Le samedi 23 février2002

Le samedi 23 février2002
1-
« Pourvou qué ça doure… » disait la mère corse et corsée à son petit garçon, devenant célèbre, Napoléon…Ce soleil, quelle belle lumière hivernal ! Marche autour du Rond. Le samedi est toujours plein de visiteurs sur les pistes. Coloris jolis ! Des enfants hauts comme trois pommes dévalent les cotes. Monde nouveau. Jamais de petits enfants jadis à ski. Jamais.
Hier soir, rangée « A » — ainsi tu peux tenter d’enfarger les comédiens…chez Duceppe. Depuis que Aile a divulgué ma demi-surdité à ce théâtre, on nous installe « bien en face » des acteurs. Obligation de tourner sans cesse la tête quand ça se promène de Cour à Jardin. Pas de vision globale ! Eh ! Ce « Après la pluie » de l’Espagnol Sergi Belbel offre de très fameuses répliques. Les moments de colère sont transformés en « joual » avec sacres, jurons, grossièretés d’icitte…et un peu de Paris. Un mélange ! Traduction de Préau (France), retouchée sans doute par Michel Nadeau le metteur en scène (aussi dramaturge à ses heures) , fort efficace en fin de compte.
La trame : une poignée d’employés d une puissante compagnie (affaires sociales, assurances, valeurs mobilières?) grimpent sur le toit de leur immeuble pour…fumer. C’est interdit partout. En une série de tableaux, l’on raconte les ambitions, les querelles, les déceptions et aussi les affaires intimes de ces fumeurs ! Un récit prend forme peu à peu. Hélas cela force à faire des « Noirs » (trop longs souvent) entre chaque bref tableau. Cela tue le rythme. Nadeau aurait mieux fait de créer deux zones de jeu. Au moins. En somme, un spectacle avec des pics. Une sorte de passacaille et à la fin, la réunion des sept ou huit protagonistes formant des unions romantiques. Fin heureuse un peu cavalière ! Certains troupiers, inconnus ici, font voir de l’amateurisme (ils travailent rarement à Québec )mais aussi une sorte d’énergie merveilleuse : Marie-Josée Bastien, Charbonneau, Loraine Côté, Danielle Lépine, Makdissi-Warren.
Pour une fois, pas d’ovation debout (ridicule si souvent) à la fin. Je fus le seul à lancer des « bravos » tant j’avais appércié cette preuve collective de talents (en friche) qui avait fait voir tant d’excellente énergie scénique.
2-
Jeudi soir à RDI, avec Maisonneuve, entretien avec le cinéaste Labrecque qui offre son film sur le RIN et mon Bourgault tribun surdoué et efficace de premières années de lutte pour l’indépendance. Soudain il affirme que René Lévesque était vaniteux, refusant son aide (ce qui est vrai) se voulant seul militant-chef, ne parlant pas une seule fois des autres, pas un mot sur nos Patriotes de 1837, souhaitant même « sans doute » disait Bourgault, que son parti meurt avec lui. Oh !
Le merveilleux « preacher » patriotique de cette époque semble ne pas avoir pardonné le rejet « viscéral » de Lévesque. « Un mystère », dit-il. En effet ! C’est là qu’il a tout de même sorti son explication : « un leader incapable d’en supporter aucun autre dans ses parages ! » Hâte de voir ce « RIN » à la télé, tel que promis. Je fus le premier écrivain à monter sur les hustings de ce RIN en 1961. Aquin y viendra ensuite. Tous les autres ? Trop « chieux » ! Il en allait de risquer « bourses, subventions, voyages payés », n’est-ce pas ? Tant d’autres écrivains : des « fédérats », sauve Roch Carrier; aujourd’hui sauce René-Daniel Dubois. Mon jeune David (né en 1982) sans cesse : « C’est qui ça le gars aux lunettes ? Et le barbu, c’est qui celui-là ? » Il prouvait l’utilité du film documentaire de Labrecque « RIN ».
Vendredi après-midi, réception pour mes lunettes neuves. Sans monture. Que des vitre. Ça pèse un gramme, une aile (!) d’oiseau, une plume ! Je les aime. Fini mon « truck » à monture !
3-
Vu aussi le film document sur nos allophones et autres sortes d’émigrants. L’auteur, Parenteau, un ex-concurrent de « La course autour du monde », chroniqueur (où il lit bien mal, hélas, des textes souvent solides) des samedis matins chez Le Bigot (cet ex-piqueur de « fiole » comparé à Gagliano par l’ex –ministre Libéral déchu Picotte !), aussi « débater » humoristique à « L’aparté », un café d’iconoclastes, a raté son film.
C’est encore du saucisson. L’odieuse mode du « zapping ». La pensée zappée sans cesse ! L’horreur. Jamais d’élaboration. On coupe pour faire vivant, faire faux « souingne », le rythme ce n’est pas du tout cela,
Mais on méprise le public avec cette mode niaise de couper sans arrêt, de mettre en miettes chaque intervention. C’est frustrant. Au bout du compte tout devient charabia, galimatias, embrouillamini. Il n’en reste rien au bout du documentaire. On se dit, avec mépris insensé : « plus de trente secondes et les gens vont partir ailleurs. »
Démagogique écoeuranterie. Il y avait encore bien plus grave, une imposture, une fumisterie. Le mensonge habituel. Tous les invités de son film se débrouillaient fort bien en français. Le beau mensonge. Ainsi, les innoccents disent : pourquoi la méfiance face aux « ethniques », façon Parizeau ? Vous avez bnien vu ? Tous, ils s’intègrent à nous, c’est fantastique non ? »
La réalité est tout autre : la plupart des nouveaux-venus et la masse des anglos d’ ici se foutent du français. Leurs chefs (subventionnés par le fédéral) militent pour rogner, ronger à l’os, abattre un jour la Loi 101. Font appel aux juges de la chère « Supreme Court » . Dans Darcy McGee on a voté à 95 % contre une patrie pour la nation. Pire, dans Côte Saint-Luc, ce sera 100% de vote négatif. Un vote, non pas « ethnique »monsieur Parizeau, mais « raciste ». N’ayons pas peur des mots. Des masses d’ anglos, nés ici, ne parlent pas français ! Racisme !
Le bon-ententisme fallacieux et trompeur des Parenteau (un jeune pourtant et déjà si imposteur !) fait l’affaire (les affaires comme dans good business) ) des bénis-oui-oui en poste qui financent cette sorte de projet-fumiste, les distribuent volontiers, les diffusent avec plaisir.
Quelle honte d’oser tromper le public de cette manière hypocrite. Moi,. Tout le monde, connaît une douzaine d’intelligents nouveaux venus (d’anglos aussi) qui ont su s’intégrer, vous, moi, tout le monde pourrait donc monter un film de cette menteuse façon. Ces tripoteurs zélés des réalités sont des manipulateurs. Monique Simard (en quête de subventions ?) est l’une des deux producteurs de cette farce, elle, une péquiste officiel ! Mon jeune David, jeudi soir, écoutait mes cris de révolte et riait. « Papi, t’es fâché noir là ! » Oui, je l’étais. Il étudie à Concordia et me révèle que j’ai tout à fait raison. Il le sait. Il le voit. Il le constate. Il fréquente chaque jour des tas de jeunes émigrants de diverses nationalités à son université.
