Le vendredi 8 mars 2002

Le vendredi 8 mars 2002
1-
Un matin gris. Le froid persiste. Bien avoir qu’en mars, il peut y avoir tempêtes de neige. La boucler. Attendre. Patientia! Mais hier, jeudi, rentrés de Montréal, belle sieste dehors au soleil, sur la galerie, bain de soleil ! Cousins sur nos chaises ! Revigorant en diable ! Nous revenions du lancement —salle sinistre du Musée-Rozon rue Saint-Laurent— d’une série d’émissions produite par le Canal D. « Debout les comiques » veut raconter le rire québécois. Bien fait. Ça ratisse large. Je figure —on m’a coupé, beaucoup, c’est la loi dans ces entreprises— dans le premier épisode qui sera diffusée la semaine qui vient. Je parle d’ Ovila Legaré (« Nazaire et Barnabé »), de Gilles Pellerin… Je m’entendais à « Debout les comiques », péremptoire, affirmer : « Faut être intelligent pour jouer l’imbécile. » En voiture sur l’autoroute, Aile et moi discutions là-dessus : « Est-ce qu’il faut être imbécile pour jouer l’intelligent ? » Oh ! Vaste étude non ?
Ce « Musée juste pour rire », façon moderniste actuelle, est vite devenu bien laid. Cette architecture (vogue dépassée j’espère) qui se veut franche, minimaliste, montre ses structures de métal etc. vieillit bien mal, on dirait, déjà, une ancienne construction des années de la Crise ! Même genre pour le TNM, rue Sainte-Catherine. Que de ferventes rencontres hier matin ! Mon cher ex-camarade de « La Roulotte », Buissonneau. On s’embrasse et il me dit aussitôt : « Claude, c’est fou, je viens tout juste de lire ton journal de 1987,1988, j’ai adoré ça. Ce « papotage », ces confidences, R., tes enfants, tes projets, les événements de ce temps, ah !, sais-tu qu’on a intérêt à lire du journal longtemps après publication (!) ? J’ai déniché, mon Claude, des souvenirs. »
Encouragé de tant de bon plaisir pris, je lui parle de mes « J.N. » et du livre qui en sortira (chez Trois-Pistoles ?) l’automne prochain ( janvier à juin). Mon Paul en est amusé. Il nous quittera vite après le visionnement —où l’on revoit son « Picolo » hilarant— car il est plongé dans sa mise-en-scène avec les textes de Tardieu. Je lui rappelle son chef d’œuvre —vraiment— du temps de « Quat’sous » avec le « Théâtre de chambre » du même Tardieu, poète surréaliste. Paul est pris aussi pour un troisième déménagement. Ayant quitté Habitat ’67, il s’installait, avec sa tendre Monique, à Pointe-Saint-Charles, ex-manufacture bien entendu. Cela lui ressemble tellement ! Rendu là, il découvre mieux, vraiment au bord du canal, —« des plafonds à 13 pieds mon vieux » ! Le voilà donc encore dans ses boîtes ! Ce diable d’homme, à 75 ans, rond comme une grosse pomme, déploie une énergie peu commune ! L’imiter.
Plaisir de revoir la Clémence nationale, une « comique debout » elle aussi ( de stand-up comic ?). Après la cérémonie et le buffet —chaud et bon— Clémence me prend les bras : « Tu nous donnerais une de tes aquarelles pour les malades mentaux, oui ? » C’est oui bien entendu. Je lui ai dit que mon David-à-Marco (à Concordia) étudiait la poésie québécoise dont celle de son vieux papa, Alfred Desrochers. Elle en est toute contente. Soudain la critique de télé, Louise Cousineau, me questionne : « Ta compagne, là, c’est quoi déjà son nom de famille ? » J’ai pas osé lui recommander d’écrire : « Aile ». Parmi les invités, Paradis des « Joyeux troubadours », Roger Joubert ( ex-comique de CKAC), Marcel Béliveau, discret, muet, organisateur des canulars de « Surprise sur prise ». Le rondelet Saint-Germain des « Cyniques », et qui encore ? Mon étonnement de bien découvrir que l’humour québécois, depuis « Radio-Carabins », « Carte blanche », « Le beu qui rit », depuis 1940 quoi, —« Zézette », « La poune », « Quelles nouvelles » (de Jovette Bernier),« Tit-Zoune », engendrait tant de folichonneries et, parmi ces farcesques pitreries, tant de « critique sociale » fort décapante. C’est bon signe dans une société, non ?
2-
Mardi soir, veille de notre départ pour la ville, vu, vidéo loué, un film d’anticipation curieux, recommandé chaudement un matin par Homier-Roy : « I.A. » pour « Intelligence artificielle ». Spielberg fait voir son monde obsessif. C’était un projet de Stanley Kubrick, mort avant de le réaliser. « I.A. » sort d’une simple nouvelle donc d’un bref conte. C’est un long —un peu long métrage fascinant souvent. On aurait dû mettre « Sentiment artificiel » puisque c’est le récit d’un robot capable de s’émouvoir, de s’attacher. Nous sommes en l’an 3000.
Le jeune héros de « I.A. », David, un « robot sensible », garçon étonnant pour une machine cybernétique, est joué par l’extraordinaire gamin du merveilleux film « Le sixième sens ». Ce jeune acteur, Haley-Joel Osment, nous séduit, nous envoûte totalement. Il a une bouille qui fait merveille. Pourtant sa mère adoptive (le mari lui offrait ce drôle de jouet, quasi-humain, en compensation pour un fils perdu) ira l’égarer en forêt ! L’autre fils, perdu et retrouvé, développant une féroce jalousie, avec menaces, la maman fait le sacrifice de ce « jouet » hors du commun. On songe au fameux « Petit poucet » de Perrault !
Ce David-robot en sera inconsolable, amoureux fou de cette jolie maman d’adoption. Débute alors vraiment le film de Spielberg, sa sauce habituelle, celle de « E.T, de « Close encounter…», de « Jaws » Travail, famille, patrie : la droite des conservateurs. « Famille, je vous aime » ! Spielberg c’est un Walt Disney, aussi sucré, mais moderniste : moyens neufs, infographie étonnante à plein, effets spéciaux renversants, mais le « gluant » de la sentimentalité : « maman mignonne, bon papa, l’enfant chéri !
C’est très « américain » ? Ou mondial, car ses films ont eu du succès partout. Voici soudain un tuteur, un initiateur, robot-galantin, et on pense à « Oliver Twist » maintenant avec le « vieux » voleur à la tire !. Ce gentil Jos-robot, un « mac » programmé (très bien interprété), va aider le jeune David à retrouver sa cruelle mais chère maman adoptive ! Scène fantastique quand les deux découvrent un immense site clandestin où l’on détruit, devant des foules sur estrades, ces robots humanoïdes qui sont un défi au Créateur. Autres inoubliables images : ce dépotoir de « pièces usagées » où des robots abîmés viennent, la nuit, se changer des pièces, mâchoires fracassées, œil, bras, main, pied. La fantastique montgolfière illuminée ( salut à « Close encounter… ») avec sa nacelle de « tireurs à vue » sur ces clochards bourrés de puces électroniques…Oh ! Étonnant morceau de bravoure par les graphistes du jour.
Donc, plein de clins d’œil aux conte universels. Ainsi David sera un « Pinocchio » futuriste qui n’a qu’un rêve : devenir un garçon comme les autres avec une maman qu’il chérit tant. C’est William Hurt, si bon acteur, qui joue le rôle ingrat du « docteur Frankenstein », le créateur de ce David.
Je ne dirai rien de la suite. Une fin ave clin d’œil au New-York dévasté de « La planète de singes ».
3-
Fait curieux, mon Daniel avait pondu (1990 ?) des textes sur ce sujet. « Douze Heures », son projet de télé m’emballait tant que j’avais tenté, en vain, de collaborer à sa concrétisation. Le metteur en scène surdoué, René-Richard Cyr, —un temps lecteur de projets à TQS, où on avait soumis « Douze heures » à une directrice des programmes, « Madame Legris »— avait voté chaudement en sa faveur, appréciant ce robot humain qui découvre les facettes de la vie réelle.
En vain.
Alors, j’avais offert « Douze heures » —ce titre puisqu’il fallait recharger ce « Pinocchio » à toutes les douze heures, comme, disons, un caméscope— au fils de Jean Lapointe, puis au fils de J.-P. Coallier, ainsi qu’à René Simard, tous trois alors jeunes acteurs fort capables d’incarner ce jeune homme cybernétique, candide et sensible. En vain mon parrainage et j’en suis toujours fort déçu. Mon fils se mettra au design de ses « jeux de société » et avec succès. Je ne sais pas si, lui, y pense encore. Avec son « Douze heurs » pas de Disney attendrissant, pas « maman, papa », mais beaucoup d’humour, des vues sarcastiques sur nos façons de vivre découvertes par une machine humanoïde innocente.
C’est la vie québécoise. Je songe parfois que, mon Daniel citoyen américain, ce projet…. Bon. Me taire.
Actualités : entendre, au sermon de Notre-Dame, l’aumônier tutoyer la veuve (Annick Royer) du policier tué (Benoit L’Écuyer) par une jeune bandit m’énerve. Le ton des maternelles, des garderies pour une adulte ? Le ton des employés en Centres d’accueil. Brrr…mon épée me démange ! Je déteste cette familiarité paternaliste, dominatrice au fond.
Forte chronique de Foglia sur ces funérailles « nationales » pour un gendarme tué « en service ». Qu’il est souvent brillant, quelle chance a « La Presse », en est-elle consciente ? Ce matin,
Le même sujet par…non, pas de nom, une chroniqueuse (même journal) pas mal moins douée que Foglia et qui n’a aucun courage, elle, face à ses correspondants scandalisé de ces grandioses funérailles. Elle publie tous leurs griefs populistes et n’écrit que des « je ne vous suis pas » !C’est cela « en avoir ou pas »…du talent !
4-
On présente (le Lion d’or) « Monologues du vagin », c’est donc subtil. Des féministes applaudissent. Quoi, on parle bin assez du pénis ! Argument con. L’imbécillité passe dans le camp des femmes…qu’il faut désormais respecter, oui, en finir avec la femme-objet et j’en suis. Alors, ces vagins à qui on donne la parole ! Animisme de connards : Disney, cucul la praline, faisait parler les fleurs, les papillons, les gazelles si kioutes…On fera parler un nombril bientôt ! Oui, animisme bien con !
En Belgique, il y a eu un film, initié par feu le bédéiste Topor, assez désaxé merci, où le pénis s’exprimait (celui du marquis obsédé, Sade), film hélas produit par mon ami Van Beuren. Cette humanisation d’un organe spécifique me hérisse.
Pourquoi pas, bientôt : Les monologues d’un rein ? Ou d’un foie? D’un pied ? Du gros orteil ? Le verbe donné, non plus à la pensée, à l’intelligence, mais à un membre, un organe biologique, du corps humain me semble d’un infantilisme total. Niaiserie puérile qui excite les coureurs de fausses audaces toujours en mal d’avancées sur la planète des déboussolés.
Parlant de déboussolage : zapettant, je tombe sur le « preacher » Roger Drolet mal confessé par un Pierre Marcotte jamais bien informé, au canal communautaire Vox. Le drôle Drolet est un jacasseur impénitent. Avec idées courtes et philosophie bonhomme. Pécheur converti, il joue « les directeurs de conscience » populistes, jadis à CKVL, maintenant à CKAC, tard le soir.
Du temps de la radio de CJMS, Paul Arcand m’entraîna manger chez lui à deux reprises. Bonne bouffe de sa jeune, jolie, et charmante épousée qui lui sert de secrétaire zélote. Plaisir de le taquiner férocement. L’homme, plus érudit que cultivé, émet des sentences définitives sur l’état de la société. Face au bon bougre Marcotte, toujours un peu hors-sujet, Drolet se haussa aux combles de l’incohérence car, avec Marcotte, pas de « track » ferme, aucun plan d’interview. Ça roule « au petit bonheur la chance » avec approximations fantaisistes, je le sais, je suis passé sous ses fourches (pas caudines mais) molles du canal 9.
Drolet, qui s’illustre mensuellement sur la scène du cinéma Château, fait voir une misanthropie niaise : « Le monde est fou, il va à sa perte, il n’y a que l’amour de « la femme soumise », etc. »
On se croirait chez un ayatollah de comédie ! Totalement réactionnaire, ce « poujadiste-de-salon » (italianisant), a fini par racoler quelques centaines (500, 800 ?) de frileux —fragiles blessés de l’existence sans doute —qui ne demandent qu’à payer pour entendre ses fatwas. Le Vatican est plus à gauche que lui, ce n’est pas peu dire. À un Marcotte visiblement renversé par ses assertions, mon Roger Drôlet montra les photos —de son ami Proulx, comme lui poujadiste inflationniste— de son bien joli bunker, un ex-petit couvent de nonnes en voie de rénovation.
