Le jeudi 3 octobre 2002

1-
Un hier si beau et si chaud…ce matin, ciel bleu à nuages éparpillés, c’est frisquet en yable ! Je reviens du bas de la côte Morin, de chez le tondeur de cheveux (et barbe dans mon cas), Lessard. Passionné de golf, il m’en jase. Je lui dis : « Ah le golf! Ça me tente, on me dit tant que c’est défoulant, reposant, mais j’avais un camarade (J.-C. Rinfret) golfeur emeritus qui m’avait prévenu : « Claude, commence pas ça, je te le dis, ça devient vite une passion. Tu pourras plus t’en passer…etc. » .J’ai suivi son conseil, trouvant si peu de temps pour m,es passions. La lecture. Le cinéma. Et mes petits projets divers.
Monique Miller, avant-hier soir, rue Frontenac, avait choisi de lire d’abord deux textes de mon bouquin « Je vous dis merci », l’un dédié à mon père mort, l’autre à ma mère morte. Je la sentais ému pour papa-mort. Pour ma mère-morte, elle éclate en sanglots ! A du mal à poursuivre sa lecture. Malaise partout. Moi tout bouleversé de la voir si bouleversée. Un moment fort. Pour terminer sur une note plus joyeuse Monique a lu (avec son grand talent qui améliore un texte !) le tout premier chapitre de « Enfant de Villeray » avec le « tit-gars » qui découvre la lune et s’imagine qu’elle vogue dans le noir firmament.
2-
Le cinéaste audacieux Pierre Falardeau, hier, sous le portique de TVA, nous quittions « Dans la mire » : « Tu sais, j’ avais quoi, 15 ans, j’achetais mes « comics-books » américains à une tabagie de mon Saint-Henri et je découvre un jour qu’on y offre la revue de gauche « Parti-Pris » et ton roman « Pleure pas Germaine ». Une découverte qui m’avait marqué ». Il me glisse soudain : « Dis donc, Jasmin, t’es encore plus révolutionnaire que moi, ma foi du bon yeu ! » Pris cela comme un fameux compliment venant de ce dissident enragé.
Envie d’envoyer à ce cinéaste mon « L’Armoire du Pantagruel ». Il aime Rabelais ! Il me semble que Falardeau saurait en tirer un fameux récit filmique. Eh ! Je constate que je n’ai plus de copie. M’adresser vite à Leméac, son éditeur.
3-
Quand je décidais d’offrir mon polar de « fantasy », « La nuit tous les singes sont gris », à Quebecor, j’avais cru à une promotion énorme (journaux, magazines, télé), vu l’immense machine des Péladeau. Mon erreur. L’éditeur Simard (Publicor) m’expliqua, voyant ma déception : « On imagine un empire qui se tient, mais non, chaque branche de l’empire tient à sa liberté. Même qu’il y a méfiance. Et silence. Impossible d’obtenir de la publicité dans une section ou l’autre du « gros jeu de blocs ». Mon « La nuit.. » ne fit donc pas mieux là qu’ailleurs. Les énervés de la « convergence » seront surpris de lire cela ?
J’ai acheté le dernier numéro de la revue « Historia » que mon père estimait fort. Lectures formidables. Article sur le Mussolini fêté avec empressement par le roi d’Italie alors que l’armée aurait pu stopper net la marche sur Rome des fascistes (en chemises noires). Monarque bien con. Et qui regrettera amèrement sa confiance niaise au Duce Benito, dictateur. Article encore plus fascinant sur les capitalistes des USA collaborant volontiers avec les nazis parvenus au pouvoir. Ford, G.M, Shell, ITT, IBM, tous, la main dans la main avec le fou. L’argent à faire. « Business as usual ». Pire encore : après le conflit, ces compagnies ont exigés des millions (du trésor de cocons de payeurs des Étatys-Unis) en réparation. Quoi ? Ils dirent : « nos usines étatsuniennes installées en Allemagne furent bombardés par les USA ! Incroyable mais vrai. C’est à vomir sur ce capitalisme démoniaque. Article étonnant sur cette Suisse, pas si neutre qu’on pense sous Hitler-le-fou. Captivant article sur les assassinats de Présidents, en France.
Bref, un magazine instructif. M’abonner, pensais-je ? Non. Résister. Pas le temps, hélas. J’arrive à peine à lire…ce que j’ai à lire, ici et maintenant. Hélas !
4-
Deux films loués. Un bon et un con. Le con ? Celui de Woody Allen, le pornocrate suborneur de fille adoptive. « Hollywood ending » est un navet. Récit —mal mené— d’un cinéaste déchu qui tourne malgré la cécité subite dont il est victime. Il y a quelques bons « one-line ». J’avais été prévenu mais bon… W.A. a donné jadis de si amusants films. Au début, prologue sur le Canada d’où revient ce triste héros-cinéaste capricieux : « Que de la neige et de la glace. Un pays ennuyeux qui n’inspire absolument rien ». Merci. À la fin, épilogue, son navet (et c’en est un au fictif comme au réel), se fait acclamer à Paris conte toute attente. Lisez, entendez : « les cinéphiles de France sont tous des cons et des abusés ridicules ». Édifiant.
L’autre film : bien fait. Excellente démonstration signée Barbet-Shroeder. Titre : « Meurtre en équation ». On songe au formidable suspense « The rope ». Même thème : des égocentriques dégourdis, forts en sciences et maths, qui se croient au-dessus du monde entier. On songe au « crime gratuit » d’un roman d’André Gide : « poussez un passager hors d’un train en marche, au hasard, n’importe lequel, on ne saura jamais qui a tué ».
« Meurtre en équation » raconte la totale soumission d’un brillant collégien face à un autre « bollé » encore plus machiavélique que lui. Un fils de famille riche et puissante, qui va le séduire « philosophiquement », qui va en faire son complice dans un assassinat « gratuit ». C’est un polar hors du commun. Ces deux grands ados, sans aucune fibre morale, sans humanité aucune, sont joués de façon hallucinante. Je reverrais volontiers ce suspense diabolique.
5-
Vu hier soir —vrai blitz en médias— « le jeune messie » des bourgeois cupides —les détestateurs de la solidarité national— Mario Dumont face à Paul Arcand à TVA. Quoi ? Immense déception ? Non, je le devinais fourbe et calculateur. Si jeune ! Je l’avais vu « patiner et farfiner » chez Miss Dussault à Télé-Québec. C’est un disciple resté fidèle à la manière- Boubou, son ex-mentor. Le gaillard, faux-baveux et, à la fois, empesé, est un danger effroyable. La gauche la moins gauchiste doit vite le dénoncer et partout.
Déjà ratoureux, il refusait carrément de parler vrai, de parler franc avec Arcand, cela sous des dehors de bonhomie, de franchise… frelatée. Ce matin, la Lysiane Gagnon de Power-Gesca-La Presse commente, élogieuse —tout pour nuire aux souverainistes de Landry— cette « fraîcheur rafraîchissante » —mon cul— pour finir par admettre, comme à regret, que ce Dumont est…oui, un simple patineur ! C’est John Charest l’homme de la Power-Gesca! Hélas, les bourgeois cupides le refusent et il reste bien bas en sondages ! Ô Lysiane —défroquée de l’indépendantisme— on devrait changer de peuple, hein ?
6-
La nouvelle série-télé d’Homier-Roy —tournée au vieux cinéma Rialto sans vrai public participant (hélas)— ne lève pas. Après Picard (Luc), Carole Laure —Laure de « Lord », son premier mari, m’expliquait Monique Miller— fit voir un fort tempérament, il faut lui donner ça. Mais… une fois de plus, pas de dossier d’archives, pas d’enfance, pas d’infos sur ses études, sur sa jeunesse, son milieu, ses tout débuts, etc. Fille volontariste, bûcheuse, ambitieuse —comme il se doit en ces carrières— il y a du Monique Miller et de la Sophie Faucher chez cette Carole d’abord mignardisant, se dénudant volontiers, danseuse à gaga, à gogo, chanteuse à voix bien frêle et puis actrice-amateure aux roulements des « r », manière arrière-province. Mais elle captive jouant de sa chevelure rebelle —mieux que Luc Picard— par son entrain et un certain sens de l’humour.
Ce matin, mon vaillant correspondant fidèle, Marleau, me pointe une adresse hypothétique afin que mon album illustré se réalise, un certain Henri Rivard de Contrecœur. Éditeur inconnu ou méconnu ? On ne sait jamais. Je lui écrirai. Est-ce vraiment un riche philanthrope paré à perdre de l’argent ? La grosse millionnaire SOGIDES, via sire Graveline, ne veut pas risquer une maudite cenne noère !
7-
Au Centre culturel Frontenac, mardi soir, deux « rencontres après entretien ». L’une, jeune fille au regard de feu, me veut comme « parrain littéraire » avec le programme de l’UNEQ. Je lui au expliqué : « Fuyez ces niaiseries, genre « atelier d’écriture » de mes deux fesses, etc. Écrivez en solitaire (c’est cela le vrai métier d’écrivaine) et tenez vous loin de tous ces machins-bidons. Cherchez seulement un éditeur qui appréciera vos écrits. Je crois qu’elle a tout compris. L’autre, jeune homme visiblement allumé me donne des poèmes-anarchistes. François Béland rédige des « prières » d’iconoclaste inspiré. Un « Ave maria », un « Credo », un « Pater Noster », provocations bien troussées. Il me semble plein de jus. Il a du talent. Je lui dis, devant m’en aller, de signaler claudejasmin.com… Le fera-t-il?
Messire Lionel Lefebvre me couriellise ses accords : « Oui à l’école séparée, les filles d’un bord et les garçons de l’autre et « oui aussi » aux uniformes…lui qui moque avec raison les « guenilles griffées », chers, avec fond de culotte aux genoux ! Il m’a fait rire. Il juge « Tous les matins » à la SRC un peu trop fourre-tout cependant ! Ah ! N’y peut rien. C’est un magazine. Aile a lu un « Clin d’œil », acheté pour la Marie-Josée à la neuve hanche, et me dira : « un fourre-tout. Ennuyeux ». Je lis « L’Âge d’or » d’octobre (qui va me célébrer en novembre) « fourre-tout » là aussi. Un variété est un variété, une dramatique est une… Un mag-télé…doit être forcément un fourre-tout ? Sais pas.
8-
Au téléphone tantôt : Stéphane T. « On vous invite deux fois, vous venez et lundi qui vient et mardi. Salut ! » Bonne nouvelle ? Y serais-je bientôt « tous les matins » à « Tous les matins » ? Mon Dieu, alors des gages de deux mille tomates par semaine, moi, un pauvre et simple vieux retraité ? Crise d’apoplexie pour tous les G.Tod Slone de ce monde— qui, soit dit en passant, fait des adieux courroucés au « vieux schnock hypocrite » —ses mots. Le talent ? Pouah ! C’est juste que j’ai su enfirouaper ces cons finis de la télé, n’est-ce pas ?, qui sont tous des vendus, des crétins abusés, pas vrai ?
9-
Ici, en Laurentie, il y a trois hebdos « gratuits ». L’un d’eux se nomme « Accès », c’est le plus percutant. On y trouve des « papiers » du prof Lauzon, c’est vous dire ! Frédérique David (sa directrice) y signe un billet hebdomadaiore souvent brillant; et cette fois, c’est une charge valable. Elle s’affirme « snob » puisqu’on taxe de ce sobriquet ceux qui aiment la culture. En effet, une longue vague d’un populisme douteux fait qu’est décriée (décrétée ?) comme « snob » toute personne qui a à coeur de s’instruire, de s’informer, de s’enrichir en fréquentant des institutions qui ont du fond. Bravo à elle !
Le sens des mots : très important. Placarder Harry Kissinger (prix Nobel de la paix en 1973) comme « criminel de guerre » relève de l’inflation verbale niaise. Voir Hitchen et son livre polémique :« Les crimes de M,. Kissinger », Editeur Saint-Simon. Le rôle politique —discutable évidemment— du célèbre conseiller à la Maison blanche l’a conduit à un tas d’erreurs graves mais mettre un Kissinger au même niveau qu’un Pinochet c’est tromper les gens.
L’exagération abusive devient une insignifiance. Ce même Christopher Hitchens, journaliste anglais basé à Washington, a fait bien mieux quand il a loué George Orwell —« 1984 », « La ferme des animaux », etc.— qui fustigeait la gauche britannique de 1940 sombrant dans le défaitisme. Voilà que ce même Hitchens se range du côté « faucon » et appuie le W. Bush ? Stupeur dans la république gauchiste ! Hitchens —allié de Tony Blair— parle de « fascisme islamique » dans la revue de gauche « The nation ». Et vive les esprits libres ?
Regard à ma fenêtre de ma « chambre à écrite » : fin du passage des trains de nuages, ciel tout bleu, malgré le frette automnal… aller lire sur la galerie ? Oui, oui.

Le lundi 2 septembre 2002

1-
Ouf ! Nous rentrons de « vélo-Val David ». Ouf, pas mal essoufflé l’ex- gaillard pédaleur d’antan. Je vieillis vite ? Aile, ma cadette, semble en pleine forme quand je raccroche nos bécanes au support. C’est jour de congé, nous l’avions oublié. Du monde, beaucoup de monde sur les pédaliers. De bons airs joyeux et je chante, entre « Lac Raymond » et cascades… au ralenti (il pleut p’us !) dans un vent tout doux sous un soleil qui fesse pas trop encore le matin. Étangs verdis ici et là dans la moindre baie. Au restau-terrasse du coin où nous (petit-)déjeunons toujours un bonhomme : « Suis un ami de Roussil le sculpteur exilé. Vous aussi, pas vrai ? « Je lui dis quand il m’enjoint à prendre ses coordonnées : « Ami ? B’en, peut-être, il me contactait toujours lorsu’en séjour ici mais il est venu dernièrement et n’étant plus actif en journal, il a pas signalé sa venue. Il aimait que je parle de lui dan mon canard, c’est tout ». Le monsieur Pimparé en est resté muet. Remontant en selle (de vélo), je dis à Aile : « Trop raide hen » ? Elle : « Non, tu as bien fait. La vérité c’est la vérité ».
Hier midi, je sors sur la galerie pinceaux et papier et aussi mon lot de vieilles photos. Je tente d’aquarelliser ces documents en noir et blanc. Couleurs vives. Ça change tout. Mes sœurs et moi et un « carosse » de poupée. Marielle et moi sur nos tricycles. Etc. Pas bien fort. Je fonce sur un don-quichotte pour la couverure du joirnal. Pas trop fort. Je ferme tout et file —avec le père Eco et son « Baudelino »— rejoindre Aile qui se prélasse au rivage en transat à coussin lisant le Péan au polar… « fou, fou, fou » dira-t-elle. C’est bien fini le genre « illustration réaliste », au prochain coup de pinceau, je me le promet, ce sera le style débridé. Adieu dessin précis. À jamais de vouloir juste montrer…On verra bien.
Grave erreur. « Tanguy », film loué, est un navet. Super navet. Un conte endormant. Le grand dadais en universitaire éternel qui refuse de quitter moman et popa…cela aurait pu être drôle et léger. Ça ne tient pas debout. Vite le récit glisse dans un cynisme puant. Des parents insignifiants et d’une cruauté niaise. « Perte de temps », oh oui, Aile ! Ces maudites « trois étoiles » :mensonges trop souvent !
Cher magnéto : on a vu, hier soir, le dernier « deux heures » des « Misérables ». Pas fort en fin de compte malgré les grands moyens. Le gras Gérard Depardieu ( Jean Valjean) éclipsé par le Javert de Malcovitch, lui, vraiment fameux. Et ce mélodrame cucul…Pauvre Victor Hugo ! Même tout raccourci, « écharogné », ça ne va pas. Impossible, inimaginable, guère plausible toutes ces rencontres fortuites entre les cinq ou six personnages importants, que de deus ex machina abrutissants en fin de compte. Découverte d’un Hugo pas si « républicain » que ça avec ses braves « bleus », royalistes au grand cœur ! Et ce mariage royaliste de la fin (une Cosette nonoune et un Marius qui a oublié la révolution) nous ramenait la gluante « sauce-Mia Riddez » des feuilletons soporifiques d’ici.
L’Isabelle Massé (La Presse) raconte —sans aucun commentaire bien à elle— un « beau » de Ville Mont-Royal : Alex Frigon, 21 ans qui vient de « réussir », selon lui. Il avait un bac des HEC. Affairiste, on va le voir ! Il va jouer dans un « sit-com » aux USA. Fou comme un balais et il attend sa « carte verte », permis de travail. Sa méthode relève pourtant de l’imposture. Le jeune fumiste envoyait plein de courriels pour exciter des auteurs (belle mentalité !) en se faisant passer pour un producteur. Un de ses « attrapés » lui refile le nom de son agente. Le « kioute » Frigon lui expédie une cassette-CV et clic !… la manager l’invite en « casting ». Il dit : « Mon prof de jeu (!) m’a formé, douze mois ». Le jeune fumiste ne dit plus rien sur ces écrivains qui ont cru échanger avec un producteur ! Cuicui cui, l’ « american dream » cogne et frappe ! Édifiante jeunesse, non ? La Massé a mis un grande photo et titrait : « un débrouillard » !
Selon Louise Cousineau, le réalisateur m’a trouvé si captivant —moi et des dizaines d’autres témoins en télé débutante— qu’il va prolonger ses trois émissions-anniversaire (de Rad.-Can) intitulées « La grande aventure » —qui débute ce soir— en une série moins coupaillée, les dimanches d’octobre à 15h30. Je me souviens qu’au printemps dernier, Bernard Derome m’écoutait si bien que je déballais, enthousiaste, un tas de souvenirs-anecdotes de ce « bon vieux temps ».
En Inde , à Madras, on enterre une centaine d’enfants et on les déterre aussitôt. Le temps qu’ils n’étouffent pas vraiment ! C’est une cérémonie d’ordre religieux, le « Kuzhi Maartru ». Les Hautes autorités (!) On tente de faire cesser ce bizarre cérémonial en vain. On fait d’abord jeûner ces enfants puis on les lave soigneusement et hop, aux fosses ! Ô Inde ! Ainsi un évêque de Cochin, lui, fera cracher un jeune Québécois riche, Simard, galériste à New-York, et lui dira : « Emportez ma vieille église —du 16 e siècle— chez vous, au Saguenay, à Larouche. Je vais m’en construire un toute neuve ». Les Hautes autorités (!) le savent-ils ? Au Québec, des amerloques achetaient à vil prix des trésors religieux « patrimoniaux » et c’était le silence duplessiste. Oh ancien Québec !
Cher fait-divers. En voici un coriace : Un petit boss de Vancouver-nord, David Hudak, 41 ans, se fait arrêter aux USA. Il possédait plus de 2,000 missiles (!) dans son ranch du Nouveau-Mexique ! Ces « dispositifs de destruction » viennent d’où, comment ont-ils pu passer les frontières ? Un mystère « canadian ».
L’ex-camarade, graphiste à la SRC, peintre reconnu, veut du fric. Il veut 2 millions de belles piastres, viande à chien. Moi, un tout-nu, je ne fonde rien, Deroujn, un autre tout-nu ?, a fondé « La maison des Amériques » à Val David sur sa propriété boisée. Maire, député, ministre, approuvent ce projet d’un « mini-Banf » dans le coin. Derouin déclare à Delgado (La Presse) —qui ne commente pas, rien : « Si je trouve pas le fric, je lâche tout, pas question d’une longue bataille ». On guette aussi du fric « privé ». L’artiste Derouin dit n’être « pas contre » de donner un nom commercial (McDo ou Esso, Player’s ou Shell ) à son poulain Kulturel. B’en quin ! ’Coutez donc vous autres, pas tannés, de ces grandioses « machines culturelles » qui naissent à la condition que le peuple crache des taxes et impôt ? Festivals, éditeurs, théâtres, concerts, petits et grands musées, centres Kulturels…etc.
La rue Notre-Dame dans l’est :un boulevard (à huit voix) ou une autoroute (à six voies). Ça balance encore. Ou quoi encore ? On cache tout ? Un long tunnel ? On y songe aussi. On se gratte. Brisset, architecte, consulté, déclare : « Choisir entre mourir pendu ou électrifié ou encore gazé ». On rit p’us ! Elkouri (La Presse) rencontre Harel, ministre du secteur. Jeune, Harel était conte l’autoroute. Elle a viré capot. Pourquoi ? « C’est plus le même projet. Si on examine ce boulevard (à huit voies), c’est une autoroute déguisée ». Ah bon ! Et le gens du coin ? Ils veulent plus rien, ni boulevard (à huit voies) ni autoroute ! Ça va donc mal la démocratie, pas vrai ? Non ?
Ce sera, « Candiac », le Hollywoodien-Nord ! Un type a dit :Non, Hollywod sera le « Candiac du Sud » La folie des grandeurs ! Sans aucune subvention, l’on va bâtir le plus immense studio de ciné « au monde » ! Bon, bon. Le « cheap labor » d’ici attire les amerloques. Tellement… qu’à cette « Cité du cinéma » (ex-parking d’Expo’67 ?), Diane Lemieux (ministre de la Kulture), prêtera du fric : 2 millions de notre argent, et autant viendra d’Ottawa. C’est une manne de 337 millions (pour l’an 2000), c’est des « retombées » (ce mot !) de presque 2 milliards de fric. Si notre dollar remonte, tout s’écroule. Mais…pas de danger, paraît-il. Il ne remontera pas de sitôt. Silence, ça va tourner des amériquétaineries sur un temps rare. Qui n’a pas dans sa parenté u (ou une) bonhomme qui y trouve de bonnes gages. J’ai ça. Et je suis content pour lui.
G. Tod, mon lecteur fidèle de Concord, va bondir. En Caroline du nord (où il enseigne) gros scandale ! 3,500 étudiants se feront interdire un livre. C’était une lecture obligatoire l’an dernier. Auteur : Michael Sells, titre : « Une approche du Coran… ». Mike McFarland, relationniste de l’Université, Fidèle à son recteur, James Moeser, dit : « Sujet on ne peut plus à propos depuisv;e 11 septembre, non ? » Une association chrétienne, l’American Family Center for Law and Policy (ouf !), s’insurge : « On bafoue la Constitution sur « le libre exercice de la religion », l’enseignement du Coran devient promotion de l’Islam ». La pol.mique fait rage. « C’est comme enseigner Mein Kampf » de Hitler dit un chroniqueur de la télé (Bill O’Reilly de Fox) , le Coran est la religion de nos ennemis ». Un Baptiste, F. Graham, a même appelé les musulmans à s’excuser collectivement pour la responsabilité de l’Islam dans la tragédie du 11 septembre. Mais notre Tod est peut-être un vilain mécréant ? Cette querelle carolinienne le laissera-t-il de glace ?
Mary Tyler Moore a viré la rencontre chez Lipton —« Inside Actors Studio » à Artv— en un entretien émouvant sur sa vie privée. Aile toute attentive. Et moi itou. Suicide, alcoolisme etc. était au menu. La populaire actrice était en veine de confidences. Lipton écoutait de toute ses oreilles. C’était mieux que du Claire Lamarche. C’était « toute » la vérité. C’était sa vie, son passé lointain(ses misères d’enfant mal aimé) et récent (ses déboires). Si j’y allais de cette franchise radicale, j’imagine mon Aile se transformant en « Hell » et me criant après : « Avais-tu besoin de tout déballer en public ? » Non, Aile est de « Sein Tad Aile » P.Q. et avale goulûment les révélations intimistes des « lointains » confessés. Elle est de Saint-Ad-Aile et, comme nous tous dans cette petite société tricote serré, accepte l’impudeur des autres, refuse l’impudeur d’icitte ! Un temps, elle me fit découvrir cette actrice douée, M.-T. More, plus tôt, elle m’avait connaître cette Carol Burnett —aux folichonneries quasi surréalistes— et j’ai beaucoup ri à leurs facéties télévisées, longtemps.
Seuls, les idiots ne changent pas d’idée. Je vais communiquer avec le président de la SSJB. Le camarade Jacques Godbout comme Yvan Lamonde, a raison. Pas de nom à la future Grande biblio. Son titre devrait rester ce qu’elle est : « la Bibliothèque nationale ». Point. Vrai que ce n’est pas un site. On pourra nommer le site, tout autour, Camille Laurin, pas la bibliothèque.
Mon étonnement. Publiant tout ce que je pense (de mal) sur le beau monde culturel « du livre » dans « Pour l’argent et la gloire » (Trois-Pistoles, éditeur) au printemps dernier, je m’attendais à des « lettres ouvertes » furibondes de tant de camarades en livres. Férocement égratignés. Rien. Aucune polémique. Très surpris. Est-ce la preuve que mes accusations sont fondées ? Sans doute. Ce silence de mort m’intrigue pas mal. Mes écorchés se cachent ? Peureux ? La chanson : ais-je frappé si juste, si juste, si fort, si fort, si drette, si drette ? Bof : ces planqués ricanent et continent de téter l’établissement littéraire… et « va chier le râleur ».
Avant-hier, un sbire de Gesca-Desmarais-Power, donne cinq colonnes et une large photo au député Lebel. Semer la discorde au Bloc? B’in quin ! À la fin du prestigieux « papier » : « Il n’a pas fini de semer la controverse dans le Bloc…ce monsieur Lebel. » Tel quel ! Sacré valet servile, aux ordres, à La Presse.
J’ai acheté Paris-Match pour un titre : « Matisse et Picasso, la longue querelle ». Celle du coloriste de génie (Matisse) et du dessinateur de génie, (Picasso). Hélas, une fois de plus, peu de substance. Lite des livres, lire des livres.
Vu le début de ce « Jonathan Livingston, le goéland ». Un film waltdysneyien. L’animisme cucul. L’oiseau parle, pense, s’émeut, s’énerve, bataille. Il a une âme. Du Saint-Ex délavé. Un succès mondial. Ça disait : quitte les tiens, élève-toi au dessus des autres, va voir ailleurs. La sauce étatsunienne de l’individualisme à tout crin. Puant ! Aile bin d’accord, je zappe.
Le bon poisson qui goûte pas trop le poisson (!) que ce « mahi-mahi » chez Claude des « Délices… », hier soir. Régal à deux. Soirée si douce pour un premier jour de septembre. Quoi, il y aura une canicule peut-être encore, et il y aura l’été de la Saint-martin…alors !
Petits nuages au ciel si beau bleu. Aller me replonger et dans le lac et dans Éco (« Beaudelino ») Il enseigne, il est amusant, je saute des bouts, son héros est un menteur prodigieux et il dit aussi des vérités. Ainsi, je lis sur le prépuce et le nombril de Jésus mis en reliques… et j’ai lu (bouquin sur les lieux de pèlerinage) que cela fut fait au temps des collectionneurs macabres de reliques variés. Éco joue de tout : son érudition (qui est grande) et ses inventions qui sont parfois tirés par les cheveux. Mais bon, je tourne les pages et… quand on dit cela on a tout dit. Oui, je tourne les âges…et je vais aussi nager sur le dos et je constaterai une fois de plus que le Grec avait raison, un corps plongé dans l’eau… Être léger ! C’est si bon.

