À PIEDMONT, L’AMOUR ET LA MORT !

En fin d’après-midi, en attendant l’ouverture de ma chère École Hôtelière, où Serge-sourire louange sans vergogne les plats du jour, je lis « L’Orestie », celui des sombres drames grecs, dans un « poche » payé une piastre. Que de sang versé, me disais-je, que de meurtres, que d’enfants égorgés ou empoisonnés ! Et ici ? C’est la paix dans nos collines, non ?

Non.

J’émerge, enfin enfin, d’une sorte de paralysie; on sait mon grand amour des enfants et voici un papa devenu fou d’une peine d’amour qui se venge et sort un couteau et tue !  Dans une coquette maison de Piedmont, un père, mon cher Eschyle, poignarde à mort ses deux enfants.

Stupéfiés, scandalisés nous apprenons : « un couple de deux médecins, un séparation, deux innocents tués ». C’est bref d’abord. Pas de ce « Temple solaire » comme à Morin Heights, ni dépravé pédophile, non, rien de dégueulasse, on nous répète : un médecin. Un spécialiste. Silence dans nos chaumières : une sorte d’intimidation. Quoi ? Ni voyou, ni  drogué ! Deux assassinats par un instruit « monsieur-le-docteur ! »

Un soir Il y a 400 ans avant Jésus-Christ, des gens s’assoient dans des arènes aux sièges de pierre. Ils sont venus entendre claquer la mort, écouter les pleurs, les cris, les larme de sang. L’Orestie à Piedmont, les drames sanglants du dramaturge grec Eschyle. Voyez ses mânes, ou ceux de Sophocle, se réincarnant avec des papyrus aux doigts, gémissant : « Février 2009, infanticides à Piedmont ».

Le funeste criminel n’aura plus besoin d’afficher ses beaux diplômes, il a beaucoup tué, ses enfants et l’épouse amoureuse en allée, aussi ses vieux parents, ses camarades de travail à l’hôpital de  St Jérôme, désorientés, ses amis incrédules, ses voisins étonnés. La mort ! Il est, son serment d’Hippocrate mis en torchon («  à tout prix,  conserver la vie » ). La mère doit fuir un futile poison : la culpabilité. Pas facile mais essentielle affaire. Lu seul est responsable du lâche assassinat de… de  nos convictions primordiales car «  On ne tue pas », m’sieur Moïse, n’est-ce pas ? Surtout pas ses enfants !

Il nous est si nécessaires de nous croire bons et humains, pas vrai ? Il a tué pour un temps l’espoir dont on a tous besoin en cette « vallée » larmoyante, si décevante à l’occasion. On veut croire au bons sens, aux sentiments équilibrés, à la bonté, à une compassion minimum. Non ? Ce soir-là, il y a des siècles, dans l’amphithéâtre sous les étoiles, l’écrivain Eschyle fait frissonner d’horreur tout un peuple, jour atroce se lamente un invisible chœur, ai-je vu des fantômes dans notre désert théâtre de verdure rue Morin et à Piedmont ? Une vanité éperdue, toute puissante, un orgueil démesuré du jeune mâle bourgeois, va aveugler totalement un coeur. Le glacer. L’armer d’un couteau. Cher Eschyle, on est encore en 2009 au bord des larmes et il n’y a plus aucune étoile dans le ciel laurentien. Nous nous taisons, Ce tueur-à-sarreau-immaculé nous fait éprouver une certaine honte.

Homo lupus homini ?

Oui, mais des enfants ? J’émerge enfin, enfin, lentement. On s’est senti comme sali par ce médecin fou qui ira longtemps en prison, c’est prévisible. Nous ? On ira se laver où de ça. On sortira de nouveau, le cœur gros, il faut bien nous raisonner, nous consoler. Aujourd’hui encore, partout, des gens prennent soin des petits. Dans des maisons, des garderies, dans des écoles, des cours de récréation. Un peu partout, il y a des gens qui savent et se souviennent, pour toujours, qu’on ne tue pas des enfants innocents. Jamais, m’sieur le docteur, surtout pas pour se venger d’une compagne en allée.

Ville aux cent clochers?

Rentrant du nord, on voit la flèche argentée de Sainte-Madeleine d’Outremont. Soupire. Le sanctifiant où maman, «la belle Germaine de la rue Hutchison», dixit père, prit époux. «Le fils d’habitant de Laval», dixit mère. Puis, ce jour de 1925, ils allèrent «nocer» sur le Saint-Laurent, la «classique» croisière au Saguenay. Revenu, le jeune couple s’installait dans cette rue chantée par « Beau Dommage», Saint-Vallier.

Chaque clocher ramène chacun de nous, Montréalais de naissance, aux trois grands moments d’une vie. Naissance. Mariage. Mort. Sus aux souvenirs, on parle de démolir —ou de vendre en condos— les églises. Les unes après les autres, sauf les belles architectures patrimoniales.

Papa, fils et petit-fils de cultivateur de Laval-des-Rapides —quand il y avait là des rapides— n’était pas peu fier d’avoir fréquenté une Outremontaise. Cela même si sa Germaine était née rue Ropery à Pointe Saint-Charles d’un père gros boucher de la rue Centre. Ce grand-père, devenu agent d’immeubles, émigra donc au nord de cette chic banlieue.

Les jeunesses qui me lisent râlent moins face à ces démolitions d’églises. Souvent ils ne sont pas baptisés. Et souvent finiront en cendres dans une jolie urne à encastrer dans un crématorium. Cela sans cérémonie catholique. Pour eux, un clocher d’église qui tombe, bof!

Pour les gens de ma génération l’église c’est des tas d’évocations. D’abord des messes, parfois de grand apparat, de fastes cérémonies.

Sans oublier le cher sous-sol de l’église, lieu des bruyants bingos, des excitantes tombolas. Aussi du théâtre. Très chers mélodrames édifiants! Pour les enfants, le local pour d’épatantes séances de vues animées.

À Sainte-Madeleine ou chez moi, à Sainte-Cécile, l’église d’avant la télé —et les centres commerciaux, les jeux vidéos— c’était la place publique où commérer, échanger les nouvelles, potiner à propos des voisinages, apprendre des grands malheurs ou des petits bonheurs, cancans humiliants ou nouvelles de fierté.

Mon beauf, Jacques le retraité, s’amuse souvent à aller reluquer nos anciens bâtiments partout en ville. Ex-prof, il aime fureter, s’attache parfois à de ces guides pour mieux savoir sur un quartier un peu célèbre.

Ces guides de quartiers existent et pas seulement pour le riche Vieux-Montréal, mais aussi pour examiner Outremont ou le bien coté Plateau. Ou Hochelaga-Maisonneuve. J’ai envie parfois de tracer un plan pour mon cher Villeray et son marché Jean-Talon, la Petite-Italie, son parc Jarry.

Rue Rachel, à cette église Saint-Jean-Baptiste, celle du beauf, on ne risque pas le marteau démolisseur, car on y donne souvent des concerts, l’acoustique du lieu étant propice. L’autre jour, je me penche donc à mon balcon et je regarde encore le clocher voisin, Sainte-Madeleine, je pense à ma mère morte. À mon père disparu. Deux signatures pour une union conjugale qui allait durer bien plus qu’un demi-siècle. Ah, le temps!

Je viens d’apprendre qu’un autre tout jeune couple de mon entourage se fracturait. Un autre! Craindre pour l’épanouissement d’une enfant qui vient d’avoir un an. Puis me secouer, foin de morosité, tenter de me convaincre que les enfants de nos temps modernes s’adapteront. À tout. Tant le vouloir ce bonheur des enfants!

Je me pencherai encore un jour et il n’y aura plus de clocher? Une autre tour à condos à la place? Pas grave, le vieil homme. «Toute civilisation est mortelle», ai-je appris chez Valéry. N’empêche, j’aime bien, dans le ciel d’Outremont, ce clocher parmi d’autres dont celui de Saint-Viateur, altier, imposant lui, lieux si chargés de passé —on est train de ravaler le noble édifice— de le mettre au propre. C’est comme si on mettait au propre un ancien texte d’importance. Écrits de pierres. De pierres taillées, avenue Laurier, qui racontent des vies. Des gens peuvent y lire leurs vies. Ses petits et grands malheurs, ses petits et grands bonheurs advenus.

À mon précieux lectorat

« Une nouvelle année… » ?, rien de bien nouveau dans ce fait du « 1er janvier » quand, comme moi, on entre dans sa 75 e année !
« Cré moé cré , moé pas », ça me fait encore un choc !
Mes souhaits à vous tous ?, les « bons voeux » comme on dit ?
Deux choses:
oui, juste garder deux choses, juste deux:
Gardez la capacité de vous indigner.
Ne pas tolérer, silencieux, bras baissés, en 2005, les cochonneries offertes sans cesse, cela à tous les niveaux. Protester chaque fois. Si vous saviez la force d’une simple lettre ouverte ou non, ou d’un courriel; tout compte !
Deux ?
La capacité de vous émerveiller.
Important; tout aussi important que de avoir s’indigner.
S’émerveiller devant tout et rien ? Non, certes non.
S’émerveiller par exemple, ce jour d’hui «JOUR UN DE 2005» d’observer tout bonnement en ce moment, dans ma fenêtre, un soleil d’hiver qui mime le printemps, qui façonne tout lentement de longs miroirs translucides, effets cocteauesques, sur le petit lac.
Jasmin sur son lac Rond
Belles eaux ! Jeux de gris en camaïeux. Juste cela… pour me faire oublier un petit peu l’eau-qui-tue-aussi… oublier un instant les effroyables drames en Asie du sud-est, tous ces mondes rapidement noyés, oh si brusquement !, dans un coin de l’Océan Indien en toute fin de 2004 !

CLAUDE JASMIN

L’IMPASSE « PORNOCRATIE »

Ne faisons pas la bête voulant faire l’ange. Nous sommes, tous, à des degrés divers, des voyeurs. Pourtant le voyeurisme, disons pathologique, est le signe clair du piètre inactif, de l’impuissant. Jeunes gens refusez, fuyez vite, cette évasion délétère. Quand la porno —mimodrames répétitifs à femmes-objets, à femmes-esclaves— sert à secrètement tromper la femme —ou l’homme— qui nous ne excite plus du tout et dont on ne veut pas se séparer : il y a les enfants, il y a l’installation confortable, ceci et cela. Une calamité qui accable ceux qui vont discrètement à la section « porno » du vidéoclub.
Sa complaisance forcenée face à ce voyeurisme maladif conduit souvent à une sorte de névrose fatale. Je viens de lire dans l’hebdo « Ici », un accablant témoignage, très franc, très triste. Un certain Luc Forest raconte sa chute. Désormais ce Luc n’est plus que l’esclave volontaire, très consentant, de films cochons. En découle, un affligeant onanisme, une solitude déplorable. Une existence ratée, une vie de célibataire « isolé de la vraie vie ».
Que s’est-il passé pour tous ces déplorables Luc qui « sortent de la vie réelle » ? Luc raconte : il a maintenant 51 ans, à 40, il sort du placard (« quosse ça donne ? » Il en espérait quoi au juste ? Luc déclare que sa communauté (homosexuelle) n’en a que pour les beaux corps parfaits. En va-t-il tellement autrement chez les hétéros ? Comme ce Luc n’a rien d’un Adonis, il l’admet volontiers, il semble qu’il ne peut —ou ne veut— songer à ce cher « mariage » (tant dédaigné chez les hétéros !) tant souhaité par certains militants. Sont-ils si nombreux qui souhaitent « la vie de couple » ? Nous n’avons pas de statistiques pour compter les homos des deux tendances : ceux aux furtives aventures seulement copulatives, ceux rêvant du couple stable, humanistes.
L’amour épanouissant, selon moi, n’a rien à voir avec la fornication ou la pulsion subite de possession, le couraillage de beaux éphèbes. Qu’il faut payer comme les putes classiques.
D’abord Luc a voulu fuir les « lieux » officiels, le Village, les saunas-bordéliques, les bars à dragues ouvertes. Pourquoi ? Motte pas un mot là-dessus. Il parle plutôt de buissons touffus, coins de parc (le Mont Royal la nuit tombée), sous-bois propices, (le parc Lafontaine ?). On songe à « My own Idaho », cet excellent film d’une très affligeante tristesse.
« Le mythe du beau corps », dit-il, est d’un « jeunisme » implacable. Il conduit à du « consumérisme » avide et bestial. « Combien ? », dit le client honteux, parfois des pères de famille (mariés menteurs) honteux. Lire là-dessus la renversante confession d’un ex-ministre péquiste, J.-F. Bertrand, fils déchu d’un Premier ministre. Ce Bertrand jr a illustré cette course néfaste au « beaux corps » de jeunes drogués, il est d’une franchise sidérante avec viols et aussi vols, violence souvent. Un univers répugnant à souhait avec lequel M. l’ex-député tente de rompre. Luc-aux-bois, lui, faune écorné, ne rencontre que dédain et maints refus humiliants. Il en a « l’égo à terre », souligne-t-il. Alors il se retire de ces clandestins champs opératoires, aux lendemains nuls. La pratique des « preneurs de dos » (expression du temps de Verlaine) conduit souvent à la psychose et au psychiatre. Parfois au meurtre passionnel sordide, relire —ou revoir en vidéo— « Being at home with Claude » de Dubois.
La finale de son aveu ? Il dit qu’il a butté vite sur l’ennui, et, vint son terminus sordide : sa main branlante et des cochonneries filmés. À 50 ans le voilà seul et avachi, tel le pré-ado avec ce que nous nommions jadis la veuve-poignet. « Je suis seul et je fantasme beaucoup », conclut-il, parlant de sa « précoce prise de retraite ». Adieu satyres sous bosquets ! Pourquoi ? Parce qu’il n’était plus jeune ! Le narcissisme de la plupart des sodomites conduit à cette impasse. Les invertis sexuels n’ont pas souvent la franchise d’un Luc et ce terme « GAY » est souvent un exécrable mensonge, un masque, une fraude. J’en suis venu à admirer les demandeurs du mariage homo ou lesbien. Sinon ? D’abord beaux « jeunes » corps à louer ou à vendre, satyres en sous-bois, et, l’âge venu, c’est l’effrayant désert des Luc : la solitude totale avec l’onanisme toujours décevant. La main comme outil sexuel, l’œil vissé aux acrobaties pornos mécaniques. Ce sinistre cinéma à bon marché. Non, je n’avais jamais rien lu de si triste.