5-
Mercredi matin, j’ai foncé dans la « commande Simard » et j’ai rédigé une première brève (7 pages) « nouvelle érotique » intitulée : « Rachel au pied de la Trappe d’Oka ». J’ai 21 titres devant moi. Jeudi matin, hier, dépôt du texte, pas loin, en face de chez moi, là où logent (temporairement) les bureaux du Simard et de ma belle bru, Lynn, la relationniste de ces éditions populaires. J’ai dit à la secrétaire que j’allais attendre le verdict de Simard avant de continuer. Au cas où ce dernier souhaiterait des « cochoncetés ». On ne sait jamais…
Hier soir, jeudi, mon « Nouvel Obs » sous le bras, 45 minutes d’attente —je voulais le premier choix absolument— au comptoir de l’École hôtelière. Maintenant je me pose des questions : serions-nous des cobayes au fond ? Y a-t-il un inspecteur en aliments là ? Est-ce qu’ il y a des risques à dévorer les « devoirs » des élèves, leurs chefs fussent-ils ultra-compétents ! C’est qu’il nous vient des digestions fort laborieuses assez souvent avec, pour moi, recours au Pepto-Bismol. Aile : « Il y a leurs riches sauces, ils y vont fort je crois ! C’est bon mais… »
Ça y est TVA et TQS refusent les verdicts des « pairs » (mon œil !) et bouderont carrément le prochain gala Gémeaux. Il y a eu risque…d’entraînement par les producteurs indépendants (mon œil, ils fonctionnent avec notre argent public via Téléfilm). Ces « privés » (mon œil encore !), nous apprend Louise Cousineau ce matin, se sont fait parler dans le creux de l’oreille par un « boss » de Téléfilm Canada, Robert Roy. Ce dernier fut un des co-fondateurs de la patente-à-Gémeaux et aurait insisté : on veut de la ristourne à nos subventions, et le « prestige » —mon œil, c’est le public, pas ces « pairs » anonymes de mes deux…qui fait les succès au fond— du dit gala, c’est de la ristourne. Rêvons.
6-
« On cold blood » encore ! Hier, l’horreur à Laval. La nuit. Rue tranquille. Coup de pied dans l’entrée. Coups et blessures. Baillons et cordes. Un Couple âgé agressé. Vol des portefeuilles. Puis viol d’une visiteuse du couple. Voilà Aile énervée : « Tu te rend compte, ils ont défoncé la porte et bang ! vite, vos cartes de guichets, vos nips. Ça pourrait nous arriver ici, non ? » Que dire ?
Le cinéma, parfois loin de « I.A. », très loin de Spielberg. Une ex-étudiante en scénographie. Vient de faire un film. Il y a « ma tante Mado ». Roland s’est suicidé, époux qui brutalisait, qui buvait comme une éponge et qui s’est tué. Cette nièce, évidemment, a vécu parmi ces gens. Pas besoin de création, pas besoin d’écrivain, d’aucun scénariste. Elle fera un film de famille. Confessions acceptées. Mère veuve, fille cousine, raconter les malheurs et…. peut-être les petits bonheurs malgré l’atmosphère. C’est encore et toujours ts « loft story », reality show, big brother mais la caméra…pas cachée cette fois !
Silence, ma tante, ma cousine, on tourne ! La Fellini, la Arcand du jour va les faire parler. Un docu-vérité de plus. Que l’on finira par voir un de ces jours sans doute, au canal « ché pas quoi ». Je lis le reportage ce matin, on y dit qu’il n’y aura pas de « procès à ce Roland irresponsable » ! Ah bon ! Oui, vous saviez pas, on a trouvé le coupable : « C’est la société ». Écrit en toutes lettres : « La société » ! Moi, cette vague, magique, conne et facile accusation commence à me donner de l’urticaire, pas vous ?
Guy Lafleur, la tête sur les épaules, donne un bon verdict sur le hockey. Trop d’équipes. Partant, trop de joueurs bien « ordinaires ». 30 clubs ça n’a aucun sens, nulle part. Vérité . Le jeu défensif d’aujourd’hui :plate ! Manie d’envoyer sans cesse la rondelle au bout de la patinoire puis de courir après ! Oui, ennuyeux !Si vrai ! Un jeu « plus offensif, plus créatif », dit-il, est indispensable. Il sait : c’est une affaire d’argent, on ne va défaire des clubs, on ne verra pas ça de sitôt, dit « Guy, Guy, Guy » !
Un livre, un autre, raconte sa vie de joueur-étoile. La biographie de Georges-Hébert Germain m’avait paru assez parfaite. Le commerce ? Une affaire d’argent, Guy ?

Le lundi 25 février 2002

Le lundi 25 février 2002
1-
Quelle douceur dehors ce matin. Un 25 février ! Rare cela ! Saison touristique bousillée à jamais, hélas, pour nos affairistes. Et les jobs tout autour. Hier, subitement, plus un chat sur les pistes autour du lac ! Ah, le hockey s’amenait aux J.O. Tout le monde aux écrans ! Me voilà redevenu le gamin surveillant le match au Forum, via la radio, quand j’avais 15 ans ! Surpris le premier de m’exciter tant à chaque but compté par ce club de jeunes millionnaires Canadians (et quelques frenchies ). Aile fort amusée de me cris, de mes avis, de mes bons conseils, de mes jurons, de ma verve de « gérant d’estrade ». Je m’amusais bien. Notre Étonnement à tous deux de ce soudain patriotisme singulier. C’est cela les J.O ? Dans les « canards » l’on s’insurge de ce patriotisme ou bien on l’approuve carrément. Oui : C’est donc aussi cela les J.O. ? Hon ! Les adversaires des nationalismes doivent en baver ! La vérité se trouve concentré derrière cette grande fête universaliste qui cache mal une sorte de chauvinisme inévitable.
J’ai apprécié, beaucoup, au spectacle d’ouverture, cette parade étonnante, faite de personnages gigantesques de chiffon, (nylon ?) ça volait au vent de Salt Lake City. Beauté fantastique ! On y jette des fortunes c’est certain. Hier soir, spectacle de fermeture, c’est lent, long… et vers la fin, de nouveau du spectaculaire inouï ! Ce couple de squelettes de « dinosaures » géant, articulé, fort impressionnant ! Ces figures géantes avec des tissus ultra-légers, encore une parade, un défilé renversant. Ces jets de peinture « garrochés » sur la glace, oh ! Ces silhouettes, immenses marionnettes « à tiges » (création antique des Javanais, disait-on), ces gros ballons blancs qui déboulent du fond des estrades… Oh ! Ces oiseaux blancs manipulés par des gens en noir et ces baguettes (boudins) phosphorescentes, ces spectres mouvants au fluor multicolore, la foule elle-même et ses innombrables lumignons… Oh !
Ah oui, vraiment, ces « chiards » visuels ruineux extravagants offrent un visuel unique chaque fois que les J.O. débutent ou se terminent. L’ex-scénographe en bave de joie, savez-vous. Ainsi de ces étonnantes projections d’images sur les immenses drapeaux rectangulaires… effets optiques merveilleux !
Souvenir : avec des moyens modestes, et en peu de jours, du temps d’ « Âge tendre », télé-jeunesse, je tentais de ces essais visuels avec projections. Nous étions en 1966, un an avant Expo,67, j’en cause abondamment dans un chapitre de mon « Je vous dis merci ». Nos modestes essais de scénographie nouvelle étaient les bons, désormais, ces effets visuels sont la crème des « designers » actuels. À un certain théâtre avant-gardiste (j’ai vu « Le ventriloque » et « La face cachée de la lune »), ils font florès. J’y reviendrai. Ce cinétisme vient des débuts du cinématographe. On tente d’abattre les décors d’antan, on veut un environnement visuel suggestif, moins réaliste (Lepage , Maheu etc.). Mais pour monter, par exemples : « Mort d’un commis voyageur », ou « Ménagerie de verre », ou « Les belles sœurs », peut-on éviter de signaler les lieux réalistes de ces drames prosaïques ? Ça se peut. Il y faut du génie en symbolisme ! On me dit que pour le « Au cœur de la rose », texte réaliste de Perrault, on a eu recours à des images projetées, prises des films de ce Perrault. Bonne idée sans doute.
2-
Nous sommes attachés, Aile et mi, à ce Guillaume Durand qui anime « Campus », le dimanche soir. Merci magnéto enregistreur. « C’est un très bel homme », me redit Aile. Hum, jalousie tue ! Et il est fort habile, brillant même, pour conduire sa bande de questionnés et leurs livres frais sortis des imprimeurs. Le successeur de B. Pivot a sa formule : un, invités (trois ou cinq) pour de neuves publications. Hier :Robert Hossein, l’ex-playboy, la « vedette » converti à Jésus, l’ex-kioute actrice Mylène Demonjeot (très vache dans son livre avec sa belle-mère Simone Signoret, oh !) et un psychanalyste, Serge Tisseron avec « L’intimité surexposé ». Il a jasé sur « presse populaire et presse « de caniveau », oh !.
Donc, à « Campus » il y a « thème » souvent. Hier : la célébrité « quossa donne ! » et le narissisme des « stars » serait un effrayant cul-de-sac, une impasse. Intelligent choix ce « thème limité » car il sort tant de livres, et chaque jour, en France. Deuxième segment du « Campus » ? Des archives visuelles aux images surprenantes parfois. Hier, feu Romy Schneider (hum, ortho ?) au bord des larmes relatant ce paparazzi déguisé en infirmier pour capter le fils mort dans un hôpital.
Trois : débat sur un sujet d’actualité (hier la judéophobie renaissante en France. Hier, le président, un « beur », de « SOS-racisme » qui s’est enragé contre un publiant : « Encore un fois, l’on tente de cibler de façon raciste tout le monde émigrant arabe de Paris ! » En effet, avec ce président israélien Sharon agressif, le chef Arafat interdit de circuler, l’ « intifada » nouveau…on soupçonne —solidarité pro-palestienne— les «araboïdes » français d’agressions, de vandalisme etc. Enfin, quatrième segment de « Campus » : des critiques prestigieux face à des auteurs aux nouvelles pontes. Moments de bonté !
On y trouve aussi des entrevues souvent : hier, c’était un romancier britannique déclarant : « C’est totalement fini le prestige de la France d’hier (du temps des Sartre, Malraux, Camus, spécifie-t-il) chez moi en Grande-Bretagne ! Désormais il se publie tellement de bons livres en anglais. Et il y a les anglos d’Australie, du Canada. »
L’hypocrite passait vite sur l’immense et puissante vague des livres publiés in USA. C’est sans aucun doute vrai. La littérature de Paris « a pris le bord » en Occident ! Hélas ! C’est « l’axe amériano-anglo-germano etc. », un impérialisme culturel. Je parle souvent de cet « axe » envahissant et cela fait sourire ma chère Aile ! Comme si je souffrais d’une fixation. Est-elle, ma foi, aveugle ? Mais oui, il y a un « axe mondialiste » des « anglophiles » avec, tête de proue, la langue américaine toute puissante. Cet axe (non pas du mal, oh non !) du « monde culturel » (avec « dumping » partout, en chansons, cinéma, télé, livres) règne sur tous les continents. Son moteur principal est les États-Unis. Inévitable conséquence de sa puissance économique actuel.
Tout cela, je reviens à « Campus », se déroule à un train d’enfer. « Campus » est fort stimulant mais il faut ouvrir les oreilles, « La fureur » c’est plus facile ! Bernard Pivot semble maintenant un « tit mon oncle » en fauteuil dans ses pantoufles. Reste qu’il y a eu, bien sûr, des rencontres fortes chez « Bouillon de culture ».
3-
Soudain, surgit le fécond auteur Juif-Français, ex-conseiller de Mitterrand, banquier en difficulté à Londres, Jacques Attali. Son « Les Juifs et le monde de l’argent » lui a valu des accusations de favoriser la judéophobie ! J’en au parlé déjà. Sa thèse ? Attali dit : « le monde chrétien comme le monde mahométan interdisait les profits, la spéculation, les rapports très commerciaux entre des mondes divers, la manipulation franche de l’argent. Cet aspect de son livre me fascine. Le reste, moins.
Alors on aurait chargé les Juifs —des nomades comme forcé, obligé ce « exilés » (empêchés de possession du sol )— d’organiser « le commerce de l’argent ». La Thora, dit Attali, n’aurait rien contre l’argent et les intérêts s’y rattachant, ah ? Le monde eut soudain besoin de crédits pour ses immenses projets (exemple : Colomb vers les découvertes, dit-il). Alors gigantesques montages financiers échafaudés par les Juifs ! Ce fut le départ (dès 1534) du Juif-puissant-homme-de-finance, indispensable. Sales besognes ? Pas pour l’israrélite, il,aceptait volontierrs d’être l’intermédiaire « indispensable », l’expert.
Son livre avec ce sujet, l’argent (Hitler en faisait son grief essentiel : l’Allemagne était contrôlé par les banquiers et financiers juif !) énerve évidemment. Attali dira à ce Campus d’hier : « Le juif veut partager la richesse, ce n’est qu’un instrument pour lui. Hum
Tous des altruistes, mon Jacques ? « L’argent ne lui est jamais pas une fin, s’exclamait-il, mais un « moyen » d’aider les autres. » Toujours ? Vision candide, intéressée ? Angélisme douteux ? Il a parlé de Hollywood, machine juive par excellence, (qu’un Marlon Brando a regretté de pointer du doigt ) comme d’un merveilleux « vouloir communiquer » avec le monde ! Succès inespéré, ça ! Il a dit, il y a eu différents Juifs selon le pays, site : Un « Marx » ou un « Rothschild ». En Russie, vu la situation, le Juif ordonnera, participera à la révolution, en Amérique, plein de banquiers juifs prospères, ce fut toute autre chose. Tu parles ! Bref, une entrevue néanmoins captivante.
