Le jeudi 28 novembre 2002

1-
Ouf et re-ouf ! De retour à ma machine. La Carole-sommet-bleu, après « le nettoyage » de mon fils dimanche dernier, sort (épuisée) de remettre en ordre l’ordi. Mon calepin déborde de notes. Soleil ce jour d’hier quand le triomphe « Alouette-foot » défilait dans la rue Ste-.Cat. Delphis et sa Francine-vendeuse-d’aquarelles sortent d’ici pour retourner à leur lac proche de Lachute. Mon aquarelle du Jésus saignant, « pas vendable » dixit F., m’est revenue. Je la garderai en souvenir de cet été 2002 à barbouiller pour « La Maisonnette » de Soeur Gagnon.
Téléphone hier, Chemin Bates, l’ex-reporter et puis relationniste, Marcel Brouillard:  » Claude ? J’ai lu ton « À coeur de jour ». Oh ! Premier écho. Pis Marcel ?  » Tu es comme un frère tant j’étais d’accord avec toutes tes opinions. Un frère ! » Content de constater qu’un tel journal sert à cela aussi: confronter (ou non) ses humeurs, ses sentiments, ses émotions et les polémiques… avec un autre, celui qui les publie.  » Moi je pourrais pas faire ça, je saurais pas… Ça m’a fait du bien de trouver toute cette concordance, Claude ».
2-
Mon Marcogendre au téléphone, je lui parle du maudit charivari de mon ordi et il persifle: « Ah , c’est ça le i-mac  » ! Oh lui ! Vu hier un docu sur le navigateur-courseur Rouch, « Perdu en mer ». Toujours étonné de voir des hommes, mûrs, risquer tant pour ces courses de voiliers. Risquer la mort ! Sportifs inimaginables pour le sédentaire bonhomme que je suis. J’achève le brûlot « Larose n’est pas… » Deux textes (vers la fin de ce mince bouquin) de Jean-Claude Germain m’épatent. Un ex-dramaturge qui sait fesser ‹sur la peur de s’affirmer‹ et avec brio, politiquement fort bien armé. Chapeau !

Sheil-drapeau-Cops verse de l’argent public via Patrimoine-Canada à des éditeurs qui ont imprimé ces livres (très illustrés) subventionnés en Chine. Ou aux USA. Ça gueule en Chambre des..communes ! À Ottawa Doris Boivin, tête de fouine bureaucratisée, rétorque: « Quoi ? Pourvu que ça soit de succès » ! À Québec (Sodec), Louis Dubé, tête de fouine aussi, se défend: « Pourvu que ces livres fonctionnent bien en librairies ». Non mais…
Dans notre cour arrière, le chantier évolue, Chemin Bates. Très puissant portrait des travaux modernes. Impressionnantes structures, Aile et moi regrettons de n’avoir pas pris des photos de ce work in progress. On ditrat d’énormes sculptures éphémères de Christo. L’enveloppement (toiles de plastique opaques) de ces murets, de ces fondations de béton, fait un paysage troublant. Le soir, c’est encore impressionnant quand nous rentrons (de La Moulerie hier) : silhouettes inquiétantes, écorchements austères dans la nature éventrée, éclairage de sécurité avec ombres des arêtes de fer, graphisme violent de tiges d’acier agressives, ce building en élévation constante. « Et plus de soleil le matin quand ce sera tout dressé », se plaint Aile ! Eh !
Dans Hochelaga on se plaint du déménagement d’une structure riopellienne oubliée, abandonnée, mise dans un recoin anonyme derrière le Stade O., que l’on déménage au centre-ville. J’aurais voulu voir cet ouvrage, je n’ai vu que des photos. Pas bien certain d’un bon et solide Riopelle. Bof, on va y paquer des jardinets, du feu permanent, de jolies fontaines, ça devrait bien paraître. Maquillage ? Suis allé, mardi, chercher mon oreillette neuve rue Fleury. 2,300 $ Aïe ! Là, je vais vous entendre 10 sur 10 ! La jeune prothésiste: « Oui, il fallu la refaire, ils (ce « ils ») avaient coulé trop de plastique dans le moule fait ici de votre creux d’oreille… » Hum…Ouen, ouen !
3-
Après ma chère bavette saignante aux oignons de La Moulerie, appel chez ma fille:  » Écoute, pour Noël, au lieu de cette déchiqueteuse offerte …Aile et moi n’avons que deux vieilles serviettes de plage, usées à la trame, alors.. Éliane:  » Ouin, à ce temps-ci de l’année… bon, je vais chercher papa  » ! Appel de mon « ex » « Leméac éditeur » hier midi: « Un éditeur anglo de manuels scolaires, à Toronto, veut un extrait de votre roman « Le loup de Brunswick city », on peut lui dire « oui » ? J’en profite: » Si vous pouviez me dénicher un éditeur à Toronto, j’ai une bonne traduction en anglais de ce « Loup ». Elle: « Ah oui ? On a des contacts là-bas. Je vais voir. Je vous reviens ». Le compagnon de Carole-Sommet-Bleu a fait ce travail, Paul Paltakis. Il va être content.
Téléphone tantôt de la Marie-Tous-Les-Matins:  » Notez bien cela m’sieu du Jasmin: trois topos à préparer pour enregistrer d’avance. Les 6 ( mes bonbons en ménagerie), 13 (un conte de Noël avec enfants en studio et 17, ( un party des fêtes). C’est bien noté. Elle ajoute: « Pour mardi prochain, table ronde avec deux actrices grands-mères: discussion sur ce que « peut » et « doit » faire une mamie. Ou un papi. D’accord » ? Je suis d’accord.
4-
Mercredi visite impromptue au chalet de deux voisins, Jean–Paul et Maurice. Ils viennent nous sonder: pour ou contre la fermeture, la vente, du Parc Grignon, en bas sur la 117. Moi…je balance. Avec l’argent la municipalité va installer un parc tout neuf ‹à l’emplacement de l’ex-hôtel Montclair, j’en ai parlé‹ en haut de la côte Morin. Jean-Paul:  » En bas, c’est plein de jeunes poucheurs de drogues « . Aile:  » Pis ? Quoi, ils vont montrer en haut, c’est tout « . Je grimpe à ma salle à clavier, après tout c’est Aile la proprio du domaine ici, non ? Aile est ‘ »contre » l’installation du gros marché Métro dans ce parc vendu: « Déjà cette 117 est bloquée sans cesse, non  » ? Ça grogne chez les deux mâles. Je rigole. Débat en bas.
Tremblay ne pîpé pas un seul mot. On va faire un film en anglais de ses fameuses « belle soeurs » mais ce sera dans un tout autre monde., À Stéphanie Bérubé Michel a parlé de ma « Germaine » qui est allé pleuré en France et en Espagne. « Ça a donné de très bons résultats « , dit-il. Il a raison. Il sait les changements. Il s’en fiche., Il veut voir son histoire traverser les paramètres du Plateau pauvre des années 50. Il faut bien. En effet, on va bien voir…à la condition qu’on ne démantibule pas complètement son oeuvre tout de même. C’est à suive, à voir.
5-
Nat Pétro, une envie subite ?, refait surgir l’horrible drame familial d’un fils de juge, d’un petit-fils de pionnier valeureux: Alain Montpetit, frère de l’animatrice Francine Montpetit, ex-épouse de Gérard Poirier. Ce Alain se tuait, drogues ! Il est enfin accusé ‹on vient de refermer le dossier à la police new-yorkaise, une fille-témoin a fini par avouer qu’elle avait menti pour protéger ce Alain‹ du meurtre d’une jolie mannequin québécoise à New-York, il y a très longtemps. C’est une histoire qui illustre bien d’ex-colonisés, de ce pitoyable petit monde des « jeunes aspirants candides à la gloire ». D’une grande tristesse. Combien sont-ils, Québécois rêveurs, en ce moment même, à espérer la célébrité, talents mal taillés qui attendent dans des appartements minables que Dieu-Manhattan ouvre ses grands bras dodus ? Plusieurs sans doute qui se joignent à tous ces « chercheurs de carrière » venus des quatre horizons des États-Unis. Une armée de floués…peu d’élus. Si peu.
Dimanche la « une » à Joyce Carol Oates (USA) , par Nat Connard, dans La Presse quand viennent de paraître des dizaines de nouveaux romans ici depuis le Salon du livre et avant. Mépris. Le racisme inverti se poursuit ! Miss Oates cherche ses racines (Hon !) dans ce « I’ll take you there », Collard écrit: « les critiques (là-bas) sont loin d’être dithyrambiques… » Quoi ? C’est assez bon pour la « une » du cahier-livres au Québec, c’est ça ?
Dany Laferrière, nouveau chroniqueur en cahier- spectacles (?) (La Presse) déménage à Montréal. « La vie dans un camion « , dit-il. Oui, un « truck » qui n’arrive pas vite, il attend… sa vie miamienne (Fla) tassée dans une boîte montée sur quatre roues. Même canard, Céline Tessier (de Trois-Rivières) :  » Nous sommes ce que le regard des autres fait de nous « . Elle dit aussi que les mots tuent (sartrienne ?). Vrai et faux à la fois. Personne n’est obligé de rester sous une lumière défavorable, désavantageuse. Ni sous la pluie des mots blessants. Il faut rompre parfois. S’éloigner de ce regard humiliant d’un autre… qui nous rapetisse. Je l’ai fait souvent. Cette Céline trifluvienne recommande « la tolérance », moi, je recommande « la fuite » alors et vite hein !Ceux qui restent là, écrasés, sont des masochistes.
6-
C’est Louise Beaudoin qui a raison. Elle n’éprouve aucune surprise et n’est point scandalisée face à ce Canada « english only » , partout même en stade de foot. Faire la même chose: cesser les Ô CANADA en anglais au Québec. Il y a deux nations, c’est tout. Il faut être des cons ‹comme Trudeau‹ pour s’imaginer bilinguiser tout un continent, allons. Ceux qui grimpèrent aux rideaux dans le « west country » sont de pathétiques rêveurs. À propos de PET, bien faite la série sur lui à la CiBiCi. Bien menée. Fameux talent. Chapeau.
Mémère Simone Cousteau, vraie dirigeante du fameux « Calypso », l’océanographe célèbre, regretterait à présent la négligence de sa famille. Trop tard ! « Les intouchables » publie un livre sur cette « Âme de la Calypso » et Robert Laplante raconte la grand-mère racontée. « Elle regrette d’avoir sacrifié sa famille au profit de sa passion  » Eh ! Grandie au Japon, ancrée maintenant à Monaco, la mémée pleure. Bien content de n’avoir pas vécu une telle passion au détriment des miens. Tant pis, la passion finit en remords, on le sait trop. On pourrait nommer des noms fameux installés sur des ruines lamentables qui ravagent « les fieffés passionnés » devenus vieux.
Une jeune chanteuse, haïtienne adoptée ici, ne voulait rien savoir de ses origines. Bizarre ? Non. Il y en a. Malaise curieux. Préférer ne rien savoir. Mélanie Renaud, bien jolie, talentueuse (vue au Grand blond et au Gala-Sdic), parle volontiers de religion, a même une médaille de Saint-Joseph (offerte par une amie). Porte bonheur, fétiche, paganisme ?, nous serions surpris de savoir chez tant d’artistes de variétés de ces croyances candides. Longtemps scénographe de télé dans ce milieu, j’ai pu obtenir des confidences ‹sur le sujet‹ fort étonnantes. Elle a refusé carrément l’idée d’un prêtre en ombre persistante dans un clip-vidéo « car il y jouait un rôle ambigu. Eh b’en voilà ce que c’est que d’avoir du caractère. Bravo !
Le vieux Faust voulait rajeunir, on le sait, et signait un pacte avec le diable.
Anna Prucnal, actrice et chanteuse, dit qu’elle a toujours 12 ans ! Pouvoir stopper le temps, songe-t-elle. Eh !
Le temps ne me fait plus peur. Jeune, j’ai oublié d’y penser. Devenu vieux, je fais face à l’échéance. Et…en attendant… je descend pour la bouffe du soir. Oh vie suspend…tout ce que tu voudras !

Le samedi 9 novembre 2002

1-
Quatre jolis canards nagent ce midi sur le lac…ils glissent vers mon faux canard au bout du quai. Leurre fatal ? Du bleu poudré au firmament. Je regarde un plein pot rempli de bille multicolores sur une commode devant moi. Fou d’avoir tant aimé les « smokes », enfant ? « All that glitters is not gold » tout ce qui brille…, chantonnait-on jadis !
Hier soir, en ville, théâtre classique, rue Sainte-Catherine à l’est de Pie IX. Marquise lumineuse venue du temps que « Denise-Pelletier » était un cinoche de quartier. Petite foule dehors. On fume Aile et moi avant d’entrer. Je songeais aux marquises illuminées du Château, du Rivoli, mon coin de rue aux ampoules clignotantes, virevoltantes, de ma jeunesse. Mon ex-camarade radiocanadien (réalisateur de mon « Procès devant juge seul »), Richard Martin, pris du cœur, s’amènera tout lentement avec Élysabeth Chouvalydsé, sa compagne , vue au « Go », dans un bon Tardieu l’an dernier. Causerie avec réminiscences obligatoires. Nostalgia maudite ! Aile a mis notre bouquet de fleurs (à Dame Faucher) dans les mains du gérant pour qu’il l’apporte en coulisses.
Chagnon —et non Gagnon comme j’ai mis hier— s’est démené sur la scène : un Alceste noir. Courbé. À la diction pas assez claire pour moi, le demi-sourd. Malgré mes prothèses, ai perdu 75 % du dialogue moliéresque. Je regadais la mise en scène de Françoise, le beau décor. Maudit handicap du diable ! Bientôt, ne plus pouvoir qu’aller aux théâtres des petites salles intimes ! « Ayez pitié de l’homme qui a peur « chantait Rivard. Ayez pitié de l’homme qui n’entendra plus rien un jour !
Au retour, traversée de Maisonneuve et Hochelaga. La rue Ontario toute décorée de lumignons noellesques. Effort hardi pour dynamiser ce coin de Montréal qui se débat pour ne plus crever. Émouvant débat commercial.
2-
Appel hier : un gars de radio à Chicoutimi (SRC) prépare des émissions sur les anciens « enfants de choeur ». Bonne idée, je trouve. Il me questionne, je lui raconte mon plaisir de « servir » en des décors imposants avec soyutanes et accessoites divers (ô l’encensoir doré !). Il m’écoute amusé et il puis me dit : « Formidable votre témoignage. Cachet minimum de l’Union, on est pas des richards à Chicoutimi (il dit pas « Saguenay » ?) Rendez-vous à Radio-Canada, à Montréal, en studio de radio, après votre « Tous les matins » mardi prochain. J’y serai en soutane pourpre et surplis de dentelles fines, calruron violet, gréements des grandes fêtes !
Autre appel : la directrice dynamique (rencontrée à Rim-Ouski ) d’un mini-salon du livre aux Trois-Pistoles ! Elle me veut dans son village qui est celui de mon nouvel éditeur. J’ai dit « oui »’trop vite. L’agenda revu me montre que je ne peux y être fin-novembre. Je guette son mel pour la… désappointer ! Merdre ! J’aime pas ça. « Je dis « oui » à tous ceux que j’aime… », une chanson.
Élysabeth, la compagne de Martin, rue Sainte-Cahreine où l’on re-fume à l’entracte : « Faut absolument voir, en reprise à ARTV, « L’École des femmes » à Avignon, place des Papes, avec l’acteur Pierre Arditti, un truc génial, génial ». Le vilain tuteur Arnolphe « montré non plus en vieux dégueu dominateur, dit-elle, mais en homme fragile, perdue, désespéré, c’est étonnant ! ». Guetter cela donc.
3-
Vu hier soir, après l’Alceste si enragé face à sa société d’hypocrites complaisants, notre Geneviève Bujold face à Homier-Roy. Ças ne cliquait pas vraiment entre eux. Homier-Roy ramait fort. Bujold avec des « oui, oui », des « non, non », des réponses expédiées vitement. On aurait dit la Dufresne manquant de vocabulaire. Aile : « Peut-être a-t-elle perdue de son français, elle qui vit en Californie depuis si longtemps »? Ça se peut. Entrevue assez plate donc !
Aile bien contente, hier soir, de revoir en cette salle vieillotte réaménagée deux actrices du temps de ses réalisations véellebiennes : « La forgeronne » vélllebesque et Sylvie Tremblay. Me dira : « Deux vraies bonnes « troupers ». Il y avait deux pleins bus de jeunesse étudiante rue Sainte-Catherine pour « Le mysantrope ». Dans la salle, attention sérieuse et, à la fin, cris forts, applaudissements frénétiques de ces écoliers. Bon signe d’avenir !
4-
Ma fête, ce matin : aucune pub (pas une seule ligne agate) pour mon « À cœur de jour » dans les cahiers-livres épais du week-end (le Salon qui vient !). Pas choisi par le lectorat de La Presse dans la liste des 50 écrivains favoris. Pas choisi par Le Devoir dans le tas des consultés avec interview-éclair. Pas même nommé dans l’horaire des séances de « signatures », ni chez « 3-Pistolets », ni chez Lanctôt. Aucun placard pour mon livre frais-imprimé, frais mis en librairies. D’autres « modestes » éditeurs achetaient un peu d’espace. Non, vraiment pas ma fête ce samedi matin. Bof ! Habitué. « Dégage la voie, vieux mononcle » ! Ça ne fait presque plus mal à force…
Retraiter au plus vite de ce monde littéraire !
5-
Loto-Québec, vache au lait douteuse du Trésor national, ré-enligne son tir, ses cibles. On abandonne les « pauvres » : donc moins de machines-bandits un peu partout. On vise les poires riches. Plusse de casinos ! Eh ! Maîte Frigon, PDG, perdra des millions, c’est certain. La morale sortait des gros bâtons. Un recul politique. Les gens « en moyens » n’ont pas le même droit et on va les asticoter avec art. Avec astuces. Bon budget en publicité pour les harponner, vous verrez. Et ces cons de touristes, faut les vider non ?
Quelle surprise, ce matin ! Un écrivain et poète et chanteur populaire, célèbre se retrouve épinglé, malmené, en éditorial. C’est plus que rare. D’habitude on laisse les artistes, ces rêveurs insignifiants, en paix. Or, Gilles Vigneault, vendredi matin, sur deux pages du « Journal de Montréal » (j’ai lu) y allait très raide face au Dumont-Adq virant à droite. Bedang ! On sort son canon de fédérat droitiste et l’André Pratte, stipendié par Power-Gesca-Desmarais-La Presse, tire à boulets rouges sur l’écrivain. Avec citations de Vigneault bien fournies. Oui, c’est rare ! Le titre prattien ? « Mon pays… ce n’est pas le P.Q. »
On vient de voir nos « big shots » s’enfourner dans un club sélect, rue Sherbrooke, pour aller sonder (petit-déjeuner intéressé) les reins du jeune favori de l’heure, Mario. Comique de voir leur refus de jaser avec le reporter alerté —comme de vilains pécheurs entrant au bordel. Le pouvoir nouveau les excite. Le bon peuple (vous et moi) a pu voir ainsi que s’amènent toujours (au pas de course même) les « gens de finances » quand la victoire électorale montre du doigt un nouveau venu. Instructif en diable et vive la démocratie ! L’ADQ voit « sa petite caisse » d’hier grossir comme à vue d’œil !
6-
Le saumon cherche sa source. Plein d’anti-patriotes —déracinés volontaires par racisme inverti— qui recommandent d’enterrer les racines. Parlent de « rétro » nauséabonde en voyant des fiertés normales. Recommandent de regarder en avant seulement. Invité à jaser sur le besoin de généalogie mardi à T.L.M. je causerai sur ce inquiétude inévitable. « D’où viens-tu ? » On voit des immigrants, bien installés ici, qui retournent dans leur pays d’origine, affamés de savoir mieux d’où ils viennent. L’anguille revient de la lointaine mer des Sargasses. Toujours. « Rien de pire que d’être apatride », a dit Dostoievsky. Le brillant Libano-québécois, Mouawad Wouadji en a jasé avec sa pièce « Littoral » dont il va faire un film.
Le nouveau roman —éditeur « Les intouchables »— « La lente découverte de l’étrangeté » du souverainiste (eh oui pauvre Pratte !) Victor Teboul, Québécois depuis 1963, remonte à ses sources, à son tour. Lui aussi ! « Je suis un apatride qui découvre les facettes de mon étrangeté », dit Teboul racontant l’exil d’Egypte, de Tunisie. De Marseille où l’on se battait pour des visas.
7-
Scandale chez les blokes du ROC. L’éditeur québécois Turgeon (« Trait-d’union ») ose publier le témoignage de la complice diabolique du monstre ontarien Bernardo qui a torturé à mort deux adolescentes. Ce « Pacte avec le diable », de Stephen Williams, fut refusé partout en anglais. Après avoir buté sur 12 éditeurs, Williams fit vendre 370,00 copies d’un premier livre —sur Bernardo— titré : « Invisible Darkness ».
La compagne satanique de Bernardo, Karla Homolka, sort de prison (Saint-Anne des Plaines) le 6 juillet 2005 et Williams s’en inquiète fort. Un psychiatre qui l’a soignée (!) lui a dit : « C’est un mystère diagnostique ».
Le Ministre de la justice à Ottawa, malgré les pressions des familles des victimes, vient de déclarer qu’il « n’y aura pas les coordonnées de ces criminels sur registre »…pas avant la nouvelle législation. Projet de loi en décembre ! Karla Homolka est « contre », on peut comprendre celle qui acceptait un « pacte » mortel avec « son diable » de compagnon.
8-
Qui a tué le baseball (et son stade) à Montréal ? Hen, hen ? Répondez bande de morons ! On lit le Jonathan Ké du « National Post » et on a la réponse. C’est nous autres, le 84 % de méchants racistes. Ce J. Ké clairvoyant affirme : « Les séparatistes (du Kouaybec) refusaient de soutenir un sport pratiqué par des Graeme, Masato, Jose, Vladimir… Ils ne veulent que des Guy, Maurice et Yves ». Fin de la citation. On a le droit de rire !
Antoine Robitaille (Le Dev) nous offre une autre occasion de rire : le « Herald » de Halifax est son nid, il se nomme Jim « Meek » (docile in french). Ce Meek cite l’auteur de « Global Soul », Pico Iyer (du Harper’s) : « Le Canada refuse les racines communes, choisit plutôt les croyances communes ». Notre Meek d’y aller : Le Canada est le phare des déracinés, du cosmopolitisme et c’est merveilleux. Cessons de nous chercher une identité « canadian ». Il sort sa liste des célèbres immigrants, y plaque Yann Martel (« Life of Pi ») , « né en Espagne » (vérité accidentelle), Shields (né aux USA), Mistry (né à Bombay), Ondaatje (né au Sri Lanka) Et Bissoondath (né à Trinidad) même si ce dernier dénonçait le multiculturalisme nuisance à l’intégration normale ! Les éloges effrénées du métissage font bien voir l’inconfort de la non-identité des Canadians, c’est bien différent au Québec et cela fait enrager les inconditionnels du multicul trudeauiste.
9-
Un hebdo régional (« Accès ») d’ici héberge volontiers les proses du prof Lauzon. Bravo ! Par exemple, fin octobre, tout un public candide apprenait les horreurs (ave chiffres clairs et dommages anticipés) de la privation calculée de la santé, projet du Mario Dumont —lui attirant les mouches à marde de « Commerce et Industrie Inc. » Un très étonnant hebdo non ? D’habitude simples supports d’annonceurs locaux, ces hebdos sont bien sages, tranquilles. Un fait rare ce « Accès Laurentides » en tous cas.
On peut lire dans « Parutions » que « Boréal » publie « La voie canadienne », ouvrage d’un prof émérite de l’Université Queen. Will Kymlicka argumente : « Il y a au Canada (A) les minorités ethnoculturelles (émigrants), il y a aussi (B) les minoprités nationales et (C) les Premières nations (ceux d’avant la fondation du Canada) ». Clair comme ça ?
Nous voilà donc réduits, une fois de plus, chez ce diplômé de l’Université de Budapest, à une simple minorité parmi tant d’autres, nous, 82 % au moins de la population québécoise. C’est exactement à cela que voulait nous conduire le trudeauisme et tous ses zélotes anti-nationalistes. Nous faire oublier le fait et le mot « nation ». Ça n’a pas fonctionné parfaitement comme on sait. Dès la mort des nationalistes-fascistes (Allemagne, Italie, Japon, France nazifiée, et Cie) , plein de nations se décolonisant revendfiquèrent le beau mot de « nation ». Cela continue encore depuis la chute du fédéralisme atroce nommé URSS. Plein de nouveaux pays s’installèrent à l’ONU. Et nous ? C’est pour quand ? Vigneault disait : »Imitons nos anglos du Québec qui votent « non » à notre patrie, à 98 %, faisons comme eux et nous aurons une patrie. On ne peut mieux dire. Aux endormis, aux inconscients… inutile de vouloir convaincre les intéressés : mercenaires à conforts variés, stipendiés, valets rémunérés.
Reçues de jolies cartes de voeux, mon frère Raynald, mes soeurs… Aussi une lettre stimulante de ce René Jacob qui attend mes illustrations nouvelles pour un livre aux « Lilas », sa maison d’éditions en Beauce. Je vais m’y mettre dès le 9 décembre venu. Le journal quitté.
Demain réunion avec mes enfants, la belle bru Lyn, le dévoué gendre Marco (sans lui, au fond, pas de ce « À coeur de jour ») et de mes chers jeunes cinq mousquetaires (grandis si vite !), rue Chambord. Il y aura 72 chandelles sur le gâteau ? Je les compterai ! Lundi, caucus avec un reporter. Mardi, topo avec Houde-Betrand. Mercredi…annonce de mauvais temps et retour ici où la neige ne fond plus !
Aile : « Mautadit, cette neige persistante, les feuilles mortes impossibles à ramasser et les feuillus pas encore vraiment dépouillés, merde, merde » !
Ma foi, le plaisir du râteau la démange !

