DÉFENSE DE DENISE BOMBARDIER

Pas facile de caricaturer sans exagérer. Les facéties du « Bye Bye 2008 » veulent faire rire et sont bien cruelle à l’occasion avec ces revues burlesques.

Qui signe dans ces ouvrages ? Véronique Cloutier ou Louis Morisette, son époux. Ou des engagés. Avard-bougon ou Mercier-gros-con ? Léger ? Qui encore ? Veut ou veut pas- on se livre davantage qu’on croit… pas du tout neutre. Freud l’affirme : Qui s’exprime, écrit, se livre ! Auteur d’une fantasmagorie ou d’un simple polar. Alors qui démasquer face à l’invention turpide d’une  Denise Bombardier névrosée, à quatre pattes à terre, léchant les souliers de Céline Dion ?

Qui ?  On projette…ce que l’on est. J’éviterai les ordinaires critiques sur ce show rituel. Je veux souligner un fait qui dépasse le niveau de l’opinion. Souligner l’abus d’un niais cliché, l’usage immodéré d’une fausse image : « Denise Bombardier est chiante, est « fraîche », b’en « stock up », insupportable d’intellectualisme, réactionnaire et méprisante…on continue ?

C’est tellement faux pour qui la connaît le moindrement. La Reine  n’est pas ma cousine et Denise pas davantage mais j’affirme  qu’elle a un humour hors du commun et est fort capable d’autodérision, croyez-moi. Pourquoi si souvent ces attaques ad hominem? Je vais vous le dire. Denise B. est une québécoise qui se désole de l’actuelle  -toujours relative-décadence.  Avec raison. Elle a la chance -et les envieux en bavent- de pouvoir  exprimer sa désolation à de puissants réseaux populaires, tels TVA ou à la radio 98,5. Aussi dans Le Devoir. Ses reproches sont motivés. Combien sommes-nous, accablés par le laxisme, le laisser-aller ? Pénible cette permissivité qui nous diminue collectivement… si cela enrichit des scripteurs déboussolés. Des noms ? Bof !

Ex-garnement, assez ex-voyou, dans Villeray, je ne suis pas sans péché. Pour les démagogues flatteurs, cette fière Bombardier qui proteste et s’insurge, est une vilaine « pisseuse » puritaine, une empêcheuse de péter et de roter en rond ! Pour ces drôles quiconque  cherche à s’améliorer, à évoluer, à grandir culturellement est un réactionnaire, un minable de droite, un renieur du Québec « si tant naturel ». Niaiserie des flagorneurs populistes et fort payante.

Veille du Jour de l’An, parodie navrante : Denise Bombardier, vautrée, suce les escarpins dorés d’une chanteuse célèbre. Quelle qualité de rire ici ? Car on peut, à la fois, rire et  avoir honte de rire bien souvent, pas vrai ? Voyez la raison de cette fine caricature : «  l’auteure populaire, D.B.,  écrit en ce moment une étude, un essai, sur la vedette mondiale. » Eh b’en, pis ? Ce sketch d’abruti (signé Avard, Mercier, Morissette, Cloutier ?) n’est pas une médisance mais une calomnie grotesque.

Les faits ? Céline Dion, la plus grande chanteuse populaire en Occident, vient d’ici, du Québec. Un tel auteur aurait bien  pu lui arriver de New York ou de Paris, de Los Angeles, non ? Pas vrai ? Pourquoi pas Denise Bombardier car entre celle qui vient du quartier Villeray et celle qui vient du village de Charlemagne, il y a évidemment des tas -de grands lots- de chauds points communs et cela donnera au monde entier un bouquin bien plus captivant que « Céline racontée, étudiée par un auteur de Berlin. Ou Madrid. Vrai ?

Alors ? À quoi rimait ce sketch du мебели« à quatre pattes » et « en suceuse de souliers, méchanceté? envie ? Illustrer cette prometteuse collaboration en laissant entendre un agenouillement crapuleux est une vision-de-con ! Aucun écrit n’est innocent, MM. Avard ou Mercier. Montrer à une revue-télé ultra populaire « une » qui se traîne aux pieds de la star relève d’une niaiserie sans aucun rapport avec les actualités.

Une écrivaine, très célèbre intervieweuse, rédige un livre sur sa « très illustre » compatriote. C’est correct. Qui a eu besoin de réduire ça en illuminée complaisante ? Dès 1935, feu-Fridolin montrait qu’une personne du Québec qui réussit… devient une salope, une vendue, une intrigante à quatre pattes.

CENT CANARDS, 20 QUISCALES ET UNE DONALDA !

Bien content de ma liberté des matins. Retrouvée, à la radio du 98,5, on m’a jeté après une dizaine de jours. Questionnant du motif, on m’a amicalement répondu que l’on veut quelqu’un d’urbain. Et qui sort ! Qui sort, hen ? J’ai compris qu’il y a donc inconvénient d’être, comme moi, un villageois sédentaire. Au fond : bon débarras, car…commenter la télé en belle saison où elle stagne, bof !

À quoi j’ai pensé quand le jeune boss-Bombardier m’a dit : « On veut quelqu’un qui sort » ? Je me suis souvenu, rue Saint-Denis, d’une volumineuse voisine, « Madame Laramée ». Elle était du genre Jean-John Charest -ombragé en France par une jolie potiche monarchiste- elle était une « cocue contente ». Son mari, M. Laramée, bien mis, parfumé, « sortait ». Trois soirs par semaine il quittait allègrement le logis conjugal.

« C’est un homme qui sort », disait nos mères scandalisées. Laurette, voisine accorte vieille fille : « Hélas ! C’est bien laid et bien triste, un mari qui sort ». Enfants candides, on en restait bouche ouverte : « Où va-t-il donc ? » La voisine d’en bas, pieuse madame Denis, grondait carrément à chacune de ses sorties au red light des : « C’est b’en écoeurant ! »

Notre « grosse-femme-d’à-côté », personne n’en revenait de tant de tolérance. Non seulement « Il sortait », pire, à ce mari volage qui s’épivardait, du haut de son balcon, la bizarre consentante madame Laramée, lui lançait -à très haute voix- d’aimables recommandations. On en état stupéfaits, tous, de ses « Ajuste ta cravate, mon chou ! » Ou : « Redresse ton collet de chemise, mon minou ! » Ou : « Corrige ton mouchoir de poche, mon toutou ! ». Entendez-vous rigoler sous cape sur les balcons voisins ? Volaient des : « La maudite folle ! L’innocente idiote ! La toutoune niaiseuse ! »

«Pas envie donc de sortir en ville pour le 98,5, pour courir les cocktails d’avant-premières, lancements et pré visionnements. Je n’ai rien d’une docile courroie de transmission. Surtout pas quand j’aperçois, un vendredi récent, au dessus de ma tête, une centaine de canards criards. Beauté inouïe ! Vivant caquetage d’une cour d’école en joyeuse récréation ! Grand demi-tour soudain, l’immense, libre, volière sauvage descend en planant sur le lac Rond. Gigantesque défilé d’ailes en mode atterrissage ! Les voir se secouer les ailes puis voguer avec tous ces longs cous qui s’étirent, armada de palmipèdes nageurs renversante ! Observer avec émoi -lunette d’approche sorties- cette horde de plumés qui s’ébroue, le bonheur. Troupe cancanante bruyamment, images absolument bouleversantes ! La belle pause, l’étape adèloise d’une migration voyage annuelle. Le titre de ce spectacle vespéral : « Le grand retour ».

