LA LITTÉRATURE OÙ « TOUT LE MONDE EST MALHEUREUX TOUT L’TEMPS ! »

LITTÉRATURE : TOUT LE MONDE EST MALHEUREUX TOUT L’TEMPS ?

par CLAUDE JASMIN
(écrivain)

Bon, bien fini le Salon du livre. Avant et pendant, le public a pu lire diverses déclarations. Faisons un bilan de cette récente querelle. Résumons des arguments, on a publié d’abord mon texte disant: « Un seul grave problème, le monde ne lit par notre littérature québécoise« . Lévy Beaulieu me répondait: « Faux mon Jasmin, le problème : les médias sont absents pour nos livres et nous manquons de subventions ». Je notais. Michel Brûlé, éditeur méprisé souvent, s’amenait avec : » Le problème : éditeurs subventionnés à gogo, en librairies trop de n’importe quoi et pas assez de livres à succès, Le milieu littéraire est nombriliste, une clique de profs-docteurs-en-lettres snobs face aux « populaires ». Je notais. L’ex-éditeur Alain Stanké y alla d’un étonnant :  » Comme en France, on devrait abolir carrément les subventions, il y a trop d’offres et peu de demandes ».  » Diable ! Puis, le prestigieux Pascal Assatiany de « Boréal » vint aux créneaux : « L’éditeur Brûlé déconne, ce n’est qu’un jaloux ! » Bang ! Un chroniqueur, Cassivi, en rajouta :  » Michel Brûlé est un vulgaire peddler de livres, un suiveur de modes-à-scandales bidon. »
Ça volait bas ? Pas toujours verbatim, je résume pour faire court. Une Stéphanie Bérubé publiait un long papier qui parlait aussi de « trop d’offre pour la demande »; on y parlait de livres qui « fonctionnent » : La B.D. parfois, les biographies (Janette Bertrand), certains livres-jeunesse, la série « Amos D’Aragon » chez Brûlé, et des livres de cuisine ou « à scandales », l’exemple du Vastel sur Nathalie Simard. Mais aussi un Yann Martel, exception glorieuse. Le Brûlé malmené s’y confiait: « C’est anormal, ces éditeurs qui font des livres sans succès aucun, qui reçoivent davantage de subventions ». Paul Cauchon (du Devoir) publia sur un monde semblable au livre littéraire —la télé subventionnée:  » En théorie financière l’on prévoit que les hommes d’affaires qui ne participent pas aux frais (nos éditeurs subventionnés ) se fichent bien des résultats. Ils empochent les subventions, n’ont donc rien à perdre car c’est pas « leur fric ». Oh ! On songe à ces « producteurs morons » (dixit Fabienne Larouche) qui ne mettent pas ces argents publics à l’écran mais mènent un somptueux train-de-vie « .
Stanké aurait-il raison, abolir les subventions et laisser ce chétif marché « littéraire » flotter librement ? Hum ! Gageons que l’on verrait la majorité des éditeurs littéraires fermer leurs boutiques. Brûlé a-t-il raison en affirmant : « Le succès est méprisé en ce milieu » ? Lisant toutes ces déclarations, on en viendrait à turluter : « Tout l’monde est malheureux tout l’temps ! (Vigneault)  » Des faits connus : dans le monde il se publie deux livres à chaque minute, un million chaque année ! Désormais, au Québec, 5,000 livres sortent chaque année; c’est bien plus qu’un livre par jour ! Il y aurait 200 éditeurs au pays, pas tous « en littérature » évidemment. Nous, les cochons-de-payeurs-de-taxes, crachons 30 millions de belles « piastres-du-Dominion » (ô Séraphin !) pour « entretenir »— c’est le bon mot— le livre. Vais-je maintenir mon « Le monde ne lit pas notre littérature ». Combien vont lire ce bon roman, « Le jeu de l’épave » signé du jeune Bruno Hébert ? Ou le fascinant « Que vais-je devenir… », de Robert Lalonde, l’intrigant nouveau Rivard « Le siècle de Jeanne », l’étonnant « Asphalte et Vodka » de Michel Vézina ? Ou mon « Rachel au pays.. » ? Peu. Le Salon du livre se tape les bretelles avec son nombre de visiteurs. Ce n’est pas même un Québécois sur 300. Nous sommes 3 millions —la moitié de la population— dans le très grand-Montréal, entre Saint-Jérôme et Saint-Jean. 299 Québécois sur 300 n’en ont rien à foutre du livre, littéraire ou pas.
Un correspondant me jette :  » Quoi, des histoires, de la fiction, on en a en masse via le cinéma, le vidéo-club du coin et tous nos canaux de télé. Suffit !  » Bête de même ! Que lui rétorquer ? Ne plus publier que de l’auto-fiction, des journaux intimes, des biographies ? Comment savoir bien convaincre que Francine Noël —forte autofiction— avec son émouvant « La femme de ma vie », offre un livre qui offre une lecture bouleversante, sans commune mesure avec le cinéma courant ou de la télé « à suivre ». Mon fait têtu s’incruste ? Rares sont les lecteurs de notre littérature. Quoi faire ? Ce « stopper l’aide public » ? C’est bien davantage que 35 millions d’argent public qui est donné en subventions aux grands marchands divers, industriels, manufacturiers comme Bombardier. Pas vrai ? Des milliards d’argent public ! Parfois comme pour soutenir G.M. Qui ferma son usine ! Non ? En fin de compte, mon Victor Beaulieu aurait-il raison avec son « Davantage d’aide ». Et la visibilité ? Partout, radio, télé, presse : plein de pages-sports, plein de reportages, pré-papiers, interviews variées pour les « stars » de télé et de ciné et très chétif espace à la littérature d’ici. Sauf, Dieu merci, au Devoir. Symptôme récent d’abandon ? La Presse a aboli le mot « lectures » du cahier-du-dimanche, titrant l’ex-cahier du mot vague : « Radar » ! Signe du désintéressement actuel pour notre littérature québécoise en grave crise..

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PAPA-BOUGON SE RACONTE

Comme tant d’autres, j’aime les biographies. Ou ce qui se nomme des entretiens. J’en lis sans cesse. Mon ami Jean Faucher offre (chez Québec-Amérique éditeur) le récit captivant d’une quinzaine de rencontres avec ce mécréant papa-Bougon, aussi avec « le » personnage filmique de Denis Arcand, l’intello jouisseur du « Déclin… » ainsi que l’agonisant des « Invasions… » collaborant volontiers à son… euthanasie ! Faucher qui a signé aussi « Gérard Poirier », « Albert Millaire » et « sa » chère Françoise, l’actrice emeritus connue, est un modeste. Avec lui, c’est le jeu académique mais si efficace des questions en rafales. Généreuses. Il est l’artisan de portraits minutieux. Faucher refuse, comme font tant d’auteurs ici, en France, aux USA, de composer une sorte de roman avec ses « proies ». Non, il écoute. Et il écoute bien. Toute oreille (avec son micro) à qui accepte de se livrer ainsi en toute confiance. Manière d’éditer sans risque, éprouvée, classique ? Oui mais l’humour si particulier chez Faucher, si vif, aiguisé, taquin mais jamais méchant, est d’une épicerie bienvenue. Ce « sel et poivre —huile et vinaigre— donne à ses bouquins une vivacité qui empêche le jeu des questions-réponses de sombrer dans l’interview banale. Ce n’est pas rien.
Son « Rémy Girard », titre du volume, m’a permis de connaître mieux cet acteur omniprésent. Intimement même. Cet acteur venu du Saguenay, débutant à Québec, s’imposant rapidement à Montréal, l’an dernier, fut salué par le « Time » de New York, comme un des 20 acteurs parmi les plus prodigieux. Il vous étonnera. En un peu plus de deux décennies Girard a fait voir des dons solides de comédien. Girard ne ressemble à personne, cela en « Galilée » de Brecht ou dans du Beckett, avec Shakespeare ou Feydeau ou bien valet du Don Quichotte du grand Cervantès… avec son ami de toujours, Normand Chouinard. La télé, de « Scoop » à « Les Boys », on le sait, compte sur lui. Et aussi notre cinéma. D’un misérable Père Laloge dans « Séraphin » sacrifiant sa jeune Donalda à l’avaricieux jusqu’aux aux films d’Arcand (dont son « Jésus de Montréal » ). En passant aussi par le burlesque avec « La Florida » tant son éventail est large. Faucher, son « confesseur » haletant —qu’il aurait fait un bon prêtre mon ami Jean—, à travers le chronologique déroulement professionnel, installe ici et là d’instructives pauses. Pour sortir du métier et lui faire narrer ses grandes et petites passions, déceptions mineures, ses amitiés, ses passe-temps. Aussi ses croyances parmi son incroyance car il est athée.
« Rémy Girard » raconte donc une part de sa vie privée, ses joies profondes, ses chagrins intenses…dont le malheureux suicide sa première compagne dépressive, la fatale naissance d’un fils handicapé gravement mais qu’il accompagne généreusement sans cesse. Contrairement au Canada (anglais), le pays de Québec a l’immense chance d’avoir ses propres héros. De télé et de cinéma. Toronto, l’ignore-t-on ?, en est très jalouse. Là-bas, c’est l’ultra puissante culture populaire de l’Empire-USA qui empêche l’installation « d’étoiles » comme cela se fait, et sans cesse, au Québec. Malchance de partager la langue commune ! Cela dit, on peut craindre de perdre ce comédien un bon jour ( pour nous tous, un mauvais jour !). Déjà un Spielberg, cinéaste qui n’a pas de temps à perdre, a songé à lui. Il a tenu à le rencontrer longuement à Manhattan ! Et Paris l’a déjà fait venir sur ses plateaux de cinéma ( La pagaille, Le secret de Jérôme) à quelques occasions. Vieillissant si bien, j’imagine sans aucun mal la reconnaissance plus définitive en Europe de notre célèbre comédien. Ce sera justice.
Tout jeune, Girard l’admet volontiers dans ses entretiens , il a vite saisi qu’il n’y aurait rien pour lui du côté des « beaux jeunes ». À Québec, débutant, il devra donc jouer déjà « les pères », les rôles de maturité. S’il n’a rien du « jeune premier », Girard a tout pour personnifier des rôles lourds. Lourds dans le sens « d’ importants ». Il va en profiter. Il y a chez Girard et de la bonhomie et un charisme qui envoûte, un étonnant « naturel », époustouflant à l’occasion. C’est un don. Aussi il y a en lui de cette, quoi donc ?, gravité, pesanteur toute humaine, d’une densité singulière. Cela fait qu’immédiatement, sur scène comme au petit et grand écran, dès qu’on le voit, on y croit ! Girard n’est pas un acteur, non, par sa présence captivante, il devient ce personnage confié et y est véritablement, complètement « crédible ». Cela ne s’étudie pas même si Girard fait les éloges d’une bonne école. Préalable à la carrière. Il doit bien savoir que son art —pas d’autre mot— est un cadeau béni. Sur ce sujet il nous révèle dans le livre de Faucher que, chaque année, 400 jeunes personnes veulent entrer aux cours officiels ! Que seulement 50 y réussissent. Et que 5 sur 50, dit-il, décrocheront la timbale : celle d’avoir l’occasion de devenir un artiste doué, reconnu, louangé, employé quoi. Enfin dire aussi que Rémy Giard a le succès joyeux. On le sent heureux. Cela fait du bien. De plus il a des réponses intelligentes tout au long de plus de 200 pages. Il nous rend heureux rien qu’à l’écouter répondre à cette mitraille incessante de Jean Faucher. Rémy Girard semble apprécier sa bonne étoile. Et cette Nadine, grandes amours actuelles. Le bonheur est contagieux, il n’est pas si fréquent chez nos vedettes, pas vrai ? Lisez donc sur un comédien ouvert.