Mon épée me démangeait ! Croyez-vous que, disons, La Presse aurait publier ma diatribe ? Non. J’ai mon journal désormais, Dieu merci.
4-
Le bon film. Modeste. Avec l’extraordinaire Anthony Hopkins. Le titre : « Cœurs perdus en Atlantide » ( titre con). Aile ramenait au foyer cette cassette vidéo. Je le reverrais. Un gamin mal aimé, mère frivole, volage, un peu putain, qui diffame le père de son fils, et ce vieux pensionnaire mystérieux, méfiant —joué avec un talent merveilleux par Hopkins. C’est un sage mais au passé obscur, télépathe à ses heures, qui initie le gamin aux choses de la vie, de sa vie…menacée. Qui aime ce garçon comme un père (le père du gamin a été tué). Notre jeune hôte, Dabid, tout satisfait lui aussi par ce film. Ce qui ne l’empêche pas d’aller au frigo sans cesse. Diable, vraiment un ogre à cet âge, un ado !
Ce matin, montant ici, petit déjeuner dit « de l’ogre » au « Petit poucet » de Val David, route 117. Yum ! Yum ! Deux oeufs, bacon (que je donne à Aile ), patates , jambon, délicieuses fèves au lard et leur bon « pain de ménage », de l’excellente confiture aux fraises. Yum ! Je fais cela une fois par mois seulement !
Après la promenade de santé, nos deux chaises à coussins sur la galerie. Lecture des « canards » épais du samedi. Le bonheur ! On se croirait en fin de mars, ma foi du bon yeu !
David a bien rigolé : il devait étudier Pol Morin, ce poète d’antan.
Ayant connu le personnage (décédé en 1964), ne me privant pas de le moquer, lui l’académique poète du « Paon d’émail » et sa canne de luxe, ses guêtres de gentleman (fils de grande famille, il allait au Collège Sainte-Marie à cheval), mon petit-fils se tenait les cotes en m’entendant ridiculiser ce conservateur nostalgique, ce grand épris de la Grèce antique, ce doux fou de mythologie gréco-romaine, cet aristo pondeur de poèmes à l’ancienne jisqu’à la fin des année 1950.
Or, je me secoue et je finis par lui avoier une certaine admoirayion. Cetrs le bonhomme mOrtin était retardé dans son lyrisme classiwue mais il n,En restaitbpas ,oins un valeureux personnage. Alors je vante sa culture à mon David et je lui dis qu’il avait ses mérites. Bref, j’ai craint de faire un portrait injuste et facile de ces bizarres « résistants » de cette époque, de ces malheureux passéistes qui se désolaient tant de nos temps modernes. Après tout, nos jeunes agressifs avant-gardistes n’ont pas tous mis au monde des œuvres si solides !
Comme ils aiment rire, ricaner, se moquer, ces jeunes gens. Nous étions ainsi à cet âge ? Je crois que oui.
5-
Mon grand plaisir. Michel Biron matraque —in « Le Devoir » de ce samedi matin— un livre de Marc Fisher. Biron parle d’un « faiseur de recettes » pour exciter les apprentis auteurs, les aspirants écrivains candides en mal de « formules magiques » pour pondre un best seller. Fisher en a pondu un jadis : « Le millionnaire ». Il n’en est pas revenu et se répand depuis en « cuisinier » expert. Je le matraque aussi dans ce « Écrire » qui va sortir des presses de l’éditeur de Trois-Pistoles bientôt.
Ce même Biron qui me rend si content m’a enragé il y a quelques mois en publiant que Ferron, Thériault et moi, étions des écrivains mineurs. Le quotidien de la rue de Bleury n’avait pas publié ma réplique. L’habitude maintenant…
Hélas, Denise Bombardier comme M.-F. Bazzo gaspillent de l’espace aujourd’hui. Deux chroniques… plates ! Ah si j’avais la chance d’avoir mon petit espace, il me semble que je prendrais un plus grand soin de ne pas ennuyer le lectorat…On dit ça, hein ?
À force de chroniquer…je me souviens du temps de mon bloc-notes quotidien au « Journal de Montréal », je me relisais parfois et je me disais : « ouaille, pas fort ce matin, le bonhomme, faut te fouetter ! »
Bill Clinton est venu jaser Place des Arts :on dit 200,00$ ou 100,000$ pour la causerie. Bigre ! 45 minutes de causette et le fric en gros ! Plus d’un demi-million pour la machine caritative concernée (hôpital je crois). Eh ! Un ancien président des UA, c’est pas Jos Bleau ! Bien chanceux. Entre 100,000$ et 200$ —…le cachet de l’UNEQ pour une jasette d’écrivain québécois dans écoles ou collèges— il y a une sacrée marge, pensez-pas ? Bon, à la prochaine invitation, je demanderai 1000$… non, c’est trop, disons 500$. On verra bien la réaction ! Pauvres de nous
6-
J’y pense : ce Bouchard qui racontait René Lévesque l’autre matin, pas un mot sur un fait prouvé. C’est le conflit de travail à Radio-Canada qui a mis Lévesque sur la politique. Voyant Ottawa de glace, incapable, pire complètement indifférent face à cette grève du réseau français de la SRC, des francophones « du pays lointain », le Québec, Lévesque éclatait un jour. Il fit un fameux discours anti-Ottawa. Fit un « édito » célèbre à la radio, aux journaux. Il parla « du soleil qui ne brillepas également selon les communautés en cause. « Il déclara que « la grève, au réseau anglais, à Toronto, se serait réglée en deux semaines au maximum ». C’est à ce moment (janvier 1958) que le fameux reporter apolotique et plutôt anti-nationaliste (à cause de Duplessis) se muait en homme politicien, en tribun farouche. Deux mois plus tard, trois ?, il était en campagne avec Lesage pour battre le duplessisme ! Est-ce que ce fait gêne les Bouchard venus de Radio-Canada ?
J’y songe : Aile et David. Elle me dit : »je vois que c’est un garçon sérieux, foncièrement bon, bien élévé, mais quelle candeur et quelle naïveté ! « Je ne sais que dire. Certes, à cet âge…Bon, David plus innocent que d’autres ? Est-ce bon ? Plus entier, plus naïf même ? Ça se peut. Il y a qu’il a un tempérament de « victorieux « . N’est-ce pas le lot commun des ados ? Comment savoir. Ne peux pas comparer vraiment. Cette sorte de sûreté de soi….. Qui engendre des sentences parfois définitives. Je ne cesse pas de le corriger avec chaleur. De lui faire admettre que tout n’est ni tout noir, ni tout blanc. Lourde tâche pour ses parents, pour moi, pour tous…Comment amener ces jeunesses à bien discerner les nuances ? Pas facile. J’ai confiance en lui. Je suis comme lui, trop confiant ? Ça se peut.