4-
Ah mon Dieu, je pourrais jacasser (jasminer ? jaspiner ?) sur tant de pages ! Ce journal aurait mille pages aux six mois ! Embêtant pour l’éditeur. Je me retiens.
5-
Téléphone tantôt : Pierre Bruneau de TYVA, me veut ce soir pour « opinionner » sur les J.O. Le camions s’en vient. Joie de pouvoir dire tout le bien que je pense sur les spectacles de ces Jeux. Magoulles, juges vendus ?, oui, oui, il reste que ce grand « pow wow » est une occasion de rencontres entre nations variées pour tant de jeunes volontaristes aux physiques impeccables. Je vais casser ce soir mon image de « chialeux » de « critiqueux, de négatif Youpi ! Re-téléphone : » Ici Anabelle de TVA, merde, on a pas de camion à antenne. On se reprendra. Enfin, je cherche encore ! Je vous recontacterai. » Qu’elle trouve un camion et vite.
Voilà que des adultes faits, « garrochent » des cailloux sur Satan ! Rituel religieux coranique, à Mina, près du Mont Ararat ! J’en reviens pas. En 2002 ? Je pense à cet arbre « méchant », désigné par moi, (un pin qui étouffait de jeunes pousses tout autour) pour que mes petits-fils puissent se défouler au parc Sophie-Barat !Ils fouettaient ce pin avec une vigueur, si heureux ! Mais là-bas, des Arabes adultes ? Folie religieuse infantilisante !
Mon amie la merveilleuse Marguerite Lescop (deux ou trois livre publiés) obtiendra « l’Ordre du Canada » ! Et moi ? Sis-je un chien ? Avec mes livre en hautes piles ! Rien ? Jamais de médaille
Fédérale. Je crache mes impôts la-bas ! Injustice. Quoi ? On sait que je suis un indépendantiste ! Pis ? Répétez-le : Jasmin accepterait toutes les décorations (j’ai jamais eu de médaille à l’école !). Je dirais à Ottawa : « j’accepte volontiers cette reconnaissance d’un pays voisin et ami ! » Quoi ? Ah, c’est cela qu’ils veulent pas entendre. Bon.
Les gazettes du jour : la Royal Bank of Canada. Bénéfices en hausse, 734 m. de $, de profits nets ! L’action a monté de une piastre et quinze cents ! Actionnaires contents ! Qui la bouclent quand on congédie des caissières ! J’en ai parlé.
Foglia hier : « les athlètes sont des « sans le sous ». Seuls gagnent bien les permanents des organisations diverses, les fonctionnaires des fédérations et les reporters en sport. » Ça me fait penser aux écrivains : vivent bien les bureaucrates du « livre », les professeurs de littérature et les chroniqueurs de livres. Pas ceux qui les font ! Eh ! Partout même histoire quoi !
7-
Proche de Syracuse, les indiens de la variété Oneidas, vivent enfin dans un certain le confort. Avec le vice du jeu. Casinos indiens bien installés. Avec hôtels, golfs, etc. Pas d’impôts fonciers à payer. Oh ! Mais ils donnent aux écoles de la région (13 M. de $). 600 jobs ! Ils sont mille ! Quatre millions de visiteurs, 85% de Blancs. Les Mohicans du Wisconsin vont s’y mettre et aussi les Mohegans du Connecticut. Vive le vice !
Jadis, ici, le « jeu » était un grave péché, condamné par les bien-pensants et les curés. Enfant j’entendais dire les ravages de cette manie pour cons candides et « exploités », jouet utilisé, tous victimes, pauvres garés, jouets de leurs faiblesses d’homme. Ici, le vertueux catholicard Jean Drapeau menait campagne contre le jeu (et tant d’autres horreurs telles les stripteaseuses à la « Peache », à la « Lili St-Cyr »). Puis, il sera le premier à installer une loterie publique ! Ce sépulcre blanchi virait capot ! En 2002, c’est une industrie de l’État ! Et « pas à peu près » comme dit le bénéficiaire de la sécurité sociale… qui rêve, se rendant aux comptoirs de « l’État-Mafia », de gagner sans cesse. Une chance sur 13 millions !
8-
Avant-hier, Isabelle Hachey (« La Presse » à Londres) a tenté de nous faire pleurer avec son long article. Imaginez-vous donc, les jeunes Britanniques se contentent de la langue américano-anglaise ! Hon ! Ils risquent de finir le cul sur la paille, écrit-elle ! Il faut craindre pur leur avenir à ces inconscients unilingues anglais !Est folle ! Juges et parties des profs de français à Londres se lamentent de cette insouciance scolaire ! De qui se moque-t-on ? La « lingua franca » triomphe sur tous les continents.
Et si jamais un étudiant londonien se fait offrir un job en Espagne, b’en il ira chez Berlitz, crachanty un peu d’argent, ça prend un petit mois, maximum. Pour l’allemand, pour l’italien…idem. Quelle connerie cet article !
Cela dit, j’aimerais bien apprendre l’italien, j’aime tant cette bella lingua ! L’espagnol me serait plus pratique ? Bon. Je m’y mettrai un bon jour.
9-
Ça vient de paraître : Claude Masson, rédacteur en chef et mon ami de « La Presse », a été tué par un kamikaze. Eh oui !C’est officiel. Washington va le déclarer bientôt. L’enquête est close et en Egypte ça gueule !
Gamil al-Battouti a été un autre « fou d’Allah » comme ceux des deux tours de Manhattan !Il a voulu ce fatal plongeon de son avion dans l’océan. Haïr ces intégristes déboussolés ? Oui, je les hais. J’aimais beaucoup Claude Masson, d’une gérance habile, ferme et à la fois diplomatique, croyant modeste, doux et humble de cœur, généreux, curieux. Masson m’avait permis de dialoguer publiquement dans son « canard », d’abord avec Daniel, mon fils, durant vingt-six semaines. Et puis, plu tard, avec David, mon petit-fils durant tout un été. Un jour, avec l’épouse aimée, il part en vacances pour visiter le patrimoine fantastique de l’Égypte. Ce pathétique islamiste, Gamil al- Battouti fait sa prière coranique et, Allah ou Akbar, fonce dans la mer. Mort de Claude. Masson ne sourira plus jamais, à personne. Je le hais tellement ce Gamil-du-diable ! Comme je hais tous les fondamentalistes accrochés à « la lettre » des écritures antiques des livres qu’ on dit « saints ».
10-
L’imagier Denis Marleau fait de « son » théâtre au musée d’art contemporain, Place des arts. Bien à sa place ! Je m’étais endormi à son « Les trois derniers jours de Pessoa » où Marleau projetait des effets mouvants sur le visage masqué du bon acteur Savoie, immobilisé hélas dans sa couchette d’agonie. Cette foi avec « Les aveugles », Marleau économise aussi, le Savoie et la Bonnier joue douze les rôles.
Nous apprenons que cet inventeur de « gamiques » visuelles a des sources, des inspirateurs. Par exemple, à Bordeaux, Tony Oursler, un vidéaste américain, démontrait ses projections lumineuses su des mannequins ! (J’ai joué de ces effets pour des variétés en 1966, j’en ai parlé. C’est excellent au music-hall). Luc Courchesne, utilisait la machine (1900) de Raoul Grimoin-Sanson.
Lentille de 360 degrés. Écran transparent. Effets de spectres. Cela amènera l’ONF, à Expo’67, à offrir son écran total. Genre : la police cheval dans les Rocheuses. Bon chic, bon genre « kioute », travelogue-pour-tourisme » sur notre grand Canada. Viendront les dix (10) projecteurs en un du IMAX.
Avec son « Les aveugles » inspiré de Maeterlinck, Marleau immobilise ses acteurs, « c’est statique », dit un chroniqueur. Ça doit. En France, Gaston Baty, un du fameux « cartel » de théâtre, dominateur ou lassé des initiatives (normales en équipe) des comédiens finira sa carrière avec… des marionnettes ! Le dictateur, ainsi, est sûr d’être obéi ! J’ai fait des marionnettes (à gaine) jeune, vrai, aucune rouspétance dans ma petite troupe de poupées dociles.
11-
Quatre Acadiens, aux Communes d’Ottawa, pour raison de parti, refusent d’appuyer la demande d’excuses à Londres pour la pire infamie jamais exécutée ici, la déportation des paysans en 1755. L’horreur pourtant ! Faut les pointer du doigt : Leblanc, Castonguay, Thibault et Claudette Bradshaw. Quatre cloches-députés ! Un fier avocat « Cadien », de la Louisiane, a mené ce combat essentiel, une bataille de 12 ans et le député bloquiste, Bergeron le félicite. En Acadie, le vétéran de ces combats, le patriote Chiasson, a repris courage. « Ça prendra 3 ans encore pour que Londres bouge et fasse amende honorable et normale pour cette écoeuranterie historique (commandée par le Lawrence et ses sbires). La « commande » d’excuses est en route ! En 2005, ce sera le 250 ième triste anniversaire du fait odieux. Une commémoration se prépare en grande. Bravo !
400 ans qu’ils se souviennent les spoliés de Port Royal. Vaincus depuis 1710 pourtant, il faudra aux monstres britanniques 45 ans pour mettre à exécution leur « nettoyage ethnique » dégueu. Les agriculteurs qui avaient défriché et tout, victimes de ce « petit » (sic :selon un anglo finfin) génocide ( il y en a des petits et des grands ?) enfin autorisés à revenir dans leur patrie, devenus des « sans terres » depuis ces vols crasseux, se feront pêcheurs par la force des choses.
En 1765, on en laissa rentrer ici au Québec, à l’Assomption ce sera « grande corvée », les Acadiens couchant dans les granges tout un printemps et un été, ainsi naîtra un Saint-Jacques de l’achigan, leur nouvelle « petite patrie ». Ceux que cela captivent peuvent lire mon « Outaragassi » —le nom indien de L’Assomption— publié en 1968 chez Sogides. En 1755, un Milosevic « bloke » commettait la pire affreuseté dans le pays maritime, notre finistère.
12-
Hier, cahier Lectures, mon prochain éditeur n’aurait pas dû « exécuter » le show « Notre-Dame de Paris » de Plamondon. Il y a là amalgame déplacée. L’énorme succès de sa comédie musicale ne voulait qu’évoquer le roman de Hugo. Cela se fait pour toute la littérature « classique » et les contes universels, depuis toujours. « Les gueux du show font ballet-madame Chiriaeff et sont costumés façon Christian Dior », écrit Beaulieu. Vrai mais c’est « la game » en ce domaine et personne ne s’attend à « relire » du Hugo sur cette sorte de scène à couplets, à musique pop, à caracolages gymnastiques.
Dimanche, son : « L’intégrisme inversé face à la tolérance » est de bien meilleur cru. Il fait voir mon influence sur ce cadet. Beaulieu venait de me lire (« Écrire ») sur ma définition du
« racisme inverti » : ce racisme étrange rend admirable tout ce qui vient d’ailleurs et minable tout ce qui est d’ici. J’ai dit ! Riez.
Jeune, j’ai aimé John Steinbeck (« Les raisins de la colère », « À l’est de l’Eden »), le reportage de dimanche (La Presse) illustrait le pèlerinage pour se admirateurs. Monterey. Vastes collines, plaines agricoles, la mer, ruines d’un village-de-compagnie pour ouvriers (en sardines), etc. J’étais jaloux de lui. Moi, un jour, quoi montrer à mes groupes de dévots, en 2080. Pauvre quartier Villeray ben peu exotique ! Riez.
Je marque « riez » car un courriel me montre que mon humour est pas visible parfois. Ma correspondante a cru que j’enviais Michel Tremblay pour son beau site sur Internet !Je blaguais, lui ais-je répondu. J’aime et j’admire Tremblay, il a été un auteur (lui ais-je écrit) essentiel ici !
Ce matin, Chapleau y va franc avec l’Arabe aux mains nus et l’Israélien monté sur son gros char blindé. On lit en légende : « Violence cessante on va se parler d’égal à égal ».
Oh, oh ! Va-t-on l’accuser de judéophobie ?
13-
J’ai toujours bossé (à CJMS, CKVL, à TQS, chez plusieurs éditeurs) sans contrat. Pas de collier pour le loup ! Ainsi, j’étais libre de partir n’importe quand. Et les patrons de me virer si insatisfaits de mon ouvrage. Normal, non ? Cela sans agent, sans gérant, sans avocat, sans manager quoi. Voilà qu’une animatrice, Isabelle Maréchal —qui a tout cela— poursuit CKAC qui l’a virée, pour 300,000 $ ! Diable ! Le monde change. Les jeunes sont durs.
