Le lundi 11 février2002

Le lundi 11 février2002
1-
Ouf ! Trois soirées « en ville ». Absent donc des J.N. Le bonhomme énervé, tout pris. Ce matin, soleil reluisant ! Vrai que nous avons une lumière, alors, unique. Jamais vu cette si vive luminosité ailleurs, ni à Paris, ni à Rome , ni à Londres.
Hier soir, tard, nous sortons dans la rue Bonsecours, du Vieux, et, surprise, neige, glace, tout le bataclan hivernal subitement. Vers 18 h., arrivés au coin de Saint-Paul, c’était la pluie, une douceur dans l’air. Changement radival en quelques heures. Et à notre insu. Dans l’entrée du restau des « Filles du Roy »,un cri, un appel de détresse ! C’est l’amie, Françoise Faucher, en souliers (!) , qui appelle au secours « son grand chien fou », moi. J’y cours. Elle s’accroche à mon bras, mon Aile, elle, installée déjà dans notre voiture. Françoise veut que je la reconduise à son « pas galant du tout, mari un peu plus à l’ouest. Jean Faucher se démène dans la nuit, illuminée par les antiques réverbères, à dégivrer les vitres de son auto. Oh le gros macho ! Il a honte, s’excuse. Se fait engueuler par sa Françoise.
Nous sortions d’un anniversaire, d’une fête enjouée, celle fort bien organisée par Hélène Pedneaut (« Le signe du lion » rénové) et Lucille Cousineau pour marquer les 80 ans de la vaillante comédienne Huguette Oligny.
La foule (plus de 60 personnes !), parents, amis dans ce restaurant (Les filles du Roy) qui a les allures d’un bordel luxueux du « far-west » pour cow-boys enrichis et danseuses de « french cancan émigrées, quand il souhaite avoir les allures d’une auberge « canayenne » en début de colonie au bord du fleuve. C’est une sorte de « palace » et on s’y sent bien. Décors chaleureux, salon, canapés, fauteuils, cheminée, piano, large couloir pour les apéros, au fond, verrière, plantes vertes et cages avec oiseaux exotiques vivants !
Ma chère Aile toute épanouie —coupe de cheveux nouvelle, frisée si joliment, tailleur parfait— en voyant arriver des tas de membre de l’Union des artistes, elle lève sa coupe aux vieilles
Connaissances du temps de ses réalisations à la SRC. Nommez-les : Abert Millaire, Élisabeth Chouvalidzé, Aubert Pallascio, Gabriel Gascon, Gérard Poirier, France Castel, Clémence Desrochers, Louise Latraverse, la grande Picard… que je salue ainsi « bonjour ceux de Pointe-Calumet » car son père y tenait un ciné de plein air. Le premier du territoire. Que Duplessis fit fermer, pour calmer les évèques timorés…Gilles Pelletier et sa Françoise (Gratton) —nous nous sommes souvenus des répétitions chez elle, à Ville Mont-Royal Ma chère, des figurants pour les pageants catholicards du Père Clos sur le mont Royal— le cinéaste Melancon, accompagnateur de la toujours si belle Andrée Lachapelle, Amulette Garneau … je n’en finirais pas.
Je remarque qu’il y a des affinités —une amicalité totale—entre acteurs et metteurs en scène…Et moi, un auteur, dans ce maelström de bises et d’effusions, bien, il y a un certain mur. Un muret disons. Nous sommes de deux mondes. Eux, ils sont là « après coup » je dirais. Nous, les écrivains de l’ avant coup. Difficile à dire clairement. Une certaine gêne, en tous cas une distance. Je la sens toujours. Deux mondes amicaux, liés certes, mais différents. La solitude (pour pondre) chez nous, chez eux, les comédiens, la solidarité. Le clan. Que de cris fusent où j’entends : « nous sommes du même bateau, ensemble. » Je ne sens pas cette esprit de famille aux réunions d’écrivants.
Durant le repas, Hughette à sa table d’honneur devant les épais anciens murs de pierres et l’immense cheminée, avec des parents dont Jean-Louis Roux (sosie de Claude Ryan à présent !), son beau-frère, quelques bonnes surprises. Par exemple, Poirier et Faucher (avant le dessert) livrant un impromptu (à faux). Enguirlandage étonnant (signé Guitry). Ou madame Souplex, si énergique dans ses rondeurs, inspirée et tumultueuse, parodiant la tirade du nez (de Cyrano) en se servant, comme cible, du « grand âge » de la célébrée. C’est la franche rigolade dans toute la salle.
Avec gâteau et café, au vaste salon, concert de poésie, de chants, chacun y va de son refrain favori. Encore la rigolade.
2-
Comme c’est drôle ! La veille, samedi soir, nous étions encore dans le « Vieux », dans un étonnant et merveilleux site, le « Caveau », chez Georgio, rue Saint-Laurent au bord du vieux port. 25 ième anniversaire du mariage de ma fille, Éliane, avec son Marco. Un lieu envoûtant…sous voûtes, ex-cave de fourreurs ou de marchands de vin (?). Une immense cave hors du commun. Sorte de « catacombes » des premiers chrétiens ! Ambiance merveilleuse.
Clan des Barrière —dont la Mado, grand-mère de Marco, mon modèle de longévité, 93 ans !— au grand complet, clan jasminien réduit. Des amis très fidèles du couple fêté. Là aussi, petits « speechs » de circonstance, souvenirs, anecdotes fusaient, de l’un ou de l’autre. À la fin du repas, petit concert du « Harry James » de la famille, le benjamin Gabriel, trompettiste amateur. Après les excellents desserts, installation des trente invités dans une jolie salle attenante. Cela toujours sous des combles formidables faits de « pierres sèches » antiques, amusante et ironique séance visuelle faite d’images choisies d’albums de photos. Un montage et une projection sur grand écran, par « ordinateur », du même Gabriel. Vive émotion chez le bonhomme : ma fille, comme Marc, aura bientôt cinquante ans ! Oh la la ! Rien pour me rajeunir.
La vie file, file…
Nous étions une dizaine de curieux, vendredi soir à la cinémathèque-vidéothèque du boulevard de Maisonneuve, pour le visionnement de mon « Blues pour un homme averti » (1964). La bande-son affreusement mutilé, hélas. Les images en noir et blanc …parfois chevrotantes ! Un bon coup sur la tête pour moi. Je m’étais imaginé une dramatique sensationnelle, extraordinaire. Souvenir trompeur ! Mai non, ce « Blues.. » n’est pas sans grave défaut. J’avais trente trois ans et je maîtrisais mal les niveaux de langage. Aussi, pendant la projection, je me disais : faudrait que je ré-écrive ce texte un jour. Mais pour qui ? Trop tard. Je suis assez lucide pour constater le vieillissement de ce « Blue.. » qui fut publié chez « Parti-Pris », le gang enthousiaste à l’époque.
C’est instructif en diable ce déterrage de vieille pontes. Ça m’a rabaissé le caquet, je vous jure. Le jazz de Slide Hampton, lui, était toujours extra. Jacques Godin, malgré le son pourri, m’a montré encore son savoir-faire pour incarner un vieux « bomme » en quête d’un père mythique. Quelle présence !, comme on dit, il perce l’écran. Le « robineux » , Paul Hébert, émouvant dans sa nudité matérielle. Et toujours si juste ! Je me suis souvenu : un matin, très tôt, j’avais conduit mes petits-fils, rue de la Commune, pour qu’ils puissent observer les clochards. Ces derniers se débarbouillaient dans une fontaine publique sous la lumière matinale fauve. Leurs yeux incrédules, la découverte d’un monde de misère. J’avais cru bon qu’ils sachent le dénuement effrayant des laissés pour compte de notre société. Ils en étaient muets.
3-
Je repense à cette « Fin du monde », de Lagarce, au Théâtre Go. Ce malentendu funeste entre deux frères. L’un, que l’on devine artiste (joué par Denoncourt), malade gravement, qui revient chez lui après son bourlinguage et l’autre, modeste, serviable, resté dans la famille, ouvrier sans aucune vision autre que la « petite vie ». À la fin, le choc, le dialogue embarrassant, strident dans son non-dit, entre les deux frères.
Et Luc Picard qui me fait pleurer dans le noir.
J’ai pensé à mon frère, Raynald. Que je ne vois à peu près plus. Qui fut mon petit compagnon de jeux tant aimé, durant tant d’années. Qui mène une existence hors de ce monde du spectacle, des lettres. Nous sommes devenus peu à peu, nous aussi, deux blocs erratiques. Étrangers, hélas ! Nous dérivons chacun sur notre rive, séparés, « incommunicado ». Et cela me pèse. M’ennuie. Et je ne sais pas par quel bout…nous pourrions à nouveau être, redevenir, deux petits frères ou deux vieux frères.
La vie… merdre !
Pour combien d’entre nous, y a–t-il de ces gouffres niais, inévitables ?
Procès publics, enfin, au bord de l’Atlantique, un peu au sud. Ce cardinal bien con, à Boston. Law. Qui a tout fait pour cacher, déménager, taire la pédophilie de ces (« ses ») affreux malades ensoutanés. 130 enfants qu’on a massacré, qu’on a bousillé. Dans cette écœurante horde de vicieux, 70 curés, une vingtaine seulement font face à la justice maintenant. Les catholiques de Boston sont indignés par « les secrets » de leur Cardinal Law avec raison. Ils veulent qu’il démissionne de sa charge… vaticane. Tant de mensonges, de camouflage, d’échappatoire au lieu de faire face à la vérité. Ce complice, en robe rouge romaine, de l’horreur a suspendu huit de ses prêtres pour calmer la grogne. J’ai connu ces disciples de Jésus, jeune. Dans Villeray comme au collège des Sulpiciens. Qui n’a pas des cas à citer ? Plein d’anciens enfants pollués par ces prédateurs déboussolés, ces pédés tordus en soutanes, à Boston comme à Montréal, salis jadis, qui se taisent. On sait que la culpabilité retombe souvent sur eux, petites victimes. Ils se pensent les responsables de ces dérives infernales. Mystère psychologique bien connu.
Qu’ils se lèvent, qu’ils accusent, c’est le temps ou jamais avant que crèvent ces crapules à bénitiers, à scapulaires, qui osaient confesser les « fautes des autres » dans leurs armoires capitonnées et donner des absolutions et des pénitences, et jouer les bons pasteurs, les pieux conseillers en moralité. Ah les sépulcres blanchies ! Richard Hétu, de « La Presse » raconte que ce cardinal Law, au fond, obéissait à la consigne du Vatican, renouvelé il y a peu : « Que ces cas se règlent, loin de la justice normale, confidentiellement, entre membres du clergé ». Que la honte s’abatte au pus tôt sur ce cardinal de mes deux… !
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Marc Cassivi, samedi, écrit encore « les deux solitudes » Il parle du tragique d’avoir ignoré complètement le succès filmique de Falardeau avec son beau film : « 17 février, 1839 », portant sur nos formidables patriotes émérites, nos vrais et seuls démocrates, républicanistes, anti-monarchistes valeureux de cette époque. À ce torontois « Gala des Génies » ? « Ce film de Falardeau, on connaît pas ! » Ignorance crasse ? Je sais pas. Il n’y a pas deux solitudes, il y a deux nations. Deux peuples qui jouent à la bonne entente. En surface. Un seul prix pour « La femme qui boit », avec, en effet, l’excellente Lise Guilbault. C’est tout. Ce film sur les condamnés à mort d’ici :on en savait rien chez nos jurés « blokes » ! Bravo. Cela illustre le mur infranchissable qui s’est construit entre deux peuples, rayer à jamais de notre vocabulaire ce « deux solitudes » niais. Comme il faut rayer : la « conquête » quand on parle de 1760. C’est « la défaite » qu’il faut dire historiens niais !

