Le lundi 11 février2002

Le lundi 11 février2002
1-
Ouf ! Trois soirées « en ville ». Absent donc des J.N. Le bonhomme énervé, tout pris. Ce matin, soleil reluisant ! Vrai que nous avons une lumière, alors, unique. Jamais vu cette si vive luminosité ailleurs, ni à Paris, ni à Rome , ni à Londres.
Hier soir, tard, nous sortons dans la rue Bonsecours, du Vieux, et, surprise, neige, glace, tout le bataclan hivernal subitement. Vers 18 h., arrivés au coin de Saint-Paul, c’était la pluie, une douceur dans l’air. Changement radival en quelques heures. Et à notre insu. Dans l’entrée du restau des « Filles du Roy »,un cri, un appel de détresse ! C’est l’amie, Françoise Faucher, en souliers (!) , qui appelle au secours « son grand chien fou », moi. J’y cours. Elle s’accroche à mon bras, mon Aile, elle, installée déjà dans notre voiture. Françoise veut que je la reconduise à son « pas galant du tout, mari un peu plus à l’ouest. Jean Faucher se démène dans la nuit, illuminée par les antiques réverbères, à dégivrer les vitres de son auto. Oh le gros macho ! Il a honte, s’excuse. Se fait engueuler par sa Françoise.
Nous sortions d’un anniversaire, d’une fête enjouée, celle fort bien organisée par Hélène Pedneaut (« Le signe du lion » rénové) et Lucille Cousineau pour marquer les 80 ans de la vaillante comédienne Huguette Oligny.
La foule (plus de 60 personnes !), parents, amis dans ce restaurant (Les filles du Roy) qui a les allures d’un bordel luxueux du « far-west » pour cow-boys enrichis et danseuses de « french cancan émigrées, quand il souhaite avoir les allures d’une auberge « canayenne » en début de colonie au bord du fleuve. C’est une sorte de « palace » et on s’y sent bien. Décors chaleureux, salon, canapés, fauteuils, cheminée, piano, large couloir pour les apéros, au fond, verrière, plantes vertes et cages avec oiseaux exotiques vivants !
Ma chère Aile toute épanouie —coupe de cheveux nouvelle, frisée si joliment, tailleur parfait— en voyant arriver des tas de membre de l’Union des artistes, elle lève sa coupe aux vieilles
Connaissances du temps de ses réalisations à la SRC. Nommez-les : Abert Millaire, Élisabeth Chouvalidzé, Aubert Pallascio, Gabriel Gascon, Gérard Poirier, France Castel, Clémence Desrochers, Louise Latraverse, la grande Picard… que je salue ainsi « bonjour ceux de Pointe-Calumet » car son père y tenait un ciné de plein air. Le premier du territoire. Que Duplessis fit fermer, pour calmer les évèques timorés…Gilles Pelletier et sa Françoise (Gratton) —nous nous sommes souvenus des répétitions chez elle, à Ville Mont-Royal Ma chère, des figurants pour les pageants catholicards du Père Clos sur le mont Royal— le cinéaste Melancon, accompagnateur de la toujours si belle Andrée Lachapelle, Amulette Garneau … je n’en finirais pas.
Je remarque qu’il y a des affinités —une amicalité totale—entre acteurs et metteurs en scène…Et moi, un auteur, dans ce maelström de bises et d’effusions, bien, il y a un certain mur. Un muret disons. Nous sommes de deux mondes. Eux, ils sont là « après coup » je dirais. Nous, les écrivains de l’ avant coup. Difficile à dire clairement. Une certaine gêne, en tous cas une distance. Je la sens toujours. Deux mondes amicaux, liés certes, mais différents. La solitude (pour pondre) chez nous, chez eux, les comédiens, la solidarité. Le clan. Que de cris fusent où j’entends : « nous sommes du même bateau, ensemble. » Je ne sens pas cette esprit de famille aux réunions d’écrivants.
Durant le repas, Hughette à sa table d’honneur devant les épais anciens murs de pierres et l’immense cheminée, avec des parents dont Jean-Louis Roux (sosie de Claude Ryan à présent !), son beau-frère, quelques bonnes surprises. Par exemple, Poirier et Faucher (avant le dessert) livrant un impromptu (à faux). Enguirlandage étonnant (signé Guitry). Ou madame Souplex, si énergique dans ses rondeurs, inspirée et tumultueuse, parodiant la tirade du nez (de Cyrano) en se servant, comme cible, du « grand âge » de la célébrée. C’est la franche rigolade dans toute la salle.
Avec gâteau et café, au vaste salon, concert de poésie, de chants, chacun y va de son refrain favori. Encore la rigolade.
2-
Comme c’est drôle ! La veille, samedi soir, nous étions encore dans le « Vieux », dans un étonnant et merveilleux site, le « Caveau », chez Georgio, rue Saint-Laurent au bord du vieux port. 25 ième anniversaire du mariage de ma fille, Éliane, avec son Marco. Un lieu envoûtant…sous voûtes, ex-cave de fourreurs ou de marchands de vin (?). Une immense cave hors du commun. Sorte de « catacombes » des premiers chrétiens ! Ambiance merveilleuse.
Clan des Barrière —dont la Mado, grand-mère de Marco, mon modèle de longévité, 93 ans !— au grand complet, clan jasminien réduit. Des amis très fidèles du couple fêté. Là aussi, petits « speechs » de circonstance, souvenirs, anecdotes fusaient, de l’un ou de l’autre. À la fin du repas, petit concert du « Harry James » de la famille, le benjamin Gabriel, trompettiste amateur. Après les excellents desserts, installation des trente invités dans une jolie salle attenante. Cela toujours sous des combles formidables faits de « pierres sèches » antiques, amusante et ironique séance visuelle faite d’images choisies d’albums de photos. Un montage et une projection sur grand écran, par « ordinateur », du même Gabriel. Vive émotion chez le bonhomme : ma fille, comme Marc, aura bientôt cinquante ans ! Oh la la ! Rien pour me rajeunir.
La vie file, file…
Nous étions une dizaine de curieux, vendredi soir à la cinémathèque-vidéothèque du boulevard de Maisonneuve, pour le visionnement de mon « Blues pour un homme averti » (1964). La bande-son affreusement mutilé, hélas. Les images en noir et blanc …parfois chevrotantes ! Un bon coup sur la tête pour moi. Je m’étais imaginé une dramatique sensationnelle, extraordinaire. Souvenir trompeur ! Mai non, ce « Blues.. » n’est pas sans grave défaut. J’avais trente trois ans et je maîtrisais mal les niveaux de langage. Aussi, pendant la projection, je me disais : faudrait que je ré-écrive ce texte un jour. Mais pour qui ? Trop tard. Je suis assez lucide pour constater le vieillissement de ce « Blue.. » qui fut publié chez « Parti-Pris », le gang enthousiaste à l’époque.
C’est instructif en diable ce déterrage de vieille pontes. Ça m’a rabaissé le caquet, je vous jure. Le jazz de Slide Hampton, lui, était toujours extra. Jacques Godin, malgré le son pourri, m’a montré encore son savoir-faire pour incarner un vieux « bomme » en quête d’un père mythique. Quelle présence !, comme on dit, il perce l’écran. Le « robineux » , Paul Hébert, émouvant dans sa nudité matérielle. Et toujours si juste ! Je me suis souvenu : un matin, très tôt, j’avais conduit mes petits-fils, rue de la Commune, pour qu’ils puissent observer les clochards. Ces derniers se débarbouillaient dans une fontaine publique sous la lumière matinale fauve. Leurs yeux incrédules, la découverte d’un monde de misère. J’avais cru bon qu’ils sachent le dénuement effrayant des laissés pour compte de notre société. Ils en étaient muets.
3-
Je repense à cette « Fin du monde », de Lagarce, au Théâtre Go. Ce malentendu funeste entre deux frères. L’un, que l’on devine artiste (joué par Denoncourt), malade gravement, qui revient chez lui après son bourlinguage et l’autre, modeste, serviable, resté dans la famille, ouvrier sans aucune vision autre que la « petite vie ». À la fin, le choc, le dialogue embarrassant, strident dans son non-dit, entre les deux frères.
Et Luc Picard qui me fait pleurer dans le noir.
J’ai pensé à mon frère, Raynald. Que je ne vois à peu près plus. Qui fut mon petit compagnon de jeux tant aimé, durant tant d’années. Qui mène une existence hors de ce monde du spectacle, des lettres. Nous sommes devenus peu à peu, nous aussi, deux blocs erratiques. Étrangers, hélas ! Nous dérivons chacun sur notre rive, séparés, « incommunicado ». Et cela me pèse. M’ennuie. Et je ne sais pas par quel bout…nous pourrions à nouveau être, redevenir, deux petits frères ou deux vieux frères.
La vie… merdre !
Pour combien d’entre nous, y a–t-il de ces gouffres niais, inévitables ?
Procès publics, enfin, au bord de l’Atlantique, un peu au sud. Ce cardinal bien con, à Boston. Law. Qui a tout fait pour cacher, déménager, taire la pédophilie de ces (« ses ») affreux malades ensoutanés. 130 enfants qu’on a massacré, qu’on a bousillé. Dans cette écœurante horde de vicieux, 70 curés, une vingtaine seulement font face à la justice maintenant. Les catholiques de Boston sont indignés par « les secrets » de leur Cardinal Law avec raison. Ils veulent qu’il démissionne de sa charge… vaticane. Tant de mensonges, de camouflage, d’échappatoire au lieu de faire face à la vérité. Ce complice, en robe rouge romaine, de l’horreur a suspendu huit de ses prêtres pour calmer la grogne. J’ai connu ces disciples de Jésus, jeune. Dans Villeray comme au collège des Sulpiciens. Qui n’a pas des cas à citer ? Plein d’anciens enfants pollués par ces prédateurs déboussolés, ces pédés tordus en soutanes, à Boston comme à Montréal, salis jadis, qui se taisent. On sait que la culpabilité retombe souvent sur eux, petites victimes. Ils se pensent les responsables de ces dérives infernales. Mystère psychologique bien connu.
Qu’ils se lèvent, qu’ils accusent, c’est le temps ou jamais avant que crèvent ces crapules à bénitiers, à scapulaires, qui osaient confesser les « fautes des autres » dans leurs armoires capitonnées et donner des absolutions et des pénitences, et jouer les bons pasteurs, les pieux conseillers en moralité. Ah les sépulcres blanchies ! Richard Hétu, de « La Presse » raconte que ce cardinal Law, au fond, obéissait à la consigne du Vatican, renouvelé il y a peu : « Que ces cas se règlent, loin de la justice normale, confidentiellement, entre membres du clergé ». Que la honte s’abatte au pus tôt sur ce cardinal de mes deux… !
4-
Marc Cassivi, samedi, écrit encore « les deux solitudes » Il parle du tragique d’avoir ignoré complètement le succès filmique de Falardeau avec son beau film : « 17 février, 1839 », portant sur nos formidables patriotes émérites, nos vrais et seuls démocrates, républicanistes, anti-monarchistes valeureux de cette époque. À ce torontois « Gala des Génies » ? « Ce film de Falardeau, on connaît pas ! » Ignorance crasse ? Je sais pas. Il n’y a pas deux solitudes, il y a deux nations. Deux peuples qui jouent à la bonne entente. En surface. Un seul prix pour « La femme qui boit », avec, en effet, l’excellente Lise Guilbault. C’est tout. Ce film sur les condamnés à mort d’ici :on en savait rien chez nos jurés « blokes » ! Bravo. Cela illustre le mur infranchissable qui s’est construit entre deux peuples, rayer à jamais de notre vocabulaire ce « deux solitudes » niais. Comme il faut rayer : la « conquête » quand on parle de 1760. C’est « la défaite » qu’il faut dire historiens niais !