GHETTOS MAUDITS ?

Pour les fédéralisants inconscients comme pour certains fier-pet « citoyens du monde », satisfaits d’être apatrides, content de leur auto-déracinement, heureux du reniement de leurs culture, « Québec libre » voudrait dire ghetto. Le mot tabou, le mot maudit. Une haine féroce des rassemblements identitaires. Si souvent nécessaires cette identité aux éxilés, aux émigrants, éparpillés de l’univers. Et aussi aux ex-fédéralistes russiephones. (On l’a vu avec plaisir pour l’Ukraine.) Par contre à Toronto-la-moderne (?), des dirigeants politiques souhaitent favoriser le ghetto ! Ah ! Oui, le ghetto mahométan. En offrant à leur communauté musulmane des tribunaux religieux. Avec cours de justice à part, officiels, aux relents masculinistes-machistes bien connus. Plein de pays ont honte de ce sinistre « Ontario-nigaud », l’avertissent du danger. Ghetto maudit.
Le sinistre courant de la rectitude politique dérape et un racisme accepté, nommé hypocritement « discrimination positive » s’étale. Attitude insultante au fond pour tous ceux qui furent bafoués et sur le dos desquels désormais, on veut se débarrasser de la culpabilité gênante. D’instinct, nous étions nombreux à nous méfier des beaux projets trudeauïstes, de son multicultiralisme, sa vaseuse mosaïque canadian. L’encouragement d’Ottawa des ghettos, leur entretien et leur prolifératon, c’était un moyen de nous diluer, la nation québécoise.
Ghettos maudits ? Oui car c’est un massacre immonde du projet naturel des enfants d’émigrés. Eux ne souhaitent qu’une chose, s’intégrer au plus tôt à leur nouvelle patrie et en toute harmonie. L’enfant déteste viscéralement qu’on le marque (comme au fer !) pour n’étant « pas tout à fait » de son environnement. Il ne souhaite pas du tout voir se perpétuer chez lui, autour de lui, les marques d’une culture étrangère. Étrangère aux gens qui l’entourent, avec qui il va aux écoles, parmi lesquels il voudra grandir, s’épanouir normalement. Hélas, des émigrants angoissés et très autoritaires, des égocentriques innocents?, s’acharnent à ralentir, voire à abolir, ce sain besoin. Un grave méfait pour la jeunesse émigrante et qui empêche cette intégration tant souhaitée. Ghettos maudits !
Certes, dans certains pays arriérés, il peut y avoir une tyrannie de la majorité, c’est un fait têtu. Quand les lois sont démocratiques, le danger est faible. Mais la favorisation des ghettos par Ottawa c’est la volonté non avouée de « dilution d’un peuple ». La désagrégation hypocrite d’une nation. Cette horreur est sans cesse encouragée par les prédicateurs de la multi-ethnicité. « Tentons de ralentir le sain et normal nationalisme québécois », a imaginé Elliott-Trudeau. Et puis ses suiveurs et nos valets stipendiés des Communes. Ils grimpèrent aux créneaux en criant : « Vive les ethnies multiples ! » Voilà, cela peut mener à ces tribunaux spéciaux ontariens pour « affaires musulmanes » !
ll y a longtemps que l’on se bouchait les yeux, par exemple, avec notre argent public versé aux écoles « séparées », ces niaises subventions à des ghettos sont une plaie purulente. Pour Juifs, Arméniens ou qui que ce soit, ces écoles faussement privées se perpétuent et s’agrandissent aux crochets de toute la nation, ils sont des ghettos maudits. Ces lieux d’éducation, de formation, d’apprentissage de la vie enseignent « la séparation », les cloisonnements, la continuation sans vergogne de la non-intégration. Je ne parle pas de bête assimilation ici :la religion et des us et coutumes culturels sont de mise au sein des nations constituées, sont de bon aloi chez tous les amateurs sincères des diversités, j’en suis. On ne parle plus d’être tolérants face au murage compact des partisans de ces ghettos, non, non, on parle de racisme et d’intolérance à la majorité, nous tous : 83 % du Québec. Observez la fermeture serrée de certaines communautés telle, par simple exemple, la « dite Hassidim » à Outremont.
Lisons dans des gazettes récentes :dans le quartier juste à l’ouest de la Petite Italie, Parc Extension, 66% de ses habitants acceptent mal (en 2005 !) la loi 101, le fait français, la langue obligatoire à apprendre à l’école. Non mais… Chiffre inquiétant ! C’est bien pire que navrant. Oui, ghetto maudit ! Là aussi, nous nous aveuglions depuis bien longtemps. Quand une nation forme un pauvre tout petit 2 % sur tout le continent, il aurait fallu ne pas jouer stupidement la porte grande ouverte à tous, aveuglément. Quelle inconscience de nous mettre ainsi en danger grave de dilution à terme. La force d’assimilation des USA (250 millions de parlant anglais ) n’a pas à craindre, elle, ce danger. Il faut, et de toute urgence, n’ouvrir l’accès québécois qu’aux candidats francophonisables, par exemples : aux pays du Maghreb, Tunisie, Algérie, Maroc, avec aussi ses Juifs sépharades francophones si souvent. Haïti certes, et tant de citoyens carrément francophiles comme on en trouve au Liban, en Égypte et, nous dit-on, dans certains pays de l’Est. Une fois installés parmi nous, ne subventionnons plus comme des cons les ghettos maudits, abolissons vite l’argent public aux écoles soi-disantes « privées ».

« LE CERISIER DE L’ACADIENNE YVONNE ».

Note: La lecture de ce conte sera diffusée plusieurs fois le lundi 15 août, fête des Acadiens, à la station « radio-boomer » de Laval. Il est aussi publié dans le quotidien Le Soleil.
Claude jasmin a quitté, avec l’animateur Nicolas Deslauriers, CJMS-Country pour cette nouvelle radio de Laval. Au 1570 sur la bande AM et sur Internet, tous les mercredis de 8 h à 9 h l’auteur y fait des commentaires.


« LE CERISIER DE L’ACADIENNE YVONNE ».

Chaque année, le 15 du mois d’août c’est la fête nationale des « plus anciens descendants » de la Nouvelle France. Une des « filles du pays acadien » était une Robichaud. Baptisée Yvonne, née au bord de l’océan atlantique, dans cette jolie petite ville dont Michel Conte fit une chanson : « Shipagan ». J’aimais entendre se confier ma « belle petite vieille » Yvonne, j’aimais l’écouter jaser, si bien se souvenir chaque fois qu’elle me « contait » son pays acadien.

Enfant, Yvonne fut… donnée ! Cela se faisait souvent jadis. Pour amincir les grosses familles. Mon Acadienne, son papa pauvre mort prématurément, s’en alla vivre chez des parents qui étaient, comme on disait, en « meilleurs moyens » que les autres. Elle se fera instruire et bien, chez « les bonne sœurs » au temps où les « bonnes sœurs » enseignaient si bien. L’adolescence à peine achevée, Yvonne sera déportée encore, loin de son Acadie natale car, brillante jeune fille, elle sera secrétaire (de celles que l’on disait « particulière ») aux Communes, à Ottawa. Bilingue et forte en français —grâce aux religieuses de son pensionnat de Tracadie. Devenue montréalaise par mariage, c’est elle, Yvonne, qui mettra de l’ordre dans mes textes de romans comme de mes séries télévisées. Elle fera du « au propre ». Mes écrits en avaient grand besoin. Yvonne me confia : « Avant de quitter Shipagan j’avais planté un cerisier près de la galerie et, quand j’y retournais, en vacances, je le re-voyais, toujours grandissant, j’étais contente : il restait cela, ce cerisier de mon enfance là-bas ».