Le samedi 26 janvier 2002

Le samedi 26 janvier 2002
1-
C’était hier soir, vendredi et no aujourd’hui que nous avions des billets pour aller voir « Antarktikos » au théâtre de « la Licorne » un « trou », rue Papineau en face de l’ex-théâtre de Latulippe.
Je me suis senti comme, étant jeune, une sorte d’initié au théâtre marginal. Nous sommes en 2002. Un local de misère. Une centaine de chaises. Atmosphère « bohème » du temps de notre jeunesse (1950). Ces lieux d’un ordre…bancal… Six acteurs tentent de nous faire accroire à six échoués sur une banquise du Pôle Sud. Six gaillards condamnés à mort dans le froid et la nuit. Quelques vagues plates-formes, quelques accessoires, un rideau blanc que l’on éclaire…jour, nuit, aurores boréales, étoiles… pour ciel. Statisme obligé, c’est la nudité des éclopés, des perdus dans le glacial lieu, désespérés, l’arctique et ses dangers de mort.
Un spectacle étonnant. Ils rampent, ils se tortillent, ils s’emmitouflent dans leurs fourrures et guenilles et bottes de misère…ils gèlent, ils crèvent de faim, de soif, ils
agonisent…Tableaux bref, black out fréquent, on rallume, ça ne va jamais mieux. Un texte de David Young —Cuillierier me dit que cela durait quatre heures à la rédaction— qui veut raconter six cro-magnons, six homo sapiens sapiens…de 1912, bataillant pour la survie. Une soirée de théâtre peu commune ! Ce n’était pas plate du tout, D’amour et Bossé se dépensent avec brio. Monty, le metteur en scène, y a mis tout ce qu’on peut mettre pour faire voir la déchéance, le degré zéro d’une existence qui ne tient pis qu’à quelques fils ténus.
Avec nos amis, somme allés d’abord bouffer au « Stromboli » de la rue Mont-Royal, pas loin. Restau pas cher où je me régalai de pasta « fruitti della mare ». Vin rouge. Au bar, je remarquais un jeune homme plein de verve, tendu, éclatant de vie. J’ai songé à nous, jeunes artistes, espérant mer et monde de l’avenir encore très incertain. Je suis toujours ému quand je croise de ces jeunes, filles ou garçons, qui me semblent fiévreux, ouverts. Je me dis chaque fois : « Oh providence des jeunes âmes d’artistes, veillez à ce qu’ ils ne soient pas déçus. Accordez à ces jeunes enthousiastes un peu de succès et le pus tôt possible. Amen ! »
Le matin, vendredi, visite au Stanley Cosgrove d’une petite murale (assez conservatrice) au cégep Saint-Laurent. Verre de punch. Discours d’inauguration. Vidéo amateur où l’on a pu voir Cosgrove, vieux, venu signer sa fresque où l’on voit cinq personnages en toges romaines (!) , symboles de la philo et des sciences, l’ouvrage signé prenait de la plus-value ! Dehors, manifestation agressive des collégiens qui protestent contre les subventions des industriels, proclamant que leur institution, de cette manière, s’inféodait bassement aux capitalistes méchants.
En sortant, des crieurs s’entassent au portique pour faire échouer la cérémonie. Un jeune meneur, 17 ans, beau, écumant, allure d’un Robespierre démonté, crie à tue-tête. Des gardiens s’énervent, se préparent à l’empoigner, à le « vider ». Il s’agite, frénétique, semble au bord de la commotion. L’hystérique s’époumone, ses camarades l’ entourent, on craint la crise fatale. Silence et prudence autour de lui.
Il me regarde, insistant, sortir. Je vais vers lui, lui prend un avant-bras, il ouvre la bouche comme pour me condamner Je lui dis très calmement, le dévisageant avec sérénité : « Jeune homme, on a souvent raison de protester, jeune. Gardez votre faculté de l’indignation. Bon courage. » Il semble calmé net . Ne dit plus rien. Et on s’en va dans le silence nouveau.
Ce matin, dehors, Chemin Bates, l’eau coule dans le caniveau ! Incroyable ! Un 26 janvier ! 45 minutes plus tard, deux œufs au « Petit chaudron » et le Journal de Montréal. Qui ne s’améliore pas. Un visuel de délabrement. Petit torchon imprimé à la va vite, contenant plein de nouvelles fraîches racontées brièvement selon la formule qui a fait le grand succès de ce canard populiste. En après-midi, sous un soleil formidable, notre marche rituelle.
Vendredi matin, devant descendre en ville pour cet « Antarkticos » et m’ennuyant de mon fils et des siens, j’offre de luncher ensemble à Ahuntsic mais : « Ah, impossible, les deux gars sont en congé, papi, et nous montons skier justement dans les Laurentides », me dit Lynn, ma belle bru. Ma déception.
Jeudi soir, à ARTV, vu « Un mois à la campagne », téléthéâtre de Richard Martin. Dyne Mousseau fantastique, hallucinante, comédienne, on l’a oubliée. Ce drame d’Yvan Touirgueniev est moderne par son thème : « Une femme mûre amoureuse d’un jeune de 20 ans, bien joué par Gadouas junior. Je me suis souvenu : à Rosemont, mon lunetier débordé me recommande de revenir plus tard et je traverse la rue pour entrer dans un gargote infâme pour manger un brin. Elle est là, mal vêtue, le teint pâle, les traits défaits, prostrée, marmonnant pour elle-même, dans un coin du restaurant, elle, Dyne Mousseau qui a abandonné son métier pour cause d’éthylisme. Ma gêne, je n’ose aller la saluer, la crainte de l’humilier, de faire voir sa déchéance. J’en avais mal au cœur.
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Rima Elkouri, de « La Presse », signe un étrange papier. Elle parle d’un certain Leduc…dont la mère est émigrante et dit : « Il n’est donc pas de souche ! » Pourquoi spécifier cela ? C’est idiot. Une lectrice (Odette Poitras) lu a fait des reproches car Elkouri a publié que le boulevard L’Acadie n’est pas le bon nom pour baptiser un chemin rempli d’usines et d’entrepôts. Sa lectrice, remarquant son patronyme d’« étrangère » (Elkouri), prenant la mouche, lui recommande de mieux étudier notre histoire, que l’Acadie est un nom utile à signaler et blablabla ! Une querelle insipide en somme ! Or, la Rima, née ici, au lieu d’affirmer son intégration, se vante de manger du « tahiné » du « labné », du « shish taouk », initiée par sa grand-mère paternelle syrienne. Son grand-père aurait fui, dite-elle, la guerre des méchants Turcs. Bref, elle entretient une vaine chicane en semblant recommander une affirmation des anciennes racines, ici, les goûts du ghetto. Comme c’est bizarre cette susceptibilité !
Éloges rares de Robert Lévesque, dans « Ici », , pour « Au coeur de la rose » de Perrault au Rideau Vert. Ce texte dont je fis les décors fut monté par Paul Blouin à la télé d’abord, 1958. Pierre-Jean Cuillierier, on en a jasé au « Stromboli » vendredi soir, jouait à « La Boulangerie » de Sabourin (1964 ?), le rôle du marin-survenant au phare. Lévesque, dithyrambique, parle de cette reprise comme de l’un des deux grands évènements théâtrales de ce théâtre de RTUrgeon.

Le samedi 23 février2002

Le samedi 23 février2002
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« Pourvou qué ça doure… » disait la mère corse et corsée à son petit garçon, devenant célèbre, Napoléon…Ce soleil, quelle belle lumière hivernal ! Marche autour du Rond. Le samedi est toujours plein de visiteurs sur les pistes. Coloris jolis ! Des enfants hauts comme trois pommes dévalent les cotes. Monde nouveau. Jamais de petits enfants jadis à ski. Jamais.
Hier soir, rangée « A » — ainsi tu peux tenter d’enfarger les comédiens…chez Duceppe. Depuis que Aile a divulgué ma demi-surdité à ce théâtre, on nous installe « bien en face » des acteurs. Obligation de tourner sans cesse la tête quand ça se promène de Cour à Jardin. Pas de vision globale ! Eh ! Ce « Après la pluie » de l’Espagnol Sergi Belbel offre de très fameuses répliques. Les moments de colère sont transformés en « joual » avec sacres, jurons, grossièretés d’icitte…et un peu de Paris. Un mélange ! Traduction de Préau (France), retouchée sans doute par Michel Nadeau le metteur en scène (aussi dramaturge à ses heures) , fort efficace en fin de compte.
La trame : une poignée d’employés d une puissante compagnie (affaires sociales, assurances, valeurs mobilières?) grimpent sur le toit de leur immeuble pour…fumer. C’est interdit partout. En une série de tableaux, l’on raconte les ambitions, les querelles, les déceptions et aussi les affaires intimes de ces fumeurs ! Un récit prend forme peu à peu. Hélas cela force à faire des « Noirs » (trop longs souvent) entre chaque bref tableau. Cela tue le rythme. Nadeau aurait mieux fait de créer deux zones de jeu. Au moins. En somme, un spectacle avec des pics. Une sorte de passacaille et à la fin, la réunion des sept ou huit protagonistes formant des unions romantiques. Fin heureuse un peu cavalière ! Certains troupiers, inconnus ici, font voir de l’amateurisme (ils travailent rarement à Québec )mais aussi une sorte d’énergie merveilleuse : Marie-Josée Bastien, Charbonneau, Loraine Côté, Danielle Lépine, Makdissi-Warren.
Pour une fois, pas d’ovation debout (ridicule si souvent) à la fin. Je fus le seul à lancer des « bravos » tant j’avais appércié cette preuve collective de talents (en friche) qui avait fait voir tant d’excellente énergie scénique.
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Jeudi soir à RDI, avec Maisonneuve, entretien avec le cinéaste Labrecque qui offre son film sur le RIN et mon Bourgault tribun surdoué et efficace de premières années de lutte pour l’indépendance. Soudain il affirme que René Lévesque était vaniteux, refusant son aide (ce qui est vrai) se voulant seul militant-chef, ne parlant pas une seule fois des autres, pas un mot sur nos Patriotes de 1837, souhaitant même « sans doute » disait Bourgault, que son parti meurt avec lui. Oh !
Le merveilleux « preacher » patriotique de cette époque semble ne pas avoir pardonné le rejet « viscéral » de Lévesque. « Un mystère », dit-il. En effet ! C’est là qu’il a tout de même sorti son explication : « un leader incapable d’en supporter aucun autre dans ses parages ! » Hâte de voir ce « RIN » à la télé, tel que promis. Je fus le premier écrivain à monter sur les hustings de ce RIN en 1961. Aquin y viendra ensuite. Tous les autres ? Trop « chieux » ! Il en allait de risquer « bourses, subventions, voyages payés », n’est-ce pas ? Tant d’autres écrivains : des « fédérats », sauve Roch Carrier; aujourd’hui sauce René-Daniel Dubois. Mon jeune David (né en 1982) sans cesse : « C’est qui ça le gars aux lunettes ? Et le barbu, c’est qui celui-là ? » Il prouvait l’utilité du film documentaire de Labrecque « RIN ».
Vendredi après-midi, réception pour mes lunettes neuves. Sans monture. Que des vitre. Ça pèse un gramme, une aile (!) d’oiseau, une plume ! Je les aime. Fini mon « truck » à monture !
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Vu aussi le film document sur nos allophones et autres sortes d’émigrants. L’auteur, Parenteau, un ex-concurrent de « La course autour du monde », chroniqueur (où il lit bien mal, hélas, des textes souvent solides) des samedis matins chez Le Bigot (cet ex-piqueur de « fiole » comparé à Gagliano par l’ex –ministre Libéral déchu Picotte !), aussi « débater » humoristique à « L’aparté », un café d’iconoclastes, a raté son film.
C’est encore du saucisson. L’odieuse mode du « zapping ». La pensée zappée sans cesse ! L’horreur. Jamais d’élaboration. On coupe pour faire vivant, faire faux « souingne », le rythme ce n’est pas du tout cela,
Mais on méprise le public avec cette mode niaise de couper sans arrêt, de mettre en miettes chaque intervention. C’est frustrant. Au bout du compte tout devient charabia, galimatias, embrouillamini. Il n’en reste rien au bout du documentaire. On se dit, avec mépris insensé : « plus de trente secondes et les gens vont partir ailleurs. »
Démagogique écoeuranterie. Il y avait encore bien plus grave, une imposture, une fumisterie. Le mensonge habituel. Tous les invités de son film se débrouillaient fort bien en français. Le beau mensonge. Ainsi, les innoccents disent : pourquoi la méfiance face aux « ethniques », façon Parizeau ? Vous avez bnien vu ? Tous, ils s’intègrent à nous, c’est fantastique non ? »
La réalité est tout autre : la plupart des nouveaux-venus et la masse des anglos d’ ici se foutent du français. Leurs chefs (subventionnés par le fédéral) militent pour rogner, ronger à l’os, abattre un jour la Loi 101. Font appel aux juges de la chère « Supreme Court » . Dans Darcy McGee on a voté à 95 % contre une patrie pour la nation. Pire, dans Côte Saint-Luc, ce sera 100% de vote négatif. Un vote, non pas « ethnique »monsieur Parizeau, mais « raciste ». N’ayons pas peur des mots. Des masses d’ anglos, nés ici, ne parlent pas français ! Racisme !
Le bon-ententisme fallacieux et trompeur des Parenteau (un jeune pourtant et déjà si imposteur !) fait l’affaire (les affaires comme dans good business) ) des bénis-oui-oui en poste qui financent cette sorte de projet-fumiste, les distribuent volontiers, les diffusent avec plaisir.
Quelle honte d’oser tromper le public de cette manière hypocrite. Moi,. Tout le monde, connaît une douzaine d’intelligents nouveaux venus (d’anglos aussi) qui ont su s’intégrer, vous, moi, tout le monde pourrait donc monter un film de cette menteuse façon. Ces tripoteurs zélés des réalités sont des manipulateurs. Monique Simard (en quête de subventions ?) est l’une des deux producteurs de cette farce, elle, une péquiste officiel ! Mon jeune David, jeudi soir, écoutait mes cris de révolte et riait. « Papi, t’es fâché noir là ! » Oui, je l’étais. Il étudie à Concordia et me révèle que j’ai tout à fait raison. Il le sait. Il le voit. Il le constate. Il fréquente chaque jour des tas de jeunes émigrants de diverses nationalités à son université.
Mon épée me démangeait ! Croyez-vous que, disons, La Presse aurait publier ma diatribe ? Non. J’ai mon journal désormais, Dieu merci.
4-
Le bon film. Modeste. Avec l’extraordinaire Anthony Hopkins. Le titre : « Cœurs perdus en Atlantide » ( titre con). Aile ramenait au foyer cette cassette vidéo. Je le reverrais. Un gamin mal aimé, mère frivole, volage, un peu putain, qui diffame le père de son fils, et ce vieux pensionnaire mystérieux, méfiant —joué avec un talent merveilleux par Hopkins. C’est un sage mais au passé obscur, télépathe à ses heures, qui initie le gamin aux choses de la vie, de sa vie…menacée. Qui aime ce garçon comme un père (le père du gamin a été tué). Notre jeune hôte, Dabid, tout satisfait lui aussi par ce film. Ce qui ne l’empêche pas d’aller au frigo sans cesse. Diable, vraiment un ogre à cet âge, un ado !
Ce matin, montant ici, petit déjeuner dit « de l’ogre » au « Petit poucet » de Val David, route 117. Yum ! Yum ! Deux oeufs, bacon (que je donne à Aile ), patates , jambon, délicieuses fèves au lard et leur bon « pain de ménage », de l’excellente confiture aux fraises. Yum ! Je fais cela une fois par mois seulement !
Après la promenade de santé, nos deux chaises à coussins sur la galerie. Lecture des « canards » épais du samedi. Le bonheur ! On se croirait en fin de mars, ma foi du bon yeu !
David a bien rigolé : il devait étudier Pol Morin, ce poète d’antan.
Ayant connu le personnage (décédé en 1964), ne me privant pas de le moquer, lui l’académique poète du « Paon d’émail » et sa canne de luxe, ses guêtres de gentleman (fils de grande famille, il allait au Collège Sainte-Marie à cheval), mon petit-fils se tenait les cotes en m’entendant ridiculiser ce conservateur nostalgique, ce grand épris de la Grèce antique, ce doux fou de mythologie gréco-romaine, cet aristo pondeur de poèmes à l’ancienne jisqu’à la fin des année 1950.
Or, je me secoue et je finis par lui avoier une certaine admoirayion. Cetrs le bonhomme mOrtin était retardé dans son lyrisme classiwue mais il n,En restaitbpas ,oins un valeureux personnage. Alors je vante sa culture à mon David et je lui dis qu’il avait ses mérites. Bref, j’ai craint de faire un portrait injuste et facile de ces bizarres « résistants » de cette époque, de ces malheureux passéistes qui se désolaient tant de nos temps modernes. Après tout, nos jeunes agressifs avant-gardistes n’ont pas tous mis au monde des œuvres si solides !
Comme ils aiment rire, ricaner, se moquer, ces jeunes gens. Nous étions ainsi à cet âge ? Je crois que oui.
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Mon grand plaisir. Michel Biron matraque —in « Le Devoir » de ce samedi matin— un livre de Marc Fisher. Biron parle d’un « faiseur de recettes » pour exciter les apprentis auteurs, les aspirants écrivains candides en mal de « formules magiques » pour pondre un best seller. Fisher en a pondu un jadis : « Le millionnaire ». Il n’en est pas revenu et se répand depuis en « cuisinier » expert. Je le matraque aussi dans ce « Écrire » qui va sortir des presses de l’éditeur de Trois-Pistoles bientôt.
Ce même Biron qui me rend si content m’a enragé il y a quelques mois en publiant que Ferron, Thériault et moi, étions des écrivains mineurs. Le quotidien de la rue de Bleury n’avait pas publié ma réplique. L’habitude maintenant…
Hélas, Denise Bombardier comme M.-F. Bazzo gaspillent de l’espace aujourd’hui. Deux chroniques… plates ! Ah si j’avais la chance d’avoir mon petit espace, il me semble que je prendrais un plus grand soin de ne pas ennuyer le lectorat…On dit ça, hein ?
À force de chroniquer…je me souviens du temps de mon bloc-notes quotidien au « Journal de Montréal », je me relisais parfois et je me disais : « ouaille, pas fort ce matin, le bonhomme, faut te fouetter ! »
Bill Clinton est venu jaser Place des Arts :on dit 200,00$ ou 100,000$ pour la causerie. Bigre ! 45 minutes de causette et le fric en gros ! Plus d’un demi-million pour la machine caritative concernée (hôpital je crois). Eh ! Un ancien président des UA, c’est pas Jos Bleau ! Bien chanceux. Entre 100,000$ et 200$ —…le cachet de l’UNEQ pour une jasette d’écrivain québécois dans écoles ou collèges— il y a une sacrée marge, pensez-pas ? Bon, à la prochaine invitation, je demanderai 1000$… non, c’est trop, disons 500$. On verra bien la réaction ! Pauvres de nous
6-
J’y pense : ce Bouchard qui racontait René Lévesque l’autre matin, pas un mot sur un fait prouvé. C’est le conflit de travail à Radio-Canada qui a mis Lévesque sur la politique. Voyant Ottawa de glace, incapable, pire complètement indifférent face à cette grève du réseau français de la SRC, des francophones « du pays lointain », le Québec, Lévesque éclatait un jour. Il fit un fameux discours anti-Ottawa. Fit un « édito » célèbre à la radio, aux journaux. Il parla « du soleil qui ne brillepas également selon les communautés en cause. « Il déclara que « la grève, au réseau anglais, à Toronto, se serait réglée en deux semaines au maximum ». C’est à ce moment (janvier 1958) que le fameux reporter apolotique et plutôt anti-nationaliste (à cause de Duplessis) se muait en homme politicien, en tribun farouche. Deux mois plus tard, trois ?, il était en campagne avec Lesage pour battre le duplessisme ! Est-ce que ce fait gêne les Bouchard venus de Radio-Canada ?
J’y songe : Aile et David. Elle me dit : »je vois que c’est un garçon sérieux, foncièrement bon, bien élévé, mais quelle candeur et quelle naïveté ! « Je ne sais que dire. Certes, à cet âge…Bon, David plus innocent que d’autres ? Est-ce bon ? Plus entier, plus naïf même ? Ça se peut. Il y a qu’il a un tempérament de « victorieux « . N’est-ce pas le lot commun des ados ? Comment savoir. Ne peux pas comparer vraiment. Cette sorte de sûreté de soi….. Qui engendre des sentences parfois définitives. Je ne cesse pas de le corriger avec chaleur. De lui faire admettre que tout n’est ni tout noir, ni tout blanc. Lourde tâche pour ses parents, pour moi, pour tous…Comment amener ces jeunesses à bien discerner les nuances ? Pas facile. J’ai confiance en lui. Je suis comme lui, trop confiant ? Ça se peut.

