Le samedi 29 juin 2002

Le samedi 29 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Mon tertre (de parking) à pétunias (St.Joseph, pas cher) …pas bin beau. Têtes penchées. Rabougries. Pas assez de terre ? Séraphin Jasmin aurait trop ménagé en sacs de terre, c’est ça ? » La démone. Hon ! Un démon n’a pas d’ailes ? Quoique ce Lucifer, ange déchu (je restais si jongleur à cette seule idée, enfant) du petit manuel, illustré avec de grandes ailles noères, non ?
Les annonces de pluies (jeudi) de Miss Pronostik, de la schnoutte. Il fait beau soleil encore ce samedi. Avec du vent, youpie! Le jardinier du voisin s’amène chez le juge et vroum, bizz, alors, je me dis, l’accompagner ? Nous p’tit déjeunions (épais Devoir et Presse du samedi étalés) sur la terrasse donnant dans la rue et Aile : « Regarde l’autre côté de la rue, des coupeurs de pelouses, va les voir. Ne te fatigue pas, c’est trop dur pour toi, Clo ». Non, que je me dis. Exercice, exercise, a dit le docteur Singer, la doctoresse (en menus) Parker :j’y vais.
C’est fait, bien fait et vite (« trop vite » grogne Aile ) fait. Sueurs. Je nage dedans. Voilà que mon petut radeau dérive au loin. Y avais ancré qu’un demi-bloc de ciment. Je nage le ramener et lui accroche un autre demi-bloc. Bon. Bouge pus !
Ouf ! Le sandwich à la dinde me colle à l’estomac. Si je peux arriver à « manger lentement » (comme dixit les Parker et Cie). Je suis toujours comme pressé. Depuis que je suis petit. Il y avait tant de batailles à livrer dans ma ruelle. Un cow-boy ne mange pas lentement. Plus tard, il y avait tant de belles filles à fleureter dans les rues de Villeray. Plus tard, il y avait tant de choses à voir, à faire, à installer entre deux romans ou deux décors. Et organiser de jeux pour deux beaux enfants que j’aimais.
Je me jure de ralentir. Sinon, un jour, je me frapperai à…Je ne sais trop quoi, mais ce sera fatal. « Ralentir, travaux » , disent des enseignes de rue. Chaises à matelas jaunes. Repos mérité. Aile lit de la presse du jour et moi je terminais ce « Tueur aveugle » d’ Atwood. C’est bon. J’ai aimé. J’ai pris grand plaisir à mieux connaître un milieu cossu, un monde de crésus de Toronto dans les années 30. L’inconnu m’intéresse. Margaret Atwood, fille d’un savant prof de Toronto, a peint en noir très noir ces gens de « la haute » commerciale. Un mari absolument diabolique. Hélas, ce n’est qu’en fin de roman que tout éclate, que tout s’explique. Pas du tout certain que ce truc soit le bon. Apprenant, enfin, les fils tordus des manigances, je regrettais de n’avoir rien su tout au long de cette méticuleuse (600 pages !) description des us et coutumes d’Ontariens vénaux et dénués de toute conscience. On choix. Un risque. Une écriture bien organisée. Chapeau à elle !Aile me dit qu’elle va s’y mettre et sans cesse me disait souvent : « Chut, tais-toi, je le lirai ». Je me taisais donc. Avec regret tant ce long récit suscitait des surprises chez moi.
2-
Ce journal, depuis six ou sept mois, m’a apporté un tas de bonheurs. Des fidèles surgissaient au courrier et commentaient. Il y a, en particulier, ce Daniel Marleau (de Longueuil) dont j’ai déjà parlé. Son dernier message est savoureux encore une fois. Il me nomme « Monsieur du pinceau », ou « monsieur du saucisson de mousse ». Je rigole. Marleau écoute du Fauré, du violoncelle de David Darling… Oh ! Comme je reste pris avec ce chagrin : être ignare en musique « seurieuse ». Chez moi, enfant, rien, que des chansons populaires et, plus tard, ado, du boogie woogie. Plus tard, chansons encore seulement : Brel, Ferré, Léveillée, Vigneault. Des airs d’opéra populaires. Ils sont grands et forts mais je sais que je passe à côté de sons importants en ignorant Bach, Mozart et Cie.
Aile a loué ce midi (pour ce soir) « I am Sam », avec l’acteur Penn, si brillant devant Lipton à ARTV récemment. Hier, c’était le mari fidèle (« 27 ans d’amour », a-t-il dit à Lipton) de la belle actrice brune, Francine Racette —qui abandonna le métier— Donald Sutherland. Il a eu des mots cruels pour sa petite patrie (la Nouvelle-Écosse). Il a été brillant, disert, montrant une gravité de bon aloi face à son métier. Le Lipton appréciait grandement. L’heure a semblé quinze minutes !
Ce matin, j’avais lu l’article censuré de Stanley Péan, Foglia assomme le démissionnaire de son canard avec raideur. Capable de mesquinerie à l’occasion, le surdoué vélocipède du Vermont (attraction étatsunienne fatale pour nos émigrants ?) laisse croire qu’il entrera sous peu au Devoir où l’on défend Bombardier « puisqu’elle y est chroniqueure ». Foutaise foglienne car le Péan (j’ai lu) est bien méchant envers la dame. Trop. Pourquoi son attaque bien méchante sur son « Ouf ! », quand il y a tant de livres qui se publient ? Ainsi, jadis, un Stéphane Lépine, intello pur et dur —congédié récemment des ondes culturelles de la SRC— me fessait. Le coup ? On cogne sur une notoriété et ainsi on est certain d’avoir beaucoup de monde à son écrit. C’est classique. Le mépris du personnage « trop connu » s’y déploie.
Péan, que j’aimais bien en intelligent et généreux chroniqueur de jeunes auteurs, se fit piéger. Cette incursion (inhabituelle chez lui) chez « une vieille » détestable (à ses yeux) l’a perdu. Bin bon pour toi, Stanley !
Une pétition d’artistes (dont mon amie dame Faucher) s’insurge devant un tas de « remplacés » sur CBF-FM-Culture. On refuse ces changements pour la saison qui vient. Or, on peut mettre X à la place de Y et Z à la place de A, cette radio pour petit public averti gardera son auditoire disons… d’ordre confidentiel. Le grave problème c’est que cette section de la SRC n’arrive pas à bien communiquer les divins fruits d’une élite déconnectée du public. Une radio publique doit savoir répandre la culture, initier efficacement, se sortir du cercle des affionados. Ce groupuscule a accès aux meilleurs livres, aux meilleurs concerts etc. mais reste impuissant à bien communiquer. Chez ces gens-là, vulgariser est comme un mot cochon !
3-
J’ai oublié de dire qu’avec le film « Nœud et dénouements » on voyait vivre un monde simple (Terreneuviens modestes), fait de travailleurs. C’est si peu fréquent un peu partout. Spacey, et les autres, n’était ni ingénieur, ni architecte, ni quelqu’un de la jet set. Sa tante qui ramasse l’urne funéraire de son grand frère (le papa du héros quoi) qui verse cela dans sa « bécosse » et qui chie dessus —puisqu’il l’avait violée à douze ans— était une forte scène. Il y en avait des tas d’autres même si,comme je l’ai dit, le scénario partait dans tous les sens, hélas.
Dame Denise Filliatreault (qui dansait divinement le jitterbug à Pointe-Calumet en 1946) voit son film (« Alice ») se faire démolir allégrement partout. Elle doit croiser les doigts. Si le bouche à oreille est bon, si son film remplit les salles, elle va se déchaîner. Ou se taire comme font les responsables de la série « Les boys ». Entendre : les cinéphiles sont tous des cornichons, le bon peuple, lui, en redemande. Vous bourrez votre affiche de vedettes populaires de la de télé, vous pondez une histoire molle, abracadabrante et la sauce risque de prendre. Démagogie ? Certainement.
Je dois absolument me jeter dans mes illustrations. La table à dessin est là, dehors, elle m’attend. J’ai peur. Lâche que je suis !
Et vous, le Marleau ironique, pas de farce plate, hen ? C’est dur d’avoir un peu de talent.
Demain dimanche : on travaille pas le dimanche, mécréant ! Hon ! Prétexte. Un de plus pour retarder mon boulot. J’ai peur, c’est simple. Peut-être que je devrais confier la tâche à un vrai dessinateur, un fameux. Mais… À demain ma table dehors…

Le vendredi 21 juin2002

Le vendredi 21 juin2002
Jours de pluie…

Après dix jours, le imac est réparé…
1-
Ciel mat. Bon vent du sud-ouest. L’été débute. Les heures s’en iront sans lumière peu à peu. Aile suractive : dimanche réunion du Groupe des 7, devenu « des 6 », mort d’Ubaldo Fasano, hélas.
Hier, cinéma du bas de la côte, non, avant-hier ? Suis un peu perdu depuis l’accident « imacien », tant de jours sans ma machine à pépier ! Vu « Amen » de Costa. Sorties comme accablés. Humiliés. Nous tous, Blancs chrétiens si muets pendant que les fours à gaz s’activaient en Allemagne et en Pologne. Et l’Odile Tremblay du Devoir qui faisait la moue devant ce film formidable. Quelle mondaine étripable ! Devant pareil sujet, oser chipoter, criticailler des détails…Franchement… Non mais…

Nous avions regardé, la veille, à T.Q. :« Sursis pour l’orchestre », même sujet. Autres visions épouvantables sur l’antisémitisme effroyable. Ces deux films, un après l’autre, font qu’on s’endort mal le soir venu. La mesure (d’endurance) est comble. Nous ne pourrions plus en visionner un autre. Pas avant un certain temps. Ce serait un poison mortel. Je maudis ce racisme écoeurant. Je ne voudrais pas être Allemand. Tache indélébile pour mille générations à venir. Le pire ? Bien savoir que si Québec avait été une grande puissance, un pion qui compte dans le vaste concert des grandes nations…oui, cela, cette maladie horrible, aurait pu s’installer. Bien savoir que personne ne peut proclamer : « Nous, on aurait pas été comme ça ». C’est cela qui fait mal. Je ne regrette pas d’avoir dit à Denise Bombardier avant de quitter mon siège (pour « Conversation ») : « Il faudrait mettre l’homme sur un bloc opératoire et le changer. »
Honte d’être des humains quand on découvre ce fatal racisme …pourtant au pays qui a donné tant d’écrivains, de musiciens et de philosophes merveilleux.
2-
Mes deux enfants sont venus fêter « le vieux papa ». Rien à faire pour Aile. Une sorte de pique-nique. Heureux moments. Cadeaux, jolies cartes, le rituel. Deux absents, David et Simon : les deux aînés. Études, travaux urgents, etc. Je détestais ces fêtes des « grandes personnes », jeune. Les comprendre. Gabriel, le cadet de mon gendre Marco, doué, musicien, créatif, s’installe à la cave-atelier et modelait un poisson d’argile. Soudain :cris, appels ! C’était le septième (7) bébé-écureuil qui…gigotait encore , tête ensanglantée dans une trappe à souris ! Frayeurs des dames :Éliane, Lynn et Aile. Marco, brave, est allé donné la « chose » au rat-musqué du rivage du lac. Depuis fin des apparitions écureuillois ! Aile respire d’aise. Elle n’en pouvait plus.
Hier soir, jeudi, à ARTV, la comédienne Sabina Azena (eh oui !). « Les feux de la rampe », copie conforme des entretiens liptonniens de New-York nous font voir des gens brillants. Cette Sabina y fut captivante. Hélas, le questionneur, Bernard Rapp, pas fort. Il rate d’entrer dans certains aveux spontanés et riches de promesses. Il écoute mal ou quoi ? Il suit trop « son » plan ? Danger cela. J’ai bien connu, en 1986, à TQS. La Azema, soudain, fond en larmes : on vient de lui faire voir des extraits anciens. « C’est toute ma jeunesse que je vois défiler ». Moments précieux. Avant, bon petit gueuleton sur la terrasse en face du lac, aux « Délices de Provence ». Le chef Claude sait préparer la perchaude (pour Aile) et la bavette (pour bibi). Un voisin de 88 ans, jeune d’allure :Monsieur Lupien. Arrivé ici en 1948. Je le questionne. Il m’aide à préparer mon petit discours de lundi à la Saint-Jean où je voudrai raconter le village quand j’y vins une première fois en prof de céramique dans l’ex-écurie du Chantecler.
3-
On a réparé mon Imac mais impossible de recevoir ou d’envoyer du courrier. Mystère. Panique. Je téléphone à Carole, la sœur de ma bru, du Sommet Bleu, qui est experte en ordinateurs. Elle sort d’ici et en deux gestes m’a reconnecté toute la patente. Du chinois pour moi.
Jadis aucune femme (pas une !) ne savait réparer « une machine ». Les temps changent hein ! J’y pense : amusant d’entendre la Sabina Azema dire : « Pour moi, tout compte, surtout au départ d’un rôle, le linge, oui un costume, un chapeau, des souliers, même un parfum… C’est l’extérieur qui me commande comment rentrer dans un personnage ». Si vrai ? On l’ignore trop… l’oublie, une pièce de linge — forme, couleurs— peut changer nos attitudes. Aile qui s’amuse à me sortir du linge quand je pars pour une interview et moi…soudain, « non, pas ça…Je serais pas bien ». Sans trop savoir pourquoi. Je change son choix, elle dit rien, elle sait bien, elle a été réalisateur si longtemps et a connu de ces caprices mystérieux.
4-
Il y a six jours, samedi, revu à la télé « La haine », un film étonnant. Trois désœuvrés dans une « cité » de Paris. Effets de l’émigration mal intégrée. Une police nerveuse. Une terrible bavure. De la révolte. Suite d’images (en noir et blanc) sur un rythme d’enfer. Le bon film. Meilleure connaissance de ces jeunes paumés, chômeurs, mal instruits, ouverts à la violence. Exutoire classique.
À « Campus » ce même soir :la régente Régine des cabarets parisiens. Vantarde et revenue de toit à la fois. « Jet set » d’un monde gâté-pourri raconté dans son livre. Durant tentera de lui tirer les vers du nez, elle ne nommera pas les célébrités croisés dans ses boîtes de nuit. Allure d’une vieille tenancière de bordel (moderne).À Montréal, elle fit « patate ». Pas assez de mondains riches ? Un livre,« Hell » (amércanophilie conne de Paris) est un livre d’une Lolita. Allure d’une collégienne qui raconte des dérives juvéniles. Secrets des « beaux quartiers », du côté du Parc Monseau, du 16 e arrondissement, de la chic Avenue Kléber. Mode des souvenirs, elle a 19 ans, parle en adulte, vieillie précocement. De la graine de collégienne délurée. Bon pour vendre du papier ! Mode. Ça jase drogues, exstasy et compagnie ! On raconte les drogués célèbres : le poète Michaux (mescaline), Cocteau et Malraux (opium), Sartre (médicaments-drogues). L’un des invités dira : « Kérouac s’inquiétait beaucoup de son copain toujours bourré, le poète Burrough mais…il est mort bien plus vieux que lui, à 80 ans ! »
On navigue de Prozac (drogue douce répandue) en métadone. L’on fait allusion à Styron le célèbre, alcoolisé à 100 %. Durant remue, frétille, le sujet le titille. La littérature sous un portique dangereux quoi !
5-
Mercredi dernier, soleil enfin. Fin des pluies. La laitue respire dans les champs spongieux. Ici, nos fleurs aussi. Je raccroche les corbeilles autour de la galerie. Au couchant, le lac en feu. Chants d’oiseaux vont croissantr. Le calme. La cloche de l’église à trois rues sonne le six heures. La volupté d’un certain silence. On rêve, Aile et moi, allongés dans les transats, livres aux mains. Ombres :je repense aux déclarations —voir un film brillant : « Jeu d’enfants », signé Prégent— pénibles des Frigon, des Crête (nouveau « big boss »). Un vice s’installe confortablement au pays, un succès énorme. Des enfants rêvent (ils le proclament en riant dans le film) de gagner gros sans effort aucun. Ils grattent. Plus tard, ils iront au casino, ils disent leur grande hâte ! Lieu magique, qui sera agrandi et mieux installé entre le port et le pont Champlain. L’État-mafieux ronfle. Installera une clinique pour soigner ses victimes. La farce ! La honte aussi.
Ma tondeuse ne me revient pas. On chercherait un morceau. Patience le tondeur-de-verdure. Ce matin-là, j’ai vu une balle. Une balle perdue ! Par quel enfant peiné ? Salie. Ordinaire. Au bord du trottoir. Grand effet ! Fou ! Je me suis souvenu de mes balles, enfant. Aile dit : « Ah oui, « sa » balle, si précieuse, « son » ballon, les chers trésors ». À huit ou neuf ans, sa belle balle aux couleurs vives…oui, un trésor. J’y songe encore : regardant « Jeu d’enfants », les maudites pubs pleuvent et cela me semble logique, la suite des illusions que le film condamne. Jumeaux exécrables :pub et gratteux ! La compagnie exacte, méritée, la fidèle dévote accrochée (la publicité télévisée) aux annonces de Loto-Québec. Quand j’ y pense : des enfants déjà « accros », c’est l’État-racketteur ! L’État-bandit !
6-
Téléphone la semaine dernière : c’est TVA, pour le 17 h. et c’est Anabelle la recherchiste : « Vous êtes sans doute très contre la Reine du Canada, c’est sûr » ? Je ris et je dis : « Sûr et certain ». « Bien, on va tenter de trouver un —ou une— « pro-monarchie et on vous enverra notre camion micro-ondes pour un débat ». N’y a pas eu de rappel. Personne ne veut venir face aux caméras proclamer les bienfaits de ce colonialisme chéri des anglos d’ici. J’étais content, cette fois, de perde le plantureux cachet !
Pauvre Anabelle !
Téléphone encore pour un projet de ARTV. On veut une série sur des artistes divers qui font de la peinture. Je suis sur la liste. Ils veulent venir faire une pré-entrevue dans ma cave-atelier où je m’échine justement à pondre des aquarelles sur « La petite patrie » Ils viendront mercredi prochain. Je dis q u’il y a notre Clémence bien-aimée, ils savaient. Qu’il y a Diane Dufresne…ils savent tout. Bien.
7-
On fait entrer une cassette vidéo dans la fente du magéto, on veut voir un film et bang !, ça bave, cris et mourmounages commerciaux, on nous sert des publicités pour des films à venir. Non mais…Ça ne finit plus parfois ! Dégueulasse ! Il faut protester. On a payé pour un film pas pour endurer cet arrosage de marchands infâmes. Il y a assez de pub partout. On veut voir un film, point final. Vraiment dégueulasse cette pratique !
Ce « Le bal du monstre », fort bon récit. Je le reverrais un jour volontiers. C’est rare qu’on a envie de dire cela. Billy Bob Thornton et Helle Berry (oscarisée cette année). CE B.B.T. jouait dans « The man who was not there »… où il brillait. Enfin pas de ce monde mondain, médiatique, non, enfin, enfin, enfin, du monde ordinaire. Lui, un agressif gardien de prison. Un bonhomme ordinaire. Elle, une petite serveuse de restau ultra-modeste. Monoparentale. Ça fait du bien. Ça nous change du petit monde nombriliste où les héros sont riches architectes, romanciers populaires, photographe génial (le dernier roman de Guillaume Vignault ) ingénieurs, experts en infographie ou en théâtre ou en scénarisation (songer à ce « Crabe dans la tête », à « La vie, la vie », et Cie).
« Le bal du monstre » :une histoire bien conduite où ce père raciste va muer quand son fils se suicidera. C’est ce soir-là qu’apparaissait au salon le sixième bébé-écureuil et je ne savais pas que le lendemain soir, mon ordinateur rendrait l’âme mystérieusement. Il faisait si beau soleil, abandon de l’écran, sieste dans la lumière, souper et ensuite, tu vas remuer ta souris et… pas de petite lumière sur l’écran ! De la schnoutte ! Merde !
8-
Avec la belle et moderne tondeuse du voisin Maurice, jeudi, tonte du terrain. Elle fait du compost en roulant ! Sueurs du vieillard attelé à sa machine grondeuse. Ça coule ! Aile, fée divine, vient m’offrir de …la bière d’épinette. Régalante. Somptueux goût de gomme de sapin ! Souvenir lointain de ce jus. J’aime toujours. Le matin, une photo du Devoir me ravit. « Les colonnes du cosmos ». Je la découpe. Je la punaise sur mon babillard du bureau. La beauté ! Photo qui me console de mes efforts quand je relis « Brève histoire du temps » de Hawking, attendant l’ouverture des portes de l’École Bouffe.
J’ai déniché chez « Tout outils », le brocanteur de la rue Valiquette, une cloche—pour dix piastres. Genre marine à gogo. Je l’ai vissé sur le 4 par 4 de la galerie, là ou fourmillent les fourmis (!). Aile cherche un machin tueur pour ces tites bébites. Je proteste. C’est tellement moins encombrant que les bébés-écureuils ! Désormais, avec cette vieille cloche à bateau, Aile pourra me sonner quand le souper sera servi et que je flânerai sur la berge. Bon pour un demi-sourd ces sons sonnants ! Dong, dong ! Oh un autre bon film : « Le tunnel ». Loué. Entreprise captivante de creuseurs de corridors sous le mur de Berlin avant 1989. Signature : Roland Suso Richler. Formidable courage. Basé sur des faits véridiques dit le générique de la fin.
Un des conjurés en tunnel interdit. Éric, serait devenu prof à Montréal ! Ah ! Ce film nous hantera longtemps. Comme pour tous les films forts. C’est le foot qui envahit tous les média. Je n’y connais rien. Ça va passer. Le 30 juin : « e finita la comedia » ! On y voit du patriotisme échevelé —Italie, Angleterre, etc— proche du fanatisme. Ma froideur semble me couper du monde. Habitué. Jeune, pas fou du hockey, j’avais ce sentiment un peu accablant de ne pas appartenir au monde normal. On s’y fait.
Samedi matin dernier : tomate rongée sur le comptoir de cuisine. Aile enrage. « Cloclo, va vite chercher la cage à Maurice. Il y en a encore. Eh merde ! » Pauvre Aile.
9-
Dimanche matin, à la radio de Radio-Canada, propos étonnants. On est pas en 1838. On est en 1967. On révèle les nervosités face à de Gaulle au Québec. La censure. Les inquiétudes ravageuses. S’il fallait… Jean Drapeau en petit et minable despote chiant dans sa culotte : « Vite ! Cacher le microphone du balcon. Il ne faut pas que le Président de la France s’adresse à la foule… » Etc. On n’en croit pas ses oreilles ! Un familier du Général raconte ce qu’il sait, il était là, dans le hall à Drapeau le chieux, le pisseux, il a vu les méfiances, les entourloupettes, les cachettes, l’autocensure. On est en 1967 et les dirigeants municipaux se conduisent comme des valets timides face aux anglos qu’il faut pas faire fâcher. Une honte !C’est ce genre d’émissions du réseau français de la SRC, que détestait tant le PET Trudeau et ses sbires (Lalonde, Goyer et Cie). Édifiante émission. Déterrons sans cesse de telles précieuses et instructives archives sonores, c’est salutaire.
Nous prenons ainsi les vraies mesures des petits potentats fédérastes du temps récent. Des pleutres. Des mauviettes. Des colonisés cons, Drapeau et sa ligue.
Et le Jean Dupire, son chef de cabinet, qui me disait un jour : « Tu verras, Drapeau finira par tout nous gagner, regarde, mon Claude, il n’y a que deux affiches de bronze devant l’entrée, rue Notre-Dame et c’est en français seulement. Tu vois, tu vois ? » Quand ça se voyait pas trop, oui, l’ex-nationaliste de 1942, du Bloc populaire, Drapeau, osait…des vétilles !
10-
On a un peu revu, à la tlé, ce « 12 singes » où Brad Pitt, jeune, incarnait un aliéné grave de manière convaincante au possible. Bruce Willis y tient le rôle d’un héros intrépide de B.D., envoyé spécial, sorti d’un puits gigantesque, mystérieux, pour découvrir l’origine d’une fatale guerre bactériologique. De la SF bien menée.
Parution des « Listes de La Presse » :le lectorat devait faire une liste ees auteurs importants. Pas là zut ! Rimbaud non plus ! S’en consolera-t-il le Arthur ? Bof, jouons les forts. N’empêche…mes lecteurs ne se sont pas grouillés le diable ! C’est pas juste, bon ! Justice pour Stanley Pan ? Il vient de démissionner de sa chronique —bien faite— des parutions fraîches. Il aurait osé critique le tout récent « Ouf ! » de Denise Bombardier, et sa « boss », Miss Lepage, serait mécontente. Le soupçonne même de misogynie ! Oh, oh ! plus grave, il aurait laissé entendre qu’avec la chaîne —très subventionnée par nous tous— Renaud-Bray, on peut acheter les annonces de leur catalogue. Etc. On a pas pu lire l’article. Ce fut :ou vous changez votre papier ou vous prenez congé d’espace. Le Péan, pas plus paon qu’un autre, a tiré. sa révérence. Dommage, il avait du jus comme chroniqueur. Pas facile à trouver le bon successeur. Moi ? J’ai pas le temps.
Qui est le populaire Beauchemin ? « Un écrivain de divertissement », dit un libraire. Aïe ! Comme Pagnol, comme Félix Leclerc, ajoute le cuistre.
Le libraire Moffat, lui, vante un de ses poulains, il bosse chez Flammarion., Coups de pied au derrière perdus !
J’ai finis par prendre du plaisir avec ce roman « Le tueur aveugle », une grosse brique de la Margaret Atwod. Hâte de m’y replonger dans ce récit à charnières. Grand plaisir aussi à farfouiller dans « Les mots sauvages » (Larousse) Un dictionnaire étonnant, par Maurice Rheims (pourtant académicien; mais pas frileux du tout) qui nous fait lire des mots rares, des inventions langagières, des néologismes d’une saveur stimulante. Du cru. Ainsi c’est les Quenau, les Céline, les Audiberti qui font montre d’ imagination. On sait, ici, comment j’aime inventrer et jouer avec les mots. Un livre tout à fait pour moi ce « Les mots sauvages ».
11-
Papa serait si heureux : son très cher Padre Pio est devenu un saint officiel. Il me parlait de ce modeste curé qui avait des dons, de bilocation par exemple, des stigmates et qui faisait sans cesse de miracles. L’église de Rome se méfiait, comme toujours, de ce thaumaturge admiré et aimé part les populations pauvres. Du temps passe et le voilà santifié. Je revois mon père tout content. Il n’Aimait que la religion des phénomènes. Que le Jésus bravant la mort de Lazare.
Mais pas de miracle salvateur pour ces gamins exilés d’Albanie qui se vendent. Marchandise en marché. Comment survivre en Italie ? Ailleurs aussi. Prostitution. Pire encore : organes neufs, rares, bons, pas trop chers ! Infamie des infamies. La pédophilie s’active, venant « en aide » à ces orphelins abandonnés du sort. On les achète, on les débarbouille un peu, on les installe sur des trains et… en route pour les marchés intéressés en Europe. De l’Est comme de l’Ouest ! Tchou, tchou, le train de l’Est…Tchou, tchou !
All-aboard, Albanie ! On parle alors de « Train de la honte » en voyant ces hordes de jeunes gamins qui voyagent vers des exils prometteurs. Oui ! Promesses d’exploitations garanties.
12-
« La Presse », en cette mi-juin, s’allie volontiers au raciste —francophobe— journal « The Gazette » . Mathieu Perrault joue le bon canayen innocent chez l’adversaire. Échanges de sornettes ? Ce matin encore, des tas de balivernes déboulent en colonnes fournies. Mon épée me démange, Cyrano ! On publie des sottises éhontées. On avance des mensonges graves. Maquillage d’une idéologie fédéraste grave. Foire de niais. Comptoir de nigauds ! Entreprise bizarre pour une réconciliation bidon. « Vive le multicul trudeauien ! » Foin de l’intégration harmonieuse, nécessaire, vitale, normale, souhaitable pour tous ces futurs petits québécois —à part entière— les enfants des émigrants. Trahison.
Entretenons les folklores tous azimuts. Ce n’est pas à la « nouvelle venue » d’Afrique d’apprendre notre folklore, nos rigodons, nos reels et ritournelles populaires (« À la claire fontaine »,…etc.) nos gigues, non, non, allons, c’est à nous de bien apprendre les danses et les musiques Noires.
Moi, m’exilant —m’installant— en Afrique, je m’appliquerais à étudier ces danses africaines, leurs folklores si variés, mais ici…on fait le contraire.
C’est l’entretien —si nocif, si peu rassembleur— des ghettos subventionnés —comme Ottawa entretient les francophobes des « All-Liance Kouébec ». Ghettos néfastes pour l’avenir des enfants d’émigrants. J’enrage.
La reporter de « La Presse » (à un Centre culturel Noir de la rue Jean-Talon) ne commente rien de cette lessive malodorante, ne dit rien, avale les couleuvres, ou veut nous les faire avaler. Une « tite » niaiseuse quoi ! Ou une surveillée, ou encore une autocensurée ? Les deux solitudes… cette fadaise. C’est une farce mais tragique. Il n’y a que ce refus obstiné (Meech et Cie) de reconnaître un état central qui serait fondamentalement constitué de deux nations. Le mot les fait trembler.
La tromperie est manifeste. Gloire aux ghettos et échangerons nos reporters !
Quoi faire ? Le bon lectorat candide —peu politisé— avalera ces bobards d’un bon-ententisme édulcoré. Je —d’autres aussi— pourrais rétorquer à ces articles de propagande…mais à quoi bon et où, surtout où ? J’évite de prêcher à des convertis, par exemple, dans « L’Action nationale. La puissante machine « Power-Gesca-Desmarais » : des hommes d’affaires bornés. Car 51 %, 55 %, peut-être même 60 % (ref. référendum de 1995) du lectorat de « La Presse » est indépendantiste. Pas un seul rédacteur, un seul édito (de toute la grosse équipe en place ), pas un seul chroniqueur ne défend l’option patriotique de l’indépendance nationale. Être des nigauds en « Business » c’est exactement cela.
13-
Rêve bref, en début de cette semaine : Nicole Leblanc, l‘actrice, me gronde, il y a des élections dans l’air, (actualités d’ici ! ) on me presse de m’engager, chicane byzantine autour, ma défunte première femme accompagne un cortège. Cris et injures volent. Cordon de police. J’ai peur et je ne sais de qui, de quoi ! Réveil subit.
Je ris aux reprises de « Catherine », réalisation efficace Philippe-Louis Martin, je rigole comme un gamin. Aile aime me voir rire, rit avec moi comme une maman avec son bébé qui rit pour rien. Esprit enfantin ? Je riais volontiers aux facéties primaires de « Cré Basile » de Gamache. On ne change guère ? Je pense encore à Vanessa Redgrave —on ne rit plus de ce côté— osant jouer la chanteuse défigurée dans un camp nazi. L’horreur. Dents jaunes, cheveux rasés, boutons rouges, etc. Courageuse comédienne et excellente actrice. Ce film : « Sursis pour l’orchestre » (« Playing for time » de Mann) me hante. Je me serais suicidé de honte et de désespoir au lendemain des révélations de tous ces Allemands bien silencieux de 1939 à 1945. Ou je serais exilé à jamais. Pauvre, pauvre Allemagne…Je repense à « Le liseur » cet excellent roman ou une ex- gardienne nazi se suicide n’en pouvant plus de se souvenir.
Oh, Monique Miller, amie de Raymonde (depuis « Montréal P.Q. ») viendrait séjourner ici. Merde ! Elle si bavarde. Elle me bat. Je vais perdre ma place, mon rang ? Merde, merde !
Demain :un samedi pas pire, dimanche pluvieux, Aile bien énervée, la « Bande des 6 » et de la pluie ! « Ouash », dit-elle. Eh qu’elle parle mal des fois, une fille qui alla chez Sita Riddez !

