Samedi matin, coup de fil de mon fils à Aile. « Avez-vous vu Le Devoir ? Mon père se fait fêter, très bon article de Cornellier pour son petit dernier.» Aile —je l’adore— court vite acheter les journaux pendant que je patauge dans la baignoire.
En soirée, eaux gazeuses (on avait prévu), pop-corn, croustilles, noix, raisins verts ou rouges, tout se vide à très haute vitesse avec le jeune ogre David en Gargantua ! Aile n’en revient pas. Mais ce gaillard est frileux. Découverte d’un tas de draps (!) sur le lit de David samedi matin ! Aile le gronde amicalement. Il n’avait pas vu le thermostat au mur, il ignorait, au pied de son lit, la commode aux couvertures de laine. Ainsi, il ne voit pas serviettes et débarbouillette sur un meuble, mis là exprès pour lui. Bizarre !
Mauvais temps. Pas ce vélo donc. On ira faire —en apès-midi— un « tour de machine », comme on disait enfant, pour lui montrer de « grosses cabanes » ultra-bourgeoises vers Sainte-Marguerite. Il regarde l’opulent étalage de ces amateurs de « bunkers » luxueux l’œil froid et puis parlera de — bientôt— devoir se louer « un petit appartement, quelque part ». Enfin, il est content de s’être déniché —il vient de l’apprendre— pour les vacances, un job de « maître-nageur » et sauveteur à la piscine —olympique— du parc Sophie-Barat, si près de chez lu. Il a les diplômes voulus. Soudain, bailliages, David : « On dirait que le grand air du nord m’endort ! » On rit. On rentre.
Il ne faut pas louer « From hell », un film mal fait. Décors et costumes, du « Londres de 1898 », fameux cependant. Un récit tarabiscoté, bien saignant , tiré d’un album de b.d. Hypothèse : le fameux « Jack l’éventreur » serait un franc-maçon, chirurgien (de la Reine Victoria)et bien malade. Erreur d’avoir loué ce « From hell » et trio de déçus samedi soir. Quand le Jack-chirurgien coupe et découpe les malheureuses et sympathiques prostituées de Whitechapell, notre Géant-David détourne la tête. La vue de tout ce sang !
Jeune, je ne supportais pas (mon père, c’était pire, l’évanouissement). Je me suis soigné, ayant appris qu’il s‘agit de ne pas « vivre » le rôle de la victime, ne jamais se mettre à sa place, (paranoïa conne), de vite se distancier, de vite percevoir que c’est du…cinéma, d’examiner alors les rouages de la mise en scène. J’explique le procédé à David et il regardera davantage après. Sans crier.
4-
Une amie raide, la chère France : « Claude, comment croire qu’on est assez intéressant pour publier de son journal intime ? » La démone ! M’expliquer : envie de mettre sans cesse : « Et vous ? », « Vous aussi ? Comme moi ? », « Sommes-nous semblables ? » Vérité. Je ne le fais pas. Cela va de soi.
Le journalier espère qu’ au fond des choses, c’est cela, se livrer dans un journal, chercher les points communs. Espérer qu’il y a plein d’autres humains qui vivent la même situation. C’est souhaiter sans cesse qu’il y aura des lecteurs pour dire : « C’est vrai. C’est exactement comme ça que je réagis moi aussi. » Et si vous arrivez à trouver un gros lectorat qui se retrouve dans vos écrits, c’est un succès. J’aime lire du journal. Il y en a trop peu. Trop des journaux des « grands littérateurs » sont trafiqués. Sont trop « écrits », mesurés, calculés, repris, corrigés. Du mensonge alors. Jean Paré, avec raison, dit craindre ce « ravaudage » après les aveux. Ce qu’il n’a pas voulu, lui, trop se corriger, afin de faire vrai, spontané. Il a raison. Ce que je fais aussi.
Idées, émotions, sentiments, opinions, ne sont valables que s’il y a ce lecteur qui compare, qui nie parfois, qui a envie de protester même, ou qui est d’accord. C’est formidable quand il y a, souvent, concordance. Rien à voir, chère France, avec la vaine fatuité, la détestable vanité, l’exhibitionnisme quoi.
Reste que des tas de gens —pudeur, sentiment d’infériorité, identité mal assurée, crainte d’être jugés— n’oseront jamais se livrer en diariste. Vocation ? Oui. Recherche compulsive de complicité, de solidarité ? Oui, je l’affirme. Mes contempteurs, bien entendu, peuvent continuer de crier :égocentrisme. Je n’y peu rien et que ceux qui aiment mes proses ne m’abandonnent pas, Seigneur !
5-
David étonné. Nous discutions des actualités :Kosovo, Kamikazes, intégristes, antisémitisme, Islam, Cachemire, Palestine, Israël etc.
Aile surgit de la cuisine et lâche : « Maudites religions aussi ! Elles font naître ces guerres partout ! » David se redresse, il est de foi prostestante, pratiquant, songeait même à aller à un office le lendemain matin, dimanche, à la coquette chapelle du coin de la rue du Chantecler. Il explique calmement que le danger réside à appliquer « littéralemet » — et, dit-il, « littérairement »— les livres de religion anciens : Coran, Thora, Bible.
J’apprécie la distinction de David. Je tente de calmer la soudaine fougue a-religieuse d’Aile, lui dit que la religion est souvent un besoin de spiritualité très valable. Elle finira par l’admettre. Justement, à TV-5, dimanche soir, face à trois savants qui publient pour fustiger l’irrationnel —des invités de « Campus »— l’animateur Durant avance : « Que pensez-vous de la religion, une affaire de philosophe, une affaire de poète ? » Les scientifiques hésitent à répondre. Je guettais. L’on bafouille. Rien de clair. Puis : « La religion comble, rassemble, tente de rassurer ce que la science qui est , forcément, partielle », dit le savant Changeux. Voilà le succès de la religion.»
Ces illustres chercheurs (et trouveurs) en avaient surtout contre la montée des amateurs astrologues, la vogue des signes du Zodiac, les sorciers-escrocs d’aujourd’hui, les gourous à gogo, ces « témoins » d’Ovnis à une télé très fréquemment consacrée —« pire qu’avant »—aux parapsychologues, etc.
L’un du trio : « Nous souffrons collectivement d’ « analphabétisme scientifique » et c’est très grave. » Il y avait Charpak, (prix Nobel) déclarant, solennel : « Nous serons 9 milliards dans 50 ans, non plus 6 milliards comme aujourd’hui. Et ça augmentera. Danger :pollutions diverses, effet de serre, etc. Faut prévoir. La science seule peut nous aider à organiser l’avenir. »
Guillaume Durant ose parler des difficultés de comprendre la science : « Tout serait donc chimique, messieurs, en fin de compte. Électrique quoi ! C’est vite dit. Ces neurones, ces cellules et leurs synapses tout cela n’est pas facile à appréhender, admettez-le ».
Silence sur le plateau.
Changeux éclate : « C’est le seul prodigieux organe humain, le cerveau. Il est capable d’être, beaucoup plus qu’un organe fonctionnel, comme coeur, poumon, reins, d’organiser, il forme d’innombrables réseaux à milliards de connexions. Il permet tous les raccordements, c’est inouï, non ? »
C’est le Durant qui se tait.
Moi de même… qui aimerait tellement être plus savant. Qui tente parfois de lire (et de comprendre), les recherches physiques modernes. Mais oui, je reste un « analphabète scientifique », hélas, comme tant d’autres.
Dimanche soir, avant les savants, Devos et deux autres « comiques », connus en France —Dany Boon (!) et Fellag— commentaient un livre sur l’humour et ses lois. Un quatuor de sourds et puis ça va trop vite. Personne ne dit rien de substantiel.
Je m’ennuie de Pivot. Je l’ai dit.
Il y avait meilleures conversations sur des livres. « Campus » embrasse trop large. La portion finale avec les livres nouveaux et leurs critiques —dont une épivardée, Léglise son nom, qui a un accent insensé— me semble vaine. Je m’ennuie de Pivot, bon !
6-
Vu à la SRC —en reprise ?— l’acteur Dumont, patron chez Duceppe, s’entretenant avec Charron. Conversation aimable. Jasette sans prétention. De la télé pas cher. Repos des esprits. Badinage. Révélations en mineur. Michel Dumont, d’entrée de jeu, avoue avoir eu envers son mentor, Jean Duceppe, une relation « père-fils » tout à fait comme son interrogateur, Claude Charron pour René Lévesque. Il lui disait « vous » et « monsieur Duceppe », pourtant, jusqu’à sa mort. Vénération totale. Charron, lui, on le sait tois, ira jusqu’à tahir ce « père ». Voudra même le voir démissionner. Disparaître. Colère du chef à cette époque (1972-1973 ?). Dumont, lui, n’a jamais contesté son admirable « père » tout en avouant ses colères subites effroyables à ce Duceppe, peut-être maniaco-dépressif.
