J’AI FAIT UN RÊVE ! ( I HAD A DREAM)

Pour les assimilés (volontiers aliénés) à la culture pop des USA, vanter notre culture est toujours un signe d’étroitesse. Pour ces suiveurs-des-USA vous êtes un régionaliste. L’insulte. Ils s’exclament : « Sors de ton cocon, deviens international ! » Ils disent aussi: « universel » Une farce. Pour touts ces dociles publicitaires, courroies de transmission (surtout à La Presse, Gesca-Power), les Cormier, Cassivi, Hugo Dumas, Sarfati (aux voyages payés) et j’en passe, « internatioaliste » c’est USA-only. (Los Angeles, Holywood, New York). Chez eux, jamais d’information sur la culture (pop ou non) de l’Espagne, de l’Italie ou de l’Allemagne. Pas un mot !

À moins que de ces créateurs percent. Aux USA. Tous sont des valets-des-amerloques. Moutons de l’Empire-USA.

Or, j’ai fait un rêve ! C’est permis de rêver, non ? J’ai imaginé que Boston, et peu à peu, tout le Massachusetts, quelque part au 19 ième siècle, aurait pu être envahi d’énormes masses d’émigrants. Tous venus de ma chère Italie, et, résistants comme nous au Québec, ces populations installent la culture italienne partout au sud de nos frontières, Maine et New Hampshire compris tiens.

Quelle bon plaisir ! Voyez-vous ça : à quelques heures de route, nous tous en visiteurs plongés dans cette « Nouvelle Italie ». Non plus dans un de ces états semblables aux 55 autres. Pour moi, un bonheur total !

C’est imaginable certes mais ça n’est, hélas, qu’un doux beau rêve ! Imaginez maintenant des hordes d’émigrants venus d’Espagne, foules immenses et qui s’installent un peu plus au sud, disons Connecticut, New Jersey, Maryland. JY compris la Virginie ! Un grand état nommé Nouvelle Espagne ! En une dizaine d’heures d’automobile nous nous retrouverions en visite parmi la formidable culture espagnole et cette autre (avec l’italien) si jolie langue, musique, chants, architecture, théâtre et cinéma. Leurs us et coutumes quoi. Quelle variété et vive la diversité, oui ? À bas l’uniformité si ennuyeuse.

Nous irions souvent. Comme tant de nos touristes du sud nous reviennent, adorant « la vie française » au Québec (il y en a plein). Olé « Novo Spania ». Oui, il est permis de faire un rêve ? Tenez, allons encore plus avant dans cette fabuleuse hypothèse des migrations massives : il serait arrivé le même phénomène pour les Allemands (Pennsylvanie ?), pour les Polonais, pour les Grecs. Pour les Portugais. Cela n’aurait-il pas été formidable ? L’hégémonie « impériale » USA anéantie et adieu aux rouleaux compresseurs de ce gros paquet d’états à peu près tous semblables. Adieu, à tous les carrefours des villes, aux répliques si assommantes, quand on voyage, à tous ces Colonel Machin et Hamburgers-McDo ! Fini les conformités commerciales abrutissantes partout à notre sud, à ce plat territoire culturel sauce « pareil au même ». Car, allez à Philadelphie ou à Chigago, à Miami ou à Tampa, au Texas ou au Colorado, partout c’est « us et coutumes identiques » Partant, l’ennuie, un vaste assommoir. Pour nous amuser, rêvons d’une grande formidable « Nouvelle Europe ». À nos portes. Vastes lieux pour devenir « vraiment » curieux universels. Plus des consommateurs dociles du gros bloc-USA, comme les Sarfati, Cassivi, Hugo Dumas, tant d’autres dociles publicitaires des USA.

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Hughette Oligny, vagabondage et Di Caprio !

 

 

Est morte, merde ! Dans la salle du Rideau Vert, il y a deux ans, Huguette est ma voisine de siège. Fin, lumières, applaudissements et la vive nonagénaire s’agite, s’écriant à des amis de l’attendre. En riant, je lui dis : « Montez sur mon dos et, en bon vieux cheval, je vous y conduirai ! » Je me penche, Huguette qui rigole s’agrippe à mes épales d’octogénaire, je sens son genou sur ma cuisse et puis «  Non, Claude, non, pas en ce digne lieu ! » On riait. Merde, elle vient de mourir !

