Le dimanche 16 décembre 2001

Le dimanche 16 décembre 2001
1-
Merci ARTV. Une sacrée bonne série à la télé, chaque vendredi soir, pour ceux surtout qui comme moi, admirent les meilleurs talents dramatique des  » Etats-Unis, est constituée par les entrevues faites à  » l’Actors studio  » de New-York où vont s’installer tous les aspirants comédiens bûcheurs. Le questionneur fut invité autrefois chez Bouillon de culture de Pivot casr , à la fin de chaque entretien, il pose les fameuses  » questions de Pivot  » à ses invités. Flatté le rond raminagrobis, gras Bernard l’avait donc invité à Paris. Cet interviewer a une bouille antipathique de  » magister  » pédant, il est d’ un calme olympien, froid, calculé, qui rebute. Mais bon Ses questions cependant sont intelligentes. Il s’agit de dépasser cette impression encombrante du prof je-sais-tout. La dernière fois il avait invité chez ses élèves Kevin Spacey que nous estimons très fort, ma compagne et moi. Cet acteur, Spacey, fut éblouissant dans  » Usual suspect « , aussi dans  » L.A. Confidential « , et dans tant d’autres films épatants. De la télé vivifiante. On y a vu De Niro, récemment, même attraction formidable. Souvent ex-élèves d’une école jadis flamboyante, ils se sentent chez eux !Cela est donc diffusé par ARTV et sans longues pauses publicitaires, Dieu merci !
2-
À propos de ce nouveau canal, ARTV, j’aime donc revoir les vieux célèbres  » téléthéâtres  » de la SRC, mon alma mater de 1956 à 1985. Tous les jeudis soir, à  » Passion théâtre « , ARTV re-montre une des productions solides du temps où le valeureux et riche ‹d’argent et d’esprit‹réseau français faisait l’éducation populaire des masses ! Ces dramatiques sont à l’occasion des spectacles plutôt parfaits. J’espère toujours qu’un bon jeudi soir, je pourrai revoir une des dix histoires produites à cette enseigne notoire.
3-
 » United we stand divided we fall « , est-ce un slogan du temps de 1775, lutte indépendantiste des Étasuniens, ou du temps de la guerre civile dite de Sécession ? Hier soir, samedi, avons visionné la cassette vidéo d’un récit captivant, film tourné en Tchéquie dans la langue de ce pays ‹c’est toujours mieux‹ avec sous titres en anglais. Ce  » Divided we fall  » raconte un pan de la vie là-bas durant la guerre hitlérienne. Excellent film. Instructif. Intrigues exploitées souvent certes mais, ici, sous un angle neuf. Une autre histoire d’un Juif que l’on cache, ‹grand risque quand la botte des nazis se fait entendre sous vos fenêtres‹, dans un placard. Émouvant mais aussi rempli d’humour, d’un humour délicat quand le risque est la fusillade. Ah, comme c’est parfait le cinéma qui nous change des bang bang, des tow tow hollywoodiens !
4-
Je suis plongé dans la lecture du célèbre Michel Ouellebec, Plateforme. Le  » talk of Paris « , cet automne. J’avais lu ses  » Particules élémentaires  » C’était un roman sur les us et coutumes d’un paumé, d’un type, parisien banal, qui se cherche une vie sexuelle excitante, via les camps nudistes puis ‹son effondrement‹ via l’échangisme, sauvage, brutal.
Cette fois, le Ouellebec nage encore dans sa sauce, celle de l’obsédé sexuel. À tous les vingt pages il se croit obligé de plaquer une scène érotico-malade, copulation sans amour. Fornication bestiale avec une fausse représentation : l’amour des chiens. On se renifle un bref moment et hop, au lit ! Pourtant on tourne les pages. Pourquoi ? L’auteur a le talent de nous garder en éveil. J’y trouve lev portrait des mâles dans la quarantaines quand ils n’ont pas encore pu constituer un amour important, un couple aimant. C’est d’une tristesse envoûtante. C’est beaucoup. Ce bureaucrate en culture, célibataire parisien qui s’ennuie au fond, dérive lentement vers le néant. On finit par s’attacher, comme malgré soi, à ce lamentable petit bourgeois qui philosophe sur l’État du monde actuellement, monde vu par sa lorgnette de désespéré qui refuse d’admettre qu’il l’est..
5-
C’est un roman dans le vrai sens du mot. Linéaire, sans effet moderne, avec les effets classiques d’une  » histoire « . Son héros (!) voyage, vacances épisodiques, en ces organisations à forfaits. Nous avons fait en janvier dernier, un de ces voyages touristique en République dominicaine, via la  » patente  » confortable : tout est payé d’avance ! On arrive, par avion où on se tasse trois heures ou quatre, au soleil, au bord de la mer. À l’hôtel ‹un de la célèbre chaîne  » Iberostar « ‹ vous mettez votre portefeuille dans un coffre-fort et vous voilà logé, nourri, débarrassé de tous ces inconvénients lors d’un séjour sans encadrement comme on en fit en Floride si souvent.
Le récit de ce  » Plate-forme  » de Ouellebec m’a bien fait me souvenir de cette ambiance paradisiaque et fausse aussi par rapport à l’existence ordinaire. Soleil, mer et able Des bars ouverts un peu partout, jardins luxuriants, plantes exotiques, allées à pierres plates, deux paons ici , des oiseaux rares là, fleurs en vases géants, corridor de tuiles décorées, arches à l’ espagnole, un luxe bien contenu, le bon goût du palace à touristes, des piscines aux eaux limpides, la plage et ses transats confortables, des buffets ici et là.
En maillot du matin jusqu’au soir. Restos riches d’aliments variés chaque soir. Spectacles enjoués tous les soirs sous un vaste théâtre-bar en plein air, bref, un Éden. Pour Ouellebec, à Cuba comme en Thaïlande, c’est les quatre  » S  » de ce commerce moderne, voir les catalogues  » full colors  » de n’ importe quelle agence de voyages :  » Sea, sand, sun  » et sex surtout. Pour l’auteur, il n’y a qu’un avenir : organiser sur une plus vaste échelle un échangisme fatal : les petits richards blasés de tout l’Occident, nous, emmêlés aux jeunes sauvageonnes délurées du Tiers-Monde., Il y croit. Je n’ai pas fini ma lecture.
Ce cynisme se veut moraliste, la morale laxiste du  » plaisir avant tout « . Michel, le héros, affirme que ce serait alors la paix partout. Que tous nos maux découlent de privations installées par notre morale judéo-chrétienne, puritaine.
Le sida ? Il y a le latex.
Par sa lorgnette, il n’y a qu’un seul problème mondial, pouvoir baiser librement, une seule réalité dit ce sociologue du dimanche, non-patenté : d’une part, les foules (hommes et femmes) de frustrés sexuels, ‹allemandes, italiennes, françaises, américaines etc, et d’autre part, les foules pauvres, les démunis. Qui ne demandent qu’un peu plus de revenus et qui l’obtiendraient si l’hypocrisie puritaine tombait, si l’on permettait des paquets de clubs de vacances où l’on pourrait assouvir ce vieux besoin de  » copuler sans cesse « . Il n’y a que ça.
Sa projection ‹oui M. Freud‹ fait voir son obsession. C’est écrit vivement et, ici et là, Ouellebec lâche de lourdes sentences ‹profondes !‹ pseudo-philosophiques, parfois très amusantes, parfois décapantes, aussi des jugements globaux d’un racisme primaire. Sur les Arabes, sur les Africains ‹ » les seuls mâles capables de rire « ‹, sur les Cubains en particulier ‹ » tous abusés et paresseux et voleurs « . Sur les Asiatiques d’âge tendre :  » les seules femelles soumises, capables de bien servir le mâle !  » Ici on rigole, là, on fronce le sourcil.
Les vieux, les vieilles, sont une réalité inexistante pour notre héros en manque de vulves perpétuellement.
Bref, son succès (au livre), très fêté, vient justement que ce fonctionnaire souvent en vacances a des opinions d’une liberté totale qui se confine volontiers à sa subjectivité : il veut copuler sans s’attacher jamais. Sus aux sentiments humains. Foin de l’amour stable. Copuler, copuler sans cesse. Partout. Librement. Dans un monde  » globalisé « , il est le type de  » baiseur sans frontière  » quoi !
Je reprendrai ce  » Plateforme  » et vous en reparlerai.
6-
Un courriel, hier : un type, inconnu de moi, M. Desjardins, responsable d’une trentaine de jeunes journalistes (!), dit admirer mon style, dit qu’il est heureux de JOURNÉES NETTES,  » moins banal que tant de sites  » persos « , qu’il s’abonne volontiers à mon journal mais que je suis pas un bon exemple  » que de fautes  » monsieur l’écrivain !  » Aïe ! Touché. Chez l’éditeur il y a un correcteur, réviseur professionnel. Ici, je suis seul, je suis à découvert et on doit voir mes faiblesses en orthographe. Hélas ! Humilié pas mal, je lui ai répondu que j’allais mieux me surveiller. J’utiliserai davantage mon correcteur  » ordinatisé « . Pourvu qu’il me reste fidèle !
Je présente des excuses aux instruits qui détectent, bien agacés, mes erreurs.
7-
Je m’ennuie de ce Yves Desgagnés, acteur, devenu, en émission culturelle, d’un enthousiasme communicatif, offrant une sorte de bonne humeur intempestive qui me réjouissait, et vous ?
Je regarde toujours ce CAMPUS, à TV 5. Pivot n’est pas rem placé. Son successeur, on succède à quelqu’un comme Pivot, on ne le remplace pas, a du bagou, il va et vient dans son studio bien décoré (l’ex-scénographe de télé juge ici) et c’est d’un dynamisme parois excitant, parfois encombrant. On n’y trouve plus les longs moments captivants d’antan. Forcément, CAMPUS se veut plus une revue des actualités littéraires françaises qu’une rencontre d’auteurs sur un thème donné. Adieu solides conversations à la sauce pivotienne !
8-
Je lisais ce matin, dimanche, un article (in La presse) sur un déraciné bien confus, venu du Nigéria, fuyant à Londres, et enfin établi à Totonto. Il ne cesse pas de parler de son père, tué en Afrique, de son exil hésitant, de sa recherche de racines perdues, etc. Je sais pas trop pourquoi, j’ai songé à deux vieux projets de livres. M’y remettre un jour ?.
a-Questionner ‹sorte d’entretien de fond‹ un camarade franc sur la question homosexuelle. Avec Michel Temblay ? Échange de lettres Key West, Sainte Adèle. Un livre. Ou avec un Daniel Pinard ? J’ai hésité. J’y re-songe parfois.
b-Y aller aussi d’une longue et publiable conversation sur  » le  » traître « ,  » l’abandonneur des siens « , la culpabilité avec un Danny Laferrière, mon camarade si lucide. Deux projets de livres que je n’abandonne pas. Pinard qui déclarait à la télé :  » S’il y avait eu un comprimé pour changer de sexualité, je l, « aurais pris et rapidement  » Il démontrait qu’être gay n’est pas gai. Oui, je m’y remettrai un jour.
Bon, appel d’en bas. Il est 14 h., Devoir, pour Raymonde, aller voir une docteure demain matin, tôt. Faut descendre à Monrial avant le gros trafic de fin du dimanche.
Allons-y!  » En ville-ill-ill-e  » , chantait la ouaitresse de  » Demain matin Montréal m’attend  » . !

