Le vendredi 3 mai 2002

Le vendredi 3 mai 2002

1-
Cochonnerie de cochonnerie : de la neige encore ! Un 3 mai ! Déprime chez Aile et chez moi itou. Consolation ? Montez tenir journal.
Ce matin, tôt, coup de fil de TVA pour que j’aille vociférer un peu à « Dans la mire » de Jocelyne Cazin. « Ou bien on vous expédie le micro-ondes de TVA », dit la recherchiste. Quoi ? Quel sujet ? Sa réponse : « Vous allez sauter :un conseiller municipal juif de Motréal-agrandie, veut que l’on sorte le crucifix catho des murs de l’hôtel de ville ! »
Silence. Elle attend. Elle guette son vociférateur de service. Je sais ce qu’elle veut entendre. Envie de rire. Je la fais languir un peu. Je dis pour l’écouter roucopuler : « Oh, oh ! C’est terrible cela. Non mais, on est chez nous. C’est une tradition à nous, un vieux symbole, nous somme majoritaire encore, oui ? Quoi, le kirpan, oui et le crucifix, non ? » Etc.
Elle roucopule en effet : « Alors, dit-ele , vous venez ou on y va ? » Mais, pas fou encore, je dis : « Non. Impossible. Pas le temps. Merci de l’invite mais on prépare un banquet ici, ma compagne voudra pas voir de camion Tva dans la place. Une autre fois ! » Elle s’incline déçue.
Oh, Aile est pesante ! Je retourne au lit. Chicane aussitôt, Aile très mécontente : « Je t’ai entendu mon sacripan, encore ma faute, encore moi en empêcheuse de tourner en rond. Lâche ! T’as pas honte ? Tu joue ce jeu-là trop souvent, avec tes sœurs, avec tes enfants, tes petits-fils. C’est injuste, dégueulasse ! »
Ma foi, elle a raison. Je me lamente : « Oh, amour, c’est vrai mais toi aussi, si tu veux, tu peux te servir de moi pour te défiler, te déprendre d’une situation embarrassante, un couple peut servir à cela, non ? Je serais d’accord. » Elle grogne de plus belle : « Non jamais je ferais cela, moi. J’assume courageusement mes choix, moi».
Changement de ton :« Tu as raison, c’est pas correcte. C’est lâche. C’est trop facile. Je suis une lavette. Pardonne-moi. Ça ne se reproduira plus. » Je me colle mais elle me repousse. Elle boude, se lève, va se laver, pas contente du tout. Refuse mes bonnes résolutions.
Eh maudit que la vie réelle est pas facile ! Maudite neige de mai ! On cherche un coupable à l’altercation conjugale, pauvre petit Cloclo ? Pas fier de moi. Je me fais la promesse de ne plus me servir d’elle, jamais plus . L’orage passera. J’avais dit aussi à cette rabatteuse de grandes gueules : « Écoutez, j’ai déjà semoncé durement l’isolement de nos juifs hassidim d’Outremont, si ce conseiller n’était pas un juif…je refuse de me faire cataloguer zélé antisémite. J’ai donné. Ça suffit. »
Plus tard, lisant mes gazettes, je songe que je n’ai jamais aimé ce symbole du christianisme, la potence de bois, un homme crucifié, sanguinolent, plaies à la tête, au côté, aux mains et aux pieds …Ouash! Le grand fait religieux (évangélique) est la résurrection, non ? C’est ce symbole qui aurait dû être mis de l’avant. Sans ce « est ressuscité des morts…est monté au ciel », Jésus n’est qu’un prophète — démiuge, thaumaturge— et un sage. Je déteste cette sinistre potence. À l’époque du Christ des milliers d’innocents (rebelles à Rome par exemple) mouyraient sur une croix.
Or comment illustrer la grande et merveilleuse nouvelle d’un fils de Dieu revenu à la vie ? Pas facile. Une silhouette humaine en lévitation ? Un revenu des enfers —voir le « est descendu aux enfers » du Crédo— flottant entre deux nuages ? On dirait que —comme pour les Juifs et les Musulmans— il aurait fallu interdire, (dès les prêches du grand zélote Paul) les images, les « représentations » du Chrit-Dieu. Vaste débat non ?
2-
Je suis allé voir ce « Dans la mire », encore un débat mal foutu hélas et bien bref, bien mal articulé avec quelques témoignages du populo sans images. Un bon propos, un seul brillant, sortait de la bouche de Tessier, historien vulgarisateur : « Devrait-on dévisser la grande croix sur le mont Royal ? » Oh ! Tout est dit.
Content, au fond, de n’avoir pas participé à cette émission.
D’autre part, malgré ma désolation du symbole choisi il y a si longtemps…dire tout de même ceci —sur cette question du déboulonnage de symboles antiques : quand, bientôt, nos églises seront sans aucun doute transformées en centres culturels ou sociaux (ou les deux), devra-t-on dévisser toutes les croix aux clochers de ces belles vieilles bâtisses ? Retirer les beaux vitraux des fenêtres ?
Une réalité : tout débutait avec la venue de grands Croyants, catholiques en ce pays tout neuf. Cette colonie commençait (comme avec les célèbres « Pilgrims » du Massachusett d’ailleurs) par cette foi chrétienne très active. On baptisa la cité naissante de « Ville-Marie », des prêtre (les Messieurs de Saint-Sulpice) veillaient sur elle. Il y eut des héros d’une piété étonnante, généreux à l’excès :le fondateur Sieur de Maisonneuve, les Jeanne Mance, Marguerite Bourgeois et tant d’autres.
C’est cela, indéniable, un héritage. Qu’il faut accepter. C’est aux nouvrau venus d’étudier notre histoire, de tout faire pour s’intégrer (émigrants ou jeunes athées) hein ?
À nous de tout faire certes pour les aider à s’intégrer ( leur évitant les ghettos nocifs qu’encouragent les suiveurs de Trudeau et les fervents de « chartes à droits individuels » qui « séparent » les citoyens. À eux de tout faire aussi pour cette intégration essentielle. Installé, moi, en pays étranger (musulman ou bouddhiste) je ferais tout pour m’intégrer (et vite, pour mes enfants avant tout). Je commencerais par étudier très sérieusement leur histoire, leurs racines — leurs commencements.
Et je respecterais ces sources.
Le grand « idéal des débuts » —on peut bien s’en moquer en 2002— en rire carrément, reste une réalité soci-politico-religieuse. On n’y peut rien.
Cela se nomme « notre » histoire. L’hymne national en témoigne, faudrait-il changer les mots des hymnes nationaux de tous les pays à mesure des progrès, des idéologies courantes ? Folie ! Ce catholicisme, c’est notre histoire, notre culture. Et foin des déracinements. Croyant ou non, pratiquant ou non, c’est l’héritage à assumer, nos sources, nos pieuses origines, pas vrai ? Qui ça dérange au fond ? Des laïcistes zélés, des énervés anti-spiritualité ?
Oh, nouveau coup de fil de TVA, à l‘instant ? C’est la vaillante Annabelle du 17h de Pierre Bruneau : « Tantôt, je vais contacter Isabelle Maréchal, dites-moi ‘abord votre sentiment à propos des crucifix qu’un échevin veut sortir des hôtels de ville ? »
Ah bin là ! La belle enceinte-Isabelle serait-elle pour les crucifiés aux murs publics ? Je verrai bien.
3-
Très ému l’autre jour ma belle Aile. Je rentrais de ce topo-hockey à TVA : « Oh Clo ! Tu m’as bouleversé. Je t’ai vu à l’écran, tantôt, agitant ton petit doigt pour ces deux enfants de Québec, en fin d’émission ? Tu n’as pas craint de passer pour un fou. C’était insolite et c’est magnifique, bravo ! J’ai été très ému, tu es un homme merveilleux ! »
C’est que je lui avais raconté : au Salon, dimanche, deux enfants, gentils et éveillés et leur papa me causaient de mes brèves prestations de polémiste chez Bruneau et je déclarai : « Les enfants, la prochaine fois, je vous ferai un signe, juste entre nous cela. J’agiterai mon petit doigt, ainsi vous saurez que je pense à vous deux. »
J’ai donc tenu parole en effet. Et Aile m’aime encore un peu plus pour cela. J’aurais dû lui rappeler cela au lit ce matin ! Fier, très fier…qu’elle m’aime et que je puisse l’émouvoir encore.
Tantôt, au lunch., la voilà qui me revient du bas-du-village avec un objet déniché :un joli beurrier en acier brillant. Ale toute contente de sa trouvaille. Je n’ai rien dit tout en constatant que ma manie de brocanteur déteint sur elle. Enfin !
C’est quoi « sin » village, « son » lieu familier ? Pas une mégapole nécessairement hein ? C’est d’avoir son barbier (les frères Lessard) à mi-côte. L’utile tabagiste aux magazines étrangers presque en face. Avoir son encadreur, pour me essai d’aquarelliste (quand c’est un peu réussi) un peu plus haut dans la rue Morin. Dans la commerciale petite rue Valiquette ? Ma « Caisse », une modeste boutique d’électronique, le précieux cordonnier, mon cher brocanteur, l’atelier de couture. C’est cela un village, de tout et pas trop loin. Les cinémas du pied de la côte. Des restaus à mon goût, la « pita » au poulet chez Denise, en haut, ou mon cher « Délices.. » rue du Chantecler. Le joli petit parc en face, au bord du lac, ses arbres variés. J’en passe et j’en oublie. Le coeur d’un lieu choisi, adopté, c’est cela. C’est chaud.
C’était un peu cela, en plus mince, quand nous vivions au 551 de la rue Cherrier à partir de 1978. En 1985, arrivant au « village » d’Outremont, vite je dénichais tous ces marchands de quartier et il y en avait, rue Van Horne, rue Bernard, rue Laurier, Avenue du Parc. Tout était là. Je n’aime pas beaucoup les gros centres commerciaux où on va avec sa voiture. Anonymat inhumain. Sans aucune convivialité. Pas de salut, jamais de bonjour, on ne vous connaît pas, vous ne les connaissez pas. Au fond, est-ce que je veux retrouver toujours la chaude paroisse, ce Villeray chaleureux de mon enfance, où, accompagnant ma mère, on nous saluait dans toutes les échoppes, rue Jean-Talon, rue Bélanger, au Marché Jean-Talon ? Peut-être bien.
Oh, Annabelle me revient ! Ça y est mais Isabelle-la-maréchale n’y sera pas, ce sera mini-débat avec la belle Saint-Germain, une féministe qui s’engueule tous les matins avec le Dutrizac, à CKAC. Le camion « micro-ondes » est en route. J’aurais pu m’y rendre ? Paresse maudite… deux heures de route… alors, j’ai dis : « Je l’attends. » Et ferai-je signe encore, du petit doigt, à mes deux gamins de Québec ? Oui.
4-
Chez Bernard Rapp, à Artv, hier soir —un peu perdue— visite de la comédienne Miou-Miou. Autodidacte, donc —comme c’est fréquent, me dit Aile— elle semblait affublée du « complexe de l’imposteur ». La célèbre comédienne ne fut pas trop habile à décortiquer les questions posées. Silences, hésitations, rires insolites, etc. Cependant c’était très franc, gravement réaliste. Elle a les deux pieds sur terre l’ex-ouvrière-tapissière —mal payée— de Paris qui fut sauvée de sa vie routinière par le gang-de-Coluche et leur fameux « Café de la gare », en 1967. Miou-Miou fut bien en dessous du merveilleux bavard Philippe Noiret —qui la précédait à cette nouvelle émission. Copie « singeant » habilement celle du Lipton de « L’Actors Studio », à Artv le… vendredi. Ce soir, justement, grande hâte de voir la suite de l’entretien avec ce clown étonnant, brillant, Robin Williams.
Souvenir : cette gentille Miou-Miou (venue ici pour le Festival du film) généreuse, modeste et enjouée à mon talk-show de TQS en 1986. Le contraire d’une pédante comme feu Marie Cardinal ou du prétentieux et froid Philippe Djian à cette même émission. Un vrai bon souvenir la Miou-Miou.
5-
J’ai terminé, au lit hier soir, le deuxième roman —« Chercher le vent »— de Vigneault jr. J’ai bien aimé. Ce Guillaume, fils du poète de Natasquan, a décidément un bon talent. S’il trouve, pour son prochain roman, un sujet bien fort, une intrigue bien solide, je pense bien qu’il sera un romancier québécois des plus importants. Il a le sens des images fortes, cela parfois dans une asthmosphère ténue, fragile,légère et il sait brosser énergiquement une situation loufoque et tragique à la fois. Sa courte fresque —en fin de bouquin, en Louisiane— du pauvre Noir, Derek, un marchand de hot-dog et crevettes —en banlieue de la Nouvelle Orléans— qui l’emploie, est extrêmement bien ficelée, vivante, imagée. J’y crois et j’aime qu’il y ait une relève prometteuse.
6-
J’écoutais Marcel Dubé ce matin à Cbf-fm. Une « reprise » je pense bien. Grève maudite ! Soudain, terrible, le fameux dramaturge déclare, presque solennel, qu’il a toujours été déçu par une seule et même chose, et il détache ses mots face à Michaële Jean : « L’inconscience et l’égoïsme des gens. »
Étrange cette catégorisation. J’ai toujours essayé de ne pas généraliser. Je sais bien qu’il y a des inconscients égoïstes mais « les gens » —qui ?, la nation, tout le peuple, l’univers ?— ce n’est pas un lot d’inconscient. J’ai toujours senti chez Marcel une sorte de lumière noire. La sombre lueur, dans son regard, du misanthrope. À nos rares rencontres, je devinais un homme comme accablé. Ne souriant pas souvent. Tempérament hérité bien entendu, ­inné, acquis, peu importe. En 12973, Dubé, appauvri tragiquement par des années de maladie, dut vendre tous ses droits d’auteur à son éditeur, feu Gérard Leméac. Une catastrophe à cette époque. Plus tard, l’on organisa (les racheteurs du Leméac en faillite ) une rupture de ce contrat effrayant, Dieu merci.
Dubé, lui, alla à l’université (en lettres). Il en dira : « J’ai vite vu que je n’apprenais rien de neuf par rapport au collège classique d’où je sortais et, pauvre, j’ai écrit une poésie-dramatique pour la radio et aussi ma première pièce de théâtre. » C’était sa courte « De l’autre côté du mur », sorte de « pratique » pour son célèbre « Zone ». Acclamé, il va continuer jusqu’à ce qu’un certain Michel Tremblay (1968) semble le détrôner dans la même veine du réalisme poétique.
Ce matin (mais enregistré quand ?), Marcel Dubé semblait comme à bot de souffle. S’exprimait lentement. Mauvais état de santé encore ? J’ai prié pour lui brièvement, à ma manière. Il fut d’une importance capitale pour nous illustrer et si longtemps.
7-
Mon jeune camarade Raymond Plante y va encore une fois d’une ode au hockey. Le virus du bleu-blanc-rouge le tient fermement et depuis son enfance dans Villeray. Nostalgique à souhait mon Raymond dans « La presse » ! Il écrit sur son jeune temps et il revoit des gamins en hockey bottines sur les trottoirs ces temps-ci vu les bons succès récents des Canadiens. Rêve-t-il ? Comment savoir ? Ma peur de savoir ces gamins bien assis devant des cassettes de jeux électroniques. Hélas ? La photo choisie par le quotidien montre Maurice Richard caressant la Stanley Cup. Hum, hum! Nostalgia, Raymond ?
Même page, Luc Picard, brillant comédien, ayant campé un De Lorimier —patriote pendu— renversant dans un film de Falardeau, fustige Lysiane Gagnon pour un récent article où elle ménageait l’Israël du Sharon militariste agressif, où elle déplorait surtout ces ados palestiniens fanatisés qui se transformaient en bombes, enfin où elle jetait des blâmes sur les « colonisés » plutôt que sur les « colonisateurs. » Habitude de fédérate ?
Bedang ! Le Picard cogne et frappe, sur quatre colonnes le Picard ne mâche pas ses mots. Pas piqué des vers son brulôt. Trop rares les artistes qui osent faire publier de tels propos engagés, hélas. La Gagnon semble un peu sonnée…rétorque timidement qu’elle a été mal lue, que Luc Picard déforme sa pensée. Et bla bla bla… Elle termine, méprisante envers, n’est-ce pas, un simple artiste : « …une réalité complexe que vous avez manifestement du mal à analyser. » Salope ! Picard a très bien compris :oui, il y a de trop jeunes kamikazes, oui, ils sont dangereux et… oui, les Israëliens, armés jusqu’aux dents, munis de machines de guerre sophistiquées, « occupent » leurs terres et leurs villes, et ils mènent au désespoir ces jeunes forcément désespérés. C’est très clair, non ? Pas complexe du tout pauvre conne !
8-
Encore une fois, pile de coupures de mes gazettes sous mon canard de bois dans la fenêtre. Je refuse, le plus souvent possible, d’y piger mes sujets du journal. Mais…hier, Daniel Lemay (cahier sports de La P.) a parlé de commentateurs choisis, engagés, payés par le club Canadien. Oh oh !Pierre Rinfret à CKAC, par exemple. Bergeron de Radio-Canada aussi. Eh b’en ! Je le savais mais je veux ramener la question, on ne le fait pas assez souvent. Quelle complaisance alors. Des mercenaires stipendiés par les proprios intéressé à posséder des commentateurs dociles. Quelle Horreur ! Grand H. Michel Blanchard fait le candide et exige que le CRTC (si mou !) exige que cela se sache en début d’émission. que l’on dise franchement : « Amateurs de sports-spectacle, ce que disent les Rinfret, Bergeron et Cie, c’est du « publi-reportage ». Quoi ? Comme font les jornaux quand ils impriment des articles-bidon. L’éthique à la « seurieuse » et publique société radio-can…c’est de la schnoutte ?