Ah non, pas envie de sortir en ville, ni d’aller nulle part, face à ces troublantes images entre ciel et eau en cette fabuleux crépuscule, ce vendredi-là.

DONALDA GRIGNOTE DE L’INVISIBLE ?

Ne pas regretter ni les cachets plantureux, ni ma sédentarité quand, le lendemain du lac-en-canardière, nous revoyons ma chère Donalda. Marmotte amaigrie par notre long hiver, qui, placide, indépendante, sécurisée, picore tout proche de mes pivoines en pousses, sur le terrain autour de la galerie. Une vraie poule ! Ô la jolie boule brune remuante en toute quiétude au soleil de mai. Dos arrondi, tête à terre, grignotant… de l’invisible à nos yeux ! Elle ne nous voit pas à vingt pas étendus sur nos transats fraîchement sortis. Elle ne voit pas davantage tous ces noirauds quiscales aux si jolis beaux reflets bleutés qui l’entourent, qui picorent comme elle.

Que cherchent-ils tous ces fringants oiseaux poupres dans cet après-neige ? Vive l’été à venir, disparue enfin la froide blancheur. Et pour des mois. Quête donc de ma ronde Donalda…mais de quoi ? Des insectes ?, des graines naissantes de plantes ?, des larves?, des mini vers de terre ? Ne rien savoir sur notre faune et une envie d’aller consulter un encyclopédie. Ou Internet. Ce siffleux, femelle peut-être, réapparu, a-t-il pondu une nichée bien cachée ? Ou est-ce à venir, après de nocturnes et très secrètes aventures ?

« Sortira-t-il » lui aussi, bientôt, comme l’infidèle et prospère monsieur Marlou-Laramée de ma « petite patrie » en 1945 ? Sa marmaille en sécurité, Donalda ira-t-elle fleureter d’autres marmottes bien mâles ? Voilà que « l’heure de la bonne soupe » -chinoise, trouvée à l’École Hôtelière- sonne avec les cloches de l’église du haut de la côte.

C’est l’Angélus, l’ange du soir des Pêcheurs de perles, de monsieur le peintre Millet. Alors on rentre en escaladant le long escalier de la galerie. Nos bruits de pas. Donalda en sera-elle effarouchée, va-t-elle fuir, rentrer at home ? Alors on surveille sa fuite, chez monsieur-le-juge, notre voisin de l’ouest. On y imaginait son terrier habituel, on l’y a vue si souvent. Eh bien non, pas du tout. Voilà la mignonne bestiole fourrée qui file et disparaît sous notre longue galerie. Où? Près des bûches de bois empilés le long du mur de la cave, je découvre tout un monticule de terre remuée. Je n’ose déplacer de mes vieilles planches. À nos pieds : tout un tas de terre sablonneuse. Elle habite donc désormais chez nous. Un progrès ?, ou une simple envie de déménager ? Donalda remuante, pas du tout comme la mythique servante de Séraphin à genoux avec son savon à plancher et sa brosse.

Ou bien ce fut un besoin d’un nouveau statut social, vivre chez un écrivain ? Depuis quand cette fin du gîte chez les bons bourgeois d’à côté, un monsieur-le-juge ? Donalda a donc choisi l’humble terrain d’artistes retraités, nous. Elle deviendrait socialiste, populiste ? Plutôt fut-elle embarrassée par les incessants travaux de l’infatigable « André », fidèle jardinier du juge retraité ? André est ce vaillant et zélé tondeur, sans cesse à son rasoir bruyant. Il possède d’énergiques gènes notre Hongro-roumain, que sais-je, vu son accent particulier ? Je le questionnerai à notre prochaine jasette. Reste que ses méticuleux travaux avec pelouses exemplaires ont sans doute conduit la moufette-Donalda à notre rustique dessous de galerie. Je l’adopte volontiers et ne ferai pas le ménage de ces planches.

Canards descendus du ciel, quiscales en goguette, Donalda… et tout ce qui s’en vient avec la belle saison… font que, non, « je ne sors pas d’ici » et j’en suis très heureux. Adieu radio-critique des matins chez Arcand. Tant pis pour ceux qui appréciaient mes candides boniments. Je me lève assez tard de nouveau. Quoi ? « C’est bon pour le teint », vous dites ? Ah, savais pas ça !

LA VIE, LA VIE…


Ces jours-là, émoi en médias… un lion rôdait très à l’ouest de chez moi. Imaginez un ours polaire qui, en Afrique, rôde à Ouagadougou ! Ou un chameau errant à Saint-Sauveur ! Ou un gorille, mon cher Brassens, qui court dans les rues de Sainte-Agathe ! Un kangourou sur le Plateau ? Un éléphant à une fontaine du Vieux ? Ce lion en liberté, ce fut comme une subite percée de poésie, surréaliste pas mal ! Ça rafraîchit des sobres actualités télévisées. Ça divertit de ce faux pasteur « évangélik », un certain Cormier, pédophile avocassier qui dit : « C’est elle, cette jeune enfant, qui m’a séduit ! » Non mais… Diversion aussi d’avec cet Autrichien dément qui a profité salement de tous ces amis, parents, voisins « aveugles ». Voir à TVA Denise Bombardier qui s’enrage de la conne patience des cours de justice face à d’évidentes écoeuranteries. Elle en était toute pâle, comme ahurie, démontée, renversée et avec raison ! « Quoi, quoi, nous, on se mêle de nos affaires ! », voilà la funeste attitude des gens d’aujourd’hui. L’égocentrisme actuel, à la mode. Bien incroyable en cette toute petite ville autrichienne -chienne d’existence !- de n’avoir jamais rien vu. Le louche, le bizarre. Cela durant tant de décennies. L’atroce jeu pourri d’un dominant sur des dominées !

LA VIE, LA VIE…

C’est aussi -en ce jour du lion domestique qui a rompu sa laisse- trois rencontres amusantes : à 17 heures, à ma quasi-voisine École hôtelière, une gamine délurée à qui la jeune maman offre un petit gâteau enrobé de sucre. Rieuse, elle avale goulûment le crémage, s’en pourlèche les babines, en a plein les doigts d’une main. Quand je sors, accroupie, la maman lèche les petits doigts de sa fillette. Celle-ci me voit : « Veux-tu mes doigts, toi aussi ? » Elle rit. Je ris.