Le dimanche 20 janvier 2002

Le dimanche 20 janvier 2002
1-
Retour de notre marche de santé autour du lac. Temps doux par rapport à hier. Un soleil bataillant ferme avec du brouillard pour garder son apport de belle lumière. Une lumière spéciale si souvent l’hiver qui nous fait nous arrêter en chemin, Aile et moi tant cela est… c’est ça, spécial. Hier, samedi, du froid raide. Fenêtres givrées, obligation du grattoir et, après le lunch, on descend Chemin Bates.. Dans l’après-midi s’amène l’ envoyé « véelbéquiste » pour me prendre en photo en vue de la confection de la couverture de « Écrire ». Ludovic (!) est au Québec depuis cinq ans . Il me dit qu’en arrivant il a voulu au plus tôt savoir sur la littérature québécoise. Bonhomme classique, « clic clic » sans arrêt, le petit parasol de soie et on y va. Je ne comprendrai jamais pourquoi en faite tant ! La pellicule doit être bon marché. Une certaine gêne, toujours. Des contempteurs me croient « kid kodak », je déteste cette longue séance et comme pour y échapper, en pensée, narcisse obligé arrose le gaillard à lentilles de propos décousus sur… tout et sur rien. Il écoute et puis, à son tour, pas moins bavard, ne raconte des bribes de son passé.
Il finit par finir, part vers son bus, rue Rockland, et nous nous préparons pour le repas d’ anniversaire, à la Picolla :Marielle a eu 70 ans samedi. Mon cadeau, la carte, mon petit « speech » (ma manie chérie !)le gâteau, savoureux cadeau d’Aile. Table de 14 convives. Le demi-sourd que je suis devenu a bien du mal à suivre les méandres des jasettes, malgré les voix de stentors de la plupart des miens. Je suis rentré satisfait, bien content que mon initiative se soit bien déroulée.
2-
Ce matin, gros petit-déjeuner au « Petit chaudron » en bas de la côte Morin, là où je mangeais il y a plus de cinquante ans, skieur du lieu avec le club du collège Grasset. Revenu au chalet, c’est parti, j’installe mes vieux pinceaux, des feutres, la gouache et je commence cette série de tableaux graphiques que j’avais en tête depuis pas mal de temps. Influence de ces « journées nettes » ? Sans doute : je me servirai s des pages de journaux lus, gardant la date imprimée, m’inspirant librement des photos et des titres pour griffonner de tout. Un « journal » visuelle folichon. J’ai concocté deux « tableaux ». En suis pas trop satisfait. Je devrai trouver une manière, un style, peu à peu. J’ai mis , à l’encre de Chine, des oiseaux, des poissons, des fleurs sur les textes des journalistes. Casse-têtes insolites. J’espère arriver bientôt à allier ainsi le quotidien du « quotidien », en sortir des iconographies fortes. Ça prendra du temps, sans doute. Je garderai les meilleures pages, les ferai encadrer, les exposerai.
« La maisonnette » un œuvre caritative utile, dans « La petite patrie » m’a demandé de mes tableaux pour une sort d’encan. J’en aurai et des inédits. Mercredi matin dernier, une dame Tremblay au téléphone : « Bizarre , j’avais acheté une de vos aquarelles en 1980, voilà que tout le turquoise de votre tableau s’est tout effacé ! Quoi faire ? » Diable ! Je n’au pas su quoi dire ! J’ai fait de piètres excuses. De quoi j’ai l’air…mes vieilles aquarelles tombent en… néant !On dirait une séquence surréaliste d’un film de Cocteau, non ?
3-
Oh le merveilleux Stephen Spielberg (tome 2) chez l’animateur Lipton à ARTV, vendredi soir ! Étonnant de constater la timidité, la réserve, l’humilité aussi, non feinte, de ce cinéaste fort coté dans le monde entier. Ses propos de coulisses pour « Le soldat Ryan », ou « La liste de Shindler », « La couleur pourpre », « E.T., « Jaws », nommes-les, étaient fascinants. À cet amphithéâtre —bourré d’élèves de l’ « Actors studio »— il a répondu à Lipton le questionnant sur la présence du soleil sans cesse : « C’est que la la lumière c’est la vie. Le soleil fait tout, fait croître tout, humains, faunes et flores » Les sous-titres en français sont très bien faits, ce n’est pas toujours le cas en cette matière.
Je m’amuse toujours énormément de voir cette « Catherine » (le vendredi à la SRC) ave la jeune comédienne Moreau. Sa tête de linotte, son imbécile enjouée fait florès, fait feu des quatre fers, un feu roulant. On regarde ce vaudeville télévisé comme on mange des croustilles. C’est agréable, c’est pas nourissant du tout, c’est une récréation de bon aloi. Les acteurs y sont solides et Dominique Michel est courageuse de se mesurer avec tous ces jeunes talents vifs. Bravo ! Elle fait bien son boulot de proprio aux fantasmes insensés. Les scripteurs, efficaces, ne cherchent qu’à produire des répliques (one-liners) plus tarabiscotées les unes que les autres comme le veut le genre burlesque. Chapeau !
Fait frappant : aux USA, on construit une prison neuve chaque mois ! Effarante réalité, non ? Une industrie (!) prospère quand on sait que l’on confie souvent au « privé » l’administration de ces pénitenciers. C’est, tenons-nous bien, 30 milliards de dollars y passent chaque année ! Tout le budget annuel du Québec, ou presque ! Le reportage (« Zone libre » peut-être ?) spécifait :
« la délation y est fortement encouragée, sans cesse, les drogués voient leur sentence fondre de 50% s’ils jouent les mouchards. Imaginez le climat entre détenus ! En cas ce saisie d’un peu de « coke » c’est 15 ans de tôle, minimum !
Un certain Paul Larue, surnommé « Le poudrier » par son étonnant complice. Arrêté à Burlington, Larue acceptait un rôle d’indicateur et sa confession, aux USA via la terrible DEA, a entraîné dans sa chute ce blanchisseur de millions de piastres sales ! Qui ? Un avocat devenu juge ! Oh la la ! L’enquête sera longue —cinq ans— et tortueuse, évidemment ! Un juge ! Ce monsieur « respectable » extérieurement, ce Flahiff ! Un scandale effroyable, on s’en souvient. La digne « madame Justice » en perdait sa balance face à cette « balance Larue » !
Le journaliste Roch Côté a parlé d’une industrie clandestine de …mille milliards de dollars ! Il faut toujours se souvenir de cet Italien, fonctionnaire haut installé, qui osait dire : « L’économie mondiale s’écroulerait si on empêchait soudainement le convoyage d’argent sale. » Une crise économique sans ces banquiers —Suisses le plus souvent— sous-mafia, indispensables pégrieux, dont l’ex-ministre Garneau fut l’un de représentants. Évidement, ça joue les innocents : « Quoi, quoi, on et là pour prendre l’argent offert , on et pas des enquêteurs de police ! » La salade hypocrite ! Le juge Flahiff obtenait trois ans ! Il voulut —c’est stupéfiant— conserver son job de juge ! On lui dira : « non, merci » !Souriez ! Et tous ces banquiers, complices si discrets, ils ont eu quoi comme sentence ? Rien !
4-
Le film « Ali » semble bien fait. Hésitation à y aller voir. Ce sport (cette sauvagerie innommable )devrait être interdit. Que l‘on se casse les jambes, les bras , les reins (Alouette !) soit… mais que l’ on autorise des hommes à se frapper la tête est une ignominie. La tête c’est sacrée, c’est une machine prodigieuse, inouïe, et il faut être con, bête, idiot, aliéné, fou raide (ou misérablement pauvre et mal pris ?) ) pour avoir l’ inconscience de se faire cogner dessus. Oui, l’on pourrait inventer des batailles où les gens se feraient estropier, démantibuler, sortiraient de l’arène
ensanglantée manchots, unijambistes…mais la tête ! Mais… s’assommer à coups de poings sur la tête c’est d’une bêtise qui ne doit plus être tolérer, nulle part, par aucune organisation humaine (surtout pas aux Olympiques !) en ce vint et unième siècle.
Parlant de « garder sa tête, samedi matin, Aile cherche la margarine (le beurre a été banni ici ), ouvre et referme le frigo, se lamente, et puis , elle est là, sous ses yeux. Enragement ! Et moi…je cherche ceci et cela…qui se trouve toujours pas loin. Maudite vieillesse, nous écrions-nous chaque fois. À ces petits signes affligeants, nous prenons conscience que l’acuité de nos sens diminuent et c’est d’une terrible tristesse. Que les jeunes gens qui me lisent le sachent : la vieillesse c’est une sale hypocrite qui nous cache un couteau, un stylo…Sale bête va !
5-
Ce matin , la Cousineau (La Presse) déplore les attitudes intolérables des juifs (venus de New-York où il s’appellent des « Lubavitchs »), les « hassidiques » de son quarter ! Va-t-on la taxer d’antisémite comme on le fit quand je questionnais de la même façon en 1988 ? Elle parle d’un documentaire : « Gardiens de la foi… », demain, au Canal D, donc lundi soir. Elle dénonce ce film de Ian McLaren : « On ne sait rien, on ne nous parle pas du fait que ces orthodoxes ne nous parlent, ne nous retardent pas, jamais… » Ce serait un film banal, plein de banalités niaises ! Qui, quoi fait que jamais personne dans cette communauté d’intégristes « sauvages » n’arrive à dire la vérité ? D’où vient ce refus total de la moindre intégration ? Un mépris embarrassant pour tous les voisins, nous, de ces « fous de Yaveh ». Tous ces McLaren, à mes yeux, sont une sorte de scandale et avec l’argent public en plus. Écœurante langue de bois niaise. Une rectitude politique dangereuse à long terme. Cette tenue religieuse fera naître un racisme, c’est déjà en cours et je le déplore. Ces juifs hassidiques sèment l’antisémitisme comme personne d’autre. Voilà l’horrible vérité que les juifs ashkénazes et séfarades, les yeux bouchés, refusent d’admettre. Ils se doivent de secouer ce racisme éhonté de leurs co-religionnaires d’ Outremont !
Confidence : me voilà stimulé, tout excité par mes travaux de recherches graphiques. J’aime « Écrire », mais c’est moins facile…non, disons…moins libre, non, quoi dire, dessiner, peindre, est plus sauvage, plus vrai, non, maudit, comment dire, barbouiller est pus amusant. Ah, puis au diable, peu importe ce que c’est, le pinceau m’est naturel, la plume (le clavier), moins.