Le mardi 8 janvier 2002

Le mardi 8 janvier 2002
1-
Installé devant le vieux modèle d’ordinateur, Chemin Bates, je veux continuer en « Journées nettes » craignant tout de même…des ratés. On verra. Suis allé d’abord à j.et c. au sous-sol du Manoir. Il y a là quelques boutiques de commodités pour les « pensionnaires » de l’énorme complexe. Un salon de coiffure où je vois toujours de très vieilles dames installées pour se faire, se refaire, une beauté…capillaire. Au de-là de « l’âge des frivolités »‘, constater chaque fois que j’y passe l’éternel souci du « bien paraître » qui accable la gent féminine. La pharmacienne vietnamienne est là, enfermée, sans lumière du jour, attendant sans cesse toute cette clientèle du vaste Manoir, où les petits et grands maux corporels doivent se multiplier. Coin infirmerie, désert le plus souvent. La garde… lit. Coin banquier…pour dépôts et calculs finaux des rentes (ces FEERS) et quoi encore ? Mon dépanneur, venu d’Afrique du nord visiblement ‹ô minorités visibles, on vous voit !‹ toujours affable semble étudier, amusé, le comportement vacillant de ses vieilles et vieux qui ramassent, très lentement, les denrées nécessaires pour…survivre.
Aile et moi, à l’occasion, faisons de vagues plans pour ce…quatrième âge… qui viendra un jour. Où aller s’installer ? Dans quelle immense cages-à-vieux ? On tente d’oublier le fait le plus souvent possible. Aile a toujour en mémoire, odieuse, la fin des jours de sa maman, à « Marie-Rollet », à Rosemont. Les tracas inévitables quand on perd son souffle, sa vitalité, ses souvenirs eux-mêmes…La déchéance…Brr… Aile, sombre, agacée, énervée par cette échéance-santé qu’elle maudit d’avance. Moi, toujours « tête heurteuse », je m’imagine volontiers encore bien vigoureux à cent ans.
Le soleil, ce mardi, se débat avec un ciel blanchi à la chasux vive, translucide par rares endroits, voulant régner dans l’air froid de la saison. Hier soir, bouffe chez mon cher Piccola, rue Saint-Laurent. Toujours nos calmars grillés avec pâtes aux tomates. Les petits pains huilés et à l’ail dans le panier, une tradition chez « Piccola ». En sortant, en face, une bannière géante tire les regards sur l’église Saint-Jean de la Croix, on y lit, bien iconoclaste : « L’ÉGLISE EN CONDOS », venez voir ! Ô mores, ô tempores ! L »église en condios, formule païenne en diable ! Qui l’eût cru ? Près du marché Jean-Talon, petit parc joli juste en face de cette église-en-condos, la métamorphose « appartementale » aura lieu rapidement, n’en pas douter.
Trouvé à la Piccola le « ICI » de la semaine. Toujours brillant ce Robert Lévesque qui y tient chronique. C’est un fou intéressant. Il étale sans cesse sa culture, qui est solide, et ça fait étrange dans ce petit « canard », donné comme « Voir ». Denise Bombardier qui l’a croisé rue Bernard, dit-il, lui aurait crié: « Ordure ! » Allusion à cette critique anti-Tremblay, celle d’un roman que le Lévesque avouait ‹incroyable !‹ n’avoir pas lu. Un fou ? Un drôle de zigue, captivant à lire, se chassant lui-même, il y a un ou deux ans, du prestigueux « Le Devoir » en tripotant méchamment, de nuit, ses ordinateurs. Lévesque écrit dans « Ici »: « Quand la mort nous débarassera-t-elle de cette détestable Bombardier ? » Puis Il cite ‹il cite beaucoup‹ Cioran:  » Je tue le temps et le temps me tue, alors on est à l’aise entre assassins. » Vous voyez le genre de pensées qu’entretient ce gaillard, un sosie de Quasimodo. Tremblay rétorquait ainsi à la vacherie lévesquienne à CBF-FM, chez Homier-Roy: »C’est un suicidaire, ce R.L., il n’y a qu’à attendre. » Ma foi…
2-
J’ai lu hier soir un bonne partie de « Mystérieux Mozart » de Sollers. (Plon, éditeur.) Que de citations ! Sollers a devant lui les sept volumes de la correspondance du génie allemand. Aussi ses biographies. De plus, il a fait une sorte de pèlerinage en Autriche, dans les pas de Mozart. C’est un bouquin vivant, allègre mais il faut s’y connaître en musique pour bien suivre les méandres de sa pensée, les connections ébouriffantes qu’il fait en érudit inspiré. entre la vie et les oeuvres d’Amadéus. Solers fait des allusions estimables au célèbre film de Corman: »Amadéus », que j’aimerais bien revoir. Livre parfois confus par tant d’éclairs d’érudition musicale, car Sollers s’y connaît en musique. Il en reste pas moins que je tournais les pages. Cela, c’est la marque indiscutable, finale, d’un livre de talent. Je le terminerai et avec plaisir. J’apprends sur ce petit garçon trimbalé d’abord par papa Léopold, musicien lui-même et tout fier de son enfant-prodige, qui deviendra un fabuleux compositeur avant…1791, de crever dans la misère, sa cote baissant à mesure qu’il ose complexifier, louanger des forces occultes (il était franc-maçon), vanter les mérites de l’amour libre sur « argent et pouvoir », ses ouvrages critiqués par l’établissement viennois, sont devenus, aujourd’hui, bien consacrés dans l’univers entier, vraiment sur tous les continents.
Ce matin, à la radio de Bazzo, soudain, cette chanson si légère qui me fascine tant, avec ses notes de piano fraîches comme gouttes de pluie, notes claires qui dansent, qui volètent… »la mer du nord en hiver »… « la mer du nord en hiver »… Le cher Souchon ! Vite, zapette et je hausse le son: « La mer du nord en hiver »…ta tara, ta, tatata… c’est si joli, de nouveau, mon coeur en joie. C’est peu, c’est tout. Une « tite » toune, bien éloignée d’un opéra de Mozart. N’empêche Sollers me donne l’envie d’acheter des cassettes -Mozart: « L’enlèvement au sérail », « Les noces de Figaro », « Cosi fan tutte », « Don Giovanni », « La flûte enchantée ». Je le ferai ? J’en ai assez, et depuis longtemps, de rester un quasi ignare en ce domaine de la « Grande musique ». Chez moi, enfant, rien en musique « sérieuse », comme pour la littérature. Aucun livre à lire… que des annales pieuses, abonnements de papa-le-pieux.