Jamais je n’ai eu un tel engouement durable pour un « plus vieux que moi ». (Et vous ? Et vous ?) Mystère à mes yeux ce besoin d’un « père spirituel », d’une idole, que dis-je, d’une icône. Souvenir : entrant au collège Grasset, nos devions nous choisir un « père spirituel, un confesseur quoi ? Des grands me dirent : « Chosis le père Lachance, il est à moitié sourd et endormi et endormant, il te fichera la paix totale. » Je l’avais élu volontiers ! Et puis la paix !
Tout en lisant, hier soir—avant « Campus »— revu à la SRC (reprise ?), « Le temps d’une vie » de Roland Lepage. « Très » adapté pour la télé par Cyr. Cette Sylvie Drapeau (la mère) est une comédienne tout à fait hors du commun. Incapable de lire bientôt…accroché totalement à cette misérable, pathétique, victime des temps jadis… et d’aujourd’hui. De la télé rare !
Dans le jardin du petit château Chambord, rue du même nom, rencontre de Raphaël, fils de Roger Drolet, copain de Gabriel-le-trompettiste et amateur de poissons exotiques, le benjamin du clan-Barrière. Les deux partaient pour « La Ronde », question d’y obtenir une passe-saison, je crois. Comme pour le ski-alpin, ma détestation d’attendre en file indienne au bas des appareils. Jeune, je négligeais le vieux « Parc Belmont » du boulevard Gouin, pour ces attentes à n’en plus finir. Est-ce que cela a changé ? Sais pas. Quand je dis à David :ce parc très populaire était une des possesions de Trudeau, il doute : « Hen, comment cela ? Trudeau était si riche ? » Je lui raconte la saga des « garages-Champlain », du club d’automobilistes, le C.A.C, propriétés du papa de PET, l’héritier… écossais par sa mère, une Elliott. Je remarque, une fois de plus, comment ces… historiettes fascinent la jeunesse.
7-
Remontés dans les Pays d’en hit, Aile et moi partons en promenade de santé. L’autre jour, prenant à gauche de la rue Morin, avions découvert les gras neufs pavillons du pas moins neuf « Chemin du Nomade ». Cette fois, bifurcation à droite, vers le Chemin Joli-Bourg ». Encore des condos, pas vieux du toit. Plusieurs construits dans des ressauts escarpés. Architecture bon marché ? Quelques cent mille tomates l’unité ? Autour, des boisés. Parfois d’immenses bouquets de gros bouleaux très blancs. Beauté. Des impasses partout , nous devons donc rebrousser chemin souvent. Impossible de dénicher un sentier menant aux côtes de ski de l’hôtel Chantecler. Mystère ! Les gens doivent-ils prendre la voiture pour aller skier à deux minutes plus loin ? Aile, avec raison, s’explique mal l’achat d’un logis qui est collé à deux ou trois autres. Le ski, les jeunes enfants ? Sans doute. Soudain un gamin dévale un chemin en pente sur son vélo. Le seul être vivant rencontré. Personne donc pour promener sa carcasse. Oh, un jeune coupe ! Avec un chien fou. Le seul rencontré. Mystère cela aussi ! Ici et là, des ruisseaux bruissent . Petits bonheurs. De gros tuyaux de métal les font filer sous les chemins pavés…qui vont se multipliant dans ces collines.
Aile a pris les appels sur le répondeur du Chemin Bates. Invitation à aller animer deux émissions spéciales pour une télé de compagnie privée, apparentée à celle de Guy-Robert Scully. On aura apprécié mon topo sur Gabrielle Roy ? Je le suppose. On verra mardi, aujourd’hui, lundi, jour férié et silence au téléphone. C’est bien.
8-
Mes coupures : Gregory Baum, fédéraliste ouvert aux changements, il a 78 ans, déclare qu’il est découragé de constater que jamais le reste du Canada (ROC) ne voudra reconnaître que Québec forme une nation à part entière. Dire que des cocos comme Mario Dumont ou John Charest, eux, ne sont nullement découragés et font miroiter aux citoyens québécois candides qu’ils réussiraient à changer tout ce monde anglo ! Des fumistes ?
Un homosexuel d’Espagne veut révéler ses coucheries avec trois évèques espagnols. Ce Carlos Alberto Blendicho, un abusé sexuel (ou un consentant ?) des années ’80, sait-il qu’en Espagne la religion catholique est en chute libre et que ses divulgations ne feraient pas un bien grand tort à l’église de Rome là-bas.
Daniel Gourd, patron à Radio–Canada, affirme qu’il sort dans le couloir quand la réunion en cours évalue un projet de son fils qui est producteur de télé. Riez ! Un fameux grammairien d’ici, jadis, (le nom ne me revient pas à ce patroneux) auteur de manuel scolaire et aussi juré au DIP (Département de l’Instruction public, machin d’avant le ministère) disait, lui aussi, aller fumer sa pipe dans le corridor quand ses pairs évaluaient son projet de grammaire ! On riait !
Très drôle ce Laporte du dimanche souvent dans La presse. Son papier d’hier sur les films avec suites, un petit bijou d’humour.
Nous avons ,chacun, un cochon. Ça y est : ils seraient sept (ou huit) millions de porcs sur notre vaste territoire. Égalité magnifique. Un home, un cochon. Il y a que ça chie en masse ces bestioles et qu’on ne sait plus quelle terre agricole aller arroser de ce purin surabondant ! On songerait à abattre des forêts (ça se fait déjà dit-on). Non mais…
Parlant cochon : il y a ce curé catholique bostonnais. Geoghan.130 plaintes d’abus sexuels. Dix ans d‘activités missionnaires évangéliques quoi ! Quelle bonne santé monsieur le vicaire du Christ ! Il y aurait 80 poursuites pendantes…au dessus de sa tête. Il en a donc une ! Que le pays, la région, des antiques pieux Pilgrims, des anciens très pieux Shakers et autres ultra-pieux Puritains a changé ! Arthur Miller rédigera-t-il une neuve version de ses « Sorcières de Salem » ?
Claude Guay, de Sherbrooke, —mes chères lettres ouvertes— se porte à la défense du Cornellier qui recommandait d’enseigner d’abord nos auteurs dans les écoles du Québec. Je suis juge et partie dans ce débat. Je dois donc la fermer. Mais ce Guay dit que « le grand Marcel Proust, pour si bien rayonner, partait (parlait) de son Cambray de jeunesse pour aller loin, partout, jusqu’à Venise. Que c’est normal, ordinaire, ce cheminement du connu vees l’inconnu. Le même Cornellier, samedi, ayant lu mon dernier bouquin-manifeste approuve « ma confiance » en nous et dit qu’il y a moyen d’être universel en écrivant sur nous. Un cinéaste belge (Van Beuren) a vu de l’universel dans mon « Pleure pas Germaine » (que je viens de voir arriver en cassette-vidéo au bas de la côte). En 1965, on m’a bavé dessus chez les puristes : « régionaliste infâme » !
Michel Tremblay qui est loué —et joué d’abord— partout n’a rien fait d’autre. En 1968, au départ, l’on bavait sur son théâtre en milieu cultivé et colonisé : « un autre régionaliste borné ! » . Et puis, le succès venu, silence. Dans « L‘Action nationale, dernière livraison, on peut lire un excité qui se creuse les méninges pour démolir tout mouvement de reconnaissance de la culture littéraire vivante d’ici. Pour ce grand énervé, il n’y a de bon bec qu’à Paris, à l’étranger quoi. Tristesse. En 2002, ce combat idiot ne devrait plus être mené. C’est dépassé. C’est une niaiserie. Vous pouvez écrire en jargon, en patois, en joual (vert ou rouge) un navet dégueulasse ou un chef d’œuvre. Le niveau d’écriture n’a rien à voir avec le talent. Ou le génie. L’outil est secondaire.
Il y a des ouvrages insignifiants très bien rédigés avec une totale connaissance du français… de Paris, de Bruxelles ou de Lausanne. Ce sont des livres ennuyeux. En un français impeccable. Bien écrire désormais c’est réussir à captiver un vaste public, à épater un monde large, à émouvoir un auditoire important. Point final.
Rares les écrivains qui s’engagent. C’est imprudent. Pour bourses, voyages, subventions, etc. Yves Beauchemin a le cran d’appuyer le Dorion qui a soutenu une thèse bien faite sur les périls que nous courrons collectivement en face de l’aveuglement de pouvoir actuel, si prudent, si lécheculiste (Commission Larose, ministre Diane Lemieux ) aussi en face des tentatives de sabordage d’Ottawa (avec l’assiatnce des juges « supreme court », tous luttant e sans cesse pour réduire, diluer l’essentielle Loi 101.
Coupure de presse grave : un ex-patron de la CIA a répondu franchement enfin. À la télé. Un chevalier de la franchise ? Est-ce que la CIA ment, a menti, mentira encore ? « Oui », dit Donald Rumsfeld. Bon. Clair comme ça. Ces mensonges nuisent-ils ? « Non », dit le compère. Il le fallait. » « Pourquoi mentir, questionne l’animateur de télé ? Même aux chefs élus ? Ces omissions à la vérité et publiquement encore, c’est une entorse à la démocratie, non ? » Sa réponse : « Pour protéger le USA. Ou pour protéger les intérêts de certains alliés ».