Le jeudi 5 décembre 2002

1-
Mon Dieu, excitation chez moi ! Avant-dernier fion scripturaire du journalisant ? Ou deux entrées ? Je le répète : ma fierté. d’avoir tenu le coup durant 365 jours !
Pleins paniers de notes disparues dans mon bac à recyclage. Le 9 : liberté totale.
À part mon hebdo : « Poing comme… » et…ce drôle de roman sur mon Exilé !
Hier, en ville, suis allé chercher une demi-douzaine de livres chez « Robert-Bourassa » (rue Saint-Just à Outremont). Sur le Mexique, sur le Coran, sur le bouddhisme, sur la Thora…et un petit dico français-espagnol.
Je devrai, plus tard, me trouver des textes sur François (d’Assise) et sur Thérèse ( d’Avila). Sur ma lancée, mon projet de livre, mardi matin, à « Tous l;es matins », au moment du générique, j’ai recommandé aux grands-parents de parler aux enfants, pour Noël s’en venant, de Jésus. Eh ! C’est sa naissance que l’on célèbre, non ? Pas Père-Noël-Coca-Cola, ni consommations effrénées, pas vrai ? Que l’on soit croyant ou non, ais-je dit, c’est ce plus grand des prophètes ( ou « sages ») qu’il faut saluer le 25. Le premier à crier « amour et paix » quand, en son temps, tout était bien pire que chez les agressifs Talibans de l‘Afghanistan. Un fait.
B’en, en studio, j’étais fier de moi.
2-
Hier soir, une assemblée « monstre » qui nous a ému, Aile et moi. Des milliers d’ex-travailleurs du réseau français de la CiBiCi se retrouvaient pour cet anniversaire du « 50 ans » de la télé publique. Certains ex-camarades pas revus depuis presque deux décennies. Nous avions quoi?, 25, 35 ans quand nous entrions « bosser » pour cette télé débutante. Cheveux blanchis sur toutes les têtes dans couloirs et studios (vidés) du sous-bassement, rue René-Lévesque. Buffets, musique, bars. Étreintes. Souvenirs grattés. Oublis aussi. Nous cherchions un nom, des prénoms. Les uns en bonne forme, d’autres…oh la la ! Cannes, fauteuil roulant, parkinson, début de la saudite Alzaimer (malheureux C.D.), jambe coupée ( mon pauvre Peter F.), pacemakers cousus sur certaines poitrines, cher Roland G. On a ri de nos anciens projets fous, de nos déceptions, de nos bons coups.
On a revu d’ex-camarades avec qui on a eu de laides querelles. Éponges passées ! Oubliées ces chicanes des « productifs » anxieux d’antan. Hier soir, nous étions tous, un verre de rouge au fond de la main, « hors-circuit » désormais, mains tendues partout, accolades, baisers sur les joues.
Les employés actuels de la SRC étaient invités avec nous, les vétérans. Cela était bien. Jeunes visages croisant sans cesse des visages ridés, plissés, des regards mouillés. Ah oui, une réunion singulière. Chocs nombreux ! Revisiter ce grand studio 42 où je plantais tant de décors pour tant d’émissions de variété. Un frisson ! Un défilé cocasse : rappel d’anecdotes. Une étonnante veillée du « vieux poêle » mais trop de monde, trop de bruits, difficile de jaser à cœur ouvert avec d’anciens collaborateurs. Hélas, moi le demi-sourd, réduit à opiner du bonnet mécaniquement pour ne pas faire se répéter de trop des confidences… à voix trop basse. Il y a eu des cris aussi : cris de surprise et blagues du genre : je te croyais exilé à Paris (Maurice D.) !,je pensais que tu étais mort ( Raymond D.) ! Gros pow-wow chaleureux en fin de compte : un 5 à 8 qui nous a fait mesurer…le temps qui file. Tous, nous ne serons pas là au 75 ième anniversaire. On le sait. On n’y pense pas. C’est la vie, sa dure loi d’airain. Chantons : « Mais nous, nous serons morts, mes frères » !
3-
Pour les fédérats nous ne formons pas une nation, nous ne somme pas différents, et il n’y a qu’un pays (imposé) : le Canada. Aussi, ces fédérastes enrageaient hier que le Mexique fasse du Québec, « L’hôte d’honneur » (après Cuba cette année) à leur fameuse Foire du livre mexicaine de décembre 2003. Qu’ils en mangent une « sciau » ! Cependant que l’on voit (de là-bas) en « latins du nord », hum… Hélas non, nous sommes dans l’américanéité des choses et nous vivons dans le froid —la neige et la glace— six mois quasiment par année. Alors… latins du Nord… Ouengne, faudrait pas exagérer !
J’avais lu jadis des écrits du fameux Graham Green et je le jugeais « parano sur les bords » avec sa suspicion, « les gens de la CIA, disait-il, l’encerclaient ». Eh bien, hier matin, entrefilet de gazette : oui, le cher dissident britannique était sur la black list de la CIA ! Je lis « qu’on le suivait à la trace au FBI ».Amoureux de l,’Amérique latine ( lire : « Le pouvoir et la gloire ») Green fessait fort sur les ambitions impérialistes des USA. « Ingérence détestable », gueulait-il. L’article dit que Graham G. fréquentait et applaudissait les Fidel Castro et les Daniel Ortega. « Persona non grata » notaient les ambassadeurs de Washington. On fit un film de son roman; The end of an affair », c’était un bon film calqué sur un maudit bon roman. Il est mort en 19991, exilé toujours inquiet sur sa chère Côte d’Azur, là où il enquêtait en journaliste libre sur un maire de Nice magouilleur dangereux et craignait toujours —il publia un petit bouquin sur cette pègre française— une noire action de la mafia nicéenne.
4-
J’ai commencé jeudi dernier le deuxième chapitre de ce jeune missionnaire « éxilé » (mon titre de travail). au Mexique parmi des créoles, des métis et des « indiens » Très inquiet. Énervé même. C’est toujours ainsi. J’aime cette vulnérabilité d’écrire sans plan, de me laisser aller à me raconter à moi-même une histoire. C’est merveilleux, excitant, de ne pas savoir ce que va devenir mon héros et ses entourages. Cela peut avorter. C’est arrivé souvent. Pas grave. Soudain, besoin de savoir (il est temps) si, à Pont-Viau, les P.M.É avaient des gens en mission au Mexique ! Ah, j’ai Internet. Je pitonne… plein de mots mais… Rien. Pas moyen d’apprendre. Déception de cet Internet. J’irai fouillé, à la cave, dans de vieux tomes d’annales de ce séminaire qui formait l’oncle Ernest parti, lui, en Chine, vingt ans.
Le building de la cour arrière, Chemin Bates, s’élève tranquillement. Deux roulottes à « power machin » ronronnent bien fort en face du Phénix. Merde ! Ce bruit…les résidents qui endurent cela sans cesse. Oui, merde! Nous, on filait, à jeun, vers la Laurentie dès ce matin.
La Marie-tous-les-matins au téléphone : « Prêt pour nous revenir demain, vendredi, pré-enregistrement pour le 31 »? Oui, prêt, chère Marie-Claude. J‘aurai mon sac de « bonbons à ménagerie » ! Tous, en studio, ils vont bricoler. Un mél de Sainte-Thérèse : « on vous veut pour jaser « littérature » en février ». Je clique « oui ». Serais-je toujours vivant en février ? Je note toujours en réponse à ces invites : « Si Dieu me prête vie jusque-là ». L’on proteste chaque fois mais, au fond des choses, c’est une réalité. La mort ne m’a jamais fait peur. Jamais.
Marielle ma quasi-jumelle : une nouvelle lettre tantôt. Noirceur de sa vie, désespérance. Comment la réconforter ? Effet de ce temps des fêtes sur les « sans-enfants » ? Je ne sais trop. J’ai douze ans, rue Saint-Denis, un voyou l’a frappée, je cours chercher l’ignoble, venger chevaleresquement cette petite sœur humiliée, Marielle comptait sur ce grand frère. Là, devant moi, sa lettre si sombre et me voilà, le vieux, comme moins capable de la venger.
5-
Mon Marcogendre et webmaestre, avec Éliane, partis pour un week-end-hôtel à Saint-Jovite et… panne sur l’autoroute 15 ! Il a dû bifurquer —planer comme le commandant Picher— habilement de la voie extrême-droite à l’extrême-gauche. Danger ! Frissons ! Maudit moteur pété. Du pognon à verser, remorquage et garagistes. Adieu le séjour de repos. Ouash ! Ils nous invitent à souper dimanche alors que nous ramènerons de son concert philharmonique (à Terrebonne) le musicien de la famille, leur benjamin Gabriel.
Demain soir; souper avec les Cuillièrier, l’ex-réalisateur Pierre-Jean et sa filigrane Casserole. Tantôt, téléphone d’arrangement. Moi : « Dis-donc, tu étais pas là au grand pow-wow hier soir ? » Lui : « Oui, oui mais vous étiez au studio 43 avec les « vieux », pas moi » ! Le saligaud. Je vais lui secouer les cuillères demain soir.
La frétillante Pétrovski a rencontré la veuve active du grand Riopelle, l’abitibienne venue d’une grosse famile, Hughette Vachon. Deux décennies … ne les séparaient pas. Elle veillait sur son vieux hibou, oie noire dans son île. Elle a mis une série de « conditions » à cette interview ! On peut faire cela ? Pas question de parler
de l’héritage, des problèmes avec Iseult, la fille dévouée du peintre. Eh b’en ! Ainsi, Nathalie nous apprenait que le torchon brûlait donc ! On sait que cette « infirmière hors du commun » est « pour » le prestigieux déménagement de la fameuse sculpture (comme la fille Iseult) alors que des amis de Riopelle s’y opposent. Il y a un « dévédérom » sur celui qui dit en ouverture : « Je suis un oiseau sauvage, je ne me fixe jamais nulle part ». Ce qui n’erst pas bien vrai. Pas vraiment un nomade le Riopelle, allons ! Paris très longtemps —New-York pas longtemps— Sainte-Marguerite et puis son Île aux Grues. C’est tout. Légendes, mythologie, le cours normal des embellissements.
Justement, vu un bon docu (Artv) sur le sculpteur Charles Daudelin avant hier. J’ai toujours aimé ce gaillard d’en arrière de Dorval, au sud de Ville Saint-Laurent. Jeune , on le voyait à ses marionnettes, puis comme étalagiste aux vitrines de la SRC, hôtel Ford. Plus tard, la sculpture publique. Aussi de l’art sacré : belle chapelle de religieuses, le maître-autel si baroque de la chapelle du Sacré-Coeur, dans l’abside-est de l’église Notre-Dame. Surpris du peu de soins accordés à ses ouvrages, on a pu le voir rouspéter avec raison sur le .désintérêt des propriétaires de ces sculptures extérieures.
Nathalie la trotteuse, cette semaine, raconte son expédition chez le « maire » officieux des Trois-Pistoles, nul autre que mon éditeur actuel, V.-L. B. L’avantage d’avoir (si bien) illustrer un coin de province : là-bas, il est le chouchou. Et moi ? Rien pour mon Villeray (si bien ?) illustré. .Mais moi je n’ai pas fondé un centre d’art dans mon quartier natal. Eh ! Ça m’apprendra. Fou, lisant l’amour bien chaud porté à cet enfant du lieu, je me suis imaginé tenancier-animateur d’un vibrant « café d’art » rue de Castelnau dans Sainte-Cécile. .Des vieux comme moi y viendraient tisser des souvenirs, je rêve…des jeunes boivent nos paroles… Et puis, je me suis réveillé.
Ainsi, au grand caucus radiocanadien hier soir, rencontre avec le nouveau patron D. Gourd, rejeton des grouillants Gourd abitibiens, il me lance : « Ah, mon cher Jasmin, vous nous avez donné de si jolis feuilletons dans les années ‘70 et ‘80, il faut nous préparer vite une nouvelle grande histoire vécue, vous avez le don des réminiscences enjouées… » Daniel Gourd cause, cause, me fait rêver d’aise
et…je me réveille encore, maudit !
En vérité, nous nous sommes salués brièvement, je lui ai souhaité « bonne chance » avec son nouveau gouvernail. Il aura besoin d’un vrai bon appareil en effet pour redresser le vaisseau (public sans grand public hélas ) qui plonge, qui plonge !
6-
« Falar d’eau » (fardeau sur sa tête sans cesse, comme accablé ) hier à TVA avec le Grand blond. Il vise juste : « Nous étions 50 % jadis, puis 25 %…nous ne serons plus un jour ( en 2020 ?) qu’un tout petit 10 % parmi les Canadians et on nous dira avec raison, ayant refusé notre propre patrie, « taisez-vous, minorité insignifiante » Ainsi Foglia, samedi, parlait de cette même bouche : une majorité finit toujours par assimiler une minorité . Eh ! Mais, lui, il causait sur les Montagnais ( Innus ) voulant se développer à côté de la majorité blanche sur la Côte Nord. Graves querelles en vue par là ! Chevrette en arroseur d’incendie prévisible. La majorité gueule : Privilèges à ces tribus en chamaille et pourquoi ? « Pour avoir la paix », n’ose pas répondre Québec-Landry. Puisqu’ils ne veulent pas s’intégrer à nous tous, Québécois. .Les « Indiens » disent : « Quoi, quoi ?, vous autres aussi, vous refusez bien de vous intégrer à votre « majority canadian », non ? Eh !
Voulez-vous bien me dire pourquoi tant d’entre nous continuons à bosser dans ce terrible monde des arts et spectacles ? Voyez : un certain Dominique Champagne fait feu des quatre fers un bon jour, est unanimement acclamé, avec son « Cabaret :neiges noires » et », et puis, il est invité au prestigieux TNM, et puis on va l’engager au fameux Cirque du soleil. Récemment, il remonte un show fou, « Vacarmes… ». Badang ! Crotte 1 Erreur. Échec. Critiques défavorables partout. Unanimité de nouveau : le Champagne nouveau est fade ! Imbuvable. Oui, un curieux de métier, je vous le dis. Il va se relever de cet éreintement et, fou, repartira dans une autre aventure scénique. Tous faits de cette étoffe bizarre, tous faits de cette farine…qui rend le « clown rouge » tout blanc de méprise soudain.
Un fait troublant : ces surdoués, brillants, imagiers actuels dédaignent les textes. Je songe à tant de textes (de jeunes auteurs) qui dorment sur les tablettes du centre CEAD. Pas de scénario solide ( l’histoire ), c’est là que le bât blessait chez Cha,mpagne, disent tous les éreinteurs.
Mon ex-petit camarade de l’École du meuble, Gilles Derome, un matin récent en lettre ouverte du Devoir récidive en voulant nous symboliser « Séraphin et Donalda ». Manie : il cite. Pourquoi faire le cuistre, étaler sa…confiture ? Il cite sans cesse. Cette fois, face à du Grignon, Pascal, « Monsieur Teste », Bourdieu, Bloy, Valéry. Et lui, mon cher vieux Derome, il en dirait quoi au juste de l’avarice ? Paravent refuge ? Peur de s’exprimer seul dans l’arène ? Mercredi, Nat Pétro fonce elle : Séraphin et Angélil, combats voisins ! L’avare gérant de Céline Dion aurait eu, — sa première « créature » viande à chien— une Donalda à …maganer, l’ex-chanteuse Anne Renée. Ce « René et Renée », fatal combat, se lirait dans le récent bouquin signé Jean Beaunoyer. Le confident du J.B. ? Un certain Beaulne, ex-compagnon-Baronet du René. Pris de remords tardifs, Beaulne voudrait faire effacer ses révélations ! L’éditeur doit espérer une « colère avec avocat et huissier » de ce Séraphin Poudrier moderne. Un monde de papotage-potinage inouï !
7-
Un reporter anglo d’ici écrit —avec grand succès me dit-on— dans le « Mirror ». Kritsian Gravenor, son nom. Un montréaliste dévoué et doué. Curieux de tout. Or, il confie (La Presse), que son journal préféré est « Allô Police ». C’est là, dit-il, que, le plus souvent, il l déniche ses sujets d’articles ! Simonac : je le crois car j’ai toujours voulu m’y plonger, je résistais, je l’avoue, par snobisme. Je devine en effet, que les drames humains y pullulent.
Chez Bazzo, mon étouffé de tousseur de Bourgault, tout épaté par « le magnifique sens des cérémonies » en France. Que j’ai raté à la télé du canal Tv-5, merde ! Il parle de « Dumas entrant au Panthéon ». Hier soir, marchant vers le mémorial aux anciens, Alexandre Dumas, en personne, nous apparaît —foulard-lavalière au cou, ample manteau, le gant noble— le verbe haut, derrière une camionnette chargée du bordel-à-filmer. Alexandre Dumas s’en allait vers un site funèbre comme à l’accoutumée. Je dis : « On n’ira donc pas, Alexandre, à la fête-50 ans »? Modeste panthéon ! Lui : « Oh non, ennuyeux ces chiards ». Une portière de voiture claque sous les gigantesques soucoupes hertziennes du parking. Dumas s’en va, mousquetaire en actualités.
Je reviens de l’École-magasin-culinaire. Bon stock ! Mais… faiblesse : biscuits au chocolat et un autre dessert ! Aile examinant ma chasse aux aubaines : « Ah, sucrerie hein » ? Non mais… est-y fatigante ?
8-
Hier soir, revenus du Panhéon-Vieilles-Gloires, vu à TVA, après le sieur de La Brêche, Michel Jasmin, mon cousin de Saint-Laurent. Il confessait en abbé sérieux Anne Létourneau —« je suis la fille du Pirate Maboul, répétera-t-elle— qui se sort assez bien de crises de boulimies atroces. Le sucre (ah, elle aussi !) était sa drogue, dit-elle. Elle se cacjait, se taisait, n’arrivait pas calmer des fringales pantagruélesques ! Engraissait à vue d’oeil. évidemment. « Tous autour de moi restaient muets, par charrité., par politesse… » dit-elle à Jasmin. Un jour, elle dit avoir fini par comprendre qu’il faut (comme pour les alcoos) de l’aide. Elle découvrira ANEB, un groupe efficace. Thérapies. Nouveau sucre : Anne, ma sœur Anne…navigue dans spiritualités exotiques, réincarnations, consultations de voyantes.
Aile et moi étonnés, on l’écoute raconter : « Un matin, une voix me parle à Key West : « Sors, ton nouvel homme est là, sur une galerie, pas loin, va ! Il est beau comme un acteur, il est brillant, il est cultivé ». L’actrice, fille de Monique Lepage ajoute : « C’était vrai ! Il était tout près, sur son balcon ( allô Roméo !) et ce sera le bonheur. Et j’ai ma petite Chinoise que j’ai adoptée ». Photo. Rideau ! La télé ainsi est un peu, parfois, du « Allô Police ». Mais en rose !
Tantôt, à l’École des petits chefs, je lis sur l’histoire des Hébreux. Une sorte de glossaire. Les grands noms des grands fondateurs. Documenter un peu mes synapses de neurones… en vue de mon roman in progress, « L’éxilé ».
Quand l’entrée finale du journal. Quand ? Redire que j’achève !