Le samedi 8 juin 2002

Le samedi 8 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Ciel blanc mat. Mais hier…oh hier, vendredi beau et si ensoleillé ! La belle fin de journée. Débutant dans la peur. Longue limousine noire dès potron-minet à ma porte au Phénix. Chauffeur impeccable. Un corbillard ? On me conduit à une potence : devoir animer deux trente minute sur les lectures d’enfance de deux « vedettes ». L’échafaud de devoir réussir. L’ »homme à la luisante casquette me parle de Ville La Salle, sa petite patrie à lui. Des beautés du canal Lachine rénové. Sa fierté. Il me vante les condos neufs aménagés dans des usines. Lui ayant conté la menace d’un bloc-tour dans « ma cour » chemin Bates, de la destruction du boisé sur l’escarpement d’Outremont, il me dit : « Je vous offre gratuitement, quand vous voudrez (me donne sa carte) une visite des alentours du canal. Vous aimeriez les abords de ce site-canal ». Je songe à maman, née au bord du canal, rue Ropery. Me verrait-elle mieux de l’éther si je m’installait dans sa toute petite patrie ? Je m’ennuie d’elle. Je ne l’ai pas assez aimée, devenue la petite vieille sur son balcon, dans sa berçante, avec son journal. Regrets futiles. J’étais tellement « busy body » n’est-ce pas ? Jeunes gens qui me lisez, ne faites pas comme moi. Vous le regretterez amèrement plus tard, la mère (le père) morte.
Vaine angoisse : tout se passa fort bien. Bilodeau fut chaleureux, bavard, heureux de raconter ses premiers plaisirs de lectures : Tintin, les deux Verne, Jules et Henri (Bob Morane), Dumas. Et Françoise Faucher, avec ses livres conservés toujours, La Semaine de Suzette et cette bretonnante « Bécassine », les contes de Grimm, leurs illustrations en couleurs. Et Dumas, elle aussi ! Alors je dis : « Mais c’est un genre pour garçons non ? » Elle : « Pas du tout, qu’allez-vous imaginer, tous ces beaux mousquetaires, ce si secret Athos surtout, non, non, nous en rêvions, les jeunes filles ! »
Trois heures plus tard, l’équipe semblant bien satisfaite (politesse ?) de son animateur, sortie et limousine de nouveau. Et retour à la maison. Le nouveau chauffeur vient de…Villeray, eh oui, Il et allé à l’école avec le fameux « gérant de Céline », René Angélil, son voisin. Nous parlons du quartier. Nous nous souvenions du père Lalonde, formidable animateur de loisirs à Saint-Vincent-Ferrier, rue Jarry. « Ah lui, Lalonde. Ses sermons fameux, il aimait le théâtre et cela se voyait. Il était merveilleux. Dans sa chaire des dimanches. »
La veille, jeudi, devoir aller à cet ex-vaste « Shop Angus », au nord-est de la rue Rachel, angle d’Iberville pour jaser avec Denise Bombardier pour sa série « Conversations », elle me dit au maquillage : « Tu vas parler au monde entier, Claude ! » Je dis : « Quand je t’entends saluer le monde, TV-5, c’est France, Suisse et Belgique, non ? » Elle : « Ah non, ça va partout, partout. Tiens, un jour, au Venezuela, à Caracas, un type traverse la rue pour venir me saluer. Étonnée, je dis : « Vous me connaissez ? » Et lui me dit : « Mais, je suis un francophile, je vous vois chaque semaine sur le Canal 5. » Eh b’en, le trac s’agrandit un peu. Hélas, Denise pose des questions relatives à mon enfance et alors, forcément,. je m’entends répéter ce que j’ai dit dix, vingt fois. Mais bon, à Caracas, on sait rien du petit gars de Villeray ! Les autres « pitonnerons » en maugréant : « on la sait par cœur sa « petite patrie ». Fière, Denise me présente son jeune réalisateur : c’est son fils ! Sosie parfait du papa, Claude Sylvestre, qui fut le jeune réalisateur du jeune René Lévesque, celui de « Point de Mire ». Affaire de famille, sa jeune compagnie ? Oui et j’aime ça. La chanceuse. La recherchiste est sa bru : Elsa. Elsa ? « Oui, Elsa, mes parents aimaient tant le poète Aragon ». On me fait déambuler devant une caméra dans cet ex-usine de locomotives. Décor étonnant avec ses colonnes métalliques, une dizaine de tours « Eiffel ». Dehors, vaste chantier où s’élèveront bientôt des appartements en grand nombre. En somme ,une zone morte, industrielle si longtemps, où des milliers d’ouvriers ont sué à longueur d’années, convertie en espace urbain moderne. Le progrès étonnant !
2-
Revenu des studios de La Salle, vendredi, interview après le lunch, par Julie Stanton arrivant de Québec, pour sa revue « Le bel âge ». Magnétophone posé devant moi, ce sera le questionnaire, d’abord sur « le jeune » et alors m’entendre encore répéter les éphémérides de mon enfance, misère ! Je ne suis tout de même pas pour m’inventer une autre enfance pour éviter le…radotage ! Ne pourrait-on pas —ces gens du « milieu » sachant bien ma petite histoire— trouver des questions différentes, un angle nouveau, qui pourraient surprendre ? Hum, il y faudrait de la recherche, du gros boulot mais… nous sommes tous si paresseux. Julie S. questionnera aussi : « le vieux », « Bel âge » oblige, ce sera lors le visage du « sage », de l’ « expérimenté » qui fait débouler ses conseils de vie. Oh la la !
À la fin : « Qu’aimeriez-vous qu’on dise de vous, un jour, longtemps après votre mort ? » D’emblée je dis : « Il a beaucoup aimé une femme. » Et, ce matin, je lis, pris dans une lettre de madame Georges Sand : « Il n’y a au monde que l’amour qui soit quelque chose. » Bravo Georges !
Le plus beau, le plus agréable de ce vendredi ? Imaginez-nous, Aile et moi, au couchant, rue Hutchison, installés sur le balcon du troisième étage chez les amis Carole et Pierre–Jean Cuillierier. Nous vidons une fiole de blanc bien frais avant d’aller à la soupe et aux pâtes dans un modeste restau (on apporte son vin), inconnu de nous deux, en face du « Rideau-Vert » rue Saint-Denis, le « Colloquio ». Pierre-Jean nous dira : « En face, Claude, c’est le logis de ta camarade Monique Proulx —dont j’ai tant apprécié cet « Homme à la fenêtre » (on en a tiré un film bien fait).
Souvenir : à un Salon du livre de Hull, je la rencontre et je lui fais de chaudes éloges pour ce roman. Monique Proulx rougit, m’écoute, ravie, et puis s’en va vite. C’est le vieux Richard louangeant Guy Lafleur ? Le vétéran est là, poqué, courbé, marqué de cicatrices, vieilles blessures et ..fraîches aussi —le Allard du « ça suffit Jasmin, on vous a assez vu, dégagez la voie ». Elle commence sa carrière et file vers son zénith. Chacun son tour, le bonhomme, pas vrai ? Au « Colloquio », la Croatie venant de battre l’Italie, en Corée, il y a des mines sombres. Bonne bouffe et nous marcherons de nouveau la rue Villeneuve de Saint-Denis jusqu’à l’Avenue du parc. Rue modeste, embellie, devenue ravissante, le calme, de la verdure, quelques terrasses camouflées, plus rien à voir avec la rue Villeneuve de 1950, triste, laide même, quand, à dix-huit ans, j’allais veiller chez Miche, angle Saint-Laurent, que sa maman, « chambreuse » débordée, trouvait le temps de me préparer de bons spaghettis.
Belle, formidable soirée de vendredi en somme, Aile toute épanouie, légère, regrettant presque de devoir aller dormir dans cette douce chaleur enfin, enfin, revenue. Les Cuillerier, plus jeunes et bien courageux, descendaient, de nuit, vers leur « rang rural » derrière Sutton, où ils rénovent un antique maison (1873) de campagne, un « work in progress » qui amuse l’ex-réalisateur.
3-

Rêve étrange vendredi : les coteaux au Chantecler, c’est l’hiver s’achevant. Du monde. Un festival ? Une Française rôde, semble vouloir me draguer ! Aile veille au grain. Nerveuse. La Parisienne si aimable avec Aile sera adopter en fin de compte —avec « Le Québec est merveilleux, ces gens sont si aimables, etc. » Invitation sur l’autre rive, chez nous. L’après-midi, j’avais entendu Aile inviter le couple Faucher à la maison, dimanche, pour la télé câblée (qu’ils n’ont pas, eux, au Lac Marois). Françoise, le matin, en studio, m’avait parlé de vouloir entendre les résultats des élections législatives en France, leur grand’ peur de ce Le Pen maudit).
La touriste française, accepte donc avec joie. Dit qu’elle devra téléphoner à son compagnon de voyage pour qu’il se joigne à nous tous. Nous avons, en guise de traversier du lac, un gros traîneau de bois rouge, tiré par trois petits chiens noirs (!), semblables au « Milou » de ma fille et au « Zoé » de mon fils. Traversée du lac. L’eau monte sur la glace. Danger ! Voilà, surprise, qu’il y a les petit-fils au rivage. Ils sont tombés et sont mouillés « jusqu’aux os », comme on dit. Aile énerve, elle les gronde. La Parisienne rigole, la calme. Inquiétude de noyade. « Sortez du lac, crie Aile, et vite. » d’aile. Les chiens, épuisés, boivent la tasse ! La foule nous encourage sur la rive du Chantecler. Arrivés à la maison, téléphone de l’accorte Française. Et, appareil posé, dira : « Échangisme ? Non ? » Aile scandalisée aussitôt. Malaise. Moi itou. Ah, ces Européens décadents, à la sauce Ouellebec ! Son homme s’en vient. Peur. Au « Colloquio », pour rigoler, à un serveur nous questionnant pour la facturation, Aile avait dit : « Nous sommes des échangistes ! » Bang, dans le rêve ça aussi ! Les enfants salissent la maison, Aile pas contente. Nous avions jasé de ça, au restau :le Claude bien cochon, salissant, intempestif barbouilleur de tout . Tout compte, la nuit venue ? Dans un coin, je chuchote à Aile : « pourquoi aussi avoir invité cette femme ? » Réveil. Ouf !
4-
Dumont dixit : la jeunesse, devenue l’atout suprême, partout. Voyez ce jeune Mario Dumont en vogue novelle, vu en sauveur. Niaiserie. Jadis : la vieillesse comme garantie pour la sagesse des nations. Le vieux Maréchal Pétain vu en sauveur de la France couchée ! Je rêve, j’aimerais le mélange. Pas juste cdes jeunes, pas juste les vieux. Le mélange des générations. À bas les cloisons sottes. Juger selon la valeur. Jeune, il y avait deux choses qui m’importaient : (a) ce mélange partout, vieux et jeunes, ma grand-mère Jasmin à l’étage, le grand-père Lefebvre, à deux pâtés de maisons. (b) Les classes sociales mélangée aussi dans mon quartier. Rue Saint-Denis, plein de médecins, avocats et notaires et plein de travailleurs modestes aussi. En banlieue moderne, souvent, une seule et même classe de monde, selon la qualité de ladite banlieue, est-ce instructif, bénéfique, pour les enfants ces uniformités – desquels naissent l’ennuie.
Ce matin, départ laurentien. Je sors le mini-frigo. Aile debout devant la voiture, un index pointé. Quoi ? Le faux-pare-choc de plastique. Pendant. Décroché. Je me penche. Clac, clac ! Remis dans ses trous. Aile satisfaite s’installe au volant : « Et que c’est smatte un homme ! » Immense affiche planté dans les arbres tronçonnés qui nous nargue : « À vendre. Condos. » L’entrepreneur, un certain Rhéal Martin, aux prises avec des poursuites judiciaires, dans Le Vieux et à Verdun. Chemin Bates des acheteurs résilleraient les contrats. Mince espoir. Je songe à ceux d’ici qui n’ont pas de résidence secondaire. Ça va creuser, cogner, dynamiter aussi ! C’est long élever un dix étages d’appartements.
Radio du samedi matin :la bande à Le Bigot. Chroniques diverses. Vivante radio. Modes, spectacles, politique, bouffe, botanique, et, etc. La parole à René-Richard Cyr qui prépare sa version, à Joliette, de « The man of la Mancha ». Fou de Brel comme moi —Brel qui adaptait cette comédie musicale de New-York— Joël Le Bigot l’écoute et, mis en confiance, salue volontiers l’initiative cyrienne. Il ira dit-il, je dis : nous irons Aile ! Comme nos irons voir, chaude recommandation de Pierre-Jean, « La souricière, la trappe » arrangé à la moderne par Asselin au « Rideau-Vert ». Pour « Lulu Time » de Lepage, crainte, je n’estime pas les acrobates, du fameux Cirque du Soleil ou non, ni la musique rock, du fameux Gabriel ou non. Peur. Lepage dans « Voir » : « On me chicane. On refuse les technologies, les effets visuels, ici, un establishment intellectuel —des critiques— me dit que blâme, déclare que c’est trahir un art voué à la parole avant tout ». C’est vrai? Je dis cela souvent. Ai-je tort ? Je ne sais plus trop. Nos avons pris tant de plaisir à certains Lepage !
Chez Le Bigot : ambiance fréquente de ..quoi donc ? De jet-set ? Ça m’énerve toujours. Tendances branchées, cuisine exotique. Hum ! Ce matin, transformé en gourmet savant et saliveux, soudainement. Je le voyais en gras Obélix, en Depardieu bouffi, humant les délicates odeurs d’un sanglier apprêté aux herbes introuvables hors le circuit bien bourgeois des fines gueules. Or, soudain, Aile fait un détour. Stop. « Adonis » —filiale des deux restaus « La sirène » où j’estime la pieuvre grillée— boulevard de L’Acadie. Immense magasin pour fins gourmets. J’y vais, méfiant. Ma vieille crainte des bourgeoisies. Un vaste marché étonnant, angle Sauvé, clients contents, mines satisfaites. Nos greco-québécois en habiles fournisseurs de bouffe de luxe.
4-
Avons visionné, jeudi dernier, le fil « Cap Fear » La vieille version avec Robert Mitchum en méchant « sorti de prison », revanchard primaire. J. Lee Thompson a signé un film de son temps. Manichéiste à plein. En noir et blanc, images mais aussi scénario où il y a le bon, tout bon (Gregory Peck), et le méchant tout méchant. La version moderne de ce « Cap Fear » est très supérieure avec de Niro en « méchant » étonnant, subtil. Je n’aime pas que les vieilles affaires culturelles soient toujours meilleures (ça arrive !) que les actuelles. J’étais content, et Aille aussi le disait, qu’il y ait net progrès. C’est normale, non ?
Oh, oh , oh ! « Fear is right ! » Cris au salon ! Soudain, encore la bête ! La bestiole, identique à la première, va et vient, cherche où se cacher. Cette fois, pas de pelle pour faire couler le sang, non, Aile m’apporte une couverture-guenille et je saisis ce nouvel intrus, agrippée à la cheminée, je cours le jeter en bas de la galerie.
Vendredi matin, je vois Aille en caucus ave notre voisin Maurice. Un débrouillard qui a vu neiger, de Baie-Comeau à Sorel, de Haute Rive à Tracy. Elle me reviendra avec une cage à écureuil. Une trappe qui ne tue pas, qui renferme. Il s’agirait de petits d’écureuils, nouveaux nés surgis dans l’entre-planchers et/ou l’entretoît. Bien. Bon. « Par ici, c’est fréquent », a dit Maurice. Vendredi midi, avant de quitter les lieux, Aile a mis trois noisettes …et une petite tomate dans le piège fatal. « Oh Clo ! C’est regrettable, on ne reviendra que samedi, la bête devra rester enfermée si longtemps avant sa délivrance ». Dois-je pleurer, renifler au moins ? Mottte, je la ferme. C’est une entreprise sérieuse.
Ce matin, Aile empressée de délivrer notre captif…trouve la cage vide. Et la tite tomate…plus là ? Examen minutieux. La bestiole pas assez pesante ? Questionnaire. Visite express chez Maurice. Retour : « Ça va marcher. Je vais remettre une tomate mais mieux fixée. Le poids suffit. Il y a que la tomate ne doit pas rouler à bas de son socle-déclencheur, etc. etc.
Ma chère Aile en inventeur à la Léonard Da Vinci calculant l’effet de sa machine de guerre…qui ne tue pas. Je m’amuse. Comme un fou. Sans le dire. Pas fou !
5-
On cherche toujours l’officiel poète fédérat. 20,000 piastres, imposable ! Je voudrais voir la liste des candidats. C’est ouvert à la confrérie écrivante. Comme « entretenus de l’État », les petits camarades en « fines lettres », membres ou non de l’UNEQ, s’y connaissent, croyez-moi. Luc Perrier, poète de Saint-Jean, ce matin, en lettre ouverte, offre son âme et son cœur. Amusante caricature. Le ridicule ne tue pas ? Jean-Louis Roux pourrait se forcer et avec son bon gros cachet sénatorial pourrait bien accepter les deux futiles taches. Et Jean Lapointe, le chanteur, compositeur à ses heures…en fou du roi Chréchien ! Non ? Ou cette brave Sagouine, la Viola Léger, non ? Mon Dieu, un petit effort ! Ottawa s’ennuie tant au milieu des copains démarcheurs engraissés.
C’est une vieille coutume angloise ! Une folle mode bien britannique. Il faut imiter nos bons maîtres, pas vrai ? Pas facile donc de trouver un troubadour pour le patroneux de Grand-Mère, un domestique un peu cinglé, sachant compter les césures et les pieds, arranger les rimes; trouvons vite un trouvère pour le château gothique des rivages du canal Rideau et de l’Outaouais, ouais ! Urgence ! Que va devenir le temple des « favoris » sans un écrivain d’État ? Ah, je le sens, va falloir que je me dévoue : j’irai à Westmount pour rencontrer le valet patenté Roch Carrier, il me donnera le mot de passe du traître québécois, le mode du code du raciste inverti, le questionnaire du « collabo » et je passerai le test fédérastique, yes sir !
6-
Vendredi, revenant des studios « Shop Angus », je dis à Aile : « J’ai vu le coin, je peux pas croire qu’enfant, tu marchais de chez toi, rue Molson, jusqu’à Christophe Colomb pour ton école Saint-Arsène. Toute une trotte, quinze rues non ? » Aile : « Oui, c’est pour ça que je suis en forme —qu’elle a de si belles jambes, j’ajouterais— et quatre fois par jour, hein ! Le midi, je mangeais en 4 minutes et demi et je repartais, l’hiver compris, à 25 sous zéro ! » Je n’en reviens pas, non !
Coup de fil rue Bates. Charles Mayer, 80 ans, veut me parler. Ex-camarade en décors, Hongrois d’origine. Il a fait des gravures. Nos belles grosses granges et autres bâtiments de ferme. C’était un habile dessinateur, vraiment très fort. Je lui donne deux, trois noms d’éditeurs « plausibles » de s’y intéresser. Il me dira : « Je jasais avec Peter Flinch (venu d’Allemagne, lui, c’était l’ONU à la scénographie de la SRC), tu sais, on est venus ici en émigrants et on va mourir en émigrants. Vous ne nous avez jamais vraiment acceptés. » Je jongle. Muet. Ne sais trop quoi rétorquer. Et-ce si vrai ?
Télé : vues du Cachemire, visions du Cambodge ruiné, Jérusalem encerclé, l’afrique secouée, Congo-atroces-chicanes, Israël aux bombes, querelles du monde. Des images de misère, de sang. Faut regarder. RDI, Canal D, TV-5, Historia, ne pas se boucher les yeux. Documents indispensables. Savoir, tout savoir et ne pas savoir quoi faire. Aux nouvelles d’ici : motards-à-drogues mis en prison. Oh relativité !
Un camionneur, routier à long fardier, raconte sa pénible vie à la télé d’Enjeux. Métier effrayant. Les mensonges. Les faux papiers. Rouler 14 heures sans dormir ! Un monde sinistre. Il ose tout dire. Il risque son job. Certain. Il pense à ceux qui vont venir. Il aura un terrible accident en bout de reportage. Oh, oh ! Psycho-soma ? Culpabilité ? Acte pas manqué. Ces 24 roues que l’on croise le jour, tard le soir, dans la nuit, on rouspète. On les craint. On fait bien ! On en voyait partout. Danger: les conducteurs poussés à la rentabilité doivent rouler, rouler très longtemps. Et vite ! Oh ces affreux travaux forcés modernes ! Ces galériens à couchette au-dessus de la tête ! Pour gagner du temps faire des calculs faux pour tromper les inspecteurs… sinon…le boss va grogner. Horreur !
7-
Au balcon de Juliette et Roméo, rue Hutchison, Pierre-Jean me raconte une réalité —du genre qui m’arrivé aussi parfois—: sa Carole, en congé jeudi, a besoin de relaxer. Pas une sinécure son job à l’urgence de la « Centrale-des-petits-cœurs-fragiles » (Institut de cardiologie). Il ira, seul, au Jardin Botanique pour y admirer les plantes. Devant lui, cheminent deux jolies femmes. Il remarque qu’elle sont joliment vêtues, à la mode, bon goût, elle gesticulent et s’arrêtent aux exhibits, semblent des connaisseuses en botanique. Il finira être proches d’elle et découvrira, désarçonné, qu’elles ne sont pas du tout ce qu’elles semblaient être. Une parlure, disons comme jadis, « commune ». Au bord de la vulgarité.
Comme c’est vrai désormais, avec toutes les infos qui circulent maintenant, des gens de toutes conditions apprennent à comment s’habiller, bien manger, se choisir du bon vin, rouge ou blanc. Ils restent tout de même ce qu’ils sont profondément, des incultes. Jadis, on pouvait facilement déceler de quelle classe sociale venait telle ou telle personne. Il m’est arrivé ainsi de croire que des gens étaient, comme on dit, du « milieu », artistes ou même —« boubo », ou « bobou » ?— bourgeois bohémiens, petits bourgeois et je finis par les entendre parler et c’est, à mon grand étonnement, des personnes qui se soucient comme d’une guigne de mal paraître, de mal parler, d’avoir un accent « cheap », d’analphabète !
Au souper, tantôt, à ce sujet, Aile me raconte : « Au Centre Rockland, vendredi, hier, une dame remplie de bijoux, vêtu richement —allure d’une dame de la haute. Quand je la côtoie à un comptoir de lingerie (Linen Chest), c’est le langage du bafouillage, ,l’absence totale de vocabulaire et des exclamations infantiles, des protestations puériles, idiotes, avec un accent « faubourg à mélasse ». Elle m’avait paru une riche et oisive bourgeoise de Westmount.
J’aime que l’on soit différents. Je me croyais fou de lire trois livres à la fois, en voyageant de l’un à l’autre. Vincent Bilodeau, lui, c’est dix ! Il déteste les biblios —j’en fréquente trois— car il tient à posséder ses livre. Il ne donne jamais ses bouquins. J’ai tout donné à la biblio locale.
À la fin de « Conversation », D.Bombardier : « Maintenant, toujours révolté ?, vous espérer quels changements ? » Je m’entends dire : « À 71 ans, je ne crois plus aux idéologies. C’est futile. Il faudrait coucher l’homme sur un bloc-opératoire et le changer, fondamentalement. » J’y pense : est-ce que je favoriserais la manipulation génétique radicale ! Seigneur ! On a pas une heure, pas une minute, pas dix secondes à la télé. On vous questionne :répondez vite, svp.
Mercredi dernier, piste cyclable, Aile me dit entendre des gazouillis variés d’oiseaux, détecter dix, vingt odeurs différentes, plantes, fleurs naissantes…Elle ne fume plus, elle. Je l’envie. Faut que je stoppe définitivement. C’est rendu dix par jours (clavier et cibiches vont de pair !) c’est dix de trop.
Vu, mercredi soir dernier, un docu de télé, sur cette célèbre Virginia Woolf —saphiste avouée, cocue misérable, suicidaire, déprimée grave, pacifiste et prophète à sa façon, féministe, bourgeoise « victorienne » de gauche, suicidaire— que je ne connais pas vraiment. Vive déception. Ouvrage pour spécialistes. Allusions à des personnages que j’ignore. À des textes inconnus. Pas de chronologie aucune. Suis-je trop linéaire, trop ancien pour apprécier ce genre en mosaïque ? Regrets. Je trouverai un livre, un jour. Carole Rioux, vingt ans plus jeune, au « Colloquio », m’a dit avoir estimé. Grandement. Cette V. W. :méfiante farouche de : familles, classes, nations, a eu père despotique… trouver « Une chambre à soi », « La traversée des apparences », « La chambre de Jacob », « La promenade au phare », « Orlando »( sa biographie). Elle disait deux choses importent : « Le sens critique et l’intelligence. Le reste… » Elle insistait : « Ne jamais séparer vie privée et vie publique. (vrai !) Cela explique les hommes ».
Discussion récente (avec Julie S.) : avoir trop fait de mes petits-fils des princes, sans cesse leur enseigner qu’ils étaient uniques. Était-ce dangereux ? La vie si raide, si bête…Ne plus savoir si j’ai bien fait. Je me disais s’il s’estiment suffisamment, ils se conduiront toujours comme des hommes de valeur. Avais-je raison. Ma fille disait : « Atention, pas trop, ne pas trop leur monter le bourrichon, la dure réalité sera terrible en vieillissant ». Qui a raison ? Ne plus savoir. J. S. dubitative elle aussi.
Un courriellisant D.M. me stimule. Il tient des propos vivifiants. Il est léger (« L’insoutenable… » de Kundera), me fait sourire. Précieux.
Chez Stanké, on publie un livre et on invite au lancement tous les gens nommés dans le livre. Foule. Si Beaulieu invite au lancement de ce journal (cet automne) tous les gens nommés, il faudrait louer un aréna, non ?
Milan Kundera : un vrai roman : le texte qui est pas adaptable, nulle part, nu au théâtre, ni au cinéma, ni à la télé. Alors…oh ! Le journal, le livre parfait. Inadaptable en images. Nulle part.
Lu ce matin : en Afrique 18 lignes —par groupe humain tel— de téléphone. Chez nous, en Occident industrialisée : 565 lignes par même nombre de têtes de pipes. C’est clair comme ça ? Un signe énorme ! Woolf, écœurée, dénonçait Churchill, jeune : il avait participé à un massacre horrible en commandant des batteries de mitrailleuses (engins nouveaux) en colonie d’ Afrique. 25,000 morts d’un coup ! En face, des Noirs qui n’avaient pas même un mousquet à pierres, juste des javelots ! Vive l’impérialisme britannique, vive l’Empire, vive Churchill, jeune ! Ensuite ? Venez me révérends pasteurs ! Nègres idiots : place à nos bons missionnaires protestants. Ça bat un peu Champlain au bord de l’Hudson tirant sur les « sauvages » qui s’enfuient, découvrant « la mort qui court », un fusil. S’il avait eu une mitrailleuse, hein ? Place aux Récollets et aux Jésuites, place, pace ! Le sabre et le goupillon, comme au Mexique, comme partout en ces temps de belles missions civilisatrices des Blancs si purs !
Oui, « Il n’ y a au monde que l’amour qui soit quelque chose », bien dit madame Sand, bravo!