Le jeudi 17 octobre 2002

STÉPHANE BUREAU:  » Un déménageur de temples  »

1-
Ce matin, pas de cette pluie crachine comme hier mais un ciel d’une lumière lactée niaise.
J’ai vu le début d’une biographie sur Jean Duceppe mardi soir. Un acteur très populaire, et parfois populiste, —coureur de jupons invétéré, jeune— hélas disparu, de notre vie culturelle, c’était un bouillant « opinioniste », très coloré et suractif, converti tard au nationalisme indépendantiste. C’est la promesse d’une série télé bien terne. Un dialogue creux et mal écrit, sans vrai naturel (bons sites, bons décors cependant). Cela faisait « séance paroissiale » —Aile n’est pas du tout d’accord avec moi. On peut raconter une histoire ancienne avec un style, sinon moderne, actuel. Claire Wojas et Robert Simard (le réalisateur) se sont englués dans une sorte de reproduction (reconstitution ?) lente, pépère, sans allant aucun. Cet acteur étonnant, Paul Doucet, a su imiter le ton particulier de Duceppe (bouleur, avaleur de mots) et il a une bouille étonnamment semblable à celle de son héros mort trop tôt hélas. La sympathie que le public avait pour Duceppe rendra tout le monde complaisant face à cette manière pourtant sans dynamisme. Et les paquets de pubs criardes n’aident pas ! L’effronterie marchande s’installe à Télé-Québec, réseau public, de plus en plus ? Ignominie, mépris des spectateurs.
2-
J’aperçois Élie Wiesel (Prix Nobel) à « Cent titres » (avec son animatrice…excessive un peu…) mais Aile, une fois de plus, avait la zapette au creux de la main (cette tiraillerie pour le zappetisme !) et je dois zieuter ses chères « nouvelles ». Indispensables moments graves de ses jours. J’y entends de nouveau la misérable Danielle Levasseur ( à Bali) et son horrible façon de jaser actualités étrangères. Pénible, pénible ! Moi, je préfère lire les « nouvelles » le matin dans les journaux, moins pressés, moins bousculés par les sujets entassés et les maudites « pubs ».
Puis, on zappe chez Labrèche. Aile : « Regarde, une tête d’oiseau, celle l’autruche, non » ? Moi : « Regarde c’est le bec à rictus du « Joker » dans Batman, non » ? Ce laideron blond est désopilant en diable et souvent audacieux dans ses approches de sujets (« Les p’tites vites ») ou d’invités. Évidemment les forts moments sont rares et il faut endurer des passages ennuyeux, le salaire —inévitable— d’une quotidienne quoi !
Reçu par la poste le magazine « Le bel âge » qui contient l’entretien accordé à madame Stanton cet été. On n’annonce point l’interview en couverture. À quoi bon. Un écrivain hein ? Vous jacasser à cœur libre deux heures avec une journaliste et puis vous lisez un « papier » pas bien profond, pas bien stimulant. C’est la loi. Je me souviens de mes rencontres avec carnet de notes bourré pour « Québec-Presse » —avec Geneviève Bujold ou Monique Miller— et devoir pondre que trois feuillets. Et lire mon article « plate ». Oui, la loi des imprimés.
3-
Appel à l’instant de mon éditeur « troispistolants ». « Oui, oui, Claude, ton journal sera là et pour le Salon de Rimouski dans 10 jours et pour celui de Montréal bientôt. Ta couverture avec ton quichotte est belle, tu verras. J’ai coupé du journal ici et là, besoin de pas trop de pages !, mais j’ai rétabli des entrées coupée par ma réviseure. Tu te répétais parfois et je sais bien que c’est fatal dans un journal, mais à l’occasion non, c’était trop redondant. » Moi : « Tu as toute ma confiance, Vic. Hâte de te voir à Rimouski ».
Je reviens de chez mon toubib. 60 minutes d’attente. Merde ! Sur chaise dure, finir de lire sur Modigliani dans « Paris-Mastch ». Je l’aime ce macaroni ivrogne ! Singer, lisant des résultats de prise de jus, semble heureux : « Vous étiez à 8.2, vous voilà à 6.2 Bravo ! Continuez à mieux vous nourrir ». Ouen :légumes, poulet, poissons… Ouash !
Revenu, ma quasi-jumelle et sa meilleure amie, Micheline avec sa grande et joie fille, m’attendaient à la porte. Jasette au salon. Bière et thé. Pas grand moyen de placer un mot tant Marielle et sa Micheline jacassent. Deux pies. La pie claudiusjasminus obligé de se taire pour une fois !
J’arrive de l’École Bouffe. Aile encore grondeuse, l’œil sévère dans mon sac : « Quoi ? De leur pizza ? Hon ! Ton doc Singer va le savoir » !
Vu hier soir un merveilleux film de Bergman fils : « Tous le dimanches » (ou « Les enfants du dimanche ») à ARTV. Fameux ! Le récit autobiographique —scénario du papa fameux, Ingmar— racontant son père le pasteur luthérien soupe au lait, peu bavard. À la fin terrible face à face muet d’Ingmar vieux avec son père qui achève sa vie. Terrible confrontation silencieuse. Terrible ! Le père lisant le journal intime de son épouse décédée avant lui : « Ma vie, en somme, a été un fiasco » » Il ne peut pas comprendre ce verdict accablant. Le fils le lui explique. Terrible, oui ! Des séquences fantastiques comme l’horloger du village suicidé, pendu et se balançant sous les arbres. Ce fantôme répond à la question de l’enfant « quand vais-je mourir ? » Le spectre lui gueule : « À chaque jour, à chaque jour » ! Le bon film, sans la crisse de pub. Qui nous change des machines à « pow, pow » made in Hollywood.
Dans ce beau film, un gamin ave des petits soldats de plomb comme dans mon jeune temps. Souvenir :un petit voisin, Desbarrats, habitant un deuxième étage. Il avait une fameuse collection de ces figurines de plomb. Je l’invitais sur la galerie d’en avant, chez nous. On jouait des heures. C’était en 1936-37. Un jour de mai : Roland Desbarrats déménageait. Ma grande peine. Mes parents n’avaient pas les moyens de m’acheter une aussi formidable collection.
4-
Francine L. au téléphone ce matin : « Craignez pas, Claude Jasmin, je vais vendre le reste de vos images à des gens importants. C’est commencé d’ailleurs, le tramway, le guenillou, etc. ». Je lui dis : « Même la bannière au Christ sanguinolent ? » Elle : « Ah çelui-là, pas sûr » ! Moi : « Bien, vous me le gardez. Un souvenir, oui » ? Elle : « Bien, je vous le garde ».
Mon marlou Marleau m’a expédié une photo couleurs du choeur illuminé du lundi de Saint-Arsène. Le gentil. Toujours moqueur il ricane de mon tirage « au sort » qui tombait sur ma sœur, Marielle. Le prix gagné ? Cinq heures de bain de boue et autres recettes corporelles à « L’Excelsior » du village, ici. Marielle, sans auto, a donné sa passe à ma fille Éliane qui dispose de la Caravan Doodge, elle. Daniel M. dit : « Si j’avais eu mon chéquier, lundi soir, j’achetais une de vos aquarelles… » Le menteur, le Pinochio marlouesque ! Que le nez lui rallonge…à mort !
Raynald Bergeron a raconté publiquement (La Presse) qu’il n’est pas bois (pas Pinocchio quoi) ! Que les jolie ados aux nombrils à l’air peuvent le distraire de son job de prof. J’ai ri d’abord. Ce matin Claude Charrette de Saint-Placide (La Presse toujours ) le plaint et, comme moi, regrette « la mode » chez ces grandes élèves exhibitionnistes. Recommande que les directions —complaisantes, laxistes— d’écoles mettent leurs culottes ! Vrai ! Oui, dit-il, vive l’uniforme ! Il a raison tout de même, lui et le prof distrait.
5-
Francophonie : le club refuserait d’embarquer Israël et « c’est injuste » dit un lecteur de gazette. Raison clandestine : faut pas heurter, choquer les pays du club remplis d’araboïdes francophones ! Un autre signale que la France, contrairement au Québec, à la Belgique et à la Suisse, n’admet guère d’étudiants étrangers (francophones) dans ses université. Ah ! Est-ce un reproche fondé ? Sais pas. Ce que je sais : on y fourre des pays où l’anglais (au Liban) galope désormais, où le français ne tient que par un fil et bien aristocratique. C’est triste.
Ce Jean Ziegler, un Suisse malcommode (auteur de « La Suisse lave plus blanc… » a refusé le « Prix Kadhafi pour le droits de l’Homme ». Il publie : « Les nouveaux maîtres du monde… » Il dit : « La seconde guerre mondiale, en six ans, a tué moins de monde que la situation actuelle via la mondialisation ». Cybolac ! « L a terre pourrait nourrir 12 milliards d’êtres humains mais les maîtres de l’économie refusent de le faire ». Pour sauvegarder leurs profits. Ils sont, selon Ziegler, des assassins. « Ils (oligarques et leurs mercenaires) veulent privatiser la planète entière, spécifie-t-il. Cela écœure.
Je m’imaginais que les Arabes étaient les seuls importants en matière de pétrole. Or je lis que c’est le Canada le premier fournisseur de pétrole aux États-Unis. Ah bon ! Le Vénézuela est le numéro 2 ! Et le Mexique, le no. 3. Vient ensuite l’Arabie Saoudite avec 1,411 millions de bpj. Les USA ont eu besoin de 9,514 millions de bpj pour seulement le mois d’août ! Et ça grimpe sans cesse, dit Reuters.
6-
À Lachute, vieille église en ruines, placardée, et vente de vitraux (aussi luminaires, vieux bancs, etc.) par qui ? Par l’Église de Saint-Jérôme ! « Un scandale, dit Ernest Champagne —le fils de l’architecte de Saint-Julien— on ne protège que les églises de Montréal ou de Québec. Injustice ». Claude Turmel —directeur du Comité d’art sacré du diocèse de Montréal— déclare : « À Montréal, ces ventes sont interdites en effet ». Exemple : Le Musée de beaux-arts va acquérir l’église « Erskine and American » au coin de la rue Sherbrooke, voisine du MBAM. Un monsieur Carrière (aux finances « religieuses» de Saint-Jérôme) avoue qu’il y a eu ventes : « On ne pouvait faire autrement » ! Coups de pied au cul qui se perdent encore.
Irresponsabilités totales ? Je mange mal, qui est le coupable. Je chauffe un gros bazou, qui est responsable ? Vite, un avocat à 50-50 % si on gagne. Je me bourre de bonbons variés, qui faut-il poursuivre ? Un businessman cigarettier, invité à Montréal, vient d’avertir son monde, ça n’est qu’un début d’avocasseries (industrie payante pour les gens de toge) ce qui nous arrive avec le tabac… » Il va y avoir procès sur procès et pour tout ce qui grouille : les faiseurs de bonbons, de bouffe rapide, de chars pollueurs, etc, etc. « Méfiez-vous mes bons amis » ! Je réfléchis.
Je viens de terminer le mince tome 2 de ce Alain Rémond dont j’avais tant aimé le premier livre sur sa jeunesse. Surprise, le voici à Sainte-Agathe-des-Monts (!) , à 19 ans, chez les novices des Pères de Sainte-Croix ! Il décrit nos quatre saisons avec une joie réelle. Ce « Un jeune homme passait est bien moins émouvant et moins captivant que l’autre récit. On y relit des choses du premier. Rémond ira à Rome, en apprenti-curé, puis en Algérie (pour le service militaire) et enfin, défroque de sa vocation. Le voilà en « commune» en plein Paris, après mai 1968, vivotant de petits jobs. C’est bon mais… « Chaque jour est un adieu » était si bouleversant. Déception donc.
Dehors, coup d’œil à ma fenêtre, la noirceur s’installe et vite, la neige de ce matin, notre première, a fondu, en face, sur l’autre rive, l’éclairage aux condos du Chantecler fait ses faisceaux, on dirait le château de Chenonceau-des-pauvres ! Traces jaunâtres sur le lac jusqu’à notre grève. Aile fait mijoter des choses…On ferme, j’ai faim !