Matin tout récent, descente en ville pour mon ophtalmo. Soudain, Avenue Greene angle Sherbrooke, me « frappent » aux yeux —menacés de glaucome— un tas de portraits, justement, « frappants ». C’est l’art très cinglant de la surdouée Goodman avec ses humains « tout écartillées » (Charlebois). Courez voir Galerie D’Este, ces corps comme écrapoutis. J’entre donc au 1329 Greene (angle Sherbrooke) et je suis transporté par ce monde ligoté et assommé. Strident ! Remuant ! Ici même, à Westmount-en-bas, en 1920, mon papa tenait boutique : « Thés, cafés, épices », je l’évoque dans mon récit « Anita… ». La galeriste Louise Leibner est fière de cette expo et avec raison.

Ce soir-là, bas-de-la-ville, au crépuscule, des filles bizarres se disant « Les sibyllines », nous invitent à entrer dans une sorte d’entrepôt abandonné lugubre. Rue Rose-de-Lima à St-Henri ! Promesse d’un vagabond délirant nous crachottant à la geule son désarroi ! On entre dans cette manufacture (?) abandonné, au sud de la rue St-Jacques, un peu à l’ouest d’Atwater. Vieux murs de guingois, plafonds écaillés, portes cochères déchiquettées, verrières sales, quelques chaises droites et bang !, surgit un SDF, un itinérant ? Durant toute une heure, sans prendre son souffle, ce jeune hobo nous arrosera de son récit de vie, avec sel et acide. Un exilé doux et fou à la fois, qui rugit ! Parfois ricane. 60 minutes haletantes et puis le noir ! Il est disparu et alors nous acclamons l’acteur surdoué Sébastien Ricard; de Loco Locass comme du film Dédé Fortin. On quitte la sordide shed où c’était « La nuit avant les forêts » de feu Koltès. On est subjugué par cette logorrhée de crachats, par la détresse d’un «  tout-nu », migrant à la dérive dans une métropole folle, New York, Paris ou Montréal .

La réalité va nous poursuivre de plein fouet à la sortie et on se sentira très loin de notre Ste Adèle champêtre. Dehors, endormis sur un caniveau, deux grands chiens « pas de médailles » et puis surgit leur osseuse maîtresse galopante entre des autos stoppées aux feux rouges de la rue St-Jacques. Silhouette sans âge se mouvant entre les bagnoles bloquées, delta de tôles multicolores descendant vers la rue Notre-Dame. Elle quête, sacoche en bandoulière, exhibant son carton marqué : « charité sioupla ».

Ouf ! Revenus ici, antipode de ce monde urbain, c’est « vive nos rues quiètes et ses terrasses paisibles, l’air pur ». Vive aussi le bon cinéma (de Tom F.) qui nous offre le remake de « The Great Gatsby ». Prière de ne pas écouter certains pisse-vinaigre car c’est un excellent récit filmique si bien fait qu’il nous a donné envie de (re)lire le roman de G.S. Fitzgerald. Le film vit surtout du jeu magnifique du célèbre acteur qui incarne Jay G. Di Caprio, séduisant gangster ( via prohibition), joue cet ex-enfant pauvre. Il veut reconquérir —éblouir— une fille qu’il a aimé et qui l’a dédaigné jadis. Ce Di Caprio-là est étonnant avec un jeun plein de nuances. Courez-y !

 

NOS « TROUBLES » ?

Je guette le vrai printemps. Il tarde. Trop de neige sur la terre, non ? Ai-je « un trouble » avec le climat ? Combien sommes-nous à nous impatienter d’un printemps retardataire ? Paraît que l’on nomme « toc » une manie. On disait, jeune, « un toqué » pour parler d’un doux maniaque. On le dit de celui « affublé d’un TOC, souffrant d’un « trouble obsessif compulsif ». Suis-je « toqué » à tant soupirer après le printemps. Je l’avoue, je n’en peux plus tant j’ai hâte d’aller errer, fouiner, vaquer « à ci et à ça », vagabonder quoi, oui, me promener tout bonnement dans mes alentours et en souliers !

En attendant un air plus chaud, de voir disparaître (enfin) tous ces restes de neige, j’en viens à songer « troubles ». Notre bonne vieille peur de l’anormalité. Je raconte dans le premier chapitre de mon « Anita… » (merci lecteurs d’en faire un best-seller) ma peur de la folie. Comme nous avions tous, jadis, une soutane (prêtre, religieux, nonne) dans chaque famille, nous avions souvent « un fou » à St-Jean de Dieu. On en avait… trois !