Le dimanche 2 juin 2002

Le dimanche 2 juin 2002

Jours de pluie…

1-
« Ça va mal à shop » ce matin : froid insolite dehors. Un 2 juin ? Ce juin part bin mal ! La météo annonce : « gel au sol ce soir » ! Un cri ! C’est ma belle Aile très découragée : « Bon. Merde ! On va rentrer les fleurs, le plant de tes tomates, tout. » Yvon Deschamps : « US QU’ON S’EN VA ? » Papa répétait face au moindre caprice du monde en marche : « Ça, me enfants, c’est les conséquences de la bombe atomique ». Elle avait le dos large.
Je croise le André gigoteux et valeureux et vigoureux, jardinier chez le juge, mon voisin, je lui dis : « L’hiver va revenir ma foi ? » Ses yeux s’arrondissent, sa bouche crochait, il a pris le visage terrible d’un sorcier déçu : « Ouen ! Ça fait peur ! Le monde à l’envers ! Le monde va croche ! » Et il repart de son pas de bourru, marmonnant, grognard, d’inaudibles imprécations. André vient presque chaque jouir chez les Boissoneau d’à côté. Ce André impayable gratte, creuse, jette de la terre, ici et là, déplace des rochers, tond sans cesse, caresse virilement ses plantations, examine la pousse de ses efforts. Le juge a de la chance de pouvoir se payer un tel zélé « conservateur » de son jardin.
Aux nouvelles : braillements généralisés. On veut de l’argent. Celui du peuple. Écœurant ! La grand’ peur ces jours-ci Ottawa énervé par les scandales à propos des tripoteux qui les sucent des fonds généreux, a mis un moratoire. Stop ! Fini les folies ! Plus rien pour la propagande fédérate ! Les téteux à festivals tremblent ! Et vous ? Et moi ? Est-ce je lance, moi, un festival ? Non. Je suis pas assez riche. Eux ? Des « quéteux à cheval » : ils comptent sur l’argent public ! Le nôtre. Saloperie ! J’aimerais ça être producteur, et vous ?, aider des talents, soutenir des créateurs, encourager des imaginatifs, mais non, j’ai pas les moyens. Eux tous ? Sont comme vous, et moi mais se rabattent, ces parasites, veulent l’argent du trésor commun des taxés ! Honte ! J’aurais aimé ça être éditeur : pas les moyens et je refuse de téter l’État, le citoyens-travaileurs.
Un téteux va rétorquer : « Quoi ? le gover’n’ment donne aux entrepreneurs (G.M. ou Bombardier) de ci et de ça, donne aux usines, aux manufactures…pourquoi pas à nous, aux « parteux » de festivals variés, on draine du tourisme, non ? »
Bombardier, subventionné, génère des jobs ? Les festivaleurs rozonniens , subventionnés, remplissent les chambres des hôtels, nos restaurants du Vieux. Un système où c’est le travailleur qui soutient la patente marchande quoi.
Bon. Bien. Je me tais. Ottawa revenez vite, mettez vos unifoliés mur à mur. Ne tuez pas la beauté de ce monde, les Group’Action. Qui congédient déjà pour faire enrager le politiciens. Je suis un candide : je me disais que « pas riche », il ne me fallait pas oser installer une machine du genre : producteur de film, de séries-télé, d’éditions, de spectacles, etc.
Un candide ! Un nono. Un pas-capable.
Que les parasites intelligents en profitent et laissons-les chialer aux nouvelles : « On veut vos sous, cracheurs d’impôts ».
Allez travailler lundi, demain matin, et on vous prélever une part de vos gages : il y a « Juste pour rire », Le Jazz, le Festival du film, ma cabane à éditer, ma compagnie de production de séries-télé… Allez suer en mornes bureaux, en sordides usines, en exténuantes manufactures.
Les « gros » ? Ah les gros, eux, ils jouissent d’exemptions d’impôts car il y a l’investissement à amortir et leurs super-comptables- fiscalistes veillent aux « crédits ». Pus il y a les abris aux îles, « portes » de fausses compagnie aux îles machin-chose, non ? Demain matin, va travailler le nigaud candide !
2-
Ai donc débuté le Trevor Ferguson. Est-ce mal traduit ? Est-ce trduisable. Le Ferguson a peut-êtrre un style si original que …En tous cas, les yeux sursautent sans cesse. Aile : « Regarde donc ça dehors ! » Derrière le Ferguson et moi, soudain, hier soir, dimanche, une lumière faste dans la fenêtre du salon ! Collines sombres sous un fabuleux ciel nuageux découpé par un soleil invisible et pourtant radieux ! Une belle ancienne gravure dans un livre d’histoire sainte ! La beauté ! Notre ébahissement. Silence dans le salon.
Ai expédié, hier, ma lettre mensuelle à ma quasi-jumelle, Marielle. Un méméring bien-aimé. Marielle, un lien avec ce qui reste —si peu— de la famiglia !
Bien conseillé, j’ai pris, vendredi, de l’onglet (?) à l’École Bouffe. Sorte de bavette. Saignante ! Samedi, délicieux souper, à s’en lécher les doigts : artichauts (miam !), fèves et mini-tomates d’Aile.
Vu un reportage sur la (maintenant devenue célèbre) pépinière Jasmin au nord-ouest de l’ex-village Saint-Laurent. Le descendant, Pierre J., disait : « Au départ, nos vendions 300 vivaces par année, maintenant, c’est 3,000. Par jour ! En mai, c’est souvent, par client, jusqu’à mille dollars en achats. »
Ce vaste et florissant commerce, visité par la caméra de télé, se situe là même où l’ancêtre, Aubin, en 1715, faisait abatis sur abatis. Du « bois debout » couché à jamais. Où poussent désormais plantes exotiques, arbrisseaux variés, fleurs de toutes les couleurs; semailles « qu’on part » sous d’immenses serres climatisées. Non, on arrête pas le progrès, mon p’tit Chose !
Même le parc Jarry, jadis, faisait partie de Saint-Laurent. Papa me disait que, enfant, il y avait une barrière à péage —il y en avait partout pour pouvoir payer les cantonniers— au coin de la rue Saint-Laurent et de Castelnau, délimitant son village natal de la paroisse où il s’installait pour toute sa vie, Sainte-Cécile.
3-
Rassuré par les critiques (bien complaisants !), vendredi, sommes allés nous divertir en toute confiance « chez Astérix », Carrefour du nord, à Saint-Jérôme. On a ri. Souvent. C’est un très rapide défilé de gags visuels —effets infographiques connus —qui redondent partout, toujours les mêmes— avec des « répliques » (les « one line ») efficaces et le vieux jeu des anachronismes —Berval en jouait en 1950 à son « Beu qui rit » mêlant Corneille, Racine au joual— bref, on rigole et on sort de « Mission Cléopâtre » comme des nuls, des vides. Un humour épais, la maladie infantile du ciné actuel. Quelques gros (gros Depardieu !) noms n’ont, hélas, rien de solide à interpréter. Gaspillage de talents. Ce n’est pas pensé, ni écrit, c’est « dessiné ». Comme le comic-book à cinq cents de nos dix ans. Pas mieux, ni pire. Ir-recommandable. À personne. À moins d’une envie de pop-corn. Et encore.
Avant c’était mieux ? « Play Time », un film du Tati de 1967, revu vendredi, tard, à ARTV ; bien long, trois heures, et pas souvent comique. Piétinement intolérable dans sa caricature d’un monde d’acier, de verre et de plastique avec ses mécaniques à minuteries.
Pas comique non plus d’entendre le chanteur Renaud (tant aimé par mon fils et sa bande jadis) raconter sa chute récente. Le pastis, Pernod, Ricard ? « Une drogue dure », dit-il. Bon, il sort de son enfer et se remet en scène pour raconter son voyage (« bad trip ») aux rivages du Styx. Sa grande fille — « Je te reverrai plus jamais si tu t’en sors pas »— fut sa planche de salut. Jim Morrison n’avait pas de grande file, lui ! Un Vigneault (La Presse) a des bémols pour sa récente ponte. Aïe! Cette thérapie peu appréciée ?
Aile en état de choc hier matin, lisant la chronique nécro, La Presse : deux mortes. Son âge ! Gisèle et Monique. Qui travaillaient à la SRC comme elle. Très songeuse l’Aile interloquée.
4-
Hier, un docu de la BBC sur les frères Coen, cinéastes américains (« Fargo », film parfait). Les témoins bavassent vainement, potins vains des amis, camarades d’école, acteurs divers. Odieuse et facile technique du saucisson comme toujours. Après : leur film « Miller’s crossing » (ou « Un cadavre sous le chapeau »). Ouen ! Pas fort. C’est « Le parrain » en brouillon de potache. Trop de bandits, trop de sang, trop de futiles coups de revolver… et humour rare. Pas fort parfois nos chers Coen.
Samedi en fin d’après-midi, un vrai bon film. « Insomnia ». Un « remake » d’un vieux film suédois, me dit-on. Pacinon, excellent comme souvent, en flic expédié en Alaska (paysages étonnants parfois) avec Robin Williams en écrivain raté. Fameux duo. Une aubergiste dira : « Ici, en Alaska, il y a deux mondes, ceux qui sont nés ici et ceux qui sont venus toujours pour échapper à quelque chose. » Vrai pour tant d’apatrides, d’exilés. Si on excepte les réfugiés fuyant les prisons des dictatures.
Ce matin j’ai lu le cahier-livres de La presse, hier Le Devoir culturel du samedi, ai achevé L’Actualité … et pas de stimulations. Aucune. Pourquoi ? Lisant parfois un magazine de France, j’en sors toujours stimulé. Je songe à l’importance (pour les jeunes surtout) d’être stimulé. À quoi ça tient ce « manque » ici ? Épuisant de s’auto-stimuler sans cesse en une contrée trop souvent insipide…Ou bien, c’est la direction-rédaction des écrits d’ici qui est nulle. Ça se pourrait. Avant… dans mon temps.. dans les années ’60… Me taire là-dessus. Refus du rôle de vieux schnock nostalgique, pourtant…Me taire. Ça changea un de ces jours. L’espérance. Vertu.
5-
Ce matin, espace du store levé, un oiseau frétilant (un quisscal ?) juché au faîte d’un haut sapin. Comique. Aile me dit avoir vu cela, il y a deux jours. Silhouette remuante bizarre. L’étoile (noire ce matin ) qu’on posait au bout de l’arbre de Noël !
Loué « du québécois » vendredi soir. Merci aux critiques complaisants encore ! De Francis Leclerc (fils du grand Félix) « Une jeune file à la fenêtre ». Le navet des navets ! Ennui profond. Trois couples de jeunes aspirants-artistes dans la Vieille Capitale en 1920. Navet songé par quatre (4) scénaristes —obligation de Téléfim ? Quelques images photogéniques (facile à Québec) et récit ennuyeux, comme…non, « pire » que la pluie.
Aile penaude puisque, la veille, elle rapportait du vidéoclub cet autre navet « Comédie de l’innocence », pas moins assommant que le Leclerc malgré l’actrice Isabelle Huppert. Le talent est rare ? Pas de syntaxe ni grammaire filmique, pas de rythme partant. Du cinéma où l’on tourne séquence sur séquence sans tonus; films sans vie en découlent.
Coupures retrouvées, je corrige deux choses :1- C’est dans Le Devoir et non dans La presse qu’un édito, fort bien intitulé « Shame on you ! », fustigeait le racisme anglo de The Gazette où l’on nous traitait collectivement de racistes fascistes ( ref : le kirpan d’un écolier Sikh intoléré par le gouvernement). Le quotidien de Power-Gesca ménage The Gazette. 2-C’est Ouimet, le nom de la stupide qui déclarait come étant de « même farine, notre SSJB et l’ « All-liance Kouaybec », la très subventionnée par Ottawa. Coup de pied au cul perdu.
La SSJB se veut tellement « moderne » : on invite une Nanette Workman, un Éric Lapointe et Cie comme « figures patriotiques » à Montréal. À Laval, le 24 juin, ce sera le magnifique Claude Dubois et l’emblématique Gilles Vigneault. Vive Laval !
6-
Polar, suspense, « spy-story », film que l’on veut voir : « The sum of fears » (à Saint-Jérôme encore), basé sur un Tom Clancy (que l’on a comparé à Jules Verne. Franchement !). Marcel Sabourin y tient un bref rôle, un néo-nazi de France. Terroriste avec bombe nucléaire. Rien que ça. Quoi, à la Maison blanche, on la craint l’arnaque des arnaques…la nucléaire. Via les conteneurs puisque 2 % seulement sont examinés dans nos ports. Souvenir : 1975. J’avais lu « La bombe chez vous » avertissement de l’atomiste —qui travailla à Fort Alamo en 1944— Ted Teller. Secoué par ses révélations, fin 1966, je publie « Revoir Ethel » pour revoir Éthel et aussi pour le polar « d’une bombe atomique sur le stade Olympique », en construction à ce moment-là. Invité à « Parle, parle… », je narre l’intrigue de mon roman et j’entends l’animateur (Giguère) qui me dit : « Mais Claude ! Un film américain va se faire sur ce thème qui aura pour titre « Black sundae ». Imaginez ma stupéfaction ! Le roman n’eut guère de succès chez Stanké.
7-
Aile excitée. Page E-3 de La presse :on parle d’un entrepreneur, M. Marin, qui va construire un gros bloc de condos dans le joli jardin derrière notre pied à terre, Chemin Bates. On avait acheté pour ce boisé plein d’oiseaux. On voit une photo :un de nos voisins de palier, le lousianais valeureux, Zacharie Richard, tout désolé devant de arbres déjà sciés. Personne ne manifestera pour défendre des petits- bourgeois gâtés qui se lamentent pour une « escarpement vert », pas vrai ? On a tenté une bataille il y a deux ans et sans aucun succès. « On a besoin de taxes », disait le maire et ses conseillers. « Meanwhile, back to… ce M. Martin qui est aux prises avec les autorités municipales car un de ses blocs, à Verdun, pourrit déjà sur place ! Prometteur derrière chez soi.
Hypocrisie ? Même jour, on voit le maire Gérald Tremblé (sic) en vélo. L’article dit qu’il l’a loué pour la photo et, chose faite, le vélocipède Gérald est allé reprendre vite sa Mercedes !
Enfin, je reçois un courriel de Québec-Tourisme sur le projet fou —de M. Claude Langevin, originaire de Larouche et devenu collectionneur-galériste à Manhattan— de temples achetés, démolis et puis en voie de déménagement de Cochin (en Inde) vers Larouche (au Saguenay). Pour tourisme de haute gamme. Réponse : M. Jasmin cher. Larouche, c’est une affaire totalement privée. On a absolument rien demandé à notre ministère pour ce projet ».
Et clac !
Installé au rivage, je regardais… le vent. Deux oiseaux —noires, oui, chère Aile !— viennent se suspendre dans le tout jeune feuillage du vieux saule. Oh ! Joliesse ! Ravissement ! Une gravure délicate d’un peintre japonais classique ! La beauté une fois encore ! Le bonheur.
J’oubliais, vendredi à 17 h. … Comme d’habitude, porte ouverte à l’École Bouffe, c’est les ruades (homes et femmes aussi), la course effrénée pour obtenir les bons plats. À mon côté, une nouvelle venue sursaute à mes sparages et me jette : « Mal élevé d’effronté, va ! »
Je n’en reviens pas. Je dis rien. Je me sens redevenu le gamin de dix ans dans la ruelle et j’entendais maman me répétant : « Rentre toi, petit effronté de mal élevé ». On ne change guère?
Jean-Claude Germain l’a eu enfin ma brève nouvelle pour sa revue « L’ ». Mon titre : « Germaine braille p’us, est morte ». Je raconte en huit brefs paragraphes l’assassinat, près du bingo de la rue Papineau, de mon héroïne. Je vais envoyer copie à mon Marco de gendre pour le site. Ce meurtre littéraire : au fond envie de quoi ? De me débarrasser du passé. Des ouvrages d’antan. La mort pour en finir ? Ma crainte de radoter ? Ma Germaine n’existe plus et ça m’avance à quoi ? Mystère !

