vendredi, 14 décembre 2001

1-
Pas de brume dans le Nord en ce vendredi des  » aveilles  » de Noël. Stries de bleu au ciel. Temps doux pour une mi-décembre. Ce qui n’arrange pas les affairistes des centres de ski. La neige fabriquée qui fond ! Ouash ! En ville, on craint les neiges, ici, dans les Laurentides c’est la promesse d’une meilleur viecommerciale.
Hier soir donc, je file au  » magasin  » de nos écoliers-en-cuisine. Pâtes fraîches ? J’en prends toujours et Raymonde gronde :  » Tu vas mourir totalement empâté, mon pauvre gars !  » Je rigole. Pris aussi des desserts frais du jour.  » Hum, pas bon pour ton mauvais cholestérol ça, mon gars !  » Pris, oui, du pâté chinois :  » viande, blé d’inde, patate « , disait  » La p’tite vie « . Juste pour voir s’il sera aussi parfait que celui de R. Qu’elle fait bien crémeux, comme je l’aime. Pris aussi des côtelettes d’agneau. Le tout pour une douzaine de piastres, viande à chien mon Séraphin que c’est pas cher.
 » Au cas où « , dit Raymonde, car il y a des soirs où il y a peu, elle avait fait cuire une langue de  » beu « , une grosse, avec sa recette d’oeufs à la mayonnaise. (Pas trop.) J’avais mon dessert frais . Elle en fait rarement, n’aime pas les sucreries, ma tendre Ray. Ni de soupe ou potage.
Bon. Suffit de parler du  » manger « .
2-
Ce matin dans La Presse, je vois mon titre : JOURNÉES NETTES. En gros caractères dans la chronique  » web et cie « . Déception, on a pris mon titre ! Mais non, on y annonçait l’existence de ma nouvelle entreprise littéraire, ici. Ouf ! Je lis aussi qu’un punk, ex-drogué, itinérant, a fait une vidéocassette sur son existence de marginal. Éric dit  » roach  » Denis.Ouvrage qui l’aurait sauvé !
J’y médite. Partout, bientôt, tout le monde avec caméscope qui enregistre tout le monde. Nouvel évangile :  » Filmez-vous les uns, les autres!  » Je te traque, tu me traques. Un monde non ? On filmera du présent aussitôt transformé en passé! Mille milliards de documents dans les demeures, dans les abris ! Une nouvelle conjugaison, le mode du  » présent-passé  » !
Va-t-on vivre juste pour mettre en boîte ce qu’on vient de vivre ?
3-
Parlant punk, vu hier soir le film  » EDWIG « . Un machin curieux. Le récit, syncopé et muni des bruits  » rock  » adéquats, d’un ( une ?) berlinois, côté  » communiste « , un gras papa incestueux, abuseur, une maman affolée de sentir la nature invertie du garçon. Un mur très berlinois est installé entre eux. Ce Edwig, c’est le titre du film, se devine, s’appréhende, se sent, se sait une  » fille « . Un G.I. rôde ! Un gros soldat Noir homo. Il désire (aime-t-il ?) ce-cette Edwig blond-blonde. Flirt primaire
Mariage après une opération désastreuse, ratée, de castration à Berlin. L’exil dans une ville perdue aux USA avec ce soldat qui le-la trompe avec un plus jeune. Solitude. Edwig garde des enfants pour survivre. Musique de garage. Rock and roll, bien entendu.Groupe d’amateurs. Agente intéressée. Voici une liaison bizarre : elle a 30 ans, il a dix sept ans et est bien mignon. Il aime, comme sa-son Edwig, le rock and roll. Musique à composer. Un  » band  » se forme où la-le Edwig, perruqué-e, raconte en chansons, swing-punk-rock, sa vie allemande, ‹on verra le  » mur  » qui trombe‹ ses déboires autobiographiques et misérabilistes, vieille sauce allemande, en couplets bruyants.
Bon
Raymonde, télé éteinte, avoue un malaise. Moi aussi. Pourquoi ? Simplement parce que ce récit d’hermaphrodisme est narré sur un mode caricatural avec un aspect joyeux, ironique. Ce détachement est un mensonge. Il y a un drame. Une vie ruinée. Et on file de  » toune  » en  » toune « , de bars minables en  » trous  » de province, ignorant, abandonnant le désastre d’un demi-trans-sexuel, travestie malheureux, battu, bafoué. Tableaux d’un malheur effroyable mais avec images léchées, à l’esthétisme punk. Le récit est accablant et le film, lui, virevolte avec complaisance dans le visuel à la mode.
 » Edwig  » est donc un film raté avec de séquences menées sur un train d’enfer.
La Presse : les seins de la punk enrichie, Madonna, valent une fortune chez les assureurs !
Je me souviens pas du nom d’un grand écrivain britannique affirmant :  » Deux choses me sont indispensables, la Bible et le journal du jour.  » Vrai que le quotidien est riche d’enseignements sur le monde tel qu’il va. Qu’il tourne.
4-
Vidéo aux nouvelles ‹on n’en sort pas‹ du Bin Laden, dans son refuge, tout content (Allah ou akbar) des morts de New-York. Au nom de leur Dieu, et du prophète, leur Jésus, l’araboïde Mahomet. Un cynisme qui donne froid dans le dos.
Washington-Bush, voudrait que l’univers se dise :  » Ainsi en va-t-il pour tous ces actuels Palestiniens en kamikazes.  »  » Qu’Israël frappe, tue tous ces gens-là « . Raccourci utile. Amir Khadir, ex-candidat péquiste battu dans Outremont, ose exprimer des vérités embarrassantes ce matin, dans La Presse. Il dit que ce Bin Laden (ben ou bin ?) est un allié  » objectif  » des intérêts américains au Moyen-Orient. Oh ! Et il n’a pas tort. Sans ce fanatique fou  » espéré  » pas moyen de défendre les affaires pétrolières qui, seules, captivent la  » famille Bush  » avance Khadir. Il rappelle les liens amicaux récents des Bush avec les Laden il y a pas si longtemps ! Ouille !
5-
