UNE TRAGÉDIE GRECQUE

 

C’est Médée (tueuse de ses enfants) en pantalon qui a eu lieu par ici. Imaginez tout un peuple, les mains sur les genoux,  attendant la noirceur dans les estrades de pierres de l’amphithéâtre grec. Imaginez un de ces sombres récits où la mort fait des ravages. Les héros sont des dieux ou des importants héros sortis des contes oraux de ce temps. Des longues torches, de courts s flambeaux, jettent des lueurs sinistres sur les glaives, les poignards, les dagues. Le sang ! Des cris ! La foule fige quand l’effroyable Médée éclate en lamentations. Imaginez maintenant, pas loin d’ici, un joli bourg avec des cottages coquets, cuisines branchées, celliers aux vins luxueux, dehors, beaux jardins de pépiniéristes savants, fleuris, chérantes piscines creusées et des grands bourgeois, des docteurs en médecine qui font rentrer au budget annuel un demi million de beaux dollars. En ce bourg coquet, soudain la tragédie…

Deux parents médecins respectés, dix ans de vie commune, deux beaux enfants gâtés… Mais l’amour, en Grèce d’Euripide ou d’Échyle comme partout ailleurs, l’amour c’est comme le vent, ça souffle où ça veut l’amour. La jeune maman, jolie blonde comme encore dans sa graisse de bébé, a un amant. Entendez-vous les affreux cris de deux bambins qu’on poignarde ? Il n’y a personne dans l’estrade théâtrale de Piémont, il n’y a personne dans le voisinage bourgeois, personne pour voir le cardiologue respectable en train de se venger de l’infidèle. Ô la jalousie du triste héros de cette tragédie laurentidiene ! Se venger. Mettre à mort deux jeunes vies que l’infidèle épouse a mis au monde. Se venger de cette compagne qui l’abandonne.

Cris d’enfants terrorisés, ensanglantés, dans la nuit de nos si jolies collines. Ô misère humaine ! Le misérable dieu, Narcisse, guide méchamment le bras de l’assassin dans les chambres du chic logis de Piémont. Orgueil du trompé. Vanité

Atroce qui exige la punition la plis ignominieuse. Deux jeunes innocents entrent vite dans « la lumière » des Croyants, au paradis promis. Rideau !

Imaginez, jadis, le public qui quitte l’agora, les estrades, les oreilles et les yeux accablés…. Médée en pantalon, vengé, se terre sous son lit. Un enfant gâté avoue qu’il est un imbécile aux policiers accourus dans cette rue quiète du joli bourg tranquille. Rideau ! Un jour, un dramaturge fera le récit de l’horreur de cette nuit d’orgueil fou, c’est certain. Télé ou cinéma. Ou bien au théâtre  de plein air, ici, à Sainte Adèle, rue Morin ? Un jury vient de déclarer que le meurtrier, l’infanticide, ce Médée en pantalon, était fou. Ah oui ? Fou d’orgueil, c’est bien ça ? Rentrons chez nos, braves gens, que l’on éteigne les torches.

LULU-LA-CANNE, MONARCHIE ET HARPER ÉLU !

Le député de Mercier sur le Plateau a du cran et parle franc. L’unique élu de Québec-Solidaire et Iranien d’origine ayant choisi le Québec n’a pas froid aux yeux. Il a voulu ouvrir les yeux de Lucien l’unijambiste, ex-chef patriote du « OUI » de 1995 devenu le vulgaire publiciste stipendié d’un lobby de creuseurs de puits (à gaz). Le vaillant député a aussi condamné les dépenses de l’État pour la visite estivale d’un rejeton —et sa femme— de sang bleu britannique. Race de parasites, dit-il avec raison. Les amateurs du Paris-Match à noces royales grognent.

On comprendra donc que le détestent tous les demi assimilés du Québec, nos colonisés, nos aliénés, nos déracinés. Il y a longtemps que nous serions une nation (Harper dixit) avec un pays si nous ne traînions pas ce boulet de peureux parmi les nôtres. Car sur dix francophones québécois, il y en a six qui disent « oui » et quatre « non », ces derniers, arriérés,  pissent dans leur culotte, vénèrent leurs dominants. « On a pas besoin d’une patrie », brament ce troupeau de couards. Juste bon pour les 250 nations de l’ONU; ou pour Israël. Fragile patrie juive, exemplaire, menacée mais qui fait montre d’un patriotisme ardent, que l’univers occidental admire; dont cette résurrection de leur langue, l’hébreu.

À ces étrangers —toujours épatés, renversés par notre fabuleuse résistance— que je croise parfois et qui ne comprennent pas les défaites de 1980 et de 1995, eh bien, j’explique  que nos quatre franco-branleux (sur 10) se joignent aux anglos-québécois, francophobes, aussi aux émigrants qui ne s’exilaient pas au Québec mais au British North America. Au dollarland.

Mais, ô joie !, j’explique aussi que cela va s’achever. Que les Canadians viennent de constater ( une première utile au fond) qu’ils peuvent désormais gouverner sans le Québec. Voyez la victoire historique de Harper, majoritaire, Une  situation impossible jadis. Plus utile encore à notre combat patriotique, ces fameux « résistants » n’auront plus aucun poids sérieux bientôt au Parlement fédéral. Déjà on a glissé de 50 % et plus encore en 1867, à 40 %, à 30% et je pense bien que nous sommes rendus dans le 20 % ou pas loin. Nous seront un jour… quoi ?, 15 % et puis 10% de la population du Canada. Ottawa va rajouter des comptés (c’est annoncé) et la nation québécoise —aux communes— sera insignifiante aux moments des votes, pas plus importante que les Ukrainiens, les Arméniens, que sais-je. Voyez-vous ben l’avenir du côté du Canal Rideau ? En noir pour les fédérastes. En rose pour les patriotes. Ouvrons les yeux, avec ce Harper tant détesté par nous mais triomphant au bord de l’Ottawa River, l’année  2011 marque un tournant annonciateur de liberté pour nous. Ce sera à jamais la-fin-de-la-face-laide of the Queen aux piastres et aux timbres, au Pays de Québec.