À 18 heures, en ma jolie piscine de L’Excelsior, s’amènent une autre maman et sa gamine. Elle fait l’acrobate dans une bouée de sauvetage. Je la félicite à chaque tour. En silence total mais fière, elle en rajoute, en invente. Quand elle me verra quitter la baignoire, enfin elle parle : « T’en va pas ! »

Ce cri ! Ému, je dis : « Il le faut car on m’attend. » Elle rit. Je ris.

À midi, ce même jour, un sosie très amélioré de François Avard sonne à ma porte. C’est un technicien de la populaire station-radio 98,5. Pressé, il m’installe vite, en riant, un poste domestique, avec mini-régie, fier microphone et chics écouteurs de cuir noir. Me voilà bien mieux équipé pour mes topos-télé de 9h 45. Mais, parti, me voilà privé du téléphone ordinaire ! Connexions erratiques ? Je suppose qu’il reviendra ?

LA VIE, LA VIE…

La vie, la vie… c’est aussi de ranger à la cave les tapis de coco, rouler la clôture à neige du parterre, râteler des restes de feuilles mortes. Puis de sortir nos deux bécanes, les donner à huiler, à graisser chez l’ expert de la jolie vieille gare du quartier Mont Rolland.

Mai et ravi, voir, si grossis, les bourgeons de nos lilas; le violet, les mauves nombreux, le si beau blanc. Éclats bientôt avec leurs fleurs tellement odoriférantes. On formera des bouquets. À offrir. Il y a les boutons des chèvrefeuilles qui s’impatientent, toute la nature, on dirait, semble s’impatienter. Ce si long hiver québécois ! Tant de neige en 2008 !

L’eau du lac, très haute, baigne tout le terrain. Mon quai -où « Monsieur » se cachait- a dérivé pas mal, comment le ramener ? J’y vais voir mais, sous la pelouse, la boue règne et je manque de m’éjarer ! Oups ! Chantons à la Beatle, « Here come the sun » ! Qu’il vienne, vite et souvent, pour assécher mon petit marécage.

La vie, la vie… c’est notre hâte d’aller pédaler tôt, aller petit déj (Paris talk !) en terrasse proche de la gare rénovée de Val David, là, où une proprio charmante, latino exilée, fait du bien bon café. La vie, la vie… ce sera aussi pour moi, dès le 16 mai, la piscine extérieure -chauffée- à L’Excelsior, qui va rouvrir. Youpi !

Pendant quatre fois dix ans j’ai été, comme tout le monde, obligé de vivre-en-ville pour bosser ici et là… Jeunes gens, souffrez et endurez les horaires obligés, patientez, la retraite viendra un jour pour vous aussi et vous verrez, ce sera un bon temps. Ce sera le temps d’avoir le temps. Par exemple, de rire à la vue d’une gourmande gamine-au-gâteau bien sucré, ou à celle, acrobate de cinq ans, à la-bouée-rouge. Aussi avoir le temps d’admirer du haut de la côte Morin, avant d’entrer chez l’ancien-Pep -Casa del Forno- ces tranquilles éléphants, nos montagnes bien assises, sereines bêtes à gros dos plein notre horizon. Gros patafoufs verdoyants assoupis et qui se sont formées en des temps immémoriaux. Ô mes Laurentides !

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POUR VICTOR-LE-MATAMORE

Ami, de quoi t’as l’air là ? Veux-tu bien te calmer un peu. Voilà-t-y pas que les gazettes m’apprennent que tu jettes ton nouveau livre (La grande tribu) au feu après avoir invité des reporters au bord de la bavette de ton pouèle à bois ! Non mais…

Aussi, je lis que, dans deux mois -le premier mai-, tu vas en jeter un bon paquet d’autres. Deviens-tu pyromane ? Faut respirer par le nez mon petit camarade. Tu files un mauvais coton. Des articles de ton Trois-Pistoles natal -à propos de cet incendie littéraire- racontent vaguement tes griefs, les motifs de ton enragement. Tu as mis des lunettes noires, trop noires. Pas trop sûr d’avoir tout bien compris. Tu crains quoi ? Une sorte d’écrasement général ? Une démission sociale, culturelle, et politique. Pourquoi ça diable. Je vois poindre, moi, mille bons signes de santé su tous ces plans.

Tu as annoncé orbi et urbi que tu te retires de la vie publique aussi pour raison de santé. Là, je deviens inquiet et sérieusement je ne veux pas que la maladie s‘installe chez toi, dans ton cher petit paradis basdufleuvien. Je me fiche un peu de tes chats, chiens, poules et chèvres et même de ton agneau pascal, je ne me fiche pas du tout de l’auteur des Grands-pères et du Rêve québécois, ni, à la télé, de celui de Race de monde et de L’héritage ou de Montréal, P.Q.

J’ai cru comprendre que tu es découragé de « tout le peuple ». Là, mon veux, tu files vraiment un mauvais coton Victor. Il y a dix, vingt, cent raisons, au contraire, de garder espoir. Je suis très confiant face à l’avenir, Même face à l’avenir prochain du Québec. Sois tranquille, je ne te parlerai pas de Céline Dion, ni du Cirque du soleil ou de Bombardier et de Quebecor. Je te parle de fameux récents bons spectacles vus à La Licorne et au GO, de formidables nouveaux romans, dont « La sœur de Judith » que je viens de terminer, de films québécois forts, extrêmement bien faits, dont « Continental », oui, il n’y a absolument rien, mais vraiment rien de décourageant du côté qui nous intéresse tous les deux : la culture vivante, la culture qui se fait et va se faire. La vie culturelle est ces temps-ci fort dynamique et offerte par « ceux qui viennent », par les jeunes créateurs québécois -filles et garçons- qui commencent à étaler les fruit de leurs dons bien solides.

Allons, faut te secouer mon cher Victor. Du cran et bon courage. L’hiver est long, c’est certain. Mais le printemps s’en vient, est à nos portes. Et tes belles bêtes vont pouvoir courir dans ton pré que ce sera pas long. Tiens le coup, allons ! Je te vois mal en un Yvon Deschamps qui, un mauvais moment, prévoyait notre disparition. Ou en un Jacques Godbout pas moins fataliste. Foutaises et fadaises. Évite ces oiseaux de malheur, t’es d’une autre trempe, non ? Tes écrits le prouvent. Ton imagination si fertile, si généreuse, dément cette mauvaise passe de noirceur que tu traverses, ta funeste lecture d’un réel bien mal perçu. Bon repos, cher Vic. La jeunesse du Québec actuel a besoin d’aînés confiants, lucides mais optimises aussi. Les prédicateurs de désespoir (Nancy Huston a bien raison) sont nuisibles, sont de stériles éteignoirs. On en a bien assez dans notre petite patrie, non ? Victor, nous avons un devoir d’espérance face à nos cadets qui, aujourd’hui même, sont penchés à leurs établis, chevalets, écritoires et autres « planches » de création.