J’avais rencontré dans ses bureaux du Chemin Bates, en 1980, le vendeur de poids et haltères, millionnaire, Ben Weider. Pour un projet de film vague, pour son très cher Napoléon, son idole. Amusé d’y avoir vu partout des tableaux du Corse, objets de culte,  » son vrai blaireau « , corridor, hall, dans tout l’environnement de Weider. Voilà que des chercheurs lui donnent raison :  » l’Empereur déchu, exilé, fut empoisonné par du cyanure de potassium. Un meurtre lent « . On dit (Cocteau) que des bustes du Bonaparte se trouvaient même dans des chaumières en Angleterre ! Incroyable non ? Je dis, avec certains historiens, que ce Bonaparte fut le Adolphe Hitler du début des années 1800, pas autre chose. Un fou furieux. Millions de jeunes soldats morts à son bilan. Millions !
6-
J’ai déjà vu une reproduction d’affiche dans le Saint-Agathe des années ‘30 :  » No dog, no jew « . En anglais hein ! L’horreur. L’ex-montréalais, arrêté cette semaine en Californie, Irving Rubin, affirme avoir été une cible des racistes, à Montréal. Antisémitisme s’élaborant pourtant partout en Occident. Pas juste à Montréal.
Nous avions nos chemises brunes, cet hitlérien Adrien Arcand, nazi avoué et  » subventionné par le pouvoir du temps à Ottawa « , publie Norman Lester. Au Canada anglais il y avait aussi des chemises  » brunes « , et des  » noires « , des « bleus « ; gros paquets de racistes anglos, très nombreux au-delà de l’Outaouais.
Le francophobe enragé, Galganov, jeune, fut de cette revancharde  » Ligue de défense juive « . Il l’admet ce matin, lire Louise Leduc. Le sociologue Yves Claudé nous dit que ces  » ligueurs juifs « , organisateurs de  » milices « , ne sont pas seulement anti-arabes, qu’ils sont très actifs encore à Montréal, qu’ils sont antifrancophones et antiquébécois. Enfin, qu’on les trouve à McGill, à Concordia et dans des milieux d’affaires  »
Eh b’en ! Instructif.
7-
Arafat, jugé incapable d’enrayer la terreur palestinienne, se trouve isolé, rayé comme interlocuteur. Il devra donc retourner se terrer en Tunisie. Retour donc à la case zéro. Retour à la guerre totale. La puissante armée des Hébreux face de nouveau aux clandestins, comme du temps de l’après-victoire, la fameuse  » guerre de sept jours  » en 1967. Encourageant.
8-
J’ai terminé ce  » Journal  » du Cocteau du temps de la France nazifiée. Pis ? B’enoui, il était snob, souvent méprisant des masses, du peuple. Il reste un créateur étincelant, un imagier fascinant. Dernier chapitre : son film est prêt à être tourné ,  » La belle et la bête  » mais convocation du  » maître  » chez ses producteurs :  » Regrets, on refuse d’embarquer, trop risqué. Trop chers vos devis.  » Cocteau dégoûté, écrasé. Arrêt de son journal. Le film se fera cent vingt jours plus tard. Une note de bas de page dit :  » Cocteau reprendra son journal, celui du film en cours. Le premier qu’il signe seul. Viendra un autre film signé Cocteau, que, jeunes, nous admirions tant,  » Orphée « .
Ici, arrêt pour le lunch. Descendons réchauffer les  » chinoiseries  » achetées hier soir.
9-
Bon. Retour au clavier. Musique :  » Impressions  » d’André Gagnon avec la philharmonique de Londres.
Je tape : Jean-Pierre Léaud, l’acteur fétiche et alter ego du cinéaste surdoué François Truffault, annonce  » Le pornocrate  » qui serait l’histoire d’un cinéaste de porno qui veut maintenant tourner un film de ce genre mais en y mettant des sentiments. Rebuffades des producteurs. L’Odile du Devoir a aimé mais entendu à la radio bazzoienne :  » Affreux, Léaud bredouille, on ne comprend absolument rien. Inaudible ! « . Ne plus savoir à qui se fier désormais. J’aime l’inunanimité, la critique divisée, mais on ne connaît pas assez bien les personnalités de nos critiques.
Les critiques jouent les  » objectifs « , se veulent des machines à juger. Jadis, des critiques se livraient davantage et on finissait par bien les connaître. Alors  » un  » qui détestait nous servait d’encouragement à y aller (théâtre, livre, films). Un  » autre  » qui aimait nous prévenait de ne pas y aller. Exemple : Jean Béraud de La Presse, années’60, nous avions appris ‹il parlait de lui, de ses goûts‹ qu’il haïssait les modernes, alors quand ll démolissait furieusement un Beckett, un Adamov ou un Ionesco, nous savions qu’il fallait voir ça. Même chose au domaine du livre pour un Éthier-Blais. Sa chronique du samedi était pleine de ses humeurs, de ses sentiments, il n’était pas la soi-disant machine  » objective  » qui décrète. Connerie des critiques de ce temps se voulant des robots infaillibles.
10-
Reçu plus tôt un courriel des Trois-Pistoles. Mon Victor ne peut me répondre pour ce brûlot À signer ensemble. Il est tout pris par ses textes télévisuels pour un projet de futur téléroman. Sa secrétaire, Katleen ‹il en une, lui ? ‹ m’annonce qu’il me reviendra ce week-end. Mais je ne sais plus si c’est vraiment le bon moment ‹maudit 11 septembre‹ pour mon appel en faveur de nos felquistes d’antan, pour qu’on leur reconnaisse un rôle historique adéquat. Mmm
Le pâté chinois de  » l’école de Sainte-Adèle  » ? Très bon.
Raymonde me montre toutes ses corrections faites hier pour mon petit livre  » Écrire  » à paraître chez V.-L. Beaulieu. Toujours forte, cette chère  » première de classe « . Bon, corrigeons, corrigeons; que l’aspirant écrivain le sache : ça ne finit pas. Travail plate et indispensable néanmoins, cette prose pour JOURNÉES NETTES n’est pas révisée par Raymonde et ça doit paraître.