Le mercredi 30 janvier 2002

Le mercredi 30 janvier 2002
1-
Lumière pâle, toujours, dans ce ciel mat. Grisaille pour cette fin de janvier. Demain…déjà février, le mois racorni, raccourci ! On verra mars s’amener et puis ce sera « le portique » du si beau printemps québécois, revigorant, si stimulant quand la lumière baissait depuis si longtemps, depuis novembre. Ma hâte !
Ce matin, appel de la radio de CKAC. C’est un certain François Reinhardt à l’appareil. Il est le fils de Roger, avocat de la Grande-Allée d’Ahuntsic (oui, nous avons comme à Québec, une « Grande Allée »). Maître Roger (revu en rencontres « almamater »-iennes) fut un collègue de classe au collège Grasset. Il était si brillant, en tout, un bolé, un Premier-de-classe, raflant les premiers rôles de notre théâtre-amateur. Je fis rire le fiston lui révélant notre jalousie de ce beau brummel frisé, aux allures d’Adonis bien grec et surdoué. Mais, il était petit de taille, ah ! tout de même :justice immanente.
Dans mon feuilleton « La petite patrie » Roger était incarné par l’acteur Jean-Pierre Chartrand, pas bien haut sur pattes, lui aussi. Un soir dans un restau du Vieux, rencontre inopinée, face à face cocasse, mon Roger et Chartrand que j’accompagnais . Amusante rencontre, on peut l’imaginer. Donc le Reinhardt-fils me prévient : « Benoit Dutrisac et Geneviève Saint-Germain vous veulent au micro pour discuter sur « les vieux qu’on jette tôt ». Actualité : de « vieux » ministres du P.Q. viennent de démissionner étant donné qu’ils perdent leur…portefeuille (et c’est bien le cas de le dire !).
Je m’amuse une fois en ondes, rappelant qu’à leur heure de radiodiffusion c’était moi, le vieux, et le vieux Pierre Marcotte qui régnions en ondes avec l’amusante tribune : « La moutarde me monte au nez ». On nous avait…jetés le jour du mariage CJMS-CKAC ! Les ingrats ! ! Je cause sur les « jetés » de Radio-Canada en 1985-1990. Ce vice actuel de « l’âgisme », renie l’expérience, la sagesse aussi.
Mais Dutrisac et moi tombons vite d’accord : ces « sans portefeuille » devaient rester, devenir une sorte sénat utile, rester au fort comme conseillers précieux. Mais non, Chevrette, Brassard et Cie…claquent les portes, humiliés ! Il s’en va l’ex-ministre, il claque la porte, il n’a plus de chauffeur, plus de limousine, fini le sérail du paquet de fonctionnaires l’adulant…C’est navrant. Surtout en un parti dont l’idéal est haut placé : l’indépendance nationale.
Télévision surprenante parfois. Lundi soir, en ville, sans l’horaire, nous zappons au hasard, cherchant quoi dévorer et soudain, paf !, sur PBS, USA, un vieux barde enfoui dans un affreux fauteuil et ce pépère de la série « Masterpiece Theater » annonce un truc fort audacieux : un « Othello » de Skakespeare en une version moderne. Ça se déroule —anticipation— dans un Londres en émeutes, et ce Noir fabuleux, fort et sage à la fois, John (nom de famille : Othello) s’y montre le seul grand capable de rassurer les populations. On imagine la suite.
Oui, il n’y a bien entendu la belle Desdémone, le fidèle traître, Iago. Une dramatique télé hors du commun. Décors actuels pour ce vieux drame du grand Bill ! L’épopée de William se fait bardasser, se fait secouer le cadran, c’est prévu, c’est entendu mais il n’en reste pas moins un spectacle singulier de deux heures, mené tambour battant avec une imagerie surprenante, un découpage haletant. Ah oui, la télé parfois…magnifique. Notre anglais étant ce qu’il est, de grands pans du dialogue nous échappent un peu, les mots en sont vagues, mais la trame de l’intrigue (connue pour « Othello ») est clairement symbolisé. Je refuse que l’on de condamne la télé en bloc. Il y a des oasis, rares, mais féconds en diable !
2-
L’ex-patron qui fit florès aux « alcools et vins du Québec » (SAQ) va débuter le 18 février chez « Loto Québec ». La peur ! On doit attendre de ce M. Frigon, PDG retors, habile, brillant, le même envahissant succès. Peur car, déjà, on trouve 150,000 « joueurs compulsifs dans cet « État-Maffia », le Québec ! Beaucoup de ces « accrochés » sont en attente de traitement car il y a manque d’argent public pour soigner ces malades du jeu ! C’est Claude Bilodeau, responsable pour ces soins, qui l’affirme et qui s’indigne, se lamente. Depuis 1960, le pays a su évoluer dans maints domaines…mais dans ce domaine du vice, il se surpasse. Hélas ! Une réussite louche installant tant de citoyens qui grèvent leur budget, souvent pas bien gros car l’on connaît de terrifiantes statistiques. Plein de gagne-petits, parfois des assistés sociaux, qui rêvent de « s’en sortir » en privant la famille du nécessaire, misant sur ces machins et machines qui ne font que des dépités névrosés qui, sans cesse, retournent aux odieuses manettes du mauvais sort. Un pays tapissé de « one-arm-bandit » !Une infamie funeste, non ?
Un jeune homme sympathique, rencontré hier à la « taverne Magnan », m’invite à co-animer avec lui, un samedi, son émission à CKAC. J’ai spontanément dit « oui, avec plaisir ». En avril seulement lui ais-je spécifié. J’ai décidé de refuser toute invitation durant l’hiver. Je me suis déjà retrouvé sur la route de Rimouski dans une longue plaine, en pleine tempête de neige. Ne plus voir que du blanc dans le vent, partout. Il n’y avait plus ni ciel, ni sol, que du blanc dessus, dessous, sur tous les côtés. Affreux ! Ne pas savoir où est la route…Risquer sa vie alors ! Non, plus jamais. Le jeune de CKAC me dit soudain : « Je vous écoutais parler de ce Ovila dans votre conte de Noël, c’était mon enfance, ce Ville-Jacques-Cartier, encore plutôt bidonville de squatters en 1960.
Nouveau témoignage donc et qui s’ajoute à cette photo-internet expédiée pour me montrer la pauvre bicoque familiale d’un « misérable » hugolien. Je lui donné mon adresse-courriel : claudejasmin@citenet.net et je vais guetter un signal…en avril.
3-
Est-ce que devrais poursuivre, avec avocat, Ginete Herry pour « offense au droit moral » de mon collègue Carlo Goldoni ? Ou bien le petit-fils de son petit-fils de son petit-fils à Goldoni le fera à ma place. Car il est inextinguible le droit d’auteur sur le plan moral. Quand on tripote un texte, qu’on le coupe sans vergogne comme elle fait, qu’on le triture comme elle l’a fait pour « L’honnête fille », spectacle présenté chez Denise-Pelletier. En ce moment, il fait florès, dit-on, le grand bonheur des élèves des écoles. Comme Desgagnés le fait au TNM ces temps-ci avec Shakespeare (Les Folles de Windsor !) ça y va et pas par quatre chemins. Un cirque. Des cabrioles, des gesticulations, du mouvement… l’air du temps. Des images virevoltantes, costumes à « velcro », changeables en un éclair, du décor transformable et le reste ? Claques et fouets, giffles et coups de pied au cul, le diable est aux vaches et le rythme à la belle épouvante. Le texte du mort ? Ah b’en le texte…L’auteur est bel et bien enterré et…muet, non ? On peut y aller rondement ! Je ne sais trop quoi penser : présenter sans succès le texte intégral avec honnêteté intellectuelle… ou bien le trancher comme saucisson, lui enlever le trop plein de phrases, et en avant pour les folies bouffonnes. Écoutez les rire des écoliers !Au moins, les jeunesses vont savoir le nom de l’auteur décédé ! « La gang ? Goldoni c’est mieux que Goldorak, eille !, on était pliés en deux, les gars, allez-y ! »
Ouen !
Ouaille ! Sujet de réflexion : poursuivre ou non, pour atteinte morale à l’œuvre…mmm !
4-
Entendu Henri-Bernard Lévy affirmer face à Durant de « Campus » : « Les fascistes verts ! » Oh ! Écologie et nazisme, même combat ? Je sais qu’il y a tant d’exagérations chez les « verts » fanatisés qu’ils atteignent une sorte de totalitarisme dans les revendications en Europe, une intolérance « annoncée » qui fait frémir…si jamais…ce mouvement grandissait vraiment. . Mais…fascime ? A-t-on vraiment raison : l’intolérance de certains écolos peut faire peur, c’est vrai. On en voit s’associant à l’extrême droite d’un Le Pen en campagnes électorales françaises. Ici ? Pas encore à la mode. Autre sujet de réflexion…
J’enrage encore en lisant ce matin (plume de Nathalie Collard) l’expression désuète et si mensongère : « les deux sollitudes » . Hughe McLennand (!), —l’excité écrivain anglo qui avait sorti sa carabine sur sa galerie des « Cantons de l’est », tout apeuré par la « Crise d’octobre »— était dans les patates en créant cette connerie. Il n’y a pas, mais pas du tout, « deux solitudes » ici. Il y a deux nations, deux langues. Collard vantait les mérites de Peter Gzowski qui vient de passer l’arme à gauche (çâ me rire cette expression) et répétait qu’on n’enbrevenait pas de découvrir que les Québécois ignoraient ce reporter-vedette de la CiBiCi. La belle affaire ! C’est tout à fait normal. Qui, chez les Canadians, connaît nos grands reporters ? Personne. C’est cela deux « nations », pas deux solitudes… de mes deux fesses !
Dans notre pays, plein des nôtres qui lisent The Gazette, Globe and Mail, écoutent la CiBici….ce sont des colonisés. Des cocus contents. Ils souffrent de racisme. D’un racisme inverti. Écoutez-les parler. Cela veut dire que les autres, à ses yeux, sont tous parfaits et les nôtres, tous des crétins et des incapables, le raciste inverti méprise qui il est et qui nous sommes. C’ est un raciste. Inverti. L’intolérance, la xénophobie, haïssables sentiments, le concernent. Son racisme, son intolérance est toute tournée contre les siens. C’et un malade. Gravement.
Ce matin, bang ! Surprise à la radio !!! Un bonhomme d’ici, en anglais, en voyage en Angleterre, déclare que pour aider mieux le réseau français de Radio-Canada (on n’est que 2% en Amérique du nord, donc menacés davantage ), il n’y aurait —tenez-vous bien— qu’ à fermer la CiBiCi.
En effet, les Canadians ignorent Radio-Canada alias Canadian Broadcasting. C’est un fait patent. Ils regardent la télé, écoutent la radsio des amerloques (les cousins riches).
Les Canadians lisent les magazines USA, n’estiment vraiment que les produits made in USA. C’est une sorte de colonie niaise. Seuls quelques intellectuels et écrivains « canadians » subventionnés, estiment le Canada anglais. Ils se méfient, mais trop tard, de l’assimilation —galopante déjà— étatsunienne.
Le gros des populations —avec les émigrants rêveurs d’USA— s’en sacre. Ils sont déjà étatsunien et jusqu’ à l’os. C’est une vérité tue. C’est une réalité incontournable qui choque, qui enrage les profs d’université à Toronto, à Vancouver comme à Halifax. C’est un fait très têtu qu’on le veuille ou non.,
Or CiBici suce les deux tiers de l’argent public (normal quota) pour radio et télé publiques…. Avec, au contraire des Québécois, presque personne à son écoute. En effet, fermons la ruineuse CiBiCi déserte. Ils sont 250 millions au sud ! Fatale attraction ? Oui. Si La France (55 millions) avec ses fabuleuses ressources, si Paris se situait là où est New-York… verrait-on le même phénomène ? Sans doute que oui. On dirait : faut fermer Rdio-Canada personne ou presque regarde !
Si je n’avais pas mon journal J.N., ici, j’enverrais une lettre ouverte là-dessus (« Fermons vite la CiBicI ! »). Au Journal de Montréal, au Devoir, à La Presse —comme on le faisait depuis septembre dernier— on jetterait ma lettre au panier ! J’ai un lectorat, ici, de 200 personnes, me dit l’organisateur de ce site. Je compte sur ces lecteurs rares pour répandre l’idée : « Faut fermer la CiBiCi, ruineuse, inutile, vaine, verser ces fonds gaspillés au vaillant réseau français ! »
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Dimanche soir dernier, étonné d’abord d’entendre la fameuse Jeanne Moreau —qui incarne las Duras dans un film récent— affirmant : « Il faut être fou pour écrire. Marguerite Duras l’était. » Faut être fou ? Hum…Ensuite, elle dit : « L’écrivain n’est qu’un dévoreur de tout ce qui l’environne. Duras dévorait tout autour d’elle. » ». Eh b’en ! Elle ajoutera : « C’est un métier de solitude totale, écrire. Nous, les acteurs, on a toujours du monde autour, d’autres acteurs, notre réalisateur, ses assistants, des techniciens qui nous regardent travailler. L’écrivain, lui, est tout seul, Duras était seule. »
Fou et dévoreur et solitaire ? Mais non, Jeanne Moreau, non, il y a une sorte de formidable solidarité —l’ouvrage publié— entre liseurs et auteurs ! Allons, ce n’est pas fou de vouloir écrire, c’est sain, très sain. Dévoreur ?…là, oui, inévitablement puisque rien ne naît de rien. Pourquoi pas observateur au leu de dévoreur ?
Je suis e n train —ayant mis pas loin ce « Parfum de cèdre » de Mac Donald— de lire « Le liseur » qu’Aile a acheté hier chez Renaud-Bray, Avenue du Parc. Que « 9 tomates » chez Folio. Un collégien happé par l’amour très génital (à cet âge),séduit par une belle et vieille (30 ans !) conductrice de « transport en commun » …qui se retrouvera dans un procès —post-guerre de 1945— de gardiennes de camp de concentration…eh oui ! Oh ! Bien mené. Fameux. Je l’achève avec déplaisir, je voudrais que cela dure. J’en reparlerai donc sous peu. J’ai terminé, avant-hier, la biographie de Bernard Landry par Vastel. Ce dernier a une manière abrupte de narrer. Ses liens sont mal tissés. Il n’est pas un littéraire et cela fait que sa rédaction reste…disons, comme en a-plat. En revanche, s’il m’énerve, il me comble par sa recherche solide. Il a bien fait son job de biographe, avec rencontres diverses, —parents, amis, voisins, ex-collégiens, anciens chefs politiques, adversaires même. Terminé, on a une bonne idée du personnage public. Que de luttes souterraines, que de temps passé en caucus, en bagarres, en réunions niaises, —avec la cohorte des malheurs domestiques, familiaux, fils drogué en danger, etc. qui s’ensuit forcément— que de vie gaspillée en manigances politiciennes imbéciles.
Oh les calculs qu’il faut faire pour monter, pour combattre. Pour tenir. Pour réunir. Il y faut une âme de militant paroissial et aussi d’idéaliste entêté. certes…bien souvent, sordides batailles coulissières, perpétuelles, pour émerger sans cesse, se reprendre, s’excuser, réparer les bourdes, consoler les blessés, chasser les comploteurs… que de trivialités stupides. Un métier ingrat, impossible.
On sort de cette lecture de Vastel —qui sait la musique par cœur, y rôdant depuis si longtemps et on est en confiance — partagé : est-ce qu’il faut être un saint ou un imbécile pour accepter ce fatras infâme, ces combines obligatoires, ces longues veillées avec, parfois, de fieffés imbéciles qui ne cherchent qu’ à se donner du lustre. Je ne sais pas. Je ne sais plus. C’est fascinant et triste à la fois.
Le pouvoir est une corruption totale et il faut arriver à l’obtenir par les plus vils moyens à l’occasion mais s’en sortir comme lavé. Un art difficile, on l’admettra. Comment donc y parvenir ? Par des gestes uniques. Une vue forte. Un but grave .De Gaulle comme Mitterrand, Churchill comme Kennedy, tous, ils firent de sombres magouilles un jour ou l’autre et ils réussirent à émerger en…grands personnages. Quoi ? Ce misérable tas de petits secrets (éventés souvent dans la bio de Vastel) dont parlait Malraux. Sais pas.
Et le livre de Michel Vastel sur la vie de Landry m’a servi d’aide-mémoire des temps récents, cela du RIN de 1960 ou putsch —de Gérald Godin, poète et député— anti-P.-M. Johnson… C’est excitant, on oublie si vite l’histoire qui est en train de se faire. Hier, aujourd’hui, demain.
Allons voir si l’école des jeunes chefs a bien fait se devoirs du jour…J’ai faim.

Le mardi 29 janvier 2002

Le mardi 29 janvier 2002
1-
Je rentre avec Aille au chalet de St. Ad. Faisons un arrêt à l’école des chefs…Que du pain et des gâteaux aujourd’hui ! E ! Aile, pas folle pourtant des sucreries et des desserts s’empare d’un beau gâteau, « oh, un « Brest » me dit-elle, c’est délicieux ! » Hâte d’y goûter tantôt après souper. Ce matin, mardi, Foglia épingle une maîtresse d’école qui ignore l’orthographe. Deux F ? Bon, bon. En auto, tantôt, je dis à Aile, une forte en français : « Orthographe, un f ou deux f? » elle sait plus trop, me dit je vais ouvrir le dico en arrivant. Moi aussi, je ne sais plus et n’ai pas encore paginer (avant de J.N.) mon « tit » Robert.
C’ est pour dire. Des parents offusqués bavassent donc à Foglia : « Notre pauvre trésor… sa maîtresse est une ignare en orthograhe, hon ! » Et lui y va de sa descente en flammes. Je me suis dis : j’ai connu des maîtres d ‘école, très fort en ortho et nuls comme profs. Pas de pédagogie, pas de psychologie, ennuyeux, si ternes, incapasble de tenir la classe, de la rendre vivante, etc. etc.
On me voit venmr : si cette maîtresse « nulle » face au petit bolé élevé par des bolés est peut-être..peut-être une formidable animatrice, une fantastique pédagogue, une simple institutrice qui est bourrée de talent pur enseigner le programme. Hélas, elle n’ouvre pas son dico quand elle note l’élève, commet d’effarantes fautes, à juste titre, les parents savants s’en indignent.
Je pense bien qu’on a pu constater mes faiblesses en ce domaine. Cela date d’il y a très longtemps. On ne se refait pas. Je connais des auteurs très solides en la matière mais qui n’ont aucun don sérieux pour savoir bien raconter une histoire écrite. Rendu en livre, ça ne se verra pas trop, Dieu merci, il y a des correcteurs et des réviseurs pour nettoyer le scorie du manuscrit.
On voit le rapport ?
Moi et la « tite » maîtresse de première année on se ressemble :trop paresseux pour ouvrir le dico et ça n’est pas bien. 2-
Aujourd’hui comme hier, ciel gris. Temps pas trop froid mais…endormant. Cette grisaille m’assomme… mais je suis un héliotrope malade, moi. En ville hier en fin d’après-midi, pour les frisettes d’Aile. Jolie avec sa coupe…moutonnière. J’aime. Cet après-midi, devoir rencontrer des gens, chez ADP-Sogides, dans Pointe-Saint-Charles, au bord du canal Lachine, pour leur vanter mon prochain livre (!) partant pour l’imprimerie. Ce monde de distributeurs est en contact avec les libraires et peuvent collaborer aux « commandes » de strocks. Ils veulent voir « la « bête », s’informer du contenu du prochain livre. J’ai donc jouer volontiers l’homme-sandwich, le commis-voyageur. Mon livre est bon, il est fort , c’est un vrai manifeste, c’est un terrible pamphlet et. Etc. Ils m’écoutent en souriant. Le poète Desroches y est aussi car il voit à la maquette, la typo, etc. des éditons Trois-Pistoles. Il m’a dit qu’il rédigerait en deux tomes de 400 pages la mouture romanesque du téléroman populaire de TVA : « Le retour ».
Il faut bien manger. Il a pas l’air ennuyé mais plutôt amusé de ce travail de commande, « alimentaire » comme on dit. Environnement industriel un peu effrayant sur cette rue Saint-Patrick. Certes des usines se changent en blocs à condos mais…Hum…Il faudra planter beaucoup d ‘arbres. ADP est installé dans l’ex-« Northern Electric Company ». Briques rouges habituelles partout. En croisant la rue Ropery, j’ai salué en pensée la maison natale (je la voyais bien) de ma chère Germaine qui y est née en 1899.
Aile m’accompagnait, ainsi (un rendez-vous à trois) elle a pu déjeuner ave une amie, ex-réalisatrice à la SRC comme elle, Lis.C. Ai commandé des côtes de bœuf levées. Mium ! Mon régal. Lise, des moules, Aile, elle, un rossbiff. Bonne vieille taverne-brasserie « chez Magnan ». Rencontre du Président des Médecins : le doc Lamontagne, connu aux micros de CJMS quand il y jouait le conseiller populaire. Un voisin de table, la cinquantaine, me demande une « dédicace sur nappe ». Je m’exécute. Son compagnon, dans la trentaine, répond « Non ! » quand le premier le questionne : « tu reconnais ce monsieur écrivain, oui ? »
Un vieux serveur me jase un brin. Il aimait tant « La petite parie », me confie-t-il. Quand je lui dis l’avoir déjà vu chez Magnan, il me dit : « Ca fait 35 ans que je mange ici ! » Je le regarde fonctionner, c’est un jeu de mains (et de pieds aussi) impeccable. Virevolte bien faite ! L’expérience d’un métier fait cela.
Quand je reviens chez Magnan après mon numéro de « vendeur » chez ADP, les deux femmes sont plongées dans des cofidences et sur les réalisatrices retraitées et sur les plus jeunes aux prises avec l’effrayante chute du réseau français de la CBC. Tout se fait, là comme ailleurs, par les compagnie privées désormais. Monsieur Gourd, patron là, vient de laisser entendre (Las presse) qu’il est rare que ces producteurs privés mettent l’argent public reçu en aide aux écrans. J’ai sursauté de cette rare franchise chez un « boss » du réseau public ! Qui entérinait ainsi les graves accusations d’une Fabienne Larouche il y a deux ou trois ans. Ce matin, Louise Cousineau publie : « On a bondi. On a téléphoné. M. Gourd ne veut pas commenter. Refuse de nous parler. » Gaston la gaffe ou franc un moment et le regrettant ? Et il joint le vaste, très vaste, club des « mal cités ». Hum !
3-
Dimanche soir : revoir Claude Gauthier chez Suzanne Lévesque à T.Q. Bon spectacle. Revoir des « revenants », chansonniers « décotés », merveilleux pleins d’allant et d’un entrain sincère.
À « Campus », qui succède à « Bouillon de culture » de Pivot, moins d’énervement, plus de calme enfin. Deux romanciers, face à des logues et des philosophes (dont Gluckmann) affirment clairement : « Il n’y a, au fond, que le roman pour bien raconter le réel.
Le Gkuckmann est d’accord et il vient de publier un livre en rapport —« Dostoievsky- Manhattan »— avec la brutalité. kamikazienne du 11 septembre en se reférant à des romanciers : Flaubert, Tchékov et surtout Dostoievsky. Merveilleux d’entendre cela. Stéphane Denis avec son « Sisters » compose un roman de deux soeurs ambitieuses, sosies des deux sœurs connues qui tournèrent autour de la célébrité dont l’épouse de j.-F. Kennedy.
Il dira : « C’est une tragédie grecque parfaite ! » que ces histoires politiques. J’avais pensé cela en lisant sur l’armateur grec célèbre qui fut « l’autre mari » de cette Jacqueline Bouvet. Absolument une tragédie grecque… que je voulais rédiger…et puis un projet chasse l’autre.
Gluckmann, soudain, dit que la CIA a juste le grand tort d’être inculte, de ne pas lire Dostoievsky, d’ainsi ne jamais pouvoir détecter, imaginer, deviner un 11 septembre, de prévoir un Manhattan bombardé. OH ! J’ai songé à ce film « Trois jours du Condor », excellent thriller, où l’on voyait des agents de cette CIA payés pour lire. Oui. Des polars ! Tenter ainsi de découvrir des idées de complots sophistiqués (avec Robert Redford), l’auteur du roman et du scénario accordait ainsi trop de crédit à cette CIA si moqué depuis l’échec effroyable du 11.
On a vu à ce Campus, Philippe Djian, avec son « Ardoise » sous le bras; lui aussi, y alla de sa conviction que tout reste mieux dit, mieux illustré, mieux dénoncé aussi, dans un roman. Eh b’en, mes amis, le romancier, ici, s’en gonfle le torse, on me comprendra.
À propos de ce Djian, impossible pour moi d’oublier une journée d’août 1986 à mon talk show de TQS, « Claude, Albert et les autres » —je débutais vraiment— le Djian m’avait tenue la dragée haute, refusant de dialoguer, boudeur rentré, bougon fermé, distant, froid comme banquise …altier comme un coq de race. Il venait de voir son succès pour « 37 et demi le matin » confirmé par un film à succès fait à partir de son roman. Mauvais souvenir.
À ce « Campus » de dimanche soir, Djian avait gardé son air de pontife sauvage, de grognon embarré comme une huître. On aurait dit le poète et dramaturge Claude Gauvreau quand il boudait la presse, un sosie.
Enfin on parla d’une morte, Duras. L’actrice Moreau la joue dans un film qui sdort à Paris , film fait à partir du livre-confession de son élève-jeunot-soupirant Yann Andréa, celui qui passa de l’admirateur confit en co-locataire à cette belle plage Trouville (visitée avec Aile en 1981)où se terrait la drôle de dame, aussi cinéaste à ses heures, voguant d’échec en échec. Soudain Guillaume Durand, l’animateur sympasthique et habile de « Campus », à bon droit, ose : « Mais pour la sexualité…, le film n’en dit rien, là, il y avait une bizarrerie, non ? » Oh boy ! Malaise en studio , la caméra sait plus où se mettre, le preneur de son doit aller se cacher…Silence compact du questionné, un expert en la dame pourtant.
Pudeur niaise, non ? J’avais lu ce Andréa et en effet, il y avait un verbiage, une baratin para-littéraire qui tentait de cacher la vérité. Jeanne Moreau, elle aussi, se drapa dans un silence louche sur la question légitime, normale. Mon Dieu, pourquoi ce tabou ?
Ah oui, de la télé parfaite pour ceux qui se passionnent de littérature. Exemple : Dominique Noguez qui déclare qu’i y a un silence louche sur l’origine du mal, de la folie génocidaire, l’horrible bombardement sur le Japon, commis par Truman aux USA. Ces bombes atomiques sur des centaines de milliers de civils en 1945. Le Gluckmann répond aussitôt : « Non, faux, Hiroshima n’est la source du mal. Il y avait eu Guernica, vous semblez l’oublier ! » Plouc ! Silence embarrassé du Noguez. Je veux juste dire que ces combats d’intelligences déployées sont excitants et qu’ici on en a jamais, maudite marde ! Cela m’enrage tant !