14-
Rions : un célèbre grammairien (j’oublie son nom, merde) siégeait au DIP (ex-faux, ministère de l’éduc) et quand on présentait son manuel scolaire, soupçonné, il affirmait qu’il sortait dans le couloir (!) durant les délibérations de ses bons copains du DIP. Ce fut la risée générale dans nos médias, avec raison. Le ridicule tue, il est mort pas longtemps après ses pieuses protestations. Voici que Daniel Gourd de Radio-Canada nous sert cette farce. Quand son Vincent de fils présente un projet de télé :il sort. Mieux, il repousse le projet de fiston à l’étage au-dessus cher sa collègue Michèle Fortin, son boss.
Pas le premier a s’excuser dans ce sens. « Je me retire dans le corridor, quoi ! » On se souvient de Chrétien…de Béard…de Baril, du frère à John Charest…de qui encore ! Peuple « té toé ».
15-
Un honorable et responsable citoyenne de Hull découvrant certaines B.D. malsaines (il y en a pas mal, je les recevais un pour recension à La presse) veut que la bibliothèque municipale retire ce stock loin des enfants. Un (auteur inconnu au régiment) Charles Montpetit crie vite, vite à l’affreuse censure et réussit à enrôler mon Union (Uneq) dans sa protestation, hélas !
Dans Voir, un autre « fêlé du coco » (Céline) s’effarouche à son tour sur le même sujet. Ces énervés —alliés objectifs des dessinateurs dépravés— ignorent que les excès des petits fous attirent toujours censure et le reste. Au lieu de pointer ces déboussolés en grossièretés voyeuristes, pointent de valeureuses personnes qui veulent faire la différence entre audace de bonne venue et lubricité bien conne. Des coups de pied se perdent….
16-
Louis Cornellier, prof de Joliette et excellent critique d’essais, a osé recommander d’enseigner d’abord, avant les Français célèbres, la littérature d’ici, j’en ai parlé. Ce matin, encore une « fraîche » pincée qui le blâme et se réclame de l’universalisme…Toujours l’universalisme des autres, jamais le nôtre ! Un sens unique quoi. Aucun Thériault, ni Ferron, ni Gabrielle Roy dans les études en France, vous voulez gager ? Une dame de France (Mad. Guiserix, une cousine d’Astérix ?) y va de son grain de sel et dira : « Il y a votre beau Maria Chapedelaine, aux côtés de Balzac, Hugo, et Zola… », non mais… C’est un bon roman écrit par… un Français en voyage au Saguenay, Louis Hémon. Mais il est venu un brillant dans ce débat disant : le grand Proust commence par parler de son cher Combray natal pour, ensuite, amener Venise. Vrai.
Un nostalgique, lui, se range pour les livres de France et s’émeut encore de son dynamique prof au collège de l’Assomption, sorti de la Sorbonne, spécifie-t-il, et qui savait tant les remuer avec les manuels « made in Paris. » Je vous le dis, le colonialisme ne cessera pas demain !
17-
Ce matin une « lettre ouverte » admonestant Michèle Ouimet de « La presse « . Micheline Carrier dit « pas de religion (ni voile, ni couteau islamique, ni burga, ni crucifix ) d’aucune sorte à l’école. Que c’est l’affaire des familles et des églises d’enseigner la religion. La réponse ? « Peut-on aller plus vite que les mentalités » ?, et « Le Québec n’est pas prêt ». Eh b’en ! Voilà l’héroïsme des éditorialistes ? Oui, il faut oser militer pour des réformes. Ouimet se range, patiente, va attendre l’évolution des mentalités d’ici. Belle mentalité pour une « réfléchisseuse » payée pour justement discuter de l’état des mentalités, secouer des jougs. Provoquer des changements. Est-ce la soumission à la clientèle (du journal ) qu’il ne faut pas trop brasser…en cas de pertes d’annonces. Du marketing ?
Cette même journaliste fut, il y a peu, clair et net. Ouimet a fustigé ce machin « IPSE », coûteux, inventé avant son élection par le maire Tremblay, l’allié des anglos francophobes (il y en d’autres, Dieu merci) et des défusionneurs (tel John Charest). Elle a détesté le jargon de ces « aristos » copains de Tremblay. Ah si j’utilisais ce dédain terrible de Ouimet pour les « jargonneux » en littérature, est-ce que je m’en ferais des ennemis. Ce sera fait bientôt , vous lirez mon « Écrire » qui s’en vient. Le jargon péteux de broue y goûte !

Le lundi 11 février2002

Le lundi 11 février2002
1-
Ouf ! Trois soirées « en ville ». Absent donc des J.N. Le bonhomme énervé, tout pris. Ce matin, soleil reluisant ! Vrai que nous avons une lumière, alors, unique. Jamais vu cette si vive luminosité ailleurs, ni à Paris, ni à Rome , ni à Londres.
Hier soir, tard, nous sortons dans la rue Bonsecours, du Vieux, et, surprise, neige, glace, tout le bataclan hivernal subitement. Vers 18 h., arrivés au coin de Saint-Paul, c’était la pluie, une douceur dans l’air. Changement radival en quelques heures. Et à notre insu. Dans l’entrée du restau des « Filles du Roy »,un cri, un appel de détresse ! C’est l’amie, Françoise Faucher, en souliers (!) , qui appelle au secours « son grand chien fou », moi. J’y cours. Elle s’accroche à mon bras, mon Aile, elle, installée déjà dans notre voiture. Françoise veut que je la reconduise à son « pas galant du tout, mari un peu plus à l’ouest. Jean Faucher se démène dans la nuit, illuminée par les antiques réverbères, à dégivrer les vitres de son auto. Oh le gros macho ! Il a honte, s’excuse. Se fait engueuler par sa Françoise.
Nous sortions d’un anniversaire, d’une fête enjouée, celle fort bien organisée par Hélène Pedneaut (« Le signe du lion » rénové) et Lucille Cousineau pour marquer les 80 ans de la vaillante comédienne Huguette Oligny.
La foule (plus de 60 personnes !), parents, amis dans ce restaurant (Les filles du Roy) qui a les allures d’un bordel luxueux du « far-west » pour cow-boys enrichis et danseuses de « french cancan émigrées, quand il souhaite avoir les allures d’une auberge « canayenne » en début de colonie au bord du fleuve. C’est une sorte de « palace » et on s’y sent bien. Décors chaleureux, salon, canapés, fauteuils, cheminée, piano, large couloir pour les apéros, au fond, verrière, plantes vertes et cages avec oiseaux exotiques vivants !
Ma chère Aile toute épanouie —coupe de cheveux nouvelle, frisée si joliment, tailleur parfait— en voyant arriver des tas de membre de l’Union des artistes, elle lève sa coupe aux vieilles
Connaissances du temps de ses réalisations à la SRC. Nommez-les : Abert Millaire, Élisabeth Chouvalidzé, Aubert Pallascio, Gabriel Gascon, Gérard Poirier, France Castel, Clémence Desrochers, Louise Latraverse, la grande Picard… que je salue ainsi « bonjour ceux de Pointe-Calumet » car son père y tenait un ciné de plein air. Le premier du territoire. Que Duplessis fit fermer, pour calmer les évèques timorés…Gilles Pelletier et sa Françoise (Gratton) —nous nous sommes souvenus des répétitions chez elle, à Ville Mont-Royal Ma chère, des figurants pour les pageants catholicards du Père Clos sur le mont Royal— le cinéaste Melancon, accompagnateur de la toujours si belle Andrée Lachapelle, Amulette Garneau … je n’en finirais pas.
Je remarque qu’il y a des affinités —une amicalité totale—entre acteurs et metteurs en scène…Et moi, un auteur, dans ce maelström de bises et d’effusions, bien, il y a un certain mur. Un muret disons. Nous sommes de deux mondes. Eux, ils sont là « après coup » je dirais. Nous, les écrivains de l’ avant coup. Difficile à dire clairement. Une certaine gêne, en tous cas une distance. Je la sens toujours. Deux mondes amicaux, liés certes, mais différents. La solitude (pour pondre) chez nous, chez eux, les comédiens, la solidarité. Le clan. Que de cris fusent où j’entends : « nous sommes du même bateau, ensemble. » Je ne sens pas cette esprit de famille aux réunions d’écrivants.
Durant le repas, Hughette à sa table d’honneur devant les épais anciens murs de pierres et l’immense cheminée, avec des parents dont Jean-Louis Roux (sosie de Claude Ryan à présent !), son beau-frère, quelques bonnes surprises. Par exemple, Poirier et Faucher (avant le dessert) livrant un impromptu (à faux). Enguirlandage étonnant (signé Guitry). Ou madame Souplex, si énergique dans ses rondeurs, inspirée et tumultueuse, parodiant la tirade du nez (de Cyrano) en se servant, comme cible, du « grand âge » de la célébrée. C’est la franche rigolade dans toute la salle.
Avec gâteau et café, au vaste salon, concert de poésie, de chants, chacun y va de son refrain favori. Encore la rigolade.
2-
Comme c’est drôle ! La veille, samedi soir, nous étions encore dans le « Vieux », dans un étonnant et merveilleux site, le « Caveau », chez Georgio, rue Saint-Laurent au bord du vieux port. 25 ième anniversaire du mariage de ma fille, Éliane, avec son Marco. Un lieu envoûtant…sous voûtes, ex-cave de fourreurs ou de marchands de vin (?). Une immense cave hors du commun. Sorte de « catacombes » des premiers chrétiens ! Ambiance merveilleuse.
Clan des Barrière —dont la Mado, grand-mère de Marco, mon modèle de longévité, 93 ans !— au grand complet, clan jasminien réduit. Des amis très fidèles du couple fêté. Là aussi, petits « speechs » de circonstance, souvenirs, anecdotes fusaient, de l’un ou de l’autre. À la fin du repas, petit concert du « Harry James » de la famille, le benjamin Gabriel, trompettiste amateur. Après les excellents desserts, installation des trente invités dans une jolie salle attenante. Cela toujours sous des combles formidables faits de « pierres sèches » antiques, amusante et ironique séance visuelle faite d’images choisies d’albums de photos. Un montage et une projection sur grand écran, par « ordinateur », du même Gabriel. Vive émotion chez le bonhomme : ma fille, comme Marc, aura bientôt cinquante ans ! Oh la la ! Rien pour me rajeunir.
La vie file, file…
Nous étions une dizaine de curieux, vendredi soir à la cinémathèque-vidéothèque du boulevard de Maisonneuve, pour le visionnement de mon « Blues pour un homme averti » (1964). La bande-son affreusement mutilé, hélas. Les images en noir et blanc …parfois chevrotantes ! Un bon coup sur la tête pour moi. Je m’étais imaginé une dramatique sensationnelle, extraordinaire. Souvenir trompeur ! Mai non, ce « Blues.. » n’est pas sans grave défaut. J’avais trente trois ans et je maîtrisais mal les niveaux de langage. Aussi, pendant la projection, je me disais : faudrait que je ré-écrive ce texte un jour. Mais pour qui ? Trop tard. Je suis assez lucide pour constater le vieillissement de ce « Blue.. » qui fut publié chez « Parti-Pris », le gang enthousiaste à l’époque.
C’est instructif en diable ce déterrage de vieille pontes. Ça m’a rabaissé le caquet, je vous jure. Le jazz de Slide Hampton, lui, était toujours extra. Jacques Godin, malgré le son pourri, m’a montré encore son savoir-faire pour incarner un vieux « bomme » en quête d’un père mythique. Quelle présence !, comme on dit, il perce l’écran. Le « robineux » , Paul Hébert, émouvant dans sa nudité matérielle. Et toujours si juste ! Je me suis souvenu : un matin, très tôt, j’avais conduit mes petits-fils, rue de la Commune, pour qu’ils puissent observer les clochards. Ces derniers se débarbouillaient dans une fontaine publique sous la lumière matinale fauve. Leurs yeux incrédules, la découverte d’un monde de misère. J’avais cru bon qu’ils sachent le dénuement effrayant des laissés pour compte de notre société. Ils en étaient muets.
3-
Je repense à cette « Fin du monde », de Lagarce, au Théâtre Go. Ce malentendu funeste entre deux frères. L’un, que l’on devine artiste (joué par Denoncourt), malade gravement, qui revient chez lui après son bourlinguage et l’autre, modeste, serviable, resté dans la famille, ouvrier sans aucune vision autre que la « petite vie ». À la fin, le choc, le dialogue embarrassant, strident dans son non-dit, entre les deux frères.
Et Luc Picard qui me fait pleurer dans le noir.
J’ai pensé à mon frère, Raynald. Que je ne vois à peu près plus. Qui fut mon petit compagnon de jeux tant aimé, durant tant d’années. Qui mène une existence hors de ce monde du spectacle, des lettres. Nous sommes devenus peu à peu, nous aussi, deux blocs erratiques. Étrangers, hélas ! Nous dérivons chacun sur notre rive, séparés, « incommunicado ». Et cela me pèse. M’ennuie. Et je ne sais pas par quel bout…nous pourrions à nouveau être, redevenir, deux petits frères ou deux vieux frères.
La vie… merdre !
Pour combien d’entre nous, y a–t-il de ces gouffres niais, inévitables ?