vendredi, 14 décembre 2001

1-
Pas de brume dans le Nord en ce vendredi des  » aveilles  » de Noël. Stries de bleu au ciel. Temps doux pour une mi-décembre. Ce qui n’arrange pas les affairistes des centres de ski. La neige fabriquée qui fond ! Ouash ! En ville, on craint les neiges, ici, dans les Laurentides c’est la promesse d’une meilleur viecommerciale.
Hier soir donc, je file au  » magasin  » de nos écoliers-en-cuisine. Pâtes fraîches ? J’en prends toujours et Raymonde gronde :  » Tu vas mourir totalement empâté, mon pauvre gars !  » Je rigole. Pris aussi des desserts frais du jour.  » Hum, pas bon pour ton mauvais cholestérol ça, mon gars !  » Pris, oui, du pâté chinois :  » viande, blé d’inde, patate « , disait  » La p’tite vie « . Juste pour voir s’il sera aussi parfait que celui de R. Qu’elle fait bien crémeux, comme je l’aime. Pris aussi des côtelettes d’agneau. Le tout pour une douzaine de piastres, viande à chien mon Séraphin que c’est pas cher.
 » Au cas où « , dit Raymonde, car il y a des soirs où il y a peu, elle avait fait cuire une langue de  » beu « , une grosse, avec sa recette d’oeufs à la mayonnaise. (Pas trop.) J’avais mon dessert frais . Elle en fait rarement, n’aime pas les sucreries, ma tendre Ray. Ni de soupe ou potage.
Bon. Suffit de parler du  » manger « .
2-
Ce matin dans La Presse, je vois mon titre : JOURNÉES NETTES. En gros caractères dans la chronique  » web et cie « . Déception, on a pris mon titre ! Mais non, on y annonçait l’existence de ma nouvelle entreprise littéraire, ici. Ouf ! Je lis aussi qu’un punk, ex-drogué, itinérant, a fait une vidéocassette sur son existence de marginal. Éric dit  » roach  » Denis.Ouvrage qui l’aurait sauvé !
J’y médite. Partout, bientôt, tout le monde avec caméscope qui enregistre tout le monde. Nouvel évangile :  » Filmez-vous les uns, les autres!  » Je te traque, tu me traques. Un monde non ? On filmera du présent aussitôt transformé en passé! Mille milliards de documents dans les demeures, dans les abris ! Une nouvelle conjugaison, le mode du  » présent-passé  » !
Va-t-on vivre juste pour mettre en boîte ce qu’on vient de vivre ?
3-
Parlant punk, vu hier soir le film  » EDWIG « . Un machin curieux. Le récit, syncopé et muni des bruits  » rock  » adéquats, d’un ( une ?) berlinois, côté  » communiste « , un gras papa incestueux, abuseur, une maman affolée de sentir la nature invertie du garçon. Un mur très berlinois est installé entre eux. Ce Edwig, c’est le titre du film, se devine, s’appréhende, se sent, se sait une  » fille « . Un G.I. rôde ! Un gros soldat Noir homo. Il désire (aime-t-il ?) ce-cette Edwig blond-blonde. Flirt primaire
Mariage après une opération désastreuse, ratée, de castration à Berlin. L’exil dans une ville perdue aux USA avec ce soldat qui le-la trompe avec un plus jeune. Solitude. Edwig garde des enfants pour survivre. Musique de garage. Rock and roll, bien entendu.Groupe d’amateurs. Agente intéressée. Voici une liaison bizarre : elle a 30 ans, il a dix sept ans et est bien mignon. Il aime, comme sa-son Edwig, le rock and roll. Musique à composer. Un  » band  » se forme où la-le Edwig, perruqué-e, raconte en chansons, swing-punk-rock, sa vie allemande, ‹on verra le  » mur  » qui trombe‹ ses déboires autobiographiques et misérabilistes, vieille sauce allemande, en couplets bruyants.
Bon
Raymonde, télé éteinte, avoue un malaise. Moi aussi. Pourquoi ? Simplement parce que ce récit d’hermaphrodisme est narré sur un mode caricatural avec un aspect joyeux, ironique. Ce détachement est un mensonge. Il y a un drame. Une vie ruinée. Et on file de  » toune  » en  » toune « , de bars minables en  » trous  » de province, ignorant, abandonnant le désastre d’un demi-trans-sexuel, travestie malheureux, battu, bafoué. Tableaux d’un malheur effroyable mais avec images léchées, à l’esthétisme punk. Le récit est accablant et le film, lui, virevolte avec complaisance dans le visuel à la mode.
 » Edwig  » est donc un film raté avec de séquences menées sur un train d’enfer.
La Presse : les seins de la punk enrichie, Madonna, valent une fortune chez les assureurs !
Je me souviens pas du nom d’un grand écrivain britannique affirmant :  » Deux choses me sont indispensables, la Bible et le journal du jour.  » Vrai que le quotidien est riche d’enseignements sur le monde tel qu’il va. Qu’il tourne.
4-
Vidéo aux nouvelles ‹on n’en sort pas‹ du Bin Laden, dans son refuge, tout content (Allah ou akbar) des morts de New-York. Au nom de leur Dieu, et du prophète, leur Jésus, l’araboïde Mahomet. Un cynisme qui donne froid dans le dos.
Washington-Bush, voudrait que l’univers se dise :  » Ainsi en va-t-il pour tous ces actuels Palestiniens en kamikazes.  »  » Qu’Israël frappe, tue tous ces gens-là « . Raccourci utile. Amir Khadir, ex-candidat péquiste battu dans Outremont, ose exprimer des vérités embarrassantes ce matin, dans La Presse. Il dit que ce Bin Laden (ben ou bin ?) est un allié  » objectif  » des intérêts américains au Moyen-Orient. Oh ! Et il n’a pas tort. Sans ce fanatique fou  » espéré  » pas moyen de défendre les affaires pétrolières qui, seules, captivent la  » famille Bush  » avance Khadir. Il rappelle les liens amicaux récents des Bush avec les Laden il y a pas si longtemps ! Ouille !
5-
J’avais rencontré dans ses bureaux du Chemin Bates, en 1980, le vendeur de poids et haltères, millionnaire, Ben Weider. Pour un projet de film vague, pour son très cher Napoléon, son idole. Amusé d’y avoir vu partout des tableaux du Corse, objets de culte,  » son vrai blaireau « , corridor, hall, dans tout l’environnement de Weider. Voilà que des chercheurs lui donnent raison :  » l’Empereur déchu, exilé, fut empoisonné par du cyanure de potassium. Un meurtre lent « . On dit (Cocteau) que des bustes du Bonaparte se trouvaient même dans des chaumières en Angleterre ! Incroyable non ? Je dis, avec certains historiens, que ce Bonaparte fut le Adolphe Hitler du début des années 1800, pas autre chose. Un fou furieux. Millions de jeunes soldats morts à son bilan. Millions !
6-
J’ai déjà vu une reproduction d’affiche dans le Saint-Agathe des années ‘30 :  » No dog, no jew « . En anglais hein ! L’horreur. L’ex-montréalais, arrêté cette semaine en Californie, Irving Rubin, affirme avoir été une cible des racistes, à Montréal. Antisémitisme s’élaborant pourtant partout en Occident. Pas juste à Montréal.
Nous avions nos chemises brunes, cet hitlérien Adrien Arcand, nazi avoué et  » subventionné par le pouvoir du temps à Ottawa « , publie Norman Lester. Au Canada anglais il y avait aussi des chemises  » brunes « , et des  » noires « , des « bleus « ; gros paquets de racistes anglos, très nombreux au-delà de l’Outaouais.
Le francophobe enragé, Galganov, jeune, fut de cette revancharde  » Ligue de défense juive « . Il l’admet ce matin, lire Louise Leduc. Le sociologue Yves Claudé nous dit que ces  » ligueurs juifs « , organisateurs de  » milices « , ne sont pas seulement anti-arabes, qu’ils sont très actifs encore à Montréal, qu’ils sont antifrancophones et antiquébécois. Enfin, qu’on les trouve à McGill, à Concordia et dans des milieux d’affaires  »
Eh b’en ! Instructif.
7-
Arafat, jugé incapable d’enrayer la terreur palestinienne, se trouve isolé, rayé comme interlocuteur. Il devra donc retourner se terrer en Tunisie. Retour donc à la case zéro. Retour à la guerre totale. La puissante armée des Hébreux face de nouveau aux clandestins, comme du temps de l’après-victoire, la fameuse  » guerre de sept jours  » en 1967. Encourageant.
8-
J’ai terminé ce  » Journal  » du Cocteau du temps de la France nazifiée. Pis ? B’enoui, il était snob, souvent méprisant des masses, du peuple. Il reste un créateur étincelant, un imagier fascinant. Dernier chapitre : son film est prêt à être tourné ,  » La belle et la bête  » mais convocation du  » maître  » chez ses producteurs :  » Regrets, on refuse d’embarquer, trop risqué. Trop chers vos devis.  » Cocteau dégoûté, écrasé. Arrêt de son journal. Le film se fera cent vingt jours plus tard. Une note de bas de page dit :  » Cocteau reprendra son journal, celui du film en cours. Le premier qu’il signe seul. Viendra un autre film signé Cocteau, que, jeunes, nous admirions tant,  » Orphée « .
Ici, arrêt pour le lunch. Descendons réchauffer les  » chinoiseries  » achetées hier soir.
9-
Bon. Retour au clavier. Musique :  » Impressions  » d’André Gagnon avec la philharmonique de Londres.
Je tape : Jean-Pierre Léaud, l’acteur fétiche et alter ego du cinéaste surdoué François Truffault, annonce  » Le pornocrate  » qui serait l’histoire d’un cinéaste de porno qui veut maintenant tourner un film de ce genre mais en y mettant des sentiments. Rebuffades des producteurs. L’Odile du Devoir a aimé mais entendu à la radio bazzoienne :  » Affreux, Léaud bredouille, on ne comprend absolument rien. Inaudible ! « . Ne plus savoir à qui se fier désormais. J’aime l’inunanimité, la critique divisée, mais on ne connaît pas assez bien les personnalités de nos critiques.
Les critiques jouent les  » objectifs « , se veulent des machines à juger. Jadis, des critiques se livraient davantage et on finissait par bien les connaître. Alors  » un  » qui détestait nous servait d’encouragement à y aller (théâtre, livre, films). Un  » autre  » qui aimait nous prévenait de ne pas y aller. Exemple : Jean Béraud de La Presse, années’60, nous avions appris ‹il parlait de lui, de ses goûts‹ qu’il haïssait les modernes, alors quand ll démolissait furieusement un Beckett, un Adamov ou un Ionesco, nous savions qu’il fallait voir ça. Même chose au domaine du livre pour un Éthier-Blais. Sa chronique du samedi était pleine de ses humeurs, de ses sentiments, il n’était pas la soi-disant machine  » objective  » qui décrète. Connerie des critiques de ce temps se voulant des robots infaillibles.
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Reçu plus tôt un courriel des Trois-Pistoles. Mon Victor ne peut me répondre pour ce brûlot À signer ensemble. Il est tout pris par ses textes télévisuels pour un projet de futur téléroman. Sa secrétaire, Katleen ‹il en une, lui ? ‹ m’annonce qu’il me reviendra ce week-end. Mais je ne sais plus si c’est vraiment le bon moment ‹maudit 11 septembre‹ pour mon appel en faveur de nos felquistes d’antan, pour qu’on leur reconnaisse un rôle historique adéquat. Mmm
Le pâté chinois de  » l’école de Sainte-Adèle  » ? Très bon.
Raymonde me montre toutes ses corrections faites hier pour mon petit livre  » Écrire  » à paraître chez V.-L. Beaulieu. Toujours forte, cette chère  » première de classe « . Bon, corrigeons, corrigeons; que l’aspirant écrivain le sache : ça ne finit pas. Travail plate et indispensable néanmoins, cette prose pour JOURNÉES NETTES n’est pas révisée par Raymonde et ça doit paraître.