Le samedi 23 février2002

Le samedi 23 février2002
1-
« Pourvou qué ça doure… » disait la mère corse et corsée à son petit garçon, devenant célèbre, Napoléon…Ce soleil, quelle belle lumière hivernal ! Marche autour du Rond. Le samedi est toujours plein de visiteurs sur les pistes. Coloris jolis ! Des enfants hauts comme trois pommes dévalent les cotes. Monde nouveau. Jamais de petits enfants jadis à ski. Jamais.
Hier soir, rangée « A » — ainsi tu peux tenter d’enfarger les comédiens…chez Duceppe. Depuis que Aile a divulgué ma demi-surdité à ce théâtre, on nous installe « bien en face » des acteurs. Obligation de tourner sans cesse la tête quand ça se promène de Cour à Jardin. Pas de vision globale ! Eh ! Ce « Après la pluie » de l’Espagnol Sergi Belbel offre de très fameuses répliques. Les moments de colère sont transformés en « joual » avec sacres, jurons, grossièretés d’icitte…et un peu de Paris. Un mélange ! Traduction de Préau (France), retouchée sans doute par Michel Nadeau le metteur en scène (aussi dramaturge à ses heures) , fort efficace en fin de compte.
La trame : une poignée d’employés d une puissante compagnie (affaires sociales, assurances, valeurs mobilières?) grimpent sur le toit de leur immeuble pour…fumer. C’est interdit partout. En une série de tableaux, l’on raconte les ambitions, les querelles, les déceptions et aussi les affaires intimes de ces fumeurs ! Un récit prend forme peu à peu. Hélas cela force à faire des « Noirs » (trop longs souvent) entre chaque bref tableau. Cela tue le rythme. Nadeau aurait mieux fait de créer deux zones de jeu. Au moins. En somme, un spectacle avec des pics. Une sorte de passacaille et à la fin, la réunion des sept ou huit protagonistes formant des unions romantiques. Fin heureuse un peu cavalière ! Certains troupiers, inconnus ici, font voir de l’amateurisme (ils travailent rarement à Québec )mais aussi une sorte d’énergie merveilleuse : Marie-Josée Bastien, Charbonneau, Loraine Côté, Danielle Lépine, Makdissi-Warren.
Pour une fois, pas d’ovation debout (ridicule si souvent) à la fin. Je fus le seul à lancer des « bravos » tant j’avais appércié cette preuve collective de talents (en friche) qui avait fait voir tant d’excellente énergie scénique.
2-
Jeudi soir à RDI, avec Maisonneuve, entretien avec le cinéaste Labrecque qui offre son film sur le RIN et mon Bourgault tribun surdoué et efficace de premières années de lutte pour l’indépendance. Soudain il affirme que René Lévesque était vaniteux, refusant son aide (ce qui est vrai) se voulant seul militant-chef, ne parlant pas une seule fois des autres, pas un mot sur nos Patriotes de 1837, souhaitant même « sans doute » disait Bourgault, que son parti meurt avec lui. Oh !
Le merveilleux « preacher » patriotique de cette époque semble ne pas avoir pardonné le rejet « viscéral » de Lévesque. « Un mystère », dit-il. En effet ! C’est là qu’il a tout de même sorti son explication : « un leader incapable d’en supporter aucun autre dans ses parages ! » Hâte de voir ce « RIN » à la télé, tel que promis. Je fus le premier écrivain à monter sur les hustings de ce RIN en 1961. Aquin y viendra ensuite. Tous les autres ? Trop « chieux » ! Il en allait de risquer « bourses, subventions, voyages payés », n’est-ce pas ? Tant d’autres écrivains : des « fédérats », sauve Roch Carrier; aujourd’hui sauce René-Daniel Dubois. Mon jeune David (né en 1982) sans cesse : « C’est qui ça le gars aux lunettes ? Et le barbu, c’est qui celui-là ? » Il prouvait l’utilité du film documentaire de Labrecque « RIN ».
Vendredi après-midi, réception pour mes lunettes neuves. Sans monture. Que des vitre. Ça pèse un gramme, une aile (!) d’oiseau, une plume ! Je les aime. Fini mon « truck » à monture !
3-
Vu aussi le film document sur nos allophones et autres sortes d’émigrants. L’auteur, Parenteau, un ex-concurrent de « La course autour du monde », chroniqueur (où il lit bien mal, hélas, des textes souvent solides) des samedis matins chez Le Bigot (cet ex-piqueur de « fiole » comparé à Gagliano par l’ex –ministre Libéral déchu Picotte !), aussi « débater » humoristique à « L’aparté », un café d’iconoclastes, a raté son film.
C’est encore du saucisson. L’odieuse mode du « zapping ». La pensée zappée sans cesse ! L’horreur. Jamais d’élaboration. On coupe pour faire vivant, faire faux « souingne », le rythme ce n’est pas du tout cela,
Mais on méprise le public avec cette mode niaise de couper sans arrêt, de mettre en miettes chaque intervention. C’est frustrant. Au bout du compte tout devient charabia, galimatias, embrouillamini. Il n’en reste rien au bout du documentaire. On se dit, avec mépris insensé : « plus de trente secondes et les gens vont partir ailleurs. »
Démagogique écoeuranterie. Il y avait encore bien plus grave, une imposture, une fumisterie. Le mensonge habituel. Tous les invités de son film se débrouillaient fort bien en français. Le beau mensonge. Ainsi, les innoccents disent : pourquoi la méfiance face aux « ethniques », façon Parizeau ? Vous avez bnien vu ? Tous, ils s’intègrent à nous, c’est fantastique non ? »
La réalité est tout autre : la plupart des nouveaux-venus et la masse des anglos d’ ici se foutent du français. Leurs chefs (subventionnés par le fédéral) militent pour rogner, ronger à l’os, abattre un jour la Loi 101. Font appel aux juges de la chère « Supreme Court » . Dans Darcy McGee on a voté à 95 % contre une patrie pour la nation. Pire, dans Côte Saint-Luc, ce sera 100% de vote négatif. Un vote, non pas « ethnique »monsieur Parizeau, mais « raciste ». N’ayons pas peur des mots. Des masses d’ anglos, nés ici, ne parlent pas français ! Racisme !
Le bon-ententisme fallacieux et trompeur des Parenteau (un jeune pourtant et déjà si imposteur !) fait l’affaire (les affaires comme dans good business) ) des bénis-oui-oui en poste qui financent cette sorte de projet-fumiste, les distribuent volontiers, les diffusent avec plaisir.
Quelle honte d’oser tromper le public de cette manière hypocrite. Moi,. Tout le monde, connaît une douzaine d’intelligents nouveaux venus (d’anglos aussi) qui ont su s’intégrer, vous, moi, tout le monde pourrait donc monter un film de cette menteuse façon. Ces tripoteurs zélés des réalités sont des manipulateurs. Monique Simard (en quête de subventions ?) est l’une des deux producteurs de cette farce, elle, une péquiste officiel ! Mon jeune David, jeudi soir, écoutait mes cris de révolte et riait. « Papi, t’es fâché noir là ! » Oui, je l’étais. Il étudie à Concordia et me révèle que j’ai tout à fait raison. Il le sait. Il le voit. Il le constate. Il fréquente chaque jour des tas de jeunes émigrants de diverses nationalités à son université.
Mon épée me démangeait ! Croyez-vous que, disons, La Presse aurait publier ma diatribe ? Non. J’ai mon journal désormais, Dieu merci.
4-
Le bon film. Modeste. Avec l’extraordinaire Anthony Hopkins. Le titre : « Cœurs perdus en Atlantide » ( titre con). Aile ramenait au foyer cette cassette vidéo. Je le reverrais. Un gamin mal aimé, mère frivole, volage, un peu putain, qui diffame le père de son fils, et ce vieux pensionnaire mystérieux, méfiant —joué avec un talent merveilleux par Hopkins. C’est un sage mais au passé obscur, télépathe à ses heures, qui initie le gamin aux choses de la vie, de sa vie…menacée. Qui aime ce garçon comme un père (le père du gamin a été tué). Notre jeune hôte, Dabid, tout satisfait lui aussi par ce film. Ce qui ne l’empêche pas d’aller au frigo sans cesse. Diable, vraiment un ogre à cet âge, un ado !
Ce matin, montant ici, petit déjeuner dit « de l’ogre » au « Petit poucet » de Val David, route 117. Yum ! Yum ! Deux oeufs, bacon (que je donne à Aile ), patates , jambon, délicieuses fèves au lard et leur bon « pain de ménage », de l’excellente confiture aux fraises. Yum ! Je fais cela une fois par mois seulement !
Après la promenade de santé, nos deux chaises à coussins sur la galerie. Lecture des « canards » épais du samedi. Le bonheur ! On se croirait en fin de mars, ma foi du bon yeu !
David a bien rigolé : il devait étudier Pol Morin, ce poète d’antan.
Ayant connu le personnage (décédé en 1964), ne me privant pas de le moquer, lui l’académique poète du « Paon d’émail » et sa canne de luxe, ses guêtres de gentleman (fils de grande famille, il allait au Collège Sainte-Marie à cheval), mon petit-fils se tenait les cotes en m’entendant ridiculiser ce conservateur nostalgique, ce grand épris de la Grèce antique, ce doux fou de mythologie gréco-romaine, cet aristo pondeur de poèmes à l’ancienne jisqu’à la fin des année 1950.
Or, je me secoue et je finis par lui avoier une certaine admoirayion. Cetrs le bonhomme mOrtin était retardé dans son lyrisme classiwue mais il n,En restaitbpas ,oins un valeureux personnage. Alors je vante sa culture à mon David et je lui dis qu’il avait ses mérites. Bref, j’ai craint de faire un portrait injuste et facile de ces bizarres « résistants » de cette époque, de ces malheureux passéistes qui se désolaient tant de nos temps modernes. Après tout, nos jeunes agressifs avant-gardistes n’ont pas tous mis au monde des œuvres si solides !
Comme ils aiment rire, ricaner, se moquer, ces jeunes gens. Nous étions ainsi à cet âge ? Je crois que oui.
5-
Mon grand plaisir. Michel Biron matraque —in « Le Devoir » de ce samedi matin— un livre de Marc Fisher. Biron parle d’un « faiseur de recettes » pour exciter les apprentis auteurs, les aspirants écrivains candides en mal de « formules magiques » pour pondre un best seller. Fisher en a pondu un jadis : « Le millionnaire ». Il n’en est pas revenu et se répand depuis en « cuisinier » expert. Je le matraque aussi dans ce « Écrire » qui va sortir des presses de l’éditeur de Trois-Pistoles bientôt.
Ce même Biron qui me rend si content m’a enragé il y a quelques mois en publiant que Ferron, Thériault et moi, étions des écrivains mineurs. Le quotidien de la rue de Bleury n’avait pas publié ma réplique. L’habitude maintenant…
Hélas, Denise Bombardier comme M.-F. Bazzo gaspillent de l’espace aujourd’hui. Deux chroniques… plates ! Ah si j’avais la chance d’avoir mon petit espace, il me semble que je prendrais un plus grand soin de ne pas ennuyer le lectorat…On dit ça, hein ?
À force de chroniquer…je me souviens du temps de mon bloc-notes quotidien au « Journal de Montréal », je me relisais parfois et je me disais : « ouaille, pas fort ce matin, le bonhomme, faut te fouetter ! »
Bill Clinton est venu jaser Place des Arts :on dit 200,00$ ou 100,000$ pour la causerie. Bigre ! 45 minutes de causette et le fric en gros ! Plus d’un demi-million pour la machine caritative concernée (hôpital je crois). Eh ! Un ancien président des UA, c’est pas Jos Bleau ! Bien chanceux. Entre 100,000$ et 200$ —…le cachet de l’UNEQ pour une jasette d’écrivain québécois dans écoles ou collèges— il y a une sacrée marge, pensez-pas ? Bon, à la prochaine invitation, je demanderai 1000$… non, c’est trop, disons 500$. On verra bien la réaction ! Pauvres de nous
6-
J’y pense : ce Bouchard qui racontait René Lévesque l’autre matin, pas un mot sur un fait prouvé. C’est le conflit de travail à Radio-Canada qui a mis Lévesque sur la politique. Voyant Ottawa de glace, incapable, pire complètement indifférent face à cette grève du réseau français de la SRC, des francophones « du pays lointain », le Québec, Lévesque éclatait un jour. Il fit un fameux discours anti-Ottawa. Fit un « édito » célèbre à la radio, aux journaux. Il parla « du soleil qui ne brillepas également selon les communautés en cause. « Il déclara que « la grève, au réseau anglais, à Toronto, se serait réglée en deux semaines au maximum ». C’est à ce moment (janvier 1958) que le fameux reporter apolotique et plutôt anti-nationaliste (à cause de Duplessis) se muait en homme politicien, en tribun farouche. Deux mois plus tard, trois ?, il était en campagne avec Lesage pour battre le duplessisme ! Est-ce que ce fait gêne les Bouchard venus de Radio-Canada ?
J’y songe : Aile et David. Elle me dit : »je vois que c’est un garçon sérieux, foncièrement bon, bien élévé, mais quelle candeur et quelle naïveté ! « Je ne sais que dire. Certes, à cet âge…Bon, David plus innocent que d’autres ? Est-ce bon ? Plus entier, plus naïf même ? Ça se peut. Il y a qu’il a un tempérament de « victorieux « . N’est-ce pas le lot commun des ados ? Comment savoir. Ne peux pas comparer vraiment. Cette sorte de sûreté de soi….. Qui engendre des sentences parfois définitives. Je ne cesse pas de le corriger avec chaleur. De lui faire admettre que tout n’est ni tout noir, ni tout blanc. Lourde tâche pour ses parents, pour moi, pour tous…Comment amener ces jeunesses à bien discerner les nuances ? Pas facile. J’ai confiance en lui. Je suis comme lui, trop confiant ? Ça se peut.