Le lundi 29 avril 2002

Le lundi 29 avril 2002

1-
Saloperie de neige ! On peut imaginer la déception…nous avons eu un bref aperçu d’un printemps très chaud et bedang ! cette neige de dimanche et de cette nuit…Horreur ! Allant aux journaux, ai cherché ma brosse à neige dans la cave, sorti ma pelle, ce matin…Enragé, j’étais. Mais bon, du calme, un petit coup de soleil de début de mai et on aura tout oublié de cette espièglerie météo, non ?
Hier, dimanche, à 16h, je grimpais sur la 40 au bout du Chemin Sainte-Foy et …roulons ! À 19h, j’étais arrivé ! Avec de la neige partout, dans les Laurentides. Dès Trois-Rivières, je l’ai vu faire ses débuts, la démone ! J’ai misa du Beethoven, du Mozart (le requiem !) et du Verdi. Puis, j’ai mis Cbf-fm et le bourrage des scabs, des jaunes-cadres, avec des chansons. Miscellanées : Brel, Leclerc, Ferré, Plamondon, Brassens, Léveillée… vaste pot-pourri et de brefs bulletins de nouvelles lus par des voix d’un amateurisme à faire crochir…les oreilles ! Aucun sens de l’accent tonique à utiliser comme du monde. Écorchage auditif. Honte d’un réseau français (à la SRC) qui s’acharne à ne pas régler un contentieux syndical pourtant tout simple. Déception de cette Société où je fus un travailleur heureux. Cela malgré tant de petits « boss » bien cons.
Ce matin, tôt, ai pondu un petit requiem pour la comédienne (85 ans) morte samedi, Sita Riddez. Je la croisais souvent dans Outremont et elle m’étonnait par sa démarche altière, fougueuse je dirais, sa verdeur, même à 80 ans ! Funérailles mardi à 21 h à Saint-Viateur, rue Laurier, ouest. Je l’ai fait, pour La Presse, en souvenir de ma première épouse qui étudia chez elle, et aussi de ma chère Aile qui y suivit des cours durant un an avant de devenir sripte de télé. Pratte publiera-t-il cela mardi matin ? Je verrai bien.
2-
Deux jours au Salon à Québec, entre le haut et chic Hilton et le non moins haut Radisson, au Palais des Congrès. Beau salon. Tapis rouges partout. Les gens de Paris (et le riche Dimédia-Boréal) installés en seigneurs au milieu de la salle, nous, les tit-culs québécois tout autour. Ambiance connue, j’aime pas les salons mais encore une fois, j’ai adoré les rencontres faites. C’est toujours fort agréable de jaser avec des lecteurs fidèles…des admirateurs parfois. Certains lisent mon journal sur internet :
« Où est donc votre Aile, pas là ? » Déception donc. Même des reproches voilés : « Pas avec vous ? Elle (Aile) vous aime pas tant que ça alors ! » De retour, je raconte cela à ma chère et elle ne pipe pas mot, cherchant à savoir si je lui tire la pipe ou si vraiment l’on déplore sa désinvolture face à mes déplacements… de salonnard.
Je vois François Barcelo dans une allée du Salon, je l’arrose de bons saluts, le gaillard fait son drôle. Il se laisse saluer, brasser les mains, tapoter les épaules, tout guilleret, et finit par dire : « On me prend souvent pour ce Barcelo, qui est-ce ? » Moi, penaud. M’excuse. Si je savais qu’il avait un sosie parfait. Vraiment un clone ! Incroyable.
Derrière sa petite table, sage comme une écolière : Claire Martin. Qui oublie encore à son âge. Que j’avais voulu saluer et féliciter à un autre salon et qui m’avait jeté froidement : « Ah vous, Jasmin, pas de salut hypocrite hein, vous m’avez déjà déclaré dans un journal : « La Martin s’en va ? Bon débarras! » C’était vrai. Après nous avoir maudit avec notre atroce mode du joual, notre séparatisme si vilain et notre socialisme, les jeunes écrivains, Claire Martin, vers 1970, annonçait qu’elle s’exilait de cette terre de jeunes voyous. L’Espagne, je crois. Du temps a passé. Non, son beau sourire samedi. Elle est de bonne humeur. Je fais ça bref. Au cas où… Un quidam de son kiosque me questionne à voix basse : « L’avez vous trouvée vieillie ? » Je dis rien. Claire a toujours eu l’air vieillot. En 1960, avec des romans à clés audacieux, bien rédigés (« Dans un gant de fer », etc.) où elle réglait des comptes difficiles, cette auteure avait déjà les apparences d’une vieille maîtresse d’école de rang. Je l’aimais bien mais je déplorais sa frousse et sa méfiance pour note lutte patriotique qu’elle dédaignait outrageusement, fédéraliste sauce Grande-Allée, bourgeoise fardée.
Bonnes brèves rencontres : Georges-Hébert Germain (son « Château Frontenac »), Jean-Claude Germain —qui me commande un bref polar pour sa neuve revue de gauche, titrée « L’ », Pierre Nadeau, avec sa biographie captivante, Pierre Légaré, humoriste caustique et goguenard, au bord de sa retraite des planches, quelques éditeurs sympas (Fortin de « Québec-Amérique », Brûlé des « Intouchables », etc.). J’en passe.
Nous voilà bientôt enragés noirs, écrivains, éditeurs, aussi quelques lecteurs. Il y a pas plus « colonisé » que « Le Soleil », le gros quotidien de la Capitale. Hier, samedi, son cahier-livres s’ouvre avec un immense reportage (fait au Vermont, USA) sur John Irving —pour un mince roman plutôt reçu froidement là-bas, « La quatrième main »— alors qu’il y a un Salon du livre qui s’ouvre à sa porte !
Le racisme inverti à son meilleur. Le lendemain, dimanche, grand papier sur Alex. Jardin (« bellâtre insignifiant », écrit Stanley Péan dans « La Presse », ce qui est exagéré bien entendu). Encore rien donc, dans ce « Soleil » tronqué, pour les auteurs d’ici. Scandaleux !
Samedi après « mes heures » en kiosque, promenade au soleil dans cette Grande Allée aux cent restaus. Galerie. Annonce : « expo-Francisco Iacurto ». J’entre. Ce vieux peintre, venu de ma chère « Petite Italie », brossa les binettes des importants élus duplessistes longtemps. Les galéristes m’écouteront jacasser, amusés, sur le vieux bonhomme dont les premiers tableaux furent exposés sur les murs du pharmacien Armand Besner (peintre amateur lui-même), au coin de chez moi, rue Saint-Denis angle Jean-Talon, en face de la Casa Italia. C’était, à douze ans, mes premiers « vrais » tableaux vus. Fin de « seulement » les images imprimées des calendriers Molson !
3-
Deux enfants passent. J’aime rigoler avec les petits. Promesse de leur faire signe —remuement de mon petit doigt— juste pour eux s’ils me revoient à la télé. Parents amusés. Ils repasseront plus tard devant ma cage et, charmants petits anges, me feront des signaux avec leurs petits doigts : « Oubliez pas ! » Merveile !
Soudain, trois sœurs,en noir,. D’un Tchékov ? Trois vieilles dames dignes, fr.tillasntes, jeunes d’esprit. Belle aparition de mes amies : Françoise Faucher, Hughette Oligny et Lucille Cousineau. Elle reviennent d’une sorte de récital avec des textes de Clémence, présidente d’honneur de ce Salon. Ele s’en iront jouer, je ne sais plus trop quoi, tout à l’heure. Nous signons volontiers des pétitions « circulants » pour les grévistes de Radio-Canada. Françoise toujours abasourdie, révulsée même par cette France qui doit choisir entre « l’escroc » (Chirac) et « le facho » (Le Pen).
Mon éditeur m’offre « Jasmin et barbelés » —petit livre de souvenirs d’une Esther, juive sépharade du Caire, enquébcoisée depuis— qu’il a acheté aux Trois-Pistoles. Cadeau gentil. Décidément cet ours, V.-L. B., est gentil comme tout !
Dans ce « L.’ » de Germain, page trois, un formidable texte de mon ex-petit camarade en céramique, Gilles Derome : « Lu, vu, entendu ». L’excellent potier de Duvernay n’y va pas avec le dos de la… fourchette pour piquer raide : des allusions politiques féroces sur un certain État du monde, aujourd’hui. Stimulant.
Le jeune Moutier, dont j’achète volontiers le dernier bouquin, m’y trace une dédicace d’une rare chaleur. Je n’en reviens pas trop. Les cadets, d’habitude, n’offre pas une telle générosité. Très chaud au cœur.
Bon, fin des salons ! Des chambres d’hôtel et des sacs de voyage. Ouf ! Retour donc à mes pénates. La paix. Je n’aime vraiment pas être séparé d’Aile.