Désormais, médecine moderne aidant, nos fous ne vivent plus dans des asiles. Merci progrès. Ainsi, il nous arrive désormais, n’est-ce pas ?, de croiser sur notre chemin d’étranges personnes. Ça m’arrive par ici. Parfois les mêmes silhouettes aux mêmes jours, aux mêmes heures, avec un comportement plus ou moins quelque peu erratique. Enfant, dans nos rues de Villeray, dans les années 1930, nous avions une faune bigarrée : un trembleur convulsif, un qui parlait à voix haute et gesticulait, s’engueulant parfois avec des invisibles, un qui, courbé, barbu, trembleur et baveur, tournait la manivelle d’un vieil orgue dit de barbarie au marché Jean-Talon, une romanichel à voile, nez crochu, nous tirait « la bonne aventure » avec un perroquet trieur de cartes. Ou encore un « sans jambes aucune », torse à deux mains dans sa voiture qui se se mouvait à l’aide de deux gros fers à repasser antiques ! Un travesti exhibitionniste tournoyait autour du cinéma du coin. In « ti-coune », drogué montrait un rat vivant, un vétéran, un gazé de 1914, ses images « polissonnes». Aux quatre coins de Jean-Talon. s‘époumonaient en harangues névrotiques « des dérangés », fous de politique fasciste ou de religion ! Eh bien, nos paysages d’enfant en étaient comme… oui, égayés ! Car « le dimanche les enfants s’ennuient » cher Trenet. Mais parfois nous filions sous les jupes de nos mères !

Stop ! Avril 2013. À Ste Adèle et je lis pour voir plus clair. Je me documente. Qui suis-je, qui êtes-vous ? Du genre parano ? Qui se méfient sans cesse ? Peur d’être jugé. Du genre schizoïde ? Détaché de toutes relations sociales, apathique. Du genre narcissique ? Qui se surestime, se voit supérieur. Obsessionnel compulsif ? Voit à l’ordre, le rangement, le contrôle. Personnalité histrionne ? Émotions excessives, quête d’attention et des jugements des autres.

Suffit ! « Toc » pas « toc », devoir vivre avec soi et s’endurer. Se montrer endurable aussi. Sans le déni total, admettre son « récit de vie » :1) le bagage involontaire, l’inné. Et ( 2) l’élevage, l’acquis, l’appris. Et toi, printemps, arrive. Vite !

 

JEUNES GENS, LE MONDE EST BON !

« Il était une fois des gens heureux… », dit la belle chanson de Venne pour le film Les Plouffe. Vu le flot de pourriture chez la Juge Charbonneau, des téléspectateurs glissent dans la morosité : « Tout est corrompu! » Une saveur de boue à cochon dans la gorge. Je dis que les médias —journaux, radio, télé— intéressés avant tout par ce qui va mal, ce qui pue, sont coupables de ces foules désespérées. Les bonnes nouvelles —découvertes utiles comme intéressants progrès— n’amènent pas d’importantes audiences. Montrons les pourritures citoyennes et, alors, des lots de belles jeunesses sont dégoûtées.

Non, non, chers jeunes futurs citoyens engagés, résistez à cette image truquée, unidimensionnelle. N’écoutez pas seulement ces noirs tableaux mais oui, au delà des manchettes de sang et de crotte, le monde est beau. Il faut me croire, le monde est bon et il y a des gens heureux. Jeu sordide, nos informateurs n’illustrent que pourritures et turpitudes car « Les monstres attirent la foule ». Le monde des gazetiers ( même via internet !) veut cela, la foule ! Ensuite, vendons nos espaces bourrés aux tonitruants marchands !Ils mettent des nappes imbibée de sang sur leur table d’ignominie, détaillons le dépeçage d’un étudiant chinois par ce dément gravement aliéné, Luka Rocco Magnotta.

Yam,yam !, se pourlèche l’annonceur des désespoirs, des noirceurs, maniaques à gages pour divulgation morbide, pour agrandisseur des images du « mal » ! Au boulot, besogneuses courroies dociles, la Galipeau, le Bruneau, la Thibault, la Nadeau ! Volontariat sordide du « noir », à sa seule affiche le Frankenstein Hannibal Lecter ! Il y aura foule, prévisible. Non, non, jeunes gens, ces moulins aux horreurs sont rares, partout autour, observez bien : le monde est bon, avant-hier, il y a la couturière à mi-côte-Morin, d’un dévouement charmant, hier, ce vendeur itinérant aux frais scampis me fait voir sa joie, ce matin, cette maîtresse d’école en congé aide ses voisins très âgés, mon vendeur d’imprimés au Calumet me sourit chaque jour, Robert de l’École Hôtelière, si serviable, tout dévoué, madame Groulx et sa fille, indispensables auprès des grands « aînés » de ma sorte, Tom du Pine, généreux en infos, son voisin Desjardins, sans cesse courtois, l’héritière du quincaillier Théoret s’offre sans restriction à son magasin, enfin, à ma pharmacie, on s’efforce de concocter remède utile à mon glaucome ! Sachez résister, chères jeunesses. On veut vous noyer au fleuve glauque du « journal » et « téléjournal », dans son courant putride, chargé que d’infos véreuses, Oui, oui, le monde est bon.