Le jeudi 10 janvier 2002

Le jeudi 10 janvier 2002
1-
Hier, un mercredi (sans J.N.) avec problèmes sur ma vieille machine « Mac ». Oh la la ! Arrivais pas à expédier des J.N., celui du 7 ou du 8 janvier ! Des appels SOS à Daniel et Marco, le fils et le gendre, si habiles, eux, en « ordinations ». Et Aile chez le toubib et à Notre-Dame… « Rien de grave », dit-elle à son retour d’hôpital où elle a croisé un Michel Chartrand, tout sage, en ligne avec tout le monde dans un couloir. On ramasse les victuailles et on remonte à Ste. Ad. Bouffe au St-Hubert « barbàqueue ». La bonne soupe poulet-riz…yum !
Vu le « Bureau-au-si-beau-bureau », « Le Point », avec un monsieur Roy, spécialiste de l’Islam. Conversation éclairante. Clichés « musulmans » mis aux vidanges un après l’autre. Au matin, « in » Le Dev., lu ce Patrick Declerc, un savant psychanalyste ex-Canadien vivant à Paris —longtemps— parmi, oui, au milieu les SDF, itinérants. Encore le cassage des stéréotypes. Parfait ! Je viens de retrouver ce bonhomme dans un article du dernier « Nouvel Obs » acheté au dépanneur sous Le Manoir. P.D. dit : « des fous volontaires. Oui. Une folie. » Il publie un livre sur la question. J’y reviendrai. Il dit que les clochards (clochardes) refusent toute forme de vie sociétale. Leur libre choix. Comme on est loin des sincères (!) démagogues (maire Tremblay et Cie) qui veulent absolument les encadrer, les ramener…à nous !
2-
Ma « voisine » d’en face, de biais si vous voulez, Chemin Bates, est la femme de mon fils. Lynn travaille comme relationniste pour les publications de Quebecor. Quand je ramène j. et c. au Phénix, je passe souvent la saluer. Mardi matin, elle est de belle humeur. On pique une jasette. Elle craint un déménagement. Projet de regroupement à la Maison mère, rue Saint-Jacques, en face de la Tour de la Bourse. Elle dit : « ce sera le métro obligatoire alors, pas de place pour stationner dans ce bas de la ville ! »
Son boss », Simard, n’était pas à son bureau, voisin de celui de Lynn. Ce Simard fut mon éditeur, le monde est donc petit, pour un conte-jeunesse :« Partir à l’aventure, loin… » et de deux autres livres : « Un été trop court », journal d’une saison (l’été de 1994) et un essai sur le mode « fantasy », l’horreur : « La nuit, tous les singes sont gris. »
J’avais cru, candidement, vu leur puissante machine concentrationnaire, à des moyens publicitaires énormes ! Mais non…rien ou pas grand chose en promotion dans leurs revues, journaux etc. Chaque « cabane » de Péladeau tient à garder sa liberté, n’est-ce pas, cela devient l’envers du « productif », les dirigeants se méfient même de leurs produits annexes ! Et puis, on le sait : la familiarité engendre du mépris ! Résultat pour mes trois publications ? « Mévente ». On a mis en charpie mes livres. Je m’envolai alors chez un autre voisin, rue Ducharme, Jacques Lanctôt.
3-
Attendant Aile à ses tests médicaux, j’ai visionné cette Biographie du Canal D : « Claude jasmin, touche à tout », un jack-of-all- trade » ? Je revois mon fils affirmant que… « Mon père ne m’épanche pas facilement, il se garde bien de se confier en profondeur… » Je reste songeur !
L’image que l’on projette sur autrui, sur ses enfants même, est en dehors de votre contrôle.
Il est vrai que j’ai une sorte de curieuse pudeur…surtout envers mes descendants. La crainte de les charger du poids de mes…anxiétés ? Peut-être. Je me suis souvenu d’un vague camarade d’Aile à la SRC, qui, subitement, nous confiait ses problèmes intimes : divorce, délicat partage…etc. Je l’avais vite interrompu à la grande stupeur d’Aile. Explication exigée après son départ : « Bien…Je craignais qu’il regrette, après ses confidences, de s’être livré trop crûment. » Eh oui ! Folie ? Je ne sais trop.
4-
Ce mardi soir, le restau encore. Ma chère « Moulerie », (sauce roquefort ou sauce indienne, miam !) rue Bernard. Rencontre d’une comédienne, madame Martineau, qui « tient salon » à Outremont ! Littérature, musique, chant, poésie etc. Elle me remercie de l’avoir installée dans le livre « Outremont » , l’an dernier. Me menace d’une invitation à son « salon ». Brrr… Je n’ai rien d’un salonnard, moi !
Jeune, l’insulte courante pour tous ces redresseurs de jeunes personnalités en friche, nous : « Maudit achalant, pas de morale hein ! » ou « Fais pas ton moraliste, okay ? » Nous confondions deux mots : moraliste et moralisateur. Il arrive qu’on me fasse le fameux reproche. Eh bien oui, je suis moraliste et très fier de l’être. Ça fait enrager tous ce monde libertaire, désaxé, mou, flou, pour qui , il n’y a de bon que « liberté à gogo ! » Deux grand auteurs, d’une nature pédéraste pourtant, étaient des moralistes solides, André Gide et Henri de Montherlant. Ils avaient leur échelle de valeurs, des critères, des balises. S’il faut haïr les moralisateurs qui se répandent en interdictions futiles, qui ont davantage de peurs idiotes que des valeurs essentielles, il faut soutenir les moralistes.
Je parle de cela car j’ai envoyé encore des messages à mes jeunes mousquetaires, les cinq petits-fils. Je ne cesse de leur recommander « l’estime de soi ». Quand on a de l’estime pour soi on se conduit bien. Les dérives de tant de jeunes viennent, à mon avis, de ce bafouement de soi-même. Je dis à ces adolescents :
« Vous êtes uniques. Vraiment des êtres uniques. Comme tout le monde certes mais trop de monde l’oublie etc c’est alors le glissement vers des modes néfastes, ils deviennent des suiveurs en chutes funestes, drogue etc. Jeune je m’aimais, je m’aime, et je me suis conduit comme quelqu’un qui s’aime, qui croit en lui. J’ai toujours fui à toute vitesse, d’instinct, les « essais » niais juste pour être à la mode, porno, échangisme, communes naïves,
alcools à satiété, expériences « juste pour voir ».
Vous devriez, lecteurs, voir la tête des jeunes quand, aux écoles, je dis : « Soyez différents, ne vous habillez pas tous de la même façon, fondez votre jeune personnalité hors des rangs, ayez le courage de ne pas être moutonnier, combattez ce « grégaire » si rassurant, évitez de vous fondre dans la masse ordinaire des écoliers. Oh oui, leurs têtes alors !
5-
Aile me chicane souvent. Parfois avec raison. Je suis d’un naturel salissant, sauvage, d’une « bohème » malcommode. Elle se fâche fort à l’occasion, en devient moins … Aile —ou ange— que démone. Une diablesse ! Et c’est les altercations comme dans tous les couples où l’on ne peut rouler sempiternellement en douceur. La diablesse, la satane en colère contre son « petit maudit cochon », en a comme des cornes sous sa jolie frange de cheveux, invisibles aux étrangers, un pied de bouc, de biche ?, hon ! un « crow bar »? La tempête passe, je fais des promesses : « ça ne se reproduira plus, je respecterai nappes, tapis, meubles… »
La tempête me fait me réfugier dans la lecture de cet « Été top court », cet été de 1994. J’écris pour moi ? Mas foi, oui, j’aime bien, après presque une décennie, revoir, revivre nos éphémérides. Calmée, Aile écoute, toute souriante, mon rapport des faits et gestes —et pensées— de notre couple voyageant au Saguenay cet été-là, puis nous dorant la peau en lisant au soleil d’août au bord de l’Atlantique du Maine, à Ogunquit. Je recommande à tout le monde de rédiger ainsi des calepins de mémoires. C’est fort divertissant à déchiffrer plus tard, il faut me croire, essayez. Quand je voudrai, je relirai, amusé, étonné parfois, le temps qui filait, de septembre 1987 à février 1988 (« Pour tout vous dire », chez Guérin) ou bien les jours qui passaient de mars 1988 à décembre de cette année-là (« Pour ne rien vous cacher », chez Leméac).
Dés 1984, un an après la mort tragique de la première épouse, bizarre, je publiais, chez Leméac, cinq romans policier. Cinq fois, l’assassin du polar était une femme ! Oui, curieux ! Un psy qui me lit dira-t-il : « Hum, c’est clair, tentative inconsciente de déculpabilisation ? » Eh !
6-
Ce matin, jeudi, ciel uniformément gris. Temps doux hier, mercredi à Montréal et encore aujourd’hui. Hier soir tombait une neige toute molle, fondante. Aile ravie de cet hiver qui ne vient pas vraiment. Cette vieille maison centenaire nous fait des factures en chauffage mirobolantes, époustouflantes…alors…
Actualités du matin : ce terminus où tournoyaient les tramways de ma jeunesse, rue de Fleurimont (disparue, rayée de la carte !) vaut dans les 20 millions de dollars ! Québec, l’acheteur, veut un méga hôpital. À quoi s’opposent certains dont un fameux gynécologue (celui d’Aile). Ce lieu était aussi proche de notre grande frayeur :L’École de réforme (devenu école de théâtre) . Menace de nos parents quand on cassait des carreaux : « on va vois faire renfermer à l’école de réforme ! ». Lieu aussi, plus tard, lieu de regroupement des manufactures de lingerie où mes sœurs ont sué, bossé, où des juifs hassidim —discrets, cachés—faisaient de l’argent; les ordres aux midinettes venant de petits-boss, de sous-patrons, les contremaîtresses honnies par mes sœurs. Pas loin encore, l’hôpital des enfants, Sainte-Justine (déménagée Côte Sainte-Catherine) où l’on m’opérait pour une appendicite à 13 ans, premier séjour hors foyer, éprouvant. Ce CHUM donc où virevolteront, au lieu des trams, des civières par centaines !
Le réalisateur Laforce, sur la piste du « Petit train du nord », nous en contait une bonne : un jour il fait la connaissance de l’acteur Gilles Renaud. Pas vraiment un inconnu ! Sa tante, « vieille fille » midinette, (c’est le lien de ce coq à l’âne !) assise à sa machine à coudre pendant vingt ans face à une autre « catherine-ouvrière » racontait en détails la vie de son cher neveu, le petit Laforce. Et vice-versa. Cette autre tante était celle de l’acteur Renaud ! À Rosemont, à la maison : tout se savait de l’un ou de l’autre sans, évidemment, qu’ils se connaissent !
Étonnant, quand, vieillis, le réalisateur et le comédien travaillèrent ensemble, ils savaient tout l’un de l’autre par ces commérages des deux « ma-tante », trente ans durant !
Cui, cui, cui, cette histoire, cocasse non ?, est finie !
7-
Plein de civières de nouveau dans les couloirs des « Urgences ». La ministre Harel passerait à la Santé, le Trudel, jugé « chancelant », dehors. Aïe ! Ce jeu (bien peu musical) de la chaise honteuse ! Quoi encore ? Le ministre Gagliano soupçonné de nouveau de favoritisme, d’ingérence grave. La farce. Le bon peuple n’est pas dupe et sait fort bien qu’en ces milieux politiques le favoritisme est florissant et cela depuis la nuit des temps, dans tous les échelons de tous les partis « politichiens » quand ils arrivent au pouvoir… ou qu’ils s’y maintiennent.
Qui croit-on étonner ? Allons, c’est connu comme « Barrabas dans la passion ». Un cas éclate au grand jour et voilà les graves « informateurs » patentés, hypocrites, qui crachent manchettes et commentaires, jouent les scandalisés. Combien de journalistes à bons contacts se font vite nommer relationnistes, chefs de cabinet, directeurs de bureau dès l’élection terminée ! Hen ? Oui, une farce. « Tu penses qu’on s’en aperçoit pas », chantait Vigneault ?
Mon Dieu, je me sens depuis ces J.N. comme en 1989 quand j’arrivais pour cinq ans, à la radio de CJMS, avec mon « débater » Arcand, pour gueuler sur les actualités. Je ramassais, découpais, empilait les nouvelles chaque jour. J’aimais ça ! J’aime encore ça et ça se voit hein ?
8-
Je lis des déclarations d’un ex-ministre de l’Éducation qui se fit mettre à la porte pour Jospin quand des foules descendirent dans la rue, contre sa réforme globale. Ce Allègre, à Paris, éclate : deux forces énormes bloquaient mon travail de rénovation :les bureaucrates du ministère en question et les bureaucrates des syndicats installés. Il aurait préféré sonder la population par référendum. Je dis à Aile pour illustrer la vérité d’Allègre : « Tu t’es présentée et tu as été élue, tu es ministre de la culture, mettons. Te voilà dans ton neuf bureau. Aussitôt, sous-ministres, directeurs de ceci et de cela, t’entourent. Eux, ils savent tout. Eux, ils sont informés des dossiers. Pas toi. Eux vont te dire quoi faire, quoi dire, comment manœuvrer, pas vrai ? Et toi, tu deviens quoi ? Tes projets, tes promesses, tes idées neuves , ton envie de changer les choses…Les « permanents », bien installés, inamovibles, vont t’expliquer le réel, comment on peut contourner leurs semblables, la hiérarchie syndicale bien bureaucratisée, elle aussi, qui déteste le moindre changement. Et tu te tairais ? Oui ou non ? À moins d’être forte, indépendante d’esprit en diable, fonceuse…
Aile réfléchit longuement.
9-
Enfant, il y avait deux abbés pédophiles dans Sainte-Cécile, l’un, aux petits garçons, l’abbé B., —le jeune frère d’un ami l’apprit à ses dépens— l’autre aux petites filles, l’abbé F. —une de mes sœurs dut le combattre. Des parents portaient plainte sur plainte chez le curé. C’est long mais ils finirent par partir. On parlait d’une « prison des prêtres » ! Je n’en revenais pas ! Dans le Nord ! Légende urbaine ? Rome vient de recommander, urbi et orbi, que l’on ramène les cas de pédophilie au Vatican. Quoi ? On a plus confiance aux évêques depuis le silence écœurant d’un évêque de France, qui a reçu une peine de prison pour son « cover-up » scandaleux. Voila qu’ici, nos évêques refusent cette loi… écrite en latin. Un code ? Apostat, hérésie ! Non, Rome s’incline : « Vrai que la justice chez vous est bien menée. » Envie de rire…en latin de servant de messe !
Appel de Trois-Pistoles tantôt : V.-L. B. Ne pas oublier mon dessin, la age manuscrite et trouver le titre définitif et envoyer copie avec espaces larges pour les corrections, etc. Le titre ? Ce sera : « ÉCRIRE POUR L’ARGENT ET LA GLOIRE. » Ça fait pas trop littéraire, hein ? Une provocation encore tit-Claude ? Non, jeune, naïf, je croyais vraiment devenir et riche et plein de gloire. J’y songe, n’étais-je pas « cocu » de Beaulieu ? Quand, la nuit souvent, il téléphonait ses longs tiraillements scripturaires pour « L’héritage » ou pour « Montréal P.Q. ». Des heures enlevées à ma compagne quand je l’attendais au lit ! Oui, il me « cocufiait » ma foi du bon yeu ! Aile rit quand je le lui ai dit cela tantôt.
Un soir d’été, on aperçoit le V.-L. B. , éthylique en ce temps-là, écrasé dans l’escalier de son chef et copain, Jean Salvy, rue Hutchison près de chez nous. On fit un détour, craignant une longue diatribe larmoyante. C’était son temps déraisonnable comme il est agréable désormais cde jaser avec l’auteur guéri.
10-
Brume dans le port de Yarmouth, un midi d’été, au bout de la en Nouvelle –Écosse. Aile et moi attendions le bateau pour nous rendre aux USA, à Bar Harbor. Ce matin, l’on parle de pêcheurs de ce port qui vendent aux amerloques complices, sans l’avouer au fisc maudit, des tonnes de homard. Hon ! Souvenir : traversée en bac donc et la pluie qui tombe. À Bas Harbor, aucun motel libre. Nous filons vers Bangor où je souhaite piquer une jase avec Stephen King —il y habite— que nous lisons souvent Aile et moi. Or, à Bangor deux autoroutes sont comme en parallèles et nous y tournons sans arriver à en sortir, malgré les échangeurs, les bretelles…Ah oui, l’horreur ! Oui, du Stephen King vécu dans cette la nuit orageuse. Cette épopée inusitée m’a toujours étonné ! On a fini, tard, trouvant une issue par hasard, par nous réfugier dans un motel, le lendemain, soleil et nous filions vers Mount-Desert voir le site de la grande Yourcenar. L’effrayant King ? Non, on en voulait plus, échaudé par la mésaventure de me plus pouvoir nous dégager des autoroutes emmêlées.
11-
Lire ou regarder ? Choix fait. Offre de seize (oui 16) épisodes de télé sur l’histoire complète des Britanniques. Non !Trop c’est trop. Esclavage ! La lecture, c’est mieux. Nous avons plus appris sur les pays d’Afrique « en chamailles » en lisant le formidable « Ébène » de Capuscinsky que de regarder seize émissions sur ce sujet. J’en suis sûr. Cependant il y a lecture et lecture : je tentais depuis deux jours de lire avec profit une sorte de manuel un brin scolaire sur la science. Merde ! Je me suis senti de nouveau ce collégien quand je ne pigeais rien en mathématiques. Pourtant pas un livre pour initiés ! Ce blocage me déçoit gravement. Aile au souper : : « T’en fais une tête ! Qu’est-ce t’as? Tu sembles abattu ! » Je lui raconte et ajoute : « Comment ont fait tes deux frères ? L’un si doué en chimie, l’autre docteur en physique nucléaire ? » La démoniaque Aile : « Ah, que veux-tu, c’est des Boucher ! Pas bouchés. En rien ! » Pourquoi n’ais-je pas un esprit capable de saisir les choses scientifiques ? Suis-je borné, suis-je intelligent ? J’en doutais hier soir. Heureusement, je cause et Aile ne cesse d’émettre des « Eh maudit que t’es brillant ! » Consolation.
12-
Nath Pétro, ce matin, chronique sur la laideur. Johanne de Bellefeuille cherche désespérément des gens laids pur un « spécial » de télé. Comme dit une chanson : « Gaston… y a le téléphon et y a personne qui répond… » J’avais songé, jadis, à un concours anti-Lise Payette : « Le plus laid homme du Québec. »
Certes, on aurait récompensé le plus laid et, à la fois, le plus charmant. Cela existe si souvent. Je me retiens (hélas ?) de rédiger sur les avantages d’avoir un bon, un beau physique. Avantagé comme je le fus, jeune, je saurais de quoi je parle. Des facilités indéniables pour ceux qui sont plaisants à regarder. J’avais constaté, jeune, les injustices faites à ceux qui sont vraiment pas jolis à voir. Deux mondes terribles, au fond des choses. Un sujet moins léger qu’on croit, plus métaphysique qu’on croit, vous savez. Je songe à l’acteur Lepage, pas avantagé du tout physiquement et qui a su séduire la plus joie actrice de années ’80, Louise Laparée. Ah, il y a le charme, vous voyez bien. Si un laideron et courageux lecteur veut se manifester, à Johanne la désespérée, qu’il compose le (450) 670-3384.
Je lis les « lettres ouvertes’ il y a de fameuses. C’est rare. Ce matin, Claude Poulin, prof de cégep retraité qui maudit Norman Lester et son célèbre « Livre noir… » écrit : « ce sont des Québécois incapables d’accepter le fait que la présence anglaise fut un facteur essentiel (sic) de leur survie (sic) en Amérique,anglophobie… »
Tabarnak, ces cornichons enseignaient à nos enfants ! Je sacre parfois quand je suis révolté. Quel ignare et quel toupet d’ignorer, lui, un prof d’histoire, que l’Anglais conquérant nous laissait des privilèges (religion et langue) dans la mesure où il craignait notre ralliement aux indépendantistes du sud. Les Américains rôdaient à nos frontières souvent. C’était leur grande frousse et nos maîtres imposés regrettèrent tant leur générosité « calculée » que, par la suite, ils ne cessèrent plus de tenter de nous diluer, de nous noyer, de nous faire disparaître : forcing avec l’Ontario, 1841, dilution avec les provinces, 1867, etc. etc. Eh oui, ces caves myopes, enseignaient ! Heureusement ces Poulin, fédérats bornés, maintenant retraités, ne peuvent plus tromper les jeunesses. Nuisance au rancart !
12-
Des clés pour le bonheur ? Il y en a. Ah le bonheur, hein ! Boris Cyrulnik, que j’ai peu lu, est un psy « éthologue », publie et livre une longue entrevue captivante sur le sujet dans le dernier « Nouvel Observateur », no. 1939, première semaine de janvier. Je vous en re-jaserai un peu plus tard dans J.N. En attendant comme c’est intéressant d’en apprendre sur des plus jeunes que soi, Montréalais.