le vendredi 18 janvier 2002

le vendredi 18 janvier 2002
1-
Ma foi, enfin, le voici, le vrai hiver. On pourrait revirer le paysage à l’envers, ça ne changerait rien. Il neige vraiment ! La vue de ce paysage rendu comme invisible. Sans dessus dessous ! Blanc partout. La beauté, on l’oublie, de l’ouate en fines lamelles déchiquetées qui se laisse choir dan s l’air. Oui c’est beau, je le dis sans aimer vraiment cette saison froide. Mes vieux os…
Avons loué « Pearl Harbor », deux bobines. On regrette de n’être pas allé voir cela sur grand écran. Du bon boulot visuel. Certes, il faut attendre une bonne heure avant que s’enclenche…la guerre contre les Japonais de l’Empire du Soleil levant. Les séquences du pilonnage de la flotte américaine : du cinéma étonnant. Technique moderne impeccable. L’horreur. La surprise totale, un Président Rosevelt sidéré. Insulté. Révolté. Ulcéré.
Des images bouleversantes, morts, noyades, avions de kamikazes fous, Nippons horribles de cruauté, le fanatisme de cette époque… et voilà que ma chère Aile ose : « On comprend mieux les bombes sur Hiroshima et Nagasaki, non ? » Elle me dira, plus tard, retirer ses paroles sachant bien que les volcans atomique sur des civils est un « crime de guerre » inexpiable et impardonnable…dont on ne parle pas assez. « Malheur aux vaincus », le « vae victis ! », de la Rome impériale antique ? C’est dire la conviction qui fait enrager… face à l’authenticité apparente, et documentaire à la fois, installée par des talentueux cinéastes de ce « Pearl Harbor ».. Il y a une jolie romance au sein de cette reconstitution, comme l’exige le commerce, récit très plausible, au cœur de ce récit cauchemardesque. La scène (un fait historique confirmé) quand le Président, infirme condamné comme on sait, réussit à se tenir debout est extraordinairement forte. Un chef militaire japonais étonne : un adjudant lui dit qu’il est intelligent et il rétorque : « si je l’étais j’aurais réussi à empêcher cette guerre. »
2-
Vu le deuxième tome sur Mailer. Insatisfaisant. Son époque y est illustrée. Les trois tués célèbres : les deux Kennedy que Mailer aimaient bien, le Pasteur noir célèbre…Les États-Unis (Mailer dit AMERICA, hélas !) s’en trouveront abattus collectivement, honteux, surtout avec cet enlisement au Vietnam. Il faudra la réussite d’Apollo 11, (la lune !) pour que la communauté redresse la tête enfin. À partir de là, le vieux militant de gauche avoue qu’il a compris : « Je savais enfin qu’un écrivain ne peut changer le monde. » Il avoue sa candeur. Mailer y est souvent con (sur les femmes, niais même, mais très franc, lucide.
3-
Hier après-midi, jeudi mon Buissonneau au téléphone. On jase ad lib. On rigole. On se jure d’aller luncher à quatre, lui et sa Monique, moi et mon Aile. Du poulet ? Je blague ! Mon Paul a des jugements raides. Il n’a rien, comme moi, d’un intellectuel. Il aime. Il déteste. Puis, voyant ses erreurs, il admettra rapidement se errements. Comme moi. Nous sommes de la même farine, lui et moi pourtant un monde sépare nos enfances, lui, gamin-ouvrier en usine, à Paris sous les bombes, moi dans Villeray sur mon vélo fleuretant les filles ! J’aime sa ferveur, ses enthousiasmes. J’aime le fervents. Il va préparer en février qui vient un spectacle au chic TNM, du Tardieu. Inoubliable son « Théâtre de chambre », du même Tardieu à son Théâtre de quat’sous, jadis, oh oui, inoubliable ! « J’arrive pas à cesser le boulot, Claude… », me dit Buissonneau. Moi donc ! « Les femmes, ma Monique, sont bien plus sages que nous quand vient le temps de retraiter, de décrocher, non ? » Oui. Je trouve qu’il a bien raison.
4-
Critique molle du Perrault monté au Rideau-Vert, ce matin. « Au cœur de la rose » contiendrait trop de texte ampoulé, baroque.
La critique dit : « Il y a ce couple qui ne s’entend plus et qui craint, le dernier enfant parti vivre sa vie, de devoir se voir en face en face. » Oh…cela…! Oh la la…! Oui, grave question pour tant de couples qui ne vivent plus (ensemble) que pour les enfants. Le temps fatidique des départs de la progéniture arrive, la maison « familiale » qui se vide…L’heure de vérité sonne fort. Un drame souvent. J’en sais un bout là-dessus ! Ma vie vers 1975, 1976… je quitterai mon ex-couple, « dysfonctionel », en juin 1978, rien à faire.
5-
La fameuse Monica aux cigares dans un film pour s’expliquer : « Non, je ne voulait pas la notoriété et non je ne suis pas une candide stupide. » Bon, bon. Reste qu’une groupie est une groupie et on voit ces « achalantes » collantes toujours dans le sillage d’une vedette. Clinton était une star. Parfois, souvent même , c’est un héros de music pop. Même dégât chez ces suiveuses énamourées et niaises. Exploitées comme torchons. On sait tous de ces histoires. Me taire sur certains parages… c’est trop triste.
J’ai oublié, vu le deuxième épisode du célèbre cinéaste Spielberg chez le Lipton de l’Actor’s studio, canal ARTV. Bon. Dans le premier, un grand moment. Ce questionneur plutôt fat, Lipton, (oui, comme la soupe) lui sort une analyse de son cru qui va qui jeter Stephen S. à l’envers. À la fin de « Close encounter… », lui dit-il, cette musique merveilleuse, c’est votre maman, une bonne musicienne, et la machine extraterrestre inouïe, complexe, c’est votre papa, un mathématicien reconnu, non ? Vous avez voulu les réconcilier, les réunir, ayant tant été meurtri, vous l’avez dit, par leur séparation, enfant ? C’est cela ? »
Oh oh ! Le Stephen, les bras à terre, il va murmurer, ému :
« Merci de me le faire découvrir, vous avez sans aucun doute raison. » Oui, un très grands moment de télé. Un lourd silence en studio. Me voilà tout admiratif pour le Lipton en question, sous ses dehors de despote dominateur, il y a donc ce bonhomme brillant.
Spielberg, jeune ado, avait une caméra 8mm, cancre aux études, et il ne cessait de filmer partout, de monter des « séances » d’un amateurisme qui le fait bien rire maintenant. Refusé à une école sérieuse en cinéma, il deviendra « go for », commis, « traîneux » de coulisses quoi, dans les grands studios d’Hollywood, finira par se faire un bon contact. Il fera de la tété d’abord, du dépannage, et puis viendra son fameux « Duel », ce film étonnant que j’ai aimé, admiré, énormément, cette mystérieuse chasse à l’homme par un fardier de 22 roues, puissant et anonyme. Premier signe d’un talent hors du commun. On sait la suite. Avec des erreur de parcours comme il se doit.
6-
À Cuba : pardon au Padron ! Un reporter, ce Pradon, qui avait traité de « menteur » en ondes, le très démocratique Fidel Castro. La prison ! Tombé malade gravement dans sa geôle infect, les autorités de Cuba vont le libérer. C’est le Pen CLub qui a collaboré à sa libération. Ce club, où des écrivains s’associent avec des détenus politiques, ainsi, finit, à l’occasion, par des réussites merveilleuses.
Hélas, durant la crise d’Oka, été 1989, ceux du Pen Club avec Amnisty et Greenpeace, se rangeaient comme des girouettes connes contre le « méchant Québec raciste », décrié par les gazettes anglos, heureuses, dans cette tourmente, de jeter de l’huile sur ce feu sauvage (oh !) propice à leur francophobie maladive. Ils se portaient à la défense des pauvres petits anges amérindiens, les « warriors », une pègre de Saint-Régis qui voulait seulement davantage de passe-droit pour leurs trafics louches de contrebandiers « hors-taxes ». La mode… ces trois organismes tombaient dans la rectitude aveuglée, –et Mgr. Tutu y alla de sa bouffonnerie— j’avais déchiré mes cartes de membre et engueulé ses représentants. Lisons, relisons, de Robin Philpot,, son « Oka, dernier alibi… » (VLB, éditeur) , il donne l’heure juste, montre des documents, de articles sur le racisme indiscutable des anglos nous désignant collectivement comme « racistes obtus. »
7-
À Télé-Québec, (aux « Franc-Tireurs »)avec les frondeurs incorrects, Martineau et Cie, avoir vu un Chapleau tout étonné. Comme moi, il découvrait soudain un Kaboul avec des édifices importants, une ambassade des USA, un théâtre alors qu’avant la fuite des Talibans, il n’y avait, apparemment, à Kaboul, comme dans le reste de l’Afghanistan, que deux pierres et trois roches, un tas de sable et une clôture arrachée.
Bravo ! En effet, ce fut une révélation soudainement. On a en studio de « manipulation », parlé de cette reporter, « la Galipeau avec son foulard, carré de soie Chanel » disait Chapleau, plaquée devant une ruine déserte… Non mais… Ces mensonges de nos grands réseaux, de nos « envoyés au front ». Quel mépris envers nous tous et que la honte les recouvre ces manipulateurs stipendiés.
Même émission, souvent captivante, une Dominique Michel, franche, frondeuse et qui répondra clairement aux questions piégées du questionneur. Découverte une fois encore que face à une interview bien menée, c’est une autre affaire…Une star, à la réputation moche sur le plan de idées, semblera soudain bien mieux équipée intellectuellement qu’on le croyait. Délivrez les artistes des mignardises des entrevues connes où il n’y a que pub, plogue.
8-
Cette série sur la pègre, sur « La famille » Caruana et Cuntrera se révèle obscur. Les noms volent. Impossible de s’y retrouver. Aile, si brillante en matière trouble, en scénarii complexes (qu’elle s’amuse à m’expliciter après visionnement, la saudite !) eh bien, elle aussi, médusée, toute embrouillée dans ces maillages siciliens, états-uniens et…montréalais. Elle me dit : « Je crois que ces auteurs veulent ces ambiguïtés. Que cela les arrange. Ils savent que le mystère épais donne l’apparence d’intrigues savantes, emberlificotées, lourdes. » On y est perdu comme dans la série (bien filmée, bien actée) avec intrigues « poudre aux yeux, de Dionne, « Omerta ».Même opacité avec « Le parrain, 1 2 et 3. Grand public à cause du sujet, succès fort à cause des vedettes surdoués… et le public se tait qui se dit : « je pourrais passer pour gnochon » ! Un enquêteur de la GRC admet qu’on a stoppé son enquête sur les « blanchisseurs » à Ottawa. Faute de fond, dit-il. Oh yea ? Au beau milieu de « La famille », un important chef déclare : « Faut comprendre. Empêcher le blanchiment des milliards de l’argent sale de drogues, ce serait la catastrophe, l’effondrement totale des économies du mondiales ». Bang ! On se regarde Aile et moi. Effondrés, nous le sommes, en effet ! Dit-il vrai ce haut gradé italien ?
9-
Ainsi, pas si éloigné de mon sujet, nous regardons fidèlement la série télé : « À la maison blanche. Des émissions dynamiques, jouées parfaitement, mais…des intrigues le plus souvent obscures. Pourtant, fin de la dernière —montrée, trop tard le samedi soir— étonnant revirement. Le Président en colère avec son chef de cabinet, qui en assez de toujours devoir calculer ses moindre déclarations, pour protéger les partisans frileux, les fournisseurs de fric, les amis des amis, ô la forte scène, le lobby de ceci ou de cela, et craindre la perte du pouvoir qui déclare subitement —il s’en va en campagne présidentielle—, qu’il va être lui-même et tant pis, justement, pour la perte du pouvoir.
Oh ! Merveilleuse colère.
Je me disais si Bernard Landry pouvait subir une telle tentation de vérité politique, le goût d’être un homme d’État, pas seulement un gestionnaire. S’ il pouvait avoir une semblable attaque de franchise totale. Le peuple québécois le verrait clairement. On a tort, toujours, de mépriser le peuple. S’il pouvait s’exprimer sans ne plus craindre de faire perdre le pouvoir au parti. Ce serait si merveilleux. Emballant. Fabuleux. Oui, il perdrait —peut-être, peut-être— le pouvoir. Et puis après ? On ne meurt pas de séjourner dans l’opposition un certain temps, bien au contraire parfois…
Ce qui serait enthousiasmant et fantastique ce serait justement de voir enfin un chef, un homme au pouvoir, qui dirait ce qu’il pense, ce qu’il veut, ce qu’il va faire, sans tous ce calculs des petits chefs de ses entourages. Ces mouches de coche qui ne protègent que leur job assuré au fond. Un Bernard Landry qui s’exclamerait une bonne fois : « Il nous faut maintenant, absolument, un pays, l’indépendance, les leviers complets. »
Qui dirait, courageux et disposé à partir : « Je ne suis pas intéressé à « gestionner » seulement, j’en ai assez de gouverner une simple province comme les neuf autre. Donnez-moi un pays ou bien voter contre moi, assez de ces « bons gouvernements », de la prudence électoraliste, je m’en irai autrement. Nous attendrons dans l’opposition.
10-
Je rêve de ce leader franc, capable de parler clairement, franchement, offrant de s’en aller sereinement, démontrant sa totale liberté, disant : :« Si vous ne votez pas avec moi pour un État du Québec, complet, normal, en vue d’une nation normale, battez-nous dans les urnes, pas de Landry à la tête d’un sous-pays, plus de Parti québécois déguisé en fédéraliste bougon. Je refuse de jouer l’éternel tirailleur avec Ottawa. Suffit ! On s’en ira. On attendra, un meilleur temps, un temps favorable pour obtenir notre unique et seul rêve. » Ô je rêve ? Ça ne viendra jamais un tel homme libre ?
Après tout, l’ indépendance, la patrie à faire naître, c’est bien et toujours l’article numéro un du programme. Non ?
L’autre soir, il était beau à voir le comédien (Martin Sheen, qui est excellent dans ce rôle) illustrait un homme au pouvoir et qui décide qu’il n’en veut plus du pouvoir s’il doit rester une marionnette utile à tout le monde. Landry a-t-il vu cet épisode dans son fief de Varennes ? Si oui, il a dû réfléchir et fortement. Aile et moi…ébranlés, secoués ! Vraiment !
11-
Fou, je me suis dis :j’écris un mot à mon ex-ami, Roy, (il m’a déjà fait cadeau d’une plume spéciale pour mes gribouillis) qui est le chef-de-cabinet de Landry, je lui raconte…ce que je viens d’écrire…Et on verra bien. Le droit de m’envoyer paître certes et je resterai ce mou patriote, comme tant des nôtres, dépités, désarmés. Dans ce triste décor aux empoignes usées à la corde, il n’y a rien pour nous stimuler.
Bref, comme je me battrais alors pour cet homme libre. Mais lutter avec un simple gestionnaire ordinaire…pouah ! Aucun intérêt. Nous serions surpris, très étonnés de voir comment un tel chef serait capable d’entraîner un peuple à qui, une fois on dirait sa seule et profonde motivation de lutter politiquement.. Bon, me calmer et envoyer cet extrait de J.N., au bureau du député de Varennes. Je le ferai.
Un mot sur « Phylactère Cola », prurit d’un genre folichon qui nous exaspère. Comme l’Infoman quand, trop souvent, il est en panne d’inspiration et offre le vide et le nul. Comme avec ce bonhomme au séchoir automatique… vu à T.Q. je crois.
Amateurisme apprécié par qui ? Par des ados en mal de sketchettes bâclés ? Une « séance » de fond de sous-sol d’église, dans le temps, était plus soignée que ça ! Ah si j’avais encore ma chronique au Journal de Péladeau (1971-1976), ou un micro comme à CJMS (1989-1994). Je fesserais et fort ! J’entends rien, que de complaisance partout ! Avons-nous tort ? Sommes-nous dépassés ? On ne sait pas.