Enfin, un aveu net ! Méditons sur les intérêts des uns et…des autres.
Film québécois à l’affiche, ici ce soir. « Un crabe dans la tête. » Il était temps, je sais. Hâte de voir ça. Je dis à Aile : « Me semblait que tu voulais voir « Quit », recommandé par les Faucher, non ?
Aile : « Non. Fait pas assez beau. Avec ce temps maussade, ce froid en mai, pas envie de nous (ce « nous » tout de même !) plonger dans une très triste histoire de femme triste, accablée…»
Bon, bon. C’est Aile qui mène en ce domaine !

Le mardi 26 mars 2002

Le mardi 26 mars 2002
À COEUR OUVERT (J.N.)
1-
Ciel de lait. Lait caillé. Lait pourri. Nuance bleutée, comme le saudit lait à 1 %, m’en fous, la vita è bella ! Hier soir, lundi, installé Place des arts, au balcon du Maisonneuve et vue imprenable sur la jeunesse musicale. Regards braqués sur mon Gabriel à sa trompette. Pus de 100 jeunes musiciens ! La beauté dans l’air de cette soirée étonnante quand ces jeunes musiciens québécois, de Laval, des Laurentides et du collège Regina Assumpta (où étudie mon petit-fils) jouent l’ouvrage d’un jeune compositeur Grec, vivant ici, Panayoti Karoussos. C’était une grande fête gréco-québécoise hier soir. Ces échanges sont formidables. Des liens nouveaux.
Les Grecs, comme, hélas, nos Italiens, Portugais etc., se sont agglutinés aux anglos d’ici avant la guerre, durant et après. Ces émigrants, latins, nos frères, nous abandonnaient. Il faut les comprendre : les patrons, le pouvoir économique (vital pour ces expatriés) étaient entre les mains des Blokes en ces temps-là. Émigrant, donc fragilisé, j’aurais sans doute opté pour le versant anglo moi itou ! Les choses (les affaires) changèrent et vint les Lavalin, SNC, Bombardier, Québécor, etc. Il était trop tard. Ils étaient anglifiés jusqu’à l’os, jusqu’au trognon, tous ces peules si proches de nous pourtant par la culture.
Les nouveaux arrivants se rapprochent de nous. Ainsi un voisin adèlois, Paul Paltakis, Grec de Montréal, vient de traduire en anglais mon « Loup de Brunswik-city »et, à Saint-Sauveur, nous allons luncher (à la Grec) à Pâques parmi son clan. Oui, le temps changent. Hier soir le ministre de l’Immigration, André Boulerice semblait tout content de sa soirée musicale. L’ayant entendu livrer un mot de bienvenue, je lui dis dans le hall :
« Très belle voix dramatique, bien posée ! Je pourrais vous rédiger du théâtre si vous voulez. » Boulerice a ri. Le présentant à mes alentours, je cherche comment identifier la belle-maman de ma fille, la mère du trompettiste et, balourd, nigaud, au lieu de dire « la belle-mère d’Éliane », je m’entends dire « MA belle-mère », Jacqueline Barrière. » Visiblement plus jeune que moi, elle a failli s’étouffer ! On a bien rigolé sur cette bourde.
Le jeune, intrépide, patient et acharné chef de ce jeune orchestre symphonique, André Gauthier, se déplaçait sur deux baguettes de chef énormes :des béquilles ! Malencontreux accident qui ne l’empêchait pas de bien battre toutes ses mesures. Chapeau ! Je me suis dit qu’il serait temps de mieux me familiariser avec la musique d’orchestre classique. J’aimais tant, hier soir, observer les violons, les six violoncelles, les trois contrebasses, bien distinguer leurs nuances « à cordes » et tous les « vents », cette fabuleuse quincaillerie si luisante aux sonorités si belles, les cymbalistes, etc. On se lasse des guitares électriques et des boum-boum sauvages des batteurs frénétiques, non ?
2-
Dimanche soir, autocar rempli d’écrivains roulant de Gatineau (Hull) vers le terminus Voyageur, rue Berri, je me disais :un accident grave, mortel, et « le cerveau du Québec » en serait lourdement démantibulé ! Oh la précieuse cargaison, n’est-ce pas. Lire, oh lire ! Parcourant les pages d’un dialogue entre mon éditeur, V.-L. B., et Margaret Atwood, le voyage a semblé durer 15 minutes ! Au Salon du livre de l’Outaouais, j’ai retrouvé cette ambiance de foire que j’aime bien mais aussi la futilité pour nous, auteurs, de s’asseoir tant d’heures pour signer…une vingtaine de livres ! Étrange, j’offrais aux curieux mon « Écrire pour l’argent et la gloire » contenant de si sévères critiques sur ces vains Salons et, dans le même temps, j’acceptais encore une fois ce jeu truqué. J’irai bientôt à celui de Québec puis à celui des Trois-Rivières ! On dit « oui » à l’éditeur (subventionné) dévoué, on ne veut pas le contrarier, il a l’air, lui, d’y trouver son profit.
Reste une chose : à la fermeture du « carnaval », à l’heure du départ, on avoue avoir fait des rencontres chaleureuses : d’abord
De bons camarades certes mais aussi des curieux, pas bien nombreux hélas, qui viennent vous dire leur admiration pour vos ouvrages.
Quelques confidences vous stimulent. Vous oubliez la vacuité de tant de temps passé derrière votre comptoir à livres. Ainsi, j’ai pu renouer avec le dynamique « boulanger » abitibien traqué par la loi, Léandre Bergeron, avec le poète (primé à Trois-Rivières récemment) Roger Desroches. Ce dernier, encore hippy, crinière léonienne, anneaux à pleins doigts, vous montrera la photo, dans son portefeuille, de sa fillette (importée avec amour de Chine) comme tout bon père de famille bien quétaine. Cela m’a ému. Croisés l’humoriste Pierre Legaré, l’actrice Andrée Boucher, le speaker émérite Pierre Nadeau et qui encore ?
Aile avait besoin d’être un peu seule ? Je ne sais. Vrai qu’au retour, dimanche soir, ce sera fébriles minouchages, chaudes embrassades, des retrouvailles comme si nous avions été séparés un an ! Il y a ça de bon.
3-
Deux téléphones, ce mardi matin : 1- invitation à la biblio de Saint-Laurent, terre natale de tous les premiers Jasmin. J’ai dit oui. Pour octobre prochain. C’est loin. 2- Invitation à un collectif de québécois sur « Paris, je t’aime » par Paul Villeneuve. J’ai dit oui encore, je m’ennuie tant de Paris depuis 1981. Villeneuve me dit qu’il n’a pas lu mon drolatique (avis des critiques du temps) « Maman-Paris, maman-la-France » (Leméac.éditeur, 1983). Je pourrais donc faire un copier-coller d’un chapitre amusant ? Hon ! Et voilà que l’on me téléphone encore, il y a deux minutes, pour « Bibliotheca » au canal Tv-5. Une invitation à parler devant un Kodak de télé « d’un ou des livres qui nous ont importés, jeune ». J’annonce ma chère Gabrielle Roy. On est d’accord. Directives vont suivre. Bien. Crainte de trop charger l’agenda. De le regretter ensuite… tous ces « oui »… comme cela m’arrive.
Oups ! Aile revenant de la poste : une lettre de ma quasi-jumelle, Marielle. Hâte de la lire. Enfin, un premier chèque de TVA pour les mini débats chez Pierre Bruneau. Un bulletin modeste de cette association des auteurs laurentiens, invention de l’ex-journaliste Pauline Vincent. Liste : je ne connais (un peu) que le chanoine-sociolgue Grandmaison, et le poète Paul-Marie Lapointe. Et, grande enveloppe brune, un envoi de Trois-Pistoles ? Ah ! c’est un vieil exemplaire des « Écrits de la taverne « Royal ». Mon Victor a pensé à ça ! J’avais dit , je crois, n’avoir plus aucune copie de ce receuil de textes divers —années ’60— quand nous étions un gang de jeunes fous —Jean-Paul Filion, feu Marc Gélinas, Raymond Lévesque et al— fous furieux buveurs de trop de draughts —ah la draffe à dix cents— à ce « Royal Pub » de la rue Guy, sous le cabaret « La catastrophe », de biais avec le choc « Stock Club », où j’allais interviewer mes victimes pour La Presse, et le vieux théâtre, démoli depuis longtemps, « Her Majesty’s », où j’avais vu jouer les Louis Jouvet, Gérard Philippe, etc.
Hop, en vitesse, aller à l’école des p’tits chefs !