UNE GÉNÉROSITÉ INTÉRESSÉE ?

Le chat sort du sac. Chaque année quand la capitale de cette fédération (qui n’est pas vraiment un pays) sort son gros sac de fric pour se fêter, eh b’in c’est aux Québécois que va le gros de la tirelire. Les autres régions de cette fédération ? De la schnoutte. Des miettes. Ah ! Pourquoi ça ? Cette injustice évidente. Que l’on semble tolérer un peu partout. Quoi, nos bons p’tits zamis confédéré devinent-ils qu’il faut fermer les yeux (et sa trappe); mieux, qu’il faut bourrer de pognon ce sacré Québec, plein de réticents, de méchants nationalisses,  si on veut pas …Mmm, vous savez bien, s’il fallait, non mais s’il fallait qu’un bon jour, ils se votent majoritairement un pays bien à eux. Vous connaissez tous cette peur, cette frousse, cette hantise.

Alors, les Canadians, ils ne comptent pas, moins en tos cas. Avec les restes, des pinottes, qu’ils se fêtent un p’tit peu. La réalité c’est que ces gens d’un océan à l’autre (sauf nous -et notre drôle de langue- au milieu), ils n’ont pas grand chose à festoyer. Craignez rien, ils vont pas brailler, ils chialent pas l’diable, même si, à chaque année, Ottawa commet un effarante injustice dans le partage de la mazoune pour pavoiser, danser et chanter. Silence !

Quoi donc ?  Les habitants du Manitoba ou de la Nouvelle Écosse n’ont pas besoin (ni grande envie ?) de commémorer le beau grand Canada ? On dirait. Le Québec, pas davantage, alors là, danger, on va lui enfoncer nos bébelles dans la gorge à ces oies bien connes, les frenchies ! Oui, le chat, oui, est sorti cette année…  du sac fédéral.

Évidemment…  ? Car, évidemment, c’est chez ces maudits frenchies, il y a comme un résistance et le bonhomme carnaval-fédérat se questionne sans cesse : pourquoi donc que le Québécois se sent si peu Canadian ? Eh oui, c’est la vieille et perpétuelle question : on se ressemble pas, on a  pas les mêmes goûts, us et coutumes, références, etc. À  part les assimilés inconscients de la  fascination commune aux USA. Car, soyons lucides, Canada est synonyme, in english, de USA !  Québécois le moindrement fiers, solides, normalement enracinés, solidement indentifiés, b’en, on a pas le même tempérament, et tout le reste. Et surtout, surtout : on a pas la même langue. Ceux qui séjournent un peu longtemps en dehors de notre patrie (à Toronto, à Vancouver, ou à Halifax peu importe) découvrent vite cette réalité. « On est à l’étranger. On est pas chez soi ».

Oh, oh, oh ! Voilà donc bien où « le bât » de l’union à tout prix blesse, l’union à fêter…hum, ça branle. Futile de nos arriser d’argent, gaspillage. La culture (Coco ministre Moore !) c’est le sang de la pensée. Le sang d’un peuple. La culture populaire comme la grande culture. Ajoutons pour les intellectuels anglos et innocents comme Ignatieff ceci : elle a fondu notre égalité de 1867, on est devenu  une minorité au Canada. Donc, aucun intérêt. Mis, ici, on reste plus de 80% de la population, nous sommes des majoritaires. Une nation forte, un peuple consistant. Alors… quand ce Ignaretieff (sic!) rêve de trains d’est en ouest, il déraille l’intello exilé revenu. Québec a besoin de vrais échanges, de marchander, de se divertir, de découvrir mais du nord au sud, de Québec-Montréal à Boston-New York.  Les trains du Russe Blanc ers Windsor, Ontario, c’est une bêtise grave, un gaspillage, un songe creux.

Quant à ces argents répandus, recevons cela en rigolant. Des drapeaux, des commandites, etc., ça se jette aux rebuts !

MÉFIANCE DU 2009 DE L’ IGNARETIEFF ?

         Le chef Libéral fédéral cherchera, en 2009, des appuis ici.

         Ce sera une futile quête pour le ruskoff de noble extraction, aristo dégradé à papi et papa  impérialistes. Avec ses allures à la sauce HARVARD-USA, l’ignare nie ignore la nouvelle réalité d’ici. Il voudra battre les « cons-serviteurs  mais, il ignore que nos votes de frenchies ne sont plus du tout nécessaires. Les Canadians d’un océan à l’autre sont désormais très majoritaires.

        Hélas, Mike-Hell Ignaretieff ne saisit pas qu’il n’y a plus aucun intérêt de nous avoir au fond de ses bras Rouges, de son grand cœur saignant l’unifolié. Allons, un peu de lucidité chers fédérastes nostalgiques. « Wake up ! » La pêche aux votes du Québec, devient futile, du temps, de l’argent perdus. Une façade pour causeries radiocadenassiennes !