Le jeudi 2 mai 2002

Le jeudi 2 mai 2002

1-
Oh ce jeudi tout gris ! Allons écrire. Un journal ne doit pas n’être que recension des livres lus, à mon avis. Certains diaristes connus en font trop…mais je lis sans cesse et n’en parle pas trop. Faisons un peu, ce matin, le critique. Mon pauvre petit Moutier et sa si aimable note à mon égard au Salon…Oh la la ! quel méchant livre mal foutu que son « Pour une éthique urbaine ».
À fuir ! Un ramassis d’états d’âme vains. Plusieurs niveaux de réflexion, galimatias idéologique, charabia infâme ici et là, un mélange détestable…Ironie peu fine (chapitre « à lettres ouvertes » sur un MacDonald du Plateau), gravité intermittente (chapitre nostalgique sur Godin-Pauline-Julien !), opinions niaises. Ouash ! Que je n’ai donc pas aimé son petit dernier au jeune homme néanmoins fort sympa rencontré deux fois « en personne ».
J’ai lu aussi le « cadeau » de Victor, ce « Jasmin sur barbelés ». Lecture intéressante d’une gentille petite fille (E.Gibar) juive de la bourgeoisie égyptienne du Caire avant que n’éclate la guerre avec Israël. Le jasmin parfume ses souvenirs de petite fille si heureuse, si insouciante, si candide. Soudain : la guerre éclate chez Nasser ! Chasse aux juifs. C’est la fuite…à Marseille d’abord , camp de réfugiés. Les barbelés commencent pour Esther, le jasmin s’évanouit, puis, sur un rafiot misérable c’est l’ « exode » dans « la patrie biblique » où l’on installe les exilés juifs de tous les coins du monde et en très grande vitesse. Camp et barnelés encore. Puis le kibboutz et un bonheur rare ! Le « Babel » stoppé, Esther Gibar va — comme tout le monde sous les tentes— apprendre l’hébreu. Le vrai ciment. Le lien essentiel dans l’ONU spécial de la colonisation toute neuve.
Comme pour l’émouvant film italien : « Les jardins des Finzi- Contini » on assiste à ce terrible déracinement à cause de l’antisémitisme et c’est toujours plus effrayant, plus troublant, quand on vient de la bonne bourgeoisie inconsciente. On tombe de très haut. Esther Gibar —installée au Québec maintenant— est très sentimentale, très délicate, d’un romantisme total : tout est embelli, si joli, sa —« si gentille »— famille portée aux nues. C’était rose et pastel…puis, tout s’écroulait ! Captivant de mieux savoir un certain monde. Milieu protégé, choyé, monde de confort heureux dans Le Caire ensoleillé quand les « gentils » domestiques (Arabes et Noirs) sont si fidèles, si polis, si dociles. Si bons serviteurs n’est-ce pas ? Oui, j’ai appris sur une sorte de colonialisme doucereux, innocent et sur lequel, soudain, va fondre une foudre…foudroyante !
Cette patrie juive idéalisée devient vite un terrible champ de guerre perpétuelle. Alors avec un enfant, le mari, Esther va fuir. Ici. Ce beau paradis promis (Israël) se transformait en « régime militaire », permanent, selon ses propres mots. Les siens
cherchaient le bonheur, la paix et trouvèrent l’effrayante déception. Mitrailleuses sur toutes les épaules, des jeunes étudiantes comme des étudiants imberbes. Esther déteste ces fusils partout, ces chars autour des barbelés des colonies. Elle craint la haine des Palestiniens envahis, alors elle part. « Adieu rêve d’un Israël imaginaire.
On sait, aujourd’hui même, les dégâts qui s’aggravent !
2-
Je vais achever de lire le nouveau Vigneault jr. Ouen ! Ce type de récit —nombriliste— m’assomme un peu. Décidément, sa manière « bobo » (bohèmien-bourgeois) ne lâche pas ce Guillaume. Son « Cherche le vent », —comme son premier roman, « Carnets de naufrage »— baigne dans ce monde de fainéants béats où l’on ne vieillit pas, où une jeunesse —instruite— n’a pas envie du tout de s’installer, ni matériellement, ni sentimentalement. Craint farouchement la sédentarité. Son jeune héros est un photographe trentenaire divorcé. Il bien coté jusqu’à Manhattan (Pas courant de tels personnages ). Jack semble traverser une sorte de lente dépression, avec tentation suicidaire pas nette, en tous cas un spleen existentiel le hante. Ce « Jack », alias Jacques, a son avion dans un garage abitibien, souvenir lourd semble-t-il, il a aussi un camp d’été à La Minerve, dans le Parc de la Vérendrie, héritage familial et des souvenirs encombrants…bien peu clairs. L’art du flou ! Faut continuer à lire sinon… Jack boit sec. Beaucoup. Il manque se noyer. Son beau-frère, fils de psychanalyste (eh oui !) l’entraîne dans son condo montréalais, il n’est pas moins désemparé que lui. Ils vont déplacer leur mal de place. Maine, USA. Avec une jolie ex-serveuse du « Vieux », qui prépare une maîtrise (eh oui !) et qui, toute nue dans un petit chalet de Bar Harbor où se trouve une belle bibliothèque (!), nargue —et attise— les deux jeunes gens. Championne aux échecs soit dit en passant ! Un deus ex machina rare. Je m’instruis. Image correcte de sa génération ? Sais pas trop. Reflet vrai d’une classe précise ? Ce sera un road-story kérouacien pour la fin du livre ? Intrigué mais un peu las de ce petit monde de « gâtés-pourris », à l’adolescence attardée, bin, j’ai pas trop hâte de poursuivre.
J’ai débuté « Comme des invités de marque », livre du boulanger —artisan « interdit »— de Rouyn-Noranda, Léandre Bergeron, compagnon de kiosque chez « Trois-Pistoles » éditeur. L’étrange ex-manitobain veut nous conter comment ses trois fille, aux prénoms exotiques, ( Deidre, Cassandre et Phèdre !), furent élevées, dans des champs hors-Rouyn, sans école aucune !
Oh ! c’est un journal (!) mais d’un ordre particulier. Ce « farmer » volontaire joue le rousseauiste avec délectation. Curieux de lire la suite.
Enfin, j’ai lu, après ce dynamique magazine « L’ » de Germain, le dernier numéro de « L’Action nationale » (avril). Segment consacré à l’utile chicane de Louis Cornellier sur :
« Enseigner d’abord la littérature d’ici aux jeunes des écoles. » C’est en quatre « papiers » : un de V.-L. Beaulieu, bon mais bien court, un de Andrée Bertrand-Ferretti, plutôt cuistre et confus, un de Roy —le Bruno qui préside l’« Union des écrivains »— qui y va de prudence, jouant le diplomatique arbitre de la querelle. Enfin celui d’une prof, Roxanne Bouchard, bien argumenté. Le débat relève du « racisme inverti » dont le triste champion est le prof Ricard, pissant sur la qualité de nos livres avec délectation.
3-
L’autre soir, Artv, avec le Lipton questionneur, un Robin Wiiliams débordant d’énergie. L’acteur s’est livré à de improvisations loufoques. Hilare, déchaîné —cachant quoi ?— le cabot a montré du talent vrai. Entre ses facéties étonnantes, « Popeye » se livrait brièvement. La drogue. Le danger de couler. La thÉrapie. Les regtets sincères. La salle de l’Actors Studio en lkiesse face à ces grimaces et ses envolÉes. Bidonnage intempesyif et le grave Lipton ne se dmonta pas du toit p;rouvant un flegme peu commun. Chapeau ! Hélas, la pub envahit Artv peu à peu. Interruptions trop fréquentes et décevantes dans son contenu comme partout ailleurs. Mais tudieu, quel épuisant et épatant bouffon que cet acteur surdoué, merveilleux, comme il l’a montré dans plusieurs de ses meilleurs films.
À la télé du Canal-5, la série « Thalassa » m’ennuie tant parfois que je fuis n’importe où. Même en un documentaire vu et revu dix fois. Mais, l’autre soir, ce document dans l’arctique, oh ! Une pure merveille. Vieux album de photos jaunies, films en noir et blanc, des pionniers audacieux (comme notre vaillant Capitaine Bernier !) explorant ce pôle nord mythique et puis l’installation précaire des chercheurs d’aujourd’hui; le sujet fascinait. On y a vu aussi, venus en avion moderne, des touristes argentés (mode du tourisme naturaliste et sauvage). Des citadins aux conforts solides émerveillés de se voir aux confins du monde. Sur la calotte, comme on dit. Si heureux, excités, de pouvoir marcher sur la banquise, dans cet immense désert de blancheur et de froid terrifiant. Effrayant paysage de nudité. Pas un brin de vberdure. Trous des phoques, pistes des ours. Un bon moment. Un fort moment
4-
Ce matin Nathalie Pétro, tentant de louanger Sylvain Lelièvre qui vient de mourir, sort, comme inconsciemment, des mots blessants, tout ce que l’on pouvait lui reprocher en réalté à ce chanteur disons « faible ». Un requiem bizarre. Disons, une petite machination hypocrite où la columnist dit sans le dire ce que plusieurs pensent. Comme c’est confondant ce gente de prose polie où une sorte —respect aux morts !— de diplomatie prudente transfigure les mots, les maquille, les change tant que l’on arrive à leur faire dire le contraire de ce qu’on pense.
Est-ce que cela m’est déjà arrive ? Sans doute. Qui est sans péché là-dessus ?
« Ali », le film, vu hier soir : une sauvagerie imbécile, folie niaise que la boxe. Je reste un ardent opposant à ce sport imbécile. Réussite tout de même des trois ou quatre combats visuellement. Aile me dit qu’il y faut une rare et parfaite chorégraphie, minutieuse sans doute. Un montage difficile. Un sacré combat pour la réalisation. On y croit. On y est. Hélas, on sait peu sur son enfance, sa jeunesse et même ses débuts. Tout est raconté comme en vitesse et avec des ellipses pas toujours intelligentes. Déception grave donc pour Aile et moi. Plein de pans de ce film comme illogiques. Il manque des explications. Ce n’est pas du genre « savant et intellectuel » non, cela Aile aime bien, c’est juste que c’est mal fait, mal écrit sans doute au départ.
Confusion n’est pas subtilités. Et, à la fin —fort abrupte— rien sur son handicap grave. Pas un mot ! « Ali » se termine avec sa fameuse victoire en Afrique contre le texan Forman. Une victoire bizarre. On dirait un combat « arrangé » comme au temps où les pégriots tricheurs hantaient les arènes de boxe.
Critiques complaisantes donc pour ce film, « Ali » comme trop souvent. Sans elles, pas de ce « Ali » en raccourci dans notre machine. Les commentateurs d’aujourd’hui se transforment volontiers en courroie de transmission des organisateurs de « junkets », ces voyages à « premières », avion, et tout, payé par les producteurs, avec interviews à la gomme…Cette plaie ! Qui transforme un (une) analyste en publiciste invétéré. Le mode du job « précaire » actuel engendrerait ces trahisons des lecteurs ?
J’ai peur de cet avenir.
5-
Tabarnak ! ‘Scusez… Je rêve pas : il neige. À bons flocons. Un 2 mai ! Par ma fenêtre de bureau, le paysage vite tout blanc ! Le lac comme plus noir. Un 2 mai ! Aile d’en bas : « Tu as vu ça, dehors, Cloclo ? » Elle rage. Elle part pour une boutique de Saint-Sauveur. Dégueulasse, vraiment.
6-
Lu ce matin un long et futile article de complainte. Bizarrerie. Marie Gagnon — se disant une auteure— s’adonnait à la drogue et commettait des vols. Pas bon marché la dope ? On est loin de monseigneur Félix-Antoine Savard, hein ? Auteur lui aussi jadis ! Ou du brave Robert Choquette. Rien à voir avec Germaine Guèvremont ou Gabrielle Roy…ou Anne Hébert… des auteurs sages et qui ont signé de très bons livres ?
Bon. Prise par la police, on installe cette Marie Gagnon en prison. À Joliette. Neuf bâtiment. Confortable. Voilà que la prisonnière— tout en admettant que c’est ni Tanguay-la-sale, ni Kingston-la-sale— râle dans ce faux club-med. « Un asile pour folles », semble-t-elle crier. Intenable.
Le grand grief ? Tenez-vous bien : on souhaite l’aider, la réformer, la soigner de son mal-de-vivre, de la drogue, et partant de sa manie de voler. L’aider ? Un crime ! Un outrage ! Une entreprise inhumaine !
On croit rêver. « Malgré elle », dit-elle, tous ces soins, toute cette horrible discipline et ces horaires stricts, ces effrayants conseillers. Ces manières de la faire « bosser » comme…une prisonnière ! On irait contre sa volonté de « rester ce qu’elle est ». La mode du « Je m’aime comme que chu ! » « C’est ma vie pis je l’aime comme ça. »
Ah bin là ! Est pas contente la Marie ! On a envie de lui parler de la Turquie ou du camp militaro-USA à Cuba-sud ! Elle veut pas guérir, ni changer de vie ? Elle a son âme bien à elle, grogne-t-elle dans « La Presse » de ce matin qui lui accorde le quatre colonnes en « Forum ». On a pas le droit d’aider le monde poqué. Foké !D’offrir des thérapeutes, de vouloir transformer une voleuse droguée… Bon ! Elle va publier tout un livre de ses récriminations cet automne chez VLB.
À la fin de sa jérémiade stupide, Marie Gagnon dit : « Est-ce, peut-être, à cause de mon extrémisme que je suis écrivaine ? » Sans rire hein ! Des coups de pied au cul se perdent !
Pourvu que les responsables de la prison de Joliette, face à cette ingratitude, ne décident pas de donner raison au poujadisme des Gilles Proust et jugent que : le « Club-Fed » c’est fini ! Qu’ils n’aillent pas transformer « la tôle » de Joliette en vrai prison, le trou à rats d’antan, l’enfermement infernal de jadis.
Là, la Marie aurait vraiment de quoi brailler, délinquante gâtée de cette génération. Il n’y a pas si longtemps, c’était, rue Fullum, à Montréal : « Farme ta yeule maudite voleuse, pis ta moppe ! » Pas de thérapie à l’horizon. Il n’ y avait rien à faire, rien à comprendre, face à une jolie jeune femme (comme Marie Gagnon et tant d’autres) en mal d’être intégrée dans l’existence normale. C’était : « Maudite voleuse, farme ta yeule pis va torcher le corridor des vomissurtes », ou « Farme-la, toé, maudite « droyée », marche dans ton trou pis avale ta soupane infect. » Joliette en asile pour déficients mentaux légers ? Pis ? C’est mille fois préférable à ces donjons insalubres de mon jeune temps où l’on battait, frappait durement souvent, les déviants de nos comportements sociaux admis. T’aurais pas eu le choix de te plaindre complaisamment dans « La presse », pauvre jeune Marie. Il n’y aurait eu que de grosses matrones mal payées pour te déchirer ton article au visage et le jeter dans une cuve crasseuse. Chasse d’eau aussitôt. Quand elle fonctionnait !
7-
À la Chambre de commerce de Montréal, M. Valaskakis, a parlé des 500 mégapoles de l’univers. En avant du rang : Paris, New-York, Londres. C’est connu. Lui aussi explique que les talents du monde entier vont vers ces grandes villes où il y a beaucoup de terrasses, des théâtres, des cabarets, des bons restaus, etc. Évidemment. Après d’autres experts, Il a dit que, désormais, la « gent créatrice » —50 % de la nouvelle main d’œuvre actuelle— se fiche des centres spécialisés (silicon valley et cie). Ces cerveaux modernes cherchent des villes amusantes, culturelles. Donc, installation —payante pour le lieu— à New-York, Paris, Londres…peut-être Montréal un jour.
Ainsi, affirme-t-il, ça sert à rien l’Internet, la téléphonie moderne et les satellites : c’est pas tout. Ces gens-là veulent une bonne vie, une belle vie. Il avance : « Ils aiment les quartiers ethniques nombreux et, du même souffle, ils craignent es conflits ethniques ! »
Faudrait savoir. Oui aux ghettos si colorés et non aux ghettos si dangereux ? Je crois deviner : c’est oui aux ethniques bien installés, venus avec du fric et c’est non aux réfugiés démunis qui sont forcément (travaux ardus, couples aux douze-heures au boulot !) empêchés de bien surveiller les rejetons, qui n’ont pas les moyens de les caser dans des institutions de bonne réputation. Est-ce bien cela ?
Valaskakis conférencait sur la mondialisation. Sur l’avenir. Gageons qu’il n’a pas pipé mot ni sur l’Afghanistan, ni sur l’Afrique, ni sur l’Amérique du Sud ou l’Inde ! On connaît la chanson douce aux oreilles des Chambres de commerce. Il ose parler « racines’ » dit que contre la mondialisation anonyme , il y aura toujours l’attirance de ces belles grandes villes séduisantes ! Baratineur va ! Adieu nations, adieu états organisés, retour au Moyen-Âge. Les grandes villes. Le salut. De qui ? Pour qui ? Les villes de l’occident riche, Paris (Les champs Élysées), Londres (La City) et surtout New-York, (Manhattan). Cherchez-bien, il y en aurait 500, pas plus ! Aucune en Afrique…etc.
La neige a cessé : Émile Nelligan, dans l’éther, vas-tu nous pondre un nouveau poème ?
8-
À « Sixty minutes », made in USA, il y a pas si longtemps : « Montréal ? une ville de fascistes ! Le Québec, tous des nazis ! L’émission montrait (un faux apprenait-on plus tard) un anglo-martyr face à un « mesureur » fanatique de français…C’était l’enfer. Le four crématoire pour bientôt… »
De la télé « Sixty minutes » quoi !
Dernièrement, on remettait ça : « Le Canada, pays de cons avec plein de dangereux terroristes, faux réfugiés. Ontario, Québec, des « Clubs Med » pour tueurs politiques ! Une frontière-bidon. Une passoire et dangereuse pour les USA. Les rues grouillaient de talibans mal masqués. »
Et voilà qu’à Ottawa des nonos se levaient : « M’ sieur l’président, avez-vous entendu ça à « Sixty minutes » ? C’est effrayant, le go’vern’ment actuel fa rien et nous sommes infestés de kamikazes, ils l’ont dit à tivi américaine !»
C’est cela l’Alliance-western, et pour emmerder le pouvoir, des du Bloc joignent le concerto des tarlais qui suivent « Sixty minutes », made in USA.
Misère politique, oui, et colonialisme coutumier !
9-
La loi Bégin numéro 86 ? Je suis pour. « Homoparenté » pour ceux qui ont déjà des rejetons. Et je suis contre. Pourquoi ? Je le redis, le dis : foin d’égocentrisme (dont l’odieux illustre exemple des deux lesbiennes sourdes…décidant… l’ horreur !).
Il faut ne penser qu’à ces enfants qui seront, deux fois marginalisés. Ils souffriront. Les enfants sont, hélas si on veut, cruels. Le grégarisme est un fait éternel. Ils seront mis au ban partout, quartier, rue, cour des écoles. Ces « futurs » enfants ne méritent pas cela. C’est l’enfer que n’avoir pas d’amis, que d’hériter injustement des sarcasmes de tous, des petits camarades, des cons d’adultes divers, des chuchotements cruels, des dos tournés, des grimaces sarcastiques, des caricatures immondes, des singeries infantiles, des refus d’admission à un party, de la gêne de ne pas amener chez soi un copain, son meilleur ami, une copine aimée, des portes qui claquent, ou qui se referment doucement (c’est pire ?), des silences lourds, des moqueries non-méritées.
L’enfant est —assez longtemps— un pervers polymorphe. Freud. Mes amis, les homos, mes amies, les lesbiennes, si vous aimez les enfants, refusez l’enfant dans votre couple homosexuel, je vous en supplie. Vous —j’en suis sûr— qui aimez vraiment les enfants (sacrifice terrible, je le sais ) ne faites pas (in vitro, par adoption, ou autrement) ce cadeau empoisonné à des enfants pas encore nés, pas encore adoptés. Je vous en prie. Je vous en supplie. Ce sera alors la preuve éclatante que vous aimez vraiment les enfants, que votre refus volontaire d’en avoir.
10-
« Claude Jasmin, mort hier soir, était un écrivain populaire très aimé. » Qu’est-ce que je lis là ? « La mort d’un auteur qui aimait les siens, Claude Jasmin ! » Qu’est qu’on écrira sur moi, une fois mort ? Si je pouvais voir les petits titres dans les « morgues » des quotidiens ?
J’y pensais encore ce matin parcourant mes gazettes : ah, si on avait publié (éloges étonnants au Dev ou à La P.) tant de belles phrases sur Sylvain Lelièvre vivant, il en aurait été si stimulé, si encouragé, qu’il aurait pu pondre quelques chansons inoubliables de plus. Pourquoi attendre la mort ? J’aime m’imaginer de jolies phrases bien chaudes au jour de mon décès. Cela me fait sourire. Vivant, vous êtes…pas pire. Mort, vous êtes bien…mieux! Méchante leçon. Et je ne vais mourir pour avoir le plaisir de lire des éloges. Tant pis. Je continue à vivre.
Ce matin, un étonnant Gilles Archambault à la radio de CBF-FM, stock en cas de grève) : « Mes enfants ?, c’est tout ce qui comptait et ce qui compte pour moi. » Étrange affirmation, tardive, jamais je n’ai pu percevoir chez mon camarade radiocanadien cet amour si total ! Illusion ? Regrets d’un père imparfait (comme nous tous) changés en promesse a posteriori ? Bizarre assertion à mes oreilles. Pour moi ? B’en…oui, évidemment je les aimes, ils le savent, ont des preuves, je crois, mais…. Y voir peut-être une sentimentalité exacerbée ? Un amour relatif, je crois, que cet amour de ses petits. De là, en tous cas, à foncer dans cette phrase …totalitaire, il y a des limites. Aux mensonges, aux réparations, aux refuges, aux aveux tardifs…
Je ne sais plus. Juste mon étonnement d’entendre Gilles affirmer cela sur ses rejetons : « ce qui compte avant tout ! »

Le vendredi 26 avril 2002

Le vendredi 26 avril 2002

« J’ÉTAIS PERMANENT
À RADIO-CANADA»
lettre ouverte
1-
Ce matin, temps hésitant, le soleil bataille pour avoir un peu de place, il fait frais et je vois une chaloupe (première vue !) et une silhouette sur le lac. Pêcheur. Hier, au lit, je lisais le début du deuxième roman de Vigneault-fils, Guillaume. Il parle de pêche de fin d’hiver, avance que dorés et truites sont affamés alors, qu’il n’est pas besoin de (fines) mouches, juste la bonne grosse cuillère ! Le goût d’y aller voir…Mais…paresse ou pas vraiment pêcheur ! Ce roman ? Encore, comme pour son premier, une jeunesse si éloignée de la mienne. Encore des bourgeois bohémiens : voilier, canot, lac à la Minerve, alcools, belle-maman de l’ex-(enceinte)…en psychanalyste (c’est aussi donc la maman du meilleur copain, son beau’frère), avion privée (joli cessna tout bleu ), planches de surf à polir, mercédes à l’horizon, fille ramassée ans le Vieux, une serveuse congédiée (deus ex-machina !) mais aussi faisant une maîtrise en bio !, on part avec elle en voyages libres, la Buick vers le Maine, camping à Arcadia Park, la tente et une bouffe maritime (crabes, oursins !) .
Bagarre dans un pub à Bar Harbour… au moment de l’abandonner pour…. Morphée! Zzzzzz !
J’avais publié, pour son premier roman, un (presque) vilain « papier ». Je parlais d’un certain « jet-set jeunesse », de bobo, bohémien-bourgeois, et d’égotisme. Cet article-critique pourrait re-servir tel quel pour ce deuxième bouquin de Vigneault jr ? Non. Attendre. Car je vais continuer ma lecture. Ce n’est pas plat. Le mythe Kérouac veille. « Road-story » comme pour nombre de mes vieux romans. Je devine la randonnée à travers les States ? Un vieux modèle depuis Poulin et sa coccinelle allemande. Blues classiques !
Comme je le lui disais au Salon du livre de Gatineau (il souhaitait cette explication): il y a surtout la surprise de voir « l’univers » qui nous sépare, les romanciers des années ’60 et lui (eux !) d’aujourd’hui. Avec « L’iguane », intrigant roman actuel, de Denis Thériaut —qui vient de gagnaer un prix Odyssée, contre le « Putain » de Nelly Arcand— c’était autre chose : le monde du fantastique, le petit pauvre, enfant battu, père déchu, gamin magané, poqué, qui se réfugiait sous ce totem d’un iguane empaillé dans une grotte sur la Côte-Nord. J’aime examiner les contenus de romanciers du jour. C’est excitant.
2-
Je m’installais dans un studio de Cjms, avec Arcand, tous les matins. J’avais ma liste (d’épicerie). Sujets de discussion pour nos micros de nos « Face à face ». On ne change guère ? J’ai devant moi encore ce matin ma douzaine de sujets, actualités titillantes. Pour rire, je dresse cette liste de thèmes qui me font réagir (mais je n’ai plus de micro que mon cher journal).
a- la grève à Radio-Canada. Un lecteur du Dev recommande d’alerter la Sheila Cops. Les politiciens d’Ottawa. Vrai !En 1959, notre conflit se réglait enfin quand le député (un rouquin dont j’oublie le nom), au pouvoir avec Diefenbaker, se leva en chambre pour secouer les patrons de la CBC-SRC. Et tout se résolvait comme par magie ! Oui, seul bon moyen: la politique. Ce que déteste les planqués-gérants de Montréal. Leur grand’peur, ce recours au pouvoir politique, de là leurs exigences loufoques de garder le silence. Comme en 1959, indifférence, silence à Ottawa. C’était une bataille lointaine, celle des « frenchies » de Montréal. Le gréviste René Lévesque, c’est connu, constatant le désintérêt complet en devenait nationaliste, écœuré à fond par l’inertie totale à Ottawa quand une grève se déroule en françâis. Vrai qu’à Toronto, la bataille serait terminée et depuis longtemps. La gente politique adore fouiller et « bosser » les gérants des compagnies fédérales, et les gras et gros gérants craignent comme peste les fureurs des politiciens, alors les grévistes doivent le savoir et foncer par là !
b- Aznavour chantait à Ottawa et pas pour de pinottes. Public franco à 85 % L’aimable vieillard y va de présentations toutes in english ! Ignorance, mépris ? Inconscience ? Un spectateur a protesté et Aznavour, patriote de son Arménie natale, l’a envoyé paître cavalièrement. Le vétéran du « Faisan Doré »se fait sonner raidement les cloches par un liseur absolument scandalisé. Avec raison.
c- Un article fouillé fait bien voir, ce matin, une Égypte (et Le Caire) sous très haute surveillance par les USA. Des subventionneurs solidaires avec seulement Israël. Liberté ? Non. La solidarité naturelle avec les Palestiniens s’en trouve comme abolie. Tristesse. Dis-moi qui te subventionne et… C’est pour cela que je dis souvent aux écrivains : dites-moi qui vous subventionne et….
d- On utilise le mot « sinistre » à propos de ce désir de porter à l’écran les horreurs du manipulateur-Thériaut, dit Moïse. Est-ce vrai ? Peut-être mais…Le plus grave c’est que le film serait un récit plat et réaliste, sans la qualité filmique que nous sommes toujours en droit d’exiger; même pour ces docu-dramas. Jadis « L’étrangleur de Boston », un cas célèbre, ne fut accusé de rien. « Le silence des agneaux » n’est pas sinistre seulement, c’est un récit filmique bien ficelé, bien joué, surtout génialement tourné. Avec art, j’entends. Il n’y a pas de mauvais sujets, ni de sujets trop sinistres, il y a de mauvais films. Arcand auraut-il été d’accord ?
e- Montréal va permettre des vendeurs ambulants de bouffe à bon marché, cela en zones à touristes. Un quidam s’en inquiète et affirme : non, stop, à la « malbouffe » offerte à tous. L’obésité, dit-il, sera à vendre avec ces carosses à hot-dogs etc autres junk-foods ! Eh, le visiteur (jeune) pas trop argenté ira-t-il, sans ces chariots, aux Jardins du Ritz ? Ou dans un des chics restaus de la rue Crescent, ou dans ceux —« fancy »— du Vieux ? Doutons-en, hein ? Mon tit-Paul m’aurait-il contredit ?
f- Dans La Presse, un ex-gitane, paumée en France, exilée à Montréal, heureuse —devenue commerçante et donnant de la job à des émigrants, spéciifie-t-elle deux fois (cheap labor ?)— se porte à la défense de son cher « monsieur » Le Pen ce matin ! La bohémienne transformée ici en affairiste déteste le rapprochement Hitler-LePen. La droite extrémiste est donc partout !
g- Pierre Gravel, éditorialiste mesuré, fesse sur le Vatican ce matin ! Et raidement ! Il nous rappelle l’odieuse « note interne vaticaneste » du pape disant : « Silence la curaille ! Rapportez les cas « criminalisables », au Siège social, ici, seulement. Foin des polices de ces pays ! » Il frappe fort et juste. La radio, au même moment nous apprend que le cardinal bostonnasis (cachotier et protecteur de ces bandits en soutanes) obtiendrait une promotion. Où ? Au Vatican, tiens !
h- Charest menacé (!) du pouvoir à Québec aux prochaines, une firme de démarcheurs fait circuler ses offres de « bons offices ». Oh ! Le jeune Mario Dumont monte aux barricades. Mais lui, au pouvoir, un jour, baisserait la garde. Et vite. Ses cochons-de-copains se « coltineraient » solidement. La loi du « milieu », car, oui, c’est un « milieu », une « maffe » que ce parlement des bons amis fidèles. Et cracheurs de « foin » politique bien trébuchant et sonnant. De tous bords, de tous côtés, hélas !
i- Incroyable !, nous avons un nouveau maire, Tremblay, plein de titres spéculatifs, rempli d’intérêts et cela, dans maintes compagnies qui ont toujours besoin d’informations privilégiées. Pointé du doigt, l’innocent (l’est-il ?) joue la candeur ! Magouilles à l’horizon, le Tremblay n’as pas du toit l’intention de se retirer de « ses » portefeuilles ! Mon Arcand bondirait là-dessus, je le connais.
j- Le projet de loi pour la « parenté homosexuelle » va passer. Je dis bravo pour les enfants déjà adoptés qui n,Omnt rien fait pour perdre quoi que ce soitr. Mais je dis aussi danger de marginalisation nocive pour les « ceux à adopter » qui viendront. Déjà ces enfants sont marqués et le seront donc doublement. Je peux fort bien comprendre ce besoin humain des lesbiennes accouplées —et des homos mâles— pourtant ce serait égoïsme grave que de plonger des enfants dans cette farine insupportable de la marginalité. Si, vraiment, ils aiment les enfants, ils ne leurs feront pas ce cadeau empoisonné. Un lourd sacrifice, je le sais bien.
k- Je lis Girard ce matin, chronique économique. Je questionnerais mon gros nonours, Arcand : « est-il un bon et habile spéculateur ? » Aile et moi ? non. On a de l’argent « placé » comme on dit, on ne sait pas ce que notre fiducie (Desjardins) fait avec. Eh ! Oui : des ignares en affaires. On fait confiance. Comme tant de gens sans doute. Les Reers, ¿moi, le vieux, des Feers— vont en actions et en obligations (surtout) et on ne sait pas du tout comment ça fonctionne. Est-ce normal ? Non, sans doute que non. Héritage de nos anciens ? Eh oui. Et puis il y a que l’argent ne nous intéresse pas. Mais pas du tout. On lit des rapports qu’on ne comprend pas trop. Une confiance aveugle (!) dans ces « représentants » de chez Desjardins. Une folie ? On ne sait pas. On ne sait rien. On sait une seule chose : notre seuil de tolérance (aux risques) est bas, bien bas. Alors « qui risque rien n’a rien », c’est toujours vrai ? Aussi on se la ferme.
3-
Hockey hier soir. Zapette chauffante. Ouverture ridicule avec hymnes chantés. Que vient faire ce patriotisme à la noix aux temps des échanges divers ? Une farce. Démagogique en diable ! Les États, par respect, devraient exiger que l’on sorte ces chants sacrés du commerce (très industriel) du sport-spectacle moderne, non ? À Las Vegas, ouvre-t-on les tables de jeux la main sur le cœur et à l’attention ? Il y a des limites au grotesque, à la mascarade nationaliste, au burlesque du travestissement patriotard, non ? Donc, hier soir, les « méchants » Bruins en gagneurs. Désolation dans l’aréna. Des huées ! Moi, très mécontent. Reste du gamin de Villeray qui n’applaudissait que les gars de Montréal.
Salut les maudites plorines et en avant la kultour ! Filons sur Artv. Noiret pour une autre heure. Miam ! Ayant commis des tas de navets parmi quelques succès formidables —avec de grands réalisateurs— l’acteur célèbre est extrêmement modeste. Réaliste. Il ne renie rien. Les deux pieds en terre, solidement. C’est rafraîchissant en diable. Ça nous change des divas, des prétentieux qui se hérissent quand on parle de certains faux pas. ll répètera : « tout ce cinéma, c’est bon pour le confort. » J’aime bien cette façon d’accepter ce que l’on est. De ne pas se prendre au sérieux. C’est un métier… « d’artisan », spécifie-t-il. Quel merveilleux régal ! Un bonhomme franc qui dit la vérité tout en la sachant relative, fluide, insaisissable. Ah oui, un vieux gaillard unique. Bon, tant pis pour les absents, je ne raconterai pas les trésors —anecdotes d’une saveur fameuse— déballés par le vieux Noiret. De la sacrée bonne télé…d’entretien. Son questionneur, Bernard Rap, bien documenté, bien préparé, muni d’extraits solides de ses « grands » films, fait très bien son travail d’investigateur. Important pour un bon résultat, ce vis à vis, on peut voir parfois d’excellents créateurs qui bafouillent ou ennuient à cause d’un questionneur imbécile. À ce sujet, Philippe Noiret répétait qu’il faut s’efforcer, pour évoluer, pour s’épanouir, d’être entouré par des gens intelligents, cultivés, (même plus brillants que soi) et que les crétins, les cons, qui pullulent (en coulisses de cinéma) rendent cons.
À cause du format préalablement « internétisé » (oh !), qui me ramène, veut veut pas, au journal, envie comme diariste d’interpeller directement les lecteurs. Ce que je ne faisais pas jadis. Fou non ? Sorte de familiarité puisque je sais que l’on va me lire une heure (ou même moins) après envoi des pages d’un jour sur le web. C’est amusant. Ainsi envie d’écrire : « Pensez à moi, demain matin, quand je roulerai sur la 40 vers le Salon de Québec. » Ce journal mis en livre souffrira-t-il d’une telle cavalière manière ? Pourquoi oui ?
4-
Piteux —sincèrement affligé j’espère— le pape parle de « prières pour toutes ces victimes » des curés pédos. C’est bien mais, chrétiens, ne doit-on pas songer à prier aussi, oui, oui, à prier pour ces grands malades !
Quoi ? Le « Priez pour nous pauvres pécheurs », c’était un mensonge ? Une façade ? Bin oui, ces malades graves, ce sont des âmes égarées, des désaxés sexuellement —et tout ce qu’on voudra— mais qui va nier que ces pasteurs cathos ne sont pas effarés, perdus, déboussolés par ce terrible vice ? Qui est certain qu’ils ne vivent pas, au moment de l’horrible tentation, des affres redoutables ? Un accablement terrifiant. Une peur effroyable.
On dirait à lire les proses actuelles sur la pédophilie, que ces « monstres » en soutanes n’existent pas en toute réalité. Qu’ils sont, aux yeux du vieux pape romain, comme des fantômes. Des quoi ?, des inconnus, ma foi.
On en a honte certes mais pire, on ne les reconnaît pas comme êtres humains vivants parmi nous tous. Mais non, ils existent, ils mangent et ils dorment (même mal, très mal, j’en jurerais ) ils vivent, ils tombent dans leur affreuse manie des jeunes garçons, ils se couchent l’âme en lambeaux.
Que croyons-nous ? Ces mauvais prêtres se savent traîtres, trompeurs indignes, salisseurs, dominateurs faciles, écœurants manipulateurs. N’en doutons jamais, ils se haïssent profondément, ils ont honte du déni de leur vocation sacerdotale, ils suent et ils saignent d’indignité, se savent des dégradés.
Ils doivent vouloir se suicider souvent. Non ?
Je ne dis pas vrai ? Et sous la vaste coupole michaëllangélienne de Saint-Pierre, c’est le rejet, une sorte d’oubli du réel, un désaveu froid, total, toute la hiérarchies correct tourne le dos à ces effrayants mais misérables déchus ? Non, ce n’est pas une attitude chrétienne. Le « va et ne pèche plus » du fondateur Jésus est lettres vides, face à bien pite que l’adultère.
Il n’y aura donc plus que les psychologues pour mieux les expliquer —sans les excuser et sans les accabler. Des savants (de demain, bientôt ?) pourront-ils régler cette inconduite inqualifiable à partir de manipulation, ou bien de médicamentation ? À prendre matin, midi et soir ! Non je n’ai pas envie de rire, c’est trop déroutant, trop inhumain d’être affligé de cette effrayante mamie —on parlait hier (La Presse) de « puérilité narcissique, de blocage infantile avec la mère ». On verrait bien, et au plus tôt, le progrès de la science puisqu’il n’y aura aucune pitié christianiste. Ni à Rome, ni ailleurs. L’écrivain, c’est son métier aussi, veut comprendre. Accuser c’est facile.
5-
Dans nos gazettes, hier et aujoud’hui, voici un portrait du chef du MAJ (mouvement action justice), Manseau. Il nous apprend qu’il voulait devenir prêtre, qu’on lui a bousiller sa vocation, qu’il a été une victime d’abuseur sexuel en soutane…diable et c’est le mot. À la fin de l’interview on lit qu’il fait toujours vœu personnel de pauvreté et aussi…. de chasteté ! Là…on peut se poser des questions, non ?
Il faut de tout pour faire un monde. J’en ai connu des prêtres intéressés par le zizi des petits garçons. Au collège, il y en avait. Puni, envoyé « en haut lieu », je pleurai « plusse » d’inquiétude que de remords, installé de force entre les genoux d’un directeur fringant, excité et bien caressant. Il y avait aussi le révérend père Cha., un « moine » très, très « taponneur » pour les cuisses des jeunes ados à ce même collège, un externat classique. Je suppose qu’il y en a eu partout. Surtout dans les internats.
Il faut chaque fois parler aussi des autres prêtres. De ces fantastiques prêtres dévoués complètement à notre éducation. Le plus grand nombre, Dieu merci !
Oublier l’ivraie ? Tout est là. Les victimes n’oublient pas et c’est indispensable. Ce chef du MAJ semble déterminé. Il fait appel aux délateurs. Il a raison ? Il y aura danger de quoi ? D’invention. Oui, d’exagérations ? Oui. Ainsi d’anciens jeunes garçons, se sachant homosexuels, il y en a —et consentants précoces, ça arrive — à l’époque, qui voudront maintenant poser en victimes innocentes. Des alléchés par le fric promis. C’est prévisible. Comment trier ? Impossible.
J’ai déjà connu une type, musicien, évidemment homosexuel, qui affirmait carrément l’être devenu à cause d’un « grand » initiateur, un chef de jeunesse musicale. Il faut savoir
qu’assumée ou non, cette tendance (involontaire, comme l’a dit si souvent un Daniel Pinard), a besoin, parfois, d’un agent révélateur. Un Michel Tremblay a été clair sur ce sujet, avec courage. Que de jeunes homos sont tombés sur, justement, de moins jeunes homos, ainsi, ces aînés ne furent pas du tout des « pollueurs d’âmes ».
C’est une question délicate et le chemin pris par tous les Manseau du monde est encombré de…mensonges. Mettons dans cette croisade —valable certes —aux dénonciateurs des barrières avec l’écriteau connu : « Attention : danger. »
6-
Thierry Meyssan publie « L’effroyable imposture » à Paris, il tente de démontrer que la CIA et le Mossad juif sont les meneurs des horreurs de deux tours bombardés à Manhattan le 11 septembre dernier. Et le reste ! Ça marche. Le Thierry Ardisson, se masque en sérieux, l’invite à déballer (le 16 mars) ses légendes urbaines à sa télé de music-hall. Le livre se vend. L’homme est friand de complots. Deux Thierry se tapent la bedaine. Des journaux le moquent, d’autres, doutent un brin. Il y a quelques faits curieux. Comme dans tous les grands événements historiques. Or, on vient de parler de « suicide ». C’est un fait. À jamais, la crédibilité de ce Meyssan sera détruite si, avec le temps, sa thèse du complot s’avère une fumisterie. Il gardera le fric de ses tirages. Se fera G.O. dans un genre de « club med » bien à lui, loin de l’Occident. Ceux qui détestent —ou en sont trop fragiligés— ce genre de plaisanterie planétaire peuvent « pitonner » sur (clic !) Oaxbuster.com pour se faire servir antidotes en tous genres.
Cette guerre en Palestine ! Je lis sans cesse, partout : « des intellectuels, juifs et arabes, doivent se lever et parler. Oui, oui. Mais qui écoutent les instruits. Où peuvent-ils parler ? Le monde d’ici comme d’ailleurs se fiche bien des penseurs, des sages, des cultivés, des réfléchisseurs, des pacifistes, des intellos et…des écrivains. Est-ce que l’Arabe cultivé, instruit, clairvoyant peut critiquer, blâmer, condamner un Arafat-va-t-en-guerre ? Est-ce qu’un intello juif peut parler librement, juste un peu, contre le chef-de-guerre-Sharon ? Non. Hélas non ! Place donc aux images de télé, brutales, et insignifiantes par cette brutalité même, quand c’est possible entre deux chars, entre deux murs délabrés, aux portes des villes attaquées. « Ici Joyce Napier qui vous parlait de Ramallah ! » Ouen ! À la roche et puissante CNN des amerloques ? Même brutalité des faits. Où le trouver ce sage savant qui aurait envie de tenir un langage neuf ? Sais pas. Il se tait. Prudence indispensable, des deux bords du conflit durable, s’il veut survivre. Ici, on lit, hier, ce Omar Aktouf : les Arabes de la Palestine ont raison, le lendemain, ce matin quoi, on lit Élie B., dans le Dev : les Israëliens ont raison. Dis à dos.
On lit aussi ceci :les cinq (5) « k » d’une religion lointaine. Un rituel : k pour kesh, les cheveux et la barbe, longs. B) K pour kara, brcelet obligatoiure, c) k pour kacch, culottes de type boxer, nécesssaire ! d) k pour kangha, le peigne rituel, enfin, k pour kirpan (connu maintenant par ici) la dague en guise de relique plutôt belliqueuse, non !
Le juif a sa kippa. L’islamiste, la burqa…
…et le boy-scout ?, son canif et sa petite roulette, son tit foulard deux tons, son chapeau pointu…Etc. Et toi ? T’as rien, rien du tout. T’as l’air de quoi ? Et moi ? Rien aussi. Eh oui, rien. Pas de symboles, pas de rituel. On a l’air de rien aussi, des simplets. Puis la bataille s’installe, ah, oh, on insulte une victime de coco de papa sikh, pour un canif, un béret, un bout de guenille… C’est « La vie, la vie », hein !
7-
Nathalie Pétro, ce matin, chavirée. Pas de film d’icitte à Cannes. Elle saute à sa conclusion, la faute à Ottawa, ce Canada mis par dessus Québec. Quoi, c’est rempli dans des voûtes secrètes d’excellents films d’ici et Cannes les boude ! C’est ça ? Non, c’est du délire. C’est rare chez cette lucide :voir son excellent article sur le « Cirque du soleil » en quéteux de subvention, récemment).
Ça y a pris à matin. Une berlue ! À Cannes, aucun long métrage d’ici, il doit y avoir un complot ! Ah , les complots ! Il y a quelques grands pays importants. Leurs mégapoles. Il y a 145 pays qui comptent pas, ni à l’ONU, ni à l’UNESCo, ni à Hollywood ni à Cannes. Sauf, de temps à autre, surprise, un film de Finlande, s’impose, de Bosnie s’éclate, ou de Norvège, de l’Iran…Oh, c’est arrivé, du Québec. Ça arrivera encore. La culture se fait, se donne, se montre, se communique, se vante, se grandit dans 5 ou 6 grandes capitales. New-York, Paris, Londres, Rome, Berlin…c’est à peu près tout. Les créateurs des autres « places », silence !
Nathalie fait mine de pas le savoir ce matin.
Québec, la jolie ville, on se voit demain midi !
« Fais-toi belle, ô ville, car ton prince arrive…»
Non, ça c’est du Cardinal Léger rentrant de Rome en pourpre cardinalice, à son zénith. Avant sa conversion et son exil en Afrique.