Le vendredi 11 octobre 2002

1-
Radio, la météo ce matin : « la brume cache le soleil, cela va lever… » Quand ? Midi bientôt et ciel mat, gris, uniforme. Ouash ! Hier, revenant de la promenade rituelle tout le tour du lac —refus du vélo— installation pour regarder le couchant. Ciel rubescent. Marchant, Aile et moi, faisons un arrêt admiratif sous chaque érable empourpré. Rêve rouge !On ne se lasse pas de cette beauté insolite.
J’achève ce « Testament d’un tueur des Hells » —chez « Les intouchables »— par Pierre Martineau (rédac-chef de TQS-Québec). Pas fort. Il écrit plutôt mal. Une livre-confession assez sordide, forcément, et trop…mal structuré. Martineau est un débutant ? Le jeune tueur-fou, Serge Quesnel, y est mal expliqué. Pas de vraies révélations psychologues sur ce criminel repenti, devenu le « délateur » le mieux payé (par nous tous) jusqu’ici. Je ne le recommande donc pas à Aile qui a « ses » livres à lire. Ce jeune « narcisse » (19 ans) déboussolé souhaite refaire sa vie à 25 ans. N’ayant qu’un secondaire-3, il veut aller —cours par correspondance de sa cellule, il sortira en 2007— au bac, à la maîtrise et même au doctorat (en administration ). Il était —tueur efficace chez les Hells— fasciné par l’argent, le confort. Là-dessus il reste le même au fond. On lui souhaite de réussir sa deuxième vie.
2-
Bernard Landry —appuyé, « secondé », par tous les partis— fustige le « mépris du Québec » chez Chrétien et son sbire S. Dion. Avec raison. Colère montrée aux actualités hier, bien contrôlée. À froid. Le traître Chrétien est en train de tuer son parti au Québec et s’il y a une alternative —pour les Québécois fédéralistes— du genre « jeune Lord » d’Acadie, Bleu et francophone aux prochaines élections fédérales, c’est clair, le Rouge va disparaître de la carte. Ne restera plus que le « Bloc » et les Conservateurs du jeune chef Lord. Le businessman « Pôlh Martinn » est cuit, rôti, brûlé par Chrétien. Souhait secret, voire inconscient, du démissionnaire « lib’ hérald » sénile ?
Vue à ARTV, hier soir, longue entrevue avec ce Paolo Coelo, devenu « gourou » avec plaisir. Les intellos, et les littéraires purs, méprisent cet auteur aux énormes succès. Traductions nombreuses du fameux Brésilien qui écrit en Portugais. Millions de lecteurs dans le monde. On lui reproche son ton moralisateur. Sauce « …le goéland ». Rien à faire, les gens aiment l’optimisme (bon enfant ou non), une certaine spiritualité, des écrits aux nobles idéaux. C’est un gigantesque lectorat et les « purs » râlent en vain. Coelo, fils de bonne et riche famille brésilienne, mis tout jeune en clinique psychiatrique par ses parents bourgeois, se mettra à écrire tard. Il aura fait le fameux pèlerinage à Compostelle un jour et décidera de « fabriquer » des livres « sincères » où il tente de montrer des « chemins peu fréquentés » à la mode actuelle. L’espérance l’habite et, réinstallé au Brésil, à Rio, très riche de ses redevances, il est le mécène d’une œuvre d’aide aux jeunes paumés de sa région. Il tient le discours d’un Lapierre, autre riche « espérant », humaniste, engagé en « livres » comme dans une mission laïque. Il en faut ! Pleins d’auteurs riches qui en restent à leur « je-me-moi ». Égo inévitable des vedettes de la littérature mondiale : Hemingway ou Henry Miller.
3-
Documentaire mal fait avec des passages émouvants à Télé-Québec hier soir : « Entre pères et fils ». Serge Ferrand —dessinateur de B.D. et cinéaste— a abandonné un fils, Jason —qu’il nomme « Chayzonne » (?)— et sa mère bien entendu. 20 ans plus tard, plein de regrets, cet émigré au Québec invite —en un camping-canotage organisé— le fils oublié. Trop tard ! Ce dernier restera de glace, avec raison. Oui, quelques bons et forts moments —Ferrand et son vieux papa pêchant en France— mais une sorte de « patch-work » mal organisé et qui laisse sur la faim de mieux savoir le vaste problème « père-fils ».
Serge Quesnel, le tueur repenti, fait allusion au divorce de ses parents, semble indiquer que ce fut le début de sa grave délinquance. Fréquente affirmation et cela me laisse très songeur au pays où quasiment « un couple sur deux », avec jeunes enfants, se fracture. Paquet de graves délinquants à nos horizons ? J’espère me tromper. Christiane Olivier —« françoisedoltonniene »— dans le film de Ferrand, affirmait qu’un jeune garçon a absolument besoin de « se constituer » via le père. Miserere !
4-
Manon Arial —courriel—, me reproche aimablement (j’aurais des œillères) mon blâme de « l’anglais dès la première année », vante le choix, l’option ($) « d’envoyer son enfant en école privée bilingue ». Me faudrait tant de pages pour bien expliquer notre situation à nous Québécois à la langue mal contrôlée. Elle est particulière. En France par exemple, la langue structurée y est florissante, sue à la maison, dès le jeune âge, bien assimilée. Ici, l’enfant (d’Arial) parlera mal les deux langues. On sait bien, qu’enseigné mal, l’anglais sera appauvri, déficient et ne fera pas de cette jeune personne un bilingue normal. Il sera une sorte de « bègue bilingue ». Tout juste bon à rester « valet infirme » dans un job banal en Nouvelle-Zélande, à Londres ou en Australie, à Toronto ou à New-York. Pas « d’avenir glorieux », pauvre maman inquiète dont je respecte néanmoins l’anxiété inévitable comme chez tous les parents normaux. Urgence : posséder vraiment sa propre langue d’abord. Savoir penser : donc grammaire, syntaxe. Cela fait, apprendre —mais vraiment— une autre langue sera efficace.
Revu (?pas sûr) hier soir le gras comédien Villeret (ah revoir son « Dîner de cons » !) chez Rapp aux « Feux de la rampe ». Pétillant, amusant et instructif sur ce métier si particulier de faire rire.
5-
Décidément ce folichon Marc Labrèche, à TVA, devient un fameux surréaliste. Il a un front…Dans son heure vespéral, inégale, de forts, très forts et cocasses moments avec une spontanéité peu commune. Admirable bonhomme ! Sa personnification de la Reine Élisabeth numéro 2, fut un caricature désopilante au possible, faisant parler « la vieille » monarque si mal chapeautée avec une vulgarité étonnante qui fit éclater de rire ma chère Aile, pas moins admirative de ce « Grand blond » que moi.
Grande visite demain, samedi, et, ce matin, Aile accueille donc avec reconnaissance, Rita, une femme de ménage habile. Je devrai —le salisseur impétueux— me tenir à carreaux. Oh oui ! Quand Rita s’emparait tantôt de ma chambre-à-écrire…je frissonnai. Mes petits papiers partout … Mon cher désordre. Non, elle ne fera « qu’aspirer » le tapis ocre. Ouf ! Quand il a vu le chapelet —en pierres-du-rhin—de ma mémère Albina, le bénitier et le crucifix (de papa) derrière ma porte…silence ! Reliques qui me sont chères, qui me font signe sur mon enfance d’enfant de chœur pieux, il y a… une éternité.
Hier, avant la promenade de santé : le canot à ranger, la planche à voile itou, le quai à monter sur la rive… L’annonce d’une « mort de l’été ». Tristesse légère.
6-
Quoi? New-York, Paris, Londres, etc, ne sot pas de vraies villes cosmopolites ? Un tableau de La Presse (série de Rima Elkouri) place Toronto en tête et Montréal en 6 ième position après Copenhague. C’est que les grandes cités des grands et vrais pays sont capables, eux, d’intégrer rapidement les émigrants, comme il se doit, comme il le faut. La faute aux complaisances sottes, à cet esprit trudeauiste du multiculs. Je lis qu’une émigrante de L’inde, heureuse du fait, se sent comme à Bombay autour de la gare Jean-Talon, quartier Extension Park. Émigrant à Bombay, serais-je heureux de me sentir à Montréal ? Non. Ce sera ma première polémique à T.L.M. un de ces matins : cette attitude, ces ghettos favorisés. Qui nuiront tellement aux enfants des migrants, ceux-là qui souhaitent devenir…comme les autres qui les entourent. Besoin normal. M’exilant en Italie ou en Allemagne, je voudrais vite voir mes enfants ressembler à leurs concitoyens du pays que j’aurais adopté. Je ne me vois pas à Rome ou à Madrid chercher où est-ce qu’on vend… de la poutine, nom de Dieu ! Elkouri écrit que « les Québécois y sont vus comme des étrangers », tant le ghetto est entretenu. Non mais… Elle poursuit : « Ils ont les pieds ici mais la tête ailleurs… » Comme elle, je remarque chaque fois qu’on monte ici, les antennes paraboliques partout, rue de L’Acadie. Ces nouveaux Québécois ne regardent que la télé USA ?
Ils ne savent rien de notre culture populaire et c’est anormal. Vivre ainsi, enfermé dans sa nostalgie, est malsain. Alain Médam (« Labyrinthes… » chez Fides) parle « d’une utopie qui pourrait se casser la gueule ». Et comment ? Ottawa qui souhaite, depuis toujours, nous diluer, nous réduire à une minorité parmi tant d’autres versent des subventions pour entretenir cet esprit néfaste des ghettos. Si nous les aimons le moindrement, nous devons sonner l’alarme et tout faire pour que ces nouveaux Québécois comprennent que la rapide intégration est l’avenir salutaire de leurs enfants, leur épanouissement. C’est rempli, ici, de racistes invertis qui estiment la non-intégration. Ils s’estiment si mal qu’ils apprécient, eux, de vivre comme en voyage perpétuel dans Le Mile-End ou ailleurs. Des malades de l’esprit, oui un racisme à l’envers.
7-
Ce soir, à Télé-Québec, un docu de Labrecque sur le RIN des D’Allemagne, Bourgault et Ferretti (née Bertrand dans Villeray). Hâte de voir ça. Le Pierrôt du Plateau : « Solange Chaput-Roland ? Une maudite folle », René Lévesque ? Un insignifiant et il fera dire au fondateur du P.Q. : le Président-au-balcon-du-maire-Drapeau ? Un vieux fou ». Eh bin !
Adieu les nuances ? Souvenir : rue Fleury, 1961, mon premier speech pour le RIN, je lis mon texte de dix pages. Après, mon Bourgault : « Lâche-moi ça la lecture, regarde-moi : un seul feuillet, quelques notes, des mots-clés et là… tu pars ! » Il avait raison. Bonne leçon du brillant tribun que j’ai suivie par la suite.
Pétition de gang ce matin : pour défendre l’Académie des Gémeaux en querelle. Certains « sages » avouent qu’ils étaient trop pris en carrière pour s’occuper vraiment de ce machin-télé. Ce bénévolat…bon pour les méconnus ou… les ratés. Ainsi, les trophées sont accordés selon les humeurs et les caprices —et l’incompétence— de ces généreux et aimables bénévoles ( faux pairs !) sans grande réputation qui n’ont rien à faire d’autre que d’aller visionner les produits des membres actifs. Oh ! Voilà où le bat blesse, je l’ai dit souvent. De là les aigreurs, les cris à l’injustice flagrante, aux mauvais jugement. Et les démissions, les chicanes. Comment résoudre cette bête réalité ? Rien à faire.
8-
La Gagnon, hier, déçue de voir le bon docteur des sidéens, Réjean Thomas, dans la « dumonterie » va jusqu’à laisser entendre que l’ex-ministre Castonguay s’affichant aussi avec le Mario-dégraisseur n’est que de l’intérêt pour son monde: les assurances (Groupe la Laurentienne) où il a bossé bien plus longtemps qu’en politique. Bang ! Ça leur apprendra à oser se ranger contre John Charest-le-fédéraliste-clair !
Mon ex-petit- camarade de l’École de céramique, Gilles Derome, y va toujours de citations quand il « lettreouvertise » ! L’autre jour, du Toynbee de 1952. Hier… du Jean-Marie Nadeau de 1965, publié à « Parti-Pris ». À mes yeux, étrange besoin de béquilles lourdes. On ne change guère ? Jeune, il pouvait se farcir dix livre par semaine, je l’en admirais et tentais de l’imiter. Ce qui m’a servi, bien entendu. Mais, Gilles, maintenant que tu es un grand garçon, comme moi, tu pourrais t’ exprimer sans parachute, non ?
André Aucoin, comme moi, est pour des classes séparées dans des écoles mixtes :les gars d’un bord, les fille de l’autre. Bravo ! Il dit une réalité incontournable : Les filles sont deux ans en avance dans leur développement mental et physique, réalité qui affecte les…comparaisons de rendement, nuit à la compétition —normale et souhaitable—des garçons entre eux. Découragement face à leurs sempiternels « derniers rangs », décrochage catastrophique parfois. On va attendre combien d’années avant que le Ministère de L’Éduc, les Commissions scolaires, comprendront ce fait tout simple et corrigeront cet état actuel si nuisible ?
« Quand tu peux l‘faire, tu l’enseignes.. » est un adage « parfois » injuste. Parfois. Claude Cossette, vétéran-expert-en-pub, ose : « La publicité est la pus mauvaise forme de communication ». Il enseignait à un congrès (à Québec) d’affairistes, gros et petits. « Pas de pitoune kioute..,. c’est vulgaire et ringard, non-productif ! Oh les chefs de télé qui engagent tant de « mignardeuses pitounes », pour l’info-spectacles, ou la météo ! À la SRC comme à TVA ! Oh !
9-
Le public —pas fou messieurs les démagogues, les mépriseurs—écoutent les excités névrosés comme André Arthur d’une oreille. Pour le show. Un divertissement. Les monstres attirent la foule depuis le Moyen Âge. Ces démontés fêlés n’ont aucune influence, allons-donc ! Punir si lourdement l’André Arthur est d’une bêtise. Surtout, c’est le signal des censeurs : « continuez à parler fort, cru, franc et les amendes « hénaurmes » vont vous mettre le cul sur la palle ». Il y aura donc prudence extrême et pour s’ être débarrassé d’u bouffon, on verra naître une radio de têteux, de timides prudents, de langues boisées. Dangereux virage ce demi-million de $ à faire cracher à Cogeco ou à Métromédia. Très dangereux pour les esprits libres compétents ! La juger Carole Jean a été une « machine à intimider » les rares radiodiffuseurs courageux. Désormais : craindre une radio plate, sans cesse surveillée, autocensurée à mort ! Franco Nuovo (4 octobre), lui, enrage face à ses lecteurs qui osent défendre « l’hurlurberlu Arthur » et ne voit pas les périls pour la liberté de parole avec cette amende « gargantuesque », hélas !
Avis aux anti-américains primaires : depuis 1001 —à ses débuts— les Prix Nobel vont très souvent aux Étatsuniens. Voici donc le 44 ième « Prix Nobel de physique » chez eux. Deux chercheurs sur les étranges « passe-murailles » que sont les neutrinos. J’ai appris (un peu) de quoi il retournait quand j’ai lu : « Brève histoire du temps » de Hawkings. L’infiniment petit est fascinant. Ces particules du cosmos sont les plus nombreuse, on parle d’un « rayonnement » plus que de vraie matière —qu’ils traversent sans cesse. Ces découvertes qui font mieux comprendre « l’infiniment grand » —soleil, planètes, galaxies, supernovas— changent beaucoup la conception ancienne de l’univers. Rien que ca ! Les amers disent : « oui, mais ce sont souvent des trouveurs émigrés de l’Europe ». Pis ?
10-
Je lis : « Non, nos enfants ne détesteront pas les homos ». Le mouvement GRIS, à est à l’ouvrage. Bien. Cartes postales, affiches par paquets, partout, on dira : « Nos enfants sont peut-être hétéros » » C’est fin, non ? Oui, faut combattre la haine des homos. On souhaite chez Gris présenter la réalité homo dans des manuels scolaires. Ah ? Fini l’« Yvette aux assiettes à laver » ? Exemple, dit Marie Allard (La Presse) : « Voyez, il y a Luc, son chien et …ses deux mamans ». Ou, au foyer, deux fois « papa » ? Dans mon quartier, « apparemment » pas d’homos, à l’école non plus. Au collège, deux ou trous ensoutanés, quelques zélotes du « touche-pipi » de mon âge. Eh non, on les aimait pas. Pas de la haine, plutôt des moqueries.
Un ami me dit : « S’il s’en trouvais un parmi ta bande d’ex-petits mousquetaires, tu réagirais comment » ? Eh b’en oui, je le protégerais le mieux possible, je l’aiderais à fond, je lui expliquerais qu’il n’a pas eu le choix, qu’il est né avec ce chromosome mystérieux en lui, qu’il a bien de la chance d’être né ces années-ci, qu’il n’aura pus à se cacher sans cesse, à mentir, à « épouser » pour la forme et à faire des enfants malheureux quand, à 50 ans, l’homo non assumé, sort du placard. Je lui dirais aussi que sa vie ne sera pas facile, qu’il sera toujours plus ou moins marginalisé, toléré le plus souvent sans plus.
Je lui dirais la vérité quoi. Surtout que ce n’est plus un drame social désormais. Pas du tout. Que les homos ne soient que 5 % ou 10% de la population n’est certainement pas une raison pour, en effet, ne pas combattre cette sordide haine si niaise.
11-
Foglia m’a fait réfléchir avec ses « pauvres tit-pits » l’autre matin. Il dit « foin des filles performantes, les gars sont paresseux et encouragés dans la paresse par l’école trop laxiste ». Folie, foutaise selon lui de vouloir « faire de l’école un lieu qui souigne comme la télé, avec bin du fonne »! L’environnement « trop » féminin et nuisible aux petits pits, il n’y croit pas, lui. Ensuite, du même souffle, le Foglia avance que le féminisme fait fausse route en diffusant que les filles sont meilleures parce qu’elles seraient plus obéissantes, studieuse, plus soumises, plus « moumounes » quoi. Insulte aux fillettes ? Ouaille ! J’y pense et y repense.
Louise Deschatelets lit son courrier du cœur : Marie-Hélène S. s’insurge du fait que l’État n’envisage jamais de verser des gages aux femmes qui décident de garder leurs enfants à la maison, loin de garderies. Cette M.-H. parle de sa voisine qui fait garder cinq jours et qui en travaille trois, qui lui gueule : « comme chuis bin quand ils sont gardés ». Oh la sans-cœur, la dénaturée ! L.D. répond à côté : « Vos mots dépassent votre pensée, les garderies ont du bon etc. »
J’ai croisé le psy Michel Dorais du temps de mon bref talk-show sur les livres. Un jeune homme plein de bon sens. Excellente entrevue avec Dorais (par Micheline Lachance) dans le dernier « L’Actualité ». Le sujet : les pédophiles en soutanes… ou non. Instructif. Me retiens de citer le tout, c’est dire. Exemple : Q. : « Si le mariage était permis aux prêtres » ? R. :« Ça ne changerait rien » répond Dorais. Vrai. La pédophilie n’a rien à voir avec le goût, le besoin des femmes.
Nous méfier des sondages ? Louis Préfontaine le dit avec raison. Exemple de question piégée. « D’accord ou non, les gens en moyens allant à la médecine privée feraient épargner de l’argent qui retournerait au système public » ? 67 % de « Oui ». C’est vrai ? Ces riches refuseraient de payer l’impôt pour les soins publics. Alors ? L.P. dit si on rédige franchement : pour ou contre un système public plus dispendieux, moins efficace, traitant moins de gens… », il y aurait eu 67 % de « Non ». Méfiance des sondages en effet.
Un André Pratte (La Presse) étonnant dit que les médias contribuent à l’installation des langues boisées politiques. Hen ? Pratte attaque le « National Post » qui conspue le John Manley (un « partionniste » écœurant) pour ses propos anti-monarchistes. Hon !
12-
Ce « Testament… » de Quesnel-le-tueur nous en apprend de bien bonnes sur le personnel dans les prisons, il faut le dire. Les pots-de-vin y circulent allégrement. C’est, ici et là, à faire dresser les cheveux sur la tête.
Et moi je suis là avec mon doux clavier, ce ciel calme et si gris, et mon Aile qui dit : « Un bon potage bien chaud, non ? » Oh oui. Je descend. Cliquer : fermer.