 

HALLOW’EEN DU BLOC

         Bientôt nous ne compterons plus que pour des pinottes dans cette confédération fondée en 1867 pour tenir ensemble les deux races fondatrices. Du temps a passé et le Canada est devenu un pays english only.  Confortablement anglophone et c’est très correct. Ouvrez les yeux chers sentimentaux en fédérastie ? Voyez : (1) l’immense vague d’émigration -toute pro-anglo- à Toronto comme à Vancouver, et (2) combiner ça à notre dénatalité. Cric-crac-croc,le Québec est, coast to coast,  un groupe minoritaire sans pouvoir solide aux Communes.

 

PRO-TORTURE, PRO-BUSH-EN-GUERRE et PRO BOUCILER

      Avec le Bloc-à-Duceppe nous faisons « Beuh !», c’est une Halloween pour Big-Brother-Ottawa qui  tolère ce burlesque. Car les Blokes se réveillent : de Vancouver à Halifax, c’est déjà « vos gueules et  mort au chantage » (accusation de l’apatride Elliott-T.). Vous allez voir, nous serons bientôt impuissants aux Communes, sans vrai pouvoir. S’agit plus de veilles rancunes sauce-Plaines d’Abraham. Débarrassons-nous donc du statut de « une  province sur dix ». Urgent. Interrogez n’importe quel démographe : en 1867, nous étions environ 50 % . Cela a fondu à moins 25 %. Au rythme migratoire bloke ce sera 18 %. Puis 15 % Puis…fin des braillards, manière Charest ou façon Marois. Les pèlerins à chialeries ? Un groupuscule encombrant.  

Le 85 % de Canadians nous dira avec raison : «  shut up, Kwaybec, respect democracy » à chaque foi qu’Ottawa commandera le vote. Sur des lois qui pourraient nous être nuisibles. En 2009, Mike-Hell Ignaretieff ne devrait plus parader de Rouyn à Gaspé, de Chicoutimi au fond de la Beauce.  Plus besoin des députés québécois.

       Attention, cela signifie que « réunie », car on se sépare pas mais on se rassemble, nous formons sachons-le mieux, une formidable majorité, maîtresse de son destin. Rien à voir avec les chicanes sauce-Abbé Groulx. Oui, nous sommes une nation et elle est majoritaire ici. Plus de 80 % ! Mettons donc fin aux quêteuseries.

      Que l’Ignaretieff en prenne note et qu’il ménage le pétrole en 2009. , qu’il économise en 2009. Qu’il évite le vain pèlerinage en provinces québécoises et fin, bon sens,  des niaises bloqueries. Annulons nos bulletins en 2008. Dans  une décennie, pas même deux, ce sera réglé, vous verrez. Enfin il y aura un Canada normal pouvant voter à sa guise, « tous-Bleus » ou « tous-Rouges » avec  un zest de socialistes-caviar. Plus quelques écolos bien verts, my God !

      Le Tzar de ces Libéraux, Seigneur Ignare-Tieff, fieffé cabot dans les deux langues, ne devrait pas présenter un vieux film trop vu, ni tenter de nous séduire, nous faire oublier son « parti-des-voleurs-à-commandites » ? Il y a pire que l’Harper ?

Notez ces 4 points : 

1-Qui veut d’un type qui déclara : « un intello peut bien proférer des idées fausses ou futiles ». 5 août 2007

2- Qui veut d’un type qui, en 2003, a appuyé l’envoi-de-la-mort à Bagdad par le cow-boy, W. Bush ?

3- Qui veut…de celui qui publie  dans le « Prospect » de 2006 : « Il ne faut pas trop simplifier la question de la torture » ?

4- Qui… juste (avant de virer politicien et quitter sa sinécure étatsunienne et ses rédactions dandyesque à Londres) appuyait le « mondialement provocant » bouclier antimissiles made in USA. Qui? Cet intello loufoque, léger, est un canon lousse dangereux.

LA P’TITE MAISON DANS LA VALLÉE

      On est excités, on a loué un chalet dans le nord, c’est pas des farces ! On est quatre, on a  vingt ans, on étudie les « arts artistiques », on a loué pour toute une semaine. « Semaine des fêtes », hiver 1950. On peut enfin faire du ski toute la journée et toute une semaine. Mes amis ont des noms merveilleux : Lafortune (Roger), Lavoie (Roland) et Lalumière (Guy). Le soir, on jase, on rigole, on a des jeux de société et…on peint ! À l’aquarelle, ça prend moins de place, et sur des calepins, chacun dans son petit coin car il y peu de place.

       Oui, on a loué la plus petite maison dans cette petite vallée, juste en arrière du steak house célèbre -démoli récemment- le « Quidi Vidi ». C’est rue Patry, une rue à 5 ou  6 maisons, à l’est de la clinique, de la bretelle de la 15 vers Sainte-Agathe.  Allez-y ! Voir si je mens. J’y suis allé vérifier tantôt : la si menue demeure est toujours là et on y fait des rénovations, va-t-on l’agrandir ? Il y avait trois pièces : la mini salle commune avec son vieux divan, un simple comptoir à manger avec des tabourets, un placard, deux chambrettes avec des couchettes étroites étagées, une mini salle de bain. On se tassait.

      On y a été si heureux.