Le jeudi 24 avril 2002

Le jeudi 24 avril 2002

« J’ÉTAIS PERMANENT
À RADIO-CANADA»
lettre ouverte
1-
Hier, mercredi, beau soleil tout le jour et le journalier…b’en, hors-journal. Enfin, pouvoir bouger ! Aile aussi, râteau en mains, fouine le long de la maison en quête de détritus divers. Je fais des tas. Branches à ramasser un peu partout. Celles que je n’avais pu faire brûler l’automne dernier quand l’hiver pognait subitement. Et celles casses par les vents froids de cette saison enfin, enfin, terminée. Canot sorti des bosquets et mis, à l’envers, sur le quai. Oh, cet enduit caoutchouté noir ne tient guère ! Plaques ici et là, le rouge d’antan surgit, fait « cocou » ! . Ouash, devoir y voir. Chaises longues sorties de sous la galerie et descendues sur le rivage. Coussins mis au cababon de la rive. Avirons et cannes à pêche :prêts. Des haltes. Je m’étends, j’enlève du linge. Chaleur merveilleuse. Soleil en pleine face. Hop, debout ! Petit bûcher sur le terrain. Pas facile à allumer, ces branches encore trop humides ! Bref, content et heureux de remuer ma carcasse.
Aujourd’hui, ciel blanchâtre, du gris garni de nuages blancs. Pas de vent du tout. Mon grand fleurdelysé bien ratapla. Roulé comme un « umbrella » de londonnien. C’est rare ici, aucune brise.
Hier, le micro-ondes de TVA. Les deux gentils envoyés du boulevard de Maisonneuve, Claude et André, rigolards. Ils me taquinent sur cet arbitre, partial, partisan de la Marchal, Pierre Bruneau. Sujet du mini-débat ? Les « petits gros », ces enfants assis, la captivité des jeux électroniques, la fin du « va jouer dehors ». Isabelle, pas bin exemplaire vu son ventre gros (« c’est pour bientôt » a-t-elle dit !), la voix mince au bord de la stridence, charge encore les profs. Je m’insurge. On veut que la (ou le) prof fasse tout : l’instruction et l’éducation, voit aux études, et à la santé. Et les parents ? Plus rien à faire qu’à aller ramasser du fric (à deux) pour le fisc vorace ? Ça fait bien les affaires de nos gérants du trésor national, (nos élus). Tellement qu’ils veulent bien installer « plussse » de garderies !
La réalité : nous étions (collectivement) tassés —pas de « sa chambre à soi », pas de sous-sols « finis »— et pas riches, pas de ces jeux à 50 $ la cassette ! Donc, dehors, à cœur de jour. On jouait au moineau, au drapeau, à tag, à cachette, à branch-to-a-branch ! Et à la softball dans la ruelle, au hockey sur trottoir, et en guise de pauses : nous avions ces comics-book à 10 cents, 5 cents les usagés (que d’échangisme !) tout plissés ! Je l’ai avoué sur TVA: si nous avions eu tous ces jeux —j’en ai vus : formidables comme machines visuelles, bien plus captivants que nos « comics » sans animation aucune— bien, oui, on aurait été des « assis pis gros » !
Doute sur l’efficacité, l’utilité, de ces empoignes de trois minutes mais…bons cachets ! « Ah, l’Adélois ! Le bel argin, hein, viande à chien ?, me moquerait encore Paul Arcand comme tu temps où nous nous chicanions tous les jours à CJMS !
2-
Mardi soir : épuisé par un film « Spy Game » — « Jeux d’espion »— avec Redford et Brad Pitt. Moins obscur que ce « Mulholland drive » mais…Ouf ! Aile, l’ex-brillante « première de classe », rigole encore de me voir patauger et gueuler contre les complications de ce film. J’admettrai que c’est tout de même un bon suspense.
L’intrigue : le vieillissant Robert Redford (Aile qui l’a tant aimé est toute désolée de le voir se plisser, dira en voyant son dauphin, le beau Pitt : « maudite jeunesse ! »— est un vieil expert de la CIA. Il enseigne, forme, un cadet candide. Mission au Vietnam, mission à Berlin-est, mission au Liban. Film rempli de « retours en arrière ». Excellentes photos des sites d’espionnage. Bonne facture de pro, indiscutable.
L’amour surgit. Ah, l’amour ! Troc odieux et, sa « belle » jetée en infernale prison chinoise, le Brad-Roméo tentera de la délivrer. Le jeune espion rate son affaire. Prison et torture. La mort bientôt. La froide CIA s’en fiche : qu’il crève ! Vous devinez la suite ? Le « vieux » Redford va désobéir à ses patrons et…
Oui, un vrai bon suspense mais compliqué !
Le lendemain, Aile nous déniche un autre film à louer : « Drame familial », un titre platonique en diable, non ? Film tout simple. Si clair. Un garçon boude en voyant maman se remarier avec un nabab venu d’on ne sait trop où. Boude davantage quand il sait sa maman enceinte. Freudisme élémentaire, non ? Son papa qu’il vénère construit, en artisan, à l’ancienne, des voiliers dans ce port, en verte Virginie. Bientôt, c’est du Hitchcock, sans le génie fréquent du « maestro » et tout dérape, se déglingue, les apparences explosent. Ce papa d’adoption s’avère un… monstre !
Bon, disons que « Drame familial » est désennuyant, un divertissement, du cinéma modeste. Travolta ne joue pas trop mal ce brave artisan et le brave papa qui regrette son « ex », voudrait la garde du gamin. L’horreur qui s’enchaîne est effrayante à souhait. On a eu très peur, on a pas vu passé le temps !C’est juste cela cette sorte de cinéma.
3-
Soudain, à la télé, avant-hier, au hasard du zapping, Marc Labrèche nous apparaît —jumping-jack surgissant— déguisé en coccinelle et qui menace en ricanant toute sa rive-sud… On rit.
Un autre étonnant moment, hier soir encore. Ce Grand Blond s’abandonne parfois à des facéties, très évidemment, improvisées, et alors nous fait rire encore aux éclats. Ce jeune comédien, ainsi, réussit à montrer —il faut être patient— des bouts de…surréalité qui étonnent en télé ordinaire. C’est un talent fort et à part. Hélas, ses pulsions créatrices ont du mal à s’installer dans un contexte de simple talk-show. Surtout quand il est dans un carcan —genre « spécial Céline Dion ». D’autre part, ce serait miracle si toute son heure était arrangée en un spectacle moderne et inusité. Mais…rêvons; un jour, son « soixante minutes » hebdomadaire, voire mensuel. Ce sera du bonbon alors.
Ce soir, Philippe Noiret, à Artv, à 21 h et notre très grande hâte à Aile et à moi. Nous apprenions, hier matin, que ce canal est bon dernier en matière d’indices d’écoute. Eh ! Hier soir, du Verdi, debout, orchestre très symphonique, très environnemental, avec un tyran bien despotique (suivez mon regard !), baguette de frénésie, c’est obligé. Sur le devant, gros derrière en l’air, en robes et grandes « brassières » noires, grosses cantatrices pas encore vraiment chauves, et, en collets-montés, les basses tonitruantes et des ténors bedonnants. Eh ! Oui, Artv, bon dernier au palmarès. Hélas, diront les cultivés, hélas oui !
4-
La France très énervée, disent les médias. Toute la France ? Encore ce matin, des manchettes sur le monstre appréhendé, Le Pen. Et jamais, pas un seul mot, sur ceux qui ont voté Front National. Comme s’ils étaient des purs esprits.
Quelle farce chez tous les journalistes et commentateurs de droite ou socialistes ! D’où vient donc cette attitude anormale ? La peur ? La honte. La surprise. Pourquoi cette surprise ? Ah ! La grande crainte du bonhomme sept-heures. Il y a derrière ce drôle de héros « jeanned’arcien » de grandes foules de Français (quand on ose dire un petit mot sur cet électorat, on dit : surtout des travailleurs démunis, des ouvriers en chômage ou menacés de…), oui, il y a des foules « hénaurmes ».
À lire (journaux, revues), à voir (les télés), il n’y a plus personne qui a voté pour ce Le Pen qui est tout seul face à Chirac maintenant. Plus un oiseau fasciné dans le sillage du gros chat nationalisto-xénophobe. Entendez-vous ? Toute la France est contre lui ! Non mais… Autruches médiatiques qui feront de nouveaux les estomaqués ?
Le Monde, Libération : « Votons entre un escroc et un facho » ! Oh ! De là —trop d’escrocs dans les partis normaux— tiens, tout le mystère du vote surprenant en France. Ici aussi, sondage tout récent, le public, en très grande majorité, ne voit plus que des escrocs chez les gens de politique. Viendra-t-il un grand monsieur tout blanc, démago empressé ? Oui. C’est certain.
Il s’en installe, dit-on, un peu partout en Allemagne, en Hollande, en Autriche, en Italie, en Espagne…À droite toute ? Jusqu’à temps que ces redresseurs de mœurs…
Aile : « Maudit, quoi faire ? « Moi : « Faire monter l’homme sur un bloc-opératoire et le changer. »
5-
Un certain nationalisme (équipes pourtant toutes métissées) bien cucul : si l’équipe « d’iccite » gagne, c’est l’ardeur, les cris, la joie, les arénas bourrés, les fanions.
Ah oui, gagner ! Enfant, dans les années 1940, ce club de Boston était, —déjà— le gros méchant, les « big bad Bruins ». Nous les gamins, dans tous le quartiers de la ville, nous les vouions à tous les diables, à tous les enfers. On en bavait —de hâte et d’appréhension—en parlant du prochain match au Forum —ou là-bas— entre notre club et le maudit-Boston ! Une haine féroce, aveugle, sans aucun effet, vaine, d’ordre mystique ma foi du bon yeu :Montréal ne pouvait pas nous déshonorer ! De grands enfants, de vieux enfants, encore aujourd’hui volent vers ce Centre Molson pour les mieux haïr ! Pour les conspuer.
Gagner, doux baume ! Je me surprend, moi le septuagénaire, feux d’enfance mal éteints?, à guetter le score en zappant entre deux émissions regardées.
Vu en parie la fête aux lauréats des nouveaux Prix Odyssées. Sorte de gala télévisé consacré au monde des imprimeurs, distributeurs, éditeurs, maquettistes, libraires et…auteurs.
Le très fécond Tremblay était absent du Capitole de Québec. La néo-parisienne, Nancy Huston aussi. Deux grands trous. Comme le commettait la Voisard du « Soleil » de Québec, c’était plutôt plate. Avec des moments carrément soporifiques. Comment rendre ça dynamique, de la télé avec des gens, pour la majorité, inconnus du public. Mission impossible ? Hélas, je le crains.
Et je me la ferme n’ayant pas de bonnes idées — faudrait être génial— pour transformer une réalité incontournable.
On a pas à se demander pourquoi aucune télé au monde ne tente un tel gala télévisé. Le bon sens. Mais on habite « un pays sans bon sens » et ça fait longtemps. C’est une évidence : un gala du monde du livre —industrie non-photogénique par essence— est une idée de con. Mais ici, avec cette industrie toute entière aux crochets des subventions (du peuple) alors, on a songé à alourdir, à rallonger un peu plus la facture. Invention donc d’une fausse-fête télévisée. L’effort fait —avec, par exemple, ces dramatisations d’extraits de romans, fut d’un nul sidéral.
La trépidante et efficace Sophie (ailleurs) et le suave et capable Fugère (ailleurs), une Danièle Laurin, compétente, tous, n’y sont pour rien. Odyssée ratée. Échouerie ! À oublier. L’an prochain, que « l’argent public consacré à l’imprimé » soit versé pour… des imprimés. Ce sera plus utile.
6-
Mon fils, dimanche dernier, racontait : « On était enragés samedi, hier, Lynn surtout et moi aussi. La police qui surgit rue André-Grasset, nous menaçant d’une lourde contravention. La raison ? Avec ma moto, nous somme allés au marché Métro. Quoi ? C’est à trois coins de rue ! Lynn portait des sacs, moi aussi. La police qui nous apparaît, montée sur ses grands chevaux, calepin sorti, pourquoi pas les menottes ? « Imprudence grave. C’est interdit. Il y a une grosse amende à payer. »
Ils sont encore comme sous le choc, ma parole. Aile sourit. J’écoute cette jeunesse (tout est relatif ) et j’ai envie de rire. Ainsi, encore et toujours, cette rage anti-flics, même q uand on et dans son tort. A la fin, comme rassuré d’avoir échappé à la prison, Daniel poursuit : « Les flics sont dans leur patrouilleuse et je tentais surtout de calmer ma Lynn qui avait sorti bec et ongles. Je suis allÉ parlementer doucement. Le flic a lâché prise mais m’a tonne : «Bon, je ferme le yeux pour cette fois, mais rentrez seul avec votre moto et que madame vous attende ici avec tous les sacs. » Sur notre galerie, Lynn fulmine de nouveau, cherchant accord chez Aile et moi. « Non mais…deux coins de rue ! » C’était « deux » maintenant !Vraiment, oui, je me retenais pour rire car ma belle bru faisait sortir de la boucane de ses oreilles. « Non mais, papi ? Quel con non , quel zèle, quel acharnement, pas vrai, non ? » Moi, prudent : « Euh..oui, oui, bin oui, c’est effrayant. »
7-
Lisa Frulla ? Une sacrée menteuse ! Je l’écoute au « Grand blond’ avant-hier, hier ? La conteuse de menteries effrayante ! À la SRC
où je suis invité, elle est train de se faire « arranger le portrait » —comme moi— dans sa salle de maquillage, en mars dernier. Je la félicite d’avoir été, sous Boubou-le-mou, une efficace « ministre des artistes » (ref. le statut de artistes enfin organisé). Rendons à César… J’ajoute : « Alors, on va se présenter dans le Saint-Léonard du Gagliano parti, non ? » Elle : « Ah non ! Claude, non. Pas question, jamais. Je reste libéral mais jamais je n’irai m’asseoir avec lui, le Jean Chrétien. Ou derrière lui. Jamais ! Jamais ! Il y a des limites dans la souplesse. »
Je suis édifié. Fier du courage de celle qui perdra bientôt sa série à Radio-Canada. Mais…face à face avec Labrèche, au « …show sournois », la voilà déguisée en député de Verdun, la face très sincère, je l’écoute sidéré :la Lisa est parée à aller s’installer chez… Chrétien et Cie ! Et toute heureuse encore d’y aller, très enthousiaste ! Hypocrisie rare ? C’est pour vous dire hein ? Ne croyez plus jamais cette race de monde. Ils disent noir un midi, sur un tabouret à se grimer, et blanc le lendemain au « bar à Mégot ». Ah la vilaine menteuse , la vire-capot !
8-
Obligation de « ploguer » mon pauvre Grand blond ? Eh oui ! Labrèche gentil-gentil pour un show à venir, avec la belle grande efflanquée compagne du gentil René Simard, icône populaire de jadis: « Planète Animal ». La future animatrice, rit, se trémousse, frétille. La loi d’airain partout, à TQS ou à la sérieuse T.Q. voyez la fortillante Sophie-culturelle !
Chez Marc La Brêche (sic !), pas moins trépignant lui-même, la Miss Taillefer — si pleine de dents, que cela est apeurant—, parle zoothérapie et on sait que c’est vrai, mais, on dirait qu’elle porte un masque tant elle est offerte à la caméra, cette dentition effarante me fascine littéralement. Aile aussi. Le message de la plogue en est brouillé ! Est-ce qu’on verra du simple stock shot, elle l’avoue franchement et il y aura aussi du « contenu d’icitte »—pas par vertu, la loi du CRTC l’exige.
Message de déception d’un fidèle lecteur de mon journal, il y a deux jours, un ex-camarade de la SRC, J. B. Il me dit qu’il a « le coeur levé » (pas les côtes, le cœur)découvrant ma foi patriotique très agressive et capable de se souvenir et de… haïr (ce mot l’effraie) carrément les sinistres « anglos » francophobes qui contribuent à nous écraser, à nous diluer, à nous minoriser (tel ce Brent Tyler) —davantage encore. Cela quand on est une très menaçant petit 2 % sur ce continent couvert de 300 000 « goddamned blokes ».
Je rétorquai à J.B. assez raidement. Lui aussi. Aujourd’hui, il ouvre un drapeau blanc sur courriel. La paix. Je lui dis, ce midi, que j’aime aussi, que j’aime beaucoup —aussi les gens sans passions. Il en faut. Si nous étions innombrables les enragés comme moi, ce serait invivable. Je suppose.
9-
Ému : P.J. C. , ex-camarade de ma chère Aile, lisant du journal, pige qu’elle lutte (oh oui, oh oui !) contre la cigarette que lui, il a connu aussi ! Coup de fil alors pour la conforter, la consoler de ce deuil terrible (c’en est un ) , la soutenir. Oui, je trouve ça beau ! Oui, ému.
Je rapaille sans cesse tous ces jours du diariste pour janvier et j’y arrive mal. Je fais des fautes de clic —de cliquetis ? J’efface, je recommence, je cherche dans « dossiers récents » les tapages perdus. Faut pas cliquer « oui » quand l’icône t’y invite par « Voulez-vois revenir au texte original… » Faut cliquer « non » quand tu penses « oui ». Bon, bon ! « La saudite folle de machine, me dit Daniel, c’est comme ça. Tu vas t’habituer, cher pops ! » . M’habituer à penser tout croche, c’est ça ? Bon. Allons alors dans « Sherlock » ! Zéro ! « On a rien sur ce sujet, monsieur Ducon ! » Bien aima ble ! Ouf !
On se comprend hein ? Maudite machine niaise ces P.C. modernes. Non, pas vrai. C’est une merveille. Je finirai par l’apprivoiser. Suis pas à l‘aise avec l’ordi, je ne le dirai plus. Là-bas, au bord de la mer, il y a une Katleen qui attend « janvier-journal » et doit se dire : « Non mais, il est bien lent…ce bon vieux Jasmin ! »
Katleen, aux Trois-Rivières, au Salon, Julie Beaulieu m’a fait goûter à tes petits cakes aux… dates, aux…quoi donc ? C’était délicieux, savoureux. Merci !
10-
l’animateur Gravel, en grève de son cher « Enjeux » s’est déniché un job —plus ou moins clandestin— de recherchiste. Tout le monde doit manger et payer son loyer. Il me parle d’un projet de documentaire sur Richard Blass. Souhaite que j’y participe, me demande si je peux jaser de ce ghetto irlandais dans Villeray, là où est né l’ennemi « numéro 1 » du Canada longtemps. Cette paroisse Holy Family,quoi. Terrible Blass, dit « le chat », que la police « assassinait » —comme le bandit Mesrine fut assassiné à Paris— dans un chalet des Laurentides, écœurée de se faire berner et ridiculiser par ce bandit… si effroyable qu’il fit brûler tout le monde, rue Beaubien, dans le bar Gargantua. Fou, l’impression soudaine d’avoir raconté cela !
En tous cas, j’en avais fait un roman bien noir intitulé : « L’armoire du Pantagruel », publié chez Leméac vers1980. Mon héros se nomme Richard « Dick » Glass ! J’ai accepté avec plaisir. Je lui ai parlé des gangs de furieux qui nous terrorisaient : Gordon, Collin. Par courriel Gravel m’indiquera les chemins à suivre pour me retrouver devant les kodaks, telle heure, tel jour. Et avec « cachet union », a-t-l dit ! Va pour ce petit cachet-union. « Un minimum tien vaut mieux que deux maximum tu l’auras ! » Lafontaine, l’éternel.
11-
J’ai perdu un de mes deux canards. La glace qui fond. Ils servaient à baliser un tas de pierres et quatre barres de fer qui, il y a longtemps, soutenait une sorte de « radeau-quai-causoir » au large de la rive. Avec moustiquaire, s’il faut en croire des photos. Bon, je retournerai à un Canadian Tire, « deux ou trois piastres » je crois.
Hier, je plante un peu partout comme j’ai fait si souvent des branches coupées en deux, en quatre. Technique apprise de mon défunt père. Ça fonctionne…disons une fois sur six, sur huit…Pas grave. Des fois, ça marche quoi. Faut faire un trou avec un bâton d’abord et là glisser dans ce trou la branche coupée. Et puis lui couper, au sécateur et de biais, la tête encore. Oui, souvent, ça re-tige ! J’aime. Aile se moque. « Tout pour éviter des achats chez Botanix, pas si loin, c’est ça, mon Séraphin ? » Vilaine Aile parfois ! Oui, je le sais, je suis « séraphin ». Souvent. Et puis, je ferai de dépenses folles. Oui, je balance. Je passe d’un excès l’autre. Je compense sans cesse…je suppose.
12-
Maurice, mon voisin immédiat, traverse nos haies, lui, le dévoué « écolo » dans la place. Il me laisse entendre que je devrai piquer, encore une fois, une jase à la fête de la Saint-Jean et, encore, avec le filleul de Grignon. Je lui propose de raconter aux jeunes (et aux vieux) ce Saint-Adèle raconté dans « Sainte-Adèle la vaisselle », publié en 1973 et qui illustrait le Sainte-Adèle de 1950 quand j’y ai vécu en potier « frais émoulu » de l’École du Meuble.
Un bébé, Gabrielle, va et vient chez Maurice. Des parents veillent sur cette petite marcheuse maladroite. Comique petit personnage qui découvre la nature. Aile avec rateau : « Bon, tu vas l’attirer, le fou des enfants ? » Oui. Ce que je fais. La fillette m’entend bien lui parler de branche, de feu, de venir l’attiser mais…hésite, va à ses parents dans une large balançoire. Ramasse deux morceaux de bois. Revient, approche, recule. La jeune maman la soulève et me l’amène. Elle jette son bout de bois, les yeux vifs. S’en retournera fière, moins titubante il me semble, plus vaillante, plus solide sur ses petits pieds. Elle a mis du bois au feu, non ?
La vie commence pour elle. Le temps se déroule, tout lentement, il a tout son temps le sacré temps, l’hypocrite. Gabrielle sera vieille, ce sera pas si long, elle viendra revoir le rivage, le foyer du vieux bonhomme blanc…qui sera mort depuis longtemps. Qui l’observera de son observatoire d’éther. Qui s’ennuiera moins de la terre que des enfants qui l’habitent.
Je suis, moi, un vrai pédophile. Racines latines, grecques ? Pédos et philos. Il faudrait nommer « pédomaniaque », ou « pédosexuel », le pervers malade. Pédophile, c’est pour moi, pour tant d’autres dont le cœur fond quand il voit le commencement d’une existence…
13-
Chez la jolie noiraude Charrette, au complet, la bande de « La vie,la vie. ».
La cérémonie des adieux, Simone de Beauvoir ? Oui. Larmes chez Aile soudain, à flots, quand on revoit la splendide scène où un de la bande va demander à sa blonde de laisser le job et d’aller prendre une marche tout simplement…parce qu’il a peur de la perdre, de la négliger, de toujours trop penser à seulement bosser. Une séquence étonnante en effet. Faite avec une sobriété rare. Ce jeune Sauvé, réalisateur, est surdoué, et les acteurs eux aussi. Inutile, —Aile songe à « L’héritage » ou à « Montréal P.Q. »— en cas de bons succès, de séparer, de vouloir partager les mérites, perte de temps, il y a eu magie singulière, imprévisible osmose, entente totale entre l’auteur Bourguignon et ce Sauvé et ce gang de comédiens (filles et garçons) merveilleux. La vie.
Étonnant entretien à TVA, hier soir, entre mon Paul Arcand et l’ex-vedette, si mignonne jadis, chanteuse de tounes pop à la télé, comme Donald Lautrec qui fut son compagnon jadis, son nom : Céline Lomez. Une beauté que la chère Aile a bien connue, jeune elle aussi, quand les deux vaquaient en « variétés » —les trois puisque, dans une autre vie, Aile réalisait les séries « souignantes » de Lautrec au Centre Paul-Sauvé.
Une diction bizarre, un peu « à la française », l’anglicisation menaçante. Elle ne vit plus avec l’affairiste De Brabant, est amoureuse depuis quelques années d’ex-policier (GRC, CIA, etc.) qui viendrait de publier un livre controversé. Encore jolie, Lomez semble réticente à parler librement. Elle cherche donc davantage ses mots en français. Elle se livre et puis recule. Prudence. Le compagnon qui a , forcément, trompé beaucoup de maffieux
( ceux du Triangle de Chine, chez les Italiens, les motards, les Russes) doit se protéger constamment. Encore une fois, on en dit pas assez et trop. On ne saura pas grand chose en fin d’émission et cela est frustrant, toujours déplaisant. Lire le livre des l’ex-agent secret, C.L. a parlé d’un e traduction possible, bientôt. Encore de la « plug » ? N’empêche, bizarre ce métier d’infiltreur !
14-
Je lis sur Clarence Gagnon. Un récit de René Boissay, ex-camarade de la SRC. C’est une histoire curieuse. Il n’y en avait pas des milliers…de ces bohémiens-bourgeois qui défient les pères graves et sérieux…Qui s’acharneront à devenir peintres.
Gagnon, vieux, deviendra un réactionnaire complètement borné. Il va mépriser avec rage le cubisme ou le surréalisme. Des modes neuves de peindre qui l’effrayèrent. Danger. Pour lui. Pour son école. Son « modus » à lui sombrait lentement dans l’ancien, en un monde passéiste, dépassé, que les jeunes vouaient aux hégémonies.
Cela l’énervait énormément. Lui et tant d’autres. Mais, entre temps, en son temps, il fut « notre »impressionniste merveilleux. C’est lui qui délaissant Paris et ses bons contacts en milieux artistiques, deviendra l’abonné (!) passionné de la Baie Saint-Paul, de Charlevoix. Il adore la chasse, la pèche surtout, il adore les vielles maisons, le granges typiques. Comme dit Boissay dans son volume, des tas de peintres, hélas, marcheront dans ses traces et feront des pochades d’imitation.
Lui, Gagnon, au tournant du siècle, quand la mode à Montréal n’en finissait plus que de n’admirer les sous-Hollandais des années 1800. Gagnon, lui, avant et après 1900, inventera toute une imagerie nouvelle.
Avant les Pellan. Borduas —et Riopelle—, il y a eu donc de ces pionniers captivants. La série d’illustrations de Clarence Gagnon pour le roman de Louis Hémond, célèbre « Maria Chapdelaine », offre des images parfois renversantes. De nos jours, Gagnon est dans tous nos musées. Il est comme un classique intouchable. Évidemment. N’empêche, il y a donc eu, chez nous, de ces êtres curieux, vraiment « fous de peinture », d’art, de lumières rares, et j’aime le savoir. Faux que nous n’étions tous que des porteurs d’eau et des coupeurs de bois. Faux ! Sous mes yeux, j’examine les images de sites, le long du Saint-Laurent, où les lumières se battent et se débattent et cela est aussi fort que les Corot, ou les Courbet, les Braque, Modigliani, Matisse, Chagall, Monet, Renoir, nommez qui vous voulez. Ce n’est pas rien ! Vive Clarence Gagnon !
Ce week-end, à Québec, entre deux séances de signatures au kiosque du Salon, faudra que je trouve un moyen, samedi ou dimanche d’aller voir du Gagnon au Musée de Québec sur les Plaines. Il le faut !
15-
Aile m’a fait peur hier. Elle avoue avoir fait du ménage (« un peu » dit-elle) dans la cave. Dans mon atelier de peinturlureux quoi. Oh la la ! Qu’a-t-elle mis aux poubelles ? Je la connais. Elle rit, me dit de rester calme, ajoute qu’il faudra t que je m’y mette et pour un vrai ménage. « Je n’ai fait que déblayer un peu. » Oh mon Dieu, mon Dieu, trouver le temps d’aller vérifier son carnage d’iconoclaste anti-traîneries, son vandalisme car nous n’avons pas la même notion, elle et moi, de ce qu’il faut jeter et de ce qu’il faut conserver. Oui, la peur m’étreint.
Combien de fois j’ai pu constater…un manteau disparaissait, un chandail aimé, un pantalon de velours bien aimé, une paire de bottines très, très appréciée…C’est un sort terrible que de devoir vivre avec une femme aimée mais qui a la manie de jeter du lest. « C’était fini Cloclo, c’était pourri, c’était usé. À la corde ! C’était plus mettable, t’avais l’air d’un fou avec cette tuque, ce chapeau fourré, avec ce foulard, avec cette crémone… » Toute cette litanie odieuse ! Je souffre. Et je guette. Ce m’est pas facile. Elle a des tours dans son sac de …vidangeuse !
Qui, soudain, me susurre : « Ça va être prêt dans dix minutes, ferme ton clavier, Cloclo ! » Bon. Je ne l’ouvrirai plus que lundi, au retour du Salon québécois !

Le mardi 2 avril 2002

Le mardi 2 avril 2002

À CŒUR OUVERT

1-
Remontée vers les Laurentides sous un ciel plus clair qu’en ville tantôt. Plus clair qu’au dessus du vaste cimetière sur le mont Royal. Sommes allés offrir nos condoléances à l’animatrice Lise Payette qui vient de perdre l’imprimeur Bourguignon, son compagnon de vie. Visage défait, voix fragile. Autour du cercueil, sur deux babillards de liège, plein de joyeuses photos en couleurs du temps que son « chum », Laurent, était bel et bien vivant. Elle habite au très chic « Les Verrières », et nous la croisions parfois (tout comme Guy Fournier) allant visiter mon cher —maintenant disparu—, Ubaldo Fasano, dans son île des Nonnes.
Aile-Rayon fut sa réalisatrice du temps de son talk-show « Liz lib ». De plus, elle réalisa quelques épisodes de ses feuilletons jadis.
J’ai passé assez souvent sous ses fourches et piques moqueuses…une fois accompagnant mes père et mère, vers 1975. Pauvre papa, je m’en souviendrai toujours, il avait énergiquement dansé face à une Lise amusée, un peu de rigodon, de gigue, dans le couloir des caves du Vatican-SRC.
Lise pas vraiment étonnée, venant de Saint-Henri, ayant eu une maman femme de ménage connaissait bien le populo : « Ouen! M’sieur Jasmin, vous restez en forme, c’est beau ça, c’est bien. » Et mon Édouard de se calmer, fier une fois de plus de démontrer sa bonne forme à 70 ans. Le drôle de cabot à cette époque où il prenait confiance en lui comme jamais sachant que ses céramiques « primitives » s’envolaient à Toronto, à la Galerie Prime, rue Queen.
2-
Nerveuse, tendue, Rayon revient d’une promenade dans les alentours. La grosse affaire ? L’énervante affaire ? Fini la cigarette depuis lundi matin ! Elle en bave. Davantage que moi. C’est dur mais…je parviens à rester calme. Pour Rayon, c’est la punition des punitions. Elle souffre. Elle se sert de la béquille dite des « patches ». Je souhaite que, cette fois, ce soit la bonne, la définitive. Mon grand amour est toujours à court de souffle. Il fallait agir. Il était temps ! Quelle folie : simplement pour nous être décidés à lâcher la cigarette, nos vies en sont comme bouleversées ! Seigneur : qu’est-ce que ce serait si nous devions vivre en Palestine… ou chez les Afghans ? Pauvres petits bourgeois énervés de devoir abandonner bien simplement une sale manie bien niaise : le maudit bonhomme Nicot !
Hier soir, la télé de TV-5 pour un gala. Un autre ! Celui des comédiens de France…de Paris surtout, bien entendu. Si joli théâtre comme décor de ce gala des « Prix Molière », une de ces « bonbonnières » parisiennes, celui dit de Mogador. L’acteur Philippe Noiret, hôte d’honneur, raconte une anecdote : « On demandait à un acteur ancien ce qu’il faisait pour aider les plus jeunes et il répondit : je vieillis, monsieur, je vieillis. » Un humoriste s’amena pour imiter, non sans cruauté, le « mondain sympa » Jean-Claude Brialy. Effets garantis sur sa salle. Certaines allusions « politiques » de l’heure amenèrent de vifs éclats de rire. Élections présidentielles bientôt obligeaient, quoi !
C’est le défilé des « remercieurs » comme partout bien entendu mais j’aime ce gala, comme celui pour le cinéma de France, c’est à Paris, ma chère mecque à moi, pas à Hollywood, c’est en français, ma précieuse langue maternelle, pas en américain. Cela me fait toujours chaud au cœur et, chaque année, je me surprends à m’émerveiller pour un simple mot d’esprit, un coin de décor bonnement bien imaginé, une phrase bien tournée, une apostrophe bien frappée. Un des numéros a montré deux candidats politiques à une table des médias en vue d‘un débat. C’était fort bien fait, mené avec énergie, rempli d’effets sonores extravagants, mimiques de robots-humains bien mécanisés, gesticulations caricaturales mécaniques, le tout d’un comique renversant. Si loin des « chiards » dansés routiniers à Hollywood. À ces « Molière, un autre numéro avait fait voir l’acteur Dussolier, lyrique, déchaîné, moquant les vers ciselés des Corneille et Racine. Une parodie d’un désopilant renversant. J’ai ri et ma Rayon encore davantage. Le numéro du champion-cycliste fut, lui aussi, d’une formidable venue dans la parade, toujours lassante, des lauréats. Trois heures de télé presque qui parurent une seule. 3-
Samedi dernier, nous avons loué le très divertissant : « Le vol » avec l’acteur Gene Hackman, toujours épatant. Il y a longtemps que nous admirons ce grand dégingandé, ce gros bonhomme carré. Hackman joue si vrai, il offre à chacun de ses films un caractère d’un rare naturel. Dont on se lasse jamais, qui est pourtant basé, axé, sur une série de petits gestes, regards, expressions faciales…toujours les mêmes ! Une fois vu, on ne retiendra rien de l’histoire, comme toujours avec ces films de bandits. Début : préparation d’un gros vol et sa réussite. Une importante bijouterie de Boston. Le riche « commanditaire » mafieux de Hackman et ses lurons (joué par le nabot De Vito) veut tout de suite la réussite d’un deuxième vol. Un coup délicat dans un avion suisse à l’aéroport bostonnais. Déboulent donc une série de cascades. Un cinéma bien fait juste pour passer le temps…que j’aime bien.
Voilà que Rayon me parle déjà avec enthousiasme de Denis Thériault pour son « Iguane » Elle est toute prise. C’est merveilleux. Elle a hâte de poursuivre, au lit, la lecture de ce nouveau roman québécois, tant vanté par Martel. Hâte, moi aussi… qu’elle achève sa lecture.
J’ai terminé hier soir, au lit, l’ancien livre de reportages de Joseph Kessel. Le dernier lot d’articles (pour « Le matin » du temps) raconte pas bien un début de guerre civile en Espagne, précisément à Bacelone. Mais je retiens, et à jamais les excellents « papiers » du reporter Kessel sur
1-) Le marchandage des esclaves en Afrique de l’est, chez les marchands (éthiopiens) en faveur des Arabes de l’autre côté de la mer Rouge. Des écrits terribles, accablants, terrifiants. Ils font voir que l’esclavagisme si dégradant se continuait encore longtemps (années ’30 !) après les lois l’interdisant non seulement en Amérique mais partout dans le monde civilisé.
2-) Fantastiques descriptions de Kessel (1929) des Allemands au bord de sombrer collectivement dans le fascisme du nazisme. Kessel, qui écrit si bien, donne un portrait saisissant des bouges et des bordels, des caves bizarres du Berlin ruiné (par Versailles en 1918), aussi du Berlin tragique quand communistes et nazis tentent de rallier les démunis, les ruinés, les misérables berlinois de cette époque. Un reportage parfait. On y est.
3-)
J’ai aussi aimé énormément Kessel s’installant à New-York pour raconter à ses lecteurs les terribles effets de la fatale grande Crise économique de 1929.
Bizarre ce New-York de 1929, énervé, terrifié, alors que le 11 septembre…
C’est écrit avec « un art consommé », comme on dit comiquement. Les vivantes observations de Kessel font qu’on y est, qu’on voit les vitrines vides partout, Central Park couvert de vagabonds en loques, des mendiants rôdant hagards la nuit, dans la 5 ième Avenue comme à Broadway, les « soupes populaires » où, humiliés mais restant dignes, bien vêtus encore, d’ex-spéculateurs, millionnaires ruinés, vont manger.
J’avais souvent entendu vanter la valeur de cet auteur. Il était temps que je puisse vérifier cela. C’est fait. Vraiment un talent hors du commun.
4-
Dimanche soir, bonne bouffe populaire —pas trop chérant— au « Chalet grec » dans la rue Principale de Saint-Sauveur. Retrouvailles heureuses des enfants et des enfants de mes enfants (Lynn et Daniel) avec la tribu de ma bru, des La Pan. Grand restau au classique décor fait d’étalages d’objets « nordiques », métissage de « gecqueries ». Mes calmars étaient bien parfaits. Il fallait y « apporter son vin » ce qui réduit toujours le prix des factures, Dieu merci ! Nous avons terminé la soirée au chalet du frère de ma jolie bru, Murray—un prof— pas loin du Lac Millette. Dessert de sa Paula —encore une prof !— pas piqué des vers :fraises chocolatées ! Yum ! Bons cafés. Le chum de la sœur de ma bru…quoi ?, oui bon, le Paul Paltakis soudain fier des arts et cultures des ancêtres du temps…de… proche de Noé. Je le taquine. Il a entrepris de traduire —et d’adapter— mon vieux roman, de la « fantasy », « Le loup de Brunswick city ». J’ai confiance, il est fou de la nature !
Je m’anime et anime nos convives. Trop ? Gros yeux de Rayon quand je tente d’aller trop loin en caricatures familiales !Bruits qui montent. Les demi-sourds comme moi grimpent sans cesse dans l’échelle des décibels hélas. On rit. Jaune ? Bleu ? On rit. Nous rentrerons légers, contents, bien heureux de cette rencontre qu’une Carole —La Pan— ne cesse pas de susciter alors qu’elle a tant de chats à fouetter. Il faudra qu’un jour je lui accroche un gros ruban doré marqué « merci Carole ».
Comment y arriver : aller cherche un classeur de métal chez ma sœur, Marielle, à Rosemont, lui rapporter une berçante d’érable, ramener une table à dessin qui gît —chez ma fille, Éliane— sur une terrasse ouverte aux pluies… Bon, j’y verrai. Dénicher un « panel », un camion ou une « van », celle de Marco ? Oui, j’y arriverai. Gros problème métaphysique hein le bonhomme !

