UN-JAR-DIN-EX-TRA-OR-DI-NAI-RE ( chanson de Trenet)

C’est une géniale chanson que ce « jardin », un air si enjoué, que je turlutais il y a peu en regardant du balcon, mon jardin. Jardin ? Tout petit domaine, enfin libéré vraiment de l’hiver. On a besoin de pas grand chose au fond pour un peu du bonheur. J’ai eu l’envie subite d’aller inspecter mon « petit arpent du bon Dieu » (bon roman d’Erskine Caldwell). Bien petit jardin, terrain banal au fond, mais, mes voisins confirmeraient : petits lots qui font notre joie !

Depuis des décennies que je m’y frotte, que je redresse ceci ou cela, que je dégage un arbre nain ou que je déménage au soleil un bosquet contrarié. En y arrivant —juin 1973— il n’y avait dessus qu’un érable au pied de la galerie. Un mini prunier, bizarrement stérile après sa floraison; aussi très un vieux pommier à mi-côte. Sur la berge, deux vieux saules (pas pleureurs du tout). J’y descend : tout de suite le cher lot de lilas et devoir émonder, éliminer les parties comme tombées au sol depuis une certaine tempête. Ensuite éclaircir cet « arbres à bleuets » dont le nom m’échappe toujours et qui nous est une volière fantastique, la mangeoire appréciée d’oiseaux divers.

Aller marcher à gauche et craindre la pousse rapide des cèdres, songer à un barbier drastique. Et puis marcher vers le fantôme du beau bouleau, hélas, tombé malade, puis admirer le sorbier pétant de santé et marcher sous la mini sapinière —mini-épinettière— du milieu du jardin. Mini-boisé de haut et sombre bouquet éclairé d’érables —si colorés en octobre ! Voir des flèches, des clochers, nichoirs de geais bleus. Aussi hélas de criardes corneilles ces temps-ci ! Revoir en pensée notre si vieux pommier (Claude-Henri Grignon, gamin, y grimpait) tombé raide mort l’an dernier ? Revoir aussi toute cette zone du jardin mis en jachère de force, par ordre de la municipalité. À « fin écologique » ? Y planter quoi ? Des « sauvageries », consulter un jardinier expert, mon neveu Sylvain V. l’expert  de Saintt Eustache ?

Dans les haies du bord de l’eau, revoir de ces jeunes érables camouflés sous le myrics baumier. Arracher ? Craindre le lac bientôt caché à notre vue ? Oui. N’oublier jamais —à chaque printemps— d’étêter tous ces chèvrefeuilles, un lierre connu, utile et commun—aux baies jolies à l’automne. Une vulgaire végétation synonyme de « clôture », de « barrière ».

Je passe à l’autre coté de notre modeste jardin et c’est soudain forêt avec tous mes sapins plantés en 1973, devenus des géants. Une joie des yeux et ma fierté candide. Ces arbrisseaux, nains résineux, arrachés au domaine public. À présent des « pattes d’éléphants » gigantesques ! Aussi des fournisseurs d’ombres —appréciés durant les canicules.

Par ici, sous ces pachydermes, c’est « adieu pelouses » ! C’est devenu un tapis acide de mini épingles et aiguilles. Entre ces colonnes de gris, tronc en colonnes naturalistes, sont apparus de grasses jolies fougères. Qui font accroire à un coin de forêt ! Bon : examen ici, d’un rocher tout moussu, là, de quelques roches veinés. Immobiles monuments anonymes, symboles de nos ingrates terres-à-cailloux, de nos Laurentides. Pour finir, examen des parterres. À cueillir, de gros sacs au bord du chemin. « Fin du ramassage » des cadavres moches : branches tombées, feuilles mortes oubliées, cartons, bouts de papier ou de toile. Restes effilochés de plastique, canettes jetées, le jeune vaillant Jean-François a collaboré et voici donc un jardin, oui bonhomme Trenet : extraordinaire. Jardin banal pour le passant mais c’est le nôtre, alors il n’est pas ordinaire. Anciens citadins, nous voilà fiers comme Artaban, heureux, comblés… pour un simple « carré » de nature, pas beaucoup plus grand qu’une placette, qu’un square en centre-ville… mais qui nous paraît bien vaste, si vaste !

L’ EXISTENENCE….

 

Ne

Essayons de rester attentif à ce qui nous entoure. Ne pas se laisser distraire de l’essentiel, fait de petites réalités réconfortantes sans qu’on le sache assez bien. Ne pas s’encombrer par les menus tracas ordinaires. Ai-je le droit de philosopher et de conseiller ? Malgré le réel parfois triste —ouvrez un journal.

Garder raison face aux  contradictions incessantes de l’existence. Tenez, store levé tôt, voir par ma fenêtre de chambre le soleil du matin. Une chaleur traverse ma vitre. J’ai l’Astre en pleine gueule, apercevoir un écureuil jouant le sans-filiste coureur sur une ligne de l’Hydro !

Bientôt toute la nature va revivre ! Bon, debout ! Remiser mes bottes, aller « en souliers »,  à mon cher Le Calumet pour ma triste dose d’actualités. Toxique ? Les Syriens mitraillés. La  Chine et la Russie avertissent l’Onu : « Pas touche! » Despote Assad protégé dans quels intérêts ? Ne plus lire sur le monde en chamailles ? Devoir civique, rester bien informé.

Ma petite vie encombrée de meurtres, vols, viols, gabegies, corruption. Ce sinistre « régime-Harper » qui s’avance avec

  1. jeunes délinquants à enfermer prisons,« écoles du crime ».
  2. sus à l’avortement libre,
  3. sus aux homosexuels demandeurs de statut-de-couple »,
  4. fin de « vie privée », polices fouillez les messages du web-net. Vive Big brother ! Etc.