4-
Retour. Que des pâtés chinois ! Aucune pâtisserie et Aile qui reçoit bientôt l’ami « non-mormonne » Josée ! Ai pris deux pots de soupe, congelées hélas ! Dehors, tantôt, neige nouvelle abondante. Balai sorti, je me démène. Pas croyable, un 26 mars. Je suis découragé et, en même temps, toujours ébloui par cette neige qui recouvre tout si vite ! Blancheur de carte de Noël. Je lis un des livre achetés lundi midi à la « Librairie Outremont » là où un immense chat blanc dort entortillé autour de la caisse, « L’occupation » d’Arnault. Mince récit de 100 pages. Suis
À la page 45. J’aime le minimaliste de cette auteure —pas un mot de trop—, cette femme raconte sa jalousie frénétique face à l’inconnue qui vit maintenant avec so ex. C’est bien fait. Fort.
Un texte aux antipodes des miens, le grand bavard. « Les contraires se fascinent », vais-je répétant quand on s’explique mal Aile m’aimant et moi de même. Acheté aussi « L’iguane » de Denis Thériault et le récent numéro du « Courrier International » où la « une » crie : « 23 écrivains engagés », une enquête. Au kiosque de V.-L. B. du Salon, dimanche, ai pris un livre de Victor racontant « son » Thériault. L’ai commencé, c’est bien parfait. Étonnante la verve si généreuse de l’auteur de « Race de monde » pour certains confrères. Je n’ai pas, moi, cette générosité. Je l’avoue. Lu qui écrit sans cesse et qui publie sans cesse pourrait passer pour un égotiste. Oh non ! J’ai lu dans cette « rencontre » avec Atwood comment il est captivé par la Margaret, il l’a lu, il la connaît, il la questionne avec pertinence. Il la fouille de questions aimables. Bref, il m’étonnera toujours.
Tantôt montant au chalet, je dis à ma belle Ale : « Tu sais quand Foglia décrète que Vic est notre plus grand écrivain québécois, jaloux, je tique…mais un seul instant et puis j’admet le fait. Cet homme est un fou des livres, de l’écriture. Pas moi. J’ai autant de plaisir à faire de l’aquarelle…ou même à lire tout simplement. J’aurais pu (voulu ?) devenir disons un sculpteur reconnu et cela m’aurait contenté amplement. Jeune, je vouais devenir un créateur. Dans n’importe quoi. Les circonstances ont fait que j’ai publié tant de livres que l’on m’a installé dans le monde littéraire. Au fond des choses, il faut le dire franchement, je n’ai jamais mis tout mon être, mon âme entière, dans la rédaction d’un roman, jamais. Je rédigeais comme en transes, d’un jet, excité à fond certes mais une fois l’histoire lâchée, c’était terminé. Je n’y revenais pas pour peaufiner, améliorer. Oui, c’était, chaque fois, le mot fin posé, comme un bon débarras. Femme enceinte qui doit absolument accoucher une fois l’an.
Ce fait de ne m’être jamais investi à l’année longue dans la littérature a été remarqué. Je m’en vantais d’ailleurs. Il a fait, ce fait, que les amateurs forcenés de nos lettres m’ont installé dans un créneau à part. Pour plusieurs je suis une sorte de dilettante, de gaillard d’un tempérament « brouillon », qui écrit « par oreille» et qui ne mérite pas trop l’attention des exégètes patentés du territoire. Cette attitude m’a blessé pendant longtemps. Maintenant, je sais bien que je récolte ce que j’ai semé. Mes affirmations fréquentes d’écrire sans effort aucun, comme en se jouant, allaient à l’encontre de gens —collègues, profs, critiques— « seurieux », « graves », pour qui la littérature doit être une passion ravageante, totalitaire quoi.
Beaulieu, comme un Riopelle en peinture, s’est investit complètement dans l’ « étrange » métier. Il en mangeait ! Pas moi. Oh non ! Cet esclavage consenti, volontaire fait des victimes autour de soi, c’est connu. Envie de jaser de tout ça au Salon de Québec avec lui. Vérifier des choses. Je le ferai un de ces soirs prochains quand, le kiosque fermé, on va souffler dans un coin de bar d’un hôtel. Je raconterai dans on journal et ce ne sera pas une indiscrétion puisqu’il sait que je suis diariste désormais.
5-
Aile, esseulée dimanche, a reçu de sa famille, au Phénix du Chemin Bates. Elle me dit qu’elle a raconté à son frère le prof, la crise de nerfs d’un étudiant révolté criant, hystérique, dans un hall du Cégep Saint-Laurent et comment j’avais pu le calmer d’un geste, d’une seule phrase. Et Jacques lui aurait dit : « Ça me surprend pas, ton Claude a une sorte de don, de charisme. » Eh b’en, moi en thaumaturge ? Ça m’aurait bien plu, jeune, candidement entiché d’un Jésus à miracles, guérisons —lèves-toi et marche !— à résurrection de Lazare au tombeau !
Cet avocat « politicien », Guy Bertrand, qui veut désormais « un Québec libre dans un Canada fort » s’est fait volontiers vidéotiser chez Dutrizac des Francs-Tireurs ». Courageux ! Risqué. Très. L’émission de T.Q. était d’une qualité visuelle lamentable. Pire que le pitre des vidéos de famille ! Pourquoi ? On aurait dit un document clandestin fait à la va vite. L’hurluberlu en était davantage —il n’avait pas besoin de cette surenchère technique— comme caricaturé. Ce qui n’est pas honnête même si cet olibrius, ce narcisse —au jus V-8 et au salon de bronzage— est un pitre on n’a pas le droit de mal le photographier.
J’oubliais, j’ai pu mieux connaître une de deux grandes filles de Beaulieu à Hull, Julie, qui avait la charge, seule, du kiosque des Trois-Pistoles, son père étant absent. Elle est brillante, énergique, débrouillarde et a de l’esprit. Samedi soir, au Salon Laurier, réunion tardive de quelques jolies jeunes femmes-à-kiosques. Farces et piques voltigeaient dans l’air de ce bar-salon. Andrée Boucher, rencontrée à la salle à manger de l’Hôtel, le dimanche matin, m’a semblée fort intriguée et amusée de m’avoir vu tel « le vieillard au milieu de Suzanne… de la Bible. Je me suis bien moqué de leurs « bottines » noires de draveur, des nombrils affichés et des coiffures « dépeignées » de sauvageonnes. J’aime jouer le vieux schnock, le macho rétro, et on a bien rigolé. L’auguste sobre Courtemanche (« Piscine à Kigali » ) apparut brièvement comme investi de son titre d’ « Invité d’honneur » du Salon. Fit trois petits tours et disparaissait. Son droit de ne pas se mêler aux joyeux troubadours du lieu.
Sur un grand écran —style « Cage aux sports »— soudain, visions incroyables d’une immense troupe (Corréens, Japonais ?) qui font des figures géantes sur un terrain de foot. Nos en étions tous…baba ! Phénoménales chorégraphies et stupeur quand des plans rapprochés nous font voir ces milliers de figurants rampant, gesticulants, s’enveloppant de tissus divers. Vraiment, un spectacle hallucinant !
Je suis rentré au lit vers 123 h. pour lire du Atwood-Beaulieu, et elles sont allées à une discothèque jusqu’aux petites heurtes du matin. Jeunesse inépuisable !
Lundi matin, failli oublier mon heure de radio à CJMS devenu une radio western je crois. Grandes portes-vitrines ouvertes, corridor de centre commercial, boulevard Langelier. J’y filais en 10 minutes via le Métropolitain. L’ex-chanteuse pop, Claude Valade m’interroge. N’étant pas du créneau-lettres, ses questions me changent des habituelles. Je m’amuse volontiers. J’en profite pour proclamer des « affaires » pas trop politiquement correctes et Valade s’en amuse ferme tout comme un petit public de braves femmes qui vont là, sirotant du café, pour passer le temps. Atmosphère de piano-bar sombre, bizarre lieu. De la radio vraiment « en bras de chemise » ce qui m’a rappelé mes cinq ans avec l’ancien CJMS, de 1989 à 1994. Ambiance décontractée que j’aime tant. Mon « Je vous dis merci » un peu fêté.
À ce propos, trois mois après sa sortie La Presse n’a encore trouvé personne pour le recenser un petit brin. Pas une ligne ! Alors, j’écris une longue note à Pierre Vennat et lui demande s’il n’aurait pas envie d’en dire deux ou trois… lignes ! Suis allé porter mon message à La Presse avec Aile, lundi après-midi.
Bizarre : Aile vient tout juste de me raconter les propos de notre répondeur en ville. Et le Vennat s’excuse de son impuissance, se dit au bord de la retraite et sans plus guère d’influence à La Presse. Il a remis le livre et ma note « au secours » à Madame Lepage, la patronne du cahier Livres. Brr…pourvu qu’elle n’assigne pas cette Benoit qui accordait trois belles étoile aux élucubrations de la Catherine Millette, pornocrate déboussolée et une et demi à mon « Enfant de Villeray ».
Bof ! On verra, verrat !