Le mercredi 13 mars 2002

Le mercredi 13 mars 2002

Alias :À CŒUR DE JOUR
1-
Oh la la, fait gris en titi mais je vois rouge : tas d’appels soudainement. Pour la SRC-radio, avec Pierre Nadeau, avec Claude Valade, ex-chanteuse, à CJMS-western (!) , une nuit avec un radioman rencontré chez Magnan…avec qui encore…Chez Liza, appel pour une rencontre « père fils », mais Daniel a refusé ! Il m’expliquera pourquoi ? Des horaires pour le Salon du livre de Hull par la Katleen du barbu de Trois-Pistoles. Mon Dieu, peur d’en oublier. Aile dit : « Du calme ! J’ai mis tout ça dans mon agenda,. Je veille sur toi, Cloclo ! » Une fée ! Ce matin, tôt, téléphone, Guy Lachance le recherchiste vaillant d’Arcand :
« Claude ? Riopelle vient de mourir. On te sonne dans une heure, prépare un topo ! » Je me recouche !
2-
Hier matin, Marie-France Bazzo, à sa radio du matin de la SRC, parle de Roger Drolet. Comme moi, elle a dû zapper du côté du canal « Vox » et lui voir la binette de chat raminagrobis quand il jazzais « ad lib » sur « le monde est fou » avec Pierre Ma…crotte. Bien moqueuse la Bazzo. N’apprécie pas « la femme docile et soumise », modèle de Drolet. L’intello branchée vit dans un monde bien loin du cher prédicateur laïc. Je doute de son succès si elle osait s’amener devant le demi millier de dévots de mon Roger Drolet au cinéma Château. Du monde hors sa planète pointue où l’on vous donne les meilleures adresses des meileurs restaus de Manhattan ! Comprenez ?
3-
Hier soir, souper avec Jean-Yves Laforce, ex-camarade réalisateur d’Aile, retraité lui aussi, recyclé en prof de télé au Grasset et aussi à Sainte-Hyacinthe. Il nous a donné un cours par immersion « verbale » sur le numérique et autres gadgets électroniques de pointe. Nous a parlé des cinémas numérisés de demain etc. Il s’y connaît en diable. Il a apprécié la bouffe des élèves…qui était succulente en effet. Les propos nostalgiques du Radio-Canada d’hier volaient entre lui et Aile. Il a loué un petit condo derrière le Chantecler, là où les côtes sont meilleures. Il songe à s’enligner, lui aussi, aux portes de l’école des petits chefs.
4-
Reçu le dernier « Couac ». Notre « canard déchaîné à nous. Ils tirent sur tout ce qui bouge une fois de plus, avec, dans ce numéro, une tendance « complots », à la manière du cinéaste de « J.F.K. », Oliver Stone. Certains faits venus de l’Internet laissent pourtant songeur. Comme ça se fait, en effet, que la CIA-Pentagone n’a rien vu venir des bombes-avions sur les Jumelles ? Et quelques heures plus tard, ils montraient 15 photos (en couleurs) des kamizazes araboïdes, leurs antécédents, leurs activités récentes aux USA (cours de pilotage, où et quand), leurs empreintes digitales. Etc. ???
5-
Un ex- de la SRC me courrielle pour me communiquer ses accords sur Radio-Canada, appauvri, congédieur, coupuré, et son chiard « forteresse » blindé et miroitante pour le service des nouvelles ! Scandalisé, il est. Avec raison. Ce Jacques Blanchette me fait rire aussi : il a vu une de mes coquilles où j’ai mis hier le mot « copule » au lieu de « couple » (ref : les Jodoin). Faut que je me ouatche mieux !
Ça y est, coup de fil : c’est André Pratte, patron, qui veut un article de bibi sur Riopelle pour demain dans La Presse. Ce sera fait et vite et bien j’espère. Des sous vont renter non ? Autre coup de fil, voilà que le camion à antenne parabolique de TVA s’en vient ici sur les chapeaux de roue ! Pierre Bruneau veut jaser sur Riopelle mort. Bon, Aile veut me maquiller, me dit que j’avais l’air un peu cadavre quand j’ai parlé « travaillite» avec la Maréchale.
Je ris. Quoi mettre :chandail noir, bleu, vert… Aile cherche ! Une fée, vous dis-je !
6-
Décidément, ce Marc Labrèche fait mouche parfois à son « Grand blond… » Hier, notre Laforce rentré chez lui, rencontre télégénique de Labrèche avec l’humoriste Anctil, adopteur de bébés chinois, avec Stephan Laporte aussi, concepteur actif et f.écond, il y a eu de très bons moments. Ma foi, faudrait que je le suive plus fidèlement sur ce chemin farcesque. Ce mot ! Entendu à TV-5, il me plait bien : farcesque ! Non mais… Avez-vous vu John Charest acteur dans le « soap » farcesque (encore ?) du Grand blond ? Je l’ai trouvé courageux. C’est un risque énorme qu’il a pris. Il était habile. Sobre. Aile, elle, n’apprécie pas : « Ces politiciens en comédiens, c’est juste pour racoler du public. Indécent ! » Elle est plus « grave » que moi. Elle déteste ces mélanges. C’est sérieux pour elle la démocratie et ses gens. Pour moi…b’en je sas trop que c’est un vaste « club », qu’ils ont des ententes, du copinage, au Café du Parlement ou ailleurs, qu’ils forment une troupe de mauvais pitres le plus souvent.
Samedi qui vient, bouffe chez Pierre-Jean et Carole Rioux. Le « Spooner », Cuillierier, devra me rendre le catalogue (prêté à regret par moi il y a plus d’un mois) sur mon père mort où il est illustré avec photos et écrit par Pascale-fille-à-Pauline-Julien qu’Édouard Jasmin avait du génie comme potier naïf. Je lui rendrai son livre sur « l’épouse bafouée » du muraliste Diego Rivera, incarnée par Sophie Faucher, récemment , au « Quat-Sous ». Sommes allés tout de même marcher sous ce ciel gris pour la santé de nos os. Plein de touristes de l’Ontario. Explication : c’est leur semaine des neiges à eux ! Les Amerloques il y a trois semaines ? Même raison. Le complexe du Chantecler profiter de tous ! Passant devant le « solage » (ruine historique, vous savez !) de mon ex-écurie du Chantecler, rue du même nom, où j’avais tenté de ne pas crever de faim à 20 ans…souvenirs à raconter qui débordent. Je parle. Soudain, Aile me dit : « J’avais quatorze ans, moi ! » Avait-elle besoin de me dire la différence d’âge entre nous ? La venimeuse !
Oh, voilà la parabole TVA…faut y aller ! Riopelle, génie de la spatule coloré, priez pour moi ! oh! À l’horizon, un petit soleil chétif se montre, c’est rose et citron, c’est kioute !

Le dimanche 3 mars 2002

Le dimanche 3 mars 2002
1-
Le bonhomme hiver est tellement en beau maudit d’avoir raté sa saison qu’il se venge ce matin. Brume partout. On voit plus rien devant soi. L’autre rive du lac…invisible ! J’aime ces allures de monde disparu, rayé, contours effacés, sol englouti : mon côté romantique ? Achat de croissants ce matin par Aile, envie de varier le menu. C’est bien. Aile, frénétiquement, tousse sans cesse , un rhume étrange ne la quitte pas…elle est tellement attachante ! Des jus et du sommeil…ce matin, il est onze heure quand on quitte notre couche nuptiale ! Une certaine honte !
J’ai oublié le nom d’un grand penseur sage qui affirmait : « tous les jours, deux lectures essentielles, mes vieux testaments (bible) dans une main et dans l’autre, le journal du jour ».
En effet. Sorte de frénésie encre ce midi en ouvrant le journal. Incapable de comprendre ceux qui ne lisent pas le journal du matin, les nouvelles fraîches de la veille quoi. Mais un journal intime ne doit pas qu’être un résumé des nouvelles. Impossible par contre de pas faire écho aux activités dans notre cher monde, planète malmenée.
Pour nos braillards angoissés face aux écoliers québécois, relire (un texte de Jean-François Lizée) ce rapport d’une enquête internationale sur l’éducation (l’instruction plutôt ?) menée par l’OCDE en fin d’année. Trois grands tests depuis 1994 et cela dans 30 pays développés. Eh bien pour les sciences et les mathématiques, les jeunes québécoise se sont classés « les premiers » !
Répétons cela aux anxieux et à ceux qui, racistes invertis, nous jugent collectivement des « poches » en la matière !
« Ouen, mais nos jeunes lisent pas… » Faux encore ! Nous nous classons (lecture) bons seconds. Sur 30 pays avancés hein ?
Au total, on y est les premiers partout. Troisième est notre pire rang. Okay le sinistrosé ? Ces résultats nous installent devant l’Ontario, et, loin, devant les USA. Que nos colonisés patentés montrent sans cesse en bon exemple.
2-
Hier, le billettiste Marc Cassivi : « TQS râle, veut des prix aux Gémeaux…c’est un peu comme si Claude Jasmin exigeait le prix du Gouverneur général pour son dernier roman. » J’ai eu mon lot de « prix », me manquent que ce « General Governor » d’Ottawa (bof !) et le « David » de Québec ! Ce dernier, on finira, tous les écrivains féconds, par l’obtenir. S’agit d’attendre son tour. Un matin, folie qui m’amuse, je rameute —au lieu de prestigieuses signatures de lettrés— mes beaux-frères, ouvriers, et mes sœurs, midinettes, afin qu’ils me recommandent pour le David automnal.
J’avais expédié aux savants jurés du Prix David cette liasse de lettres, certaines écrites presque au son. Cela m’amusait d’imaginer leurs augustes figures se crisper d’horreur devant des témoignages aussi peu littéraires. Je suis un gamin parfois. Pas eu le prix, vous pensez, le jury de « doktors en lettres » et experts-profs en sémiologie et en linguistique devaient s’en torcher que les miens s’écrient que « Tit-Claude était un fameux conteur » .
Un philo-sociologue de France, Lipovetsky, a répondu aux questions de Robitaille (Le Devoir) et il prône la légèreté de l’être. Bravo ! Il reste optimiste, déteste le manichéisme actuel, à la mode, déclare qu’il y a bien plus de conscience sociale et civique chez les possédants que, par exemple, dans les années’30 quand montaient les fascismes. « Le superficiel a sa légitimité » ose-t-il dire. Il éloignerait des totalitarismes (les idéologues graves ?). Il est étonné de constater alors que l’on vante et chante partout le festif, l’hédonisme (pubs du monde marchand, par exemple), l’angoisse lourde de ses élèves dans ses classes.
Il termine son interview en disant : « Agaçants ces intellos qui dénoncent la télé tout en l’hypercritiquant sans cesse (ils la regardent donc). » Et : « Ça n’est pas de la barbarie une société qui marche à la légèreté. » Rafraîchissant bonhomme ce Lipovetsky, non ?
3-
Regardions, hier, le gala des Césars (dans un vieux théâtre merveilleux) pour les films made in France. Parfois bin plate. Amateur souvent . Séance d’école. Improvisation totale souvent. Pourtant une atmosphère de rigolade fait du bien à voir. On disait :« On ne se prend pas au sérieux comme dans ce Hollywood aux « Oscars » où la moindre seconde de show est calculée, où une machinerie impeccable prévoit tout, règne en despote furieux. Le jeune comédien, Edouard Baer, en présentateur, fit le joker. Un rigolo doué. Ainsi, vers la fin, Baer annonça qu’il va faire une grave déclaration, délicate, importune mais essentielle, trémolo dans la voix… Nous guettions une sortie historique et voilà que son laïus tombe à plat… sans sujet aucun. On verra jamais de ces farces aux Oscars si « seurieux ».
Quand un « nommé », un beur, se précipita au micro pour remercier, avant même le décachetage habituelle, ce fut une franche rigolade aussi. À Hollywood deux « videurs », armés, l’auraient sorti illico, non ? Bref, de la légèreté, tiens ! Enfin, un savant montage (et sans infographie à incrustations), vraiment étonnant, d’images d’oiseaux exotiques qui obéissaient à un cinéaste invisible, offrait un morceau d’anthologie. Aile morte de rire comme moi.
La « grande reporter » Oriana Fallaci, jadis célèbre, ose déclarer que le monde islamique est très en retard par rapport à notre civilisation (chrétienne blanche occidentale), que les femmes de ces contrées, habités de machistes dominateurs, devraient se révolter, cesser de tolérer ces jougs antiques… et c’est la stupeur ! L’indignation partout.
Quelle hypocrisie ! Cette crainte niaise de passer pour « impérialiste », pour « paternaliste », réduit au silence les pleutres de l’Occident.
Pas un chat (chrétien blanc) ne voudrait s’expatrier dans les pays (intégristes ou non ) de cet Islam, pas vrai ? Berlusconi, le Président crésus italien et détestable potentat bien capitaliste, osait parler de cette manière et « les gauches » le fusillèrent. Mais elle, la renommée Fallaci, elle ? Oh ! On chuchote : « Elle est malade, elle traverse une crise ». Hypocrites mondes !
4-
Proverbe : « seule la vérité blesse ! »
Réjean Tremblay, ce matin, lance et compte. Tous ces correspondants, dit-il, avancent :« Que ces millionnaires, comme Villeneuve, se la ferment, ils mordent la main qui les nourrit. » Tremblay explique calmement à ses froussards la raison qui fait que le « boss » endure les écarts de langage de leurs petits et chers protégés. « Ils rapportent de l’argent !» C’est tout simple. Je ne cesse plus de lire cette expression: « mordre la main qui nourrit ». On l’utilise pour un cinéaste de l’ONF, pour un téléaste de Radio-Canada (je fus servi là-dessus quand je critiquais la boîte). Pour la majorité celui qui est payé pour son travail doit s’autocensurer, tout laisser passer. Être reconnaissant comme un « bon tit nègre » du temps de l’Oncle Tom ! Avachissement stupide.
Villeneuve a dit que « Pollock, congédié par Bat, a été traité comme du bétail ».
Hon !
Tremblay frappe et cogne : « Jacques Villeneuve rapporte aux marchés de BAT un profit de 1 000 000 018 $ (US), ça vient de finir. À Melbourne, samedi, il y avait que lui et Schumacher comme champions de la F1 sur la piste. On achète pas le silence de ces types. L’argent (21 millions à J.V.) n’achète pas la liberté de penser, de s’exprimer, à moins d’être un trouillard.
5-
Regard à ma fenêtre :pluie oblique. Neigeuse un peu. Tonnerre au loin, eh b’en ! Le lac rempli de flaques d’eau ! Chantons : « Mais où sont les neiges d’antan ? » Chaque fois que la température faisait des siennes, dans les année d’après-guerre, papa disait —sa scie à lui : « Ça, c’est à cause de la bombe atomique mes petits enfants ! » Maintenant j’entends souvent : c’est les gaz, les oxydes de carbone, c’est la couche d’ozone perturbée… » Bon.
Il doit se sentir fragilisée le critique Louis Cornellier du Devoir. Deux collègues ( M.-A. Lamontagne et Odile Tremblay) l’attaquent ce samedi. Il a osé (hon !) dire que les bons vieux classique de France devraient être enseignés aux jeunes collégiens après (b’en oui, après, hon, hon !) une bonne et habile initiation aux écrivains d’ici. Impardonnable position fait le chorus des aristocrates ! On grimpe aux créneaux. Pourtant la pédagogie actuelle est du bord de Cornellier. Et moi itou.
Dans son article, Lamontagne louange les écrits de notre brillant Kérouac à nous, alias Frère (botaniste) Victorin, mais se trouve heurtée quand le génie écrit en patriote sur notre histoire.
Ceci explique cela, elle semble dire : « Reste donc dans ta houache, les plantes. Ne pense pas sur nos malheurs historiques. Pas ta place ! Chacun enfermé dans son créneau, sa cage ! » Belle connerie !
6-
Un certain Pierre Jourde de Paris , bien cuistre, publie « La littérature sans estomac » et il attaque les auteurs qui ont du succès. De Sollers à Angot, de Darrieusecq à Beigbeder, à Ouellebec bien entendu. Donc les liseurs sont des poches ! Ah, faudrait changer le public lecteur n’est-ce pas, comme ce député dépité souhaitait changer de peuple ! Jourde, mitrailleur fou, saurait, lui, rédiger des romans forts, incontournables. S’il peut s’y mettre car qu’allons-nous devenir, tous, s’il ne s’exécute pas ?
La petite Bertrand de la rue Saint-Hubert, alias Andrée Ferretti, était une sacrée « donneuse de leçons » dans les années ’60. Elle publie « La passion de l’engagement » et fustige les indépendantistes qui osent faire face aux « faits têtus » de la réalité. C’est digne. Il en faut. Parizeau ou Landry ? De tristes échangistes ( pacte de l’Alena maudit !). Militante sincère, elle recommande « les mains propres » et on sait ce qu’en disait Sartre de ces « mains jamais sales ».
Sur les sujets ci-haut, je lis R.-M. Sauvé, mon âge, qui dit qu’il a lu la comtesse de Ségur à 11 ans, Jules Verne ensuite, Shakespeare, Scott et Chaucer à l’université, et des littérateurs allemands, et des Américains, surtout Lewis… son témoignage pour dire qu’il faut lire jeune (non?) et de tout (non ?) . Il veut appuyer la dame de France, Guiserix (comme dans Obélix), qui dénonçait la position Cornellier (étudier d’abord les auteurs d’ici), elle aussi. Le racisme inverti toujours !
Pauvre Salman Rushdie, son dernier bouquin, « Furie », un flop ! Récit trop compliqué. Un soufflé raté. En interview, il dit qu’il a voulu offrir « le grand roman américain », qu’il a voulu s’inspirer de la chute de l’Empire romain…rien que ça ! Qu’il a voulu rédiger son « Great Gatsby » à lui. Son « Furie » serait emberlificoté avec trop de pistes ! Eh maudit que c’est pas facile. J’ai tant souhaité, comme tant de mes collègues, faire « le grand roman québécois », maudit que c’est dure le talent, introuvable le génie ! Rushdie s’est essayé. Faut continuer mon cher Salman. Se reprendre. « Mais nous, nous serons morts mes frères » quand apparaîtra ce « livre des livres » sur les Québécois !