Le jeudi 24 avril 2002

Le jeudi 24 avril 2002

« J’ÉTAIS PERMANENT
À RADIO-CANADA»
lettre ouverte
1-
Hier, mercredi, beau soleil tout le jour et le journalier…b’en, hors-journal. Enfin, pouvoir bouger ! Aile aussi, râteau en mains, fouine le long de la maison en quête de détritus divers. Je fais des tas. Branches à ramasser un peu partout. Celles que je n’avais pu faire brûler l’automne dernier quand l’hiver pognait subitement. Et celles casses par les vents froids de cette saison enfin, enfin, terminée. Canot sorti des bosquets et mis, à l’envers, sur le quai. Oh, cet enduit caoutchouté noir ne tient guère ! Plaques ici et là, le rouge d’antan surgit, fait « cocou » ! . Ouash, devoir y voir. Chaises longues sorties de sous la galerie et descendues sur le rivage. Coussins mis au cababon de la rive. Avirons et cannes à pêche :prêts. Des haltes. Je m’étends, j’enlève du linge. Chaleur merveilleuse. Soleil en pleine face. Hop, debout ! Petit bûcher sur le terrain. Pas facile à allumer, ces branches encore trop humides ! Bref, content et heureux de remuer ma carcasse.
Aujourd’hui, ciel blanchâtre, du gris garni de nuages blancs. Pas de vent du tout. Mon grand fleurdelysé bien ratapla. Roulé comme un « umbrella » de londonnien. C’est rare ici, aucune brise.
Hier, le micro-ondes de TVA. Les deux gentils envoyés du boulevard de Maisonneuve, Claude et André, rigolards. Ils me taquinent sur cet arbitre, partial, partisan de la Marchal, Pierre Bruneau. Sujet du mini-débat ? Les « petits gros », ces enfants assis, la captivité des jeux électroniques, la fin du « va jouer dehors ». Isabelle, pas bin exemplaire vu son ventre gros (« c’est pour bientôt » a-t-elle dit !), la voix mince au bord de la stridence, charge encore les profs. Je m’insurge. On veut que la (ou le) prof fasse tout : l’instruction et l’éducation, voit aux études, et à la santé. Et les parents ? Plus rien à faire qu’à aller ramasser du fric (à deux) pour le fisc vorace ? Ça fait bien les affaires de nos gérants du trésor national, (nos élus). Tellement qu’ils veulent bien installer « plussse » de garderies !
La réalité : nous étions (collectivement) tassés —pas de « sa chambre à soi », pas de sous-sols « finis »— et pas riches, pas de ces jeux à 50 $ la cassette ! Donc, dehors, à cœur de jour. On jouait au moineau, au drapeau, à tag, à cachette, à branch-to-a-branch ! Et à la softball dans la ruelle, au hockey sur trottoir, et en guise de pauses : nous avions ces comics-book à 10 cents, 5 cents les usagés (que d’échangisme !) tout plissés ! Je l’ai avoué sur TVA: si nous avions eu tous ces jeux —j’en ai vus : formidables comme machines visuelles, bien plus captivants que nos « comics » sans animation aucune— bien, oui, on aurait été des « assis pis gros » !
Doute sur l’efficacité, l’utilité, de ces empoignes de trois minutes mais…bons cachets ! « Ah, l’Adélois ! Le bel argin, hein, viande à chien ?, me moquerait encore Paul Arcand comme tu temps où nous nous chicanions tous les jours à CJMS !
2-
Mardi soir : épuisé par un film « Spy Game » — « Jeux d’espion »— avec Redford et Brad Pitt. Moins obscur que ce « Mulholland drive » mais…Ouf ! Aile, l’ex-brillante « première de classe », rigole encore de me voir patauger et gueuler contre les complications de ce film. J’admettrai que c’est tout de même un bon suspense.
L’intrigue : le vieillissant Robert Redford (Aile qui l’a tant aimé est toute désolée de le voir se plisser, dira en voyant son dauphin, le beau Pitt : « maudite jeunesse ! »— est un vieil expert de la CIA. Il enseigne, forme, un cadet candide. Mission au Vietnam, mission à Berlin-est, mission au Liban. Film rempli de « retours en arrière ». Excellentes photos des sites d’espionnage. Bonne facture de pro, indiscutable.
L’amour surgit. Ah, l’amour ! Troc odieux et, sa « belle » jetée en infernale prison chinoise, le Brad-Roméo tentera de la délivrer. Le jeune espion rate son affaire. Prison et torture. La mort bientôt. La froide CIA s’en fiche : qu’il crève ! Vous devinez la suite ? Le « vieux » Redford va désobéir à ses patrons et…
Oui, un vrai bon suspense mais compliqué !
Le lendemain, Aile nous déniche un autre film à louer : « Drame familial », un titre platonique en diable, non ? Film tout simple. Si clair. Un garçon boude en voyant maman se remarier avec un nabab venu d’on ne sait trop où. Boude davantage quand il sait sa maman enceinte. Freudisme élémentaire, non ? Son papa qu’il vénère construit, en artisan, à l’ancienne, des voiliers dans ce port, en verte Virginie. Bientôt, c’est du Hitchcock, sans le génie fréquent du « maestro » et tout dérape, se déglingue, les apparences explosent. Ce papa d’adoption s’avère un… monstre !
Bon, disons que « Drame familial » est désennuyant, un divertissement, du cinéma modeste. Travolta ne joue pas trop mal ce brave artisan et le brave papa qui regrette son « ex », voudrait la garde du gamin. L’horreur qui s’enchaîne est effrayante à souhait. On a eu très peur, on a pas vu passé le temps !C’est juste cela cette sorte de cinéma.
3-
Soudain, à la télé, avant-hier, au hasard du zapping, Marc Labrèche nous apparaît —jumping-jack surgissant— déguisé en coccinelle et qui menace en ricanant toute sa rive-sud… On rit.
Un autre étonnant moment, hier soir encore. Ce Grand Blond s’abandonne parfois à des facéties, très évidemment, improvisées, et alors nous fait rire encore aux éclats. Ce jeune comédien, ainsi, réussit à montrer —il faut être patient— des bouts de…surréalité qui étonnent en télé ordinaire. C’est un talent fort et à part. Hélas, ses pulsions créatrices ont du mal à s’installer dans un contexte de simple talk-show. Surtout quand il est dans un carcan —genre « spécial Céline Dion ». D’autre part, ce serait miracle si toute son heure était arrangée en un spectacle moderne et inusité. Mais…rêvons; un jour, son « soixante minutes » hebdomadaire, voire mensuel. Ce sera du bonbon alors.
Ce soir, Philippe Noiret, à Artv, à 21 h et notre très grande hâte à Aile et à moi. Nous apprenions, hier matin, que ce canal est bon dernier en matière d’indices d’écoute. Eh ! Hier soir, du Verdi, debout, orchestre très symphonique, très environnemental, avec un tyran bien despotique (suivez mon regard !), baguette de frénésie, c’est obligé. Sur le devant, gros derrière en l’air, en robes et grandes « brassières » noires, grosses cantatrices pas encore vraiment chauves, et, en collets-montés, les basses tonitruantes et des ténors bedonnants. Eh ! Oui, Artv, bon dernier au palmarès. Hélas, diront les cultivés, hélas oui !
4-
La France très énervée, disent les médias. Toute la France ? Encore ce matin, des manchettes sur le monstre appréhendé, Le Pen. Et jamais, pas un seul mot, sur ceux qui ont voté Front National. Comme s’ils étaient des purs esprits.
Quelle farce chez tous les journalistes et commentateurs de droite ou socialistes ! D’où vient donc cette attitude anormale ? La peur ? La honte. La surprise. Pourquoi cette surprise ? Ah ! La grande crainte du bonhomme sept-heures. Il y a derrière ce drôle de héros « jeanned’arcien » de grandes foules de Français (quand on ose dire un petit mot sur cet électorat, on dit : surtout des travailleurs démunis, des ouvriers en chômage ou menacés de…), oui, il y a des foules « hénaurmes ».
À lire (journaux, revues), à voir (les télés), il n’y a plus personne qui a voté pour ce Le Pen qui est tout seul face à Chirac maintenant. Plus un oiseau fasciné dans le sillage du gros chat nationalisto-xénophobe. Entendez-vous ? Toute la France est contre lui ! Non mais… Autruches médiatiques qui feront de nouveaux les estomaqués ?
Le Monde, Libération : « Votons entre un escroc et un facho » ! Oh ! De là —trop d’escrocs dans les partis normaux— tiens, tout le mystère du vote surprenant en France. Ici aussi, sondage tout récent, le public, en très grande majorité, ne voit plus que des escrocs chez les gens de politique. Viendra-t-il un grand monsieur tout blanc, démago empressé ? Oui. C’est certain.
Il s’en installe, dit-on, un peu partout en Allemagne, en Hollande, en Autriche, en Italie, en Espagne…À droite toute ? Jusqu’à temps que ces redresseurs de mœurs…
Aile : « Maudit, quoi faire ? « Moi : « Faire monter l’homme sur un bloc-opératoire et le changer. »
5-
Un certain nationalisme (équipes pourtant toutes métissées) bien cucul : si l’équipe « d’iccite » gagne, c’est l’ardeur, les cris, la joie, les arénas bourrés, les fanions.
Ah oui, gagner ! Enfant, dans les années 1940, ce club de Boston était, —déjà— le gros méchant, les « big bad Bruins ». Nous les gamins, dans tous le quartiers de la ville, nous les vouions à tous les diables, à tous les enfers. On en bavait —de hâte et d’appréhension—en parlant du prochain match au Forum —ou là-bas— entre notre club et le maudit-Boston ! Une haine féroce, aveugle, sans aucun effet, vaine, d’ordre mystique ma foi du bon yeu :Montréal ne pouvait pas nous déshonorer ! De grands enfants, de vieux enfants, encore aujourd’hui volent vers ce Centre Molson pour les mieux haïr ! Pour les conspuer.
Gagner, doux baume ! Je me surprend, moi le septuagénaire, feux d’enfance mal éteints?, à guetter le score en zappant entre deux émissions regardées.
Vu en parie la fête aux lauréats des nouveaux Prix Odyssées. Sorte de gala télévisé consacré au monde des imprimeurs, distributeurs, éditeurs, maquettistes, libraires et…auteurs.
Le très fécond Tremblay était absent du Capitole de Québec. La néo-parisienne, Nancy Huston aussi. Deux grands trous. Comme le commettait la Voisard du « Soleil » de Québec, c’était plutôt plate. Avec des moments carrément soporifiques. Comment rendre ça dynamique, de la télé avec des gens, pour la majorité, inconnus du public. Mission impossible ? Hélas, je le crains.
Et je me la ferme n’ayant pas de bonnes idées — faudrait être génial— pour transformer une réalité incontournable.
On a pas à se demander pourquoi aucune télé au monde ne tente un tel gala télévisé. Le bon sens. Mais on habite « un pays sans bon sens » et ça fait longtemps. C’est une évidence : un gala du monde du livre —industrie non-photogénique par essence— est une idée de con. Mais ici, avec cette industrie toute entière aux crochets des subventions (du peuple) alors, on a songé à alourdir, à rallonger un peu plus la facture. Invention donc d’une fausse-fête télévisée. L’effort fait —avec, par exemple, ces dramatisations d’extraits de romans, fut d’un nul sidéral.
La trépidante et efficace Sophie (ailleurs) et le suave et capable Fugère (ailleurs), une Danièle Laurin, compétente, tous, n’y sont pour rien. Odyssée ratée. Échouerie ! À oublier. L’an prochain, que « l’argent public consacré à l’imprimé » soit versé pour… des imprimés. Ce sera plus utile.
6-
Mon fils, dimanche dernier, racontait : « On était enragés samedi, hier, Lynn surtout et moi aussi. La police qui surgit rue André-Grasset, nous menaçant d’une lourde contravention. La raison ? Avec ma moto, nous somme allés au marché Métro. Quoi ? C’est à trois coins de rue ! Lynn portait des sacs, moi aussi. La police qui nous apparaît, montée sur ses grands chevaux, calepin sorti, pourquoi pas les menottes ? « Imprudence grave. C’est interdit. Il y a une grosse amende à payer. »
Ils sont encore comme sous le choc, ma parole. Aile sourit. J’écoute cette jeunesse (tout est relatif ) et j’ai envie de rire. Ainsi, encore et toujours, cette rage anti-flics, même q uand on et dans son tort. A la fin, comme rassuré d’avoir échappé à la prison, Daniel poursuit : « Les flics sont dans leur patrouilleuse et je tentais surtout de calmer ma Lynn qui avait sorti bec et ongles. Je suis allÉ parlementer doucement. Le flic a lâché prise mais m’a tonne : «Bon, je ferme le yeux pour cette fois, mais rentrez seul avec votre moto et que madame vous attende ici avec tous les sacs. » Sur notre galerie, Lynn fulmine de nouveau, cherchant accord chez Aile et moi. « Non mais…deux coins de rue ! » C’était « deux » maintenant !Vraiment, oui, je me retenais pour rire car ma belle bru faisait sortir de la boucane de ses oreilles. « Non mais, papi ? Quel con non , quel zèle, quel acharnement, pas vrai, non ? » Moi, prudent : « Euh..oui, oui, bin oui, c’est effrayant. »
7-
Lisa Frulla ? Une sacrée menteuse ! Je l’écoute au « Grand blond’ avant-hier, hier ? La conteuse de menteries effrayante ! À la SRC
où je suis invité, elle est train de se faire « arranger le portrait » —comme moi— dans sa salle de maquillage, en mars dernier. Je la félicite d’avoir été, sous Boubou-le-mou, une efficace « ministre des artistes » (ref. le statut de artistes enfin organisé). Rendons à César… J’ajoute : « Alors, on va se présenter dans le Saint-Léonard du Gagliano parti, non ? » Elle : « Ah non ! Claude, non. Pas question, jamais. Je reste libéral mais jamais je n’irai m’asseoir avec lui, le Jean Chrétien. Ou derrière lui. Jamais ! Jamais ! Il y a des limites dans la souplesse. »
Je suis édifié. Fier du courage de celle qui perdra bientôt sa série à Radio-Canada. Mais…face à face avec Labrèche, au « …show sournois », la voilà déguisée en député de Verdun, la face très sincère, je l’écoute sidéré :la Lisa est parée à aller s’installer chez… Chrétien et Cie ! Et toute heureuse encore d’y aller, très enthousiaste ! Hypocrisie rare ? C’est pour vous dire hein ? Ne croyez plus jamais cette race de monde. Ils disent noir un midi, sur un tabouret à se grimer, et blanc le lendemain au « bar à Mégot ». Ah la vilaine menteuse , la vire-capot !
8-
Obligation de « ploguer » mon pauvre Grand blond ? Eh oui ! Labrèche gentil-gentil pour un show à venir, avec la belle grande efflanquée compagne du gentil René Simard, icône populaire de jadis: « Planète Animal ». La future animatrice, rit, se trémousse, frétille. La loi d’airain partout, à TQS ou à la sérieuse T.Q. voyez la fortillante Sophie-culturelle !
Chez Marc La Brêche (sic !), pas moins trépignant lui-même, la Miss Taillefer — si pleine de dents, que cela est apeurant—, parle zoothérapie et on sait que c’est vrai, mais, on dirait qu’elle porte un masque tant elle est offerte à la caméra, cette dentition effarante me fascine littéralement. Aile aussi. Le message de la plogue en est brouillé ! Est-ce qu’on verra du simple stock shot, elle l’avoue franchement et il y aura aussi du « contenu d’icitte »—pas par vertu, la loi du CRTC l’exige.
Message de déception d’un fidèle lecteur de mon journal, il y a deux jours, un ex-camarade de la SRC, J. B. Il me dit qu’il a « le coeur levé » (pas les côtes, le cœur)découvrant ma foi patriotique très agressive et capable de se souvenir et de… haïr (ce mot l’effraie) carrément les sinistres « anglos » francophobes qui contribuent à nous écraser, à nous diluer, à nous minoriser (tel ce Brent Tyler) —davantage encore. Cela quand on est une très menaçant petit 2 % sur ce continent couvert de 300 000 « goddamned blokes ».
Je rétorquai à J.B. assez raidement. Lui aussi. Aujourd’hui, il ouvre un drapeau blanc sur courriel. La paix. Je lui dis, ce midi, que j’aime aussi, que j’aime beaucoup —aussi les gens sans passions. Il en faut. Si nous étions innombrables les enragés comme moi, ce serait invivable. Je suppose.
9-
Ému : P.J. C. , ex-camarade de ma chère Aile, lisant du journal, pige qu’elle lutte (oh oui, oh oui !) contre la cigarette que lui, il a connu aussi ! Coup de fil alors pour la conforter, la consoler de ce deuil terrible (c’en est un ) , la soutenir. Oui, je trouve ça beau ! Oui, ému.
Je rapaille sans cesse tous ces jours du diariste pour janvier et j’y arrive mal. Je fais des fautes de clic —de cliquetis ? J’efface, je recommence, je cherche dans « dossiers récents » les tapages perdus. Faut pas cliquer « oui » quand l’icône t’y invite par « Voulez-vois revenir au texte original… » Faut cliquer « non » quand tu penses « oui ». Bon, bon ! « La saudite folle de machine, me dit Daniel, c’est comme ça. Tu vas t’habituer, cher pops ! » . M’habituer à penser tout croche, c’est ça ? Bon. Allons alors dans « Sherlock » ! Zéro ! « On a rien sur ce sujet, monsieur Ducon ! » Bien aima ble ! Ouf !
On se comprend hein ? Maudite machine niaise ces P.C. modernes. Non, pas vrai. C’est une merveille. Je finirai par l’apprivoiser. Suis pas à l‘aise avec l’ordi, je ne le dirai plus. Là-bas, au bord de la mer, il y a une Katleen qui attend « janvier-journal » et doit se dire : « Non mais, il est bien lent…ce bon vieux Jasmin ! »
Katleen, aux Trois-Rivières, au Salon, Julie Beaulieu m’a fait goûter à tes petits cakes aux… dates, aux…quoi donc ? C’était délicieux, savoureux. Merci !
10-
l’animateur Gravel, en grève de son cher « Enjeux » s’est déniché un job —plus ou moins clandestin— de recherchiste. Tout le monde doit manger et payer son loyer. Il me parle d’un projet de documentaire sur Richard Blass. Souhaite que j’y participe, me demande si je peux jaser de ce ghetto irlandais dans Villeray, là où est né l’ennemi « numéro 1 » du Canada longtemps. Cette paroisse Holy Family,quoi. Terrible Blass, dit « le chat », que la police « assassinait » —comme le bandit Mesrine fut assassiné à Paris— dans un chalet des Laurentides, écœurée de se faire berner et ridiculiser par ce bandit… si effroyable qu’il fit brûler tout le monde, rue Beaubien, dans le bar Gargantua. Fou, l’impression soudaine d’avoir raconté cela !
En tous cas, j’en avais fait un roman bien noir intitulé : « L’armoire du Pantagruel », publié chez Leméac vers1980. Mon héros se nomme Richard « Dick » Glass ! J’ai accepté avec plaisir. Je lui ai parlé des gangs de furieux qui nous terrorisaient : Gordon, Collin. Par courriel Gravel m’indiquera les chemins à suivre pour me retrouver devant les kodaks, telle heure, tel jour. Et avec « cachet union », a-t-l dit ! Va pour ce petit cachet-union. « Un minimum tien vaut mieux que deux maximum tu l’auras ! » Lafontaine, l’éternel.
11-
J’ai perdu un de mes deux canards. La glace qui fond. Ils servaient à baliser un tas de pierres et quatre barres de fer qui, il y a longtemps, soutenait une sorte de « radeau-quai-causoir » au large de la rive. Avec moustiquaire, s’il faut en croire des photos. Bon, je retournerai à un Canadian Tire, « deux ou trois piastres » je crois.
Hier, je plante un peu partout comme j’ai fait si souvent des branches coupées en deux, en quatre. Technique apprise de mon défunt père. Ça fonctionne…disons une fois sur six, sur huit…Pas grave. Des fois, ça marche quoi. Faut faire un trou avec un bâton d’abord et là glisser dans ce trou la branche coupée. Et puis lui couper, au sécateur et de biais, la tête encore. Oui, souvent, ça re-tige ! J’aime. Aile se moque. « Tout pour éviter des achats chez Botanix, pas si loin, c’est ça, mon Séraphin ? » Vilaine Aile parfois ! Oui, je le sais, je suis « séraphin ». Souvent. Et puis, je ferai de dépenses folles. Oui, je balance. Je passe d’un excès l’autre. Je compense sans cesse…je suppose.
12-
Maurice, mon voisin immédiat, traverse nos haies, lui, le dévoué « écolo » dans la place. Il me laisse entendre que je devrai piquer, encore une fois, une jase à la fête de la Saint-Jean et, encore, avec le filleul de Grignon. Je lui propose de raconter aux jeunes (et aux vieux) ce Saint-Adèle raconté dans « Sainte-Adèle la vaisselle », publié en 1973 et qui illustrait le Sainte-Adèle de 1950 quand j’y ai vécu en potier « frais émoulu » de l’École du Meuble.
Un bébé, Gabrielle, va et vient chez Maurice. Des parents veillent sur cette petite marcheuse maladroite. Comique petit personnage qui découvre la nature. Aile avec rateau : « Bon, tu vas l’attirer, le fou des enfants ? » Oui. Ce que je fais. La fillette m’entend bien lui parler de branche, de feu, de venir l’attiser mais…hésite, va à ses parents dans une large balançoire. Ramasse deux morceaux de bois. Revient, approche, recule. La jeune maman la soulève et me l’amène. Elle jette son bout de bois, les yeux vifs. S’en retournera fière, moins titubante il me semble, plus vaillante, plus solide sur ses petits pieds. Elle a mis du bois au feu, non ?
La vie commence pour elle. Le temps se déroule, tout lentement, il a tout son temps le sacré temps, l’hypocrite. Gabrielle sera vieille, ce sera pas si long, elle viendra revoir le rivage, le foyer du vieux bonhomme blanc…qui sera mort depuis longtemps. Qui l’observera de son observatoire d’éther. Qui s’ennuiera moins de la terre que des enfants qui l’habitent.
Je suis, moi, un vrai pédophile. Racines latines, grecques ? Pédos et philos. Il faudrait nommer « pédomaniaque », ou « pédosexuel », le pervers malade. Pédophile, c’est pour moi, pour tant d’autres dont le cœur fond quand il voit le commencement d’une existence…
13-
Chez la jolie noiraude Charrette, au complet, la bande de « La vie,la vie. ».
La cérémonie des adieux, Simone de Beauvoir ? Oui. Larmes chez Aile soudain, à flots, quand on revoit la splendide scène où un de la bande va demander à sa blonde de laisser le job et d’aller prendre une marche tout simplement…parce qu’il a peur de la perdre, de la négliger, de toujours trop penser à seulement bosser. Une séquence étonnante en effet. Faite avec une sobriété rare. Ce jeune Sauvé, réalisateur, est surdoué, et les acteurs eux aussi. Inutile, —Aile songe à « L’héritage » ou à « Montréal P.Q. »— en cas de bons succès, de séparer, de vouloir partager les mérites, perte de temps, il y a eu magie singulière, imprévisible osmose, entente totale entre l’auteur Bourguignon et ce Sauvé et ce gang de comédiens (filles et garçons) merveilleux. La vie.
Étonnant entretien à TVA, hier soir, entre mon Paul Arcand et l’ex-vedette, si mignonne jadis, chanteuse de tounes pop à la télé, comme Donald Lautrec qui fut son compagnon jadis, son nom : Céline Lomez. Une beauté que la chère Aile a bien connue, jeune elle aussi, quand les deux vaquaient en « variétés » —les trois puisque, dans une autre vie, Aile réalisait les séries « souignantes » de Lautrec au Centre Paul-Sauvé.
Une diction bizarre, un peu « à la française », l’anglicisation menaçante. Elle ne vit plus avec l’affairiste De Brabant, est amoureuse depuis quelques années d’ex-policier (GRC, CIA, etc.) qui viendrait de publier un livre controversé. Encore jolie, Lomez semble réticente à parler librement. Elle cherche donc davantage ses mots en français. Elle se livre et puis recule. Prudence. Le compagnon qui a , forcément, trompé beaucoup de maffieux
( ceux du Triangle de Chine, chez les Italiens, les motards, les Russes) doit se protéger constamment. Encore une fois, on en dit pas assez et trop. On ne saura pas grand chose en fin d’émission et cela est frustrant, toujours déplaisant. Lire le livre des l’ex-agent secret, C.L. a parlé d’un e traduction possible, bientôt. Encore de la « plug » ? N’empêche, bizarre ce métier d’infiltreur !
14-
Je lis sur Clarence Gagnon. Un récit de René Boissay, ex-camarade de la SRC. C’est une histoire curieuse. Il n’y en avait pas des milliers…de ces bohémiens-bourgeois qui défient les pères graves et sérieux…Qui s’acharneront à devenir peintres.
Gagnon, vieux, deviendra un réactionnaire complètement borné. Il va mépriser avec rage le cubisme ou le surréalisme. Des modes neuves de peindre qui l’effrayèrent. Danger. Pour lui. Pour son école. Son « modus » à lui sombrait lentement dans l’ancien, en un monde passéiste, dépassé, que les jeunes vouaient aux hégémonies.
Cela l’énervait énormément. Lui et tant d’autres. Mais, entre temps, en son temps, il fut « notre »impressionniste merveilleux. C’est lui qui délaissant Paris et ses bons contacts en milieux artistiques, deviendra l’abonné (!) passionné de la Baie Saint-Paul, de Charlevoix. Il adore la chasse, la pèche surtout, il adore les vielles maisons, le granges typiques. Comme dit Boissay dans son volume, des tas de peintres, hélas, marcheront dans ses traces et feront des pochades d’imitation.
Lui, Gagnon, au tournant du siècle, quand la mode à Montréal n’en finissait plus que de n’admirer les sous-Hollandais des années 1800. Gagnon, lui, avant et après 1900, inventera toute une imagerie nouvelle.
Avant les Pellan. Borduas —et Riopelle—, il y a eu donc de ces pionniers captivants. La série d’illustrations de Clarence Gagnon pour le roman de Louis Hémond, célèbre « Maria Chapdelaine », offre des images parfois renversantes. De nos jours, Gagnon est dans tous nos musées. Il est comme un classique intouchable. Évidemment. N’empêche, il y a donc eu, chez nous, de ces êtres curieux, vraiment « fous de peinture », d’art, de lumières rares, et j’aime le savoir. Faux que nous n’étions tous que des porteurs d’eau et des coupeurs de bois. Faux ! Sous mes yeux, j’examine les images de sites, le long du Saint-Laurent, où les lumières se battent et se débattent et cela est aussi fort que les Corot, ou les Courbet, les Braque, Modigliani, Matisse, Chagall, Monet, Renoir, nommez qui vous voulez. Ce n’est pas rien ! Vive Clarence Gagnon !
Ce week-end, à Québec, entre deux séances de signatures au kiosque du Salon, faudra que je trouve un moyen, samedi ou dimanche d’aller voir du Gagnon au Musée de Québec sur les Plaines. Il le faut !
15-
Aile m’a fait peur hier. Elle avoue avoir fait du ménage (« un peu » dit-elle) dans la cave. Dans mon atelier de peinturlureux quoi. Oh la la ! Qu’a-t-elle mis aux poubelles ? Je la connais. Elle rit, me dit de rester calme, ajoute qu’il faudra t que je m’y mette et pour un vrai ménage. « Je n’ai fait que déblayer un peu. » Oh mon Dieu, mon Dieu, trouver le temps d’aller vérifier son carnage d’iconoclaste anti-traîneries, son vandalisme car nous n’avons pas la même notion, elle et moi, de ce qu’il faut jeter et de ce qu’il faut conserver. Oui, la peur m’étreint.
Combien de fois j’ai pu constater…un manteau disparaissait, un chandail aimé, un pantalon de velours bien aimé, une paire de bottines très, très appréciée…C’est un sort terrible que de devoir vivre avec une femme aimée mais qui a la manie de jeter du lest. « C’était fini Cloclo, c’était pourri, c’était usé. À la corde ! C’était plus mettable, t’avais l’air d’un fou avec cette tuque, ce chapeau fourré, avec ce foulard, avec cette crémone… » Toute cette litanie odieuse ! Je souffre. Et je guette. Ce m’est pas facile. Elle a des tours dans son sac de …vidangeuse !
Qui, soudain, me susurre : « Ça va être prêt dans dix minutes, ferme ton clavier, Cloclo ! » Bon. Je ne l’ouvrirai plus que lundi, au retour du Salon québécois !