le jeudi 3 janvier 2002

le jeudi 3 janvier 2002
1-
Ça y est : mes J.N. peuvent vraiment débuter maintenant. 2002. Les quinze jours de J.N., en décembre, ont servi de… rampe de lancement. C’était pour l’an neuf que je voulais noter au jour le jour mes éphémérides. Projet : sa rédaction éditée en livre, début de 2003. Je relirais alors le journal fait ici et je pourrais en tirer la substantifique moelle ? J’avais lu cela —ce « savoir faire » d’un diariste—, et je trouvai ça plein de bon sens. En somme, au bout d’une année, faire la relecture —la revue— de cette masse écrite ici et la tamiser, la filtrer, en dégager les points forts. Espérer y trouver des pépites— non pas d’or— de vie. L’or du temps ! On verra bien.
Ce matin, un jeudi de beau ciel en bleu et blanc comme notre drapeau national. Troisième jour donc de l’année novelle. Dès ce matin, comme partout ailleurs sans doute, la reprise de la routine quotidienne : d’abord, lecture des quotidiens, cette drogue, et café sur café, autre drogue. Je n’en bois pus que le matin de ce « nectar des poètes », comme on disait au temps de Balzac qui en était, lui, complètement intoxiqué, et du fort, du très noir chez l’auteur de « Germinal » Sur son lit de mort , Balzac aurait dit : « Je meurs de 250 000 tasses de café! »
2-
Lundi soir, attente du jour un. L’actualité ? Par un biais étonnant, à la télé, une émission sur les Croisades. Un grand mot regretté de Bush jr. Le documentaire raconte la peur du Grand chef de Byzance. Les Turcs, venus de l’Asie centrale, s’installaient en ce qui deviendra la Turquie. Le chef des « christianistes » s’énerve, panique pour la chrétienté menacée et fait appel au pape Urbain pour obtenir quelques bribes de guerroyeurs vaticanesques. Le pape , en ce temps-là, menait son affaire comme tout chef d’état avec armée et autres ressources bien laïques ! C’est au château-forteresse-abbaye de Cluny que niche la place forte des catholiques. Cluny ira beaucoup plus loin que le désir de renfort de Byzance Ce sera le prêche fou : « On a mal lu les évangiles. Le Christ permet de tuer, jamais un autre chrétien, mais les infidèles, les impies (entendez les Turcs), cela oui, mais oui, le Christ autorise les assassinats. »
Début de la dizaine d’horribles foires d’empoigne écœurantes : les Croisades ! Ces « chevaliers » moins valeureux que pirates. Des foires qui ont foiré justement. Beaucoup de sang, des pillages dégueulasses ! Plus tard, les masses de reliques folichonnes à marchander : dont ce « nombril du Christ, et quoi encore ? Le bois « de la véritable croix de Jésus » formerait des douzaines de potences sacrées !» Puis, ce sera l’odieux commerce des indulgences pour raison de construction du Vatican.
Tous les dimanches matins, au collège, c’était l’étude obligatoire de l’Histoire de l’Église, pas un mot sur ces turpitudes chez messieurs les Sulpiciens. Oh, les mensonges ignobles qu’on nous a conté ! Tromperie indigne sur des jeunes cerveaux malléables. Devrions-nous exiger des excuses? Cette mode des pardons à la chaîne, pouah ! C’est vain. Le mal a été commis. Inexpiable. Que les vieillards en soutane crèvent avec les remords. S’ils en ont, ces vieux fous !
3-
Je lis que le grand dramaturge catho, Paul Claudel, avait des actions dans des industries de guerre allemandes (nazis), durant le conflit, qu’il n’avait pas respecté sa promesse d’aider sa fille illégitime —tiens, tiens, tout à fait comme notre René Lévesque ! De là, j’y reviens, à traiter de tels brillants prosateurs de « sales cons monstrueux » comme Foglia le fait…Ouow ! C’est triste, ça empêche pas l’inspiration tout à fait hors du commun.
Cette télé, si assommante partout, à cause principalement des publicités tonitruante que je ne supporte plus. Il n’en reste pas moins que…Que j’hésitais —dans « les aveilles » du grand premier jour— entre revoir le monologueur Deschamps, ou visiter San Francisco, ou observer (sur 3 chaînes !) cette « Bottine souriante » (on les sort aux Fêtes seulement !) ou passer en revue le jour 11 septembre fatidique… L’ on vogue d’un canal l’autre…Deschamps toujours coriace, faux-innocent cruel et provocateur, c’était bon mais…j’éteins (les maudites pubs !)
4- et décide de lire un livre qui traîne sous la table à café. « L’histoire des forgerons » (un album « Time Life », illustré grossièrement hélas ) ses débuts (tiens, en Afghanistan !) ses découvertes inouïes, ses trouvailles renversantes, ses bijoux fabuleux, ses inventions guerrières. L’or et l’argent d’abord. Puis, dans l’ordre ce sera l’âge du cuivre, puis celui du bronze, enfin du fer !
À la fin, je me suis senti un peu plus intelligent.
Avec la télé, c’est moins fréquent , nous sommes d’accord ? Cet album faisait son tour de tous les continents. L’art des fontes savantes, des fours à sarbacanes, des coulages délicats par le procédé de « la cire perdu », en Chine comme en Arabie, et, à la fin de ce « voyage en métaux fondus », relire les pillages monstrueux des extraordinaires « métallurgistes », vraiment surdoués, chez les Aztèques, Mayas et Incas, par ces horribles conquistadors venus d’Espagne fait froid dans le dos.
5-
Agapes réussies quand s’amena tous les chers miens au soir du « JOUR UN ». Raymonde, bedaine sur son poêle, chassant « l’intrus » sans cesse, moi, a su contenter les onze becs avides.
Au dessert café, échange rituelle de petits cadeaux, symboliques puisque nous avons tout, bourgeois installés confortablement. Gabriel, benjamin de ma fille, tourne autour de nous avec un caméscope tout neuf. Images furtives dont celles du papi qui raconte des histoires comiques. Rappel, c’ était inévitable, du tragique 11 septembre à Manhattan : « Moi, j’étais en voiture… J’étais à me cours… J’étais à lire mon journal… » Etc.
Les souhaits volaient… et, bien entendu, les bonnes résolutions, hum !
6-
Lendemain de la fête, mercredi matin, ayant reçu tout un bloc d’albums-à-photos, nous voilà, Aile et moi, à dresser des piles de photos. Les amis, un album. Les familles, un autre, « nous deux » encore un. Enfin un album pour des photos de voyage, des îles de la Madeleine à Porto Plata, l’hiver dernier. Que de « moments de vie ». Que de témoins du temps qui file. « Mon Dieu, que j’étais jeune, une fois ! » s’exclamait Emmanuelle Riva dans le film de Duras-Renais « Hiroshima, mon amour ». Si vrai ! Nostalgie qui nous saisit alors ! Un certain silence s’installe tout à coup. Malaise. La loi impétueuse de la vieillesse qui nous dit, la cruelle : « Voyez, comme vous étiez beaux et jeunes, un temps ! » Salope !
J’ai terminé enfin ce roman, « Aliss », du jeune Patrick Senécal. J’aime lire la ponte des cadets. Un monde nous sépare.
Chez Senécal, en début, que d’hommages…aux amis, aux conseillers (!), aux chers parents, aux réviseurs, etc. À la fin, que de « sources » indiquées. À Kundera, à Jean Racine, à Anaïs Nin, à Sade, à Nietzsche…et à Lewis Carroll, auteur du célèbre « Alice… ». Oui, un monde. Dans notre temps (oui, pépère on t’écoute !), foin de tous ces remerciements. Nous écrivions, vierges, innocents, pionniers, nous avons, candides, le sentiment d’écrire sans cesse les premiers livres de la terre de Québec.
De nos jours, ces romanciers ont fait de longues études littéraires, connaissent les ouvrages des « illustres », s’en inspirent volontiers. Font des sortes d’interminables Paraphrases. Ainsi son « Aliss » n’est pas seulement un salut àl’ « Alice » de Carroll, mais aussi à Sade, le marquis malade d’ imageries d’une sexualité pathologique et sanguinolente. J’ai détesté son roman pourtant farci habilement de trouvailles solides, de « lignes » drôles, d’image fortes aussi. Son idée d’une sorte de voyage « initiatique » par une jeune fille venue de banlieue ( Brossard), décrocheuse, se retrouvant via une station mystérieuse du métro (cela est fameux !) dans une sorte de cité maudite est efficace au début. bonne. Hélas, ce n’est que « drogues et sexualité pervertie ».Cela fait convenu désormais. Pas de monstres, pas d’animaux mythiques, ni paysages surréels, pas de secrets, de tabous, de codes mystérieux. Pas de symbolique un peu surréaliste. Rien. Rien que les drogues (Macro, Micro et Royale, gélules habituelles !) et des partouses « ouellebecquiennes !
Des piqueries, des danses à 10 piastres, de l’échangisme aux piments usés à la corde (que de pénis et de vulves en l’air !), voyeurisme improbable, « adolescentisme » assommant ! Ce n’est que jus, liquide, un « ondinisme » infantile ! Obsession de l’ auteur ! Fantasme à sens unique ! Il y a une pègre classique, et les déviations d’un sadisme rebattu.
La fugueuse découvre quoi ? Le mal ? La fin d’ »Aliss », très moraliste, le soutient en toute bonne conscience ! Elle a jeté sa gourme mais va se marier, sera heureuse, et aura …deux enfants, un garçon, une fille ! À Québec en Haut , avec un type de bonne famille.
Et « cui cui cui », mon histoire est finie, disait Maman Fon Fon !. L’auteur, lui aussi, a jeté son sac d’ordures scripturaires, et, page de la fin, le jeune auteur écrit : « Merci papa, merci maman !». On croit rêver ! C’est bien long, un roman plein que l’on bourre de pages dialoguées longuettes… devenant ainsi, davantage qu’un roman, un scénario de télévision érotico-porno. Le livre aurait pu se passer de 50% de son volume. Déception. L’idée du jeune Senécal, je le redis, était excellente. On l’a assez dit : aucun texte n’est innocent : on éjecte, on projette, ce que l’on est. Hélas !
7-
Comme tout le monde ou presque, guet des émissions de fin d’année :
Tiraillement…Il y a et L’INFOMAN à la SRC (je j’estimais modérément) et Marc Labrèche à TVA. Valse-zapette comme il se doit. Le forcené moqueur, Infoman, a gagné : il y en avait des fortes ! Chez le Grand Blond, quelques bons moment. Plus tard :chez Bureau qui a un si beau bureau, conversation mal menée avec des humoristes. Plutôt ennuyeuse machine. Bureau est toujours comme… mal à l’aise avec les gens du monde des arts et spectacles. Je ne sais à quoi cela tient ! Avec des écrivains, il fut souvent bon (Paul Auster entre autres) avant de devenir un « homme d’infos ». Certes il fait précieux de « prime abordage » et un tantinet 18 e siècle mais il est cultivé, bien articulé dans ses topos, structuré dans ses questionnements. C’est toute autre chose qu’un Bernard Derome, par exemple, dressé avec —avant tout— lecture de papiers rédigés part d’autres. Bureau est très capable de formuler ses pensées et de jouer son propre jeu. Autre génération. Autre façon de faire au fond dont Derome et Cie ne sont pas responsables. Foin de « La fureur » , émission-jeunesse (?), on va au dodo avant minuit, il fallait être en forme pour la réception des miens pour le Jour Un, le lendemain.
Oh, oh :ça sonne en bas, voici Laforce, retraité de la SRC et devenu prof à Grasset et à Saint-Hyacinthe; c’est un départ ! En route pour une marche de santé de Val Morin à Saint-Adèle par la piste cyclable et skiable…Vive le froid ! Hum…