Le lundi 25 février 2002

Le lundi 25 février 2002
1-
Quelle douceur dehors ce matin. Un 25 février ! Rare cela ! Saison touristique bousillée à jamais, hélas, pour nos affairistes. Et les jobs tout autour. Hier, subitement, plus un chat sur les pistes autour du lac ! Ah, le hockey s’amenait aux J.O. Tout le monde aux écrans ! Me voilà redevenu le gamin surveillant le match au Forum, via la radio, quand j’avais 15 ans ! Surpris le premier de m’exciter tant à chaque but compté par ce club de jeunes millionnaires Canadians (et quelques frenchies ). Aile fort amusée de me cris, de mes avis, de mes bons conseils, de mes jurons, de ma verve de « gérant d’estrade ». Je m’amusais bien. Notre Étonnement à tous deux de ce soudain patriotisme singulier. C’est cela les J.O ? Dans les « canards » l’on s’insurge de ce patriotisme ou bien on l’approuve carrément. Oui : C’est donc aussi cela les J.O. ? Hon ! Les adversaires des nationalismes doivent en baver ! La vérité se trouve concentré derrière cette grande fête universaliste qui cache mal une sorte de chauvinisme inévitable.
J’ai apprécié, beaucoup, au spectacle d’ouverture, cette parade étonnante, faite de personnages gigantesques de chiffon, (nylon ?) ça volait au vent de Salt Lake City. Beauté fantastique ! On y jette des fortunes c’est certain. Hier soir, spectacle de fermeture, c’est lent, long… et vers la fin, de nouveau du spectaculaire inouï ! Ce couple de squelettes de « dinosaures » géant, articulé, fort impressionnant ! Ces figures géantes avec des tissus ultra-légers, encore une parade, un défilé renversant. Ces jets de peinture « garrochés » sur la glace, oh ! Ces silhouettes, immenses marionnettes « à tiges » (création antique des Javanais, disait-on), ces gros ballons blancs qui déboulent du fond des estrades… Oh ! Ces oiseaux blancs manipulés par des gens en noir et ces baguettes (boudins) phosphorescentes, ces spectres mouvants au fluor multicolore, la foule elle-même et ses innombrables lumignons… Oh !
Ah oui, vraiment, ces « chiards » visuels ruineux extravagants offrent un visuel unique chaque fois que les J.O. débutent ou se terminent. L’ex-scénographe en bave de joie, savez-vous. Ainsi de ces étonnantes projections d’images sur les immenses drapeaux rectangulaires… effets optiques merveilleux !
Souvenir : avec des moyens modestes, et en peu de jours, du temps d’ « Âge tendre », télé-jeunesse, je tentais de ces essais visuels avec projections. Nous étions en 1966, un an avant Expo,67, j’en cause abondamment dans un chapitre de mon « Je vous dis merci ». Nos modestes essais de scénographie nouvelle étaient les bons, désormais, ces effets visuels sont la crème des « designers » actuels. À un certain théâtre avant-gardiste (j’ai vu « Le ventriloque » et « La face cachée de la lune »), ils font florès. J’y reviendrai. Ce cinétisme vient des débuts du cinématographe. On tente d’abattre les décors d’antan, on veut un environnement visuel suggestif, moins réaliste (Lepage , Maheu etc.). Mais pour monter, par exemples : « Mort d’un commis voyageur », ou « Ménagerie de verre », ou « Les belles sœurs », peut-on éviter de signaler les lieux réalistes de ces drames prosaïques ? Ça se peut. Il y faut du génie en symbolisme ! On me dit que pour le « Au cœur de la rose », texte réaliste de Perrault, on a eu recours à des images projetées, prises des films de ce Perrault. Bonne idée sans doute.
2-
Nous sommes attachés, Aile et mi, à ce Guillaume Durand qui anime « Campus », le dimanche soir. Merci magnéto enregistreur. « C’est un très bel homme », me redit Aile. Hum, jalousie tue ! Et il est fort habile, brillant même, pour conduire sa bande de questionnés et leurs livres frais sortis des imprimeurs. Le successeur de B. Pivot a sa formule : un, invités (trois ou cinq) pour de neuves publications. Hier :Robert Hossein, l’ex-playboy, la « vedette » converti à Jésus, l’ex-kioute actrice Mylène Demonjeot (très vache dans son livre avec sa belle-mère Simone Signoret, oh !) et un psychanalyste, Serge Tisseron avec « L’intimité surexposé ». Il a jasé sur « presse populaire et presse « de caniveau », oh !.
Donc, à « Campus » il y a « thème » souvent. Hier : la célébrité « quossa donne ! » et le narissisme des « stars » serait un effrayant cul-de-sac, une impasse. Intelligent choix ce « thème limité » car il sort tant de livres, et chaque jour, en France. Deuxième segment du « Campus » ? Des archives visuelles aux images surprenantes parfois. Hier, feu Romy Schneider (hum, ortho ?) au bord des larmes relatant ce paparazzi déguisé en infirmier pour capter le fils mort dans un hôpital.
Trois : débat sur un sujet d’actualité (hier la judéophobie renaissante en France. Hier, le président, un « beur », de « SOS-racisme » qui s’est enragé contre un publiant : « Encore un fois, l’on tente de cibler de façon raciste tout le monde émigrant arabe de Paris ! » En effet, avec ce président israélien Sharon agressif, le chef Arafat interdit de circuler, l’ « intifada » nouveau…on soupçonne —solidarité pro-palestienne— les «araboïdes » français d’agressions, de vandalisme etc. Enfin, quatrième segment de « Campus » : des critiques prestigieux face à des auteurs aux nouvelles pontes. Moments de bonté !
On y trouve aussi des entrevues souvent : hier, c’était un romancier britannique déclarant : « C’est totalement fini le prestige de la France d’hier (du temps des Sartre, Malraux, Camus, spécifie-t-il) chez moi en Grande-Bretagne ! Désormais il se publie tellement de bons livres en anglais. Et il y a les anglos d’Australie, du Canada. »
L’hypocrite passait vite sur l’immense et puissante vague des livres publiés in USA. C’est sans aucun doute vrai. La littérature de Paris « a pris le bord » en Occident ! Hélas ! C’est « l’axe amériano-anglo-germano etc. », un impérialisme culturel. Je parle souvent de cet « axe » envahissant et cela fait sourire ma chère Aile ! Comme si je souffrais d’une fixation. Est-elle, ma foi, aveugle ? Mais oui, il y a un « axe mondialiste » des « anglophiles » avec, tête de proue, la langue américaine toute puissante. Cet axe (non pas du mal, oh non !) du « monde culturel » (avec « dumping » partout, en chansons, cinéma, télé, livres) règne sur tous les continents. Son moteur principal est les États-Unis. Inévitable conséquence de sa puissance économique actuel.
Tout cela, je reviens à « Campus », se déroule à un train d’enfer. « Campus » est fort stimulant mais il faut ouvrir les oreilles, « La fureur » c’est plus facile ! Bernard Pivot semble maintenant un « tit mon oncle » en fauteuil dans ses pantoufles. Reste qu’il y a eu, bien sûr, des rencontres fortes chez « Bouillon de culture ».
3-
Soudain, surgit le fécond auteur Juif-Français, ex-conseiller de Mitterrand, banquier en difficulté à Londres, Jacques Attali. Son « Les Juifs et le monde de l’argent » lui a valu des accusations de favoriser la judéophobie ! J’en au parlé déjà. Sa thèse ? Attali dit : « le monde chrétien comme le monde mahométan interdisait les profits, la spéculation, les rapports très commerciaux entre des mondes divers, la manipulation franche de l’argent. Cet aspect de son livre me fascine. Le reste, moins.
Alors on aurait chargé les Juifs —des nomades comme forcé, obligé ce « exilés » (empêchés de possession du sol )— d’organiser « le commerce de l’argent ». La Thora, dit Attali, n’aurait rien contre l’argent et les intérêts s’y rattachant, ah ? Le monde eut soudain besoin de crédits pour ses immenses projets (exemple : Colomb vers les découvertes, dit-il). Alors gigantesques montages financiers échafaudés par les Juifs ! Ce fut le départ (dès 1534) du Juif-puissant-homme-de-finance, indispensable. Sales besognes ? Pas pour l’israrélite, il,aceptait volontierrs d’être l’intermédiaire « indispensable », l’expert.
Son livre avec ce sujet, l’argent (Hitler en faisait son grief essentiel : l’Allemagne était contrôlé par les banquiers et financiers juif !) énerve évidemment. Attali dira à ce Campus d’hier : « Le juif veut partager la richesse, ce n’est qu’un instrument pour lui. Hum
Tous des altruistes, mon Jacques ? « L’argent ne lui est jamais pas une fin, s’exclamait-il, mais un « moyen » d’aider les autres. » Toujours ? Vision candide, intéressée ? Angélisme douteux ? Il a parlé de Hollywood, machine juive par excellence, (qu’un Marlon Brando a regretté de pointer du doigt ) comme d’un merveilleux « vouloir communiquer » avec le monde ! Succès inespéré, ça ! Il a dit, il y a eu différents Juifs selon le pays, site : Un « Marx » ou un « Rothschild ». En Russie, vu la situation, le Juif ordonnera, participera à la révolution, en Amérique, plein de banquiers juifs prospères, ce fut toute autre chose. Tu parles ! Bref, une entrevue néanmoins captivante.
4-
Ah mon Dieu, je pourrais jacasser (jasminer ? jaspiner ?) sur tant de pages ! Ce journal aurait mille pages aux six mois ! Embêtant pour l’éditeur. Je me retiens.
5-
Téléphone tantôt : Pierre Bruneau de TYVA, me veut ce soir pour « opinionner » sur les J.O. Le camions s’en vient. Joie de pouvoir dire tout le bien que je pense sur les spectacles de ces Jeux. Magoulles, juges vendus ?, oui, oui, il reste que ce grand « pow wow » est une occasion de rencontres entre nations variées pour tant de jeunes volontaristes aux physiques impeccables. Je vais casser ce soir mon image de « chialeux » de « critiqueux, de négatif Youpi ! Re-téléphone : » Ici Anabelle de TVA, merde, on a pas de camion à antenne. On se reprendra. Enfin, je cherche encore ! Je vous recontacterai. » Qu’elle trouve un camion et vite.
Voilà que des adultes faits, « garrochent » des cailloux sur Satan ! Rituel religieux coranique, à Mina, près du Mont Ararat ! J’en reviens pas. En 2002 ? Je pense à cet arbre « méchant », désigné par moi, (un pin qui étouffait de jeunes pousses tout autour) pour que mes petits-fils puissent se défouler au parc Sophie-Barat !Ils fouettaient ce pin avec une vigueur, si heureux ! Mais là-bas, des Arabes adultes ? Folie religieuse infantilisante !
Mon amie la merveilleuse Marguerite Lescop (deux ou trois livre publiés) obtiendra « l’Ordre du Canada » ! Et moi ? Sis-je un chien ? Avec mes livre en hautes piles ! Rien ? Jamais de médaille
Fédérale. Je crache mes impôts la-bas ! Injustice. Quoi ? On sait que je suis un indépendantiste ! Pis ? Répétez-le : Jasmin accepterait toutes les décorations (j’ai jamais eu de médaille à l’école !). Je dirais à Ottawa : « j’accepte volontiers cette reconnaissance d’un pays voisin et ami ! » Quoi ? Ah, c’est cela qu’ils veulent pas entendre. Bon.
Les gazettes du jour : la Royal Bank of Canada. Bénéfices en hausse, 734 m. de $, de profits nets ! L’action a monté de une piastre et quinze cents ! Actionnaires contents ! Qui la bouclent quand on congédie des caissières ! J’en ai parlé.
Foglia hier : « les athlètes sont des « sans le sous ». Seuls gagnent bien les permanents des organisations diverses, les fonctionnaires des fédérations et les reporters en sport. » Ça me fait penser aux écrivains : vivent bien les bureaucrates du « livre », les professeurs de littérature et les chroniqueurs de livres. Pas ceux qui les font ! Eh ! Partout même histoire quoi !
7-
Proche de Syracuse, les indiens de la variété Oneidas, vivent enfin dans un certain le confort. Avec le vice du jeu. Casinos indiens bien installés. Avec hôtels, golfs, etc. Pas d’impôts fonciers à payer. Oh ! Mais ils donnent aux écoles de la région (13 M. de $). 600 jobs ! Ils sont mille ! Quatre millions de visiteurs, 85% de Blancs. Les Mohicans du Wisconsin vont s’y mettre et aussi les Mohegans du Connecticut. Vive le vice !
Jadis, ici, le « jeu » était un grave péché, condamné par les bien-pensants et les curés. Enfant j’entendais dire les ravages de cette manie pour cons candides et « exploités », jouet utilisé, tous victimes, pauvres garés, jouets de leurs faiblesses d’homme. Ici, le vertueux catholicard Jean Drapeau menait campagne contre le jeu (et tant d’autres horreurs telles les stripteaseuses à la « Peache », à la « Lili St-Cyr »). Puis, il sera le premier à installer une loterie publique ! Ce sépulcre blanchi virait capot ! En 2002, c’est une industrie de l’État ! Et « pas à peu près » comme dit le bénéficiaire de la sécurité sociale… qui rêve, se rendant aux comptoirs de « l’État-Mafia », de gagner sans cesse. Une chance sur 13 millions !
8-
Avant-hier, Isabelle Hachey (« La Presse » à Londres) a tenté de nous faire pleurer avec son long article. Imaginez-vous donc, les jeunes Britanniques se contentent de la langue américano-anglaise ! Hon ! Ils risquent de finir le cul sur la paille, écrit-elle ! Il faut craindre pur leur avenir à ces inconscients unilingues anglais !Est folle ! Juges et parties des profs de français à Londres se lamentent de cette insouciance scolaire ! De qui se moque-t-on ? La « lingua franca » triomphe sur tous les continents.
Et si jamais un étudiant londonien se fait offrir un job en Espagne, b’en il ira chez Berlitz, crachanty un peu d’argent, ça prend un petit mois, maximum. Pour l’allemand, pour l’italien…idem. Quelle connerie cet article !
Cela dit, j’aimerais bien apprendre l’italien, j’aime tant cette bella lingua ! L’espagnol me serait plus pratique ? Bon. Je m’y mettrai un bon jour.
9-
Ça vient de paraître : Claude Masson, rédacteur en chef et mon ami de « La Presse », a été tué par un kamikaze. Eh oui !C’est officiel. Washington va le déclarer bientôt. L’enquête est close et en Egypte ça gueule !
Gamil al-Battouti a été un autre « fou d’Allah » comme ceux des deux tours de Manhattan !Il a voulu ce fatal plongeon de son avion dans l’océan. Haïr ces intégristes déboussolés ? Oui, je les hais. J’aimais beaucoup Claude Masson, d’une gérance habile, ferme et à la fois diplomatique, croyant modeste, doux et humble de cœur, généreux, curieux. Masson m’avait permis de dialoguer publiquement dans son « canard », d’abord avec Daniel, mon fils, durant vingt-six semaines. Et puis, plu tard, avec David, mon petit-fils durant tout un été. Un jour, avec l’épouse aimée, il part en vacances pour visiter le patrimoine fantastique de l’Égypte. Ce pathétique islamiste, Gamil al- Battouti fait sa prière coranique et, Allah ou Akbar, fonce dans la mer. Mort de Claude. Masson ne sourira plus jamais, à personne. Je le hais tellement ce Gamil-du-diable ! Comme je hais tous les fondamentalistes accrochés à « la lettre » des écritures antiques des livres qu’ on dit « saints ».
10-
L’imagier Denis Marleau fait de « son » théâtre au musée d’art contemporain, Place des arts. Bien à sa place ! Je m’étais endormi à son « Les trois derniers jours de Pessoa » où Marleau projetait des effets mouvants sur le visage masqué du bon acteur Savoie, immobilisé hélas dans sa couchette d’agonie. Cette foi avec « Les aveugles », Marleau économise aussi, le Savoie et la Bonnier joue douze les rôles.
Nous apprenons que cet inventeur de « gamiques » visuelles a des sources, des inspirateurs. Par exemple, à Bordeaux, Tony Oursler, un vidéaste américain, démontrait ses projections lumineuses su des mannequins ! (J’ai joué de ces effets pour des variétés en 1966, j’en ai parlé. C’est excellent au music-hall). Luc Courchesne, utilisait la machine (1900) de Raoul Grimoin-Sanson.
Lentille de 360 degrés. Écran transparent. Effets de spectres. Cela amènera l’ONF, à Expo’67, à offrir son écran total. Genre : la police cheval dans les Rocheuses. Bon chic, bon genre « kioute », travelogue-pour-tourisme » sur notre grand Canada. Viendront les dix (10) projecteurs en un du IMAX.
Avec son « Les aveugles » inspiré de Maeterlinck, Marleau immobilise ses acteurs, « c’est statique », dit un chroniqueur. Ça doit. En France, Gaston Baty, un du fameux « cartel » de théâtre, dominateur ou lassé des initiatives (normales en équipe) des comédiens finira sa carrière avec… des marionnettes ! Le dictateur, ainsi, est sûr d’être obéi ! J’ai fait des marionnettes (à gaine) jeune, vrai, aucune rouspétance dans ma petite troupe de poupées dociles.
11-
Quatre Acadiens, aux Communes d’Ottawa, pour raison de parti, refusent d’appuyer la demande d’excuses à Londres pour la pire infamie jamais exécutée ici, la déportation des paysans en 1755. L’horreur pourtant ! Faut les pointer du doigt : Leblanc, Castonguay, Thibault et Claudette Bradshaw. Quatre cloches-députés ! Un fier avocat « Cadien », de la Louisiane, a mené ce combat essentiel, une bataille de 12 ans et le député bloquiste, Bergeron le félicite. En Acadie, le vétéran de ces combats, le patriote Chiasson, a repris courage. « Ça prendra 3 ans encore pour que Londres bouge et fasse amende honorable et normale pour cette écoeuranterie historique (commandée par le Lawrence et ses sbires). La « commande » d’excuses est en route ! En 2005, ce sera le 250 ième triste anniversaire du fait odieux. Une commémoration se prépare en grande. Bravo !
400 ans qu’ils se souviennent les spoliés de Port Royal. Vaincus depuis 1710 pourtant, il faudra aux monstres britanniques 45 ans pour mettre à exécution leur « nettoyage ethnique » dégueu. Les agriculteurs qui avaient défriché et tout, victimes de ce « petit » (sic :selon un anglo finfin) génocide ( il y en a des petits et des grands ?) enfin autorisés à revenir dans leur patrie, devenus des « sans terres » depuis ces vols crasseux, se feront pêcheurs par la force des choses.
En 1765, on en laissa rentrer ici au Québec, à l’Assomption ce sera « grande corvée », les Acadiens couchant dans les granges tout un printemps et un été, ainsi naîtra un Saint-Jacques de l’achigan, leur nouvelle « petite patrie ». Ceux que cela captivent peuvent lire mon « Outaragassi » —le nom indien de L’Assomption— publié en 1968 chez Sogides. En 1755, un Milosevic « bloke » commettait la pire affreuseté dans le pays maritime, notre finistère.
12-
Hier, cahier Lectures, mon prochain éditeur n’aurait pas dû « exécuter » le show « Notre-Dame de Paris » de Plamondon. Il y a là amalgame déplacée. L’énorme succès de sa comédie musicale ne voulait qu’évoquer le roman de Hugo. Cela se fait pour toute la littérature « classique » et les contes universels, depuis toujours. « Les gueux du show font ballet-madame Chiriaeff et sont costumés façon Christian Dior », écrit Beaulieu. Vrai mais c’est « la game » en ce domaine et personne ne s’attend à « relire » du Hugo sur cette sorte de scène à couplets, à musique pop, à caracolages gymnastiques.
Dimanche, son : « L’intégrisme inversé face à la tolérance » est de bien meilleur cru. Il fait voir mon influence sur ce cadet. Beaulieu venait de me lire (« Écrire ») sur ma définition du
« racisme inverti » : ce racisme étrange rend admirable tout ce qui vient d’ailleurs et minable tout ce qui est d’ici. J’ai dit ! Riez.
Jeune, j’ai aimé John Steinbeck (« Les raisins de la colère », « À l’est de l’Eden »), le reportage de dimanche (La Presse) illustrait le pèlerinage pour se admirateurs. Monterey. Vastes collines, plaines agricoles, la mer, ruines d’un village-de-compagnie pour ouvriers (en sardines), etc. J’étais jaloux de lui. Moi, un jour, quoi montrer à mes groupes de dévots, en 2080. Pauvre quartier Villeray ben peu exotique ! Riez.
Je marque « riez » car un courriel me montre que mon humour est pas visible parfois. Ma correspondante a cru que j’enviais Michel Tremblay pour son beau site sur Internet !Je blaguais, lui ais-je répondu. J’aime et j’admire Tremblay, il a été un auteur (lui ais-je écrit) essentiel ici !
Ce matin, Chapleau y va franc avec l’Arabe aux mains nus et l’Israélien monté sur son gros char blindé. On lit en légende : « Violence cessante on va se parler d’égal à égal ».
Oh, oh ! Va-t-on l’accuser de judéophobie ?
13-
J’ai toujours bossé (à CJMS, CKVL, à TQS, chez plusieurs éditeurs) sans contrat. Pas de collier pour le loup ! Ainsi, j’étais libre de partir n’importe quand. Et les patrons de me virer si insatisfaits de mon ouvrage. Normal, non ? Cela sans agent, sans gérant, sans avocat, sans manager quoi. Voilà qu’une animatrice, Isabelle Maréchal —qui a tout cela— poursuit CKAC qui l’a virée, pour 300,000 $ ! Diable ! Le monde change. Les jeunes sont durs.
14-
Rions : un célèbre grammairien (j’oublie son nom, merde) siégeait au DIP (ex-faux, ministère de l’éduc) et quand on présentait son manuel scolaire, soupçonné, il affirmait qu’il sortait dans le couloir (!) durant les délibérations de ses bons copains du DIP. Ce fut la risée générale dans nos médias, avec raison. Le ridicule tue, il est mort pas longtemps après ses pieuses protestations. Voici que Daniel Gourd de Radio-Canada nous sert cette farce. Quand son Vincent de fils présente un projet de télé :il sort. Mieux, il repousse le projet de fiston à l’étage au-dessus cher sa collègue Michèle Fortin, son boss.
Pas le premier a s’excuser dans ce sens. « Je me retire dans le corridor, quoi ! » On se souvient de Chrétien…de Béard…de Baril, du frère à John Charest…de qui encore ! Peuple « té toé ».
15-
Un honorable et responsable citoyenne de Hull découvrant certaines B.D. malsaines (il y en a pas mal, je les recevais un pour recension à La presse) veut que la bibliothèque municipale retire ce stock loin des enfants. Un (auteur inconnu au régiment) Charles Montpetit crie vite, vite à l’affreuse censure et réussit à enrôler mon Union (Uneq) dans sa protestation, hélas !
Dans Voir, un autre « fêlé du coco » (Céline) s’effarouche à son tour sur le même sujet. Ces énervés —alliés objectifs des dessinateurs dépravés— ignorent que les excès des petits fous attirent toujours censure et le reste. Au lieu de pointer ces déboussolés en grossièretés voyeuristes, pointent de valeureuses personnes qui veulent faire la différence entre audace de bonne venue et lubricité bien conne. Des coups de pied se perdent….
16-
Louis Cornellier, prof de Joliette et excellent critique d’essais, a osé recommander d’enseigner d’abord, avant les Français célèbres, la littérature d’ici, j’en ai parlé. Ce matin, encore une « fraîche » pincée qui le blâme et se réclame de l’universalisme…Toujours l’universalisme des autres, jamais le nôtre ! Un sens unique quoi. Aucun Thériault, ni Ferron, ni Gabrielle Roy dans les études en France, vous voulez gager ? Une dame de France (Mad. Guiserix, une cousine d’Astérix ?) y va de son grain de sel et dira : « Il y a votre beau Maria Chapedelaine, aux côtés de Balzac, Hugo, et Zola… », non mais… C’est un bon roman écrit par… un Français en voyage au Saguenay, Louis Hémon. Mais il est venu un brillant dans ce débat disant : le grand Proust commence par parler de son cher Combray natal pour, ensuite, amener Venise. Vrai.
Un nostalgique, lui, se range pour les livres de France et s’émeut encore de son dynamique prof au collège de l’Assomption, sorti de la Sorbonne, spécifie-t-il, et qui savait tant les remuer avec les manuels « made in Paris. » Je vous le dis, le colonialisme ne cessera pas demain !
17-
Ce matin une « lettre ouverte » admonestant Michèle Ouimet de « La presse « . Micheline Carrier dit « pas de religion (ni voile, ni couteau islamique, ni burga, ni crucifix ) d’aucune sorte à l’école. Que c’est l’affaire des familles et des églises d’enseigner la religion. La réponse ? « Peut-on aller plus vite que les mentalités » ?, et « Le Québec n’est pas prêt ». Eh b’en ! Voilà l’héroïsme des éditorialistes ? Oui, il faut oser militer pour des réformes. Ouimet se range, patiente, va attendre l’évolution des mentalités d’ici. Belle mentalité pour une « réfléchisseuse » payée pour justement discuter de l’état des mentalités, secouer des jougs. Provoquer des changements. Est-ce la soumission à la clientèle (du journal ) qu’il ne faut pas trop brasser…en cas de pertes d’annonces. Du marketing ?
Cette même journaliste fut, il y a peu, clair et net. Ouimet a fustigé ce machin « IPSE », coûteux, inventé avant son élection par le maire Tremblay, l’allié des anglos francophobes (il y en d’autres, Dieu merci) et des défusionneurs (tel John Charest). Elle a détesté le jargon de ces « aristos » copains de Tremblay. Ah si j’utilisais ce dédain terrible de Ouimet pour les « jargonneux » en littérature, est-ce que je m’en ferais des ennemis. Ce sera fait bientôt , vous lirez mon « Écrire » qui s’en vient. Le jargon péteux de broue y goûte !