Le vendredi 30 août 2002

1-
Marco et ma fille sont des chanceux : ils partent lundi pour (Je voudrais voir.., (Rivard) la mer !… « La mer, la mer toujours recommencée » (Paul Valéry). Il s’en vont vers : « L’éternité, c’est la mer en allée au soleil (Rimbaud). Moi, je regarde mon petit lac.
Pas « demain samedi » ? Le temps… Ah ! La ferme ! On le sait, tout le monde, que le tempus fugit effrayant ! Ciel archi, très archi, lumineux aujourd’hui. En somme un mois d’août parfait. Ce matin, devoir remonter en laurentie après avoir réussi le screnn test (le Marleau, oiseau-moqueur, m’écrit : « scinetesse »). Tantôt, lu le message du chef Stéphane T. de cette neuve série du matin à Radio-Canada, titrée : « Tous les matins », fort stimulant courriel : : « Toute l’équipe emballée, vous recevrez votre contrat sous peu pour jiusqu’au mois de mai ». Ça fait plaisir.
Hier après-midi donc premier contact au studio 45 de la SRC avec le couple-animateur : Paul Houde et Dominique Bertrand (« la belle et… la bête sarcastique que l’on connaît), pas de maquillage, rien. Je plonge Ad lib et ça colle. Je raconte « grand-père rajeunissant » (de 1985 à 1995) au contact des petits enfants. Fort sympas, deux types, le gardien du parking-Papineau et le surveillant du bureau d’accueil, les deux : « Ça va marcher cette audition. Ayez confiance. Vous avez tant d’expérience ». Chaud au cœur !
Ensuite, j’ai filé vers « Ville-Marie-Typo » , rue La Gauchetière (pas loin du bâtiment « Chiffon-J » vitré) l’éditeur de mon projet « Petite patrie illustrée ». Dans le hall :tas de portraits d’auteurs morts. Funèbre galerie ! Godin, Ferron, Miron, Pierre Perrault, etc. Suis pas encore affiché ! J’ai protesté, moi, un pilier de la maison, aucun portrait ?, injustice etc. Colère feinte bien entendu. On a ri.
J.-Y. Soucy, camarade-auteur, l’adjoint du patron Graveline, m’entraîne vite dans un sale cagibi car… il fume lui aussi. Se cacher comme des lépreux. Grrr… Soucy me dit de ne pas m’en faire avec mes formats variés d’aquarelles, que tout se « scanne ». Bien. Fin septembre :rendez-vous donc avec mon gros paquet de « torchons » illuminés ! Je dis : « Toi et ton équipe, ton graphiste surtout, déciderez d’un choix, je serais mauvais juge ». Il veut bien jouer le juré de mes pontes de barbouilleur frénétique de ces temps de jadis. Je questionne Soucy sur son manuscrit en cours : « Ah, parle m’en pas, je comptais sur des vacances et je n’ai pu prendre que quatre jours deux fois ». Je dis : « As tu hâte d’être vieux et libre comme moi » ? Il a encore ri. Et m’a offert un des livres Sogides sur…les cimetières en montérégie ! Eh b,en, il sent ma mort ? Il va frapper un nœud, je pète de vivacité..
2-
Hier, Aile revenue de chez sa coiffeuse « espagnole » et de courses diverses me suggère la bouffe à notre familière « Moulerie », rue Bernard. Moules à la sauce « india », épicée. Risque ? Non : le sommeil est venu facilement après avoir écouté, ravis, l’acteur Rochefort questionné par Rapp aux « Feux de la rampe » à Artv. Le bonhomme est bien bavard et fort captivant. On sait que bientôt il y aura même genre d’émissions avec les talents d’ici. C’est bien correct. La semaine dernière, avec Anouk Aimée, c’était pas trop fort. Évidemment, il y a des personnalités moins attrayantes, moins riches, moins habiles à baratiner sur leur carrière. Dehors, le trou est fait, on a installé le coffrage pour le solage du bloc à huit étages qui va venir. Bruits effrayants dans l’air du Chemin Bates.
À la Moulerie, voisine de table, une fillette de trois ans, rigolote, enjouée, se fait séduire… par moi. À la fin elle me chante une chanson, me fait des pirouettes et des grimaces, ricane, mime. Adorable petit boit de chou bien dans sa peau. J’aime les enfants. Voilà sa maman qui me dit :
« Comme j’ai aimé votre « petite patrie » à la télé. C’était si serein, si doux. J’avais dix ans ». Le « ouaiter » s’en mêle : « Moi, j’ai enregistré toutes les émissions qui passaient en rafale tous les jours, il y a quelques étés. J’ai tous les rubans ». Un autre garçon de table nous parle intelligemment de télé et de cinéma, il est fou de David Lynch. Grr…Alors Aile en jase avec lui. Décidément, les ouaiters d’aujourd’hui ne ressemblent pas du tout à ceux de ma jeunesse. Souvent, on y croise des types cultivés, intéressants en diable. C’est formidable. Andrée Lachapelle « et les siens » passent devant La Moulerie, ils reviennent du « Bilboquet », le célèbre glacier pas loin. J’ai dit adieu à sa belle grasse crème, hélas. Maudit mauvais cholesto !
3-
Pu’ capab’… Vraiment pu’ capab’ …d’ entendre ces « Ici Michel Morin pour Radio-Canada », il me donne l’urticaire. Voix de faux fausset, ignorant la loi naturelle des accents toniques, appuyant donc lourdement sur la première syllabe des mots, comme pour l’anglais (et l’allemand me dit-on). Il n’y a eu personne donc pour le faire se corriger ? Ce déplacement des accents toniques (premier cours de diction partout jadis) est fréquent chez des jeunes. Influence américaine ? À part exceptions, on doit appuyer sur la deuxième syllabe des mots en français, cela fait la douceur (reconnu par un Julien Green entre autres) de notre langue. Horreur d’écouter cet oiseau criard, Michel Morin.
Reçu « L’Actualité ». Deux articles étonnants. Le premier : l’ex-révolté, ami du Che, Régis Debray a mis dans son rapport officiel sur les nouvelles orientations des écoles en France qu’il faut de toute urgence un retour du religieux. Ah ! Bravo ! Pas « l’enseignement-enrégimentation » bien connu jadis au Québec. Non. Il affirme que pour une « meilleur civilisation », les écoliers français devraient apprendre Dieu. Yaveh et Mahomet aussi. Debray explique : « Le monothéisme, c’est notre patrimoine culturel commun ». Des jeunes, dit-il, visitent la splendide cathédrale de Chartre et ne comprennent absolument rien aux sculptures et aux vitraux du site. C’est grave. Il a mille fois raison. Héritage non assumé, bafoué par un anticléricalisme niais, né de 1789. Il a bien raison.
Le deuxième article, pas moins étonnant, avance que la prière (comme la réflexion, la méditation) servent fort utilement aux guérisons des malades. Je l’ai toujours cru. Des études se firent et continuent de se faire, partout en Occident —même à Harvard !— et plusieurs enquêtes prouvent le fait. Les petits Barils –à-droits-de-l’homme (et tonneaux creux) vont chialer, hein ?
4-
Miche Vastel, même numéro de « L’Actualité », cogne, frappe, dénonce le « Bunker » télévisé à venir de Luc Dionne. Écho à une Pauline Marois scandalisée elle aussi de voir que l’auteur salit tout les politiciens de façon manichéiste. Pas de noir et blanc. Toit noir. Mais je me méfie un peu des Vastel. Ce dernier admettait un jour fréquenter les hommes politiques. Manger avec eux, trinquer volontiers et souvent. Les De Virieux et Pierre Pascault, un temps, osèrent fustiger ces journalistes qui fréquentent en gentils « copain-copain », les cafés des parlements.
Tout le temps que je fus critique d’art, jamais je ne suis allé boire ou manger avec les artistes du monde des beaux-arts. Jamais. Pas une verre, pas même un hamburger ! Il y a eu des tentatives de fréquentation. Je m’y opposais aussitôt. Je repoussais ces invites incestueuses.. Je représentais le public, mes lecteurs. Point. Je refusais toute complicité, toute intimité. Je refusais farouchement ce dangereux copinage. À se faire « ami-ami » avec eux, j’aurais pu perdre de mon impartialité. Je ne dis pas « objectivité » puisque cela n’existe pas. Les Vastel, les bons « chums » des politiciens, —c’est humain— se font influencer et durablement. Ces « attachés » des bars parlementaires ne sont pas à mes yeux des témoins crédibles.
Ce Luc Dionne, un temps —avant ses récits sur la maffia (« Omerta ») et puis les motards criminels— fut un simple relationniste (publiciste) d’un député québécois. On dit de lui : « Déception, il se venge, c’est un ambitieux amer qui est rancunier ». Dionne se défendait hier : « C’est de la caricature, du divertissement, faut un peu d’humour madame Marois, monsieur Vastel ». On verra cela bientôt. Radio-Canada tremble, c’est évident : s’il fallait que le public en bloc se dresse contre cette…caricature ?
Je dis : s’il fallait que la caricature —tous des pourris, des manipulés, des fats bien sots ou des innocents bien cons— soit plausible, pire, soit véritable et vérifiable ? Oui, on verra bien.
Un commentateur populaire, ex-député libéral, virant-capot Bloc, se nomme Lapierre. On vient d’ apprendre que ce Lapierre (CKAC, TQS) organise des fins soupers aux homards avec ceux qu’il doit critiquer, commenter en ondes diverses. Écœurant procédé. Il n’a plus de crédibilité. Ses patrons (CKAC et TQS) sont-ils fiers et contents de lui? Voilà une misérable manière de faire son métier. Ces Lapierre-là font grossir l’idée de tous les Dionne; « Politiciens et journalistes ? Tous « copains comme cochons ». Avec pour la galerie des candides — la table desservie, cognac bu— des airs de se critiquer ».
Bref, un journalisme de pacotille. La Fédération des journalistes devrait hausser considérablement le ton. Un Lapierre est la honte du métier, et, devrait déclarer bien publiquement que les propos en ondes de ce Lapierre (à CKAC, à TQS) c’est du bidon. Qu’il est un bouffon. Un clown.
5-
Si j’écrivais : « Le critique Robert Lévesque fait peur quand je le vois boitillant rue Bernard, il est répugnant avec sa face de gorille bien pileux, son rond dos de Quasimodo, sa démarche oblique de « monsieur Jeckill », ses jambes courtes et croches, ses rictus de satrape, sa voix caverneuse d’obsédé… » On me dirait :ouow ! Pas d’attaque ad hominen SVP. Eh bien , lisez sa chronique hebdomadaire —bien écrite, il a du talent— dans le dernier « Ici ». Ryan, en short, rue Bernard, y est assommé net, l’ex-chanteuse Chantal Renaud s’y est éventrée, son compagnon, le Premier ministre Bernard Landry est décrit comme un « petit gros boy-scout » poussif ridicule.
Le physique seulement ! Dans quel étonnant désarroi le « vandaliseur » congédié du « Devoir » plonge-t-il ? Il a une écriture si forte, pourquoi ne pas l’utiliser à meilleur escient ? Mystère !
Tiens, à propos : café-terrasse du coin Hutcheson et Bernard —table du coin sud-ouest— il trône toujours, je l’ai vu encore hier. Il lit. Il note. C’est un Sartre posé en observateur, offert à tous les regards. Qui ça ? C’est le Courtemanche (Gilles) qui semble y tenir bureau ouvert mais seul avec lui-même. Et je ne dirai rien de son visage légèrement crispé daignant jeter des regards flous sur la piscine des anonymes piétons tout autour.
6-
J’oubliais : c’est Philippe Azoulay—aussi président d’un festival du film au Maroc ?— qui est le réalisateur des « Feux de la rampe ». Aile a bien raison : on doit nommer les réalisateurs. Je le fais tant que je peux. L’invité est installé trop loin du public en salle. Erreur. Chez Lipton, à New-York, il y a un jeu chaleureux entre la salle et la scène. Regrettable scénographie à Paris. Ici, on fera mieux j’espère.
Aile a achevé une biographie de Jacqueline Bouvier-Kennedy. C’est bon ? « Non, me dit-elle, c’est de l’hagiographie. Perds pas ton temps ». Elle y a glané ceci : l’expression « paparazzi » viendrait d’un photographe fouineur excessif, italien, un certain monsieur Paparozzo, de là, ce pluriel paparazzi. Lisant son gros bouquin, Aile me disait son étonnement face aux multiples drames dans la famille de l’armateur grec, deuxième époux de Jackie. J’avais lu une bio de ce Onassis et en effet c’est vraiment un drame antique à la sauce grecque. C’est inimaginable en nos temps modernes cette terrible guigne. J’avais même songé à en faire un scénario d’une tragique tonus avec chœurs, silhouettes d’épouvante. Autre projet abandonné.
7-
Important. Qui saurait comment contacter une ou deux personnes-clés ? Chez Bureau-au-beau-bureau —après le Hétu de La Presse— on a fait écho cette semaine à ce galériste (il est-co-proprio) new-Yorkais collectionneur d’art (il a 50 Villeneuve le barbier), Claude Simard. Ce jeune millionnaire de 45 ans né à Larouche au Saguenay a pu acheter des antiquités variées en Inde. L’évêque du lieu (Cochin) voulait démolir son antique église (16 ième siècle !) dans l’état du Kerala. Un fou en soutane ? Simard est en train (un cargo s’approcherait du Saguenay ) d’installer de ce patrimoine —des monuments divers— dans son petit village. Le maire de Larouche, Réjean Lévesque, est tout fier du fait (un innocent ?).
Au Ministère du Tourisme —que j’ai contacté— on m’a répondu tout ignorer. Les fieffés paresseux ! Je m’inquiétais : si, une fois, l’étrange foire installée, l’Inde ordonne au gouvernement du Québec de retourner tout ça en Inde et vite ? Qui va payer, nous tous, les contribuables ?
Sorte de dysneyland à la sauce indoue ? Je n’en reviens pas. Le 10 mai, mystérieusement, André Pratte (à La Presse ) avait refusé de publier ma lettre ouverte d’étonnement. Radio-Canada, et son Bureau, envoyé en tête à tête avec Claude Simard n’a pas posé la question préalable. « Est-ce vraiment permis ? Autorisé ?»
Est-ce que monsieur l’Ambassadeur de l’Inde —à Ottawa— est au courant de ce sinistre …vandalisme ? Est-ce que le consul de l’Inde —à Montréal— est au courant ? Est-ce qu’il y a d’autres trésors du 16 ième siècle à déménager librement en ce pays, l’Inde ? Leur patrimoine est-il à vendre ? Que dirait-on à Ottawa ou à Québec si un richard de Bombay achetait, démolissait, une de nos vieilles églises de village —du 17 ième siècle— pour la transporter et l’exposer à jamais en Inde ? N’y aurait-il pas tollé et un grave scandale ?
Un lecteur ici, journaliste ou non —moins stupide que tous ces Bureau— sait-il comment contacter l’ambassadeur ou le consul ? Qu’il le fasse, je l’en prie. Il y aura là une fameuse nouvelle si la réaction était négative, non ?
8-
Ne pas oublier de dire la force terrifiante de ce « Appelez-moi Stéphane » de Meunier et Saïa à Artv. Tous les comédiens étaient fameux de vérité pesante. Quelle illustration affligeante de nos petites gens désirant se hausser un peu, apprendre et qui se retrouvent les mains vides, exploités par un rastaquouère, acteur de dixième ordre. Je m’ennuie des télé-théâtres de cette sorte. Une rareté à la télé désormais.
Ah, mes chers faits divers révélateurs ! Si instructifs. Meunier et Saïa en ferait un fameux drame. Madame Louise Landry, ayant un mari dominicain, San Domingo, installe un hôtel (le « Windsor ») en République. Deux millions ! Pas des pinottes hein ? La maladie frappe l’époux. La frappe aussi. Hospitalisation là-bas. Elle n’aurait pas payer (150,000$ !) les frais médicaux. Riche pas riche, ruinée pas ruinée…ce sera la prison ! Une misère sordide. La panique. L’argent à verser aux gardiens. La pourriture connue. La belle-famille la retiendrait…en otage, dit la gazette. Ah ? Divorcée ? Elle finit par se sauver. Avion et retour ici. Avocats se débattant.
Morale :je sais pas. Ne pas épouser le « bel étranger » trop vite ? Ne pas bâtir un hôtel n’importe où ? À suivre…Aile et moi avons pu voir la misère noire, extrême, à Porto-Plata et …ce quartier de riches bonshommes, enclave, clôtures et jolies grilles ! Oh la la ! Pauvre République dominicaine qui se fait raconter sa longue dictature par Llosa ces temps-ci, lire « La fête du bouc »… « Les intouchables » sur le coteaux de Porto Plata dont se moquait le conducteur de notre bus, il y a deux ans, vivent-ils sur un futur volcan ?
J’ai trop vite blâmé Llosa pour son : « Pas de dictature sans la complicité du populo ». Je ne sais plus. Dans ce « Thomas Mann et les siens », sa fille gueule soudain voyant papa Thomas (Mann) prêt à revenir en Allemagne et y recevoir (en 1950) prix, médailles, rubans, honneurs. « Faut pas y retourner. Tout ce peuple, ton cher peuple, les gens de toute ta chère Bavière, de ton cher Munich, appuyaient le nazisme, le louaient, papa, le permettaient. T’ont fait t’exiler 15 ans, papa. Refuse de rentrer ! »
Oui. J’y pense. Complicité d’un peuple ? En effet, si en Allemagne, à Berlin, en 1933 et avant, tous les intellectuels, les professeurs, les journalistes, etc, s’étaient dressés, étaient descendus dans les rues pour dire « non » à ce Hitler et ce parti fasciste ? Responsabilité collective. Sujet de ma méditation chaque fois que je lis un livre, que je vois un film sur les horreurs du pouvoir nazi.
9-
Vu l’acteur Andrea Garcia chez le père Lipton. Entretien fameux. Sosie de Pacino jeune. Il joua brillamment le fils bâtard du « Parrain 3 ». On ne manquera jamais cette série télé maintenant. « Accrocs » tous les deux !
Vu récemment, Dick Bogart en pédé non assumé dans « Mort à Venise » (de Mann); ainsi avoir pu revoir un film étonnant, le grand plaisir. Thomas Mann, montré dans sa biographie, à Venise, sur la plage, zieutant un jeune éphèbe : amalgame qui s imposait puisque le triptyque télévisé insinuait, et plutôt clairement, que Mann était, en fait, ce personnage de pédé inventé pas si inconsciemment que ça. On voyait Mann brûler ses pages de journal intime … Je me disais, Aile aussi, pourquoi diable tenir un journal secret, parallèlement à l’autre ? Écrits qu’on voudra, honteux, faire disparaître plus tard ? Julien Green lui aussi révèle dans son journal (donc expurgé) qu’il incendie des tas de pages de son journal très intime. Mystère à nos yeux.
Aile observe le fastueux et prétentieux décor du « Téléjournal » de la SRC dit sobrement : « un fouillis ». C’est cela.
Aile ayant vu un film loué insignifiant dit sobrement, montant se coucher : « Perte de temps ». C’est cela, exactement. J’aime ses sentences brèves.
Les deux tiers des appuis à John Charest (sondage récent), donc 66 %, sont des anglophones. Aïe ! Deux tiers de son vote québécois ! J’en serais assommé. Lui ? Pas un mot de pipé là-dessus. Même sondage, l’ADQ du jeune Dumont a le vent dans les voiles. Là-dessus, n’étant pas candidat politique, je peux me permettre de parler franc et vrai : « Nation nigaude » va ! Les mots du poète Baudelaire qui, lui aussi, ne se présentait à nulle élection.
10-
Revu « Le limier » avec Olivier et Michael Caine. Bon suspense. Tordu à souhait. Un polar qui fit florès longtemps, partout, ici aussi, chez Duceppe et brillamment. Un vieux raciste snob et infantile dans son salon face à un coiffeur italien ambitieux (amant de sa jeune femme) complotent un faux vol…l’intrigue reste invraisemblable ( les déguisements) mais c’est si bien arrangé qu’on veut s’embarquer ….comme des enfants montent dans la Grande roue.
Terminant le journal de Mauriac (une année), je relis comme chez Green :Dieu, Dieu, Dieu… Surtout Jésus chez Green. Peu à apprendre sur sa vie réelle et ses contingences (chez Mauriac). Beaucoup à réfléchir. Car Dieu, l’amour du prochain, le sens à donner à sa vie, sont des thèmes qui importent. Je regrette seulement de ne pas avoir pu regarder vivre, humainement, oserais-je dire, ces auteurs que j’ai tant aimé jeune.
Le film de madame Manon Briand avec son titre à la mode (prétentieuse ) « La turbulence des fluides » s’est attiré beaucoup de bémols chez les critiques. Scénario confus. Des chroniqueurs en profitent pour fesser sur les instances clandestines des subventionneurs (chez Téléfilm) où l’on fait ré-écrire 10 fois le scénario. Résultat : confusion ! Trop de cuisiniers dans ces cuisines bizarres. Certains trouvent ainsi des excuses à la cinéaste pour la confusion des genres dans les …Turbulences. Là comme ailleurs, ces experts anonymes sont souvent de faux « pairs » , des lecteurs plus ou moins ratés. Les bons, les vrais, n’ont pas de temps à perdre à tenter d’intimider de jeunes (ou moins jeunes) scénaristes. Misère !
Aile voit mieux que moi ? Sur la piste cyclable, elle me parle de jolis canards, en aval de Val Morin, au delà des cascades formidables, sur la Nord. Moi, je les vois pas !J’enrage chaque fois au café du coin, à Val David.
Ayant vu une partie du film sur le dérangé mental dit Moïse Thériault, j’ai songé à « Aurore l’enfant martyr » des sous-sols d’église. Même sordide et facile mélo. Mais c’était vrai. Et les victimes ne sont pas des enfants….quoique…Besoin de se taire parfois…par pitié. Ces filles si connes, si niaises…Bon, oui, silence. À quand un documentaire sur ces pauvresses : d’où sortaient-elles ? Qui les a si mal élevé ? Complicité tacite encor ? Bouclons la boucle. Comme pour le peuple allemand qui applaudissait majoritairement le fascisme naissant, les bafoués volontaires du dictateur Trujillo (et Balaguer son âme damnée, son suiveur) )en « domicanie » ? Eh ! eh ! eh !
Reste qu’avec ce « Moïse », l’Ontario semble s’être empressé de faire un film sur ce maudit québécois dépravé, pourri, qui alla salir la belle campagne ontarienne. Empressement de bien montrer de quelle sorte de bois fou se chauffe parfois ces misérables « séparatisses », les Québécois. Voyez de quoi ils sont capables ! Ces « maîtres-du-chantage », disait l’Elliott-Trudeau. Non mais…Minute, minute ! Je m’emballe, là, le patriote. Allons, allons, du calme. Parano des fois, oui ? Reste que le français du doublage de tout ce monde donnait une impression de fausseté inégalée depuis longtemps.
Pu’ capab’…la jolie Michaëlle Jean. Plus parisienne d’accent que jamais encore cette semaine. En 2002, même Marie-Chantal, avenue Kléber ou parc Manseau, ne s’exprime plus comme ça ! Jeune, a-t-elle fréquenté Villa Maria, ou ce chic couvent-à-ghetto , « Marie-France », de biais avec l’Oratoire ?
Étonnant tout de même : même laps de temps. On voyait dans Vertigo la mort, le clocher, les religieux en cagoule et, en même tempos, pas télévisée, la mort par ici aussi, non-fiction totale, la pauvre jeune Émilie dDurand, suicide, la mort, le clocher (à Baie Saint-Paul), religieuses en cagoules dans Charlevoix ce jour-là de « vertige ». « Vertigo » en faux et en vrai et en 48 heures. ? On m’a dit qu’il a fallu aller rassurer (consoler aussi) ces religieuses qui avait déverrouillé leur église pour la jeune comédienne désespérée. Miserere !
« C’est show », à Paris, via Canal TV-5. Défilé d’un monde fou. Décoverte que cet animateur (Pastrick Sébastien) que je détestais est très capable d’imiter…tout le monde; Lama, Bécaud, Brassens, Gainsbourg, etc. Qu’il l’a fait fort bien pour son spectacle (show ?) de fin de juin. Il m’a épaté pas mal. Ne pas juger trop vite le père Jasminovitch !
Vu un bon suspense. Aile a loué « Crime et pouvoir » de Carl Franklin, d’après un roman de Joseph Filder. Histoire terrifiante, anti-militarisme qui vire de bord. Une histoire bien tournée. Un récit filmique bien fait, à l’intrigue tarabiscoté, mais du divertissement de bon aloi. Et le comédien Freeman reste toujours le Noir le plus sympathique aux USA ! Non ?
J’oubliais, c’est le frère de Thomas Man, Heinrich, auteur lui aussi, qui rédigea le fameux « L’ange bleu» qui tourna en film-USA, qui fut jouée par la célèbre Marlene Dietrich. Ce « grand frère » était communiste avant Hitler et finira sa vie (comme le dramaturge Berthold Brecht) dans Berlin est, salué par ses amis « rouges ».
Aile toute contente a déniché St-Sauveur, ce midi, un barbaqueue neuf, exactement comme l’ancien Sterling. Il fonctionne. Déjà. Je vais bouffer de mes chers calmars grillés avec pâtes, Yam, yam. Je descend avaler cela. J’ai mis le vieux au trottoir avec une pancarte « « À prendre » Il s’est, vite fait, prendre.