Le jeudi 22 août 2002

1-
Ouf! Oui, « jours de pluie »…donc jour du diariste. Par où débuter…résumer cette absence du clavier ? Éliane, ma fille, arrivée ici lundi, vient de nous quitter. J’admire son courage : sous la pluie, tantôt, elle a tenu à aller se baigner longuement une dernière fois et y faire ses exercices dans la « nouille » de plastique. Elle nous a détaillé un tas de maux physiques qui l’accable et nous a paru pourtant , à Aile et moi, en forme splendide. Hier, je lu ai dit : « Eliane, ça serait pas la ménopause tout ça » ? Elle a répondu : « Oui, peut-être, ça se peut ». Elle jouit d’un appétit formidable, a un moral solide, est capable d’énergie rare. Alors ? Quoi qu’il en soit, son séjour m’a fait du bien. L’absence des trois garçons favorisait nos confidences. On a souvent jasé en tête en tête. Souvenirs communs, constats divers sur nos petites actualités, vagues projets d’avenir. C’était fameux. Un seul inconvénient : la fumée de nos cigarettes. Elle ne supporte pas. Le soir, Éliane elle se tenait un éloignée des deux cheminées, près de la moustiquaire. On en riait.
Mercredi midi, visite, avec Éliane — amateurs d’aquarelles, en faisant pas mal elle-même— à Saint-Agathe, pour visiter une modeste expo de l’aquarelliste, brillant technicien, lui, Jean-Paul Ladouceur. Sa fille, Johanne, était dans la petite galerie. Échange de souvenirs. J’ai oublié de lui dire avoir consacré un chapitre à son père-peintre dans mon « Je vous dis merci ». Elle me veut en préfacier —au moins, lui ayant dit que je n’avais pas le temps d’écrire la une biographie qu’elle planifie— pour un tel livre qu’elle veut consacrer à la mémoire de Jean-Paul. Je ne me voyais pas, paresseux, potasser des tas de documents ladouceuriens.
Le lac, à Saint-Agathe, est plus impressionnant que notre petit lac Rond. On a embelli des rues, on y trouve la panoplie des restaus et boutiques à la mode un peu partout désormais. C’était joyeux sous le beau soleil de ce jour-là. Chaque soir, promenade de santé dans nos alentours avec ma fille qui y tenait, qui me fit prendre la résolution de marcher davantage.
Vu à la télé, avant-hier soir : « Vertigo » d’ Alfred Hitchcock. Son chef d’œuvre disait la chronique. Oh la la ! D’une lenteur, d’un manque d’ellipses, un « presque navet » au fond. Basé sur un polar de Boisleau-Narcejac, il en sort une abracadabrante histoire. Seul la fin surprenante de l’intrigue —de ce lent et trop long film— reste valable…et encore ! Pourquoi surenchérir, sur-coter, ces vieux films d’antan…aveuglément ? Snobisme puant. Aile comme Éliane rigolaient ferme aux tournants, virages brusques, si peu plausibles de ce « Vertigo ». Et moi donc !
Avec ma fille, bref pèlerinage à mon ex-écurie de 1952 — 14 mois avant sa naissance— rue du Chantecler. Je lui parle du concierge de l’hôtel qui tentait de m’aider un peu. Il ne reste que le solage. « Tu parles beaucoup de ce Sainte-Adèle, cela t’a marqué hein ? », me dit Éliane. Et comment ? Au fond mon premier appartement, à vingt ans. Ma première vraie coupure avec la famille et la rue Saint-Denis; mon premier échec aussi. Ça marque en effet. Le lendemain, —y a-t-il un hasard— au dépanneur du coin, la fille du concierge Aubuchon m’apostrophe : « Ah vous ! Ma mère détestait que j’aille rôder dans votre atelier. Elle avait peur…de vous, de l’artisse, du bohémien ! » On a rigolé.
2-
Nous avions appris —source du « beau milieu », expression de Raymond Cloutier— avant tout le monde le suicide de la fille de feu Luc Durand, Émilie Durand. 22 ans, merde ! Aile : « Non, non, va pas mettre dans le journal, la famille est peut-être pas prévenue encore ». J’obéis. Samedi matin, c’est dans les journaux. Clairement. Avec le rituel : « Dons à « Suicide-Action ». Tombée du clocher de l’église de Baie Saint-Paul. Miserere !
Coup de fil de mon éditeur « trois-pistolets », le V.-L. B. « Salut Claude ! Bon :on garde un de tes titres. Ce sera : « À cœur de jour ». Final. Pour la couverture, cesse tes tourments, oublie l’illustration littérale du titre et fais-moi plutôt un de tes autoportraits donquichottien dont tu as le secret. Okay ? Salut ! »
Bonne idée. Je vais m’y mettre et la lance du « chevalier sans peur et sans reproche », à la joyeuse figure, sera une longue plume bien acérée ! Youpi! Délivré.
Rêve vraiment bizarre, extravagant, avant-hier. Je le résume très brièvement. Matin. Je suis avec d’autres (c’est vague : mes enfants, des amis, le passé, aujourd’hui ?) dans une cave bétonnée —la mienne, jadis, à Bordeaux, il me semble— il y a eu des…mulots, chauve-souris, rats, bêtes bizarres. (Écureuils ?) Le lieu est craint. On cherche comment nous débarrasser de ces « bébites de nuit » si encombrantes. Je vois des trous nombreux dans le solage (reste de l’ex-écurie). Aussi des blocs de glace…Soudain, qui descend le long d’un mur de cette cave, une assiette de cuivre, gravée. Je vois la corde de soutien qui défile ! Peur de tous. Fantôme ? Poltergeist ? Frissons de tous. Prudence. Petits cris. Recul des froussards. Brave, je m’approche et je lis un nom (inconnu) —Marcel ou Maurice… Briard ou Brodard… peint au bas de l’assiette martelée qui offre un portrait brossé vivement. Visage joyeux. Face comme hilare. Tête d’homme avec képi militaire. Soudain, juste à coté, fil mobile encore et c’est un masque de carton épais qui descend et s’arrête à la hauteur de l’assiette métallique. Même visage ! Stupeur de nos tous. Le nom peint au bas de ce masque : même fion grotesque. Ensuite, nouvelle surprise. Cris encore : un troisième objet sort du mur et se glisse le long du mur de ciment. Une petite huile sur toile, sans encadrement, le nom pas même séché encore à l’huile grasse :colonel M…B…Je peux pas lire clairement. Bouleversé par cet accrochage insolite, je veux calmer mes compagnons, —mes enfants, mes petits-fils, je ne sais trop— je dis : « C’était ça. C’était lui. Un esprit en difficulté. C’est fini, regardez. En effet, les trous sont frais cimentés et la glace a disparu. Les trois portraits remontent au plafond, disparaissent. Je récite un pater, je ne sais plus les mots, alors je récite un ave… Soleil luisant dans la cave redevenu normal. En sortant je dis à Marco (qui est à mon côté ?) : « Je regrette. J’aurais pas dû… ces vieilles invocations, non, j’aurais pu improviser mieux, faire une « prière aux morts » plus personnelle. Marc me dit : « Oui, c’est vrai ! En effet ! » Réveil.
3-
Mardi et mercredi, ma fille heureuse, en vacances totales, baignades sans cesse et, hier, visite au rivage d’une amie d ‘Éliane, Danielle P. venue du Rang 12. « Regardez ce que je vous apporte, m’sieu Jasmin. Vous aviez parlé des « croquettes » mangés au collège Grasset à chaque récréation, votre « régal », disiez-vous. J’en ai déniché une de vos chères croquettes ! » Elle me le lance ! Vite, j’y goûte. Je l’avale toit rond. Miam ! Rien de changé. On a ri. Il nous reste ainsi des goûts anciens qui ne s’oublient pas. Ce petit gâteau « Stuart », le « Croquette » — « Mae west » pour d’autres— pauvre consolation dans « la prison » obligée des « bons pères ».
Dimanche soir, location du dernier film de Godard : « Éloge de l’amour ». Arès quelques navets imbuvables, nous avions mis une croix pour longtemps sur ce « chercheur » aux navrante trouvailles. Dimanche, on se disait : « un dernier essai, il a changé, évolué, peut-être. Non, c’est plus assommant que jamais. La « recommandeuse de vidéos » de La Presse, la Sarfati, bien snob, bien jet set, craignant, mondaine, de passer pour une demeurée, y allait d’un « trois étoiles et demi » ! La niaise intello désincarnée ? J’en doute. Plutôt la timide timorée intimidée. Un récit obscur, une machin sans queue ni tête. D’une prétention d’imbécile, d’un ennui constant et total.
Raconter encore mon histoire : « Une fois c’t ‘un gars… devant l’entrée d’un club « pour intellos seulement ». Le portier lui dit : « En êtes-vous vraiment un ? » Lui : « J’ai aimé « Éloge de l’amour » de Godard ». Le portier ouvre aussitôt : « Entrez, entrez vite »! Aile vraiment écœurée —qui aime bien pourtant les histoires compliquées à la « Mulholland Drive ». Cette fois, comme moi, elle jure que Godard c’est terminé. À jamais. Elle me ramène un Godard et je divorce. Euh non, on est pas encore mari et femme !
Le peintre « automatique » Pierre Gauvreau ( aussi auteur de « Le temps d’une paix, « Le volcan tranquille ») à la radio du matin avec Dussault : « Les marchands de soupe ont envahi la télé ». Vrai et pus souvent que souvent.
Éliane nous raconte l’organisation d’un anniversaire pour son benjamin, Gabriel. Une douzaine (12 !) d’amis. Garçons et filles. Toute une soirée de fête, une nuit aussi et le lendemain ça continue rue Chambord ! Oh la la ! Tas de repas, de collations, jeux, min-orchestre, voisins ennuyés etc. Fatigue terrible. Aile écarquille les yeux et voit mieux à quoi elle a échappé. Ouf et re-ouf !
4-
Lundi, départ pour monrial. Fête rue Saint-Denis, à l’école de théâtre, pour le 50 e anniversaire de fondation de « La Roulotte » des parcs. Paul Buissonneau très applaudi, félicité sur toutes les coutures. Il est en pleine forme. Il pète vraiment le feu tout en allant vers ses 80 ans ! Rencontres merveilleuses des anciens camarades : Clémence, Sabourin, impossible de les nommer tous. Évidemment évocations sans cesse. Souvenirs, souvenirs. Nostalgie inévitable. Et cette École, ex- terrifiante antre de jadis. Nos parents, des voisins : « Continuez, petits vauriens, à casser des carreaux (ils disaient « des vitres ») et on va vous faire renfermer à l’École de réforme » ! Nous savions que c’était à quatre coins de rue de la rue Bélanger cette horrible prison des enfants où on fouettait, on torturait ! Notre frayeur alors, on restait tranquille deux ou trois jours.
Après la joyeuse fête, souper à « La Moulerie » avec P.-J. Cuillerier. J’aime ce camarade d’Aile. Il n’est jamais ennuyeux. Sa faconde est inépuisable. Il est brillant, il me stimule. J’arrête, je me souviens qu’il m’a dit « nous tenir à l’œil » via ce journal qu’il lit fidèlement. Bon, disons qu’il n’est pas « si fin » que ça.
Chemin Bates, lundi soir, constatation : le trou s’évase. La pelle « pas à stime » se fait aller la mâchoire. C’est maintenant un très, très grand trou. Le futur bloc de condos, huit étages, sera bien assis. Le bruit incessant dès mardi, très tôt. Les saletés partout. L’horreur. Nous déguerpissons vite de là. Que font ceux qui demeurent au « Phénix » tout l’été ?
Le beau cadeau envoyé par Manon A. Vieilleries précieuses. Elle m’a posté deux volumes du journal de Julien Green et un de Mauriac, sans doute déniché à ses « puces » de la Rive-sud de Québec. J’ai commencé le 1940-41 de Green. Il s’est sauvé aux USA, chez lui. Il en souffre. C’est un amoureux fou de Paris, de la France. Chaque entrée offre de profondes réflexions sur le destin, la vie tourmentée, l’angoisse métaphysique. Il plane au-dessus des réalités contingentes, ce que moi je ne fais pas bien entendu. Je suis donc privé constamment d’informations sur sa vie réelle, son existence « de chair et d’os ». C’est un romancier d’antan —que j’ai tant aimé, je l’ai déjà dit—, du temps que j’appréciais tant les âmes torturées, sauce Mauriac. Plus tard, Dos Pasos, Hemingway, Steinbeck, Caldwell me soignaient à jamais de ce besoin un peu… disons, judéo-chrétien. Trop.
5-
J’ai lu, en vitesse, le bouquin, écrit à la va-vite, de Claude Jodoin (« Mes aveux… » Quebecor, éditeur) qui fut le Michel Auger de son temps au même « Journal de Montréal », qui se lia avec Claude Dubois et ses frères en banditisme. Un jour, remords le titillant, il passe indicateur de police. Cette lecture éclaire beaucoup les affaires actuels avec Maurice Boucher et ses bandits à moto. Dame Justice en attrape pour ses grades. Le Jodoin finira en une prison atroce : chaque jour, cachette découverte, dit-il, risque d’être son dernier. Une « balance » le sait fort bien. Il affirme que sans eux, les délateurs (« haïs par tous » souligne-il !), il n’y aurait jamais —mais jamais— procès des « chefs » de mafias puisque ceux qui règnent sur les commerces interlopes savent « se couvrir ».
Pour me changer de la crasse morbide des tueries en série du clan des Dubois, j’ai lu « Les détectives de la santé », par Jacques Drucker (Nil éditeur). Une crasse différente. On y découvre le horreurs microscopiques ( virus, bactéries) qui répandent les infections, les épidémies. Du « vieux » Sida à cette effrayante contagion actuelle via les moustiques (du Nil occidental). Instructif en diable mais…on devient nerveux. On craint la nourriture même inspectée et on a envie d’aller vivre dans une bulle. Bon, Drucker affirme : « nos systèmes immunitaires se battent sans cesse et gagnent le plus souvent ». N’empêche de savoir qu’il y a des milliards de bactéries qui résistent tant bien que mal dans notre organisme donne froid dans le… ventre, c’est là surtout, dans nos intestins que se situe l’arène de lutte perpétuelle !
Je commence deux romans, un de Stanley Péan : « Zombi blues », plein de zombis rôdeurs sous Duvalier en Haïti et un du très érudit macaroni, Umberto Eco : « Baudolino ». Les finirai-je ? C’est une autre question. J’aime bien essayer » un livre. Eco m’énerve déjà, je déteste l’érudition (qui n’a rien à voir avec la culture) et encore d’avantage ceux qui l’étalent à pleines pages.
À RDI —quand il font une pause en fédérastie appliquée » avec leurs actualités coast to coast— présente de bons documentaires. L’autre soir, un colonel, Braun de son nom. Fgrandis et partis. Il devient un gourou. Dans l’aile des « charismatiques ». Commune organisée. Il sermonne. Il « impose les mains », il parle en langues. On voit une de ses fidèles qui s’étend au sl en tremblant, prise de fou rire ! Braun dira : « c’est l’onction de joie », c’est fréquent ! Tu parles ! Enfants stupéfaits. L’un dira : « Au fond, ils se sont fabriqué une nouvelle famille, ayant perdu la vraie. » Oh ! oh ! oh ! Les voies du Seigneur (oh Lord !) sont variées hein ? Bon docu. Très bon.
6-
Bref songe : nous sortons d’une fête clinquante. Trop de monde. Plein de mondains snobs. Fusses rencontres. Façades et vains propos. Trop de vin bu. Nous nous retrouvons, Aile et moi, sous le Stade Olympique. Logement exigu, de béton armé. Affreux réduit de quatre pieds sur huit ! On étouffe. Aile désolé, muette, embarrassée, moi honteux, découragé. Déçu. Ça parle dehors de complot, de crise, de menaces nucléaires à venir. Nos vivons comme des homes de caverne. Privés de tout. Bizarre cauchemar non ? Ça vient d’où ? La Roulotte ? Le film de Godard ? Sais pas. On sait pas. Comme j’aimerais comprendre le symbolisme des songes. Y en-a-t-il un ?
Dubé à la télé d’antan : « La meilleure pièce de Tremblay ? « À toi pour toujours ta Marie-Lou ». Pas loin d’être de son avis. Lui, sa meilleure ? « Un simple soldat », dit-il, ma plus forte, je crois bien ».
Dans le Godard tout de même, un petit passage un peu plus clair et où je retrouve le débat que je tiens : « Ne jamais dire les Américains quand on veut parler des citoyens des USA ». Un personnage tient le même langage que moi. Ma surprise. À la fin de cette séquence : « Quoi, alors quoi, les citoyens de votre pays n’ont pas de nom ? Américains c’est aussi vrai pour les Canadiens et les Mexicains. Vous n’avez donc pas de nom, c’est inouï ça » ? Plaisir furtif.
Ce soir, hâte, avec Bernard Rapp —qui va s’améliorant— à « Les feux de la rampe », Anouk Aimée. Pour une fois le Cauchon du Dev l’annonce dans son « Choix ». Bien. Était temps !
Un comique vante Toronto et démolit sa ville natale. On s’empresse d’imprimer ça sur cinq colonnes hein ! Racisme inverti, un virus solide. Ce jeune diplômé trouve un job bin payant à Toronto, ça arrive partout en Allemagne comme en Angleterre, et le voilà vantant Toronto « La » salvatrice. Si un gars de Toronto se déniche un bon job à Montréal, ira-t-il brailler à Toronto qu’il n’y a que Montréal pour les chercheurs d’emplois ? Non mais… Il est venu faire son tour, il adore tant Montréal, il aimerait tant y revenir, il a revu de ses amis diplômés comme lui et…chômeurs. Hon ! Or, les sondages le disent tous : ils se créent au Québec plus d’empois qu’ailleurs au Canada depuis quelques temps. Un menteur. Non, un petit malin qui sait qu’on va imprimer son lamento chez Gesca-Powers and Company. Ma fille nous a raconté la « belle vie » d’un couple d’ex-amis, deux urgentologues du Québec, instruits ici à nos frais, qui s’enrichissent rapidement en Pennsylvanie, à Pittsburgh. Grand bien leur fasse, non ? Certes, ici, ils auront de moins bonnes gages. Là-bas, s’ils tombent malades, ils vont en baver et en cracher un coup. Un risque. Liberté pour tous quoi ! Ce couple a choisi et ne viendra pas baver sur le Québec. L’exil chez les Amerloques ou en Australie, un choix. Point final. Je sais que je ne pourrais pas vivre, pas une seule année, aux USA. Pas même six mois, pas deux, pas un seul. Mon choix. Il n’y a que la France…et encore. J’aime trop mon pays, je reste. Et puis il est bien tard…
7-
Coup de regard à ma fenêtre. Classique, à l’heure de la soupe, Sainte-Adèle s’illumine même le jours de pluie. Sortir ? Oui. Aller à l’école Bouffe, ré-ouverte depuis une semaine ? Non. Les débutants doivent se fortifier. Et les sauces riches, mmm !
Dans le « Ici », Robert Lévesque déboulonne l’Ionesco et aussi le Cioran. Que dirait-il d’Adamov viré à droite-toute ? Nos deux héros littéraires fleuretaient abondamment avec les fascistes au début de la guerre. Découverte au mode « passé trouble » par Laignel-Lavastine qui publie « L’oubli du fascisme » (PUF éditeur, 550 pages). Je comprends mieux l’énervement des Cioran quand ils lisaient le mot « nationalisme ». Pour tous ces défroqués du fascisme, le mot, était tabou. Incarnait le mal. Ils oublièrent le nationalisme moderne, celui de la décolonisation, le nationalisme moderne, actuel, qui n’avait rien à voir avec leurs péchés de jeunesse quand ils admirèrent en nigauds confus le nationalisme des Mussolini et des Hitler —comme celui, ici, ici, de nos Chemises Brunes du chef Adrien Arcand et certains curés, évêques englobés, du genre, tiens, du papa de Jacques Lanctôt dont il parla volontiers avec Dussault l’autre matin. Bref, un autre bon article de Lévesque. Et un livre que je veux trouver.
Voilà le soleil; « Here come the sun… » chantait The Beatles. Je sors le dévisager sur la galerie et vite.

Le lundi 22 juillet 2002

1-
Bel après-midi. Prélassement total, chaises longues matelassées, baignades, lecture du « Nouvel Obs » —sur la vérité et les mensonges dans la Bible—, Aile lit « L’Express », je repars nager vers le radeau et, coucou, passage du rat musqué familier, au large un canard, solitaire !, visions de poissons rouges énormes (venus de bocal renversé?), carpes capables de s’adapter au lac d’ici donc ? Mon ignorance. Soudain : adieu soleil, adieu chaleur, le ciel virant au gris sombre, vent plus violent, on monte vitement vers la maison. Le temps d’aller au journal est venu.
Tout un week-end passé avec une terrible pie bavarde dans mon genre, la comédienne émérite Monique (Miller). Elle et son fils Patrice (Gascon) sont repartis ce midi. Taquinage dès samedi midi (à son arrivée) avec cette « nouvel officier de l’Ordre du Canada ». Elle ira bientôt chercher sa médaille, logée, nourrie, à Vancouver, billets d’avions payés ! On a rigolé. Je lui ai répété qu’elle devait dire : « J’accepte cet honneur d’un pays étranger mais néanmoins ami ». « Laisse-moi tranquille, on a pas le droit de parler. Okay ? » Comment ça se fait ça qu’ à moi, Ottawa ne m‘offre jamais rien, ni médaille, ni ruban? Monique : « Pis j’suis p’us séparatist’ Jasmin ! Depuis tu sais quand ».
J’ai lu le prof, auteur-éditeur Brochu ce matin dans la « une » du Devoir. Il narre avec cruauté l’état piteux de l’idée nationaliste de nos jours. Oh la la ! L’académicien y va d’une lucidité remarquable mais atroce. Le lot des déçus, des découragés grossit vite ma foi du diable ! Moi ? Je serais le dernier, le seul, à lutter pour notre indépendance, je continuerais à la proclamer. Toujours. Jusqu’à ma mort. Nos compatriotes (quatre sur dix !), pour des raisons connues, craignent le changement. Ce fait têtu ne change pas une conviction, il me semble. Je reste optimiste.
Dimanche, visite avec nos deux invités à Val David pour les « 1,001 pots » (de céramique). La qualité baisse. Vaste fourre-d’argiles diverses tout bien démocratique mais… Déception légère de tous. À l’aller, vision sur la 117 de troupes assemblées. Police, ralentissement. Val Morin reçoit pour un cérémonial de type indou mais on ne sait trop de quoi il retourne. Ce matin, nous apprenons qu’il s’agissait d’un vaste pow-wow religieux, Tamoul. Ça ne devait pas trop causer en français !
Un bonhomme (reportage de ce matin) installé longtemps aux USA revient tout heureux à Montréal. Il vante la place. Ça fait chaud au cœur de lire son grand plaisir. Dira-t-il qu’il veut s’intégrer à nous, qu’il avait besoin de nous ? Non. Pas du tout. Il ne vante que l’aspect cosmopolite de Montréal. Pour lui, c’est le suc de l’existence. Le 84 % des nôtres le laisse de glace. Il dit qu’à Montréal, il ne perçoit pas l’homogénéité raciale qu’il devait endurer à Atlanta !Ils sont nombreux ces zigues (dont certains des nôtres). Le Québec ils s’en crissent ! Notre culture, nos us et coutumes, notre histoire, notre avenir incertain, nos combats de résistance ( 2% au milieu de la vastitude anglo-saxonne) c’est de la schnoutte ! Ils n’aiment que la mosaïque de ghettos du centre-ville. Une sorte de racisme. C’est bien clair.
Tout autour de ce centre-ville à ethnies « variables » (tant s’exilent vers Toronto tôt ou tard), vivent les nôtres, à Longueuil comme à Laval, à Saint-Hubert, à Saint-Jean comme à Sainte-Thérèse et à Saint-Eustache… des millions des nôtres, rien à faire. Toutes ces foules ne comptent pas, non, ce qu’il estiment c’est le carnaval des ethnies. Un racisme, oui.
2-
Le tonnerre gronde maintenant, on passe de la grisaille à l’ardoise dehors. Le vent a viré de l’ouest vers un nordet énervant. Ça sent l’eau qui va tomber en trombes…On verra. Monique nous a beaucoup parlé de sa tournée en Europe avec « Je suis une Mouette… », le captivant spectacle monté par Denoncourt. Un franc succès de Marseille à Berlin, à Munich, etc. Cette fille possède une énergie renversante. Je ne me voyais pas trop, (on a à eu près le même âge) dans mes valises, changeant d’avion, de train, de ville… Mais non, Monique, elle, raconte ses périples avec joie, fait voir tout cela comme une expédition agréable. Facile, ce lot de représentations à l’étranger ? C’est qu’elle adore son métier, je suppose.
Aile, Monique sur la route, semble toute essoufflée…d’avoir vu encore cet engin inouï, Monique, qui cause, qui brille, qui se souvient de tout, de tous, qui est une mémoire absolument prodigieuse. Tant que je lui dis : « Tu veux pas que je te rédige un bouquin, tout ce que tu sais, pourrait se perdre, non ? » Elle rit. Me fait comprendre sans doute qu’elle se sent encore trop jeune pour se mettre au livre de ses souvenirs. Hélas ?
Rêve de vendredi. Un cauchemar. Des enfants sadiques, avec des poignard, qui cherchent dans nos rues des victimes. Je me cache comme tout le monde face à ces petits sorciers, bandits, qui règlent je ne sais trop quels comptes ! Des amis sont blessés et râlent. Je reconnais des camardes de travail de jadis (Roussel, Picard, Valade). Puis, il y a une réunion. Salle vaste. Un gymnase ? Des moniteurs nous conseillent. Un caucus savant, bavard, futile. Je me sauve. Aile me retient. « Il y va de notre survie » ! Je sors, je me moque, plus une seule voiture en ville. Les jeunes rôdeurs juvéniles sont disparus. Méfiance de cette accalmie. Une sorte d’Harry Potter pleure, seul, assis dans un caniveau. Je me sauve. La peur. Je me réveille.
D’où ça peut venir. Lectures récentes. Sur l’excision en Afrique. À la télé, des enfants installanbt une machine pour faire dérailler un train. Les 118 assassinats du sordide docteur en Angleterre. J’avais songé à ma bande, dans « Enfant de Villeray », martyrisant les chats de ruelle. Mystère des songes noirs.
3-
Jeudi soir, film loué, bien fait. « The Hart’s war ». Un Bruce Willis solide. Un camp de prisonniers au nord de l’Allemagne. Même ambiance que pour « Le caïd », autre film bien fait mais se déroulant dans un camp tenu par des Japonais. Un récit effrayant, encore sur cette guerre de ‘39-’45. Gregory Hoblit est un réalisateur compétent.
Actualités : Une parodie du mariage ? Deux homos. 29 ans de vie commune harmonieuse. Désir tenace d’une union officielle. Rien du genre névrosé, des « homos à sauna », pour des secousses anonymes et brèves. Un beau couple, cela est évident. Trouver un nom nouveau pour ce type d’union …maritale ? Oui. Aile enfin y consent. Je dois me dénicher un papier attestant que je suis bien un veuf et le curé du village, Michel Forget, dit qu’il nous organisera un mariage. À trois coins de rue d’ici. Régler cela pour septembre. Fin du concubinage. Ce mot ! Vendredi, voyage-éclair en ville. Courrier, Aile pour son cher poulet mariné du Adonis, rue Sauvé. Entrer-sortir quoi. Vendre ce mini-condo en ville, non ? Aile, desperados espagnolisante : « Non, non, Clo. S’il fallait que l’un ce nos deux tombe gravement malade…Nous voit-y voyager tout ça pour le visites à l’hôpital à Montréal ? » Bon. Pas vendre. Mon correspondant de Concord (qu est en Mass, pas au New-Hamshire, dit-il) : « record Guiness ? j’ai touché 8 dollars US de royautés pour mon « Total Chaos ». Eh ! Je reçois parfois un chèque de 8, ou de 13 piastres, pour un vieux livre publié qui trouve quelques lecteurs. Pour un livre nouveau, oui, c’est rude. Ça fait mal. Ça stimule pas une miette. Ce G. Tod pourrait sombrer dans la parano car il avance que si un littérateur critique trop fort, ne respectant pas les tabous….—et cela par un inconnu ou un méconnu— c’est l’enterrement rapide.
5-
Ce vendredi-là, anniversaire de ma fille. Téléphone du popa. Elle a reçu mon cadeau. Elle devra rencontrer bientôt deux ou trois médecins. Spécialiste de ceci et de cela. Ma peine. Elle qui fut si forte si…en bonne santé jadis, enfant , ado. J’invoque mes chers défunts à son sujet : que la santé lui soit rendue.
Les spéculateurs se méfient. Les mensonges aux boursificateurs des patrons. La cupidité rongeuse de confiance. La bourse en alarme. Crise, Congédiements en cascades. L’économie des USA chambranlante. Dans un magazine de Paris : prévisions de catastrophe aux États-Unis. L’Euro grimpe. Des jargonneurs s’en mêlent. Pour l’un, rien à craindre, pour l’autre, un tremblement de terre économique chez nos gras voisins. Qui croire ? Nortel valait 120 piastres l’action. Chute vertigineuse et c’est 2 dollars l’action maintenant. Du chinois pour moi. Word- machin s’écroule…faillite à l’horizon ! Manchettes premières sur tout cela au télé-journal. Aile : « Desjardins m’a prévenu pour mes REERS, je vais perdre dans le 3,000$ Et toi » ? « Moi ? Je lis pas ces paperasses codées chez Desjardins ».
Petit écran, petit écran, que vois-tu venir ? Misère en Angola. Guerres civiles. Du sang en Israël. Du feu…des inondations…Le sida-ravage. Et, enfin, le pape, en ce moment dans son avion jaune et blanc, surgira à Toronto et des foules jeunes attendent ce petit vieux malade, tremblant, étonnant pontife d’une religion à laquelle la même jeunesse ne souscrit en rien ! Mystère ?
Ce pape veut mourir à l’ouvrage, en pèlerin. « Mort d’un commis-voyageur évangéliste ! À Toronto peut-être ? Ou au Mexique, où il s’en va après ? Monique Miller : « Oui Claude , comme Molière, il veut mourir en action ! ».
Fête de l’amie Mimi Dubois, dimanche. Promesse d’un petit mot. Je le fais. Courriel au mari organisateur de la « cérémonie ». l’ami André Dubois. Pendant que le jardin de Mont-Royal festoyait (40 invités !), nous, ici, dimanche, nous bavardions à perdre haleine, conversations à bâtons casés sur les faits divers en « colonie artistique ». La revue générale des « gens de la balle » quoi !
J’ai repris mes pinceaux une fois encore, vendredi. Hum… Essais, essais ! Fort marchand de glace et de charbon. Vieux à la pipe sur le balcon. Une mouman et se quatre fillettes au panier de tomates….Pas fort encore ! Au bord du découragement ? Oui et non. Fou, je me dis que, soudain, je trouverai la bonne veine et que paf ! ça va jaillir, couler comme source. Tête heureuse va !
Vendredi soir, entretien télévisé à « Inside Actor’s studio » avec Kim Basinger. Bonne télévision d’ARTV. Une actrice aux antipodes de la fraîche manipulatrice Sharon Tate vue il y a peu. Avec Basinger de la bonne franchise, des aveux frais, de l’expérience offerte généreusement aux élèves de l’école de New-York et…à tout le monde aux écrans.
Oh ! La bonne rencontre chez Claude, vendredi soir, rue du Chantecler où l’on bouffe trop gras mais… quelle formidable régalante bouffe ! À une table voisine : une directrice-adjointe de la SRC, aux dramatiques, Claudine Cyr. Je suis ravi car voilà qu’elle offre à Aile de donner un cours (« sur l’image ») à l‘alma-mater. Aile refuse. Rendue à la maison : « N’empêche ça fait du bien. On me veut, on pense encore à moi. On a toujours confiance en moi. C’est vitalisant. » Moi bien fier d’elle.
6-
Un bon groupe de soldats en Israël refuse d’aller servir dans ces territoires occupés. Ouf ! Vent frais nécessaire. Ils iront en prison. Honorable incarcération. L’honneur de ce pays est sauvé par eux. Beau courage. Ces objecteurs de conscience d’aujourd’hui sont la nécessaire « réparation » d’une réputation « bin maganée » là-bas. État, menacé certes, mais qui doit comprendre qu’il faut aussi un état aux Palestiniens. Sinon…du sang versé (de civils innocents) et pour longtemps encore.
Un lecteur laurentien s’insurge avec raison dans l’hebdo « Succès ». Par ici, Cogeco (comme à Montréal ?) n’offre pas la télé française de l’ontario, TFO. C’est scandaleux. Sylvio LeBlanc est révolté. Comme moi, il dit qu’il se fiche carrément du gros paquet de canaux USA offerts gratuitement. Il y a si peu de chaînes francophones. Comme LeBlanc, je voudrais bien obtenir TFO. Et au plus sacrant. Je dois trouver un bon moyen de dénoncer ce COGECO aux mains pleines d’Amériquétaineries ! Ça suffit !
7-
Je viens de lire (courriel) un jeune (Robert Mercier) qui est monteur pour l’entrevue accordée récemment ici. Il me remercie pour mes propos. Rares compliments chez un technicien… le monde change, les temps changent. Il m’a donné confiance. On se jette à l’eau, face à la caméra, on sait pas trop si notre baratin a de la gueule ou si c’est du vasage et voilà qu’un modeste monteur vous dit : « c’est bon, merci, c’est des propos riches ». Merci jeune homme !
Si jamais mon fils ou ma fille décidait de rédiger un bouquin sur « moi, en père »… que dire ? que faire ? Ouaille ! Dangereux. La fille du très célèbre reclus, l’ermite de Cornisch, New Hampshire, J.D. Salinger —auteur de « L’attrape cœur », relu récemment, livre-culte, roman d’initiation— fait éditer « L’attrape rêves ». Nil, éditeur, 512 pages. « Nihil obstat » ? Margaret Salinger étale la vie secrète de papa. Un illuminé, qui navigue de religion en religion, parle des langues inventées (de l’au-delà), boit sa pisse…Franchement ! Est-il vraiment sénile ? Si oui, vite, « le manteau de Noé », madame. Sinon… quoi ? Pour du fric ? Par besoin de casser une camisole qui l’a fait souffrir ? Mon Dieu…la vie, la vie à l‘ombre des gloires littéraires made in USA !
Normand Rousseau explique clairement aux lecteurs de La presse que c’est une fausseté de répandre qu’au Québec le citoyen croule sous les taxes et impôts. Aux Usa, où tout doit se payer, le coût de la vie revient autrement plus cher. Y vivre peut être la ruine en cas de malheurs (de santé entre autres). Ces bobards servent à diffamer le Québec un peu social-démocrate. Ils sont repris par les bons valets John Charest ou Mario Dumont. « On va couper tout cela et puis vous débourserez de votre poche si vous tombez malade ». Une mode dangereuse s’annonce.
La vogue néo-libéraliste (sauce Reagan, Tatcher, Harris-Ontario) est dénonçée désormais et il était temps. Pendant ce temps… des affairistes, —tel M.Léon Courvile— se coulissent chez l’ADQ dumontiste ! Eh !
8-
Dame Clarkston —la femme à Saül— (Vice-de-la-Reine) dans « L’Actualité » dit que la CBC engage souvent des francophones mais, hélas, pas le réseau français de Radio-Canada —pour ses chers pauvres petits anglos. Petite niaiseuse va ! Les nôtres sont toujours les seuls bilingues…voilà pourquoi ils peuvent bosser à CBC ou ailleurs ! Et pas les anglos toujours unilingues anglais, eux. Non mais…quelle sotte vice-royaliste ! Comme d’habitude, l’interviewer ne réplique pas, rien. Faut être poli face à la General Governor ? Hon, pas de médaille jamais pour moi, là, c’est certain.
Je lis sur Napoléon Bonaparte : « Il a fait un pays de veuves et d’orphelins » J’applaudis et tant pis pour les cocos à la Ben Weder, ces idolâtres ce « petit caïd des banquiers (Guillemin).
Mon éditeur, bon ami du Ben Weder, racontera « L’homme fort du Québec », le très célèbre jadis, Louis Cyr. En six épisodes, Beaulieu montrera que le leveur de poids prodigieux, connu dans toute l’Amérique du nord, était aussi danseur (!) et musicien et…. politisé à fond ! Hâte de voir cela.
Robitaille, qui vit à Paris dit qu’il a étudié les Augustes de l’Académie « comme une tribu d’Amazonie ». Il publie en septembre « Le Salon des Immortels… ». Il parle de médiocrité totale depuis qu’on y trouve plus des Bossuet, Racine, Lafontaine et…Valery, Péguy, Mauriac…Robitaille avance que cette Institution anachronique sert de compensation subconsciente depuis que l’on a osé trancher la tête du cou du gras roi Louis numéro 16. Lecture amusante (Denoël, éditeur) bientôt.
9-
Monique Miller a eu l’occasion (chanceuse !) de voir le fameux transformiste italien Brachetti. Hier, ici, elle ne tarissait pas d’éloges. Elle est certaine qu’il va triompher partout aux USA où il s’en va maintenant. On a raté cela.
Nous tous, via notre Caisse public (des dépôts) soutenons Péladeau Junior —qui énerve bien du monde par ses acahats audacieux. Quebecor Media c’est quoi ? C’est 180 journaux désormais, de tailles diverses certes dont le Journal de Montréal. C’est Vidéotron : un million et demi d’abonnés. C’est TVA et LCN. C’est Canoé et Netgraphe. C’est 170 magasins SuperClub, des magazines « people » et des hebdos pop. Un empire. Un colosse made in Québec ! Nos économies (à tous) sont bien à l’abri de magouilles style Enron, Nortel et Cie ? Touchons du bois.
Francophobie qui pointe aux USA « La France serait un terrain d’antisémitisme virulent ! Un ambassadeur y rétorque. Dans le Washington Post. Titre : La France calomiée. » Bujjon L’Estang contre-attaque : « Les Usa ont rejeté Lieberman comme candidat, en France, Blum et Mendès-France, juifs, furent élus ! Les actes anti-juifs sont le fait d’une jeunesse nord-africaine mal intégrée, il n’y aurait jamais eu de KKK anti-Noirs en France, jamais. Depuis un certain silence se serait installé au sud de Lacolle !
10-
La « Presse Canadienne » se l’ouvre : dépenses royales des politichiens fédéraux aux Olympiques chez les Mormons ! Une fédération de jeunes sportifs à Salt Lake city recevait 15,000 $ pour s’exercer. Madame « Drapeau Copps » payait 3,475 $ pour chacque nuit à son chic hôtel ! La ministre de la « Kulture Canadian a acheté pour 57,000 $ de billets « de faveur ». Elle a versé pour des babioles et du beau linge « unifoliant » pour 60,000$ Pour des petits fours et du vin mousseux de l’Ontario :14,000$
Clair ? Les politichiens avaient le gros du fric et des pinottes pour les jeunesses sportives. Apprenant tout cela, on entend « Ça me dégoûte ». Déclaration d’ une skieuse, Sara Renner. Pas seulement vous mademoiselle !