Jeudi, 13 décembre 2001

Jeudi, 13 décembre 2001

Hier, heure du souper, patatras !, André Dubois, producteur m’annonce au téléphone :  » C’est non !  » Fin d’un rêve. Le  » pilote  » vidéo avec ma narration de la vie de Krieghoff est refusé au canal ARTV par Jacinthe Brisebois (brise coeur va !). Déception grave ? Oui et non. D’une part, regret de devoir abandonner ce projet captivant mais! Délivrance aussi. Je n’aurai plus à fouiller les biblios, rassembler des images, rédiger la synopsis de ma narration (un gros boulot !) , trouver d’autres sujets. J’étais fin prêt cependant à raconter la vie de Marc-Aurèle Fortin que j’aime tant. Donc libération ? Oui. Retraiter, retraiter. Raymonde qui me glisse, voyant mon visage abattu :  » Écoute, lâche donc un peu. Laissons la place aux jeunes nouveaux venus. Tu pense pas ?  » Ma surprise ! Quoi ? je suis un vieux fini ? Au fond, elle a sans doute raison. Et elle déteste ‹cela lui fait si mal‹ me voir en déçu. Je sens que je vais finir en me jetant dans mes aquarelles folichons, dans la cave. À la cave pépère, à la cave !
Hier, mercredi, un peu de soleil, et puis le gris décembrien. Aujourd’hui :gris compact partout au ciel. Brume totale, je ne vois plus rien sur le lac. Que du gris laiteux. Plus d’horizon. Image un peu triste dans ma fenêtre, un jeudi fantomatique. Courriel : Georges-Hébert Germain, mon brillant questionneur pour Biographie, m’offre ses  » retailles  » d’interviews pour mes archives. J’accepte évidemment. Du stock pour mon  » ramasseur d’épaves archivistiques  » Jacques Prince, le dévoué gardien de mes papiers intimes, rue Holt, à la B.N.
Des lecteurs se diront : jasmin ne cause pas des actualités du Proche-Orient. Tour d’ivoire ? Non. Je ne rate pas les nouvelles, oh non. Étonnante constatation le matin : depuis que je suis plongé dans ce  » journal  » de Cocteau, je parcours nos deux quotidiens d’une main leste, sans y prendre grand intérêt ! Je l’avoue volontiers : la lecture  » cocteauienne  » des faits et gestes des intellos et des artistes de Paris me fascinent totalement. Les actualités me semblent fades. Je constate ma passion pour la vie littéraire (même de ces années de guerre), je vois bien que c’est la seule grande attraction de mon existence.
Lire sur Gide, Sartre, Claudel, Mauriac (que Cocteau fustige avec ardeur, culpabilisé par ses activités alors que Paris est sous la botte allemande) me captive mille fois plus que ce Ben Laden cerné, que cet Israël aux prises avec les désespérés (terroristes donc forcément ) Palestiniens. Devrais-je en avoir honte. Sais pas. Je n’y peux rien. J’achève la brique de 600 pages, c’est les alliés dans Paris, les émeutes, les  » collabos  » pourchassés (ce qui l’énerve, lui fait horreur, vu les précipitations ), c’est le Général De Gaule au balcon de l’hôtel de ville (de Paris). Cocteau va passer au tribunal  » d’épuration « . On lui reproche sa grande amitié pour le sculpteur berlinois, vivant à Paris, Breckner, un ami intime de Hitler.
Ah oui, un journal (été de 1944) épatant quand on observe cette chamaille effarante, l’anarchie totale, dans la France enfin délivrée.
Revoir en pensé, avant-hier, au soleil notre marche sur l’ex-chemin de fer. Les cascades grondantes. Les arbres nus. Les sommets mauves et gris. Vers 17 h., sommes allés, comme depuis deux semaines (découverte tardive !) fureter à ce drôle de  » magasin  » de l’Institut hôtelière (école publique, ici) où l’on offre, pour pas cher, les  » travaux  » culinaires, frais  » du jour « , des étudiants. Des journées nulles. D’autres excitantes quand  » le devoir  » du jour est une bonne cuisine, un peu grasse, à la française souvent. Canard, poulet, poisson, boeuf, porc, pâtes fraîches, foie gras, creton, pâtisseries, etc.
Raymonde inquiète de ce service, à deux rues pas de chez nous, presque gratuit, parfois délicieux, et à bon marché. Une sorte de honte insolite.
Bizarre. Comme si on allait lui arracher son pouvoir, son devoir ?, de préparer notre bouffe quotidienne. Je ne fais que les petits-déjeuners et les sandwiches du midi.  » LE  » vieux rôle féminin. Je lui dis :  » Allons, sois tranquille, tu n’as pas fait assez de repas depuis toutes ces années ? Non ?  » Elle en convient et pourtant, elle semble hésiter à se servir à ce comptoir à l’occasion formidable, y va comme à contrecoeur. Je me moque de cette  » perte de contrôle  » de la ménagère.
Avons visionné avant-hier soir, un film se déroulant de nos jours à Marseille :  » La vie facile « . Titre ironique. Une vie effrayante. Une mère, marié à un paresseux, chômeur permanent, aux prises avec sa très jeune fille, mère célibataire inconséquente, abonnée à la  » coke « . Pour l’empêcher de continuer à se prostituer, cette jeune mère qui travaille à la poissonnerie du port, lui achète sa drogue. Ira jusqu’à lui faire les injections réclamées, la  » maman  » à la dérive devenant une  » accro  » tremblante. C’est affreux. Vision cauchemardesque. À la fin, finale troublante, la mère épuisée, ruinée, endettée, lui administrera une overdose. Mort ! Débarras !Terrible vie ! On ira au dodo l’âme assombrie.
Mon fils, Daniel, me dit souvent qu’il évite, lui, le  » heavy « , les sujets assommants. Saine réaction, refus du réel ? Je peux le comprendre. Pourtant nous tenons, nous deux, à voir, constater, ces illustrations des déchéances humaines, sachant que ces histoire sont plausibles et qu’il voir toute le réalités bien en face. On se trompe ?
Hier, à la télé,  » La Traviata  » à ARTV. Filmé en direct de sites réels ‹Ambassade d’Italie,  » hameau  » de Marie-Antoinette à Versailles (visité en 1981), le Petit palais, chambre à l’Île Saint-Louis‹ bref, pas de décors peinturlurés. Orchestre avec Zubin Metha, ex-chef montréalais avant Charles Dutoit. Bon spectacle.
J’aime Verdi. Avons la cassette de  » La Traviata  » de Zeffirelli. Supérieur, à mon avis, son traitement visuel.
Cette histoire mélo, cul-cul : la courtisane (call-girl mondaine) tombée amoureuse d’un fils de famille. Oh ! Le papa, noble et digne, qui s’oppose. Le sacrifice accepté de la putain de luxe. Elle quitte Alfredo. Larmes. Beaux chants lyriques. Humiliation de la  » guidoune  » du jet-set par un fiston se méprenant. Grand aria ! À la fin, musique maestro !,  » l’escorte  » à l’agonie qui retrouve ce fils à papa, repenti, s’excusant. Trop tard ! Chant de douleur. Elle meurt. Rideau ! Belle musique ancienne, oh oui ! J’arrive donc pas à aimer le bruit actuel, la musique rock, l’Afrique défigurée, le jazz grossier des tintamarres à la mode.
J’achèverai de lire ( finir le Cocteau d’abord) de l’autobiographie de Simonne ( deux n) Monet-Chartrand, que j’ai un peu connue jadis à Radio-Canada. Beaucoup de correspondance ‹des lettres amoureuses et pleines aussi de reproche fondés‹ avec ce Michel Grande Gueule, toujours absent, hélas. Qui bourlingue pour syndicats et coopératives à installer. Grosse famille. Misère même pour cette fille de juge. Cette ex-bourgeoise qui tente de comprendre le monde ordinaire. De passages importants. Des chocs. Une existence difficile.  » Ma vie comme rivière « , tome je-sais pas- quoi, illustre un temps mauvais. Craques et piques fréquentes de madame Chartrand face aux duplessistes roublards, aux curés bien cons. Capable aussi d’autocritique. J’en étais sorti avec cette question : un père de famille, tout  » preacher  » de gauche soit-il, a-t-il le droit d’espérer aider son prochain tout en oubliant, en négligeant gravement, les siens ? Oh !
Ce matin même, à la radio bazzoienne, ce Chartrand, veuf, gueule encore. Il dit :  » 43 % des gens d’ici vivent dans la pauvreté.  » Eh ! Puis, j’ouvre le journal :  » le Québec, moins généreux du Canada pour l’aide aux pauvres « . B’en !Évidemment 43 % ne donnent pas, ils attendent de l’aide. Statistiques toujours connes ! Même lecture : on va nommer un poète de l’État ! Oui, oui ! À 500 dollars par semaine à Ottawa ! Je rêve ?
Ça parle de Cohen ou de Houston ? Non mais ! Je rêve ? On dit que cet Orphée étatisé rédigerait de belles compositions pour les événements marquants. Exemples donnés : un autre  » 11 septembre à New-York « , la visite d’un Nelson Mendela Etc.
Voyez ­vous Hugo, Baudelaire, Apollinaire, Rimbaud ou Verlaine en poètes officiels, à Paris, écrivant pour chanter le augustes visiteurs étrangers ? Ou bien Nelligan, Miron, Brault ?
Paraît qu’aux Usa, ils ont cela, un poète d’État. Sacré monde, je vous le dis !
Aujourd’Hui, jour de guignolée chez tous les médias réunis. Concert rare. Hier soir, Raymonde, grand coeur, toujours généreuse, me dit :  » Pis ? Nous deux ? Quoi faire ? Un sac, un panier ? Où aller le porter ?  » Je dis rien. Ma mère, sa crainte affreuse de la St Vincent de Paul. De la charité publique. Même si on manquait de tout parfois. Son orgueil. Sa fierté. Elle fricassait les restes des restes plutôt que d’aller mendier à un comptoir paroissial. Je lis aussi :  » Faudrait mettre, ce matin, dans nos paniers aux pauvres une bouteille de vin, pas seulement et toujours les victuailles de base !  » Je suis très songeur ! Est-ce que je tiens de ma mère ? Chaque fois que j’entends parler, par exemple, d’enfants qui n’ont rien pour le lunch du midi à l’école-garderie, je n’ai pas envie de courir avec un beau petit panier, pas du toit, non, j’ enrage et je fulmine, je gueule contre nos gouvernants et leurs dépenses à la con. Je jure que je suis prêt à payer davantage de taxes, et en impôts, pour soulager ces miséreux. Les plus taxés du continent nord-américain, nous, sont écoeurés de l’Impuissance endémique gouvernemental. Et puis je lis que le Européens, les Français en particulier n’aiment pas donner à des oeuvres charité, qu’ils exigent plutôt meilleur partage des richesses organisé par l’État. Ah, je (nous ?) suis européen. L’article affirme que chez les anglo-saxons, aux États-Unis surtout, le mécénat privé y est florissant. Mentalité autre ! Que des richards donnent volontiers à des Fondations caritatives et souvent refusent d’aider les proches, des parents mal pris !
L’écrivain Ferron, lui, parlait souvent du devoir sacré d’  » établir  » ses enfants. Mentalité européenne ? Si on veut. Riche ‹ les années de  » téléroman « ‹ j’ai épargné pour  » établir  » mes deux enfants. Oui, un devoir messieurs les radins, les pingres, les égoïstes.
Dérives des extrémistes des deux côtés des barricades :nous apprenons ce matin que deux  » Étatsuniens  » ( faut plus écrire Américains, nous sommes de trois amériques. Tous, des Américains), deux juifs, préparaient des attentats aux explosifs contre des Étatsuniens d’origine arabe, en Californie. Guerre de l’oeil pour oeil;, dent pour dent, bien judaïque. Mais quoi en commun entre ces juifs californiens, confortables, et ces déplacés en Palestine miséreuse ? Eh !
Raymonde revient du marché et a loué encore un film recommandé, trois étoile et demi ! Une histoire bizarre sur un travesti allemand, chanteuse de cabaret. Pour ce soir. De plus en plus, notre harassement total devant les incessante publicités criardes. La télé harcelante et si grossière, si racoleuse, si démagogique, Radio-Canada comme Télé Québec.
Pour vous en débarrasser :louer des films. Moins de quatre piastres pour la paix. Bonne solution. Je supporte de plus en plus mal ces criages de produits divers pour consuméristes compulsifs et névrosés qui aiment bien, eux, ces marchands à toute heure du jour. Bêtise. Mépris encouragé par les détenteurs ‹temporaires‹ de nos ondes qui sont publiques. À quand un vrai bureau de surveillance, pas ce CRTC mollasson. Les pubs avant et à la fin d’une émission, jamais pendant. Surtout jamais avoir le droit de coupailler un film. Seul Télé Québec a du respect pour le cinéma. On en voit de ces gueulantes mercantiles jusque sur les canaux spécialisés, au début, hypocrites, moins mais maintenant de plus en plus, Canal D, Historia, ARTV même. L’horreur du magasin général grand ouvert dans la demeure privée des citoyens ‹qui vont payer plus cher les camelotes publicisés, car ces annonces font grimper les prix forcément. Insupportable !
La noirceur. Je monte écornifler les  » devoirs  » des élèves en cuisine !