JOURNÉES NETTES – 5 décembre 2002

1-

Mon Dieu, excitation chez moi ! Avant-dernier fion scripturaire du journalisant ? Ou deux entrées ? Je le répète : ma fierté. d’avoir tenu le coup durant 365 jours !

Pleins paniers de notes disparues dans mon bac à recyclage. Le 9 : liberté totale.

À part mon hebdo : « Poing comme… » et…ce drôle de roman sur mon Exilé !

Hier, en ville, suis allé chercher une demi-douzaine de livres chez « Robert-Bourassa » (rue Saint-Just à Outremont). Sur le Mexique, sur le Coran, sur le bouddhisme, sur la Thora…et un petit dico français-espagnol.

Je devrai, plus tard, me trouver des textes sur François (d’Assise) et sur Thérèse ( d’Avila). Sur ma lancée, mon projet de livre, mardi matin, à « Tous l;es matins », au moment du générique, j’ai recommandé aux grands-parents de parler aux enfants, pour Noël s’en venant, de Jésus. Eh ! C’est sa naissance que l’on célèbre, non ? Pas Père-Noël-Coca-Cola, ni consommations effrénées, pas vrai ? Que l’on soit croyant ou non, ais-je dit, c’est ce plus grand des prophètes ( ou « sages ») qu’il faut saluer le 25. Le premier à crier « amour et paix » quand, en son temps, tout était bien pire que chez les agressifs Talibans de l‘Afghanistan. Un fait.

B’en, en studio, j’étais fier de moi.

2-

Hier soir, une assemblée « monstre » qui nous a ému, Aile et moi. Des milliers d’ex-travailleurs du réseau français de la CiBiCi se retrouvaient pour cet anniversaire du « 50 ans » de la télé publique. Certains ex-camarades pas revus depuis presque deux décennies. Nous avions quoi?, 25, 35 ans quand nous entrions « bosser » pour cette télé débutante. Cheveux blanchis sur toutes les têtes dans couloirs et studios (vidés) du sous-bassement, rue René-Lévesque. Buffets, musique, bars. Étreintes. Souvenirs grattés. Oublis aussi. Nous cherchions un nom, des prénoms. Les uns en bonne forme, d’autres…oh la la ! Cannes, fauteuil roulant, parkinson, début de la saudite Alzaimer (malheureux C.D.), jambe coupée ( mon pauvre Peter F.), pacemakers cousus sur certaines poitrines, cher Roland G. On a ri de nos anciens projets fous, de nos déceptions, de nos bons coups.

On a revu d’ex-camarades avec qui on a eu de laides querelles. Éponges passées ! Oubliées ces chicanes des « productifs » anxieux d’antan. Hier soir, nous étions tous, un verre de rouge au fond de la main, « hors-circuit » désormais, mains tendues partout, accolades, baisers sur les joues.

Les employés actuels de la SRC étaient invités avec nous, les vétérans. Cela était bien. Jeunes visages croisant sans cesse des visages ridés, plissés, des regards mouillés. Ah oui, une réunion singulière. Chocs nombreux ! Revisiter ce grand studio 42 où je plantais tant de décors pour tant d’émissions de variété. Un frisson ! Un défilé cocasse : rappel d’anecdotes. Une étonnante veillée du « vieux poêle » mais trop de monde, trop de bruits, difficile de jaser à cœur ouvert avec d’anciens collaborateurs. Hélas, moi le demi-sourd, réduit à opiner du bonnet mécaniquement pour ne pas faire se répéter de trop des confidences… à voix trop basse. Il y a eu des cris aussi : cris de surprise et blagues du genre : je te croyais exilé à Paris (Maurice D.) !,je pensais que tu étais mort ( Raymond D.) ! Gros pow-wow chaleureux en fin de compte : un 5 à 8 qui nous a fait mesurer…le temps qui file. Tous, nous ne serons pas là au 75 ième anniversaire. On le sait. On n’y pense pas. C’est la vie, sa dure loi d’airain. Chantons : « Mais nous, nous serons morts, mes frères » !

3-

Pour les fédérats nous ne formons pas une nation, nous ne somme pas différents, et il n’y a qu’un pays (imposé) : le Canada. Aussi, ces fédérastes enrageaient hier que le Mexique fasse du Québec, « L’hôte d’honneur » (après Cuba cette année) à leur fameuse Foire du livre mexicaine de décembre 2003. Qu’ils en mangent une « sciau » ! Cependant que l’on voit (de là-bas) en « latins du nord », hum… Hélas non, nous sommes dans l’américanéité des choses et nous vivons dans le froid —la neige et la glace— six mois quasiment par année. Alors… latins du Nord… Ouengne, faudrait pas exagérer !

J’avais lu jadis des écrits du fameux Graham Green et je le jugeais « parano sur les bords » avec sa suspicion, « les gens de la CIA, disait-il, l’encerclaient ». Eh bien, hier matin, entrefilet de gazette : oui, le cher dissident britannique était sur la black list de la CIA ! Je lis « qu’on le suivait à la trace au FBI ».Amoureux de l,’Amérique latine ( lire : « Le pouvoir et la gloire ») Green fessait fort sur les ambitions impérialistes des USA. « Ingérence détestable », gueulait-il. L’article dit que Graham G. fréquentait et applaudissait les Fidel Castro et les Daniel Ortega. « Persona non grata » notaient les ambassadeurs de Washington. On fit un film de son roman; The end of an affair », c’était un bon film calqué sur un maudit bon roman. Il est mort en 19991, exilé toujours inquiet sur sa chère Côte d’Azur, là où il enquêtait en journaliste libre sur un maire de Nice magouilleur dangereux et craignait toujours —il publia un petit bouquin sur cette pègre française— une noire action de la mafia nicéenne.

4-

J’ai commencé jeudi dernier le deuxième chapitre de ce jeune missionnaire « éxilé » (mon titre de travail). au Mexique parmi des créoles, des métis et des « indiens » Très inquiet. Énervé même. C’est toujours ainsi. J’aime cette vulnérabilité d’écrire sans plan, de me laisser aller à me raconter à moi-même une histoire. C’est merveilleux, excitant, de ne pas savoir ce que va devenir mon héros et ses entourages. Cela peut avorter. C’est arrivé souvent. Pas grave. Soudain, besoin de savoir (il est temps) si, à Pont-Viau, les P.M.É avaient des gens en mission au Mexique ! Ah, j’ai Internet. Je pitonne… plein de mots mais… Rien. Pas moyen d’apprendre. Déception de cet Internet. J’irai fouillé, à la cave, dans de vieux tomes d’annales de ce séminaire qui formait l’oncle Ernest parti, lui, en Chine, vingt ans.

Le building de la cour arrière, Chemin Bates, s’élève tranquillement. Deux roulottes à « power machin » ronronnent bien fort en face du Phénix. Merde ! Ce bruit…les résidents qui endurent cela sans cesse. Oui, merde! Nous, on filait, à jeun, vers la Laurentie dès ce matin.

La Marie-tous-les-matins au téléphone : « Prêt pour nous revenir demain, vendredi, pré-enregistrement pour le 31 »? Oui, prêt, chère Marie-Claude. J‘aurai mon sac de « bonbons à ménagerie » ! Tous, en studio, ils vont bricoler. Un mél de Sainte-Thérèse : « on vous veut pour jaser « littérature » en février ». Je clique « oui ». Serais-je toujours vivant en février ? Je note toujours en réponse à ces invites : « Si Dieu me prête vie jusque-là ». L’on proteste chaque fois mais, au fond des choses, c’est une réalité. La mort ne m’a jamais fait peur. Jamais.

Marielle ma quasi-jumelle : une nouvelle lettre tantôt. Noirceur de sa vie, désespérance. Comment la réconforter ? Effet de ce temps des fêtes sur les « sans-enfants » ? Je ne sais trop. J’ai douze ans, rue Saint-Denis, un voyou l’a frappée, je cours chercher l’ignoble, venger chevaleresquement cette petite sœur humiliée, Marielle comptait sur ce grand frère. Là, devant moi, sa lettre si sombre et me voilà, le vieux, comme moins capable de la venger.

5-

Mon Marcogendre et webmaestre, avec Éliane, partis pour un week-end-hôtel à Saint-Jovite et… panne sur l’autoroute 15 ! Il a dû bifurquer —planer comme le commandant Picher— habilement de la voie extrême-droite à l’extrême-gauche. Danger ! Frissons ! Maudit moteur pété. Du pognon à verser, remorquage et garagistes. Adieu le séjour de repos. Ouash ! Ils nous invitent à souper dimanche alors que nous ramènerons de son concert philharmonique (à Terrebonne) le musicien de la famille, leur benjamin Gabriel.

Demain soir; souper avec les Cuillièrier, l’ex-réalisateur Pierre-Jean et sa filigrane Casserole. Tantôt, téléphone d’arrangement. Moi : « Dis-donc, tu étais pas là au grand pow-wow hier soir ? » Lui : « Oui, oui mais vous étiez au studio 43 avec les « vieux », pas moi » ! Le saligaud. Je vais lui secouer les cuillères demain soir.

La frétillante Pétrovski a rencontré la veuve active du grand Riopelle, l’abitibienne venue d’une grosse famile, Hughette Vachon. Deux décennies … ne les séparaient pas. Elle veillait sur son vieux hibou, oie noire dans son île. Elle a mis une série de « conditions » à cette interview ! On peut faire cela ? Pas question de parler

de l’héritage, des problèmes avec Iseult, la fille dévouée du peintre. Eh b’en ! Ainsi, Nathalie nous apprenait que le torchon brûlait donc ! On sait que cette « infirmière hors du commun » est « pour » le prestigieux déménagement de la fameuse sculpture (comme la fille Iseult) alors que des amis de Riopelle s’y opposent. Il y a un « dévédérom » sur celui qui dit en ouverture : « Je suis un oiseau sauvage, je ne me fixe jamais nulle part ». Ce qui n’erst pas bien vrai. Pas vraiment un nomade le Riopelle, allons ! Paris très longtemps —New-York pas longtemps— Sainte-Marguerite et puis son Île aux Grues. C’est tout. Légendes, mythologie, le cours normal des embellissements.

Justement, vu un bon docu (Artv) sur le sculpteur Charles Daudelin avant hier. J’ai toujours aimé ce gaillard d’en arrière de Dorval, au sud de Ville Saint-Laurent. Jeune , on le voyait à ses marionnettes, puis comme étalagiste aux vitrines de la SRC, hôtel Ford. Plus tard, la sculpture publique. Aussi de l’art sacré : belle chapelle de religieuses, le maître-autel si baroque de la chapelle du Sacré-Coeur, dans l’abside-est de l’église Notre-Dame. Surpris du peu de soins accordés à ses ouvrages, on a pu le voir rouspéter avec raison sur le .désintérêt des propriétaires de ces sculptures extérieures.

Nathalie la trotteuse, cette semaine, raconte son expédition chez le « maire » officieux des Trois-Pistoles, nul autre que mon éditeur actuel, V.-L. B. L’avantage d’avoir (si bien) illustrer un coin de province : là-bas, il est le chouchou. Et moi ? Rien pour mon Villeray (si bien ?) illustré. .Mais moi je n’ai pas fondé un centre d’art dans mon quartier natal. Eh ! Ça m’apprendra. Fou, lisant l’amour bien chaud porté à cet enfant du lieu, je me suis imaginé tenancier-animateur d’un vibrant « café d’art » rue de Castelnau dans Sainte-Cécile. .Des vieux comme moi y viendraient tisser des souvenirs, je rêve…des jeunes boivent nos paroles… Et puis, je me suis réveillé.

Ainsi, au grand caucus radiocanadien hier soir, rencontre avec le nouveau patron D. Gourd, rejeton des grouillants Gourd abitibiens, il me lance : « Ah, mon cher Jasmin, vous nous avez donné de si jolis feuilletons dans les années ‘70 et ‘80, il faut nous préparer vite une nouvelle grande histoire vécue, vous avez le don des réminiscences enjouées… » Daniel Gourd cause, cause, me fait rêver d’aise

et…je me réveille encore, maudit !

En vérité, nous nous sommes salués brièvement, je lui ai souhaité « bonne chance » avec son nouveau gouvernail. Il aura besoin d’un vrai bon appareil en effet pour redresser le vaisseau (public sans grand public hélas ) qui plonge, qui plonge !

6-

« Falar d’eau » (fardeau sur sa tête sans cesse, comme accablé ) hier à TVA avec le Grand blond. Il vise juste : « Nous étions 50 % jadis, puis 25 %…nous ne serons plus un jour ( en 2020 ?) qu’un tout petit 10 % parmi les Canadians et on nous dira avec raison, ayant refusé notre propre patrie, « taisez-vous, minorité insignifiante » Ainsi Foglia, samedi, parlait de cette même bouche : une majorité finit toujours par assimiler une minorité . Eh ! Mais, lui, il causait sur les Montagnais ( Innus ) voulant se développer à côté de la majorité blanche sur la Côte Nord. Graves querelles en vue par là ! Chevrette en arroseur d’incendie prévisible. La majorité gueule : Privilèges à ces tribus en chamaille et pourquoi ? « Pour avoir la paix », n’ose pas répondre Québec-Landry. Puisqu’ils ne veulent pas s’intégrer à nous tous, Québécois. .Les « Indiens » disent : « Quoi, quoi ?, vous autres aussi, vous refusez bien de vous intégrer à votre « majority canadian », non ? Eh !

Voulez-vous bien me dire pourquoi tant d’entre nous continuons à bosser dans ce terrible monde des arts et spectacles ? Voyez : un certain Dominique Champagne fait feu des quatre fers un bon jour, est unanimement acclamé, avec son « Cabaret :neiges noires » et », et puis, il est invité au prestigieux TNM, et puis on va l’engager au fameux Cirque du soleil. Récemment, il remonte un show fou, « Vacarmes… ». Badang ! Crotte 1 Erreur. Échec. Critiques défavorables partout. Unanimité de nouveau : le Champagne nouveau est fade ! Imbuvable. Oui, un curieux de métier, je vous le dis. Il va se relever de cet éreintement et, fou, repartira dans une autre aventure scénique. Tous faits de cette étoffe bizarre, tous faits de cette farine…qui rend le « clown rouge » tout blanc de méprise soudain.

Un fait troublant : ces surdoués, brillants, imagiers actuels dédaignent les textes. Je songe à tant de textes (de jeunes auteurs) qui dorment sur les tablettes du centre CEAD. Pas de scénario solide ( l’histoire ), c’est là que le bât blessait chez Cha,mpagne, disent tous les éreinteurs.

Mon ex-petit camarade de l’École du meuble, Gilles Derome, un matin récent en lettre ouverte du Devoir récidive en voulant nous symboliser « Séraphin et Donalda ». Manie : il cite. Pourquoi faire le cuistre, étaler sa…confiture ? Il cite sans cesse. Cette fois, face à du Grignon, Pascal, « Monsieur Teste », Bourdieu, Bloy, Valéry. Et lui, mon cher vieux Derome, il en dirait quoi au juste de l’avarice ? Paravent refuge ? Peur de s’exprimer seul dans l’arène ? Mercredi, Nat Pétro fonce elle : Séraphin et Angélil, combats voisins ! L’avare gérant de Céline Dion aurait eu, — sa première « créature » viande à chien— une Donalda à …maganer, l’ex-chanteuse Anne Renée. Ce « René et Renée », fatal combat, se lirait dans le récent bouquin signé Jean Beaunoyer. Le confident du J.B. ? Un certain Beaulne, ex-compagnon-Baronet du René. Pris de remords tardifs, Beaulne voudrait faire effacer ses révélations ! L’éditeur doit espérer une « colère avec avocat et huissier » de ce Séraphin Poudrier moderne. Un monde de papotage-potinage inouï !