Le dimanche 17 février 2002

Le dimanche 17 février 2002
1-
Un dimanche midi lumineux. Pas de soleil franc mais « galarneau » n’est pas loin et doit guetter un trou pour s’y faufiler et faire mieux qu’illuminer notre terre laurentienne. J’attendrai…Je guette !
Terminée hier, au lit, « Inceste » de cette dame Angot au petit visage dur, cheveux à la garçonne, tel que vu chez Pivot, jadis et sur la couverture de ce bref récit en « livre de poche ».
Avant de sombrer chez Morphée, à Aile : « Voilà le genre de littérature —du domine du vécu interdit— qui repousse encore plus loin le monde de l’imaginaire. Une auteure parle de son père qui la sodomisera durant cinq ans, de 12 à 16 ans. Après ce genre de…confession…quoi écrire pour capter l’attention des lecteurs ? Eh ! Et quelle hypocrite, quelle manipulatrice que cette pitoyable névrosée ( entre deux psychanalystes !) quand elle écrit, page 149 : » » Ça m’arrache d’en parler ( à savoir de ce papa affreusement dégueulasse). Vous ne voudrez plus me lire. » Hen, quoi ? Comment ? Vilaine menteuse cette pitoyable victime d’un père totalement dénaturé, miss Angot. Elle sait fort bien qu’avec un tel sujet, si scabreux, le lectorat est accroché, vissé à son misérable récit de vie. Personne n’aura envie de décrocher de ses aveux scandaleux, allons ! Elle connaît ses hameçons, allons ! Ah oui, quelle hypocrite !
Cette ténébreuse « affaire très privée » relève de la police. Il n’y en aura pas de…police ! Tous se taisent. L’honneur de la famille ! Coup classique. Or, lisant « Inceste » la police devrait dresser un acte d’accusation « après les faits ». Traîner ce misérable père en coir. Ce dernier est un homme cultivé et instruit, il parle quatre ou cinq langues. Sa vaste culture ne l’empêchera pas de traîner s petite fille dans le confessionnal d’une vieille église provinciale (classée « monument historique » sans doute !) qu’il admire pour une fellation impromptue avec son jeune enfant, elle, Christine Angot. Vous voyez le genre d’écrit ?
Sans aucune fibre morale, vraiment pervers, sans doute hédoniste et sans aucun doute égotiste fini, le lecteur d’ « Inceste » voit donc, une fois de plus, que le monstre pédophile n’est pas toujours un abruti, un analphabète, un monstre mal dégrossi. On a affaire avec ce père déboussolé, Pierre Angot, à un gentleman, à un aristocrate qui sait tout des bonnes et belles manières et les enseigne volontiers à sa fillette dont il abuse en la sodomisant sans vergogne. Prendre conscience une fois de plus que l’intelligence, la culture, n’empêche pas le manque de jugement flagrant. Quelle leçon !
Angot, au départ de son récit joue dans l’incohérence verbale, (allô Freud !) les mots en syncopes, télescopages d’images à soubresauts voulus, (un zest de Lacan, ma chère )un style illisible volontairement, des balbutiements, la crise —sans cesse— de nerfs, homosexualité féminine sans aucune harmonie, griefs voilés envers cette Marie-Christine, femme médecin, détestée et aimée chaotiquement . Angot, écrivain notoire, donneuse de « lectures » sérieuses, se dit-elle, joue donc la folie avec complaisance, la déséquilibrée avec brève aventure lesbienne à déchirement continu. Querelles provoquées, menaces, « auto-gifflage », beaucoup de masochisme et un peu de sadisme (allô psychosé marquis de Sade !). Sa petite fille de six ans (Léonore) se fait trimbale —pauvre petit paquet de linge— entre papa enfui (on peut le comprendre) et cette mère psychosée.
Enfin, enfin, au milieu du livre, le coupable de sa misère psychologique s’installe : ce monstre enculeur, papa !
On comprendra l’énorme succès de librairie d’un tel témoignage, son passage très attendu à Pivot.
Et l’autre qui affirmait : « Les bons sentiments ne font pas la bonne littérature ! » Et comment pépère Gide ! L’écrivain qui n’a pas dans sa besace une enfance aussi éprouvante, ravagée, polluée dramatiquement, racontera ses petits bonheurs —dans Villeray à Montréal par exemple— et le voyeurisme misérabiliste (nous tous ?) l’abandonnera, non pas à son triste sort, mais à son merveilleux sort. Ainsi va la vie des livres en ce début de siècle. Eh !
2-
J’achève de dévorer les chocolats valentiniens de Laura S. offerts par ma chère Aile. (Chère Aile, ouen !) Mes roses s’ouvrent totalement dans le vase de verre. Je pige sans cesse dans la boîte de gâteaux de L’école-des-chefs. Je vais grossir cet hiver, oh oui !
Au printemps, bientôt !, je m’activerai. Je maigrirai. On dit toujours ça. Mon David-à-Éliane s’en vient passer quelques jours ici, un long congé à Concordia University !). Je voudrais l’initier au tachisme surréel dans l’atelier de la cave. Lui faire apprécier les accidents graphiques, parfois inouïs, quand on presse ensemble des papiers coloriés de gouaches fraîches, et qu’on marque de liens à l’encre de Chine. Il y a des siècles, l’art surréaliste n’existait pas, Léonardo da Vinci disait à ses élèves italiens : « Observez bien les vieux murs, vous y verrez des paysages étonnants ! »
Paul Arcand de CKAC ne m’a pas invité, le 14, pour un conte saint-valentinien ! Mon dépit et puis je découvre qu’il s’est envolé à Paris pour enregistrer cinq émissions d’« Arcand en direct » pour TVA, là-bas. Je me console donc.
Tas de photos pris à la pharmacie d’en bas : photos de fêtes, avec Marielle à « La piccola », avec Marco et Éliane et les miens chez « Giorgio-du Vieux », chez l’ami Jean-Guy Sabourin, chez ma fille Éliane à Noël, chez nous, ici, au Jour de l’an. Gros paquet réjouissant des visages souriants. Distribuer les copies et grossir les albums précieux. Dans vingt ans ou trente ans, on regardera ces « jeunes vieillis ». Et nous… « Mais nous, nous serons morts mes frères ! » chantait Lévesque (Raymond).
3-
Citadins pris, nous avions encore enregistré deux émissions. Aile est forte là-dedans, « clac, clic », elle vous pitonne l’engin, oh ! Pas moi ! Un : chez le « prétentieux sympa » Lipton du « Actors studio » à ARTV, interview avec Laureen Bacall. Une célèbre actrice aux allures volontaristes. Voix grave. Intonations basses, une certaine vulgarité. À la fin, elle réclame qu’on la fasse encore jouer. Terrible besoin. Deux : « Violette Nozière », un vieux film de Chabrol, effrayant. Terrifiant. Isabelle Huppert toujours efficace dans ses rôles. Ici, en jeune fille perturbée qui empoisonnera maman et papa. Un fait divers infernal historique vécu. Violette sera condamnée à la guillotine et puis graciée par De Gaulle.
Hier soir, vue la biographie de l’amie Françoise Fauche au Canal D. C’était son tour avec justice. Et encore, en chorus avec Bacall, ce : « Je veux continuer. Encore ! Encore! » Les mêmes mots que la « vielle » Laureen d’Hollywood ! Troublante notre crainte à nous, artistes de toutes disciplines, quand grimpent aux pavois tant de jeunes gens doués… cette frayeur et nos appels pathétiques : « Ne nous oubliez pas ! De grâce, ne nous abandonnez pas ! » Triste sentiment, en vieillissant qu’on va nous jeter, encore bien vivants, aux rebuts ! Pour faire de la place.
4-
Parlons magouilles ! Ce matin, le drôle Stephan Laporte, dans « La presse » comme tous les dimanches, en jase tout au long de sa chronique si souvent savoureuse. Je voulais, depuis toutes ces « affaires » de démarchage-favoritisme, expliquer des faits, des réalités. Il est évident que des affairistes vont se fier à des parents, à des amis. À diverses échelles. Ça n’est pas toujours scandaleux. Le favoritisme existe et dans tous les milieux, c’est connu. À la bio de F. Faucher, on a parlé de son mari, mon ami le réalisateur Jean, « qui engageait trop souvent l’épouse ». C’était tout de même une fameuse de bonne actrice. Pas une inconnue sans talent que l’on emploie injustement, qui enlève un rôle à une « meilleure » comédienne. Alors ? C’est du népotisme ? Eh oui !
J’ai aidé mon frère à se faire employer au canal 10 au début des années ’60. On cherchait du monde, ça débutait rue Alexandre-de-Sève. Normal de recommander à mon ami Ladouceur d’ « essayer » mon jeune frère. Non ? Raynald, aujourd’hui retraité comme moi, y resta 35 ans et, ses talents démontrés, deviendra chef de services scéniques.
Laporte, l’ironiste, parle de « contacts ». Je lis à propos de nos auteurs joués hors du Québec qu’il s’agit souvent de bons « contacts ». Eh oui ! C’est donc le « dis-moi qui tu connais et… » Inévitable ? Je ne sais pas. Si un ami, un parent, est incapable de remplir la tache qu’il a obtenu par népotisme, il ne restera pas à son poste bien longtemps. Si on le garde par favoritisme, on verra éclater les problèmes.
« C’est injuste », dira telle jeune personne sans aucun contact. Oui. La vie est injuste. Par contre le « sauvage », enfermé chez lui, qui refuse tout lien social n’aura qu’à s’en prendre à lui-même, à son a-sociabilité. Pas vrai ? Bon, cela dit, les magouilles politiciennes sont et restent vicieuses, c’est certain.
Laporte, pour conclure publie : « Faux, c’est pas le cul (sic) qui mène le monde, c’est les magouilles ». Vite dit !
En profiter ici pour maudire ceux qui comme Laporte (et Foglia et tant d’autres), utiliser le mot « cul » pour vouloir dire « sexe ». Ce n’est pas synonyme. Je ne le fais jamais. Jamais ! Le cul n’est pas le sexe, féminin ou masculin. Pourquoi cette manie. D’où vient-elle ? Le « cul » c’est pour les sodomites qui, eux, confondent sexe et anus. Sont-ce les disciples de « la courte jaquette » qui répandent cette mode inepte ? Marre !
5-
Victor-Lévy B. au téléphone tantôt : « Tu vas recevoir les épreuves de ton « Écrire » par bus. Si tu corriges encore, fait attention, il y a notre mise en page à préserver. Sinon les coûts grimpent… » Je connais la question et je ferais attention. Il n’accepte pas mes notes biographiques en guise de bibliographie. « Écoute, on a réussi à débroussailler la foule de tes écrits. Il y aura 82 entrées et ça va former une dizaine de pages. » Fiouf ! Ouash…J’aime donc pas étaler ces listes de mes titres. Il me semble que ça décourage le nouveau lecteur qui aurait envie de lire des jasminades. Bon, tant pis, va pur les 82 entrées. « Tu vérifieras cela hein, ton stock ? » Mmm… ! S’il savait le cher Éditeur de Trois-Pistoles. Faite avec exactitude, cette recherche aurait amener plus de cent entrées. Je ne dirai rien.
Nous revenons de la promenade rituelle. Il a fait si doux que le lac fait voir des flaques d’eau. On a rebroussé chemin, Aile toute nerveuse, craintive à l’excès, si inquiète et n’ayant pas envie de voir craquer la glace en l’engloutissant…glou, glou,glou ! J’ai ri.
J’ai marché, rue Lesage, vers l’église et ce « Manoir Sainte-Adèle », réduction du vaste « Manoir Outremont » proche de notre petit condo. Pas de vieux retraités dehors ! Un gros chat blond traverse la rue, hésite, s’asseoit au milieu de la chaussée, me regarde passer comme un pacha royal. Un couple m’apparaît. Ils marchent, très emmitouflés, prudent, en un lent petitpatapon sur le trottoir les yeux plein de soleil. On fait ça en ,mar d’jqabitude pas avant : installation de deux chaises à coussins sur la galerie. Une heure et demi à sentir l’air doux et la chaleur (relative) du bonhomme « galarneau ». Formidable pour une mi-février.
6-
Ai tenté de reprendre « La part de l’autre » de Schmidt. Refermé le roman. Impossible avec ce Adolf Hitler en rupin, bohémien, rendu à New-York et à Paris, à Montmarte, peintre angoissé…Non, je déteste vraiment, je le redis, cette sorte de concoction littéraire (plutôt putain) où on se sert comme appât d’un nom archi-connu (Hitler) pour broder de la fantaisie incongrue. Trop facile.
De temps à autre Aile veut absolument voir ce qui se passe à Salt Lake machin. Conneries que ces tunnels de plastique avec des luges qui filent…Ou est le sport là-dedans ? Et ce Salo suédois, excellent gardien de buts au hockey, a bien servi à mettre K.O. le club des canadiens ! On en jase partout dans nos gazettes : « pas de solidarité, pas de cohésion, nos joueurs évoluant sans « esprit d’équipe », blablabla… Le baratin habituel des chroniqueurs « sportifs », bien assis, ces « gérants d’estrade ». Lassitude chez moi.
Ce matin deux nouvelles terribles : le Vatican recule. On laissera pas fouiller les papiers du pape Pie numéro 12. On imagine la passe. Des curés tripotent les archives, éloignent les archives papales de l’ex-ambassadeur allemand, ce Pie No. 12. Histoires par trop compromettantes. Quelle saloperie !
Deux : ça y est, on s grouille, la police d’ici va enquêter sur le complot « filmé » à Westmount, dans un bureau de démarcheurs- relationnistes (ces gouapes parfois !) pour faire assassiner Mugabe le président zimbabwéen. Les « Affaires étrangères » d’Ottawa fonceraient vers ce Morgan Tsvangirai, le commanditaire du meurtre. On se souvient : une demi-million de belles piastres !
Le con ignorait que la firme de Montréal, avait le « vieux » Mugabe comme client. De là la caméra cachée. Coucou, souriez Morgan, vous êtres aux insolences !
Qui a dit : « Le christianisme, lui, envoie son fils se faire tuer pour nous. L’islamiste, lui, envoie son fils se faire tuer pour lui. » Inch Allah ! Choc terrible chez les araboïdes des Etats-Unis car ces propos viennent de nul autre que le sérieux Procureur général de Washington, John Aschcroft. Va-t-il ravaler sa diatribe ce ministre de la justice ? À suivre !
Pétrole : L’Iran et le Vénézuela en ont en masse. Ils sont associés. Demain, réunion au sommet à Caracas. L’Iran en « grande belle visite » au sud des USA, l’Iran qui est dans « l’axe du mal », selon W. Celui qui ne répond par à l’Arabie « saudite » qui veut ravoir ses 100 citoyens détenus au sud de Cuba comme méchants Taliban. (Pas de « s », comme on sait maintenant.)Lui, W. il partait pour la « Corée-du-bien », celle du sud. L’autre, au nord, c’est celle du « mal », un des trois « états-voyous » dans la mire du belliqueux W. (le no. 3 c’est l’Irak). En tous cas, la CIA va se démener à Caracas, c’est entendu !
Ratoureur le père Renaud de « notre » vaste chaîne de librairies ( organisée et payée avec notre argent public). Le chroniqueur Stanley Péan publiait sa liste des meilleurs livres de l’année passée. Le « boss » l’invite plus tard à examiner ses livres de chiffres. Péan humilié, pas une de ses recommandations (à la radio comme dans son journal) ne gagne des points. En somme, le bonhomme Renaud semble lui dire : « Péan, pauvre cloche, tu écris, tu valorises, pour rien; personne, le lectorat québécois tout entier, ne t’écoute. Perds pas ton temps. » Pas trop démonté le Péan en arrive à conclure : « la viabilité commerciale de nos livres…pas fort ! » Péan rapporte, ce matin, les propos de ses correspondants : « Assez du nationalisme littéraire ! Trop de navets québécois ! Nos « polars » valent pas ceux des USA ! Il y a trop de subventions gouvernementales ici. »
Édifiant, non ! Colonisés, oui ?
Péan dit que nos liseurs veulent des « stars » étrangères. Anciennes ou actuelles et il achève son papier —repentant, battu, soumis— par d’énormes éloges pour un auteur chilien, Jorge Edwards (« L’origine du monde ») qui publie…au Québec ! Pas loin, à ses côtés, David Homel, auteur et « ex-draft dodger » réfugié ici, fuyant la guerre au Vietnam, est chargé d’illustrer les livres de nos « voisins ».Il publicise ce matin sur Jean-Yves Loude, un auteur de France —qui cite Homel dans sa ponte !— venu « en résidence », un échangisme a-sexuel— venu séjourner tout un automne à l’hôtel Rigaud, en face du Carré Saint-Louis. Il aime bien le quartier chinois, le quartier italien, etc. Autres colonnes : Ève Dumas publie que « l’exportation de nos ouvrage dramatiques est une question de survie pour nos jeunes dramaturges ! » Ça va bien hein ? En somme, voilà où nous conduit le colonialisme que je nomme le « racisme inverti », ou, si vous préférez, « le racisme à l’envers », ou si vous aimez mieux, « le racisme retourné ».
Comme vous voudrez, servez-vous.