Mardi, 11 décembre 2001

Mardi, 11 décembre 2001

1-
Hier, un lundi pas clair de noeud avec un ciel ombragé. Ce midi, ciel clair. Soleil. Nous irons promener nos carcasses le long de la rivière du Nord tantôt. Là où l’on roule avec nos vélos par beau temps. Sommes toujours fascinés , Raymond et moi, par ces cacades rugissantes, hiver comme été.
Ce désir de tenir de nouveau un journal me vient, non seulement de ce Cocteau-1942-1945 (chez Gallimard) que je lis ces temps-ci, mais du  » Journal  » de Philippe Sollers, année 1998 que j’ai lu la semaine dernière. Somme-nous nombreux à être piqués par la façon journal : Paquet d’annotations légères et aussi, ici et là, affirmations nettes (oh, nettes !). Jugements péremptoires et aussi innocentes déclarations par rapport à des faits divers d’une banalité totale parfois.
2-
Au plus vite dire la satisfaction entière en visionnant, hier soir, un film américain (DeNiro en est) absolument terrifiant :  » Quinze minutes « , le titre. Allusion au furieux inventeur de  » pop art  » , le  » manhattannien  » Andy Warhol qui disait :  » Tout le monde, tôt ou tard, a son 15 minutes de célébrité « . C’est un cauchemar, cette histoire. La pire charge anti-média à  » scoop  » jamais vue. Cette fiction effroyable (et plausible !) est signée : Hertzfeld, un auteur qui a écrit et réalisé ce  » 15 minutes « .
Voyant ‹dès le début du film‹ débarquer à New-York deux cinglés venus de Tchéquie, je me disais qu’il y avait là une sorte de racisme  » anti-Europe de l’Est  » en illustrant deux fous furieux, deux touristes déboussolés. Mais non, le film va montrer les affreux dégâts de l’  » american dream  » sur des esprits primaires qui confondent cinéma USA et réalité. C’est une grave leçon. L’intrigue déboule dans le délire visuel, la violence de l’aliénation, surtout, l’emprise du  » vouloir de célébrité « . Un des deux fous vole un caméscope (un ou une ?) et c’est le départ vers l’enfer. USA égale cinéma. Et télé pop. Bien :le couple infernal  » réalise  » un film.  » Leur  » film. De l’horreur pure . Jamais je n’ai vu un portrait aussi efficace de la dénonciation du monde de la télé à  » scoop « . Jamais je n’ai vu à l’écran une telle charge dans le cynisme. Je suis monté me coucher à l’envers ! Je le reverrai volontiers mais plus tard, tant ce  » 15 minutes  » est troublant.
3-
Hier, lundi, envie soudaine d’un petit pamphlet. Ça m’arrive !
Je lisais des tas de livres et articles sur l’anniversaire de la prise de pouvoir par les indépendantistes en novembre 1976. Jamais un mot dans les histoires (L’Histoire !) sur tous ces jeunes gens ‹impatients, désespérés ?‹ qui risquaient pour cette cause sacrée, leur avenir. Je parle, eh oui, de nos clandestins, ceux du FLQ. Il ne s’agit pas de savoir si on est  » pour  » ou  » contre  » ces provocateurs, ce agitateurs, non, il s’agit de les intégrer à notre histoire, d’assumer nos jeunes  » desperados « , des patriotes qui hypothéquaient carrément leurs jeunes vies, pas pour des motifs mesquins, pas pour l’argent, pas pour imposer une vision religieuse (les talibans !). Ces jeunes gens sont allés en prison, certains longtemps. Certains sont parmi nous, vieillis, ayant purgés leurs dettes pour ces actes illégalistes, et c’est le silence compacte, puritain ?
Avant de publier mon  » appel de lumière  » sur eux, j’ai soudain songé à m’associer avec le camarade Beaulieu. Aussi j’ai expédié aux Trois-Pistolles mon texte et j’ai invité Victor-Lévy à y joindre un texte à lui. Écrit que l’on harmonisera plus tard. Avec nos deux signatures d’écrivain engagé, ce brûlot trouverait davantage d’audience. J’espère. Je guette la réaction de VLB maintenant.
4-
Reçu hier une sorte de bilan, rapport, du réalisateur belge de mon  » PLEURE PAS GERMAINE « , Éric Van Beuren. Très impressionné par le rendement. Ventes de son film un peu partout en Australie, en Allemagne, dans des pays de l’Est, etc. J’avais offert de ne pas être payé au moment du tournage. Pour aider sa petite compagnie  » Aligator Film  » (oui, un seul l ). La surprise de mon Éric, alors ! Si son film faisait un  » flop  » je ne touchais rien. Le contrat qui nous lie me promet 1 % des revenus bruts. Voilà que je vais recevoir un bon chèque (en francs belges !) et que cela m’étonne. J’avais donc parié sur un certain succès ? Non. Pas du tout. Je me disais, si son film a du succès, tant mieux, s’il est nul, tant pis pour moi. Et ça va bien. Très bien même pour un film  » familial « , modeste, où il n’y a aucun  » effet spécial infographique  » , pas de  » bang, bang « , pas de ces cascades folles sur l’autoroute des machines trépidantes (comme cette extraordinaire ‹vraiment stupéfiante‹ chasse à l’homme en plein coeur de New-York dans l’ébouriffant  » Quinze minutes  » de Hetzfeld.
5-
Le collègue Raymond Plante m’expédie ses commentaires (éloges avec bémols légers) pour mon  » Enfant de Villeray « . Raymond a vécu dans Villeray. Il est touché. Il m’annonce qu’il prépare une sorte d’E. de V. lui aussi, qu’il a ramassé des archives sur les siens J’ai hâte de lire cela.
À son tour, Raymonde lit la biographie de Pierre Nadeau,  » L’impatient « . Ex-reporter, longtemps, à la SRC. Nadeau y est franc, c’est rare, il parle du  » vaniteux « , du  » kid kodak « , de son caractère sauvage, timide camouflé par des pirouettes, de ses tentatives de  » dominer « , de  » l’ambitieux compulsif « , même de son côté  » work-alcoolic « . Il a été  » l’adversaire  » de son père, un avocat organisateur penseur du parti libéral au sein d’un Québec (alors) bleu mur à mur, duplessiste jusqu’au trognon. Indignation paternelle, il voulait le voir devenir avocat comme lui (et non un saltimbanque !) Nadeau ne se console pas de l’avoir perdu, jeune, avant qu’il puisse se réconcilier vraiment. Une mère plus libérale d’esprit. Lui aussi ! Entre ses chapitres, Nadeau insère de brefs récits sur ses grands reportages aux quatre horizons des actualités, des guerres. Je l’aperçois, l’autre soir, simple annonceur, préfacier, de ma petite Biographie au Canal D. C’est injuste. Une honte de constater qu’au Québec (cela se fait moins en France ni aux États-Unis) on jette par dessus bord des gens expérimentés au domaine des informations et  » affaires publiques « . Un ravage. Un gaspillage éhonté. Nadeau n’est pas un croulant, il est en pleine forme, il en est donc réduit à un rôle de présentateur. C’est un non-sens.
Quoi ? dira-t-on,  » on défend les  » vieux  » ? Oui. Je suis toujours ravi de découvrir de nouveaux visages, jeunes, je souhaite seulement qu’i puisse y avoir (radio, télé ) des commentateurs, des reporters, de toutes les générations. Pas seulement des  » vieux « , hein ? Non. Pas seulement des  » jeunes « .
6-
Je pense encore parfois aux images étonnantes de ce spectacle vu jeudi dernier au théâtre au  » Go « ,  » Le ventriloque « , avec ces apparitions ‹dans des cadres de porte, dans un sous-sol‹ éclairs fantomatiques, père affreux, clown sinistre, mère baveuse, guenon désarticulée, parent tutélaire dégeulasse, rampant, envoyeille-don-chose !
Salut Stephen King !Fantastiques et cruelles moqueries parentales, d’une dérive juvénile en passant chez le thérapeute gaga. Le  » famille je vous hais  » gidien !Ouf ! Du fantasy ! Ainsi des bribes d’un  » show  » bizarre restent comme collés (bonjour coller, copier !) dans nos cerveaux pourtant saturés, surchargés.
Ce sordide ‹on regarde, on regarde, c’est un accident de la route quoi‹  » Ventriloque  » de Larry Tremblay, soutenu par les inventions scénographiques (et sonores et d’éclairages) de Claude Poissant, n’a plus rien à voir avec le théâtre de ma jeunesse, ni avec celui qui est aux affiches habituelles.
On voulait une ouverture, une exposition de la situation et des personnages, et puis un noeud, un coeur d’intrigue, un solide conflit, ‹quoi ‘dipe a tué son père ? Quoi, Oedipe a épousé sa mère !‹et puis venait un dénouement. On voulait, jeunes dramaturges, faire comprendre. Expliquer. Aider à la compassion. Ici, fin du cartésianisme de papa. C’est fini, rentrez chez vous. Il n’y a rien à déchiffrer. Rien à comprendre. Larry T. nous disait :  » Il n’y a pas de clés. Que ma pièce s’élabore librement dans vos têtes !  » L’on vous montre des faits bruts. Par paquets d’instants. Gesticulation de fantoches décervelés ?
7-
Comme ce  » show « , j’ai oublié le titre, vu la  » performeuse « , Marie Chouinard. Cette étrange  » marie-couche-toi-là  » était seule en scène, souffrante et hilare à la fois, se déguisait en tout, homme, femme, enfant, onaniste narcissique qui se masturbait sur scène, une sorcière, une silhouette farouche. Ce théâtre où m’entraîne Raymonde qui aime tant les acteurs, est de l’ordre de cet imagier ‹parfois de génie‹ Rober Lepage. Difficile à oublier son récent  » show « ,  » La face cachée de la lune « , avec une laveuse, une sécheuse et des liens efficacement visuels avec des actualités et aussi des émotions personnelles. Un art qui amalgame le cinéma, la télé, (et les pubs, les  » clips  » de music hall ?) nourritures formelles (à bas le fond, les yeux, les yeux, la forme, le contenant, le symbolisme vague et poly-signifiant quoi, stock venu de l’enfance de ces jeunes créateurs, nos cadets.
Nous autres, c’était plus livresque (?), nous n’avions pas tant d’images nous bombardant sans cesse. Nous lisions Jules Verne ou qui encore, des mots, du sens, de la pensée, des mots. Nous imaginions nos  » lepageries  » les doigts fixés aux pages des livres. Un univers nous sépare donc !
8-
Ma soeur, Marielle, ma quasi-jumelle, aura 70 ans à la mi-janvier. Je voudrais qu’on puisse souligner cela. Comment? Réunion de la tribu dans un resto ? Ouais ! Sans doute, Comment faire autrement pour le clan des 14 ? Ce sera banal, non ? Quoi organiser ? Toujours essayer de faire original. Épuisant cela. Ainsi pour le Jour de l’An, ici, souper pour les 11, et faire quoi de  » spécial » Impuissance. Crainte de faire une rencontre banal. Ainsi, samedi soir dernier, à notre souper de l’ex-Groupe des 7, trop de conversations banales. Souhaiter du pimpant, tenter de faire pétiller la soirée. Impuissance encore.
France Bergeron ‹qui nous recevait samedi‹ est la vaillante compagne de mon ami défunt, Ubaldo Fasano. Je lui ai consacré un chapitre dans  » Je vous dis merci « . Elle avait raconté à Raymonde son torrent de larmes en me lisant ‹je narre notre dernière expédition dans le Golf du Mexique alors que mon ami achevait de se débattre contre ce maudit cancer Pour France, le deuil à finir ! J’ai apprécié qu’elle ne m’en parle pas samedi.
Pudeur ? Silence utile à mon avis. C’est cela un livre, un écrit. Une connivence tacite, qu’on a pas besoin toujours de commenter avec l’auteur. La veuve n’est pas encore joyeuse ! Cela viendra. Il le faut. Au téléphone hier :  » Claude., merci d’être resté des amis après cette mort ! Vous n’étiez pas obligés  » Ma protestation. La découverte, une fois de plus, que des femmes (les épouses !) se sentent  » seulement  » la compagne de l’ami cher. Bêtise cela et qui vient de loin. Du temps, pas si lointain, où  » madame  » restait dans l’ombre de l’époux.
9-
Un écrivain comme on dit  » connu « , reçoit des appels très variés. L’un me demande  » comment réussir à se faire éditer ? » Comme s’il y avait une recette, des trucs. Ma réponse laconique :  » voyez les pages jaunes de Bell téléphone. Soyez patient. L’un des éditeurs dira « oui « , si vous avez le don.  » Ne pas encourager vainement par un optimisme niais. Un autre correspondant me demandera des  » détails « , à propos d’un personnage. Imaginera un lien de parenté. Un autre me fournira des éléments intéressants au sujet d’un  » passage  » d’un livre. C’est vraiment varié. Un notaire de Saint-Henri ‹Jean-Maurice Proulx‹ a publié à son compte,  » La vie après la vie  » et me raconte des rencontres étonnantes. Des auteurs peu connus fondent une  » association d’écrivains des Laurentides  » ! Veulent que je m’y joigne. Diable , déjà que je cotise à trois ou quatre unions d’auteurs. J’accepte. Par solidarité et pour ne pas sembler jouer  » l’illustre qui reste en tour d’ivoire « .
10-
Hier soir, dans la noirceur de la chambre, au lit, un bruit suspect à ma droite. Raymonde est à ses ablutions vespérales. Le bruit feutré encore ! Brrr Cela vient de la fenêtre, il me semble. Le vent dehors ? Branches sur le mur ? Non, C’est tout proche. Malaise. Peur grandissante. Envie de faire de la lumière. Folie : m’imaginer un fantôme, l’esprit de l’un de mes défunts aimés que j’invoque parfois Bruit de déchirement qui revient ! La frousse niaise ! Je me décide à allumer. Ouf !C’est le long store de toile qui se décolle lentement de son rouleau. Presqu’une déception, savez-vous ? Au fond, avoir souhaité secrètement la manifestation d’un esprit défunt. Avoir toujours trop aimé ces histoires de parapsychologie.
11-
Ah ce journal de Cocteau ! Quelles découvertes avec son Paris rempli de nazis qui, pourtant, semble grouillant d’activités culturelles. Ils défilent les Trenet, Chevalier, Mistinguett, Piaf débutante, Montand à l’essai, Gérard Philippe monté de Nice. Jouhandeau, Max Jacob , juif vieilli, caché en Bretagne, craignant le boche antisémite. Découverte de Jean Genet sortant de prison. Grand carrousel suractif. Mais c’est la guerre. Cocteau parle ddes privations, du rationnement, des alarmes sans cesse, des bombes autour de Paris. Tant pis, le poète reste prestigieux. Il a eu des succès HÉNAURMES, d’abord avec  » La voix humaine « . Il vient d’achever un film  » L’éternel retour « , unanimité de critiques et du public. Piques malicieuses chez certains antisémites notoires, on déteste ce bourgeois surdoué. Mais, consolation, foules aux crans parisiens.
Cocteau travaille à sa nouvelle pièce de théâtre,  » L’ aigle à deux têtes « . Toujours pour son jeune et bel acteur, Jean Marais. Il va s’attaquer aussi pour le cinéma au vieux conte  » La belle et la bête  » quand je le quitte pour ce journal. Il est devenu à 50 ans, complètement paranoïaque face aux horions d’une presse jalouse, la presse des collabos enragés.
Culpabilisé, il déteste Mauriac et Gide qui, eux, ne publient plus. Il dit :  » Mauriac et Gide silencieux ? lls ont du bien, moi, je n’ai rien.  » Il crache sur Sartre et sa Simone, il bave sur  » L’invitée  » le premier roman de  » madame « , vaguement lesbien, saphiste d’une liaison avec une étudiante mineure de l’héroïne. Il fustige Claudel (et son  » Soulier de satin  » qui triomphe à Paris :  » Claudel. Assis au premier rang mâchonne ses répliques. Sa face de gros bébé qui force sur son pot de chambre, grimace !  »
Tout ce monde que je connais, inconnu des plus jeunes, m’amuse beaucoup. Des Allemands gradés, cultivés, le protègent. Lui et surtout Sacha Guitry, complaisant avec l’Occupant. Cocteau, se veut un esprit libre, répète que l’artiste véritable est et vit en dehors de  » l’actuel « , répète que ce qui est  » inactuel  » restera pour la postérité. Il a de bonnes paroles pour les  » connaissances  » chez l’occupant tantôt et, tantôt, des piques méchantes. Il varie.  » L’éternel retour’ le venge de tout, plein d’admirateurs se bousculent à sa porte au Palais Royal. Colette s’en amuse, vieille voisine au mari obligé de porter l’étoile jaune infamante.
Oh oui, une lecture qui me fascine. Et vive le journal !

Dimanche 9 décembre 2001 – JOURNÉES NETTES : (début de journal intime intitulé J.N.)

JOURNÉES NETTES : (début de journal intime intitulé J.N.)

[page Web originale]

1- Ça y est! Ça me reprend. L’envie de tenir journal. Pourquoi pas. Pourquoi pas via l’Internet. J’ai aimé cette douce manie jadis (1986-87-88).