Le mardi 27 août 2002

1-
Je n’en pouvais plus. Tant de jours sans journaliser. Il a fait si beau. Ce matin, même lumière avec un grand vent —froid— du nord. Mon « flag » me le montre. Ainsi diariser m’est agréable, c’est clair. Je sors des trois vieux volumes de journal, cadeau de Manon A. Je n’en reviens pas. Tant Mauriac que Julien Green, c’est le questionnement spirituel continu. C’est impressionnant certes. Du vrai journal ? Non. Mauriac ne date même pas ses entrées ! Il en résulte un tas de réflexions graves, avec des trouvailles riches, des moments « métaphysiques » bien trouvés. Mais on ne sais rien
De concret sur leurs existences disons « terre à terre ». Ils flottent dans une quête acharnée —un peu répétitive parfois— pour le salut de l’âme. Je ne m’en moque pas du tout. Les deux bons écrivains semblent vivre en dehors des réalités, des « contingences » pour prendre le mot de Sartre. Ils font réfléchir croyants et incroyants. Il y a comme en leitmotiv la mort et le chemin ardu pour la sanctification.
Je pourrais transcrire des lots de passages édifiants, mieux que cela, essentiels. Mais mon journal ne doit pas servir à citer longuement les autres.
Ces lectures me fortifiaient. Et m’agaçaient ici et là. Cette « hauteur de vue » n’a plus rien à voir ave un journal, il me semble. Pourquoi ne pas oublier des essais alors ? Mystère. Les trois livres sont très salis de centaines de mes notes. J’y reviendrai sans doute, ici-même.
2-
Hier matin, coup de fil de Stéphane Tremblay : on me veut comme chroniqueur à une nouvelle émission de télé. « Tous les matins ». J’y serais une fois par semaine. Comme quoi ? Comme « ancien » ? Comme sage sénateur ? Comme un papi ? Pas trop clair. Bon cachet et j’ai dit « oui ». Jeudi après-midi, devoir aller à un premier contact —« screen test » écrit T.— à Radio-Canada. Hâte.
Tantôt : message du Marleau ironique si amusant. Il m’a fait grand plaisir en me disant qu’il avait acheté une cassette de mon « Pleure pas Germaine », version belge. 5,95$ Il lit le journal :qu’il sache que j’irais boire volontiers un café fort avec lui s’il vient dans mes parages laurentiens comme il le souhaite. Au Van Houtte de Val David, avec nos vélos ? Il en est un adepte de la « petite reine ». Marleau s’amuse de sa trouvaille : moi en aquarelleur, mer titre-t-il, contraction avec « querelleur ». J’ai ri.
Il y a aussi mon G.Tod de Concord. Il revient, hélas, sur sa querelle avortée avec ce « Festival de la poésie universelle » à Trois-Rivières (ouf !). Ne sait-il pas que c’est un non-événement ? Perte de temps, sa colère ? Mais il a raison de mijoter un pamphlet sur le parasitisme-artistes-subventionnés —collier du chien de Lafontaine !— par l’État. Il tient à me re-redire qu’il n’est pas toujours à l’unisson avec mes déclarations. Pis ? Non mais… L’unanimité m’importe peu et depuis longtemps. Ce jeune homme, imprécateur imprévisible, « afficheur qui hurle » (Chamberland), aussi pondeur de b.d. prof aux USA, sa patrie, reste quoi ? Un dissident. De tout ? Sais pas. J’aime les dissidents, mes frères.
Actualités du jour : la télé-TVA veut avaler la radio-CKAC et affiliés. Pas une nouvelle. C’est la mode convergence un peu monopolisante et un peu beaucoup en vue de contrôle des annonceurs. Ces « clients » pourraient payer cher pour devoir s’enrégimenter avec un vaste réseau « journaux-télés-radios » avec un seul et même proprio qui dira : Jean-Coutu, Wall-mart, St-Hubert BBQ, branchez-vous, vous venez dans notre immense « parc à pubs » sinon…
3-
Ma fille et mon Marcogendre s’en vont, quatre jours, louer un gîte à Ogunquit. Mi-prix après la fête du Travail. Les chanceux. Je veux revoir la mer ? Quand ? Avec mon « oui » à Radio-Canada-matins…hum ! Pogné ? Contaminé par Aile —heureuse chômeuse volontaire— j’ai hésité avant de dire ce « oui ». S. Tremblay, le chef-recherchiste, en témoignerait. .
Le ministre Simard, un docteur en lettres, doit améliorer le système public mais il enverra ses enfants au « privé ». Ça gronde en médias. Contradiction ? J’aide —en subventionnant— ce système : Mont St-Louis, Regina Asumpta… etc. Là où étudient mes petits-fils. Décision —que je n’avais pas à discuter— de mes enfants. Sauf pour Simon Jasmin qui fut accepté en « douance » (!) à Sophie-Barat. Que rétorquera le Ministre ? À suivre !
Hier soir, télé : autre épisode des « Misérables » de Toto (Juliette, sa maîtresse, le nommait ainsi, comme Aile avec ses Cloclo !). Malcovitch y est fascinant en policier Javert qui, obsédé, « voit dans sa soupe » l’ex-bagnard Jean Valjean joué par Depardieu-la-bedaine. Du mélo étonnant du père Hugo. Paris est tout petit car les protagonistes se croisent sans cesse ! Invraisemblances qui dérangent pas trop quand les rebondissements pleuvent. La télé tasse le long roman ! Ça revole ! Une grosse machine visuelle ($) captivante.
Vu aussi une bio du canal D —c’était son tour— avec un Guy Fournier d’une candeur déconcertante qui se peint —involontairement— parfois en « sale con ». Nous apprenons, médusés, que sa mère était une sorte de déséquilibrée et, plus grave, qu’il se vengeait, vieux libidineux empêché, d’une toute jeune actrice qu’il…convoitait, en lui fabriquant un rôle de très méchante guidoune ! Aveu renversant. Franchise exagérée ? Fournier, fécond créateur, n’a donc pas de boussole ? Tient-il de cette mère si peu pédagogique ? Une longue séquence de télé montre Fournier au bain fruité avec sa compagne de l’époque (Deschatelets) et ça vire au burlesque d’un grotesque rare. Non, pas de boussole !
4-
Vu la deuxième partie —avant-dernière ce soir— de « Thomas Mann et les siens ». Ce triptyque fort bien filmé nous raconte, non pas le grand écrivain allemand exilé sous le nazisme et ses œuvres mais « sa vie privée ». Rien pour nous familiariser avec ses talents d’auteur. Un voyeurisme atroce. Épouse aveugle et muette, homosexualité larvée et non assumée du « grand homme » nobélisé en 1929, romancier « enfermé », froid, frustré —il aime les jeunes garçons comme dans son « Mort à Venise »— distant, hautain. Écrivain dur et trouble à la fois, bien joué par l’acteur fameux qui incarnait le héros de « La liste de… » de Spielberg). Un grand frère communisant, auteur lui aussi, accroché à une jeune danseuse « taxi-girl ». Klaus, son fils incestueux et inverti drogué, Érica, sa fille, lesbienne pas moins à la dérive. L’avant-guerre aux mœurs à la « Cabaret », le film culte. Un petit caporal fasciste, l’Autrichien Adolf Hitler va y mettre bon ordre, n’est-ce pas ? 1933 : le pouvoir aux nazis et l’exil des Mann.
Cette bizarre entreprise —« voyez, vastes publics du monde entier, Mann, le fameux Prix Nobel, fut indifférent à la noyade familiale »—donne le frisson. On y a mis, avec talent, des tas de vrais documents (d’époque) et l’ensemble en devient une sorte de fascinant documentaire. On reste rivé à son fauteuil. On a pourtant honte d’être transformé en voyeur dans les trous des serrures de ces riches. On ne voit jamais, pas une seconde, le peuple allemand. Le populo. Les gens ordinaires. La misère horrible dans cette Allemagne ruinée (après 1918) pour la majorité. Les caméras restent braqués sur ces bourgeois. Manoir, jardins, bagnoles de luxe, etc.
Au lit, je dis à Aile : « Dans « Les jardins des Finzi-Conti » je fus très bouleversé. Pourquoi suis-je resté froid face à ces « malheurs de riches » ? Aile : « Les Mann s’échappent (en Suisse puis aux USA). Les juifs italiens, les Finzi-Conti, s’en allèrent, eux, aux camps de la mort ». Vrai. Très hâte de voir la fin de « Mann et les siens » ce soir à ARTV.
5-
Ma joie ce matin :voir deux hommes « de couleur » en « grey flannel suit » à la une ! Impensable jadis. L’un vient de l’Inde, l’autre est d’Afrique du sud. Ils président le « Sommet de la terre » qui s’ouvre à Johannesburg. Thabo Mbeki et Niti Ndisan, c’est la revanche des « esclaves », des « colonisés ». Ils représentent plus d’un milliard d’humains. De deux continents bafoués si longtemps. Joie, oui !
Guy Bouthillier, président de la SSJB, me contacte pour mon appui : donner le nom de Camille Laurin à la future « Grande biblio » de Montréal. Je le lui donne volontiers et l’aide à dénicher d’autre appuis d’écrivains car l’Union des écrivains serait « contre », voudrait un nom d’écrivain : Anne Hébert (inconnue hélas du grand public), Gabrielle Roy (l’exilée du Manitoba détestant la cause indépendantiste, Gaston Miron, le poète animateur d’un seul receuil. Sans sa courageuse « Chartre de la langue française », sans Laurin, nous serions moins écrivain en fin de compte. Son coup de barre audacieux —René Lévesque hésitait, craignait— historique, nous rendait la « fierté d’être québécois français ». Mais… une lettre ouverte de ce matin recommandait de dire : « La grande bibliothèque », tout simplement et je crois qu’il a raison.
« Je me regarde jamais la télé » ! Encore ça ? De ce Richard Chartier (La presse) qui déclarait « nul » un comédien de la tempe de Robert de Niro ! Qu’il est donc coco. La télé offre des heures (rares certes) inoubliables. Il s’agit de lire les télé horaires, Trop fatiguant, pauvre nono ?
Mon fils Daniel, ex-prof démissionnaire, avait donc raison ? Je l’avais jugé bien impatient dans le temps. Ce matin encore (Marie Allard de La Presse) un témoignage fortement accablant de profs vite écœurés de l’enseignement comme il le fut. « Grosse vache »…fillette enceintes effrontées, jeunes dealers de dope, Marie-Êve, 25 ans, a vite quitté l’école Père-Marquette. On ne sait plus trop quoi faire. On parle d’un prime ($) pour garder ces profs éprouvés. Misère humaine !
6-
Mon fascisme ordinaire : quand je lis tant de drames dans des familles en décomposition aux jeunes enfants innocents écrabouillés : « interdiction de se reproduire » si on n’a pas un certain « quotient intellectuel ». Hon ! Oui, j’ai honte. Mais… Tant de filles et garçons ignares, perdus, incapables en tout, qui pondent des rejetons —« cé not’ seul’ richesse hein »— pour les élever comme (pire) chiens et cochons… Oui, stérilisation. Interdiction d’enfanter ! Oui, mon fascisme ordinaire. Quand il m’apparaît, je tente de lui clouer la gueule mais… Julien Green, inquiet de trop en dire parfois dans son journal : « Tenter, malgré ma réticence, de dire la vérité, la mienne, sans cesse. » C’est ça qu’il faut faire mon Julien. Bravo !
Vu aussi à la chaîne Historia, hier, début de la série sur nos ascendants. Hier, un Marsolet. Un « truchement », voulant dire un voyageur en forêt, apprenant la langue huronne, organisant le troc pour les prudents marchands restés au village naissant. Il y eut la « morue pour tous » —avant même Cartier. Il y aura désormais les fourrures. Échanges pour du fer et du cuivre (haches, chaudrons, couteaux etc.), du verre ( pauvres bijoux recherchés, miroirs), de la lingerie (aux couleurs si vives). Ces « coureurs des bois » fornicateurs libres avec les sauvagesses, seront condamnés par les Jésuites qui s’en viennent —avec une autre sorte de troc. Ils vont fustiger ces jeunes « intégrés » trop libertins !
Bon récit avec utiles commentaires (historiens et alliés) sauf ces damnées « reconstitutions ». Du bidon d’amateur ! Des séances d’école. Et ces putains de pubs incessantes. Et un peu de « tétage » (lècheculisme) sur « les tous bons et tous braves » amérindiens. Même lècheculisme dans les pubs télévisées du 25 e anniversaire de la « Chartre-Loi- 101 » avec gros quota gonflé—artificiel— d’ethniques. Nous sommes 83 % de la population. Huit sur dix quoi. Or, on montre, bien téteux, 50-50 en ethnies colorés dans ces images. Mensonge vain. Fausser les faits par une complaisance niaise et futile.
7-
J’oubliais : les fils de G. Fournier parlaient du « cliquetis » perpétuel du père à sa machine à écrire. Ma fille Éliane, Daniel aussi, me parlaient de ce « cliquetis » typographique —typewriteriste (!), de leur jeunesse. Même tard le soir ! Eh oui !
Le docteur Guay de Trois-Rivières m’écrit chaudement, venant de Villeray. Il aime ses souvenirs. Ce n’est pas si fréquent qu’on pense. Il admire aussi mes insolences. Se dit parent en la matière. Je lui ai rédigé de gros mercis.
Ça cause « uniforme » pour tous… dans écoles (et cégeps?). Souvenir : au Grasset, éléments latins et port obligatoire d’un pantalon gris et d’un « blazer » bleu. Maman court chez Greenberg. Je compare pour ma veste, je vois bien de belles étoffes pour plusieurs, ety de ces pantalons d’une flanelle de qualité, bien supérieure. Pas de ce linge qui se froisse si vite ! Payés de meilleurs prix. Ma honte niaise. Et l’écusson à devise du collège qu’il faut payer, broderie dorée. Non, pas pour moi. Trop cher. L’uniforme ne réglerait rien dit un letttreouvertiste de ce matin : « non pas d’uniforme, plutôt un code des vêtements. Pas trop de fantaisies libertaires « chic and souel », c’est tout ». Il a raison.
Amusant de lire cela hier matin : Normand Brathwait (venu de La petite patrie, rue Bellechasse) se souvient de son « dédain très hargneux à l’École de théâtre pour le monde commercial ». Il en rit maintenant, lui, qui prête son nom et son allure à tant de publicités (pas juste Réno-Dépôt). La jeunesse et la pureté. À méditer !
Faut que je me grouille : organiser une protestation unanime, publicisée, de tous les créateurs du monde (cinéma, télé etc.) —commencer par Québec— en vue d’un slogan rassembleur : « TERMINÉ LE CHARCUTAGE »! Rallier les « gros noms ». Comuniquer (ô Internet !) avec ceux des autres pays de la terre. Pourquoi un tel mouvement ne viendrait pas du Québec ? Y aller avec patience (oh mon Dieu !) , même si le résultat devra attendre cinq ans, dix ans s’il le faut. Assez c’est assez. Les réclames (dont les auto-publicités hein), tant qu’ on voudra, on serait pas « contre », mais au début et à la fin de l’œuvre. Oui, un jour, fini le charcutage.
J’oubliais : Thomas Mann, voix hors-champ : « On ne devrait pas faire d’enfant, les gens comme moi ». Oh la la ! Je sais bien ce qu’il voulait dire. Hier, un Fournier ose dire parlant de ce père absent : « Mon père, sa passion c’était de rédiger, pas nous, ses enfants » » Oh, oh ! Constat effrayant ? Eh ! Moi qui ne me suis jamais consacré totalement aux démons de la création, moi qui ai obtenu tant de joies, tant de bonheurs, tant de plaisirs (petits, moyens et grands) à voir vivre, grandir, s’épanouir, vivre mes deux enfants, je sais le prix à payer. Jamais d’œuvre impérissable. Jamais de prix. Jamais de Nobel. J’accepte ce prix à payer. J’en suis fier, heureux, content.
Green parle —dans son journal— de cette vaine « poursuite du chef d’œuvre contre la vie elle-même », se pose de graves questions. Fournier, moment rare hier, dit qu’au chevet de Judith Jasmin, il l’a entendu lui confier qu’elle ne regrettait surtout pas « le temps perdu ». Cela l’a tant marqué en retard et il se surprend à consacrer une heure de promenade en boisé (temps perdu) chaque matin. Le diable devenu vieux…
8-
Aile dimanche soir revoit son émission avec Donald Lautrec dit : « Et que j’étais bonne là-dedans ! » En effet, c’était souignant en yabl’ ! Frisson ici quand on voit son nom au générique. Le temps passe vite ! Aile s’en alla, à jamais, vers les dramatiques pourtant. Et ne le regretta pas.
Que de jeunes chanteuses et chanteurs, vedettes d’une saison ou deux, ensevelis profondément dans des limbes bizarres ! On en a jasé revoyant ce vieux « variété-jeunesse ». Le temps file…Que de romanciers disparus…Durer, durer, le bel idéal.
Je repense souvent à la magistrale interprétation d’Hélène Loiselle dans « En pièces détachées ». Elle concentrait toutes les pénibles mères miséreuses, les écrasées du destin, les démunies de la terre, mères désarmées face à la vie qui bat fermement. Inoubliable Loiselle !
À « Découvertes » dimanche, étranges machins virtuels du temps des bêtes anciennes et des hommes des cavernes, Aile et moi très étonnés. L’infograohie et ses trucs montrés comme des lapins magiques sortis de chapeaux technologiques ahurissants. Oh la la !
La romancière (brillante) Monique Proulx revenue de Chine (à nos frais ) rédige son rapport dans La Presse. Soudain, elle parle de la langue anglaise (américaine au fond) que les jeunes apprennent là-bas à toute vitesse et dit : « on devrait faire comme eux, il y aurait moins de paranoïaques par ici ». Pas verbatim. Une saloperie! Comment comparer la Chine —plus d’un milliard d’habitants— son immense histoire, sa culture écrasante et nous, nous, chétif 2% de « parlant français, » héroïques résistants —peinturés par la jeune Proulx en malades paranos. Un tout petit 2% sur ce vaste continent à vouloir « être », menacés par tout ce tout- puissant bloc anglophone à nos portes —285 millions de « speaking english ».
Coups de pied au derrière de madame Proulx —schizophrène, elle ? — qui se perdent. Une « Monique-couche-toi-là » ? Vrai : parfois les voyages (payés par Ottawa) ne forment pas du tout la jeunesse ! Le reste de son article était bien fait, souvent étonnant de constatations originales.
L’écrivain péruvien Llosa : aristo, il désigne comme complices les pauvres gens qui voient s’installer une dictature chez eux ! Eh b’en ! C’est vite aller en… jugement. sommaire. Il publie, sur ce sujet, « La fête du bouc » narrant la montée de la dictature en République Dominicaine, jadis. Culpabilisons les pauvres manipulés quoi !
Green m’influence ? Envie de remercier en me levant chaque matin… Mais qui ? Mon refus de voir Dieu comme un papa, un pater, un humanoïde. Le percevoir comme une « lumière ». Je remercie donc…la Providence. Ah les mots ! J’ai bien vu que c’est Jésus et les évangiles qui fascinent Green dans son journal. Dieu ? B’en, c’est trop abstrait pour ce sensuel puritain qui n’assume pas bien ses attractions pour la beauté… toujours masculine (Ah Thomas Mann encore ?). Qui ne reçoit jamais les femmes dans son antre !
Converti aux cathos, il reste un protestant dans l’âme. La Bible sans cesse à son chevet. Il estime beaucoup le célèbre « que le premier sans péché lance la première pierre… » du Galiléen Jésus. Il se disculpe ? Il joue au chat et à la souris avec le péché de la chair et c’est fascinant de le voir…écrire.
Le soleil brille sur le lac. Y descendre jusqu’à la venue du crépuscule. Oui. J’y vais. Tenter de lire du Eco un peu plus…