Le samedi 8 juin 2002

Le samedi 8 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Ciel blanc mat. Mais hier…oh hier, vendredi beau et si ensoleillé ! La belle fin de journée. Débutant dans la peur. Longue limousine noire dès potron-minet à ma porte au Phénix. Chauffeur impeccable. Un corbillard ? On me conduit à une potence : devoir animer deux trente minute sur les lectures d’enfance de deux « vedettes ». L’échafaud de devoir réussir. L’ »homme à la luisante casquette me parle de Ville La Salle, sa petite patrie à lui. Des beautés du canal Lachine rénové. Sa fierté. Il me vante les condos neufs aménagés dans des usines. Lui ayant conté la menace d’un bloc-tour dans « ma cour » chemin Bates, de la destruction du boisé sur l’escarpement d’Outremont, il me dit : « Je vous offre gratuitement, quand vous voudrez (me donne sa carte) une visite des alentours du canal. Vous aimeriez les abords de ce site-canal ». Je songe à maman, née au bord du canal, rue Ropery. Me verrait-elle mieux de l’éther si je m’installait dans sa toute petite patrie ? Je m’ennuie d’elle. Je ne l’ai pas assez aimée, devenue la petite vieille sur son balcon, dans sa berçante, avec son journal. Regrets futiles. J’étais tellement « busy body » n’est-ce pas ? Jeunes gens qui me lisez, ne faites pas comme moi. Vous le regretterez amèrement plus tard, la mère (le père) morte.
Vaine angoisse : tout se passa fort bien. Bilodeau fut chaleureux, bavard, heureux de raconter ses premiers plaisirs de lectures : Tintin, les deux Verne, Jules et Henri (Bob Morane), Dumas. Et Françoise Faucher, avec ses livres conservés toujours, La Semaine de Suzette et cette bretonnante « Bécassine », les contes de Grimm, leurs illustrations en couleurs. Et Dumas, elle aussi ! Alors je dis : « Mais c’est un genre pour garçons non ? » Elle : « Pas du tout, qu’allez-vous imaginer, tous ces beaux mousquetaires, ce si secret Athos surtout, non, non, nous en rêvions, les jeunes filles ! »
Trois heures plus tard, l’équipe semblant bien satisfaite (politesse ?) de son animateur, sortie et limousine de nouveau. Et retour à la maison. Le nouveau chauffeur vient de…Villeray, eh oui, Il et allé à l’école avec le fameux « gérant de Céline », René Angélil, son voisin. Nous parlons du quartier. Nous nous souvenions du père Lalonde, formidable animateur de loisirs à Saint-Vincent-Ferrier, rue Jarry. « Ah lui, Lalonde. Ses sermons fameux, il aimait le théâtre et cela se voyait. Il était merveilleux. Dans sa chaire des dimanches. »
La veille, jeudi, devoir aller à cet ex-vaste « Shop Angus », au nord-est de la rue Rachel, angle d’Iberville pour jaser avec Denise Bombardier pour sa série « Conversations », elle me dit au maquillage : « Tu vas parler au monde entier, Claude ! » Je dis : « Quand je t’entends saluer le monde, TV-5, c’est France, Suisse et Belgique, non ? » Elle : « Ah non, ça va partout, partout. Tiens, un jour, au Venezuela, à Caracas, un type traverse la rue pour venir me saluer. Étonnée, je dis : « Vous me connaissez ? » Et lui me dit : « Mais, je suis un francophile, je vous vois chaque semaine sur le Canal 5. » Eh b’en, le trac s’agrandit un peu. Hélas, Denise pose des questions relatives à mon enfance et alors, forcément,. je m’entends répéter ce que j’ai dit dix, vingt fois. Mais bon, à Caracas, on sait rien du petit gars de Villeray ! Les autres « pitonnerons » en maugréant : « on la sait par cœur sa « petite patrie ». Fière, Denise me présente son jeune réalisateur : c’est son fils ! Sosie parfait du papa, Claude Sylvestre, qui fut le jeune réalisateur du jeune René Lévesque, celui de « Point de Mire ». Affaire de famille, sa jeune compagnie ? Oui et j’aime ça. La chanceuse. La recherchiste est sa bru : Elsa. Elsa ? « Oui, Elsa, mes parents aimaient tant le poète Aragon ». On me fait déambuler devant une caméra dans cet ex-usine de locomotives. Décor étonnant avec ses colonnes métalliques, une dizaine de tours « Eiffel ». Dehors, vaste chantier où s’élèveront bientôt des appartements en grand nombre. En somme ,une zone morte, industrielle si longtemps, où des milliers d’ouvriers ont sué à longueur d’années, convertie en espace urbain moderne. Le progrès étonnant !
2-
Revenu des studios de La Salle, vendredi, interview après le lunch, par Julie Stanton arrivant de Québec, pour sa revue « Le bel âge ». Magnétophone posé devant moi, ce sera le questionnaire, d’abord sur « le jeune » et alors m’entendre encore répéter les éphémérides de mon enfance, misère ! Je ne suis tout de même pas pour m’inventer une autre enfance pour éviter le…radotage ! Ne pourrait-on pas —ces gens du « milieu » sachant bien ma petite histoire— trouver des questions différentes, un angle nouveau, qui pourraient surprendre ? Hum, il y faudrait de la recherche, du gros boulot mais… nous sommes tous si paresseux. Julie S. questionnera aussi : « le vieux », « Bel âge » oblige, ce sera lors le visage du « sage », de l’ « expérimenté » qui fait débouler ses conseils de vie. Oh la la !
À la fin : « Qu’aimeriez-vous qu’on dise de vous, un jour, longtemps après votre mort ? » D’emblée je dis : « Il a beaucoup aimé une femme. » Et, ce matin, je lis, pris dans une lettre de madame Georges Sand : « Il n’y a au monde que l’amour qui soit quelque chose. » Bravo Georges !
Le plus beau, le plus agréable de ce vendredi ? Imaginez-nous, Aile et moi, au couchant, rue Hutchison, installés sur le balcon du troisième étage chez les amis Carole et Pierre–Jean Cuillierier. Nous vidons une fiole de blanc bien frais avant d’aller à la soupe et aux pâtes dans un modeste restau (on apporte son vin), inconnu de nous deux, en face du « Rideau-Vert » rue Saint-Denis, le « Colloquio ». Pierre-Jean nous dira : « En face, Claude, c’est le logis de ta camarade Monique Proulx —dont j’ai tant apprécié cet « Homme à la fenêtre » (on en a tiré un film bien fait).
Souvenir : à un Salon du livre de Hull, je la rencontre et je lui fais de chaudes éloges pour ce roman. Monique Proulx rougit, m’écoute, ravie, et puis s’en va vite. C’est le vieux Richard louangeant Guy Lafleur ? Le vétéran est là, poqué, courbé, marqué de cicatrices, vieilles blessures et ..fraîches aussi —le Allard du « ça suffit Jasmin, on vous a assez vu, dégagez la voie ». Elle commence sa carrière et file vers son zénith. Chacun son tour, le bonhomme, pas vrai ? Au « Colloquio », la Croatie venant de battre l’Italie, en Corée, il y a des mines sombres. Bonne bouffe et nous marcherons de nouveau la rue Villeneuve de Saint-Denis jusqu’à l’Avenue du parc. Rue modeste, embellie, devenue ravissante, le calme, de la verdure, quelques terrasses camouflées, plus rien à voir avec la rue Villeneuve de 1950, triste, laide même, quand, à dix-huit ans, j’allais veiller chez Miche, angle Saint-Laurent, que sa maman, « chambreuse » débordée, trouvait le temps de me préparer de bons spaghettis.
Belle, formidable soirée de vendredi en somme, Aile toute épanouie, légère, regrettant presque de devoir aller dormir dans cette douce chaleur enfin, enfin, revenue. Les Cuillerier, plus jeunes et bien courageux, descendaient, de nuit, vers leur « rang rural » derrière Sutton, où ils rénovent un antique maison (1873) de campagne, un « work in progress » qui amuse l’ex-réalisateur.
3-