Le jeudi 10 janvier 2002

Le jeudi 10 janvier 2002
1-
Hier, un mercredi (sans J.N.) avec problèmes sur ma vieille machine « Mac ». Oh la la ! Arrivais pas à expédier des J.N., celui du 7 ou du 8 janvier ! Des appels SOS à Daniel et Marco, le fils et le gendre, si habiles, eux, en « ordinations ». Et Aile chez le toubib et à Notre-Dame… « Rien de grave », dit-elle à son retour d’hôpital où elle a croisé un Michel Chartrand, tout sage, en ligne avec tout le monde dans un couloir. On ramasse les victuailles et on remonte à Ste. Ad. Bouffe au St-Hubert « barbàqueue ». La bonne soupe poulet-riz…yum !
Vu le « Bureau-au-si-beau-bureau », « Le Point », avec un monsieur Roy, spécialiste de l’Islam. Conversation éclairante. Clichés « musulmans » mis aux vidanges un après l’autre. Au matin, « in » Le Dev., lu ce Patrick Declerc, un savant psychanalyste ex-Canadien vivant à Paris —longtemps— parmi, oui, au milieu les SDF, itinérants. Encore le cassage des stéréotypes. Parfait ! Je viens de retrouver ce bonhomme dans un article du dernier « Nouvel Obs » acheté au dépanneur sous Le Manoir. P.D. dit : « des fous volontaires. Oui. Une folie. » Il publie un livre sur la question. J’y reviendrai. Il dit que les clochards (clochardes) refusent toute forme de vie sociétale. Leur libre choix. Comme on est loin des sincères (!) démagogues (maire Tremblay et Cie) qui veulent absolument les encadrer, les ramener…à nous !
2-
Ma « voisine » d’en face, de biais si vous voulez, Chemin Bates, est la femme de mon fils. Lynn travaille comme relationniste pour les publications de Quebecor. Quand je ramène j. et c. au Phénix, je passe souvent la saluer. Mardi matin, elle est de belle humeur. On pique une jasette. Elle craint un déménagement. Projet de regroupement à la Maison mère, rue Saint-Jacques, en face de la Tour de la Bourse. Elle dit : « ce sera le métro obligatoire alors, pas de place pour stationner dans ce bas de la ville ! »
Son boss », Simard, n’était pas à son bureau, voisin de celui de Lynn. Ce Simard fut mon éditeur, le monde est donc petit, pour un conte-jeunesse :« Partir à l’aventure, loin… » et de deux autres livres : « Un été trop court », journal d’une saison (l’été de 1994) et un essai sur le mode « fantasy », l’horreur : « La nuit, tous les singes sont gris. »
J’avais cru, candidement, vu leur puissante machine concentrationnaire, à des moyens publicitaires énormes ! Mais non…rien ou pas grand chose en promotion dans leurs revues, journaux etc. Chaque « cabane » de Péladeau tient à garder sa liberté, n’est-ce pas, cela devient l’envers du « productif », les dirigeants se méfient même de leurs produits annexes ! Et puis, on le sait : la familiarité engendre du mépris ! Résultat pour mes trois publications ? « Mévente ». On a mis en charpie mes livres. Je m’envolai alors chez un autre voisin, rue Ducharme, Jacques Lanctôt.
3-
Attendant Aile à ses tests médicaux, j’ai visionné cette Biographie du Canal D : « Claude jasmin, touche à tout », un jack-of-all- trade » ? Je revois mon fils affirmant que… « Mon père ne m’épanche pas facilement, il se garde bien de se confier en profondeur… » Je reste songeur !
L’image que l’on projette sur autrui, sur ses enfants même, est en dehors de votre contrôle.
Il est vrai que j’ai une sorte de curieuse pudeur…surtout envers mes descendants. La crainte de les charger du poids de mes…anxiétés ? Peut-être. Je me suis souvenu d’un vague camarade d’Aile à la SRC, qui, subitement, nous confiait ses problèmes intimes : divorce, délicat partage…etc. Je l’avais vite interrompu à la grande stupeur d’Aile. Explication exigée après son départ : « Bien…Je craignais qu’il regrette, après ses confidences, de s’être livré trop crûment. » Eh oui ! Folie ? Je ne sais trop.
4-
Ce mardi soir, le restau encore. Ma chère « Moulerie », (sauce roquefort ou sauce indienne, miam !) rue Bernard. Rencontre d’une comédienne, madame Martineau, qui « tient salon » à Outremont ! Littérature, musique, chant, poésie etc. Elle me remercie de l’avoir installée dans le livre « Outremont » , l’an dernier. Me menace d’une invitation à son « salon ». Brrr… Je n’ai rien d’un salonnard, moi !
Jeune, l’insulte courante pour tous ces redresseurs de jeunes personnalités en friche, nous : « Maudit achalant, pas de morale hein ! » ou « Fais pas ton moraliste, okay ? » Nous confondions deux mots : moraliste et moralisateur. Il arrive qu’on me fasse le fameux reproche. Eh bien oui, je suis moraliste et très fier de l’être. Ça fait enrager tous ce monde libertaire, désaxé, mou, flou, pour qui , il n’y a de bon que « liberté à gogo ! » Deux grand auteurs, d’une nature pédéraste pourtant, étaient des moralistes solides, André Gide et Henri de Montherlant. Ils avaient leur échelle de valeurs, des critères, des balises. S’il faut haïr les moralisateurs qui se répandent en interdictions futiles, qui ont davantage de peurs idiotes que des valeurs essentielles, il faut soutenir les moralistes.
Je parle de cela car j’ai envoyé encore des messages à mes jeunes mousquetaires, les cinq petits-fils. Je ne cesse de leur recommander « l’estime de soi ». Quand on a de l’estime pour soi on se conduit bien. Les dérives de tant de jeunes viennent, à mon avis, de ce bafouement de soi-même. Je dis à ces adolescents :
« Vous êtes uniques. Vraiment des êtres uniques. Comme tout le monde certes mais trop de monde l’oublie etc c’est alors le glissement vers des modes néfastes, ils deviennent des suiveurs en chutes funestes, drogue etc. Jeune je m’aimais, je m’aime, et je me suis conduit comme quelqu’un qui s’aime, qui croit en lui. J’ai toujours fui à toute vitesse, d’instinct, les « essais » niais juste pour être à la mode, porno, échangisme, communes naïves,
alcools à satiété, expériences « juste pour voir ».
Vous devriez, lecteurs, voir la tête des jeunes quand, aux écoles, je dis : « Soyez différents, ne vous habillez pas tous de la même façon, fondez votre jeune personnalité hors des rangs, ayez le courage de ne pas être moutonnier, combattez ce « grégaire » si rassurant, évitez de vous fondre dans la masse ordinaire des écoliers. Oh oui, leurs têtes alors !
5-
Aile me chicane souvent. Parfois avec raison. Je suis d’un naturel salissant, sauvage, d’une « bohème » malcommode. Elle se fâche fort à l’occasion, en devient moins … Aile —ou ange— que démone. Une diablesse ! Et c’est les altercations comme dans tous les couples où l’on ne peut rouler sempiternellement en douceur. La diablesse, la satane en colère contre son « petit maudit cochon », en a comme des cornes sous sa jolie frange de cheveux, invisibles aux étrangers, un pied de bouc, de biche ?, hon ! un « crow bar »? La tempête passe, je fais des promesses : « ça ne se reproduira plus, je respecterai nappes, tapis, meubles… »
La tempête me fait me réfugier dans la lecture de cet « Été top court », cet été de 1994. J’écris pour moi ? Mas foi, oui, j’aime bien, après presque une décennie, revoir, revivre nos éphémérides. Calmée, Aile écoute, toute souriante, mon rapport des faits et gestes —et pensées— de notre couple voyageant au Saguenay cet été-là, puis nous dorant la peau en lisant au soleil d’août au bord de l’Atlantique du Maine, à Ogunquit. Je recommande à tout le monde de rédiger ainsi des calepins de mémoires. C’est fort divertissant à déchiffrer plus tard, il faut me croire, essayez. Quand je voudrai, je relirai, amusé, étonné parfois, le temps qui filait, de septembre 1987 à février 1988 (« Pour tout vous dire », chez Guérin) ou bien les jours qui passaient de mars 1988 à décembre de cette année-là (« Pour ne rien vous cacher », chez Leméac).
Dés 1984, un an après la mort tragique de la première épouse, bizarre, je publiais, chez Leméac, cinq romans policier. Cinq fois, l’assassin du polar était une femme ! Oui, curieux ! Un psy qui me lit dira-t-il : « Hum, c’est clair, tentative inconsciente de déculpabilisation ? » Eh !
6-
Ce matin, jeudi, ciel uniformément gris. Temps doux hier, mercredi à Montréal et encore aujourd’hui. Hier soir tombait une neige toute molle, fondante. Aile ravie de cet hiver qui ne vient pas vraiment. Cette vieille maison centenaire nous fait des factures en chauffage mirobolantes, époustouflantes…alors…
Actualités du matin : ce terminus où tournoyaient les tramways de ma jeunesse, rue de Fleurimont (disparue, rayée de la carte !) vaut dans les 20 millions de dollars ! Québec, l’acheteur, veut un méga hôpital. À quoi s’opposent certains dont un fameux gynécologue (celui d’Aile). Ce lieu était aussi proche de notre grande frayeur :L’École de réforme (devenu école de théâtre) . Menace de nos parents quand on cassait des carreaux : « on va vois faire renfermer à l’école de réforme ! ». Lieu aussi, plus tard, lieu de regroupement des manufactures de lingerie où mes sœurs ont sué, bossé, où des juifs hassidim —discrets, cachés—faisaient de l’argent; les ordres aux midinettes venant de petits-boss, de sous-patrons, les contremaîtresses honnies par mes sœurs. Pas loin encore, l’hôpital des enfants, Sainte-Justine (déménagée Côte Sainte-Catherine) où l’on m’opérait pour une appendicite à 13 ans, premier séjour hors foyer, éprouvant. Ce CHUM donc où virevolteront, au lieu des trams, des civières par centaines !
Le réalisateur Laforce, sur la piste du « Petit train du nord », nous en contait une bonne : un jour il fait la connaissance de l’acteur Gilles Renaud. Pas vraiment un inconnu ! Sa tante, « vieille fille » midinette, (c’est le lien de ce coq à l’âne !) assise à sa machine à coudre pendant vingt ans face à une autre « catherine-ouvrière » racontait en détails la vie de son cher neveu, le petit Laforce. Et vice-versa. Cette autre tante était celle de l’acteur Renaud ! À Rosemont, à la maison : tout se savait de l’un ou de l’autre sans, évidemment, qu’ils se connaissent !
Étonnant, quand, vieillis, le réalisateur et le comédien travaillèrent ensemble, ils savaient tout l’un de l’autre par ces commérages des deux « ma-tante », trente ans durant !
Cui, cui, cui, cette histoire, cocasse non ?, est finie !
7-
Plein de civières de nouveau dans les couloirs des « Urgences ». La ministre Harel passerait à la Santé, le Trudel, jugé « chancelant », dehors. Aïe ! Ce jeu (bien peu musical) de la chaise honteuse ! Quoi encore ? Le ministre Gagliano soupçonné de nouveau de favoritisme, d’ingérence grave. La farce. Le bon peuple n’est pas dupe et sait fort bien qu’en ces milieux politiques le favoritisme est florissant et cela depuis la nuit des temps, dans tous les échelons de tous les partis « politichiens » quand ils arrivent au pouvoir… ou qu’ils s’y maintiennent.
Qui croit-on étonner ? Allons, c’est connu comme « Barrabas dans la passion ». Un cas éclate au grand jour et voilà les graves « informateurs » patentés, hypocrites, qui crachent manchettes et commentaires, jouent les scandalisés. Combien de journalistes à bons contacts se font vite nommer relationnistes, chefs de cabinet, directeurs de bureau dès l’élection terminée ! Hen ? Oui, une farce. « Tu penses qu’on s’en aperçoit pas », chantait Vigneault ?
Mon Dieu, je me sens depuis ces J.N. comme en 1989 quand j’arrivais pour cinq ans, à la radio de CJMS, avec mon « débater » Arcand, pour gueuler sur les actualités. Je ramassais, découpais, empilait les nouvelles chaque jour. J’aimais ça ! J’aime encore ça et ça se voit hein ?
8-
Je lis des déclarations d’un ex-ministre de l’Éducation qui se fit mettre à la porte pour Jospin quand des foules descendirent dans la rue, contre sa réforme globale. Ce Allègre, à Paris, éclate : deux forces énormes bloquaient mon travail de rénovation :les bureaucrates du ministère en question et les bureaucrates des syndicats installés. Il aurait préféré sonder la population par référendum. Je dis à Aile pour illustrer la vérité d’Allègre : « Tu t’es présentée et tu as été élue, tu es ministre de la culture, mettons. Te voilà dans ton neuf bureau. Aussitôt, sous-ministres, directeurs de ceci et de cela, t’entourent. Eux, ils savent tout. Eux, ils sont informés des dossiers. Pas toi. Eux vont te dire quoi faire, quoi dire, comment manœuvrer, pas vrai ? Et toi, tu deviens quoi ? Tes projets, tes promesses, tes idées neuves , ton envie de changer les choses…Les « permanents », bien installés, inamovibles, vont t’expliquer le réel, comment on peut contourner leurs semblables, la hiérarchie syndicale bien bureaucratisée, elle aussi, qui déteste le moindre changement. Et tu te tairais ? Oui ou non ? À moins d’être forte, indépendante d’esprit en diable, fonceuse…
Aile réfléchit longuement.
9-
Enfant, il y avait deux abbés pédophiles dans Sainte-Cécile, l’un, aux petits garçons, l’abbé B., —le jeune frère d’un ami l’apprit à ses dépens— l’autre aux petites filles, l’abbé F. —une de mes sœurs dut le combattre. Des parents portaient plainte sur plainte chez le curé. C’est long mais ils finirent par partir. On parlait d’une « prison des prêtres » ! Je n’en revenais pas ! Dans le Nord ! Légende urbaine ? Rome vient de recommander, urbi et orbi, que l’on ramène les cas de pédophilie au Vatican. Quoi ? On a plus confiance aux évêques depuis le silence écœurant d’un évêque de France, qui a reçu une peine de prison pour son « cover-up » scandaleux. Voila qu’ici, nos évêques refusent cette loi… écrite en latin. Un code ? Apostat, hérésie ! Non, Rome s’incline : « Vrai que la justice chez vous est bien menée. » Envie de rire…en latin de servant de messe !
Appel de Trois-Pistoles tantôt : V.-L. B. Ne pas oublier mon dessin, la age manuscrite et trouver le titre définitif et envoyer copie avec espaces larges pour les corrections, etc. Le titre ? Ce sera : « ÉCRIRE POUR L’ARGENT ET LA GLOIRE. » Ça fait pas trop littéraire, hein ? Une provocation encore tit-Claude ? Non, jeune, naïf, je croyais vraiment devenir et riche et plein de gloire. J’y songe, n’étais-je pas « cocu » de Beaulieu ? Quand, la nuit souvent, il téléphonait ses longs tiraillements scripturaires pour « L’héritage » ou pour « Montréal P.Q. ». Des heures enlevées à ma compagne quand je l’attendais au lit ! Oui, il me « cocufiait » ma foi du bon yeu ! Aile rit quand je le lui ai dit cela tantôt.
Un soir d’été, on aperçoit le V.-L. B. , éthylique en ce temps-là, écrasé dans l’escalier de son chef et copain, Jean Salvy, rue Hutchison près de chez nous. On fit un détour, craignant une longue diatribe larmoyante. C’était son temps déraisonnable comme il est agréable désormais cde jaser avec l’auteur guéri.
10-
Brume dans le port de Yarmouth, un midi d’été, au bout de la en Nouvelle –Écosse. Aile et moi attendions le bateau pour nous rendre aux USA, à Bar Harbor. Ce matin, l’on parle de pêcheurs de ce port qui vendent aux amerloques complices, sans l’avouer au fisc maudit, des tonnes de homard. Hon ! Souvenir : traversée en bac donc et la pluie qui tombe. À Bas Harbor, aucun motel libre. Nous filons vers Bangor où je souhaite piquer une jase avec Stephen King —il y habite— que nous lisons souvent Aile et moi. Or, à Bangor deux autoroutes sont comme en parallèles et nous y tournons sans arriver à en sortir, malgré les échangeurs, les bretelles…Ah oui, l’horreur ! Oui, du Stephen King vécu dans cette la nuit orageuse. Cette épopée inusitée m’a toujours étonné ! On a fini, tard, trouvant une issue par hasard, par nous réfugier dans un motel, le lendemain, soleil et nous filions vers Mount-Desert voir le site de la grande Yourcenar. L’effrayant King ? Non, on en voulait plus, échaudé par la mésaventure de me plus pouvoir nous dégager des autoroutes emmêlées.
11-
Lire ou regarder ? Choix fait. Offre de seize (oui 16) épisodes de télé sur l’histoire complète des Britanniques. Non !Trop c’est trop. Esclavage ! La lecture, c’est mieux. Nous avons plus appris sur les pays d’Afrique « en chamailles » en lisant le formidable « Ébène » de Capuscinsky que de regarder seize émissions sur ce sujet. J’en suis sûr. Cependant il y a lecture et lecture : je tentais depuis deux jours de lire avec profit une sorte de manuel un brin scolaire sur la science. Merde ! Je me suis senti de nouveau ce collégien quand je ne pigeais rien en mathématiques. Pourtant pas un livre pour initiés ! Ce blocage me déçoit gravement. Aile au souper : : « T’en fais une tête ! Qu’est-ce t’as? Tu sembles abattu ! » Je lui raconte et ajoute : « Comment ont fait tes deux frères ? L’un si doué en chimie, l’autre docteur en physique nucléaire ? » La démoniaque Aile : « Ah, que veux-tu, c’est des Boucher ! Pas bouchés. En rien ! » Pourquoi n’ais-je pas un esprit capable de saisir les choses scientifiques ? Suis-je borné, suis-je intelligent ? J’en doutais hier soir. Heureusement, je cause et Aile ne cesse d’émettre des « Eh maudit que t’es brillant ! » Consolation.
12-
Nath Pétro, ce matin, chronique sur la laideur. Johanne de Bellefeuille cherche désespérément des gens laids pur un « spécial » de télé. Comme dit une chanson : « Gaston… y a le téléphon et y a personne qui répond… » J’avais songé, jadis, à un concours anti-Lise Payette : « Le plus laid homme du Québec. »
Certes, on aurait récompensé le plus laid et, à la fois, le plus charmant. Cela existe si souvent. Je me retiens (hélas ?) de rédiger sur les avantages d’avoir un bon, un beau physique. Avantagé comme je le fus, jeune, je saurais de quoi je parle. Des facilités indéniables pour ceux qui sont plaisants à regarder. J’avais constaté, jeune, les injustices faites à ceux qui sont vraiment pas jolis à voir. Deux mondes terribles, au fond des choses. Un sujet moins léger qu’on croit, plus métaphysique qu’on croit, vous savez. Je songe à l’acteur Lepage, pas avantagé du tout physiquement et qui a su séduire la plus joie actrice de années ’80, Louise Laparée. Ah, il y a le charme, vous voyez bien. Si un laideron et courageux lecteur veut se manifester, à Johanne la désespérée, qu’il compose le (450) 670-3384.
Je lis les « lettres ouvertes’ il y a de fameuses. C’est rare. Ce matin, Claude Poulin, prof de cégep retraité qui maudit Norman Lester et son célèbre « Livre noir… » écrit : « ce sont des Québécois incapables d’accepter le fait que la présence anglaise fut un facteur essentiel (sic) de leur survie (sic) en Amérique,anglophobie… »
Tabarnak, ces cornichons enseignaient à nos enfants ! Je sacre parfois quand je suis révolté. Quel ignare et quel toupet d’ignorer, lui, un prof d’histoire, que l’Anglais conquérant nous laissait des privilèges (religion et langue) dans la mesure où il craignait notre ralliement aux indépendantistes du sud. Les Américains rôdaient à nos frontières souvent. C’était leur grande frousse et nos maîtres imposés regrettèrent tant leur générosité « calculée » que, par la suite, ils ne cessèrent plus de tenter de nous diluer, de nous noyer, de nous faire disparaître : forcing avec l’Ontario, 1841, dilution avec les provinces, 1867, etc. etc. Eh oui, ces caves myopes, enseignaient ! Heureusement ces Poulin, fédérats bornés, maintenant retraités, ne peuvent plus tromper les jeunesses. Nuisance au rancart !
12-
Des clés pour le bonheur ? Il y en a. Ah le bonheur, hein ! Boris Cyrulnik, que j’ai peu lu, est un psy « éthologue », publie et livre une longue entrevue captivante sur le sujet dans le dernier « Nouvel Observateur », no. 1939, première semaine de janvier. Je vous en re-jaserai un peu plus tard dans J.N. En attendant comme c’est intéressant d’en apprendre sur des plus jeunes que soi, Montréalais.