Lire qu’un soldat étatsunien, un sergent, un vétéran de l’Irak, se change en « serial killer » au nord de Kandahar

Lire un Aubin (du Journal de Montréal), publiant « Quoi, la gabegie, la corruption politico-québécoise de nos politiciens ? Assez de notre maladif  besoin d’éthique. De morale. » Eh b’in, mon Aubin ? Conscience ramollie ?

Poison maudit les nouvelles dans ma quiète existence laurentidienne. Je reste un indigné ! C’est notre honneur cette faculté de « s’indigner ». Attention, garder l’autre axe d’une existence saine : la faculté de « s’émerveiller. » Par exemple, admirer par les vitres-de-serres, à ma piscine de L’Excelsior, tous ces sapins. Élégants clochers verts, cônes épointés sur un ciel lumineux. Rue Valiquette, apprécier ce postier à queue de cheval toute grise, qui nous sert avec un zèle souriant. Rencontrer ce jeune habile jobber, Jean-François, si content de  dénicher un emploi stable —en « portes et fenêtres », observer cette jeune étudiante à l’École hôtelière, ses beaux yeux clairs, qui me conseille volontiers sur un choix de leurs plats préparés.

Facile d’aimer la vie ? Oui. Lire qu’à l’université Laval des neurologues avec des physiciens— sont à veille de trouver des manières  —fibre optique, laser, cellules-souches— de soigner et prévenir aussi— le maudit trio : Dépressions, Parkinson, Alzheimer ! Espoir pour les aînés, dont je suis ! Vie belle ? Souvent si vous possédez un tempérament un peu optimiste. Le sinistré  —qui est un indigné désespéré— grognera toujours : « NO FUTURE ! » Laissons mariner dans leur fiel tous ces chevaliers-à-la-triste-figure (Cervantès) Faux : « L’avenir tout en rose », faux « l’avenir tout en noir ». Vrai qu’il y a des « percées de soleil » : rue Richer, une femme rieuse pousse un carrosse où babille un poupon, bien  vu son visage épanoui. Rue Beauchamp, un gamin rigole des cabrioles de son chien. Rue Archambault, une belle vieille guette son petit chat fou, me salue, conducteur qui fait un détour. Rue Grignon, comédie de voir ce joli racoon s’évertuant à ouvrir un bac noir.

Déjà, un peu d’eau sur le lac et l’apparition de bouts de gazon au parc Patry, au parc Grignon, aux alentours du parc-amphithéâtre. Aussi dans mon allée ! Merci, vie belle !

 

CHATS, AIGLES ET TÉLÉ À TREMBLANT

Me voilà, fin d’un jour, soleil timide et bas, en chemin pour l’Excelsior de l’obligeant Jacques Allard, sa baignoire d’eau « au brome », chauffée… bon, rue Henri-Dunant puis rue Archambault, juste avant de descendre vers le magasin de fer Théoret du Boulevard, à ce carrefour, un chat ! Puis deux, puis trois ! Diable, c’est le spot aux félins ma foi. Je ralentis et cherche des yeux la mère-Michelle de la comptine ! Quoi cela ? Tant de minous en ce secteur ? L’Hallow’een d’avance ! Rue Beauchamp, revenant de ma chère « École-des-p’tits-chefs » je vois souvent le vrai chat. Le simple chat. Celui de nos manuels scolaires de première année à l’image « chat ». Le blanc. Le banal. Ses taches noires aux pattes, au cou, sur la tête. Classique, universel chaton banal comme anonyme. Je le regarde gambader dans les parterres, autour des maisons. Le mage de l’innocence, de l’insouciance aussi car je sais qu’un jour je le verrai écrasé mort en pleine rue.
Mon bain dehors. Je fais la planche et nage « mode renverse ». Dernières saucettes en plein air, je le crains car les haies de l’Excelsior s’assombrissent. Cèdres ou sapins. J’aime, sur le dos dans l’eau, regarder le ciel  et que vois-je, très haut, un oiseau de proie ? Rapace laurentien, croix noire planante au firmament. Pygargue, urubu, crécerelle, effraie des clochers (mots appris à une expo récente là-haut). Non, illusion, je regarde mieux : serai-ce une simple libellule et bien plus proche de mon nez que je crois ? Non plus. Ah !, un vrombissement se fait entendre, c’était un petit avion venant du nord, de type cessna. Comme les aéroplanes de mon enfance, années 1930, traversant le ciel de Villeray. Gamin, rêver d’y monter un jour.
Le lendemain matin, départ pour Tremblant. On m’offre 30 minutes de télé communautaire sauce Cogeco. Raymonde et moi d’abord épatés par les abrupts paysages « au nord de notre nord ». Vives couleurs hissées partout, les Japonais sourient! Là-haut, on tourne en rond, pas d’affiches claires. On  ne verra pas ce neuf Casino où nous aurions risqué quelques « trente sous ». Tant pis. Roulons.  On m’attend dans le (désormais) « quartier » de Saint Jovite. Revoir au soleil d’octobre  la si jolie vivante rue-principale-de-magasins. À une extrémité, le centre culturel et de loisirs pour l’Interview. Hélas,  haute palissade et ruban jaune : Attention ! Travaux, danger ! Entrons. Local lumineux agréable. Rosette Pipar, animatrice accorte et qui écoute bien, c’est rare, m’offre le fauteuil de son confessionnal. Alerte causerie avec trois caméras comme témoins. Le jour de diffusion ? Pas encore fixé. Cette télé modeste est sans carcan aucun ! Bon. Terminé et je sors. Le soleil arrose une jolie cascade, un parc-amphithéâtre comme celui de Sainte-Adèle, à énormes pierres et gazon. Une colline et la rue animée saintjovitienne (sic) avec des allures de fête. ET pas de tIt-minou, nulle part ! Aucun. Même pas le blanc tacheté si banal…

Ville aux cent clochers?