Procès publics, enfin, au bord de l’Atlantique, un peu au sud. Ce cardinal bien con, à Boston. Law. Qui a tout fait pour cacher, déménager, taire la pédophilie de ces (« ses ») affreux malades ensoutanés. 130 enfants qu’on a massacré, qu’on a bousillé. Dans cette écœurante horde de vicieux, 70 curés, une vingtaine seulement font face à la justice maintenant. Les catholiques de Boston sont indignés par « les secrets » de leur Cardinal Law avec raison. Ils veulent qu’il démissionne de sa charge… vaticane. Tant de mensonges, de camouflage, d’échappatoire au lieu de faire face à la vérité. Ce complice, en robe rouge romaine, de l’horreur a suspendu huit de ses prêtres pour calmer la grogne. J’ai connu ces disciples de Jésus, jeune. Dans Villeray comme au collège des Sulpiciens. Qui n’a pas des cas à citer ? Plein d’anciens enfants pollués par ces prédateurs déboussolés, ces pédés tordus en soutanes, à Boston comme à Montréal, salis jadis, qui se taisent. On sait que la culpabilité retombe souvent sur eux, petites victimes. Ils se pensent les responsables de ces dérives infernales. Mystère psychologique bien connu.
Qu’ils se lèvent, qu’ils accusent, c’est le temps ou jamais avant que crèvent ces crapules à bénitiers, à scapulaires, qui osaient confesser les « fautes des autres » dans leurs armoires capitonnées et donner des absolutions et des pénitences, et jouer les bons pasteurs, les pieux conseillers en moralité. Ah les sépulcres blanchies ! Richard Hétu, de « La Presse » raconte que ce cardinal Law, au fond, obéissait à la consigne du Vatican, renouvelé il y a peu : « Que ces cas se règlent, loin de la justice normale, confidentiellement, entre membres du clergé ». Que la honte s’abatte au pus tôt sur ce cardinal de mes deux… !
4-
Marc Cassivi, samedi, écrit encore « les deux solitudes » Il parle du tragique d’avoir ignoré complètement le succès filmique de Falardeau avec son beau film : « 17 février, 1839 », portant sur nos formidables patriotes émérites, nos vrais et seuls démocrates, républicanistes, anti-monarchistes valeureux de cette époque. À ce torontois « Gala des Génies » ? « Ce film de Falardeau, on connaît pas ! » Ignorance crasse ? Je sais pas. Il n’y a pas deux solitudes, il y a deux nations. Deux peuples qui jouent à la bonne entente. En surface. Un seul prix pour « La femme qui boit », avec, en effet, l’excellente Lise Guilbault. C’est tout. Ce film sur les condamnés à mort d’ici :on en savait rien chez nos jurés « blokes » ! Bravo. Cela illustre le mur infranchissable qui s’est construit entre deux peuples, rayer à jamais de notre vocabulaire ce « deux solitudes » niais. Comme il faut rayer : la « conquête » quand on parle de 1760. C’est « la défaite » qu’il faut dire historiens niais !

Le lundi 4 février2002

Le lundi 4 février2002
1-
Aile et moi allons à deux désormais à petit comptoir de cette école hôtelière au pied du Sommet Bleu. Ainsi, avec deux paniers, on peut plus rapidement y jeter les mets que l’on veut. Car , il y a comme une course aux deux tables de la petite salle. Certains gourmets sont endiablés et rapides! On rigole ! Le caissier m’a dit tantôt avoir remis mon « parchemin » aux feutres de couleurs pour profs et élèves. M’a dit que le prof visé avait apprécié … mon appréciation manuscrite. Ça ne tient pas à grand chose la reconnaissance et ça doit faire plaisir. Hélas pas de petits gâteaux tantôt. Mais bon, « tant mieux » me dit Aile. Danger de grossir !
Fameuse belle journée encore. Cher soleil de notre cœur ! Longue promenade dans l’anneau de neige tapée autour du lac. Seuls ! C’est lundi ! Un patineur, un skieur de fond dans les autres anneaux. La paix. J’écoute du « vieux » Michel Rivard. Nous avions beaucoup aimé ses chansons d’une prose… prosaïque amusante, d’un réalisme étonnant. Loin des effluves, des envolées poétiques des Vigneault, Léveillée et Cie. Un changement de ton dès 1980, qui vint à son heure.
Aile —je la laisse faire, -pas fou— a pris l’habitude, à chaque neige tombée, de sortir avec la pelle, de déblayer le petit sentier qui conduit à la terrasse ouest, de la débarrasser de sa neige, puis d’ouvrir le chemin qui descend vers la galerie d’en arrière, et puis l’escalier qui y conduit. Elle me revient les jours roses ! Je me dis que c’est excellent pour sa santé. Non ? Quoi ? Elle aime faire ça, c’est visible. Je me contente des petits trottoirs de bois qui conduisent au parking près de la rue. Allez à tous les balais les féministes enragées, c’est moi le plus féministe des mâles , je ne dis pas : » Voyons ma chérie, laisse-moi ça, c’est un ouvrage d’homme ». Pas vrai ?
« Méfiez-vous du grand amour/ qui se promène aux alentours/ dans des habits trop grands pour lui/ on sait pas son nom…/ laissez votre cœur à la maison… », c’est une bonne toune. Plus théâtreuse que moi, grand plaisir pour Aile que ce « Gala des masques » télédiffusé hier soir. Aille a travaillé longtemps comme réalisatrice avec actrices et acteurs et s’est vite prise de grande affection pour cette gente actante. Aussi, demain on ira voir Monique Miller dans une salle, je ne sais trop où. Quand c’est bon au théâtre, il n’y a rien pour battre cela. Si c’est ennuyeux…oh la la ! Rien de pire alors !
David, Laurent , Gabriel, les trois fils de mon installateur de « site », et des « J.N. », Marco, m’expédient des courriels affectueux. Me disant qu’ils s’ennuient de moi. Et moi donc. Depuis quelques années déjà, nous ne quittons guère Sainte-Adèle et je n’ai donc plus l’occasion d’aller luncher avec eux comme jadis. Chaud au cœur de savoir qu’ils ne m’oublient pas.
Gabriel, au Jour de l’An, m’a fait cadeau d’une gouache qui me mystifie encore : u n pic enneigé bizarre, en bas, trois têtes de garçons stylisées. Une image que j’aime, que je zieute souvent.
Georges-Hébert Germain m’assure par courriel qu’il a laissé ses restes de ma « Biographie » chez « Orbi productions », que je n’ai qu’ à y aller le prendre. Ce que je ferai demain « sur le chemin de la Miller » étant si curieux de visionner ce qu’ils ont rejetés.
Victor Hugo, un vieux cochon ? Ma lecture du Figaro consacré à Hugo. Il ne cesse de sauter les servantes à Guernesey et Jersey… malgré l’épouse, Adèle, qui veille d’un œil complaisant et sa maîtresse aussi, la Juliette installée en « copiste zélée » pas loin du domicile familial. Puis ce sera les prostituées tant dans son exil consenti qu’à Paris après son retour —dû au départ obligé après la Commune sanglante de 1871, de ce « Napoléon-le-Petit » qu’il avait férocement pamphlété. Le neveu de Napoléon déménageait en vitesse à Londres. Même vieux, un vrai bouc suractif ce sacré Hugo ! Trop plein de testostérone ? « Une nature exigeante », murmurait une tante inquiète en parlant d’un mari très « entreprenant » avec sa bonne !
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Ce matin, un goût de crêpes ! Nous descendons au « Petit chaudron ». Un régal, avec sirop d’érable… à flots ! Dans le « Nouvel Obs », éloges de ce « Ocean Eleven » (vu en français sur vidéo loué). Vrai que c’est un divertissement mené à un train d’enfer avec un Brad Pitt rigolo organisateur de vols dans trois casinos de Las Vegas. Scénario astucieux et vraiment amusant. En France, on y va souvent avec dithyrambes face aux américaineries. Cela date du temps de l’après-guerre quand, les nazis chassés enfin, il y eut, en France, pléthore de films « made in UA » et du soulagement mêlé de fascination. Jerry Lewis fut un héros là-bas. Woody Allen maintenant. Les « cocos » rouges sang traçaient des « US GO HOME » sur tous les murs mais, au fond des choses, « USA-movie » était bien-aimé !
Lu le chroniqueur Bourgault (J. de Mtl.) au « Petit Chaudron », le voilà tiraillé, assis au milieu des chaises maintenant ! Face au Palestiniens « colonisés » chez eux et aux Israéliens agressifs, il hésite, bafouille, renvoie les deux camps dos à dos. Il se dit inquiet sans plus ! Il a changé. Il vieillit ?
J’avance dans ce récit « Massoud l’Afghan »… et voilà que je lis dans ce « Nouvel Observateur » les détails effrayants du massacre d’une citadelle tenu par les Taliban (Taleb au singulier, je répète, Taliban au pluriel) , un ex-palais d’un grand « khan ». L’horreur totale. L’adversaire de ce fameux Massoud y est et au premier plan ! Saut dans le temps donc. Nostom, lui, n’a pas sauté devant un faux cameraman, un « kamikaze » venu soi-disant pour le questionner. Massoud aurait été très friand d’interview. Il a été puni « à mort » par son penchant.
Eh bien, oui j’ai pas mal tout su les article du « Nouvel Obs » sur ce célèbre sociologue décédé il y a peu, Pierre Bourdieu. Captivant parcours. Un article est révélateur. Cette rage, cette haine, ce farouche anti-tout avait été pensionnaire pauvre toute sa jeunesse. Le petit Pierre, venu du Béarn, interné dans un pensionnat, coupé de ses amis, de son monde pauvre en aurait attrapé cette méfiance, cette « jalousie », des riches, des intellos parisiens, des dominants. L’auteur dit « pas besoin d’être une Dolto pour comprendre les racines de la révolte du « sectaire » Bourdieu. En effet ! Maudit :l’enfance détermine donc un destin. Je le savais. Je le sais. Cela m’est donc encore une fois confirmé.
Des articles l’examinent sans pitié. Un cardinal, un gourou, un dominateur condamnant toutes les dominations : « en dehors de son église il n’y avait pas de salut », signe l’ un des journalistes. Oh ! D’autres « papiers » sont de ses zélotes, c’est évident. J’en arrive à écrire dans mon calepin de notes : « En somme, c’est : L’homme qui se prenait BOUR DIEU ! » Oh calembour, fiente des sots. J’ai honte mais enverrais-je à « Libération » de Paris (imité par « Voir ») mon mot ? Là, on aime ces jeux de mots pour placarder les titres.
3-
Revenir aux Mormons de l’Utah. C’est pas plus que 30,000 sectaires qui poursuivent la polygamie. Surtout dans les campagnes de l’Utah. À Salt Lake City, ses adeptes sont « un sur deux », 50% de la population. Mais les élus le sont, mormons, à 80 % Les bénévoles des Jeux qui s’amènent seraient gentils, aimables, polis et tout. Tourisme oblige ? Chantait, Desjardins : « Pas d’alcool, pas de tabac »… pas de café »… La caf.éine est un produit tabou ! Leur fondateur ( ce Smith aux 30 épouses) fut assassiné en Nouvelle-Angleterre et ce sera la fuite, la longue marche vers l’ouest avec le bonhomme Young, successeur du père-fondateur de cette église de J.-C. des saints des derniers jours ». L’Utah sera reconnu comme état officiel par Washington quand, justement, gourou Young annonçait la fin de la « poly-gaga-mie »… officiellement ! L’article continue et on lit : Comme partout, (Montréal en 1976 ?) il y a contracteurs maffieux, budget déjà crevé… et pots-de-vin terrible. Procès promis après les Jeux. Une commission Malouf à Salt Lake ?
N’en reste pas moins que « pas de café » vous me verrez pas là de sitôt !

Le samedi 2 février2002

Le samedi 2 février2002
Le voilà de retour, bien revenu, fendant, crispant, cet hiver que je n’aime pas. Installé ce matin avec JCCC (journaux, cafés, croissants, cigarettes), je dis à Aile : «On gèle maudit ! C’est le frette en règle ! » Jusqu’ici c’était bien. Je songe au sud…à cette plage de la Costa norte en République dominicaine. Il y a un an, exactement, nous volions vers ces plages, ce soleil en plein hiver, non, pas ce soleil (nous l’avons ici et bien radieux aujourd’hui) , cette chaleur. Mais… l’avion… Aile craint ce genre de véhicule, depuis toujours… depuis le 11 septembre, davantage encore.
Avec ce soleil resplendissant partout dans le ciel laurentien, impossible à midi et demi de ne pas aller marcher. Sur le lac, ici, la municipalité offre une longue ronde patinoire et un cercle de neige tapée autour du lac, pour les promeneurs. Aussi, une piste pour les …fondeurs (!). Le vent nous giffle. Il faut rabaisser sa capuche (Aile), sa tuque (moi). C’est cinglant. Des chiens fois, heureux courent devant la laisse tombée. De enfants ajustent leurs patins, assis sur des bancs. Atmosphère classique, tableaux de Cornélius Krieghoff.