Rêve étrange vendredi : les coteaux au Chantecler, c’est l’hiver s’achevant. Du monde. Un festival ? Une Française rôde, semble vouloir me draguer ! Aile veille au grain. Nerveuse. La Parisienne si aimable avec Aile sera adopter en fin de compte —avec « Le Québec est merveilleux, ces gens sont si aimables, etc. » Invitation sur l’autre rive, chez nous. L’après-midi, j’avais entendu Aile inviter le couple Faucher à la maison, dimanche, pour la télé câblée (qu’ils n’ont pas, eux, au Lac Marois). Françoise, le matin, en studio, m’avait parlé de vouloir entendre les résultats des élections législatives en France, leur grand’ peur de ce Le Pen maudit).
La touriste française, accepte donc avec joie. Dit qu’elle devra téléphoner à son compagnon de voyage pour qu’il se joigne à nous tous. Nous avons, en guise de traversier du lac, un gros traîneau de bois rouge, tiré par trois petits chiens noirs (!), semblables au « Milou » de ma fille et au « Zoé » de mon fils. Traversée du lac. L’eau monte sur la glace. Danger ! Voilà, surprise, qu’il y a les petit-fils au rivage. Ils sont tombés et sont mouillés « jusqu’aux os », comme on dit. Aile énerve, elle les gronde. La Parisienne rigole, la calme. Inquiétude de noyade. « Sortez du lac, crie Aile, et vite. » d’aile. Les chiens, épuisés, boivent la tasse ! La foule nous encourage sur la rive du Chantecler. Arrivés à la maison, téléphone de l’accorte Française. Et, appareil posé, dira : « Échangisme ? Non ? » Aile scandalisée aussitôt. Malaise. Moi itou. Ah, ces Européens décadents, à la sauce Ouellebec ! Son homme s’en vient. Peur. Au « Colloquio », pour rigoler, à un serveur nous questionnant pour la facturation, Aile avait dit : « Nous sommes des échangistes ! » Bang, dans le rêve ça aussi ! Les enfants salissent la maison, Aile pas contente. Nous avions jasé de ça, au restau :le Claude bien cochon, salissant, intempestif barbouilleur de tout . Tout compte, la nuit venue ? Dans un coin, je chuchote à Aile : « pourquoi aussi avoir invité cette femme ? » Réveil. Ouf !
4-
Dumont dixit : la jeunesse, devenue l’atout suprême, partout. Voyez ce jeune Mario Dumont en vogue novelle, vu en sauveur. Niaiserie. Jadis : la vieillesse comme garantie pour la sagesse des nations. Le vieux Maréchal Pétain vu en sauveur de la France couchée ! Je rêve, j’aimerais le mélange. Pas juste cdes jeunes, pas juste les vieux. Le mélange des générations. À bas les cloisons sottes. Juger selon la valeur. Jeune, il y avait deux choses qui m’importaient : (a) ce mélange partout, vieux et jeunes, ma grand-mère Jasmin à l’étage, le grand-père Lefebvre, à deux pâtés de maisons. (b) Les classes sociales mélangée aussi dans mon quartier. Rue Saint-Denis, plein de médecins, avocats et notaires et plein de travailleurs modestes aussi. En banlieue moderne, souvent, une seule et même classe de monde, selon la qualité de ladite banlieue, est-ce instructif, bénéfique, pour les enfants ces uniformités – desquels naissent l’ennuie.
Ce matin, départ laurentien. Je sors le mini-frigo. Aile debout devant la voiture, un index pointé. Quoi ? Le faux-pare-choc de plastique. Pendant. Décroché. Je me penche. Clac, clac ! Remis dans ses trous. Aile satisfaite s’installe au volant : « Et que c’est smatte un homme ! » Immense affiche planté dans les arbres tronçonnés qui nous nargue : « À vendre. Condos. » L’entrepreneur, un certain Rhéal Martin, aux prises avec des poursuites judiciaires, dans Le Vieux et à Verdun. Chemin Bates des acheteurs résilleraient les contrats. Mince espoir. Je songe à ceux d’ici qui n’ont pas de résidence secondaire. Ça va creuser, cogner, dynamiter aussi ! C’est long élever un dix étages d’appartements.
Radio du samedi matin :la bande à Le Bigot. Chroniques diverses. Vivante radio. Modes, spectacles, politique, bouffe, botanique, et, etc. La parole à René-Richard Cyr qui prépare sa version, à Joliette, de « The man of la Mancha ». Fou de Brel comme moi —Brel qui adaptait cette comédie musicale de New-York— Joël Le Bigot l’écoute et, mis en confiance, salue volontiers l’initiative cyrienne. Il ira dit-il, je dis : nous irons Aile ! Comme nos irons voir, chaude recommandation de Pierre-Jean, « La souricière, la trappe » arrangé à la moderne par Asselin au « Rideau-Vert ». Pour « Lulu Time » de Lepage, crainte, je n’estime pas les acrobates, du fameux Cirque du Soleil ou non, ni la musique rock, du fameux Gabriel ou non. Peur. Lepage dans « Voir » : « On me chicane. On refuse les technologies, les effets visuels, ici, un establishment intellectuel —des critiques— me dit que blâme, déclare que c’est trahir un art voué à la parole avant tout ». C’est vrai? Je dis cela souvent. Ai-je tort ? Je ne sais plus trop. Nos avons pris tant de plaisir à certains Lepage !
Chez Le Bigot : ambiance fréquente de ..quoi donc ? De jet-set ? Ça m’énerve toujours. Tendances branchées, cuisine exotique. Hum ! Ce matin, transformé en gourmet savant et saliveux, soudainement. Je le voyais en gras Obélix, en Depardieu bouffi, humant les délicates odeurs d’un sanglier apprêté aux herbes introuvables hors le circuit bien bourgeois des fines gueules. Or, soudain, Aile fait un détour. Stop. « Adonis » —filiale des deux restaus « La sirène » où j’estime la pieuvre grillée— boulevard de L’Acadie. Immense magasin pour fins gourmets. J’y vais, méfiant. Ma vieille crainte des bourgeoisies. Un vaste marché étonnant, angle Sauvé, clients contents, mines satisfaites. Nos greco-québécois en habiles fournisseurs de bouffe de luxe.
4-
Avons visionné, jeudi dernier, le fil « Cap Fear » La vieille version avec Robert Mitchum en méchant « sorti de prison », revanchard primaire. J. Lee Thompson a signé un film de son temps. Manichéiste à plein. En noir et blanc, images mais aussi scénario où il y a le bon, tout bon (Gregory Peck), et le méchant tout méchant. La version moderne de ce « Cap Fear » est très supérieure avec de Niro en « méchant » étonnant, subtil. Je n’aime pas que les vieilles affaires culturelles soient toujours meilleures (ça arrive !) que les actuelles. J’étais content, et Aille aussi le disait, qu’il y ait net progrès. C’est normale, non ?
Oh, oh , oh ! « Fear is right ! » Cris au salon ! Soudain, encore la bête ! La bestiole, identique à la première, va et vient, cherche où se cacher. Cette fois, pas de pelle pour faire couler le sang, non, Aile m’apporte une couverture-guenille et je saisis ce nouvel intrus, agrippée à la cheminée, je cours le jeter en bas de la galerie.
Vendredi matin, je vois Aille en caucus ave notre voisin Maurice. Un débrouillard qui a vu neiger, de Baie-Comeau à Sorel, de Haute Rive à Tracy. Elle me reviendra avec une cage à écureuil. Une trappe qui ne tue pas, qui renferme. Il s’agirait de petits d’écureuils, nouveaux nés surgis dans l’entre-planchers et/ou l’entretoît. Bien. Bon. « Par ici, c’est fréquent », a dit Maurice. Vendredi midi, avant de quitter les lieux, Aile a mis trois noisettes …et une petite tomate dans le piège fatal. « Oh Clo ! C’est regrettable, on ne reviendra que samedi, la bête devra rester enfermée si longtemps avant sa délivrance ». Dois-je pleurer, renifler au moins ? Mottte, je la ferme. C’est une entreprise sérieuse.
Ce matin, Aile empressée de délivrer notre captif…trouve la cage vide. Et la tite tomate…plus là ? Examen minutieux. La bestiole pas assez pesante ? Questionnaire. Visite express chez Maurice. Retour : « Ça va marcher. Je vais remettre une tomate mais mieux fixée. Le poids suffit. Il y a que la tomate ne doit pas rouler à bas de son socle-déclencheur, etc. etc.
Ma chère Aile en inventeur à la Léonard Da Vinci calculant l’effet de sa machine de guerre…qui ne tue pas. Je m’amuse. Comme un fou. Sans le dire. Pas fou !
5-
On cherche toujours l’officiel poète fédérat. 20,000 piastres, imposable ! Je voudrais voir la liste des candidats. C’est ouvert à la confrérie écrivante. Comme « entretenus de l’État », les petits camarades en « fines lettres », membres ou non de l’UNEQ, s’y connaissent, croyez-moi. Luc Perrier, poète de Saint-Jean, ce matin, en lettre ouverte, offre son âme et son cœur. Amusante caricature. Le ridicule ne tue pas ? Jean-Louis Roux pourrait se forcer et avec son bon gros cachet sénatorial pourrait bien accepter les deux futiles taches. Et Jean Lapointe, le chanteur, compositeur à ses heures…en fou du roi Chréchien ! Non ? Ou cette brave Sagouine, la Viola Léger, non ? Mon Dieu, un petit effort ! Ottawa s’ennuie tant au milieu des copains démarcheurs engraissés.
C’est une vieille coutume angloise ! Une folle mode bien britannique. Il faut imiter nos bons maîtres, pas vrai ? Pas facile donc de trouver un troubadour pour le patroneux de Grand-Mère, un domestique un peu cinglé, sachant compter les césures et les pieds, arranger les rimes; trouvons vite un trouvère pour le château gothique des rivages du canal Rideau et de l’Outaouais, ouais ! Urgence ! Que va devenir le temple des « favoris » sans un écrivain d’État ? Ah, je le sens, va falloir que je me dévoue : j’irai à Westmount pour rencontrer le valet patenté Roch Carrier, il me donnera le mot de passe du traître québécois, le mode du code du raciste inverti, le questionnaire du « collabo » et je passerai le test fédérastique, yes sir !
6-
Vendredi, revenant des studios « Shop Angus », je dis à Aile : « J’ai vu le coin, je peux pas croire qu’enfant, tu marchais de chez toi, rue Molson, jusqu’à Christophe Colomb pour ton école Saint-Arsène. Toute une trotte, quinze rues non ? » Aile : « Oui, c’est pour ça que je suis en forme —qu’elle a de si belles jambes, j’ajouterais— et quatre fois par jour, hein ! Le midi, je mangeais en 4 minutes et demi et je repartais, l’hiver compris, à 25 sous zéro ! » Je n’en reviens pas, non !
Coup de fil rue Bates. Charles Mayer, 80 ans, veut me parler. Ex-camarade en décors, Hongrois d’origine. Il a fait des gravures. Nos belles grosses granges et autres bâtiments de ferme. C’était un habile dessinateur, vraiment très fort. Je lui donne deux, trois noms d’éditeurs « plausibles » de s’y intéresser. Il me dira : « Je jasais avec Peter Flinch (venu d’Allemagne, lui, c’était l’ONU à la scénographie de la SRC), tu sais, on est venus ici en émigrants et on va mourir en émigrants. Vous ne nous avez jamais vraiment acceptés. » Je jongle. Muet. Ne sais trop quoi rétorquer. Et-ce si vrai ?
Télé : vues du Cachemire, visions du Cambodge ruiné, Jérusalem encerclé, l’afrique secouée, Congo-atroces-chicanes, Israël aux bombes, querelles du monde. Des images de misère, de sang. Faut regarder. RDI, Canal D, TV-5, Historia, ne pas se boucher les yeux. Documents indispensables. Savoir, tout savoir et ne pas savoir quoi faire. Aux nouvelles d’ici : motards-à-drogues mis en prison. Oh relativité !
Un camionneur, routier à long fardier, raconte sa pénible vie à la télé d’Enjeux. Métier effrayant. Les mensonges. Les faux papiers. Rouler 14 heures sans dormir ! Un monde sinistre. Il ose tout dire. Il risque son job. Certain. Il pense à ceux qui vont venir. Il aura un terrible accident en bout de reportage. Oh, oh ! Psycho-soma ? Culpabilité ? Acte pas manqué. Ces 24 roues que l’on croise le jour, tard le soir, dans la nuit, on rouspète. On les craint. On fait bien ! On en voyait partout. Danger: les conducteurs poussés à la rentabilité doivent rouler, rouler très longtemps. Et vite ! Oh ces affreux travaux forcés modernes ! Ces galériens à couchette au-dessus de la tête ! Pour gagner du temps faire des calculs faux pour tromper les inspecteurs… sinon…le boss va grogner. Horreur !
7-
Au balcon de Juliette et Roméo, rue Hutchison, Pierre-Jean me raconte une réalité —du genre qui m’arrivé aussi parfois—: sa Carole, en congé jeudi, a besoin de relaxer. Pas une sinécure son job à l’urgence de la « Centrale-des-petits-cœurs-fragiles » (Institut de cardiologie). Il ira, seul, au Jardin Botanique pour y admirer les plantes. Devant lui, cheminent deux jolies femmes. Il remarque qu’elle sont joliment vêtues, à la mode, bon goût, elle gesticulent et s’arrêtent aux exhibits, semblent des connaisseuses en botanique. Il finira être proches d’elle et découvrira, désarçonné, qu’elles ne sont pas du tout ce qu’elles semblaient être. Une parlure, disons comme jadis, « commune ». Au bord de la vulgarité.
Comme c’est vrai désormais, avec toutes les infos qui circulent maintenant, des gens de toutes conditions apprennent à comment s’habiller, bien manger, se choisir du bon vin, rouge ou blanc. Ils restent tout de même ce qu’ils sont profondément, des incultes. Jadis, on pouvait facilement déceler de quelle classe sociale venait telle ou telle personne. Il m’est arrivé ainsi de croire que des gens étaient, comme on dit, du « milieu », artistes ou même —« boubo », ou « bobou » ?— bourgeois bohémiens, petits bourgeois et je finis par les entendre parler et c’est, à mon grand étonnement, des personnes qui se soucient comme d’une guigne de mal paraître, de mal parler, d’avoir un accent « cheap », d’analphabète !
Au souper, tantôt, à ce sujet, Aile me raconte : « Au Centre Rockland, vendredi, hier, une dame remplie de bijoux, vêtu richement —allure d’une dame de la haute. Quand je la côtoie à un comptoir de lingerie (Linen Chest), c’est le langage du bafouillage, ,l’absence totale de vocabulaire et des exclamations infantiles, des protestations puériles, idiotes, avec un accent « faubourg à mélasse ». Elle m’avait paru une riche et oisive bourgeoise de Westmount.
J’aime que l’on soit différents. Je me croyais fou de lire trois livres à la fois, en voyageant de l’un à l’autre. Vincent Bilodeau, lui, c’est dix ! Il déteste les biblios —j’en fréquente trois— car il tient à posséder ses livre. Il ne donne jamais ses bouquins. J’ai tout donné à la biblio locale.
À la fin de « Conversation », D.Bombardier : « Maintenant, toujours révolté ?, vous espérer quels changements ? » Je m’entends dire : « À 71 ans, je ne crois plus aux idéologies. C’est futile. Il faudrait coucher l’homme sur un bloc-opératoire et le changer, fondamentalement. » J’y pense : est-ce que je favoriserais la manipulation génétique radicale ! Seigneur ! On a pas une heure, pas une minute, pas dix secondes à la télé. On vous questionne :répondez vite, svp.
Mercredi dernier, piste cyclable, Aile me dit entendre des gazouillis variés d’oiseaux, détecter dix, vingt odeurs différentes, plantes, fleurs naissantes…Elle ne fume plus, elle. Je l’envie. Faut que je stoppe définitivement. C’est rendu dix par jours (clavier et cibiches vont de pair !) c’est dix de trop.
Vu, mercredi soir dernier, un docu de télé, sur cette célèbre Virginia Woolf —saphiste avouée, cocue misérable, suicidaire, déprimée grave, pacifiste et prophète à sa façon, féministe, bourgeoise « victorienne » de gauche, suicidaire— que je ne connais pas vraiment. Vive déception. Ouvrage pour spécialistes. Allusions à des personnages que j’ignore. À des textes inconnus. Pas de chronologie aucune. Suis-je trop linéaire, trop ancien pour apprécier ce genre en mosaïque ? Regrets. Je trouverai un livre, un jour. Carole Rioux, vingt ans plus jeune, au « Colloquio », m’a dit avoir estimé. Grandement. Cette V. W. :méfiante farouche de : familles, classes, nations, a eu père despotique… trouver « Une chambre à soi », « La traversée des apparences », « La chambre de Jacob », « La promenade au phare », « Orlando »( sa biographie). Elle disait deux choses importent : « Le sens critique et l’intelligence. Le reste… » Elle insistait : « Ne jamais séparer vie privée et vie publique. (vrai !) Cela explique les hommes ».
Discussion récente (avec Julie S.) : avoir trop fait de mes petits-fils des princes, sans cesse leur enseigner qu’ils étaient uniques. Était-ce dangereux ? La vie si raide, si bête…Ne plus savoir si j’ai bien fait. Je me disais s’il s’estiment suffisamment, ils se conduiront toujours comme des hommes de valeur. Avais-je raison. Ma fille disait : « Atention, pas trop, ne pas trop leur monter le bourrichon, la dure réalité sera terrible en vieillissant ». Qui a raison ? Ne plus savoir. J. S. dubitative elle aussi.
Un courriellisant D.M. me stimule. Il tient des propos vivifiants. Il est léger (« L’insoutenable… » de Kundera), me fait sourire. Précieux.
Chez Stanké, on publie un livre et on invite au lancement tous les gens nommés dans le livre. Foule. Si Beaulieu invite au lancement de ce journal (cet automne) tous les gens nommés, il faudrait louer un aréna, non ?
Milan Kundera : un vrai roman : le texte qui est pas adaptable, nulle part, nu au théâtre, ni au cinéma, ni à la télé. Alors…oh ! Le journal, le livre parfait. Inadaptable en images. Nulle part.
Lu ce matin : en Afrique 18 lignes —par groupe humain tel— de téléphone. Chez nous, en Occident industrialisée : 565 lignes par même nombre de têtes de pipes. C’est clair comme ça ? Un signe énorme ! Woolf, écœurée, dénonçait Churchill, jeune : il avait participé à un massacre horrible en commandant des batteries de mitrailleuses (engins nouveaux) en colonie d’ Afrique. 25,000 morts d’un coup ! En face, des Noirs qui n’avaient pas même un mousquet à pierres, juste des javelots ! Vive l’impérialisme britannique, vive l’Empire, vive Churchill, jeune ! Ensuite ? Venez me révérends pasteurs ! Nègres idiots : place à nos bons missionnaires protestants. Ça bat un peu Champlain au bord de l’Hudson tirant sur les « sauvages » qui s’enfuient, découvrant « la mort qui court », un fusil. S’il avait eu une mitrailleuse, hein ? Place aux Récollets et aux Jésuites, place, pace ! Le sabre et le goupillon, comme au Mexique, comme partout en ces temps de belles missions civilisatrices des Blancs si purs !
Oui, « Il n’ y a au monde que l’amour qui soit quelque chose », bien dit madame Sand, bravo!