Yvonne racontait bien « la mer, l’île de la Mecque, l’île Sainte-Marie, ses voisines dans la houle océane, les plages de sable, celles du Petit et du Grand Goulet, les hommes partis pêcher en mer, les épouses nerveuses, la fois du cheval noyé quand la glace fut trop mince, les cueillettes de coques en abondance par chez nous », me disait-elle, les pique-niques au delà des tourbières, les repas de crabes, de homards. Et cette léproserie voisine de son couvent ! Mais oui. Un bateau venu de la Caraïbe échoué à Tracadie y avait amené ces victimes de la lèpre. « Il y avait un grand mur, me contait Yvonne, écolière, on y perdait parfois notre balle, si les lépreux nous la revoyait on osait plus y toucher ». Elle riait de tant de candeur.

En 1980, j’y suis allé à Shipagan avec Yvonne. Elle semblait si heureuse de retrouver « sa petite patrie ». Je revois ses yeux embués, ses sourires, sa quête de souvenirs partout , ses retrouvailles avec des restes de parenté. Quand je la questionnais : « Yvonne, avez-vous le mal du pays, de votre pays d’enfance ? » Elle détournait la question, me parlait plutôt d’un passé moins lointain, de ses ministres en bons patrons, des députés parfois volages d’Ottawa, de son père adoptif, le Robichaud élu si souvent, de « messieu » Arthur Sauvé de Saint-Eustache des Deux-Montagnes, « un bien bel homme ». Aussi du fils-Sauvé alors dans l’armée, le brillant Paul Sauvé. Aussi de « messieu » Duplessis qui aimait la fleureter et la taquiner en visite au bord de l’Outaouais, lui, le « cheuf » venu « rameuter son butin ».

Yvonne, fière, lumineuse, en ancienne libre jeune fille, me parlait de sa première automobile, de sa marque de cigarettes préféré, du ski « de joring » dont elle raffolait dans les douces collines de la Gatineau. Du lac Meech. Elle allait devenir impétueuse et très indépendante « vieille fille » quand s’amena, important commis de banque, un beau « cavalier » soupirant. Le Raymond de la tribu des Boucher, exilé comme elle venu, lui, de Lotbinière, fils de Calixte Boucher pilote de cabotage. La belle « déportée » acadienne, ma Yvonne, succomba et ce fut la fin de sa vie libre. Mariage. Adieu majestueux édifice gothique, marbres luisants, bureaux des importants, filières à garnir, les rapports, ses notes de sténographie, les mémorandums infinis, les claviers des vieilles Remington. Oui, fin de sa longue belle jeunesse. Ce sera la traversée de la rivière Ottawa pour un logis à Hull, aux odeurs de la compagnie d’allumettes des Eddy pas loin. Début de ses pérégrinations car le Raymond, son beau commis de banque, montait en grade; ce sera encore des dérangements obligées. Quatre enfants. Une fillette hélas morte très tôt, deux garçons. Et une fille, ma fidèle compagne. Ma Raymonde.

Mais j’y revenais, j’y tenais : Yvonne, parlez-moi de 1755, ce premier historique « nettoyage ethnique », ce « dérangement » funeste des Acadiens. Chez vous, on en causait comment ? » Chaque fois Yvonne regardait à l’horizon, se taisait un temps et puis me reparlait de son petit cerisier planté sous la galerie pour qu’il puisse témoigner d’elle partie vers l’ouest à seize ans. Chaque fois que je disais le mot « déportation », elle avait un geste las, celui de quelqu’un qui chasse des mouches collantes. Cette Histoire avec un grand H, c’était quoi pour ma vaillante copiste Yvonne chez elle, enfant ? Un lugubre conte noir raconté à voix basse ? Un goût de vengeance, une peur à jamais, une cicatrice mal fermée ou bien une incroyable fable triste que tous ces colons installés sur des terres fécondes enfin défrichées avec leurs chefs refusant de prêter allégeance à Londres. Tout un peuple que l’on osera disperser aux quatre coins du monde. Ô la perfide Albion ! Et si je lui disais « Chttt, chttt ! Yvonne, écoutez, à la radio, votre chanson ! —on faisait jouer la si belle « toune » —aussi de Michel Conte— récemment reprise par l’acadienne Marie-Josée Thériault : « Évangéline »…Yvonne levait les yeux de ses notes de correction sur mon texte, se taisait. Dans ses yeux, je voyais la nostalgie d’une ancienne fillette, les cheveux blancs devenus, qui songeait seulement à son joli cerisier planté près de la galerie à Shipagan. Si j’insistais, si je disais : « Ce fameux poème de Longfellow, vous l’aimiez ? » Yvonne marmottait :
« C’est le passé tout ça, on n’y peut plus rien, pas vrai ? » Elle fut révoltée plutôt de cette « Sagouine » aliénée, celle d’Antonine Maillet : « C’est faux, c’est des mensonges ! On parle mieux que ça là-bas ! » Je souriais.

Un jour, je m’en souviendrai toujours, il faisait au dessus du lac un soleil éblouissant, je lui avais dit : « Yvonne, je viens de terminer un nouveau roman, pour le « nettoyage » du brouillon, je compte sur vous. » Et elle, mon Dieu que j’en avais eu mal !, elle avait regardé ce ciel aveuglant, m’avait dit les yeux trempés: « Euh…je regrette, non, j’peux plus, depuis un an, j’vois plus très clair. J’ai besoin d’une loupe pour lire, vous m’excuserez, trouvez-vous quelqu’un d’autre ». J’avais lu dans ce regard troublé toute la tristesse du monde. Yvonne, je ne le voyais pas, vieillissait comme tout le monde. Puis, ce sera l’abandon de son appartement « gagné », au Village Olympique. Elle pleurait de cette dernière « déportation », tellement en colère, révolté, l’on fit son entrée dans un centre pour très vieilles personnes. C’était sa mort comme annoncée. Beaucoup plus tard, sur le long balcon de « Marie-Rolet » à Rosemont, une fin d’après-midi, — mon attachement aux racines !— je lui parlai encore de « sa mer qu’on voit danser », des crabes, des filets plein le quai de Shipagan, de la marina remplie de « Doris », ces barques rondes qui se dandinaient, des coques partout, du Petit Goulet, de notre dernière pèlerinage au Nouveau Brunswick… Yvonne resta muette, arrimée à une chaise berçante, dérivant doucement vers la fin de son roman —puisque toute vie est un roman— se pencha vers la rue Saint-Zotique, chercha mon bras de sa main tremblante, pointa un index : « Claude, regardez en bas, là, là, proche du gros sapin du parterre, ce serait pas un cerisier, ça ? » Ému, je lui dis : « Vous y songez encore, hein, à votre cerisier de Shipagan ? » Yvonne sursauta :« Qui donc vous en a parlé de mon cerisier ? J’en ai jamais parlé. À personne ». Je n’ai rien dit. Peu de temps après ce sera les adieux définitifs, Yvonne dans la terre avec son Raymond, fils de pilote de cabotage. L’ Acadienne dans son cercueil sous un tertre de pelouse sur le mont Royal.

Je m’ennuie parfois de mon « acayenne », il m’arrive de songer à une fillette « donnée », à une fillette déportée et à son cerisier devenu tordu, noueux, donnant de jeunes fruits malgré tout. Un cerisier près d’une galerie chez la p’tite Yvonne Robichaud de Shipagan.

« Maudits Juifs !» Qu’est-ce que j’entends ces jours-ci ?