Hier soir, cinéma-maison. Déjà on peut louer le récent Woody Allen. C’est fort amusant, rempli de répliques d’un drôle fantastique. « Le scorpion de jade » fait voir « l’acteur-Allen » vraiment, et non plus cette sorte « d’alter égo » devenu un peu lassant. Avec ce « Scorpion de jade » Woody Allen tient une bonne histoire, un scénario bien construit, et s’y jette avec un plaisir évident. Le voilà donc en enquêteur (sur les vols) d’une grosse compagnie d’assurances. Il serait un as, le meilleur. Mais… soudain —jouet innocent d’un hypnotiseur-bandit— ce sera lui le voleur…Oh que de rigolades ! Aile et moi très ravis de ce film se déroulant dans les années 1950 à New-York.
C’est fou, une ombre sur mon plaisir. Incapable d’oublier que ce talentueux cinéaste est, a été, un pornocrate quasi-pédophile. On sait cette histoire sinistre : les photos salaces prises avec sa grande fille adoptive et le scandale qui en résultait. C’est fou, je n’arriverai jamais à séparer l’ouvrage (de talent dans ce cas) d’un créateur d’avec sa vie. Ces faits accablants, m’empêche désormais d’admirer inconditionnellement l’auteur de tant de bons films.
Hier soir, après ce désopilant « Scorpion… », au lit, je veux poursuivre ma lecture de « Parfum de cèdre » de MacDonald et Aile me dit : « Finis d’abord ton « Massoud l’Afghan » et « Soie » aussi. On doit rendre ce deux livres bientôt à la biblio. Le « Parfum » , lui, est à nous. » Alors je quitte la campagne du Cap Breton et je retourne dans ce pays de déserts, de montagnes, de grottes, ce pays de malheur, décrit par le cinéaste-journaliste Chrisophe de Ponfilly. Il part, sac au dos, caméscope en bandoulière, rencontrer ce « chef de guerre » avant qu’il soit tué.
Ponfilly fait bien voir la pauvreté partout mais aussi une sorte de « comique involontaire » avec ces tirailleurs en réseaux qui luttent maintenant contre certains des leurs, les « fous de Dieu ».
Le taleb (talibans au singulier) n’est plus l’allié d’hier qui collaborait à chasser les intrus communistes. Il est devenu, aux yeux de Massoud et de ses troupes nordiques l’ennemi. Guerre civile ? Oui.
Cela se déroule en 1997, donc quatre ans avant le 11 septembre à Manhattan et cette « guerre aux terroristes » de W. Bush. Massoud n’y gagnera rien puisqu’il fut assassiné. Au moment où j’écris ceci, c’est la rencontre et l’auteur admire encore davantage ce démocrate afghan menacé, qui se terre comme va se terrer Ben Laden, l’exilé arabe venu joindre les fanatiques et devenir la figure emblématique de la pureté islamique, coranique. Je m’instruit. Un livre va mille fois plus loin qu’un reportage de télé bien entendu. Je suis là-bas, je vois tout, les détails d’une existence en une contrée dévastée où l’on rit encore, où l’ on se débat pour rire un peu, où l’on vit malgré la misère environnante, avec des restes avares. L’Afghan, dit Ponfilly, ressemble aux latins. Il aime bien rigoler, ricaner, se moquer des gens en place à Kaboul, capitale envahie par les forces obscurantistes, caricaturer ces fascistes anti-femmes, il est un individualiste, un amoureux de la vie qui voit grandir cette obscurité talibane répandue par des extrémistes farouches qui coupent des mains, qui fouettent, qui pendent qui interdisent radio, télé, musique…
J’ai fini par m’endormir le livre au fond des mains…La fatigue seulement… Salut Morphée !
2-
Il faut bien écouter, lire, les critiques. Faire confiance à qui ? Il y a tant de spectacles, de films, de livres ! Aile et moi s’il y a unanimité « pour » ou « contre » on décide d’y aller …ou non. Parfois, il y a mystère. Exemple : ce « Blast » au « Quat’Sous ». Paul Toutant à la SRC: « Une cochonnerie imbuvable, une violence gratuite, un spectacle assommant et vide. » Cela dans se mots à lui mas c’est clair, un navet à fuir. Et bang ! Sonia Sarfati, le lendemain, dans « La presse » juge que c’est un fameux de bon spectacle.
Eh ! Antipodes d’appréciation. Si on sait lire, on découvrir par le résumé de Sarfati qu’il s’agit d’une jeune femme assaillie dans une chambre de motel par deux « chiens ». Un bandit et puis un militaire. La femme : une proie, une victime innocente. Les deux hommes : deux bêtes immondes. Deux enragés, deux fous furieux. Ouen ! L’auteure, une britannique, se suicidera et n’écrira plus jamais donc. L’impression (preé-papiers, photos, extraits montrés) qui s’incruste : un autre crachat verbal, une violente dénonciation de la violence par…la violence !Sauce démago. Exhibitionnisme profitable. Cuisine aux hémoglobines alléchante. C’est fréquent. Crainte du sempiternel sensationnalisme. Suffit ! On ira pas.
Le journaliste Yves Boisvert a repris avec un fort bon talent la barre pour ces reportages sur des procès connus, au Canal D. Hier soir, avant « Le scorpion » si rigolo d’Allen, c’était l’évocation en images du fameux procès fait à Rozon. Le caïd de l’humour, gérant, manager de Trenet, fondateur d’un Musée de l’humour et d’une école, accusé d’agression sexuelle. Une toute jeune croupière, à l’hôtel resto d’Yvon Deschamps lors d’une fête des humoristes, s’avise d’aller rendre visite à la chambre de Rozon en fin de partie ! Déjà cela…Voilà que Rozon, fêtard normal, forcément éméché —on sort d’une fête arrosée— va peloter sa jeune visiteuse et l’inviter au lit. Il se débat et s’enfuit et…portera plainte à la police. L’émission a fait voir un sordide dérapage dans les médias. Une connivence ave le zèle loufoque de la loi police. Bon, en appel, Rozon obtiendra l’absolution de sa…gaillardise mâle. Il fallait bien illustrer que « connu pas connu » la police est la même pour tous. C’est faux. En effet, le plus souvent, une « notoriété » y goûte. C’est idiot, c’est ainsi. Je me souviens, voulant m’expliquer —petits-fils en retard pour l’école après un lunch à l’horaire mal calculé— à propos d’un « virage à gauche » interdit : « Monsieur Jasmin, je regrette, connu pas connu, j’ai pas à écouter vos explications ! » Une certaine agressivité. Le flic qui doit se dire : « Ces cons « connus », y pensent-y qui peuvent tout se permettre ? » Les enfants arrivèrent en retard à leur école, le policier prenant tout son temps pour rédiger sa contravention après être allé, lentement, vérifier sur son ordinateur…voir si ce « con connu » serait pas recherché par Interpol.
C’est la vie. J’avoue qu’il pourrait y avoir aussi des avantages. Un soir, à l’hôtel de Tadoussac, longue file et une hôtesse qui dit : « Venez monsieur Jasmin, suivez-moi je vais vous dénicher une table. » J’avais protesté et refusé l’inégalité, lui expliquant que je tenais à garder ma place dans la file…comme tout le monde. C’est juste pour dire… « juste pour rire »… les menottes passées à Rozon…une imbécillité judiciaire !
3-
Je jette un regard morne et glacial en ce samedi matin à un joyeux et bel encart publicitaire pour les « Jeux » à Salt Lake city. Ceux qui, comme Aile et moi, ont vu le reportage télévisé jeudi dernier sur les Mormons (80 % de la population de l’Utah) de « L’Église de Jésus-Christ des derniers saints des derniers jours » en garde un goût aigre. Cet appel festif général en une contrée contrôlée par de tels arriérés au masculinisme éhonté sonne faux en diable ! Comment allons-nous faire pour oublier qu’il y a là des enfants blessés gravement, endoctrinés lamentablement, des femmes transformées en « pondeuses effrénées », des cas de viols, d’abus sexuel, d’inceste, de naissances de malformés, le tout toléré, installé béatement au nom d’une religion d’aliénés mentaux religieux ? Comment ?
Une amie commune, célibataire pas endurcie, Marie-Josée, part lundi matin comme scripte officiel. Ce midi, au téléphone, petite cérémonie du « bon voyage à Salt Lake ». Aile lui dit : « Que je te vois pas te laisser ensorceler par un de ces loufoques machos ? » On rit pour pas pleurer des fois !
Ce film « Opération Cobra » (titre correct, adéquat) que je voulais aller voir ? Hum ! Critiques néfastes maintenant. On joue tout croche : mi-vérité, mi- fiction. Mensonges déguisés en vérités, saloperie ! Il y aurait « emberlificotage » du public. Personne ne saurait plus ce qui est improvisé et ce qui est arrangé en cours de tournage. Ce genre me pue au nez. Ainsi pour ce « Blair Project ». L’on vous dit : « on invente rien, tout est vrai ». Et, en vérité, tout est arrangé avec les gars des vues (ils sont trois à la réalisation, subventionné avec notre argent public encore). C’est tromper les spectateurs. C’est de la fausse représentation, Démagogique ! Comme c’est triste et malheureux de si jeunes cinéastes, déjà, en manipulateurs. J’avais bien entendu à la radio leurs bafouillages et leurs malaise vendredi en revenant du canal Vox de Vidéotron. Et quel exemple vicieux pour ces jeunes garçons entraînés dans cette fourberie !
Eh misère humaine !
4-
« Moulin rouge » est un film idiot. Quelques plans séduisent sur le plan scénographique, danses entraînantes sur musique pop et rock, chansons légères. Mais c’est une sinistre caricature du Paris de 1890. Une romance convenue d’un cucul fini avec Nicole Kidman et Ewan MacGregor. Voilà que ce film s’attire des éloges. Qu’aux USA il risque de devenir un fim-culte. C’est à s’arracher les cheveux…qui me restent. On se questionne Aile et moi. Sommes-nous des idiots ? Peut-être pas… C’est qu’à partir de l’imagerie célèbre de Toulouse-Lautrec, s’amenaient les gros clichés, les stéréotypes connus Moulin Rouge c’est un Paris tout faux, imaginaire. Un Moulin rouge bassement caricaturé. Faux comme de la…marde, je l’ai dis !
Dans « Time », des éloges. S’en foutre. Certains amerloques le visionnent 15 fois, 26 fois ! » « Fim de l’année » proclame « National Board Review » ! Mais, Dieu merci, « USA today » lui fiche : une « tite » étoile et demi ! Enfin, un peu de jugement !
Son cinéaste australien, Baz Luhrmann, en est fier et… dérouté. Il dit, mystère, s’être « laissé influencé par les comédies musicales de l’Inde ». Eh b’en ! Il prépare maintenant « sa » version de « La Bohème » sur Broadway. Seigneur ! Est-ce qu’il sait ce qu’il a fait ?
Le cabaret « historique » de Pigalle en est tout dévisagé et à jamais Lautrec se vire dans son tombeau… face à cette version filmique aux « folies bergères » américanisées.

Le samedi 26 janvier 2002

Le samedi 26 janvier 2002
1-
C’était hier soir, vendredi et no aujourd’hui que nous avions des billets pour aller voir « Antarktikos » au théâtre de « la Licorne » un « trou », rue Papineau en face de l’ex-théâtre de Latulippe.
Je me suis senti comme, étant jeune, une sorte d’initié au théâtre marginal. Nous sommes en 2002. Un local de misère. Une centaine de chaises. Atmosphère « bohème » du temps de notre jeunesse (1950). Ces lieux d’un ordre…bancal… Six acteurs tentent de nous faire accroire à six échoués sur une banquise du Pôle Sud. Six gaillards condamnés à mort dans le froid et la nuit. Quelques vagues plates-formes, quelques accessoires, un rideau blanc que l’on éclaire…jour, nuit, aurores boréales, étoiles… pour ciel. Statisme obligé, c’est la nudité des éclopés, des perdus dans le glacial lieu, désespérés, l’arctique et ses dangers de mort.
Un spectacle étonnant. Ils rampent, ils se tortillent, ils s’emmitouflent dans leurs fourrures et guenilles et bottes de misère…ils gèlent, ils crèvent de faim, de soif, ils
agonisent…Tableaux bref, black out fréquent, on rallume, ça ne va jamais mieux. Un texte de David Young —Cuillierier me dit que cela durait quatre heures à la rédaction— qui veut raconter six cro-magnons, six homo sapiens sapiens…de 1912, bataillant pour la survie. Une soirée de théâtre peu commune ! Ce n’était pas plate du tout, D’amour et Bossé se dépensent avec brio. Monty, le metteur en scène, y a mis tout ce qu’on peut mettre pour faire voir la déchéance, le degré zéro d’une existence qui ne tient pis qu’à quelques fils ténus.