Le dimanche 3 mars 2002

Le dimanche 3 mars 2002
1-
Le bonhomme hiver est tellement en beau maudit d’avoir raté sa saison qu’il se venge ce matin. Brume partout. On voit plus rien devant soi. L’autre rive du lac…invisible ! J’aime ces allures de monde disparu, rayé, contours effacés, sol englouti : mon côté romantique ? Achat de croissants ce matin par Aile, envie de varier le menu. C’est bien. Aile, frénétiquement, tousse sans cesse , un rhume étrange ne la quitte pas…elle est tellement attachante ! Des jus et du sommeil…ce matin, il est onze heure quand on quitte notre couche nuptiale ! Une certaine honte !
J’ai oublié le nom d’un grand penseur sage qui affirmait : « tous les jours, deux lectures essentielles, mes vieux testaments (bible) dans une main et dans l’autre, le journal du jour ».
En effet. Sorte de frénésie encre ce midi en ouvrant le journal. Incapable de comprendre ceux qui ne lisent pas le journal du matin, les nouvelles fraîches de la veille quoi. Mais un journal intime ne doit pas qu’être un résumé des nouvelles. Impossible par contre de pas faire écho aux activités dans notre cher monde, planète malmenée.
Pour nos braillards angoissés face aux écoliers québécois, relire (un texte de Jean-François Lizée) ce rapport d’une enquête internationale sur l’éducation (l’instruction plutôt ?) menée par l’OCDE en fin d’année. Trois grands tests depuis 1994 et cela dans 30 pays développés. Eh bien pour les sciences et les mathématiques, les jeunes québécoise se sont classés « les premiers » !
Répétons cela aux anxieux et à ceux qui, racistes invertis, nous jugent collectivement des « poches » en la matière !
« Ouen, mais nos jeunes lisent pas… » Faux encore ! Nous nous classons (lecture) bons seconds. Sur 30 pays avancés hein ?
Au total, on y est les premiers partout. Troisième est notre pire rang. Okay le sinistrosé ? Ces résultats nous installent devant l’Ontario, et, loin, devant les USA. Que nos colonisés patentés montrent sans cesse en bon exemple.
2-
Hier, le billettiste Marc Cassivi : « TQS râle, veut des prix aux Gémeaux…c’est un peu comme si Claude Jasmin exigeait le prix du Gouverneur général pour son dernier roman. » J’ai eu mon lot de « prix », me manquent que ce « General Governor » d’Ottawa (bof !) et le « David » de Québec ! Ce dernier, on finira, tous les écrivains féconds, par l’obtenir. S’agit d’attendre son tour. Un matin, folie qui m’amuse, je rameute —au lieu de prestigieuses signatures de lettrés— mes beaux-frères, ouvriers, et mes sœurs, midinettes, afin qu’ils me recommandent pour le David automnal.
J’avais expédié aux savants jurés du Prix David cette liasse de lettres, certaines écrites presque au son. Cela m’amusait d’imaginer leurs augustes figures se crisper d’horreur devant des témoignages aussi peu littéraires. Je suis un gamin parfois. Pas eu le prix, vous pensez, le jury de « doktors en lettres » et experts-profs en sémiologie et en linguistique devaient s’en torcher que les miens s’écrient que « Tit-Claude était un fameux conteur » .
Un philo-sociologue de France, Lipovetsky, a répondu aux questions de Robitaille (Le Devoir) et il prône la légèreté de l’être. Bravo ! Il reste optimiste, déteste le manichéisme actuel, à la mode, déclare qu’il y a bien plus de conscience sociale et civique chez les possédants que, par exemple, dans les années’30 quand montaient les fascismes. « Le superficiel a sa légitimité » ose-t-il dire. Il éloignerait des totalitarismes (les idéologues graves ?). Il est étonné de constater alors que l’on vante et chante partout le festif, l’hédonisme (pubs du monde marchand, par exemple), l’angoisse lourde de ses élèves dans ses classes.
Il termine son interview en disant : « Agaçants ces intellos qui dénoncent la télé tout en l’hypercritiquant sans cesse (ils la regardent donc). » Et : « Ça n’est pas de la barbarie une société qui marche à la légèreté. » Rafraîchissant bonhomme ce Lipovetsky, non ?
3-
Regardions, hier, le gala des Césars (dans un vieux théâtre merveilleux) pour les films made in France. Parfois bin plate. Amateur souvent . Séance d’école. Improvisation totale souvent. Pourtant une atmosphère de rigolade fait du bien à voir. On disait :« On ne se prend pas au sérieux comme dans ce Hollywood aux « Oscars » où la moindre seconde de show est calculée, où une machinerie impeccable prévoit tout, règne en despote furieux. Le jeune comédien, Edouard Baer, en présentateur, fit le joker. Un rigolo doué. Ainsi, vers la fin, Baer annonça qu’il va faire une grave déclaration, délicate, importune mais essentielle, trémolo dans la voix… Nous guettions une sortie historique et voilà que son laïus tombe à plat… sans sujet aucun. On verra jamais de ces farces aux Oscars si « seurieux ».
Quand un « nommé », un beur, se précipita au micro pour remercier, avant même le décachetage habituelle, ce fut une franche rigolade aussi. À Hollywood deux « videurs », armés, l’auraient sorti illico, non ? Bref, de la légèreté, tiens ! Enfin, un savant montage (et sans infographie à incrustations), vraiment étonnant, d’images d’oiseaux exotiques qui obéissaient à un cinéaste invisible, offrait un morceau d’anthologie. Aile morte de rire comme moi.
La « grande reporter » Oriana Fallaci, jadis célèbre, ose déclarer que le monde islamique est très en retard par rapport à notre civilisation (chrétienne blanche occidentale), que les femmes de ces contrées, habités de machistes dominateurs, devraient se révolter, cesser de tolérer ces jougs antiques… et c’est la stupeur ! L’indignation partout.
Quelle hypocrisie ! Cette crainte niaise de passer pour « impérialiste », pour « paternaliste », réduit au silence les pleutres de l’Occident.
Pas un chat (chrétien blanc) ne voudrait s’expatrier dans les pays (intégristes ou non ) de cet Islam, pas vrai ? Berlusconi, le Président crésus italien et détestable potentat bien capitaliste, osait parler de cette manière et « les gauches » le fusillèrent. Mais elle, la renommée Fallaci, elle ? Oh ! On chuchote : « Elle est malade, elle traverse une crise ». Hypocrites mondes !
4-
Proverbe : « seule la vérité blesse ! »
Réjean Tremblay, ce matin, lance et compte. Tous ces correspondants, dit-il, avancent :« Que ces millionnaires, comme Villeneuve, se la ferment, ils mordent la main qui les nourrit. » Tremblay explique calmement à ses froussards la raison qui fait que le « boss » endure les écarts de langage de leurs petits et chers protégés. « Ils rapportent de l’argent !» C’est tout simple. Je ne cesse plus de lire cette expression: « mordre la main qui nourrit ». On l’utilise pour un cinéaste de l’ONF, pour un téléaste de Radio-Canada (je fus servi là-dessus quand je critiquais la boîte). Pour la majorité celui qui est payé pour son travail doit s’autocensurer, tout laisser passer. Être reconnaissant comme un « bon tit nègre » du temps de l’Oncle Tom ! Avachissement stupide.
Villeneuve a dit que « Pollock, congédié par Bat, a été traité comme du bétail ».
Hon !
Tremblay frappe et cogne : « Jacques Villeneuve rapporte aux marchés de BAT un profit de 1 000 000 018 $ (US), ça vient de finir. À Melbourne, samedi, il y avait que lui et Schumacher comme champions de la F1 sur la piste. On achète pas le silence de ces types. L’argent (21 millions à J.V.) n’achète pas la liberté de penser, de s’exprimer, à moins d’être un trouillard.
5-
Regard à ma fenêtre :pluie oblique. Neigeuse un peu. Tonnerre au loin, eh b’en ! Le lac rempli de flaques d’eau ! Chantons : « Mais où sont les neiges d’antan ? » Chaque fois que la température faisait des siennes, dans les année d’après-guerre, papa disait —sa scie à lui : « Ça, c’est à cause de la bombe atomique mes petits enfants ! » Maintenant j’entends souvent : c’est les gaz, les oxydes de carbone, c’est la couche d’ozone perturbée… » Bon.
Il doit se sentir fragilisée le critique Louis Cornellier du Devoir. Deux collègues ( M.-A. Lamontagne et Odile Tremblay) l’attaquent ce samedi. Il a osé (hon !) dire que les bons vieux classique de France devraient être enseignés aux jeunes collégiens après (b’en oui, après, hon, hon !) une bonne et habile initiation aux écrivains d’ici. Impardonnable position fait le chorus des aristocrates ! On grimpe aux créneaux. Pourtant la pédagogie actuelle est du bord de Cornellier. Et moi itou.
Dans son article, Lamontagne louange les écrits de notre brillant Kérouac à nous, alias Frère (botaniste) Victorin, mais se trouve heurtée quand le génie écrit en patriote sur notre histoire.
Ceci explique cela, elle semble dire : « Reste donc dans ta houache, les plantes. Ne pense pas sur nos malheurs historiques. Pas ta place ! Chacun enfermé dans son créneau, sa cage ! » Belle connerie !