J’étais un gamin, aux année 1930, c’était un temps de racisme niais, nos père et oncles : « Quoi ? Les Juifs ont tué le Christ, c’est-y pas vrai ? » Qui a réveillé le monstre ? Charest et Reid, leur noms. Depuis l’effrayant nazisme, un petit mot de travers sur les Juifs et c’est « haro », au bâillon ! À la liste noire ! Des organismes sionistes veillent avec une vigilance paranoïaque. À Ville St-Laurent, un petit con, émigrant arabe « crinqué » par ses vieux ?, mettra le feu à une bibliothèque scolaire juive. Ce sera la levée des Juifs énervés : « Prenez garde, Québécois, l’horreur antisémite nazie s’installe ! » À force de crier au loup… Hum, on ne se méfiera plus des vrais racistes. En France, des émigrants arabes transportent leurs griefs « anti-État-d’Israël » et voilà la paranoïa tonnante : « La France entière redevient nazie » ! Le cabinet de « John-fils-de-Red » Charest annonce : « Cette biblio juive incendiée ? effrayant non ? pour favoriser la paix, échanger culturellement, on va financer à 100% les école privées juives ». Connerie ! Voilà un moyen efficace d’exciter l’antisémitisme primaire, faire se multiplier les anciens cris de « Maudits juif ! » Face à ce gâchis libéral, un Mohamed Lofti, animateur culturel, s’écrie : « Il faut que nos émigrants se dressent et disent aux Charest-Reid : « Non merci ! » Un rêveur ? Il en va pourtant de paix sociale avec la majorité québécoise, car nous sommes toujours 82 % de la population, souvent hélas une MAJORITÉ INVISIBLE mais ce 100 % à un ghetto libéral, c’est trop pour les descendants de moutons, du silence des agneaux !
Par miracle, verrons-nous les minorités ethniques, leurs leaders, protester, ou si, au contraire, chaque ethnie va exiger le même privilège. Ah! Voyez-vous bien la bêtise colossale ? Au moment même où nos écoles allaient se déclarer neutres, ces charestiens politicailleurs, faux-libéraux, conservateurs bouchonnés, favorisent les ghettos à 100% payables ! C’est le rejet des écoles publiques, efficaces pour rapprocher les enfants d’un pays. Lieu naturel « d’acquisition de citoyenneté ». Évident que Montréal a changé. Le Québec pas tellement, car les émigrants sont rares à Chicoutimi, à Rimouski. Alors que l’on voit s’installer à Montréal et en banlieues des temples divers, des moquées variées, des synagogues, rien de gênant. Mais l’école… l’école, parfait lieu de réunion pour transmettre les valeurs communes, édifices adéquats pour abolir les idiotes discriminations, les bêtes suspicions. L’enfance, époque de la vie des humains où il convient de former, d’organiser, une humanité commune, dégagée des préjugés idiots. Mais non, de faux-démocrates venus d’un peu partout se réfugient dans « seulement » leurs croyances. Ces zélotes bornés forcent les enfants de leur ethnie à rester enfermés. Ces « hors de notre cénacle point de salut » sont un triste rappel du catholicisme intolérant trop longtemps au Québec. Enfin libérés de cette tutelle, pouvions-nous compter sur la collaboration des nouveaux Québécois ? Des Juifs intelligents auront-ils l’honnêteté de dire ce « Non merci », intelligemment suggéré par Lofti ? Nos valets têteux, Charest et Reid, en resteraient stupéfaits.
S’ils ne se rétractent pas, demain, ils vont devoir accorder ce 100 %, payé par nos argents publics, aux Musulmans. D’autres —prenez un ticket— exigeront ce statut du 100 % Toutes les écoles privées du territoire affirmeront : « Pourquoi 60 % à nous et 100 % aux Juifs ? » Gouffre du régime libéral actuel ? Les Arméniens demain matin ? Ensuite les Libanais ? Une vérité : des mollassons remerciaient un lobby de voteurs assurés ? Oh ! La question a été soulevée et pas seulement chez les Bouchard, Foglia, et autres interloqués. Unanimité : ce cadeau aux Juifs est en tous cas une nuisance à l’intégration harmonieuse. Voici l’État en instrument de querelles racistes ? Ce décret, écoutez des « lignes ouverte », stimule l’antisémitisme.
Les plats sont-ils tous cassés ? « Patronneux » libéraux, grouillez vos augustes fessiers d’autour de la vaste table ronde et biffez vite ce décret explosif. Le Québec enfin devient tolérant, ne nous tirez pas dans le dos ! Veules, ne tenez pas la porte ouverte qui encourage la non-intégration. Tous les observateurs, sauf les agent stipendiés du parti, se scandalisent de ce 100 % Stoppez votre machine-à-diviser. Excusez-vous. Avouez aux Juifs —pour leur bien à eux aussi— une fatale erreur. Historique. L’écervelée porte-parole des Juifs à son micro n’ânonnera plus : « Ce sera des subventions utiles aux échanges culturels ». Maudits hypocrites : c’est en acceptant « l’école pour tous les jeunes enfants » qu’il y espoir d’harmonie. C’est ce qui, dans le passé, est arrivé aux Curzi, aux Nuovo, aux Orsini. Comme aux Martucci, aux Angelil, mes petit camarades du Quartier Villeray.
L’école —devenue enfin neutre— pour tous, c’est la vraie solution.

LE DUR DÉSIR DE LA DURÉE

Il a 30, 40 ans. Ou 50. Peu importe. Il se rend compte que le désir n’est plus au rendez-vous comme quand il l’a connue, courtisée, épousée. Quoi faire pour retrouver les ardeurs des commencements de leur histoire d’amour ? Il a peur et il s’étonne de voir qu’il reluque sans cesse d’autres femmes. Se dirige-t-il vers « une séparation » pour cause de « non-désir », cela le panique. Puisqu’il sait bien, ce qui est absolument démontré, que la fracture familiale cause du grave désarroi pour les enfants. Des traumatismes psychologiques très graves. Pas de ça ! Jamais ! Plutôt… Des béquilles. Le voyeurisme, les films 3 X. Tiens, mieux que béquilles, le grand jeu : cotiser à un club où les « peureux du divorce » s’échangent leurs « fidèles » compagnes.
Paraît que l’idée vient d’abord toujours des mâles. Des juges viennent de palabrer sur ce bordel pour mariages en naufrage. On a pu lire des propos sains, de grand bon sens et d’autres (il y a des avocats-juges détraqués) d’une grande navrante niaiserie.
Notre monde est rempli de paresseux. D’incapables d’imagination, de fantasmes normaux, de gestes galants annonciateurs. Au diable les prémisses : l’épousée doit être une « marie-couche-toi-là » disponible ! Plein d’hommes ne font rien pour entretenir l’érotisme au foyer conjugal. Pas de tendresse, pas la moindre caresse, même pas un baiser volé. À moins d’être au lit. Jamais de propos érotiques. Au moment du dormir, je m’allonge, tu t’allonges, et, merde… rien ne vient ! Oui, des fainéants : jamais d’apéritifs, jamais de préalables, jamais la moindre manifestation d’érotisme avant l’heure du coucher. Résultat ? La libido boude ! C’est inévitable. Alors, après trop de pannes de désir :si on fréquentait le lupanar-échangiste, ne sera-t-il pas toléré officiellement bientôt ? Entre mariés consentants (c’est le macho-commandeur qui invite), aucun danger de descente policière. Club privé. Il y eut jadis une « mode communes » à gogo, on a lu dans des témoignages post-hippisme que la jalousie, éternelle denrée humaine n’est-ce pas ?, « démoda » vite ce « mode » d’existence. Chez ces échangeurs à trafic bestial c’est le regroupement et des « peureux de la séparation », il y a les enfants !, et aussi des exhibitionnistes avec les voyeurs, et aussi des impuissants domestiques. Sortis du bouge, ils vont re-baiser par fixations, par personne interposée : infidélité permanente et masquée. Une tromperie qui ne dit pas son nom. Tous cocus quoi au fond ! Atmosphère décadente à souhait.
À la porte de l’antre devrait s’afficher de ces placards routiers marqués « INTERDIT ». On y lirait, dans un anneau rouge barré : INTERDIT D’AIMER, car la copulation, la fornication, c’est l’antipode de l’amour humain. Le club d’échangistes c’est la sexualité des bêtes : on se renifle et hop, on se saute ! La misère érotique à domicile, répétons-le, naît de la paresse érotique. C’est une indigence pitoyable. Le plus souvent, la faute des gars. Le jeune courtisan enflammé d’antan se muait en fainéant. Jamais un mot de tendresse de tout le jour, jamais le moindre enlacement…. alors, arrivé au lit, on passe à la caisse avec la facture méritée : zéro, patate ! Séparés, ces hommes machinaux, machos, se retrouveraient vite au même degré du manque de désir. À la même stérile, vicieuse, dangereuse, tentation d’aller « échanger ». Qui ne connaît pas des cas de libertins déboussolés qui en firent d’abord une névrose, puis, plus tragique, une psychose. Ce sera le cabinet de psychiatrie. Eh !
Par souci de liberté et pour paraître bien modernes, des juges ignorants de la psychologie humaine, rédigèrent volontiers du « laisser-aller », « laisser faire ». C’est l’illustration de leur courte vue sur les dégâts prévisibles. Que ces bordels privés pullulent ou non, le problème restera : c’est celui du désir jamais entretenu et de l’érotisme bafoué hors de la chambre à coucher. Par ignorance, par paresse. Souvent par puritanisme, le « un homme marié n’a plus à faire du sentiment, des caresses, des préliminaires » et « Il y a les enfants qui nous regardent ». Pruderie idiote ! Comme si les enfants sont malheureux de constater un papa amoureux, caressant, désirant. Là-dessus trop d’hommes sont encore écrasés par le sordide héritage judéo-catholicard. Jeunes gens, vite, à l’ouvrage érotique, on ne parle pas de cochonneries où la femme n’est qu’un objet à avilir, il y a de très beaux livres érotiques, ne soyez pas paresseux. Sinon ? Le malheur vous guette de devoir aller un jour à ces bordels à échangeurs-de-peaux-seulement. Là où rien ne s’arrangera hormis une honte inavouable.

Souvenir de Ryan

Claude Ryan et moi, nous nous rencontrions certains matins au comptoir d’un centre de photocopie, Avenue du Parc angle Laurier. Il était celui qui publiait volontiers, jadis, mes lettres ouvertes. Il m’avait dit s’ennuyer de celles de Jacques Ferron, un autre adversaire pourtant.

On jasait un petit brin. Deux retraités. Chaque fois, c’était de joyeux brefs échanges car Ryan rigolait volontiers des éphémérides en actualités folichonnes. On oublie trop son goût des taquineries, de l’ironie, parfois même tournée contre lui-même. J’observais un adversaire idéologique et je remarquais qu’il n’abordait jamais  » le  » sujet qui nous divisait : Québec, un pays comme les autres. C’était de bonne guerre, une entente tacite entre nous, pour éviter de nous quereller.

Si j’abordais devant lui —qui attendait comme moi ses copies— le monde des arts, celui de  » la littérature qui se fait  » (expression de Marcotte), Ryan restait un lacunaire silencieux; de la même façon, je n’abordais pas les grands sujets politiques, lacunaire dans ce domaine.

Prudentes, nos brèves conversations —impromptues taquins souvent— tournaient donc autour du  » pot  » principal : l’indépendance. C’était un jeu dont nous n’étions pas dupes.