Notes pour un conte – HALLOWEEN

Ici le conteur attitré de la station CKAC : Claude Jasmin

*
Pour le jour (ou la veille) de l’HALLOWEEN ?
*
NOTE : TOUT CELA SERA DIALOGUÉ

1- LES ÉTRANGERS !
D’abord, un mot sur notre peur des étrangers à cette époque : le guenillou, juif (!)  » plein de poux « , le buandier Chinois, l’aiguiseur au pied bot,. Le gazé de la guerre, etc.
2- HALLOWEEN DU TEMPS, PUIS CETTE MAD. CORMIER.
Portrait bref de la voisine de mon ami Tit-Yves, de cette folle, juchée souvent sur son balcon du deuxième, pour haranguer ses fantômes, dont on se moquait mais en la craignant. (cf. Chapitre : d’ENFANT DE VILLERAY)
3- L’ÉVÉNEMENT : Ce soir d’HALLOWEEN de 1940. À 9 ans. Costumes improvisés,  » non achetés  » ($). Notre tournée avec couvre-feu à 9h,.du soir, chez les généreux et les pingres de la rue. Mon arrivée en face de chez Mad. Cormier à 9 h.p.m. Personne veut aller sonner là, j’y fonce, par bravade. Ce sera l’enfermement. Mon cauchemar commence :
A- DES WHIPPETS ! La folle me force à entrer. Promesses de surprises. Elle pose aussitôt chaînette dans sa porte ! Me demande (la coutume) si j’ai une chanson, une récitation quelconque. Je reste muet, nerveux, inquiet. Elle m’enlève ma boîte de bonbons ramassés. Elle me sort une boite de  » wippets « , et des fruits. J’aurais préféré des bonbons. J’en prends et je fourre cela dans mon sac. M’invite à m’asseoir près d’elle, sur son chesterfield, veut me caresser le visage, les cheveux, m’appelle HENRI ! Je lui dis mon nom. Semble contrariée, grimace. Enlève sa robe de chambre, jaquette violette :une sorcière de l’Halloween? Frayeur!
B-CORRIDOR ET SALON : ANIMAUX EMPAILLÉS ! Me lève, veux m’enfuir. Elle dit qu’elle va m’adopter et que je ne retournerai jamais chez mes parents. Je proteste que je suis le plus vieux des garçons, que ma mère a grand besoin de moi. Elle dit que je dois oublier mes parents, dit qu’elle va m’amener en voyage avec son mari qui va rentrer bientôt. Têtes sinistres de deux chevreuils, d’ un loup blanc, tête de renard, aux murs du corridor. Me parle d’un mari chasseur émérite.
C-CUISINE : CHOCOLAT CHAUD ET ALBUM PHOTOS .
La folle me parle de son mari qui va rentrer de son travail. Je la questionne car je le connais de vue monsieur Cormier qui porte un uniforme kaki. Je la questionne :
– » Est-il un soldat ?  »
– » Non, dit-elle, c’est un général, un amiral.  »
La Cormier dit que son époux ira en mission en Allemagne et au Japon qu’il doit tuer Hitler et Hirohito! Qu’elle sera si seule, qu’elle aura besoin de moi. Je braille sourdement. Je demande de téléphoner à mes parents. Refus net ! Tout est  » top secret  » ici. Elle va à sa cuisine me faire du chocolat chaud. Je la suis. Je vois sa boîte de COCOA FRY CADBURY, comme chez maman. Mes délices. Elle me donne à regarder un album de photos. Me parle de son enfance heureuse, douze enfants, ferme à la campagne. Photos de son mariage avec son beau militaire. Elle va à son  » canard  » d’eau chaude, sort une tasse. Je vais prudemment vers la galerie arrière, ouvre la porte : ses cris, me force à rentrer. Nouvelles menaces, couteau à pain sorti. Ma pire des Halloweens !