Rentrant du nord, on voit la flèche argentée de Sainte-Madeleine d’Outremont. Soupire. Le sanctifiant où maman, «la belle Germaine de la rue Hutchison», dixit père, prit époux. «Le fils d’habitant de Laval», dixit mère. Puis, ce jour de 1925, ils allèrent «nocer» sur le Saint-Laurent, la «classique» croisière au Saguenay. Revenu, le jeune couple s’installait dans cette rue chantée par « Beau Dommage», Saint-Vallier.

Chaque clocher ramène chacun de nous, Montréalais de naissance, aux trois grands moments d’une vie. Naissance. Mariage. Mort. Sus aux souvenirs, on parle de démolir —ou de vendre en condos— les églises. Les unes après les autres, sauf les belles architectures patrimoniales.

Papa, fils et petit-fils de cultivateur de Laval-des-Rapides —quand il y avait là des rapides— n’était pas peu fier d’avoir fréquenté une Outremontaise. Cela même si sa Germaine était née rue Ropery à Pointe Saint-Charles d’un père gros boucher de la rue Centre. Ce grand-père, devenu agent d’immeubles, émigra donc au nord de cette chic banlieue.

Les jeunesses qui me lisent râlent moins face à ces démolitions d’églises. Souvent ils ne sont pas baptisés. Et souvent finiront en cendres dans une jolie urne à encastrer dans un crématorium. Cela sans cérémonie catholique. Pour eux, un clocher d’église qui tombe, bof!

Pour les gens de ma génération l’église c’est des tas d’évocations. D’abord des messes, parfois de grand apparat, de fastes cérémonies.

Sans oublier le cher sous-sol de l’église, lieu des bruyants bingos, des excitantes tombolas. Aussi du théâtre. Très chers mélodrames édifiants! Pour les enfants, le local pour d’épatantes séances de vues animées.

À Sainte-Madeleine ou chez moi, à Sainte-Cécile, l’église d’avant la télé —et les centres commerciaux, les jeux vidéos— c’était la place publique où commérer, échanger les nouvelles, potiner à propos des voisinages, apprendre des grands malheurs ou des petits bonheurs, cancans humiliants ou nouvelles de fierté.

Mon beauf, Jacques le retraité, s’amuse souvent à aller reluquer nos anciens bâtiments partout en ville. Ex-prof, il aime fureter, s’attache parfois à de ces guides pour mieux savoir sur un quartier un peu célèbre.

Ces guides de quartiers existent et pas seulement pour le riche Vieux-Montréal, mais aussi pour examiner Outremont ou le bien coté Plateau. Ou Hochelaga-Maisonneuve. J’ai envie parfois de tracer un plan pour mon cher Villeray et son marché Jean-Talon, la Petite-Italie, son parc Jarry.

Rue Rachel, à cette église Saint-Jean-Baptiste, celle du beauf, on ne risque pas le marteau démolisseur, car on y donne souvent des concerts, l’acoustique du lieu étant propice. L’autre jour, je me penche donc à mon balcon et je regarde encore le clocher voisin, Sainte-Madeleine, je pense à ma mère morte. À mon père disparu. Deux signatures pour une union conjugale qui allait durer bien plus qu’un demi-siècle. Ah, le temps!

Je viens d’apprendre qu’un autre tout jeune couple de mon entourage se fracturait. Un autre! Craindre pour l’épanouissement d’une enfant qui vient d’avoir un an. Puis me secouer, foin de morosité, tenter de me convaincre que les enfants de nos temps modernes s’adapteront. À tout. Tant le vouloir ce bonheur des enfants!

Je me pencherai encore un jour et il n’y aura plus de clocher? Une autre tour à condos à la place? Pas grave, le vieil homme. «Toute civilisation est mortelle», ai-je appris chez Valéry. N’empêche, j’aime bien, dans le ciel d’Outremont, ce clocher parmi d’autres dont celui de Saint-Viateur, altier, imposant lui, lieux si chargés de passé —on est train de ravaler le noble édifice— de le mettre au propre. C’est comme si on mettait au propre un ancien texte d’importance. Écrits de pierres. De pierres taillées, avenue Laurier, qui racontent des vies. Des gens peuvent y lire leurs vies. Ses petits et grands malheurs, ses petits et grands bonheurs advenus.