     Aznavour : « Je vous parle d’un temps que les moins de 50 ans… »,  nourriture primitive, pâtes et pâtes, conserves chipées à nos parents, juste le linge de stricte nécessité, nos gros chandails tricotés (à têtes d’orignaux), mode d’avant les actuels blousons si légers. Toute une semaine de ski, pensez-y donc, une semaine à la campagne, sept jours dans ces blanches collines dont nous rêvions tant jeunes citadins. Il y aura quelques soirées de boogie-woogie, de danses « collés ». Au sous-sol du Montclair Hotel. Fameux Redroom aux week-ends bondés de jeunesses danseuses et dragueuses. Quelle chance : rencontres un soir d’accortes infirmières en vacances elles aussi. Mais nous sommes des « cassés », des « tout nus », rien à offrir à leurs tables donc. Ces belles demoiselles cherchent de futurs médecins, des maris solides. Ingrédients humains qu’on ne déniche pas chez les futurs grands « artisses ». Donc, vite, indifférence à notre égard hélas !

      Bof !, rentrons les bras vides et puis, ici, où donc aurions-nous pu « chanter la pomme », caresser et necker, dans ce si petit logis ? Chantons et rions, demain matin, vite, sur les pentes du Chantecler, cela en traversant « à ski » la vieille 117, piquants à travers champs. Ce soir-là, entre célibataires forcés, buvons notre rouge italien -l’inévitable Chianti à changer en bougeoir- et coupons-nous des rondelles d’une charcuterie primitive il y a 50 ans, cher baloney pas cher. Devoir aller visser une plaque de plomb commun au 590 Patry, y lire : « Ici, il y a très longtemps, ont rêvé, ri, bu, mangé, librement imaginé leur futur en faisant des plans d’avenir prodigieux, quatre jeunes et pauvres artistes s’imaginant volontiers une vie formidable, des amours merveilleuse et un bonheur enivrant ».   

       QUE SONT DEVENUS MES AMIS ?

      J’ai perdu de vue Lalumière, venu de la Gaspésie, j’ai revu un Lavoie semblant heureux de vieillir. Il y a moins longtemps, avec Lafortune -qui vit dans une belle grande maison à L’Islet au bord du fleuve-  on est allé revoir cette toute petite maison adèloise de la rue Patry. Émotions. J’ignorais cet hiver de 1950 que j’allais crécher 18 mois plus tard, aspirant-potier, dans une écurie. Que j’apercevrais un midi le bel acteur si doué, Paul Dupuis, sortir en titubant de la buvette de l’auberge Chateauguay, rue Morin, bras dessus bras dessous avec son auteur Claude-Henri Grignon, pompettes, discutant ferme sur le fabuleux libre-penseur Arthur Buies qu’incarnait Dupuis. Je ne savais pas qu’un jour, pas si loin de « la petite maison », j’aurais pignon sur rue au bord du petit lac.

       La jeunesse vit, ignore qu’elle se fabrique des souvenirs, la jeunesse me lit,  sourit de ces temps pauvres. La jeunesse fait bien de faire emblant que cela va durer, qu’elle ne vieillira pas, qu’on ne démolira rien, ni le Quidi-Vidi, ni le Montclair et le Redroom, ni l’auberge Chateauguay au coin de ma rue. Le temps est bien fait, hypocrite, il ment aux jeunes, fait mine de ne rien graver mais vous verrez, jeunes gens, viendra aussi pour vous un de ces jours où vous aurez envie d’aller examiner une ruine ou un coin qui a duré,  charmant, un lieu aimé. Comme moi rue Patry, vous aurez le coeur qui se démène et une point de nostalgie très bienvenue. « Que sont mes amis devenus », allez-vous murmurer ! Il y a le vent qui frappe à toutes les pores, pas vrai cher François Villon ? Dans le nord, ici, c’est Nelligan qui me fait écrire :  « Ah, comme la neige a neigé » depuis !

QUOI ? MANGER DES DEVOIRS !

Monter souvent -à deux coins de rue- pour aller sneaker aux comptoirs d’une école et vérifier si « le devoir » des élèves est appétissant. Acheter ce devoir pour le manger ! Avant « l’heure de l’apéro », durant l’année scoaire, nous sommes un petit groupe d’aficionados à aller reluquer les vitrines de cette école-de-bouffe, rituel à risques. Il y a les élèves doués et d’autres… plus faiblards. Un jour, c’est divin, un autre… bien moins.

Pour rigoler, je questionnais Serge, compétent et jovial caissier : « Pourquoi pas afficher les notes des élèves ? On n’achèterait pas les barquettes des plorines, des devoirs marqués 3 sur10 ? » Il rétorqua en riant : « Non, pas question. On discute pas des goûts et des couleurs. Choisissez votre bouffe à vos risques et périls ! » Cette école de la rue Lesage excelle en potages souvent savoureux, en soupes parfois surprenantes, aussi pour des desserts à l’occasion succulents.

Pour le reste, oui, il y a risque. Par exemple, trop souvent cette épaisse sauce brune, l’épais graevy d’antan. Mais il y a des fins d’après-midi miraculeux quand les chefs-profs se sont surpassés en initiant leurs pupilles à quelques recettes époustouflantes. C’est alors l’aubaine des aubaines!

« Manger, a dit un philosophe, essentielle et unique condition pour vivre. » Manger : la grande affaire, souci quotidien des riches ou des pauvres. Pour la majorité des gens c’est l’inquiétude quotidienne : « quoi faire rôtir, cuire ou bien mijoter ? » Pour une minorité, les bien nantis, c’est la recherche pointue, le raffinement, les exotismes : trouver les produits frais au marché à la mode, dénicher l’épicier exquis, le comptoir du « traiteur favori », le resto bien branché. Découvrir la recette complexe dans le livre « de pointe », frais édité. Bref, pour ces « favorisés du sort », manger est un plaisir. Mieux, un culte. Et pour ces « becs fins », le vin n’est jamais une piquette.

Ô GALETTES DE SARRASIN !