D- SALLE A MANGER : HIBOUX EMPAILLÉS. M’installe avec mon chocolat à sa salle à dîner : des papillons fixés aux murs, sa collection. Il y a aussi, horreur, des oiseaux empaillés. Hiboux, chouettes, aigles qui me regardent ! J’en suis malade.
La folle m’explique ce qu’elle attend de moi : services à rendre car elle n’a pas le droit de sortir, dit-elle :  » Edmond veut pas !Il y a tellement d’espions, d’ennemis aux alentoursŠ car il y a sa mission secrète « .Le téléphone sonne, elle se transforme, mielleuse, Lui parle de son futur chevalier servant, moi Dira :  » C’était mon beau capitaine qui va arriver bientôt du pénitencier de St-Vincent de Paul  » , spécifie-t-elle. ALORS, je la questionne :  » Il est donc simple gardien ?  » Elle dit que c’est un déguisement car sa mission est secrète « . Ajoute qu’il arrivera avec des prisonniers, des bagnards dangereux et courageux pour sa mission.
E- RETOUR AU SALON : POUPÉE HENRI. Je refuse sa deuxième tasse de chocolat. Je dis que je veux aller chercher mon pyjama, ma brosse à dents. Je cours vers le salon, je crie, frapper sur un mur, derrière ce mur, vit mon ami Tit-Yves, leur voisin. Elle me menace, de ses ciseaux puis me noue les poignets et les pieds à un fauteuil du salon. Les chevreuils me fixent ! Je pleure, Je parle de ma famille inquiète. De la police alertée sans doute. Me dit qu’elle va me présenter son grand secret. Elle va à une chambre et revient avec une énorme poupée me dit que c’est son fils unique, son petit Henri qui est pas vraiment mort. JE COMPRENDS SA FOLIE ENFIN .
Elle pleure. Ma gêne.
F- DÉLIVRANCE ! SONNERIE PUIS CLÉS DANS LA PORTE ! La CORMIER défait la chaînette et me présente à son Edmond. Malaise du gardien de prison qui me détache vite, m’examine, me questionne. Me ramènera vite chez moi. J’oublie pas mon sac de bonbons. Mes parents affolés disent :  » Oui monsieur, la police a été alertée.  » Accablé, M. Cormier parle de sa femme malade et demande de ne pas porter plainte, promet qu’il va la faire placer dès demain à St-Jean-de-Dieu. M. Cormier raconte la mort du fils Henri. La folie depuis. Mes parents émus le rassurent, ne diront rien aux policiers qu’ils vont rappeler. M. Cormier s’en va humilié.
FIN.

 » DU JADE ET DU CHOCOLAT »

  • écoutez ce conte
  • Comme chante Claude Dubois: »J’étais amoureux… »!

    On sait ce que c’est , même jeune, même au premier grand amour, à l’amour fou. Fou, fou, fou!

    L’adage le dit: on en voit plus clair. Et Édith Piaf chantait: « sans amour, on est rien du tout, rien du tout… »

    C’était la veille de la Saint Valentin.On pavoisait des petits coeurs, des petits coeurs rouges, partout, partout, partout!

    Chante Beausoleil-Broussard: « Les petits coeur, les petits coeur, les petits coeurs d’amour! »

    J’aimais Micheline. Une fille unique. Celle qui danse le mieux à la corde à danser! Elle habitait à quatre maisons de chez moi. Dans un deuxième étage. Ils sont pas riches et Micheline est mal habillée mais, c’est drôle, tout le monde le dit: elle est la plus belle de la rue!

    J’aurais dû me méfier, y voir un funeste présage: Micheline habitait juste au dessus de La Coopérative de frais funéraires.