Le lundi 17 décembre 2001

On a vu hier, dimanche un monde à l’envers : pas de neige là-haut et en ville de la neige pas mal. La chanson de Ferland : il a neigé à Port au Prince Ça nous fait drôle. Sur l’autre rive du lac, neige artificielle, à gros canons. Bizarre, en promenade, de voir le blanc et le vert. Langues de gazon d’été et, juste à côté, cette neige pour les rares skieurs. Hiver sur commande quoi ! Partout un ciel blanc mat. Et la neige en un va et vient prudent.
Je viens de relire les J.N. d’hier. Que de coquilles, mon doux Dieu ! J’étais pressé, trop. Et mon abonné nouveau , M. Desjardins, a raison : « Est-ce qu’avec l’ordinateur on se laisse aller un peu ?  » Oui. Vrai. Faut plus ! Songer que, l’an prochain, ce journal sera transformé en un livre « corrigé « , ne suffit pas, ceux qui, ici, le lisent  » en primeur  » ont droit à tous les égards. Je me relirai mieux, promis. Le chroniqueur  » web  » de La Presse, Gugleminetti, a fait l’annonce officielle de mon entreprise dans sa page. Merci à lui. Ces  » Journées nettes  » se doivent d’être  » nettes  » de fautes.
L’émission  » Jamais sans mon livre  » cherche ‹courriel de chez Stanké‹ des écrivains qui détestent Noël. J’ai répondu que j’aimais bien fêter. On ne me verra donc pas là. Je connais plein de gens qui, en effet, ont en horreur ces jours de fête organisées, vantées, stimulées par le commerce. Je résiste à cette tendance car je pense aux enfants. Je sais aussi que ces occasions comme forcées n’en restent pas moins que Noël est une occasion de rencontres entre proches. On se verrait moins souvent sans  » la patente  » des fêtes. Ces occasions de fêter en famille combattent la sauvagerie en chacun de nous et même une certaine paresse. Ainsi, nous deux, nous irons  » à la dinde aux atocas « , aux tourtières et à la bûche, à Duvernay, à Noël. Raymonde verra ses deux frères, les compagnes et les enfants grandis. À moins que leur cadet, Claude, un jeune soldat, ne soit encore expédié (comme l’an dernier) au Kosovo ou Dieu sait où ? En inquiétant Afghanistan ?
La tribu des Boucher n’est pas bien populeuse, une dizaine de têtes. Celle des Jasmin, bientôt réunie pour fêter ma quasi-jumelle Marielle, c’est une quinzaine de pies bavardes. Au village, ici, au Jour de l’an, caucus jasminien, nous serons une douzaine et Raymonde déjà s’énerve un tantinet, cherchant une recette sans dinde ! J’imagine mon lectorat, lui aussi, embrigadé dans le rituel annuel. Vivre en pays industrialisé et se plaindre est une faute grave. Montrer une ingratitude inouïe. On n’a qu’à regarder ces orphelins à Kaboul ‹à la télé, hier‹ ou ailleurs pour avoir envie de se la  » farner bin dur « , pas vrai ? J’ai pu voir les sapins chez m,es deux enfants, ce matin, avant de remonter ici, que de cadeaux sous l’arbre décoré ! Nous, moi, tant d’autres de ma génération, avec une seule petite boîte sous le sapin. Pour certains voisins, plus pauvres encore : rien !
Tous en suspects surveillés avec cette Loi C-36. Atmosphère d’octobre 1970, sans les soldats dans nos rues. Invitation aux délateurs. Régime inquiétant désormais. Depuis l’horreur de New-York, pour prévenir toute action néfaste de terrorisme, c’est le bouclage partout, les polices de tous les corps munis de privilèges énormes. Ambiance de suspicion envers tout dissident, toute critique, tout refus. Des comploteurs clandestins sont forcément des gens rusés et la police n’y peut rien. Elle le sait. Alors elle installe C-36, avec appel aux indicateurs du dimanche, qui peuvent être des cons, des fous, des racistes surtout. Le terroriste est  » hors du monde « , hors-la-loi forcément, il vit caché, terré, camouflé. Arafat n’y peut rien, Bush comme Chrétien non plus.
Serge Losique, président  » à vie  » du Festival du film d’ici, voyage sans cesse en avion à la recherche de pellicules fameuses. Il est  » bin tanné  » des transferts. Alors, samedi, (La presse en A-13) sur quatre colonnes il y va d’un plaidoyer vibrant pour que nous installions au plus vite une méga-place-aéroport de classe internationale, une  » plaque tournante  » fabuleuse capable de rivaliser ave Toronto. Potion magique quoi ! À partir d’un problème égoïste notre  » président-à-vie « , Losique, arrive à inventer une urgence nationale. À vos taxes citoyens, monsieur est fatigué des transferts !
J’ai terminé hier midi ce PLATEFORME. Bon. C’est le récit, bien mené, il faut le dire, d’un pauvre petit con. Un sexoliste (ou sexolique comme dans alcoolique ?) qui s’attache (s’amourache ? non, pas vraiment) à Valérie, riche et jeune experte en tourisme, qui est comme lui. Une autre sexoliste.  » Qui se ressemble  » Pas d’amour mais une quête perpétuelle d’occasions de forniquer. Pas de sentiments humains, allons, c’est vieux jeu !
Or, coup de théâtre, deus ex machina étonnant, alors qu’ils se sucent, s’empoignent et s’enculent, à trois ou à quatre, mitraillage subit dans le joli buffet-bar-sauna d’un hôtel-club en Thaïlande. Rafales meurtrières. Bombe pulvérisant ce jet-set déboussolé. Un lac de sang ! Une fin d’histoire mélodramatique subite ! Le héros de  » Plateforme  » y perdra sa catin, sa poupée mécanique, sa gonflable au silicone. Ouvrage de  » nettoyage ethnique  » radical par un commando.
Des islamistes, on le devine. Le Coran a le dos large ces temps-ci.
Bizarre cette conclusion apocalyptique, d’un morale toute judéo-chrétienne au fond, avec ce narrateur pourtant anti-moraliste à tout crin. Le projet  » clubs bordels  » est abandonné aussitôt. Michel va mourir, seul, désespéré davantage, dans ce beau pays asiatique ou, pour quelques dollars ‹un mois du salaire des indigènes‹ on trouvait une jolie fillette, pucelle exilée du nord de la Birmanie, prête à la prostitution avec l’homme blanc, riche, bedonnant, venu de l’ouest développé.
On lit, on lit, comme fasciné par la course de ce dépravé. Le mal est un aimant, il attire immanquablement, on le sait bien depuis la nuit des temps. Le gens heureux (sains, amoureux) n’ont pas d’histoire ‹pas de roman‹  » les bons sentiments font de la mauvaise littérature  » ? C’est de Gide, je crois.
Nous sommes encore allés à  » La Moulerie « , rue Bernard. Chantons :  » Des moules et puis des frittes, des frittes et puis des moules « . Là, rencontre inopinée de la comédienne qui incarnait, durant 80 sketches, ma maman dans mon feuilleton autobiographique  » Boogie woogie  » et son chéri ex-caméraman de la SRC, Claude B. Table à quatre aussitôt, commérages usuels.
En rentrant, télé :  » Campus « , TV 5, où un certain Dantec surgit, tendu, remuant, tout un numéro. On a pu lire, ici, de ses  » attaques  » ‹attaques car il dit qu’il est un guerrier, un kamikaze‹ dans  » Voir « , par exemple. Cet ex-musicien pop, vit au Québec en bonne part puisque :  » oui, j’ai fui l’Europe qui est nulle, qui est finie (mon Dieu, sans Dantec, que va devenir l’Europe ?). Il disait hier soir à Guillaume Durand de ce  » Campus « , que l’Europe est complètement foutue.  » Elle n’existe plus, est  » figée  » condamnée, etc.  » Il dit :
 » L’Amérique, elle, (du nord, centrale, du sud ?) est neuve, pas dégénérée  » Hum ! Il publie  » Laboratoire de catastrophe naturelle « , une sorte de  » journal  » (ah, ah !) où, semble-t-il, sa moulinette à tout broyer ne fait pas de cadeaux.
Le Dantec révolté s’était muni d’une caméscope à écran-couleurs de bon prix et s’enregistrait en discutant ! Narcissisme ? Non, dit-il, c’est en cas de coupures, ou de montage frauduleux.
Durand:  » Qu’en pensez-vous, Josiane ?  » La longue figure triste tressaille :  » C’est un écrivain « . C’est définitif. Le ton irrévocable. Opinion émise avec gravité par  » la  » critique du  » Monde « , les allures d’une pythonisse décrétant  » in et ex-orbi « .
On a envie de rire de ces jeux pseudo-intellos parisiens.  » Campus  » virevolte, semble toujours en retard dans son minutage, s’excite, énerve. Il y a chevauchement des voix ce qui est affreux en télé.
Je m’ennuie de Pivot !
Raymonde et moi on va au dodo les oreilles bourdonnantes, les yeux fatigués. Pas facile à bien décoder cette foire libre pour les Québécois si calmes. Hum !
Ici, arrêt de J.N. .
Il va être 17h. L’heure de filer au  » magasin  » secret.
Retour.
Oui, Je reviens de l’école-des-chefs. Et euh Raymonde me prévient:  » j’espère que tu mets pas sans cesse mon nom dans ton journal.  » Oh ! Oh ! Elle est aux antipodes de ma personnalité : discrète, secrète, pudique. Antienne vieillotte :  » Les contraires s’attirent.  » Aussi, je l’appellerai, au lieu de R., elle. Je mettrai, tiens :  » Aile « . C’est mon ange après tout . On se comprendra?
Donc, Aile m’averti avant d’aller renifler les devoirs-du-jour cuisinés :  » attention, pas de côtelettes, pas d’affaires du genre. Pas de sauce grasse et pas de gâteaux ! « . Bon, bon.
Je suis revenu avec des rognons deux steaks au poivre et un pot de bleuets.  » Aile :  » Ah, ces steaks sont cuits, pas facile à réchauffer sans les sur-cuire.  » Moi ? Penaud.
J’y pense, motivation pour ce journal : cela devenait de plus en plus difficile de faire imprimer mes  » lettres ouvertes  » dans les quotidiens. Ici, j’y vais donc très librement; chez les timides des journaux, il faut y aller mollo, calculer le tir. Vive la liberté du journal. L’ex-réalisateur de Pierre Nadeau, Castonguay, qui me disait :  » Que fais-tu ? J’achète le Devoir pour tes lettres. J’en vois plus souvent !  » A-t-il  » Internet  » au moins ?
Thomas au téléphone :  » Papi ? Merci pour ton cadeau.  » Mon benjamin de petit-fils enrage d’être né un 20 décembre,
mélanges du cadeau d’anniversaire avec celui de Noël. Je lui au mis sur la carte :  » Jésus est né le 25, c’est pas mal, mais toi, plus rapide, tu es né le 20,. Bravo ! C’est formidable !  » Il en rigole.
Entre Noël et le Jour de l’an, invitation, rue Esplanade, à  » banqueter  » chez un nouvel ami, Jean-Guy Sabourin et sa compagne. Sabourin est le directeur et fondateur de  » La Boulangerie « , un dynamique ex-théâtre de poche situé au nord-est du parc Laurier. Le camarade ‹ex-réalisateur‹ (que d’ex dans mon monde) de Raymonde, l’ami Pierre-Jean Cuillèrier nous  » noué  » ave ce Sabourin. Ce dernier joua, aux côtés du grand acteur Cuny, un des missionnaires martyrisés dans un film de l’ONF,  » Le festin des morts « . Il y était parfait ayant des allures de jésuite retors. Les Sabourin ont un chalet dans une île qui nous était inconnue, au large de Dorval. L’été dernier, nous y sommes allés. Un site étonnant, faut s’embarquer sur un bac, où a nature triomphe sans les oxydes de carbone. C’est fermé l’hiver. Sabourin, retraité de l’UQUAM, donne des cours à de jeunes filles émigrantes et mères célibataires ! J’aime entendre ses réflexions sur un monde insolite. C’est un fameux cuisinier, on va se régaler.
En attendant, pour l’amuser, je lui ai  » courriellisé  » un début de pièce ‹en ais-je parlé ?‹ où des gens à court de revenus, acceptent des caméras chez eux, installation d’une télé régionale modeste. Pas eu encore de commentaires.
Oh ! J’allais oublier : le célèbre physicien infirme Stephen Hawkins ‹Einstein de ce temps, dit-on‹ passa en trombe (comme Woody Allen d’ailleurs !) à Campus. Il publie :
 » L’univers comme une coquille de noix « . J’avais tenté de comprendre son  » Histoire du temps « , incapable de tout saisir. Avec lui, pas de tataouinage. Hawkins déclare :  » Danger! Clonage, manipulations génétiques, découvertes pour transformer l’ADN des humains : nous devons surveiller les rapides progrès actuels des ordinateurs, robots, implants, machines dotées d’intelligence. Nous pourrions être dépassés, nous faire éliminer, nous succéder et avantageusement pour les intéressés.  »
Bon Dieu ! Il m’a fait peur. En studio, le  » caporal  » Dantec ricane :  » Moi, j’ai pas peur !  » Comme il est brave, hein, il ne lâchait pas sa caméscope d’un doigt et j’ai songé à film étonnant,  » 15 minutes  » ce film effrayant dont je vous ai parlé et où on voit deux voyageurs fous venus de Prague, leur caméscope. Dantec fou ? B’en
Pas oublier : j’écoutais dans la file pour le  » manger pas cher  » de l’école-des-chefs, que de propos croisés bizarres. L’une jase recettes pour Noël, l’ autre de sa fille exilée sur la Côte-Nord, un maigre chauve déplore les prix en Europe puis raconte le golf à Fort Lauderdale, un petit gros jacasse sur le badminton en hiver puis bifurque sur  » les Jeux  » à Salt Lake city. Oui, que de discours humains variés, je fais mine de lire ma revue mais j’ai pas assez de mes oreilles pour récolter ces échos croisés du monde dans lequel je vis.
Ça sent bon en bas. Temps d’ aller y goûter.