Pourtant, un bon matin, n’y tenant plus, je lui jette :  » Monsieur Ryan, quel gaspillage ! Si vous, et tant d’autres solides cerveaux québécois, aviez pu faire cause commune pour une patrie…  » Il prend immédiatement son visage sévère d’éditorialiste emeritus :

 » Jeune homme —nous n’avions pourtant que six ans de différence— sachez que sans le fédéral, le Québec serait encore moyenâgeux « . Ce midi-là, j’ai tout compris : Ryan était de ceux qui restaient infiniment reconnaissants des luttes livrées par des fédéralistes —tel  » L’institut canadien des affaires publiques  » (ICAP) et ses furieux débats— pour combattre farouchement  » le patriarche  » conservateur réactionnaire, Maurice Duplessis. Je me suis souvenu de mon fédéralisme à moi —fin des années 1950— de celui des Pelletier, Marchand, Sauvé, Trudeau et Cie. Rapidement, j’ai  » souitché  » :  » Votre neveu Scully m’a déjà confié que vous aviez été, dans Hochelaga, un adolescent délinquant. Fugueur. Couchant dans des portiques. Récupéré par l’Action catholique. Est-ce une légende urbaine, Claude Ryan?  » Il ramassa nerveusement ses feuillets photocopiés, il souriait et, avant de sortir du magasin, il me lança:  » Et vous, Jasmin, le petit bom de Villeray, vous aimeriez y croire, non ?  »

Je ne le revis plus jamais. Comme moi sans doute, il avait désormais l’ordinateur et la petite imprimante à côté. Ryan est mort maintenant. Combien serons-nous à nous ennuyer d’un adversaire de cette qualité ?

Une cauchonnerie – suite

Pour le Devoir à la suite d’une lettre réponse de Francis Lagacé
parue dans ce quotidien le 14 août 2003

voir aussi la lettre publiée la veille Un droit accessible pour les gays et les lesbiennes

1-NIER LA CULTURE COMMUNE ? (15 août 2003)

aussi, plus bas MARIAGE-GAY ET PAUL MARTIN : L’ESPOIR ?

Le 14 août, un M. Lagacé rétorquait —avec raideur mais courtoisie— à ma « lettre ouverte » contre l’avant-projet de loi du ministre de la Justice, Martin Cauchon, favorisant le « mariage entre homosexuels ». Débat en vue : il faudra 151 voix « pour » sur 300 aux Communes à la rentrée. Froidement, faisant fi de la culture religieuse historique, M. Lagaçé dit (définition du mariage) que je m’en tiens à l’article 365 du Code civil du Bas-Canada. Il y aurait eu des modifications depuis. Eh ! Mais ses mots « contraint » et « forcé » démontrent que M. Francis Lagacé accepte « la vie-selon-les-tribunaux ». Selon la Cour. Selon les Chartres de droits.

Et c’est là que nous nous séparons.

Les citoyens, selon moi, ont tous les droits de changer les lois. Il y aura donc débat, ce qui est sain. Les députés à Ottawa, représenteront les opinions de leurs commettants à la rentrée. Le peuple est souverain. Il en va d’une saine démocratie.

Hélas, les Chartres de droits, on le sait bien désormais, sont souvent devenues d’odieuses machines à répandre une plaie néfaste : « la victimisation ». Personne n’est plus responsable, de rien. Exemple : tu fumes?, mais « pas ta faute », c’est la faute des pubs des cies de tabac. Infantilisation à la mode. Fuite de la culpabilité. Et puis, soit dit en passant, à quand une « Chartre des Devoirs ».

Sa façon de lier la cause homosexuelle aux luttes des féministes, aussi à celle de l’anti-esclavagisme (anti-Noirs) aux USA, me dépeignant comme un réactionnaire demeuré, relève d’un « alliage » —amalgame— carrément puéril. L’égalité (bel idéal ça va de soi), mot passe-partout, est un leurre. Ni les choses, ni les humains sont égaux dans la vie réelle.

Cela dit, tout le monde est « pour la vertu », bien entendu.

Les invertis sexuels —le mot chien ne mord pas— s’accouplant devraient bénéficier d’un PACS à la canadienne (Pacte civil de solidarité). Comme en France intelligente où l’on a évité, de cette façon, l’actuel débat faisant fi de la culture commune (religieuse et historique à la fois). Ou encore de l’Union civile (loi-Bégin de juin 2002) améliorée.

Recourir au « mariage » des homosexuels reste une sorte de vaine provocation. Je le redis, cela risque d’exciter les intolérants homophobes de jadis. Je n’y peux rien, M. Lagacé, si deux personnes de sexe différent, s’épousant reste une cérémonie respectable. Les faits —comme la réalité— sont têtus. On peut s’opposer « aux mariages des gays », niais mimétisme des hétéros, sans être sexiste ou raciste.

Mais je suis plus artiste qu’intello, je ne pose pas, comme vous, des numéros à mes proses. À l’École du Meuble l’on nous enseignait qu’en menuiserie élémentaire il y avait des tenons et des mortaises. L’un s’ajuste dans l’autre. Rien à faire contre cette réalité. Deux mortaises —ou deux tenons— ne sont pas praticables dans la construction d’un meuble.

Vive un équivalent du PACS français et vive la québécoise Loi-Bégin (améliorable) et à bas ce projet-de-loi Cauchon.

Claude Jasmin

(écrivain)

P.S. :

Dans sa diatribe contre moi, M. Lagacé abordait aussi l’homoparentalité, admettant l’état encore critique d’études sur la « famille normale ». Il nous sortait une étude étatsunienne, le site « American Pediatric Ass. », illustrant des enfants épanouis à parents homosexuels. Participant, sur ce sujet, à une émission de Lisa Frulla à Radio-Canada (28 février 2002), une certaine « Annick » aux deux mères lesbiennes, témoignait douloureusement : bafouement de son instinct grégaire, enfance malheureuse, cachette perpétuelle du fait, refus de se faire des amis —« que je ne pouvais amener chez moi »— en cour d’école comme dans son quartier. Je comprends facilement le vif désir de tels couples de vouloir élever un enfant. Vieilli, Arthur Rimbaud, ayant abandonné Verlaine à Bruxelles, s’en lamentait et c’était très émouvant. Mais s’ils aiment profondément, vraiment, les enfants, ils doivent, hélas, abandonner un tel respectable désir. Un fait têtu encore, M. Lagacé ?

C.J.


2-MARIAGE-GAY ET PAUL MARTIN : L’ESPOIR ? (21 août 2003)

Je souhaitais rétorquer à ce correspondant du Devoir qui me peignait en anti-tout parce que je m’oppose au « mariage » des gays. Ceux qui pensent comme moi —dont maints députés libéraux— sont rassurés désormais. Il y a maintenant la formidable déclaration du (fort probable) futur chef à Ottawa, Paul Martin.

Ce dernier a dit aux médias qu’il faudra façonner une sorte de « loi Bégin » (Union civile) améliorée. Bravo mille fois ! C’est la bonne solution au vilain débat engagé. La France, évitant cette polémique futile, installait le PACS (Pacte civil de solidarité) et ce fut la paix partout et l’économie de querelles niaises.

Je répète, tenant compte de nos racines, qu’il y allait du respect essentiel pour notre culture religieuse historique. Une fois Jean Chrétien retraité, la polémique s’essoufflant, le dessein de Paul Martin sera le bienvenu, c’est l’excellente la solution aux divisions en cours actuellement. Il faut applaudir à son vœu intelligent d’accorder « tous les droits » aux couples d’homosexuels, aussi, du même souffle, il faut souhaiter que « le mariage » garde son image traditionnelle « d’union d’un homme et d’une femme ». Cela, selon les valeurs, non pas anciennes, mais incrustées dans les traditions vénérables. Et, partant, tout à fait respectables malgré le déboussolage des amateurs d’un progressisme nauséabond.

Reconnaissons que les efforts du sur-actif « lobby gay » auront servi au moins à cette vision « civile » d’un Paul Martin. Qui devient fort crédible maintenant comme nouveau chef Libéral. Le débat sera clos avec un PACS canadien (cette union civile améliorée). Tout le monde —athées, religieux, croyants ou agnostiques— sera satisfait. Je voterai Paul Martin à l’élection fédérale et bouderai le Bloc qui n’a su que rallier les excités du « mariage banalisé ».

Claude Jasmin

Sainte-Adèle


texte de la lettre de M. Lagacé:


    Libre opinion: Voilà pourquoi votre fille est muette
    Francis Lagacé
    Montréal

    Édition du jeudi 14 août 2003

    Claude Jasmin est bien habile discoureur et, ce qui sauve son texte, c’est la qualité des fleurs de rhétorique, car d’arguments il n’y a point et de connaissance du sujet, encore moins.
    Comme l’ignorance n’est pas criminelle et qu’elle se soigne par l’instruction, voici quelques renseignements à l’usage de notre harangueur.

    1. Le mariage n’est pas l’union d’un homme et d’une femme dans le but de fonder une famille, mais bien l’engagement de deux personnes à la fidélité, au secours mutuel, au respect, à l’assistance et à la vie commune. C’est la définition du Code civil (art. 365 et suivants). La famille (groupe de personnes qui vivent ensemble) est automatiquement constituée par le mariage à cause de l’obligation de vie commune et les enfants n’y sont qu’éventuels. L’inverse n’est pas vrai, c’est-à-dire que toute famille ne présuppose pas un mariage. M. Jasmin en est la preuve lui-même lorsqu’il déclare ne pas être marié et vivre avec la femme de sa vie.