Coup de fil de la productrice, Ghislaine Amyot, de Vendôme (où se trame mon projet sur l’histoire de l’art d’ici ). Oh, on va me dire: « Oui, venez, on fait votre cher Marc-Aurèle Fortin, le Canal Historia marche ! Venez vite. ! » Mais non, c’est plutôt :  » Méfiez-vous d’un « virus », Claude. N’ouvrez pas tous les courriels, ces jours-ci, jetez à la « poubelle » tous les « envois » concernant « Vendôme ». Virus méchant !  » Courriel, poubelle, envoi, virus: vocabulaire d’aujourd’hui.
3-
Ma grande soeur, Marcelle, au téléphone, très énervée à préparer l’anniversaire, le 19 qui vient, de Marielle. Réunion du clan pas facile à faire. Niaises disputes sur amies, nièces, neveux à joindre à la tribu….Voyant son désarroi… je décide de prendre l’affaire en main. Aile fronce les sourcils. Bon. Pas la fin du monde. Gros paquet de coups de fil, en somme. Quoi chère Aile, confiance, j’y arriverai. Trouver du temps donc pour organiser cette rencontre festive. Louer à la « Piccola » tiens ? Je verrai. Et les cadeaux… l’argent à ramasser… ? Oh la la ! Molière: qu’allais-je faire dans cette galère ?
Lysiane Gagnon, ce matin (« La presse ») fustige le « couple royal », à Ottawa, Clarkson et Saul, pour leur audace, leur franc-parler ‹ »déplacé » selon la Gagnon‹ sur W. Busch, sur les Croisades catholiques, bien plus meurtrières que celle de ces odieux intégristes musulmans, et, re-bang: sur les vendeurs d’armes en Occident ‹Canada compris ?‹qui collaborent aux chamailles sanglantes du Tiers-monde dont, évidemment, l’Afghanistan…Etc.
La Lysiane commande: fermez donc vos clapets, ne dévoilez pas vos opinions, vous êtes en « représentation officielle ! » Belle mentalité. C’était au chef rouge, Chrétien, de ne pas nommer des intellos à des postes niais. Il devait savoir que certaines personnes restent des « esprits libres », qu’importe le costume de parade, les rubans et les médailes.
Je me sens bien: et Mario Roy et Pierre Folglia ce matin, opinent dans mon sens (voir une J.N. récente) à propos des sans-abri, itinérants montréalais. Qu’on leur fiche la paix, ce sont des anarchos qui refuseront toujours tout de notre société organisée, par exemple, même les règlements légers des centres d’accueil.
Folie donc, maitre cucul et coco, Tremblay, de vouloir stabiliser des instables…pour un bref ou un long temps. Comme de vouloir traquer des terroristes (souvent suicidaires). Nous lisons, ce matin, un premier bilan de cette guerre à des « ombres ». Une dépense colossale pour le budget des USA ! Lisez bien: Neuf cent quatre vingt dix neuf millions de dollars. Us. Un milliard tantôt ! Bombes sur les intégristes de tout poil pour dénicher quelques leaders, « fous de Dieu » qui, c’est probable, ne savaient pas grand chose de précis de l’équipage sordide entraîné en grand secret pour attaquer les deux tours de World Trade Center dans Manhattan, le 11 septembre.
Ma riposte à moi. Ma guerre aux kamikazes ! Simple. « Ah si j’étais le roi ! », dit une comptine. Au lendemain de l’horrible tuerie, aurait débutée, vaste et discrète à la fois, une gigantesque opération d’infiltration des milieux musulmans louches ‹connus déjà et à découvrir‹ ceux du fanatisme islamique, intégriste. Une opération forcément secrète. Avec, partout, des agents secrets. Stipendiés généreusement. Ce qui ne coûte tout de même pas « un milliard de dollars ». L’argent ? Payer des arabes-espions et des « balances » ? Mais oui. Le fric n’est pas seulement le « nerf de la guerre », il est celui de l’espionnage, de l’information productive, efficace. Des agents secrets donc, en bien plus grand nombre, et leurs « stools », indicateurs, collabos indispensables en ces sinistres matières.
Attention: engagement massif d’agents d’origine arabe, parlant la langue des « fous » du « Allah ou akbar », oui, en quantité, la plus grande possible. Il ne manque pas d’araboïdes sur cette planète, musulmans non-pratiquants comme nous ne pratiquons plus, majoritairement, le catholiscisme. Des Arabes de toutes les teintes qui n’ont ni foi vive en Mahomet ‹monté à cheval au paradis des vierges‹, ni aucun intéret dans cette dérive religieuse fanatique.
Facile d’engager et d’entraîner de tels gens, on en trouve par centaines de milliers dans toutes les mégapoles du monde. Et il n’en faudrait pas, pas du tout, des centaines de milliers. On n’apprend rien sur des planqués machiavéliques, en déployant les fantastiques et ruineuses forces armées d’avant-garde sur un pays misérable aux tribus en chicanes. Allons donc ! Le forcené, le (ou les) terroriste illuminé, à l’esprit tordu, peut se terrer en Indonésie comme aux Phillipines, à Los Angeles comme à…Montréal. Ce serait mon plan si je m’installais au Pentagone, une CIA momentanément très agrandie.
J’ai dit et, ô Seigneur, s’il fallait qu’à Washington, un sbire important lise tout ceci ? Et tombe d’acord ! Voyez-vous cela ? Appel d’urgence: je dois prendre immédiatement l’avion pour Washington ! Moi, pris à organiser l’affaire. Et ces Journées nettes, hein? Faudrait suspendre mes écritures quasi-quotidiennes. De grâce, n’envoyez pas une copie de mon (sobre et) intelligent plan au « bureau oval » de la Maison blanche. Laisez les industriels américains en armement continuer à se frotter les mains, à s’enrichir comme jamais. Eux, sans les guerres, ils se lamentent.
W. Bush a fait beaucoup pour ranimer cette sale industrie et on le lui rendra aux prochaines élections. En attendant, à Washington, coupons les protections sociales, le partage des richesses avec les démunis, les malchanceux, les mal-instruits ! Mon plan ne ferait rien pour les usines de mort. Il ferait dépenser moins de centaines de millions des taxes des travaileurs américains. N’empêche si un Secrétaire à la défense, ou un « sous-queuquechose » important, m’approuvait subitement, par miracle. Une colombe ? Coup de fil:  » Misteur Jazzmine ? Here « Double You » ! Génious, your plan. Come here, fast… » Plus de journal ni demain, ni pour longtemps ! Tremblez mortels lecteurs.
Bien compris ? Silence partout donc. Ça vaut mieux si vous tenez à lire mon journal.