Avec nos amis, somme allés d’abord bouffer au « Stromboli » de la rue Mont-Royal, pas loin. Restau pas cher où je me régalai de pasta « fruitti della mare ». Vin rouge. Au bar, je remarquais un jeune homme plein de verve, tendu, éclatant de vie. J’ai songé à nous, jeunes artistes, espérant mer et monde de l’avenir encore très incertain. Je suis toujours ému quand je croise de ces jeunes, filles ou garçons, qui me semblent fiévreux, ouverts. Je me dis chaque fois : « Oh providence des jeunes âmes d’artistes, veillez à ce qu’ ils ne soient pas déçus. Accordez à ces jeunes enthousiastes un peu de succès et le pus tôt possible. Amen ! »
Le matin, vendredi, visite au Stanley Cosgrove d’une petite murale (assez conservatrice) au cégep Saint-Laurent. Verre de punch. Discours d’inauguration. Vidéo amateur où l’on a pu voir Cosgrove, vieux, venu signer sa fresque où l’on voit cinq personnages en toges romaines (!) , symboles de la philo et des sciences, l’ouvrage signé prenait de la plus-value ! Dehors, manifestation agressive des collégiens qui protestent contre les subventions des industriels, proclamant que leur institution, de cette manière, s’inféodait bassement aux capitalistes méchants.
En sortant, des crieurs s’entassent au portique pour faire échouer la cérémonie. Un jeune meneur, 17 ans, beau, écumant, allure d’un Robespierre démonté, crie à tue-tête. Des gardiens s’énervent, se préparent à l’empoigner, à le « vider ». Il s’agite, frénétique, semble au bord de la commotion. L’hystérique s’époumone, ses camarades l’ entourent, on craint la crise fatale. Silence et prudence autour de lui.
Il me regarde, insistant, sortir. Je vais vers lui, lui prend un avant-bras, il ouvre la bouche comme pour me condamner Je lui dis très calmement, le dévisageant avec sérénité : « Jeune homme, on a souvent raison de protester, jeune. Gardez votre faculté de l’indignation. Bon courage. » Il semble calmé net . Ne dit plus rien. Et on s’en va dans le silence nouveau.
Ce matin, dehors, Chemin Bates, l’eau coule dans le caniveau ! Incroyable ! Un 26 janvier ! 45 minutes plus tard, deux œufs au « Petit chaudron » et le Journal de Montréal. Qui ne s’améliore pas. Un visuel de délabrement. Petit torchon imprimé à la va vite, contenant plein de nouvelles fraîches racontées brièvement selon la formule qui a fait le grand succès de ce canard populiste. En après-midi, sous un soleil formidable, notre marche rituelle.
Vendredi matin, devant descendre en ville pour cet « Antarkticos » et m’ennuyant de mon fils et des siens, j’offre de luncher ensemble à Ahuntsic mais : « Ah, impossible, les deux gars sont en congé, papi, et nous montons skier justement dans les Laurentides », me dit Lynn, ma belle bru. Ma déception.
Jeudi soir, à ARTV, vu « Un mois à la campagne », téléthéâtre de Richard Martin. Dyne Mousseau fantastique, hallucinante, comédienne, on l’a oubliée. Ce drame d’Yvan Touirgueniev est moderne par son thème : « Une femme mûre amoureuse d’un jeune de 20 ans, bien joué par Gadouas junior. Je me suis souvenu : à Rosemont, mon lunetier débordé me recommande de revenir plus tard et je traverse la rue pour entrer dans un gargote infâme pour manger un brin. Elle est là, mal vêtue, le teint pâle, les traits défaits, prostrée, marmonnant pour elle-même, dans un coin du restaurant, elle, Dyne Mousseau qui a abandonné son métier pour cause d’éthylisme. Ma gêne, je n’ose aller la saluer, la crainte de l’humilier, de faire voir sa déchéance. J’en avais mal au cœur.
2-
Rima Elkouri, de « La Presse », signe un étrange papier. Elle parle d’un certain Leduc…dont la mère est émigrante et dit : « Il n’est donc pas de souche ! » Pourquoi spécifier cela ? C’est idiot. Une lectrice (Odette Poitras) lu a fait des reproches car Elkouri a publié que le boulevard L’Acadie n’est pas le bon nom pour baptiser un chemin rempli d’usines et d’entrepôts. Sa lectrice, remarquant son patronyme d’« étrangère » (Elkouri), prenant la mouche, lui recommande de mieux étudier notre histoire, que l’Acadie est un nom utile à signaler et blablabla ! Une querelle insipide en somme ! Or, la Rima, née ici, au lieu d’affirmer son intégration, se vante de manger du « tahiné » du « labné », du « shish taouk », initiée par sa grand-mère paternelle syrienne. Son grand-père aurait fui, dite-elle, la guerre des méchants Turcs. Bref, elle entretient une vaine chicane en semblant recommander une affirmation des anciennes racines, ici, les goûts du ghetto. Comme c’est bizarre cette susceptibilité !
Éloges rares de Robert Lévesque, dans « Ici », , pour « Au coeur de la rose » de Perrault au Rideau Vert. Ce texte dont je fis les décors fut monté par Paul Blouin à la télé d’abord, 1958. Pierre-Jean Cuillierier, on en a jasé au « Stromboli » vendredi soir, jouait à « La Boulangerie » de Sabourin (1964 ?), le rôle du marin-survenant au phare. Lévesque, dithyrambique, parle de cette reprise comme de l’un des deux grands évènements théâtrales de ce théâtre de RTUrgeon.

Le jeudi 10 janvier 2002

Le jeudi 10 janvier 2002
1-
Hier, un mercredi (sans J.N.) avec problèmes sur ma vieille machine « Mac ». Oh la la ! Arrivais pas à expédier des J.N., celui du 7 ou du 8 janvier ! Des appels SOS à Daniel et Marco, le fils et le gendre, si habiles, eux, en « ordinations ». Et Aile chez le toubib et à Notre-Dame… « Rien de grave », dit-elle à son retour d’hôpital où elle a croisé un Michel Chartrand, tout sage, en ligne avec tout le monde dans un couloir. On ramasse les victuailles et on remonte à Ste. Ad. Bouffe au St-Hubert « barbàqueue ». La bonne soupe poulet-riz…yum !
Vu le « Bureau-au-si-beau-bureau », « Le Point », avec un monsieur Roy, spécialiste de l’Islam. Conversation éclairante. Clichés « musulmans » mis aux vidanges un après l’autre. Au matin, « in » Le Dev., lu ce Patrick Declerc, un savant psychanalyste ex-Canadien vivant à Paris —longtemps— parmi, oui, au milieu les SDF, itinérants. Encore le cassage des stéréotypes. Parfait ! Je viens de retrouver ce bonhomme dans un article du dernier « Nouvel Obs » acheté au dépanneur sous Le Manoir. P.D. dit : « des fous volontaires. Oui. Une folie. » Il publie un livre sur la question. J’y reviendrai. Il dit que les clochards (clochardes) refusent toute forme de vie sociétale. Leur libre choix. Comme on est loin des sincères (!) démagogues (maire Tremblay et Cie) qui veulent absolument les encadrer, les ramener…à nous !
2-
Ma « voisine » d’en face, de biais si vous voulez, Chemin Bates, est la femme de mon fils. Lynn travaille comme relationniste pour les publications de Quebecor. Quand je ramène j. et c. au Phénix, je passe souvent la saluer. Mardi matin, elle est de belle humeur. On pique une jasette. Elle craint un déménagement. Projet de regroupement à la Maison mère, rue Saint-Jacques, en face de la Tour de la Bourse. Elle dit : « ce sera le métro obligatoire alors, pas de place pour stationner dans ce bas de la ville ! »
Son boss », Simard, n’était pas à son bureau, voisin de celui de Lynn. Ce Simard fut mon éditeur, le monde est donc petit, pour un conte-jeunesse :« Partir à l’aventure, loin… » et de deux autres livres : « Un été trop court », journal d’une saison (l’été de 1994) et un essai sur le mode « fantasy », l’horreur : « La nuit, tous les singes sont gris. »
J’avais cru, candidement, vu leur puissante machine concentrationnaire, à des moyens publicitaires énormes ! Mais non…rien ou pas grand chose en promotion dans leurs revues, journaux etc. Chaque « cabane » de Péladeau tient à garder sa liberté, n’est-ce pas, cela devient l’envers du « productif », les dirigeants se méfient même de leurs produits annexes ! Et puis, on le sait : la familiarité engendre du mépris ! Résultat pour mes trois publications ? « Mévente ». On a mis en charpie mes livres. Je m’envolai alors chez un autre voisin, rue Ducharme, Jacques Lanctôt.
3-
Attendant Aile à ses tests médicaux, j’ai visionné cette Biographie du Canal D : « Claude jasmin, touche à tout », un jack-of-all- trade » ? Je revois mon fils affirmant que… « Mon père ne m’épanche pas facilement, il se garde bien de se confier en profondeur… » Je reste songeur !
L’image que l’on projette sur autrui, sur ses enfants même, est en dehors de votre contrôle.
Il est vrai que j’ai une sorte de curieuse pudeur…surtout envers mes descendants. La crainte de les charger du poids de mes…anxiétés ? Peut-être. Je me suis souvenu d’un vague camarade d’Aile à la SRC, qui, subitement, nous confiait ses problèmes intimes : divorce, délicat partage…etc. Je l’avais vite interrompu à la grande stupeur d’Aile. Explication exigée après son départ : « Bien…Je craignais qu’il regrette, après ses confidences, de s’être livré trop crûment. » Eh oui ! Folie ? Je ne sais trop.
4-
Ce mardi soir, le restau encore. Ma chère « Moulerie », (sauce roquefort ou sauce indienne, miam !) rue Bernard. Rencontre d’une comédienne, madame Martineau, qui « tient salon » à Outremont ! Littérature, musique, chant, poésie etc. Elle me remercie de l’avoir installée dans le livre « Outremont » , l’an dernier. Me menace d’une invitation à son « salon ». Brrr… Je n’ai rien d’un salonnard, moi !
Jeune, l’insulte courante pour tous ces redresseurs de jeunes personnalités en friche, nous : « Maudit achalant, pas de morale hein ! » ou « Fais pas ton moraliste, okay ? » Nous confondions deux mots : moraliste et moralisateur. Il arrive qu’on me fasse le fameux reproche. Eh bien oui, je suis moraliste et très fier de l’être. Ça fait enrager tous ce monde libertaire, désaxé, mou, flou, pour qui , il n’y a de bon que « liberté à gogo ! » Deux grand auteurs, d’une nature pédéraste pourtant, étaient des moralistes solides, André Gide et Henri de Montherlant. Ils avaient leur échelle de valeurs, des critères, des balises. S’il faut haïr les moralisateurs qui se répandent en interdictions futiles, qui ont davantage de peurs idiotes que des valeurs essentielles, il faut soutenir les moralistes.
Je parle de cela car j’ai envoyé encore des messages à mes jeunes mousquetaires, les cinq petits-fils. Je ne cesse de leur recommander « l’estime de soi ». Quand on a de l’estime pour soi on se conduit bien. Les dérives de tant de jeunes viennent, à mon avis, de ce bafouement de soi-même. Je dis à ces adolescents :
« Vous êtes uniques. Vraiment des êtres uniques. Comme tout le monde certes mais trop de monde l’oublie etc c’est alors le glissement vers des modes néfastes, ils deviennent des suiveurs en chutes funestes, drogue etc. Jeune je m’aimais, je m’aime, et je me suis conduit comme quelqu’un qui s’aime, qui croit en lui. J’ai toujours fui à toute vitesse, d’instinct, les « essais » niais juste pour être à la mode, porno, échangisme, communes naïves,
alcools à satiété, expériences « juste pour voir ».
Vous devriez, lecteurs, voir la tête des jeunes quand, aux écoles, je dis : « Soyez différents, ne vous habillez pas tous de la même façon, fondez votre jeune personnalité hors des rangs, ayez le courage de ne pas être moutonnier, combattez ce « grégaire » si rassurant, évitez de vous fondre dans la masse ordinaire des écoliers. Oh oui, leurs têtes alors !
5-
Aile me chicane souvent. Parfois avec raison. Je suis d’un naturel salissant, sauvage, d’une « bohème » malcommode. Elle se fâche fort à l’occasion, en devient moins … Aile —ou ange— que démone. Une diablesse ! Et c’est les altercations comme dans tous les couples où l’on ne peut rouler sempiternellement en douceur. La diablesse, la satane en colère contre son « petit maudit cochon », en a comme des cornes sous sa jolie frange de cheveux, invisibles aux étrangers, un pied de bouc, de biche ?, hon ! un « crow bar »? La tempête passe, je fais des promesses : « ça ne se reproduira plus, je respecterai nappes, tapis, meubles… »
La tempête me fait me réfugier dans la lecture de cet « Été top court », cet été de 1994. J’écris pour moi ? Mas foi, oui, j’aime bien, après presque une décennie, revoir, revivre nos éphémérides. Calmée, Aile écoute, toute souriante, mon rapport des faits et gestes —et pensées— de notre couple voyageant au Saguenay cet été-là, puis nous dorant la peau en lisant au soleil d’août au bord de l’Atlantique du Maine, à Ogunquit. Je recommande à tout le monde de rédiger ainsi des calepins de mémoires. C’est fort divertissant à déchiffrer plus tard, il faut me croire, essayez. Quand je voudrai, je relirai, amusé, étonné parfois, le temps qui filait, de septembre 1987 à février 1988 (« Pour tout vous dire », chez Guérin) ou bien les jours qui passaient de mars 1988 à décembre de cette année-là (« Pour ne rien vous cacher », chez Leméac).