Le mercredi 26 décembre 2001

Le mercredi 26 décembre 2001
Conte de Noël 1-
Tant pis pour mon Daniel, je redeviens bavard.
Ce matin, étrange spectacle dehors, ici. Rare. Soleil éclatant, invisible à notre table du p’tit déj. (allô Paris !) Tout brille en ce lendemain de Noël, blanc éclatant partout au sol mais et un ciel presque noir ! Nuit là-haut en plein jour !Effet magnifique ! Ce ciel de vendredi Saint (dire d’enfance !) à trois heures et la terre (le lac) lumineuse pourtant !
Hier soir, à Saint-François au bord de la Mille-Îles, bonne bouffe traditionnelle de F. Avec canneberges véritables, mon délice, pas de cette gelée industrielle ! Le Jacques, frère cadet d’Aile me montre, de collection, un bloc d’ambre. Résine pétrifiée que j’aime tant. J’en cache ma pauvre petite bague achetée à Porto-Plata l’hiver dernier. On y voit des moustique dans sa plaque, morts il y a un million d’années ? Il a reçu un album de photos, affiches, archives, manuscrits de chansons, magnifique album, sur son adoré Georges Brassens. Il compte les jours avant sa retraite de prof (chimie, physique) au secondaire à Terrebonne. Il s’exclame :  » je ferai mentir tous ceux qui s’inquiètent avec des  » que feras-tu ? « . L’épouse semble se sortir d’un cancer, bénin mais qui fut inquiétant.
2-
Chez  » frère Jacques « , chaude vieille (125 ans !) maison de campagne où habitait le Jolicoeur des buanderies de jadis. Pierre, l’autre frère d’Aile, reprend sa litanie contre les bureaucrates du ministre Legault, son grand boss; Pierre est maintenant directeur des études au Cégep Saint-Laurent ! Il se plaint :  » Formulaires boulimiques, paperasses de surveillance tatillonnes, ordres contradictoires. « ,
Son fils, Claude, nous parle de son expérience au Kosovo, il y a un an ou deux. Visite effrayante. Quand je lui parle de la terrible série télévisée  » Warriors « , il dit :  » C’est fini maintenant l’impuissance de nos soldats. Ils ont changé la règle. S’il y a barrage, un coup de fusil dans un jambe comme avertissement , si résistance, une deuxième balle et c’est la mort !  » Il dit cela calmement !
La jolie Sophie, étudiante-raccrocheuse, fille de nos hôtes dira très calmement :  » Nous avons rompu récemment mon chum pis moi.  » Deux jeunes personnes, Claude et elle, en célibataires ! Les autres enfants ne sont pas de la fête. Appel téléphonique soudain, c’est le Pierre-Luc de Colette et Pierre. Pour deux mille  » tomates « , il se fait dorer la couenne au bord de la Caraïbe ! Il tonne heureux :  » Oh, la beauté du site, soleil luisant, plage de sable blanc, eau turquoise, bouffe extraordinaire  » Le petit salaud ! Raymonde et moi ‹ » famille je vous aime « ‹ refusons volontairement ce genre d’exil. Un  » Sept-Jours, magazine  » people « , traîne : Serge Turgeon y déclare qu’il veut amener au théâtre d’avant-garde son  » Rideau Vert  » et annonce du même souffle  » Au c’ur de la rose  » de Pierre Perrault (notre Lorca) bientôt à son affiche. Eh ! L’ex-directeur de l’Union des artistes,  » commentateur de presse  » longtemps à TVA le matin (il se levait aux aurores !) se sort tant bien que mal de 2000, d’une  » guigne  » horrible. Diabétique, le c’ur a flanché, opération, puis les jambes opération, puis les yeux (presque aveugle !), opération, puis un anévrisme, il a failli demeurer  » légume « . Oui, la guigne !
3-
Article  » post 11 septembre  » dans  » l’Actualité « , opinons de  » penseurs « , spécifie la revue. Ce mot me fait toujours sourire. Qui n’est pas un penseur ? Ubald Proulx, mon  » habitant  » de Saint-Joseph du Lac, emblématique et utilisé souvent dans mes proses, était un penseur autodidacte redoutable.
4-
Le magazine  » L’Actualité  » parle des Cris ( neuf tribus à faire s’accorder !) au bord d’une entente finale avec Québec. J’ai visité, avec l’équipe de CJMS, Chisasibi en 1993. Vision dantesque ! Des maisons modernes, préfabriquées, pour les Cris  » déménagés de force  » en vue des grands barrages. Magasin général en foutoir. Des tentes dans chaque cour en souvenir des temps anciens. Pour trois milliards cinq cent millions de notre argent public : la paix, la fin des diffamations des Cris, le partage promis de profits (mines, forêts, hydroélectricité), le signataire cri, Ted Moses, aura à combattre l;es nostalgiques en faveur de cette entente globale. Bonne chance ! Le sociologue Simard dit qu’ il peut être tragique de perdre ses vieux ennemis, parfois et devenir autonomes peut être terrifiant  » Oh, cette vérité affreuse !
5-
Lundi soir, avons observé le vieux pape polonais à sa messe de  » ménuit  » à Rome. Va-t-il mourir bientôt rêvent les adversaires de son conservatisme sur tant de points ? Il n’en a plus pour longtemps, il est clair que les cathos devront guetter las  » tite  » fumée vaticane sous peu et espérer voir notre ClaudeTurcotte devenir le premier pape canadien français. Quoi, quoi, le Québec n’était-il pas, il y a peu,  » L’Himalaya du catholicisme « , paroles du célèbre Paul Claudel ?
La famille de ma fille Éliane, devenue des  » protestants  » vers 1980, ‹au grand  » dam  » de mon père ultramontain‹ est allé avec la famille de mon fils Daniel , des non-pratiquants, à la messe de  » ménuit  » boulevard Gouin, pas loin de leurs demeures, à la vénérable église de la Visitation, classée  » monument national « .
Aile dit :  » C’ est ça, notre religion maintenant, l’église au baptême, à Noël chaque année et à la mort ! « . Eh oui ! Rituels nostalgiques. Les enfants, au réveillon, très heureux des cadeaux reçus paraît-il. Avec jeux électroniques du dernier cri. Fini le beau petit traîneau rouge, les patins C’est un fauteuil et un écran désormais ! Promesse de dos courbés et souffrants pour plus tard ? Je le crains.
6-
Toujours étonné de cet amour du cosmopolitisme : une vieille juive de Provence, enfant internée en Allemagne nazie durant la guerre, parle à la télé :  » Sortie de cet enfer, je m’installai à Paris. J’adore l’anonymat des grandes villes.  » (!) Pourquoi donc cet amour de l’anonymat chez tant de monde. A-sociabilité ? Elle ajoutera :  » J’aime tellement rencontrer, dans les rues de Paris, des Chinois, des Arabes, des Juifs, des Arméniens, des Japonais Etc.  » Non mais…Curieux ! Des rencontres anonymes, artificielles ? Tant des nôtres, ici, parlent ainsi. Moi aussi, je l’ avoue, j’aime bien croiser des gens d’ailleurs, émigrés qui, souvent, vivotent, en arrachent,  » en bavent  » littéralement souvent.
D’où nous vient cet amour niais, imbécile, stérile, infructueux, si superficiel ? Peur cde quoi au fond ? De nous retrouver ensemble, entre nous ? Mépris de nous-mêmes ? Méfiance des nôtres ?
Sentiment de voyager, d’être des  » touristes chez soi  » sans avoir à partir, à aller reconnaître  » les autres « , nos frères humains, chez eux, avec périls, menaces, une fragilité inavouable face aux us et coutumes, cultures des autres  » les découvrant chez eux  » ?
Faut voir les voyageurs, serrant leur chère sacoche à  » chèques de voyageur  » sur leur poitrine, guettant leurs appareils photos de prix, quand ils y vont voir les  » autres  » dans tant de pays.
Cette philo-cosmopolitisme, une sécurité parmi  » nos pauvres  » ? Sommes-nous tous de sales « dames patronnesses  » confortables ? Je cherche une réponse.
Oh la déception en visionnant  » MOULIN ROUGE « , la veille de Noël ! Certes on s’attendait à un  » musical  » sauce USA. Un Montmartre de carton-pâte. Mais non, on a eu droit à une sirupeuse histoire d’un romantisme  » cucul la praline « . Un Toulouse-Lautrec inexistant, hélas. Plein d’emprunts divers dont à  » La Traviata  » : tousse, tousse, sang aux lèvres et meurt en chantant la belle courtisane, Satine son nom, et pleure en chantant l’amoureux transi qui décide, oh !, d’écrire un roman de sa mésaventure au  » Moulin Rouge « . Fin. Ouengne ! Je le recommanderai à personne.
7-
Bizarre, avant Noël, envie de relire la vie étrange de cette fameuse stigmatisée, voyante et mystique,  » Marthe Robin  » (c’est le titre du livre ) par le philosophe et psychanalyste catholique, Guiton. Influence persistante de mon père, grand amateur de faits paranormaux chez nos saints, les seuls qui le captivaient à fond. Cette re-lecture diffère de la précédente. J’ai noté partout mes réticences. Je suis un terrible barbouilleur de livres. Évidemment je reste tout médusé par cette Marthe Robin qui ne mangeait pas, jamais, rien, à part une hostie tous les jeudis, et cela durant des décennies. Elle est morte, vieille, dans sa chambre noire ‹elle supportait pas la moindre lumière, en 1980. Marthe Robin années ne dormait pas, elle était paralysée dans son lit et recevait des gens du peuple et des  » importants « , cardinaux, évèques, philosophes, athées et savant farouches, des chercheurs de secrets métaphysiques, etc. Guiton fait son apologie, c’est certain mais se pose des questions très scientifiques et n’arrive pas à se consoler que des savants aient négligé d’étudier sa chère Marthe, point sur lequel je tombe d’accord.
J’ai toujours aimé lire de ces cas extravagants, religieux ou pas. Oui, influence du père quand ce dernier, tout excité par les phénomènes irrationnels, raconte à un enfant, moi, les mystères du Curé d’Ars, des Catherine Emmerich et Neumann, deux stigmatisées allemandes des années 1800, de ce Padre Pio, capable de bilocation, et quoi encore au domaine des mystiques ?
8-
Il y aurait EDWIG maintenant ? Pas l’héroïne du film dont j’ai parlé, non, c’est cette  » chouette des neiges  » dans les Harry Potter. Une nouvelle vogue, publie-t-on. Ce hibou (?) blanc si mignon est le symbole, côté  » blason ornithologique « , pour le Québec, l’Harfang des neiges, si impressionnant. Edwig ? Des enfants maintenant veulent un Edwig dans les pet-shops comme on veut un serin, un perroquet. Embarras chez les animaliers de Londres et d’ailleurs !
9-
Avis important !
Pour ceux qui m’apprécient.
À la cinémathèque de la rue Maisonneuve, angle Henri-Julien, deux dates à retenir : le jeudi soir qui vient, 7 janvier à 19h.
À l’affiche de la cinémathèque : Mon  » Blues pour un homme averti « . Paul Blouin en a fait une dramatique étonnante avec un Jacques Godin jeune (1964) dans une forme rare.
Un  » bomme « , tueur pédophile, mythomane, s’imagine un père  » manquant « .
Et, un mois plus tard, soit le mardi soir le 12 février, à 19 h. Mon  » Tuez le veau gras  » avec Benoît Girard, jeune (1965), dirigé par Louis-Georges Carrier.
Un  » retour de Paris, diplômé  » en sociologue syndicaliste, trahira les siens et se vendra aux crapules de sa petite ville.
Dans ces deux téléthéâtres ‹ouvrages collectifs dont je suis très fier‹ on verra, tiens, deux avatars de mon cher Ubald Proulx. L’un (dans  » Blues  » ) incarné par Paul Hébert,  » robineux sage, l’autre (dans  » Tuez « ) par Georges Groulx, conseiller déchu et renié.
J’y serai évidemment. On pourra me questionner après le visionnement si on veut.
À part la précieuse cinémathèque (dont je suis membre) on habite pas tous la région métropolitaine j’ai hâte qu’un jour le canal ARTTV programme ces deux dramatiques de télé Mais quand ?

«NOËL DU CÔTÉ DE LONGUEUIL»

  • conte diffusé sur les ondes de CKAC, Noël 2001

  • À chaque année, à Noël, nous allions chez mémeille Jasmin, à trois coins de rue de chez nous.

    Elle était  » la riche  » de la famille. Elle avait un arbre de Noël géant avec un assortiment de boules compliquées, des guirlandes d’or et d’argent, des lumières multicolores clignotantes. Chez nous, juste une crèche, papa le pieux, papa le peureux craignait trop les incendies.

    Chez mémeille Jasmin, au 7453 St-Denis, la maison nous semblait luxueuse, tapis de Turquie dans le couloir, au boudoir, au salon, dans cette salle à manger avec beau buffet,  » side board « , argentier, vaisselier de bois sculpté. Les murs de sa demeure était en relief, du  » graphtexe « , disions-nous. Il y avait vitraux colorés au dessus des fenêtres,  » foyer  » artificiel avec et une machine lumineuse rotative, faisant rougeoyer les charbons de vitre noire.

    Oh, que nous aimions cette visite de Noël ! Mémeille-la-riche veuve, nous donnait à chacun un gros cadeau, étrennes rares. Le matin de Noël, nous avions dans nos bas suspendus, une orange, une banane, deux bonbons, deux flûtes de papier.
    Habitait chez mémeille, le frère de papa, mon oncl’Cléo, Léo de son vrai nom. Le benjamin de mémeille était cantinier du CiPi Ar, Monréal-Québec, Québec-Montréal. Il me prenait comme  » helper  » parfois. Je l’aidais, avec un harnachement lourd pendu au cou, à vendre ses sandwiches, ses eaux gazeuses. À Québec, nous couchions dans une petite chambre mansardée, rue St-Louis. Je me pensais à Paris chaque fois. Je voyageais, moi !Je voyais du monde, j’avais vu le Château Frontenac avant mon frère et mes soeurs ! J’avais déjà rencontré Monsieur Duplessis, en personne dans ce train. Il fumait son cigare, avait bu de mon jus d’orange, m’avait donné un dix sous de pourboire avant de reprendre ses palabres avec ses sbires au fond de son wagon.

    Mon oncle  » Cléo  » aimait rigoler, pas comme mon père faux franciscain à la triste figure du Tiers-Ordre L’oncle Léo était le parent le plus joyeux de notre tribu. A chaque fête de Noël chez mémeille, mon oncle Cléo invitait Vila, son homme à tout faire, son grand ami  » Vila « , qui se nommait Ovila. Ce Ovila me fascinait. Il jouait des claquettes avec des os de cochon, de son harmonica, véritable ruine babines, aussi de la guimbarde qu’on appelait une  » bombarde « . Ovila, bout en train excentrique, nous faisait danser des gigues, nous entraînait, les enfants dans des chansons à répondre‹ » envoyeille , envoyeille, la tite jument! ou :  » y a des hommes de riens qui y viennent et qui y viennent! « . ‹Un animateur d’une énergie rare l’ami de Léo.

    Chaque Noël, on avait hâte, les enfants, de revoir ce bout en train pourtant décharné, au visage osseux, blanc comme un drap mais si plein de vie. Je vous raconte une découverte à ne jamais oublier en cette veille de Noël de 1940. J’avais 9 ans. Onlce Léo me téléphonait : Mon p’tit Claude, cette année , mon Vila veut pas venir fêter. Y dit qu’il y a de la maladie chez lui, son plus vieux, Amédée. Quoi ? Je découvrais que notre saltimbanque annuel avait une famille et un enfant malade ? Il était donc un papa comme j’en avais un ! J’étais tout surpris. On s’imaginait, ‹l’égocentrisme des enfants‹, que le joyeux drille Ovila, était une sorte de bouffon sorti de nulle part. Un clown descendu du ciel pour le bonheur de la famille chez mémeille Jasmin.