Le jeudi 22 août 2002

1-
Ouf! Oui, « jours de pluie »…donc jour du diariste. Par où débuter…résumer cette absence du clavier ? Éliane, ma fille, arrivée ici lundi, vient de nous quitter. J’admire son courage : sous la pluie, tantôt, elle a tenu à aller se baigner longuement une dernière fois et y faire ses exercices dans la « nouille » de plastique. Elle nous a détaillé un tas de maux physiques qui l’accable et nous a paru pourtant , à Aile et moi, en forme splendide. Hier, je lu ai dit : « Eliane, ça serait pas la ménopause tout ça » ? Elle a répondu : « Oui, peut-être, ça se peut ». Elle jouit d’un appétit formidable, a un moral solide, est capable d’énergie rare. Alors ? Quoi qu’il en soit, son séjour m’a fait du bien. L’absence des trois garçons favorisait nos confidences. On a souvent jasé en tête en tête. Souvenirs communs, constats divers sur nos petites actualités, vagues projets d’avenir. C’était fameux. Un seul inconvénient : la fumée de nos cigarettes. Elle ne supporte pas. Le soir, Éliane elle se tenait un éloignée des deux cheminées, près de la moustiquaire. On en riait.
Mercredi midi, visite, avec Éliane — amateurs d’aquarelles, en faisant pas mal elle-même— à Saint-Agathe, pour visiter une modeste expo de l’aquarelliste, brillant technicien, lui, Jean-Paul Ladouceur. Sa fille, Johanne, était dans la petite galerie. Échange de souvenirs. J’ai oublié de lui dire avoir consacré un chapitre à son père-peintre dans mon « Je vous dis merci ». Elle me veut en préfacier —au moins, lui ayant dit que je n’avais pas le temps d’écrire la une biographie qu’elle planifie— pour un tel livre qu’elle veut consacrer à la mémoire de Jean-Paul. Je ne me voyais pas, paresseux, potasser des tas de documents ladouceuriens.
Le lac, à Saint-Agathe, est plus impressionnant que notre petit lac Rond. On a embelli des rues, on y trouve la panoplie des restaus et boutiques à la mode un peu partout désormais. C’était joyeux sous le beau soleil de ce jour-là. Chaque soir, promenade de santé dans nos alentours avec ma fille qui y tenait, qui me fit prendre la résolution de marcher davantage.
Vu à la télé, avant-hier soir : « Vertigo » d’ Alfred Hitchcock. Son chef d’œuvre disait la chronique. Oh la la ! D’une lenteur, d’un manque d’ellipses, un « presque navet » au fond. Basé sur un polar de Boisleau-Narcejac, il en sort une abracadabrante histoire. Seul la fin surprenante de l’intrigue —de ce lent et trop long film— reste valable…et encore ! Pourquoi surenchérir, sur-coter, ces vieux films d’antan…aveuglément ? Snobisme puant. Aile comme Éliane rigolaient ferme aux tournants, virages brusques, si peu plausibles de ce « Vertigo ». Et moi donc !
Avec ma fille, bref pèlerinage à mon ex-écurie de 1952 — 14 mois avant sa naissance— rue du Chantecler. Je lui parle du concierge de l’hôtel qui tentait de m’aider un peu. Il ne reste que le solage. « Tu parles beaucoup de ce Sainte-Adèle, cela t’a marqué hein ? », me dit Éliane. Et comment ? Au fond mon premier appartement, à vingt ans. Ma première vraie coupure avec la famille et la rue Saint-Denis; mon premier échec aussi. Ça marque en effet. Le lendemain, —y a-t-il un hasard— au dépanneur du coin, la fille du concierge Aubuchon m’apostrophe : « Ah vous ! Ma mère détestait que j’aille rôder dans votre atelier. Elle avait peur…de vous, de l’artisse, du bohémien ! » On a rigolé.
2-
Nous avions appris —source du « beau milieu », expression de Raymond Cloutier— avant tout le monde le suicide de la fille de feu Luc Durand, Émilie Durand. 22 ans, merde ! Aile : « Non, non, va pas mettre dans le journal, la famille est peut-être pas prévenue encore ». J’obéis. Samedi matin, c’est dans les journaux. Clairement. Avec le rituel : « Dons à « Suicide-Action ». Tombée du clocher de l’église de Baie Saint-Paul. Miserere !
Coup de fil de mon éditeur « trois-pistolets », le V.-L. B. « Salut Claude ! Bon :on garde un de tes titres. Ce sera : « À cœur de jour ». Final. Pour la couverture, cesse tes tourments, oublie l’illustration littérale du titre et fais-moi plutôt un de tes autoportraits donquichottien dont tu as le secret. Okay ? Salut ! »
Bonne idée. Je vais m’y mettre et la lance du « chevalier sans peur et sans reproche », à la joyeuse figure, sera une longue plume bien acérée ! Youpi! Délivré.
Rêve vraiment bizarre, extravagant, avant-hier. Je le résume très brièvement. Matin. Je suis avec d’autres (c’est vague : mes enfants, des amis, le passé, aujourd’hui ?) dans une cave bétonnée —la mienne, jadis, à Bordeaux, il me semble— il y a eu des…mulots, chauve-souris, rats, bêtes bizarres. (Écureuils ?) Le lieu est craint. On cherche comment nous débarrasser de ces « bébites de nuit » si encombrantes. Je vois des trous nombreux dans le solage (reste de l’ex-écurie). Aussi des blocs de glace…Soudain, qui descend le long d’un mur de cette cave, une assiette de cuivre, gravée. Je vois la corde de soutien qui défile ! Peur de tous. Fantôme ? Poltergeist ? Frissons de tous. Prudence. Petits cris. Recul des froussards. Brave, je m’approche et je lis un nom (inconnu) —Marcel ou Maurice… Briard ou Brodard… peint au bas de l’assiette martelée qui offre un portrait brossé vivement. Visage joyeux. Face comme hilare. Tête d’homme avec képi militaire. Soudain, juste à coté, fil mobile encore et c’est un masque de carton épais qui descend et s’arrête à la hauteur de l’assiette métallique. Même visage ! Stupeur de nos tous. Le nom peint au bas de ce masque : même fion grotesque. Ensuite, nouvelle surprise. Cris encore : un troisième objet sort du mur et se glisse le long du mur de ciment. Une petite huile sur toile, sans encadrement, le nom pas même séché encore à l’huile grasse :colonel M…B…Je peux pas lire clairement. Bouleversé par cet accrochage insolite, je veux calmer mes compagnons, —mes enfants, mes petits-fils, je ne sais trop— je dis : « C’était ça. C’était lui. Un esprit en difficulté. C’est fini, regardez. En effet, les trous sont frais cimentés et la glace a disparu. Les trois portraits remontent au plafond, disparaissent. Je récite un pater, je ne sais plus les mots, alors je récite un ave… Soleil luisant dans la cave redevenu normal. En sortant je dis à Marco (qui est à mon côté ?) : « Je regrette. J’aurais pas dû… ces vieilles invocations, non, j’aurais pu improviser mieux, faire une « prière aux morts » plus personnelle. Marc me dit : « Oui, c’est vrai ! En effet ! » Réveil.
3-
Mardi et mercredi, ma fille heureuse, en vacances totales, baignades sans cesse et, hier, visite au rivage d’une amie d ‘Éliane, Danielle P. venue du Rang 12. « Regardez ce que je vous apporte, m’sieu Jasmin. Vous aviez parlé des « croquettes » mangés au collège Grasset à chaque récréation, votre « régal », disiez-vous. J’en ai déniché une de vos chères croquettes ! » Elle me le lance ! Vite, j’y goûte. Je l’avale toit rond. Miam ! Rien de changé. On a ri. Il nous reste ainsi des goûts anciens qui ne s’oublient pas. Ce petit gâteau « Stuart », le « Croquette » — « Mae west » pour d’autres— pauvre consolation dans « la prison » obligée des « bons pères ».
Dimanche soir, location du dernier film de Godard : « Éloge de l’amour ». Arès quelques navets imbuvables, nous avions mis une croix pour longtemps sur ce « chercheur » aux navrante trouvailles. Dimanche, on se disait : « un dernier essai, il a changé, évolué, peut-être. Non, c’est plus assommant que jamais. La « recommandeuse de vidéos » de La Presse, la Sarfati, bien snob, bien jet set, craignant, mondaine, de passer pour une demeurée, y allait d’un « trois étoiles et demi » ! La niaise intello désincarnée ? J’en doute. Plutôt la timide timorée intimidée. Un récit obscur, une machin sans queue ni tête. D’une prétention d’imbécile, d’un ennui constant et total.
Raconter encore mon histoire : « Une fois c’t ‘un gars… devant l’entrée d’un club « pour intellos seulement ». Le portier lui dit : « En êtes-vous vraiment un ? » Lui : « J’ai aimé « Éloge de l’amour » de Godard ». Le portier ouvre aussitôt : « Entrez, entrez vite »! Aile vraiment écœurée —qui aime bien pourtant les histoires compliquées à la « Mulholland Drive ». Cette fois, comme moi, elle jure que Godard c’est terminé. À jamais. Elle me ramène un Godard et je divorce. Euh non, on est pas encore mari et femme !
Le peintre « automatique » Pierre Gauvreau ( aussi auteur de « Le temps d’une paix, « Le volcan tranquille ») à la radio du matin avec Dussault : « Les marchands de soupe ont envahi la télé ». Vrai et pus souvent que souvent.
Éliane nous raconte l’organisation d’un anniversaire pour son benjamin, Gabriel. Une douzaine (12 !) d’amis. Garçons et filles. Toute une soirée de fête, une nuit aussi et le lendemain ça continue rue Chambord ! Oh la la ! Tas de repas, de collations, jeux, min-orchestre, voisins ennuyés etc. Fatigue terrible. Aile écarquille les yeux et voit mieux à quoi elle a échappé. Ouf et re-ouf !
4-
Lundi, départ pour monrial. Fête rue Saint-Denis, à l’école de théâtre, pour le 50 e anniversaire de fondation de « La Roulotte » des parcs. Paul Buissonneau très applaudi, félicité sur toutes les coutures. Il est en pleine forme. Il pète vraiment le feu tout en allant vers ses 80 ans ! Rencontres merveilleuses des anciens camarades : Clémence, Sabourin, impossible de les nommer tous. Évidemment évocations sans cesse. Souvenirs, souvenirs. Nostalgie inévitable. Et cette École, ex- terrifiante antre de jadis. Nos parents, des voisins : « Continuez, petits vauriens, à casser des carreaux (ils disaient « des vitres ») et on va vous faire renfermer à l’École de réforme » ! Nous savions que c’était à quatre coins de rue de la rue Bélanger cette horrible prison des enfants où on fouettait, on torturait ! Notre frayeur alors, on restait tranquille deux ou trois jours.
Après la joyeuse fête, souper à « La Moulerie » avec P.-J. Cuillerier. J’aime ce camarade d’Aile. Il n’est jamais ennuyeux. Sa faconde est inépuisable. Il est brillant, il me stimule. J’arrête, je me souviens qu’il m’a dit « nous tenir à l’œil » via ce journal qu’il lit fidèlement. Bon, disons qu’il n’est pas « si fin » que ça.
Chemin Bates, lundi soir, constatation : le trou s’évase. La pelle « pas à stime » se fait aller la mâchoire. C’est maintenant un très, très grand trou. Le futur bloc de condos, huit étages, sera bien assis. Le bruit incessant dès mardi, très tôt. Les saletés partout. L’horreur. Nous déguerpissons vite de là. Que font ceux qui demeurent au « Phénix » tout l’été ?
Le beau cadeau envoyé par Manon A. Vieilleries précieuses. Elle m’a posté deux volumes du journal de Julien Green et un de Mauriac, sans doute déniché à ses « puces » de la Rive-sud de Québec. J’ai commencé le 1940-41 de Green. Il s’est sauvé aux USA, chez lui. Il en souffre. C’est un amoureux fou de Paris, de la France. Chaque entrée offre de profondes réflexions sur le destin, la vie tourmentée, l’angoisse métaphysique. Il plane au-dessus des réalités contingentes, ce que moi je ne fais pas bien entendu. Je suis donc privé constamment d’informations sur sa vie réelle, son existence « de chair et d’os ». C’est un romancier d’antan —que j’ai tant aimé, je l’ai déjà dit—, du temps que j’appréciais tant les âmes torturées, sauce Mauriac. Plus tard, Dos Pasos, Hemingway, Steinbeck, Caldwell me soignaient à jamais de ce besoin un peu… disons, judéo-chrétien. Trop.
5-
J’ai lu, en vitesse, le bouquin, écrit à la va-vite, de Claude Jodoin (« Mes aveux… » Quebecor, éditeur) qui fut le Michel Auger de son temps au même « Journal de Montréal », qui se lia avec Claude Dubois et ses frères en banditisme. Un jour, remords le titillant, il passe indicateur de police. Cette lecture éclaire beaucoup les affaires actuels avec Maurice Boucher et ses bandits à moto. Dame Justice en attrape pour ses grades. Le Jodoin finira en une prison atroce : chaque jour, cachette découverte, dit-il, risque d’être son dernier. Une « balance » le sait fort bien. Il affirme que sans eux, les délateurs (« haïs par tous » souligne-il !), il n’y aurait jamais —mais jamais— procès des « chefs » de mafias puisque ceux qui règnent sur les commerces interlopes savent « se couvrir ».
Pour me changer de la crasse morbide des tueries en série du clan des Dubois, j’ai lu « Les détectives de la santé », par Jacques Drucker (Nil éditeur). Une crasse différente. On y découvre le horreurs microscopiques ( virus, bactéries) qui répandent les infections, les épidémies. Du « vieux » Sida à cette effrayante contagion actuelle via les moustiques (du Nil occidental). Instructif en diable mais…on devient nerveux. On craint la nourriture même inspectée et on a envie d’aller vivre dans une bulle. Bon, Drucker affirme : « nos systèmes immunitaires se battent sans cesse et gagnent le plus souvent ». N’empêche de savoir qu’il y a des milliards de bactéries qui résistent tant bien que mal dans notre organisme donne froid dans le… ventre, c’est là surtout, dans nos intestins que se situe l’arène de lutte perpétuelle !
Je commence deux romans, un de Stanley Péan : « Zombi blues », plein de zombis rôdeurs sous Duvalier en Haïti et un du très érudit macaroni, Umberto Eco : « Baudolino ». Les finirai-je ? C’est une autre question. J’aime bien essayer » un livre. Eco m’énerve déjà, je déteste l’érudition (qui n’a rien à voir avec la culture) et encore d’avantage ceux qui l’étalent à pleines pages.
À RDI —quand il font une pause en fédérastie appliquée » avec leurs actualités coast to coast— présente de bons documentaires. L’autre soir, un colonel, Braun de son nom. Fgrandis et partis. Il devient un gourou. Dans l’aile des « charismatiques ». Commune organisée. Il sermonne. Il « impose les mains », il parle en langues. On voit une de ses fidèles qui s’étend au sl en tremblant, prise de fou rire ! Braun dira : « c’est l’onction de joie », c’est fréquent ! Tu parles ! Enfants stupéfaits. L’un dira : « Au fond, ils se sont fabriqué une nouvelle famille, ayant perdu la vraie. » Oh ! oh ! oh ! Les voies du Seigneur (oh Lord !) sont variées hein ? Bon docu. Très bon.
6-
Bref songe : nous sortons d’une fête clinquante. Trop de monde. Plein de mondains snobs. Fusses rencontres. Façades et vains propos. Trop de vin bu. Nous nous retrouvons, Aile et moi, sous le Stade Olympique. Logement exigu, de béton armé. Affreux réduit de quatre pieds sur huit ! On étouffe. Aile désolé, muette, embarrassée, moi honteux, découragé. Déçu. Ça parle dehors de complot, de crise, de menaces nucléaires à venir. Nos vivons comme des homes de caverne. Privés de tout. Bizarre cauchemar non ? Ça vient d’où ? La Roulotte ? Le film de Godard ? Sais pas. On sait pas. Comme j’aimerais comprendre le symbolisme des songes. Y en-a-t-il un ?
Dubé à la télé d’antan : « La meilleure pièce de Tremblay ? « À toi pour toujours ta Marie-Lou ». Pas loin d’être de son avis. Lui, sa meilleure ? « Un simple soldat », dit-il, ma plus forte, je crois bien ».
Dans le Godard tout de même, un petit passage un peu plus clair et où je retrouve le débat que je tiens : « Ne jamais dire les Américains quand on veut parler des citoyens des USA ». Un personnage tient le même langage que moi. Ma surprise. À la fin de cette séquence : « Quoi, alors quoi, les citoyens de votre pays n’ont pas de nom ? Américains c’est aussi vrai pour les Canadiens et les Mexicains. Vous n’avez donc pas de nom, c’est inouï ça » ? Plaisir furtif.
Ce soir, hâte, avec Bernard Rapp —qui va s’améliorant— à « Les feux de la rampe », Anouk Aimée. Pour une fois le Cauchon du Dev l’annonce dans son « Choix ». Bien. Était temps !
Un comique vante Toronto et démolit sa ville natale. On s’empresse d’imprimer ça sur cinq colonnes hein ! Racisme inverti, un virus solide. Ce jeune diplômé trouve un job bin payant à Toronto, ça arrive partout en Allemagne comme en Angleterre, et le voilà vantant Toronto « La » salvatrice. Si un gars de Toronto se déniche un bon job à Montréal, ira-t-il brailler à Toronto qu’il n’y a que Montréal pour les chercheurs d’emplois ? Non mais… Il est venu faire son tour, il adore tant Montréal, il aimerait tant y revenir, il a revu de ses amis diplômés comme lui et…chômeurs. Hon ! Or, les sondages le disent tous : ils se créent au Québec plus d’empois qu’ailleurs au Canada depuis quelques temps. Un menteur. Non, un petit malin qui sait qu’on va imprimer son lamento chez Gesca-Powers and Company. Ma fille nous a raconté la « belle vie » d’un couple d’ex-amis, deux urgentologues du Québec, instruits ici à nos frais, qui s’enrichissent rapidement en Pennsylvanie, à Pittsburgh. Grand bien leur fasse, non ? Certes, ici, ils auront de moins bonnes gages. Là-bas, s’ils tombent malades, ils vont en baver et en cracher un coup. Un risque. Liberté pour tous quoi ! Ce couple a choisi et ne viendra pas baver sur le Québec. L’exil chez les Amerloques ou en Australie, un choix. Point final. Je sais que je ne pourrais pas vivre, pas une seule année, aux USA. Pas même six mois, pas deux, pas un seul. Mon choix. Il n’y a que la France…et encore. J’aime trop mon pays, je reste. Et puis il est bien tard…
7-
Coup de regard à ma fenêtre. Classique, à l’heure de la soupe, Sainte-Adèle s’illumine même le jours de pluie. Sortir ? Oui. Aller à l’école Bouffe, ré-ouverte depuis une semaine ? Non. Les débutants doivent se fortifier. Et les sauces riches, mmm !
Dans le « Ici », Robert Lévesque déboulonne l’Ionesco et aussi le Cioran. Que dirait-il d’Adamov viré à droite-toute ? Nos deux héros littéraires fleuretaient abondamment avec les fascistes au début de la guerre. Découverte au mode « passé trouble » par Laignel-Lavastine qui publie « L’oubli du fascisme » (PUF éditeur, 550 pages). Je comprends mieux l’énervement des Cioran quand ils lisaient le mot « nationalisme ». Pour tous ces défroqués du fascisme, le mot, était tabou. Incarnait le mal. Ils oublièrent le nationalisme moderne, celui de la décolonisation, le nationalisme moderne, actuel, qui n’avait rien à voir avec leurs péchés de jeunesse quand ils admirèrent en nigauds confus le nationalisme des Mussolini et des Hitler —comme celui, ici, ici, de nos Chemises Brunes du chef Adrien Arcand et certains curés, évêques englobés, du genre, tiens, du papa de Jacques Lanctôt dont il parla volontiers avec Dussault l’autre matin. Bref, un autre bon article de Lévesque. Et un livre que je veux trouver.
Voilà le soleil; « Here come the sun… » chantait The Beatles. Je sors le dévisager sur la galerie et vite.