Ciel bleu doux. Bleu tendre. Le  » bleu poudre  » de notre enfance. Depuis deux jours, le froid est arrivé. On a cru que le temps doux du début du mois allait durer jusqu’aux Fêtes. Non, Brr! Nous rentrons, Raymonde et moi, de notre promenade quotidienne ‹adieu vélo !‹ dans les alentours du village. Je rédige cette première page d’un nouveau journal, sur ordinateur.
J’y reviens au journal probablement parce que je suis en train de lire celui de Jean Cocteau. Il raconte les années 1939-1945. Les Allemands dans Paris. La vie culturelle qui semble aussi dynamique qu’avant leur défaite totale. Comme dans tout journal j’y glane des passages captivants. Un air de  » collaboration  » maudite y rode. Cocteau, réputation déjà acquise ( » Les enfants terribles « ,  » Les parents terribles « , film :  » Le sang d’un poète « , etc.) , peut vaquer à ses nombreuses activités artistiques en paix. Relative.

2- Hier soir, réunion d’amis à l’Ile des Soeurs et le producteur André Dubois (« Vendôme « ) m’assomme ! Il m’ annonce que notre ruban vidéo où je racontais la vie du peintre québécois Cornélius Krieghoff, ne semble pas intéresser le canal ARTTV.
J’en suis abattu. J’avais préparé un Marc-Aurèle Fortin en guise de deuxième émission. J’étais prêt à retourner en studio à Ville La Salle, devant ses caméras vendômiennes. Eh b’en non ! On lui aurait dit à ce canal ARTV que c’était dépassé le genre professoral (je me voulais simple conteur, vulgarisateur, pourtant !). Foin de l’aspect  » magistral  » ! Bon, bon. Sus à l’animateur qui parle, seul, debout, devant un kodak ! Bon, bon.
Je retraiterai donc davantage.
Tant pis. Je regrette d’avoir parlé de ce projet qui me tenait tant à coeur lors de cette  » Biographie  » diffusée deux fois cette semaine au canal D.  » Ne jamais parler de ses projets « , me disait-on souvent. Vrai !

3- Avant hier, audition d’un orchestre d’écoliers au collège Regina Assumpta, rue Sauriol, à Ahuntsic, où nous avons admiré le trompettiste de la famille, le fils de Marco et de ma fille Éliane, mon cher Gabriel. 96 jeunes musiciens ! Ça sonnait magnifiquement ! Émouvant. On dit tant de mal de la jeunesse. Toute cette jeunesse qui a pratiqué ses pièces, répétitions difficile prises sur le temps des jeux, des sports, des loisirs ordinaires, et, vendredi soir, ce spectacle étonnant. Oui, émouvant.

4- Jeudi soir, à l’Espace Go,  » Le ventriloque « . Un spectacle pas banal. Texte curieux de Larry Tremblay ( » The dragonfly of Chicoutimi « ). Une fille renfermée dans sa chambre., Elle veut rédiger une histoire. Parents monstrueux qui se méfient de son isolement. Apparitions sauvages, fantomatiques. Séance d’un psychanalyste fou (ca classique). Bref, une soirée hors de l’ordinaire. Freud fait ses ravages. Avec ce Tremblay du Saguenay on est très loin du réalisme de Michel Tremblay. Autre génération. Aucune allusion géographique. Cette fille plutôt bafouée, au bord de la crise de nerfs, vit une sorte de cauchemar existentiel. Elle n’existe pas par rapport aux réalités québécoises. Ce texte pourrait se dérouler n’importe où, dans n’importe quelle langue.

5- Ces jeunes nouveaux auteurs, pas tous, écrivent sur des thèmes indifférents à  » ici maintenant « .  » Le ventriloque  » dont la poupée en cache d’autres, illustre bien que désormais  » peu importe le pays « , toute jeune âme a de lourds comptes à régler.
Comme il le dit dans le programme, Larry Tremblay, on peut fort bien y trouver un questionnement pas vraiment débarrassé de notre problème d’identification nationale. Vrai.
À la fin de la représentation, causerie  » ad lib  » dans la salle. Quand j’ai dit qu’un tel spectacle devrait être montré au grand public, Poissant, son brillant metteur en scène m’a répondu :  » Oui, c’est vrai. Il y a maintenant le canal ARTV.  » Je ne savais que le surlendemain Dubois m’annoncerait qu’ARTV ne semble pas intéressé à notre projet du  » conteur  » de l’histoire de l’art d’ici. Zut !

6- Par ma fenêtre, je vois qu’une partie du lac Rond est en train de virer en glace. L’hiver pour de longs mois s’amène ! Ne pas m’énerver. Je n’ai pas vu passer ni le printemps, ni l’été, ni l’automne!Alors l’hiver, lui aussi va filer à la belle épouvante. Et ce sera de nouveau le printemps adoré qui filera lui aussi. Le temps ! Dès 1995, ma station de radio, CJMS, fermant et Raymonde retraitant de son job de réalisatrice, devenu donc plus libre que jamais, je croyais avoir le temps de voir passer le temps, enfin. Faux ! Il file plis vite que jamais. Bizarre, non ?
Ferrat chantait :  » On ne voit pas le temps passer « , je découvre une vérité tangible maintenant . Je n’aime pas cela. L’impression de me faire voler. Je me dépêche donc, pas si vite, de terminer ce petit livre (100 pages ?) commandé par Victor-Lévy Beaulieu pour sa collection  » Écrire « . Chaque auteur invité doit y mettre un sous-titre à son  » Écrire « . J’ai mis pour provoquer et pas vraiment pour provoquer :  » Pour l’argent et la gloire. » Pas vraiment pour choquer car, jeune, je m’imaginais devenir un jour célèbre et riche. Je prévoyais faire construire un domaine, un château, pour les miens ‹gens si modestes. Pour les venger de leur existence pauvre. Ce beau château de mes songes creux ne s’est pas construit. Pas du tout. Mercredi dernier, j’ai pondu un chapitre de ce futur petit livre ( » Écrire « ) où je me suis peint en châtelain non advenu qui lutte pour être dans la réalité. Je veux mettre tout de suite cet extrait sur ce site Internet que m’a installé Marco, mon gendre. C’est onirique dans un long texte beaucoup plus réaliste.

Je sens que j’aimerai tenir ce journal. Je retrouve le plaisir d’être  » diariste », de noter des éphémérides, comme pour mes livres  » Pour ne rien vous cacher  » ou  » Pour tout vous dire « .
Vive le journal !


Pour en finir avec le bon parler français !

Les pincés et les p’tits moéneaux !À un ancien  » Salon du livre « , j’avais grondé feu Georges Dor qui publiait des pamphlets sur notre mauvais français. Je lui avais reproché, scripteur destiné à se servir de tous les niveaux de langage, de s’être métamorphosé en surveillant de dortoir, le chicanant :  » Ça n’est pas notre job, Georges, laisse ça aux linguistes « . Je lui avais dit en riant :  » Je n’aurais jamais cru que tu prendrais le parti des chics Pinson, face aux modestes Moineau ! « , allusion à son téléroman populiste. Algarade amicale donc au kiosque de notre éditeur.

Paraphrasant Albert Camus, j’affirme :  » Entre la langue de ma mère et le français standard, je choisirai toujours la langue de ma mère « .

Lecteurs, en avez-vous assez des  » donneurs de leçons  » du genre Denise Bombardier et allii ? Sans cesse, l’apprenti puriste —ignorant les conclusions de la science linguistique— dénonce seulement les effets en oubliant ces causes.

Nos déficiences langagières ont des origines très explicables, historiques. Il faut éviter les faciles et magistrales admonestations qui se résument à :  » Faisons honte à ce peuple de nègres blancs « . Les dénonciateurs de nos travers langagiers restent le nez collé aux effets. Il serait autrement courageux d’étudier  » la condition québécoise « , des débuts de la colonisation à aujourd’hui, un manque de mémoire ou ignorance feinte ?

L’épurateur du patoisant, sa chasse aux fautes, lui est une obsession. Il fait mine d’oublier et d’où nous venons et où nous en sommes. Il y eut 1760. La tragique  » défaite « (abandonnons ce mot de « conquête »). Après la défaite de la démocratie, 1837, ce sera cent ans de couvercle —à religiosités et piéticailleries— sur la marmite. 1840-1940. 1940 : début du réveil, très timidement.

Enfin, Il y a l’histoire actuelle : 1970-2004 : l’installation d’un impérialisme culturelle anglo-américain, tout puissant, mondial. Cette culture pop —films, télévision, chansons— donne un signal aux jeunesses : le français ne compte pas ! De là l’indifférence à la santé (la qualité est une santé) du français. Cette renversante vague états-unienne s’appuie sur un  » axe « , réseau universel Grande-Bretagne, Irlande, Australie, Canada (hors-Québec) Nouvelle-Zélande. Et encore, par parenté lointaine, cet axe peut compter (diffusion comme promotion) sur des pays anglophiles : agglomération planétaire « sous influence » : Allemagne, Autriche, Suisse alémanique, Belgique flamande, Hollande, voire des pays scandinaves. Désormais l’Afrique, voire ce qui se dessine au Rwanda.

Alors les effarouchés de notre  » louzy french  » (mot de Trudeau) oublient que cette titanesque machine rugit juste à nos frontières, étant notre voisine immédiate. Des nations autrement solides que la nôtre, Italie, France, Espagne, Grèce, Portugal, en sont déstabilisées. Et nous, tout petit satellite en ce proche orbite du matamore culturel, on nous voudrait avec un français exemplaire ? Il nous faudrait des milliards (d’argents publics) pour contrer cette omniprésence.

Qui est fier de mal parler ?

Tout le monde est pour la vertu, chère  » enfant de l’eau bénite « . Nos gens ne font pas d’efforts particuliers pour mal parler. Tout de même ! Les grands  » coups de règle  » sur les doigts —« Ô Denise, toi, transformée en vieille maîtresse d’école acariâtre ? »— n’aident en rien à solutionner un vaste problème. « Ta mé é-tu là » est une pauvre manière de parler. Le  » joual  » n’est pas une invention née d’une volonté libre. Allons, qui est fier d’avoir du mal parler, du mal écrire ? Cet acharnement à dépeindre les nôtres comme de fieffés paresseux est une injustice. Quel mépris du peuple d’ici !

Ces temps-ci, la corrida des instruits cible tout le monde : A- les maudits profs, tous décrits en abrutis inconscients, B- les maudits fonctionnaires du ministère de l’éducation, tous des aveugles impotents C- les misérables parents, tous des irresponsables, D- les voisins, les amis de la rue, tous des abrutis vicieux, E- bien entendu, les vastes lots d’élèves : tous des maudits paresseux. Bref : hordes de comploteurs ignares et sordides, entretenant complaisamment nos faiblesses en français ! Attitude de paranoïaques, non ?

À quoi sert ce fléau brandi pour culpabiliser le monde ? À intimider ? À contrôler les permis d’ouvrir  » sa trappe  » ? Dans ma jeunesse, on faisait taire parents, voisins et amis, en terrorisant par des  » campagnes publicitaires  » arrogantes. Nous traduisions par : » Fermez tous vos clapets ! Taisez-vous ! Vous nous faites honte !  » Ce silence complet était propice aux grandes noirceurs. Veut-on faire revenir le temps de la peur collective de nous exprimer ?

Ces parangons du  » bon parler  » semblent avoir pour but d’humilier les victimes de contextes historiques précis. Ces censeurs hautains reprocheront même à certains auteurs d’oser donner la parole aux pauvres, à ceux qui n’ont pas eu la chance d’apprendre à « bien perler ». Ce Tremblay, dramaturge, une honte ! Le poète Michel Garneau traduisant Shakespeare en joual, quelle honte n’est-ce pas ? Lisez les jeunes romanciers : intimidés, nos talents nous fuient avec des ouvrage —exotiques ou classiques— ne nous illustrant plus ( les Lepage et Cie.), plein de « jeunes » romans remplis de prénoms bizarres et se déroulent ailleurs ! Jeunes créateurs honteux de leur pays fustigé trop longtemps. Est né la mode actuelle, en théâtre comme en littérature, du déracinement volontaire. Déplorable et malsaine mutilation.

La langue des émotions : le joual ?

La plupart de nos grands-pères, nos pères, parlaient mal. Je parle souvent dans la langue de mon père qui ne parlait pas très bien. Cette  » langue maternelle  » imparfaite, boiteuse, est ma langue. Je n’en suis pas fier mais je ne la renierai jamais. Elle fait partie de mon humble héritage et je n’en ai nulle honte. Ce patois, ce jargon, ce créole nordique, nommez cela comme vous voudrez, véhicule, et très efficacement, émotions, sentiments. Les Québécois utilisent instinctivement le joual quand ils veulent exprimer de grandes colères, de fortes surprises, de grands bonheurs, on le sait bien.

Même les  » anciens  » pauvres, les chanceux du sort qui ont pu s’instruire —séjourner en France— vont recourir à cette  » langue maternelle  » au français magané, puni (Vigneault dixit). Elle fait partie de notre peau. Quelques apatrides volontaires renient ce fait. La majorité des gens d’ici n’a pas eu la chance d’aller étudier la bonne diction française chez la célèbre Madame Audet. Je regrette, bien entendu, nos moqueries effrontées face aux filles et garçons chanceux, protégés par des mamans soucieuses, qui articulaient. Il y avait dans notre bande de Villeray, « chez toi, Denise », ce grégarisme malsain, pétri de méfiance. Il illustrait, au fond, notre fragilité, notre insécurité nationale.