En Occident, au Québec dorénavant, les exigences des palais éduqués sont venues car il y a eu évolution. Manger est devenu une industrie complexe. Avec des magazines chics. Et la télé aussi y va de ses émissions spécialisées. S’illustrent avec talent un Ricardo pétillant, une compétente Josée di Stasio. S’y affiche encore ce cook bavard hilarant, Daniel Pinard avec ses démonstrations pétardardentes, si souvent cocasses.Tout a bien changé, combien sommes-nous encore, aînés, à témoigner exactement de quels temps durs nous venons ? À ces époques, point de légumes rares : « Quoi ça, du brocoli » ? Aucun fruit exotique : « Quoi ça, des kiwis ? » La bouffe des années de notre jeunesse était primitive, simpliste, nécessaire seulement. Nous mangions pour rester en vie.

Naguère les langues capricieuses, les papilles gustatives raffinées, ça n’existait tout simplement pas, dans aucun de nos entourages familiers, parents, voisins, amis. Et nous ne mangions pas toujours à notre faim ! Je me souviens bien des modestes repas faits de galettes de sarrasin. Du fréquent « pain doré ». Des crêpes communes à bon marché, et, ultra fréquentes. Et les sacrées pétates ! Cette précieuse pomme de terre, abondante -trouvaille de M. Carpentier- fut longtemps une sauvegarde en tant de milieux modestes.

Si, dans mon quartier, j’ai pu avaler tant de frais et bons légumes, c’est grâce au -devenu populaire- marché Jean Talon, à deux pâtés de maisons de chez nous. En ce temps-là, comme dit l’évangile, il n’y avait point de ces « écoles de cuisine », comme ma voisine, rue Lesage. De rares livres populaires répercutaient la cuisine-des-ancêtres comme celle de nos grands-mères débrouillardes. Ainsi nos mères « à grosse famille » continuaient de répandre ces popottes toutes ordinaires. Il y a eu de valeureuses pionnières du « un peu mieux manger », dont cette célèbre « Madame Benoît », pour seul exemple.

LOIN DES SOPHISTICATIONS

Quand je me place dans la file de cette école, rue Lesage, c’est une sorte d’excitation chaque fois. Tous -ils ouvrent à 5 h pile- nous guettons la surprise et souhaitons l’étonnement. Pourtant chaque visite me fait me souvenir de toutes ces années de jadis. Sortis de l’école -à midi comme à « quatre heures¿ nous nous engouffrions dans la cuisine. « M’man, qu’est-ce qu’on va manger ? Jamais rien de bien sophistiqué au menu à part son roast-beef des dimanches midis . En semaine, nous contenter l’estomac sommairement, nous remplir un peu le bedon quoi. Nous savions que le menu serait le même… qu’avant-hier. Que notre boustifaille -des midis ou des soupers- serait faite d’ingrédients ordinaires. Ô les ragoûts tarabiscotés ! Les fricassées-à-restants ! Les « chiards ».

Nous n’émettions jamais de graves critiques, parfois : « Oh non, pas encore de la saucisse ? » Il fallait manger comme il fallait dormir. Nous ne pouvions imaginer qu’un jour, il y aurait des jeunesses étudiantes, à Sainte Adèle, qui auraient pour « devoir » de réussir « une choucoutre à la alsacienne, ou des cailles à la lyonnaise !

DES MENACES DE MORT ?

Tout critique -pas trop complaisant et une Francine Grimaldi ne risque rien- finit par recevoir des menaces. J’ai eu mon lot un temps. Mais recevoir des menaces de mort ? Oh là ! Voilà pourtant ce que révèle à la télé un critique-philosophe, Michel Onfray. Il a publié un premier livre : « Le ventre des philosophes », écrit en quatre jours qui étonnait son éditeur comme il fascinera un B.-Henri Lévy. Un grand succès pour ce genre de publications. Onfray affirme que la montée du méchant christianisme -et, cela, dès la conversion à Jésus du puissant empereur Constantin- a gommé tous les philosophes du plaisir, du jouir. Une imposture à ses yeux.

Onfray, prof de philo populaire dans une école technique (sorte de Cégep) obtenait un si vif succès qu’il décidait un jour de s’ouvrir une sorte de « collège libre » dans son pays natal, en Normandie. Un renversant succès encore et sa ville, Caen, lui fournit volontiers un vaste auditorium pour sa « prédication » …libre ! Songera-t-on à ce drôle André Moreau, médiatisé un temps, avec ses folichonnes théories « jovialistes » ? Bureau étonné donc : « Eh bien oui, dit le prof-des-plaisirs, je reçois des menaces et souvent, on crève mes pneus et on me veut me tuer ! » Diable, est-il devenu parano ? Dit-il la vérité ? Ses fidèles auditeurs viennent de partout pour l’entendre jongler librement et le prof Onfray dit :« Il y a que mon université, c’est ouvert à tout le monde, pas d’examen d’entrée ni test quelconque, pas de diplômes, et pas de devoirs, ni thèses à rédiger. On peut être pauvre ou riche, il y a aucun frein pour y être admis. »

Cette émission de T.-Q. faisait voir son installation avec images de son amphithéâtre bien rempli. Résumer son programme ? Établir toute une contre-histoire avec des libre-penseurs honnis, ainsi remettre en avant un Diogène, un Épidore, Démocvrite et ceux du Cynisme, les Épicuriens, les Stoïciens. Bref réinstaller les pauvres victimes d’une chrétienté triomphante qui les a odieusement rayés des programmes dans tout l’Occident. Ce prof et auteur dira : « Certes le christianisme a gardé Platon puisque Platon croyait à l’âme, au ciel et à l’enfer ». Seule en scène: la Philosophie officielle donc! Hélas, soupire Onfray, matière censurée, toute dévouée à la culpabilité, aux péchés, au paradis-à-mériter.