Le vendredi 15 février 2002

Le vendredi 15 février 2002
1-
Invité, en deux jours, pour trois topos du polémiste à TVA-Tm.
Parler « magouilleurs » politiques chez Bruneau, mercredi soir.
En duplex. Avec l’ex-ministre déchu, M. Picotte, libéral. À la fin de notre petit huit minutes, quand je lui rétorque que le peuple, pas fou, lisant sur ces Gagliano. Bréard, Baril et Cie, va saisir : « Les politiciens, tous pourris ! » Le Picotte éclate en disant : « Oh ça, tous, des avocats de taverne ! »
Voilà son verdict de l’opinion populaire ! Je lui lance : « Mépris du peule pour un ex-home public ! Mépris ! » Bruneau passe à son prochain sujet. Le lendemain, hier, jeudi, à midi chez la Cazin. Débat sur la tolérance. Je fesse sur la mollesse des dirigeants (au fédéral surtout) qui font de nous, les Québécois, nous formons 83 % de la population, des « suspects » de l’intolérance. Que l’on subventionne les ghettos au lieu d’inviter nos nouveaux venus à s’intégrer aux Québécois et le plus vite possible pour l’épanouisement de leurs enfants.
La chicane pogne. Miss Cazin semble inquiète. Quoi, veut-elle du débat viril ou de la jasette douceâtre ?
Rapidement, c’est la bonne foire d’empoigne. Je jouis. Il y a un musulman en djellaba (!) et coiffe dorée, un Juif du Congrès Juif, section Québec, une complaisante apôtre du muticul (!) qui souhaite, ici, une société remplie de mille communautés. Une mosaïque quoi ! Va pour le centre-ville des mégapoles. Mais un pays reste un pays avec sa majorité qui a droit de défendre son histoire, ses us, coutumes, ses valeurs etc. Belle cohésion que de vouloir un pays émietté.. Le monde, lui, est varié et c’est merveilleux. Mais tous les autres pays luttent pour une cohésion normale. C’est fameux. Je ne veux pas, un jour, ne plus retrouver l’Italie en Italie, ni ne plus sentir l’Allemagne en Allemagne. La variété, oui, pour l’univers. Mais foin de cette folie de tuer les nationalités ! (Le « nationisme » dit Todd est sain et normal.) À bas l’américanisation du globe , non ? Car on sait où conduirait cette « chasse aux nationalismes » : à une sorte d’univers à une seule teinte ! Jamais ça !
Même jour, hier, petite engueulade amicale, chez Bruneau encore, à 17h et demi, avec Isabelle Maréchal qui déteste les fêtes dont la Saint-Valentin. « Du commerce affreux », dira-t-elle. Vérité ? Sans doute. Les marchands n’inventent pas ces fêtes mais, bien entendu, en profitent. C’était ainsi en Phynicie bien avant le Christ ! Mais aussi, toutes ces fêtes du calendrier, (Fête des mères, Halloween) font des occasions de marquer festivement les jours qui filent. J’aime. Bruneau soudain : « M. Jasmin avez-vous offert… » Oh ! Franchise : » Non ! Pas encore, mais ma compagne m’a offert des chocolats ce midi et je vais lui acheter des fleurs… »
En sortant du studio de Tva, achat de roses. Elles s’ouvrent en ce moment, roses très roses grasses. C’est joli sur la table du petit déjeuner ce matin ! La fête (obligée, commercialisée) a fait ça.
Avant l’empoignade chez Cazin, invitation au bureau de Serge Fortin, le « boss » aux nouvelles. Il a tant aimé mes brefs topos (pour la fessée nécessaire, contre le téléphone cellu en auto) qu’il m’offre une visite régulière, hebdomadaire, ici, au village. Il y aura bon petit cachet. J’ai accepté.
Il y a eu du froid de canard mais hier et ce matin, douceur dehors. C’est bon. Mon fils me courriellise : il a signé pour un achat, en avril, d’une Chevrolet-Tracker (!) et lui et Lynn en sont tout heureux. Il écrit : « On est comme des bébés. Ce petit bonheur d’un « char neu », nous aide à supporter le deuil de la maudite cigarette. » Le chanceux ! Comment lâcher, Aile et moi, le bonhomme Nicot ! Dur !
Allant, hier matin, rue Laurier, en couple, pour l’achat de lunettes neuves ( 20 ans avec mes vieilles barnicles !), je dis à l’examinatrice, qui me décèle un début de cataracte, « la fumée n’aide pas, je suppose ? » Elle m’a donné l’ adresse d’un guérisseuse (diplômée) qui fait des merveilles. J’ai dit : « Bien. J’irai la voir au tout début du printemps. » Je le veux. J’ai la volonté…mais pas pour le reste de l’hiver. Avec les beaux jours, j’irai dehors plus souvent et je vaincrai. L’oculiste m’a recommandé aussi d’avaler beaucoup de vitamine C. Moi qui n’avale aucune médicament, rien, sauf du Pepto-bismol quand je mange trop riche et que ça ne passe pas. J’ai dit « oui » à cela aussi. « De 500 à mille mg. Par jour », spécifia-t-elle. Bon.
2-
Le Beaulieu de Trois-Pistoles au téléphone, dans son deuxième rôle, éditeur : « Mon Claude, j’ai relu ton manuscrit. Je l’aime toujours. C’est très bon. J’ai mis toutes tes envolées poétiques en italique. J’ ai enlevé les chiffres de tes chapitres. Inutile. J’ai gardé tes sous-titres, ça suffit. Maintenant, tu dois m’envoyer ta bibliographie… Et vite ! » J’ai essayé. Impossible ! Oh ! Il y a trop de titres. Je m’y perds. Il y a tant de textes divers dans tant de bouquins divers. J’en oublierais. 40 ans de …scriptomanie ! Je lui ai faxé (chez mon dépanneur équipée pour cela) une sorte de « carte chronologique du polygraphe »… en guise de bibliograhie. L’imprimera-t-il ? J’ai très hâte de voir ce « Écrire : pour l’argent et la gloire ». Ça va grigner dans le Landerneau littéraire. Un vrai manifeste ! Une sorte de pamphlet.
Petits-ils : certains souhaitent un lunch avec papi. Hélas, le vieux est toujours à Sainte-Adèle. Le passages en ville sont bourrés de rencontres obligées .Nostalgie de nos repas d’antan ? Le Thomas et le Simon à Lynn et Daniel se promènent. L’un, Simon Jasmin, revient de skier à Saint-Anne, l’autre, Thomas Jasmin , part pour Tremblant. Eh b’en, les écoles changent ! Excursions lointaines ! Dans mon temps, pour deux piastres, c’était Saint-Sauveur (lunch fait par môman) avec les gars du « Ski-Grasset ». Pas plus loin !
Mardi soir, merci d’être venus en foules, pour voir mon « Tuez le veau gras », téléthéâtre de 1964, présenté à la cinémathèque. Votre fidélité m’a fait chaud au cœur ! Blague à part, nous étions une dizaine. Dont un, sympathique M. Garneau, qui me dit être un lecteur amusé des J.N. ici. On a jasé à la sortie avec Routhier, ex-réalisateur à la SRC comme Aile. J’étais fier de mon texte, et très heureux du traitement-Carrier, des solides décors de Hugo Wuetrich. Le son ? Bien mieux que pour mon « BLues.. », images pas toujours bien claires hélas !
Réjean Tremblay aux J.O. : « C’est pire qu’aux J.O. de Moscou. Les fouilles sans cesse. Une plaie ! Une paranoïa terrible. Gardiens, polices et soldats partout, partout. » Ce matin, Foglia se moque de notre surprise : « Quoi, il y a des magouilleurs aux J.o. ? Hon ! » Mais oui, dit le père-lucide. Comme ailleurs. Comme partout. Nous serions, les braillards, un gang de candides. Les Jeux comme la politique comme la finance, comme toute activité humaine sont menés par des humains. Donc, oui, magouilles ! Foglia —blasé, nihiliste, desperado ?— nous recommande de nous calmer le pompon. D’accepter « le sort » (son mot) face au « vol » de médaille d’or pour nos patineurs bafoués. Pour lui le « sort », donc le « hasard », ses erreurs, est la vraie donne. Il craint le chauvinisme. Je lui donne raison.
Coup de fil, c’est Perrette Souplex, —la fille d’un fameux comédien du cinéma français des années ’50 et ‘60— elle a beaucoup estimé ma sortie furibonde contre la niaise tolérance de tous les ghettos d’émigrants subventionnés du Québec. Je lui dis : « Aile m’a reproché d’y être allé un peu raide ! » P.S. répond : « Ah non, pas assez raide plutôt, continuez de frapper ce clou, c’est important ! »
Aile me dit toujours : « Claude, mon amour, tu avais raison, sur tout, en tout, tes arguments sont solides, mais il y a la manière. Tu obtiendrais davantage d’appuis si tu ne t’emportais pas tant. » Françoise Faucher disait cela aussi lors de ma « biographie » du Canal D en touche à tout : « Souvent Claude va trop loin, il frappe trop fort, mais…bon, s’il faisait autrement ça ne serait pas Claude ! » Ce matin, une lectrice de J.N. me courriellise aussi son encouragement, avance qu’il faudrait un « mouvement organisé » pour faire cesser ces ghettoïsations malsaines.
3-
Chemin Bates, ayant oublié mon « Coffre de cèdre », j’ai relu plusieurs entrées de mon premier tome de journal, juillet ’87-février ‘88 : « Pour tout vous dire », publié chez Guérin. Grand plaisir. Sans cesse, je rappelle à ma chère Ale des éphémérides oubliés. Elle en est chaque fois comme étonnée. Cela sert donc aussi le scripteur que du journal ? Absolument. J’ai revu tant de projets…abandonnés. Tant de notations importantes à mes yeux.
Cela vous fait du bien. Il y a les regrets, aussi les stimulations.
La confirmation de ce que je suis : un touche à tout, oh oui, un inventeur de synopsis compulsif, un observateur étonné des gens et des choses. Je m’aime bien en journalier. Quoi ? J’ai le droit de m’aimer de temps à autre. Je déteste tant d’aspects de ma personne écrivante .
Nat Pétro est à Berlin. Festival de films. « Ode à Cologne », film signé Wim Wenders (exilé en Californie) qui a fait renaître de vieux musiciens cubains abandonnés, raconte dans « Ode.. » un groupe musical de pop allemand aussi populaire là-bas que « Beau Dommage » ici, jadis. Ce « Bap », explique la chroniqueuse, reste empreint d’une sorte de tristesse. Il y plane l’hitlérisme embarrassant. Ici, vrai que Duplessis ne fut qu’un roitelet de pacotille, rien à voir avec la fureur naziste. Je songe que ‘ »Beau dommage », dès leur apparition autour d’Expo,67, aurait pu avec le soutien de notre État québécois, devenir une ambassade extraordinaire. J’ai tant aimé ce groupe animé par Michel Rivard. Hâte de voir le « Ode à Cologne ».
De voir aussi « Point aveugle ». L’héroïne de ce documentaire allemand vient tout juste de mourir ! Avant hier ! Cette Traude Junge fut la dévouée secrétaire d’Adolph-le-fou. Elle a tout raconté. La fin du monstre. Le chien, adoré de lui, qu’il empoisonne avant de se tuer. Sa « frau » Eva, qui préfère le poison au revolver, névrosée, désirant ne pas faire une morte… abimée ! Le bunker de Berlin comme une bulle hors-monde ! Traude Junge déclarait : « Certes, j’étais si jeune et si candide. » Mais quand elle a découvert l’horreur commise et cette une jeune résistante de 22 ans, assassinée…elle aurait compris que la jeunesse n’est pas une excuse. Peut-on dire : Paix à ses cendres ?
J’ai repensé à ce merveilleux roman : « Le liseur » de Shlink avec cette gardienne de camp nazi qui finit par admettre qu’elle fut une coupable et qui accepte sa condamnation, qui se pendra au moment de a libération…Une pauvre analphabète qui, mieux que tant de planqués nazis en Amérique-du Sud, découvre sa culpabilité. À propos de livre, hier soir, au lit, j’ai commencé à lire « Inceste » de Christine Angot (en poche). J’avais vu cette fille agressive et fermée chez Pivot. C’est d’abord plus de cent vingt pages de mots enlignés et alignés en une diarrhée verbale sans grand intérêt. Faut le faire, un culot vain. Aile qui l’a lu avant moi et me dit : « Va à la page 140, ça s’éclaircit. » J’étais las, assommé de ce stupide empilement verbiageux. Je m’endormais trop. À demain Miss « Inceste ».
4-
Dans le film de Denis Chouinard « L’ange de goudron » il y aurait démonstration de notre méchant racisme. Au festival berlinois, des journalistes inquiets par son « Ange de goudron, lui pose des questions : « Votre Québec ? Un pays fasciste ? Peuplé d’intolérants , de xénophobes ? » Le Chouinard embarrassé répond : « Oui, il y a du racisme mais non, rien à voir avec le fascisme ! » Voilà ce qui arrive quand pour faire une bonne histoire » on tord un peu le cou aux réalités.
Sortie à Paris de « Amen » du célèbre cinéaste de « Z », Costa-Gravas ( qui aidait, soi dit en passant notre jeune Chouinard à scénariser). L’affiche fait choc. Signé par l’audacieux photographe-designer congédié par la compagnie Benetton, Toscani. Un crucifix emmêlé avec la croix gammée ! Vives protestations du clergé catholique de France. « Amen » raconterait un affreux SS inquiet, repenti, qui, via un prêtre, tente d’alerter le Vatican sur le massacre des millions de juifs. Silence du Vatican averti ! Mgr. Ricard, cheuf des évêques cathos se lamente. Il proteste. Veut faite interdire le « sacrilège » « poster » en question. Mgr. Lalanne, grand secrétaire avance :
« Oui, à Rome, il y a eu des erreurs (tu parles !) et des silences (et comment !) mais cette affiche… »
J’ai lu sur la question « complicité » implicite du
Vatican avec Berlin nazifié. Pas beau à révéler. Par exemple, Rome qui ordonne de démanteler un parti politique, très fort, très solide, en Allemagne…Les nazis craignaient ces critiques lucides. Rome pour acheter la paix, fit démanteler ce parti « confessionnel » vigoureux. Il donnait une meilleure chance aux nazis de poursuivre l’ordre…brun ! Hâte de voir ce « Amen ». Amen. Et pas amène avec un pape frileux, vraiment peureux et surtout germanophile aveuglé, y ayant été « ambassadeur » vaticanesque. Nonce !
5-
Chez « Arcand en direct » (TVA), effrayante démonstration par les reporters Houde et Duffaux sur les écoeuranteries passées chez ces gens des J.O. Un tableau noir terrible ! Révélateur. Dont une séquence où l’on voyait clairement une gestuelle (par les pieds) de signes complices entre deux jurés. Honte ! Honte !
Tantôt, attendant aux portes de l’École hôtelière, lecture de : « L’ART DU ROMAN » par Milan Kundera. Un vrai intello. Il soupèse chaque mot, examine le moindre terme employé par son questionneur. Il admire énormément Kafka. Ah ! Un de Prague comme lui ! Chauvinisme ? Cet « art du roman » me semble un de ces textes ambitieux où l’auteur navigue de sommet en sommet : Proust, Joyce, Flaubert…Kundera y utilise un jargon plutôt pénible. Il a été, et longtemps, la coqueluche du milieu intello d’ici. Je me souviens mal de « L’étrange légèreté de l’être » (un titre du genre). Pas un modèle de roman, il me semble. Dogmes, théories, sont à éviter en littérature, non ?
6-
Eh maudit verrat qu’il s’en passe des affaires louches et dans notre cour. Imaginez : à Westmount, chez « Dickens and Madson », une agence de démarcheurs
—(ouash, le lobbying n’est pas un métier et on le définit sans cesse, on veut réglementer une mafia à bons petits copains, à bons contacts, d’ex-ministres, sous-ministres etc. Ça pue ! !) —
où travaillent des grosses têtes en relationnisme. Voilà qu’un mec s’y amène et veut (tenez-vous bien) verser une demi-million de piastres pour l’assassinat (oui, oui !) de Mugabe, celui qui règne au Zimbabwe depuis deux décennies ! À Westmunt, on avait caché des caméras. Oh oh !
L’affaire fait de remous partout ! Les comploteurs tombaient mal : l’agence avait comme ami et client le bonhomme Mugabe ! Aïe ! On révèle tout au bon client et ami Mugabe. Le feu est pris !
On accuse Tsvangirai (chef de l’opposition là-bas). Ça barde ! Parmi les gens de l’agence d’ici, un certain Alexander Legault, venu de la Louisiane (il y a longtemps) et réfugié au Canada qui guette sa nationalisation par Ottawa. Décision le 18 mars, dit La Presse. Car Washington le veut et vite. Legault aurait fraudé pour 13 millions de $, plus de 300 « aînés » (senior citizens) floridiens ! Il a peur le Legault. Il se défend, il dit : « Des mensonges, c’est la vengeance de la CIA, si on me déporte ils vont me tourmenter. » Pourquoi donc ? Ah ! Ce Legault dit qu’il fut le tout premier à alerter Ottawa sur la CIA qui payait notre « bon docteur Cameron » pour jouer avec les cerveaux des patients à « Royal Victoria Hospital », Avenue des Pins. Eh b’en !
C’est à suivre, non ? Je vous dis, tout un monde de fripouilles vit dans notre territoire. J’ai souvenir d’une voisine du Vieux-Bordeaux, Madame H., qui fut une des victimes de ce Cameron-de-la-Cia. Une histoire effroyable. On a fini —ce fut très long— par payer…un peu, les victimes des expérimentations CIA-USA. Chez nous, tout ça ! Colonialisme puant ! Un monde !
Ainsi, vient de mourir Lucien Rivard. Un mafieux important de cette « French Connexion », proprio de « La plage idéale ». Chalet à Pointe-Calumet. Il était « travailleur » d’élections pour les Libéraux d’Ottawa. Le père Pearson en fut secoué quand éclatèrent des scandales avec ce Rivard au beau milieu. Le grand choc. C’est ce pégrieux qui s’évadait de la prison voisine de chez moi, à Bordeaux. Une aventure incroyable. Un voisin, à quatre portes de chez moi, un comptable, avait ses bureaux, Pace Crémazie, juste à côté de ceux du bandit Rivard. Et c’est lui, ce comptable, qui lui offrait un « pouce », oh hasard hein ?, quand Rivard s’échappait. Le voisin bordelais du comptable était le ministre Claude Wagner, à trois portes de chez moi, Libéral à Québec ! Eh oui ! Vous voyez ma surprise ?
Journaliste chez Bernard Turcot, j’avais alerté la rédaction. On passa par Daniel Jonhson tant on trouvait l’affaire juteuse mais délicate. La peur des poursuites judiciaires rend prudents les médias. En « assemblée nationale » on peut tout dire. Mais….
Le Daniel Jonhson tente de raconter ce que je vous dis ici. Jean Lesage se drapait dans sa dignité. Et, secoué de ces « Wagner-voisin-comptable-voisin-Lucien Rivard-orgnisaeur-travailleur rouge- … Tit-Jean-le-Noble commanda l’ « heure du lunch ». Pause !
Ça se jase durant les repas au « Café des pourris »! Après…plus rien ! La question dérangeante était comme oubliée ! Johnson devait avoir, lui aussi, d’encombrants squelettes dans son placard. C’est « tu fermes ta gueule et je ferme ma gueule ! » C’est cela aussi la politique.
Penchez-vous un moment sur cette collision pègre-politique…pas par respect, par envie de vomir !
L’OTAN finissait par se secouer et bombarda durant deux mois, entre autres cibles, la Serbie, Belgrade. Avec des bavures, des erreurs de tir, et des morts ici et là ! On s’en souvient. À la grande cour internationale, voilà le monstre démago-populiste, S. Milosevic qui se dresse et s’indigne. L’OTAN c’est Hitler, c’est les Nazis ! L’OTAN c’est le mal. C’est la cible nouvelle ! Stupeur à La Haye !Effet de judo. Tirer son adversaire vers soi. Revirer l’accusation violente. Tactique. À suivre mais ça va durer un an, peut-être deux…Ouais !
Hâte de voir ce documentaire sur le RIN. Lancement samedi mais…j’aime trop ma petite campagne. J’irai pas. Un jeune homme me veut comme témoin parlant pour son projet de film sur le peintre Serge Lemoyne, connu quand j’étais critique d’art dans les années ’60. J’ai accepté de l’aider. Lemoyne avait des idées, du front, inaugurait ici des « happenings » amusants. Il est mort il y a peu.
Gilles Groulx, j’y reviens, « braillait sans cesse contre l’ONF mais il a jamais pu quitter l’institution ». Je lis cela et je sais que c’est vrai. Pierre Perrault, Arcand (Denis), Godbout, d’autres aussi, gueulaient sans cesse contre l’ONF, sa censure, ses patrons « chieux ». Ainsi au réseau français, moi comme tant d’autres, on en bavait…. lourds de griefs divers, on critiquait mais on restait là. Où aller ? Dans ma « biographie », du Canal D, on me fait dire : « 30 ans décorateur et 30 ans de bonheur comme il le dit lui-même. » Et c’est vrai, mais il faut entendre « 30 ans de bonheur avec les camarades »…pas avec les patrons « chieux », à genoux devant les nerveux fédéralistes d’Ottawa où la SRC a son siège. Comme si on payait pas nos impôts à Ottawa les Québécois.
Quoi ? Des diamants à la Baie-James ? Eh b’en ! Sait-on jamais ! Une richesse de plus ? Au fond des blocs erratiques de ce plaines arctiques ? Je me souviendrai toujours de ce territoire tout blanc, visité du temps de la radio pop, CJMS. L’avion survolant le blanmc, le vide. Immenses paysages de petits sapins, d’épinettes noires si maigres, neige et glace à perte de vue. Le barrage gigantesque. Du béton sur des rochers ! Ce village installé pour faire taire les déplacés, Chisassibi. Visages d’enfants inquiets. D’hommes perdus face aux grues géantes pas loin. Monde perdu. Terre ingrate. Poignées de Cris. Subventions à gogo pour faire taire. Une nuit passée dans un camion-motel. La cafétéria des ouvriers montés de Montréal. Impression de solitude terrible. Chanson de Georges Dor réactualisée depuis la Manic. Bar bruyant. Si peu de femmes ! Un pays hors du pays. Ah oui, un souvenir impérissable. Des routes sans horizons francs dans ces savanes glacées. Si peu de monde hors le barrage. Le canot automobile sur La Grande. Les truites en masse. Délicieuses. Les cris des travailleurs dans les chantiers. Un rire soudain. Soliloque imposant. Un grand rire de fou. Des clameurs. Sifflets. Dynamite. Bizarre contrée hors civilisation. Qui m’a laissé un souvenir étrange. Celui d’avoir séjourné au fond de la Sibérie. Goulag confortable.
Voilà, il y aurait du diamant. Déjà des compagnies se forment. On y va bien voir. Allons voir. Ah seigneur, pauvres Cris sauvages qui chassaient, qui pêchaient…Ils auront des bagues à offrir à leurs squaws ? Doutons-en.