Paris, grande métropole de la francophonie ne fit rien, jadis, pour améliorer notre situation. France, dédaigneuse —sans solidarité aucune pour les abandonnés de 1763— installait ici ses chics ghettos, « Alliance française» et « Union française »  » —comme en Afrique, en Indochine. Paris installait ses écoles du type  » Villa Maria  » sur Queen-Mary road,  » my dear  » et ses collèges de modèle  » Stanislas « , à Outremont,  » très chère  » ! La néo-colonie française ne souhaitait pas mélanger ses élus avec ces Canayens-frança à la parlure d’aliénés pathétiques. Même mépris répandu par l’exilé londonnien, Modecaï Richler, petit gars pauvre et doué, né pourtant rue Saint-Urbain, Même racisme, surprenant quand il provenait de ceux qui nous devaient un peu de solidarité, les Français de France.

De rock et de rap !

J’en ai  » ras-le-bol « , comme dit Paris, d’entendre râler tous ces snobs, ex-quêteux-à-cheval. Les Chartrand, Falardeau ou professeur Lauzon, ont souvent recours à cette langue infirme car elle est, à l’occasion, riche en tournures fracassantes, en cocasses expressions Elle est parfois indispensable —munie de jurons— pour transmettre efficacement des vérités décapantes. Chaque fois, cela énerve considérablement nos « nettoyeurs dégraisseurs » en langue, ces autoproclamés en expressions correctes. Ils geignent, exigeraient des patentes, licences, permis… d’utiliser la langue. La populaire, qui n’est n’est pas aux dictionnaires parisiens, c’est merde. À bas, ces tabous, ces interdictions d’inventer, « de néologiser ».

Pendant ce temps, la popularité de l’empire états-unien et ses associés —j’y reviens— est dévastatrice. Vive le  » joual amerloque. Écoutez jacasser nos adolescents, écoutez bien, c’est le calque ( anglais médiocre) de cet  » autre joual « , la mode de vivre USA, publicisés sans cesse à travers les trois écrans —cinémas, télés, ordinateurs— de la planète. Cette anglo-américanisation a beaucoup à voir avec les difficultés en français. Que l’on n’aille pas m’imaginer en anti-américain primaire. Ils sont 280 millions et je reconnais volontiers que ce pachyderme glouton offre parfois de valables productions —livres, musique, ciné, télé. Il est très capable d’engendrer de la qualité, à l’occasion. Des productions culturelles consistantes. Mais il est seul dans le monde entier avec tant de moyens. De plus il reste absolument hermétique aux  » merveilles  » des autres nations.

Son isolement voulu, encouragé, sa lutte contre les « exceptions », le cloisonnement usa, sa totale fermeture, son constant refus des « autres cultures », est une tare reconnue. Cela montre l’autosuffisance d’un empire riche si pas toujours quétaine. Hélas caricaturé parfois par des envieux. Il y a que cet impérialisme séducteur ravage et nivelle. C’est dans la nature d’un empire. On ne peut reprocher au géant d’être pesant, d’y aller fort. Il n’existe pas pour casser les autres cultures mais il ne se retient pas pour causer des dommages. Il va selon sa puissance qui croît sans cesse. L’éléphant enrage s’il y a la moindre, résistance ou protectionnisme.

C’est le destin d’un moloch, il s’installe de Rome à Amsterdam, en passant par Paris et Berlin, de Moscou (depuis janvier 1990) et bientôt de Pékin à Saïgon. Un rouleau compresseur, un indomptable bulldozer. On affirme que son influence est beaucoup plus grande toutes proportions gardées— que celle de l’empire romain du temps des Césars. Un fait unique dans l’histoire des civilisations.

« Bon chien va » !

Ce 2 % de french-speaking, leur voisin d’en haut, n’a donc guère d’importance pour Moloch-USA ! Quelques lignes de français sur la boîte de céréales ne changeront rien à sa superbe, ma pauvre Denise. Il nous reste à quémander un peu d’espace. Ce sera des « Québec à New-York ». Avec notre argent public. « Bon chien, va, couche, couche » ! C’est cet influent, et séduisant Royaume du sud qui entraîne notre négligence, notre laisser-aller, une sorte d’auto-dévalorisation. Le colonisé québécois (comme celui de Paris) ne voit luire que l’herbe-aux-engrais puissants du riche multivore, a honte de son jardin, va vite s’américaniser, if I can’t beat him, I’ll join him. Jadis, c’était la domination anglo-montréaliste installée sur notre pauvreté collective et en découlait notre manque d’instruction accompagné du fatal sentiment d’infériorisation. Effet ? La venue de notre charabia. Ceux qui ont mon âge virent s’avancer l’inévitable contingent d’effarouchés, type Victor Barbeau, avec pimbêches apolitiques, superbes instruits myopes. Au lieu de s’en prendre à nos dominateurs, ils se ruèrent aux fouets :  » Honte à vous tous !  » Et actuellement : même aveuglement.

Jadis, ce fut le silence partout. Oh ! nos pauvres pères mutiques. Le Québécois sans cesse morigéné, insulté, bafoué, humilié par nos zautorités, ferma sa trappe, son clapet, rentra dans sa houache. Le cléricalisme ultramontain, strap dans la main, de mèche avec le duplessisme à strap ultra conservateur, s’incrustèrent. Il faudra attendre l’aube de la révolte salutaire « Refus global », « Liberté », « Parti-Pris », de rares alliés, profs courageux, radio-canadiens anti-cus-de-poule— pour rouvrir les vannes et raviver la liberté populaire. Nous proclamions alors : « Exprimez-vous bien ou mal, mais parlez. Nous nous corrigerons plus tard ». Vrai que nous ne nous sommes pas corrigés, qu’il y eut excès de laxisme. Inévitable quand la marmite saute !

Maintenant, il y a ces causes nouvelles auxquelles je viens de faire allusion. Les changer ? Moins facile qu’humilier sans cesse ceux qui n’ont pas eu la chance de s’instruire. Notre étonnante langue maternelle n’est pas en cause. Après tout, des monologuistes (Deschamps), des chanteurs (Charlebois), des poètes ( les émouvants  » Cantouques  » de Gérard Godin) —et qui encore ?— ont illustré ses ressources. Il était faux de répéter que le  » créole québécois  » faisait écran pour les autres francophones. Tremblay le joualeur sera joué partout ! C’était mieux que ce  » slang états-unien  » qui s’impose, lui, partout. Parce qu’ils sont riches, puissants et nombreux, répond l’observateur le moins sagace. Quoi ? Parce que nous sommes peu nombreux et sans grande puissance, notre patois ne vaut rien ?

Nous sommes un miracle !

L’a-t-on assez répété que c’était un miracle —un miracle sociologique— de parler encore français (même mal) en Amérique du nord ? Avec 300 millions d’anglophones tout autour, des Jebwab et Al, tremblent —et sans rire— osent affirmer qu’ils craignent, ici, pour la survie de l’anglais ! Oui, oui, ce fut publié dans nos gazettes. L’anglais pourrait crever ! De qui diable se moquent-ils ? Nous devrions normalement tous parler  » états-unien « , au Québec, c’est arrivé souvent, un peu partout, dans l’histoire du monde cette inévitable assimilation. Des faiblards sont disposés à rendre les armes et, e français, veulent le choix libre, pur envoyer leurs petits aux écoles anglaises ! Pourtant, plein de visiteurs étrangers n’en reviennent pas et le disent : ce Québec français, un miracle ! C’est la vérité. Cela avec notre français bousculé, froissé, blessé, bosselé, fracassé, certes. Avec des bleus un peu partout ! J’écoute parler de mes proches qui sont allés à l’université, de mes petits-enfants qui vont, ou iront, à l’université et les fautes pleuvent. Ils n’ont pas —pas tellement mieux que nous— réussi à maîtriser le français correct. Futiles ces coups de  » strappe  » dans les paumes. Les fameux  » si j’aurais » du Président Larose, moqués par madame Bombardier, ceux de ma parenté (et les miens aussi souvent) sont l’effet des causes. Causes à inventorier et mieux que j’ai tenté de le faire ici, messieurs les puristes énervés. Faire honte sans cesse à nos gens ne donnera rien, arrêtons de fustiger les profs qui sont aux prises avec ces terrifiants appâts de la mondialisation sauce USA et alliés.

Je sais qu’en ce moment des papas luttent contre une invasion difficile à contenir : jeux vidéo jeux-internet, made in USA, arcades in english, machines nintendo, disques (CD, DVD), rock and rap, succès des palmarès, etc. J’en connais intimement de ces valeureux pères de famille qui savent exactement de quoi je parle, qui se débattent contre l’hydre séductrice.

Ils savent bien que les profs font face au même rival. Terrifiant concurrent « sans tableau ni craie, lui » mais muni de lumières clignotantes, de violents bruitages, de pétarades, d’effets virtuels dynamiques, avec brillantes et clignotantes bulles gonflées de cris aux mots « all-american ». Fichez la paix aux enseignants : la classe d’école ne pète pas le feu cinétique bien-aimé des jeunesses.

Un combat plus utile

Laissons donc en paix ceux qui émettent des « si j’aurais ». Dénonçons au plus tôt les mercenaires, pas toujours bénévoles. Ces serviles et inconscientes courroies de transmission des productions amerloques, à pleins écrans de nos télés, à pleines pages de nos magazines et journaux. Ces dociles reporters, obéissants publicistes, stipendiés souvent via les junkets, louangeurs effrénés de cet envahissement culturel servent volontiers Molloch. Riche comme Crésus, Mastodonte-USA achètera de toute façon les espaces-annonces, garnira nos placards et n’a nul besoin de nos indigènes mercenaires. Les produits-USA sont commentés avec une zélée ponctualité et cela activent la mocheté linguistique des nôtres. Tus ces interviewers complaisants creusent le trou notre défaite. Ils participent tous à la surenchère de cette invasion planétaire. De l’actuelle culture totalitariste soft.

Adieu diversité et bonjour libre échangisme du ONE WAY. Ces agenouillements réduisent sans cesse le français, ici comme en France. On finira par ramener le français à un petit lexique à parfums, à foie gras, à fromages fins. Plus rien à voir avec les « Dites ceci, ne dites pas cela », utiles sans doute. Un jour si on continue ce laisser faire, il n’y aura plus qu’une « Dictée française », ce sera au canal RARETÉS, payant. Un jeu de scrabble avec maigres sachets de lettres à assembler, un jeu faits d’onomatopées et de borborygmes. La langue « menum-menum » —des ados— sera pour tout le monde. Examinons, bien compris ?, les causes et corrigeons-les, fichons la paix à ceux qui subissent les effets, sinon, on balbutiera trop tard : « Si j’ara su —rock-rap-télé-ciné made in USA— je les ara combattu ».

Il sera trop tard. En ce temps-là, le joual semblera un langage de marquis !

(30)

LE PROFESSEUR LAROSE EN VISIONNAIRE

Monsieur l’éditeur,
Dans son mémoire à la CEGSALAF que préside un autre M. Larose, au nom de l’UNEQ et publié dans Le Devoir du lundi 26 mars, le professeur Larose dit d’abord qu’il est pour la vertu et contre le vice. Original ! Il fustige par exemple  » le populisme démagogique  » des  » linguistes nationalistes  » et des enseignants en faveur du joual. Ensuite, son mémoire veut nous entraîner dans un domaine disons enchanté! Féerique ! Il écrit :  » nous sommes des Anglais  » (sic),  » des Américains aussi  » (sic) et que nous devrions enseigner et produire des textes (télévision, cinéma compris) sur le passé glorieux de pionniers ne craignant pas de naviguer jusqu’au fond de cette Amérique sauvage ! Il dédaigne nos audacieux républicains québécois, ‹les Patriotes, de 1830-1838 ‹ il dit :  » glorieux mais patibulaire « .
Larose en a assez (et l’UNEQ aussi sans doute) du rapetissement historique. Diable ! Avons-nous vraiment perdu en 1760, nous sommes-nous fait coloniser par Londres, colons abandonnés par la France et puis ensuite, assimiler, oui ou non ?, en Manitoba comme en Ontario et ailleurs ? L’auteur du mémoire de l’UNEQ souhaite une sorte de révisionnisme de notre histoire. Il sombre alors dans un néo-messianisme aussi illusoire que celui des  » curés  » du dix-neuvième siècle qui voulaient le triomphe canadien français catholique d’un océan à l’ autre. Une fierté artificielle, négationniste de la réalité historique des nôtres. Et cette farce combattrait le créole et améliorait la langue parlée et écrite? Franchement Larose !

Poèmes et romans en joual voulaient illustrer avec lucidité dans  » quel trou nous étions tombé collectivement  » (dixit Réjean Ducharme). Ses auteurs (dont je fus avec mon  » Pleure pas Germaine « ) ne disaient jamais :  » Voilà la langue qu’il faut continuer de parler.  » Jamais ! Ce créole est devenu populaire (Yvon Deschamps, Charlebois et Cie.) par le simple fait qu’il  » sonnait  » avec force les accords profonds de notre pauvreté sociale. C’est une erreur de croire que les médias l’ auraient aidé à se répandre, le joual était là, partout, dans toutes nos rues. Larose vante sans état d’âme l’écrasement impérialiste, métropolitain, fédéraliste, des autres langues en France. Pourquoi pas alors adopter une langue mondiale, on sait bien laquelle serait élue, n’est-ce pas ? Suivez mon regard. Quoi ?  » Nous sommes anglais et américains « , répéterait-il. Défaitisme ou inconscience ? Je ne savais pas que mon union était d’accord avec la loi du plus fort.