6-
Un certain Pierre Jourde de Paris , bien cuistre, publie « La littérature sans estomac » et il attaque les auteurs qui ont du succès. De Sollers à Angot, de Darrieusecq à Beigbeder, à Ouellebec bien entendu. Donc les liseurs sont des poches ! Ah, faudrait changer le public lecteur n’est-ce pas, comme ce député dépité souhaitait changer de peuple ! Jourde, mitrailleur fou, saurait, lui, rédiger des romans forts, incontournables. S’il peut s’y mettre car qu’allons-nous devenir, tous, s’il ne s’exécute pas ?
La petite Bertrand de la rue Saint-Hubert, alias Andrée Ferretti, était une sacrée « donneuse de leçons » dans les années ’60. Elle publie « La passion de l’engagement » et fustige les indépendantistes qui osent faire face aux « faits têtus » de la réalité. C’est digne. Il en faut. Parizeau ou Landry ? De tristes échangistes ( pacte de l’Alena maudit !). Militante sincère, elle recommande « les mains propres » et on sait ce qu’en disait Sartre de ces « mains jamais sales ».
Sur les sujets ci-haut, je lis R.-M. Sauvé, mon âge, qui dit qu’il a lu la comtesse de Ségur à 11 ans, Jules Verne ensuite, Shakespeare, Scott et Chaucer à l’université, et des littérateurs allemands, et des Américains, surtout Lewis… son témoignage pour dire qu’il faut lire jeune (non?) et de tout (non ?) . Il veut appuyer la dame de France, Guiserix (comme dans Obélix), qui dénonçait la position Cornellier (étudier d’abord les auteurs d’ici), elle aussi. Le racisme inverti toujours !
Pauvre Salman Rushdie, son dernier bouquin, « Furie », un flop ! Récit trop compliqué. Un soufflé raté. En interview, il dit qu’il a voulu offrir « le grand roman américain », qu’il a voulu s’inspirer de la chute de l’Empire romain…rien que ça ! Qu’il a voulu rédiger son « Great Gatsby » à lui. Son « Furie » serait emberlificoté avec trop de pistes ! Eh maudit que c’est pas facile. J’ai tant souhaité, comme tant de mes collègues, faire « le grand roman québécois », maudit que c’est dure le talent, introuvable le génie ! Rushdie s’est essayé. Faut continuer mon cher Salman. Se reprendre. « Mais nous, nous serons morts mes frères » quand apparaîtra ce « livre des livres » sur les Québécois !

Le dimanche 24 février 2002

Le dimanche 24 février 2002
1-
Un dimanche de grisaille. Bon. On va pouvoir terminer de défricher notre paquet de journaux qui traîne dont les Voir, Ici, Nouvel Obs, etc. C’est rare mais ce matin, à huit heures, debout déjà. Aile me croise —les pipis du matin— et fait : « Viens te recoucher, je t’en prie ! » Oh lala ! Qui résisterait à pareille invite ? Pas moi. Retour au lit et après la fête, ablutions de rigueur. Mes céréales, besoin de fibres, du café et, oui, cigarettes maudites, puis les journaux. Rituel. Conformisme. Eh oui ! Envie souvent de casser ce moule. Promesse vague : le printemps venu, foin des canards imprimés et vite dehors ! On verra ça ! Drogue infâme : lire vite les actualités. Chez Aile, constamment, un certain guet des…fatalités. Son besoin bizarre d’événements dramatiques ! Son côté « espagnole », via sa mère, l’Yvonne, un peu De Gartia ( côté maternelle) ! Je déteste la routine et pourtant…
Hier soir, cinéma en bas de la côte Morin. « Le collectionneur ». Excellent film de genre, basé sur un roman de Christine Brouillettte, titre éponyme, du bon boulot Beaudin. Moi qui accus souvent nos critiques de complaisance, cette fois, nous les jugeons trop froids. « Le collectionneur » peut rivaliser avec n’importe quel autre fils « policier », USA compris. Avec un zest d’horreur. L’acteur Luc Picard, une fois de plus, parfait en « tueur en série », en « serial killer » proclame Paris l’anglifiée. Redisions-le, la ville de Québec (le Vieux) est un bijou visuel. Oh les belles images ici et là ! J’oublie le nom du jeune qui exécute à la perfection un ado prostitué (un « commercial ») mêlé au drame de ce détective, inspecteur de police, « limière » (?), en robe, personnage incarné avec un parfait brio par (cette policière Maud Graham, enquêteuse brillante) Maud (ah !) Guérin.
Notre fierté, hier soir, en sortant du « Pine », d’avoir vu un autre produit cinématographique d’ici livré avec un talent formidable. Ce Jean Beaudin peut désormais s’affirmer, sans la moindre hésitation, comme un très solide cinéaste, capable de réaliser n’importe quoi. Avec puissance. Avec efficacité. Chapeau !
2-
En rentrant : visionnement à T.Q. des « Francs tireurs ». Diable ! Un contenu extrêmement fort. En deux temps. Un : Richard Martineau à la cour du « fou » Raël, celui qui a été enlevé vers une planète voisine (eh !) par des extraterrestres et a pu dîné, mais oui, avec Abraham, Moïse, Mahomet et Jésus en personne. Qui a eu une mission de ses « Éloïms » : préparer leur venue prochaine. Le but : améliorer nos existences. Quoi ? Rien que cela ! Martineau l’a cuisiné avec humour et intelligence. L’ex-courseur-automobile et reporter est un fin finaud. Il ne cesse de démolir les « folies » du catholiscisme et affirme que lui et ses « fans » sont du côté moderne, avec la science. Étonnant et divertissant dialogue, je vous jure. Il est habile, sort de bons arguments, mais reste de glace quand R.M. tente de le contredire.
Il y aurait —dit le Grand prêtre tout de blanc vêtu, tel un pape— plus de 50,000 membres du raélisme dans le monde. « Surtout en Asie, notre numéro 1, et en Afrique , qui sera notre territoire numéro 2 sous peu.
L’État québécois —à nos frais— signale officiellement (les écriteaux en bleu et blanc, vous savez comme pour hôtel ou zoo) autour de Valcour, le site de « UFOLAND » (en langue américaine bien entendu). De la télé excitante : on a pas tous les jours l’occasion de rigoler. La patente possède pour 8 millions de fonds. Le pape dira : « Quoi ? C’est tellement, tellement moins que le Vatican, non ? » Décidément il a une fixation anti-romaine ! « Nos livres (leurs « Bibles, leur Thora ») sont distribués par Québécor, dit-il, mais c’est moins cher de se les procurer directement chez nous ! » Un marchand ? Il s’en vante. « Oui, oui, nous aimons l’argent , nous voulons beaucoup d’argent, j’invite mes zélotes à me coucher sur leur testament. L’argent est bien et bon, ce n’est pas un péché l’argent chez nous ! » On aura compris.
Quand Martineau lui dit : « ou vous croyez à tout cela, ou vous n’y croyez pas, si oui, vous êtes, à mes yeux, un fou ! », il dit : « Êtes-vous psychiatre ? Montrez-moi vos diplômes ? Qui êtes-vous pour déclarer « folie » ? Le questionneur ose : « Qui vous a paru le plus intéressant sur cette planète lors de votre voyage ? » Il rétorque et sans rire : « Moïse ! Il a le plus d’humour ! » j’adore la télé, moi, quand elle fait voir pareil hurluberlu. Pas vous ?
Deux : avec Dutrisac en juge, ce deuxième segment des « Francs Tireurs » aborde un : Les banques sont-elles coupables de malhonnêteté? » Ou : les banques sont-elles des services publics corrects comme elles le prétendent dans leurs publicités ? Défilé à la barre des témoins de connaisseurs (dont Michel Girard de « La presse ») en économie et le verdict tombe : « Oui, les banques (et les Caisses Desjardins), congédieurs furibonds, font des profits qui grimpent chaque année et sont des voleuses. »
Un petit 2% d’intérêt pour l’argent déposé et 13 % pour leurs cartes de crédit toujours vantées, 20% (aînés, analphabètes fonctionnels, etc.) des gens sont incapables d’aller aux guichets automatiques —qu’elles recommandent sans cesse pour mieux congédier et toujours diminuer le service offert aux guichets normaux. On a dit :il y a « le gratin » et « le crottin », nous tous ! On a dit : des gangs de bons copains, des salaires faramineux aux PDG (ces vulgaires « dégraisseurs », débaucheurs d’employés !), aux directeurs de C.A. fantastiques émoluments aux « bons amis » (Yves Michaud) Ça revolait !Et bang !
Avec entrain, la démonstration a mis en lumière des secrets mal gardés. Ainsi, on affirmera que toutes les banques (qui comptent) ont des succursales dans ces contrées où l’on peut échapper au fisc, des Îles Caïmans à Monaco. Ainsi le travailleur de la masse est inscrit à 100% aux impôts, le « cachotier » , lui, à 50 % car il a mis son fric à l’abri, lui ! C’est illégal ? Mais non.