    Oncle Léo ajouta :  » Vila t’aime bien. Tu vas venir avec moi et on va aller le convaincre, on va y secouer les puces, un Noël sans lui, ce serait pas un vrai Noël.  » J’étais d’accord. Mon oncle s’amena dans sa Ford rouge vin et en voiture !
     » Où est-ce qu’il habite, votre ami Ovila ?
     » Je sais pas, j’y suis jamais allé. Regarde, j’ai griffonné son adresse sur mon paquet de Players, c’est de l’autre coté du fleuve. Rive Sud. Près de Longueuil.
    Derrière la banquette de la Ford, il y avait des tas de sacs remplis de vieux journaux.
     » Pourquoi tous ces sacs, mon oncle ?
     » Ah ça, c’est lui qui me demande ça. Mon Vila dit que ça y fait du calfeutrage, mes vieilles gazettes. Il est pas riche, tu sais.
    Cela aussi m’étonnait. Non pas qu’il soit pauvre! mais que cet artiste puisse avoir des besoins si réels. Oui, ce grand désossé n’avait eu jusqu’ici aucune réalité vraie. J’allais rencontrer chez lui le bouffon de nos Noëls rituels, dans un autre cadre, dans sa maison. On traversa le Pont Jacques-Cartier.

    Mon oncle Cléo stoppa à une garage pour demander où se trouvait l’adresse fournie. Le garagiste, la fumée lui sortait de la bouche, se pencha à notre portière:
     » Oh, ça, là, c’est en bas, en arrière de Longueuil, c’est un trou de misère, c’est Jacques-Cartier. Les chômeurs de la ville s’installent là, sans permis ni rien. B’en souvent :y z’ont pas d’égout et pis pas toujours d’aqueduc pour l’eau courante.
    Diable ! Ovila vivait dans la misère ! C’était incompréhensible. Un homme si chaleureux, si gigotant.
     » Combien il a d’enfants Ovila, mon oncle ?.
     » Je sais pas trop, quatre, cinq , je sais pas . Je l’ai connu au  » Ci Pi Ar « , mais il a perdu vite sa job. Il savait rien faire au fond. Moins bon que nos nègres pour porter les valises.  »
    Quoi ? Ovila, un bon à rien ? Lui qui savait si bien raconter des blagues, qui jouait si bien de sa musique à bouche. Qui savait faire danser toute notre tribu, un bon à rien ?

    Je me réveillais raidement.

    Au sud de Longueuil, on a vu une pancarte :  » Ville Jacques-Cartier. Défense de  » dumper  » partout.  » Défilaient des rues de maisons plutôt sinistres. Des murs rafistolés avec des annonces rouillés de Kik,de coke de pepsi, de seven up. Des placages bizarres, des rafistolages inouïs, morceaux de bois vermoulu, restants de prélart, planches décolorés, des portes sans peinture, des fenêtres aux carreaux brisés, aux rideaux de guenille souillée.
    Aux carrefours, des silhouettes louches, courbées, mains aux poches, collets relevés, se faufilaient, semblant fuir des ombres indiscernables. Ma foi, j’étais dans un conte de Charles Dickens !

    Par ici pas de couronnes de guy aux fenêtres, aucun sapin lumineux comme dans notre rue Saint-Denis.

    Enfin, la rue indiquée !Enfin l’adresse, peinturluré sur un bout de plywood noirci. C’était là.
     » Ouaille, dit Oncle Léo, c’est un shack branlant, y a pas à dire.  »
    Le garagiste avait expliqué :
     » Méfiez-vous, c’est plein de monde croche par là, des voleurs, de la  » tite pègre  » vit dans ces baraques « .
    On a stationné. la Ford. Coups de klaxon de mon oncle. Ovila apparaît dans la porte. C’est bien lui, il sourit, tousse, crache.
    Mon oncle gueule :
     » On vient te charcher par la peau du cou « .
    Notre clown, plus blanc que jamais, éclate de rire.
     » Mon Vila, on va se prendre à deux, mon neveu pis moé, pour te convaincre pour Noël, demain. Tu peux pas nous faire ça, Vila !
    Ovila grelotte dans sa vieille veste de laine grise rapiécée, se penche dans la voiture;
     » Ah bin, mon Léo, tu m’as pas oublié.  »
    Il s’empare des sacs de vieux journaux, tout content. On sort, on marche vers sa demeure. Un filet de fumée très noire s’élève dans ce ciel de veille de Noël. Nous entrons. Des odeurs de moisi assaillent nos narines. Il n’y a pas de salon, ici, pas de tapis de Turquie, pas de murs de  » beurlap « , pas de vitraux aux fenêtres. Il y a un espace central, un gros poêle à bois qui boucane, une longue table, des chaises parfois sans dossier, un banc bancal. Au plafond pendent deux guirlandes de papier crêpelé. Une demoiselle à jupette, déguisée en père Noël, tournicote sous la lampe à poulie, elle tient un cierge allumée, dans l’autre main, un cahier à musique, c’est une annonce cartonnée des chocolats Laura Secord. Au fond, dans deux enclaves avec des portière de vieux rideaux en lambeaux, des lits. Dans l’un, cet Amédée malade qui renifle. Une fillette peigne une poupée ruinée, manchote.

    Deux petits garçons, assis sur le prélart délabré, se font un jeu de blocs avec des retailles de bois.

    Gêné comme moi, oncle Cléo disribue des cannes de bâton fort aux enfants, tente de les faire rire en imitant  » Woody Woodpecker « . L’épouse de notre clown merveilleux, traits tirés, cheveux défaits, le tablier taché, est étendue sur un divan crevé, nous fait signe de parler moins fort, indique le coin du Amédée tousseur. Tous nous regardent sans sourire, puis Ovila nous conduit au fond d’une chambre, on découvre dans une caisse d’oranges vide! un bébé naissant !
     » Oui, mes amis, c’est notre nouveau né, c’est notre cadeau de Noël. Il est né à minuit, avant-hier. C’est le docteur Ferron qui est venu délivrer Albina.  »
    La mère aux dents cassées dit :
     » On va le faire baptiser après-demain. Devinez comment on va l’appeler ?
    Ovila prend le poupon dans ses maigres bras et dit :
     » Noël, évidemment, Noël Vironneau. C’est notre petit Jésus.  »
    Je savais plus où me mette. Je n’avais jamais vu la misère, celle dont nous parlait le curé, les frères à l’école. Je m’imaginais qu’il n’y avait que nos petits chinois à dix cents pour connaître tant de pauvreté. Mon oncle s’accroupit près de la caisse d’orange et resta muet un long moment puis, à ma grande surprise il entonna d’une voix enrouée :
     » Il est né le divine enfant, jouez hautbois, résonnez musettes!  » Ovila, lui, chanta :  » Dans cette éta-ble que Jésus est charmant qu’il est aimable, dans son avènement! Il est tout à la fois!  »
    Toute la famille Vironneau entonna le cantique. Je me taisais.
    J’avais plus de voix. C’était une veille de Noël étonnante.
    C’était une drôle de  » crèche de Betléeem  » à Jacques-Cartier, si loin des pays arabes de nos images pieuses. Pas si loin ce chez moi. Je sortis le peu d’argent gagné à servir des messes, le mis près de la caisse d’orange-berceau. Oncle Léo m’imita, il sortit deux cinq, deux deux, des dollars tout fripés.

     » Tiens mon Vila, c’est pour leur acheter des petites douceurs demain à Noël.

    Bien catéchisé, je songeais à Joseph et Marie. Ici, il n’y avait ni boeuf ni âne. Il n’ y avait que deux poules près de leur cabane, et un coq aveugle. Ovila remercia, sortit son harmonica et joua,
    mélancolique,  » Un Canadien errant « . Il fallait partir.

    Rendu dehors, l’oncle Léo dit :  » Demain, tu viendras pas ? C’est définitif ? Si tu viens, tu repartirais pas les mains vides ?  »

    Ovila regarda dans la fenêtre sa femme avec son petit-Jésus nommé Noël dans les bras et finit par dire :
     » Bon, okay, Léo, je vas y aller. Mais pas longemps. Pis merci encore pour tes sacs.  »

    J’avais remarqué les gazettes cloués partout sur les murs contre le froid du dur hiver québécois.

    ***
    Le lendemain, chez mémeille Jasmin, quand Ovila entonna son  » Minuit Chrétiens « , puis :  » Les anges dans nos campagnes!  » et le :  » Ça bergers assemblons-nous!  » j’étais comme ailleurs, en arrière de Longueuil. Je songeais à la crèche-caisse d’orange. Je me disais :
     » Ça peut donc être vrai, un Jésus né dans une étable !  »
    Ovila nous encourageait à entonner en choeur :
     » Il est né le  » divine n’enfant  » !

    Je remarquais qu’il avait les yeux pleins d’eau notre  » joker « , notre bouffon blanc, inconnu jadis, qui avait une famille mal cachée derrière des annonces de coke et de pepsi. Alors, à ce Noël de 1940, j’ai moins mangé de gâteaux, de friandises, j’en cachais partout pour les offrir à Ovila avant qu’il s’en aille vers sa crèche du côté de Longueuil.

    Joyeux Noël à ceux qui ont le ventre plein,  » itou  » aux  » ventres vides  » du mauvais sort !
    FIN.

    le jeudi 20 décembre 2001

    1-
    Première vraie neige hier soir, tard. Lumières clignotantes dans la rue. Par la fenêtre, je vois armada miniature; déneigement déjà ? Je vois une masse métallique sombre stationné au bord du trottoir, charrue fixé, ronronnement du moteur, grondement sourd, grosse bête qui va bondir, des phares, des clignotants jaunes et rouges, sur les côtés, sur le toit, lumignons dans la nuit. C’est joli, reflets dans mes cèdres saupoudrés d’ouate. Me sens comme Truffaut dans « Close encounter… » fasciné, ébahi. Grand bébé, vieil enfant !
    2-
    Aile se lamente hier: « Noël: un commercial à n’en plus finir ». Vrai. On s’adapte en rechignant.
    Les cadeaux ? Mon Dieu, à qui, et quoi offrir ? Je fais des chèques depuis des années. Ainsi, leurs choix, de l’argent quoi, aux deux enfants et aux cinq petits enfants. Facile ? Oui, paresse? je sais bien. L’idéal ? Y réfléchir, questionner subtilement, observer amoureusement et puis surprendre. Mais c’ est plus compliqué. Oui, paresse. J’ai un peu honte.
    Aile et moi, une vieille entente de jadis, jamais de ces cadeaux rituels aux Fêtes. Non.
    Le cadeau puisque « chaque jour » est une fête, un Noël, vrai pour des amoureux: Aile, elle-même, le plus beau des cadeaux. Pareil pour elle. C’est Aile qui le dit.
    Que d’elles, que d’Ailes hein ?
    3-
    Lu en attendant d’entrer au magasin de « l’école des chefs » ‹poulet farci, canard, tourtière‹ « À ce soir » de Laure Adler, vue au canal TV 5 au « Cercle de minuit ». Fini de le lire vers 20 h, après souper. Laure a perdu un petit garçon, Rémi, vraiment tout jeune, deux ans ?. Une sorte de pneumonie fatale, mystérieuse. À ce soir raconte le douloureux souvenir de cet été effrayant où elle et son compagnon de vie vont et viennent sans cesse à l’hôpital pédiatrique à Paris. Un livre certes émouvant mais mince. Un faux 250 pages, c’est gonflé. Pages blanches, espaces larges. Raymonde a pleuré en le lisant avant moi. J’ai été touché , le sujet est si triste: la mort d’un enfant. Pas bouleversé. Adler y est sobre, c’est bien, trop pudique…pas de générosité, dirais-je. Elle file tout droit, dans ses larmes, sa détresse et nous accorde bien peu d’informations. Sur son travail, sur elle, sur « lui », sur l’enfant condamné, la gardienne, etc. C’et écrit avec art cependant, avec des trouvailles littéraires bien amenées. On y trouve aussi des infos terribles ‹ses crises de fureur face à ce désordre hospitalier, oh !‹ sur le monde médical. Oh mon Dieu, c’est donc partout pareil , les urgences…lentes, les médecins froids, pressés, distraits…Misère !
    4-
    Un père Noël du Complexe Desjardins raconte à « Montréal, ce soir » les gens pressés, les parents à la course, le temps qui court, vole…Un vieux bonhomme étonnant. Je questionne Aile: « Toi, tu y as cru longtemps au bonhomme de Coca-cola ? » Sa réponse: « Non, un jour, veille de Noël, je dépose ma poupée au pied du sapin et je dis à ma mère, « je veux que le Père Noël sache bien que j’en ai déjà une, que j’en veux pas deux, qu’il doit m’apporter autre chose ». Ma mère dit:  » Voyons, inutile, il le sait bien, il sait tout ». Alors j’ai compris que c’était impossible cette mémoire pour des millions d’enfants dans le monde, que ma mère mentait. Et j’ai cessé ainsi d’y croire. J’avais quatre ans ? »
    Elle me questionne et je découvre que chez nous, pas de bonhomme Noël, il n’existait pas. On n’en parlait même pas. C’est bien, non ? Mon père ne parlait que du petit Jésus et installait sa crèche compliqué dans la fenêtre du salon où il n’y avait jamais de sapin. Que cette crèche élaborée. Comme je le raconterai demain matin à CKAC, il y avait l’énorme sapin décoré chez mémeille Jasmin la riche veuve. Une splendeur à nos yeux, son sapin.
    5-
    On a viré le gras tribun démagogue, André Arthur, à Québec, pour le remplacer par l’ex-mairesse de Sainte-Foy. Dans la rue, un très jeune questionné m’étonne agréablement à la télé hier: « Le monde des médias me surprendra toujours et je veux pas trop m’en approcher pour pas troubler ma quiétude ». Paf ! De même, d’une seule « fripe ». Soudaine belle espérance en la jeunesse d’ici s’ils sont nombreux de cette farine.
    6-
    L’auteure de « Putain », Nelly Arcand, un pseudo, veut faire machine arrière subitement ! La Presse de ce matin publie son long plaidoyer très pro domo : « je ne suis pas ce que l’on pense ».
    Quelle connerie. Elle a écrit sa confession-analyse au « je », elle a minaudé aux interviews, genre: c’est moi et c’est pas moi. » Voilà qu’elle tente à cette heure de passer pour innocente de son écrit. Franchement !  » Je suis pas putain », clame-t-elle et une photo énorme la montre, nombril à l’air, faisant le jeu de ce qu’elle condamne:  » la marchandisation du corps féminin. Paradoxe, contradiction, trop tard pour sortir d’une confusion qu’elle a entretenue bien commercialement. Nelly est-elle sotte ?
    7-
    Paraît que « Tourism », prochain film de Lepage illustrera le monde des « corps » en vacances dans des « clubs ». Ah ! La sauce-Ouellebec (« Plateforme ») s’allongerait donc partout. On verra bien. Vision toute autre ? Je viens de lire « Hauts lieux de pèlerinage »(Flammarion), plein d’ilustrations qui vont de ce fameux Saint-Jacques de Compostelle (à la mode ces temps-ci dans le milieu des artistes) jusqu’à Fatima, Lourdes, Notre-Dame de la Salette, etc. etc. Images étonnantes, texte niais et fade (Martineaud et Moreau). Papa aurait aimé lire et voir ces reliques, vieux os, crânes, « le nombril de Jésus », oui, oui, le c¦ur du curé d’Ars et autres facéties d’une religiosité imbuvable. Un monde carnavalesque stupéfiant. Un commerce à indulgences éc¦urant. L’exploitation des infirmes, des malades, des désespérés. Laure Adler raconte dans son « À ce soir », son recours aux dévotionnettes et même aux médiums, sorciers,
    pratiques occultes, etc. Un très bon passage de son livre . Elle en a honte mais elle dit bien qu’en état de désespérance, tout devient un secours plausible. Tristesse. Et je dis à Aile: »tu sais, toi gravement condamnée , ma foi (!), moi aussi, j’irai à Fatima, à Lourdes. La confiance, la foi totale, sincère, peut faire changer un métabolisme et, parfois, guérir, non ? » Elle reste songeuse ! Le livre raconte aussi Rome aux 365 églises-à-reliques, Jérusalem aux « lieux » évangéliques sur-exploités, pour touristes chrétiens ! Curieux: plein de vierges Noires (Éthiopiennes ?) dans maints lieux de… pérégrination. Marie en négresse ! Bizarre non ? Renan, Taine, d’autres laïcistes affirmaient: « l’ouvrage du démon ces piéticailleries ! » Les réformistes protestèrent aussi, bien sûr face à tous ces papes complaisants du « marketing » primaire religieux. « Le nombril de Jésus » Non mais…! On a parlé jadis de son « saint prépuce » !
    8-
    Je ne cesse pas de lire, livres et revues françaises, sur les dangers du racisme., J’y voyais une sorte d’obsession. Je prends conscience maintenant (autres livres lus) que l’élite ‹écrivains, intellos, journalistes, profs‹ française a très mauvaise conscience, une lourde honte collective, face aux tolérances de l’antisémitisme ardent de (pères et grands-pères) la France d' »avant » et de « durant » l’occupation des Allemands nazis. C’est de cela, de ce poids accablant sur la conscience nationale, qu’elle parle sans cesse au fond. Idem sans doute, en pire, en Allemagne.
    9-
    Mon tit-Paul Buissonneau, vieux stentor toujours énergique, hier avec Claude Charron à Canal Historia, que je regarde très souvent Paul raconte La Roulotte des parcs à ses débuts et dit de moi: « Eh oui, Claude était mal pris, jeune chômeur…il est venu m’aider aux costumes, aux décors… ». Eupéhmisme: son théâtre ambulant m’a aidé de mille façons. C’était une « école » de vie, de générosité, d’initiation au monde réel, ces enfants-en-ville, l’été, privés de rêves, d’images.
    10-
    Minou Pétrowsky, mère de Nathalie, à Cbf-fm, démolissait complètement le film « Le Seigneur de anneaux ». À l’entendre, m »explique Aile, c’est un navet, que des bagarres, des effets agressifs, des truquages infographiés , des décors-maquettes trop visibles, bref un film stupides, des guerroyages sans fin. Eh b’en, cela avec une fortune colossale. Les ados du type de mon petit-fils, Simon, amateur de moyennâgeries chevaleresques vont-ils, eux, mieux apprécier. Je le questionnerai au Jour de l’an.
    11-
    Christiane Charette à sa dernière performance…patate, le vide, l’échec ! Embrouilami avec le « cantiqueux » sympa Desjardins… Platitudes soporifiques avec l’acteur exilé à New-York, Lothaire Bluteau tot mélamgé, confus à l’extrême, et « song in english » avec un Comeau sérénadeur venu de Bathurt au New-Brunswick… Une heure plate. Hélas. Toute la saison, Charette a su faire voir des mélanges d’invités formidables. Dommage pour hier soir, un adieu ennuyeux !
    Quand je bloc-note sur télé, comme ici, ça me rappelle tant de topos livrés à CKAC, à CJMS si longtemps, et à CKVL à la fin, où je devais forcément regarder tant d’émissions que… je ne voulais pas voir. S’imposait naturellement cette revue des « populaires ». J’en avais mal au ventre parfois devant ma télé. En bout de piste, virage et ce fut la série « La moutarde me monte au nez » avec Marcotte et du plaisir, des farces et des coups de gueule, très ad lib !
    C’était, il me semble , dans une autre vie tout cela !
    12-
    Descôteaux ce matin dans Le Dev qu’il dirige: « Esprit libre et Droite, ça ne va pas ». Bien raison.
    John Saul, la queue-de-veau de la Vice-Reine actuelle, à Ottawa-colonie, publie des propos contre Bush, contre les USA, peuplé d’ impérialistes plutôt responsables de la haine musulmane…Oh, oh ! L’éditorialiste recommande à Chrétien, qui défend un peu la liberté d’écrire de sa queue-de-veau, de se porter aussi à la défense des journaux de Can West, du gang-Asper de Winnipeg, mais…dit-il, ce sont des « amis » ¿entendre puschers de fonds électoraux‹du parti libéral fédéral. Oh !
    13-
    Foglia et moi ? Comme on dit « sa moyenne au bâton » est fameuse. Je le lis, comme tant d’autres. Il ennuie rarement. Je l’envie, je ne suis pas jaloux. J’ai déjà eu ce bonheur de chroniquer librement au Journal de Montréal (1971-1976), un fonne vert ! Ce matin: l’anglais aux écoles mieux appris quand plus éduqué. Vrai. Et bang ministre Legault ! Mon cher magasin Baggio, en « petite Italie », j’en cause dans « Enfant de Villeray », ferme ses portes. Comme Foglia, j’y achetais mes vélos et ceux de mes enfants. Ce sera une boutique de linge. Eh !
    Il livre ensuite un témoignage d’un écolier de Vaudreuil à la fidèle mémoire pour un prof hors du commun. Toujours fascinant cette gratitude (voir m a part de reconnaissance avec ce « Je vous dis merci », frais arrivé en librairie ! Oui, plogue ! Des profs oublient l’influence déterminante qu’ils peuvent avoir sur des jeunes…quand ils sont capables. Enfin Foglia parle musique rock de sa jeunesse et l’actuelle, avec un bon punch. Important le lunch final, comme le « spin » de départ quand tu débutes un papier publié.. la ligne de départ » d’une chronique.
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    Lysiane Gagnon signe un billet impressionnant. J’ai connu le sujet abordé. Le centre d’accueil, les préposés débordés. Les « vieux » abandonnés. Quand la Gagnon lâche un peu sa hargne, sa haine même, du nationalisme d’ici, cet ex-compagne du patriote D’Allemagne, mariée à un bon « bloke » maintenant, montre du c¦ur et pas seulement de l’intelligence. Terrible narration ce matin, effrayante même ! Elle dit qu’ils sont 7 pour 56 vieux dans ce genre de centre de dés-acceuil ! Les bonnes s¦urs, qui étaient sans famille, libres donc, géraient sans doute avec autrement plus de compassion ces « lieux des adieux ». Le boss, si ça va mal, si un visiteur ose se scandaliser (comme à « Notre-Dame de Lourdes »), b’en, il engage un avocat et vlan: ohé ! le râleur: plus de droit de visite ! Ça vient de finir, explique Gagnon de La Presse. Honte !
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    Pauvre Larose et son rapport timide par bouts, un peu plus audacieux pas d’autres, il vient de recvoir « le baiser de la mort ». De quelle bouche ? Le sénateur, rouge bourassiste longtemps et viré au bleu mulronéen, Jean-Claude Rivest l’embrasse tendrement de ses grosses babines « fédérates », il avance que son son rapport sur l’état du français, est une merveille ! Oh la la !
    Suffit pour aujourd’hui, départ pour Monrial, pour être tôt à CKAC et y lire mon conte de Noël.
    La neige fine tombe toujours sur les Laurentides. Le ciel comme le sol est de même blancheur. Grands draps étendus dans l’espace, lessive savonneuse quand l’hiver fait: « coucou ! j’y suis, j’y reste. Québécois à vos tuques et à vos pelles ! À ma brosse à neige, la Volks semble une meringue immangeable. Salut !