    2. La conception du mariage comme l’union de deux personnes n’est pas une nouveauté dans le Code civil puisque c’était déjà la définition du Code civil du Bas-Canada, laquelle a été transformée lors de l’adoption du code révisé en 1994, sous le ministère de Gilles Rémillard, pour prévoir la différenciation des sexes. On craignait alors que les gais et lesbiennes revendiquent le droit de se marier comme le permettait implicitement le code. Et, en effet, il y avait déjà des revendications à cet égard.

    3. Le ministre Cauchon ne se fait pas couard en voulant modifier la loi, au contraire il prend les devants courageusement plutôt que d’attendre d’être forcé de le faire par les tribunaux. Voilà ce que M. Jasmin ignore, il ne s’agit pas d’un caprice de quelques-uns ni d’un «modernisme imbécile», mais bien de l’application de la Charte des droits et libertés de la personne. Si le législateur n’applique pas sa propre charte, il y sera contraint par les tribunaux. Trois cours provinciales se sont déjà prononcées dans ce sens et l’on ne doute pas que la Cour suprême dira la même chose. Tous les constitutionnalistes que j’ai consultés sur le sujet sont d’accord.

    4. Le rôle primordial de parent fait l’objet d’études, c’est vrai. Toutes les études disponibles sur le sujet montrent en fait que les enfants élevés par des parents gais ou lesbiennes sont semblables aux autres enfants, ni pires ni meilleurs. Voyez le site de l’American Pediatric Association à cet égard.

    5. Si les homosexuels sont égaux en droit, pourrait-on leur donner une institution séparée ? Cela s’appelle la théorie du «separate but equal» et c’est clairement de la discrimination, comme on l’a montré aux États-Unis avec les écoles séparées pour les Noirs. Une telle solution transmet le message que certains sont plus égaux que d’autres, pour reprendre l’expression célèbre.

    6. Pourquoi les gais et lesbiennes veulent-ils se marier alors que plein de couples de sexe différent n’ont rien à faire du mariage ? C’est très simple, ils veulent en avoir le choix. C’est facile de dire qu’on refuse ce à quoi on a droit, c’est autre chose d’être un citoyen de seconde zone, exclu de tout choix. Pour que cette question de M. Jasmin puisse devenir un argument, il faudrait qu’il milite contre le mariage pour les couples de sexe différent sous prétexte que lui n’en veut pas.

    7. M. Jasmin veut savoir combien de couples de même sexe divorceront après mariage. Voici la réponse : la même proportion que dans les couples de sexe différent. Voulez-vous interdire le mariage aux couples de sexe différent sous prétexte qu’ils peuvent divorcer ? Ils peuvent aussi se remarier, vous savez.

    8. M. Jasmin appelle à protester contre la Charte des droits. S’en rend-il compte ?

    Maintenant que nous avons réglé les questions de connaissances, passons à celles plus subtiles des présupposés que contient sa lettre. Il y est question de singerie, de parodie, de mascarade, de caricature, de mimétisme, de colonialisme et d’aborigènes singeant la cour. Deux personnes de sexe différent s’épousent, c’est une cérémonie respectable. Deux personnes de même sexe font pareil, elles font de la singerie. Elles ne sont donc pas de même valeur ? Il y a donc des unions plus respectables que d’autres ?

    L’attitude qu’on décèle dans ces mots-là ressemble à celle des planteurs du Sud qui distinguaient entre les bons nègres, ceux qui se contentent de leur sort, et les mauvais, ceux qui revendiquent.

    On aime bien les homosexuels (toutes les déclarations homophobes commencent par «J’ai des amis qui sont homosexuels») à condition qu’ils ne dérangent pas et qu’on ne les voie pas trop. Le terme même d’invertis sexuels qu’emploie M. Jasmin indique où il prend ses références quant à la société et au jugement qu’il porte sur les gais et lesbiennes : au milieu du XIXe siècle (ah, le Second Empire !) où les choses étaient claires et chacun à sa place.

    «Plein d’homosexuels intelligents observent avec malaise ces clowneries», déclare M. Jasmin. On suppose que les autres ne sont pas intelligents. C’est sûr, vouloir l’égalité, ça dérange. De là à dire que ceux qui ne pensent pas comme les plus favorisés, il n’y a qu’un pas vite franchi. Les suffragettes se faisaient railler de la même façon.

    Les lettres de cette sorte montrent bien qu’il y a encore beaucoup de travail à faire dans la société avant que nous soyons considérés comme de véritables égaux. La lutte contre l’homophobie institutionnelle se situe dans le même plan que la lutte contre le racisme et le sexisme, lesquels font partie de nos torts culturels, pas uniquement de nos attitudes individuelles.

    (30)

L’HALLOWEEN EN MARS !

pour VOIR 13 mars 2003, chronique : Grandes gueules)

L’HALLOWEEN EN MARS !

par Claude Jasmin

En caucus, chez les girouettes de L’ADQ, le néo-Stéphane-Dion, l’a ouverte de travers. Ce Laforêt s’est mis le pied dans la bouch, les deux « popattes » dans le plat. C’est « À soir on fait peur au monde », décide le lavallois (décidément cette Université Laval grouille de fédérats empressés, pourquoi donc ?).

Le « brain à spin » mariolesque ouvre un vieux placard, en sort un vieux fantôme : Duplessis. « Bouh ! Beuh » ! Phylactère infantilisant ? Le Mario, point interloqué, emboîte aussitôt ce pas funeste ! Mes dames et messieurs hystérise-t-il : « Landry c’est Maurice Duplessis revenu » !

Personne n’a fui. Maurice qui ? Plein de jeunesses (même des baby-boomers) ignorent assez ce « bonhomme sept heures ». Chou blanc en vue !

« Bernard Landry et le Cheuf », même combat, glose la cervelle grise. Agitez les vieux draps, découpez des citrouilles. C’est novembre en mars ! Le « penseur à Mario », aspirant député, n’a étudié qu’en bouquins le duplessisme et sa Grande noirceur. Il n’en a pas gardé les images d’épouvante, il a lu de travers. Si,comme moi, il avait mieux vu —« sur le terrain »— les hordes de « patroneux abjects » à l’ouvrage et la totale terreur conservatrice de ce temps-là, il se serait « farmé » la margoulette, je vous le jure.

Plus ancien, le jeune Laforêt aurait compris l’hymalaya de différences entre l’ouvrage des péquistes (y compris leurs favoris) et la sordide besogne des unionistes de ce temps. Non mais… quelle bande d’innocents —le Mario reprenait donc le refrain volontiers ! Les gens de ma génération, eux —gauchistes ou non— ont vraiment connu « ce temps déraisonnable » (Léo Ferré).

Le « cheuf bleu » détenait un frein gigantesque et tuait dans l’œuf tout ce qui osait organiser le moindre changement. Duplessis, seul potentat, assassinait toute opinion libre. Même ses sbires stipendiés se taisaient. Le monarque trifluvien veillait jour et nuit. C’était un sordide patriarche omnipotent.

Le Québec était —« très »— complètement, minutieusement zoné, quadrillé. Pas une ville, pas une campagne, aucun petit village n’échappait à sa tyrannie; « sa » démocratie était un petit empire personnel. Duplessis avait ses « poteaux » infiltrés jusqu’au dernier marguillier de la dernière paroisse du dernier rang d’un comté éloigné. De la Gaspésie à l’Abitibi.

Soutenu, encouragé même, par la hiérarchie catholique ultra conservatrice, le plus modeste syndicaliste était dénoncé comme suppôt de Moscou ! Intelligent calculateur, machiavélique, Duplessis était fort capable de —momentanément— s’allier pour contrer n’importe quel aspirant leader (Camilien Houde. Paul Gouin ) aux pires crapules et même à la maffia de Montréal. Duplessis-le-bon-catholique était un amoraliste totalitariste.

De ses appartements au Château Frontenac, avec visiteurs trié, ce despote, magouilleur émérite, a verrouillé durant presque deux décennies toutes les issues du moindre progrès. Un homme aux cadenas empressés.

Pendus à ses basques, un zélé ramasseur de fonds —Martineau— et un chef de flicaille (la P.P.) obéissant –Beauregard, efficace matraqueur de grévistes. « Trio de verrats » qui tuaient tout ce qui bougeait. D’un bord : les heureux profiteurs satisfaits, financiers « anglos » et des USA avec quelques rares « francos » enrichis grâce au calculateur complaisant, le « cheuf ». De l’autre bord : les soutanes rouges, mitres et crosses, contents de la stagnation totale, du règne des dévotionnettes et piéticailleries. Tous à ses ordres : « Ils mangent dans ma main ».

Et vogue le pays québécois sauce « république de bananes ». Comparer à cette peste conservatrice le P.Q. ? On a le choix : ou le penseur « lavallois » de l’ADQ est un flagrant ignorant ou bien il est un nocif canon lousse. Qui tire n’importe comment ?

Tyran « soft » mais dictateur de son parti —parti aujourd’hui disparu— Duplessis reste donc « un modèle » incomparable. Pas même aux pires freineurs connus : le duo hilarant Côté-Mercier (bérets blancs) , le bouffon Caouette ou le clown Camille, voire le Cowboy-Johnson ou le mollasson Bourassa, longtemps héros du Dumont.

Duplessis a été, Dieu merci, « unique ». L’agiter en épouvantail en 2003 pour le comparer aux chefs actuels est d’une malhonnêteté intellectuelle crasse… Indigne d’un intello de droite, position idéologique qui est son droit certes. Que les droitistes dumontiers —démontés par la baise soudaine de popularité— commettent cette grossière amalgame —Landry-Marois égalent Duplessis— prouve, hors de tout doute, que l’ADQ sombre dans la démagogue infecte.