Le vendredi 16 août 2002

1-
Temps de grisaille comme hier. Humidité lourde. Avec, youpi, du vent dans les branches des érables. Content au fond. Irai à mes aquarelles tantôt. Projets : une pelle « à stime » et le rouleau à vapeur. Monstre pour l’enfant tout de même émerveillé. Ai fait appel à Lanctôt pour le sonder voyant la tiédeur chez Sogides pour mon projet d’un album illustré de La petite patrie. Sa réponse : « non, ai pas les moyens, va voir Marcel Broquet….» Ouen. Il y a aussi ART GLOBAL, rue Laurier. Souhaite que les Graveline et Soucy (Sogides-Ville-Marie-Typo) embarquent vraiment dans le « oui à l’album ».
Ce rouleau à vapeur… il me vient d’un vif souvenir. Il figurait, imposant, gigantesque, dans une illustration d’un tome de « L’Encyclopédie de la jeunesse », seuls livres chez moi quand j’avais 10 ans. Je contemplais longuement cette image fascinante. Je me rappelle encore de cette Françoise Faucher (pour « Biblios-jeunesse ») encore émue et qui examinait les illustrations laborieuses d’un livre des contes de Grimm. Je songe à mes illustrations joyeuses, légères, si claires, dépouillées, pour l’album projeté, bien éloignées de ces gravures fouillées, pleines de mystères, d’ombres maléfiques. Devrais-je, comme jadis, tout reprendre, faire des dessins mystérieux, avec des détails partout ? L’enfant (l’adulte aussi !) rêve-t-il davantage en voyant de ces illustrations complexes, sombres, aux signaux touffus. Mon Dieu… quoi faire ? Bof ! Non. Le paresseux dit : autre temps autre manière d’illustrer.
2-
Hier soir, la comédienne étonnante Catherine Frot chez Rapp à « Les feux de la rampe. Canal Artv. Belle heure. Comment se fait-il qu’aucune chronique-télé ne daigne annoncer (à « Choix d’émissons ») cette série qui est riche le plus souvent ? Connerie, non ? Hier parlant de Linus Torvalds enfant, j’ai mis « barnicleux ». Frot disait hier : une binoclarde. On dira donc pour Harry Potter :un binoclard. J’aime bien. Elle a dit pour son rôle de « nounoune » dans « Un air de famille » —formidable film et fameux rôle pour elle— j’avais un personnage « nunuchoix ». De nunuche. De nounoune aussi ? J’aime les mots d’argot. De partout.
On parle du Ghislain Lebel, frais démissionnaire du Bloc, comme d’un « imprévisible » aux actualités. J’ai bien senti le péjoratif du terme. Pourtant, j’aime tant rester « imprévisible », le qualificatif qu’Aile me colle bien souvent. Ah oui, surprendre, me pointer (en paroles ou en actes) là où on ne m’attendait pas :ma joie. Les bénis-oui-oui des pouvoirs occultes, discrets et calculateurs diront : « Un canon lousse ». Qu’ils aillent au diable ! Craindre tant les préjugés, les classeurs, les étiqueteurs. Faire mentir les catalogueurs à mon sujet. Les dérouter. Ne jamais me laisser enfermer. Surprendre sans cesse.
3-
Hier, Daniel, mon fils « unique », en brève visite. Il avait laissé ses deux garçons dans les cascades d’eau de Saint-Sauveur et est allé, seul, en vélo, rôder dans les chemins vicinaux de Val David et de Val Morin. Il est en pleine forme, fait plaisir à voir, bronzé, beau comme un dieu (le papa parle). Comme il l’exige, il est monté à ma chambre à écrire pour examiner l’ordi du paternel. Il a rectifié des « polices » Il m’aide, lui, mon initiateur électronique (malgré moi, au début !).
Parti reprendre ses deux baigneurs, Aile me dit : « Ton gars me fait penser parfois à ton père, Édouard :indépendant d’esprit, un peu sauvage, un peu secret, farouche individualiste ». Vrai ? Je me suis souvenu de papa disant : « Germaine, la paix, j’irai pas travailler à l’extérieur, oublie ça, je n’ai personne au-dessus de ma tête, je suis libre, mon propre patron dans mon restaurant. » Au dessus de sa tête il y avait pourtant ma mère-boss… et comment ? Comme papa, je n’ai jamais voulu avoir de patron juché sur mes épaules. Trente années scénographe de variétés, j’étais le « boss » de mes pontes. Daniel, l’ex-prof et journaliste, créateur de jeux de société, est donc —comme son grand-père et son père— son propre patron. Il travaille à « Bagou-2 » et a un projet nouveau en marche : « Top Secret ». Un jeu de société inédit où les joueurs fonceront dans… aveux et confidences. « Mais là, avec ces chaleurs, je travaille au ralenti », nous a-t-il avoué en rigolant.
Hier aux nouvelles, la reporter Michelle Levasseur « aux inondations ». Accent tonique absent, débit de débile légère… Non, « pu capab » !
4-
Merci ô magnéto ! Nous avons visionné hier soir le Tremblay renversant d’ « En pièces détachées », fameuse réalisation de feu Paul Blouin. 1970. Cette pièce n’est pas construite aussi solidement que tant de Tremblay. Pourtant on y trouve de formidables, inoubliables, morceaux de bravoure. Tremblay a une oreille géniale. Absolument géniale pour avoir su si efficacement transcrire ce langage effrayant, celui des misérables d’un quartier populaire (avant que le Plateau se « gentrifie » !).
Hélas, il est devenu un demi-sourd, quelle cruelle ironie du sort ! J’en parle pas… mais je sais ce que c’est. Nous vivons comme en marge parfois. Chaque fois qu’il y a « groupe ». Devenons des isolés involontaires au milieu des autres quand ça jacasse en gang. Une souffrance, croyez-moi. Nous perdons la majorité des propos échangés. Nous captons des bribes. C’est plate, très plate. Handicapé, nous nous taisons. Le cours des échanges nous est souvent borborygmes. Douleur alors ! On fait semblant de comprendre. Orgueil ! On refuse de toujours faire répéter et alors on fait celui (celle) qui a tout saisi. Soudain, je fais « non » et je découvre qu’on attendait un « oui ».
J’ai vu souvent des interlocuteurs hésiter à poursuivre avec moi un propos…Ils se détournent et ça fait mal. Maudite vanité aussi ! Aile, sans cesse : « Claude, en groupe, tu dois vite dire aux gens que tu entends mal, qu’ils doivent te parler fort… » Je refuse. Saudit orgueil !
Hier soir, j’ai songé à « Rear window », son chaud décor, en découvrant ce voisinage de méchantes commères dans un fond de cour du « En pièces détachées ». À la fin, j’ai songé —l’ambulance qui va amener à l’asile Marcel-le-fou— à la conclusion similaire dans « Un tramway nommé Désir » de Williams qui influençait tous les auteurs comme Dubé fut influencé par le Miller de « Mort d’un commis voyageur ». La forte littérature étatsunienne est si proche de nous, Américains du Nord. Ma mère, snob bizarre, répétait que c’était —les gens du Plateau des années 40 et 50— du « monde très commun ». Notre « fond de cour » à nous, rue Saint-Denis, dans Villeray : on avait à gauche, mossieu Laroche, un savant prof, à droite le notaire Décarie, la famille du docteur Lemire —un médecin, pensez donc ! À un étage, le journaliste Provost (de Radiomonde). Eille chose ! Okay ? On rit pu ! La Germaine s’enflait la caboche, au téléphone, je l’entendais dire : « Viens nous rendre visite, chère, nous habitons le « boulevard » Saint-Denis ». Papa, « habitant », fils de fermier, ricanait. De l’épouse née à Pointe Saint-Charles.
Il y avait du vrai. Tremblay n’a pas illustré « les professionnels » du Plateau, il devait y en avoir. Il a illustré du « pôvr’monde » et, avec sa pièce, il a voulu raconter très courageusement la misère profonde, désespérante. La détresse accablante de son entourage. Ces colonisés (de partout). Ces bafoués de l’existence. Temblay a été extrêmement utile pour faire voir la gangrène morale effroyable qui rongeait les nôtres en majorité. Il alla bien plus loin que Gélinas et Dubé. Le choc terrifiant de sa dramaturgie des débuts a fait de lui « le » dramaturge et son talent immense de dramaturge l’a propulsé sur des tas de scènes étrangères puisque « la vie minée » se vit aussi à New-York comme à Londres, à Sydney comme à Berlin.
Ce « En pièces détachées », qu’on reverra encore c’est certain, était défendu par d’hallucinantes actrices : Hélène Loiselle en « mater dolorosa » au « joual » poignant, marmottages difficultueux, mots chétifs qu’elle s’arrachait d’une bouche tordue. Ah, quelle comédienne ! Luce Guilbeault, Thérèse, inoubliable grossière ouaitresse déchue… et tant d’autres. Cette fresque grotesque aux couleurs violemment saturées —comme d’un Georges Rouault égaré sur nos rives— assomme net. Le burlesque de cette famille québécoise avachie se haussait souvent au niveau de la tragédie classique avec un « fatum » comme fatal, inévitable. On a compris mon admiration pour ce Tremblay-là et je ne tente pas de corriger le tir pour ses « Bonbons assortis », d’une prose plutôt facile.
5-
Chez le maraîcher du coin de la Caisse Desjardins :achat ce matin de fraises. Comme pour obliger Aile à faire de la confiture nouvelle. Revenu, elle me tend un bol et un couteau : « Faut équeuter maintenant, vas-y ! » J’ai croisé, rue Valiquette (la Catherine du village !), Jean-Marie Léger, un « ancien » du Grasset. Il me semble un peu mal en point —me trompe-je ?— comme vieilli précocement, rapetissé, zézayant quelque peu : « Tu viendras à la fête chez la présidente (Ass. des écrivains laurentiens) Vincent, oui ? » J’ai dit « oui » mais… Je cotise à la SARTEC, à l’UDA, à L’UNEQ… alors ce groupement laurentien …quelle utilité ? Les Laurentides ne forment pas vraiment « une région », c’est la banlieue —à peine lointaine— de la métropole québécoise. Son vaste terrain de jeux et loisirs. Un parc d’amusement ?
Aile s’est remis à Marcel Proust. Je dis : « Bon courtage ! »
Avec « Les patriotes » de Max Gallo, je lis : « Ami, entends-tu \ Le vol noir des corbeaux…Ohé, les tueurs \ À la balle et au couteau \ Tuez vite…
Sifflez, compagnons \ Dans la nuit, la liberté \ Nous écoute… Au Saint-Denis comme au Château, à vingt ans, nous allions voir tous ces films illustrant les Résistants d’une France sous la botte hitlérienne. Ces histoires de saboteurs-Partisans clandestins me soulevaient, m’excitaient. Ce chant me bouleversait. Je tente encore en 2002 d’en mémoriser les paroles.
Séchan a titré l’hagiographie fraternelle (à Renaud) « Bouquin d’enfer », allusion à « Boucan d’enfer », une toune de son frérot célèbre. Toujours une sorte de gêne quand on voit « le frère ou la sœur » d’une notoriété s’accrocher en wagon… derrière.
6-
Pour en finir avec ce Linus Torvalds, le « généreux » Finlandais —Finlande où il n’y a pas que le célèbre portable « Norquia »— donateur de son système (Linux) devenu multi-millionnaire californien comme malgré lui (ouen !), papa de trois fillettes, avance que (attachons nos tuques ) « la race humaine lui importe moins que l’évolution ».
Tel quel !
Verbatim !
Ce technicien de haut calibre, un génie, se veut carrément un non-penseur. Forcément j’ai sursauté en lisant son dernier propos venant de publier « Pour l’argent et la gloire », lisez : « Soyons francs, tout le monde rêve d’être célèbre et riche. Jeune, je voulais devenir Einstein, en mieux ». Il dit que ce sont de fieffés hypocrites ceux qui parlent « du poids de la gloire ». Mensonge et louche condescendance, affirme Linus Torvalds qui, à la fin de son interview-livre, s’est acheté un immense manoir et une BMW du type « maxima ». Le gamin binoclard (je l’ai placé !) d’Heklsinski, le petit « fort en maths » ballotté entre mère et père (séparés) et les grands-parents semble un bienheureux exilé. Grand bien lui fasse.
Pourtant j’ai songé au fou « Docteur Folamour », un matheux fasciste … Combien sont-ils ces scientifiques qui ne s’encombrent jamais d’aucune moralité ? Einstein, tiens, n’est-il pas mort de regrets au sujet du « secret atomique » qu’il révélait dans une lettre au Président Truman et qui assassinera des centaines de milliers de civils japonais en 1945. Einstein, lui, avait de la conscience. Au collège on nous répétrait : « Science sans conscience… Je reste du côté humain des choses. Un vieux schnock ?
7-
Sans la radio de Radio-Canada aurions-nous de ces longues et éclairantes entrevues du matin —où Anne-Marie Dussault s’améliore sans cesse, je tiens à le dire— oui ou non ? Ce matin, la fille d’Andrée Lachapelle, Catherine Gadouas, une musicienne de nos scènes, raconte les horreurs d’être choisi sur un jury dans un gros procès (les Hells du sieur sinistre « Mom » ). Le « cirque » insupportable des avocats l’a complètement dégoûtée du système judiciaire. « Odieux et ruineux », dit-elle. Elle parle très franchement et ce fuit, ce matin, un plaisir fécond de l’entendre.
Ainsi, même importance, à la même émission de Dussault, Pauline Marois, ex-relationniste de Parizeau, qui a vu le « Bunker » (télé à venir) de Luc Dionne, lui aussi ex-relationniste de politiciens (!). Marois en est sortie insultée, dégoûtée, scandalisée. Elle en éprouve « un vrai haut-le-cœur » dit-elle. « Toute la classe politique est jetée dans un même sac ». Un sac d’ordures, apparemment. Ce « Bunker » dionnesque : « reçu comme une gifle », dit Marois. On a lu les textes chez Téléfilm, chez le producteur, chez l’acheteur-diffuseur. Un tas d’imbéciles ? Un paquet d’innocents ? Matois exagère ? On verra bien.
Il y a un danger : Dionne, de cette cavalière manière, ferait voir que toute personne songeant à l’action politique n’est qu’un arriviste, un sale ambitieux égocentrique. Cela peut miner la « si fragile » démocratie. « Le moins pire des systèmes », disait Churchill. Les cyniques, les malchanceux du sort, vont souscrire volontiers —les brillants « gérants » en tavernes— à cette noirceur totalisante. Le redire : quelle radio offrira de ces émissions importantes si le Parlement (c’est pas l’envie qui manque à Ottawa) vendait la SRC ? Je critique « l’ex-auguste Société » à satiété, il n’en reste pas moins qu’elle sert utilement et souvent. « À la Maison blanche », série de télé USA, l’on fait voir des noirceurs crasses mais aussi des gens généreux, exemplaires. Les deux. Ici, au Québec, on fonce souvent dans les extrêmes. Effets d’un peuple colonisé ? Y penser.
8-
Ma fille, Éliane, viendra, en vraies vacances,» ici, lundi. Hâte de ce rapprochement inattendu. Je dois changer. Je la voix comme ma « petite fille » et elle aura bientôt cinquante ans ! Un père s’aveugle, n’ouvre pas les yeux sur cette réalité incontournable. Si elle vieillit, je vieillis encore davantage. Eh ! Cela l’arrange ? Oui.
Hier fête de L’Assomption de Marie, mère monoparentale d’un Jésus-Messie. Souvenir : août 1945. Hitler —on a tant prié pour la paix au Québec— va se suicider. En face du chalet familial, se dresse « une haute croix de chemin » avec les outils de fer sur la potence sacrée, la petite échelle, la niche-à-statuette pieuse. La « vieille » Proulx organise une neuvaine chaque été, même heure, même parterre (le sien). Maman nous fait traverser la rue et c’est la récitation d’un chapelet et prières mariales adéquates. Sept fois… jusqu’au 15 août. À la fin, nous chantons « J’irai la voir un jour, un jour dans sa patrie-i-e… » La piété partout en ce temps-là même en ce lieu « d’épivardage », Pointe-Calumet, où l’on passait nos journées en maillot de bain sur les plages, sur les radeaux et les quais du grand Lac des Deux-Montagnes. À chasser les grenouilles dans les bois d’en haut. À glisser dans la sablière-Pomerleau —assomptions naturalistes près de la gare du CiPiAr— son clair lac naturel devenu maintenant l’ « Aquascade » fréquenté du site.
J’aurais voulu prévenir— par charité pour le créateur du « Si les hommes vivaient d ‘amour ». Lanctôt m’avait parlé de mettre en livre les « lettres ouvertes » du chansonnier Raymond Lévesque. Mal équipé intellectuellement, impulsif déboussolé à ses heures, le chanteur glissait parfois dans un réactionnarisme lamentablement déliquescent. Honteux. Trop tard. Et Louis Cornellier lui sonnait les cloches durement samedi dernier dans sa chronique des essais. « À bon entendeur, salut »? « De la démagogie, une rhétorique de droite, anti-syndicalisme primaire, misanthropie vociférante », fesse L.C. Ce même samedi (le 10), Le Devoir consacre sa « une » et à V.S. Naipaul (par André Major)qui s’exile de son pays d’adoption (Trinidad) pour fuir le racisme et l’ignorance (!) et au poète devenu fasciste fou, Gabriele D’Annunzio (par Guilaine Massoutre). Les auteurs québécois ? Christine Brouillette est reléguée en page 5. C’est bien assez non ? Le « racisme inverti » traverse une crise rue de Bleury et cela depuis un bon bout de temps.
Ce matin Ménard-ministre cogne sur le juge Boilard : « un vaniteux ». Il est seul. Tous les chroniqueurs s’accordaient à dire que le « comité des juges-jugeant », bien con, a commis une bourde d’une niaiserie profonde en blâmant Boilard au moment où il était en train de juger une gigantesque cause, bien compliquée, très délicate. Sacré Ménard va. Seul, il a donc le bon pas ?
9-
Un certain Laurent Audar, lui aussi, est révolté par les publicités incessantes à Radio-Canada-télé qui montre « Les misérables » de Hugo. « Aucun respect ni pour les œuvre ni pour le public », dit-il. Vérité. Bravo !
Mon ex-petit-camarade en céramique, Gilles Derome, est aussi un servant en « lettres ouvertes ». Mercredi, Gilles, lecteur de Chomsky, nous révèle qu’il instruit un petit-fils sur les « vraies tours tombées » aux USA. Pas celles du 11 septembre. Toujours un peu sibyllin (on ne change guère, Gilles ?), Derome fait sans doute allusion aux « tours de magie » des C.A. des Enron et Cie. Sans doute ? B’en…pas trop clair une fois de plus.
Ce matin Rima Elkouri (La Presse) relate un fait divers… la concernant. Les journalistes vivent parmi nous, pas vrai ? Évocation maudite d’un percepteur de tickets au métro. Le guichetier zélé, à l’évidence, est un zélé sourd, aveugle et muet. Un malade. Conclusion : téléphone de plainte de Rima et la direction de la STM dira : « Rédigez–nous (journaliste !) un rapport complet et circonstancié dudit billet refusé et on vous enverra l’argent dudit billet ».
Non mais…
10-
Lu dans un « Nouvel Obs » : le grand matheux, Laurent Schwartz, admirait énormément le système universitaire des Etats-Unis. Il admettait « la sélection », craignait « la gratuité » (!), et…détestait « l’impérialisme » des USA cependant. Viudal-Naquet, auteur de la note posthume —et aussi de « La torture dans la République » (L’Algérie maganée de 19860)— souligne que Schartz n’aimait pas que les calculs savantissimes, il était féru de la Grèce antique et rédigea, jeune, une brillante grammaire de grec ancien. Je lis. Je me dis :pourquoi, ici, jamais ne sont publiés de tels articles lumineux. Que j’aurais dû fuir (comme Naipaul a fui à Londres), à vingt ans, en France. Je le voulais tant. Je serais autrement mieux stimulé. Bien plus souvent. Misère… Même magazine : d’Anne Crignon, un bon « papier » sur Alain Fournier (« Le grand Meaulnes »).Sur « Le capitalisme qui a perdu la tête » par J.E. Stiglitz, prix Nobel, ex-conseiller de Clinton. Enfin, tout un dossier, fascinant, sur les mensonges de la Bible. Tissus admirable de légendes. Il n’y a pas de Mont Sinaï, ni Murs de Jéricho, ni déluge-à-Noé, ni roi Salomon, ni Reine de Saba… Des archéologues n’en finissent pus de donner l’heure juste. Il en reste quoi ? « Des empires fabuleux n’ont jamais pu constituer un tel considérable livre de spiritualité et de mythologie, ce qui est unique. Aussi : Destruction du paganisme délirant et invention d’ un seul dieu, Yaveh. Aussi : « Rien de scandaleux face aux recherches modernes car la Bible ne doit pas être pris comme « un livre d’histoire » mais il peut contenir de l’histoire (Renan), c’est bien davantage. « C’est un livre de beauté et il est génial », Renan
Oui, dans nos murs, la pauvreté. Parfois on me fait le trop grand honneur de me dire que mes modestes écrits stimulent… mais moi aussi, comme tout le monde, j’ai besoin d’être stimulé. Je déniche de vœux livres mais il est bon aussi de lire « de l’actuel » et en profondeur. « L’Actualité » me semble souvent léger, léger, léger. Pourquoi donc cela ?
Regard à ma fenêtre. Le ciel s’illumine. L’horizon au dessus des collines s’éclaircit. Il y a eu de petites averses. Le vent lève davantage. Aller à l’atelier, découper du carton blanc, mouiller les cubes de pâte de couleurs, fermer les yeux, me souvenir du « rouleau à vapeur », de la pelle « à stime », reprendre mes yeux de gamin poltron dans Villeray… Ne plus avoir peur ! J’y vais.