Son combat ? Abattre toute forme de puritanisme -il est pour l’amour libre. Il est facile, dira-t-on d’ainsi s’attirer certaines foules. Enseigner la rigueur, la retenue, la discipline, les salutaires empêchements, amènerait sans doute moins de badauds savants à son aréna ? « La religion est une maladie mentale, dit-il, oui, oui, une pathologie ». Il ajoutera : « J’ai sans doute ma pathologie à moi, mon gauchisme ? ». Il dit aussi : « On a entendu ce pape, Benoit-16, nous parlant du pape défunt accoudé à une rampe pour nous regarder survivre », c’est pas sérieux ! Alors vive les Ovnis ! »

Lisez bien : « Jouir et faites jouir sans entraves si vous ne faites de mal à personne », voilà son oriflamme, son flambeau. Son « beau » programme. Des jeunesses étudiantes bien chargés de testostérone salivent de bonheur imaginaire -virtuel- bien évidemment. Aussi des vieilles personnes rancunières, des défroquées frustrées, retenues. Mais ce comportement hédoniste nuit-il à la santé ? Voilà qu’Onfray nous confie, sombre un instant, qu’il vient d’affronter, de subir, deux très graves attaques. Il a séjourné en hôpitaux. « Oui, dit-il, aux portes de la mort », raconte-il à Bureau. L’enfer ?

Or il y a au moins deux erreurs chez ce penseur. On permettra au vieil homme que je suis de les montrer. Il dédaigne « le principe de réalité » et c’est inexcusable. L’être humain est possessif. De nature. Une réalité. La jalousie -ah la jalousie!- lui est comme génétique, j’ai reçu des confidences d’ex-rêveurs en communes, ex-libertaires revenus sur terre. Autre réalité bien têtue : les femmes ne sont pas comme les hommes, réalité. Incontournable. Prenez cela à l’inverse si vous voulez : l’homme n’est pas fait comme la femme. Facile d’offrir de beaux mensonges et candidement « la vie bonne », « la belle vie », mais plus difficile de nier la réalité. Le séduisant professeur Onfray rêvant d’égalitarisme ignore cet autre principe.

Mais foins d’arguties, de ratiocinations et de jargon. Moi je crois que c’est la science, ses avantageuses technologies qui en découlent, qui ont amener de la liberté dans la vie quotidienne. Songez-y bien. Je ne mépriserai jamais ce salutaire besoin humain de songer à « d’où venons-nous et où allons-nous ». Pas plus que je ne méprise une quête de transcendance, de spiritualité. Ou même de religion. Mais voyons clairement la réalité : c’est bien lui, le progrès technologique, qui a permis justement du temps supplémentaire -et pas seulement pour les riches- afin de pouvoir nous interroger gravement sur nos destinées. Non ? Malgré ses dons de communicateur, qui doivent être, eux, bien réels, laissons ces jongleurs abandonner le réel, rien à craindre, tôt ou tard, le réel le rejoindra un jour. C’est fatal.

UN MONDE MARCHAND HUMAIN !

     De 25 à 55 ans, j’ai vécu dans un quartier un peu bizarre. Pour m’accommoder en n’importe quoi, il n’y avait aucun magasin proche de chez moi, rien. Qu’un lotissement de bungalows et de cottages. Il fallait me rendre, en voiture, à un centre commercial -Salaberry dans Bordeaux. À 56 ans, déménageant rue Cherrier, durant une décennie, je fréquentais la rue Roy et de trop rares magasins à dimension humaine -un barbier, un cordonnier, une petite épicerie. Dix ans plus tard encore, à Outremont, je fais l’heureuse découverte d’une sorte de village-en-ville. Services de proximité et nombreux magasins « humains », rue Van Horne, rue Bernard et « chic » rue Laurier. Ma joie alors. Débarrassé de ce centre commercial où aucun marchand(e) ne vous accueille en ami, ne vous sourit, ne vous reconnaît, où l’on se sent un « étranger », un anonyme client.      Enfant, adolescent de Villeray, j’ai connu le monde des marchands humains. La vie chaleureuse. J’entends par là, des lieux où l’on a un nom, un visage reconnaissable, une personnalité. Rue Bélanger, rue Jean-Talon, les petits marchands nous parlaient, prenaient le temps d’échanger des propos -actualités chaudes, météo, la bonne santé.

Sainte-Adèle, P.Q. ? Voici, avant-hier, ma compagne-de-vie qui revient de commissions, le sourire tout lumineux. Elle me dit prendre conscience -de nouveau- du bon bonheur de fréquenter des petits commerçants. Elle me raconte le bon accueil du bijoutier jovial pour le modeste achat d’un simple bracelet de montre. Du marchand de saucisses et fromages, rue Valiquette lui aussi, où elle a pu jaser un brin d’une charcuterie diversifiée. Du boulanger aux chaudes brioches bien causant. De la couturière -et modiste à l’ancienne- dans son sous-sol lumineux, toujours jaseuse. Enfin du cordonnier pas moins jaseur et qui va lui commander des sandales « orthopédiques » … pour moi. Bref, elle était enchantée et me déclarait : « Claude, voilà ce qu’on ne trouve pas en grands centres commerciaux à vastes parkings, un zest au moins d’humanité entre l’acheteuse et la vendeuse, une bonhomie indispensable si on attache un peu de prix aux relations « humaines-entre-humains ».