7-

Un reporter anglo d’ici écrit —avec grand succès me dit-on— dans le « Mirror ». Kritsian Gravenor, son nom. Un montréaliste dévoué et doué. Curieux de tout. Or, il confie (La Presse), que son journal préféré est « Allô Police ». C’est là, dit-il, que, le plus souvent, il l déniche ses sujets d’articles ! Simonac : je le crois car j’ai toujours voulu m’y plonger, je résistais, je l’avoue, par snobisme. Je devine en effet, que les drames humains y pullulent.

Chez Bazzo, mon étouffé de tousseur de Bourgault, tout épaté par « le magnifique sens des cérémonies » en France. Que j’ai raté à la télé du canal Tv-5, merde ! Il parle de « Dumas entrant au Panthéon ». Hier soir, marchant vers le mémorial aux anciens, Alexandre Dumas, en personne, nous apparaît —foulard-lavalière au cou, ample manteau, le gant noble— le verbe haut, derrière une camionnette chargée du bordel-à-filmer. Alexandre Dumas s’en allait vers un site funèbre comme à l’accoutumée. Je dis : « On n’ira donc pas, Alexandre, à la fête-50 ans »? Modeste panthéon ! Lui : « Oh non, ennuyeux ces chiards ». Une portière de voiture claque sous les gigantesques soucoupes hertziennes du parking. Dumas s’en va, mousquetaire en actualités.

Je reviens de l’École-magasin-culinaire. Bon stock ! Mais… faiblesse : biscuits au chocolat et un autre dessert ! Aile examinant ma chasse aux aubaines : « Ah, sucrerie hein » ? Non mais… est-y fatigante ?

8-

Hier soir, revenus du Panhéon-Vieilles-Gloires, vu à TVA, après le sieur de La Brêche, Michel Jasmin, mon cousin de Saint-Laurent. Il confessait en abbé sérieux Anne Létourneau —« je suis la fille du Pirate Maboul, répétera-t-elle— qui se sort assez bien de crises de boulimies atroces. Le sucre (ah, elle aussi !) était sa drogue, dit-elle. Elle se cacjait, se taisait, n’arrivait pas calmer des fringales pantagruélesques ! Engraissait à vue d’oeil. évidemment. « Tous autour de moi restaient muets, par charrité., par politesse… » dit-elle à Jasmin. Un jour, elle dit avoir fini par comprendre qu’il faut (comme pour les alcoos) de l’aide. Elle découvrira ANEB, un groupe efficace. Thérapies. Nouveau sucre : Anne, ma sœur Anne…navigue dans spiritualités exotiques, réincarnations, consultations de voyantes.

Aile et moi étonnés, on l’écoute raconter : « Un matin, une voix me parle à Key West : « Sors, ton nouvel homme est là, sur une galerie, pas loin, va ! Il est beau comme un acteur, il est brillant, il est cultivé ». L’actrice, fille de Monique Lepage ajoute : « C’était vrai ! Il était tout près, sur son balcon ( allô Roméo !) et ce sera le bonheur. Et j’ai ma petite Chinoise que j’ai adoptée ». Photo. Rideau ! La télé ainsi est un peu, parfois, du « Allô Police ». Mais en rose !

Tantôt, à l’École des petits chefs, je lis sur l’histoire des Hébreux. Une sorte de glossaire. Les grands noms des grands fondateurs. Documenter un peu mes synapses de neurones… en vue de mon roman in progress, « L’éxilé ».

Quand l’entrée finale du journal. Quand ? Redire que j’achève !