Pas vrai ?

Claude Jasmin

(30)

« GRANDES GUEULES » RECHERCHÉES

Il y a un manque tant on slaque vite à la télé les tribuns désaxés. Un matin, j’ai dit « non » par téléphone à un nouvel appel de la télé de TQS, encore une fois l’on m’invitait à « gueuler » en ces débats d’après les nouvelles. « Non merci ! », car j’y voyais de l’artificialité. Amateur de polémiques depuis très longtemps, je me sentais installé sur une liste-maison à « grandes gueules » Ma peur ? Celle de devenir un autre gueulard « automatique » et peu importe le sujet, le vrai fond d’une querelle. J’avais assez donné. Toujours, je me souviendrai de cette recherchiste —pour TVA chez Cazin peut-être?— qui osa me dire : « M. Jasmin, un p’tit effort, je suis mal prise, j’ai personne pour débattre le « contre », soyez donc si-ou-pla, « contre l’avortement ».

Mon refus net d’y aller, bien entendu. À la radio, les Pasco et Proulx —moins criards et plus mesurés que les sinistres Arthur et Filion de Québec, aujourd’hui congédiés des ondes publiques— furent des pionniers en cette matière. La télé s’y est mis depuis quelques années. Je tiens comme absolument essentielles deux valeurs : l’indignation et l’admiration. Or, au domaine des querelleurs « de service » il n’y a que « l’indignation de « commande »; je ne mange plus de ce pain-là. Denise Bombardier a raison certes, la faculté de s’indigner manque trop en notre population frileuse et craintive face à ses droits.

Reste que la faculté de s’émerveiller n’est pas moins importante. C’est aussi, hélas, la grande absente; les médias s’excitent pour —surtout— ce qui va mal. Essayer de contacter un du monde médias et proposer: « Pourrait-on, en un panel, aller vanter en ondes les grands mérites de X. Ou de Y ? Leur valeur singulière, leur effet positif sur nous tous ? » Ce serait : Niet ! Rarement peut peut-on lire (presse), entendre (la radio), voir (la télé) des éloges à propos d’un progrès formidable. Lisez les « lettres ouvertes », que de farouches revendications de tous ordres. Y compris l’ordre folichon. Un monde de râleurs ? Hélas, oui. Et je ne suis pas sans péché là-dessus mais j’ai fini par mûrir, me lasser de cette position de « gueulard à tout crin ».

La foule aime ce genre de cirque ? Sans doue, il n’y a qu’à voir la tête heureuse d’un Guy Lepage quand lève une chicane en son studio des dimanches, il sait bien que le lundi, la querelle fera des manchettes et, partant, sa publicité. Ainsi on a pu observer l’amertume d’un Gilles Proulx aux « Francs-Tireurs » causant, tout navré, d’avoir été « jeté » par TQS —quand il dérapa à propos d’une jeune victime de viol. Que dire du cas lamentable d’un psy Mailloux, révélant une étude-bidon sur la génétique débilitante des Noirs ? Plus récemment, quoi penser de cet ex-maire de village, Gendron, qui injuriait bassement une jugesse qu’il déteste viscéralement.

En ce domaine des débats publics, il reste, à T.Q, avec Marie-F. Bazzo, ce forum civilisé avec plusieurs voix à ses micros et caméras. Dans l’affaire des « passe-droit » aux migrants à confessions multiples, un Paul Arcand s’entourait, lui aussi, d’une pluralité de voix discordantes. Ce qui fit un « moins bon » show forcément mais qui donnait de l’espace médiatique à tout le monde. Qui osera offrir un spectacle d’idées en disant au producteur (de radio ou de télé) : « Ce serait une table d’invités pour louanger unanimement telle découverte ou tel grand succès, telle réalisation importante ». Au panier et vite ! La foule sentimentale (cher Souchon) aime davantage les monstres, la foire d’empoigne.

Pour une meilleure « crotte d’écoute » il n’y a proclamer : « Ce soir, ne manquez pas à notre antenne, la rencontre explosive de quatre —ou six ou huit— très farouches « anti-Céline Dion », elle ou toute autre vedette incontestable. Les gradins se rempliront rapidement. Ou vous annoncez : « Débat public : pour et contre… », choisissant un sujet ultra hot car la démagogie contient un vaste choix de sujets. Bémol très embarrassant pour ces entrepreneurs en cirques et foires foireuses : très difficile d’embaucher de ces « gueulards candides », c’est ce qui fait que le public voit —et revoit— toujours les même la même dizaine (à peine !) de binettes. Ce court cheptel trop familier achève actuellement d’enfin comprendre : une réputation factice et encombrante. Aux foules abusées, on n’ose pas avouer que cette sorte de clowns se raréfie. Le bouffon des ondes, le canon-lousse, prend conscience, lui, qu’on l’utilise et qu’on le jette comme un vieux mouchoir sali dès sa première dérive.

Je refusai donc de jouer plus longtemps car j’ai le sens du ridicule. On ne me prendra pas, par exemple, à m’exclamer aux côtés de Madame Thibault : « Que le chef élu, André Boisclair, démissionne tout de suite pour avoir osé jouer le coco à la fictive tente de Bush et Harper ». Jadis un dadais, éditorialiste à Québec, écrasé ensuite par le ridicule, fermait sa semonce écrite par : « Et que Kroutchef se le tienne pour dit ! »

Pour moi : e finita la comedia !

« TOUT L’ MONDE EST MALHEUREUX TOUT L’TEMPS ! »

S’en revient, en novembre prochain, « Le Salon du livre ». À cette époque, l’an dernier, on a lu des déclarations sur la maigreur de « notre monde » du livre. Ce fut la grosse chicane. Guérin, gros marchand de livres, s’écria : « Assez de colonialisme, accordons les belles places aux nôtres, comme font les parisiens, et des « racoins » modestes pour ceux de France ». Résumons les opinions. On publia mon texte : « Un seul vrai problème : le monde ne lit par notre littérature québécoise ». Victor-Lévy Beaulieu me répondait: « Faux, mon Jasmin. Le problème ? Les médias sont absents pour nos livres et nous manquons de subventions ». Je notai.

Michel Brûlé, éditeur méprisé, s’amenait :  » Le problème c’est que, subventionnés à gogo, on édite n’importe quoi. Pas assez de livres à succès, le « milieu livres » est nombriliste et il y a une clique de « profs-docteurs-en-lettres » qui snobe les « populaires ». Je notais encore.

L’ex-éditeur, Alain Stanké, étonnant, y alla d’un :  » Comme en France, abolissons carrément les subventions. Trop d’offres…bien peu de demandes ». Aïe ! Le prestigieux Pacal Assatiany de Boréal : « L’éditeur Brûlé déconne, c’est un jaloux ! » Le chroniqueur Cassivi en rajoutait :  » Michel Brûlé est un vulgaire peddler de livres, un suiveur de modes . » La journaliste Stéphanie Bérubé publiait un bon papier pour dire aussi de « trop d’offre pour la demande ». Un marché faussé, taré.