    Oui. Juste au dessus du lugubre et sec et si sévère Monsieur Turcotte, le directeur austère des cortèges funèbres de la paroisse Sainte Cécile. Juste au dessus.

    Tu en es fou. Tu la trouves belle. La plus belle de ta rue, de ton quartier Villeray.

    Elle a de si beaux yeux. De si beaux et longs cheveux. Sa peau est si lumineuse. Tu lui trouves une bouche adorable. Des mains délicates, des jambes si fines, une traille de…de déesse!

    Micheline est parfaite. Elle est l’image de la beauté. L’Image de l’amour. Quand elle surgit au restaurant de mon père, tout le magasin s’illumine! Elle dit: « Je voudrais une « Orange crush » et un « May west » et on dirait qu’elle chante! Je l’aime.

    Quoi faire pour se l’attacher., Elle te fait les yeux doux chaque fois que tu la croises, elle te dit des mots doux, si doux. Elle t’adresse ses plus jolis sourires. Semble radieuse: elle t’aime elle aussi, c’est tellement évident. Elle t’a donné sa photo venue d’une machine à quatre photos pour dix sous dans un bric à brac de la rue Saint-Hubert.

    C’est ton icône. C’est une fée! C’est ma Cendrillon! Mon Alice au pays des merveilles! C’est mon bon ange gardien et elle, elle est visible! Avant Charlebois, je criais en courant au marché Jean-Talon, à tue tête: » Je t’aime comme un fou, je t’aime comme un fou, ou,, ou,,ou… »

    Le soir, tard, tu rallumes la veilleuse près de ton lit et tu la regardes, sur sa photo, une dernière fois avant de sombrer dans les bras de Morphée. Ton coeur ne bat plus que pour elle, Micheline!

    Quoi faire, oui, pour lui prouver ton amour à la vie à la mort?

    Demain, c’est la Saint Valentin, tu dois lui offrir un cadeau.

    Tu n’es pas riche. Tu as caché, dans une boite de métal noire, ta fortune. Toute ta fortune: tu comptes tes sous. Il y a le pauvre magot d’un jeune écolier, vingt sous , cinquante, un dollar! Plusse cinquante, soixante sous …oh, ça fait deux dollars, il en reste un perdu, deux dollars et cinquante cents.

    Quoi acheter? Où aller. Chez madame Lafleur, fleuriste?

    Des roses, des lys, des oeillets? Non, pas de fleurs, ma mère est une amie de la fleuriste et par ici tout se sait, tout se répète.

    Le cadeau de Valentin doit rester un secret.

    Je l’ai! Il y a un Laura Secord, au coin de la rue Bélanger. Juste en face du cinéma Château. C’est décidé.

    C’est fait. Il a fallu faire vite. La gêne. La vendeuse et son petit sourire en coin. Comme si on ne pouvait pas être amoureux à douze ans! Niaiseuse!

    Retour à la maison. Ruiné mais le coeur en fête. En fête de la Saint-Valentin!

    Où cacher mon témoignage de grand amour, à la vie, à la mort?

    Où?

    Misère. J’ai un frère fouineur. Pas dans ma chambre. L’odeur du chocolat, Raynald, mon petit frère, la détecterait dans le fond d’un coffre-fort.

    Où dans la maison? Mes cinq soeurs reniflent partout, danger!

    Et il y a ma sainte mère, la « Germaine-au-petit-doigt » qui devine tout, au nez long, au nez fin.

    Où? Où?

    Il est midi et demi. Le soleil fait reluire les clochers de Saint-Édouard, coin Beaubien, à en aveugler les yeux. Dehors, ce 13 février, il y a redoux. La neige fond un peu. Pété Légaré et Tit-Rouge cassent la glace du trottoir avec une barre de fer. La hâte de revoir le macadam?

    Mais il fait assez froid pour bien conserver ma boîte de chocolats Laura-Secord que j’ai enveloppée dans un sac de jute. Sous le balcon d’en avant, je creuse un trou, une cachette sûre!

    Vite, enfouir mon cadeau de valentin et puis aller marcher en sifflant, innocent, les mains dans les poches. Les poches vides!

    À l’école de la rue De Gaspé, le frère Foisy a retroussé sa soutane et joue au hockey-bottine dans le fond de la cour avec mes amis, Devault, Moineau et Malbeuf! Je m’y joins.

    Ma belle Micheline, dans la cour de l’école des filles en face, ne sait pas qu’elle aura, demain, une preuve d’amour chocolaté!

    Quatre heure, retour de l’école.

    Maman m’attend dans le boudoir! Oh, oh! Les mains sur les hanches, les yeux durs. Sur la table à café, il y a ma boîte de chocolats de Laura Secord. Que j’avais enveloppé de beau papier rose chipé dans un tiroir de Marielle, la grande sentimentale!