Le vendredi 3 mai 2002

Le vendredi 3 mai 2002

1-
Cochonnerie de cochonnerie : de la neige encore ! Un 3 mai ! Déprime chez Aile et chez moi itou. Consolation ? Montez tenir journal.
Ce matin, tôt, coup de fil de TVA pour que j’aille vociférer un peu à « Dans la mire » de Jocelyne Cazin. « Ou bien on vous expédie le micro-ondes de TVA », dit la recherchiste. Quoi ? Quel sujet ? Sa réponse : « Vous allez sauter :un conseiller municipal juif de Motréal-agrandie, veut que l’on sorte le crucifix catho des murs de l’hôtel de ville ! »
Silence. Elle attend. Elle guette son vociférateur de service. Je sais ce qu’elle veut entendre. Envie de rire. Je la fais languir un peu. Je dis pour l’écouter roucopuler : « Oh, oh ! C’est terrible cela. Non mais, on est chez nous. C’est une tradition à nous, un vieux symbole, nous somme majoritaire encore, oui ? Quoi, le kirpan, oui et le crucifix, non ? » Etc.
Elle roucopule en effet : « Alors, dit-ele , vous venez ou on y va ? » Mais, pas fou encore, je dis : « Non. Impossible. Pas le temps. Merci de l’invite mais on prépare un banquet ici, ma compagne voudra pas voir de camion Tva dans la place. Une autre fois ! » Elle s’incline déçue.
Oh, Aile est pesante ! Je retourne au lit. Chicane aussitôt, Aile très mécontente : « Je t’ai entendu mon sacripan, encore ma faute, encore moi en empêcheuse de tourner en rond. Lâche ! T’as pas honte ? Tu joue ce jeu-là trop souvent, avec tes sœurs, avec tes enfants, tes petits-fils. C’est injuste, dégueulasse ! »
Ma foi, elle a raison. Je me lamente : « Oh, amour, c’est vrai mais toi aussi, si tu veux, tu peux te servir de moi pour te défiler, te déprendre d’une situation embarrassante, un couple peut servir à cela, non ? Je serais d’accord. » Elle grogne de plus belle : « Non jamais je ferais cela, moi. J’assume courageusement mes choix, moi».
Changement de ton :« Tu as raison, c’est pas correcte. C’est lâche. C’est trop facile. Je suis une lavette. Pardonne-moi. Ça ne se reproduira plus. » Je me colle mais elle me repousse. Elle boude, se lève, va se laver, pas contente du tout. Refuse mes bonnes résolutions.
Eh maudit que la vie réelle est pas facile ! Maudite neige de mai ! On cherche un coupable à l’altercation conjugale, pauvre petit Cloclo ? Pas fier de moi. Je me fais la promesse de ne plus me servir d’elle, jamais plus . L’orage passera. J’avais dit aussi à cette rabatteuse de grandes gueules : « Écoutez, j’ai déjà semoncé durement l’isolement de nos juifs hassidim d’Outremont, si ce conseiller n’était pas un juif…je refuse de me faire cataloguer zélé antisémite. J’ai donné. Ça suffit. »
Plus tard, lisant mes gazettes, je songe que je n’ai jamais aimé ce symbole du christianisme, la potence de bois, un homme crucifié, sanguinolent, plaies à la tête, au côté, aux mains et aux pieds …Ouash! Le grand fait religieux (évangélique) est la résurrection, non ? C’est ce symbole qui aurait dû être mis de l’avant. Sans ce « est ressuscité des morts…est monté au ciel », Jésus n’est qu’un prophète — démiuge, thaumaturge— et un sage. Je déteste cette sinistre potence. À l’époque du Christ des milliers d’innocents (rebelles à Rome par exemple) mouyraient sur une croix.
Or comment illustrer la grande et merveilleuse nouvelle d’un fils de Dieu revenu à la vie ? Pas facile. Une silhouette humaine en lévitation ? Un revenu des enfers —voir le « est descendu aux enfers » du Crédo— flottant entre deux nuages ? On dirait que —comme pour les Juifs et les Musulmans— il aurait fallu interdire, (dès les prêches du grand zélote Paul) les images, les « représentations » du Chrit-Dieu. Vaste débat non ?
2-
Je suis allé voir ce « Dans la mire », encore un débat mal foutu hélas et bien bref, bien mal articulé avec quelques témoignages du populo sans images. Un bon propos, un seul brillant, sortait de la bouche de Tessier, historien vulgarisateur : « Devrait-on dévisser la grande croix sur le mont Royal ? » Oh ! Tout est dit.
Content, au fond, de n’avoir pas participé à cette émission.
D’autre part, malgré ma désolation du symbole choisi il y a si longtemps…dire tout de même ceci —sur cette question du déboulonnage de symboles antiques : quand, bientôt, nos églises seront sans aucun doute transformées en centres culturels ou sociaux (ou les deux), devra-t-on dévisser toutes les croix aux clochers de ces belles vieilles bâtisses ? Retirer les beaux vitraux des fenêtres ?
Une réalité : tout débutait avec la venue de grands Croyants, catholiques en ce pays tout neuf. Cette colonie commençait (comme avec les célèbres « Pilgrims » du Massachusett d’ailleurs) par cette foi chrétienne très active. On baptisa la cité naissante de « Ville-Marie », des prêtre (les Messieurs de Saint-Sulpice) veillaient sur elle. Il y eut des héros d’une piété étonnante, généreux à l’excès :le fondateur Sieur de Maisonneuve, les Jeanne Mance, Marguerite Bourgeois et tant d’autres.
C’est cela, indéniable, un héritage. Qu’il faut accepter. C’est aux nouvrau venus d’étudier notre histoire, de tout faire pour s’intégrer (émigrants ou jeunes athées) hein ?
À nous de tout faire certes pour les aider à s’intégrer ( leur évitant les ghettos nocifs qu’encouragent les suiveurs de Trudeau et les fervents de « chartes à droits individuels » qui « séparent » les citoyens. À eux de tout faire aussi pour cette intégration essentielle. Installé, moi, en pays étranger (musulman ou bouddhiste) je ferais tout pour m’intégrer (et vite, pour mes enfants avant tout). Je commencerais par étudier très sérieusement leur histoire, leurs racines — leurs commencements.