Des livres qui fonctionnent, dit-il, certains albums de B.D. les auto-biographies-à-succès, Janette Bertand, des livres-jeunesse, telle la série « Amos D’Aragon » (chez Brûlé) et des livres-à-scandales, tel le livre de Vastel sur une jeune Simard abusée. Et l’anglaisé doué et traduit, Yann Martel ? B’en…une exception glorieuse. Le Brûlé fort malmené revint à la charge :  » C’est anormal, tous ces éditeurs qui font des livres-sans-succès aucun et qui pourtant reçoivent davantage de subventions ». Voudrait-il la manière Téléfilm, « Prime aux performants » ? Le chroniqueur Paul Cauchon comparait avec un monde semblable, la télé « hyper-subventionnée et écrivait:  » En saine théorie financière l’on prévoit que les hommes d’affaires-gestionnaires incompétents ne participant pas aux frais— ( tous nos éditeurs subventionnés ?) se fichent bien des résultats. Ils empochent les subventions, rien à perdre, c’est pas leur fric ». Eh ! Alors, on songe à ces producteurs de télé « morons » —disait jadis F. Larouche— qui ne mettent pas le « fric public » à l’écran, roulent en Mercédes, mènent un train-de-vie somptueux ».

Le retraité Stanké avait-il raison ? « Abolir les subventions et laisser flotter librement ce chétif marché ? » Hum ! Verrait-on disparaître la totalité des éditeurs littéraires ? Oui. Brûlé insistait : « Le succès en ce milieu est un étrange tabou, une honte « . Relisant toutes ces déclarations, on turlutera du Vigneault: « Tout l’monde est malheureux tout l’temps ! »

L’éditorialiste Mario Roy —qui publia un excellent livre sur Gerry Boulet, nous captivait : « Dans le monde, il se publie deux livres à chaque minute, un million chaque année ! Au Québec, 5,000 livres sortent chaque année, c’est davantage qu’un livre par jour. Il y aurait 200 éditeurs au Québec (!), pas tous « de littérature ». Ils n’étaient pas dix en 1960 ! Le contribuable crache donc 30 millions de belles piastres pour « entretenir »— c’est le bon mot— le livre ! Alors je maintiens mon : « Cause de malheur : le monde ne lit pas l’yable ».

Qui a lu « Le jeu de l’épave », étonnant roman du jeune Bruno Hébert, ou l’émouvant « Que vais-je devenir jusqu’à ce que je meurs » de Lalonde, ou « Toute vie est un roman« , mes entretiens avec un ménagère brillante de Sherbrooke ? Le Salon va-t-il encore se taper les bretelles avec le nombre de ses visiteurs, on comptera les tours des « mêmes » aux tourniquets et les enfants-non-acheteurs en amusant congé scolaire, les doigts pleins de signets. En fait c’est même pas un Québécois sur 300 et nous sommes 3 millions de Québécois—la moitié de la population— dans la grande région montréalaise (de St-Jérôme à St-Jean).

299 Québécois sur 300 n’en ont « rien à foutre » du livre, littéraire ou pas littéraire. Un correspondant me jette :  » C’est que, de la fiction, des « z’histoires », on en a en masse avec vidéo-clubs, cinéma, canaux de télé, etc..  » Que répondre ? Ne plus publier que de l’auto-fiction ? — les beaux cris de madame Noël, ou ceux de Sissi Labrèche ? Ou bien des biographies ? De là, l’an dernier, mon appel à la radio de Cloutier : « Vite, Raymond, trouve-moi un biographe ». Je rigolais.

Comment bien convaincre que Bruno Hébert ou la Francine Noël du très bouleversant « La femme de ma vie« , offre des heures et des heures de lecture sans commune mesure avec du téléroman à « crochets » pour captiver de façon ultra primaire les centaines de milliers de téléphages et télémanes ? Comment ?

Gardons donc le rythme —« B.S. cultuel »— actuel. Après tout c’est bien davantage que $ 35 millions d’argent public que l’État offre en subventions variées aux industriels de tout acabit, Bombardier et Cie. En fin de compte, l’auteur du volumineux « Joyce, le Québec …», Beaulieu, aurait donc raison ? « Davantage de subventions et aussi une meilleure visibilité en médias, svp ! ». Que revienne donc ce « Salon du livre » avec, au milieu, les crésus-du-livre de Paris et, tout autour, les subventionnés « indigènes indigents ».

JAN ET JEAN : DEUX DAMES « FOLDINGUES » ?

L’une, dame Jan Wong, délire en proclamant que les morts de tireurs-fous sont les victimes du « Québec français ». Feu le docteur-mnistre Camille Laurin en assassin par procuration ? Droit de rire ! L’autre, dame Michaëlle Jean, ne délire pas moins : « Les Québécois, trop ouverts sur le monde, dédaigne le Canada voisin ». Deux bêtises en somme. La connerie de cette Jan W. ne se méritait pas les protestations de MM. Harper et Charest car on ne répond pas à une niaiserie quand on est PREMIER MINISTRE et Denise Bombardier a bien eu raison de les blâmer face à l’immense public des aux actualités de TVA. Cette niaiserie d’une columinst au Globe and Mail relève d’une telle mauvaise foi qu’elle devait n’être attaqué que par ses pairs. Nenni ! Francophobia en avant toutes ! Ils se ont tu, tous ! Solidaires donc de ce puant racisme.

Dame Jan, elle, illustre à sa manière cette francophobie rampante chez les Canadians, mais pour ce qui est de la vice-Reine, c’est tout autre chose. La « kioute » cheffe d’État —non élue—, tente de nier un fait têtu et très évident : il y a deux nations, il y a deux pays. Elle dit vrai avec son « deux nations avoisinantes guère curieuses l’une pour l’autre ». Vrai que les Canadians (même vivant parmi nous) ne connaissent pas nos goûts, nos valeurs, nos tendances, nos us et coutumes. Cela ne les intéresse pas. Qu’y faire ? Rien. Autre fait bien têtu, nous aussi, ces Canadians ne nous intéressent pas le diable. Les anglos ne savent pas qui est Guillaume Vigneault ou Yves Beauchemin, ou Marie Laberge, ignorent totalement nos meilleurs dramaturges, chanteurs et poètes (morts ou vivants, Miron ou Brault). C’est une réalité qui nous dit : « Vous ne nous intéressez pas ».