    Mon cadeau! Et maman qui répète:

    – » Qu’est-ce que c’est que ces folies? Qu’est-ce que c’est que ce carton découpé en coeur et ces mots: « Pour mon amour, Micheline! » Ton écriture, Claude! »

    Comment font les mères? Des antennes? Des yeux tout le tour de la tête? Le petit doigt c’est des niaiseries de bébé la la. Non. C’est clair, on m’a vu, sous le balcon, on m’a vendu. Je suis trahi.

    -« Es-tu malade? Es-tu devenu fou? À ton âge? Le nombril même pas sec, et

    Monsieur gaspille son argent de servant de messe, pour les petites filles! »

    Je ne sais plus quoi dire, où me mettre. Je tente:

    – » Quoi, quoi? C’est mon argent à moi. J’ai b’en le droit d’en faire ce que je veux, non? On vit dans un pays libre. »

    Je reçois une taloche libre de la main libre de ma mère

    – » Arrive mon petit garçon, ensemble, on va aller chez Laura Secord. Tu vas exiger un remboursement., Voir si ca a du bons sens. »

    Ma mère a décroché son manteau d’hiver, en mouton rasé, et elle ajuste son chapeau, met ses gants. J’ai les oreilles rouges. La honte. Le dépit. Le dépit amoureux total.

    Au magasin, la serveuse ne sourit plus du tout. Ma mère a pris sa voix haute et implacable:

    – » Vous reconnaissez mon petit gars. oui?. Vous devriez avoir honte. Vendre une boîte de chocolats de luxe à un enfant. Vite, remettez-lui son argent et reprenez votre chocolat, vite mademoiselle, sinon je vous dénoncerai à votre patron, moi. »

    Je voudrais rentrer dans le plancher de la boutique. Je suis humilié. La Saint-Valentin est la fête de tous les amoureux, peu importe leur âge, il me semble.

    Retour en vitesse à la maison.

    Aux affiches du Château, Rita Hayworth, les lèvres rouge sang, la poitrine offerte, dans une robe boléro écourtichée, semble rire de moi, me narguer. Sur un autre placard, Errol Flynn dans les cordages d’un mat, brandit son sabre de pirate, semble me défier.

    Je jette un regard au dessus des salons de l’entrepreneur en frais mortuaires, chez Micheline. C’est curieux, il n’y a plus de rideaux aux fenêtres et sa mère est grimpée dans un escabeau, torchon à la main. Le ménage du printemps en février, la veille de la Saint-Valentin? Je me dis que ma mère est jalouse. C’est la vérité. Elle croit que je suis son objet, son bien, que je lui appartiens. Je n’ai pas le droit d’aimer une autre femme qu’elle. Les mères sont toutes comme ça. Une prison! Ma belle Micheline ne m’apparaît pas. Monsieur Turcotte, l’air toujours sombre, gratte son tapis de coco dans l’escalier de ses salons funèbres. Micheline ne me verra pas rentrer la queue entre les jambes.

    Ne verra donc pas défiler la honte et sa marâtre de mère!

    Ce soir-là, après le souper, en apéritif, le sermon de maman comme potage amer. Les sarcasmes de mes soeurs, de Marcelle et Nicole surtout, en digestif. Les remarques ironiques de Raynald comme dessert!

    Après le souper, je suis allé dans le hangar et j’ai choisi un bibelot chinois dans les vieilles armoires de mon père quand il était importateur de bébelles chinoises, avant qu’il ouvre son restaurant du sous-sol.

    Micheline aura son cadeau. Une jolie princesse au parasol, en jade.

    J’enveloppe mon valentin dans du papier de soie, bleu, de Lucille, pendant que mon petit frère joue avec mon bel avion « spitfire » de papier et balsa que je viens de lui donné , je lui ai fait faire un serment. Il a craché derrière chaque épaule et a fait un signe de croix.

    Ma statuette de jade attend la saint Valentin sur la tablette du haut du placard de notre chambre. Je peux dormir en rêvant à mon amour aux yeux si doux. En songe, nous marchions la main dans la main, dans un joli sentier de montagne, cent, mille sapions enneigés brillaient dans les collines. Un grand traîneau rouge nous attendait et, dedans, il y avait des tas de belles boites de chocolat en forme de coeurs rouges.

    Enfin, le 14 février. Le même beau soleil qu’hier.

    Je sors mon cadeau. J’ai avalé mon dîner en vitesse, les bonnes saucisses de la belle fermière, des cornichons en masse, des « pétates » pillées et mon régal, un pudding chômeur bien sucré…je file vers mon grand amour, mon cadeau sous le bras.

    Devant son logement, je guette sa sortie, je dois faire vite, l’école dans quinze minutes. Je dois faire très vite. Elle sera folle de joie. Micheline ne sort pas!

    Mais non, il n’y a plus personne au logis d’en haut.

    Plus aucun rideau à leurs fenêtres.

    Que se passe-t-il, je sens qu’il se passe quelque chose…

    Il y a monsieur Turcotte qui n’en finit jamais de nettoyer ses tapis de coco.