Et je respecterais ces sources.
Le grand « idéal des débuts » —on peut bien s’en moquer en 2002— en rire carrément, reste une réalité soci-politico-religieuse. On n’y peut rien.
Cela se nomme « notre » histoire. L’hymne national en témoigne, faudrait-il changer les mots des hymnes nationaux de tous les pays à mesure des progrès, des idéologies courantes ? Folie ! Ce catholicisme, c’est notre histoire, notre culture. Et foin des déracinements. Croyant ou non, pratiquant ou non, c’est l’héritage à assumer, nos sources, nos pieuses origines, pas vrai ? Qui ça dérange au fond ? Des laïcistes zélés, des énervés anti-spiritualité ?
Oh, nouveau coup de fil de TVA, à l‘instant ? C’est la vaillante Annabelle du 17h de Pierre Bruneau : « Tantôt, je vais contacter Isabelle Maréchal, dites-moi ‘abord votre sentiment à propos des crucifix qu’un échevin veut sortir des hôtels de ville ? »
Ah bin là ! La belle enceinte-Isabelle serait-elle pour les crucifiés aux murs publics ? Je verrai bien.
3-
Très ému l’autre jour ma belle Aile. Je rentrais de ce topo-hockey à TVA : « Oh Clo ! Tu m’as bouleversé. Je t’ai vu à l’écran, tantôt, agitant ton petit doigt pour ces deux enfants de Québec, en fin d’émission ? Tu n’as pas craint de passer pour un fou. C’était insolite et c’est magnifique, bravo ! J’ai été très ému, tu es un homme merveilleux ! »
C’est que je lui avais raconté : au Salon, dimanche, deux enfants, gentils et éveillés et leur papa me causaient de mes brèves prestations de polémiste chez Bruneau et je déclarai : « Les enfants, la prochaine fois, je vous ferai un signe, juste entre nous cela. J’agiterai mon petit doigt, ainsi vous saurez que je pense à vous deux. »
J’ai donc tenu parole en effet. Et Aile m’aime encore un peu plus pour cela. J’aurais dû lui rappeler cela au lit ce matin ! Fier, très fier…qu’elle m’aime et que je puisse l’émouvoir encore.
Tantôt, au lunch., la voilà qui me revient du bas-du-village avec un objet déniché :un joli beurrier en acier brillant. Ale toute contente de sa trouvaille. Je n’ai rien dit tout en constatant que ma manie de brocanteur déteint sur elle. Enfin !
C’est quoi « sin » village, « son » lieu familier ? Pas une mégapole nécessairement hein ? C’est d’avoir son barbier (les frères Lessard) à mi-côte. L’utile tabagiste aux magazines étrangers presque en face. Avoir son encadreur, pour me essai d’aquarelliste (quand c’est un peu réussi) un peu plus haut dans la rue Morin. Dans la commerciale petite rue Valiquette ? Ma « Caisse », une modeste boutique d’électronique, le précieux cordonnier, mon cher brocanteur, l’atelier de couture. C’est cela un village, de tout et pas trop loin. Les cinémas du pied de la côte. Des restaus à mon goût, la « pita » au poulet chez Denise, en haut, ou mon cher « Délices.. » rue du Chantecler. Le joli petit parc en face, au bord du lac, ses arbres variés. J’en passe et j’en oublie. Le coeur d’un lieu choisi, adopté, c’est cela. C’est chaud.
C’était un peu cela, en plus mince, quand nous vivions au 551 de la rue Cherrier à partir de 1978. En 1985, arrivant au « village » d’Outremont, vite je dénichais tous ces marchands de quartier et il y en avait, rue Van Horne, rue Bernard, rue Laurier, Avenue du Parc. Tout était là. Je n’aime pas beaucoup les gros centres commerciaux où on va avec sa voiture. Anonymat inhumain. Sans aucune convivialité. Pas de salut, jamais de bonjour, on ne vous connaît pas, vous ne les connaissez pas. Au fond, est-ce que je veux retrouver toujours la chaude paroisse, ce Villeray chaleureux de mon enfance, où, accompagnant ma mère, on nous saluait dans toutes les échoppes, rue Jean-Talon, rue Bélanger, au Marché Jean-Talon ? Peut-être bien.
Oh, Annabelle me revient ! Ça y est mais Isabelle-la-maréchale n’y sera pas, ce sera mini-débat avec la belle Saint-Germain, une féministe qui s’engueule tous les matins avec le Dutrizac, à CKAC. Le camion « micro-ondes » est en route. J’aurais pu m’y rendre ? Paresse maudite… deux heures de route… alors, j’ai dis : « Je l’attends. » Et ferai-je signe encore, du petit doigt, à mes deux gamins de Québec ? Oui.
4-
Chez Bernard Rapp, à Artv, hier soir —un peu perdue— visite de la comédienne Miou-Miou. Autodidacte, donc —comme c’est fréquent, me dit Aile— elle semblait affublée du « complexe de l’imposteur ». La célèbre comédienne ne fut pas trop habile à décortiquer les questions posées. Silences, hésitations, rires insolites, etc. Cependant c’était très franc, gravement réaliste. Elle a les deux pieds sur terre l’ex-ouvrière-tapissière —mal payée— de Paris qui fut sauvée de sa vie routinière par le gang-de-Coluche et leur fameux « Café de la gare », en 1967. Miou-Miou fut bien en dessous du merveilleux bavard Philippe Noiret —qui la précédait à cette nouvelle émission. Copie « singeant » habilement celle du Lipton de « L’Actors Studio », à Artv le… vendredi. Ce soir, justement, grande hâte de voir la suite de l’entretien avec ce clown étonnant, brillant, Robin Williams.
Souvenir : cette gentille Miou-Miou (venue ici pour le Festival du film) généreuse, modeste et enjouée à mon talk-show de TQS en 1986. Le contraire d’une pédante comme feu Marie Cardinal ou du prétentieux et froid Philippe Djian à cette même émission. Un vrai bon souvenir la Miou-Miou.