Je ne favorise pas l’autruche, oh non, c’est essentiel de tout savoir mais je conspue l’abus et le sens unique, le silence sur « ce qui fonctionne bien ». Je l’ai proclamé publiquement : s’il y a 7 % de pédophiles dans le clergé, il y a donc 93 % de gens de bien et dont on ne dit…rien, justement. C’est la même exploitation des foules au cinéma, le choix est touffu. À la télé, au menu sensationnaliste varié. Au théâtre, voir « Les morbydes », au 4-Sous. Ça vient de loin, Quoi pour remplir les amphis chez les anciens Grecs ? Meurtres, assassinats. Cher Sophocle. Au TNM, Reine Jocaste crie :« Te crève pas les yeux Œdipe, mon fils, mon amour ! » Les monstres attirent les foules. Bon le monde ? Près de moi, j’ai vu Lynn, Murray, Claire et Daniel, tout faire pour ma Denise —vieille comme moi— lui installer un nouveau foyer à Saint Jérôme, loin de sa demeure abandonnée rue Saint Évariste. Que de soucis et de bons soins…le monde est bon ?

 

 

AMBIANCE, AMBIANCE !

 

J’écoute souvent, pour l’ambiance, la radio de Radio-Canada le samedi après-midi. L’acteur Girard y fait jouer les bonnes vieille tounes illustrant l’ancien cinéma. Raymonde et moi aimons écouter… soudain Perry Como ! On sourit. Défilent Sinatra, Dean Martin, Crosby, Judy Garland. Une jeune, Lisa Minelli ! Et je me suis souvenu, ambiance, d’un surlendemain soir de Noël à Miami. Nous entrions à l’hôtel Fontainebleau. Juste y déguster un cocktail en son chic cabaret, y respirer l’ambiance des Sinatra et, tiens, Perry Como ! Nous savions que les stars de la chanson passaient au Fontainebleau à tour de rôle. La vie n’est-elle pas meublé d’ambiances ?

Ô l’incrustation des mélodies musicales ! On a donc revécu, samedi, un autre moment d’ambiance. J’ai songé ensuite à la table de la cuisine, à un album de photos, à tante Maria, sœur de maman, veuve « en moyens ». Ambiance : cette tante à l’aise passait des vacances d’été au bout de monde et nous, modeste trâlée de Germaine, c’était inaccessible. L’hiver venu, Maria, nous montrait ses photos. Pour les prendre, il avait fallu des heures et des heures de train! Où donc ? À Old Orchard !

« Voyez mes enfants ces plages de sable à perte de vue ! » Old Orchard était une villégiature huppée à cette époque —sans tous ces motels à bon marché, tassé. La marmaille jasminienne était épatée par ces vues : un long pier —quai sur pilotis— en plein mer, des kiosques, des homards partout, on ne savait pas ce que ça goûtait. Ici, des autos tamponneuses, là, une Grande roue ! Tante Maria nous offrait des klendakes salés, disant : « c’est fait à l’eau de mer ». On se pâmait ! On en revenait pas de voir, en noir et blanc, à perte de vue ces vagues immenses, voir dans l’océan, notre tante tenir pour nager notre cousine Madeleine : « Mais, ma tante, les requins ! » Maria riait. On admirait ce grand hôtel et son annonce : The Normandy. Y aller un jour, oui, mais pas avant 1960. 25 ans plus tard. « À Old Orchard —Maria prononçait à l’anglaise pour épater— on rencontre beaucoup de canadiens-francais. » Le Maine, c’était si loin et y séjourner et devait coûter « les yeux de la tête », c’était un rêve plus grand que la panse. »