Le dimanche 3 février2002

Le dimanche 3 février2002
1-
Souvent, mon J.N. rédigé, c’est l’heure de la soupe. Ce sera aussi le temps de nous parler, Aile et moi, achevant le demi-litre de rouge rituel. Hier, samedi, la conversation bifurque sur les grands parents paternels d’Aile. Ah oui, nous avions jasé sur Centre d’accueil et la man malmenée dans ces mouroirs où les soins à fournir sont négligés, amoindris, réduits pour cause de budget, les moyens offerts étant ce qu’ils sont : minimes. Dure et longue épreuve pour Aile que ce long séjour (1980-1990)de notre Yvonne…Belle-maman (!) fut longtemps ma copiste dévouée (1970 à 1980) et j’ai souffert autant qu’Aile en assistant à sa fin si triste.
Jadis, les vieux restaient souvent chez leurs enfants. Jusqu’à la mort. Embarras divers certes pour ces enfants en parents déjà vieillis eux-mêmes…devoir veiller ainsi sur les parents diminués et en fin d’existence.
Longtemps, du vivant de ma première femme, nous avons gardé sa mère vieillissante. Pas vraiment un embarras, elle avait ses quartiers dans un entresol confortable, au Vieux-Bordeaux. Ensuite, malade plus sérieusement, il avait fallu la faire hospitaliser rue Bois-de-Blologne chez des religieuses hospitalières.
Désormais, les « vieux » finissent loin des êtres chers. Fatalité, loi inévitable en ces temps des « deux » qui travaillent à l’extérieur. Solitude affreuse. Alors… ? ah oui, Aile me parlait de ses « vieux » à Lotbinière d’où venait son père. Son grand père, mort chez sa fille, la tante Marthe, à Québec, était un être mutique. Et analphabète comme tant d’hommes de sa génération. « Un pensionnaire encombrant et triste au fond ». Elle poursuit :« Ma grand mère écrivait si bien. J’ai encore de ses lettres. Comme elle devait être frustrée de vivre auprès de cet homme muet et sans instruction. » Vérité fréquente. Des filles bien mieux instruites que les gars de ce temps (années 1900) qui contractaient mariage…Comme obligatoirement. Lui, ce grand-papa Calixte, était pilote sur le Saint-Laurent. Souvent absent donc . Nous étions allés en pèlerinage à Lotbinière. Nous rôdions au pays des B. La maison à colonnes de bois, la longue galerie, y était toujours dans ce joli village des bords du Saint-Laurent. Une vieille femme passe et je la questionne : « Auriez-vous connu, par hasard, Calixte B. ? » Et l’aïeule ausitôt : « Comment donc, et comment si je l’ai connu, le Câlisse ! Il était si bel homme. Oh la la ! Les filles en rêvaient, toutes. » Je dis alors à Aile : « Tu vois, ta grand mère qui écrivait si bien…eh bien, elle a sombré dans les affres de la séduction du beau marin, le Calixte ! » Ah, la beauté…
Deux mots nos amusent : d’abord la « jarnigoine ». La grand-mère en avait. Cela voulait dire « du bon jugement ». Aussi, la « margoulette ». Les femmes de cette époque se faisaient aller davantage la margoulette que les homes. Probable ! Deux mots : je les aime tant.
Notre jasette s’allongeait avec «des «Mon Dieu, que la vie devait être rofffe « Aile me parle alors de son papa mort jeune, à 64 ans, seul à l’Hôpital de la Merci, boulevard Gouin. Cancer de la gorge. « Je l’ai négligé, je ne pensais qu’à moi. Je le regette tant, Claude ! »Voilà que ma tendre compagne pleure. Mon malaise chaque fois.
Et puis, j’ ai mal aussi. Avoir négligé d’amener ici, au lac, ma vieille mère et mon vieux papa. Négligence sotte. Égocentrisme. J’en ai mal au cœur. À mon tour, je me fais des reproches…de ma dureté. Aile aussi a mal…pour ce père si vite en allé, si seul. Pour sa mère aussi, disparue à jamais, qui aimait tant venir séjourner ici. Séance d’attendrissement et de culpabilité. Les jeunes ignorent, pris comme nous par seulement leur vie à eux, ce qu’ils vont ressentir un jour sur ce chapitre, les atroces regrets qu’ils éprouveront…trop tard !. Quand Aile pleure, je ne sais plus où me mettre.
Soudain, encore ce : « T’es pas obligé, t’as pas besoin de mettre ça dans ton journal, tu sais. » Encore ma surprise !
2-
Un dimanche sombre. Ce matin en allant à J et C un petit soleil de pacotille, un petit disque d’argent mat ridicule qui me fait un signal : « Je suis là, je suis là, mais j’arrive pas à défoncer cet amas de blancheur opaque. » Pauvre lui ! Petit disque loufoque empêtré dans le froid hivernal. Que février se sauve vite, que mars, plus clément vienne au plus tôt. Chaque fois qu’on marcher, c’est un effort…Mais oui ! J’entends Aile : « on sort pas. Il fait trop froid. On reste en dedans » J’approuve. La santé ? Danger ! On le sait.
Enfin vu à Historia hier soir : « Le dernier empereur » du cinéaste Bertolucci. Grosse réputations jadis. En effet, nous découvrons un fameux de bon film. L’histoire (1905) de ce petit enfant sacré, à trois ans (!), « Empereur de Chine ». Qui devra vivre enfermé, interné avec serviteurs, miliciens dressés par le Grand Chambellan fourbe, avec domestiques empanachés, dans la superbe « Cité interdite » de Pékin. Empereur « ado » révolté, empêtré, écœuré et qui devra fuir en exil. Qui finira en s’alliant aux méchants Japonais (1930) envahisseurs de toute l’Asie pour avoir tant voulu redevenir Empereur en Mandchourie.
Ce sera 1945, la bombe atomique. Tchang Kai hek allié à Mao pour un temps. Les Russes alliés aux « marcheurs » de Mao qui s’empare de lui. Fin de son rêve. Long séjour en camp de ré-éducation communiste. À la fin, libéré après vingt ans (1967, la Révolution culturelle ignoble) il ira visiter, pauvre gueux, hère démuni, son ancien palais, sa magnifique « prison » doré, le palais de sa jeunesse quoi. …La foule des touristes qui s’amènera avec « guide à suivre »… Ah oui, un excellent récit filmique.
À T.Q. on offrait à la même heure, sans les marchands criards des pubs assommantes, les deux longs films de Berri adaptant des écrits de mon cher Marcel Pagnol avec feu Yves Montand. Films vus il y a pas très longtemps.
« Le dernier empereur » m’a fait me souvenir de mon oncle missionnaire en Mandchourie justement. Je découvre, tard, que ces curés catholiques étaient sans doute tolérés et même encouragés. Des « collabos » des sales Nippons fascistes ? Après tout avec leurs cliniques, écoles, etc., ils faisaient un boulot qui aidait —objectivement— l’occupant japonais. Ça de moins au budget des envahisseurs ! Mais, à la fin, mon oncle Ernest se retrouva dans un affreux camp de concentration de Davao aux Philippines. Il deviendra un maigre « sac d’os », se privant pour aider les à survivre les autres prisonniers du camp. Découverte une fois de plus que pendant que mon oncle nous écrivait de longues lettres sur les malheurs terribles de ses ouailles chinoises, il y avait cette classe de protégés. Élite des nantis, vus dans le film de Bercolucci, cette cour dérisoire, tout ce luxe pour une infime partie du peuple chinois. Je me suis surpris à dire, durant le visionnement, à Aile : « Mao a bien fait d’écraser à jamais cette race de monde, cette infime frange de profiteurs. Bravo ! » Je voulais oublier les malheurs nouveaux, ce Mao dictateur, ploutocrate divinisé, ses folies de mégalo pédophile, ses vices, sa bureaucratie infâme qui, elle aussi, gens d’un nouveau palais à hiérarchie immonde pendant que les foules trimaient dans la misère noire… Oui, mais oui, avant comme après Mao le « timonier » de mes deux… c’était « le peuple on s’en sacre ! »
3-
Après le faste autour de ce jeune du « denier empereur », on va aux actualités françaises, TV-5, qu’est-ce qu’on voit ? Ce même damné cirque de la jet set. Ce carnaval écœurant en 2002 ! Mariage royal, hier, en Hollande avec pleins de foutus porte-médailles enrubannés. Ouash ! Quand finira-t-on en Europe de nettoyer ces vestiges monarchistes d’une vacuité ignoble ? Cette lie de la terre, ce gaspillage d’argent public qui se continue dans des pays européens pourtant démocratiues ! J’enrage de voir se perpétuer ces fainéants de « sang bleu ». Au plus tôt, le feu…le feu là-dedans !
Une fois de plus, je lis ce matin un Stanley Péan piquer vicieusement Denise Bombardier. De l’acharnement ma foi du bon yeu ! Il lui reproche maintenant sa série de télé aux confidences portant, souvent mesurés, à propos des amours, des anciennes liaisons amoureuses des célébrités d’ici. D’où peut venir cette haine chez tant de chroniqueurs face à Denise B. Mystère ! On engraisse ainsi une mode niaise : cette femme délurée au verbe tranchant, il faut lui rabattre le caquet ! Pourquoi ? Il y a pire comme questionneuse de télé, non ? Oui, un mystère ! Mais quand mon Péan s’attaque à ce Fisher et ses livres de « cours de rédaction », ses bons conseils aux aspirants-auteurs, alors là, j’applaudis à fond. Arnaque vaine !
Mes cahiers « livres » au Devoir comme à la Presse sont encore ornés d’hommages aux… autres ! Juif, Espagnol, Grec…Mode du cosmopolitisme et de l’internationalisme, ces dirigeants en médias-livres sont victimes du « racisme inverti »; le racisme inverti fait mépriser les littérateurs québécois. Oui l’envers du racisme ordinaire : on ne dit plus « les étrangers sont méchants et pas bons » , on dit « les nôtres aucun intérêt, pas de talent au Québec » ! Inversion néfaste !Une misère de samedi en samedi, de dimanche en dimanche.
J’ ai acheté Le Figaro ce matin. Tout le numéro en hommage à (200 ans) Victor Hugo. Anniversaire, ici, montré en images nombreuses et où je vois les beaux dessins, les aquarelles, les lavis d’encres (jaune, noire, violette) de Victor Hugo qui avait un talent fort pour peindre des images mystérieuses. Tachistes. Modernes. Et, pour mieux savoir qui fut ce Bourdieu, le sociologue décédé récemment, j’ai aussi acheté Le nouvel observateur. Aile s’en est emparé et je lui dit : « Oh, la gauchiste lit cela et moi, droitiste, je garde Le Figaro. » Elle rit .
Je veux m’acheter des encres de couleurs après avoir revu (nous avions vu, en 1980, un peu de son talent au Musée Hugo de la belle Place des Vosges à Paris) les belles illustrations de Totor Hugo. Aile me dit : « Essaie donc maintenant au lieu de faire tes taches et de former tes dessins par la suite, de faire le contraire : tu dessines d’abord et puis tu colores après ! »
Ma foi, bonne idée, je vais m’y mettre car mes barbouillages sur de vieux journaux…ben, j’en suis moins certain que jamais ! Cela a donné des « papiers » peinturlurés assez…moches, je crois.
Un mot pigé dans Le figaro du temps de Hugo : le « lécheculisme » ! Oh ! Je m’en servirai, promis.