5-
J’ai terminé, au lit hier soir, le deuxième roman —« Chercher le vent »— de Vigneault jr. J’ai bien aimé. Ce Guillaume, fils du poète de Natasquan, a décidément un bon talent. S’il trouve, pour son prochain roman, un sujet bien fort, une intrigue bien solide, je pense bien qu’il sera un romancier québécois des plus importants. Il a le sens des images fortes, cela parfois dans une asthmosphère ténue, fragile,légère et il sait brosser énergiquement une situation loufoque et tragique à la fois. Sa courte fresque —en fin de bouquin, en Louisiane— du pauvre Noir, Derek, un marchand de hot-dog et crevettes —en banlieue de la Nouvelle Orléans— qui l’emploie, est extrêmement bien ficelée, vivante, imagée. J’y crois et j’aime qu’il y ait une relève prometteuse.
6-
J’écoutais Marcel Dubé ce matin à Cbf-fm. Une « reprise » je pense bien. Grève maudite ! Soudain, terrible, le fameux dramaturge déclare, presque solennel, qu’il a toujours été déçu par une seule et même chose, et il détache ses mots face à Michaële Jean : « L’inconscience et l’égoïsme des gens. »
Étrange cette catégorisation. J’ai toujours essayé de ne pas généraliser. Je sais bien qu’il y a des inconscients égoïstes mais « les gens » —qui ?, la nation, tout le peuple, l’univers ?— ce n’est pas un lot d’inconscient. J’ai toujours senti chez Marcel une sorte de lumière noire. La sombre lueur, dans son regard, du misanthrope. À nos rares rencontres, je devinais un homme comme accablé. Ne souriant pas souvent. Tempérament hérité bien entendu, ­inné, acquis, peu importe. En 12973, Dubé, appauvri tragiquement par des années de maladie, dut vendre tous ses droits d’auteur à son éditeur, feu Gérard Leméac. Une catastrophe à cette époque. Plus tard, l’on organisa (les racheteurs du Leméac en faillite ) une rupture de ce contrat effrayant, Dieu merci.
Dubé, lui, alla à l’université (en lettres). Il en dira : « J’ai vite vu que je n’apprenais rien de neuf par rapport au collège classique d’où je sortais et, pauvre, j’ai écrit une poésie-dramatique pour la radio et aussi ma première pièce de théâtre. » C’était sa courte « De l’autre côté du mur », sorte de « pratique » pour son célèbre « Zone ». Acclamé, il va continuer jusqu’à ce qu’un certain Michel Tremblay (1968) semble le détrôner dans la même veine du réalisme poétique.
Ce matin (mais enregistré quand ?), Marcel Dubé semblait comme à bot de souffle. S’exprimait lentement. Mauvais état de santé encore ? J’ai prié pour lui brièvement, à ma manière. Il fut d’une importance capitale pour nous illustrer et si longtemps.
7-
Mon jeune camarade Raymond Plante y va encore une fois d’une ode au hockey. Le virus du bleu-blanc-rouge le tient fermement et depuis son enfance dans Villeray. Nostalgique à souhait mon Raymond dans « La presse » ! Il écrit sur son jeune temps et il revoit des gamins en hockey bottines sur les trottoirs ces temps-ci vu les bons succès récents des Canadiens. Rêve-t-il ? Comment savoir ? Ma peur de savoir ces gamins bien assis devant des cassettes de jeux électroniques. Hélas ? La photo choisie par le quotidien montre Maurice Richard caressant la Stanley Cup. Hum, hum! Nostalgia, Raymond ?
Même page, Luc Picard, brillant comédien, ayant campé un De Lorimier —patriote pendu— renversant dans un film de Falardeau, fustige Lysiane Gagnon pour un récent article où elle ménageait l’Israël du Sharon militariste agressif, où elle déplorait surtout ces ados palestiniens fanatisés qui se transformaient en bombes, enfin où elle jetait des blâmes sur les « colonisés » plutôt que sur les « colonisateurs. » Habitude de fédérate ?
Bedang ! Le Picard cogne et frappe, sur quatre colonnes le Picard ne mâche pas ses mots. Pas piqué des vers son brulôt. Trop rares les artistes qui osent faire publier de tels propos engagés, hélas. La Gagnon semble un peu sonnée…rétorque timidement qu’elle a été mal lue, que Luc Picard déforme sa pensée. Et bla bla bla… Elle termine, méprisante envers, n’est-ce pas, un simple artiste : « …une réalité complexe que vous avez manifestement du mal à analyser. » Salope ! Picard a très bien compris :oui, il y a de trop jeunes kamikazes, oui, ils sont dangereux et… oui, les Israëliens, armés jusqu’aux dents, munis de machines de guerre sophistiquées, « occupent » leurs terres et leurs villes, et ils mènent au désespoir ces jeunes forcément désespérés. C’est très clair, non ? Pas complexe du tout pauvre conne !
8-
Encore une fois, pile de coupures de mes gazettes sous mon canard de bois dans la fenêtre. Je refuse, le plus souvent possible, d’y piger mes sujets du journal. Mais…hier, Daniel Lemay (cahier sports de La P.) a parlé de commentateurs choisis, engagés, payés par le club Canadien. Oh oh !Pierre Rinfret à CKAC, par exemple. Bergeron de Radio-Canada aussi. Eh b’en ! Je le savais mais je veux ramener la question, on ne le fait pas assez souvent. Quelle complaisance alors. Des mercenaires stipendiés par les proprios intéressé à posséder des commentateurs dociles. Quelle Horreur ! Grand H. Michel Blanchard fait le candide et exige que le CRTC (si mou !) exige que cela se sache en début d’émission. que l’on dise franchement : « Amateurs de sports-spectacle, ce que disent les Rinfret, Bergeron et Cie, c’est du « publi-reportage ». Quoi ? Comme font les jornaux quand ils impriment des articles-bidon. L’éthique à la « seurieuse » et publique société radio-can…c’est de la schnoutte ?