Une vaste caste adopte le mode « argent au NOIR » pendant que l’État hypocrite supplie le gagne-petit de cesser ces pratiques à pleines pages des journaux. Une farce !
C’est « légitime », légal, dira un sous-comité du Sénat à des investigateurs curieux. Certes, du même souffle, au Sénat, on a avoué que c’est « immoral », un manque d’éthique social flagrant. Mais…. L’on questionnera : « Bon, j’ai de l’argent et je veux échapper à mes impôt, refusant donc de payer ma juste part de citoyen —pour éducation, santé, routes, recherches et développements— je fais quoi ? »
Réponse : « Simple et facile. Vous allez sur Internet à « abris fiscaux », tout y est, ça vous coûtera un petit 3,000$, vous obtiendrez le « modus » pour cacher vos revenus (achat de « porte », de compagnie bidon, fictive ?), pour ne plus verser votre part dans le trésor communautaire. » Édifiant hein ?
On laisse faire ça ? « Oui, dit un des témoins (le professeur de l’Uqàm, Lauzon), de Mulroney à Lucien Bouchard, de Chrétien (Martin en profite beaucoup ) à Landry, aucun homme public, élu par le peuple abusé, ne veut agir. Les politiciens ne font pas leur job qui serait de protéger les citoyens. »
Bedang ! Clair comme ça ?
J’écoutais tout cela, je voyais des citoyens questionnés, écœurés, indignés aussi et je me disais : « Un jour ça va sauter, ça ne peut pas durer encore bien longtemps, cette hypocrisie politique, il y aura révolte, émeutes. Ça ne se peut pas que le peuple, désormais bien mieux informé, laisse encore longtemps, ici ou ailleurs, se continuer cette perversion dégoûtante du pouvoir démocratique des électeurs. Mais quand ?
Une voix réaliste me chuchote (Aile ! Aile !) : tout le monde a des actions (dans un sens) avec leurs économies (nos Reers, mes Feers), caisses de retraités, etc. et tout le monde veut que son petit pécule rapporte vite le « plusse » d’intérêts possible ! Oh !
3-
Ainsi, faut moins grave, attendez que j’accroche l’ami Jean-Guy Sabourin, un brave gauchiste de ma sorte. Voilà que tous ceux (75 tricheurs !) qui possèdent un terrain et un chalet dans la petite île de Dorval ont ou acheter pour un prix (bidon ) ridicule les infrastructures (traversier, pontons, tuyauteries publiques, piscine et tennis municipaux etc. Pourquoi cette « privatisation » subite ? Pour ne pas être fusionné avec Dorval et éviter ainsi une probable hausse de txes, un partage normal quoi. Hon ! Mon prof de théâtre de l’Uqàm, Sabourin, en « possédant sans cœur », manquant au code d’éthique ordinaire et primordial. Hon ! ? Oui, attendez que je le pince, il va passer un mauvais quart d’heure.
Ce matin, mère Cousineau annonce un Arcand (à CKAC, lundi matin) revenu de Paris pour questionner le populaire animateur de show télé, Ardisson (qui crachait sur « votre accent du temps des Rois XIV, XV »). Rien d’un démocrate, lui, il se dira « monarchiste» à CKAC. Sexoliste (ou sexcoolic?) il serait échangiste, le mode copulatoire bestial. Aussi ex-drogué et ex-plagiaire. « Bof, dira-t-il, 15 pages dans mon livre, c’est pas beaucoup ! » Quel beau personnage public, hein ? Céline Dion serait moche, Julie Snyder, finie, brûlée en France ! Son collègue Drucker ? « Le responsable (coupable ?) de l’invasion des artistes québécois », etc. Hâte de l’entendre lundi matin ce croisé du bon accent !
4-
Seigneur ! On a pris un vote pour le plus attrayant « site » d’écrivain sur la Toile. Le mien n’a pas gagné ! C’est Michel Tremblay le favori des internautes.
On a voté via « www.auteurs.net ». Eh que je suis donc humilié !
Le « http://www.multimania.com/karmina/index.html » serait « génial » Allez tous au diable voteurs de mes deux… Bande d’ingrats ! Hon ! Du calme !
5-
Pierre Thibeault de « Voir » souligne ce que je savais : Ici, jadis, une personne sur vingt était…esclave ! Des Rouges et des Noirs. Vrai sujet de honte ? C’était de mise en ces temps affreux, ici comme ailleurs. Ce 5% de notre population de bons colons catholiques étaient considérés comme des sous-hommes. Jésuites Récollets se taisaient ? Certes les « proprios » étaient des gros commerçants et des professionnels mais aussi des évèques et curés. Ailleurs je lis que le brave et glorifié Georges Washington…b’en lui aussi et des tas de ces esclaves !
6-
Le nihiliste Lévesque (Bob) dans « Ici » : Harold Pinter, 72 ans maintenant, dramaturge britannique doué et vénéré, ivrogne comme son vieux chum l’Irlandais Samuel Beckett, si aveuglémernt anti-USA qu’il se range du côté du tyran épouvantable Milosevic ! Eh oui Lévesque en revient pas ! Moi ? Un brillant poète italien (Erza Pound ?) se fit fasciste avec entrain, plus à droite que Benito encore !Il y a eu mon admirable L.-F. Céline, génie-romancier vitalisant devenu nazi fou ! Non ? Ainsi des artistes parfois divaguent, dérapent, deviennent des monstres idéologiques même. Souvent mal équipé intellectuellement, l’artiste, tel l’odieux « collabo » le surdoué Brasillac, et un « qui » encore ?, il y en a eu plusieurs, glissant dans le déboussolage politique ! À une autre échelle : ici, un André Laurendeau, jeune, aveuglé, antisémite farouche un temps et qui s’en repentira, s’en mordra les doigts !
Oh le bonheur ! Pour une rare fois, page « une » du cahier « Lectures » dévouée à un écrivain d’ici, ce matin. « La Presse » offre ses colonnes à Victor-Lévis B. pour honorer Victor Hugo. Où est-ce qu’on va mettre la croix ? « Pourvou qué ça doure… »

vendredi, 14 décembre 2001

1-
Pas de brume dans le Nord en ce vendredi des  » aveilles  » de Noël. Stries de bleu au ciel. Temps doux pour une mi-décembre. Ce qui n’arrange pas les affairistes des centres de ski. La neige fabriquée qui fond ! Ouash ! En ville, on craint les neiges, ici, dans les Laurentides c’est la promesse d’une meilleur viecommerciale.
Hier soir donc, je file au  » magasin  » de nos écoliers-en-cuisine. Pâtes fraîches ? J’en prends toujours et Raymonde gronde :  » Tu vas mourir totalement empâté, mon pauvre gars !  » Je rigole. Pris aussi des desserts frais du jour.  » Hum, pas bon pour ton mauvais cholestérol ça, mon gars !  » Pris, oui, du pâté chinois :  » viande, blé d’inde, patate « , disait  » La p’tite vie « . Juste pour voir s’il sera aussi parfait que celui de R. Qu’elle fait bien crémeux, comme je l’aime. Pris aussi des côtelettes d’agneau. Le tout pour une douzaine de piastres, viande à chien mon Séraphin que c’est pas cher.
 » Au cas où « , dit Raymonde, car il y a des soirs où il y a peu, elle avait fait cuire une langue de  » beu « , une grosse, avec sa recette d’oeufs à la mayonnaise. (Pas trop.) J’avais mon dessert frais . Elle en fait rarement, n’aime pas les sucreries, ma tendre Ray. Ni de soupe ou potage.
Bon. Suffit de parler du  » manger « .
2-
Ce matin dans La Presse, je vois mon titre : JOURNÉES NETTES. En gros caractères dans la chronique  » web et cie « . Déception, on a pris mon titre ! Mais non, on y annonçait l’existence de ma nouvelle entreprise littéraire, ici. Ouf ! Je lis aussi qu’un punk, ex-drogué, itinérant, a fait une vidéocassette sur son existence de marginal. Éric dit  » roach  » Denis.Ouvrage qui l’aurait sauvé !
J’y médite. Partout, bientôt, tout le monde avec caméscope qui enregistre tout le monde. Nouvel évangile :  » Filmez-vous les uns, les autres!  » Je te traque, tu me traques. Un monde non ? On filmera du présent aussitôt transformé en passé! Mille milliards de documents dans les demeures, dans les abris ! Une nouvelle conjugaison, le mode du  » présent-passé  » !
Va-t-on vivre juste pour mettre en boîte ce qu’on vient de vivre ?