Le vendredi 30 août 2002

1-
Marco et ma fille sont des chanceux : ils partent lundi pour (Je voudrais voir.., (Rivard) la mer !… « La mer, la mer toujours recommencée » (Paul Valéry). Il s’en vont vers : « L’éternité, c’est la mer en allée au soleil (Rimbaud). Moi, je regarde mon petit lac.
Pas « demain samedi » ? Le temps… Ah ! La ferme ! On le sait, tout le monde, que le tempus fugit effrayant ! Ciel archi, très archi, lumineux aujourd’hui. En somme un mois d’août parfait. Ce matin, devoir remonter en laurentie après avoir réussi le screnn test (le Marleau, oiseau-moqueur, m’écrit : « scinetesse »). Tantôt, lu le message du chef Stéphane T. de cette neuve série du matin à Radio-Canada, titrée : « Tous les matins », fort stimulant courriel : : « Toute l’équipe emballée, vous recevrez votre contrat sous peu pour jiusqu’au mois de mai ». Ça fait plaisir.
Hier après-midi donc premier contact au studio 45 de la SRC avec le couple-animateur : Paul Houde et Dominique Bertrand (« la belle et… la bête sarcastique que l’on connaît), pas de maquillage, rien. Je plonge Ad lib et ça colle. Je raconte « grand-père rajeunissant » (de 1985 à 1995) au contact des petits enfants. Fort sympas, deux types, le gardien du parking-Papineau et le surveillant du bureau d’accueil, les deux : « Ça va marcher cette audition. Ayez confiance. Vous avez tant d’expérience ». Chaud au cœur !
Ensuite, j’ai filé vers « Ville-Marie-Typo » , rue La Gauchetière (pas loin du bâtiment « Chiffon-J » vitré) l’éditeur de mon projet « Petite patrie illustrée ». Dans le hall :tas de portraits d’auteurs morts. Funèbre galerie ! Godin, Ferron, Miron, Pierre Perrault, etc. Suis pas encore affiché ! J’ai protesté, moi, un pilier de la maison, aucun portrait ?, injustice etc. Colère feinte bien entendu. On a ri.
J.-Y. Soucy, camarade-auteur, l’adjoint du patron Graveline, m’entraîne vite dans un sale cagibi car… il fume lui aussi. Se cacher comme des lépreux. Grrr… Soucy me dit de ne pas m’en faire avec mes formats variés d’aquarelles, que tout se « scanne ». Bien. Fin septembre :rendez-vous donc avec mon gros paquet de « torchons » illuminés ! Je dis : « Toi et ton équipe, ton graphiste surtout, déciderez d’un choix, je serais mauvais juge ». Il veut bien jouer le juré de mes pontes de barbouilleur frénétique de ces temps de jadis. Je questionne Soucy sur son manuscrit en cours : « Ah, parle m’en pas, je comptais sur des vacances et je n’ai pu prendre que quatre jours deux fois ». Je dis : « As tu hâte d’être vieux et libre comme moi » ? Il a encore ri. Et m’a offert un des livres Sogides sur…les cimetières en montérégie ! Eh b,en, il sent ma mort ? Il va frapper un nœud, je pète de vivacité..
2-
Hier, Aile revenue de chez sa coiffeuse « espagnole » et de courses diverses me suggère la bouffe à notre familière « Moulerie », rue Bernard. Moules à la sauce « india », épicée. Risque ? Non : le sommeil est venu facilement après avoir écouté, ravis, l’acteur Rochefort questionné par Rapp aux « Feux de la rampe » à Artv. Le bonhomme est bien bavard et fort captivant. On sait que bientôt il y aura même genre d’émissions avec les talents d’ici. C’est bien correct. La semaine dernière, avec Anouk Aimée, c’était pas trop fort. Évidemment, il y a des personnalités moins attrayantes, moins riches, moins habiles à baratiner sur leur carrière. Dehors, le trou est fait, on a installé le coffrage pour le solage du bloc à huit étages qui va venir. Bruits effrayants dans l’air du Chemin Bates.
À la Moulerie, voisine de table, une fillette de trois ans, rigolote, enjouée, se fait séduire… par moi. À la fin elle me chante une chanson, me fait des pirouettes et des grimaces, ricane, mime. Adorable petit boit de chou bien dans sa peau. J’aime les enfants. Voilà sa maman qui me dit :
« Comme j’ai aimé votre « petite patrie » à la télé. C’était si serein, si doux. J’avais dix ans ». Le « ouaiter » s’en mêle : « Moi, j’ai enregistré toutes les émissions qui passaient en rafale tous les jours, il y a quelques étés. J’ai tous les rubans ». Un autre garçon de table nous parle intelligemment de télé et de cinéma, il est fou de David Lynch. Grr…Alors Aile en jase avec lui. Décidément, les ouaiters d’aujourd’hui ne ressemblent pas du tout à ceux de ma jeunesse. Souvent, on y croise des types cultivés, intéressants en diable. C’est formidable. Andrée Lachapelle « et les siens » passent devant La Moulerie, ils reviennent du « Bilboquet », le célèbre glacier pas loin. J’ai dit adieu à sa belle grasse crème, hélas. Maudit mauvais cholesto !
3-
Pu’ capab’… Vraiment pu’ capab’ …d’ entendre ces « Ici Michel Morin pour Radio-Canada », il me donne l’urticaire. Voix de faux fausset, ignorant la loi naturelle des accents toniques, appuyant donc lourdement sur la première syllabe des mots, comme pour l’anglais (et l’allemand me dit-on). Il n’y a eu personne donc pour le faire se corriger ? Ce déplacement des accents toniques (premier cours de diction partout jadis) est fréquent chez des jeunes. Influence américaine ? À part exceptions, on doit appuyer sur la deuxième syllabe des mots en français, cela fait la douceur (reconnu par un Julien Green entre autres) de notre langue. Horreur d’écouter cet oiseau criard, Michel Morin.
Reçu « L’Actualité ». Deux articles étonnants. Le premier : l’ex-révolté, ami du Che, Régis Debray a mis dans son rapport officiel sur les nouvelles orientations des écoles en France qu’il faut de toute urgence un retour du religieux. Ah ! Bravo ! Pas « l’enseignement-enrégimentation » bien connu jadis au Québec. Non. Il affirme que pour une « meilleur civilisation », les écoliers français devraient apprendre Dieu. Yaveh et Mahomet aussi. Debray explique : « Le monothéisme, c’est notre patrimoine culturel commun ». Des jeunes, dit-il, visitent la splendide cathédrale de Chartre et ne comprennent absolument rien aux sculptures et aux vitraux du site. C’est grave. Il a mille fois raison. Héritage non assumé, bafoué par un anticléricalisme niais, né de 1789. Il a bien raison.
Le deuxième article, pas moins étonnant, avance que la prière (comme la réflexion, la méditation) servent fort utilement aux guérisons des malades. Je l’ai toujours cru. Des études se firent et continuent de se faire, partout en Occident —même à Harvard !— et plusieurs enquêtes prouvent le fait. Les petits Barils –à-droits-de-l’homme (et tonneaux creux) vont chialer, hein ?
4-
Miche Vastel, même numéro de « L’Actualité », cogne, frappe, dénonce le « Bunker » télévisé à venir de Luc Dionne. Écho à une Pauline Marois scandalisée elle aussi de voir que l’auteur salit tout les politiciens de façon manichéiste. Pas de noir et blanc. Toit noir. Mais je me méfie un peu des Vastel. Ce dernier admettait un jour fréquenter les hommes politiques. Manger avec eux, trinquer volontiers et souvent. Les De Virieux et Pierre Pascault, un temps, osèrent fustiger ces journalistes qui fréquentent en gentils « copain-copain », les cafés des parlements.
Tout le temps que je fus critique d’art, jamais je ne suis allé boire ou manger avec les artistes du monde des beaux-arts. Jamais. Pas une verre, pas même un hamburger ! Il y a eu des tentatives de fréquentation. Je m’y opposais aussitôt. Je repoussais ces invites incestueuses.. Je représentais le public, mes lecteurs. Point. Je refusais toute complicité, toute intimité. Je refusais farouchement ce dangereux copinage. À se faire « ami-ami » avec eux, j’aurais pu perdre de mon impartialité. Je ne dis pas « objectivité » puisque cela n’existe pas. Les Vastel, les bons « chums » des politiciens, —c’est humain— se font influencer et durablement. Ces « attachés » des bars parlementaires ne sont pas à mes yeux des témoins crédibles.
Ce Luc Dionne, un temps —avant ses récits sur la maffia (« Omerta ») et puis les motards criminels— fut un simple relationniste (publiciste) d’un député québécois. On dit de lui : « Déception, il se venge, c’est un ambitieux amer qui est rancunier ». Dionne se défendait hier : « C’est de la caricature, du divertissement, faut un peu d’humour madame Marois, monsieur Vastel ». On verra cela bientôt. Radio-Canada tremble, c’est évident : s’il fallait que le public en bloc se dresse contre cette…caricature ?
Je dis : s’il fallait que la caricature —tous des pourris, des manipulés, des fats bien sots ou des innocents bien cons— soit plausible, pire, soit véritable et vérifiable ? Oui, on verra bien.
Un commentateur populaire, ex-député libéral, virant-capot Bloc, se nomme Lapierre. On vient d’ apprendre que ce Lapierre (CKAC, TQS) organise des fins soupers aux homards avec ceux qu’il doit critiquer, commenter en ondes diverses. Écœurant procédé. Il n’a plus de crédibilité. Ses patrons (CKAC et TQS) sont-ils fiers et contents de lui? Voilà une misérable manière de faire son métier. Ces Lapierre-là font grossir l’idée de tous les Dionne; « Politiciens et journalistes ? Tous « copains comme cochons ». Avec pour la galerie des candides — la table desservie, cognac bu— des airs de se critiquer ».
Bref, un journalisme de pacotille. La Fédération des journalistes devrait hausser considérablement le ton. Un Lapierre est la honte du métier, et, devrait déclarer bien publiquement que les propos en ondes de ce Lapierre (à CKAC, à TQS) c’est du bidon. Qu’il est un bouffon. Un clown.
5-
Si j’écrivais : « Le critique Robert Lévesque fait peur quand je le vois boitillant rue Bernard, il est répugnant avec sa face de gorille bien pileux, son rond dos de Quasimodo, sa démarche oblique de « monsieur Jeckill », ses jambes courtes et croches, ses rictus de satrape, sa voix caverneuse d’obsédé… » On me dirait :ouow ! Pas d’attaque ad hominen SVP. Eh bien , lisez sa chronique hebdomadaire —bien écrite, il a du talent— dans le dernier « Ici ». Ryan, en short, rue Bernard, y est assommé net, l’ex-chanteuse Chantal Renaud s’y est éventrée, son compagnon, le Premier ministre Bernard Landry est décrit comme un « petit gros boy-scout » poussif ridicule.
Le physique seulement ! Dans quel étonnant désarroi le « vandaliseur » congédié du « Devoir » plonge-t-il ? Il a une écriture si forte, pourquoi ne pas l’utiliser à meilleur escient ? Mystère !
Tiens, à propos : café-terrasse du coin Hutcheson et Bernard —table du coin sud-ouest— il trône toujours, je l’ai vu encore hier. Il lit. Il note. C’est un Sartre posé en observateur, offert à tous les regards. Qui ça ? C’est le Courtemanche (Gilles) qui semble y tenir bureau ouvert mais seul avec lui-même. Et je ne dirai rien de son visage légèrement crispé daignant jeter des regards flous sur la piscine des anonymes piétons tout autour.
6-
J’oubliais : c’est Philippe Azoulay—aussi président d’un festival du film au Maroc ?— qui est le réalisateur des « Feux de la rampe ». Aile a bien raison : on doit nommer les réalisateurs. Je le fais tant que je peux. L’invité est installé trop loin du public en salle. Erreur. Chez Lipton, à New-York, il y a un jeu chaleureux entre la salle et la scène. Regrettable scénographie à Paris. Ici, on fera mieux j’espère.
Aile a achevé une biographie de Jacqueline Bouvier-Kennedy. C’est bon ? « Non, me dit-elle, c’est de l’hagiographie. Perds pas ton temps ». Elle y a glané ceci : l’expression « paparazzi » viendrait d’un photographe fouineur excessif, italien, un certain monsieur Paparozzo, de là, ce pluriel paparazzi. Lisant son gros bouquin, Aile me disait son étonnement face aux multiples drames dans la famille de l’armateur grec, deuxième époux de Jackie. J’avais lu une bio de ce Onassis et en effet c’est vraiment un drame antique à la sauce grecque. C’est inimaginable en nos temps modernes cette terrible guigne. J’avais même songé à en faire un scénario d’une tragique tonus avec chœurs, silhouettes d’épouvante. Autre projet abandonné.
7-
Important. Qui saurait comment contacter une ou deux personnes-clés ? Chez Bureau-au-beau-bureau —après le Hétu de La Presse— on a fait écho cette semaine à ce galériste (il est-co-proprio) new-Yorkais collectionneur d’art (il a 50 Villeneuve le barbier), Claude Simard. Ce jeune millionnaire de 45 ans né à Larouche au Saguenay a pu acheter des antiquités variées en Inde. L’évêque du lieu (Cochin) voulait démolir son antique église (16 ième siècle !) dans l’état du Kerala. Un fou en soutane ? Simard est en train (un cargo s’approcherait du Saguenay ) d’installer de ce patrimoine —des monuments divers— dans son petit village. Le maire de Larouche, Réjean Lévesque, est tout fier du fait (un innocent ?).
Au Ministère du Tourisme —que j’ai contacté— on m’a répondu tout ignorer. Les fieffés paresseux ! Je m’inquiétais : si, une fois, l’étrange foire installée, l’Inde ordonne au gouvernement du Québec de retourner tout ça en Inde et vite ? Qui va payer, nous tous, les contribuables ?
Sorte de dysneyland à la sauce indoue ? Je n’en reviens pas. Le 10 mai, mystérieusement, André Pratte (à La Presse ) avait refusé de publier ma lettre ouverte d’étonnement. Radio-Canada, et son Bureau, envoyé en tête à tête avec Claude Simard n’a pas posé la question préalable. « Est-ce vraiment permis ? Autorisé ?»
Est-ce que monsieur l’Ambassadeur de l’Inde —à Ottawa— est au courant de ce sinistre …vandalisme ? Est-ce que le consul de l’Inde —à Montréal— est au courant ? Est-ce qu’il y a d’autres trésors du 16 ième siècle à déménager librement en ce pays, l’Inde ? Leur patrimoine est-il à vendre ? Que dirait-on à Ottawa ou à Québec si un richard de Bombay achetait, démolissait, une de nos vieilles églises de village —du 17 ième siècle— pour la transporter et l’exposer à jamais en Inde ? N’y aurait-il pas tollé et un grave scandale ?
Un lecteur ici, journaliste ou non —moins stupide que tous ces Bureau— sait-il comment contacter l’ambassadeur ou le consul ? Qu’il le fasse, je l’en prie. Il y aura là une fameuse nouvelle si la réaction était négative, non ?
8-
Ne pas oublier de dire la force terrifiante de ce « Appelez-moi Stéphane » de Meunier et Saïa à Artv. Tous les comédiens étaient fameux de vérité pesante. Quelle illustration affligeante de nos petites gens désirant se hausser un peu, apprendre et qui se retrouvent les mains vides, exploités par un rastaquouère, acteur de dixième ordre. Je m’ennuie des télé-théâtres de cette sorte. Une rareté à la télé désormais.
Ah, mes chers faits divers révélateurs ! Si instructifs. Meunier et Saïa en ferait un fameux drame. Madame Louise Landry, ayant un mari dominicain, San Domingo, installe un hôtel (le « Windsor ») en République. Deux millions ! Pas des pinottes hein ? La maladie frappe l’époux. La frappe aussi. Hospitalisation là-bas. Elle n’aurait pas payer (150,000$ !) les frais médicaux. Riche pas riche, ruinée pas ruinée…ce sera la prison ! Une misère sordide. La panique. L’argent à verser aux gardiens. La pourriture connue. La belle-famille la retiendrait…en otage, dit la gazette. Ah ? Divorcée ? Elle finit par se sauver. Avion et retour ici. Avocats se débattant.
Morale :je sais pas. Ne pas épouser le « bel étranger » trop vite ? Ne pas bâtir un hôtel n’importe où ? À suivre…Aile et moi avons pu voir la misère noire, extrême, à Porto-Plata et …ce quartier de riches bonshommes, enclave, clôtures et jolies grilles ! Oh la la ! Pauvre République dominicaine qui se fait raconter sa longue dictature par Llosa ces temps-ci, lire « La fête du bouc »… « Les intouchables » sur le coteaux de Porto Plata dont se moquait le conducteur de notre bus, il y a deux ans, vivent-ils sur un futur volcan ?
J’ai trop vite blâmé Llosa pour son : « Pas de dictature sans la complicité du populo ». Je ne sais plus. Dans ce « Thomas Mann et les siens », sa fille gueule soudain voyant papa Thomas (Mann) prêt à revenir en Allemagne et y recevoir (en 1950) prix, médailles, rubans, honneurs. « Faut pas y retourner. Tout ce peuple, ton cher peuple, les gens de toute ta chère Bavière, de ton cher Munich, appuyaient le nazisme, le louaient, papa, le permettaient. T’ont fait t’exiler 15 ans, papa. Refuse de rentrer ! »
Oui. J’y pense. Complicité d’un peuple ? En effet, si en Allemagne, à Berlin, en 1933 et avant, tous les intellectuels, les professeurs, les journalistes, etc, s’étaient dressés, étaient descendus dans les rues pour dire « non » à ce Hitler et ce parti fasciste ? Responsabilité collective. Sujet de ma méditation chaque fois que je lis un livre, que je vois un film sur les horreurs du pouvoir nazi.
9-
Vu l’acteur Andrea Garcia chez le père Lipton. Entretien fameux. Sosie de Pacino jeune. Il joua brillamment le fils bâtard du « Parrain 3 ». On ne manquera jamais cette série télé maintenant. « Accrocs » tous les deux !
Vu récemment, Dick Bogart en pédé non assumé dans « Mort à Venise » (de Mann); ainsi avoir pu revoir un film étonnant, le grand plaisir. Thomas Mann, montré dans sa biographie, à Venise, sur la plage, zieutant un jeune éphèbe : amalgame qui s imposait puisque le triptyque télévisé insinuait, et plutôt clairement, que Mann était, en fait, ce personnage de pédé inventé pas si inconsciemment que ça. On voyait Mann brûler ses pages de journal intime … Je me disais, Aile aussi, pourquoi diable tenir un journal secret, parallèlement à l’autre ? Écrits qu’on voudra, honteux, faire disparaître plus tard ? Julien Green lui aussi révèle dans son journal (donc expurgé) qu’il incendie des tas de pages de son journal très intime. Mystère à nos yeux.
Aile observe le fastueux et prétentieux décor du « Téléjournal » de la SRC dit sobrement : « un fouillis ». C’est cela.
Aile ayant vu un film loué insignifiant dit sobrement, montant se coucher : « Perte de temps ». C’est cela, exactement. J’aime ses sentences brèves.
Les deux tiers des appuis à John Charest (sondage récent), donc 66 %, sont des anglophones. Aïe ! Deux tiers de son vote québécois ! J’en serais assommé. Lui ? Pas un mot de pipé là-dessus. Même sondage, l’ADQ du jeune Dumont a le vent dans les voiles. Là-dessus, n’étant pas candidat politique, je peux me permettre de parler franc et vrai : « Nation nigaude » va ! Les mots du poète Baudelaire qui, lui aussi, ne se présentait à nulle élection.
10-
Revu « Le limier » avec Olivier et Michael Caine. Bon suspense. Tordu à souhait. Un polar qui fit florès longtemps, partout, ici aussi, chez Duceppe et brillamment. Un vieux raciste snob et infantile dans son salon face à un coiffeur italien ambitieux (amant de sa jeune femme) complotent un faux vol…l’intrigue reste invraisemblable ( les déguisements) mais c’est si bien arrangé qu’on veut s’embarquer ….comme des enfants montent dans la Grande roue.
Terminant le journal de Mauriac (une année), je relis comme chez Green :Dieu, Dieu, Dieu… Surtout Jésus chez Green. Peu à apprendre sur sa vie réelle et ses contingences (chez Mauriac). Beaucoup à réfléchir. Car Dieu, l’amour du prochain, le sens à donner à sa vie, sont des thèmes qui importent. Je regrette seulement de ne pas avoir pu regarder vivre, humainement, oserais-je dire, ces auteurs que j’ai tant aimé jeune.
Le film de madame Manon Briand avec son titre à la mode (prétentieuse ) « La turbulence des fluides » s’est attiré beaucoup de bémols chez les critiques. Scénario confus. Des chroniqueurs en profitent pour fesser sur les instances clandestines des subventionneurs (chez Téléfilm) où l’on fait ré-écrire 10 fois le scénario. Résultat : confusion ! Trop de cuisiniers dans ces cuisines bizarres. Certains trouvent ainsi des excuses à la cinéaste pour la confusion des genres dans les …Turbulences. Là comme ailleurs, ces experts anonymes sont souvent de faux « pairs » , des lecteurs plus ou moins ratés. Les bons, les vrais, n’ont pas de temps à perdre à tenter d’intimider de jeunes (ou moins jeunes) scénaristes. Misère !
Aile voit mieux que moi ? Sur la piste cyclable, elle me parle de jolis canards, en aval de Val Morin, au delà des cascades formidables, sur la Nord. Moi, je les vois pas !J’enrage chaque fois au café du coin, à Val David.
Ayant vu une partie du film sur le dérangé mental dit Moïse Thériault, j’ai songé à « Aurore l’enfant martyr » des sous-sols d’église. Même sordide et facile mélo. Mais c’était vrai. Et les victimes ne sont pas des enfants….quoique…Besoin de se taire parfois…par pitié. Ces filles si connes, si niaises…Bon, oui, silence. À quand un documentaire sur ces pauvresses : d’où sortaient-elles ? Qui les a si mal élevé ? Complicité tacite encor ? Bouclons la boucle. Comme pour le peuple allemand qui applaudissait majoritairement le fascisme naissant, les bafoués volontaires du dictateur Trujillo (et Balaguer son âme damnée, son suiveur) )en « domicanie » ? Eh ! eh ! eh !
Reste qu’avec ce « Moïse », l’Ontario semble s’être empressé de faire un film sur ce maudit québécois dépravé, pourri, qui alla salir la belle campagne ontarienne. Empressement de bien montrer de quelle sorte de bois fou se chauffe parfois ces misérables « séparatisses », les Québécois. Voyez de quoi ils sont capables ! Ces « maîtres-du-chantage », disait l’Elliott-Trudeau. Non mais…Minute, minute ! Je m’emballe, là, le patriote. Allons, allons, du calme. Parano des fois, oui ? Reste que le français du doublage de tout ce monde donnait une impression de fausseté inégalée depuis longtemps.
Pu’ capab’…la jolie Michaëlle Jean. Plus parisienne d’accent que jamais encore cette semaine. En 2002, même Marie-Chantal, avenue Kléber ou parc Manseau, ne s’exprime plus comme ça ! Jeune, a-t-elle fréquenté Villa Maria, ou ce chic couvent-à-ghetto , « Marie-France », de biais avec l’Oratoire ?
Étonnant tout de même : même laps de temps. On voyait dans Vertigo la mort, le clocher, les religieux en cagoule et, en même tempos, pas télévisée, la mort par ici aussi, non-fiction totale, la pauvre jeune Émilie dDurand, suicide, la mort, le clocher (à Baie Saint-Paul), religieuses en cagoules dans Charlevoix ce jour-là de « vertige ». « Vertigo » en faux et en vrai et en 48 heures. ? On m’a dit qu’il a fallu aller rassurer (consoler aussi) ces religieuses qui avait déverrouillé leur église pour la jeune comédienne désespérée. Miserere !
« C’est show », à Paris, via Canal TV-5. Défilé d’un monde fou. Décoverte que cet animateur (Pastrick Sébastien) que je détestais est très capable d’imiter…tout le monde; Lama, Bécaud, Brassens, Gainsbourg, etc. Qu’il l’a fait fort bien pour son spectacle (show ?) de fin de juin. Il m’a épaté pas mal. Ne pas juger trop vite le père Jasminovitch !
Vu un bon suspense. Aile a loué « Crime et pouvoir » de Carl Franklin, d’après un roman de Joseph Filder. Histoire terrifiante, anti-militarisme qui vire de bord. Une histoire bien tournée. Un récit filmique bien fait, à l’intrigue tarabiscoté, mais du divertissement de bon aloi. Et le comédien Freeman reste toujours le Noir le plus sympathique aux USA ! Non ?
J’oubliais, c’est le frère de Thomas Man, Heinrich, auteur lui aussi, qui rédigea le fameux « L’ange bleu» qui tourna en film-USA, qui fut jouée par la célèbre Marlene Dietrich. Ce « grand frère » était communiste avant Hitler et finira sa vie (comme le dramaturge Berthold Brecht) dans Berlin est, salué par ses amis « rouges ».
Aile toute contente a déniché St-Sauveur, ce midi, un barbaqueue neuf, exactement comme l’ancien Sterling. Il fonctionne. Déjà. Je vais bouffer de mes chers calmars grillés avec pâtes, Yam, yam. Je descend avaler cela. J’ai mis le vieux au trottoir avec une pancarte « « À prendre » Il s’est, vite fait, prendre.