J’ai vu…

Étudiant, j’ai vu à l’ouvrage « la peur organisée ». Dans Villeray —et c’était partout pareil— un marchand de bois (Provençal) était un ignare aux ordres, un notaire (Poirier) veillait au grain, un dentiste (Marion) ramassait le fric, un pharmacien (Besner) guettait les « rouges » —tels, rue Jean-Talon, ce docteur Daniel Longpré ami de Bethune, rue Saint-Hubert, ce docteur « socialisse » Jacques Ferron —ou Bédard— tous de dangereux « bolchéviks ».

Quelques profs —de mon école comme de mon collège— dissidents prudents et muets, tremblaient dans leurs pantalons. Jusqu’à se cacher pour lire la feuille « nationalisse » Le Devoir ! L’avaricieux et mégalomane patriarche bleu régnait tranquille. La liberté était un spectre.

Avec les modernes médias —relativement— libres, il n’y a aucune commune mesure entre des élections d’aujourd’hui et celles d’antan avec achats de votes jusqu’aux aux quatre frontières, menaces concrètes, chantages éhontés, calomnies fabriquées. Non, l’ADQ, s’ils ne veulent pas sombrer dans le ridicule, ferait bien de condamner Laforêt, « ce fou qui crie au loup », marionnette désarticulé, tribun déboussolé.

Mon père —comme tous nos voisins fervents catholiques abusés— votait volontiers pour ce Duplessis « qui, mon petit gars va à messe tous les mercredis », —à pied sous son vieux feutre « populo » pour qu’on le voit bien.

Citadins et paysans votaient tous pour ce despote qui, par seul ignoble exemple, s’associait avec un cardinal (bien Léger ), de crapuleux médecins, fourrant en asiles d’aliénés des orphelins pour raison d’octrois d’Ottawa. Ce seul mais énorme « crime grave » montre bien la distance entre un Maurice Duplessis et un Bernard Landry.

Racolage immonde ! Rapprocher « Bernard » et ce « Maurice » à la veille des élections fait voir une panique électorale qui relève d’une démagogie, tiens, duplessiste ! Ceux qui —comme « le vieux » que je suis— savent qui était ce « cheuf de la Grande noirceur » n’en reviennent pas.

Hélas pour les Laforêt-Dumont, plein de jeunesses disent : « Maurice qui » ?

(30)