Hors les milieux universitaires, le grand public, le populo quoi, à Vancouver, Halifax ou à Toronto est « étatsunien », américanisé au maximum. Tous, tournés (accros) vers les activités USA . En chansons rock-pop, cinéma, télévision, magazines. Je l’ai déjà publié : c’est qu’ ils sont de même langue. De la même façon, quand on cherche d’autres interlocuteurs culturels, nous nous tournons vers la francophonie, vers Paris souvent. Même langue. Même ici notre populo, notre « masse », le « star system » des USA, c’est dire ! De tout temps et dans tous les domaines, une « hyper puissance », (voisine ou non), fait cela. On se questionne : cette coquette mondaine dame Jean, sur quelle planète vit-elle ? Tout comme Fournier, bloqué lui en phase anale, souhaitant une télé publique propagandiste, la vice-Reine souhaite aussi ardemment « l’unité nationale ». À « Tout l’monde…, face aux fédérats « Fournier et Cie », on entendrait un « Y chie… Radio-Caca-nada », le fou du roi-Lepage rigole ! Perte de temps vice-Reine :on ne change pas le réel, on ne détourne pas de force un courant immuable.

Oui, nous ignorons les créateurs Canadians en tous genre cela nous laisse de glace, et c’est vice versa. Rien à faire, c’est ainsi depuis toujours. La vice-Reine fait du whisfull thinking en s’enrageant de cette situation. Qui est tout à fait normale. Aux antipodes l’une de l’autre, deux cultures antagonistes ne se mêlent pas. Une preuve de ce fossé justement : cette folledingue de Jan Wong publiant son analyse tordue face aux tueurs désaxés, effet visible de ignorance crasse outre Outaouais. La Dame Jean aimerait-elle que les Torontois applaudissent, par exemple, l’émouvant film « La neuvaine » ? Allons, peine perdue.

Il y a des exceptions, par exemple les mélomanes du Québec connaissaient le pianiste Glenn Gould. Un génie fait cela, c’est très rare.

On aurait tort, par ailleurs de s’imaginer qu’il n’y a que la langue pur « clôturer » les esprits car les deux « tempéraments » —anglo versus franco— conduisent inéluctablement à ce normal séparatisme. Des exceptions, oui. Nous sont venus des Canadians (et quelques Étatsuniens aussi) qui vivent parmi nous, heureux, tout à fait intégrés au Québec français, adoptant avec joie nos us, coutumes. Comme il doit y avoir, chez les nôtres, de ces exilés et assimilés volontaires, à Vancouver comme à Toronto. Leur choix de vivre à l’anglaise… et vive la liberté !

Mais vouloir unir, fondre de force « les deux nations » c’est d’une bêtise crasse. Ou bien, hypocritement, c’est vouloir faire un travail fédéraliste politique, (Vive la grosse Caisse à Gagliano !) artificiel, c’est du plaquage ce desiderata, « l’unité nationale » (lire fédérale ) pour des fins carrément politiciennes et combattre les souverainistes. Michaëlle Jean, symbole colonialiste exotique, , rémunérée grassement en un job honorifique— n’a qu’à se confiner —comme ses deux prédécesseures—, en gestes d’apparat. « Paraître » aux tribunes des fêtes officielles, distribuer des prix, couper des rubans et voyager chèrement (telle la dispendieuse Claxton) sur le bras des payeurs de taxes.

Si ce rôle, car c’en est un, ne lui convient plus, elle n’a qu’à venir se présenter pour se faire élire, venir au Québec en campagne électorale. Autrement Dame Jean fermez-la et… parader.
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« AU FOND DE NOUS ! »

Parlons de Foglia. À la télé, pas de « gala » pour les chroniqueurs ? Parmi les Nuovo, Payette, Bombardier, Martineau, etc., on peut imaginer que le lauréat favori serait ce brillant « humeuriste ». Parlant chroniqueurs, on peut lire dans un bulletin (souvent bien rédigé), « RND-Notre-Dame », que Gilles Lesage —et tant de journalistes— sont maladivement jaloux. On y lit un lourde et pénible charge anti-columnists. On peut comprendre l’envie (inavouable ? ) des « rapporteurs de faits » face à ces opinionistes libres de commenter actualités mondiales ou, simplement, l’air du temps. Notre Foglia très syndiqué, bien protégé donc, s’ébroue ne craignant aucune censure, il ira même un matin jusqu’à cogner en pleine face André Pratte, cheuf-penseur de son propre journal, un néo-libéral à quatre patres devant le manifeste dit lucide.

Au moment de quitter le chiard de Turin — ces JEUX où, aux quatre ans, l’on ose enseigner aux jeunesses du monde la plus féroce compétitivité— on a pu lire un bilan du Foglia. Un vrai bonheur ! Voilà que notre Québécois d’adoption, foin de bilan, nous raconte plutôt ses étés dans sa patrie d’origine. Au Piémont, pas loin de Turin. Grand bonheur de lire et le voyage en chaloupe sur le lac Majeur pour aller à la ferme du papi, et la carriole tirée par des bœufs, les figues éclatées mangées aux arbres, le pain frais dévoré avec le raisin. Et la honte : honte de cette « mamma », un Foglia-enfant face à sa mère : « cette affaire-là avec ses varices, ses bas de coton, ses robes-tabliers ». Hon !

J’ai songé à la mienne m’amenant, déguisée en fausse pauvresse, pour aller mieux négocier ma neuve paire de culottes « britishes » avec les marchands juifs de la rue Saint-Hubert. Ma honte ! Foglia, je l’ai publié, devrait composer des livres, il est un écrivain. Surdoué. Il refuse. Son droit. Et puis « quossa donne », j’en ai publié plus de 50 et La Presse, toute prise par New York et Paris n’est-ce pas ?, n’a pas pondu une seule ligne (pas une !) d’information pour son lectorat sur mes deux derniers : des entretiens du « vieil homme » avec la jeune Francine Allard (« Interdit d’ennuyer ») et, récemment, avec une simple ménagère, une ironiste surdouée, Michèle Dion (« Toute vie est un roman »). Avec son haut-de-page bi-hebdomadaire, Foglia a des centaines de milliers de lecteurs, alors !

« Au fond de nous » donc, mots dans son bilan de Turin, un Foglia émouvant proclame avec justesse que l’enfance « est un cicatrice qui ne se referme jamais », dixit la grande Colette. On a dit aussi que c’était, l’enfance, « le premier exil de l’homme ». Oui, une rupture grave quand on doit la quitter et c’est la matière de tant de romans ou récits. Je l’ai assez montré. Trop ? Non, car me voilà en train de travailler un nouveau livre là-dessus, « Chinoiseries », titre de travail.