C’est vrai. Ce jour-là, à mon tour,  j’ai pris encore mieux conscience de cette grande valeur ajoutée -à son environnement- quand on habite un quartier, un village, un lieu où l’on peut encore faire ses courses chez de petits commerçants. Il y a une vaste quincaillerie fraîchement installée à la sortie du village, mais il y a aussi, depuis si longtemps, la chère vieille quincaillerie des Théoret, père (décédé, que je connus) et fils. C’est un magasin rempli de nouveautés (avec services Radio-Shack) et aussi de vieilleries difficiles à dénicher. J’y ai parfois acheté des outils utiles et antiques de système. Un personnage, ce Théoret, très fin causeur, malin, spirituel, farceur ! Et qui , hélas, a des ennuis de santé ces temps-ci. À chacun de mes achats c’est le tir vif de nos facéties communes. Le proprio a su communiquer à ses employés ses façons de vendre en toute gaîté. C’est formidable. Je sors d’un tel commerce le coeur léger et le sourire au bec. Y acheter une bricole n’est plus une triste corvée mais un balade amusante.

Ces manières joyeuses me font me souvenir, enfant-à- voiturette, de ma mère. Dans les années 1930-1940, maman aimait bien « barguigner » les prix partout, chez l’épicier Turgeon comme chez son cher boucher « messieu » Bourdon -qui existe encore à l’ombre du métro-Jean-Talon, rue Chateaubriand. Ce dernier, aimable, me donnait souvent des os pour que je puisse m’en faire des « claquettes ». Hélas, ma mère s’en servait d’abord pour « féconder » ses soupes !

Au centre commercial, au méga-marché, en grande épicerie géante, pas ces «  bonjour »,  pas de « comment ça va ? », c’est les comptoirs alignés -certes bien garnis- et une solitude; c’est le « fais ton choix, prends ce qu’il te faut, jette ça dans ton caddy et passe vite à la caisse ». Pas de « merci », ni « au revoir ». Même le jeune wrapper n’a pas le temps de te sourire. Au suivant !

Au village -cerise sur ce gâteau-, va s’installer très bientôt, toujours rue Valiquette, ce comique de maraîcher rondelet avec, au bord du trottoir, son modeste comptoir de légumes et fruits frais. Pas « de la saison », du jour ! Un bonhomme tout heureux du chaland amusé qu’il apostrophe de galéjades candides. Un autre grand bonheur.

Bien entendu, en grandes surfaces on trouvera parfois de bons prix, on trouvera plus grande variété mais jamais on y trouve de ces marchands qui vous reconnaissent, qui vous questionnent, qui vous donnent de leurs petites nouvelles -« J’ai subi une grippe atroce cet hiver, un long mois et demi », et reçoivent les vôtres avec curiosité -« dites-moi que le vieux jardiner Dédé est mort, pas croyable, il semblait encore si alerte ! ». Vous ne venez pas seulement d’acheter des fraises ou du maïs, vous venez de rencontrer une personne humaine. Cela n’a pas de prix, pas vrai ?

CAPRI OU OTTAWA C’EST FINI…

Oui, « Capri », c’est un air connu. Duceppe et son Bloc doivent cesser de brailler. Les fédéralistes Alain Dubuc et compagnie ont cent fois raison de moquer ces vaines lamentations. Face aux corrections annoncées du Harper, il faut dire la vérité : notre ancien pouvoir à Ottawa c’est fini. Le chef conservateur, Stephen Harper, a bien raison de vouloir augmenter la députation des anglophones. C’est un fait têtu. C’est une connerie de crier à l’injustice, amis du Bloc braillard. C’est un mensonge, il n’y injustice, il y a une réalité. Nous sommes et nous serons de moins en moins nombreux dans cette fédération.      Au Québec, oui, nous sommes et nous serons pour toujours une nation majoritaire et pas ailleurs. Il est temps cher Tit-Gilles de songer à « paqueter ses petits ». Et de quitter la place. Avec la « porte grande ouverte » aux émigrants, les autres provinces -et l’Ontario surtout-  ont droit à une représentation en sièges adéquate. C’est tout à fait la démocratie. Bravo M. Harper et continuez votre bel ouvrage de démocratie juste. À nous, Québécois, de bien comprendre les enjeux.

Il y a longtemps nous étions, Canadiens-français,  combien aux communes, 40 % ?, plus encore ? C’était au temps du début de cette fédération imposée par « des Pères fondateurs ». Un beau « portrait » peint, désuet désormais. Ce pourcentage a baissé sans cesse. À 30 % d’abord ? Maintenant un petit 25 % des sièges ? Demain, dans pas longtemps, ce sera un mince 15 sur cent aux Communes ? Dans 40 ans, ce sera quoi, 12 % ou 8 % ?

Imaginez notre pouvoir alors ? Dérisoire. Nul. Les moins nationalistes des nôtres doivent se réveiller et admettre cette réalité. Comprendre qu’il n’y a plus en ce début de 21 ième siècle, aucun avenir solide à Ottawa. Oui, Capri, ou Ottawa, c’est fini. M. Harper va y voir et il fait bien. Tous ces cris d’indignation sonnent faux. Il y a neuf (9 !) provinces et une seule (le Québec) n’arrivera jamais à jouer un rôle de taille. Jamais. C’est la fin du vieux rêve d’harmonie des deux « races » réunies, beau songe utile du temps jadis. 1867, c’est bel et bien enterré. Décrochons le tableau idyllique quand nos chefs des deux langues se félicitaient (in english only) d’une belle et joyeuse confédération, « coast to coast », promise aux plus grands desseins. Au panier ! Ou au musée !