Pour en finir avec le bon parler français !

Les pincés et les p’tits moéneaux !À un ancien  » Salon du livre « , j’avais grondé feu Georges Dor qui publiait des pamphlets sur notre mauvais français. Je lui avais reproché, scripteur destiné à se servir de tous les niveaux de langage, de s’être métamorphosé en surveillant de dortoir, le chicanant :  » Ça n’est pas notre job, Georges, laisse ça aux linguistes « . Je lui avais dit en riant :  » Je n’aurais jamais cru que tu prendrais le parti des chics Pinson, face aux modestes Moineau ! « , allusion à son téléroman populiste. Algarade amicale donc au kiosque de notre éditeur.

Paraphrasant Albert Camus, j’affirme :  » Entre la langue de ma mère et le français standard, je choisirai toujours la langue de ma mère « .

Lecteurs, en avez-vous assez des  » donneurs de leçons  » du genre Denise Bombardier et allii ? Sans cesse, l’apprenti puriste —ignorant les conclusions de la science linguistique— dénonce seulement les effets en oubliant ces causes.

Nos déficiences langagières ont des origines très explicables, historiques. Il faut éviter les faciles et magistrales admonestations qui se résument à :  » Faisons honte à ce peuple de nègres blancs « . Les dénonciateurs de nos travers langagiers restent le nez collé aux effets. Il serait autrement courageux d’étudier  » la condition québécoise « , des débuts de la colonisation à aujourd’hui, un manque de mémoire ou ignorance feinte ?

L’épurateur du patoisant, sa chasse aux fautes, lui est une obsession. Il fait mine d’oublier et d’où nous venons et où nous en sommes. Il y eut 1760. La tragique  » défaite « (abandonnons ce mot de « conquête »). Après la défaite de la démocratie, 1837, ce sera cent ans de couvercle —à religiosités et piéticailleries— sur la marmite. 1840-1940. 1940 : début du réveil, très timidement.

Enfin, Il y a l’histoire actuelle : 1970-2004 : l’installation d’un impérialisme culturelle anglo-américain, tout puissant, mondial. Cette culture pop —films, télévision, chansons— donne un signal aux jeunesses : le français ne compte pas ! De là l’indifférence à la santé (la qualité est une santé) du français. Cette renversante vague états-unienne s’appuie sur un  » axe « , réseau universel Grande-Bretagne, Irlande, Australie, Canada (hors-Québec) Nouvelle-Zélande. Et encore, par parenté lointaine, cet axe peut compter (diffusion comme promotion) sur des pays anglophiles : agglomération planétaire « sous influence » : Allemagne, Autriche, Suisse alémanique, Belgique flamande, Hollande, voire des pays scandinaves. Désormais l’Afrique, voire ce qui se dessine au Rwanda.

Alors les effarouchés de notre  » louzy french  » (mot de Trudeau) oublient que cette titanesque machine rugit juste à nos frontières, étant notre voisine immédiate. Des nations autrement solides que la nôtre, Italie, France, Espagne, Grèce, Portugal, en sont déstabilisées. Et nous, tout petit satellite en ce proche orbite du matamore culturel, on nous voudrait avec un français exemplaire ? Il nous faudrait des milliards (d’argents publics) pour contrer cette omniprésence.

Qui est fier de mal parler ?

Tout le monde est pour la vertu, chère  » enfant de l’eau bénite « . Nos gens ne font pas d’efforts particuliers pour mal parler. Tout de même ! Les grands  » coups de règle  » sur les doigts —« Ô Denise, toi, transformée en vieille maîtresse d’école acariâtre ? »— n’aident en rien à solutionner un vaste problème. « Ta mé é-tu là » est une pauvre manière de parler. Le  » joual  » n’est pas une invention née d’une volonté libre. Allons, qui est fier d’avoir du mal parler, du mal écrire ? Cet acharnement à dépeindre les nôtres comme de fieffés paresseux est une injustice. Quel mépris du peuple d’ici !