L’enfance quittée, inépuisable sujet : un Stéphane Laporte l’illustre constamment avec talent. L’un de mes cinq petits-fils, David Jasmin-Barrière, étudiant, le seul piqué de littérature, peaufine actuellement son premier livre sur ce thème éternel : « Un été en enfer », son titre de travail. J’ai lu, c’est bon, un texte d’ordre surréel qui narre sa terrifiante sortie de l’enfance à lui, en usine. Dans un job de jeune forçat. Oui « au fond de nous », il y a cette partie de vie « magique », l’enfance, que, tôt ou tard, il nous faut, à regret, abandonner. Tous ! Pour Foglia, avant son autre exil —au Québec—, les souvenirs du gamin de « la femme de ménage » en France se font lire fréquemment. On y découvre ses humiliations « françaises », sans cesse : le jeune « rital » pauvre moqué cruellement sans doute. De là, hélas, une sorte de francophobie chez lui, de là aussi son « american dream ». Visible aussi chez un Dany Laferrière. Un Montréal comme à défaut de mieux. New York always ? Classique chez ces émigrants en fervents abonnés aux « states », à ses oeuvres et à ses pompes ! Voyez leurs soucoupes toutes tournées vers « USA-dream » dans Parc Extension. Dans tous les ghettos de ces « mal intégrés ». Foglia, notre chroniqueur emeritus, ira sans cesse pédaler —heureux comme un roi— outre-frontières, qui sont toutes proches de son ermitage relatif de bougon bien grognon, Saint-Armand. Québec en pis-aller ?

Foglia n’oublie donc jamais Ambrosina, sa mère aux bas de coton, ses étés italiens, ou la via Nizza à Turin pour l’humiliant rase-bol des débuts de vacances. J’ai connu ce rituel infamant ! Cela afin de bien voir les poux ! À jamais, Foglia a gardé dans son cœur, dit-il, les bruits et les odeurs du « temps magique », comme je n’oublie jamais les cris des marchands de ma ruelle de Villeray, les odeurs du marché Jean-Talon. Nous avançons dans nos vies, hommes et femmes, le regard tourné…au fond de nous. Car, comme dit Saint-Exupéry, « On est de son enfance comme d’un pays ».

LA LITTÉRATURE OÙ « TOUT LE MONDE EST MALHEUREUX TOUT L’TEMPS ! »

LITTÉRATURE : TOUT LE MONDE EST MALHEUREUX TOUT L’TEMPS ?

par CLAUDE JASMIN
(écrivain)

Bon, bien fini le Salon du livre. Avant et pendant, le public a pu lire diverses déclarations. Faisons un bilan de cette récente querelle. Résumons des arguments, on a publié d’abord mon texte disant: « Un seul grave problème, le monde ne lit par notre littérature québécoise« . Lévy Beaulieu me répondait: « Faux mon Jasmin, le problème : les médias sont absents pour nos livres et nous manquons de subventions ». Je notais. Michel Brûlé, éditeur méprisé souvent, s’amenait avec : » Le problème : éditeurs subventionnés à gogo, en librairies trop de n’importe quoi et pas assez de livres à succès, Le milieu littéraire est nombriliste, une clique de profs-docteurs-en-lettres snobs face aux « populaires ». Je notais. L’ex-éditeur Alain Stanké y alla d’un étonnant :  » Comme en France, on devrait abolir carrément les subventions, il y a trop d’offres et peu de demandes ».  » Diable ! Puis, le prestigieux Pascal Assatiany de « Boréal » vint aux créneaux : « L’éditeur Brûlé déconne, ce n’est qu’un jaloux ! » Bang ! Un chroniqueur, Cassivi, en rajouta :  » Michel Brûlé est un vulgaire peddler de livres, un suiveur de modes-à-scandales bidon. »
Ça volait bas ? Pas toujours verbatim, je résume pour faire court. Une Stéphanie Bérubé publiait un long papier qui parlait aussi de « trop d’offre pour la demande »; on y parlait de livres qui « fonctionnent » : La B.D. parfois, les biographies (Janette Bertrand), certains livres-jeunesse, la série « Amos D’Aragon » chez Brûlé, et des livres de cuisine ou « à scandales », l’exemple du Vastel sur Nathalie Simard. Mais aussi un Yann Martel, exception glorieuse. Le Brûlé malmené s’y confiait: « C’est anormal, ces éditeurs qui font des livres sans succès aucun, qui reçoivent davantage de subventions ». Paul Cauchon (du Devoir) publia sur un monde semblable au livre littéraire —la télé subventionnée:  » En théorie financière l’on prévoit que les hommes d’affaires qui ne participent pas aux frais (nos éditeurs subventionnés ) se fichent bien des résultats. Ils empochent les subventions, n’ont donc rien à perdre car c’est pas « leur fric ». Oh ! On songe à ces « producteurs morons » (dixit Fabienne Larouche) qui ne mettent pas ces argents publics à l’écran mais mènent un somptueux train-de-vie « .
Stanké aurait-il raison, abolir les subventions et laisser ce chétif marché « littéraire » flotter librement ? Hum ! Gageons que l’on verrait la majorité des éditeurs littéraires fermer leurs boutiques. Brûlé a-t-il raison en affirmant : « Le succès est méprisé en ce milieu » ? Lisant toutes ces déclarations, on en viendrait à turluter : « Tout l’monde est malheureux tout l’temps ! (Vigneault)  » Des faits connus : dans le monde il se publie deux livres à chaque minute, un million chaque année ! Désormais, au Québec, 5,000 livres sortent chaque année; c’est bien plus qu’un livre par jour ! Il y aurait 200 éditeurs au pays, pas tous « en littérature » évidemment. Nous, les cochons-de-payeurs-de-taxes, crachons 30 millions de belles « piastres-du-Dominion » (ô Séraphin !) pour « entretenir »— c’est le bon mot— le livre. Vais-je maintenir mon « Le monde ne lit pas notre littérature ». Combien vont lire ce bon roman, « Le jeu de l’épave » signé du jeune Bruno Hébert ? Ou le fascinant « Que vais-je devenir… », de Robert Lalonde, l’intrigant nouveau Rivard « Le siècle de Jeanne », l’étonnant « Asphalte et Vodka » de Michel Vézina ? Ou mon « Rachel au pays.. » ? Peu. Le Salon du livre se tape les bretelles avec son nombre de visiteurs. Ce n’est pas même un Québécois sur 300. Nous sommes 3 millions —la moitié de la population— dans le très grand-Montréal, entre Saint-Jérôme et Saint-Jean. 299 Québécois sur 300 n’en ont rien à foutre du livre, littéraire ou pas.
Un correspondant me jette :  » Quoi, des histoires, de la fiction, on en a en masse via le cinéma, le vidéo-club du coin et tous nos canaux de télé. Suffit !  » Bête de même ! Que lui rétorquer ? Ne plus publier que de l’auto-fiction, des journaux intimes, des biographies ? Comment savoir bien convaincre que Francine Noël —forte autofiction— avec son émouvant « La femme de ma vie », offre un livre qui offre une lecture bouleversante, sans commune mesure avec le cinéma courant ou de la télé « à suivre ». Mon fait têtu s’incruste ? Rares sont les lecteurs de notre littérature. Quoi faire ? Ce « stopper l’aide public » ? C’est bien davantage que 35 millions d’argent public qui est donné en subventions aux grands marchands divers, industriels, manufacturiers comme Bombardier. Pas vrai ? Des milliards d’argent public ! Parfois comme pour soutenir G.M. Qui ferma son usine ! Non ? En fin de compte, mon Victor Beaulieu aurait-il raison avec son « Davantage d’aide ». Et la visibilité ? Partout, radio, télé, presse : plein de pages-sports, plein de reportages, pré-papiers, interviews variées pour les « stars » de télé et de ciné et très chétif espace à la littérature d’ici. Sauf, Dieu merci, au Devoir. Symptôme récent d’abandon ? La Presse a aboli le mot « lectures » du cahier-du-dimanche, titrant l’ex-cahier du mot vague : « Radar » ! Signe du désintéressement actuel pour notre littérature québécoise en grave crise..