Le jeudi 15 août 2002

1-
Je dois avoir des palmes qui me poussent un peu partout. Que de séjours dans l’eau du lac ! Caniculaire, cette mi-août, vraiment suante. Humidex (cher facteur) régnait. Hier, tard, une rareté : de la pluie ! Ce matin. Un peu de fraîcheur dans l’air. Halte. Allez au journal enfin. Monceaux vastes de nuages au ciel, mais ça pourrait continuer la caniculade car le soleil se débat pour s’installer. À la cave-atelier, mes poils de chameau sur bâtonnets sèchent. Ma dernière série d’essais : hum, pas bien fort hélas. Douter de ses talents…sans cesse balancer entre un art illustratif commun et des audaces… Pas assez fréquemment. Il y a ce problème : disons que je veux montrer un laitier d’antan avec sa voiture à cheval, ou bien le vendeur de frites avec son sifflet-cheminée sur le toit de sa camionnette : ou bien je m’efforce de faire réaliste ou bien je tente de seulement offrir une image stylisée de ces bonshommes.
Balance maudite entre deux manières de peindre. N’étant pas un habile technicien du dessin, je rate souvent l’image « instructive », si je me tourne vers disons… un impressionnisme fou, c’est parfois sans définition captivante. Balance maudite. Bon, j’y arriverai à ce compromis des deux façons que je cherche fébrilement. Le temps presse maintenant… Brrr !
L’amie Josée —comme devenue la fille adoptive d’Aile— retournait à son boulot de scripte à la SRC ce matin. Quatre jours à écouter les badinages des deux filles. Aile passait 39 ans de sa vie dans l’Institution vénérable, elle y est fortement attachée. Forcément. Est très inquiète des orientations de son cher, très cher, alma-mater. Je trouve cela :touchant. Je n’ai pas cette dévotion. Mon existence —de 1956 à 1985— a fait que la télé n’était qu’une de mes occupations (journalisme, scénariste, romancier, etc.).
2-
Hier matin, départ à trois pour le Lac Tremblant. Une heure sur la route. Un quai. Un bateau vitré. Excursion autour de ce grand lac. Agréable. Fraîcheur sur l’onde. Le pilote décrit dans son micro les riches pavillons, raconte ensuite les débuts du site —aussi le temps des Abénakis— devenu fort populaire depuis ce pionnier visionnaire, l’Étatsunien Ryan, au début du 20 ième siècle. Un gamin, Gabriel, me captive —qui traîne dans mes parages. « J’irai à la vraie école maintenant » ! Questionnaire usuel pour l’entendre formuler des réponses d’une candeur formidable. Mon grand bonheur. Aile et Josée s’amusent des réparties naïves de cet ange-Gabriel bien bavard. L’interviewer malin en oublie de regarder les horizons décrits. À Saint-Jovite —où Josée passa tant d’étés— lunch aux « hot-dogs-frites », et trop de vinaigre… Le régal occasionnel chez nous trois.
« Happy hour » les pieds dans l’eau en fin d’après-midi. Nicole S., venue du voisinage, et sa camarade Danielle M., —pédalo bleu— accostaient chez nous. De nouveau potins et échos variés sur la SRC où les deux jeunes femmes blondes bossent toujours. Bière, limonade et… cerises de France. Malgré le grand saule, besoin de se tremper sans cesse. Je pense aux ouvriers dans les usines en ville. Aux malades, aux vieillards….Ouash ! Souper à trois sur la galerie —en été, on y prend tous nos repas— il est 22h. Aile : « Mon Dieu, les nouvelles » ! Un moment sacré pour elle, moi je préfère lire les actualités dans le journal. La poupée Barbie » —Véronique Mayrand— surgit chez Bureau au si beau bureau. Mignardeuse, « blondinette » de cinéma amerloque, babines bouffies, yeux pétillants :les prévisions de la météo.
3-
J’ai vite rejeté trois livres. Déceptions. Mauvais choix à la biblio locale. Thierry Séchan a consacré un lexique —dico rapide— à son fameux frérot, le chanteur Renaud. Platitudes. Un vain dictionnaire où l’hagiographie de cet « alcoo repenti » se répand. Prose flagorneuse et ennuyeuse. Intimités calculées. Autre ineptie : une vie de « César » (c’est le titre d’un tryptique) m’a vite déplu. L’horreur de ces biographies romancées. Comme si l’auteur avait noté les propos (même anodins) du grand vainqueur des Gaules. Rejeté. Et vite ! Puis j’ouvre un tome sur les Résistants aux nazis par Max Gallo. Ouash !Là aussi, plein de ces dialogues-bidon. Gallo qui fit du maquis durant la guerre installe, aux cotés des chefs connus, des héros romantiques. Imposture ? Pas vraiment. Un roman-roman raccroché à des fait réels. Incapable de lire ce mélange de fiction et histoire. Incapable.
De cette incapacité mon ennui fréquent en lisant le Bouchard (« Mistouk ») et le Germain (« Le château »). Ou encore ce « Un dimanche à la piscine à Kigali » de Courtemanche. Je préfèrerais un vrai livre d’histoire. Mauvais pour le palmarès-livres. Arlequin veille partout quoi !Tant pis pour moi. On me répète que le… procédé fonctionne bien et que cette sorte de « mélange » trouve un gros lectorat. Pourtant si, un jour, je réalise ce bouquin —qui me taraude— sur la Jasminerie de 1715 à aujourd’hui, il faudra bien que j’invente puisque je ne sais rien de mes ancêtres lointains. Bon, je ne ferai probablement jamais ce livre « historique ».
4-
Mardi soir, location du film : « Sans issue ». Le fils d’un médecin de village au Maine, étudiant en architecture, s’est amouraché d’une jolie femme, son aînée, séparée et qui a deux enfants. L’ex-mari rôde, menace. C’et un caractériel dangereux. Il va tuer ce rival honni. Le film raconte alors le désespoir des parents. Sissi Spacek joue excellemment la mère inconsolable. Le père, pas moins effondré, décide d’un plan de mort…Todd Field a réalisé un fort bon portrait d’une famille dévastée par la mort du seul continuateur de la lignée, assassiné par un batteur de femmes—fils d’un important proprio de conserverie— qui allait s’en tirer avec un petit cinq ans de prison… et encore. Histoire bien connue n’est-ce pas ? Terrible histoire.
J’ai donc sauté des passages (les bluettes inventées) du Bouchard et du Germain mais j’ai aimé leurs chapitres vraiment « historiques ». J’y ai glané avec joie les éphémérides et aussi des faits vrais et importants semés ici et là. Par exemple ce Ian Fleming (« James Bond ») au Château Frontenac, la visite du Hitchcock, de Churchill et Rosevelt, etc. Hélas, faits exploités ailleurs maintes fois !
Comme Gérard Bouchard, George-Hébert Germain fait entrer dans sa saga des personnages de fiction archi-connus, étrange amalgame, non ? Est-ce permis ? Rita Toulouse, le Guillaume Ploufffe, au Frontenac ! « Le survenant » ou la Maria Chapedelaine à « Mistouk » ? Et pas de permission à demander à madame Guêvremont ou à Roger Lemelin ? Ils sont morts mais les « ayant droit » ? ! Je n’oserais jamais faire de ces emprunts. Comme c’est faux, le livre alors me tombe des mains.
5-
RDI —« tu pense qu’on s’en aperçoit pas ?— est une machine de propagande fédéraliste fort active. Ce réseau doit faire saliver de joie les adversaires du pays québécois. Sans cesse, RDI nous impose des « petites » nouvelles des neuf autre provinces. Il peut bien y avoir un incident de taille, pas loin, en Nouvelle-Angleterre, silence total! Mandat « fédérat » oblige. On nous arrose d’éphémérides d’une insignifiance rare se déroulant à Saskaton, à Calgary ou à Edmunston. « Tu penses qu’on s’en aperçoit pas, les sires stipendiés de RDI, filiale de Radio-Canada » ? Certes, ces vils mercenaires, chefs des « pupitres biaisés », doivent gagner la vie… en couvrant la maudite confédération —qui n’en est pas une. Sheila Flag et Stéphane Aubépine, intéressés, se frottent les mains de satisfaction se disant : « peu à peu le public (innocent) de RDI finira par se captiver pour ces pays lointains de l’ouest. L’état du Maine, le Vermont, le New-Hampshire, l’État de New-York —à nos portes— c’est inexistant, inintéressant, c’est PAS le Canada ! RDI : un scandale. RDI :une imposture ! RDI : une fumisterie. RDI : manipulation « soviétique » par de fieffés propagandistes. Lavage de cerveaux québécois… quoi.
6-
Récréation ? Voici un moment de pur divertissement. Il sera permis de rire de moi, ça fait du bien à l’égo fat. J’ai lu d’une frippe —mince brochure qui se lit vite— les « Bonbons assortis » de Michel Tremblay. Pas aussi fort que mon « Enfant de Villeray », ça en manque ! Dramaturge avant tout (?) il se croit obligé d’émailler ces récits —souvenirs d’enfance— de « dialoguite ». Pas toujours bien consistants tous ces échanges de « répliques » parfois laborieuses. Mais, surdoué en la matière, expérimenté, on trouvera une bonne douzaine de « lines », pour parler USA. C’est peu. Pus grave, on sent le Tremblay devenu adulte, veillant au dessus de papa et de maman. Plutôt « pas plausible ». Par seul exemple, cette maman qui bafoue les enseignements religieux de ce temps, nargue les enseignants cathos de sp petit garçon candide (les Chinois à acheter). Se montre d’un farouche anticléricalisme. À moins que —après tout, on ne sait jamais— maman Tremblay —adoré de ce benjamin qui veut une poupée comme cadeau de Noël— fut une femme absolument hors du commun. Ayons des doutes ! Farci de tant de dialogues, mon « Enfant de Villeray » se gonflerait de ses 400 pages à 800, ma foi !
J’aurais pu me taire, n’est-ce pas ?, éviter surtout la comparaison mais on sait ma franchise —mon bonheur— de pas faire comme les prudents petits camarades !
« Bonbons assortis » n’est pas un petit livre ennuyeux, loin de là, mais on y trouvera pas la « vérité vraie », celle d’un enfant qui se souvient très franchement, qui raconte crûment —mis dans la peau du gamin qu’il fut. Ce merveilleux, ce fantastique brillant papa, par seul autre exemple, qui, très intelligemment, pédadogue rare, fait comprendre au fiston que le « Teddy bear » sera un complice important relève de l’auteur-adulte qui fait parler un père « imaginaire».
7-
Dimanche matin, on sort les vélos. Tôt. Du vent dans les branches des mélèzes, si beaux, sur le « Petit train du Nord ». Je chantonne en pédalant, cela me vient automatiquement. Déjà, dimanche matin, tout un carnaval vélocipédalant –petits vieux, enfants la langue sortie, dames accortes, athlètes rigoureux, grosses patapoufs suantes, minces alertes— troupe de vaillants pédaleurs dont je serais le « vieux fou chantant ».
Au retour, tenter de traverser —la diagonale du fou-des-gazettes— tous ces journaux « en retard ». Le député Lebel en querelle avec son Bloc pour avoir chicané raidement les accords-Landry avec les Montagnais. Son « chef » ? Rien qu’un ancien marxiste-léniniste », dit-il. Lebel parle du chef Gilles Duceppe le moins charismatique des cheufs. Cette façon d’exhiber l’adolescence « communiste » d’un leader me paraît d’un minable… Sharon-Arafat : prise 10, prise de mort annoncée.
Samedi matin, « La Presse », Marek Halter en entrevue. J’observe ce collègue depuis longtemps. Il intrigue. Souvent, je l’ai vu, rigolard, flegmatique, « clown » aussi. Un bouffon utile ? Ce juif de Pologne fit les beaux-arts d’abord. Et puis, exilé à Paris, étudia le mime avec le célèbre Marcel Marceau. Mystère :il est invité en « artiste résident » à la célèbre université, Harvard ! Soudain, il publie « La mémoire d’Abraham », le succès immédiat. Total. Une suite vient : « Les fils d’Abraham ». Un tome 2 quoi. Faut-il toujours exploiter un bon filon ?
Désormais bien coté en littérature mémorialiste, Marek Halter foncera. Plein de culot, il ira confesser et Arafat et Sharon. Des articles savoureux en sortiront. Ainsi il tente de jouer le « go betheen », le négociateur hors-normes. À la fin de l’entrevue : « Imaginez Arafat —je le lui ai suggéré— en saint Paul parlant aux Hébreux. « Je ne veux pas votre mort ni votre destruction. Je vous aime » ! Cela, dit Halter, lui gagnerait tous les nombreux (?) pacifistes d’Israël. Il ajoute : « J’ai conseillé à Sharon de parler de la même façon. « Un mensonge rendu public engage à jamais, conclue-t-il ». Ouais !Ouen !
L’eau monte à Prague. Et ailleurs aussi. Je cherche des lumières dans les « lettres ouvertes », c’est immanquable. Il y en a souvent. Vox populi… Aussi, des militants déguisés qui rédactionnent –sans aucun esprit libre— à partir des bureaux de leur parti politique. Pouah ! Au courrier : le Salon du livre de Rimouski me marque des dates. Bien. C’est noté. Mis à la gueule de la « petite main de cuivre » près des armoires de la cuisine. Aile consultera souvent et me préviendra, moi, le distrait.
8-
Vu samedi soir, « L’attentat » un bon film d’Yves Boisset. Sorte de jumeau d’un film de Costa-Gravas, genre « Z », ou « L’aveu ». Histoire inventée même si on songe beaucoup à l’enlèvement, en France, à Paris, du leader gauchiste marocain Ben Barqua. Ce fut aussi un film. C’est Morricone qui a fait la musique de « L’attentat » et l’on reconnaît son « lyrage » à l’harmonica, trade mark des étonnants films western de Leone. Étrange de voir l’ORTF (Radio-Canada de France jadis) collaborer à une sordide affaire politique, cela, avec le monde diplomatique du quai d’Orsay et la direction de la police française. Plausible ? Oh oui, hélas. Toutes ces ramifications bien reliées avec Washington et la CIA. Le mythomane cinéaste, Oliver Stone, en Europe, jouirait de tant de grands complots… et réels ceux-ci.
Lu : avoir une fille du type « tomboy » n’inquiète pas les pères, mais avoir un gars efféminé, délicat, cela, oh oui ! les inquiète beaucoup ! Vérité.
Lu : Le lesbianisme. La sortie du placard des athlètes. Via le tennis, c’est plus facile, car c’est un sport individuel. De solitude. Chez les sports d’équipe, il en va tout autrement. Il y a tous les autres autour.
Vu : À « Inside actors studio », Billy Christal (animateur fréquent aux Oscars). Surprise pour Aile et moi —pas bien américanisés— de découvrir qu’il erst un comédien aussi, et bon. Coté. C’est Jeff Wurzz qui réalise cette excellente série de télé regardée à ARTV. Vivant ave Aile, on comprendra que j’ai le besoin de nommer les réalisateurs. Si souvent, les commentateurs (de télé) omettent de le faire. Injustice.
Avec Depardieu en fier Jean Valjean —de Victor Hugo— on a regardé la première de cette série (à 40 millions $ de frais). L’acteur fameux, Marcovitch, brillant en policier acharné, Jalbert. « Les misérables » : quel mélodrame ! Sniff, sniff, Fanzine (Charlotte Gainsbourg) en jeune putain malade pour payer la pension de sa fillette Cosette chez les vilains Thénardier… Sniff, sniff… Que de grosses ficelles ! Que de « deus ex machina » ! Quelle sauce édifiante ! Moralisatrice souvent, ne pas craindre de le dire. Avoir la conviction pour qu’un ouvrage du genre soit « éternel » de ne pas craindre d’y brasser —à gros bouillons— les sentiments humains les plus éculés, les plus primaires. Hugo a osé. Il s’attirait ainsi des « Hugo hélas » à la André Gide mais… Mais ses histoires durent au gaillard à la plume abondante. Je pourrais pas, jamais. « Ah tu peux pas hein ? Bien, reste dans ta houache avec tes petits tirages, grand zazais puriste ! Et vlan à moi-même !
9-
Dans les gazettes, et cela depuis quelques jours, que de cris de protestation face aux « spots commerciaux », ça remue enfin dans les tribunes publiques. Je ne me sens moins seul. Les maudites pubs ! Cette plaie. Ce matin, une enquête révèle que TVA va parfois jusqu’à « 16 minutes l’heure » en réclame bruyante, à la SR, pour « La vie, la vie » ce sera 14, le permis du « 12 minutes à l’heure » (ce qui est trois fois trois) est bafoué. Pollution visuelle crasse sure tous les canaux. Et on apprend que l’auto-publicité n’est pas compté selon les critères de ce satané mollasson de CRTC. Non mais…
Fou, je dis à elle : « si on enregistrait tout une journée d’avance, on regarderait cela chaque lendemain —le nouvelles de la veille !— en faisant vite défiler les maudites pubs, non ? » Elle rit. Aile est moqueuse. C’est que j’en peux plus. Combien sommes-nous ? Mettre les pubs avant et à la fin d’une émission, jamais durant… Est-ce si impossible à demander ? Formerons-nous un jour une chaîne de solidarité mondiale ? Karl Jasmin dit : « Téléregardeurs du monde entier unissons-nous !
Jeudi dernier, retour de fête chez Dube et dodo Chemin Bates, au matin : le trou. L’horreur. Derrière notre pied-à-terre, un Monsieur Paquin installe les fondations du futur bloc de condos. C’est parti. Lettre « enregistrée » et obligation d’aller faire la queue à la poste rue Van Horne. Contenu : « Soyez prévenus, dit le bonhomme Paquin, va y avoir dynamitage ! » Merci. Filer au lac. Et tous ceux qui restent en ville ? Eh !
10-
Samedi, visite du clan-Boucher avec « le général » Pierre et son fils « le colonel » Claude, le prof Jacques, les épouses… et le chien géant ! Un énorme labrador noir qui nage comme un infirme ! On a bien ri, bien mangé, il faisait si beau. J’aime voir Aile questionnant ses deux frérots avec tendresse.
Le dire : il y a dans la saga du Lac Saint-Jean de Bouchard (« Mistouk ») des moments vraiment comiques parmi tant d’épreuves accablantes. Formidables passages. Des « veilleux » drolatiques. Farcesques. Des curés (avec un aspirant-archevêque à Roberval) inouïs. Des amérindiens (de Pointe-Bleue) émouvants. Un tas de scènes pittoresques. Son Alexis-le-trotteur est brossé avec fougue. Bouchard est aussi un homme de sciences sociales et cela lui a fait installer de vastes pans ethnologiques savoureux et utiles pour la mémoire de ses gens. Son héros, le beau, le parfait Roméo Tremblay, nous amène aux Etats-Unis fréquemment et nous fait voir l’exilé volontaire de jadis avec beaucoup de réalisme.
J’ai songé souvent en le lisant à la saga des Molson, lue récemment :deux mondes. Mêmes époques. Le richard brasseur prospère et les défricheurs, là-haut, dans la marde !
11-
Vendredi, nouvelles tentatives aux pinceaux : l’embaumeur M.Cloutier, le directeur de funérailles M.Turcotte, le bossu « Quasimodo », gardien de la patinoire publique, le buandier chinois… Pas fort, fort. Je me décourage pas. Reprendre ces thèmes, sans cesse….
Un projet me hante : une jeune fille et son papa qui est quitté par l’épouse volage…Il l’expédie en mission (en repérage !) sur la Côte Nord. Voir s’il pourrait pas y refaire sa vie de vétérinaire. Un besoin d’air pur, d’éloignement surtout. La beauté blonde s’amourache vite d’un rastaquouère séduisant, noir de poil, agitateur amérindien qui quitte, lui, le taxi, pour se réinstaller à Havre Saint-Pierre.
Bref, ce serait une adaptation pour la télé de mon roman, « Papa-papinachoix » publié en 2000. Suis-je fou ? Quoi ? On me dit si souvent que l’on souhaite —Téléfilm et cie— projeter un peu de lumière sur « les régions ». Mon projet aurait donc de bonnes chances d’être accepté. Quand montre-t-on ce vaste « pays d’en haut » ? Jamais. Cet été-là, nous avions tant aimé, Aile et moi, ce long littoral qui va de Tadoussac à Pointe-Parent —une réserve— tout au bout de la 138.
Suis-je fou, mon album même pas achevé… !
Aile a terminé « Les voleurs de beauté » de Pascal Bruckner. Des riches oisifs Kidnappent de belles jeunes fille, l;es enferment dans leur manoir. Aile : « C’est fou, c’est terrible, c’est tordu ! T’aimerais pas trop… » Elle me connaît. Je ne le lirai pas.
Le Bruckner, m’explique Aile, installe son roman à partir d’une idée. C’est un philosophe (nouveau !). Moi, jamais, je n’ai rédigé un roman via le monde des idées. Jamais. Je trouvais un personnage,. Une situation et je me jetais à l’eau. Je me racontais une histoire. Sans plan aucun. Je traquais la vie seulement. Je prends conscience qu’il y avait toujours la mort. Existe-il un autre sujet important au fond ? « Et puis tout est silence », mort annoncée de mon jeune héros. « La corde au cou », mort de la jeune maîtresse infidèle. « Délivrez-nous du mal », assassinat de l’homosexuel trompeur. « Éthel et le terroriste », mort par bombe du FLQ. « Pleure pas Germaine », mort de Rolande charcutée par une avorteuse. Je ne continue pas.
La mort. Raison de notre bonheur, être vivant, rester en vie. Quand, autour, meurent tant d’autres. Davantage avec les ans. Ma peine.
12-
Je suis renversé samedi matin, j’échappe de mon café quand l’amie Josée me lit —chronique nécrologique de « La presse » : « Est décédé F.-X. Renaud, 20 ans, dû à une complication résultant du départ de son âme sœur (!). Il laisse dans le deuil son amour éternel, melle C. Morel, ses deux enfants à venir (!), Gabriel et Mara … aussi « une foule innombrable de connaissances » (!). «Obsessionnel et grand utopique, il laissera en mémoire une personnalité grandiose (!) et romanesque ainsi que sa citation préférée : « Pour un guerrier, il n’existe pas d’amour impossible ».F.O.D. Non mais…
Lu sur David Lynch : « Je ne lis pas les journaux et ne regarde jamais la télé ». Eh bin ! « Assis, je rêve attendant d’attraper des idées. C’est comme aller à la pêche : des jours à rien prendre, l’hameçon est toujours là, un jour ça mord ». Non mais…
On imagine un acteur tout ordinaire et Beaunoyer nous raconte Marcel Lebœuf qui a une agence de bus (« Pause café »), une terre à en plus finir où il réinstalle le chêne, une chronique (dans « La Tribune »), de la radio, son théâtre d’été (à Kingsey Falls), qu’il donne des conférences dans les Bois-Francs (sur la gestion d’entreprise !). Enfin, Lebœuf est allé, à pied, 500 km, un mois, faire le célèbre pèlerinage à Compostelle, en Espagne. Il va jouer dans « Virginie », travaille à un « one-man show », sera à l’Olympia pour reprendre « Ladies night », et, dit-il, il a d’autres projets en marche ! Bon, me voilà rassuré, il y a plus compulsif et projeteur que moi. Ouf !
13-
Ce matin, bonheur ! Bérubé de La Presse nous parle du p’tit magasin de mon enfance, rue De Catelnau, « Chez Donat ». Là où j’allais pour des chapeaux de papa — à faire « bloquer »— pour le cirage de chaussures plus tard. On peut y aller voir, métro-Jean-Talon, c’est une toute petite boutique qui est toujours là, coin Berri. André a pris la relève de « papa Caldanori ». Demandez à André de voir les vieux moules en bois de pin du temps que les hommes portaient des chapeaux variés. Il les a gardé.
Lu : un Jésus aux femmes ! Un archevêque venu d’Argentine, Romulo Braschi, 60 ans, a ordonné à la prêtrise sept femmes au début du mois. Braschi, archevêque emprisonné et torturé en « Argentine des colonels », accuse l’église de Rome de « connivence » avec les bourreaux du temps. Il a donc pris ses distances avec le Vatican depuis et a fondé sa secte ( 13,000 membres) à Berlin. Le Saint-Siège ne reconnaît pas la patente de son évêque ! Faut-il le souligner.
14-
Je sors d’une lecture très étonnante. Histoire vraie. Un petit garçon chétif, à lunettes, découvre l’ordinateur (un vieux Commodore) sur les genoux de son pépé à Helsinski en Finlande. Le petit Linus Torvalds a cinq ans ! Fort en maths, il sera prof à l’université. En électronique bien entendu. Là, il va inventé (améliorant un système hollandais, Unix ) son Microsoft bien à lui. Va-t-il devenir comme Bill Gates multimilliardaire ? Non. Tenez-vous bien :il donne son invention. Il l’installe sur Internet et invite tous les internautes du monde entier à y ajouter des trucs, à améliorer son invention. Une seule loi : que ce soit toujours gratuit. Un club naît. Ils seront d’abord des milliers. Ils sont vingt-cinq millions désormais. Le système se nomme Linux. Emblème :un pingouin aux pattes et au bec orangé.
Fabuleuse histoire non ? J’ai passé les chapitres techniques. Il en reste, avec ce « Il était une fois Linux » (éditeur OEM) un récit incroyable. Torvalds s’exilera en Californie (Silicone Valley) où on l’invitait à organiser des applications technologiques à partir de ses découvertes. Il est devenu très riche et très célèbre dans ce domaine. Grosse maison, char luxueux, le fameux rival de Gates-le-monopolisateur, Crésus honni (et maintenant formellement accusé ) narre son parcours peu commun à David Diamond, journaliste californien spécialisé.
Linus Torvalds, génie reconnu, affirme péremptoirement que « les idéalistes sont assommants, angoissants » et qu’il n’a aucun respect pour eux. Imaginez mon étonnement ! Encore ? Qu’il n’y a que trois étapes dans la vie : la survie (niveau primaire de l’existence) l’organisation du social (niveau secondaire) et puis quoi ? Le divertissement. Tout mais absolument tout conduirait à cela : le divertissement. Même la guerre ? « Oui. CNN, c’est quoi ? C’est la guerre comme divertissement » dit-il. Parlez-moi d’une âme joyeuse ! Je me suis sondé —on a confiance aux génies— ce Torvalds n’a ni morale, ni éthique, ni « bobo » de conscience. Il est mon contraire ? Il proclame qu’il faut et sans se questionner faire confiance au progrès. Que même la manipulation de gênes, le clonage, tout quoi, toute découverte, innovation, doit être encouragées, mieux que tolérés ! Pour ce petit ex-gamin barnicleux, matheux, assis sur les genoux du grand-père… ce Linus Torvalds « seul le progrès technique est la bonne solution. À tout. En avant et silence les dissidents.
L’intelligence artificielle pourrait–elle dépasser celle des humains ? Pis ça dit Tirevalds ! S’en fout le Linus de Linux. Il répond : « aucune importance, on fera avec ». Ah oui, j’ai réfléchi et je suis encore à l’état de choc, sonné. S’il avait raison… Un livre séditieux en diable ce « Il était une fois Linux ».
Mon Marlou-Marleau se repointe. Joie. Mon dessin d’un regrattier de ruelle l’a stimulé et il s’est souvenu d’un merle graphiste, lui. En 1974, il mijotait dans de l’option arts plastiques. Iconoclaste, il ose rapprocher Sœur Madeleine Gagnon du…démon, disant qu’elle a parlé à Belzébuth le jour où elle me fit venir dans son antre de charité. Hon !
Autre abonné du journal, G.Tod. Cette fois, il me gronde. Avec raison. Oui, je suis candide. « Bienheureux les creux… », sermonnait le plus grand des prophètes, Jésus, le Galiléen. Il dit que « langue comme religion » servent à diviser les braves gens ! Bin… Non mais…un instant Tod ! Je le suis bin mal, l’escogriffe ! Il enrage cependant, avec raison, quand il se baguenaude dans nos terres, de voir tant de nos habitants souitcher illico à l’english dès qu’il l’ouvre. Je fais cela souvent. Avec les touristes des USA ou de l’Ontario. Je ne parle plus un traître mot de
La langue de Shakespeare seulement avec nos —racistes— anglophones nés ici, au Québec. Me comprendra-t-il ? Il se moque de la « capitale mondiale de la poésie » à Trois-Rivières, une fois l’an. Je lui donne raison ici. Une farce. Qui ne nuit à personne, remarquez, mais qui entretient des illusions.
Manon A. se rapproche. Il y aura un coup de fil. On ira vider un gobelet de houblon sans doute, samedi midi … Elle me dit qu’elle me fera signer son exemplaire de « La petite… chose ». Sans les illustrations —à venir. « Bin sûr », dirait Victor-le-Matamore, celui de « 3 pistaches » qui écrit sur Louis-le-matamore-Cyr.

Le vendredi 9 août 2002

1-
Beau début d’août québécois !Ça ne fait pas, hélas, grossir mon album d’illustrations. Je consigne des idées , des projets et ne vais pas m’installer à ma table à barbouilles ! Plaisir, une de mon fan-club, m’annonce qu’elle a mis avec joie mon « guenillou » en « fond d’écran ». Vif plaisir ! Daniel vient de « sortir du bois » nordique— sa courte retraite estivale en solitaire chaque année— avec son beau canot blanc. « J’ai visité trois lacs » me dit-il, je songe à Félix chantant : « j’ai deux rivières…trois montages à traverser ».Toujours mes craintes de vieux popa, s’il fallait… ce député dépité, perdu en forêt gatineauienne récemment, sa peur que l’on ne le retrouve jamais !
Hier, jeudi, journée de relaxation après notre soirée très arrosée chez les Dubois. Mimi avec Aile, au téléphone : « On a vidé sept (7) bouteilles ! ». Nous étions six ! C’est trop ! Nous étions si bien dans « ce beau jardIn » (Trenet), ce « jardin aimé » (Clémence). Six heures de jasettes, de farces, de plaisanteries et aussi de souvenirs —des récents et des très vieux quand l’on déterre (douleurs graves souvent) nos enfances.
Mon « grand six pieds » (Gauthier), André, s’interrogeait : Il y a vingt ans, je signe la mini-série « Laurier » —avec Carrier— depuis, à la SRC, pas un seul de mes projets ne fut accepté. Je fuis la paranoïa mais… » Il est satisfait de son « Kmh », à TVA, numéro 1 aux sondages mais… Dubos me révèle une histoire que j’ai trouvé plutôt écœurante : « Un jour, au temps de nos « Vaut mieux en rire », devant le chef des dramatique du temps (Richard Martin), Ubaldo Fasano, mon co-producteur, et moi on développe un projet inédit. Des jeunes équipes de hockey, rivalités terribles, Québec-Montréal, aussi —s’y mêlant— histoire d’amour. Martin en joie : « Hockey et amour, parfait, idée géniale ». Nous écrivons les textes-synopsis (payés) et puis..tout est silence !Or, un peu plus tard, la SRC annonce une série… sur « hockey et amour » ! Auteur : Réjean Tremblay, producteur : Claude Héroux débauchant le même Martin de la SRC, se l’attachant comme producteur-exécutif. Peux-tu imaginer notre stupéfaction, Claude ? Tremblay déclarera en entrevue que « cette idée » traînait dans un fond de tiroir à la SRC ! »
J’en reste baba.
Chaque auteur a-t-il de ces histoires ? Je me retenais de revendiquer pour ne pas sembler surenchérir sur André. Moi itou : abandon par la SRC de 1985 à 1995 (on me questionne si souvent : « vous écrivez plus pour la télé ?) que de projets refusés. Un : Lise Chayer, réalisateure, avait accepté et voulait réaliser mon projet « La petite bourgeoisie », narrer la bourgeoisie en banlieue (Bordeaux) les années 1960 quoi. Échec. Refus. J’offre « Coulisses » le monde des artisans des coulisses d’un théâtre. Avec Daniel , je développe quatre textes (payés). Refus encore. Ensuite ce sera « Douze heures »—un Pinocchio, robot futuriste comique, conçu par Daniel, puis « Le procès Rimbaud-Verlaine », puis «Gens de radio », puis.. Je me souviens plus… Récemment mon « polar » avec un retraité des médias. Non, je ne fais plus de projet-télé, merci. Mon journal et mes illustrations. Ça me suffit.
Ce matin, gazette, Marchand de CKAC : « Le défilé-homos ? « Un show de tapettes », disent mes camarades homos… qui n’y vont pas. Il ajoute : « Certaines « gommes » y paradent volontiers ? Des politichiens, par intérêt électoral ». Les opposants se multiplient. Clair : les homos devraient abandonner cette « parade pour voyeurs hétéros » qui ricanent.
Bizarrerie, même journal : Nicole D.-S. : « J’avais pardonné au tueur (involontaire-alcool et drogue) de ma fille Patricia (affaire-Steve Rousseau libéré récemment) mais un an après, je ne pardonne plus. Comment maintenant pardonner —exonération totale de Rousseau— à cette sorte de honteuse justice ? » La mère éplorée —« une perte, inconsolable, pour la vie entière »— rage scandalisée.
Il y a pire ? En Californie vague de rapts par des vicieux. Deux filles violées, pas longtemps après leur grave mésaventure, vont, volontiers, raconter « on camera » leur affreux drame à la NBC. « Scandaleux », dit le Washington-Post. Le Doublevé en remet, compare ces viols au terrorisme, écrit Hétu, basé aux USA : « Ce W.B. : tout pour stresser davantage la population ». Autre étonnant fait : « Oui, disent les victimes, en effet, cela a installé un lien, à jamais, avec notre violenteur » —capturé depuis et mis en geôle. Téléspectateurs du « genre » complètement rivés alors à l’écran. Quel monde !
Chiffres : sondages, il y aurait 2% d’homos, aux USA comme en Europe. Pas 10% comme l’affirme sans cesse le milieu. Mais 1,8 % en seraient vraiment. (Lesbiennes : 1,2 %.) Bi-sexualité pour le reste. Ah ! 1% de ce 2% veulent le mariage. Ah ! Combien voudront bientôt le divorce si le mariage fonctionne comme avec les jeunes hétéros ? Oh ! Quel monde !
Palestine : l’axe des fous ? Comme Sharon, à une autre échelle certes, P. Eliott-Trudeau —et ses sbires, Lalonde et cie.— voyaient, en octobre 1970, tous les Québécois en virtuels terroristes. Lui aussi, l’armée partout, les mesures de guerre et les rafles imbéciles de dissidents pacifiques. Bégaiements de l’histoire sans cesse.
Ce matin, d’’une oreille enchantée, j’entendais à la radio publique le beaux rires en cascades chaleureuses, communicatifs, de la chanteuse Nathalie Choquette et je lisais Lebel, député du Bloc, qui, révolté, fustigeait les accords avec les Innus (ex-Montagnais) de la Côte-Nord, signés par Landry. « Continuons, excitons tous les autres « autochtones » et il nous restera, comme territoire national, les trottoirs de la rue Saint-Denis et les vieux Remparts à Québec » Ce Lebel n’avale pas du tout le 377 millions à verser, le 3% de partage des profits des ressources à explorer. Enragé noir ! Et nous, les Jasmin, des « arrivés avant » tant de monde au village Saint-Laurent ? Pourrait-on ravoir nos terres devenus centres commerciaux et zones industrielles ? Quoi, moi itou, j’aime bien revendiquer. Avec de bons avocats, bien retors, payés par les taxes de tous, y aurait pas « une passe » à faire, sûr ? Un mot « enphytéoté » m’a frappé comme un roc erratique ! Le monde…que je vous dis.
Denis Gaumond, lui, cogne fort, ce matin, sur les Angeot de McGill et autres universitaires scandalisés par l’attentat à l’Université Hébraïque comme si le autres attentats étaient moins graves. Gaumond me rejoint quand il signale les lâchetés —épouvantables quand on y songe— des universitaires, rappelant qu’en Allemagne des années ’30, les universitaires, les profs, les intellectuels,, les journalistes et toute « l’archigagne » des instruits ne se levèrent pas en bloc pour stopper le fascisme raciste de leur leader, Adolf Hitler. J’y songe souvent à cette dure vérité. Il est bon qu’un Gaumond rappelle que de nobles universitaires travaillent avec acharnement à des plans morbides —il énumère une liste de projets épeurants, d’une fatalité inouïe.
Hier soir, une vie du chanteur et acteur Yves Montand, réalisation de Jean Labib. Une bande-son pourrie. Inaudible. T.Q. achète cela ? Une vie morcelée, fragmentée, avec des redondances et quelques « silences-oublis » curieux. Captivant tout de même de revoir Budapest puis Prague écrasés par les Russes en tanks. Avec ces horreurs débutait la lucidité des intellos en France, finissait le leurre « Paix-via-l’URSS », foutaise adaptée par les Picasso et autres niais, dont Montand. Mais le son…Pouah ! Du dumping pas cher ? Aile, honnissant les « steppettes » ridicules du Montand-en-scène, montait (!)…se coucher avec monsieur Bruckner. J’ai rien dit, pas pipé un seul mot.
Nos amis, les Dubois, s’en vont trois semaines en Europe. Côte d’Azur et la Corse. Maudits riches ! « Vendôme » va si bien, nouveaux projets de télé acceptés récemment. Ma jalousie ? Pas sûr. La frousse des inconvénients du tourisme actuel. Dube n’a pas de chalet au bord d’un lac lui. Ah ! Pour la mi-septembre, projet d’un chalet loué, à six, à Wells Beach, Maine. Aile le veut aussi. Fort. Ah, revoir la mer.
Hier, zappetant, docu sur la (fameuse jadis) céramique beauceronne et j’entends des noms familiers d’artisans connus : Jean Cartier (mort hélas), Garnier (mort aussi ?), Maurice Savoie (vivant lui). « Compagnons des mauvais jours… », chantait, tiens, Montand… La céramique… comme un lancinant souvenir, un regret mal enterré : être devenu céramiste comme le destin semblait l’exiger, mais non, être devenu polygraphe plutôt. Mystère qui m’importune de temps en temps. C’est bête. La conviction qu’un avocat qui voulait faire médecine… qu’un architecte qui voulait faire polytechnique… qu’un plombier viré électricien… Folie, allons, la vie —ses hasards, les circonstances— décide à notre place. Accepter cela en paix.
J’ai plongé, hier midi, dans le « Mistouk » (arbres noyés en amérindien) de Bouchard. Au début, plein de noms, sorte de vaste mographie de paroisse, un peu fastidieux mais, peu à peu, on s’attache à ce Roméo (un Noé !) un « Grand six pieds » (Gauthier !) débrouillard. Sa saga va de 1890… jusqu’à nos jours (m’a dit Aile), le « déluge » saguenayien bien connu. Bouchard signe un de mes vagues projets quand je souhaite raconter les miens, saga jasminienne, avec « le petit soldat », régiment de Repentigny, Aubin, exilé du Poitou, en 1715, s’installant dans la forêt à l’ouest du minuscule village-Saint-Laurent. Sys tenu avec un jeune Méo songeant à s’exiler à Woonsockett, Rhode Island, où de sa patenté ramasse un peu de fric (en usines) pour revenir acheter de la terre publique. C’est bon.
Aile estime —« mais c’est terrifiant »— « Les voleurs de beauté » (Grasset) de Pascal Bruckner, aussi nouveau philosophe médiatisé. Hâte de la suivre dans ce roman, me sens comme à sa remorque et cela m’amuse. Avantage de pouvoir, plus tard, jaser sur les mêmes lectures. Exemple : « le Bouchard met trop de vains détails, non ? C’est un peu lassant ». Aile : « Continue, tu vas voir, sa série sur les quêteux, sa série sur les curés du Lac Saint-Jean, très amusant, continue… » Je continue.
Le ciel se couvre, on dirait…bien, aller enfin à de nouvelles illustrations… Réussir mon petit tableau : « Italiennes aux pissenlits ».