Le dimanche 26 mai 2002

Le dimanche 26 mai 2002

Jours de pluie…
1-
Lévitant de mon lit — toujours un peu tard, paresse grandissante avec le temps— store levé, regard sur le lac : un bien sombre dimanche s’annonce. Au coin des « Variétés », rue Morin, journal sous le bras et achat (honteux) de cigarettes (trop chaque jour encore !), une vision dantesque : tout le ciel avec des noirs d’apocalypse au nord-ouest, au-dessus des collines. C’est impressionnant mais…
Gazette lue avec Aile —commentaires sans cesse ente nous comme à l’accoutumée—, cafés bus, c’est la montée du forçat bienheureux vers… le journal. Avec paquet de coupures de quotidiens lus aux doigts —cela qui s’accumulent sans cesse. Fin bientöt ? Ne sais plus. Mai ou juin. Victor-l’éditeur-pistolien dirait quoi ? Finir avec juin ? Sais pas. six ou sept mois du journal cet automne ? Lui ai proposé titre nouveau (« À cœur de jour » à abandonner ?) : « Aile, oui elle et tous les autres. »
Coup de fil hier de Beaulieu : « Mossieu Jasssmin ! Ai reçu ton stock pour mars mais pas clair, plein de guillemets, parenthèses etc. Faudrait faire quoi? » Ah ! Je tente alors de renvoyer le texte par le mode « envoyer vers… » Comme je fais avec Marco pour le journal sur le site. Cause du brouillage ? Il est avec IBM moi avec Imac. Deux nonos en ordis, lui et moi ?
Message de Miss Dufour pour la télé de « Bibliotheca junior », à animer betôt. Elle souhaite recevoir nos vieux livre lus dans l’enfance ! Oh ! Je lui renvoie le singe. Qu’elle me déniche un Jules Verne, un Félix Leclerc (« Pieds nus… »), des comics-books à dix cents ! Elle me dit que le chauffeur du producteur R.-G. Scully ira nous chercher, Daniel et Thomas Jasmin, moi. Luxe !
Bon : mon imprimante kaput ! Misère !
Ce film loué et tant aimé : « Lantana ». Dire le grand moment filmique quand le héros, « une grosse police »,fond soudainement en larmes, seul, dans son auto de patrouille, vers la fin. Cette petite fresque, sauce bien-aimée « altmanienne », sur trois couples « ordinaires » dans le nord d’une petite ville étatsunienne. Six vies, six existences s’entremêlant en un carrousel étonnant. Prosaïsme et malheurs inattendus. Le bon film !
2-
Samedi, hier, soleil, Jean-Guy qui peint la galerie, l’escalier, habile, lui, « qui gratte la vieille peinture, lui, qui se beurre pas », dirait mon Aile. Très satisfaite de cette rénovation qui s’imposait. Je pose un crochet au couvercle du coffre de bois à vidanges au bord du chemin. Fini de s’y introduire monsieur le racoon ! Je l’ai vu, ce matin, se dandinant, filant vers chez mon voisin Jodoin, l’hypocrite déchireur de sacs verts ! Il a frappé un nœud avec mon crochet !
Avant d’aller m’étendre avec Aile au rivage avec livres et magazines, suis allé, hier midi, au courrier de l’ordi. Ah, me voilà bien piégé comme tant d’internautes ! C’est si bon, réconfortant. Des gentillesses de correspondants. Aussi, hélas, des appels à bosser : la Francine du Villeray renaissant, le gros Germain qui attend mon bref polar promis pour sa revue « L’ » et puis quoi encore ? Je riais des « accrochés » en ordi il y a pas si longtemps. « Tu quoque filii ? » disait César à son assassin, Brutus.
Hier soir, comme dans le beau film vu au cinéma Pine (« Peuple migrateur »), trois canards glissent sur l’eau et puis nagent. Vite, mes jumelles. La beauté au pied du terrain !
En soirée, télé pour « Thema » à Artv, un bien long portrait d’Isabelle Huppert. Déception. Douze mois de tournage pour bien peu. Un film de Serge Toubina sans grand intérêt. Préfére regarde un Bernard Rapp ou un Lipton questionnant ces vedettes. On a pu voir l’Isabelle petite fille. Vieux films, 8mm, de famille. Mieux qu’un album de photos fxes ? La chanceuse ! La petite bourgeoise chanceuse. Envie ! J’aimerais tant me revoir « en action » enfant. L’autre nuit, entre deux phases de sommeil, j’ai tenté —très fort— de m’imaginer, en 1934, pédalant dans ma mini-chevrolet, à trois ans ! J’ai fini par y arriver ! J’étais dans la cour, je pédalais. Étrange sensation, je vous jure. J’y étais. J’avais trois ans !
Dans le reportage de Toubina, je vois un écriteau : « Sans issue ». Ah ! Il y a aussi « impasse » et « cul de sac ». Ce « Sans issue » me semble…dramatique.
J’achèverai bientôt le « Mausolée… » guibertien. L’obsession des jeunes garçons ne le lâche pas. Une obsession, vraiment. Je connais beaucoup d’homophiles qui se conduisent bien. Qui ne sont pas, pas du tout, des « guetteurs » compulsifs d’adolescents comme ce Guibert. Qui ne sont ni voyeurs vicieux, ni onanistes névrosés. Qui fuient la porno infantile—dont se régale le Hervé— et autres misères sexuelles. Qui vivent en couples, loin de saunas à fantasmes grossiers (ô Mausolée…), qui mènent une vie heureuse, calme.
Hitler, Mussolini —tels des sorciers moyenâgeux— mettaient à mort les « étoilés roses ». Longtemps, l’on disait : une maladie mentale. Les riches parents d’enfants homosexuels, engageaient des thérapeutes —qui s’y prêtaient ces vilains ignares— pour qu’ils soignent cette « honteuse maladie » chez le chéri héritier dévoyé. Dans mes alentours, j’entends encore des : « cela se soigne ! » On refuse de croire que « cela » n’est pas un choix. J’ai eu des confidences de camarades homos : « enfant, déjà, il savait, il constatait, qu’il l’était. »
Dans « L’Actualité » reçu avant-hier : tiens, articulet sur l’homosexualité. Innée ou acquise? Finira-ton d’accabler, de culpabiliser les femmes, ces « mômans » couveuses, ces mères « trop possessives » et autres fadaises ? Trois phases à ce jour. 1- Docteur Dean Hamer (1993) : Gènes transmis par la mère. Ah ? Région du chromosome Xq28. Hamer a étudié 40 paires de frères homos. 2- Dr George Rice (1999) :Pas en assez grand nombre ces Xq28 ! Peut pas conclure à une hérédité, à de l’inné donc. Rice a étudié 52 paires de frères homos. Pas certain donc d’une origine commune. 3- Dr Spitzer, un spècialiste de la question lui aussi, en 1973, changeait d’avis : « c’est peut-être réversible et un traitement psychothérapeutique pourrait modifier cette orientation sexuelle. » En 1973. Quand on ne parlait pas du chromosome :Xq28. À suivre.
Bon, si, un jour, on corrige le Xq28 (ou un voisin, un autre), cela fera-t-il des homosexuels une espèce en voie de disparition. Et quand cela n’existera plus…en 2050, fera-t-on des documents folkloriques (livres, films, etc.) de ces invertis des débuts du 21 ième siècle ? Il n’en restera pas moins que ces « inversés » , —sublimation ou non sublimation— furent, sont encore, des créateurs féconds et indispensables et cela dans maints domaines, qu’ils ont enrichi le patrimoine culturel mondial de façon tout à fait remarquable. Pas vrai ?
3-
Souvent quand j’ai fait un rêve conséquent—dont je me souviens— Aile aussi en a vécu un. Ainsi, cette nuit, chacun de son côté dans le King size, flanc contre flanc, il y a eu de l’action.
Aile me raconte, ce matin : « Fou, j‘étais une sorte de chauffeur. Pas de n’importe qui. Pour René Lévesque. Qui était tres mal rasé, mal habillé, mal en point, râleur mais bon enfant parfois, toujours en retard, me pressant.
Je le conduisais ici et là, à gauche, à droite. Il y avait des caucus comme… secrets. Une sorte de clandestinité floue. Aussi des assemblées plus ouvertes. J’étais appréciée comme conductrice et cela me flattait, fou non ? J’attendais souvent. Je fumais. Je lisais. Ou j’y assistais mais sans droit cde parole. Sans permis d’opiner. Une nuit de déménagements, de déplacements incessants et lui, le chef, souvent moqueur, bien goguenard, café sur café, autoritaire aussi pourtant, commandait les voyages à faire.
Moi.
Cela s’ouvrit par une rue bloquée. Saint-Denis vers le sud. Je suis jeune, avec mes deux jeunes enfants. En coccinelle beige, la mienne dans le temps. Voyant la foule, les bannières, la rue remplie de manifestants, je fonce vers des rues à l’est. Je dois atteindre le Vieux-Montréal et vite. Sans savoir pourquoi. Des courses spéciales ? Arrivé dans le coin Berri-DeMontigny (dans mon rêve, cette rue y est encore), des bâtisses lugubres. On descend. Dans une entrée de narchandises, haute, aux briques sales et effritées, des gaillards m’interpellent. Un trou noir. Ils m’enlèvent mon fis, Daniel ! Disparaissent dans l’édifice inquiétant. Je tente de protester.
Je me hisse, avec ma fille, dans ce trou noir. Noirceur totale, puis, un peu de lumière. On s’y perdra et je me retrouve avec ma fille , dehors, dans la rue Saint-Denis, près du vieux cinéma du même nom. Un parterre sale. Une vieille femme en haillons. Couverte de bijoux de pacotille. Peinturlurée comme un vieille pute de cinéma. Elle tente de me calmer. Me dit qu’elle est la maman de mon ex-camarade, Louis-Georges Carrier. Mon étonnement. Lui si digne, une mère si ..ignoble ! Elle rit, pète, rotte, boit des bières. Elle me dit où se trouve mon gars et j’y vais,. Entrée d’un bar louche. Il m’attendait, seul, pleurnichard. Je le récupère. Nous repartons en auto. Filant vers le nord. À un feu rouge, un trio de jeunes musiciens en guenilles, sur un petit balcon. Ils semblent en boisson. Des cris pour attirer mon attention.
L’un, crasseux, que je reconnais vaguement, me salue de sa casquette. Il tient un petit accordéon. Me dit que je dois l’aider. La mère-Carrier, elle aussi, tantôt, me demandait de l’aide. Je dis : « oui, oui, je vais y voir, je vais vous revenir » Ces musiciens de rue souhaitent un contrat. Je le sens. Inquiet, je me dépêche de rentrer chez moi. Accélération rue Saint-Denis. Je me réveillerai.
William Shakespeare, dis-moi, de quelle étoffe, ces rêves ?
4-
Cahier livres de La Presse, ce matin, deux articles concernant mon cher éditeur-auteur. Édition trois-pistoliennes d’un vieux texte d’Aubin (arrivé en Canada en 1835). Une collection de nos « anciens » dont je lis le fort cocasse Arhur Buies (« Jeunes barbares ») en attendant les plats de l’École des marmitons. Aussi, re-parution de son « mon Tolstoï », la 34 ième brique de sa murale fascinante. Michel Lapierre parle du fréquent « gin and rhum » d’antan quand le Vic s’adonnait à la « saudite boésson ».
Il tisse un parallèle entre le vieux « Tolstoï à l’écart », —Seigneur déguisé en paysan— et mon Beaulieu, « seigneur de paroisse », revenu de l’arrachement, enfant, de sa terre natale. Et tenant journal (ah !) à l’ombre du Grand Russe. « Pour comprendre l’univers, tout doit être ramené à soi », conseillait le Grec fameux. Aussi je me ramène… hantant le Villeray de mes commencements et pris maintenant avec cette Lucille toute dévouée au quartier de mon enfance, m’y enrôlant presque contre mon gré. Quand, pur son projet d’expo, vais-je commencer à barbouiller mes figures d’origine, guenillou, maraîcher, etc. ? Ça m’énerve. Le Lapierre cite V.-L.B. : « «Écrire en bandant, écrire bandé » Les mêmes mots (de Lindon ) dans le journal d’Hervé Guibert, Ah !
5-
Une idée qui me revient parfois. J’avais dit à Aile à peine déconcerté : « On vend tout. Le deux logis, les deux autos, les mobiliers, etc. Vraiment tout.
Nous resteraient deux passeports, deux cartes Visa etc deux malles de linge utile.
Et on part, on voyage. À l’année longue. Les Reers-Feers, en lente fondue. Jusqu’à notre mort. Même à Montréal, on couche à l’auberge modeste. Plus rien à entretenir. Rien, absolument rien.
Je lui en re-touche un mot hier. Silence encore.
Comme moi, Aile se dit-elle :pour aller où ? Le premier voyage…où ? Ça donnerait quoi ? Meilleure vie ? Sûr ? Le bonheur plus grand encore ? En effet, quand j’y repense à mon plan, nous en aller où ? On a vu, loin, que Paris, Londres, Rome, un bout de Suisse… Ai-je vraiment envie (besoin) de voir…la Grèce, l’Espagne et le Portugal,, la Chine et le Japon ? Je ne sais pas trop. Sommes-nous deux sédentaires ? Je cherche quoi ? Pas des paysages. Pas l’exotisme. Quoi ? Quoi ? Souvenir : Notre ennui, en Floride (15 jours à la fois) car pas de biblios, pas de librairies, pas de livres, ni cinéma, ni télé, en français !
Ouen ! Ouaille ! Non mais…
La simple idée du « six mois au sud-ouest de la France » ne se concrétise pas depuis trois ou quatre ans. Alors ? Bof ! J’y repenserai plus tard. Toujours plus tard hein les humains, les branleux ? Aveu : ne plus revoir, longtemps, les miens : les enfants (ah !), les chers conjoints, les petits-fils (oh !), ma sœur Marielle, Marcelle, Nicole, mon frère Raynald (que je ne vois presque jamais, merde !) Hum…que je trouve niaizeux !
6-
J’aime arroser. Mystère ? Chaque fois, Aile me nargue : « On annonce de la pluie pur demain, Cloclo ! » Souvent vrai. J’arrose les petits arbres qu’Éliane m’a donnés, fraîchement plantés. Avant-hier, au téléphone, Éliane, ma fille, rit : « Tu peux pas imaginer, papa ! Le père de l’ami de mon Gabriel, Raphaël Drolet, Roger…il a fait aménager un étang près de son ex-couvent qu’il rénove. On l’a presque forcé à y mettre des poissons. Des rouges, des carpes exotiques quoi, gigantesque aquarium, tu vois. Or, s’amènent des goélands. Plongeons. Festin ! À pleines gueules. Énervement là-bas. Un voisin de Roger s’amènera, carabine à l’épaule. Protestations de l’animateur néo-moraliste. « Non. Ne tirez pas ! Pas permis. » Discussion. Contre sa volonté mâle : photos prises par l’épouse étonnée.
Éliane s’amuse fort de ce conte vrai. Et moi donc. Moi aussi. Je voyais les goélands maudits au dessus de l’étang drolettien avec, au bec —pas des vidanges d’un Mac DO— luxe, des poissons rouges ! Belles taches dans l’azur, M. l’astronome Reeves.
Je regrette encore que ma fille refuse de venir jaser « lectures d’enfance » pour « Bibliotheca ». Me semble que … « N’insiste pas, j’ai pas l’habitude, moi. Daniel va bien faire ça. » Son Laurent déçu. Lui ai promis qu’à une prochaine occasion. Aile un peu moqueuse : « C’est pas trop « famiglia » tes prestations-télé ? »
Pas ma faute, Marc Labrèche, alter-égo de « Boogie woogie » n’avait qu’a pas partir en vacances ! Aile encore : « Ça aussi, ta chère « petite patrie », c’est pas un peu beaucoup ? »
Elle m’enrage.
7-
Oh ! Lisant le Guibert du « Mausolée… » : « Journal… l’impression dans ce travail d’apprendre enfin l’écriture et la comprendre, c’est se mettre dans l’état de ne plus pouvoir la produire… »
Le cinéaste Groulx, au bout de son rouleau, disant : « il reste de vrai, les actualités, seuls vrais films, authentiques, le reste, mensonges et trucages. » Oh !
Jean-Pierre Guay qui, vers 1986, me donnait le goût, l’envie de journaliser, disait, lui aussi, vouloir abandonner la littérature, les littérateurs, les mensonges, via : « tenir, publier son journal ». Guay que je n’aimais guère, ses tomes trop remplis d’initiales, de prénoms inconnus, de querelles intimistes obscures.
À « Historia », soudain, une très jolie chapelle, moderne, sobre, de beaux vitraux de Plamondon (circa 1945), maître-autel en céramiques rares, des têtes de banc sculptées, un chemin de croix moderniste, des vases sacrés aux émaux (camaïeux de bleus de cobalt) vraiment éblouissants… et apprendre que cette chapelle des Clercs de Saint-Viateur était là, rue Querbes, à un coin de rue de chez moi, jadis, et que je ne savais pas. Merde ! Y aller visiter un de ces jours.
8-
John Chréchien à Ottawa : « Au référendum de 1995, on a frôlé la catastrophe, mes dames et messieurs, il fallait réagir…(à coups de millions, en pleine campagne et contre nos lois. ) Quelle catastrophe ? Mes dames, messieurs, on a frôlé la victoire, on a frôlé d’avoir une patrie, oui, une patrie, puisque nous formons une nation.»
C’est cela la vérité, sauf pour les Québécois stipendiés, francos de service vénaux du fédéral, anti-patriotes dont le rôle noir sera inscrit dans nos livres d’histoire un jour et fera la honte de leurs descendants pour des générations et des générations.
Le canot parti à la dérive, le pédalo à l’envers, avant-hier, un vent de tous les diables. Mon fleurdelysé se déchire…Seigneur ?
Grève terminée hier à la CiBicI. Ainsi on a traversé une ligne de piquetage. Sans aucun état d’âme. Juste des « beaux bonjours » en passant ? Combien qui « traversaient » ont donné aux grévistes, juste un petit % ?
Nous, en 1959, on a respecté la ligne de piquets des réalisateurs, les seuls en grève. Une solidarité qui nous donna rien. Il aurait fallu entrer et soutenir les réalisateurs en leur versant un petit % de nos gages. Ainsi, les grévistes, les réalisateurs, auraient pu tenir, négocier très raidement, rester dehors, ma foi, six mois, une année entière…
Mais non !
Imaginez la panique des gestionnaires sachant que ceux « en dedans », qui osent traverser une ligne de piquetage, soutiennent « avec de l’argent » les mécontents : précaires abusés, femmes sous-payées, etc. ? Oh la ! Panique et bordel chez le « boss » Rabinovitch à Ottawa et tous ses adjoints ! Ils se mettent à table et vite dans un cas du genre, non ? Trop tard. Mais..à la prochaine ?
9-
Pénible Annie Girardot s’entretenant avec Bernard Rapp à Artv. Un peu hystérique. Bonne actrice, brillante, névrosée quand elle veut raconter son long et fructueux parcours de comédienne. Le Rapp souvent instabilisé par sa verbosité fébrile et…incompréhensible. . Et, il y a une deuxième partie..Ouais ! On compense avec beaucoup d’archives visuelles, heureusement.
Pure merveille d’entretien brillant avec l’acteur américain Tim Collins chez « Inside Actor’s studio ». Rares moments, franchise, humour, modestie, intelligence vive, culture surprenante (il étudia la « Comedia del’arte », etc.). L’heure passa comme dix minutes. Décidément ce Lipton s’est révélé (à l’usage) comme un fameux questionneur.
10-
Avocat, beau métier ? Des fois. Mon père me le disait : « T’as pas voulu t’instruire … » Un beau gros 90,000.00 piastres, viande à chien, en gages pour un mois (un) de dur labeur ! Pour un ex-politicien, redevenu avocat. Cela, avec vos deniers, quand on utilise Yves Duhaime pour organiser du rapprochement épiciers (Marchands-Métro) versus Gouvernement !
Le père Duhaime « y va aux toasts » comme on dit. Il proteste. Il va poursuivre en cour ceux qui révèlent cette farce grotesque…Une de plus, une « pas pire » que les grossières farces se déroulant à Ottawa, ces temps-ci —Comedia del’arte ignoble—avec notre argent à nous, pauvres cochons de payeurs de taxes et impôts.
Saloperie. La Lysiane Grognonne (La presse), à froid, stigmatise : « Le pouvoir corromp ». Non ? C’est tout ? Eh oui. Un loustic, ce matin, dit, sans rire hein : « Le jeune Mario Dumont, lui (et ses complices ?), b’en, il est jeune, on devrait le faire élire aux prochaines (et aux partielles) ça ferait de l’air pur un peu, avant qu’il atteigne le soixante ans !
Oh ! Belle mentalité ? Bin ! C’est une forme du désespoir des populations devenus fatalistes. Fatal danger pour la démocratie. Il pousse toujours sur ce fumier fumant, un jour ou l’autre, un démagogue, un profiteur et l’on glissera dans la trappe d’un despote fou, d’un tyran effrayant.
Cela s’est vu souvent, non ?
Je viens de cracher un autre mille piastres… En taxes municipâles (sic), cette fois. Eh ! Pour mes vidanges, mes rues propres, mes lampadaires, mes parcomètres et quoi encore ?
Plus grave nouvelle hier : le bandit-motard-en-mercedes, le gros cousin —fesse gauche— d’Aile, « Mom » Boucher, se rapproche de nous. Il quitte la rue Tolhusrt (où habite mon frère, Raynald), à Ahuntsic, pour s’installer à Sainte-Anne des Plaines. Pas bien loin de Sainte-Adèle. Droit de visite au cousin rendu plus facile pour Aile ?
Au début, elle grimaçait là-dessus. Maintenant elle en rit et parle de « Mom » comme elle parlerait de ses frères, Pierre et Jacques. Nette évolution.
Le soleil est revenu. Sortons vite !

Le jeudi 11 avril 2002

Le jeudi 11 avril

À CŒUR OUVERT(?)

(J .N .)

À COEUR DE JOUR (?)
1-
Hier, bain de soleil, oui, oui, sur la galerie d’en arrière. Transats ouverts, le jaune d’aile, mon rouge. Lectures variées sous l’astre !
Moi avec le  » Courrier  » et Aile avec  » L’Actualité « . La belle vie. Enfin de la chaleur. Mes vieux os criant famine ! L’amie Marie-Josée m’achalait de son trottoir de piqueteuse :  » Quand vas-tu fesser le polémiste, notre grève t’intéresse pas c’est ça ?  » Hier avant le souper, bang ! . je me décide, je grimpe à ma salle des machines et je crache une  » lettre ouverte  » pour la grosse  » Presse « , je veux que ce soit lu. Et le Journal de  » Monrial  » ne publie pas de ces polémiques. Lâches qu’ils sont. La foule! ? ils s’en contrecrissent ?  » Business « , 888-8888, et ne pas froisser nos chers clients ! C’est ça ?
Content de ma  » défense et illustration  » de ce Radio-Canada de ma jeunesse ! N’en avais plus rédigée de ces brûlots brefs depuis que je tiens journal ici. Va-t-on la publier ? On verra bien.
Je reçois des courriels chauds, lumineux parfois, mon secret souvent (je me fais des copies pour archives) mais que ces correspondants sachent qu’ils sont un moteur. Ils me font continuer. Car il m’arrive (comme pour tout le monde sans doute) certains jours de me dire :  » à quoi bon ? Cessez tout cela. Ne plus rien faire que lire en paix « . Ces témoignages si gentils font que je sursaute et je fonce de nouveau dans ma manie scripturaire. Continuez donc!
2-
Ce soir aller au petit château-Chambord pour souper avec les garnements ‹si grandis‹ de ma fille, Éliane. Elle est à Québec avec mon gendre l’internaute savant, Marco. Congé d’ados, repos, vacances,  » lune de miel des 50 ans  » ! Je ne sais pas trop ! Pas de mes affaires. Un  » beau-pater  » doit se la fermer  » bin dur  » , non ? Puis, ce soir, aller conduire le benjamin Gabriel chez des Jasmin (Gaétan, de la fesse gauche) à Pierrefonds!
! .et puis demain à 2 h une limousine (yes sir, le Scully sait faire ! ) viendra me prendre pour aller à Ville La Salle jaser pour  » Bibliotheca  » , sur  » La pertite poule d’eau  » et bien d’ autres choses.
Samedi matin, filer en Jetta vers le  » Saloon  » de Trois-Rivières. Un lieu sympathique, davantage que la grosse foire montéalaise de novembre. Revenir à Montréal dimanche soir.
Absent donc du journal pour trois jours et cela, oui, oui, me chagrine. Habitude bien ancrée donc.
La gentille et dévouée Katleen ( » une ourse aux pattes de velours « , lui ai-je courriellisée et elle a pas protesté ! ) de chez Trois-Pistoles me commande un communiqué (hen quoi ?) pour ce journal qui sortira en septembre. Oui, hen ? Quoi? Déjà ? C’est que les distributeurs de livres préparent  » très d’avance  » leurs pubs et commandes aux camions de livraison et aux libraires.
Bon, quoi mettre ? Rédiger du  » fou  » ?  » Claude Jasmin sans aucune pudeur, s’ouvrant de façon innocente à tous, livre tous ses secrets les plus intimes, ses maux de ventre et de coeur, il ose raconter ses manies secrètes!  » Vous voyez le genre. Mensonges libres. Faciles. Mais non., je ne ferai pas ça. Aussi , diable, pourquoi l’éditeur ne fait-il pas ce boulot ? C’est son job. Moi : je risque de minimiser l’importance (hum) du journal ou alors d’exagérer sur son contenu. Menteurs comme on est, les écrivains. Vains. Je ris de moi.
3-
Hier soir, le frère Untel, devenu bin réactionnaire avec l’âge, racontait à canal  » Historia  » les folies furieuses lors de l’installation en vitesse Grands V, des écoles gratuites (désormais) sur tout le territoire. Propos fascinants. Improvisations et corrections qui pleuvent. Jérôme Desbiens, enrégimenté derrière le fameux Rapport Parent a fait ce qu’il a pu. Avec bon sens sans doute. Il y avait, il l’a dit avec une formidable franchise, toutes sortes de freins :politiques, économiques, sociologiques, catholiques, d’affaires, etc.
Il y eut le favoritisme ordinaire : de si grosses bâtisses à couler dans le béton, on imagine architectes, ingénieurs et entrepreneurs autour du fromage gigantesque ! Une honte ? Non, la loi ordinaire en société humaine, hélas. Desbiens a admis des tas d’erreurs. Ces polyvalentes de 3,000 écoliers, par exemple. Le réseau des bus  » jaunes  » à installer partout .
Ah oui, une émission savoureuse. Cette liberté niaise, ce laxisme imbécile des années ‘ 60 où, dit-il, plus personne n’évaluait personne. Chaque prof faisait à sa tête. I y eut les chamailles de 1968. Des grèves sauvages. De la casse. Du vandalisme. Je me souviens bien du milieu  » arts  » en ébullition. La marmite sautait quoi ! Il dit qu’il a vu tout cela, de très près, ouen, enfermé dans le bunker bureaucratique ? Le brave frère Mariste qu’il est resté tente de partager les blâmes. Pas facile, il faut l’admettre….L’inverse du  » free for all  » viendra, aujourd’hui mes  » beauf « , des profs, me le disent, qu’il pleut des formulaires à gogo, des réformes contradictoires à gogo, de Québec, la bureaucratie, pieuvre connue, indispensable lierre, je le sais bien, je n’ai plus 20 ans, s’est installé et avec vigueur. Contrôles partout. Trop ? Eh !
4-
Début hier soir de!  » Les Caruso « , un titre du genre. Canal  » Séries plus « . Bof ! Plate. Toujours la même sauce. On en a assez vu. La maffe classique ou non, et bang bang ! Je te tue, tu me tues. Lunettes fumées. Habits bien coupés. Familles bien aimées malgré le sang versé dans les garages et les parkings. Oh oui, assez, suffit, clichés, stéréotypes. Valise bourrée, fuite, cachette, on en a raz-le-ponpom, non ? Vu, aussi, ainsi,  » Le dernier chapitre. La fin. Plate. Confus. Voyages vides de sens sans cesse Toronto-Montréal. Lassant. Luc Dionne a perdu sa touche-magie du temps de  » Omerta  » ? Assez oui c’est assez. Le sujet est devenu rebattu,. Redondant. Trop de stock partout sur ce sujet. Revenir au bo vieux film  » Le Parain  » des débuts et y rester quoi ! Avec ce Marlon Brando si imposant. C’était du neuf. Puis vint les séquelles! (fatal en cas de succès, avec tous ces pondeurs parasites paresseux)  » suites  » devenues ennuyeuses comme la pluie.
5-
J’ai donc envoyé ma  » lettre ouverte  » sur le Radio-Canada d’antan à La Presse, et je fustige la mode (le mode)  » contractuels  » et  » pigistes  » pour tous ces jeunes diplômés, ballottés sans cesse, incertains de l’avenir. Pourquoi ce temps nouveau ? Pour mieux contrôler, intimider, ces non-syndiqués ? Sans doute ! Si la SRC ne répond pas à mes questions, je le ferai, moi, et ça va cogner en vérités inavouables. Je vais guetter la réaction des patrons. S’il y en a une de réaction. On connaît l’astuce du silence. C’est un classique ! Et puis, à  » La Presse « , voudra-on défendre cette cause des  » permanents  » ? Oh, oh ! Lisez sous les articles : partout,  » collaboration spéciale « . Oh ! Et de plus en plus ! Un bon signe hein ?
Ma honte, hier à l’École-Bouffe, ai pris des beignets. Une pleine boîte Et un sac ce chocolats frais ! Ma grande honte ! Aile souriait, la méchante. L’air de me dire :  » Vilain et méchant garnement va !  » Elle y plongera autant que moi, la démone. Je vais engraisser rare ! Tiens, reviens du lunch, délicieux potage, bisque au homard, iam ! Et Aile :  » Pour ces chocolats et ces beignets, tu apporteras tout ça rue Chambord ce soir !  » Eh ! Pas si démone que je croyais. Si pleine de bon sens, cette femme m’ est indispensable, on le voit bien. Suis remonté au clavier avec un! dernier beignet graisseux ! Petit voleur va ! Môman rit au paradis !
La grève menace au J. de Mtl, rue Frontenac. Une autre. Des souvenirs montent quand je vois les lignes de piquetage boulevard René-Lévesque. C’est la  » petite  » guerre de 1959. C’est la peur. Crainte de voir s’éterniser un conflit. La frousse que le chef syndical ne soit pas assez lucide, ou pas assez courageux ou, au contraire, trop vantard. Aveugle. Ou bien menteur. Ratoureux. Démagogue. Des dos qui se tournent. Pertes d’amis scabs. Sales jaunes ! La solitude. Réunions où l’on tente de nous stimuler. Enfantillages souvent.  » Pep talk  » bien con ! Soupe populaire où j’étais l’aide-chef d’un régisseur habile. Marches dans le matin froid. Pancartes injurieuses. Janvier passe. Février passe. La peur du chômage pour longtemps. Les rumeurs folles. Les déformations. Les communiqués patronaux pour intimider les grévistes. Les réponses qui crânent. Des cris de rage. Des chevaux de la police. Un peu de coups. Vandalisme de nuit. La faim qui grimpe. Le loyer pas payé rue Saint-Denis. Mon père, pas riche, très mécontent. Oui, la grève c’est la guerre.
J’ai entendu : « le soufisme est une religion de mendiant !  » Ah ! Comme je sais peu sur les  » autres  » religions. M’instruire un bon jour. Ces temps-ci mon fils s’est mis à l’étude du bouddhisme. Il m’apprendra des choses ? J’ai hâte. Religions de mendiant ? Quelle affaire ? Des  » Mendiants  » ? Et les franciscains, oui ? Les capucins ? Non ? Les Dominicains ? Pas du tout ? Et nos Jésuites ? Longue histoire que toutes ces  » communes « . d’hommes et de femmes. Les Sulpiciens de Paris qui se font offrir toute l’Île de Montréal ! Pas trop mendiant dans le genre ? Lire sur tout cela. Oui, quand ? Mais quand ? Ces querelles, les Récollets tassés, méprisés et chassés de ce Québec, bigot et pieux. Avant, les Jésuites bannis par Rome.  » Quid  » au juste ? Et puis repris, remis en honneur. C’est quoi toutes ces tractations para-religieuses ? Je n’en sais que des bribes. Ah oui, vouloir trouver du temps pour apprendre mieux. Ainsi, à partir d’un terme entendu à la télé :  » ordres mendiants  » l’envie de me jeter dans des lectures qui pourraient m’éclairer. Je ne le ferai pas. Cela aussi!  » pas le temps  » ! On dit toujours ça, tous, et on reste des ignorants.
6-
Coup de fil de TVA :  » Bonjour m’sieur Jasmin, on cherche qui viendrait jaser sur nos ondes à propos du chef d’orchestre (Dutoit) qui claque la porte découvrant de la gronde anti-chef à l’OSM.  »
Eh b’en ! Je recommande à cette recherchiste de TVA de dénicher un musicien qui a vécu les coulisses de la Place des arts. Pas moi, c’est certain. Je ne sais rien. Est-il un dictateur, un tyran horrible, un despote effroyable ? Comment savoir ? Même un critique comme Claude Gingras n’en sait rien. À part les racontars de corridors de la part! de musiciens! paresseux, fainéants graves, ou, au contraire, éc¦urés d’être traités comme valets, comme des  » moins que rien « . Comment savoir ?
Le Thierry Ardisson l’autre soir à canal TV-5 :  » Pour des morts comme Marilyn, comme J.F. Kennedy,  » la fille secrète  » Mazarine, comme d’autres  » affaires  » encore, on a fini par apprendre qu’il n’y avait pas de  » fumée sans feu « , et accepter l’apparence grave de complot, n’est-ce pas ?  » Ardisson parle au chef de l’OBS, Joffrin, qui est en studio. Il continue :  » Alors, vous fustigez ce livre (de Messien ?) qui parle d’un complot-Cia-Pentagone pour Manhattan bombardé, le 11 septembre, mais, ‹dit le Thierry avec sa face à claque et sa tête de lascar‹ dans vingt ans ou moins encor, on apprendra des choses, comme on a appris pour Kennedy, pour Marilyn. Alors, faut-il faire taire l’auteur qui dit  » complot « .
Puis, il avance qu’on aurait dit très publiquement dans une satation de province au Moyen-Orient :  » il y a eu un cortège de 150 voiture quand Ben Laden a dû quitter la frontière Afghan-pakistanaise !
Ardisson : « Comment ça se fait que cette nouvelle a été abandonnée ? J’ai contacté toutes les rédactions et on n’a pas trop su quoi me répondre. Le Ben Laden, oui ou non, serait-il protégé par ses anciens supporters et amis, les USA ?  » Sil4nce en studio puis le rédac-chef de l’Obs, la mine faussement contrite, rétorque :  » Je vais voir ça , c’est promis !  » Un bon moment.
Vaste question! mais d’abord pour Marilyn et Kennedy, il s’agit toujours, en 2002, de rumeurs et d’hypothèses. Et la jeune bâtarde de Mitterrand c’est du  » pipi de chat  » face à l’histoire ! Il mélange tout. Ardisson sombre ainsi dans le journalisme pour amateurs de fantaisies niaises. Décevant.
Même  » show « , car c’en est un : le Finkelkraut (?) lance soudain au Thierry, pour son juron favori :  » Tabernacle  » ! Sursaut en la demeure ! Il dit qu’il a appris cela en venant au Québec. Surprise amusée chez nous ! On sourit : une reconnaissance par nos sacres ? Mieux que rien. Puis il récite, de sa voix caverneuse qui porte, sa version novelle de la fable de Lafontaine :  » Le renard et le corbeau  » où il moque une certaine féminisation des mots fort! gaga. Excellente version en effet ! Et quand l’Ardisson lui dit :  » Vous fûtes maoiïste, oui ?  » Il répond rieur :  » Mais oui, oh oui, trois semaines environ, et j’étais bien jeune !  »
Bref, vous voyez, on est un peu éloigné de la télé puérile et bruyante de  » La fureur  » ou de je ne sais que quizz débile. En fin de compte, toutes ces chaînes dites spécialisées ont sauvé du naufrage total ce médium ‹bien aimé désormais‹ que je m’apprêtais à détruire à jamais.
Envie de lire Charles Péguy en écoutant le même philosophe invité chez Ardisson-fourre-tout. Il a dit qu’on avait défiguré le poète le plus important de son époque, qu’on l’avait effrontément amalgamé, après sa mort, avec la droite catho, les Maurras et Cie. Les pétainistes, hélas, s’en firent un héros. Enfin, il a recommandé de lire Péguy sans ces diffamateurs conscients. Mais je le trouverai où ? En biblio ? Ici, à Ste. Adèle ? Gros doutes mais sait-on jamais. Souvent, je regrette de vivre ici à cause de cela, la minceur de la biblio !
7-
J’ai vraiment pas aimé le milieu et la fin  » L’iguane  » du jeune Thériault et ça me chicote. Cette mère violée. Ce curé moralisateur. Ce père ivrogne, batteur. Que de clichés rebattus sous un amas verbiageux. Des mots rres, très rares ! Danger cela. Ça fait cuistre. Gide ou Simenon, tous disaient :méfiance, on doit fuir ce tic. C’est nuisible en littérature. Vanité de jeune flo ? Sa photo en 4 ième de couverture nous montre  » un plus très jeune  » auteur pourtant !
D’où vient ce mode d’écrire des sortes de  » contes  » plus ou moins plausibles. Influence d’un cinéma pour ados, à cauchemars vite fabriqués et vite résolus ? J’en ai bien peur ! L’autre Thériault (Yves) ‹et Beaulieu dans  » Un loup nommé!  » a bien raison là-dessus‹ savait trousser cette manière de conte. Souvent ces brefs romans sont, justement, comme des légendes. Yves T. fut souvent un trait d’union, puissant, étonnant, avec tous nos vieux  » conteurs  » d’ici, ceux du 18 ième et surtout du 19 ième siècle. Héritage très respectable, non ? Je le relirai, il le faut. J’ai tant aimé  » Ashini  » par exempole, jeune, et les autres livres, ceux de ses débuts. Plus tard, je le négligeais, trop pris par toutes mes propres pontes à moi. Égocentrisme ? Oui, oui.
8-
Film loué en vidéo ‹et loué à Berlin et à Toronto ! Jouons avec les mots‹, que l’on regrettait d’avoir raté au cinéma d’en bas. Cette  » Ange de goudron « , film d’ici : déception encore. Pourtant une histoire forte. Ces émigrants algériens émouvants, ce vieil anarcho-gogauchiste (Raymond Cloutier esquisse bien un rôle hélas esquissé), ce jeune d’Alger déjà révolté, écolo, ou quoi au juste! C’est bien flou. Randonnée touristique en motoneiges. La nuit. La cachette vague. Le propos incohérent encore. Paquet de passeports à faire brûler ? Aéroport du grand nord ( ! ) où l’on va rapatrier ces sans-papier du Maghreb. Police féroce et douaniers, piège. Tuerie sauvage et peu crédible du jeune révolté. Un récit incohérent hélas. C’est regrettable. Un peu mieux! un peu plus! et c’était une réussite. Bref, un film pas ennuyeux mais décevant.