Ces temps-ci, la corrida des instruits cible tout le monde : A- les maudits profs, tous décrits en abrutis inconscients, B- les maudits fonctionnaires du ministère de l’éducation, tous des aveugles impotents C- les misérables parents, tous des irresponsables, D- les voisins, les amis de la rue, tous des abrutis vicieux, E- bien entendu, les vastes lots d’élèves : tous des maudits paresseux. Bref : hordes de comploteurs ignares et sordides, entretenant complaisamment nos faiblesses en français ! Attitude de paranoïaques, non ?

À quoi sert ce fléau brandi pour culpabiliser le monde ? À intimider ? À contrôler les permis d’ouvrir  » sa trappe  » ? Dans ma jeunesse, on faisait taire parents, voisins et amis, en terrorisant par des  » campagnes publicitaires  » arrogantes. Nous traduisions par : » Fermez tous vos clapets ! Taisez-vous ! Vous nous faites honte !  » Ce silence complet était propice aux grandes noirceurs. Veut-on faire revenir le temps de la peur collective de nous exprimer ?

Ces parangons du  » bon parler  » semblent avoir pour but d’humilier les victimes de contextes historiques précis. Ces censeurs hautains reprocheront même à certains auteurs d’oser donner la parole aux pauvres, à ceux qui n’ont pas eu la chance d’apprendre à « bien perler ». Ce Tremblay, dramaturge, une honte ! Le poète Michel Garneau traduisant Shakespeare en joual, quelle honte n’est-ce pas ? Lisez les jeunes romanciers : intimidés, nos talents nous fuient avec des ouvrage —exotiques ou classiques— ne nous illustrant plus ( les Lepage et Cie.), plein de « jeunes » romans remplis de prénoms bizarres et se déroulent ailleurs ! Jeunes créateurs honteux de leur pays fustigé trop longtemps. Est né la mode actuelle, en théâtre comme en littérature, du déracinement volontaire. Déplorable et malsaine mutilation.

La langue des émotions : le joual ?

La plupart de nos grands-pères, nos pères, parlaient mal. Je parle souvent dans la langue de mon père qui ne parlait pas très bien. Cette  » langue maternelle  » imparfaite, boiteuse, est ma langue. Je n’en suis pas fier mais je ne la renierai jamais. Elle fait partie de mon humble héritage et je n’en ai nulle honte. Ce patois, ce jargon, ce créole nordique, nommez cela comme vous voudrez, véhicule, et très efficacement, émotions, sentiments. Les Québécois utilisent instinctivement le joual quand ils veulent exprimer de grandes colères, de fortes surprises, de grands bonheurs, on le sait bien.

Même les  » anciens  » pauvres, les chanceux du sort qui ont pu s’instruire —séjourner en France— vont recourir à cette  » langue maternelle  » au français magané, puni (Vigneault dixit). Elle fait partie de notre peau. Quelques apatrides volontaires renient ce fait. La majorité des gens d’ici n’a pas eu la chance d’aller étudier la bonne diction française chez la célèbre Madame Audet. Je regrette, bien entendu, nos moqueries effrontées face aux filles et garçons chanceux, protégés par des mamans soucieuses, qui articulaient. Il y avait dans notre bande de Villeray, « chez toi, Denise », ce grégarisme malsain, pétri de méfiance. Il illustrait, au fond, notre fragilité, notre insécurité nationale.

Paris, grande métropole de la francophonie ne fit rien, jadis, pour améliorer notre situation. France, dédaigneuse —sans solidarité aucune pour les abandonnés de 1763— installait ici ses chics ghettos, « Alliance française» et « Union française »  » —comme en Afrique, en Indochine. Paris installait ses écoles du type  » Villa Maria  » sur Queen-Mary road,  » my dear  » et ses collèges de modèle  » Stanislas « , à Outremont,  » très chère  » ! La néo-colonie française ne souhaitait pas mélanger ses élus avec ces Canayens-frança à la parlure d’aliénés pathétiques. Même mépris répandu par l’exilé londonnien, Modecaï Richler, petit gars pauvre et doué, né pourtant rue Saint-Urbain, Même racisme, surprenant quand il provenait de ceux qui nous devaient un peu de solidarité, les Français de France.

De rock et de rap !

J’en ai  » ras-le-bol « , comme dit Paris, d’entendre râler tous ces snobs, ex-quêteux-à-cheval. Les Chartrand, Falardeau ou professeur Lauzon, ont souvent recours à cette langue infirme car elle est, à l’occasion, riche en tournures fracassantes, en cocasses expressions Elle est parfois indispensable —munie de jurons— pour transmettre efficacement des vérités décapantes. Chaque fois, cela énerve considérablement nos « nettoyeurs dégraisseurs » en langue, ces autoproclamés en expressions correctes. Ils geignent, exigeraient des patentes, licences, permis… d’utiliser la langue. La populaire, qui n’est n’est pas aux dictionnaires parisiens, c’est merde. À bas, ces tabous, ces interdictions d’inventer, « de néologiser ».

Pendant ce temps, la popularité de l’empire états-unien et ses associés —j’y reviens— est dévastatrice. Vive le  » joual amerloque. Écoutez jacasser nos adolescents, écoutez bien, c’est le calque ( anglais médiocre) de cet  » autre joual « , la mode de vivre USA, publicisés sans cesse à travers les trois écrans —cinémas, télés, ordinateurs— de la planète. Cette anglo-américanisation a beaucoup à voir avec les difficultés en français. Que l’on n’aille pas m’imaginer en anti-américain primaire. Ils sont 280 millions et je reconnais volontiers que ce pachyderme glouton offre parfois de valables productions —livres, musique, ciné, télé. Il est très capable d’engendrer de la qualité, à l’occasion. Des productions culturelles consistantes. Mais il est seul dans le monde entier avec tant de moyens. De plus il reste absolument hermétique aux  » merveilles  » des autres nations.

Son isolement voulu, encouragé, sa lutte contre les « exceptions », le cloisonnement usa, sa totale fermeture, son constant refus des « autres cultures », est une tare reconnue. Cela montre l’autosuffisance d’un empire riche si pas toujours quétaine. Hélas caricaturé parfois par des envieux. Il y a que cet impérialisme séducteur ravage et nivelle. C’est dans la nature d’un empire. On ne peut reprocher au géant d’être pesant, d’y aller fort. Il n’existe pas pour casser les autres cultures mais il ne se retient pas pour causer des dommages. Il va selon sa puissance qui croît sans cesse. L’éléphant enrage s’il y a la moindre, résistance ou protectionnisme.

C’est le destin d’un moloch, il s’installe de Rome à Amsterdam, en passant par Paris et Berlin, de Moscou (depuis janvier 1990) et bientôt de Pékin à Saïgon. Un rouleau compresseur, un indomptable bulldozer. On affirme que son influence est beaucoup plus grande toutes proportions gardées— que celle de l’empire romain du temps des Césars. Un fait unique dans l’histoire des civilisations.

« Bon chien va » !