Le jeudi 1er août 2002

1-
Hourrah ! le beau temps se continue. J’ouvre l’œil (expression comique) et j’observe de ma fenêtre de chambre, les jolies taches de bleu, rouge, jaune sur la rive opposée. Ce sont des pédalos amarrés des condos « Villa Major ». Hier, on invite ma fille et mon marcogendre…Quoi? Marc est déjà de retour à son ministère (Famille) rue Fullum ! Ils viendont, promis, samedi. Hâte. Le clan d’Aile, l’autre week-end. Ça ne cesse pas la belle « vésite » quand on a un chalet-dans-le-nord, c’est connu. Je nage et le rat musqué (ou bien son frère ?) me côtoie avec sa branchette dans la gueule, vaillant comme un castor. Des poissons font des sauts étonnants ici et là. Gare à vous moustiques de toutes sortes ! Si chaud…que… nagettes sans cesse. Nager sur le dos, pour revenir, m’est une joie. Un bonheur rare. On est comme moins lourds. Fascinant. J’y resterais des heures !
Zappeting, hier, après-souper : je vais toujours, toujours, au 31, Canal D —un procès sordide célèbre en Californie avec ce coco de narrateur, voix hors-champ, qui semble toujours ronronner, ronfler une conne pub de « Canadian Tire— au 43 pour Historia, Lacoursière, « speedé », parle des Amérindiens Pétuns d’où le mot « pétuner » pour fumer, dit que des gamins de 4 ans fumaient jadis, on disait « pour aller chez Joseph, c’est à trois pipées d’icitte ! », la notion d’enfance n’existait car un enfant dès 7 ou 8 ans devenait un travailleur agricole comme son poupa. Lacoursière, longtemps méprisé par ses collègues excelle en vulgarisation et est fort bien documenté— à TV-5, le 19, à Artv, canal 28, à T.Q. Bien rarement ailleurs. Charron parfois ennuyeux —cette M.-H. Bizier, insupportable avec ses bafouillages. « Pu’ capab’ » ! Avignon 2002, une jeune chorégraphe allemande explique « le corps », le formalisme triomphe partout, coté avant-garde, avec sa quête acharnée de symbolisme, époque du visuel gagnant, avec gadgets, bébelles et acrobaties folichonnes et aussi, parfois, des images renversantes, hors du commun. La pensée… pas le temps.
À mes chers canaux, il y a des pubs, partout, hélas. Zap, zap, zap ! Aile en a fini avec restes et lave-vaisselle et c’est l’heure du film loué. J’aime. On se carre.
Je regrette mon anglais plus que très chétif, obligation alors de voir les (fréquents) bons films américains « doublés » et bien mal le plus souvent. Hélas, le grand public ne supporte pas le sous-titrage, c’est très regrettable. « Chambre à louer » est un film drôle et triste à la fois. Il raconte les déboires (loufoques) d’un jeune et bel auteur inconnu Égyptien qui veut devenir scripteur à Hollywood un jour (eh !) comme tous les exilés rêveurs et colonisés. Émigré à Londres, sans via, sans permis de travail, ses pirouettes se terminent en un fort amusant « conte de fée ». Scénario d’un maghrébin et réalisation d’El Hagar fort brillante. Aile enchantée comme moi de ce « Chambre à louer » ; munie d’une liste, elle trouve, fréquemment, avec bonheur.
Après ? Fin des fées ! Aux actualités : une Caisse Desjardins, associée à un bandit, ramassent son lot de cupides rares (promesse : 50% d’intérêt !) qui se font flouer (domaine immobilier) et maintenant ce cocus râlent contre leur Caisse ! Bin bon pour vous autres les avides en spéculations faciles, bin bon !
2-
Un saint mexicain enfin ? Je me souvenais d’un film avec notre François Rozet : « Notre-Dame de la Guadeloupe », vu en sous-sol d’église à dix ans. Cette Vierge immaculé, négroïde, fit des signes (lourdiens, fatimatiens) à ce nouveau saint. Il y a controverse sur ce saint-là et menée par une archevêque sceptique. Bof : le pape décide, « he is the big boss » ! Un cardinal —« papabile » sur dix aspirants au Saint-Siège— voulait « son » saint. Il l’a eu. Souvenir : en 1980, entrant à Saint-Pierre, mon ahurissement de voir au dessus du maître-autel, une chaise ! Oui, oui, un fauteuil ! C’était le symbole. Menuiserie de bronze et doré !
À propos de ces vierges noires, je l’ai dit, souvent d’antiques sculptures de Marie noircissaient avec les décennies. De là, plusieurs Vierges noirâtres.
Ça jase « harcèlement moral » au Point. Je dis à Aile : « Les victimes des patrons sadiques : des fragiles, des mous aussi, non ? » Deux victimes témoignent :une bien molle en effet mais aussi une « avec forte échine » ! Ah bon ! Qui n’a pas connu le petit despote gradé dans ses entourages ? Au réseau français de Radio-Canada, il ne faisait pas long feu, l’on se regroupait, grogne organisée et vite, dehors ! Ou transmuté à Ottawa.
Essais hier : content. Des moinillons, en petits Saint-Antoine, rue Dante, une Fête-Dieu, rue De Castelnau, un christ couronné d’épines, éclabousseur de son sang, un Crucifié géant (à Saint-Cécile) au-dessus d’un gamin qui cache son arme, une fronde. Oui, pas mécontent. Je me suis souvenu des aquarelles « à châteaux » de Hugo vu « chez lui » à Paris, belle Place des Vosges, au numéro 7. Alors je songe à un fort bien bancal —de garnements— avec, au ciel, leur « rêve » d’un château-dongeon-forteresse. Hâte de retourner à mes jus colorés. Ce matin, achat de papier et des blocs neufs de peinture.
Justement, téléphone de cette Francine-organisateure avant-hier : « Tout baigne, l’expo va se faire début octobre. J’ai questionné des gens du Musée, votre cote serait dans le mille dollars ! » Je répond : « Ne rêvez pas, Francine, si vous obtenez 500 tomates par aquarelle, ce sera miraculeux ! » Elle proteste : « Vous vous sous-évaluez ! » On a bien ri. C’est qu’elle veut beaucoup de fric pour ouvrir son centre culturel dans Saint-Arsène, rue Bélanger, angle Christophe-Colomb. Avec une part pour aider « La maisonnette » de Sœur Gagnon, tel que promis.
Soucy chez « Sogides-Typo » m’a dit : « D’abord, avant l’encadreur, tu m’apportes tes image pour « le scanning » ici, oublie pas ». Cette « PetIte patrie » toute illustrée par « la main de son auteur » sortIrait chez « Typo » dans un an ou deux. PATIENTIA !
3-
Hier soir, pizza végétarienne (au four) chez « Grand’pa », à Val David, avec les J., nos voisins. La patronne, une Française installée ici à jamais, « endure » son dernier été : « Très difficile de dénicher du personnel efficace ». C’est vendu. Présentation —un Français aussi— de son acheteur. Bonne bouille : « Craignez pas, je ne changerai rien, ça marche si bien ». Bon. Jasette en quatuor : nos anciens « voyagements ». Pauline et Jean-Paul sont allés un peu partout plus jeunes. Tiraillement : sédentaires, on a la paix, partir (pour des aînés) c’est les attentes, le délais, l’impatience, les risques de déception, etc.
Avant qu’elle ne redevienne si populaire, Françoise Faucher… et moi, on imaginait des « voyages organisés » avec nous deux comme guides ! Une idée restée en jachère.
Au retour de Val David, docu (au D) sur l’acteur Chris Reeves, le —« Superman 1-2-3-4— bien connu, tombé un jour de son pur-sang et, à jamais coincé dans son fauteuil-roulant, très gravement paralysé. Hagiographie. Complaisance des amis : « Il était un homme parfait ». Reeves dira que le divorce de ses parents avait été un choc… énorme. Encore un ! Il s’en trouvera, dit-il, incapable de se marier ! Ce matin, gazette, un autre : « divorce des parents et choc affreux, très perturbateur ! Décidément… Je me félicite donc d’avoir attendu que mes enfants soient de jeunes adultes avant de me séparer. Satisfecit facile ?
À la télé : « en deux ans, 2,00 tués au Proche-Orient en chamaille », bombe meurtrière encore hier à l’Université Hébraïque. Cantine ensanglantée. L’horreur et puis —la télé va si vite— tas de dauphins géants à l’agonie sur une jolie plage au Cap Cod.
Segment des souvenir : à Percé, en 1979, énorme baleine échouée. Sang et sable. Yvonne (mère d’Aile) écœurée du sombre spectacle. En avoir vu 30 ou 40…brrr ! Mystère : perte du radar bio, infection par virus inconnu, on sait pas encore.
4-
Y revenir : la laideur insoutenable du décor pompier au studio des nouvelles à cette télé publique. Maquillage ($$$) de parvenu, de nouveau riche, plus je le vois, plus je suis insulté. Tout ce clinquant métallique comme si le Téléjournal était un show de rock and roll ! Qui a osé approuver un tel chiard prétentieux ? Qui ? Un journaliste alerté me le dira-t-il bientôt ? Il faut mettre au piloris une « direction » aussi conne, non ?
J’écoute, télé toujours —Aile médusée aussi—, ce Cubain d’ici qui parle de ses concitoyens qui, comme lui, veulent (venus au festival catho de Toronto) abandonner Cuba. Il dit clairement que l’on se sent traître les premiers temps. Comme « un salaud » qui a quitté lâchement sa culture, ses gens, son pays…Je me disais souvent cela, je voulais, je l’ai dit, questionner un Dany Laferrière abandonnant les siens… Dostooïevsky : « Être apatride est le pire des malheurs ».
Articles fréquents sur qui est responsable de ces enfants mal éduqués: familles ou écoles ? Aile —« the tongue in the cheek »— à Val David : « Ah, plus de religion, donc pus de code moral ! »
Ma Germaine de mère éduquait. Le mal existait, la méchanceté était une réalité. Nous écoutions parler entre eux maman et papa : « Quelle méchanceté terrible, effrayant. Médisance, pire : calomnie, c’est mal ce qu’elle a fait, cette voisine. Ce voisin… » Ainsi nous était communiqué « qu’il fallait se démarquer du mal » Le mal ? Notion disparue de nos jours ? Eh oui, soyons moderne et « tout est relatif ». « Ne jugeons pas ! Jamais ! », ce leurre. Comment bien grandir, correctement, sans aucun code moral, sans déontologie minimum, sans éthique essentielle, sans critères, ni balises, comment ?
« Ah !, dit l’ami Jean-Paul —qui s’inquiète de ses petits-enfants un peu perdus— plus de mère au foyer ! Maison vide à quinze heures et demi, dix mois par année. Personne pour recevoir l’enfant rentrant de l’école ».
Quatre vieux schnockes n’est-ce pas ?
5-
Soudain, je sursaute, pluie forte. Brève. Quoi, fin du beau temps ? Angoisse ! Nuages se multipliant. Combat du blanc contre le bleu du ciel. Toujours ce « ça va pas durer tous ces beaux jours »! Effet du judéo-christianisme bien catastrophiste ? Le vieux Grec, lui, fataliste : la sagesse ?
Je lis « une écriture fragmentée », oh ! Bon titre pour le journal : « La vie fragmentée ». Aile dit : « Fragments », juste ça ? » Chez Lanctôt, j’ai déjà mis pour un roman à clés : « La vie suspendue ». J’hésite : « À coeur de jour », ou « À cœur ouvert ». Vic décidera tiens !
Michèle Richard, chanteuse : « La séparation de mes parents fut un choc terrible ». Encore ? À Jean Beaunoyer —reporter suractif— aimant se livrer —telle une Reno— Richard jase volontiers de son mari en prison (pour fraudes) qu’elle aime encore : « Un gars qui avait pas eu d’enfance. Comme moi ». Elle chantait dans des cabarets enfant, quand les autres, autour, jouaient à la balle, à tag, aux poupées. « Miserere » de ces petits singes dressés dont on tire des sous ?
Débat actuel. Pour ou contre : imiter la Suède qui punit les clients de putains et protègent les prostituées ? Pleine page dans Le Devoir. Je suis suédois. Là-bas, baisse notable de la prostitution depuis cette loi. Eh ! J’ai souvent souhaité publiquement que l’on poursuive ces névrosés, sans eux, moins d’abus des —jeunes— corps. Féminins ou masculins. Toujours des démunis, des pauvres, vous aviez remarqué ? Une intello bien connue, Gisèle Halimi, sort son « distinguo ». Qui me fait répéter cette farce : le portier d’un club « Pour intellectuels seulement » questionne : « Vous faire entrer ici ? Êtes-vous vraiment un intellectuel ? » Le quidam : « Euh…distinguons d’abord le mot… » Le portier : « Entrez, entrez »!
6-
Cher courrier électrique : Lionel L., 58 ans, de Joliette. Il a visité la maison de Félix aux Chenaux de Vaudreuil (1959), celle d’Ernest Hemingway aussi à Key-west. Vendredi, il cherche la maison d’Aile (qui l’a eu pour une chanson en 1973). Caméscope : « Zoom sur la parure en haut de votre porte… », me dit-il. Or, il n’y en a pas. Un loustic le guidait : « Jasmin? Maison aux persiennes oranges (chut : noires sont mes persiennes), impasse-Grignon ». Pas ma rue, mais mon joliettain fureteur était pas loin. M’ayant entendu —Cbf-fm— converser avec Nadeau, il craint de « ne pas voir venir cette civilisation autre », comme je l’espère. Moi, l’optimiste à tout crin, je rêve.
Claude S., étonnant correspondant, me révèle que tous nos « produiseurs de nourriture » seraient forcés —par notre très puissant lobby juif— à « cachèriser » tout ce qu’on bouffe ou presque ! Lire, dit-il le « Protégez-vous » d’août. Et que nous payons tous en conséquence « sans être de foi rabbinique » ! « Une taxe », dit-il. Il m’a amusé et puis j’y ai songé :injustice en effet ? Il m’apprend que Jacques Attali (« Les juifs, le monde et l’argent) affirme que « le capitalisme est une invention des Juifs ». Claude dit : « Ont-ils inventé aussi « ce taxage » (par 1.2 % de la population) sur les aliments »?
Manon A. a apprécié mes propos à Nadeau sur « les enfants de Borduas » maganés, et les compagnes donc ! Jeune, elle me jalouse d’avoir vécu les débuts fringants de la télé d’ici. Oh, il y a eu aussi des « noirceurs ». J’en parlerai un jour. Oui, hélas, tout est « formaté » commercialement désormais, elle a bien raison. Elle lit mon « Alice vous fait dire bonsoir », je lui ai parlé de ce polar (« mon meilleur » disait Martel !). J’arrivais, avec Aile, de la rue Cherrier, à cette rue Querbes à Outremont. J’habitais le 360 et mon voisin (papa de Renée Claude) avait, lui, le numéro 354 ! Il n’y a donc pas, rue Querbes, de 356 ni 358. Ce sont les adresses (fictives) des deux maisons où se déroule le drame terrifiant d’ « Alice… ».
Aile voyage comme Manon A. à… Outremont. Elle vit au Lac-Saint-Jean —en ses pionniers efforts— avec le roman-saga, « Mistouk » (bien laide couverture de Boréal-éditeur !) du frère de Lucien, le Gérard Bouchard sociologue. Me dit que c’est maladroit comme prose, amateur même parfois, mais qu’il y a une vérité historique qui la captive. « Tu veux un exemple, dit-elle ? Bouchard parle d’un pionnier, médecin-accoucheur, qui se tape souvent un petit « somme » en se couchant aux cotés de sa parturiente (!), lui disant : « Dans votre état, madame, vous n’avez rien à craindre de moi ».
J’aime ça ! Je le lirai donc.
Gilles G. me révèle que le CRTC (surveillant des ondes !) s’était opposé —les salauds— à la télé franco de l’Ontario qui souhaitait l’obligation par les cablodistributeurs d’intégrer ce Télé-Québec ontarien. Gilles G. m’apprend aussi qu’en Abitibi comme en Acadie, TFO rentre ! Maudit Cogeco des Laurentides ! Maudit CRTC du diable !
7-
Mon G.Tod, prof de français en Caroline —pour des Noires démunies— est-il mal informé ? Il prétend que Vigneault a accepté le Prix-« Governor » ottawaïen. Il avait refusé. L’anarchiste reproche au « Couac » de ne pas le publier. Qu’il ne vote plus pour Nader (?). Qu’il a vu, en ses manoirs privés, un jour, les pancartes « No trespassing » chez le libéral Teddy Kennedy. Enfin que son bon sens « de l’humour » le prémuni de toute parano.
Son lamento « on édite pas le réfractaire, le dissident m’énerve. allons, il y a des livres qui sortent et qui fessent. Cher Tod grognon, foncez, creusez, dégainez-vous, accusez, stigmatisez avec une cruauté impitoyable « l’american way of life » qui vous pèse, qui assomme. Ne craignez pas de river de gros clous. Dites tout. Candidement épouvantable. Naïvement sincère. Devenez vraiment la fureur, un enragé, celui qui en a assez d’une riche contrée toute puissante minée par cent aspects malodorants. Ayez aussi l’impudeur de celui qui raconte tout sur lui. Ça fait mal. C’est difficile. Parler aussi de propres lâchetés. Nos compromissions qui énervent. Des secrets intime éventés, il sera lumineux, ce manuscrit. Devenez fragile, nu, sacrificiel.
Le peut-il ? A-t-il peur de sa propre demi-lucidité à faire péter ? Est-il disposé à crever tous les abcès ? Trouvez le nécesaire et rare courage de vous e mettre à blanc. Allez Tod, à bas la concorde moche ! Soyez capable de dévisager, de démasquer vos amis, vos parents, vous-même…tous les sépulcres blanchis. Vous verrez, si vous arrivez à cracher tout ce pus, à décaper toute cette gangue pourrie qui recouvre, chez vous l’amerloque (amer loque), la civilisation actuelle nord-américaine, un éditeur s’empressera de publier votre essentielle clameur, voulez-vous gager ? Il vous faut l’énergie totale pour vous délivrer. De tout. De tout ce qui vous pèse sur le coeur. Soyez pire que franc, sans concession aucune. Comme si c’était votre dernier temps à vivre ici. Faites scandale de l’effrayante incurie, de l’épouvantable inconscience étatsusinienne, vous verrez, vous deviendrez une sorte de hérault national, très conspué, honni par vos adversaires, les conservateurs ronflards. La gauche toute entière vous applaudira. Soyez excessif.
Assez… G. Tod, de Concord, l’organisera peut-être ce bombardement —« les mots peuvent tuer », Sartre— qui s’impose quand on voit la cruelle et flagrante disproportion —intolérable— entre ceux (nous tous) qui ont et ceux qui n’ont rien. Ah, si j’étais, comme lui —enfant mal dans sa peau— des USA, et jeune, je cognerais, je cognerais. Seul un Étatsunien peut frapper. Chez lui. À lui de jouer ou de continuer à râler ordinairement.
Claude G., lui, fit du « Grasset », comme on dirait faire du « pen ». Ex-fonctionnaire fédéral, il sait ce qu’il dit face à l’astuce bilingue-muti-culs du traître national en chef, Trudeau, le héros des blokes. Visée : la dilution. Nous tous en une petite facette —on sera quoi 10% du Canada dans…bientôt, ce sera alors : vos gueules, minoritaires insignifiants— de la chère chérie mosaïque canadian, surtout pas en nation. Il me fait lire son amusante paraphrase sur une fable du génial Lafontaine pas piqué des vers (« Les animaux malades… »). Merci à lui.
Gros nuages partout. Aller lire au bord de l’eau ou bien mouiller ma nouvelle boîte de couleurs…Hum !
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Le dimanche 30 juin 2002