3-
Parlant punk, vu hier soir le film  » EDWIG « . Un machin curieux. Le récit, syncopé et muni des bruits  » rock  » adéquats, d’un ( une ?) berlinois, côté  » communiste « , un gras papa incestueux, abuseur, une maman affolée de sentir la nature invertie du garçon. Un mur très berlinois est installé entre eux. Ce Edwig, c’est le titre du film, se devine, s’appréhende, se sent, se sait une  » fille « . Un G.I. rôde ! Un gros soldat Noir homo. Il désire (aime-t-il ?) ce-cette Edwig blond-blonde. Flirt primaire
Mariage après une opération désastreuse, ratée, de castration à Berlin. L’exil dans une ville perdue aux USA avec ce soldat qui le-la trompe avec un plus jeune. Solitude. Edwig garde des enfants pour survivre. Musique de garage. Rock and roll, bien entendu.Groupe d’amateurs. Agente intéressée. Voici une liaison bizarre : elle a 30 ans, il a dix sept ans et est bien mignon. Il aime, comme sa-son Edwig, le rock and roll. Musique à composer. Un  » band  » se forme où la-le Edwig, perruqué-e, raconte en chansons, swing-punk-rock, sa vie allemande, ‹on verra le  » mur  » qui trombe‹ ses déboires autobiographiques et misérabilistes, vieille sauce allemande, en couplets bruyants.
Bon
Raymonde, télé éteinte, avoue un malaise. Moi aussi. Pourquoi ? Simplement parce que ce récit d’hermaphrodisme est narré sur un mode caricatural avec un aspect joyeux, ironique. Ce détachement est un mensonge. Il y a un drame. Une vie ruinée. Et on file de  » toune  » en  » toune « , de bars minables en  » trous  » de province, ignorant, abandonnant le désastre d’un demi-trans-sexuel, travestie malheureux, battu, bafoué. Tableaux d’un malheur effroyable mais avec images léchées, à l’esthétisme punk. Le récit est accablant et le film, lui, virevolte avec complaisance dans le visuel à la mode.
 » Edwig  » est donc un film raté avec de séquences menées sur un train d’enfer.
La Presse : les seins de la punk enrichie, Madonna, valent une fortune chez les assureurs !
Je me souviens pas du nom d’un grand écrivain britannique affirmant :  » Deux choses me sont indispensables, la Bible et le journal du jour.  » Vrai que le quotidien est riche d’enseignements sur le monde tel qu’il va. Qu’il tourne.
4-
Vidéo aux nouvelles ‹on n’en sort pas‹ du Bin Laden, dans son refuge, tout content (Allah ou akbar) des morts de New-York. Au nom de leur Dieu, et du prophète, leur Jésus, l’araboïde Mahomet. Un cynisme qui donne froid dans le dos.
Washington-Bush, voudrait que l’univers se dise :  » Ainsi en va-t-il pour tous ces actuels Palestiniens en kamikazes.  »  » Qu’Israël frappe, tue tous ces gens-là « . Raccourci utile. Amir Khadir, ex-candidat péquiste battu dans Outremont, ose exprimer des vérités embarrassantes ce matin, dans La Presse. Il dit que ce Bin Laden (ben ou bin ?) est un allié  » objectif  » des intérêts américains au Moyen-Orient. Oh ! Et il n’a pas tort. Sans ce fanatique fou  » espéré  » pas moyen de défendre les affaires pétrolières qui, seules, captivent la  » famille Bush  » avance Khadir. Il rappelle les liens amicaux récents des Bush avec les Laden il y a pas si longtemps ! Ouille !
5-
J’avais rencontré dans ses bureaux du Chemin Bates, en 1980, le vendeur de poids et haltères, millionnaire, Ben Weider. Pour un projet de film vague, pour son très cher Napoléon, son idole. Amusé d’y avoir vu partout des tableaux du Corse, objets de culte,  » son vrai blaireau « , corridor, hall, dans tout l’environnement de Weider. Voilà que des chercheurs lui donnent raison :  » l’Empereur déchu, exilé, fut empoisonné par du cyanure de potassium. Un meurtre lent « . On dit (Cocteau) que des bustes du Bonaparte se trouvaient même dans des chaumières en Angleterre ! Incroyable non ? Je dis, avec certains historiens, que ce Bonaparte fut le Adolphe Hitler du début des années 1800, pas autre chose. Un fou furieux. Millions de jeunes soldats morts à son bilan. Millions !
6-
J’ai déjà vu une reproduction d’affiche dans le Saint-Agathe des années ‘30 :  » No dog, no jew « . En anglais hein ! L’horreur. L’ex-montréalais, arrêté cette semaine en Californie, Irving Rubin, affirme avoir été une cible des racistes, à Montréal. Antisémitisme s’élaborant pourtant partout en Occident. Pas juste à Montréal.
Nous avions nos chemises brunes, cet hitlérien Adrien Arcand, nazi avoué et  » subventionné par le pouvoir du temps à Ottawa « , publie Norman Lester. Au Canada anglais il y avait aussi des chemises  » brunes « , et des  » noires « , des « bleus « ; gros paquets de racistes anglos, très nombreux au-delà de l’Outaouais.
Le francophobe enragé, Galganov, jeune, fut de cette revancharde  » Ligue de défense juive « . Il l’admet ce matin, lire Louise Leduc. Le sociologue Yves Claudé nous dit que ces  » ligueurs juifs « , organisateurs de  » milices « , ne sont pas seulement anti-arabes, qu’ils sont très actifs encore à Montréal, qu’ils sont antifrancophones et antiquébécois. Enfin, qu’on les trouve à McGill, à Concordia et dans des milieux d’affaires  »
Eh b’en ! Instructif.
7-
Arafat, jugé incapable d’enrayer la terreur palestinienne, se trouve isolé, rayé comme interlocuteur. Il devra donc retourner se terrer en Tunisie. Retour donc à la case zéro. Retour à la guerre totale. La puissante armée des Hébreux face de nouveau aux clandestins, comme du temps de l’après-victoire, la fameuse  » guerre de sept jours  » en 1967. Encourageant.
8-
J’ai terminé ce  » Journal  » du Cocteau du temps de la France nazifiée. Pis ? B’enoui, il était snob, souvent méprisant des masses, du peuple. Il reste un créateur étincelant, un imagier fascinant. Dernier chapitre : son film est prêt à être tourné ,  » La belle et la bête  » mais convocation du  » maître  » chez ses producteurs :  » Regrets, on refuse d’embarquer, trop risqué. Trop chers vos devis.  » Cocteau dégoûté, écrasé. Arrêt de son journal. Le film se fera cent vingt jours plus tard. Une note de bas de page dit :  » Cocteau reprendra son journal, celui du film en cours. Le premier qu’il signe seul. Viendra un autre film signé Cocteau, que, jeunes, nous admirions tant,  » Orphée « .
Ici, arrêt pour le lunch. Descendons réchauffer les  » chinoiseries  » achetées hier soir.
9-
Bon. Retour au clavier. Musique :  » Impressions  » d’André Gagnon avec la philharmonique de Londres.
Je tape : Jean-Pierre Léaud, l’acteur fétiche et alter ego du cinéaste surdoué François Truffault, annonce  » Le pornocrate  » qui serait l’histoire d’un cinéaste de porno qui veut maintenant tourner un film de ce genre mais en y mettant des sentiments. Rebuffades des producteurs. L’Odile du Devoir a aimé mais entendu à la radio bazzoienne :  » Affreux, Léaud bredouille, on ne comprend absolument rien. Inaudible ! « . Ne plus savoir à qui se fier désormais. J’aime l’inunanimité, la critique divisée, mais on ne connaît pas assez bien les personnalités de nos critiques.
Les critiques jouent les  » objectifs « , se veulent des machines à juger. Jadis, des critiques se livraient davantage et on finissait par bien les connaître. Alors  » un  » qui détestait nous servait d’encouragement à y aller (théâtre, livre, films). Un  » autre  » qui aimait nous prévenait de ne pas y aller. Exemple : Jean Béraud de La Presse, années’60, nous avions appris ‹il parlait de lui, de ses goûts‹ qu’il haïssait les modernes, alors quand ll démolissait furieusement un Beckett, un Adamov ou un Ionesco, nous savions qu’il fallait voir ça. Même chose au domaine du livre pour un Éthier-Blais. Sa chronique du samedi était pleine de ses humeurs, de ses sentiments, il n’était pas la soi-disant machine  » objective  » qui décrète. Connerie des critiques de ce temps se voulant des robots infaillibles.
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Reçu plus tôt un courriel des Trois-Pistoles. Mon Victor ne peut me répondre pour ce brûlot À signer ensemble. Il est tout pris par ses textes télévisuels pour un projet de futur téléroman. Sa secrétaire, Katleen ‹il en une, lui ? ‹ m’annonce qu’il me reviendra ce week-end. Mais je ne sais plus si c’est vraiment le bon moment ‹maudit 11 septembre‹ pour mon appel en faveur de nos felquistes d’antan, pour qu’on leur reconnaisse un rôle historique adéquat. Mmm
Le pâté chinois de  » l’école de Sainte-Adèle  » ? Très bon.
Raymonde me montre toutes ses corrections faites hier pour mon petit livre  » Écrire  » à paraître chez V.-L. Beaulieu. Toujours forte, cette chère  » première de classe « . Bon, corrigeons, corrigeons; que l’aspirant écrivain le sache : ça ne finit pas. Travail plate et indispensable néanmoins, cette prose pour JOURNÉES NETTES n’est pas révisée par Raymonde et ça doit paraître.