Ambiances ? Jeunes enfants, une autre sœur de maman , Pauline, avait pris pays. Où ? « Dans le grand nord », disions-nous. On l’imaginait proche du pays du père Noël. Elle tenait, avec mon oncle Paulo, « Le Montagnard », hôtel au cœur de Saint-Donat. Jamais nous n’avions grimpé si haut, en 1935, nous imaginions mal ce pays de montagnes. Ambiance. Tante Pauline venait parfois nous visiter certains dimanches. Et elle aussi avait toujours, en noir et blanc, de neuves photos. On était étonné de voir ces grosses motoneiges de Bombardier qui servaient en 1940, de navettes pour les touristes à skis. Je crois que « Le Montagnard » existe toujours, en 1995. Tante Pauline, pour nous presque une Esquimaude, exhibait des ours captifs, des têtes d’orignaux et aussi —nos cris— des portraits d’Indiens du lieu :« Oui, ce sont de vrais sauvages ! Et très gentils ! » Nos films de cowboys tueurs d’Amérindiens en prenaient un coup ! « Oh, ma tante, le père Noël, là-haut, vous ne l’apercevez jamais ? » Elle riait : «  Il a tant d’ouvrage, comprenez-le, les sueurs l’aveuglent ! »

J’ignorais que je deviendrais un adèlois, habitant des collines en 1978, et si heureux d’y vivre auprès de ma blonde, Raymonde.

 

 

MANGER AUJOURD’HUI

 

 

D’abord dire que mes 30 bonnes raisons de vivre par ici m’attirent des reproches : « Vous avez omis la fantastique piste du « P’tit train du Nord », « Vous avez négligé votre Excelsior, et sa mini-mangrove au chlore, votre palétuvier chéri », « Vous avez oublié notre chère Bibliothèque publique du centre commercial ! » Bon, bon. Vrai. Et je pourrais en ajouter, mais pardon, je suis bien vieux et, comme on apprenait au collège : « Mémoria diminuitur nisi eam exerceas ! » Traduction : « la mémoire diminue si on ne l’exerce pas ». Tiens, parlons bouffer, manger, autrefois et maintenant.

Jeunesses, sachez le bien, c’est assez récent le goût développé, les raffinements car,jadis, « manger au resto », c’était pour un hot-dog (rôti ou stimé), un hamburger, une soucoupe de frites. Parfois du luxe : un club-sandwich ! Ou bien un « chips and fish », notre régal rue Bélanger.

Mon père, importateur de « chinoiseries » failli, a tenu très longtemps une modeste gargote au sous-sol de notre demeure. Cuisine élémentaire ! Les jeunes clients (beaucoup de zazous) revenus des deux cinémas du coin se payaient la traite. Hum… Simples sandwiches, jambon ou poulet, de la soupe Cambell, un banal « grill cheese ». Voyez-vous le menu chez « au caboulot ». Quand papa récompensait un beau bulletin du mois —« et papa nous aimait bien », cher Léveillé— il façonnait, la langue sortie, un beau Sunday (sorbet). Avec du caramel, du chocolat en masse, de la goûteuse guimauve et… oups ! une belle cerise dans son jus !

Seuls les grands bourgeois, les artistes célèbres, allaient bouffer dans nos rares « grand » restaurants, tel « Chez son père », « Au quatre cent ». Notre jeunesse, dans l’après-guerre, c’était l’ignorance totale de la cuisine raffinée et il n’y avait pas d’école dite hôtelière. À Pointe Calumet dans Avenue Lamothe, l’actrice Juliette Huot passait pour un cordon bleu juste pour ses « sphaghetti italiens », une gibelotte ou une fricassées improvisées.

Jute ici, aujourd’hui ? Plus de douze places, et fort bien cotés. Ce fut incroyable, cela, en 1940, 1950. Aussi, j’y vais très vite : les bonnes pâtes de « La Chitarra » et de « Spago ». De fameux rouleaux chez « Sothaï », Palais fins, filez à « L’eau à la bouche » ou à l divine « La Vanoise ». Et chez « Garçons », dégustez omelettes baveuses ou croque-monsieur rare. « Aux deux oliviers » ou à « L’Esméralda » on voit le joli Lac Rond. Chez « Milot », ses moules succulentes et chez Grillades Aspria » ou chez « Le Provençal », c’est « oh bonne mère ! » À las mi-côte Morin, goûtez bœuf ou fromages « ébouillantés » au « Chat Noir », enfin, pour « l’osso des ossos, » entrez chez « Juliano ». J’en oublie je gage ? En tous cas, nous, les anciens, on trouve que pour bouffer, les temps ont « bin » changé. Très bien.

 

DES RAISONS DE VIVRE PAR ICI ?

 

 

 

1-Moins de bruits, matins comme soirs, c’est certain.

2-Fin des rues achalandés, impassables et bouchonnantes.