Le vendredi 19 avril 2002

Le vendredi 19 avril 2002

À CŒUR OUVERT
1-
Pas de soleil ce matin mais toujours cette douceur, ce printemps qui a surgi si subitement qui fait que nous sortons balayer, brosser…nettoyer. Moi, hier, je retire les tapis de coco, je sors deux râteaux, je cache les pelles. J’’installe les deux boyaux d’arrosage, un pour le jardin d’en avant, un pour le terrain d’en arrière. . Oui, un vrai plaisir. Cinq mois au moins à attendre cette saison. Les Québécois nous devenons comme fous quand, enfin, enfin, enfin, revient ce climat de douceur. Le lac —quand? dans la nuit— est redevenu de l’eau !
Je n’aurais pas à aller bien loin si je veux entendre jaser des camarades écrivains dès demain matin, samedi. En effet, juste en face de chez moi, le président de notre « Académie des lettres », le poète Jean Royer, lancera une série de causeries au Chantecler.
Y aller ? Peut-être. Je viens de raconter un terrible canular dans « Écrire. Pour l’argent et la gloire » :invité à un de ces colloques, au Mont-Gabriel cette année-là, j’avais lu un texte-bidon avec des noms d’auteurs fictifs et des citations fictives et…on avait écouté cela sans broncher. Je voulais me moquer des amateurs de citations savantes, celles des cuistres habituels, toujours présents à ces réunions littéraires.
Si j’y vais, porter alors un carton d’identification : « reporter ». Oui, « envoyé spécial ». J’aurai un carnet de notes. Un bloc. Je serais l’envoyé du journal… Le quel ? Bin, le mien. Mon journal. À Aile : « Accompagne-moi demain, tu verras ce monde des littérateurs, ça te changera des acteurs et réalisateurs, non ? et il en viendra d’ailleurs, c’est dans le journal de ce matin. Viens donc ! »
Aile : « Non, non, pas le temps. Et demain, si tu vas là, ne me reviens pas trop tard, on va souper chez les D. J’aurai des courses à faire avant d’aller là. » Voilà comment madame estime les gens de lettres ! Édifiant, non ? Me suis toujours senti un peu « à part » à ces meetings d’écrivains. Pourquoi ? Sais pas trop. J’étais un décorateur de télé qui publiait un roman par année, pourtant. Cadence pourtant rare parmi mes collègues en écritures. Un scénographe de variétés qui a une marotte, un… « hobby » ? Oh ! Cela ou…Sais pas. Je me sentais, au milieu des écrivains, un étranger. Bizarre sentiment. Je voyais des « fous d’écrire », des studieux du « livre », des acharnés, des « graves et seurieux » zigues. Oui, moi, j’écrivais comme par les soirs, les week ends et un mois par année en vérité.
Bientôt donc, dans le journal, c’est probable, des notes sur les invités du colloque littéraire de cette année. Irai-je en pédalo, le lac maintenant fondu ?
2-
Hier, joyeux, j’arrose un peu partout. Aile rigole. Elle sait qu’arroser chez moi, est une sorte de bonheur total. L’eau ! C’est la vérité. C’est dröle, remonté sur la galerie, je lis dans le vieux volume du savant Ellis : « L’ondinisme », dont j’ai parlé il y a peu.
Il y a 270 pages. J’en suis à la page 115. Étrange discours sur la pisse. Les pisseuses. Ellis nous sort les mythes, les légende, les contes, les fables, les statues (dont le célèbre Manequin-Piss de Bruxelles), les tableaux, les décors, antiques ou moins anciens, sur… « uriner ». Étonnante rétrospective qui va du jet d’eau illustré par les fontaines, des concours de jets d’eau par les gamins qui pissent en riant, des postures des femmes qui urinent et cela à travers les âges et selon les contrées. Ellis parle de Noé (l’eau qui monte) et de Moïse, trouvé sur l’eau.
Évidemment, après ses énumérations chronologiques, il en vient à son sujet :l’érotisme uréthral —ou urinaire— et l’érotisme anal qui est autre chose. C’est fou et captivant de lire cette étude. J’avais lu sur le diariste célèbre qui aimait pisser sur sa femme ou qui aimait se faire pisser dessus. Mais avec Ellis, c’est les savantes explications de cette manie. Freud est appel à la barre comme l’on pense bien. Lui et ses disciples dont cet auteur. Des mots s’amèenent : enuresis. Énurèse. Uropoiétique. Amphimixis. Urolagnique. Urolagnie. Anurie. Exhilaration. Exhilarant. Ouf !
En fin de volume, Havelock Ellis parle de cleptolagnie. Un temps, freudien passionné, je cherchais à tout savoir sur le subconscient. J’avais donc accepté ce livre avec plaisir quand le libraire René Ferron me l’offrait vers 1965.
Ondiniste moi-même (!) , je quitte le bonhomme Ellis et retourne arroser les jeunes arbres plantés l’an dernier. Ah oui, ce jet d’eau fait plaisir à voir, à diriger. En fin d’après-midi, avant souper, j’irai même jusqu’à arroser le recouvrement —en déclin de plastique— des murs de la maison. Une crasse grise coule jusqu’au sol. La satisfaction de sortir de l’hiver. La joie d’entrer en printemps, les lieux nets…comme dans « Journées nettes », tiens, le tite du journal sur mon site web.
3-
Paris imitera désormais New-York. Hier soir, une première, à la télé de Artv, de Paris, un long entretien, très captivant, avec Philippe Noiret. « Un cancre total », admettra-t-il. À trois reprises, Noiret se taira subitement, comme étranglé d’émotion, comme en proie à des souvenirs trop riches. De la bonne télé. Mieux qu’avec notre habile Lipton et son « Actors studio » newyorkais car c’est dans notre langue. Hâte déjà de voir, jeudi soir prochain, la deuxième partie de cette interview. Promesses fameuses, on y verra sans doute tous les grands noms en un défilé fascinant. Vive cette sorte de bonne télévision !
J’ai fini de lire mon exemplaire du Nouvel Observateur. Une page sur l’ontarienne célèbre Margaret Atwood —la vis-à-vis de Victor-le-matamore, livre dont j’ai parlé ici— à la toute fin de l’Obs. Son tout récent roman contient des extraterrestres. Oh ! C’est le récit d’un romancier aux prises avec un roman trouvé qui raconte le blocage d’un roman en cours …Ouen ! Je n’aimerais pas lire cela, je le crains ! Je déteste ce narcissisme à la mode. En vieillissant certains auteurs se regardent le nombril (comme font tant de jeune par ailleurs !), ils s’examinent en train d’écrire. Je me méfie de cette soupane égotiste, moi.
On commente un livre sur l’étonnant Augustin, le saint, théologien fameux qui disait : « Aime et fais ce que tu eux », ma devise. Aussi un livre sur cette Simone Weil, morte de tuberculose jeune, juive parisienne anxieuse du destin du monde, convertie en catho, qui se fit ouvrière d’usine, qui s’exila à Londres, qui était une mystique —une hystérique disent les athées bien entendu. Bref, on parle de sujets qu’un magazine comme notre « L’actualité » n’aborde jamais. Ici, racisme inverti, on doit se dire : « tout cela n’intéresse pas nos misérables lecteurs » . N’est-ce pas ? On est tous, les Québécois, des cons abrutis, c’est certain. Alors, hélas, on reste des « jamais stimulés » à cause de ce mépris ambiant des dirigeants en presses diverses. Et, aliénation en mineure, on achète des produits « made in Paris ».
4-
Après le Noiret si bien confessé, nous regadons à ce canal Artv, « Métropolis », un magazine de Berlin illustrant des événements artistiques divers en Allemagne. Ah que cela fait du bien ! Les Québécois ne sont pas frileux, ils aiment les mondes étrangers. Mais il n’y a que les USA, sans cesse et toujours. Aile et moi étions ravis de voir autre chose que New-York et Los Angeles, merde ! Non pas que ce « Métropolis » était si bien ficellé, non, mais il nous changeait de la poutine impérialiste USA. Pouvoir regarder ce qui se brasse (théâtre, danse, peinture, cinéma etc.) en Italie, en Espsagne…Mais où voir cela ? Consultez l’horaire de télé : un peu d’ici, du français sur 6 ou 7 chaînes et 25 canaux et plus d’anglo-américains ! Sur ce sujet, la belle niaiseuse de Maréchal me criait : « Quoi Jasmin, on est en Amérique, on est pas en Europe ! » Oser parler ainsi à l’heure des satellites partout, de l’échangisme mondial, des rubans transportables et rapidement décodifiables ?
Vu aussi, toujours sur Artv, le romancier Philippe Djian. Célébré par son célèbre roman (mis en film) « 37. 2, le matin », il frappera un certain mur par la suite, se livrera alors à de la…porno (!), disant à l’écran que « c’est de la merde ce qu’on trouve dans les sex shops » (!). Ajoutant « qu’il est très difficile de produire de la vraie porno ». Mon Dieu, quelle noble tache mon Philippe D. !
Souvenir : je tentais, en 1985, sur TQS, d’animer un talk show sur les livres et ce jeune célébré, Djian, en studio, boude, joue le désintéressé, me bat très froid quoi. Malaise total alors. J’en garde un cuisant souvenir. Un « p’tit frais chié de Paris. Point final. Plus tard, le Arcand cinéaste —un mauvais jour— lui aussi, affiche des airs de grandeur et de mépris souverain pour l’émission en cours. Djian sépare nettement érotisme et porno. On saura pas les frontières…fines des deux domaines. Le « pas de sentiments » en serait la loi.
L’interview sur Artv se poursuit et ça jase sur l’obsédé Ouellebec (avec « Particules élémentaires » et « Plateforme ») et la copuleuse bestialiste, Catherine Millette. Enfin Djian parle de son petit dernier, « Ardoise », qui raconte sa gratitude envers des auteurs « premiers » chéris : Kérouac, Cendrars, Henry Miller. Il dira : « Voilà, j’avais envers eux tous, « une ardoise », une dette, j’ai payé. Aile me dit alors : « Ah ! comme toi avec ton « Je vous dis merci ». Pas tout à fait, je remercie, moi, non pas des littérateurs qui m’auraient marqué, mais des gens généreux de mes humbles commencements.
5-
Vu « Fortier » hier soir. Aile y tenait. J’aurais pu aller lire à l’étage mais j’aime rester près d’elle. Encore, j’en ai parlé, la démonstration, « farouche » chez Larouche, que 1- « la femme » est la seule brillante parmi le policiers mâles. 2- Et que « la psychologie » est le seul moyen pour solutionner tout. Comique non ? Ce féminisme (inconscient ?) joint à la louange du métier de l’être aimé. Rigolo, oui. Le texte était mal « économisé », confus, sans rythme solide, avec un temps massacré, la réalisation suivait, mollement voyeuyriste, complaisante, sans chronologie claire. En somme un amateurisme bien dissimulé dans une facture (fabrication ?) habile, moderne, aux effets sonores efficaces. Discussion sur « contenant » dynamique et faible « contenu » à l’horizon ? Non . Pas le temps.
Vu aussi la fin de la série « Tabou ». Pour cette saison. Tout revient si tout lasse et tout casse ! Bonjour les accros ! ce « Tabou »,,c’est des allures modestes, pas du tout « gros chiard », pas prétentieux. Louise Portal, Germain Houde, Claude Léveillé —acteur habile souvent— offrant de bons jeux. Visite au Nicaragua ! Téléfilm-Canada —nous tous quoi— est riche. Bof, payé en pesos, non ?
6-
L’autre soir, Paul Arcand, à TVA, tisonne (!) Gabrielle Lavallée, devenue manchote par l’opération à froid du Moïse québécois. Un capoté vicieux, dominateur de filles abusées, G. L. fut une victime d’inceste, enfant. Un dérangé mental mais « qui a un gros quotient intellectuel » affirmera sa proie ! C’est une des nombreuses sottes épouses du polygame, malade mental, Roch Thériault, alias « Moïse ». Inyerné, il sortira de sa prison du Nouveau-Brunswick, c’est probable, un des ces prochains jours ! Malgré ses menaces de mort à l’endroit de cette Gabrielle selon ses dires.
La justice d’ici est ainsi faite. Compassion sans fin pour les désaxés…jusqu’à ce qu’ils récidivent. On en a vu un cas (pédophilique) récemment. Folie ! Une confession télévisée pitoyable. Arcand, stupéfait avec raison, se tait parfois. Il cherche, comme nous tous, à comprendre cette grande niaise qui aurait dû prendre ses jambes à son cou et fuir le monstre. Elle dit : « un grand charisme, il avait ! » Ouen ! Le masochisme est un gros mystère humain !
L’ex-martyre du fou parle vite, a une diction curieuse, affiche un vocabulaire primaire mais, soudain, sort des mots savants. Elle est allée en cure, en thérapie, sans doute, et emprunte maintenant au vocabulaire des psys. Elle avoue une jeunesse de cauchemar, elle sort d’un gouffre, d’un abîme grave, et tout cela vient d’être mis en film. C’était couru. Un cinéma plus ou moins « non-fictif », qu’on verra bientôt avec l’excellent Luc Picard en gourou psychosé.
7-
Je ne fume plus. Aile en bave davantage que moi. La faiblesse de « la » femme ! Je la taquine. Elle ne rit pas. Déception avec cette École-Bouffe parfois. Faisan…viande dure, hum…pigeon, pas de viande du tout, de la peau et des os, leurs « osso-bouco », viande sèche. Aile pas contente ! Moi, énervé. Je dois être prudent et ne m’y connaît pas. Hier, très bonnes bavettes d’aloyau. Bonne sauce. Bon goût. Ouf ! J’ai la permission d’y retourner. Eh oui, c’est la « dragée haute » avec mon Aile, je ne vis pas avec une Gabrielle L. Si j’osais vouloir lui couper… un seul doigt, même le petit…elle m’arracherait les yeux et vite ! J’aime pas les filles masos, alors.
Enfin, rentrée de chèques, hier, de TVA. Pour Jocelyne Cazin et mes topos-débats chez Bruneau. Ça fait du bien. Envie de m’acheter de nouveaux pinceaux. Des gros. Et des litres, oui des litres, d’acrylique, bleu, jaune, rouge, blanc, noir, sortir beurrer (barioler) ces vieux stores qui traînent dans ma cave. Je m’ennuie de peindre. « De la peinture ? », dirait Aile et elle me dira : « Bien. Bon, regarde, tout s’écaille, il y a les balustrades, les planchers des galeries… » Et elle aurait raison. Bientôt, je vais m’y mettre. Dire que je rêvais tantôt de peinture dans le sens riopellien du mot !
Au Salon de Trois-Rivière, dimanche, il y a eu discussion vive à propos de la dictée « à pièges » du golfeur, chanteur et brasseur de malt, le « guadéloupéen » sympa, Robert Charlebois. Des « pour » et des « contre ». On s’agitait sur scène, Jacques Laurin, fier et noble, gardait ses distances. Une sobriété de vieux garçon bien élevé. Moi, le dictées farcies de pièges, je suis « contre » mais j’ai gardé le silence dans la salle.
Une maîtresse d’école (retraitée, elle l’a spécifié) a bondi à un micro libre en écoutant un Léandre Bergeron, boulanger à ses heures, affirmer qu’il faut se méfier des dangers de montrer aux jeunesses que le français c’est un tas de difficultés, des entourloupettes rares, des pièges à cons. Des exceptions folichonnes, etc.. La demoiselle en gris-fer, raide et bien fâchée, était furibarde ! Ensuite, silence de mon Bergeron, prudent et souriant. On ne réplique pas à Jeanne D’Arc. Bravo !
Rêve dans ma chambre d’hôtel rue Hart, samedi. Je suis dans une sorte de club chic, un « Iberostar », quatre étoiles, comme celui connu l’an dernier en République dominicaine. On nous conduit, sages touristes, à un lieu vénérable, c’est marqué « Muséum » dans son fronton de pierre ruinée. Le guide nois mène aux caves. Plein de musiciens. Du jazz, des airs sud-américains aussi. Boisons. Rhum surtout. Je bois un peu. Fumée partout. Lumière rare. Je cherche Auile. Disparue. Enlevée ? L’amie, M.-J., sort d’une pièce et me saute dessus ! Ma surprise totale ! Elle rite, se moque de ma pudeur. De ma retenue. « C’est congé, fête, vacances quoi, dit-elle ». Je reste figé. L’attitude du refuseur digne. Elle tente de m’embrasser. Je me sauve d’elle. Dédale fou dehors. Petites venelles louches. Je suis perdu et soudain, miracle des songes, je retrouve notre « Iberostar ».
Ouf ! Aile est à une terrasse du vaste hall de plein air, elle boit un jus de fruits. Je lui raconte l’incroyable assaut de sa chère et fidèle amie. Elle ne me croit pas. Je me réveille.
Toute cette fumée… mon manque de nicotine…cause de ce petit délire ?
8-
Vu ce Salman Rushdie (à Artv)nparlant de son nouvel exil : Manhattan. Il dit : « attirance et répulsion à la fois ». Une facination, non ? Il dit : « une jalousie universelle sotte envers New-York que toute cette littérature actuelle. » Laquelle ? Celle publiée dans les grottes des taliban ? Il ajoute : « une envie maladive face aux USA ».
Franchement !
Jacques Chirac avait fustigé cet auteur au tempos de son livre illustrant le prophète Mahomet en satyre dégénéré. Moi aussi, je jugeais qu’il était facile de ridiculiser une croyance, un chef religieux reconnu mondialement. De faire des Jésus en homosexuel ou en sado-maso et quoi encore ? Je regardais son visage de…satrape, son faciès de fouine pas clair de nœud —eh oui, juger sur le physique c’est donc pas beau, hein— je continuais à ne pas estimer ce grand voyageur qu’on a montré longtemps comme un « terré », une victime de l’Iran sauvage des intégristes. Rushdie publie une sorte de polar (sauce, peut-être, Umberto Eco ? L’hyper-cuistre qui aime pas voir le populo en musées !) et Salman va guetter les échos. Il s’est exilé au cœur de l’argent et du pouvoir, en nouvelle « Roma », alors ma méfiance augmentée. On verra bien ce que cet arbre, encore une fois déraciné, volontairement, donnera…
8-
Pivot dixit : « la francophonie, ça fait ringard et il y a trop de pays si peu français dans ce vaste club… » Badang ! Dans L’Express, un édito que je résume : « La France, pas unie comme avant, trop de religions, trop de protections spéciales, trop d’ethnies en ghettos, refus de s’intégrer comme jadis, fracturée la France, émiettée, avons nostalgie de la bonne vieille république uniforme de jadis avec ses seuls mots : liberté, égalité, fraternité,… »
Eh b’en ! Rapprochement à faire partout. Ici comme ailleurs. Peur aux USA de l’espagnol qui monte ! Fin des pays univoques, début de tous les brassages. La dictature (!) des majorités, de la multitude, mise à mal désormais ? Nous sommes 84 % au Québec, non, pas vrai ? Et entendre : « pis ça ? » Place aux droits de chacun. Mosaïque totale ? Savoir qu’en France aussi, des hommes de gauche se posent des questions. Ravage des « chartre de droits » —avec, jamais, aucun devoirs collectifs à respecter— oui ou non ?
M’intégrer à la majorité, moi, dit le nouveau venu …Pourquoi ? Votre pieuse et révérée chartre me protège. Je n’émigre pas vraiment. Je reste ce que j’étais…Exil ou non ? Où ai-je mis mon kirpan ? Voyons…
8-
Tu as donné un 5 piastres à un parti politique. Disons un 5, au P.Q. Tu vaux quoi ? Une corporation (de pub) donne 195,000 $, elle. Elle vaut quoi ? Mieux que toi, petit tarlais ! La compagnie fera des profits : un million et demi en bel argin, viande à chien. « Group’Action » c’est de l’argent bien placé. On fait des copies d’un même rapport sur « comment bien tapisser arénas et amphithéâtres de drapeaux unifoliés… »
Et on m ramasse la mazoune. Un scandale. Qui restera lettre morte ? On va bien voir. En réalité, tous les politiciens se tairont peut-être. Et les journalistes aussi. Connivence. Ils sont bons copains aux restaus des parlements. Quoi, c’est la pratique courante. Partout. Au P.Q. comme chez le petit Mario ? Partout. Il y a les gros, les moins gros mais, partout, c’est ce rackett.
C’est passe-moi le sel, je te passerai le poivre. Après ça, on verra des rigolos surpris : Mon Dieu, où va la démocratie, les gens vont plus voter ? Mon Dieu, le public méprise les hommes politiques, c’est malsain ! Gauche, droite, libéral, conservateur, un seul club. Celui des favorisés. Quoi, tu donnais un petit 5 à un petit parti ? Tu vaux rien.
Un scandale actuel ? Récemment, la firme diabolique « Enron », l’enfer des fourbes et des spéculateurs avides, qui trompent les petits spéculateurs niais (ses travailleurs salariés candides), aux USA, montre le scandale des scandales. Avec des « arrosés » au Sénat, à la Maison Blanche.
Effroyable…et le temps passe…Le silence se fait.
Dehors, la clarté. Je vais aller arroser mes bosquets, tiens. Les laver de l’hiver.