    LE MYSTÈRE TRUDEAU

    En tant qu’adversaire idéologique j’ai voulu attendre l’enterrement de Trudeau (ce que « l’espion alternatif » Claude Morin aurait pu faire, lui aussi) avant de publier mon sentiment sur le « grand homme » des Chrétien, Lalonde, Joyal et Cie. Il s’agit d’une question de bienséance élémentaire face à ses proches en deuil. Jeune auteur, je le croisais souvent (festivals de cinéma des Juneau-Demers, ciné-clubs, lancements et vernissages), plus régulièrement aux formidables séances publiques (1958-1963) de l’ICAP (Institut canadien d’affaires publiques). Il était un richard gauchiste (ça existe!), dandy engagé (ça existe!), indépendant, séduisant. Le regard farouche qu’il nous lança (comme son ami Sauvé et d’autres fédéralistes) quand, dans les salles d’hôtels des Laurentides, nous proclamions, indépendantistes infiltrés, qu’il fallait changer le sigle de l’ICAP par IQAP, Institut québécois des affaires publiques.
    Plus tard, grèviste de Radio-Canada,1958-59, j’ai côtoyé et j’ai vu un Jean Marchand, ami de Trudeau, intelligent tribun, à peine inquiet quand il vit René Lévesque se muer en nationaliste. Plus tard encore, travaillant sous la direction de Gérard Pelletier à La Presse (1961-1966), je voyais un patron pas trop nerveux face à la montée de l’indépendantisme de quelques uns de ses collaborateurs. Des observateurs mieux informés nous expliqueront-ils clairement d’où pouvait bien venir la méfiance viscérale, dès 1963, de Trudeau, cette haine qui relevait de la passion (dont il disait pourtant tant se méfier), d’un patriotisme pourtant progressiste, gauchiste même, qui n’avait rien à voir pourtant avec le vieux nationalisme cléricaliste et obscurantiste du duplessisme moribond. Ces trois brillants esprits (Marchand, Pelletier, Trudeau) auraient pu donner un sérieux coup de main au nouveau et jeune nationalisme aux couleurs de la sociale-démocratie, tendance pourtant appréciée chez Trudeau.
    Aujourd’hui, nous savons que Trudeau, en jeune nationaliste, fit campagne, au début de la guerre de ’39-’45, contre l’appel aux armes fédéraliste, impérialiste et monarchiste du temps de la « ‘Conscription », que Trudeau était à la même tribune, par exemple, qu’un ex-confrère du collège Brébeuf, Michel Chartrand. Nous avons aussi appris qu’il soutenait les ouvriers québécois en grève, qu’il en appelait même à la révolte armée et qu’il se fit calmer et gronder par le chef syndical Jean Marchand.
    Quand Duplessis meurt à l’automne de 1959, quand Jean Lesage s’installe à la formidable roue de la révolution « tranquille », Trudeau au lieu de s’y joindre, au moins d’applaudir ces changements qu’il avait tant souhaités, parle soudainement de s’y opposer, d’y faire « contrepoids ». Mais pourquoi donc? Quel contrepoids? Contrepoids à quoi? Contre quoi au juste? Ah oui, un mystère opaque!

    TRUDEAU EN CHEF NATIONALISTE QUÉBÉCOIS?
    Désemparé, René Lévesque, en 1980, commit la bourde de faire une méchante et mesquine allusion à sa mère Grace Elliott. C’était un peu court, gros, et montrait la peur de Trudeau, sentiment prémonitoire puisque, oui, Trudeau gagna sur Lévesque en 1980. Indubitablement. Mais le mystère reste entier. On a donc le droit d’imaginer un Trudeau virulent réformiste qui aurait accepté naturellement de batailler pour la modernisation, voire pour l’indépendance nationale. Lui qui applaudissait, dans son « Cité libre », l’Algérie algérienne et une patrie pour les Israéliens. en ce temps-là! Un Trudeau que Jean Lesage aurait réussi à enrôler à ses côtés.
    Est-il inimaginable de songer à un Trudeau devenant, un jour, chef du nouveau nationalisme québécois? Pourquoi pas? Qu’est-ce que c’est que « sa » théorie de « faire contrepoids »? Une improvisation vaseuse, peu crédible, non? Ca ne tient pas debout. « Les circonstances, il le disait, font un destin ». Il aurait donc pu dire « oui » au formidable mouvement libéral québécois, étant un héritier naturel des penseurs libéraux d’ici, Nadeau et Lapalme. Trudeau aurait pu devenir par la suite un leader souverainiste décidé, plus agressif, plus habile aussi, et, osons le dire, plus « victorieux » que René Lévesque, calculateur velléitaire, pusillanime souvent, soupeseur de risques, fabriquant de questions référendaires ambiguës, à l’occasion. Mais trêve de supputations et reparlons du « mystère Trudeau ». Car, « cages à homard » ou question alambiquée à un référendum, ces « astuces » font surtout voir le désir de s’accrocher au pouvoir, coûte que coûte.
    Donc les « circonstances » ayant propulsé Trudeau ‹après de longues hésitations de sa part, confesse-t-il‹ en chef politique fédéraliste, il va constater qu’il y est fort bien installé pour poursuivre son étrange ‹et haineux‹ combat contre les nouveaux nationalistes québécois. Trudeau, mauvaise conscience?, va tenter d’imposer à toute la fédération le bilinguisme officiel. Se venge-t-il en somme d’un racisme « outre-outaouais » qu’il a constaté et vécu plus tôt quand il y était grand commis? Ce Trudeau annonce aux Québécois valseurs, timorés, archiprudents (pour des raisons culturelles et politiques bien connues), oui, il annonce, promet aux nationalistes prudents que « son » Canada va changer, se transformer: »nouis meetons nos szièges en jkeu là-dessus! Pourtant son initiateur de jadis, Marchand, lui, a fini par fuir Ottawa écoeuré par la francophobie. Enfin lucide, Marchand constate l’incorrigible francophobie du ROC, lors de la lutte pour le français chez « Les gens de l’air ».
    On sait la suite, sont arrivés la vague bleue, l’affairiste Brian Mulroney et son alliance avec le René Lévesque du « beau risque » et « le retour dans l’honneur » bouchardien, ce qui transformera Trudeau en vieillard précoce, rongeant un os amer, demi retraité, veilleur entêté, saboteur de deux projets d’entente (dont Meech). Bref, l’idéaliste du pays aux cent ethnies, l’équarrisseur aveuglé ‹ »il n’y a pas de nation québécoise », ce n’est qu’une « tribu »‹ s’enfermera dans son utopie pendant que les partis indépendantistes (Parti Québécois ici et Bloc à Ottawa) se feront élire par une majorité des nôtres. L’échec de son rêve est total! N’empêche, il reste le mystère-Trudeau, celui du rédacteur de 1963 à Cité libre: « Adonques que je me rase quand j’entends l’engeance nationaliste », celui de « Genoux tremblants, coeurs saignants… just watch me! » de 1970.

    DÉDOUBLEMENT DE PERSONNALITÉ?
    Résumons: un Québécois d’Outremont, fils de millionnaire, orphelin de père jeune, voyageur indépendant de fortune, à la fois séducteur et solitaire sauvage à la haute scolarité, fainéant intelligent et parfois bûcheur, timide et arrogant à la fois, pingre et généreux à la fois, playboy longtemps et puis époux-sur-le-tard, chef politique et par conséquent vieux « papa manquant », a été nationaliste ardent d’abord puis anti-duplessiste comme tous les nationalistes de gauche et finira, en octobre 1970, comme instigateur de rumeur ‹ »une insurrection appréhendée » folichonne‹ et emprisonneur de centaines et de centaines de pacifistes gauchistes en accord avec les excités (face au parti municipal populiste naissant, le FRAP) Côté-Saulnier-Drapeau, L’action noire d’un Trudeau déboussolé par la « persistance » indépendantiste? Ce Trudeau, ancien dissident d’ici, délinquant de classe, emprisonné en Palestine, lui qui se mu en super police répressive? Ah oui, il y a un mystère-Trudeau!
    Dans l’excellente série télévisée du réalisateur Pierre Castonguay et du questionneur J.-F. Lépine (que l’on rediffuse), Trudeau se désole de son rôle de « bouffon », de « pitre » (ses propres mots), il parle carrément d’un dédoublement de personnalité. Il avoue ingénument qu’il s’observait, quasiment incrédule, en matamore à pirouettes. Il nous signale donc deux personnages, l’un en naturaliste nostalgique et l’autre en politicien cabotin. Trudeau nous le dit: « je jouais comme un personnage », « je ne me reconnaissais pas ». Hélas, ce « double », aquinesque, malfaisant, retardait la naissance officielle (car il existe en réalité) d’un pays pour les Québécois.
    C’est le docteur Jeckill et Mr. Hyde! Cette schizophrénie, (doublé à l’occasion d’un paranoïde) avouée devant la caméra quelques années avant sa mort démontre une névrose indiscutablement. Une psychose, diront ses pires adversaires. Trudeau devait savoir, intelligent comme il l’était, qu’il servait de « lieutenant émérite » du Canada anglophone, sauce Louis – Hyppolite LaFontaine, sauce Georges-Étienne Cartier, sauce Ernest Lapointe, sauce Louis-Stephen Saint-Laurent. Comme Ottawa a su en tolérer avant et depuis 1867. Alors, le mercenaire, le serviteur du statu quo, pour compenser, pour pouvoir se regarder dans le miroir, a pu brasser certaines cages d’intolérance anglophobe. Ainsi l’ex-jeune adversaire nationaliste et syndicaliste a réussi tout de même à faire de la rénovation, du « ravalement » de façades du côté d’Ottawa.
    Si Jean Lesage (en 1960) n’avait pas eu tant peur du formidable populiste Jean Marchand, ce dernier y aurait sans doute entraîné Trudeau et Pelletier, si Lesage ne s’était pas contenté d’inviter seulement le communicateur-vedette du petit écran, René Lévesque ‹indépendantiste timoré et frileux‹, rien de tout ce cauchemar furieusement fédéraliste ne serait advenu. Au delà des hagiographes récents, inévitables, un psycho- historien, écrira-t-il, ici, à son tour, sur le « mystère-Trudeau », afin de dépasser mes intuitions? Je le souhaite.

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