 » DU JADE ET DU CHOCOLAT »

  • écoutez ce conte
  • Comme chante Claude Dubois: »J’étais amoureux… »!

    On sait ce que c’est , même jeune, même au premier grand amour, à l’amour fou. Fou, fou, fou!

    L’adage le dit: on en voit plus clair. Et Édith Piaf chantait: « sans amour, on est rien du tout, rien du tout… »

    C’était la veille de la Saint Valentin.On pavoisait des petits coeurs, des petits coeurs rouges, partout, partout, partout!

    Chante Beausoleil-Broussard: « Les petits coeur, les petits coeur, les petits coeurs d’amour! »

    J’aimais Micheline. Une fille unique. Celle qui danse le mieux à la corde à danser! Elle habitait à quatre maisons de chez moi. Dans un deuxième étage. Ils sont pas riches et Micheline est mal habillée mais, c’est drôle, tout le monde le dit: elle est la plus belle de la rue!

    J’aurais dû me méfier, y voir un funeste présage: Micheline habitait juste au dessus de La Coopérative de frais funéraires.

    Oui. Juste au dessus du lugubre et sec et si sévère Monsieur Turcotte, le directeur austère des cortèges funèbres de la paroisse Sainte Cécile. Juste au dessus.

    Tu en es fou. Tu la trouves belle. La plus belle de ta rue, de ton quartier Villeray.

    Elle a de si beaux yeux. De si beaux et longs cheveux. Sa peau est si lumineuse. Tu lui trouves une bouche adorable. Des mains délicates, des jambes si fines, une traille de…de déesse!

    Micheline est parfaite. Elle est l’image de la beauté. L’Image de l’amour. Quand elle surgit au restaurant de mon père, tout le magasin s’illumine! Elle dit: « Je voudrais une « Orange crush » et un « May west » et on dirait qu’elle chante! Je l’aime.

    Quoi faire pour se l’attacher., Elle te fait les yeux doux chaque fois que tu la croises, elle te dit des mots doux, si doux. Elle t’adresse ses plus jolis sourires. Semble radieuse: elle t’aime elle aussi, c’est tellement évident. Elle t’a donné sa photo venue d’une machine à quatre photos pour dix sous dans un bric à brac de la rue Saint-Hubert.

    C’est ton icône. C’est une fée! C’est ma Cendrillon! Mon Alice au pays des merveilles! C’est mon bon ange gardien et elle, elle est visible! Avant Charlebois, je criais en courant au marché Jean-Talon, à tue tête: » Je t’aime comme un fou, je t’aime comme un fou, ou,, ou,,ou… »

    Le soir, tard, tu rallumes la veilleuse près de ton lit et tu la regardes, sur sa photo, une dernière fois avant de sombrer dans les bras de Morphée. Ton coeur ne bat plus que pour elle, Micheline!

    Quoi faire, oui, pour lui prouver ton amour à la vie à la mort?

    Demain, c’est la Saint Valentin, tu dois lui offrir un cadeau.

    Tu n’es pas riche. Tu as caché, dans une boite de métal noire, ta fortune. Toute ta fortune: tu comptes tes sous. Il y a le pauvre magot d’un jeune écolier, vingt sous , cinquante, un dollar! Plusse cinquante, soixante sous …oh, ça fait deux dollars, il en reste un perdu, deux dollars et cinquante cents.

    Quoi acheter? Où aller. Chez madame Lafleur, fleuriste?

    Des roses, des lys, des oeillets? Non, pas de fleurs, ma mère est une amie de la fleuriste et par ici tout se sait, tout se répète.

    Le cadeau de Valentin doit rester un secret.

    Je l’ai! Il y a un Laura Secord, au coin de la rue Bélanger. Juste en face du cinéma Château. C’est décidé.

    C’est fait. Il a fallu faire vite. La gêne. La vendeuse et son petit sourire en coin. Comme si on ne pouvait pas être amoureux à douze ans! Niaiseuse!

    Retour à la maison. Ruiné mais le coeur en fête. En fête de la Saint-Valentin!

    Où cacher mon témoignage de grand amour, à la vie, à la mort?

    Où?

    Misère. J’ai un frère fouineur. Pas dans ma chambre. L’odeur du chocolat, Raynald, mon petit frère, la détecterait dans le fond d’un coffre-fort.

    Où dans la maison? Mes cinq soeurs reniflent partout, danger!

    Et il y a ma sainte mère, la « Germaine-au-petit-doigt » qui devine tout, au nez long, au nez fin.

    Où? Où?

    Il est midi et demi. Le soleil fait reluire les clochers de Saint-Édouard, coin Beaubien, à en aveugler les yeux. Dehors, ce 13 février, il y a redoux. La neige fond un peu. Pété Légaré et Tit-Rouge cassent la glace du trottoir avec une barre de fer. La hâte de revoir le macadam?

    Mais il fait assez froid pour bien conserver ma boîte de chocolats Laura-Secord que j’ai enveloppée dans un sac de jute. Sous le balcon d’en avant, je creuse un trou, une cachette sûre!

    Vite, enfouir mon cadeau de valentin et puis aller marcher en sifflant, innocent, les mains dans les poches. Les poches vides!

    À l’école de la rue De Gaspé, le frère Foisy a retroussé sa soutane et joue au hockey-bottine dans le fond de la cour avec mes amis, Devault, Moineau et Malbeuf! Je m’y joins.

    Ma belle Micheline, dans la cour de l’école des filles en face, ne sait pas qu’elle aura, demain, une preuve d’amour chocolaté!

    Quatre heure, retour de l’école.

    Maman m’attend dans le boudoir! Oh, oh! Les mains sur les hanches, les yeux durs. Sur la table à café, il y a ma boîte de chocolats de Laura Secord. Que j’avais enveloppé de beau papier rose chipé dans un tiroir de Marielle, la grande sentimentale!

    Mon cadeau! Et maman qui répète:

    – » Qu’est-ce que c’est que ces folies? Qu’est-ce que c’est que ce carton découpé en coeur et ces mots: « Pour mon amour, Micheline! » Ton écriture, Claude! »

    Comment font les mères? Des antennes? Des yeux tout le tour de la tête? Le petit doigt c’est des niaiseries de bébé la la. Non. C’est clair, on m’a vu, sous le balcon, on m’a vendu. Je suis trahi.

    -« Es-tu malade? Es-tu devenu fou? À ton âge? Le nombril même pas sec, et

    Monsieur gaspille son argent de servant de messe, pour les petites filles! »

    Je ne sais plus quoi dire, où me mettre. Je tente:

    – » Quoi, quoi? C’est mon argent à moi. J’ai b’en le droit d’en faire ce que je veux, non? On vit dans un pays libre. »

    Je reçois une taloche libre de la main libre de ma mère

    – » Arrive mon petit garçon, ensemble, on va aller chez Laura Secord. Tu vas exiger un remboursement., Voir si ca a du bons sens. »

    Ma mère a décroché son manteau d’hiver, en mouton rasé, et elle ajuste son chapeau, met ses gants. J’ai les oreilles rouges. La honte. Le dépit. Le dépit amoureux total.