Le jeudi 21 mars 2002

Le jeudi 21 mars 2002
1-
Quoi ? Premier jour du printemps et encore une bordée d’ouate ?
J’irai au Salon de Hull avec la navette (minibus) des « Écrevisses » samedi matin. L’auto… trop risqué. On annonce du frette aussi pour samedi ! Misère. Moi qui aurais aimé rouler, via la 50, de Mirabel à Hull dans ma Jetta, vitres baissées !
Hier, j’ai relu mon, « tout frais arrivé » de l’imprimeur, « Écrire ». Aile aussi. Ses larmes subitement ! Pourquoi ? Aile : « Oh, Claude, tu m’arraches le cœur. Tant de déceptions. Et tu te dis un raté. Ça me fait, mal. » Alors, je lui explique ce relatif « raté ». « Tu comprends, jeune, on a espéré tellement mieux, tellement plus fort. Nous somme tous des ratés non, face à nos ambitions d’adolescent ? »
Ce livre contient de la grogne, du ressentiment, des griefs graves sur nos médias colonisés face aux Parisiens, sur les « Salons du livre », sur les « docteurs en lettres » snobs, et le reste, mais aussi un peu d’humour et plusieurs longs textes littéraires où je tente ainsi de démontrer qu’au delà de nos misères d’écrivains, il y a cette envie de pondre du…poétique !
Un drôle de livre, en fin de compte. Je l’aime. Beaucoup. J’en suis fier et si soulagé…ça défoule de parler franc. L’aimera-t-on, en parlera-t-on en bien, en mal ? Ah ! Vieux suspense. Je redoute le silence total vu mes piques raides sur les médias, presse, radio et télé. Une sorte de vengeance quoi. On verra.
En allant à cigarettes et journaux, ce matin, suis allé porter un exemplaire du « Écrire » aux voisins, les Jodoin. Ai dit à Jean-Paul : « Tu entres dans la littérature québécoise, mon vieux, vois la page 99 et suivantes ! » Il a semblé médusé, étonné. C’est un passage où je relate une excursion à Pointe-Calumet qu’il voulait que je lui fasse visiter raconte, de visu, après sa lecture de « Pointe-Calumet boogie-woogie ».
2-
Cette série télévisée « Le dernier chapitre » ! Foutoir visuel ennuyeux. On dirait qu’ il y a six (6) gangs de bandits, douze (12) chefs. On ne comprend plus rien. Pire qu’avec son « Omerta » que je préfère tout de même. Dionne prouve, cette fois, qu’il ne sait pas rendre clairement les tenants et aboutissants d’une histoire. Mais c’est fort bien ficelé, très pro. Alors les loustics, pas exigeants, vont suivre ce caravansérail à vroum,vroum, bien mal foutu. Il y a du bing, bang, Bigras, présence physique impressionnante, il y a, lumineux, Roy Dupuis, si beau garçon et, toujours pleine de naturel, Marina Orsini, et puis qui encore ? Il y a l’imagerie courante, toute faite de très brèves séquences télescopées. Illusion rythmique sur un amas de silhouettes mal établis, esquissées. Alors les gogos, voyeurs effrénés d’images sans sens, vont rester à cet écran. Tant pis pour la bonne compréhension des intrigues.
Avant l’indigeste saga —police versus motards criminalisés—, à Historia, bon documentaire sur la naissance d’Israël, ses guerres, Nasser, la Jordanie en sandwich, Golda Meir, le tout jeune Arafat, etc. Je ne me lasse pas de revoir ces « stock shots », repris, recousus, raboudinés, remontés, sur cette époque terrible.
Vu aussi mon ex-camarade de CJMS, Arcand, tenter de faire parler l’ex-vedette-jeunesse, la chanteuse Renée Martel qui vient de confier sa biographie à (?) son propre fils avec qui elle a fait la paix. Viol à 18 ans, alcool, drogue, tournées sans cesse, son fils négligé, père en tuteur et artiste un peu cruel, carrière d’automate puisqu’elle « a toujours détesté, dit-elle, ce milieu », et quoi encore.
Aile me dit : « C’était une beauté rare. Populaire chez les jeunes. J’étais jeune réalisatrice aux « variétés ». Elle ne se livrait jamais. Muette, mécanique, intouchable et mystérieuse. » Face au questionneur —en apparence froid et sans cœur— les réponses sont lentes, comme prudentes, calculées. Émission un peu plate. Martel semble lasse, épuisée même, en tous cas réticente à faire plus ample écho aux révélations de son livre. Ces confessions terribles, une mode, se situent au bord d’un voyeurisme malsain. La foule adore. Chez nous, une certaine gêne à examiner la victime se livrant plus ou moins.
3-
Pour sa santé, Aile se charge volontairement de pelleter la neige sur la longue terrasse du côté ouest de la maison. Durant ce temps, comme chaque midi, tantôt, je descend faire nos sandwiches —jambon, poulet, dinde, rôti restant, c’est selon— formant le lunch du midi.
Dehors, c’est étonnant, jamais vu autant de neige depuis décembre ! Beauté des sapins lourds de blancheur lumineuse. Oui, grande beauté ici. Ça y est :chicane ! Encore une de nos chaises anciennes qui perd un barreau. Aile commande : « Vite, répare ça ! » Elle est incapable chaque fois d’attendre. Je sors la colle Lepage. Badang ! Pressage trop énergique et ça pisse partout, ça coule sur la table où j’avais couché l’infirme, la fiole en éjaculatrice précoce. Énervement d’Aile ! Enragement. « T‘es comme ton Édouard de père, tu travailles trop vite, en fou ! »
Ça revole, elle s’agite, court au torchon ! Bousculade. Menaces. Moi, penaud. Je sais bien ma maladresse en la matière. Elle n’a pas un bon mari bon bricoleur, hélas ! La queue entre les jambes, essuyage fait, je remonte à l’étage, à ce journal. Ouf !
Plus tôt, Aile écœurée : au marché Métro, vendeur de fleurs, campagne du jour et offre de contribuer « in english only » ! Elle a protesté aussitôt comme on doit toujours le faire pour réveiller ces racistes inconscient —encore en 2002— de vivre au milieu de 84 % de francophones.
Souvenir de 1945 : ma pauvre Germaine, ma mère, colonisée, humiliée, bafouée, méprisée, rabaissée, comme nous tous en ce temps-là, qui s’efforçait de parler anglais, en pleine rue Saint-Hubert, clientèle à 99% francophone, à un marchand « raciste » de « Greenberg » ou de « Wise Bros », soumise, docile, chien battu. Baptême ! ça ne change pas encore ce racisme ?
Ce gras raciste (c’est une forme de racisme cette ignorance de la majorité, non ?) cet offreur de tulipes-charité sait qu’il utilise la langue universelle. Speak white ! Débrouillez-vous les caves québécois, apprenez la langue des maîtres actuels (ça va durer longtemps ?), celle de l’univers marchand, de la planète commerciale. « Mon épée me démange », disait Cyrano ! Et comment ! Autour d’Aile, des gens semblent étonnés de sa protestation. Des cocus contents ? Notre manque de fierté, d’honneur, finira pas nous assassiner culturellement. « Nation nigaude », disait Baudelaire ! Oh oui !
3-
Aux chers « Francs-Tireurs » de T.Q. hier soir, la jolie haïtienne, liseuse de bulletins de nouvelles, Michaël Jean de la SRC. Dutrizac, avec ses airs d’effronté de service » et Richard Martineau, avec sa voix de fausset hélas, aux commandes. On y cause « hommes battus ». Des témoins, militants de « la cause des mâles » démontrent que ça existe et plus souvent qu’on pense !
Gageons qu’il s’agit de violence morale, de harcèlement verbal. Ma foi, c’est certain. Pourquoi seuls les hommes seraient de foutus accableurs dans les couples qui fonctionnent mal ? Martineau mitraille la belle Jean —il excelle dans ce sport— elle répond du tac au tac, brillante. Hélas, elle trimbale un accent parigot plus accentué encore qu’à Paris ! Elle ne sort certainement pas des ghettos des démunis de l’île misérable. Pas de question là-dessus par Martineau juste taquin.
Je me suis souvenu de son reportage-enquête (la question-Noirs) quand elle vint questionner les artisans de CJMS un jour. Je l’avais taquinée lui disant : « Vous manquez hélas de crédibilité, étant une Noire, vous êtes mal placée pour sembler vraiment « neutre » et jouer l’ arbitre impartial sur le sujet de la tolérance. » Verrait-on un reporter Blanc questionner les Africains chez Mugabe : « Nous aimez-vous vraiment ? Détestez-vous les Blancs ? » Mais j’avais envie de badiner. Michaële Jean le prit fort mal et me battit froid.
Son conjoint, le cinéaste documentariste, Lafond, fit, avec elle, un formidable reportage sur Haïti. Un des pauvres gamins interviewés me frappa… droit au cœur. Son visage si triste, où brillait une intelligence évidente, une gravité d’adulte, tourmenté profondément, me rendit songeur pendant, non pas des jours, mais des semaines et même des mois. Comment l’aider ? J’avais voulu lui demander l’adresse de ce jeune enfant si lumineux et si perdu. Folie ! Je finis par me raisonner. À quoi bon tenter d’aider un seul garçon quand ils sont sans doute des centaines de milliers à vivoter dans ces conditions funestes ! N’empêche, parfois, je revois encore ce jeune et si beau visage, effrayant, où l’on pouvait lire une détresse…incommensurable. Tous ne peuvent fuir à l’étranger comme notre « parisienne » lectrice de nouvelles ou comme mon ami Dany Laferrière.
4-
J’imagine déjà la foule de nos admirateurs, samedi matin, rue Berri, au Terminus, quand nous partirons, les écrivains de Monrial, pour Gatineau- Hull. Quel déchirement ça va être. J’imagine aussi la foule à Hull Gatineau nous voyant arriver. Mon Dieu, je crains l’émeute. La promotion pour les auteurs est tellement riche ! C’est un million et demi (1,500,000 $) de dollars cette publicité, cette visibilité, aux romanciers.
Merde, qu’est-ce que je raconte ?
Je me mélange avec les publicitaires politicards de « Groupaction ». « Mon » ministre, à Ottawa, de la culture, Sheila-la-Cop, crache cet argent (1,650,000 $) pour la visibilité du « Oh Canada ! », et du drapeau rouge, dans tous les festivals du Québec. C’est à Québec qu’il faut diluer le fleurdelisé qui rend malade les fédérats ! « Groupaction » retourne à la caisse électorale du parti (Libéral) la fabuleuse somme de 112, 162 $ ! Pauvres éditeurs, ils comprennent rien. Je vais expliquer le business à Victor-Lévy samedi à Gatineau. Lui dire entre quat’zieux : « Tu verses 50,000 tomates « chez la Cop », et tu recevras 1,650,000 de dollars (de pistoles !) de contrats pour tes Éditions Trois-Pistoles. C’est bin clair, non ? Facile ! Il suffisait d’y penser.
Cette énorme magouille publicitaire donne envie de vomir et fait tomber à terre les culottes du successeur de Gagliano, Don (donald duck ?) Boudria ! Jouant le surpris, il bégaie qu’il va mener une enquête ! La farce ! Il s’agit de l’argent public monsieur Jean Brault, fondateur de « Groupaction-politik ». Des argents gagnés à la sueur des fronts des travailleurs. Trois contrats se signent (1997-1998-1999), donc trois rapports sont livrés (à un demi-million chacun) avec « mode d’emploi » pour déployer l’unifolié partout au Québec, trois fois à peu près le « même mode d’emploi », avec des petites variantes.
4-
Reparlons des amateurs de complot. Sauce Oliver Stone. Il y Internet où chacun peut halluciner et capoter en « légendes urbaines ». Il y a maintenant un bouquin : « L’effroyable imposture », où un certain Thierry Meyssan veut nous convaincre qu’aucun avion de kamikazes a foncé dans le Pentagone. Eh b’en… Le journal Le Monde avance que ce n’est que bobard genre Internet dévoyé. Le Thierry est fâché noir.
Face à un autre Thierry, celui qui a un terrible accent « mondain parigot », Ardisson, il rétorque qu’il a ses source sûres et que la politique étrangère des USA est sans plus aucune crédibilité. Là, il chasse de travers. On sait bien que la politique étrangère des USA est farci de propagande, c’est connu aujourd’hui, mais ce fait a n’a plus rien à voir avec l’avion sur le Pentagone ! Ça fait vendre de la copie, tout ça. À suivre…quoi !
Pierre Laporte, je le tiens d’une source pure, fut égorgé par un mafieux se glissant rue Armstrong, à Saint-Hubert ! Robert Bourassa fut empoisonné par un ami de Daniel Johson junior. René Lévesque a été assommé et puis assassiné par Claude Morin qui craignait la révélation d’autres secrets de la GRC. En voulez-vous des « complots » Vive le Net ! Vive la liberté !
Sur Internet, un abonné répand qu’il y a sur tous les avions modernes, et ce, depuis les premiers détournements célèbres, un bouton de sécurité. Si un pilote se croit en danger, il n’a qu’ à écraser ce bouton caché et l’avion devient téléguidé, automatiquement, à partir de son aéroport de départ. Ouen ! L’internaute conclue : « mensonges ces Saoudiens s’emparant du pilotage !
Hen, hen qu’en pensez-vous ? On souhaite vous voir conclure : « c’était donc tout planifié, accepté ! Les dirigeants politiques des USA savaient tout sur ces kamikazes et voulaient que les Tours jumelles se fassent démolir ! »
Bonne nuit, allez-vous coucher les petits enfants, notre noir conte du vilain bonhomme Perrault-2002 est terminé, cui cui cui !
5-
Assez des folies : Lysiane Gagnon est une importante conseillère (clandestine) de John Charest. Ma source ? Son article de fédérate crasse ce matin. Hypocrite, elle raconte les noirs desseins de Landry et comment John, malin, les a appréciés. Il refuse de faire l’ »union face à Ottawa. « Le rapport Séguin, c’est une astuce parizeauiste » dit-il. Ottawa ne nous doit pas une cenne de péréquation, ni à nous ni aux autres provinces. Dumont est un innocent, Joe Clark, un autre. La Gagnon termine son devoir « desmaraisien », à la sauce Power Corp-Gesca, disant qu’on est tous, les Québécois du Bloc comme les gens qui votent « oui », (60 % de ses lecteurs, tiens !), un petit des caniche (sic) et ses amis fédérats, un gros doberman (sic). Beau mépris du lectorat de La Presse , non ?
Air-Canada vient d’autoriser un écrivain, maudit par l’Iran, à voler sous ses ailes ! Jaques Chirac, a fustigé jadis le romancier insulteur du Coran, Salman Rushdie. J’étais, moi aussi,
furieusement contre son livre où il parodiait grossièrement une des trois grandes religions monothéistes, la musulmane. Trop facile de faire de Jésus un pédé, un prédateur sexuel ou un pédophile…et quoi encore. Trop facile de faire d’Abraham ou Moïse, un con fini, un illuminé titubant sous l’alcool, fornicateur déchaîné et aliéné mental. Ces élucubrations de carabin ignare (livres ou films) n’excitent que les désaxés. Les badauds infantiles. Même athée, ce que je ne suis pas, je n’approuverais jamais ces contes folichons pour titiller les déboussolés. Jamais. On doit un respect minimum pour les fidèles juifs, chrétiens ou mahométans. Ce bourgeois londonien, Rushdie, mondain devenu récemment manhattanien, a couru après ses déboires, Qu’ils s‘achèvent, je veux bien. Il a payé assez cher, guetté par des gardiens, craignant sans cesse le meurtre. . .
6-
C’est qui ça « Gambling Inc » ? C’est une part de notre gouvernement.
Loto-Québec apporte sa belle part de fric au fisc.
Alors, on se ferme les yeux sur Gambling Inc. Et on répète comme mantra : argent qui contribue aux hôpitaux et aux écoles. Argent bien sale ! Bientôt ces revenus honteux vont dépasser les taxes sur l’essence, est-ce assez dire les profits sur un vice encouragé, vanté aux télés ? Un prof d’université (en travail social), à Hull, Amnon Suissa, l’affirme. Il ajoute qu’il y aura très bientôt un million (c’est dans le 700,000 à ce jour ) de Canadiens en « addicts », compulsifs quoi, au vice du jeu.
Les lignes du 1-800-SOS-JEUX vont rougir !
Ainsi nos élus, se taisant tous, sont des complice de méfaits graves. Sont des hors-la-loi. Ils contribuent volontiers à la détérioration de la santé publique. La prison pour ces innocents ? Mais oui. Pour « refus de secourir personne en danger », c’est dans le code !C’est un de leurs plus grands devoirs de la protéger.
À Hull, où je m’en vais samedi, on annonce 1,100 places nouvelles de stationnement au parc Leamy. Rigolard, le relationniste s’exclame : « Que voulez-vous, on est les victimes (!) de notre succès ! » Très enrageant !
Le remuant boss, Gaétan Frigon (ex-patron efficace des alcools-Québec), servile serviteur de « Gambling Inc-Québec » ose dire que « c’est un malentendu de le voir en mandataire pour rendre le vice du jeu plus acceptable ».
Coups de pied au cul qui se perdent !
Loto-Québec vient de cracher 200 millions de notre argent public pour des machines VLT’S, machines (sépulcres blanchis !) avec clignotants pour avertir « charitablement » certains joueurs qu’ils exagèrent. Un fait têtu :il y aura PLUSSE de machines-one-arm-bandits. Bandits de l’État !
7-
Mon camarade en écritures, Daniel Gagnon, signe un très beau papier sur Rio, mort il y a peu. Le fils retrouvé bien tard, Yann, fait publier, lui, sa drôle de lettre lue aux obsèques. Il parle d’absence et de silence…Oh que j’admire le peintre, oh que je méprise l’homme. Comme j’ai méprisé l’homme-Picasso, et admiré son art. Comme je méprise les parents des « Enfants du Refus global », tel que racontés, montrés, dans l’émouvant et très dérangeant, troublant, film, de Manon Barbeau, la fille de l’automatiste Marcel Barbeau. Elle aussi signe un bel article (tout cela dans Le Devoir de ce matin) sur le génie né rue de Lorimier en 1923.
J’y reviens, Nadeau photographe : deux autre grandes preuves. Une sur une vitrine rue Bernard où il y eu tuerie récemment et une autre, Riopelle encore. Oui, un génie dans son métier, ce Jacques Nadeau.
À « Campus », à TV-5, le photogénique Guillaume Durand, a présenté Janine Mossuz-Lavau (sociologue)n et son livre enquête : « Vie sexuelle en France ».1- Fin de la femme passive. Elle veut prendre son plaisir comme l’homme. Si insatisfaite, divorce. Seigneur, dans mon jeune temps, toute la paroisse serait allée en divorce ! 2-La virginité ? Une bagatelle. Un petit moment désagréable à passer. Jadis : pucelage féminin précieux comme la prunelle de yeux. 3- Désormais, pour les femmes aussi : l’amour et la pratique sexuelle, deux choses. Fin du romantisme ? Je le regrette. « Que vaut la sexualité s’il n’y a pas les sentiments ? » J’allais répétant cela à la SRC, jadis, juste pour faire enrager certains sexoliques de mes entourages. Un jour, un de ces maquereaux me rétorqua : « Que valent les sentiments sans la sexualité ? » On a ri. Puis : « Ça existe, sais-tu. Oui, il y a des amours qui patientent, d’autres, sages, qui subliment. » Les deux ensemble, c’est le vrai bonheur. Je le sais. Beaucoup de matamores du sexe font mine de l’ignorer et mange de cette mince galette faute de bon pain. 4- Les femmes draguent désormais parfois. Et pourquoi pas en effet ? 5- Et les préservatifs ? Avant de former un couple, le jeune l’utilise volontiers, par prudence. Mon Dieu, oser acheter un capote en 1950. Que pensera le pharmacien ! On préférait le « retrait ».
Justement le livre dit que la pilule est encore vue comme un contrainte et qu’on préfère le « retrait ». Ah b’en flaille bine !
Back to…6- La partouze, l’échangisme quoi, progresserait. Là-dessus, mon opinion ne changera jamais : pis aller lamentable pour des couples qui éprouvent de l’attachement mais qui ne s’aiment plus d’amour. Ça vient de finir.
Conclusion de son enquête : les femmes veulent l’amour et consentent aux jeux du désir, faute de mieux. Les hommes veulent du désir et consentent à s’embrigader dans l’amour. Si elle le dit l’enquêteuse-sociologue. Combien sommes-nous, hommes, à vouloir les deux ? Je refuse de me croire exceptionnel. Je refuse.
8-
Pas loin d’ici, pas à Tel-Aviv, à Brossard, un type signe une lettre ouverte dans The Gazette. Il refuse l’Israël belliciste de Sharon et Cie. Ce Abdul Malek de Brossard, ça ne tarde pas, se fait vandaliser. Jet de balles de golf, vitre fracassée ! Rôdeurs intimidants, la nuit. Ses voisins jouent aux vigiles par sympathie.
Une voisine a pris les numéros de plaques d’une voiture suspect dans le quartier. La police l’a noté. M. Malek dit vouloir discuter par lettres ouvertes, à visage découvert et n’en revient pas de ces balles de golf. Diable ! Avec mon ancienne monomanie de lettrouvertisme (avant mon journal qui a tari cet exutoire), je prenais des risques ? J’ai toujours pensé que la violence est l’arme de ceux qui ne savent ni parler, ni penser, ni écrire.
Bon, les servantes, les bonnes, l’ex- nanny, se mettent à l’écriture. Pas nouveau quand l’ex bon maître se nomme Marlon Brando. Pour le fric. Cette fois, non. Il s’agit d’« employées de maison » comme dit l’Europe, le « New-York Times » raconte : « The Nanny Diaries » (du journal ?), c’est les récits glanés quand deux « servantes » travaillèrent dans une trentaine de maisons huppées de New-York, cela dans les années ’90. On va faire un film de ces historiettes de deux gouvernantes indiscrètes. Cela irait des comportements sexuels des « patronnes oisives » jusqu’à leurs obsessions pour les chaussures. Des dames de la haute crient déjà au scandale. Résultat : les agences de domestiques font signer une clause au contrat, « défense de divulguer, après emploi, quoi que ce soit. Sinon menaces de poursuites judiciaires.
Restons au domaine…du livre. Il y a une « Corporation » —né comment, fondée par qui ? — il y aura un gala du livre —malgré les refus de gros éditeurs de participer— pas de gala genre « Gémeaux » ou « Masque ». Une « Fête du livre » à 17 heure au Capitole de Québec et diffusion, avec numéros de « variétés », à 19 h et demi, sur Télé-Québec, ce 23 avril. Animation la mignonne Sophie Durocher. Pixcom signera le show.
Il y a 90 jurés (anonymes), des pairs, qui ont fait un premier tri. Ensuite vient la votation sur ces finalistes par 150 écrivains et 150 libraires, éditeurs, bibliothécaires. 300 votes pour 29 prix dont 18 pour « la littérature », il y en a pour la promotion, la distribution etc. Prix baptisés « Odyssée ». Aussi un « prix spécial » à Tremblay pour l’ensemble de son œuvre.
Finalistes : Michel Tremblay, Nelly Arcand, Serge Kokis, Nancy Houston, Dominique Demers etc. J’y suis pas ! Calmez-vous mes fans !Ça continue, ma guigne, dès l’école jamais de médaille, jamais d’images, aucun prix. J’y pense mon Lanctôt fait partie des déserteurs et n’a donc pas soumis mon « Enfant de Villeray ». Et alors, adieu trophée, misère humaine !Tant pis pour moi !
Une certaine grogne : « tous ne connaissent pas bien certaines catégories ». Alertée, Lise Oligny, directrice de cette mystérieuse « Corporation », corrigera l’an prochain. Il y a aura désormais jury spécialisé selon chaque catégorie. Mon opinion ? il n’y aura jamais assez de visibilité pour le monde les écrivants.
Les boudeurs, dont le riche « Boréal », disent à la ministre en culture : gaspillage, foin d’un gala, futile, vain, qui n’aidera en rien les écrivains, vraiment inutile. Donnez plutôt tout cet argent précieux pour subventionner nos manuscrits qui attendent une sortie !
9-
Riopelle a vécu, un certain temps dans les Hamptons de Long Island, voisins de Manhattan. On a tenté (Pierre Matisse et Cie) de le mousser. Le milieu le bouda avec ostentation.
Il y avait un Riopelle à New-York :Jackson Pollock. Son jumeau vraiment. Même énergie étonnante. Une vedette internationale ! Et les États-Unis, enfin sur la carte de la peinture moderne depuis l’après-guerre craignait la montée d’un autre européen, car, Riopelle, pour ces chauvins, c’était encore la maudite École de Paris qui, à leurs yeux, avait assez écrasé (un siècle !) l’Univers de la peinture depuis Manet, Monet et Cie. Un grand complexe d’infériorité enfin se défaisait. Il y avait désormais de forts talents modernes, c’était la vérité.
Riopelle ? « Qu’il retourne à Paris »… où, ironie, on le traitait d’« américain » ! Il ne récolta que de très mauvaises critiques. « Un talent mineur ». Il y retourna en France. Richard Hétu racontait un peu ces déboires dans La Presse. Il a ajouté que son histoire d’amour catastrophique avec l’Américaine Joan Mitchell, sa maîtresse écrasée, lui aurait nui.