    Il dit:

    -« Cherches-t-y quelqu’un mon petit bonhomme?

    Je dis:

     » Euh, oui, Micheline…On dirait qu’ils sont tous partis, non? »

    Il me dit:

    -« Oui, partis, déménagés! En pleine nuit, comme des voleurs.

    Je fais, le coeur brisé:

    – » Où, où sont-ils partis, le savez-vous?

    Il grogne:

    – » Comment je peux le savoir mon garçon? Si tu les revois, tu me le dis, ils ont pas payé mon loyer du mois! »

    Le coeur me fait mal.

    J’ai fourré ma statuette de jade dans mon « windbraker ».

    J’ai pleuré en marchant jusqu’à l’école.

    Rue de Gaspé, j’ai sorti mon canif et j’ai gravé nos initiales dans l’écorce du vieux chêne vis à vis le magasin de bonbons de la « p’tite vieille Forgette.

    Et je n’ai jamais revu Micheline.

    L’automne dernier, j’ai voulu revoir le vieux chêne rue de Gaspé.

    Une p’tite Forgette, vieillie, m' »a dit: » Oui, coupé le vieux chêne. Paraît qu’il était malade et trop vieux pour guérir! »

    Ça m’a fait quelque chose!

    Ce matin, quelque part, une femme de soixante dix ans, comme moi, m’écoute peut-être. Elle se nomme Micheline et je lui dis: » Micheline? Micheline? Bonne Saint Valentin! J’espère que tu es heureuse, que tu as eu une belle et bonne vie comme moi. Si tu es seule, s’il est parti, bonne fête quand même! Va t’acheter du chocolat dans une jolie boîte rouge, en forme de coeur.

    14 février 2001
    pour CKAC

    Claude Jasmin

    p.s. Pour une quarantaine de récits de cette veine, lire « ENFANT DE VILLERAY » paru chez Lanctôt éditeur.

    POUR GÉRALD GODIN

    «Elles me parlaient de toi et je riais tout seul, Godin ,les filles des Trois-Rivières, des hommes dans des tavernes se souvenaient du comique trifluvien, des gars-draveurs, sans eau bénite mais avec beaucoup de sacres, ils parlaient d’un beau frisé

    ta mère ne riait plus, ton père s’en allait, toi, le petit snoreau qui jouait dans les caniveaux, rue Notre-Dame, toi, le timide enfant à sa moman

    Godin, tu devenais un important un beau jour et des conducteurs de charettes enlevaient la casquette, ça te faisait drôle, ca te faisait ni chaud ni frette, tu restais le petit morveux de la Mauricie d’en bas, le petit tarlais de Duplessis, Godin, il y avait des jours tristes, il y a eu du bon temps, tu as été le valet des écrivisses avec et sans pinces et aussi le roi des beaux parleurs, tes cantiques étaient des cantouques et tu jetais tes mots au fond des journaux, pelures de patates chaudes, tu rêvais aux ouvriers mortifiés, tu songeais aux exilés dépenaillés, tu faisais ton curé, ton malin, ton petit ministre et tu restais le nez au vent, accroché aux barrages politiques, jouant l’incrédule, l’insoumis

    il n’y avait que des mots ourlés, que des chansons, celles de ta blonde pauline et celles du populo, tu rigolais sans cesse, tu congédiais tes cauchemars, tu éloignais ton chauffeur, tu devenais transparent et tu redevenais naïf l’enfant de chœur de l’église au bord de la Saint-Maurice, tu rapetissais et d’autres t’agrandissaient, tu fuyais dans tous les horizons, les pourris et les rêvés, tu étais resté le Poète et la tête t’a fait mal le jour où t’avais enfin ta campagne et cette migraine du diable t’aura joué un sale tout

    tu riais jaune et tu chantais faux et ton cœur d’entrant se révoltait, tu continuais d’écrire ta poésie d’édredon et de cabanes à moineaux, tu savais trop les prétentions des mots , tu fouillais dans ta vareuse d’éclopé, tu alignais les vieilles affaires

    et tu glissais sur les phrases entourloupées comme un dément glisse entre les barreaux de son asile, tu aimais mordre dans l’air, tu n’avais rien de vrai tout autour, tu gardais des grands silences

    rue Gilford, tu paradais, tu accrochais des mains, tu voguais en titubant sur des promesses mal faites, tu avais mal partout, tu grognais, et puis tu dévorais des restes de vie

    enfant, tu savais tout déjà, plus tard je t’ai vu te sauver d’un film, au fond de l’ombre, avec une fille inconnue

    je t’ai entendu te faire la barbe, rue Bayle, un matin de novembre bien gris, tu sifflais des airs de Trois-Rivières

    rue Selkirk, tu avalais des cafés, des poèmes et des simagrées, tu cochonnais un article et tu polissais deux vers sans rimes officielles tu gossais de pauvres proses

    tu maudissais ta tribu un soir et un matin tu faisais des gâteaux pour ta pauvre petite race de morigénés embarrassants, tu faisais le député et tu représentais la populace, sur des tétraux de bois ravagé