Le dimanche 16 décembre 2001

Le dimanche 16 décembre 2001
1-
Merci ARTV. Une sacrée bonne série à la télé, chaque vendredi soir, pour ceux surtout qui comme moi, admirent les meilleurs talents dramatique des  » Etats-Unis, est constituée par les entrevues faites à  » l’Actors studio  » de New-York où vont s’installer tous les aspirants comédiens bûcheurs. Le questionneur fut invité autrefois chez Bouillon de culture de Pivot casr , à la fin de chaque entretien, il pose les fameuses  » questions de Pivot  » à ses invités. Flatté le rond raminagrobis, gras Bernard l’avait donc invité à Paris. Cet interviewer a une bouille antipathique de  » magister  » pédant, il est d’ un calme olympien, froid, calculé, qui rebute. Mais bon Ses questions cependant sont intelligentes. Il s’agit de dépasser cette impression encombrante du prof je-sais-tout. La dernière fois il avait invité chez ses élèves Kevin Spacey que nous estimons très fort, ma compagne et moi. Cet acteur, Spacey, fut éblouissant dans  » Usual suspect « , aussi dans  » L.A. Confidential « , et dans tant d’autres films épatants. De la télé vivifiante. On y a vu De Niro, récemment, même attraction formidable. Souvent ex-élèves d’une école jadis flamboyante, ils se sentent chez eux !Cela est donc diffusé par ARTV et sans longues pauses publicitaires, Dieu merci !
2-
À propos de ce nouveau canal, ARTV, j’aime donc revoir les vieux célèbres  » téléthéâtres  » de la SRC, mon alma mater de 1956 à 1985. Tous les jeudis soir, à  » Passion théâtre « , ARTV re-montre une des productions solides du temps où le valeureux et riche ‹d’argent et d’esprit‹réseau français faisait l’éducation populaire des masses ! Ces dramatiques sont à l’occasion des spectacles plutôt parfaits. J’espère toujours qu’un bon jeudi soir, je pourrai revoir une des dix histoires produites à cette enseigne notoire.
3-
 » United we stand divided we fall « , est-ce un slogan du temps de 1775, lutte indépendantiste des Étasuniens, ou du temps de la guerre civile dite de Sécession ? Hier soir, samedi, avons visionné la cassette vidéo d’un récit captivant, film tourné en Tchéquie dans la langue de ce pays ‹c’est toujours mieux‹ avec sous titres en anglais. Ce  » Divided we fall  » raconte un pan de la vie là-bas durant la guerre hitlérienne. Excellent film. Instructif. Intrigues exploitées souvent certes mais, ici, sous un angle neuf. Une autre histoire d’un Juif que l’on cache, ‹grand risque quand la botte des nazis se fait entendre sous vos fenêtres‹, dans un placard. Émouvant mais aussi rempli d’humour, d’un humour délicat quand le risque est la fusillade. Ah, comme c’est parfait le cinéma qui nous change des bang bang, des tow tow hollywoodiens !
4-
Je suis plongé dans la lecture du célèbre Michel Ouellebec, Plateforme. Le  » talk of Paris « , cet automne. J’avais lu ses  » Particules élémentaires  » C’était un roman sur les us et coutumes d’un paumé, d’un type, parisien banal, qui se cherche une vie sexuelle excitante, via les camps nudistes puis ‹son effondrement‹ via l’échangisme, sauvage, brutal.
Cette fois, le Ouellebec nage encore dans sa sauce, celle de l’obsédé sexuel. À tous les vingt pages il se croit obligé de plaquer une scène érotico-malade, copulation sans amour. Fornication bestiale avec une fausse représentation : l’amour des chiens. On se renifle un bref moment et hop, au lit ! Pourtant on tourne les pages. Pourquoi ? L’auteur a le talent de nous garder en éveil. J’y trouve lev portrait des mâles dans la quarantaines quand ils n’ont pas encore pu constituer un amour important, un couple aimant. C’est d’une tristesse envoûtante. C’est beaucoup. Ce bureaucrate en culture, célibataire parisien qui s’ennuie au fond, dérive lentement vers le néant. On finit par s’attacher, comme malgré soi, à ce lamentable petit bourgeois qui philosophe sur l’État du monde actuellement, monde vu par sa lorgnette de désespéré qui refuse d’admettre qu’il l’est..
5-
C’est un roman dans le vrai sens du mot. Linéaire, sans effet moderne, avec les effets classiques d’une  » histoire « . Son héros (!) voyage, vacances épisodiques, en ces organisations à forfaits. Nous avons fait en janvier dernier, un de ces voyages touristique en République dominicaine, via la  » patente  » confortable : tout est payé d’avance ! On arrive, par avion où on se tasse trois heures ou quatre, au soleil, au bord de la mer. À l’hôtel ‹un de la célèbre chaîne  » Iberostar « ‹ vous mettez votre portefeuille dans un coffre-fort et vous voilà logé, nourri, débarrassé de tous ces inconvénients lors d’un séjour sans encadrement comme on en fit en Floride si souvent.
Le récit de ce  » Plate-forme  » de Ouellebec m’a bien fait me souvenir de cette ambiance paradisiaque et fausse aussi par rapport à l’existence ordinaire. Soleil, mer et able Des bars ouverts un peu partout, jardins luxuriants, plantes exotiques, allées à pierres plates, deux paons ici , des oiseaux rares là, fleurs en vases géants, corridor de tuiles décorées, arches à l’ espagnole, un luxe bien contenu, le bon goût du palace à touristes, des piscines aux eaux limpides, la plage et ses transats confortables, des buffets ici et là.
En maillot du matin jusqu’au soir. Restos riches d’aliments variés chaque soir. Spectacles enjoués tous les soirs sous un vaste théâtre-bar en plein air, bref, un Éden. Pour Ouellebec, à Cuba comme en Thaïlande, c’est les quatre  » S  » de ce commerce moderne, voir les catalogues  » full colors  » de n’ importe quelle agence de voyages :  » Sea, sand, sun  » et sex surtout. Pour l’auteur, il n’y a qu’un avenir : organiser sur une plus vaste échelle un échangisme fatal : les petits richards blasés de tout l’Occident, nous, emmêlés aux jeunes sauvageonnes délurées du Tiers-Monde., Il y croit. Je n’ai pas fini ma lecture.
Ce cynisme se veut moraliste, la morale laxiste du  » plaisir avant tout « . Michel, le héros, affirme que ce serait alors la paix partout. Que tous nos maux découlent de privations installées par notre morale judéo-chrétienne, puritaine.
Le sida ? Il y a le latex.
Par sa lorgnette, il n’y a qu’un seul problème mondial, pouvoir baiser librement, une seule réalité dit ce sociologue du dimanche, non-patenté : d’une part, les foules (hommes et femmes) de frustrés sexuels, ‹allemandes, italiennes, françaises, américaines etc, et d’autre part, les foules pauvres, les démunis. Qui ne demandent qu’un peu plus de revenus et qui l’obtiendraient si l’hypocrisie puritaine tombait, si l’on permettait des paquets de clubs de vacances où l’on pourrait assouvir ce vieux besoin de  » copuler sans cesse « . Il n’y a que ça.
Sa projection ‹oui M. Freud‹ fait voir son obsession. C’est écrit vivement et, ici et là, Ouellebec lâche de lourdes sentences ‹profondes !‹ pseudo-philosophiques, parfois très amusantes, parfois décapantes, aussi des jugements globaux d’un racisme primaire. Sur les Arabes, sur les Africains ‹ » les seuls mâles capables de rire « ‹, sur les Cubains en particulier ‹ » tous abusés et paresseux et voleurs « . Sur les Asiatiques d’âge tendre :  » les seules femelles soumises, capables de bien servir le mâle !  » Ici on rigole, là, on fronce le sourcil.
Les vieux, les vieilles, sont une réalité inexistante pour notre héros en manque de vulves perpétuellement.
Bref, son succès (au livre), très fêté, vient justement que ce fonctionnaire souvent en vacances a des opinions d’une liberté totale qui se confine volontiers à sa subjectivité : il veut copuler sans s’attacher jamais. Sus aux sentiments humains. Foin de l’amour stable. Copuler, copuler sans cesse. Partout. Librement. Dans un monde  » globalisé « , il est le type de  » baiseur sans frontière  » quoi !
Je reprendrai ce  » Plateforme  » et vous en reparlerai.
6-
Un courriel, hier : un type, inconnu de moi, M. Desjardins, responsable d’une trentaine de jeunes journalistes (!), dit admirer mon style, dit qu’il est heureux de JOURNÉES NETTES,  » moins banal que tant de sites  » persos « , qu’il s’abonne volontiers à mon journal mais que je suis pas un bon exemple  » que de fautes  » monsieur l’écrivain !  » Aïe ! Touché. Chez l’éditeur il y a un correcteur, réviseur professionnel. Ici, je suis seul, je suis à découvert et on doit voir mes faiblesses en orthographe. Hélas ! Humilié pas mal, je lui ai répondu que j’allais mieux me surveiller. J’utiliserai davantage mon correcteur  » ordinatisé « . Pourvu qu’il me reste fidèle !
Je présente des excuses aux instruits qui détectent, bien agacés, mes erreurs.
7-
Je m’ennuie de ce Yves Desgagnés, acteur, devenu, en émission culturelle, d’un enthousiasme communicatif, offrant une sorte de bonne humeur intempestive qui me réjouissait, et vous ?
Je regarde toujours ce CAMPUS, à TV 5. Pivot n’est pas rem placé. Son successeur, on succède à quelqu’un comme Pivot, on ne le remplace pas, a du bagou, il va et vient dans son studio bien décoré (l’ex-scénographe de télé juge ici) et c’est d’un dynamisme parois excitant, parfois encombrant. On n’y trouve plus les longs moments captivants d’antan. Forcément, CAMPUS se veut plus une revue des actualités littéraires françaises qu’une rencontre d’auteurs sur un thème donné. Adieu solides conversations à la sauce pivotienne !
8-
Je lisais ce matin, dimanche, un article (in La presse) sur un déraciné bien confus, venu du Nigéria, fuyant à Londres, et enfin établi à Totonto. Il ne cesse pas de parler de son père, tué en Afrique, de son exil hésitant, de sa recherche de racines perdues, etc. Je sais pas trop pourquoi, j’ai songé à deux vieux projets de livres. M’y remettre un jour ?.
a-Questionner ‹sorte d’entretien de fond‹ un camarade franc sur la question homosexuelle. Avec Michel Temblay ? Échange de lettres Key West, Sainte Adèle. Un livre. Ou avec un Daniel Pinard ? J’ai hésité. J’y re-songe parfois.
b-Y aller aussi d’une longue et publiable conversation sur  » le  » traître « ,  » l’abandonneur des siens « , la culpabilité avec un Danny Laferrière, mon camarade si lucide. Deux projets de livres que je n’abandonne pas. Pinard qui déclarait à la télé :  » S’il y avait eu un comprimé pour changer de sexualité, je l, « aurais pris et rapidement  » Il démontrait qu’être gay n’est pas gai. Oui, je m’y remettrai un jour.
Bon, appel d’en bas. Il est 14 h., Devoir, pour Raymonde, aller voir une docteure demain matin, tôt. Faut descendre à Monrial avant le gros trafic de fin du dimanche.
Allons-y!  » En ville-ill-ill-e  » , chantait la ouaitresse de  » Demain matin Montréal m’attend  » . !