Le dimanche 30 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Ouf ! C’est fini. Voici juillet. Demain. Congé de journal ? On verra. Certains jours d’orage, je reviendrai à ma petite machine mettre de l’ordre dans mes notes de calepin. Je vais expédier ce « tout juin » chez Victor-le-matamore du bien-bas-du-fleuve et sa tartineuse, Martine (Au but) saisira mon texte. Saisir ? Hum !
Ils sont venus. Mon Daniel toujours fier de sa neuve fausse-jeep, le beau Thomas, et Lynn la noiraude espiègle, Du Sommet (pas si bleu), Paul et Carole, sœur de ma bru, —ma dépanneuse émérite en ordi— descendaient aussi vers notre rivage. Deux petites cabotes, Lili et Zoé, se tiraillaient un bout de bois, ououf, ououf ! Baignades à répétition. Jasettes et puis trempette (aux légumes crus) offerte par l’experte Aile. Bières et limonades.
Le papi bienheureux en oubliait volontiers le beau bloc à papier-aquarelle qui l’attendait pas loin. Plus tard ! La sainte paix dominicale. L’été bien installé enfin.
En soirée revoyons, à TQ, un film cocasse :« ce roi fou un temps, Georges le numéro 3 ». J’ai rapproché le curieux roman de MacDonald, je veux terminer son « coffre de cèdre ».
2-
Il y a un zigue étonnant, un certain G.Tod, qui me tient parfois au courant de ses activités poétiques. Un anarchiste ? Un jeune ermite grouillant en quête de combats gauchistes ? Je ne sais trop encore. Il est de Concord, USA. Il aime le Québec. Il vient parfois ici, rue Saint-Hubert, pour réciter des strophes chez « L’inspecteur Épingle » devant « un parterre d’ivrognes », spécifie-t-il. Il semble bien connaître nos ébats (littéraires) et débats (politiques). L’ordinateur nous amène ainsi de ces correspondants hors du commun. Ainsi, le cher Marleau, lui, m’encourageait hier — et vivement, spirituellement— à ne pas passer la batte « aquarellisante » à un autre…que moi. Chaud au coeur.
Ce « poche » signé Hawking refermé, il me taraude avec ses calculs si renversants. Son histoire des jumeaux dont celui installé sur une haute montagne vieillissant moins vite que son frère !!! J’en reste baba ! Il m’a fait voyager entre Bing bang, bing, bing et bang bang et, à la fin (il n’en est pas certain) le grand Crush ! Des Jésuites savants l’invitèrent (lui et d’autres astrophysiciens) à jaser cosmos avec le pape à Rome.
Le Vatican si content depuis que les physiciens acceptèrent l’idée d’ un « début », d’un commencement de l’univers.« Ah, la Bible le disait bien ! Il y a eu un commencement…une création du monde ». Il n’y aura plus « l’obscurantisme catholique » enfin, ni un Galilée numéro 2 ? Non, plus jamais. Stephen Hawking, la langue dans la joue, laisse entendre qu’il n’a pas voulu provoquer une polémique mais … oui, il a certains doutes. Ainsi, cette expansion dure peut-être depuis toujours sans qu’il y ait eu un départ.
« Go, partez galaxies ! »
Là-haut, faut filer à 500 km-heure pour éviter de tomber ! Le Newton-à-la-pomme-qui-tombe l’avait prédit. Tout est sujet de gravité. C’est 720 km-h. Ou 12 km-h à la seconde ! C’est bien rapide en ce monde-là !Je relisais, je relisais, moi le zéro en maths au collège. Ces explosions d’étoiles, ces trous noirs —« des trous rouges », devrait-on dire selon Hawking. Ce « tout n’est que gaz » d’abord, ces nutrinos, ces photons, ces particules très invisibles à nos yeux … je me débattais avec mes synapses de neurones.
Nous ne serions que carbone et oxygène ? L’enthropie y est vicieuse : cette nécessité de se multiplier dans le chaos total. La surfusion et l’eau qui ne gèle pas même sous le zéro ! Bon sens ! Pas facile à saisir. Bon sang !
Je naviguais du mieux que je pouvais entre Euclide et Hubbles l’essentiel chercheur. Hawking songe à « pas de début et pas de fin ». Et il continue de chercher. Le « principe d’incertitude » de la nouvelle physique (la quantique) change tout désormais. Il y aurait non plus une mais trois flèches du temps : la thermo, la psycho et la cosmologique. Aïe ! La mémoire humaine, on ne sait trop comment elle fonctionne (ah ?), la mémoire des puissants ordinateurs, elle, on peut la comprendre, la démonter, l’examiner dit-il. Ouen !
Un Québécois travaille avec Hawking (le Einstein d’aujourd’hui), Raymond Laflamme, son nom. Fierté soudain, car ce Laflamme fait se corriger le maître à propos de l’effondrement de l’univers, le « big crunch » envisagé. « Il n’y aurait pas inversion des flèche du temps lors de la contraction (des trous noirs). S.Hawking, modeste génie, admet son erreur puis raconte l’erreur du grand Einstein, reconnu par lui, quand il voulut, un temps, « installer un modèle statique d’univers ». « La plus grande erreur de ma vie », aurait déclaré Einstein.
Ouf ! Tout ne serait qu’ondes en fin de compte ! Donc lumière ? Ce besoin de comprendre (l’univers) est formidable. Nous autres (écrivains, philosophes, psychologues), on tente de comprendre « son frère, ses amis, les humains modernes, la nature environnante », ces chercheurs embrasent l’espace tout entier. Quelle immodestie ?
Même lui, Einstein, qui ne croyait pas au terrible Yaveh de ses compatriotes, à la fin, luttait pour le sionisme, la patrie à reconquérir. Ardent militant pacifiste à Berlin, il est conspué et interdit, un long temps, de voyager. Pire : les USA refusent d’abord son visa de simple visiteur. « Jerusalem, l’an prochain ? » Nous voilà plongé dans l’actualité chaude du jour hein ? On tenta de l’assassiner. Arrestation d’un tueur, amende : 6 dollars ! Pétition contre lui. En 1933, Hitler est au pouvoir et Einstein, alors en Amérique, déclare qu’il ne rentrera pas son pays. À Berlin on publie : « Bonne nouvelle : il ne reviendra pas ! »
On sait la suite, sa lettre du génie à Truman. La bombe atomique. Ses remords. En 1952, on lui offre rien de moins que « la présidence d’Israël »! Il refusera, se disant un « naïf » en politique. Il dira : « la politique c’est le présent, une équation (à trouver) est quelque chose d’éternel ».
3-
Je lisais avant-hier (dans un quotidien) sur un bonhomme qui a quitté librement les actualités, —les nouvelles du jour. Il disait qu’il voulait être hors de ce présent qui rapetisse. Oh ! J’ai réfléchi longtemps là-dessus, le journal sur les genoux, le nez en l’air, regardant un goéland voltiger sur le petit lac Rond en cherchant un poisson à engloutir. Quoi? Vrai :une perte de temps tout ce fatras des nouvelles, des batailles politiques, ici ou à l’étranger ? Je ne savais plus. Il me reste dix ou vingt ans de vie, si on pouvait savoir ? Moi qui aime tant la vie, j’en suis devenu tout fébrile. Ne plus perdre mon temps. Comment ? J’ai eu la tentation d’imiter ce personnage. Que cela serait libérant, que cela me donnerait du temps pour…pour la création. Créer pour qui ? Pourquoi ?
Mais non, le lendemain, je me colle le nez de nouveau aux manchettes. Une sale vox me murmurait : « trop con, trop petit, pas assez fort hein » ? Je fis taire cette voix embarrassante. Tous, nous devons vivre « ici et maintenant » et nous ne sommes pas des Hawking. Au diable ces trous noirs (ou rouges), il y a des images à faire naître à propos de mes chers souvenirs d’antan : le guenillou, le vendeur de glace, les cordes à linge de ma ruelle. Je le ferai juste pour donner raison à cette voix d’Henry Miller —dans « Paris est une fête »— qui répétait sans cesse : « La mission de l’homme sur terre est de se souvenir. »
4-
Il est tard. Je veille. J’écris tout ceci. Je suis très énervé (excité aussi, amusé ?) de devoir fermer ma baraque aux mots pour un temps. Vaniteux : vouloir terminer ce six mois d’entrées diverses de façon captivante. Mon vieux souci :ne pas ennuyer les gens. À sept ans —avec Devault, Malbeuf, et Moéneau— j’avais déjà si peur d’ennuyer, dans la cour, avec nos séances dramatiques improvisées.
M’amuser d’un édito (de Saskatoon) où un compère, anglo pure-laine ?, recommande de nous « voler » de nouveau. Oui, dit-il, comme nous les Canadians nous ont volé le mot Canada, l’hymne nationale— oui, nous voler la fête du 24 juin, qu’il trouve « la seule réussie à travers le Canada ». Il n’y aurait qu’à allonger cette fête du Canada (demain), publie-t-il, mais oui la prolonger en incluant ce maudit 24 juin. Dont il est jaloux, il l’admet volontiers.
La vie ordinaire c’est aussi, ce midi, vite, vite, aller acheter un bidon de gaz (profane) pour qu’Aile puisse faire rôtir ses douze bons hamburgers. Ils furent succulents. Bon vin rouge, fraises et glace à la vanille…oui, la vie ordinaire, bonne.
« Tout ne fut, au commencement, que gaz accumulés », m’expliquait Hawking dans cette « Brève histoire du temps » (« J’ai lu »).
Je veux lire, de Julien Fortin, « Chien levé en beau fusil »(Triptyque), je veux tout lire. Écrire et lire, mes deux passions. Ma tristesse de nous savoir si peu nombreux les fous de lecture. Je questionnais mon beau jeune Thomas là-dessus au bord du lac. « Toi qui lisait tant jeune…pourquoi ? » Réponses vagues. Ai cru comprendre : « Papi, trop de lectures obligatoires au collège ! » Je crains tant qu’il passe à côté de plaisirs si féconds. Je l’aime tant.
Ma paresse ? J’avais voulu organiser à Val David ( à l’expo de poteries annuelle) un grand moment : montrer les céramiques naïves de papa. L’été prochain. Promesse de paresseux ? Mon ex-camarade, illustrateur et graphiste à la SRC, René Derouin, sur son domaine de Val David, en août, fera voir des « installations » comme l’exige la mode branchée.
Derouin prône la venue de liens entre les trois Amériques comme si des liens valables pouvaient se tisser avec l’éléphant du groupe, les USA. Il s’est souvent vanté d’avoir coupé avec l’Europe, la France. Le vieux rêve des muralistes célèbres (Rivera, Orozco, Siqueiros ) quand ils jouèrent des cartes truquées en tenant d’assimiler l’art « candide» des indiens, les seuls vrais indigènes des Amériques du sud. Un échec forcément.
Ah, ces Blancs torturés, gênés de descendre des Blancs d’Europe ! Je n’y crois pas. Le vieux complexe des « colonisateurs » (nous), refusant de continuer les liens normaux avec d’où nous venons quand nous avons émigré sur les terres des « sauvages ». Aucune confiance dans ces tentatives folichonnes, artificielles, de jouer les « nouveaux » sauvages. Un leurre.
Il y a un axe tout-puissant chez les anglos. On refuse de tenter de fortifier un axe francophone. Danger : la langue est le sang de la pensée créatrice. La culture véritable en découle. Les musiciens ou les peintres, eux aussi, ne peuvent s’en dissocier de ce fait têtu, la langue. L’axe espagnol (et portugais ?) des lointains voisins du sud est valable pour les usagers de ces langues. Comme les Noirs du nord ont des liens à se forger avec l’Afrique, leur patrie ancestrale lointaine. Derouin rêve de connivences artificielles. Hors-langue. Laissons-le rêver, tiens, il ne fait de mal à personne. Gaspillages d’énergie tout de même. Il y aura, sur « ses terres » boisées de Val David, entre les poissons d’argile multinationaux, les poèmes de Lapointe et les « installations » intellos-symboliques, quelques marcheurs pour rêver avec lui.
5-
Mon correspondant « imac-ien », le sarcastique humoriste Daniel Marleau, me conjure de ne pas confier mes illustrations à un peintre de profession. Merci ! Il a bien raison. Dès demain, j’affronte mon affaire, on va bien voir qui c’est qui mène chez moi. Marleau ne cesse pas de me souhaiter « une belle Fête du Caaaaanada », je l’étriperai un jour. Il me taquine franchement ? Il a braillé —en un courriel souffrant— que l’on ait osé lui changer le nom de sa petite patrie au Saguenay. Il a raison : ma foi, je fesserais rare s’il fallait que l’on nous change le nom de Villeray, par exemple.
On a donc, avant-hier, regardé « I am Sam », j’y reviens ?, et cette « fin heureuse, inattendue certes —qui a chagriné tant de critiques— me fait songer que la gent intellectuelle déteste le bonheur. On veut du tragique, c’est plus sérieux ! Jeune, j’étais de ce lot… dramatiseur à souhait. Mon Daniel : « Ah, je vais louer « I am Sam » alors, moi, j’aime bien le bonheur ! » Bravo fils ! Pas un garçon bien élevé ça ?
Tenir à dire que j’aime les intellectuels, que j’en suis un (autodidactement !) et fier de l’être, que j’ai le droit de dénoncer les illusions, les marottes, les lubies funestes de mon monde.
Je songe à mon marcogendre et ma fille, Éliane, roulant vers l’océan atlantique du New-Jersey et je suis jaloux. Ça persiste. J’espère que l’ami Dubois dénichera une piaule pour une quinzaine au Maine en août. Folie ? L’idée de convaincre le Marco d’organiser une soirée-jasette libre avec mes fidèles du journal. On serait dix ou cinquante, peu importe. Parler ad lib avec ceux qui m’aiment et aussi avec ceux qui —fidèles—voudraient aussi me critiquer. Une folie ? Une idée de mégalo ? Je verrai.
6-
Il vient de mourir l’acteur fabuleux des « Nuits de Cabiria » de Fellini où il fut un extraordinaire souteneur, veule, lâche, salaud. François Perrier est mort vendredi à 81 ans. J’aimais sa bouille de chien « battu ». Sa tête de « serviteur dévoué » dans le « Orphée » de Cocteau quand il jouait cet ange Hurtebise sorti des enfers, échappant à Cerbère, nageant à contre-courant pour L’Eurydice émergeante du Styx.
A ce sujet : soudain, il y a dix jours, bloqué en illustrations villerayiennes, je reprend un petit manuel —expurgé, à l’usage des écoles— de mythologie. Lecture attentive. Je prend des notes et puis je descend à l’atelier pour peindre Jupiter, sa jalouse d’épouse, Junon, Diane, Neptune, Bacchus et compagnie. Pouah ! Pas fort !
Mais j’y reviendrai. Je me laisserai aller davantage en accidents visuels et je parviendrai à produire une bonne série d’aquarelles sur les mythes fondateurs de tant d’écrits (littéraires ou psychanalytiques). Dimanche matin, chez le camarade Folch-Ribbas (La Presse), je lisais : « Aquarelles de l’auteur », pour une édition de « Le petit prince ». St-Exupérit en illustrateur, bien !
Le Meyssan, parano des complots, se ferait déboulonner déjà. Pour l’auteur Meyssan, le 11 septembre, les quatre avions-à kamikazes c’était le fait de méchants conspirateurs du puissant complexe militaro-industriel. Ils avaient tout organisé pour qu’enfin un grave conflit armé éclate que le pognon puisse rouler dans leurs poches. Deux Français, en 125 pages, lui fermeraient le bec. Il reste à attendre un film de Stone grand amateur du genre : « FBI-CIA : des pourris alliés à des pourris » ! Le manichéisme est payant pour les foules crédules, on ne le sait que trop. Internet serait rempli de ces paranos déboussolés.
7-
Coup de fil, appareil cellulaire béni !, de ma fille qui roulait vers la frontière Canada-USA. Il y a, c’est bien connu, des coupures de son. On s’y fait ? Mal. Aile ne supporte pas ce gadget. Je la sens légèrement inquiète :ses deux « grands» (18 et 20 ans) seront seuls au foyer. J’ai du respect pour ces mamans pourtant vieillies, qui, jamais, ne seront tranquilles d’esprit quand elles s’éloignent du phare, de l’abri, du port d’attache. Je trouve ça touchant. J’ai mal quand je songe à tous ces jeunes pris par le job d’été, à mon David, gardien de piscine à Sophie-Barat, à Laurent surveillant aux parcs de la Ronde, à Simon gardien à la Plage-Doré. Un été chez le diable non ? Je viens de raconter ces boulots ingrats dans « Pour la gloire et l’agent » en quelques lamentos bien braillards… lyriques et fondés.
Souvenir : j’ai quoi, 16, 17 ans ? Maman lisant sa chère Colette sur le balcon d’en avant. Je sors avec mon vélo. « Où vas-tu encore trotter là, mon garçon ? » Moi, exaspéré : « Oh, m’man, je t’en prie, j’ai pus dix ans ! » Elle : « Si tu veux te faire une blonde, j’suis pas folle, va donc pédaler vers Ahuntsic, par là. C’est du monde de notre genre. De notre classe ». La mère snob ! Bin snob la tite fille de Pointe-St-Charles, non ? Elle savait et n’aimait pas trop que je fréquente une mignonne noiraude de la rue Villeneuve sur le Plateau.
Un jour, j’apprend que Michel Tremblay —je veux lire son dernier : «Bonbons assortis », même si on doit écrire « Bonbons variés », signale Chartand du Devoir— avait une mère qui disait : « Restez sur le Plateau, ne descendez jamais en bas de Sherbrooke, c’est pas de notre monde » ! La grosse femme snobinarde ? Mon ex-éditeur, Yves Dubé (frère de Marcel) me disait —il était du Faubourg à mélase, rue Logan— que sa mère disait aussi : « Ne traversez jamais Dorchester, évitez le Faubourg Saint-Laurent (où est Radio-Canada), c’est du monde « cheap ».
Snobisme inouï allant du nord vers le sud, vers le bas ! Le romancier André Langevin (que devient-il, lui, si doué ?) y habitait dans ce faubourg mal aimé — lire « Une chaîne dans le parc ». Mère snob aussi ? Non. Impossible. Rien à faire : il n’y avait pas plus bas, c’était le fleuve, que le port, la Molson.
8-
Les cailloux de Mars ? Hum ! Il faudrait à la NASA deux milliards de fonds publics pour aller en cueillir. Y a-t-il traces d’eau, traces de vie… la grande question ! Ce sera pour 2014, semble-t-il, la réponse. Et c’est pas sûr. Patientia !
Dans quatre jours, se rappeler, du fondateur républicain des naissantes provinces unies d’Amérique, Jefferson, le « Tous, nous sommes nés égaux, doués par le Créateur de droits inaliénables :la vie, la liberté, la recherche du bonheur… » Oh, cela, la quête du bonheur depuis Platon et même avant. En 1776, ce terrible virage définitif, anti-monarchisme, une quinzaine d’années avant la Révolution française qui utilisera les mêmes termes. Son successeur, Double-V, utilisant la peur, tente de mettre la police partout, partout. Avec primes aux délateurs maniaques qui verront un saboteur dans chaque dissident, parmi les contestataires les plus pacifiques. Jefferson, au secours !
En ce temps-là, ici, même aux portes de nos églises de village, placardage « bostonnais » :Canadiens-français, joignez-vous à nous, à bas la monarchie ! »
Du bon peuple et nos petits curés favorables. Mais… la hiérarchie cléricale, déjà collaboratrice, excommuniait les libertaires qui osaient souhaiter que nous joignons les voisins décolonisés. Les occupants satisfaits, contents de ces valets en soutane rouges ! Par frousse, par intérêt, on nous accordera bientôt un faux gouvernement « représentatif ». Une Assemblée truquée. Surveillée.
Ensuite, Louis-Joseph Papineau tentera de réformer ce leurre. Ça va coûter cher aux Patriotes de 1837-1838. Le feu partout, des pendus et des exilés en Australie. Vive le 4 juillet !
9-
Laporte parlait avant-hier (La presse) avec son ironie décapante des tricheurs « initiés » dans les bureaux capitonnés des énormes firmes américaines. Scandales sur scandales. On gonfle les profits. On attire des investisseurs candides. Le ballon prêt de péter, on vend vite nos parts (de PDG) et ensuite seulement on déclare faillite.
Un observateur dit : « Quand il n’y a plus de police, les voleurs s’épivardent ». Les vérificateurs sont bafoués partout, moqués, trompés, éloignés…pas assez nombreux, mal équipés. Et vlan ! les spéculateurs modestes ont le bec à l’eau. Les employés de ces bandits —en « grey flanel suit »— deviennent des chômeurs. Aile: « Quoi? Il n’y a plus de rigueur, il n’y a plus de conscience, plus d’honneur, qu’égoïsme et jouisseurs pressés, voilà où nous conduit l’immoralisme ambiant actuel, constitué de prédateurs pressés, d’égocentriques. » Elle a bien raison. Bush, venu de ce monde des « rapaces », joue le râleur indigné : « Suffit ! On va y voir » !Quand mister B. ?
Yves Boisvert, chroniqueur à « La Presse » a une plume vigoureuse, brillante, son allégorie récente (avant-hier) entre ces terribles « poissons rampants » qui voyagent à travers les étangs pour les vider de toute vie aquatique et le jeune chef de la droite, Mario Dumont, était une chronique géniale.
Quoi, quoi, on fesse et puis on vante La Presse ? Bien comprendre : je cogne sur les éditos soumis au boss mais des reporters y sont souvent fameux. Ainsi à « The Gazette », le quotidien raciste, francophobe malade, que je fustige, les reporters y sont souvent très compétents. Il faut faire la différence entre les journalistes (syndiqués souvent) qui honorent le métier et les chefs soumis, les petits-chefs dociles et les sous-chefs accroupis sous les patrons. Le « boss » —derrière le proprio— stipendié, déshonoré, qui a vendu, et cher, sa liberté, tels tous les Pratte, Mario Roy et Cie.
9-
Un calmar d’une tonne (!) est exposé à New-York. L’article fait rêver aux lectures de jeunesse des gens de ma génération, à Hugo et sa poulpe (pieuvre ?) effrayante, Jules Verne et son calmar inimaginable…au fond des mers ! Autre article et autre sujet de rêverie pour les pauvres, les démunis : on oublie de l’argent dans des banques. Cela forme 180 millions ($ Us) en argent ! Personne ne réclame ces magots ! Mystère ! Rêvons encore :le Mexique produit des tas de feuilletons de télé. Une vaste industrie. Des gros mélos pour la plupart. Il doit bien y avoir au moins un ou deux téléroman valables dans le lot. Pourquoi ne pas en voir un peu. Pourquoi seulement le « dumping USA » ? Même le Japon (Chine, Corée) achète de ces « telenovellas »… pas chers forcément. Colonialisme aplatventriste étatsunien accepté. Quelle station briseera le moule. Les Québécois apprécieraient le meilleur de cette industrie Mexicaine… Ou Indienne. Nous ne sommes pas imperméables comme le public chauvin des USA aux cultures étrangères.
10-
À Saint-Jérôme, pas loin d’ici, annonce d’une expo de tableaux. Pas 5 ou 10 peinturlureurs, non, 30 peintres ! Je lis la liste. 90% d’inconnus ! Terrible : toute cette activité peinturluresque et si peu de connaissance de ces manieurs de pinceaux. Aucune information valable. Il y a là un mystère opaque, non ?
Le diable devenu vieux se fit ermite ? Un compagnon d’armes du révolté célèbre, Che Gueverra, l’intello Régis Debray, révèle à Robitaille (Le Devoir) que la politique (il fut, une fois libéré de prison) conseiller de Mitterand) c’est terminé. Il est plongé, dit-il, dans l’étude des religions. Ah ! C’est à lui que je faisais allusion plus haut en parlant de décrocher des actualités. Le bonhomme semble épaté par une connaissance (De Chayssac) qui a abandonné la France et le français, vit à New-York, ne parle plus que l’anglais-américain et recommence sa vie aux USA. Il dit qu’il est logique. Que Washington c’est Rome. Que tous les de Chayssac sont logiques. Exactement ses mots ! Qu’à Rome, tout de même, on parlait deux langues, le latin et le grec. Debray ne croit donc plus à l‘avenir de son pays. Il s’est donc englouti dans les vieux manuels d’histoires des religions.
Qu’en penser ? Effrayant non ? Plus aucun espoir ? Il plaint nos luttes (ADMIRABLES)au Québec, rappeLle que les Français à l’ ONU (New-York) rédigent les rapports en …américain (comme font tant d’hommes de science en France) ! Debray lance le gant. Il fuit. Il s’exile de tout. Écoutez cela : « Oh, horreur, nous allons devenir un grand Québec ! » Un auteur a dit cela, le français Jean-Claude Barreau. Ça donne un sacré choc, non ?
Debray avance que lorsqu’il y a un vide, un empire s’y installe. Une loi incontournable. Or, dit-il, les gens d’Europe refusent de combler cet espace dsisponible. Il dit que très peu de monde chez lui croit vraiment à une Europe forte. Alors ? Le trou, le vide. L’empire s’avance. Résultat : l’américanisation volontaire partout là-bas. Debray m’a captivé en disant que la quête de puissance a donné, deux fois, deux massacres horribles (1914-1918 et 1939-1945) et que cela pourrait faire la méfiance et du désintérêt des Européens en face du pouvoir, de la puissance.
11-
Une fin pour ce premier tome ? Je vois bien que les actualités m’intéresseront toujours. Je ne me cacherez pas dans l’étude des religions ou des arts de jadis. Je suis paré à raconter Marc-Aurèle Fortin aussitôt que « Vendôme » aura un coin de studio libre !
Demain, je lirai encore mes gazettes, encore et encore, j’aurai envie de chicaner, de rédiger des pamphlets…
Rien à faire. Je reste donc curieux comme une belette, accroché. À tout. Distrait et, de cette façon, comment me « cultiver à fond » à propos d’ un seul art, d’une seule discipline. Car la culture véritable c’est cela, foin de l’érudition puisque je ne veux pas briller dans les salons… littéraires ou autres. On ne change pas ? J’étais le grand distrait à l’école, au collège. Je le reste. Je m’intéresse à tout. Un peu. Comme tout le monde.
Aile, je la vois de la fenêtre de ma « chambre à écrire », s’est plongé dans « Le tueur aveugle ». Ensuite, on va pouvoir en jaser longuement. Le ciel, très lumineux est tout de même recouvert d’une sorte de brume. Humidité lourde. Au bord du lac, il y a une bon vent., mon drapeau tremble énormément, « fasaille » même. À partir de demain, je me le jure, Soeur Gagnon sera fière de moi, je me jette dans les aquarelles que je lui ai promises. Je veux que « La maisonnette » progresse.
Demain, je me trouve un autre bon livre à lire, pour les soirs quand la télé est trop insignifiante ou qu’il n’y a pas de bons films au vidéo-club du bas de la côte Morin. On ira voir « Chaos » au Pine, on se fera des grillades sur le barb’à queue. Et puis quoi ? Oui, Léo Ferré : « On s’aimera, on s’aimera ».