    tu grognais des discours improvisés, tu sortais des ardoises de carton et tu laissais des marque: tu griffonnais des éraflures poétiques et des clauses pour des lois à venir

    tu aimais parler, tu aimais la langue vivante, mal garnie, mal partie, mal arrangée tu courais vers le train, vers le bus bien plein, vers Québec, vers les Plaines et tu revenais de nuit dans le temps d’avant la gloriole et les simulacres

    je t’écoutais rager, pleurer dans des épaules étroites

    tu te sortais le nez dehors et tu frappais les culs terreux, les rampeurs, les quémandeurs, tu supportais l’apatride fiévreux et tu blasais le gros matou dans sa limousine Calfeutrer

    tu es Godin et sur Godin j’allais bâtir un empire pour rire, on s’esclaffait des estaminets

    jeunes on paradait rue Guy, au Pub Royal, on chantait faux, la nuit les pieds crochus, on se tapant des blondes, on ayez carafes de houblon, des cruches de vin rouge

    le Grec souriait dans sa boutique et des agneaux tremblaient mais toi, toi, le poète désossé, le grand funambules tu te gargarisais et les organisateurs frais rasés te collaient au train , tu baignais dans des mots trop beaux pour nous, tu promettais des avenirs à nous tous: les frigorifiés du destin française

    tu encourageais la fille de chambre au motel du salut perdu, tu stimulais des itinérants aux dos de velours, tu ne t’ennuyais: jamais grand flanc-mou d’escogriffe, Godin oh mon vieux Godin, nous avons perdu tes grimaces, nous avons trop couru après l’air du temps, tu voyais des anges partout, le diable te maudissait, toi et ton grand cœur, porte de grange ouverte, tu as été le fou de nous tous, le fou furieux, le dégingandé frétillant, le compositeur de foleries, le balanceur de balles de nuages, le grand prosateur de tout

    Il y a longtemps que je te voyais aller et jamais je ne t’oublierai, mon serpent de vent, mon cerf volant, mon ténébreux des rivières à trois, mon enfant rosé, je vais continuer de te raconter, tu peux nier tout, tu pourras t’esclaffer encore et encore, il reste que je sais qui tu es, qui tu as été, je t’ai connu, sans que tu le saches sur les rives d’argenterie de ton coin de pays, Félix a chassé ce pays et les pitounes roulent pour toi pour l’Éternité, tu es un chinois, tu es italien et portugais, tu es de partout

    tu faisais le nigaud et tu grommelais des imprécations dangereuses contre ton chef et un autre colonel, tu prenais tous les risques, tu avais ta chaloupe de sauvage, ta plume aiguisée, tes petits calepins, des carnets de notes sur la folie des mots d’amour

    tu aimais nous mélanger et, l’épivardé, tu te sauvais de nous les enfargés dans les fleurs de ta moquette poétique, tu cantouquais à qui mieux mieux, démonté, défoncé tu caracolais en des rimailleries inédites et on buvais ta lamentation grise ou rose

    tu voulais devenir fou le lendemain tu souhaitais prier à genoux dans la verdure d’une femme, tu aimais ta vie de fou, tu râlais pour faire taire les thuriféraires

    tu es un garnement, un effronté, tu allais à la pêche aux songes creux, enfant, aux perchaudes sur le quai de ta vieille ville

    tu avais tes oncles et tes tantes, tu avais tes souvenirs un album doré sur tranches

    ô les photos de tes mots s’imprimaient en lettres incendiées

    Godin, ô mon vieux Godin, que de chemins sous tes pas de draveur de mot bien rustres

    que d’images dans ta tête blessée, que de rires étouffés, à l’école et au parlement

    ton peuple mercériste était ta bande, les fidèles s’accrochaient un quête un job, tu lui trouves un radeau de vie

    l’épave maladie est encore un cargo de richard, tu te moquais, tu crachais dans la soupe, tu ricanais devant le petit grand René, tu jouais la carte malice, tu léchais une souris de chocolat, tu as fait ta première communion debout en riant, tu jouais à ne trouve jamais dans les petits sentiers des forêts mauriciennes

    Godin mon sacripant de Godin, tu as été une étoile filante si rare, un si soleil étonnant soleil de feu qui glace, forestier en ville, tu déroutais les complimenteurs, les élogieux intéressés tu savais grimacer aux vitrines du pouvoir, tu n’avais qu’une envie : celle des mots sonnants.»

    Texte présenté sous pseudonyme au concours organisé par l’Union des écrivains (UNEQ), le café «Porté Disparu» et la SIDAC du Plateau Mont-Royal

    Premier Prix, été 1997

    Texte inédit

    publié dans le recueil de poésie «Albina et Angéla», La mort, la vie, l’amour dans la Petite Patrie» chez Lanctôt Éditeur, printemps 1998

    Transcrit par Laurent Barrière