BERNARD-HENRI LÉVY ET SON « SAINT SARTRE »

VOICI UN TEXTE PARU DANS LA PRESSE MAIS ,ICI, SANS LES 4 COUPURES

par Claude Jasmin

Monsieur l’éditeur, votre jeune lectorat doit savoir qu’après la guerre, Sartre fut pour nous, jeunes artistes et intellectuels du Québec, une lumière, un phare, un modèle de conduite pour la gauche québécoise. À Montréal, à cette époque duplessiste, on avait osé monter, dans une suite d’hôtel, sa pièce mise à l’index, « Huis Clos » ‹L’enfer c’est les autres »‹ devant un Sartre médusé. Cela avec notre surdoué comédien Robert Gadouas, hélas suicidé prématurément. En Europe, Sartre enrégimentait dorénavant sous ses drapeaux rouge communiste une majorité d’existentialistes. Le maître déclarant: « un anticommuniste est un chien! » Le « Livre noir du communisme parle de: « veaux suiveurs et aveuglés ».
J’avais lu une première biographie du « pôpa » de l’existentialisme écrite excellemment par Annie Cohen-Solal (Seuil éditeur). Récemment, j’ai lu celle de Bernard-Henri Lévy (Grasset éditeur). Renversant! C’est, le plus souvent, une hyper super hagiographie, c’est « Saint Sartre », comme il y eut le « Saint Genet » de Sartre, assommant d’éloges Jean Genet, le réduisant longtemps à l’impuissance. Tenons-nous bien, selon Lévy, récupérateur insolent, Sartre est mort en odeur de sainteté. Le chantre aveuglé des dictateurs ‹Staline, Castro et Mao‹ y est transformé en négateur de ses ouvrages, repentant spiritualiste. Une imposture, une fumisterie que même le goguenard Bernard Pivot n’osait pas condamner sur son plateau tant ce Lévy nouveau l’intimidait.

DEUX ÉCHECS DE SARTRE
Cohen-Solal avait bien narré les premiers cheminements politiciens de l’auteur de « L’être et le néant », de « Critique de la raison dialectique ». On y voyait d’abord un Sartre fêté, avant le conflit mondial, adoubé par le « maître » de la NRF-Gallimard, un Gide qui, devant le manuscrit du premier roman, « La nausée », affirmait: »Il a du génie, faut publier ». Un peu plus tard, la France envahie par les Nazis, Sartre va tenter de réunir tous les résistants et fonde donc un groupement. Il part (avec sa caisse de résonance, Simone de Beauvoir, chercher des appuis solides. Or, dans le Midi, Gide, retraité de tout, lui claquera la porte au nez. Or, Malraux, en attente de jours meilleurs lui aussi, lui rétorque: »Non, je n’embarque pas, c’est trop tôt ». Dépité, Sartre n’arrive donc pas à constituer son mouvement unificateur. Premier échec grave pour Sartre. À Paris, les nazis allemands et leurs collabos vont tolérer la présentation de ses pièces de théâtre (dont « Les mouches ») qui sont d’un tel symbolisme qu’ils ne dérangent donc pas le nouvel ordre établi, ‘brun ».
Cophen-Solal raconte qu’après la guerre, Sartre tente, nouveau essai politique, de réunir tous les socialistes (communisants ou non). Ignorant total de la « praxis » politique, Sartre va encore échouer complètement et la brillante biographe constate que ce deuxième échec « électoral » entraînera le philosophe dans sa funeste dérive: le stalinisme aveugle. Sartre décide donc de rallier une « grosse machine politique efficace »: le parti communiste français, aux ordres de Moscou. Ainsi Sartre, jadis « esprit libre », s’englue dans le totalitarisme soviétique. « Un anticommuniste est un chien! »

AU STALAG, SARTRE MUE!
Jeune prof de collège au Havre, comme sa « servante » Simone-le-Castor, le premier Sartre était un libertaire pessimiste, un individualiste farouche, (aussi, ce fut publié et commenté) un sinistre suborneur de mineure. Il va muer. Soldat (météorologue-amateur) lors de sa captivité, le néantiste, le nauséeux, le nihiliste ouvre les yeux, découvre les vertus de la fraternité soldatesque et le voilà transformé en néo-solidaire. Libéré du stalag allemand, pour raison de santé, ce sera donc cette première tentative de ralliement et son premier échec. Les autres c’est encore l’enfer! Et viendront ses « noces noires » avec l’horreur, le dictateur Joseph Staline. N’importe quelle arme pour déstabiliser l’infâme « bourgeois de droite » qui règne sur la France libéré, le Général De Gaulle. Il va le haïr de toutes ses forces, sans cesse. « Élections, piège à cons! » Complètement déboussolé, devenu vieillard ahuri, récupérateur des extrémistes, Sartre va même fleureter avec le terrorisme. Il se réjouira du massacre célèbre aux Jeux olympiques en Allemagne.!
L’ex-farouche misanthrope, l’Alceste dédaigneux, deviendra le zélateur du totalitarisme. Invité à Moscou, il joue l’aveugle, ignoblement, contrairement à Gide qui avait dénoncé courageusement le soviétisme.. En 1956, Sartre fermera les yeux face à l’écrasement de Budapest Il faudra attendre 1968, Prague sous les chars moscovites pour qu’enfin il se secoue un peu. Cohen-Solal, objective, sans juger, raconte tout cela. Au fameux « Congrès de la paix » ‹ infernale machine de propagande déguisée en grand concile du pacifisme et où plusieurs Québécois candides vont accourir‹ Sartre trône et se fait applaudir: « Le salut des hommes viendra par le soviétisme ». Je sors d’une relecture du livre de Simon Wiesenthal qui illustre efficacement le lien entre nazisme et soviétisme. Surtout en Autriche-l’antisémite.
L’enquête philosophique », 600 pages, de B.-H. Lévy forme le pavé d’un odieux pacte de solidarité ignoble entre philosophes, avec, ici et là, quelques reproches édulcorés. « Le siècle de Sartre » tente de transformer ce misérable, cet allié des dictateurs ‹Staline, Castro et Mao‹ en « Saint Sartre ». Lecture déroutante pour ceux qui ont lu Cohen-Solal et appris définitivement que notre héros de jadis, notre phare du temps de notre jeunesse naïve, fut le « collabo » actif du totalitarisme, le chantre d’un marxisme dévoyé.

À TU ET À TOI AVEC SARTRE!
Or, dans le sac de l’hagiographe, il y a un drôle de chat et Lévy va le faire sortir. D’abord, confidence éclairante, B.-H. Lévy nous apprend qu’il fait un retour au judaïsme. Pourquoi pas? Vive le ré-enracinement! Or, quelle coïncidence?, Lévy nous révèle que, sur son lit de mort, Sartre lorgnait lui aussi vers le judaïsme. C’est que le vieillard cacochyme s’est déniché une nouvelle « caisse de résonance », une nouvelle « ‘Simone », un certain activiste, ex-militant d’extrême gauche, de « la Cause du peuple » plus ou moins retraité, Victor Serge. De son vrai nom, Benny Lévy. Il est l’ultime confesseur de Sartre. Ce jeune effronté est à « tu et à toi » avec le vieux maître. Ce Lévy-numéro-deux brasse Sartre, le secoue, le fait renier ses ouvrages et ses actions. Le repentir tardif a été enregistré et se fait vite imprimer, puis le jeune « abbé-rabbin » court porter ce brûlot au Nouvel Observateur. Son directeur, Jean Daniel, en tombe sur le cul, contacte Sartre pour s’assurer qu’il ne s’agit pas d’un canular. Mais non, Sartre persiste et signe. L’auto-révisionnisme, l’aveugle Sartre, se fait lire dans la revue de Daniel sous le titre « L’espoir maintenant ». En format livre, ce sera: « Pouvoir et liberté ».
Stupeur partout! Un disciple s’écrie: « C’est un affreux détournement de vieillard! » C’est le scandale dans la chapelle sartrienne de stricte obédience. Ce Sartre en Saül sur un étrange Chemin de Damas révolte les entourages de l’aveugle soi-disant contrit. Malade gravement, aveugle et faisant sous lui, ses zélotes avancent qu’on a mis Sartre « à la question ».
Or, dans « Le siècle de Sartre », Bernard-Henri Lévy, lui, n’y voit aucune manipulation. Mieux, il découvre que le confesseur de Sartre, Benny, fréquente, tout comme lui, le vieux philosophe judaïque parisien, Levinas. Que ce Lévy-numéro-deux fut une sorte de « go-between » entre son illustre moribond et ce philosophe de la judaïtyé. Pour B.-H. c’est Sartre-nouveau-né! C’est le rimbaldien Paul Claudel à une messe de minuit, à Notre-Dame, derrière une colonne, qui se convertit! L’aveugle voit enfin la lumière, découvre un lien inédit entre solitude (Sartre rédigeant « La nausée ») et solidarité (le Sartre du stalag), qu’il aurait suffit que Sartre sache mieux lier ces antipodes.

RÉCUPÉRATION HONTEUSE
Ce Lévy-numéro-deux, Benny, a donc été l’exorciste de Sartre. Horresco referens! Voici Sartre en « témoin de Jéhovah ». De Yahvé! Muni de ce témoignage « agonique », B.-H. Lévy court chez son gourou Levinas et découvre que le « baby-sitter » du « vieux Sartre », ce Benny en veste de cuir, fréquente lui aussi le même guide spirituel, Levinas. Alors B.-H. sous-titre un chapitre: « Un Sartre juif? » Avec un point d’interrogation mais il répond: « oui! » Un peu plus loin, B.-H. sous-titre: « Juif comme Sartre ». Voilà donc Sartre, grand sceptique, athée farouche, agnostique impétueux, sauvé par Le Livre, par le message biblique de l’ancien Testament. Faut le faire!
Ce jeune exorciste, Benny, est maintenant, nous apprend B.-H., exilé en Israël où il étudie, se spécialise dans le Talmud. Conclusion: le grand hérétique, Sartre, a pu mourir en paix! Pour clore son enquête-biographie, B.H. Lévy raconte que le poète Mallarmé disait qu’un jeune poète qui meurt ce n’est qu’un fait divers( pauvre Rimbaud!) mais qu’un vieil écrivain, au moment où enfin il comprend tous ses moyens, où il est enfin disposé à commencer son oeuvre, et qui meurt, cela, ‹ seulement cela‹ est une tragédie! Alors, B.-H. va conclure: il faut donc excuser les déraillements de Sartre. Mourant,. avance-t-il sans rire, Sartre était redevenu un tout jeune homme, un homme nouveau, prêt à vraiment commencer son oeuvre. C’est écrit, noir sur blanc.
Après avoir paralysé, juste avant la guerre, pour deux décennies le romancier Mauriac par une critique vitrioleuse, dans la NRF: (« Dieu n’a pas d’imagination et M. François Mauriac non plus! ») après avoir assassiné symboliquement son ami Camus (pour « L’homme révolté » et « Le mythe de Sisyphe ») dans sa revue « Les temps modernes », après avoir sanctifié trois dictateurs ‹emprisonneurs et installateurs de camps pour dissiendente et esprits libres‹ Sartre confessé est rajeuni, pardonné, en état de grâce! Le moribond se trompait sans cesse mais, potion magique, poudre de perlimpinpin, le Sartre-Lazare, tout rajeuni, sortant de son tombeau, allait tout recommencer.
On s’incline bas devant cette « récupération ». Pas par respect. Par envie de vomir. C’est le vaillant Hugo de « Les mains sales » ‹pièce que Sartre interdisait de représentation par courtoisie envers les soviétiques‹ masqué en Hoderer hallucinant. Ça suffit. Je m’en vais relire le roman « La nausée », tant aimé à 20 ans, relire « Les mots », splendide autobiographie de son enfance, tenter de revoir « Les mains sales » (avec Daniel Gélin) en vidéo-cassette. À la Boîte noire? Comme on relit le Céline romancier malgré son antisémitisme effroyable du temps de l’Occupation en France. Ou Louis Aragon, le poète, malgré son stalinisme puant.
Est-ce que, sur son lit de mort, le philosophe B.-H. Lévy, nous fera le coup, à son tour, de renier tous ses ouvrages? Ce serait trop facile. Sartre fut l’entraîneur néfaste qu’il fut, point final! Cette grotesque fable d’un Saint Sartre, illuminé par judaïté impromptue, ne colle pas. Il faut relire le « Sartre » d’Annie Cohen-Solal et éviter la foutaise de cette enquête folichonne.
On en discute à « claudejasmin@claudejasmin.com ».