Le prof Larose prétend que la louange des conquêtes, jusq’au Mississipi, ramènerait les enfants de nos émigrants dans notre giron. Je doute fort que le jeune Roumain, Sri Lankais ou Vietnamien soit sensible à ce  » péplum  » historique hollywoodien, cette brève saga d’avant la défaite des Plaines d’Abraham. Ces héros (La Salle, La Vérendrye, Marquette et Jolliet) laisseraient de glace le petit Québécois d’origine cambodgienne ou paskitanoise. Enfin, le dénonciateur de notre noirceur, Larose, avance que ceux  » qui ont fini anglophones  » ‹ses mots‹ ne sont pas des traîtres. Bien. Il dit et écrit à l’autre Larose :  » Ils ont eu leurs raisons.  » C’est court pour dire qu’ils ont été assimilés par la francophobie ambiante. Une réalité qui l’embarrasse. Bref cette sorte de bon-ententisme ‹ »nous sommes aussi des anglais « , s’exclame le rédacteur mandaté par l’UNEQ‹ pue son pacifisme délétère. Et s’écrier, comme il le fait, que  » notre Ministère de l’éducation démolit la loi 101  » relève de la fanfaronnade. Que notre union d’écrivains québécois endosse pareille forfaiture est d’une navrante tristesse. Notre président, Bruno Roy, devrait maintenant s’en expliquer s’il ne veut pas que le farfelu visionnaire poursuive sur sa lancée surréaliste folichonne.

-30-

Claude Jasmin Sainte-Adèle

26 Mars 2001

 » DU JADE ET DU CHOCOLAT »

  • écoutez ce conte
  • Comme chante Claude Dubois: »J’étais amoureux… »!

    On sait ce que c’est , même jeune, même au premier grand amour, à l’amour fou. Fou, fou, fou!

    L’adage le dit: on en voit plus clair. Et Édith Piaf chantait: « sans amour, on est rien du tout, rien du tout… »

    C’était la veille de la Saint Valentin.On pavoisait des petits coeurs, des petits coeurs rouges, partout, partout, partout!

    Chante Beausoleil-Broussard: « Les petits coeur, les petits coeur, les petits coeurs d’amour! »

    J’aimais Micheline. Une fille unique. Celle qui danse le mieux à la corde à danser! Elle habitait à quatre maisons de chez moi. Dans un deuxième étage. Ils sont pas riches et Micheline est mal habillée mais, c’est drôle, tout le monde le dit: elle est la plus belle de la rue!

    J’aurais dû me méfier, y voir un funeste présage: Micheline habitait juste au dessus de La Coopérative de frais funéraires.

    Oui. Juste au dessus du lugubre et sec et si sévère Monsieur Turcotte, le directeur austère des cortèges funèbres de la paroisse Sainte Cécile. Juste au dessus.

    Tu en es fou. Tu la trouves belle. La plus belle de ta rue, de ton quartier Villeray.

    Elle a de si beaux yeux. De si beaux et longs cheveux. Sa peau est si lumineuse. Tu lui trouves une bouche adorable. Des mains délicates, des jambes si fines, une traille de…de déesse!

    Micheline est parfaite. Elle est l’image de la beauté. L’Image de l’amour. Quand elle surgit au restaurant de mon père, tout le magasin s’illumine! Elle dit: « Je voudrais une « Orange crush » et un « May west » et on dirait qu’elle chante! Je l’aime.

    Quoi faire pour se l’attacher., Elle te fait les yeux doux chaque fois que tu la croises, elle te dit des mots doux, si doux. Elle t’adresse ses plus jolis sourires. Semble radieuse: elle t’aime elle aussi, c’est tellement évident. Elle t’a donné sa photo venue d’une machine à quatre photos pour dix sous dans un bric à brac de la rue Saint-Hubert.

    C’est ton icône. C’est une fée! C’est ma Cendrillon! Mon Alice au pays des merveilles! C’est mon bon ange gardien et elle, elle est visible! Avant Charlebois, je criais en courant au marché Jean-Talon, à tue tête: » Je t’aime comme un fou, je t’aime comme un fou, ou,, ou,,ou… »

    Le soir, tard, tu rallumes la veilleuse près de ton lit et tu la regardes, sur sa photo, une dernière fois avant de sombrer dans les bras de Morphée. Ton coeur ne bat plus que pour elle, Micheline!

    Quoi faire, oui, pour lui prouver ton amour à la vie à la mort?

    Demain, c’est la Saint Valentin, tu dois lui offrir un cadeau.

    Tu n’es pas riche. Tu as caché, dans une boite de métal noire, ta fortune. Toute ta fortune: tu comptes tes sous. Il y a le pauvre magot d’un jeune écolier, vingt sous , cinquante, un dollar! Plusse cinquante, soixante sous …oh, ça fait deux dollars, il en reste un perdu, deux dollars et cinquante cents.

    Quoi acheter? Où aller. Chez madame Lafleur, fleuriste?

    Des roses, des lys, des oeillets? Non, pas de fleurs, ma mère est une amie de la fleuriste et par ici tout se sait, tout se répète.

    Le cadeau de Valentin doit rester un secret.

    Je l’ai! Il y a un Laura Secord, au coin de la rue Bélanger. Juste en face du cinéma Château. C’est décidé.

    C’est fait. Il a fallu faire vite. La gêne. La vendeuse et son petit sourire en coin. Comme si on ne pouvait pas être amoureux à douze ans! Niaiseuse!

    Retour à la maison. Ruiné mais le coeur en fête. En fête de la Saint-Valentin!

    Où cacher mon témoignage de grand amour, à la vie, à la mort?

    Où?

    Misère. J’ai un frère fouineur. Pas dans ma chambre. L’odeur du chocolat, Raynald, mon petit frère, la détecterait dans le fond d’un coffre-fort.

    Où dans la maison? Mes cinq soeurs reniflent partout, danger!

    Et il y a ma sainte mère, la « Germaine-au-petit-doigt » qui devine tout, au nez long, au nez fin.

    Où? Où?

    Il est midi et demi. Le soleil fait reluire les clochers de Saint-Édouard, coin Beaubien, à en aveugler les yeux. Dehors, ce 13 février, il y a redoux. La neige fond un peu. Pété Légaré et Tit-Rouge cassent la glace du trottoir avec une barre de fer. La hâte de revoir le macadam?

    Mais il fait assez froid pour bien conserver ma boîte de chocolats Laura-Secord que j’ai enveloppée dans un sac de jute. Sous le balcon d’en avant, je creuse un trou, une cachette sûre!

    Vite, enfouir mon cadeau de valentin et puis aller marcher en sifflant, innocent, les mains dans les poches. Les poches vides!

    À l’école de la rue De Gaspé, le frère Foisy a retroussé sa soutane et joue au hockey-bottine dans le fond de la cour avec mes amis, Devault, Moineau et Malbeuf! Je m’y joins.

    Ma belle Micheline, dans la cour de l’école des filles en face, ne sait pas qu’elle aura, demain, une preuve d’amour chocolaté!

    Quatre heure, retour de l’école.

    Maman m’attend dans le boudoir! Oh, oh! Les mains sur les hanches, les yeux durs. Sur la table à café, il y a ma boîte de chocolats de Laura Secord. Que j’avais enveloppé de beau papier rose chipé dans un tiroir de Marielle, la grande sentimentale!

    Mon cadeau! Et maman qui répète:

    – » Qu’est-ce que c’est que ces folies? Qu’est-ce que c’est que ce carton découpé en coeur et ces mots: « Pour mon amour, Micheline! » Ton écriture, Claude! »

    Comment font les mères? Des antennes? Des yeux tout le tour de la tête? Le petit doigt c’est des niaiseries de bébé la la. Non. C’est clair, on m’a vu, sous le balcon, on m’a vendu. Je suis trahi.

    -« Es-tu malade? Es-tu devenu fou? À ton âge? Le nombril même pas sec, et

    Monsieur gaspille son argent de servant de messe, pour les petites filles! »

    Je ne sais plus quoi dire, où me mettre. Je tente:

    – » Quoi, quoi? C’est mon argent à moi. J’ai b’en le droit d’en faire ce que je veux, non? On vit dans un pays libre. »

    Je reçois une taloche libre de la main libre de ma mère

    – » Arrive mon petit garçon, ensemble, on va aller chez Laura Secord. Tu vas exiger un remboursement., Voir si ca a du bons sens. »

    Ma mère a décroché son manteau d’hiver, en mouton rasé, et elle ajuste son chapeau, met ses gants. J’ai les oreilles rouges. La honte. Le dépit. Le dépit amoureux total.

    Au magasin, la serveuse ne sourit plus du tout. Ma mère a pris sa voix haute et implacable:

    – » Vous reconnaissez mon petit gars. oui?. Vous devriez avoir honte. Vendre une boîte de chocolats de luxe à un enfant. Vite, remettez-lui son argent et reprenez votre chocolat, vite mademoiselle, sinon je vous dénoncerai à votre patron, moi. »

    Je voudrais rentrer dans le plancher de la boutique. Je suis humilié. La Saint-Valentin est la fête de tous les amoureux, peu importe leur âge, il me semble.

    Retour en vitesse à la maison.

    Aux affiches du Château, Rita Hayworth, les lèvres rouge sang, la poitrine offerte, dans une robe boléro écourtichée, semble rire de moi, me narguer. Sur un autre placard, Errol Flynn dans les cordages d’un mat, brandit son sabre de pirate, semble me défier.

    Je jette un regard au dessus des salons de l’entrepreneur en frais mortuaires, chez Micheline. C’est curieux, il n’y a plus de rideaux aux fenêtres et sa mère est grimpée dans un escabeau, torchon à la main. Le ménage du printemps en février, la veille de la Saint-Valentin? Je me dis que ma mère est jalouse. C’est la vérité. Elle croit que je suis son objet, son bien, que je lui appartiens. Je n’ai pas le droit d’aimer une autre femme qu’elle. Les mères sont toutes comme ça. Une prison! Ma belle Micheline ne m’apparaît pas. Monsieur Turcotte, l’air toujours sombre, gratte son tapis de coco dans l’escalier de ses salons funèbres. Micheline ne me verra pas rentrer la queue entre les jambes.

    Ne verra donc pas défiler la honte et sa marâtre de mère!

    Ce soir-là, après le souper, en apéritif, le sermon de maman comme potage amer. Les sarcasmes de mes soeurs, de Marcelle et Nicole surtout, en digestif. Les remarques ironiques de Raynald comme dessert!

    Après le souper, je suis allé dans le hangar et j’ai choisi un bibelot chinois dans les vieilles armoires de mon père quand il était importateur de bébelles chinoises, avant qu’il ouvre son restaurant du sous-sol.

    Micheline aura son cadeau. Une jolie princesse au parasol, en jade.

    J’enveloppe mon valentin dans du papier de soie, bleu, de Lucille, pendant que mon petit frère joue avec mon bel avion « spitfire » de papier et balsa que je viens de lui donné , je lui ai fait faire un serment. Il a craché derrière chaque épaule et a fait un signe de croix.

    Ma statuette de jade attend la saint Valentin sur la tablette du haut du placard de notre chambre. Je peux dormir en rêvant à mon amour aux yeux si doux. En songe, nous marchions la main dans la main, dans un joli sentier de montagne, cent, mille sapions enneigés brillaient dans les collines. Un grand traîneau rouge nous attendait et, dedans, il y avait des tas de belles boites de chocolat en forme de coeurs rouges.

    Enfin, le 14 février. Le même beau soleil qu’hier.

    Je sors mon cadeau. J’ai avalé mon dîner en vitesse, les bonnes saucisses de la belle fermière, des cornichons en masse, des « pétates » pillées et mon régal, un pudding chômeur bien sucré…je file vers mon grand amour, mon cadeau sous le bras.

    Devant son logement, je guette sa sortie, je dois faire vite, l’école dans quinze minutes. Je dois faire très vite. Elle sera folle de joie. Micheline ne sort pas!

    Mais non, il n’y a plus personne au logis d’en haut.

    Plus aucun rideau à leurs fenêtres.

    Que se passe-t-il, je sens qu’il se passe quelque chose…

    Il y a monsieur Turcotte qui n’en finit jamais de nettoyer ses tapis de coco.

    Il dit:

    -« Cherches-t-y quelqu’un mon petit bonhomme?

    Je dis:

     » Euh, oui, Micheline…On dirait qu’ils sont tous partis, non? »

    Il me dit:

    -« Oui, partis, déménagés! En pleine nuit, comme des voleurs.

    Je fais, le coeur brisé:

    – » Où, où sont-ils partis, le savez-vous?

    Il grogne:

    – » Comment je peux le savoir mon garçon? Si tu les revois, tu me le dis, ils ont pas payé mon loyer du mois! »

    Le coeur me fait mal.

    J’ai fourré ma statuette de jade dans mon « windbraker ».

    J’ai pleuré en marchant jusqu’à l’école.

    Rue de Gaspé, j’ai sorti mon canif et j’ai gravé nos initiales dans l’écorce du vieux chêne vis à vis le magasin de bonbons de la « p’tite vieille Forgette.

    Et je n’ai jamais revu Micheline.

    L’automne dernier, j’ai voulu revoir le vieux chêne rue de Gaspé.

    Une p’tite Forgette, vieillie, m' »a dit: » Oui, coupé le vieux chêne. Paraît qu’il était malade et trop vieux pour guérir! »

    Ça m’a fait quelque chose!

    Ce matin, quelque part, une femme de soixante dix ans, comme moi, m’écoute peut-être. Elle se nomme Micheline et je lui dis: » Micheline? Micheline? Bonne Saint Valentin! J’espère que tu es heureuse, que tu as eu une belle et bonne vie comme moi. Si tu es seule, s’il est parti, bonne fête quand même! Va t’acheter du chocolat dans une jolie boîte rouge, en forme de coeur.