Le vendredi 15 février 2002

Le vendredi 15 février 2002
1-
Invité, en deux jours, pour trois topos du polémiste à TVA-Tm.
Parler « magouilleurs » politiques chez Bruneau, mercredi soir.
En duplex. Avec l’ex-ministre déchu, M. Picotte, libéral. À la fin de notre petit huit minutes, quand je lui rétorque que le peuple, pas fou, lisant sur ces Gagliano. Bréard, Baril et Cie, va saisir : « Les politiciens, tous pourris ! » Le Picotte éclate en disant : « Oh ça, tous, des avocats de taverne ! »
Voilà son verdict de l’opinion populaire ! Je lui lance : « Mépris du peule pour un ex-home public ! Mépris ! » Bruneau passe à son prochain sujet. Le lendemain, hier, jeudi, à midi chez la Cazin. Débat sur la tolérance. Je fesse sur la mollesse des dirigeants (au fédéral surtout) qui font de nous, les Québécois, nous formons 83 % de la population, des « suspects » de l’intolérance. Que l’on subventionne les ghettos au lieu d’inviter nos nouveaux venus à s’intégrer aux Québécois et le plus vite possible pour l’épanouisement de leurs enfants.
La chicane pogne. Miss Cazin semble inquiète. Quoi, veut-elle du débat viril ou de la jasette douceâtre ?
Rapidement, c’est la bonne foire d’empoigne. Je jouis. Il y a un musulman en djellaba (!) et coiffe dorée, un Juif du Congrès Juif, section Québec, une complaisante apôtre du muticul (!) qui souhaite, ici, une société remplie de mille communautés. Une mosaïque quoi ! Va pour le centre-ville des mégapoles. Mais un pays reste un pays avec sa majorité qui a droit de défendre son histoire, ses us, coutumes, ses valeurs etc. Belle cohésion que de vouloir un pays émietté.. Le monde, lui, est varié et c’est merveilleux. Mais tous les autres pays luttent pour une cohésion normale. C’est fameux. Je ne veux pas, un jour, ne plus retrouver l’Italie en Italie, ni ne plus sentir l’Allemagne en Allemagne. La variété, oui, pour l’univers. Mais foin de cette folie de tuer les nationalités ! (Le « nationisme » dit Todd est sain et normal.) À bas l’américanisation du globe , non ? Car on sait où conduirait cette « chasse aux nationalismes » : à une sorte d’univers à une seule teinte ! Jamais ça !
Même jour, hier, petite engueulade amicale, chez Bruneau encore, à 17h et demi, avec Isabelle Maréchal qui déteste les fêtes dont la Saint-Valentin. « Du commerce affreux », dira-t-elle. Vérité ? Sans doute. Les marchands n’inventent pas ces fêtes mais, bien entendu, en profitent. C’était ainsi en Phynicie bien avant le Christ ! Mais aussi, toutes ces fêtes du calendrier, (Fête des mères, Halloween) font des occasions de marquer festivement les jours qui filent. J’aime. Bruneau soudain : « M. Jasmin avez-vous offert… » Oh ! Franchise : » Non ! Pas encore, mais ma compagne m’a offert des chocolats ce midi et je vais lui acheter des fleurs… »
En sortant du studio de Tva, achat de roses. Elles s’ouvrent en ce moment, roses très roses grasses. C’est joli sur la table du petit déjeuner ce matin ! La fête (obligée, commercialisée) a fait ça.
Avant l’empoignade chez Cazin, invitation au bureau de Serge Fortin, le « boss » aux nouvelles. Il a tant aimé mes brefs topos (pour la fessée nécessaire, contre le téléphone cellu en auto) qu’il m’offre une visite régulière, hebdomadaire, ici, au village. Il y aura bon petit cachet. J’ai accepté.
Il y a eu du froid de canard mais hier et ce matin, douceur dehors. C’est bon. Mon fils me courriellise : il a signé pour un achat, en avril, d’une Chevrolet-Tracker (!) et lui et Lynn en sont tout heureux. Il écrit : « On est comme des bébés. Ce petit bonheur d’un « char neu », nous aide à supporter le deuil de la maudite cigarette. » Le chanceux ! Comment lâcher, Aile et moi, le bonhomme Nicot ! Dur !
Allant, hier matin, rue Laurier, en couple, pour l’achat de lunettes neuves ( 20 ans avec mes vieilles barnicles !), je dis à l’examinatrice, qui me décèle un début de cataracte, « la fumée n’aide pas, je suppose ? » Elle m’a donné l’ adresse d’un guérisseuse (diplômée) qui fait des merveilles. J’ai dit : « Bien. J’irai la voir au tout début du printemps. » Je le veux. J’ai la volonté…mais pas pour le reste de l’hiver. Avec les beaux jours, j’irai dehors plus souvent et je vaincrai. L’oculiste m’a recommandé aussi d’avaler beaucoup de vitamine C. Moi qui n’avale aucune médicament, rien, sauf du Pepto-bismol quand je mange trop riche et que ça ne passe pas. J’ai dit « oui » à cela aussi. « De 500 à mille mg. Par jour », spécifia-t-elle. Bon.
2-
Le Beaulieu de Trois-Pistoles au téléphone, dans son deuxième rôle, éditeur : « Mon Claude, j’ai relu ton manuscrit. Je l’aime toujours. C’est très bon. J’ai mis toutes tes envolées poétiques en italique. J’ ai enlevé les chiffres de tes chapitres. Inutile. J’ai gardé tes sous-titres, ça suffit. Maintenant, tu dois m’envoyer ta bibliographie… Et vite ! » J’ai essayé. Impossible ! Oh ! Il y a trop de titres. Je m’y perds. Il y a tant de textes divers dans tant de bouquins divers. J’en oublierais. 40 ans de …scriptomanie ! Je lui ai faxé (chez mon dépanneur équipée pour cela) une sorte de « carte chronologique du polygraphe »… en guise de bibliograhie. L’imprimera-t-il ? J’ai très hâte de voir ce « Écrire : pour l’argent et la gloire ». Ça va grigner dans le Landerneau littéraire. Un vrai manifeste ! Une sorte de pamphlet.
Petits-ils : certains souhaitent un lunch avec papi. Hélas, le vieux est toujours à Sainte-Adèle. Le passages en ville sont bourrés de rencontres obligées .Nostalgie de nos repas d’antan ? Le Thomas et le Simon à Lynn et Daniel se promènent. L’un, Simon Jasmin, revient de skier à Saint-Anne, l’autre, Thomas Jasmin , part pour Tremblant. Eh b’en, les écoles changent ! Excursions lointaines ! Dans mon temps, pour deux piastres, c’était Saint-Sauveur (lunch fait par môman) avec les gars du « Ski-Grasset ». Pas plus loin !
Mardi soir, merci d’être venus en foules, pour voir mon « Tuez le veau gras », téléthéâtre de 1964, présenté à la cinémathèque. Votre fidélité m’a fait chaud au cœur ! Blague à part, nous étions une dizaine. Dont un, sympathique M. Garneau, qui me dit être un lecteur amusé des J.N. ici. On a jasé à la sortie avec Routhier, ex-réalisateur à la SRC comme Aile. J’étais fier de mon texte, et très heureux du traitement-Carrier, des solides décors de Hugo Wuetrich. Le son ? Bien mieux que pour mon « BLues.. », images pas toujours bien claires hélas !
Réjean Tremblay aux J.O. : « C’est pire qu’aux J.O. de Moscou. Les fouilles sans cesse. Une plaie ! Une paranoïa terrible. Gardiens, polices et soldats partout, partout. » Ce matin, Foglia se moque de notre surprise : « Quoi, il y a des magouilleurs aux J.o. ? Hon ! » Mais oui, dit le père-lucide. Comme ailleurs. Comme partout. Nous serions, les braillards, un gang de candides. Les Jeux comme la politique comme la finance, comme toute activité humaine sont menés par des humains. Donc, oui, magouilles ! Foglia —blasé, nihiliste, desperado ?— nous recommande de nous calmer le pompon. D’accepter « le sort » (son mot) face au « vol » de médaille d’or pour nos patineurs bafoués. Pour lui le « sort », donc le « hasard », ses erreurs, est la vraie donne. Il craint le chauvinisme. Je lui donne raison.
Coup de fil, c’est Perrette Souplex, —la fille d’un fameux comédien du cinéma français des années ’50 et ‘60— elle a beaucoup estimé ma sortie furibonde contre la niaise tolérance de tous les ghettos d’émigrants subventionnés du Québec. Je lui dis : « Aile m’a reproché d’y être allé un peu raide ! » P.S. répond : « Ah non, pas assez raide plutôt, continuez de frapper ce clou, c’est important ! »
Aile me dit toujours : « Claude, mon amour, tu avais raison, sur tout, en tout, tes arguments sont solides, mais il y a la manière. Tu obtiendrais davantage d’appuis si tu ne t’emportais pas tant. » Françoise Faucher disait cela aussi lors de ma « biographie » du Canal D en touche à tout : « Souvent Claude va trop loin, il frappe trop fort, mais…bon, s’il faisait autrement ça ne serait pas Claude ! » Ce matin, une lectrice de J.N. me courriellise aussi son encouragement, avance qu’il faudrait un « mouvement organisé » pour faire cesser ces ghettoïsations malsaines.
3-
Chemin Bates, ayant oublié mon « Coffre de cèdre », j’ai relu plusieurs entrées de mon premier tome de journal, juillet ’87-février ‘88 : « Pour tout vous dire », publié chez Guérin. Grand plaisir. Sans cesse, je rappelle à ma chère Ale des éphémérides oubliés. Elle en est chaque fois comme étonnée. Cela sert donc aussi le scripteur que du journal ? Absolument. J’ai revu tant de projets…abandonnés. Tant de notations importantes à mes yeux.
Cela vous fait du bien. Il y a les regrets, aussi les stimulations.
La confirmation de ce que je suis : un touche à tout, oh oui, un inventeur de synopsis compulsif, un observateur étonné des gens et des choses. Je m’aime bien en journalier. Quoi ? J’ai le droit de m’aimer de temps à autre. Je déteste tant d’aspects de ma personne écrivante .
Nat Pétro est à Berlin. Festival de films. « Ode à Cologne », film signé Wim Wenders (exilé en Californie) qui a fait renaître de vieux musiciens cubains abandonnés, raconte dans « Ode.. » un groupe musical de pop allemand aussi populaire là-bas que « Beau Dommage » ici, jadis. Ce « Bap », explique la chroniqueuse, reste empreint d’une sorte de tristesse. Il y plane l’hitlérisme embarrassant. Ici, vrai que Duplessis ne fut qu’un roitelet de pacotille, rien à voir avec la fureur naziste. Je songe que ‘ »Beau dommage », dès leur apparition autour d’Expo,67, aurait pu avec le soutien de notre État québécois, devenir une ambassade extraordinaire. J’ai tant aimé ce groupe animé par Michel Rivard. Hâte de voir le « Ode à Cologne ».
De voir aussi « Point aveugle ». L’héroïne de ce documentaire allemand vient tout juste de mourir ! Avant hier ! Cette Traude Junge fut la dévouée secrétaire d’Adolph-le-fou. Elle a tout raconté. La fin du monstre. Le chien, adoré de lui, qu’il empoisonne avant de se tuer. Sa « frau » Eva, qui préfère le poison au revolver, névrosée, désirant ne pas faire une morte… abimée ! Le bunker de Berlin comme une bulle hors-monde ! Traude Junge déclarait : « Certes, j’étais si jeune et si candide. » Mais quand elle a découvert l’horreur commise et cette une jeune résistante de 22 ans, assassinée…elle aurait compris que la jeunesse n’est pas une excuse. Peut-on dire : Paix à ses cendres ?
J’ai repensé à ce merveilleux roman : « Le liseur » de Shlink avec cette gardienne de camp nazi qui finit par admettre qu’elle fut une coupable et qui accepte sa condamnation, qui se pendra au moment de a libération…Une pauvre analphabète qui, mieux que tant de planqués nazis en Amérique-du Sud, découvre sa culpabilité. À propos de livre, hier soir, au lit, j’ai commencé à lire « Inceste » de Christine Angot (en poche). J’avais vu cette fille agressive et fermée chez Pivot. C’est d’abord plus de cent vingt pages de mots enlignés et alignés en une diarrhée verbale sans grand intérêt. Faut le faire, un culot vain. Aile qui l’a lu avant moi et me dit : « Va à la page 140, ça s’éclaircit. » J’étais las, assommé de ce stupide empilement verbiageux. Je m’endormais trop. À demain Miss « Inceste ».
4-
Dans le film de Denis Chouinard « L’ange de goudron » il y aurait démonstration de notre méchant racisme. Au festival berlinois, des journalistes inquiets par son « Ange de goudron, lui pose des questions : « Votre Québec ? Un pays fasciste ? Peuplé d’intolérants , de xénophobes ? » Le Chouinard embarrassé répond : « Oui, il y a du racisme mais non, rien à voir avec le fascisme ! » Voilà ce qui arrive quand pour faire une bonne histoire » on tord un peu le cou aux réalités.
Sortie à Paris de « Amen » du célèbre cinéaste de « Z », Costa-Gravas ( qui aidait, soi dit en passant notre jeune Chouinard à scénariser). L’affiche fait choc. Signé par l’audacieux photographe-designer congédié par la compagnie Benetton, Toscani. Un crucifix emmêlé avec la croix gammée ! Vives protestations du clergé catholique de France. « Amen » raconterait un affreux SS inquiet, repenti, qui, via un prêtre, tente d’alerter le Vatican sur le massacre des millions de juifs. Silence du Vatican averti ! Mgr. Ricard, cheuf des évêques cathos se lamente. Il proteste. Veut faite interdire le « sacrilège » « poster » en question. Mgr. Lalanne, grand secrétaire avance :
« Oui, à Rome, il y a eu des erreurs (tu parles !) et des silences (et comment !) mais cette affiche… »
J’ai lu sur la question « complicité » implicite du
Vatican avec Berlin nazifié. Pas beau à révéler. Par exemple, Rome qui ordonne de démanteler un parti politique, très fort, très solide, en Allemagne…Les nazis craignaient ces critiques lucides. Rome pour acheter la paix, fit démanteler ce parti « confessionnel » vigoureux. Il donnait une meilleure chance aux nazis de poursuivre l’ordre…brun ! Hâte de voir ce « Amen ». Amen. Et pas amène avec un pape frileux, vraiment peureux et surtout germanophile aveuglé, y ayant été « ambassadeur » vaticanesque. Nonce !
5-
Chez « Arcand en direct » (TVA), effrayante démonstration par les reporters Houde et Duffaux sur les écoeuranteries passées chez ces gens des J.O. Un tableau noir terrible ! Révélateur. Dont une séquence où l’on voyait clairement une gestuelle (par les pieds) de signes complices entre deux jurés. Honte ! Honte !
Tantôt, attendant aux portes de l’École hôtelière, lecture de : « L’ART DU ROMAN » par Milan Kundera. Un vrai intello. Il soupèse chaque mot, examine le moindre terme employé par son questionneur. Il admire énormément Kafka. Ah ! Un de Prague comme lui ! Chauvinisme ? Cet « art du roman » me semble un de ces textes ambitieux où l’auteur navigue de sommet en sommet : Proust, Joyce, Flaubert…Kundera y utilise un jargon plutôt pénible. Il a été, et longtemps, la coqueluche du milieu intello d’ici. Je me souviens mal de « L’étrange légèreté de l’être » (un titre du genre). Pas un modèle de roman, il me semble. Dogmes, théories, sont à éviter en littérature, non ?
6-
Eh maudit verrat qu’il s’en passe des affaires louches et dans notre cour. Imaginez : à Westmount, chez « Dickens and Madson », une agence de démarcheurs
—(ouash, le lobbying n’est pas un métier et on le définit sans cesse, on veut réglementer une mafia à bons petits copains, à bons contacts, d’ex-ministres, sous-ministres etc. Ça pue ! !) —
où travaillent des grosses têtes en relationnisme. Voilà qu’un mec s’y amène et veut (tenez-vous bien) verser une demi-million de piastres pour l’assassinat (oui, oui !) de Mugabe, celui qui règne au Zimbabwe depuis deux décennies ! À Westmunt, on avait caché des caméras. Oh oh !
L’affaire fait de remous partout ! Les comploteurs tombaient mal : l’agence avait comme ami et client le bonhomme Mugabe ! Aïe ! On révèle tout au bon client et ami Mugabe. Le feu est pris !
On accuse Tsvangirai (chef de l’opposition là-bas). Ça barde ! Parmi les gens de l’agence d’ici, un certain Alexander Legault, venu de la Louisiane (il y a longtemps) et réfugié au Canada qui guette sa nationalisation par Ottawa. Décision le 18 mars, dit La Presse. Car Washington le veut et vite. Legault aurait fraudé pour 13 millions de $, plus de 300 « aînés » (senior citizens) floridiens ! Il a peur le Legault. Il se défend, il dit : « Des mensonges, c’est la vengeance de la CIA, si on me déporte ils vont me tourmenter. » Pourquoi donc ? Ah ! Ce Legault dit qu’il fut le tout premier à alerter Ottawa sur la CIA qui payait notre « bon docteur Cameron » pour jouer avec les cerveaux des patients à « Royal Victoria Hospital », Avenue des Pins. Eh b’en !
C’est à suivre, non ? Je vous dis, tout un monde de fripouilles vit dans notre territoire. J’ai souvenir d’une voisine du Vieux-Bordeaux, Madame H., qui fut une des victimes de ce Cameron-de-la-Cia. Une histoire effroyable. On a fini —ce fut très long— par payer…un peu, les victimes des expérimentations CIA-USA. Chez nous, tout ça ! Colonialisme puant ! Un monde !
Ainsi, vient de mourir Lucien Rivard. Un mafieux important de cette « French Connexion », proprio de « La plage idéale ». Chalet à Pointe-Calumet. Il était « travailleur » d’élections pour les Libéraux d’Ottawa. Le père Pearson en fut secoué quand éclatèrent des scandales avec ce Rivard au beau milieu. Le grand choc. C’est ce pégrieux qui s’évadait de la prison voisine de chez moi, à Bordeaux. Une aventure incroyable. Un voisin, à quatre portes de chez moi, un comptable, avait ses bureaux, Pace Crémazie, juste à côté de ceux du bandit Rivard. Et c’est lui, ce comptable, qui lui offrait un « pouce », oh hasard hein ?, quand Rivard s’échappait. Le voisin bordelais du comptable était le ministre Claude Wagner, à trois portes de chez moi, Libéral à Québec ! Eh oui ! Vous voyez ma surprise ?
Journaliste chez Bernard Turcot, j’avais alerté la rédaction. On passa par Daniel Jonhson tant on trouvait l’affaire juteuse mais délicate. La peur des poursuites judiciaires rend prudents les médias. En « assemblée nationale » on peut tout dire. Mais….
Le Daniel Jonhson tente de raconter ce que je vous dis ici. Jean Lesage se drapait dans sa dignité. Et, secoué de ces « Wagner-voisin-comptable-voisin-Lucien Rivard-orgnisaeur-travailleur rouge- … Tit-Jean-le-Noble commanda l’ « heure du lunch ». Pause !
Ça se jase durant les repas au « Café des pourris »! Après…plus rien ! La question dérangeante était comme oubliée ! Johnson devait avoir, lui aussi, d’encombrants squelettes dans son placard. C’est « tu fermes ta gueule et je ferme ma gueule ! » C’est cela aussi la politique.
Penchez-vous un moment sur cette collision pègre-politique…pas par respect, par envie de vomir !
L’OTAN finissait par se secouer et bombarda durant deux mois, entre autres cibles, la Serbie, Belgrade. Avec des bavures, des erreurs de tir, et des morts ici et là ! On s’en souvient. À la grande cour internationale, voilà le monstre démago-populiste, S. Milosevic qui se dresse et s’indigne. L’OTAN c’est Hitler, c’est les Nazis ! L’OTAN c’est le mal. C’est la cible nouvelle ! Stupeur à La Haye !Effet de judo. Tirer son adversaire vers soi. Revirer l’accusation violente. Tactique. À suivre mais ça va durer un an, peut-être deux…Ouais !
Hâte de voir ce documentaire sur le RIN. Lancement samedi mais…j’aime trop ma petite campagne. J’irai pas. Un jeune homme me veut comme témoin parlant pour son projet de film sur le peintre Serge Lemoyne, connu quand j’étais critique d’art dans les années ’60. J’ai accepté de l’aider. Lemoyne avait des idées, du front, inaugurait ici des « happenings » amusants. Il est mort il y a peu.
Gilles Groulx, j’y reviens, « braillait sans cesse contre l’ONF mais il a jamais pu quitter l’institution ». Je lis cela et je sais que c’est vrai. Pierre Perrault, Arcand (Denis), Godbout, d’autres aussi, gueulaient sans cesse contre l’ONF, sa censure, ses patrons « chieux ». Ainsi au réseau français, moi comme tant d’autres, on en bavait…. lourds de griefs divers, on critiquait mais on restait là. Où aller ? Dans ma « biographie », du Canal D, on me fait dire : « 30 ans décorateur et 30 ans de bonheur comme il le dit lui-même. » Et c’est vrai, mais il faut entendre « 30 ans de bonheur avec les camarades »…pas avec les patrons « chieux », à genoux devant les nerveux fédéralistes d’Ottawa où la SRC a son siège. Comme si on payait pas nos impôts à Ottawa les Québécois.
Quoi ? Des diamants à la Baie-James ? Eh b’en ! Sait-on jamais ! Une richesse de plus ? Au fond des blocs erratiques de ce plaines arctiques ? Je me souviendrai toujours de ce territoire tout blanc, visité du temps de la radio pop, CJMS. L’avion survolant le blanmc, le vide. Immenses paysages de petits sapins, d’épinettes noires si maigres, neige et glace à perte de vue. Le barrage gigantesque. Du béton sur des rochers ! Ce village installé pour faire taire les déplacés, Chisassibi. Visages d’enfants inquiets. D’hommes perdus face aux grues géantes pas loin. Monde perdu. Terre ingrate. Poignées de Cris. Subventions à gogo pour faire taire. Une nuit passée dans un camion-motel. La cafétéria des ouvriers montés de Montréal. Impression de solitude terrible. Chanson de Georges Dor réactualisée depuis la Manic. Bar bruyant. Si peu de femmes ! Un pays hors du pays. Ah oui, un souvenir impérissable. Des routes sans horizons francs dans ces savanes glacées. Si peu de monde hors le barrage. Le canot automobile sur La Grande. Les truites en masse. Délicieuses. Les cris des travailleurs dans les chantiers. Un rire soudain. Soliloque imposant. Un grand rire de fou. Des clameurs. Sifflets. Dynamite. Bizarre contrée hors civilisation. Qui m’a laissé un souvenir étrange. Celui d’avoir séjourné au fond de la Sibérie. Goulag confortable.
Voilà, il y aurait du diamant. Déjà des compagnies se forment. On y va bien voir. Allons voir. Ah seigneur, pauvres Cris sauvages qui chassaient, qui pêchaient…Ils auront des bagues à offrir à leurs squaws ? Doutons-en.