Ce 2 % de french-speaking, leur voisin d’en haut, n’a donc guère d’importance pour Moloch-USA ! Quelques lignes de français sur la boîte de céréales ne changeront rien à sa superbe, ma pauvre Denise. Il nous reste à quémander un peu d’espace. Ce sera des « Québec à New-York ». Avec notre argent public. « Bon chien, va, couche, couche » ! C’est cet influent, et séduisant Royaume du sud qui entraîne notre négligence, notre laisser-aller, une sorte d’auto-dévalorisation. Le colonisé québécois (comme celui de Paris) ne voit luire que l’herbe-aux-engrais puissants du riche multivore, a honte de son jardin, va vite s’américaniser, if I can’t beat him, I’ll join him. Jadis, c’était la domination anglo-montréaliste installée sur notre pauvreté collective et en découlait notre manque d’instruction accompagné du fatal sentiment d’infériorisation. Effet ? La venue de notre charabia. Ceux qui ont mon âge virent s’avancer l’inévitable contingent d’effarouchés, type Victor Barbeau, avec pimbêches apolitiques, superbes instruits myopes. Au lieu de s’en prendre à nos dominateurs, ils se ruèrent aux fouets :  » Honte à vous tous !  » Et actuellement : même aveuglement.

Jadis, ce fut le silence partout. Oh ! nos pauvres pères mutiques. Le Québécois sans cesse morigéné, insulté, bafoué, humilié par nos zautorités, ferma sa trappe, son clapet, rentra dans sa houache. Le cléricalisme ultramontain, strap dans la main, de mèche avec le duplessisme à strap ultra conservateur, s’incrustèrent. Il faudra attendre l’aube de la révolte salutaire « Refus global », « Liberté », « Parti-Pris », de rares alliés, profs courageux, radio-canadiens anti-cus-de-poule— pour rouvrir les vannes et raviver la liberté populaire. Nous proclamions alors : « Exprimez-vous bien ou mal, mais parlez. Nous nous corrigerons plus tard ». Vrai que nous ne nous sommes pas corrigés, qu’il y eut excès de laxisme. Inévitable quand la marmite saute !

Maintenant, il y a ces causes nouvelles auxquelles je viens de faire allusion. Les changer ? Moins facile qu’humilier sans cesse ceux qui n’ont pas eu la chance de s’instruire. Notre étonnante langue maternelle n’est pas en cause. Après tout, des monologuistes (Deschamps), des chanteurs (Charlebois), des poètes ( les émouvants  » Cantouques  » de Gérard Godin) —et qui encore ?— ont illustré ses ressources. Il était faux de répéter que le  » créole québécois  » faisait écran pour les autres francophones. Tremblay le joualeur sera joué partout ! C’était mieux que ce  » slang états-unien  » qui s’impose, lui, partout. Parce qu’ils sont riches, puissants et nombreux, répond l’observateur le moins sagace. Quoi ? Parce que nous sommes peu nombreux et sans grande puissance, notre patois ne vaut rien ?

Nous sommes un miracle !

L’a-t-on assez répété que c’était un miracle —un miracle sociologique— de parler encore français (même mal) en Amérique du nord ? Avec 300 millions d’anglophones tout autour, des Jebwab et Al, tremblent —et sans rire— osent affirmer qu’ils craignent, ici, pour la survie de l’anglais ! Oui, oui, ce fut publié dans nos gazettes. L’anglais pourrait crever ! De qui diable se moquent-ils ? Nous devrions normalement tous parler  » états-unien « , au Québec, c’est arrivé souvent, un peu partout, dans l’histoire du monde cette inévitable assimilation. Des faiblards sont disposés à rendre les armes et, e français, veulent le choix libre, pur envoyer leurs petits aux écoles anglaises ! Pourtant, plein de visiteurs étrangers n’en reviennent pas et le disent : ce Québec français, un miracle ! C’est la vérité. Cela avec notre français bousculé, froissé, blessé, bosselé, fracassé, certes. Avec des bleus un peu partout ! J’écoute parler de mes proches qui sont allés à l’université, de mes petits-enfants qui vont, ou iront, à l’université et les fautes pleuvent. Ils n’ont pas —pas tellement mieux que nous— réussi à maîtriser le français correct. Futiles ces coups de  » strappe  » dans les paumes. Les fameux  » si j’aurais » du Président Larose, moqués par madame Bombardier, ceux de ma parenté (et les miens aussi souvent) sont l’effet des causes. Causes à inventorier et mieux que j’ai tenté de le faire ici, messieurs les puristes énervés. Faire honte sans cesse à nos gens ne donnera rien, arrêtons de fustiger les profs qui sont aux prises avec ces terrifiants appâts de la mondialisation sauce USA et alliés.

Je sais qu’en ce moment des papas luttent contre une invasion difficile à contenir : jeux vidéo jeux-internet, made in USA, arcades in english, machines nintendo, disques (CD, DVD), rock and rap, succès des palmarès, etc. J’en connais intimement de ces valeureux pères de famille qui savent exactement de quoi je parle, qui se débattent contre l’hydre séductrice.

Ils savent bien que les profs font face au même rival. Terrifiant concurrent « sans tableau ni craie, lui » mais muni de lumières clignotantes, de violents bruitages, de pétarades, d’effets virtuels dynamiques, avec brillantes et clignotantes bulles gonflées de cris aux mots « all-american ». Fichez la paix aux enseignants : la classe d’école ne pète pas le feu cinétique bien-aimé des jeunesses.

Un combat plus utile

Laissons donc en paix ceux qui émettent des « si j’aurais ». Dénonçons au plus tôt les mercenaires, pas toujours bénévoles. Ces serviles et inconscientes courroies de transmission des productions amerloques, à pleins écrans de nos télés, à pleines pages de nos magazines et journaux. Ces dociles reporters, obéissants publicistes, stipendiés souvent via les junkets, louangeurs effrénés de cet envahissement culturel servent volontiers Molloch. Riche comme Crésus, Mastodonte-USA achètera de toute façon les espaces-annonces, garnira nos placards et n’a nul besoin de nos indigènes mercenaires. Les produits-USA sont commentés avec une zélée ponctualité et cela activent la mocheté linguistique des nôtres. Tus ces interviewers complaisants creusent le trou notre défaite. Ils participent tous à la surenchère de cette invasion planétaire. De l’actuelle culture totalitariste soft.

Adieu diversité et bonjour libre échangisme du ONE WAY. Ces agenouillements réduisent sans cesse le français, ici comme en France. On finira par ramener le français à un petit lexique à parfums, à foie gras, à fromages fins. Plus rien à voir avec les « Dites ceci, ne dites pas cela », utiles sans doute. Un jour si on continue ce laisser faire, il n’y aura plus qu’une « Dictée française », ce sera au canal RARETÉS, payant. Un jeu de scrabble avec maigres sachets de lettres à assembler, un jeu faits d’onomatopées et de borborygmes. La langue « menum-menum » —des ados— sera pour tout le monde. Examinons, bien compris ?, les causes et corrigeons-les, fichons la paix à ceux qui subissent les effets, sinon, on balbutiera trop tard : « Si j’ara su —rock-rap-télé-ciné made in USA— je les ara combattu ».

Il sera trop tard. En ce temps-là, le joual semblera un langage de marquis !

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