Le mardi 27 août 2002

1-
Je n’en pouvais plus. Tant de jours sans journaliser. Il a fait si beau. Ce matin, même lumière avec un grand vent —froid— du nord. Mon « flag » me le montre. Ainsi diariser m’est agréable, c’est clair. Je sors des trois vieux volumes de journal, cadeau de Manon A. Je n’en reviens pas. Tant Mauriac que Julien Green, c’est le questionnement spirituel continu. C’est impressionnant certes. Du vrai journal ? Non. Mauriac ne date même pas ses entrées ! Il en résulte un tas de réflexions graves, avec des trouvailles riches, des moments « métaphysiques » bien trouvés. Mais on ne sais rien
De concret sur leurs existences disons « terre à terre ». Ils flottent dans une quête acharnée —un peu répétitive parfois— pour le salut de l’âme. Je ne m’en moque pas du tout. Les deux bons écrivains semblent vivre en dehors des réalités, des « contingences » pour prendre le mot de Sartre. Ils font réfléchir croyants et incroyants. Il y a comme en leitmotiv la mort et le chemin ardu pour la sanctification.
Je pourrais transcrire des lots de passages édifiants, mieux que cela, essentiels. Mais mon journal ne doit pas servir à citer longuement les autres.
Ces lectures me fortifiaient. Et m’agaçaient ici et là. Cette « hauteur de vue » n’a plus rien à voir ave un journal, il me semble. Pourquoi ne pas oublier des essais alors ? Mystère. Les trois livres sont très salis de centaines de mes notes. J’y reviendrai sans doute, ici-même.
2-
Hier matin, coup de fil de Stéphane Tremblay : on me veut comme chroniqueur à une nouvelle émission de télé. « Tous les matins ». J’y serais une fois par semaine. Comme quoi ? Comme « ancien » ? Comme sage sénateur ? Comme un papi ? Pas trop clair. Bon cachet et j’ai dit « oui ». Jeudi après-midi, devoir aller à un premier contact —« screen test » écrit T.— à Radio-Canada. Hâte.
Tantôt : message du Marleau ironique si amusant. Il m’a fait grand plaisir en me disant qu’il avait acheté une cassette de mon « Pleure pas Germaine », version belge. 5,95$ Il lit le journal :qu’il sache que j’irais boire volontiers un café fort avec lui s’il vient dans mes parages laurentiens comme il le souhaite. Au Van Houtte de Val David, avec nos vélos ? Il en est un adepte de la « petite reine ». Marleau s’amuse de sa trouvaille : moi en aquarelleur, mer titre-t-il, contraction avec « querelleur ». J’ai ri.
Il y a aussi mon G.Tod de Concord. Il revient, hélas, sur sa querelle avortée avec ce « Festival de la poésie universelle » à Trois-Rivières (ouf !). Ne sait-il pas que c’est un non-événement ? Perte de temps, sa colère ? Mais il a raison de mijoter un pamphlet sur le parasitisme-artistes-subventionnés —collier du chien de Lafontaine !— par l’État. Il tient à me re-redire qu’il n’est pas toujours à l’unisson avec mes déclarations. Pis ? Non mais… L’unanimité m’importe peu et depuis longtemps. Ce jeune homme, imprécateur imprévisible, « afficheur qui hurle » (Chamberland), aussi pondeur de b.d. prof aux USA, sa patrie, reste quoi ? Un dissident. De tout ? Sais pas. J’aime les dissidents, mes frères.
Actualités du jour : la télé-TVA veut avaler la radio-CKAC et affiliés. Pas une nouvelle. C’est la mode convergence un peu monopolisante et un peu beaucoup en vue de contrôle des annonceurs. Ces « clients » pourraient payer cher pour devoir s’enrégimenter avec un vaste réseau « journaux-télés-radios » avec un seul et même proprio qui dira : Jean-Coutu, Wall-mart, St-Hubert BBQ, branchez-vous, vous venez dans notre immense « parc à pubs » sinon…
3-
Ma fille et mon Marcogendre s’en vont, quatre jours, louer un gîte à Ogunquit. Mi-prix après la fête du Travail. Les chanceux. Je veux revoir la mer ? Quand ? Avec mon « oui » à Radio-Canada-matins…hum ! Pogné ? Contaminé par Aile —heureuse chômeuse volontaire— j’ai hésité avant de dire ce « oui ». S. Tremblay, le chef-recherchiste, en témoignerait. .
Le ministre Simard, un docteur en lettres, doit améliorer le système public mais il enverra ses enfants au « privé ». Ça gronde en médias. Contradiction ? J’aide —en subventionnant— ce système : Mont St-Louis, Regina Asumpta… etc. Là où étudient mes petits-fils. Décision —que je n’avais pas à discuter— de mes enfants. Sauf pour Simon Jasmin qui fut accepté en « douance » (!) à Sophie-Barat. Que rétorquera le Ministre ? À suivre !
Hier soir, télé : autre épisode des « Misérables » de Toto (Juliette, sa maîtresse, le nommait ainsi, comme Aile avec ses Cloclo !). Malcovitch y est fascinant en policier Javert qui, obsédé, « voit dans sa soupe » l’ex-bagnard Jean Valjean joué par Depardieu-la-bedaine. Du mélo étonnant du père Hugo. Paris est tout petit car les protagonistes se croisent sans cesse ! Invraisemblances qui dérangent pas trop quand les rebondissements pleuvent. La télé tasse le long roman ! Ça revole ! Une grosse machine visuelle ($) captivante.
Vu aussi une bio du canal D —c’était son tour— avec un Guy Fournier d’une candeur déconcertante qui se peint —involontairement— parfois en « sale con ». Nous apprenons, médusés, que sa mère était une sorte de déséquilibrée et, plus grave, qu’il se vengeait, vieux libidineux empêché, d’une toute jeune actrice qu’il…convoitait, en lui fabriquant un rôle de très méchante guidoune ! Aveu renversant. Franchise exagérée ? Fournier, fécond créateur, n’a donc pas de boussole ? Tient-il de cette mère si peu pédagogique ? Une longue séquence de télé montre Fournier au bain fruité avec sa compagne de l’époque (Deschatelets) et ça vire au burlesque d’un grotesque rare. Non, pas de boussole !
4-
Vu la deuxième partie —avant-dernière ce soir— de « Thomas Mann et les siens ». Ce triptyque fort bien filmé nous raconte, non pas le grand écrivain allemand exilé sous le nazisme et ses œuvres mais « sa vie privée ». Rien pour nous familiariser avec ses talents d’auteur. Un voyeurisme atroce. Épouse aveugle et muette, homosexualité larvée et non assumée du « grand homme » nobélisé en 1929, romancier « enfermé », froid, frustré —il aime les jeunes garçons comme dans son « Mort à Venise »— distant, hautain. Écrivain dur et trouble à la fois, bien joué par l’acteur fameux qui incarnait le héros de « La liste de… » de Spielberg). Un grand frère communisant, auteur lui aussi, accroché à une jeune danseuse « taxi-girl ». Klaus, son fils incestueux et inverti drogué, Érica, sa fille, lesbienne pas moins à la dérive. L’avant-guerre aux mœurs à la « Cabaret », le film culte. Un petit caporal fasciste, l’Autrichien Adolf Hitler va y mettre bon ordre, n’est-ce pas ? 1933 : le pouvoir aux nazis et l’exil des Mann.
Cette bizarre entreprise —« voyez, vastes publics du monde entier, Mann, le fameux Prix Nobel, fut indifférent à la noyade familiale »—donne le frisson. On y a mis, avec talent, des tas de vrais documents (d’époque) et l’ensemble en devient une sorte de fascinant documentaire. On reste rivé à son fauteuil. On a pourtant honte d’être transformé en voyeur dans les trous des serrures de ces riches. On ne voit jamais, pas une seconde, le peuple allemand. Le populo. Les gens ordinaires. La misère horrible dans cette Allemagne ruinée (après 1918) pour la majorité. Les caméras restent braqués sur ces bourgeois. Manoir, jardins, bagnoles de luxe, etc.
Au lit, je dis à Aile : « Dans « Les jardins des Finzi-Conti » je fus très bouleversé. Pourquoi suis-je resté froid face à ces « malheurs de riches » ? Aile : « Les Mann s’échappent (en Suisse puis aux USA). Les juifs italiens, les Finzi-Conti, s’en allèrent, eux, aux camps de la mort ». Vrai. Très hâte de voir la fin de « Mann et les siens » ce soir à ARTV.
5-
Ma joie ce matin :voir deux hommes « de couleur » en « grey flannel suit » à la une ! Impensable jadis. L’un vient de l’Inde, l’autre est d’Afrique du sud. Ils président le « Sommet de la terre » qui s’ouvre à Johannesburg. Thabo Mbeki et Niti Ndisan, c’est la revanche des « esclaves », des « colonisés ». Ils représentent plus d’un milliard d’humains. De deux continents bafoués si longtemps. Joie, oui !
Guy Bouthillier, président de la SSJB, me contacte pour mon appui : donner le nom de Camille Laurin à la future « Grande biblio » de Montréal. Je le lui donne volontiers et l’aide à dénicher d’autre appuis d’écrivains car l’Union des écrivains serait « contre », voudrait un nom d’écrivain : Anne Hébert (inconnue hélas du grand public), Gabrielle Roy (l’exilée du Manitoba détestant la cause indépendantiste, Gaston Miron, le poète animateur d’un seul receuil. Sans sa courageuse « Chartre de la langue française », sans Laurin, nous serions moins écrivain en fin de compte. Son coup de barre audacieux —René Lévesque hésitait, craignait— historique, nous rendait la « fierté d’être québécois français ». Mais… une lettre ouverte de ce matin recommandait de dire : « La grande bibliothèque », tout simplement et je crois qu’il a raison.
« Je me regarde jamais la télé » ! Encore ça ? De ce Richard Chartier (La presse) qui déclarait « nul » un comédien de la tempe de Robert de Niro ! Qu’il est donc coco. La télé offre des heures (rares certes) inoubliables. Il s’agit de lire les télé horaires, Trop fatiguant, pauvre nono ?
Mon fils Daniel, ex-prof démissionnaire, avait donc raison ? Je l’avais jugé bien impatient dans le temps. Ce matin encore (Marie Allard de La Presse) un témoignage fortement accablant de profs vite écœurés de l’enseignement comme il le fut. « Grosse vache »…fillette enceintes effrontées, jeunes dealers de dope, Marie-Êve, 25 ans, a vite quitté l’école Père-Marquette. On ne sait plus trop quoi faire. On parle d’un prime ($) pour garder ces profs éprouvés. Misère humaine !
6-
Mon fascisme ordinaire : quand je lis tant de drames dans des familles en décomposition aux jeunes enfants innocents écrabouillés : « interdiction de se reproduire » si on n’a pas un certain « quotient intellectuel ». Hon ! Oui, j’ai honte. Mais… Tant de filles et garçons ignares, perdus, incapables en tout, qui pondent des rejetons —« cé not’ seul’ richesse hein »— pour les élever comme (pire) chiens et cochons… Oui, stérilisation. Interdiction d’enfanter ! Oui, mon fascisme ordinaire. Quand il m’apparaît, je tente de lui clouer la gueule mais… Julien Green, inquiet de trop en dire parfois dans son journal : « Tenter, malgré ma réticence, de dire la vérité, la mienne, sans cesse. » C’est ça qu’il faut faire mon Julien. Bravo !
Vu aussi à la chaîne Historia, hier, début de la série sur nos ascendants. Hier, un Marsolet. Un « truchement », voulant dire un voyageur en forêt, apprenant la langue huronne, organisant le troc pour les prudents marchands restés au village naissant. Il y eut la « morue pour tous » —avant même Cartier. Il y aura désormais les fourrures. Échanges pour du fer et du cuivre (haches, chaudrons, couteaux etc.), du verre ( pauvres bijoux recherchés, miroirs), de la lingerie (aux couleurs si vives). Ces « coureurs des bois » fornicateurs libres avec les sauvagesses, seront condamnés par les Jésuites qui s’en viennent —avec une autre sorte de troc. Ils vont fustiger ces jeunes « intégrés » trop libertins !
Bon récit avec utiles commentaires (historiens et alliés) sauf ces damnées « reconstitutions ». Du bidon d’amateur ! Des séances d’école. Et ces putains de pubs incessantes. Et un peu de « tétage » (lècheculisme) sur « les tous bons et tous braves » amérindiens. Même lècheculisme dans les pubs télévisées du 25 e anniversaire de la « Chartre-Loi- 101 » avec gros quota gonflé—artificiel— d’ethniques. Nous sommes 83 % de la population. Huit sur dix quoi. Or, on montre, bien téteux, 50-50 en ethnies colorés dans ces images. Mensonge vain. Fausser les faits par une complaisance niaise et futile.
7-
J’oubliais : les fils de G. Fournier parlaient du « cliquetis » perpétuel du père à sa machine à écrire. Ma fille Éliane, Daniel aussi, me parlaient de ce « cliquetis » typographique —typewriteriste (!), de leur jeunesse. Même tard le soir ! Eh oui !
Le docteur Guay de Trois-Rivières m’écrit chaudement, venant de Villeray. Il aime ses souvenirs. Ce n’est pas si fréquent qu’on pense. Il admire aussi mes insolences. Se dit parent en la matière. Je lui ai rédigé de gros mercis.
Ça cause « uniforme » pour tous… dans écoles (et cégeps?). Souvenir : au Grasset, éléments latins et port obligatoire d’un pantalon gris et d’un « blazer » bleu. Maman court chez Greenberg. Je compare pour ma veste, je vois bien de belles étoffes pour plusieurs, ety de ces pantalons d’une flanelle de qualité, bien supérieure. Pas de ce linge qui se froisse si vite ! Payés de meilleurs prix. Ma honte niaise. Et l’écusson à devise du collège qu’il faut payer, broderie dorée. Non, pas pour moi. Trop cher. L’uniforme ne réglerait rien dit un letttreouvertiste de ce matin : « non pas d’uniforme, plutôt un code des vêtements. Pas trop de fantaisies libertaires « chic and souel », c’est tout ». Il a raison.
Amusant de lire cela hier matin : Normand Brathwait (venu de La petite patrie, rue Bellechasse) se souvient de son « dédain très hargneux à l’École de théâtre pour le monde commercial ». Il en rit maintenant, lui, qui prête son nom et son allure à tant de publicités (pas juste Réno-Dépôt). La jeunesse et la pureté. À méditer !
Faut que je me grouille : organiser une protestation unanime, publicisée, de tous les créateurs du monde (cinéma, télé etc.) —commencer par Québec— en vue d’un slogan rassembleur : « TERMINÉ LE CHARCUTAGE »! Rallier les « gros noms ». Comuniquer (ô Internet !) avec ceux des autres pays de la terre. Pourquoi un tel mouvement ne viendrait pas du Québec ? Y aller avec patience (oh mon Dieu !) , même si le résultat devra attendre cinq ans, dix ans s’il le faut. Assez c’est assez. Les réclames (dont les auto-publicités hein), tant qu’ on voudra, on serait pas « contre », mais au début et à la fin de l’œuvre. Oui, un jour, fini le charcutage.
J’oubliais : Thomas Mann, voix hors-champ : « On ne devrait pas faire d’enfant, les gens comme moi ». Oh la la ! Je sais bien ce qu’il voulait dire. Hier, un Fournier ose dire parlant de ce père absent : « Mon père, sa passion c’était de rédiger, pas nous, ses enfants » » Oh, oh ! Constat effrayant ? Eh ! Moi qui ne me suis jamais consacré totalement aux démons de la création, moi qui ai obtenu tant de joies, tant de bonheurs, tant de plaisirs (petits, moyens et grands) à voir vivre, grandir, s’épanouir, vivre mes deux enfants, je sais le prix à payer. Jamais d’œuvre impérissable. Jamais de prix. Jamais de Nobel. J’accepte ce prix à payer. J’en suis fier, heureux, content.
Green parle —dans son journal— de cette vaine « poursuite du chef d’œuvre contre la vie elle-même », se pose de graves questions. Fournier, moment rare hier, dit qu’au chevet de Judith Jasmin, il l’a entendu lui confier qu’elle ne regrettait surtout pas « le temps perdu ». Cela l’a tant marqué en retard et il se surprend à consacrer une heure de promenade en boisé (temps perdu) chaque matin. Le diable devenu vieux…
8-
Aile dimanche soir revoit son émission avec Donald Lautrec dit : « Et que j’étais bonne là-dedans ! » En effet, c’était souignant en yabl’ ! Frisson ici quand on voit son nom au générique. Le temps passe vite ! Aile s’en alla, à jamais, vers les dramatiques pourtant. Et ne le regretta pas.
Que de jeunes chanteuses et chanteurs, vedettes d’une saison ou deux, ensevelis profondément dans des limbes bizarres ! On en a jasé revoyant ce vieux « variété-jeunesse ». Le temps file…Que de romanciers disparus…Durer, durer, le bel idéal.
Je repense souvent à la magistrale interprétation d’Hélène Loiselle dans « En pièces détachées ». Elle concentrait toutes les pénibles mères miséreuses, les écrasées du destin, les démunies de la terre, mères désarmées face à la vie qui bat fermement. Inoubliable Loiselle !
À « Découvertes » dimanche, étranges machins virtuels du temps des bêtes anciennes et des hommes des cavernes, Aile et moi très étonnés. L’infograohie et ses trucs montrés comme des lapins magiques sortis de chapeaux technologiques ahurissants. Oh la la !
La romancière (brillante) Monique Proulx revenue de Chine (à nos frais ) rédige son rapport dans La Presse. Soudain, elle parle de la langue anglaise (américaine au fond) que les jeunes apprennent là-bas à toute vitesse et dit : « on devrait faire comme eux, il y aurait moins de paranoïaques par ici ». Pas verbatim. Une saloperie! Comment comparer la Chine —plus d’un milliard d’habitants— son immense histoire, sa culture écrasante et nous, nous, chétif 2% de « parlant français, » héroïques résistants —peinturés par la jeune Proulx en malades paranos. Un tout petit 2% sur ce vaste continent à vouloir « être », menacés par tout ce tout- puissant bloc anglophone à nos portes —285 millions de « speaking english ».
Coups de pied au derrière de madame Proulx —schizophrène, elle ? — qui se perdent. Une « Monique-couche-toi-là » ? Vrai : parfois les voyages (payés par Ottawa) ne forment pas du tout la jeunesse ! Le reste de son article était bien fait, souvent étonnant de constatations originales.
L’écrivain péruvien Llosa : aristo, il désigne comme complices les pauvres gens qui voient s’installer une dictature chez eux ! Eh b’en ! C’est vite aller en… jugement. sommaire. Il publie, sur ce sujet, « La fête du bouc » narrant la montée de la dictature en République Dominicaine, jadis. Culpabilisons les pauvres manipulés quoi !
Green m’influence ? Envie de remercier en me levant chaque matin… Mais qui ? Mon refus de voir Dieu comme un papa, un pater, un humanoïde. Le percevoir comme une « lumière ». Je remercie donc…la Providence. Ah les mots ! J’ai bien vu que c’est Jésus et les évangiles qui fascinent Green dans son journal. Dieu ? B’en, c’est trop abstrait pour ce sensuel puritain qui n’assume pas bien ses attractions pour la beauté… toujours masculine (Ah Thomas Mann encore ?). Qui ne reçoit jamais les femmes dans son antre !
Converti aux cathos, il reste un protestant dans l’âme. La Bible sans cesse à son chevet. Il estime beaucoup le célèbre « que le premier sans péché lance la première pierre… » du Galiléen Jésus. Il se disculpe ? Il joue au chat et à la souris avec le péché de la chair et c’est fascinant de le voir…écrire.
Le soleil brille sur le lac. Y descendre jusqu’à la venue du crépuscule. Oui. J’y vais. Tenter de lire du Eco un peu plus…