    14 février 2001
    pour CKAC

    Claude Jasmin

    p.s. Pour une quarantaine de récits de cette veine, lire « ENFANT DE VILLERAY » paru chez Lanctôt éditeur.

    Communiqué de lancement au Québec de Pleure pas Germaine (le Film)

    (communiqué, sans embargo)

     » PLEURE PAS GERMAINE  »
    SUR SIX ÉCRANS QUÉBÉCOIS !

    Les cinéphiles d’ici vont voir sur grand écran une histoire lue par des dizaines et des dizaines de milliers de lecteurs du roman de Claude Jasmin,  » Pleure pas Germaine « . Deux Belges en ont tiré un film, conservant fidèlement l’intrigue du road tory familial de Jasmin. Le film a remporté le Prix des critiques au festival du film de GAND (Belgique) et le Prix du public au festival de Mannheim-Heidelberg (Allemagne), en fin d’année.

    Le récit d’un ouvrier en chômage (Vilvoorde non plus Montréal Nord) inconsolable et culpabilisé, veut venger la mort de son aînée, Rolande, trouvée morte sous leur  » métropolitain  » (non plus sous les viaducs de Rosemont).

    L’assassin présumé serait planqué dans un village à touristes aux frontières de l’Espagne catalane (non plus à Percé). La Germaine du film vient de là (non plus de la Gaspésie) et souhaite se rapatrier. Cela tombe bien pour le chômeur ivrogne, Gilles, qui veut éliminer à jamais de la surface de la terre le tueur de sa fille. Il a caché un poignard dans ses bagages !

    Gilles Bédard part donc à l’aube avec Germaine et les quatre enfants, dans une sorte de  » minibus déglingué. Le long trajet pour venger, pour tuer, forme la trame du film. Ce père  » indigne  » en sortira complètement transformé découvrant enfin ses enfants et l’amour inconditionnel de sa Germaine.

    L’acteur belge, Dirk Roofthooft (du Flamand qui veut dire  » chef voleur ! « ) incarne ce Gilles Bédard révolté et a remporté le Prix du  » Meilleur acteur  » au  » Festival du film international  » à Fort Lauderdale. Germaine est jouée par Rosa Renom. Van Beuren avait songé à Daniel Auteuil et à la célèbre Victoria Abril (  » Pour l’amour de ma mère « , d’Almodovar). D’accord avec son co-scénariste et réalisateur Alain de Halleux, ils optèrent pour davantage de crédibilité. Rosa Renom y est merveilleuse de vérité en femme qui aime son homme  » malgré tout « . Murielle, l’adolescente révoltée contre le père, est incarnée par Cathy Grosjean, et Albert le débrouillard, par Benoît Skalka.

    Le directeur photo est nul autre que Philippe Guilbert, reconnu avec  » Les convois attendent « .  » Pleure pas  » est un film de la bonne race belge : celle des  » Rosa « ,  » Toto le héros « ,  » La vie en rose « .

    Anecdote : Jasmin voudrait bien que s’identifie cette libraire d’aéroport, à Mirabel, pour la remercier d’avoir recommander au producteur Van Beuren, (Aligator-film) rentrant de Gaspésie, de lire son  » Pleure pas Germaine « . Le roman, réimprimé en livre de poche (Typo éditeur), vient d’être réinstallé chez tous nos libraires. Jasmin doit à cette anonyme  » collaboratrice  » mille mercis !

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    LE MYSTÈRE TRUDEAU

    En tant qu’adversaire idéologique j’ai voulu attendre l’enterrement de Trudeau (ce que « l’espion alternatif » Claude Morin aurait pu faire, lui aussi) avant de publier mon sentiment sur le « grand homme » des Chrétien, Lalonde, Joyal et Cie. Il s’agit d’une question de bienséance élémentaire face à ses proches en deuil. Jeune auteur, je le croisais souvent (festivals de cinéma des Juneau-Demers, ciné-clubs, lancements et vernissages), plus régulièrement aux formidables séances publiques (1958-1963) de l’ICAP (Institut canadien d’affaires publiques). Il était un richard gauchiste (ça existe!), dandy engagé (ça existe!), indépendant, séduisant. Le regard farouche qu’il nous lança (comme son ami Sauvé et d’autres fédéralistes) quand, dans les salles d’hôtels des Laurentides, nous proclamions, indépendantistes infiltrés, qu’il fallait changer le sigle de l’ICAP par IQAP, Institut québécois des affaires publiques.
    Plus tard, grèviste de Radio-Canada,1958-59, j’ai côtoyé et j’ai vu un Jean Marchand, ami de Trudeau, intelligent tribun, à peine inquiet quand il vit René Lévesque se muer en nationaliste. Plus tard encore, travaillant sous la direction de Gérard Pelletier à La Presse (1961-1966), je voyais un patron pas trop nerveux face à la montée de l’indépendantisme de quelques uns de ses collaborateurs. Des observateurs mieux informés nous expliqueront-ils clairement d’où pouvait bien venir la méfiance viscérale, dès 1963, de Trudeau, cette haine qui relevait de la passion (dont il disait pourtant tant se méfier), d’un patriotisme pourtant progressiste, gauchiste même, qui n’avait rien à voir pourtant avec le vieux nationalisme cléricaliste et obscurantiste du duplessisme moribond. Ces trois brillants esprits (Marchand, Pelletier, Trudeau) auraient pu donner un sérieux coup de main au nouveau et jeune nationalisme aux couleurs de la sociale-démocratie, tendance pourtant appréciée chez Trudeau.
    Aujourd’hui, nous savons que Trudeau, en jeune nationaliste, fit campagne, au début de la guerre de ’39-’45, contre l’appel aux armes fédéraliste, impérialiste et monarchiste du temps de la « ‘Conscription », que Trudeau était à la même tribune, par exemple, qu’un ex-confrère du collège Brébeuf, Michel Chartrand. Nous avons aussi appris qu’il soutenait les ouvriers québécois en grève, qu’il en appelait même à la révolte armée et qu’il se fit calmer et gronder par le chef syndical Jean Marchand.
    Quand Duplessis meurt à l’automne de 1959, quand Jean Lesage s’installe à la formidable roue de la révolution « tranquille », Trudeau au lieu de s’y joindre, au moins d’applaudir ces changements qu’il avait tant souhaités, parle soudainement de s’y opposer, d’y faire « contrepoids ». Mais pourquoi donc? Quel contrepoids? Contrepoids à quoi? Contre quoi au juste? Ah oui, un mystère opaque!

    TRUDEAU EN CHEF NATIONALISTE QUÉBÉCOIS?
    Désemparé, René Lévesque, en 1980, commit la bourde de faire une méchante et mesquine allusion à sa mère Grace Elliott. C’était un peu court, gros, et montrait la peur de Trudeau, sentiment prémonitoire puisque, oui, Trudeau gagna sur Lévesque en 1980. Indubitablement. Mais le mystère reste entier. On a donc le droit d’imaginer un Trudeau virulent réformiste qui aurait accepté naturellement de batailler pour la modernisation, voire pour l’indépendance nationale. Lui qui applaudissait, dans son « Cité libre », l’Algérie algérienne et une patrie pour les Israéliens. en ce temps-là! Un Trudeau que Jean Lesage aurait réussi à enrôler à ses côtés.
    Est-il inimaginable de songer à un Trudeau devenant, un jour, chef du nouveau nationalisme québécois? Pourquoi pas? Qu’est-ce que c’est que « sa » théorie de « faire contrepoids »? Une improvisation vaseuse, peu crédible, non? Ca ne tient pas debout. « Les circonstances, il le disait, font un destin ». Il aurait donc pu dire « oui » au formidable mouvement libéral québécois, étant un héritier naturel des penseurs libéraux d’ici, Nadeau et Lapalme. Trudeau aurait pu devenir par la suite un leader souverainiste décidé, plus agressif, plus habile aussi, et, osons le dire, plus « victorieux » que René Lévesque, calculateur velléitaire, pusillanime souvent, soupeseur de risques, fabriquant de questions référendaires ambiguës, à l’occasion. Mais trêve de supputations et reparlons du « mystère Trudeau ». Car, « cages à homard » ou question alambiquée à un référendum, ces « astuces » font surtout voir le désir de s’accrocher au pouvoir, coûte que coûte.
    Donc les « circonstances » ayant propulsé Trudeau ‹après de longues hésitations de sa part, confesse-t-il‹ en chef politique fédéraliste, il va constater qu’il y est fort bien installé pour poursuivre son étrange ‹et haineux‹ combat contre les nouveaux nationalistes québécois. Trudeau, mauvaise conscience?, va tenter d’imposer à toute la fédération le bilinguisme officiel. Se venge-t-il en somme d’un racisme « outre-outaouais » qu’il a constaté et vécu plus tôt quand il y était grand commis? Ce Trudeau annonce aux Québécois valseurs, timorés, archiprudents (pour des raisons culturelles et politiques bien connues), oui, il annonce, promet aux nationalistes prudents que « son » Canada va changer, se transformer: »nouis meetons nos szièges en jkeu là-dessus! Pourtant son initiateur de jadis, Marchand, lui, a fini par fuir Ottawa écoeuré par la francophobie. Enfin lucide, Marchand constate l’incorrigible francophobie du ROC, lors de la lutte pour le français chez « Les gens de l’air ».
    On sait la suite, sont arrivés la vague bleue, l’affairiste Brian Mulroney et son alliance avec le René Lévesque du « beau risque » et « le retour dans l’honneur » bouchardien, ce qui transformera Trudeau en vieillard précoce, rongeant un os amer, demi retraité, veilleur entêté, saboteur de deux projets d’entente (dont Meech). Bref, l’idéaliste du pays aux cent ethnies, l’équarrisseur aveuglé ‹ »il n’y a pas de nation québécoise », ce n’est qu’une « tribu »‹ s’enfermera dans son utopie pendant que les partis indépendantistes (Parti Québécois ici et Bloc à Ottawa) se feront élire par une majorité des nôtres. L’échec de son rêve est total! N’empêche, il reste le mystère-Trudeau, celui du rédacteur de 1963 à Cité libre: « Adonques que je me rase quand j’entends l’engeance nationaliste », celui de « Genoux tremblants, coeurs saignants… just watch me! » de 1970.

    DÉDOUBLEMENT DE PERSONNALITÉ?
    Résumons: un Québécois d’Outremont, fils de millionnaire, orphelin de père jeune, voyageur indépendant de fortune, à la fois séducteur et solitaire sauvage à la haute scolarité, fainéant intelligent et parfois bûcheur, timide et arrogant à la fois, pingre et généreux à la fois, playboy longtemps et puis époux-sur-le-tard, chef politique et par conséquent vieux « papa manquant », a été nationaliste ardent d’abord puis anti-duplessiste comme tous les nationalistes de gauche et finira, en octobre 1970, comme instigateur de rumeur ‹ »une insurrection appréhendée » folichonne‹ et emprisonneur de centaines et de centaines de pacifistes gauchistes en accord avec les excités (face au parti municipal populiste naissant, le FRAP) Côté-Saulnier-Drapeau, L’action noire d’un Trudeau déboussolé par la « persistance » indépendantiste? Ce Trudeau, ancien dissident d’ici, délinquant de classe, emprisonné en Palestine, lui qui se mu en super police répressive? Ah oui, il y a un mystère-Trudeau!
    Dans l’excellente série télévisée du réalisateur Pierre Castonguay et du questionneur J.-F. Lépine (que l’on rediffuse), Trudeau se désole de son rôle de « bouffon », de « pitre » (ses propres mots), il parle carrément d’un dédoublement de personnalité. Il avoue ingénument qu’il s’observait, quasiment incrédule, en matamore à pirouettes. Il nous signale donc deux personnages, l’un en naturaliste nostalgique et l’autre en politicien cabotin. Trudeau nous le dit: « je jouais comme un personnage », « je ne me reconnaissais pas ». Hélas, ce « double », aquinesque, malfaisant, retardait la naissance officielle (car il existe en réalité) d’un pays pour les Québécois.
    C’est le docteur Jeckill et Mr. Hyde! Cette schizophrénie, (doublé à l’occasion d’un paranoïde) avouée devant la caméra quelques années avant sa mort démontre une névrose indiscutablement. Une psychose, diront ses pires adversaires. Trudeau devait savoir, intelligent comme il l’était, qu’il servait de « lieutenant émérite » du Canada anglophone, sauce Louis – Hyppolite LaFontaine, sauce Georges-Étienne Cartier, sauce Ernest Lapointe, sauce Louis-Stephen Saint-Laurent. Comme Ottawa a su en tolérer avant et depuis 1867. Alors, le mercenaire, le serviteur du statu quo, pour compenser, pour pouvoir se regarder dans le miroir, a pu brasser certaines cages d’intolérance anglophobe. Ainsi l’ex-jeune adversaire nationaliste et syndicaliste a réussi tout de même à faire de la rénovation, du « ravalement » de façades du côté d’Ottawa.
    Si Jean Lesage (en 1960) n’avait pas eu tant peur du formidable populiste Jean Marchand, ce dernier y aurait sans doute entraîné Trudeau et Pelletier, si Lesage ne s’était pas contenté d’inviter seulement le communicateur-vedette du petit écran, René Lévesque ‹indépendantiste timoré et frileux‹, rien de tout ce cauchemar furieusement fédéraliste ne serait advenu. Au delà des hagiographes récents, inévitables, un psycho- historien, écrira-t-il, ici, à son tour, sur le « mystère-Trudeau », afin de dépasser mes intuitions? Je le souhaite.

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