Le mardi 12 février2002

Le mardi 12 février2002
1-
Hier soir, je dis à Aile, Pierre Gauvreau a, lui, sa Janine C. », une « Aile » toute dévouée, vraie relationniste compétente. Pierre Perreault, lui aussi, avait sa Yolande S., consacrée à sa dévotion, se démenant pour son œuvre sans cesse, mais toi…hum ! Elle rigole. À Canal Historia on invitait le public à faire des suggestions. Deux auteurs de France (racisme inverti toujours ?) venaient d’y « plogguer » leurs écrits. Et moi ? « Aile, au secours, le Claude Charron , si tu me signalais (chez Pixcom), m’inviterait pour causer de mon cher Villeray, non ? » Oh la la ! Aile (je lui donne raison) refuse de se transformer en complaisante servante des ouvrages littéraires de son chum ! Son côté « low profil » fait d’aile une discrète. Et j’en souffre, savez-vous ?
Hier, le beau soleil et notre rituelle balade autour du lac. Ce midi, le gris bien connu de février. Nous repartons encore pour la ville, ce soir, vouloir re-visionner une dramatique de moi à la cinémathèque à 19h. : « Tuez le veau gras ! » réalisé par Carrier.
J’espère un meilleur ruban-vidéo que pour mon « Blues pour un homme averti », un son meilleur. On verra bien.
J’ai lu avec plaisir le court « conte » de Barrico (si louangé) « Soie », l’auteur du « Novecento » narre les voyages d’un bonhomme de Provence, marchand soumis, timide, délégué par son patron en soieries pour acheter… des vers à soie. Il va vers l’Égypte d’abord puis, à plusieurs reprises, au Japon où il rencontre un riche pacha et sa femme mystérieuse, voilée, silencieuse, dont il s’éprend fort placidement. L’ idée est excellente. Le suspense délicieux au début et au milieu du bref livre, mystérieux comme à outrance, on attend un choc renversant. Cela devient redondant et, à la fin, carrément décevant. Pas pour Aile qui a adoré ce « Soie ».
Ce « Novecento » du même Barrico fut mis en film (même titre), un pianiste né sur un paquebot, la mère tabou meurt, il est adopté, élevé par l’équipage et y restera toute sa vie, devenant « l’entertainer » du dancing mondain sur le pont principal. Une forte histoire si vous l’avez vu…aller louer vite la cassette sinon…C’est une merveille du cinéma actuel.
2-
Dimanche, avant d’aller « Aux filles du Roy, fêter Hughette Oligny, un peu de lèche-comptoir chez le Renaud-Bray de l’Avenue du Parc. Je ne vois pas « Je vous dis merci », mon petit dernier. Cache-t-on le livre d’ici ? Il y a, au fond du vaste magasin, « Enfant de Villeray » (nov.2000) et mon « Duplessis, patriarche bleu » (nov. 1999). Louise Colette, à l’anniversaire d’Oligny —producteure de ma « biographie » du Canal D— m’accoste et me répète (j’avais d’abord reçu son courriel loudateur— qu’elle avait éprouvé du grand plaisir, de la stimulation, à lire ce J.V.D.M. « Aux Fêtes, j’étais aux Caraïbes, je sortais du dernier Gilles Archambault si triste, si déprimant. Votre bouquin de gratitude m’a soulagé de son spleen fatidique. » Je tente d’expliquer le tempérament de mon camarde Archamnbault et elle : « Oui, oui, je sais bien, c’est tout lui, mais c’est une lecture accablante, attristante. »
J’ai tenté de lire le dernier tome de journal de Jean-Pierre Guay acheté Avenue du Parc, dimanche. « Le coeur tremblant » c’est un mois et des grenailles seulement dans sa vie. C’est janvier 1993. C’est ce Guay de Beauport, maintenant de Château-Richer, qui me donnait l’envie, le goût, bref qui me fit débuter dans ce genre de littérature : le journal. Je n’aimais pas du tout sa manière. Je voulais faire différent, plus clair, plus simple, plus franc. Le voilà encore râleur perpétuel comme en 1986, à ses débuts de diariste quand cinq tomes furent publiés, sans bon succès, chez Pierre Tisseyre. Sept ou huit ans plus tard c’est donc encore et toujours sa pénible quête d’argent. Ses délires vaseux. Ses obsessions vagues. Ses détestations irrationnelles. Nouveauté, voilà mon Guay converti ! Catholique et pas à gros grain. Il prie sans cesse. Il ne s’adresse plus qu’à Jésus, le tutoyant volontiers, à Dieu, au Saint-Esprit, voire à Sainte-Anne (de Beaurpré). Pourquoi pas ? Or, Guay. Comme au départ de son journal intime parsème ses chapitres de prénoms sans nous fournir jamais les liens pour que nous puissions, lecteurs, les situer par rapport à lui, à sa vie. C’est ennuyeux. Impression d’un piétinement pitoyable. Aucune évolution. Son existence de fainéant, de… quoi au juste? Il n’arrive pas à faire le deuil de son « pitou » un berger allemand, je crois, perdu il y a trois ans ! Il le prie lui aussi, l’imagine au ciel (!) qui l’attend. Il refuse de « gagner sa vie », méprise l’Institution littéraire, crache et bave sur tous les autres créateurs, en général, sans nommer personne. Toujours sa certitude d’être bien au dessus du commun des…littérateurs. Franchement, j’ai cessé vite de tourner les pages vinaigrées et répétitives, encombrantes de regrets insipides. Excédé, ennuyé, j’ai garroché son mince journal sur le divan d’en face. Achat futile !
3-
Hier soir, Aile y tenait : « Regardons un peu de ces J.O. en Utah ». Surf des neiges : spectacle vivifiant. Surprenant. Acrobaties renversantes. Trois jeunes amerloques gagnent !
Luge : pas un sport cela ! Niaiserie! Couloirs étroits et on glisse à toute vitesse. Fumisterie ! Ce matin, Pierre Desjardins, un prof, dans « Le Devoir » dit comme moi, qu’il faudrait débarrasser le sport de ces fausses joutes , telle la luge en corridors, et qui ne laissent rien en héritage aux taxés du site, les appareils seront démontés. Biathlon (!), pas fameux et ces ridicules carabines sur le dos des fondeurs : franchement !
Viennent les patineurs en couples. De la beauté parfois. Des figures répétitives aussi. Il y a un code sans doute. Scandale soudain et Aile grimpe dans les rideaux ! Les deux québécois perdent (la médaille dorée) malgré un « zéro faute » face au couple russe qui, lui, n’est pas sans faute. Je me tais, amusé de ses cris de protestations. En réalité les deux jeunes russes offraient une meilleure énergie, faisaient montre de plus de fantaisie (et leurs costumes de soie au vent !). Je me tais. La paix des ménages… et c’est si excitant de voir sa « douce » montée sur ses grands chevaux. Chauvinisme…Non, non, je me tais !
Ce matin : projet de mettre en téléfilm de 90 minutes ces vieilles « Enquêtes Jobidon » sur lesquelles Raymonde faisait ses débuts de scripte, à Québec. On a fait de même, téléfilm de 90- m., pour « Les Plouffes » de Lemelin, et aussi pour « Sous le signe du lion » de Loranger. Le fera-t-on un jour pour ma « Petite patrie » ? En 90 minutes, un téléfilm montrant mon cher Villeray tout de suite après la guerre. Je songe souvent à une sorte de comédie musicale avec tous ces crieurs, ces marchands ambulants, avec une musique de mon voisin de la rue Drolet, Claude Léveillée. Rêvons à un producteur qui… !
4-
De Berlin, Nat Pétro de La Presse, ce matin, raconte l’histoire effrayante d’une québécoise exilée là. Cette Lysiane Thibodeau : père mort jeune, mère assassinée par son frère, suicide de ce dernier…Elle quitte donc l’enfer. Fuite à Berlin. Choix curieux. Ville déchirée comme elle ? Meurtrie par ce passé nazi accablant ? Elle se fiche des anneaux. Partout. « Piercing » pour percées de toute part ? Par le mauvais sort ? Cheveux bleus et fréquentation de « l’underground » marginal. Flirt avec des paumés ! Cas classiques. Cachette allemande utile ? Voilà qu’elle avoue : elle demeure une non-intégrée, elle ne sera jamais acceptée des Allemands, même si elle parle couramment la langue. Elle songe à un retour…Le saumon revient à son lieu d’origine. À la télé, hier soir, Manet, écrivain cubain exilé, lui aussi, avoue ne pas savoir, ne plus trop saisir, à quel pays il appartient, Cuba ou la France où il publie depuis longtemps. Les déracinés ne s’enracinent pas ? Les enfants de ces émigrants, oui.
J’ai relu un album (édité en 1972) retrouvé dans la cave (aux essais graphiques abandonnés un moment). » L’histoire des Patriotes de Saint-Eustache. Les curés « collabos » des soldats envoyés pour tuer les démocrates anti-monarchistes dans tout Deux-Montagnes. Incendies criminelles. Le pénible Colborne qui laisse faire ses colonels nazis, qui se tait. Le curé aussi. Les Globensky —seigneurs à manoir— en charqe des répressions. Femmes et enfants assassinés. Infamie épouvantable. Des nôtres profiteurs, vandalismes, tueries, vols. Des délateurs bien catholiques, collabos, eux aussi. « Lécheculisme » dépravant tout autour. Pas loin, à Oka, les Iroquois « protestantisés », rangés du bon bord : « English only ». Dénonciations cléricalistes de nos républicanistes, infamie accablante de Saint-Eustache à Saint-Benoit ! Chénier mis en terre des apostats comme un gredin !
On lit tout cela dans cet album illustré et on constate la lâcheté ambiante. Le pire ? L’ignorance de cette partie de notre histoire. L’oubli. « Pardonnons, pardonnons ». Bin oui. Sans, jamais, oublier. Jamais ! Il faudrait des commémorations solides de ce massacre inouï de 1838, en décembre. Comme on en fait, en novembre, à Saint-Denis, ou à Saint-Ours, ou à Saint-Antoine au bord de la Richelieu. Au bord de la Mille-Iles, il y eut l’étouffement féroce des démocrates abandonnés. Par tous ! Cela mériterait une fameuse fête. Une grande. Une courageuse. Quand…
5-
On va fêter Gilles Groulx, cinéaste devenu impotent jeune à la suite d’un funeste accident de la circulation. J’ai connu Gilles à vingt ans. Beau grand blond très sage, aux yeux pâles. Timide. Il étudia la céramique. Un an. Il assistait, muet, impassible, à nos engueulades, il en était comme interdit. Surpris de nous voir tirailler, argumenter, chicaner, le prof Archambault, Patricia Ling, Gilles Derome, moi, et qui encore ? Il se sentait comme hors jeu. Il disparut. Il va nous réapparaître, plus tard, vieilli, cinéaste à l’ONF ! Il semblait si étranger à tout et à tous, à vingt ans, en 1950, si calme, si serein et si discret.
Il sera un cinéaste engagé, un « gueuleur autorisé » plus tard. L’ONF, qui a aidé tant de talents québécois, a été aussi un lieu de censure terrible, de répression subtile, comme au réseau français de Radio-Canada. On le dit ouvertement maintenant que l’on prépare ce documentaire sur Groulx. C’est la vérité. Elle sera embarrassante à mesure des ans pour tous ces « petits patrons » trouillards, fédéralistes zélés, terrorisés par Ottawa. Des noms vont se prononcer et à haute voix. Tremblez les « chieux » qui « contrôlaient la liberté » de ce temps. Il faut l’espérer, cette franchise. Les « empêchés » de jadis, aux cheveux blancs aujouird’hui, vont parler franchement désormais, dévoiler les turpitudes de cette époque, les films mis « sur tablette » par une prudence politicarde qui sent mauvais.
6-
Robert Lévesque, critique chez Homier-Roy, publie une mise à mort d’une saveur assez âcre. Gabriel Arcand (un comédien à part et qui a le droit de se situer à part des autres ) serait une inutilité. Lévesque, dans sa page du « ICI », résume sa carrière et pour l’ensemble de sa pratique, de son art, lui accorde un gros zéro. C’est un sauvage nuisible, un isolé nocif, un égotiste vicieux, une nuisance publique pour tous ses camarades.
Et bang !
On lit cela, cette charge totale, on reste incrédule. Une folie ? Michel Temblay, rétorquant À une de ses foucades, craignait qu’il se donne la mort. En attendant ce précieux analyste de théâtre (jadis), ce cultivé observateur de nos scènes, du théâtre qui se fait, signe un ravage si total sur l’acteur Arcand qu’on serait en droit de craindre pour la santé mentale de ce comédien au talent si singulier. Dépression, fuite en exil ? Mais, calmons-nous, Arcand doit, lui aussi, savoir que le Lévesque de « ICI » est pris dans une impasse. Qu’il traverse une horrible crise…d’identité (?). À lire ce brumeux chapitre anti-acteur-Arcand, on devient jongleur. Se peut-il qu’un esprit vif , qu’un homme si renseigné trouve du plaisir à démolir, à tuer ? Ma foi, cela se peut. Tuer pour ne pas être tué ou se tuer ? Freud ou un des siens devrait venir examiner le cas et publiquement. Signalons 911 pour ce Lévesque matraqueur. C’est urgent docteur !