3-À portée de…pieds : que de beaux sentiers enneigés.

4-Choix vaste de restaurants et souvent coquets.

5-Une École Hôtelière aux offres parfois raffinés.

et

6-Deux sérieux hôpitaux moins encombrés.

7-Dénicher un lac proche et s’y promener au soleil.

8-De grands marchés aux denrées si diversifiées.

9-De solides cliniques avec personnels compétents.

10-Plus facile de « socialiser » entre voisins.

et

11-Facteur, déneigeur, éboueur, on peut parler avec.

12-Moins de stress, pas « d’heures de pointe » énervantes.

13-Pas de collants et encombrants colporteurs à nos portes.

14-Vues sans cesse stimulantes en pays de collines.

15-Architectures moins monotones et plus libres.

16-Moins de bruitage métropolitain, leurs stridentes sirènes.

17-Pour, à Val Morin, le petit théâtre au menu varié.

18- pour les nombreux écrans du cinéma Pine.

19-pour les expos parfois audacieuses de Val David.

et

20-pour le bon vieux « Patriote » de Sainte-Agathe.

21-pour le faste parvis d’animations saint-sauverien.

22-pour. Là, la féérie hivernale des lumières des côtes.

23- pour, là et à Ste Adèle, les théâtres gais, l’été.

24-pour mon cardinal, colibris et jolis geais bleus…

et

25-pour mon couple serein de tristes tourterelles.

26-pour, sous la galerie, ma marmotte cachottière.

27-pour mes beaux rats sous le quai, , bien musqués.

28-pour la chatte, pourprée ça et là, de ma voisine.

29-pour l’ours bleu du Sommet Brun, non, l’inverse !

30- pour tant d’écureuils trépignants aux sapins.

Enfin :

31-pour les poissons rouges à la belle plage publique.

32-surtout, pour l’air vif dépolluant et en quatre saisons.

 

MINUIT ET TRENTE ET ÇA PUE !

Nous avons dans nos murs des gens corrects. Ça fait deux fois que je peux entendre à la radio des courageux qui dénoncent ce film étatsunien tout récent sur la capture du chef arabe Ben Laden. « On assiste à la valorisation d’un acte « criminel » et on fait voir avec complaisance des scènes de torture ! », disent des chroniqueurs lucides des USA. Vérité.

Le film montre que ces soldats de Washington surgissaient chez le pape d’Al-Qaïda, à « minuit et trente », —en langue codée, ZERO DARK THIRTY, le titre du film— dans son appartement où vivaient de ses parents et des gardes pas pour le capturer. Pour l’assassiner. Le meurtre d’une crapule reste un meurtre. Ce film rend donc hommage à des meurtriers; car les tueurs de la CIA au Pakistan, cette nuit-là, commettaient une exécution, telle une mafia ! CIA-pègre quoi ! L’exécution pure et simple (pas une bavure) d’un ennemi.

Hitler s’étant flingué, à Berlin, en 1945, les alliés organisaient en toute légalité « Les procès de Nuremberg » pour les chefs nazis en montrant l’honorable visage des civilisés. Cela malgré certaines louches protections en faveur de certains nazis dont les Étatsuniens avaient besoin. Rien n’est parfait. De là à nous inviter à visionner un «  bourrage de crâne » puant, wow !Triste de voir une cinéaste (Bigelow) surdouée et une actrice talentueuse — héroïne toute hébétée à la fin— acceptant de fabriquer et montrer cette burlesque manipulation des publics. J’ai entendu que durant une demi heure de ce film, on fait entendre les (vraies) lamentations des victimes des deux tours à Manhattan, qu’en même temps, on assiste aux cris des Arabes torturés ! Tenter ainsi de nous déculpabiliser est une summum de démagogie, grotesque. Ces torturés, sur ce continent,mais aussi, on l’a appris, dans des pays d’Europe-de-l’Est où l’on tolère ces horreurs. Or, de nombreux experts affirment que la torture (condamnée partout dans le monde civilisé) est futile, vaine et nulle. Qu’elle ne fait naître que mensonges, inventions, qu’elle conduit donc ces questionneurs sauvages vers des fausses cibles (qu’ils torturent en vain). Avouer n’importe quoi pour faire cesser la douleur.