Dés 1984, un an après la mort tragique de la première épouse, bizarre, je publiais, chez Leméac, cinq romans policier. Cinq fois, l’assassin du polar était une femme ! Oui, curieux ! Un psy qui me lit dira-t-il : « Hum, c’est clair, tentative inconsciente de déculpabilisation ? » Eh !
6-
Ce matin, jeudi, ciel uniformément gris. Temps doux hier, mercredi à Montréal et encore aujourd’hui. Hier soir tombait une neige toute molle, fondante. Aile ravie de cet hiver qui ne vient pas vraiment. Cette vieille maison centenaire nous fait des factures en chauffage mirobolantes, époustouflantes…alors…
Actualités du matin : ce terminus où tournoyaient les tramways de ma jeunesse, rue de Fleurimont (disparue, rayée de la carte !) vaut dans les 20 millions de dollars ! Québec, l’acheteur, veut un méga hôpital. À quoi s’opposent certains dont un fameux gynécologue (celui d’Aile). Ce lieu était aussi proche de notre grande frayeur :L’École de réforme (devenu école de théâtre) . Menace de nos parents quand on cassait des carreaux : « on va vois faire renfermer à l’école de réforme ! ». Lieu aussi, plus tard, lieu de regroupement des manufactures de lingerie où mes sœurs ont sué, bossé, où des juifs hassidim —discrets, cachés—faisaient de l’argent; les ordres aux midinettes venant de petits-boss, de sous-patrons, les contremaîtresses honnies par mes sœurs. Pas loin encore, l’hôpital des enfants, Sainte-Justine (déménagée Côte Sainte-Catherine) où l’on m’opérait pour une appendicite à 13 ans, premier séjour hors foyer, éprouvant. Ce CHUM donc où virevolteront, au lieu des trams, des civières par centaines !
Le réalisateur Laforce, sur la piste du « Petit train du nord », nous en contait une bonne : un jour il fait la connaissance de l’acteur Gilles Renaud. Pas vraiment un inconnu ! Sa tante, « vieille fille » midinette, (c’est le lien de ce coq à l’âne !) assise à sa machine à coudre pendant vingt ans face à une autre « catherine-ouvrière » racontait en détails la vie de son cher neveu, le petit Laforce. Et vice-versa. Cette autre tante était celle de l’acteur Renaud ! À Rosemont, à la maison : tout se savait de l’un ou de l’autre sans, évidemment, qu’ils se connaissent !
Étonnant, quand, vieillis, le réalisateur et le comédien travaillèrent ensemble, ils savaient tout l’un de l’autre par ces commérages des deux « ma-tante », trente ans durant !
Cui, cui, cui, cette histoire, cocasse non ?, est finie !
7-
Plein de civières de nouveau dans les couloirs des « Urgences ». La ministre Harel passerait à la Santé, le Trudel, jugé « chancelant », dehors. Aïe ! Ce jeu (bien peu musical) de la chaise honteuse ! Quoi encore ? Le ministre Gagliano soupçonné de nouveau de favoritisme, d’ingérence grave. La farce. Le bon peuple n’est pas dupe et sait fort bien qu’en ces milieux politiques le favoritisme est florissant et cela depuis la nuit des temps, dans tous les échelons de tous les partis « politichiens » quand ils arrivent au pouvoir… ou qu’ils s’y maintiennent.
Qui croit-on étonner ? Allons, c’est connu comme « Barrabas dans la passion ». Un cas éclate au grand jour et voilà les graves « informateurs » patentés, hypocrites, qui crachent manchettes et commentaires, jouent les scandalisés. Combien de journalistes à bons contacts se font vite nommer relationnistes, chefs de cabinet, directeurs de bureau dès l’élection terminée ! Hen ? Oui, une farce. « Tu penses qu’on s’en aperçoit pas », chantait Vigneault ?
Mon Dieu, je me sens depuis ces J.N. comme en 1989 quand j’arrivais pour cinq ans, à la radio de CJMS, avec mon « débater » Arcand, pour gueuler sur les actualités. Je ramassais, découpais, empilait les nouvelles chaque jour. J’aimais ça ! J’aime encore ça et ça se voit hein ?
8-
Je lis des déclarations d’un ex-ministre de l’Éducation qui se fit mettre à la porte pour Jospin quand des foules descendirent dans la rue, contre sa réforme globale. Ce Allègre, à Paris, éclate : deux forces énormes bloquaient mon travail de rénovation :les bureaucrates du ministère en question et les bureaucrates des syndicats installés. Il aurait préféré sonder la population par référendum. Je dis à Aile pour illustrer la vérité d’Allègre : « Tu t’es présentée et tu as été élue, tu es ministre de la culture, mettons. Te voilà dans ton neuf bureau. Aussitôt, sous-ministres, directeurs de ceci et de cela, t’entourent. Eux, ils savent tout. Eux, ils sont informés des dossiers. Pas toi. Eux vont te dire quoi faire, quoi dire, comment manœuvrer, pas vrai ? Et toi, tu deviens quoi ? Tes projets, tes promesses, tes idées neuves , ton envie de changer les choses…Les « permanents », bien installés, inamovibles, vont t’expliquer le réel, comment on peut contourner leurs semblables, la hiérarchie syndicale bien bureaucratisée, elle aussi, qui déteste le moindre changement. Et tu te tairais ? Oui ou non ? À moins d’être forte, indépendante d’esprit en diable, fonceuse…
Aile réfléchit longuement.
9-
Enfant, il y avait deux abbés pédophiles dans Sainte-Cécile, l’un, aux petits garçons, l’abbé B., —le jeune frère d’un ami l’apprit à ses dépens— l’autre aux petites filles, l’abbé F. —une de mes sœurs dut le combattre. Des parents portaient plainte sur plainte chez le curé. C’est long mais ils finirent par partir. On parlait d’une « prison des prêtres » ! Je n’en revenais pas ! Dans le Nord ! Légende urbaine ? Rome vient de recommander, urbi et orbi, que l’on ramène les cas de pédophilie au Vatican. Quoi ? On a plus confiance aux évêques depuis le silence écœurant d’un évêque de France, qui a reçu une peine de prison pour son « cover-up » scandaleux. Voila qu’ici, nos évêques refusent cette loi… écrite en latin. Un code ? Apostat, hérésie ! Non, Rome s’incline : « Vrai que la justice chez vous est bien menée. » Envie de rire…en latin de servant de messe !
Appel de Trois-Pistoles tantôt : V.-L. B. Ne pas oublier mon dessin, la age manuscrite et trouver le titre définitif et envoyer copie avec espaces larges pour les corrections, etc. Le titre ? Ce sera : « ÉCRIRE POUR L’ARGENT ET LA GLOIRE. » Ça fait pas trop littéraire, hein ? Une provocation encore tit-Claude ? Non, jeune, naïf, je croyais vraiment devenir et riche et plein de gloire. J’y songe, n’étais-je pas « cocu » de Beaulieu ? Quand, la nuit souvent, il téléphonait ses longs tiraillements scripturaires pour « L’héritage » ou pour « Montréal P.Q. ». Des heures enlevées à ma compagne quand je l’attendais au lit ! Oui, il me « cocufiait » ma foi du bon yeu ! Aile rit quand je le lui ai dit cela tantôt.
Un soir d’été, on aperçoit le V.-L. B. , éthylique en ce temps-là, écrasé dans l’escalier de son chef et copain, Jean Salvy, rue Hutchison près de chez nous. On fit un détour, craignant une longue diatribe larmoyante. C’était son temps déraisonnable comme il est agréable désormais cde jaser avec l’auteur guéri.
10-
Brume dans le port de Yarmouth, un midi d’été, au bout de la en Nouvelle –Écosse. Aile et moi attendions le bateau pour nous rendre aux USA, à Bar Harbor. Ce matin, l’on parle de pêcheurs de ce port qui vendent aux amerloques complices, sans l’avouer au fisc maudit, des tonnes de homard. Hon ! Souvenir : traversée en bac donc et la pluie qui tombe. À Bas Harbor, aucun motel libre. Nous filons vers Bangor où je souhaite piquer une jase avec Stephen King —il y habite— que nous lisons souvent Aile et moi. Or, à Bangor deux autoroutes sont comme en parallèles et nous y tournons sans arriver à en sortir, malgré les échangeurs, les bretelles…Ah oui, l’horreur ! Oui, du Stephen King vécu dans cette la nuit orageuse. Cette épopée inusitée m’a toujours étonné ! On a fini, tard, trouvant une issue par hasard, par nous réfugier dans un motel, le lendemain, soleil et nous filions vers Mount-Desert voir le site de la grande Yourcenar. L’effrayant King ? Non, on en voulait plus, échaudé par la mésaventure de me plus pouvoir nous dégager des autoroutes emmêlées.
11-
Lire ou regarder ? Choix fait. Offre de seize (oui 16) épisodes de télé sur l’histoire complète des Britanniques. Non !Trop c’est trop. Esclavage ! La lecture, c’est mieux. Nous avons plus appris sur les pays d’Afrique « en chamailles » en lisant le formidable « Ébène » de Capuscinsky que de regarder seize émissions sur ce sujet. J’en suis sûr. Cependant il y a lecture et lecture : je tentais depuis deux jours de lire avec profit une sorte de manuel un brin scolaire sur la science. Merde ! Je me suis senti de nouveau ce collégien quand je ne pigeais rien en mathématiques. Pourtant pas un livre pour initiés ! Ce blocage me déçoit gravement. Aile au souper : : « T’en fais une tête ! Qu’est-ce t’as? Tu sembles abattu ! » Je lui raconte et ajoute : « Comment ont fait tes deux frères ? L’un si doué en chimie, l’autre docteur en physique nucléaire ? » La démoniaque Aile : « Ah, que veux-tu, c’est des Boucher ! Pas bouchés. En rien ! » Pourquoi n’ais-je pas un esprit capable de saisir les choses scientifiques ? Suis-je borné, suis-je intelligent ? J’en doutais hier soir. Heureusement, je cause et Aile ne cesse d’émettre des « Eh maudit que t’es brillant ! » Consolation.
12-
Nath Pétro, ce matin, chronique sur la laideur. Johanne de Bellefeuille cherche désespérément des gens laids pur un « spécial » de télé. Comme dit une chanson : « Gaston… y a le téléphon et y a personne qui répond… » J’avais songé, jadis, à un concours anti-Lise Payette : « Le plus laid homme du Québec. »
Certes, on aurait récompensé le plus laid et, à la fois, le plus charmant. Cela existe si souvent. Je me retiens (hélas ?) de rédiger sur les avantages d’avoir un bon, un beau physique. Avantagé comme je le fus, jeune, je saurais de quoi je parle. Des facilités indéniables pour ceux qui sont plaisants à regarder. J’avais constaté, jeune, les injustices faites à ceux qui sont vraiment pas jolis à voir. Deux mondes terribles, au fond des choses. Un sujet moins léger qu’on croit, plus métaphysique qu’on croit, vous savez. Je songe à l’acteur Lepage, pas avantagé du tout physiquement et qui a su séduire la plus joie actrice de années ’80, Louise Laparée. Ah, il y a le charme, vous voyez bien. Si un laideron et courageux lecteur veut se manifester, à Johanne la désespérée, qu’il compose le (450) 670-3384.
Je lis les « lettres ouvertes’ il y a de fameuses. C’est rare. Ce matin, Claude Poulin, prof de cégep retraité qui maudit Norman Lester et son célèbre « Livre noir… » écrit : « ce sont des Québécois incapables d’accepter le fait que la présence anglaise fut un facteur essentiel (sic) de leur survie (sic) en Amérique,anglophobie… »
Tabarnak, ces cornichons enseignaient à nos enfants ! Je sacre parfois quand je suis révolté. Quel ignare et quel toupet d’ignorer, lui, un prof d’histoire, que l’Anglais conquérant nous laissait des privilèges (religion et langue) dans la mesure où il craignait notre ralliement aux indépendantistes du sud. Les Américains rôdaient à nos frontières souvent. C’était leur grande frousse et nos maîtres imposés regrettèrent tant leur générosité « calculée » que, par la suite, ils ne cessèrent plus de tenter de nous diluer, de nous noyer, de nous faire disparaître : forcing avec l’Ontario, 1841, dilution avec les provinces, 1867, etc. etc. Eh oui, ces caves myopes, enseignaient ! Heureusement ces Poulin, fédérats bornés, maintenant retraités, ne peuvent plus tromper les jeunesses. Nuisance au rancart !
12-
Des clés pour le bonheur ? Il y en a. Ah le bonheur, hein ! Boris Cyrulnik, que j’ai peu lu, est un psy « éthologue », publie et livre une longue entrevue captivante sur le sujet dans le dernier « Nouvel Observateur », no. 1939, première semaine de janvier. Je vous en re-jaserai un peu plus tard dans J.N. En attendant comme c’est intéressant d’en apprendre sur des plus jeunes que soi, Montréalais.