Le jeudi 9 mai 2002

Le jeudi 9 mai 2002

1-
Non mais… brume encore un 9 mai ? Bof ! Faire mine de s’en foutre. Hier, avec Galarneau à son poste au zénith, première balade avec nos vélos. Le bonheur retrouvé. Le vélo c’est toute ma jeunesse. Fraîcheur de l’avant-midi dès la sortie de la Jetta au parking de Sainte-Adèle est, Chemin-Pierre-Péladeau. Nous avions des blousons. Portions des pantalons. « Des pantalons longs » disions-nous jadis. Drôle non ? Sur l’ex-chemin de fer, certains y allaient de la pédale en shorts. Brrr…Plaintes d’un bon gros ! Les imprévoyants.
Petit-déjeuner au bout des premiers efforts, comme en guise de récompense. Cela, cette petite bouffe du matin, comme l’an dernier, au Van Houtte de Val David. Yum ! Œufs, rôtis, confiture et…fruits. Aile : œufs avec viandes (bacon, saucisses) et patates ! La gourmande ! Depuis qu’elle ne fume plus du tout, elle a des envies de dévorer… de tout ! J’ai peur. Je tiens à ma peau. Moi, j’en fume une après chaque repas.
À ce restau du coin de la « track », les flâneurs habituels, des retraités rieurs, d’autres cyclistes comme nous. La serveuse-chef avec un bel accent du…Chili, Bolivie, Pérou ? : « Ah ! C’est donc vous ! Je vous ai entendu à TVA chez monsieur Bruneau. Je suis de tout cœur avec vous : on ne peut tout réussir, carrière et vie familiale. Moi, j‘ai dit non. À beaucoup. Je viens du sud et j’ai dit « oui » à mon homme, un Québécois. Et ainsi, j’ai tourné le dos à une carrière dans mon pays. Ici, cela a été autre chose mais je ne regrette rien. »
Elle est enjouée, efficace, fait plaisir à voir. Je me dis :pourquoi devoir ainsi couper, retrancher, pourquoi donc ne pas pouvoir tout avoir ? Je ris de ma réflexion sachant bien, le premier, que j’ai été obligé de renoncer à ceci voulant sauver cela. Ce trajet le long de la Nord, jusqu’à Val David, est merveilleux. Le silence d’abord. Total. Les vues sur la forêt. Les cascades rugissantes juste avant d’arriver au lac Raymond, à Val Morin. Ces rochers, monuments célestes, sur des hauteurs ou bien dans des ravins, tombeaux muets et anonymes. Ici on ne voit pas, comme au village, dix ou vingt sapins mais des grappes de centaines et de centaines d’arbres, sapins, oui, mais aussi mélèzes, érables, pins, bouleaux. Bouleaux qui sont d’un blanc si éclatant avant la pousse de leurs feuillages.
Chaque fois c’est un bain naturaliste qui nous stimule. Sommes si heureux maintenant de pouvoir de nouveau rouler dans cette large piste du « petit train du nord. » Avant de rentrer Aile décide de mettre mon vieux vélo « Québec-tours » (acheté en 1985) chez le…huileur et graisseur à sa boutique de la gare de Mont-Roland. Hen, quoi ? Ce sera 40 tomates ! Et elle m’a dit : « Tu cracheras un peu, Séraphin Poudrier ! » Non mais…
2-
Revenus, heureux, satisfaits, de l’excursion bicyclitale rituelle, prise de soleil sur balcon. Bronzons un peu. Des corneilles , sans cesse, tournent autour de notre mangeoire à mésanges et à pics. .Aile, furieuse, tape dans ses mains. En vain. Elles reviennent toujours ces noires bestioles ! Un racisme spéciale, non ?
Pour me changer un peu du Hervé Guibert obsédé en son triste mausolée de sodomites, envie de lire le récent Jean D’Ormesson : « Voyez comme on danse ». Bizarre, je m’en trouve comme tout heureux, tout ravi, léger. Au septième ciel ! Des mots joyeux. Des phrases longues mais si souples. Tournures anciennes certes mais bonne santé des propos dès les premières pages. Bien éloigné de certains mâles parisiens invertis et si fiers de l’être.
J’avais croisé, en 1981, l’Académiste fameux, abonné chez Pivot, lors d’un lancement pour mon prix France-Québec (« La Sablière »), à la Maison du Québec à Paris. Arrivant rue du Bac, mon éditeur me dit soudain : « Oh, chanceux ! Jean D’Ormesson est là ! C’est important, c’est un bonze du « Figaro », il est très influent ce mondain mais il ne va pas partout. » Présentation. Échange bref de propos vides entre deux verres …de cidre. Michaud (Yves) présidait à tout à la québécoise ! Je me moque un peu cruellement de cette cérémonie dans « Maman-Paris, Maman-la-France », surnommant D’Ormesson, De L’Hameçon.
Je lis donc son « Voyez… », en effet, c’est un homme d’autrefois et il est d’humeur égale, joviale, adore les potins, semble déférent, distant avec politesse (son vif regard d’un bleu de cobalt vise un point lointain entre le plafond et le haut de votre crane) ! L’homme est d’une politesse antique, tout cela rend agréable toute rencontre avec ce romancier bien nostalgique. Et avec ses mots.
Que de nostalgie encore avec son dernier livre. « Voyez comme on danse » est, hélas ?, un roman déguisé en livre d’histoire. Ou vice versa. Un cimetière, on attend un convoi funèbre. Un ami décédé. Beau, séduisant, brillant, iconoclaste, célèbre à force de ne rien faire ! Qu’on aimait et qu’on jalousait.
Petite foule des amis, même des rivaux, dont le narrateur—visiblement D’Ormesson à peine déguisé. Pour chaque « tête » de cette lugubre fête, un récitatf récapitulatoire ! Retrouvailles délicates parfois : ex-amoureuses, etc., Il part donc en cent, mille brefs récits rétros. Ses souvenirs illustrent un milieu chic, très « 16 ième arrondissement ». Vaste galerie d’aristocrates et aussi d’aventuriers, des chanceux se sortant de la basse extraction de roturiers….On sourit de ce Paris aux vieux sangs bleus.
Je lis, je lis…et bientôt je me lasse…ce monde dérisoire, hors- temps, aux origines de privilégiés blasés, ils m’assommeront sous peu, je le sens. Alors, je vais à un livre de Messadié, pris à notre bibilo par Aile. Titre : « 25 rue Solmar Pacha ». Ma surprise ! C’est le même lieu (Le Caire), le même temps (1950) du « Jasmin sur barbelés » : le roi déchu, frappé, Nasser au pouvoir, guerre aux portes, la fuite des bourgeois étrangers d’Égypte, la chasse aux juifs. Entre le « Jasmin sur barbelés » (un modeste récit véridique) et ce livre de Messadié, il y aura sans doute un monde. Encore un roman-histoire ! Je lirai au moins certains chapitres (vus en table des matières) car je n’aime pas lire un roman qui n’est que prétexte à donner un cours d’histoire. Je préfère les vrais livres d’histoire sans récit romanesque pour faire avaler les faits, la vérité. C’est ce que ce livre de Messadié doit être, je le crains.
3-
Avons vu un film, en vidéocassette, avec Robert Redford (« Le dernier château ») et avons eu envie de rire à la fin avec ce patriotisme, fort « patriotard », sauce USA bien connue. Le drapeau au vent, la main sur le coeur et la morale sauve : « Oui, les soldats révoltés qui cassent tout en cette prison militaire en avaient le droit car…ils étaient des martyrs d’un directeur cinglé. Récit souvent utilisé, on le sait. Mais film si bien mené, au suspense si bien ordonné, qu’il en devient une autre démonstration du savoir-faire brillant américain. L’ensemble, avec un Redford extrêmement convainquant en ex-général déchu —qui, désobéissant à Washington, commit une erreur fatal en Somalie— fait d’un tel film mineur une excellente occasion de divertissement.
4-
« Groupaction », agence à lobbying de Montréal, devrait être baptisé « Groupàfédérat ». La firme de publicitaires, favorisés par les Libéraux, est engouffrée dans une merde médiatique. Merde engendrée par le gaspillage éhonté —« politico-patroneux »— que l’Opposition dénonce sans cesse. « Groupàfédérat » est embarrassée maintenant par la condamnation de « l’examinatrice » officielle d’Ottawa, hier.
Ils « communiquent » ce matin : « On a sauvé un Canada en grand danger, suite au dangereux « 50-50 » du référendum de 1995. » Un messie quoi, un sauveur des fédérats, via les annonces, fanions, écriteaux, drapeaux, enseignes, bannières, bandes d’arénas, drapeaux, guenilles et torchons rouges, placards partout. Partout !
Chréchien, audacieux, applaudit. L’enquête étant confiée à la RCMP ! Quand on sait que cette police fédérale peut 1-rédiger de faux communiqués du FLQ, 2-mettre le feu à des granges, 3-voler des listes électorales, 4-installer des bombes (chez Steinberg), etc…On peut avoir confiance comme le chef Chréchien. Non ? La RCVMP va conclure : « ouiaille, toutes ces magouilles, ces gaspillages scandaleux, c’était pour la belle cause « anti-patrie » québécoise ! » Fermez la boîte de pandore. Okay ? Compris ? Notre peuple québÉcois est pas fou. Un jour, tout cela éclatera, et notre pays normal, notre nation normal l’aura. Regardez bien ce que je dis, maintenant, en mai 2002. Je verrai cela avant de mourir, moi qui attend cela deouis1960. Cela adviendra. J’en suis convaincu. Je verrai ce jour merveilleux en serrant dans mes bras mes petits-fils devenus adultes et qui, comme ceux de leur génération, ne toléreront plus la folle mascarade fédrate. De cela je suis sûr et certain.
Le Dion-à-moustache de Chapleau, distrait, affirmait avant-hier : « Mais non, la pub ça sert à rien ! ». Puis , hier, se reprenait : « Peut-être bin que oui. » On sait en tous cas des choses clairs sur ce fatras d’argent public dépensé avec les bons copains : c’est cher, très cher. On a payé un prix fou dans cet « Almanach du peuple », devenu prostitué ouvertement. Vous y lisez un long reportage sur, par exemple, Trudeau. Vous apprenez qu’on a pris votre argent pour vous faire lire ce « publi-reportage ». Et beaucoup ! Tarifs exorbitants ! Un scandale de plus. Bof ! C’est 40 millions par année cette pub fédérate ! Argent public. Et cela, depuis 1996. Calculez : c’ »est donc 300 millions de nos dollars, à ce jour, de taxes et d’impôts —pour nous et ceux du ROC. Et l’autre avec son : « La pub, la commandite, ça sert à rien ». Le traître stipendié, le renégat à notre patrie balbutie, bafouille, il achève de ronger son fromage.
5-
Le Roger Drolet chez Marc Labrèche avant-hier soir: « Le féminisme est une invention des hommes pour mieux rouer les femmes. » Rires dans la salle et salve de « hourras » des filles présentes. Pauvre Simone, pauvre Kate et Cie. Ignorance ou facétie pour faire rigoler —droletter— l’auditoire ? On sait jamais. « La femme est soumise à l’homme et heureuse de l’être », continue notre héros en litotes variées.
Le gaillard des dimanches soirs de CKAC semblaient s’amuser ferme de ce « grand blond » jouant volontiers le tit-clin, le tit-coune qui saisit pas trop vite ! Labrèche excelle dans ce rôle du niais limité. Il me fait rire. Aile encore davantage. Ses grimaces de candeur sont efficaces en diable. Un bon acteur, le Marc.
Ça y était. C’était parti. Pas de confrontation, et bravo, tant mieux, ce n’est ni l’heure ni le lieu. Nous étions en contrée du divertissement de bon aloi. Drolet a l’intelligence de le comprendre. Aussi il joue de son fleuret gaillard en rigolant, sans se prendre au sérieux. Du music-hall quoi pas une chaire en Sorbonne hein ? Mutt and Jeff volontaires ! Laurel et Hardy de bon coeur ! Je riais et Aile aussi. Un bon moment de télé, faut le dire.
Plus jeune, mon Roger Drolet pourrait très légitimement songer à devenir un « stand up » comique d’autorité. Il y ferait florès. Il est doué. C’est un comédien peut-être amateur mais qui a du rythme et c’est l’essentiel. Il joue de silences calculées avec art, et aussi de fortes affirmations étonnantes avec un très bon sens du « timing », ce vétéran des stations de radio. À 19 ans, il « facétiait » déjà, à la radio de Joliette, pratiquant le genre « canulars de téléphone » sans vergogne. Et le premier hein ? Bien avant les Tex Lecor.
Chapeau à lui ! Pour le public sérieux c’est un bonhomme qui vogue de généralités en généralités. Le « cas par cas », mon Roger, il connaît pas ! Le grand public en est friand, lassé par tant de ratiocinations confuses. Jos Bleau et tante Armandine écoutent, rassurés, les élucubrations « claires » de l’oracle du cinéma Château : « Tous les hommes sont des cochons, des sensuels sans sentiment. Toutes les femmes sont sentimentales, généreuses et abusée. » Ça revole ! Au pays des nuances, Drolet n’existe pas. Et puis, là, la salle est vide. C’est plate. Il aime le pays des forts contrastes. La foule aime les monstres. Il en est un et si gentil, si poli. Malin et roublard. Rien à voir avec la réalité mais cela peut être tellement plus divertissant. Moi, j’aime les bouffons, le cirque, le vaudeville, oh ! les mélodrames aussi, je le prouve parfois.
6-
J’oubliais : au Van Houtte de Val David, un garçonnet près de notre table, avec son père, je l’aborde et lui fait mon vieux coup du pouce coupé en deux. Il m’observe. Il tente de m’imiter mais je lui dis : « Écoute, c’est long, tu pratiqueras chez toi et on se reverra un jour, peut-être ici. Il tente de m’imiter encore et s’éloigne. Il me revient bientôt résolu, me défiant. Joue avec ses mains comme moi, et me montre, lui, deux doigts disparus. Il les cache tout simplement. « Hein, hein ? Qu’est-ce que t’en penses, qu’est-ce que tu dis de ça ? », fait-il, fier comme Artaban. Aussitôt Je joue l’étonné, le renversé et le félicite : « Deux doigts, deux ! » L’enfant exhulte et aussitôt, le ventre en l’air, il éclate de rires si cristallins, si cristallins, que tout le petit bistrot s’en trouve comme embelli, les clients sourient, en sont allégés on dirait. Le blond gamin est ravi de ce public. Il s’en va, s’autocongratulant, avec son papa qui me fait un clin d’œil. Dans la porte ouverte du Van Houtte, le gamin lâche : « Tu pratiqueras ça pour quand on se reverra ! »
Un enfant de six ans triomphait d’un vieil adulte.
Et puis, ses rires si clairs, si clairs, ce matin-là, ah ! ma journée était faite ! Aile semblait ravie de ce vieux jeu du papi et de l’enfant, elle y est habituée, me dira encor : « Que tu as le tour, mon vinyenne, avec les enfants ».
Mon secret ? Je les aime.
7-
Hier soir, Aile, nerveuse, qui ne fume plus, dit qu’elle a besoin de salé-sucré. Je sais ce qu’elle veut. Je pars au dépanneur « bleu » de la rue Valiquette lui acheter croustilles et tablette de chocolat, son cher « Oh henry ». Ouf ! C’était son anniversaire hier, à mon taureau d’amour, —mon fils, le 13— les coups de fil ne cessaient plus. On ne s’achète jamais de cadeaux. Ni à Noël ou au Jour de l’An. Jamais. C’est entendu entre nous depuis longtemps. On dit en riant que nous sommes « un cadeau de tous les jours, l’un pour l’autre. À force de nous le dire…nous nous sommes crus !Et puis on n’aime pas trop sombrer dans les manèges usuels.