N’allez pas, je vous en prie, à ce cinéma qui nous méprise ? Une telle histoire, réelle hélas, c’est « honneur au meurtre politique ». C’est certain que personne de censé n’est d’accord avec ce fils de multi-millionnaire saoudien désaxé. On dit que Ben Laden n’a pas imaginé ces bombardements de Manhattan. Il en fut ravi ben sûr. On l’a donc assassiné, ce responsable idéologique et ce film de grossière propagande fait honte à un art que l’on estime tant. Des putes, j’y reviens, et cette cinéaste douée et cette actrice très talentueuse. Ce « crime policier » est genre « exécutions policières » faites à un Richard Blass, à Val David ou à un Jacques Mesrine, en plein cœur de Paris. Triste de savoir que cette « exécution » fut autorisées par Barak Obama ! Lui, espoir de tant de gens, en criminel fasciste, tels ces dictateurs archiconnus de l’Histoire. J’en reviens pas alors qu’on pouvait amener Ben Laden, vivant, par exemple au tribunal de La Haye.

ÉMU DANS UNE SALLE OBSCURE

 

Rue Valiquette, les yeux dans l’eau, mais oui, je compatissais aux malheurs des « misérables » de Victor Hugo, mon illustre camarade. Bilan d’un cinéphile, octogénaire : ai-je vu 3000 films dans ma vie ? Ou bien 5000 ? Ou encore 10 000 ? Je ne sais pas. Chez moi, jeune, il n’y avait comme lecture que des annales pieuses, « L’almanach du peuple » de Beauchemin et les exploits des « comics » achetés cinq cennes la brochure. La culture pour les gens de mon époque, de mon quartier, c’était… les « vues ». Gamins, au coin de ma rue Bélanger et St Denis —c’était avant l’air conditionné— on se faufilait (à la barbe des placeurs) par les sorties d’urgence. Sans payer. La belle vie : savourer les films made in France (au Château), ou made in USA, au Rivoli.

Le cinéma a nourri ma jeune imagination et quand j’ai publié mes premiers romans ( Et puis tout est silence, La Corde au cou, Délivrez-nous du mal, Éthel et le terroriste) nos critiques littéraires décrétaient : « Jasmin fait une littérature avant tout cinématographique. » Bien vrai. Tout ça pour dire mon plaisir quand je descend « d’en haut » vers nos salles, rue Morin, rue Valiquette et dire aussi mon bonheur de pouvoir, à 5 minutes de chez moi, « aller aux vues », comme quand j’étais resquilleur.

En passant : ce « Bye-Bye 2012 » à la télé, mode actuelle déplorable, ne fut constitué que de « brefs tableaux ». Parfois « ultra-brefs ». Pourquoi singer les  commerciaux ? Vite, vite, vite, des « flashes », des furtives évocations et refus de bâtir des sketches solides, qui dureraient un peu. Mépris du monde ? « Les gens sont incapables de se concentrer plus d’une minute. » donc sauf un ou deux sketches, parage pressée, défilé d’urgence, policiers qui fessent, mafia et Libéraux corrupteurs, le tout, superficiellement. C’est regrettable quand on constate (et apprécie) les habiletés « inouïes » des créateurs : maquilleurs, perruquiers, prothésistes, costumiers.

Pour fin 2013, prière de revenir, comme souvent jadis, à des tableaux consistants, un peu élaborés. Plus facile de briller par courtes apparitions ? En tos cas le fatras visuel est vite oubliée. Bousculade, cavalcade échevelée. Qui se souvient d’une parodie un peu élaborée ? Qui aurait duré au moins 3 à 4 minutes, sinon 8 ! « Nous, le peuple… » on n’a eu droit qu’à de brillantes caricatures esquissées, aussitôt oubliées,. Mauvais signe cela. L’immortel, anthologique donc, sketch du soldat de la Crise d’octobre, (joué par Guimond), écrit par Gilles Richer, durait plus qu’une minute et demi, non ?

J’y reviens… Redire le plaisir d’aller « aux p’tites vues ». Mon grand bonheur d’être plongé en salle obscure face au grand drap blanc tendu, comme pour une cérémonie chaque fois. Rien à voir avec l’écran de vitre de télé au salon. Voyez ce vaste album à images, « Les misérables ». Très efficace mélodrame hugolien, palpitant récit de la deuxième révolution française, celle de 1848, montrant des gueux galériens, de sombres forêts, une manufacture sordide, un carrefour à putains rivales. Surtout une barricade meurtrière.