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VAILLANT TIT-LOUIS QUI COGNE ET FRAPPE !

Pouvez-vous imaginer un journaliste qui craint pas de « fesser dans le dash » ? Besoin, non pas d’un pare-brise avec lui mais d’un coupe-ouragans tant il a du nerf. Cogner et frapper sur un tas de ses collègues, faut le faire. Eh bien, il existe cet olibrius, type rare en ce temps de complaisance corporative. Louis Cornellier gagne sa vie comme jeune enseignant dans un collège (Joliette) et, tous les samedis, à pleines pages, il critique des livres d’opinions (les essais) dans un chic quotidien de la rue de Bleury. Voulez-vous des exemples tirés de son —tout frais édité— livre titré : « Lire le Québec… » (éditions Varia) ?
À propos de feu Pierre Bourgault ? « Imbu de lui-même », « coups de gueule baclés », « redondances » ! Cornellier dit l’aimer, seigneur !, qu’est-ce que ce serait… Sur Franco Nuovo ? « Un mondain » et « pas transparent comme Pierre Bourgault », « pas tranchant comme Foglia ». Lise Payette du même quotidien de la rue Frontenac ? « Des textes sans saveur » et « d’un « humanisme banal ». Bang ! Cournoyer ? Des « chroniques ennuyantes ». La Marie Plourde ? « Un style primaire à jeux de mots insignifiants ». Re-bang ! Hein, ça nous change du silence « entre tits’namis » ? Le jeune auteur de « Lire le Québec… » publie donc une brillante analyse, subjective mais impartiale, de nos trois quotidiens montréalais.
Lecteur animé car il aime vraiment le journalisme quotidien, cela se sent malgré horions et piques, Cornellier plonge ensuite sa machine virile dans La Presse. D’abord pour faire les éloges du célèbre Foglia, qu’il nomme « un humaniste vulgaire » et qui « méduse, mélange et confond » car un esprit libre. Nathalie Petrovsky ? Elle ne fait que « surfer », n’a « pas d’idées de fond » et « pas de personnalité », avance-t-il. Tow ! Sur Lysiane Gagnon ? Avec le temps, écrit-il, « elle a rejoint la cohorte du soi-disant gros bon sens, ce qui ne veut rien dire ». Et paf ! Quand vient le tour de décrire la cohorte des « penseurs » (André Pratte, Alain Dubuc, Mario Roy, etc.), tout en vantant l’alerte du style de certains, Cornellier les fustige :des vendus ! Il n’utilise pas le mot mais les traite comme les souples scripteurs d’un honteux mercenariat, dociles aux ordres des riches propriétaire, les « Paul-et-Paul »… Desmarais. Tous, a bien raison de dire Cornellier : « de droite, anti-social-démocratie, anti-syndicaliste ». Et, surtout crassement « anti-indépendantiste » ! Pour finir, il admoneste même son admiration d’adolescent, Réjean Tremblay :
« un populiste prétentieux, un tit-jean-sait-tout », sur le « dimanchier » humoriste de La Presse, Stéphane Laporte, que je trouve si souvent génial, faraud-Cornellier cogne encore : « nostalgique et au fond inoffensif ! »
Piquant, intelligent, aux jugements raides mais le plus souvent valables, Cornellier ne cesse pas d’inviter le lectorat de ce « petit manuel » —populaire de ton, à mon avis utile aux étudiants— sur la différence entre opinions et information. Comme moi, il n’a rien à redire sur les reporters syndiqués de la boîte. Bien que…et Cornellier fait très bien de l’écrire, ce « rapporteur objectif des faits », le journaliste de la rue Saint-Jacques doit bien sentir l’orientation « droitiste » du plus large de nos trois quotidiens. Instinct de survie. Personne n’a envie de perdre son job. Ce tamis a un nom : l’autocensure. Si l’enquêteur —bien que syndiqué— sait le mépris du boss pour, disons, les voitures du Japon, il ne va bientôt préparer un reportage sur Nissan ou Honda. Est-ce clair comme ça ?
Au dernier tiers de ce bref brillant livre vient le tour de son employeur. Oh oh ! là on craint l’incrédibilité. Non, Le Devoir y goûte à sa véhémente médecine. L’insolent jeune prof fonce : la page éditoriale du Devoir ? « Pas de mordant », « de type traditionnelle »; il en rajoute : « un manque d’allant et de tranchant » ! La bien fofolle Josée Blanchette ? Au fond
« une «guindée » à « esprit petit-bourgeois ». Tow ! Il souligne avec joie et avec raison que Le Devoir et le seul quotidien —sinon péquiste— indépendantiste. Les deux Michel du Devoir ? Le David est un « flou », ajoutant « flou comme le M. C. Auger du J. de Mtl. et le Marissal de La Presse ». L’autre, le Venne ? « Sa pondération déçoit les fervents et les militants». Que penser du chroniqueur Gil Courtemanche ? « Suffisant »,« moraliste ». Pow ! Ce dernier mot est un compliment si je hais les moralisateurs. Denise Bombardier, verveuse que j’aime à TVA ? « Le goût de la pose », lance Cornellier, « comme Gil Courtemanche ». Et quoi encore sur notre Madame B. ? « Un esprit conservateur, antimoderniste » et « une défonceuse —à mentalité bourgeoise— de portes ouvertes à l’occasion ». Ça revole ! Le comique Jean Dion ? « Il finit par tanner à force de cynisme ».
Ainsi tout un florilège de verdicts cruels s’installe et, le plus souvent, on a envie de lui donner raison. À la fin, une vingtaine de pages analysent radio et télé en informations. Bien faites. Je répète donc ce « Lire le Québec… » nous vient d’un sacré iconoclaste, éléphant dans la vieille vaisselle. Adieu vieux consensus puant du « so-so-so… parle pas contre la bande de notre milieu ». Ce « petit manuel » est rafraîchissant, ouvrira les yeux des jeunes trop candides souvent qui confondent « journalisme et objectivité ». Prof Tit-Louis, fier gavroche, n’est pas un couard, ça…