Le jeudi 28 mars 2002

Le jeudi 28 mars 2002
1-
Soleil intermittent et nuages bien gras partout en ce Jeudi saint.
Marie-Josée séjourne avec nous. Aile toujours heureuse de revoir son ex-scripte devenue une grande amie à trous deux. Bavardages abondants sur la …SRC. Grève, inquiétude de M.-J. Horizon funeste, certains parlent d’une fermeture jusqu’à l’automne. « Devrais-je vendre mon corps » rigole-t-elle ? Frousse totale ! Hier soir, interview de préparation par la rédactrice chez « Bibliotheca » de TV-5, Miss Blais, intelligente questionneuse. « Robert-Guy Scully, notre animateur-producteur, me dit-elle, ne va pas s’ennuyer avec un tel bavard, vendredi prochain. » C’est ça. Crainte qu’il lise maintenant mon « Écrire » et qu’il y trouve mes piques sur lui et qu’il fasse annuler aussitôt notre rencontre. Je m’amuse. Le cachet est alléchant…brrr. Il faut vivre dangereusement ? Pas trop souvent.
Lisant que TVA doit couper encore dans son « gras », j’imagine que je ne reverrai pas de sitôt le « micro-ondes ambulant » de TVA ici. Bof !Hier, confirmation par Lachance de cKAC : « Oui, mon Claude, notre immense public, « Radio-Can » en grève, veut t’entendre réciter ton conte du Vendredi saint avec bonheur . » C’est fait. J’y ai travaillé hier en recousant un des chapitres d’ « Enfant de Villeray », une mouture arrangée en événement de la Semaine sainte. Sept pages. J’ai sept minutes ! Ouen ! Je lirai un peu vite. Le titre ? « Chemin de croix dans Villeray ». J’avais titré une dramatique sur film « Chemin de croix dans le métro », en 14 stations de métro avec la caméra étonnante de Uve Koneman. Prix « Anik-Wilderness » cette année-là, 1971, avec la mention : Meilleure émission sur film… d’un océan l’autre ! Ma grande fierté.
J’ai corrigé mon conte ce matin et j’en suis tout content. Ça devrait faire des remous. Je vos dis, il y a des jours où je dis à Aile (hier soir) : « J’ai du génie, sais-tu bien ça ? » Elle a fait, en riant avec Marie-Josée : « Bien sûr, mon Cloclo, bien sûr ! » Je verrai bien demain.
La semaine prochaine, Salon du livre encore. Trois-Rivières. Je le préfère à ceux de Montréal et Québec, moins « gros chiard ». Public plus sympa. Mais…Le kiosque encore. L’homme-sandwich encore ! Ouash ! j’ ai terminé hier soir le très bref récit d’Annie Ernault (ou Arnault ?), « L’occupation », Gallimard éditeur. Son écriture sobre, minimaliste, classique, sans affèteries aucune, me plait. Son propos : « la jalousie morbide ». Fin qui m’a déçue un peu.
2-
Incroyable de voir de nouveau toute cette neige. Aile va engager un jeune déneigeur pour la toiture. C’est si lord une neige mouillée. Je m’amusais l’autre jour : un camion TVA s’amenait pour « Dans la mire »…et voilà que, peu après, dix minutes !, chez P.Bruneau, pour le même sujet ( prof payé « at home »,, pour un élève gardé chez lui en raison de son « sirpan » sikh. On voulait donc m’expédier un autre camion. J’ai cru bon les prévenir. « Dois-je garder le premier camion…? » Oh ! Surprise de la recherchiste ! Cela aurait été cocasse. Semblable à cette histoire vraie de jadis :au cœur de l’Afrique, même sujet « hot » se rencontrent deux lourdes équipes de Radio-Canada. Face à face inouï. L’un des groupes appartenant au « Service des nouvelles » et l’autre caravane CBC appartenant au « Service des affaires publiques ». Gaspillage rare ! Sujet de moqueries durant des années. Exemple de mauvaise coordination entre les services touffus du temps ! Seigneur ! parlez-vous les uns les autres !
Lecture dans mon « Courrier international » sur Wal-Mart. Captivant. L’idée d’un magasin, initié par un businessman très frugal. Vendre de tout à meilleure marché possible. Vieille ambition certes. Mais M. Walton, lui, en fait une réussite totale et ses magasins se multiplient. Bas salaires. Pas de syndicats. Exploitation bien organisée. Il vidait les petites rues commerciales des petites villes avec ses vastes magasins de rabais. Un mouvement tente de stopper l’effet Wal-Mart. On veut faire revivre les magasins des centres-villes de ces provinces américaines. Sinon, disent les organisateurs du boycott, ce sera l’uniformité désolante. Plus de centre-ville vivant et en banlieue, avec parking géant, partout, des Wal-Mart et ses jumeaux, isolés des citadins.
Vu à la télé, chez Ardisson-le-pitre brillant, cet auteur français qui publie : « il y a eu fumisterie, mensonge, complot grave le 11 du 9 à New-York et à Washington. » Il avance ses arguments. On ne sait plus trop quoi en penser. On voudrait des interlocuteurs. Il n’y a que lui et ses affirmations déroutantes. À suivre ? Oh oui !
Éblouissant numéro aux OSCARS, ave notre « Cirque du soleil ». Hélas, les images de cinéma, derrière les acrobates, nuisaient à la bonne visibilité de leurs numéros époustouflants.
Ce cirque qui utilise les meilleurs numéros des pays du monde entier est devenu une machine infernale. Battante ! On voit, ici et là, des imitateurs…ce qu’engendrent toujours un succès fameux.
Aussi, ici et là, au pays, vaste papotage sur le gérant célèbre de Céline Dion accusé par une jeune Coréenne de la Californie d’assaut sexuel grave. Un juge examine la plainte de la présumée victime. Silence aux accusés, forcément. Céline Dion, vue chez Larry King, en bretelles ridicules, semblait agressive, un rien « commune », un rien vulgaire quoi, montrant sa terrible détermination métissée de cet amour grandissant pour son jeune enfant. Cette « fille du peuple » m’épate, moi, et je trouve les Foglia et Cie, qui la moquent, bien cons. Certes, il s’agit désormais d’une entreprise commerciale resplendissante mais, à la base, au départ, il a fallu cela :cette volonté fantastique de réussir dans ce champ —miné— de la « pop music ». Pour ce qui est du scandale sexuel apparent …attendre la suite patiemment.
3-
Rencontre d’un tas de gens si souvent : « Vous paraissez plus jeune en personne qu’à la télé. » Ne sachant jamais trop quoi répondre. L’écran der télé qui nous grossirait, qui nous vieillirait : sentence à payer pour oser se montrer la binette dans la gueule du monstre cathodique. « Bien bon pour toé, baquais ! »
Vennat sur mon répondeur : « Je peux plus granb’chose à « La presse »… Ai donné votre SOS à ma patronne, Madame Lepage… » Etc. Quoi lui répondre ? Il veut que je le contacte. Bof, attendre à dimanche voir si on daignera dire un petit mot —un bon mot ?—sur mon livre, « Je vous dis merci », publié il y a maintenant trois mois. Je verrai bien. L’habitude désormais d’un certain silence sur « le vieux qui publie trop » !
Mon gendre, Marc Barrière, installateur vaillant de mon site web (y inclus ce journal), passait au canal 12 il y a deux ou trois jours. Il devait sans doute parler au nom de son nouveau ministère… « de la famille ». Marco était aux « Tansports » jadis comme relationniste et apparaissait régulièrement à la télé, surtout les jours de tempêtes ou de graves accidents de la route. Ça brasse moins à « la famille » ? L’ai raté, mais, tantôt l’amie M.-J. qui l’a vu, dit : « Il parle anglais avec un accent amusant. Mais il a vieilli, non? Il me semble ! » Eh ! Tout le monde vieillit, « dura lex sed lex » !
Mon Lepage (Guy-A) toujours comme obsédé par la sexualité, montrait « ses » lesbiennes la semaine dernière, draguant à « tire larigo » dans un bar lesbien, et cela à une heure d’écoute familiale. Irresponsabilité totale des télédiffuseurs désormais, même à la télé publique ? Aile : « Allons, Cloclo, les enfants ne comprennent pas ! Ça leur passe au-dessus de la tête. S’ils regardent la télé hein, ça m’étonnerait !» Son argument chaque fois que moi, ex-père, je m’énerve. Qui a raison ? Une chose est certaine : avec des abus, des niaiseries, des comités de pudibonds s’organiseront et, un jour, censure solide en masse qui s’installera. Je déteste ceux qui —par leur laxisme de con— attirent les extrémistes en intolérances. Ces écervelés, avec leurs excès pour provoquer, nous amèneront des bigots énervés voulant tout couper, à n’importe quelle heure.
Je repense à Dutrizac, àT.Q., tourmentant le cabot bronzé Guy Bertrand dans un vidéo signé « Zone 3 » d’un amateurisme technique confondant. Ce fut, une fois de plus, la manière mosaïste, saucissonnée. Pas la moindre chronologie logique. Un impressionnisme, un pointillisme facile, paresseux. Cela donne l’apparence du rythme, au fond, c’est un collage de fainéant.
La télé encore : chez « Fortier », des tounes sauce anglo- américaine. Colonialisme stupide madame Larouche ! Pourquoi ne pas utiliser nos jeunes rockers, nos rappeurs ? Pour se donner les allures d’émissions amerloques ? Une honte. Une faiblesse. Un mépris. Toujours ce damné racisme inverti. « On est pas assez bons ! »
4-
Au fond l’État moderne c’est quoi ? Trois « f ». Flic, fric, fisc. D’abord installer du pouvoir policier. Armée et gendarmes. Cela chez Louis 14 ou au cœur de l’Afrique, chez Mugabe par exemple ou au Chili. Puis, voir au commerce. Chez Colbert ou chez notre « Martin », via tous les moyens dont les protections aux chevaliers en entreprises, si souvent subventionnées par l’État. Voilà du fric. Reste le troisième « f » :le fisc. La machine va ramasser les taxes des travailleurs. Mille variétés, façons, moyens de sucer les populations. Oui, l’État moderne, plus que jamais c’est « flic », « fric » et « fisc ». On ne peut retirer un seul élément de cette funeste trilogie. Tout s’écroulerait. Surtout ne pas toucher à « flic » ! C’est la base du triangle. C’est le soutien du système en place.
« Tu pense qu’on s’en aperçoit pas » , chantait Vigneault.
« Rien qu’à oir, on voé bin ».
Téléfilm-Canada accomplit en douceur sa mission politique fédéralisante. Vous regardez « Tabou » et hop !, on s’envole à Vancouver. Visitons notre beau pays ! Comme pour la série « L’or », hop !, on s’envolait vers, encore, Vancouver ! Autre série subventionnée par Ottawa : on regarde les motards criminalisés du « Premier chapitre », hop ! hop ! voici l’Ontario, « speaking english », avec sous-titres pour les indigènes. Toronto « here I come ! » avec mentions aux dossards et insignes des provinces de l’ouest …et des maritimes. Halifax here I come ! L’union fait la force chez les poucheurs et chez les téléspectateurs ! Mettez, chers auteurs québécois, dans votre projet de série-télé de cet exotisme « very canadian coast to coast » et ce sera le financement assuré.
Tu penses qu’on s’en aperçoit pas Téléfilm-Canada ?
5-
Aile soudain, une inspiration subite quand on écoute et regarde « des proprios de chiens méchants (doberman) responsables des dégâts : « Eh, si on rendait responsables les parents de jeunes enragés ? » Ouen ! Ados qui tuent ? Oh les cis dans les chaumières où l’on se soucie comme d’une guigne des allées et venue des enfants grandis. Quoi, qui, si on surveille pas son chien, amendes, prison et si on surveille pas son délinquant…pas d’amendes, pas de prison ? Rien ? Ah oui, faire nommer mon Aile à un poste de ministre…De la famille ? Je dis « bonne idée » et elle : « Mais non, je plaisantais…c’est que… » Ouengne ! C’est que, oui, des parents sont des irresponsables, des égotistes. Point final.
Songe bizarre hier : suis sur une plage. C’est sombre, Crépuscule irréel. Bien louche. Des gens rentrent, traînent des serviettes de plage salies ! La mer…est noire ! Une jeune femme m’aborde sur un banc. Elle me drague. M’embrasse…veut me frencher, me touche sous mon slip de bain. Début d’érection. Malaise. Elle est trop jeune pour moi. Je me débat mollement, puis j’y consens, je la touche aussi, au pubis. Une inconnue ! Qui me dira : « j’ai un fils de six ans ». Moi : « ah ! » Je vais la reconduire, en auto, à son chalet. Il y a ses parents, là, en vacances avec elle. Rue sombre, louche. Plein de maisons cossues. Elle me dit : « À demain. Je t’aime » Je me réveillerai.
La semaine dernière, autre songe curieux. Dans le métro je rencontre Marc Labrèche. Il est comme exalté, fou fou. Il me parle de… John Diefenbaker ! On regarde ses photos sur les murs de la station. Frisé, gros yeux mauvais. Des gréviste défilent au bout d’un couloir. Pancartes de Radio-Canada ! Passe la gouverneur monarchiste , la Claxton ! Elle nous sourit. Marc me dit qu’il va tout quitter. Qu’il en a par-dessus la tête. Je tente de le calmer, de le raisonner, bien paternaliste. (Marc jouait mon alter égo dans « Boogie woogie ») Il me dira : « C’est Boston mon but ! » Mystère ! Me voilà lui recommandant de ne pas tant se donner à son talk-show ! Et je me réveillerai.
Ces rêves ! Je me souviens mal d’un songe (encore un ) où j’ai revu (film de Spielberg) ce dépotoir de membre de robots. Où on voyait (I.A.) des humanoïdes cybernétiques dénicher qui un bras, qui une mâchoire…
Décidément ce film pour grand public populaire m’a laissé de fortes impressions. Quand je raconte cela à Aile : « Écoute, moi, ce film, il m’a mis très mal à l’aise. Ce joli garçonnet —un Pinnochio 2002— qui se cherche une humanité, oui, c’a m’a troublé, dérangé, vraiment. J’ai pas trop aimé » Je lui dis : « C’était comme nous faire caricaturer collectivement, au fond ! »
Une autre fois, une vaste salle, cent tableaux aux murs. Tassés. Je dois les examiner. Les étudier. Les relier. Y trouver des liens. Du sens. Qui m’a commandé ce travail ? Mystère. J’y arrive mal. Sorte d’immense rébus ! Folie ! J’étudie les symboles des peintures. C’est un fouillis. Je sens que j’ai le devoir, la charge quoi, de dégager une signification globale. Sinon…je sais pas. Un devoir d’État ? Drôle de cauchemar.
6-
Assez de ce Aile. Besoin de lui changer de nom. Choisir quoi ? Ange. Oui, j’ai pensé à Ange, mais.,.à la réflexion, non, Aile n’a rien d’un ange. Oh non ! Parfois…hum…Bon. La nommer désormais Oiseau. Ah non. Alors comment ? Air, comme l’initiale de son prénom. Mais « air » ça fait …éthérique. Alors quoi ? Je cherche. Je trouve pas. Dans certains de mes récits j’avais mis Rolande et Rachel et Rachèle. Air…non, pas « r » , je songe à Brune mais elle ne l’est plus. Est devenue ma jolie grise. Ma grise grisante. Gris-gris ? mais non, c’est con. La consulter ? Aïe ! Elle se rebifferais raidement. Déjà qu’elle déteste se savoir dans mon journal. Je trouverai. Je trouverai.