Même en augmentant (on ne sait trop comment ) notre natalité déficiente, jamais une seule province ne pourra arriver à jouer un rôle fort à Ottawa. Pas avec, en face, cette constellation de provinces anglophones (sans parler des Territoires). Deux provinces grandissent et fort rapidement, l’Alberta et la Colombie britannique, la bataille était perdue d’avance. Les bons « pères » de 1867 ne voyaient pas si loin. On a maintenant les yeux ouverts : le projet-Harper, c’est vraiment le début de la fin.

À Québec le chef libéral, Charest, fédéraliste, perd son temps en se joignant aux protestations niaises en se joignant à l’ADQ et au PQ. Simagrée et mensonge. Dubuc dit vrai : « c’est justice ». Elle enseigne à tous les Québécois lucides de sortir d’Ottawa en vitesse. Tous. Le père Duceppe en premier ! En grognant comme un con, contre la justice évidente de M. Harper, il se fait hypocrite, anti-démocrate. En politicien honnête, Duceppe doit se lever et faire ses adieux, en toute dignité. Dire : « On a compris. Adieu ! Nous partons au nom de la démocratie car ce grand Canada doit rester un pays normal, avec une représentation normale, juste. Adieu ! Désormais, nous serions des minoritaires, tout à fait impuissants. Rentrons chez nous, là où nous contrôlons notre avenir, notre destin.

Il ne le fera pas ? Bien, il fera le jeu imbécile de nos adversaires. Il va continuer ce rôle de vain chialeur. De rouspéteur inutile. Dans quelques années, le ridicule sera entier. Ils sont 330 anglos face à 75 francos, une farce, nous serons bientôt davantage minorisés. Face à un projet de loi nocif aux Québécois, le QuébÉcois se lèvera et on l’écoutera distraitement puis une voix tonnera : « Bon, passons au vote maintenant ». Bang ! Tais-toi donc, bonhomme, tu n’es plus maître dans cette maison !

« POUR PIERRE CURZY »

Contrairement à mon jeune camarade l’écrivain V.-L. Beaulieu se rangeant sous la bannière du duplesssiste Mario Dumont, je suis pour la venue d’un parti carrément pour l’indépendance du Québec. Un parti rénové. Le PQ. Seul un nouveau venu peut changer efficacement l’image ancienne du P.Q., qui est -chaude actualité- en quête d’un neuf leader. Un chef qui serait un charismatique. Ni Pauline Marois, jadis femme admirable en gouvernement « provincialiste », acceptant hélas « le beau risque », ni Gilles Duceppe, « opérateur » efficace exilé à Ottawa, n’amèneront ce vent nouveau tant souhaité par tant d’indépendantistes. Il faut absolument parvenir à convaincre l’ex-directeur de l’U des A de se présenter à cette course à la chefferie. S’il accepte de se présenter je m’engage -avec tant d’autres n’en doutons pas- à travailler ferme à son élection, à sa victoire. Il est le seul candidat le plus capable de ranimer joyeusement la flamme attiédie. Lors d’une réunion récente -plus ou moins clandestine- d’une vingtaine de patriotes dans une salle de la SSJB, j’ai plaidé très fort en faveur d’un leader à dénicher qui saurait faire appel aux émotions, aux sentiments. Pas seulement à une idéologie calculatrice, démagogique, cartésienne, froide. À cette chaude séance, sans le nommer, c’est à Pierre Curzy que je songeais. Notre « nation » (selon Harper désormais) québécoise, -encore apatride hélas- aura son pays bien à elle quand viendra sur les hustings un leader qui aura le verbe d’un Pierre Bourgault, la chaleur communicative d’un René Lévesque (première manière), l’entêtement farouche d’un Jacques Parizeau. Pas avant. Pas autrement. Pierre Curzy possède toutes ces qualités.

M. Parizeau a eu tort de s’en aller alors qu’en réalité, on le sait tous maintenant – guettons le rapport du juge Grenier- nous avions gagné ce référendum « volé » de 1995. L’archi-prudent Lucien Bouchard a eu tort lui aussi de ne pas déclencher un référendum, il l’aurait gagné, S. Dion-le-partionnniste en convenait secrètement, vient-on d’apprendre. Le moment est donc venu -non seulement de reprendre le pouvoir avec un chef dynamique comme Pierre Curzy- mais aussi d’enfin nous gagner une patrie. Curzy saura gagner -avec émotions et sentiments- les faveurs de tous les nationalistes québécois. Il s’allierait même ces candides égarés, voteurs de l’ADQ, un parti engagé dans un naïf autonomisme pourtant bafoué avec Meech ou Charlottetown.

Avec Stephan Harper il y aura bientôt seulement 75 québécois aux Communes en face de plus de 2o0 fédéralistes canadians. Se tenant debout 24 heures en 24 ans d’activités politiques un Robert Bourassa écœuré, au moment de l’échec de Meech, osa son « Quoi qu’on fasse et quoiqu’on dise… » M. Parizeau, illusionné, alla lui serrer les mains. Un Pierre Curzy, lui, pourrait avoir l’honneur et la fierté d’aller au bout de la pensé de Boubou-le-mou. Pour voir arriver ce jour de libération nationale et la fin du « provincialisme » -donc de la gérance-à-tiraillements-perpétuels (sauce Charest)- appuyons ce renouveau fondamental, soutenons avec enthousiasme un Pierre Curzy.

Claude Jasmin

Sainte-Adèle