À la fin, milliers de figurants, c’est Paris insurgé, affamé, révolté, vues inouïes d’un enterrement solennel (un ministre bien-aimé) qui déclenche l’émeute historique de 1848. « Les misérables », ma foi, c’est pas moins qu’une trentaine de chansons. Jamais vous n’oublierez Jean Valjean chantant en implorant Dieu de laisser vivre le beau Marius blessé. Plus tard, l’audacieux gamin Gavroche. Vous oublierez encore moins Fantine, la voix déchirante de Fantine, misérable (!) mère-célibataire de Cosette. Fascinante Fantine qui agonise en une « chanson criée », pour l’impossible rêve. Courrez-y et apportez vos mouchoirs de papier. Tout autour de moi, les larmes des jeunes filles coulaient à flot. Les jeunes gens, eux, se retenaient. Des gars hein ?

IL Y AVAIT…

 

Il y avait des illusions, du rêve et du vent, il y avait bien peu, si peu en ce temps-là, il y avait au matin du 25 décembre, des fruits, une orange, du raisin, une banane au fond du bas accroché au pied du lit, il y avait des illusions, des jongleries, par exemple cette riche marraine exilée qui, enfin, me reconnaîtrait et me gâtera un peu; il y avait tous les petits voisins, les enfants des riches, le fils du médecin, les filles du notaire, il y avait le chanceux fils d’avocat et son cadeau de Noël, de grand prix, sa luge avec coussin, heureux l’héritier du député et sa guitare hawaïenne, il y avait quelques privilégiés, il y avait la jalousie, un nouveau Noël et pourtant bien peu d’espoir, foin d’une vie nouvelle : rien ne va se passer, les routines des enfants-du-peuple vont se continuer; il y avait à l’église paroissiale et ce marmot moulé en série, blond, frisé presque nu dans une étable, au fond d’une grotte de papier mâché…

Il y avait eu… en février, la fête de la Saint Valentin avec nos découpés en carton bien rouge, les petits cœurs saignants, les moqueries aux amoureux collés du parc Jarry, des fauteuils du cinéma ou du banc du terrain vague, coin Jean-Talon, il y avait eu la Sainte Catherine et les papillotes de tire sucrée que maman savait si bien étirer, il y avait eu l’Halloween et nos quêtes aux portes allumées, nos sacs bourrés de friandises; là, c’était la fin de l’année presque, la naissance du rédempteur et la chorale de Sainte Cécile qui va entonner «  Peuple à genoux…! »

Il y aura… veille de Noël, l’oncle cantinier du CPR et ses babioles, boîtes à surprise achetées des employés Noirs à sa Gare Windsor, colifichets, gris-gris surprenants, l’oncle riait et vidait lentement sa fiasque de p’tit blanc; il y avait devant le cinéma Plaza, la vieille bohémienne, son perroquet et ses cartes de « bonne aventure », mes grandes sœurs pigent dans la cage, s’esclaffent, amour, toujours, amour !

Il y a… à l’étage chez la voisine, madame Diodatti et son tricot à finir, cadeau unique, il y a aussi, troisième étage, madame Le Houillier et son mari incurable, « le p’tit Jésus va-t-il enfin le guérir? » Il y a, voisin bruyant, monsieur Laroche, Pierre de son prénom, et son Business College fermé pour la semaine des Fêtes, il y a le cordonnier Pasquale Colliza qui parle d’aller visiter sa tante riche à Miami; il y a, rue Bélanger, monsieur DiBlasio, et fleurs de papier pour ses comptoirs de fruits, il y a, rue Drolet, Frank Capra et ses neuves offres de carreaux de porcelaine en couleurs mirifiques; il y avait toujours, chaque hiver, les belles patineuses, champ du Shamrock, à l’ouest les stalles vides en béton du marché Jean Talon; au dessus du poste de pompiers, il y avait ma chère bibliothèque publique rue Saint Dominiqe, passé les usines de Catelli et de Coca-Cola, le Patro Le Prévost et ses équipes organisées pour le ballon-chasseur, le ballon-panier; il y avait le musée des « bêtes empaillés » à l’Institut des Sourds et Muets, rue Saint Laurent. Avenue du Parc, la gare des chemins de fer où l’on ira, Noël après-midi, regarder partir et arriver les voyageurs de toute l’Amérique du Nord; il y a qu’on rêve de partir, de s’en aller très loin, visiter des mondes moins pauvres et qu’on osait pas jouer les hobos, sauter les wagons de marchandise en vrac.

Il y avait… que, Noël pas Noël, en ce temps-là l’existence était chétive, maigre comme un clou mais qu’on se disait : « Il y a une justice, regardez, même lui, l’enfant Jésus, futur Christ sauveur de l’humanité, couché dans la paille ! Réchauffé par un bœuf et un âne !