Le samedi 5 janvier 2002

Le samedi 5 janvier 2002
1-
Hier, fin de l’ensoleillement bien-aimé en après-midi. Ce matin, tout est dans un camaïeu de blancs et gris, hélas ! Sans le soleil, Aile et moi n’avons guère l ‘envie de sortir à pied ou à skis (de fond). On devrait mieux résister à cet héliotropisme maudit car la santé exige du remuement. Ô physique à entretenir sinon…Brr !
La fille comédienne de notre amie Françoise Faucher, Sophie, depuis longtemps rêvait d’incarner une bizarre de bonne femme, Frida Khalo. Or, au bout d’un long cheminement, Sophie ose recourir au phénomène Robert Lepage pour qu’il lui fasse une mise en scène de son texte sur cette Frida mexicaine. Surprise, le gaillard de renommée internationale acceptait !Ce fut fait à sa « caserne atelier » de Québec. Présenté au « Quat’Sous », récemment, il y a eu, au domaine de la critique, quelques bémols maudits. Son texte serait par trop … lyrique, pas assez structuré dramatiquement. Bon. Elle filera tout de même, avec son spectacle hors du commun, en tournée dans des pays étrangers puisque cette peintre mexicaine surréaliste, Khalo, jouit d’une grande réputation.
Je viens de débuter une biographie de Frida K. par de J.M.G. Le Clézio sur ce personnage curieux. Frida K., ex-victime de la polio, sauvage et têtue, étudiante à Mexico, amoureuse d’un petit bourgeois mexicain, est victime d’un accident horrible. Fractures partout ! Elle finira par se sortir encore de cet accident affreux. C’est une jeune fille handicapée qui a la volonté farouche de peindre. Un « retour de Madrid et de Paris », le peintre DIego Rivera, muraliste connu du monde entier aujourd’hui, est une sorte de « coqueluche » à Mexico. La jeune Frida vas se jeter à sa tête même si c’est un homme marié. Ce dernier, immense vedette de l’art qui se fait du temps de la révolution (1910, avant celle de 1918 à Moscou) et de la post-révolution, acceptera cette « groupie », cette « fan », cette « chair fraîche », une jeunesse qui le séduit. Il a vingt ans de plus que sa jeune égérie !
J’en reparlerai. J’en suis donc au début de cette aventure d’une aveuglée et d’un marlou, aux allures de gros crapaud aux yeux exorbités, talent de forcené, jouisseur, menteur, inventeur d’un art propagandiste, assez proche de l’horrible art « réaliste-socialiste », art officiel communiste qui s’installera en URSS bientôt. Comme chez Hitler en 1933-39, Lénine, Staline et leurs sbires condamneront l’art dit moderne, (« art dégénéré » )qui, en pays russe révolté, avait déjà de solides représentants. Le texte de Le Clézio est plutôt plat. Avec des obscurités et une empathie qui sent un peu la complaisance. Je verrai bien en poursuivant ma lecture.
2-
Souvent le samedi matin, le dynamique bagou de Le Bigot et sa bande se terminant à la radio, journaux et horaires répandus autour de nos quatre mains, c’est la joie. De la stimulation opportune. Tantôt, au lunch, —le midi, on bouffe un simple sandwich— Aile me dit qu’elle éprouve une excitation peu commune. Elle lit qu’à Télé Québec (cahier publié l’annonçant) toute une ribambelle de films plaisants pour les mois qui viennent.
Surtout pas de publicités, à part au début et à la fin, comme des diffuseurs civilisés, respectueux des œuvres comme des publics, devraient faire.
Parmi ces quelques bons films à ne pas manquer, que dis-je, à ne pas rater sous aucun prétexte (!) le dimanche soir, 10 février, l’adaptation de mon roman « La sablière », en « Mario » (prénom de mon héros) par Jean Beaudin.
Potin : j’avais appris par le producteur de l’ONF, Bobet, que l’un des commissaires de l’institution voulait,—y tenait beaucoup— à ce que l’on fasse cette adaptation de La sablière. Ce bonhomme venait-il des ïles de la Madeleine ? Sais pas. La direction de l’ONF, bien soumise à ces commissaires, s’inclinait aussitôt. Ainsi, grâce à ce type —McCormick ou Mac Donald, je ne me souviens plus— on monta le projet en vitesse ! Et Beaudin, à la réputation fort avantageuse, il venait de se signaler à Nice avec un trophée envié pour un film sur un photographe ambulant, joué par Marcel Sabourin, fut approché. Signature d’un contrat…payant et organisation d’un horaire à ces si belles Îles de la Madeleine pour le tournage.
Soudain pépin ! Beaudin a une autre offre et veut retarder d’un an son « Mario! » Ma déception quand on m’ en parle. J’exige alors qu’on annule mon « permis d’adaptation » et que l’on me dédommage de ces délais imprévus ! Énervement, pressions partout… le tournage se fait comme prévu !
J’ai toujours proclamé que c’est un beau, un très beau film. Mais « bon »… c’est une autre histoire. Dans mon roman « La sablière », cette sablière n’a rien des étendus sablonneux magnifiques des Îles, c’est un petit carré de sable de 500 pieds par 500 pieds, la carrière de Monsieur Pomerleau à Pointe-Calumet où on a tant joué mon frère Raynald et moi, enfants. Les deux héros transforment ce coin de sable en vastes déserts arabes pour s’imaginer —suivant les récits des tomes de leur encyclopédie à trente sous— d’intrépides cavaliers conquérants d’espagnes, gueulant des « Allah ou Akbar ! », interrompus brutalement dans leurs expéditions chimériques par des appels aux corvées ou aux repas, cris des mères dans les « camps » d’été, pas loin ! Le film de Baudin n’en illustre pas moins la beauté renversante des dunes et des falaises rouges là-bas au milieu de l’Atlantique. Ah oui, un très beau film !
Des profs du secondaire me révélaient qu’ils visionnaient « Mario » avec les élèves et qu’ensuite ils les obligeaient à lire « La sablière ». Résultat : les élèves préféraient le livre au film ! Profs de littérature très heureux de faire découvrir aux jeunes générations, rébarbatives à la lecture comme on sait, qu’un livre peut être plus captivant qu’un film. Mon roman fait allusion à un garçon handicap, un autiste, le petit Mario. Dans ma vraie vie, il s’agit d’une fille, la benjamine, dont ma mère accouchait à plus de 40 ans. Hélas, en ce temps-là, il n’y avait pas de ces examens du liquide amniotique pour prévenir les mères enceintes.
Je reverrai ce bel ouvrage de Beaudin avec plaisir ce dimanche de février tout comme j’ai grande hâte de revoir mon « Blues pour un homme averti » et mon « Tuez le veau gras à la cinémathèque en février aussi.
3-
Autres motifs de joie : à partir de jeudi prochain, à T.Q. encore, une série de trois émissions —le rebelle, années 1961-1974, le désenchanté— sur le célèbre romancier new-yorkais, Norman Mailer —dont je me souviens encore de son « Les durs ne dansent pas » qui se déroulait à Provincetown du Cap Cod.
Abonnée à la bibliothèque Grignon, ici, Aile en revenait tantôt, toute contente, avec « Mystérieux Mozart » de Sollers, fortement louangé par Marcotte ce matin dans « Le Devoir », et, d’Amélie Nothomb, « L’hygiène de l’assassin ». Ainsi, entre le « best seller » plutôt cucul, et la saga méli-mélo, il arrive que l’on achète quelques bons bouquins. On a raison néanmoins de pourvoir la place de livres réclamés par les payeuses de taxes municipales. Vox populo…
Ce matin : un article élaboré sur «comment devenir écrivain ». « Pas un métier » dit Suzanne Jacob. Bravo ! Gao- un asiatique— recommande d’avoir un vrai métier « second » avant de s’installer à ses grimoires. Bravo ! Un autre affirme que ces cours de création littéraire peuvent —comment, pourquoi donc ?— « faire gagner du temps ». J’en doute. Homel, écrivain émigré des USA, avoue regretter d’avoir fui, jeune, un tel cours, car, « donné par des auteurs reconnus, j’aurais pu s’y faire des… contacts ». Eh b’en ! Justement, dans « Écrire », le petit livre que j’achève de peaufiner, je m’exprime abondamment sur ce sujet. Non, pas un métier. Une vocation. Une passion. Il y faut le don. C’est redit dans l’article: « Pour vivre, faut se trouver un autre job avant tout ».
Hier soir, on hésite :aller voir en bas de la côte, « Kandahar », récit afghan tourné au Pakistan, ou « surveiller » la télé. On ne sortira pas au « frette ». Télé donc. Paresse ? Oui. Après du Légaré, voici du Clémence Desrochers. Son art de jouer ou la prude ou l’ado initiée est d’un brillant ! Sa malice dans ses beaux yeux ! Sa silhouette de « vieille fille », ou soumise ou effrontée : des perles de fine observation. Ses chansons…hum…pas toujours bien solides !
Vu aussi à la télé, canal « Musimax, un instructif et brillant « portrait » de la pétulante « Marjo », alias Marjolaine Morin, ex-serveuse de Verdun. Fascinés, Aile et moi. Marjo, jeune, se garroche d’abord avec des bruiteurs doués et vulgaires : « Corbeau ». Après le « show », drogues en coulisses tous les soirs. Vie de chien, bambocheuse nuitamment, une gueularde barouettée sans répit dans bars et clubs.
Tout est dit comme implicitement. Telle la Dufresne, autre « chat sauvage » doué, les interviews affichaient la carence de ce milieu « rocker » à pouvoir s’exprimer. Ils n’ont pas de vocabulaire. Ils cherchent à bien dire mais…c’est, alors, péniblement, des grimaces compulsives, des gestes convulsifs, l’impuissance fréquente des nôtres à savoir dire un peu clairement ce qu’ils ont vécu.
Le tempérament est vrai, la fougue étonnante, l’énergie dépensée généreusement, la quête de sons neufs bien réelle mais au delà de leurs frénétiques exercices sonores c’est le vide sidéral de la pensée articulée chez ces créateurs n’ayant ou jouir d’une bonne instruction. Des paralysés ! Tristesse ! Comme on est éloignés des Ferré, Brel, Brassens et Cie qui, eux, pouvaient marquer leurs témoignages de mille et une interrogations d’une vive intelligence. J’ai pu écouter parler des jeunes, ceux du rap, enfants d’émigrants nord-africains, nés dans des banlieues pauvres de Paris : idées bien structurées. Même en argot de « zonard ». Nous avons un réel problème langagier au Québec !
4-
Mon cul de certains films culte ! Ah oui ! Revoyant le célèbre « Harold et Maud » hier soir, Aile et moi, sommes très déçus. Ce jeune homme riche, joué par Burth Cort, est un « caractériel » abruti, couvé par une mère, veuve parvenue, arriviste et snob. On veut bien. La vieille émigrée juive, si remplie de bonne santé, séductrice —mais suicidaire à la fin— bien jouée par Ruth Gordon, est une invention tordue. L’idylle bien peu plausible entre l’ado et la bohémienne nonagénaire est abracadabrante en diable. L’histoire est tissé d’un…tissu convenu en fait. C’est une légende imbuvable. L’attirance du petit psychosé —ratées les scènes chez son psy—par cette vieillarde est cousue de gros fil blanc. L’anarchiste, voleuse de bagnoles, rte un cliché, une invention grotesque. L’ensemble est bien lent, ce qui n’arrange rien. Film-culte ? Mon cul, oui ?
5-
J’ai fait, il y a des mois, une sorte de songe… encore un peu éveillé, mal endormi en tous cas, il me semble. Je suis, rue Saint-Denis, sur le balcon du logis familial et il pleut, très fort. J’en suis absolument ravi. J’observe les grosses et puissantes larmes du ciel qui arrosent la rue, le trottoir. Me voilà envahi d’un sentiment de bien-être incommensurable. Je ne sais trop pourquoi. L’air sent bon toute cette eau qui se déverse. Ondinisme curieux ! La lumière est assombrie, tamisée, d’un gris rassurant (!), partout. Me voilà comme dans un bocal, heureux comme une…carpe ! Le parfait bonheur, oui, parfait et pour bien peu, pour presque rien au fond. Il pleut à verses, c’est tout.
D’où m’est venu ce rêve si aimable ? Ce grand, profond bien- être ? Pas de réponse. Depuis, dans mon lit, je tente parfois de faire revenir cette impression d’une sérénité rarement éprouvée. Je revois la pluie battante, le balcon-refuge… Je veux respirer cette odeur d’eau rassérénante à pleines narines. Mais ça ne revient plus ! Bizarre cela.
Ainsi longtemps, pour m’endormir vite, je partais m’installer en pensée, sous un soleil radieux, dans le mou du sable, sur un coin de plage précis à Ogunquit. Un endroit fixe, contre une clôture de lattes de bois pour endiguer l’érosion des joncs, lieu que je connais intimement… le sommeil venait me chercher chaque fois. Comment bien conduire ses sens, installer un décor douillet, au moment de s’en remettre aux bons bras de Morphée ? Je sais plus.
6-
Étrange « séance » d’amateurs, hier soir à la SRC, avec le sosie de Chantal Joly, cette Monique Giroux, animatrice du « Cabaret de refrains ». Une curiosité. Show un peu « freak » en somme. Des inconnus du grand public, quelques « connus », viennent s’adonner à la chanson devant un public bien conditionné pour cet exercice bizarre. Hier, ils fêtaient Bécaud, récemment « disparu », ce mot qui fait sourire ! Un gras bien bedonnant, une à frange fournie, un Tisseyre-fils dynamisé, une blondinette « seurieuse », faune qui décide donc qu’ils l’auront ce « 15 minutes de gloriole » promis par Andy Warhol, pape du pop art ! Votre canal local, oui, accepterait volontiers ce genre d’aimable démonstration mais la SRC ? Dame Giroux, voix de gorge, mimiques de « M.C. » de clubs de « nuitte » des années ’40, auto-emballée, y allait de sifflements à la garçonne, de louanges dithyrambiques (pour son patron !), d’une ferveur commandée et, à la fois, visiblement sincère. Bref, elle en fait beaucoup… jusqu’ à potiner « bas » avec son Bécaud marié, hon, amant de la jeune Bardot qui l’oubliais un jour dans une loge de l’Olympia où il se produisait. Seigneur !
7-Projet :
aller voir deux films aux salle de Saint-Jérôme, à vingt minutes d’ici : « Ali » et « Un homme d’exception » avec l’acteur Crowe, oui, un « e » à Crow.
Aux huit salles du « Pine » de l’ami Tom, en bas de la côte, on enrage, Aile et moi, de trop rares films en français ou doublés. Le proprio m’a déjà raconté une histoire embrouillante pour s’excuser de trop de films « in english ». Pas de copies disponibles, rares copies réservées aux gros réseaux, etc. On se rend donc à Saint-Jérôme.
Ce film, « Un homme d’exception», serait basé sur un livre de Sylvia Nasar, la bio de Forbes Nash. La vie d’un savant mathématicien de l’université coté, Princeton. Ce « Prix Nobel », s serait pourtant affligé de schizophrénie. Des reproches volent dans l’air malgré l’unanimité des critiques de cinéma. On dit que le film de Ron Howard aurait retranché des vérités encombrantes dont une part d’homosexualité du dit Nash. Négation du fait chez les Nash, monsieur et madame !
D’autre part, des psys doutent qu’un tel malade eut pu se livrer à ses savants calculs (sur les chiffres et les jeux !) du temps de sa maladie. Bref, un article résume le débat : « disons qu’on a comprimé et synthétiser sa vie » ! Aïe, voulez-vous d’une vie maganée de même ? Le producteur, lui, rajoute : « Il est bien, non, de donner ainsi de l’espoir aux malades mentaux ? »
Anecdote : j’ai appris que mon dessinateur de bd favori, enfant, Edgar Rice-Burrough, souffrait, lui aussi, de schizophrénie. Notre merveilleux, formidable, « Tarzan » ne s’en ressentais nullement dans nos chers « comics » de « La Patrie du Dimanche », pas vrai les vieux ?
L’auteur du livre sur Foi4rbes Nash admet qu’on a retiré la photo du savant sur sa biographie et mis celle de l’acteur qui le personnifie ! Pratique courante. Quand le « Mario » de Beaudin sortait, se méritant trois prix au Festival de Montréal, mon éditeur —Leméac— fit mettre, vite, vite, une photo du film sur la couverture « La Sablière », réédition en « poche ». Il fit mettre aussi au bout du titre : »Mario ». De bonne guerre, bien entendu.
Finale de ce samedi : Pressé un peu par Aile qui n’apprécie pas trop les bébelles, j’ai défait mon « sapin de Noël en cèdre » et enlever les guirlandes. Vas-y mon amour, passe le balai maintenant ! La petite vie, hein ?