    Au magasin, la serveuse ne sourit plus du tout. Ma mère a pris sa voix haute et implacable:

    – » Vous reconnaissez mon petit gars. oui?. Vous devriez avoir honte. Vendre une boîte de chocolats de luxe à un enfant. Vite, remettez-lui son argent et reprenez votre chocolat, vite mademoiselle, sinon je vous dénoncerai à votre patron, moi. »

    Je voudrais rentrer dans le plancher de la boutique. Je suis humilié. La Saint-Valentin est la fête de tous les amoureux, peu importe leur âge, il me semble.

    Retour en vitesse à la maison.

    Aux affiches du Château, Rita Hayworth, les lèvres rouge sang, la poitrine offerte, dans une robe boléro écourtichée, semble rire de moi, me narguer. Sur un autre placard, Errol Flynn dans les cordages d’un mat, brandit son sabre de pirate, semble me défier.

    Je jette un regard au dessus des salons de l’entrepreneur en frais mortuaires, chez Micheline. C’est curieux, il n’y a plus de rideaux aux fenêtres et sa mère est grimpée dans un escabeau, torchon à la main. Le ménage du printemps en février, la veille de la Saint-Valentin? Je me dis que ma mère est jalouse. C’est la vérité. Elle croit que je suis son objet, son bien, que je lui appartiens. Je n’ai pas le droit d’aimer une autre femme qu’elle. Les mères sont toutes comme ça. Une prison! Ma belle Micheline ne m’apparaît pas. Monsieur Turcotte, l’air toujours sombre, gratte son tapis de coco dans l’escalier de ses salons funèbres. Micheline ne me verra pas rentrer la queue entre les jambes.

    Ne verra donc pas défiler la honte et sa marâtre de mère!

    Ce soir-là, après le souper, en apéritif, le sermon de maman comme potage amer. Les sarcasmes de mes soeurs, de Marcelle et Nicole surtout, en digestif. Les remarques ironiques de Raynald comme dessert!

    Après le souper, je suis allé dans le hangar et j’ai choisi un bibelot chinois dans les vieilles armoires de mon père quand il était importateur de bébelles chinoises, avant qu’il ouvre son restaurant du sous-sol.

    Micheline aura son cadeau. Une jolie princesse au parasol, en jade.

    J’enveloppe mon valentin dans du papier de soie, bleu, de Lucille, pendant que mon petit frère joue avec mon bel avion « spitfire » de papier et balsa que je viens de lui donné , je lui ai fait faire un serment. Il a craché derrière chaque épaule et a fait un signe de croix.

    Ma statuette de jade attend la saint Valentin sur la tablette du haut du placard de notre chambre. Je peux dormir en rêvant à mon amour aux yeux si doux. En songe, nous marchions la main dans la main, dans un joli sentier de montagne, cent, mille sapions enneigés brillaient dans les collines. Un grand traîneau rouge nous attendait et, dedans, il y avait des tas de belles boites de chocolat en forme de coeurs rouges.

    Enfin, le 14 février. Le même beau soleil qu’hier.

    Je sors mon cadeau. J’ai avalé mon dîner en vitesse, les bonnes saucisses de la belle fermière, des cornichons en masse, des « pétates » pillées et mon régal, un pudding chômeur bien sucré…je file vers mon grand amour, mon cadeau sous le bras.

    Devant son logement, je guette sa sortie, je dois faire vite, l’école dans quinze minutes. Je dois faire très vite. Elle sera folle de joie. Micheline ne sort pas!

    Mais non, il n’y a plus personne au logis d’en haut.

    Plus aucun rideau à leurs fenêtres.

    Que se passe-t-il, je sens qu’il se passe quelque chose…

    Il y a monsieur Turcotte qui n’en finit jamais de nettoyer ses tapis de coco.

    Il dit:

    -« Cherches-t-y quelqu’un mon petit bonhomme?

    Je dis:

     » Euh, oui, Micheline…On dirait qu’ils sont tous partis, non? »

    Il me dit:

    -« Oui, partis, déménagés! En pleine nuit, comme des voleurs.

    Je fais, le coeur brisé:

    – » Où, où sont-ils partis, le savez-vous?

    Il grogne:

    – » Comment je peux le savoir mon garçon? Si tu les revois, tu me le dis, ils ont pas payé mon loyer du mois! »

    Le coeur me fait mal.

    J’ai fourré ma statuette de jade dans mon « windbraker ».

    J’ai pleuré en marchant jusqu’à l’école.

    Rue de Gaspé, j’ai sorti mon canif et j’ai gravé nos initiales dans l’écorce du vieux chêne vis à vis le magasin de bonbons de la « p’tite vieille Forgette.

    Et je n’ai jamais revu Micheline.

    L’automne dernier, j’ai voulu revoir le vieux chêne rue de Gaspé.

    Une p’tite Forgette, vieillie, m' »a dit: » Oui, coupé le vieux chêne. Paraît qu’il était malade et trop vieux pour guérir! »

    Ça m’a fait quelque chose!

    Ce matin, quelque part, une femme de soixante dix ans, comme moi, m’écoute peut-être. Elle se nomme Micheline et je lui dis: » Micheline? Micheline? Bonne Saint Valentin! J’espère que tu es heureuse, que tu as eu une belle et bonne vie comme moi. Si tu es seule, s’il est parti, bonne fête quand même! Va t’acheter du chocolat dans une jolie boîte rouge, en forme de coeur.

    14 février 2001
    pour CKAC

    Claude Jasmin

    p.s. Pour une quarantaine de récits de cette veine, lire « ENFANT DE VILLERAY » paru chez Lanctôt éditeur.