Le lundi 25 février 2002

Le lundi 25 février 2002
1-
Quelle douceur dehors ce matin. Un 25 février ! Rare cela ! Saison touristique bousillée à jamais, hélas, pour nos affairistes. Et les jobs tout autour. Hier, subitement, plus un chat sur les pistes autour du lac ! Ah, le hockey s’amenait aux J.O. Tout le monde aux écrans ! Me voilà redevenu le gamin surveillant le match au Forum, via la radio, quand j’avais 15 ans ! Surpris le premier de m’exciter tant à chaque but compté par ce club de jeunes millionnaires Canadians (et quelques frenchies ). Aile fort amusée de me cris, de mes avis, de mes bons conseils, de mes jurons, de ma verve de « gérant d’estrade ». Je m’amusais bien. Notre Étonnement à tous deux de ce soudain patriotisme singulier. C’est cela les J.O ? Dans les « canards » l’on s’insurge de ce patriotisme ou bien on l’approuve carrément. Oui : C’est donc aussi cela les J.O. ? Hon ! Les adversaires des nationalismes doivent en baver ! La vérité se trouve concentré derrière cette grande fête universaliste qui cache mal une sorte de chauvinisme inévitable.
J’ai apprécié, beaucoup, au spectacle d’ouverture, cette parade étonnante, faite de personnages gigantesques de chiffon, (nylon ?) ça volait au vent de Salt Lake City. Beauté fantastique ! On y jette des fortunes c’est certain. Hier soir, spectacle de fermeture, c’est lent, long… et vers la fin, de nouveau du spectaculaire inouï ! Ce couple de squelettes de « dinosaures » géant, articulé, fort impressionnant ! Ces figures géantes avec des tissus ultra-légers, encore une parade, un défilé renversant. Ces jets de peinture « garrochés » sur la glace, oh ! Ces silhouettes, immenses marionnettes « à tiges » (création antique des Javanais, disait-on), ces gros ballons blancs qui déboulent du fond des estrades… Oh ! Ces oiseaux blancs manipulés par des gens en noir et ces baguettes (boudins) phosphorescentes, ces spectres mouvants au fluor multicolore, la foule elle-même et ses innombrables lumignons… Oh !
Ah oui, vraiment, ces « chiards » visuels ruineux extravagants offrent un visuel unique chaque fois que les J.O. débutent ou se terminent. L’ex-scénographe en bave de joie, savez-vous. Ainsi de ces étonnantes projections d’images sur les immenses drapeaux rectangulaires… effets optiques merveilleux !
Souvenir : avec des moyens modestes, et en peu de jours, du temps d’ « Âge tendre », télé-jeunesse, je tentais de ces essais visuels avec projections. Nous étions en 1966, un an avant Expo,67, j’en cause abondamment dans un chapitre de mon « Je vous dis merci ». Nos modestes essais de scénographie nouvelle étaient les bons, désormais, ces effets visuels sont la crème des « designers » actuels. À un certain théâtre avant-gardiste (j’ai vu « Le ventriloque » et « La face cachée de la lune »), ils font florès. J’y reviendrai. Ce cinétisme vient des débuts du cinématographe. On tente d’abattre les décors d’antan, on veut un environnement visuel suggestif, moins réaliste (Lepage , Maheu etc.). Mais pour monter, par exemples : « Mort d’un commis voyageur », ou « Ménagerie de verre », ou « Les belles sœurs », peut-on éviter de signaler les lieux réalistes de ces drames prosaïques ? Ça se peut. Il y faut du génie en symbolisme ! On me dit que pour le « Au cœur de la rose », texte réaliste de Perrault, on a eu recours à des images projetées, prises des films de ce Perrault. Bonne idée sans doute.
2-
Nous sommes attachés, Aile et mi, à ce Guillaume Durand qui anime « Campus », le dimanche soir. Merci magnéto enregistreur. « C’est un très bel homme », me redit Aile. Hum, jalousie tue ! Et il est fort habile, brillant même, pour conduire sa bande de questionnés et leurs livres frais sortis des imprimeurs. Le successeur de B. Pivot a sa formule : un, invités (trois ou cinq) pour de neuves publications. Hier :Robert Hossein, l’ex-playboy, la « vedette » converti à Jésus, l’ex-kioute actrice Mylène Demonjeot (très vache dans son livre avec sa belle-mère Simone Signoret, oh !) et un psychanalyste, Serge Tisseron avec « L’intimité surexposé ». Il a jasé sur « presse populaire et presse « de caniveau », oh !.
Donc, à « Campus » il y a « thème » souvent. Hier : la célébrité « quossa donne ! » et le narissisme des « stars » serait un effrayant cul-de-sac, une impasse. Intelligent choix ce « thème limité » car il sort tant de livres, et chaque jour, en France. Deuxième segment du « Campus » ? Des archives visuelles aux images surprenantes parfois. Hier, feu Romy Schneider (hum, ortho ?) au bord des larmes relatant ce paparazzi déguisé en infirmier pour capter le fils mort dans un hôpital.
Trois : débat sur un sujet d’actualité (hier la judéophobie renaissante en France. Hier, le président, un « beur », de « SOS-racisme » qui s’est enragé contre un publiant : « Encore un fois, l’on tente de cibler de façon raciste tout le monde émigrant arabe de Paris ! » En effet, avec ce président israélien Sharon agressif, le chef Arafat interdit de circuler, l’ « intifada » nouveau…on soupçonne —solidarité pro-palestienne— les «araboïdes » français d’agressions, de vandalisme etc. Enfin, quatrième segment de « Campus » : des critiques prestigieux face à des auteurs aux nouvelles pontes. Moments de bonté !
On y trouve aussi des entrevues souvent : hier, c’était un romancier britannique déclarant : « C’est totalement fini le prestige de la France d’hier (du temps des Sartre, Malraux, Camus, spécifie-t-il) chez moi en Grande-Bretagne ! Désormais il se publie tellement de bons livres en anglais. Et il y a les anglos d’Australie, du Canada. »
L’hypocrite passait vite sur l’immense et puissante vague des livres publiés in USA. C’est sans aucun doute vrai. La littérature de Paris « a pris le bord » en Occident ! Hélas ! C’est « l’axe amériano-anglo-germano etc. », un impérialisme culturel. Je parle souvent de cet « axe » envahissant et cela fait sourire ma chère Aile ! Comme si je souffrais d’une fixation. Est-elle, ma foi, aveugle ? Mais oui, il y a un « axe mondialiste » des « anglophiles » avec, tête de proue, la langue américaine toute puissante. Cet axe (non pas du mal, oh non !) du « monde culturel » (avec « dumping » partout, en chansons, cinéma, télé, livres) règne sur tous les continents. Son moteur principal est les États-Unis. Inévitable conséquence de sa puissance économique actuel.
Tout cela, je reviens à « Campus », se déroule à un train d’enfer. « Campus » est fort stimulant mais il faut ouvrir les oreilles, « La fureur » c’est plus facile ! Bernard Pivot semble maintenant un « tit mon oncle » en fauteuil dans ses pantoufles. Reste qu’il y a eu, bien sûr, des rencontres fortes chez « Bouillon de culture ».
3-
Soudain, surgit le fécond auteur Juif-Français, ex-conseiller de Mitterrand, banquier en difficulté à Londres, Jacques Attali. Son « Les Juifs et le monde de l’argent » lui a valu des accusations de favoriser la judéophobie ! J’en au parlé déjà. Sa thèse ? Attali dit : « le monde chrétien comme le monde mahométan interdisait les profits, la spéculation, les rapports très commerciaux entre des mondes divers, la manipulation franche de l’argent. Cet aspect de son livre me fascine. Le reste, moins.
Alors on aurait chargé les Juifs —des nomades comme forcé, obligé ce « exilés » (empêchés de possession du sol )— d’organiser « le commerce de l’argent ». La Thora, dit Attali, n’aurait rien contre l’argent et les intérêts s’y rattachant, ah ? Le monde eut soudain besoin de crédits pour ses immenses projets (exemple : Colomb vers les découvertes, dit-il). Alors gigantesques montages financiers échafaudés par les Juifs ! Ce fut le départ (dès 1534) du Juif-puissant-homme-de-finance, indispensable. Sales besognes ? Pas pour l’israrélite, il,aceptait volontierrs d’être l’intermédiaire « indispensable », l’expert.
Son livre avec ce sujet, l’argent (Hitler en faisait son grief essentiel : l’Allemagne était contrôlé par les banquiers et financiers juif !) énerve évidemment. Attali dira à ce Campus d’hier : « Le juif veut partager la richesse, ce n’est qu’un instrument pour lui. Hum
Tous des altruistes, mon Jacques ? « L’argent ne lui est jamais pas une fin, s’exclamait-il, mais un « moyen » d’aider les autres. » Toujours ? Vision candide, intéressée ? Angélisme douteux ? Il a parlé de Hollywood, machine juive par excellence, (qu’un Marlon Brando a regretté de pointer du doigt ) comme d’un merveilleux « vouloir communiquer » avec le monde ! Succès inespéré, ça ! Il a dit, il y a eu différents Juifs selon le pays, site : Un « Marx » ou un « Rothschild ». En Russie, vu la situation, le Juif ordonnera, participera à la révolution, en Amérique, plein de banquiers juifs prospères, ce fut toute autre chose. Tu parles ! Bref, une entrevue néanmoins captivante.
4-
Ah mon Dieu, je pourrais jacasser (jasminer ? jaspiner ?) sur tant de pages ! Ce journal aurait mille pages aux six mois ! Embêtant pour l’éditeur. Je me retiens.
5-
Téléphone tantôt : Pierre Bruneau de TYVA, me veut ce soir pour « opinionner » sur les J.O. Le camions s’en vient. Joie de pouvoir dire tout le bien que je pense sur les spectacles de ces Jeux. Magoulles, juges vendus ?, oui, oui, il reste que ce grand « pow wow » est une occasion de rencontres entre nations variées pour tant de jeunes volontaristes aux physiques impeccables. Je vais casser ce soir mon image de « chialeux » de « critiqueux, de négatif Youpi ! Re-téléphone : » Ici Anabelle de TVA, merde, on a pas de camion à antenne. On se reprendra. Enfin, je cherche encore ! Je vous recontacterai. » Qu’elle trouve un camion et vite.
Voilà que des adultes faits, « garrochent » des cailloux sur Satan ! Rituel religieux coranique, à Mina, près du Mont Ararat ! J’en reviens pas. En 2002 ? Je pense à cet arbre « méchant », désigné par moi, (un pin qui étouffait de jeunes pousses tout autour) pour que mes petits-fils puissent se défouler au parc Sophie-Barat !Ils fouettaient ce pin avec une vigueur, si heureux ! Mais là-bas, des Arabes adultes ? Folie religieuse infantilisante !
Mon amie la merveilleuse Marguerite Lescop (deux ou trois livre publiés) obtiendra « l’Ordre du Canada » ! Et moi ? Sis-je un chien ? Avec mes livre en hautes piles ! Rien ? Jamais de médaille
Fédérale. Je crache mes impôts la-bas ! Injustice. Quoi ? On sait que je suis un indépendantiste ! Pis ? Répétez-le : Jasmin accepterait toutes les décorations (j’ai jamais eu de médaille à l’école !). Je dirais à Ottawa : « j’accepte volontiers cette reconnaissance d’un pays voisin et ami ! » Quoi ? Ah, c’est cela qu’ils veulent pas entendre. Bon.
Les gazettes du jour : la Royal Bank of Canada. Bénéfices en hausse, 734 m. de $, de profits nets ! L’action a monté de une piastre et quinze cents ! Actionnaires contents ! Qui la bouclent quand on congédie des caissières ! J’en ai parlé.
Foglia hier : « les athlètes sont des « sans le sous ». Seuls gagnent bien les permanents des organisations diverses, les fonctionnaires des fédérations et les reporters en sport. » Ça me fait penser aux écrivains : vivent bien les bureaucrates du « livre », les professeurs de littérature et les chroniqueurs de livres. Pas ceux qui les font ! Eh ! Partout même histoire quoi !
7-
Proche de Syracuse, les indiens de la variété Oneidas, vivent enfin dans un certain le confort. Avec le vice du jeu. Casinos indiens bien installés. Avec hôtels, golfs, etc. Pas d’impôts fonciers à payer. Oh ! Mais ils donnent aux écoles de la région (13 M. de $). 600 jobs ! Ils sont mille ! Quatre millions de visiteurs, 85% de Blancs. Les Mohicans du Wisconsin vont s’y mettre et aussi les Mohegans du Connecticut. Vive le vice !
Jadis, ici, le « jeu » était un grave péché, condamné par les bien-pensants et les curés. Enfant j’entendais dire les ravages de cette manie pour cons candides et « exploités », jouet utilisé, tous victimes, pauvres garés, jouets de leurs faiblesses d’homme. Ici, le vertueux catholicard Jean Drapeau menait campagne contre le jeu (et tant d’autres horreurs telles les stripteaseuses à la « Peache », à la « Lili St-Cyr »). Puis, il sera le premier à installer une loterie publique ! Ce sépulcre blanchi virait capot ! En 2002, c’est une industrie de l’État ! Et « pas à peu près » comme dit le bénéficiaire de la sécurité sociale… qui rêve, se rendant aux comptoirs de « l’État-Mafia », de gagner sans cesse. Une chance sur 13 millions !
8-
Avant-hier, Isabelle Hachey (« La Presse » à Londres) a tenté de nous faire pleurer avec son long article. Imaginez-vous donc, les jeunes Britanniques se contentent de la langue américano-anglaise ! Hon ! Ils risquent de finir le cul sur la paille, écrit-elle ! Il faut craindre pur leur avenir à ces inconscients unilingues anglais !Est folle ! Juges et parties des profs de français à Londres se lamentent de cette insouciance scolaire ! De qui se moque-t-on ? La « lingua franca » triomphe sur tous les continents.
Et si jamais un étudiant londonien se fait offrir un job en Espagne, b’en il ira chez Berlitz, crachanty un peu d’argent, ça prend un petit mois, maximum. Pour l’allemand, pour l’italien…idem. Quelle connerie cet article !
Cela dit, j’aimerais bien apprendre l’italien, j’aime tant cette bella lingua ! L’espagnol me serait plus pratique ? Bon. Je m’y mettrai un bon jour.
9-
Ça vient de paraître : Claude Masson, rédacteur en chef et mon ami de « La Presse », a été tué par un kamikaze. Eh oui !C’est officiel. Washington va le déclarer bientôt. L’enquête est close et en Egypte ça gueule !
Gamil al-Battouti a été un autre « fou d’Allah » comme ceux des deux tours de Manhattan !Il a voulu ce fatal plongeon de son avion dans l’océan. Haïr ces intégristes déboussolés ? Oui, je les hais. J’aimais beaucoup Claude Masson, d’une gérance habile, ferme et à la fois diplomatique, croyant modeste, doux et humble de cœur, généreux, curieux. Masson m’avait permis de dialoguer publiquement dans son « canard », d’abord avec Daniel, mon fils, durant vingt-six semaines. Et puis, plu tard, avec David, mon petit-fils durant tout un été. Un jour, avec l’épouse aimée, il part en vacances pour visiter le patrimoine fantastique de l’Égypte. Ce pathétique islamiste, Gamil al- Battouti fait sa prière coranique et, Allah ou Akbar, fonce dans la mer. Mort de Claude. Masson ne sourira plus jamais, à personne. Je le hais tellement ce Gamil-du-diable ! Comme je hais tous les fondamentalistes accrochés à « la lettre » des écritures antiques des livres qu’ on dit « saints ».
10-
L’imagier Denis Marleau fait de « son » théâtre au musée d’art contemporain, Place des arts. Bien à sa place ! Je m’étais endormi à son « Les trois derniers jours de Pessoa » où Marleau projetait des effets mouvants sur le visage masqué du bon acteur Savoie, immobilisé hélas dans sa couchette d’agonie. Cette foi avec « Les aveugles », Marleau économise aussi, le Savoie et la Bonnier joue douze les rôles.
Nous apprenons que cet inventeur de « gamiques » visuelles a des sources, des inspirateurs. Par exemple, à Bordeaux, Tony Oursler, un vidéaste américain, démontrait ses projections lumineuses su des mannequins ! (J’ai joué de ces effets pour des variétés en 1966, j’en ai parlé. C’est excellent au music-hall). Luc Courchesne, utilisait la machine (1900) de Raoul Grimoin-Sanson.
Lentille de 360 degrés. Écran transparent. Effets de spectres. Cela amènera l’ONF, à Expo’67, à offrir son écran total. Genre : la police cheval dans les Rocheuses. Bon chic, bon genre « kioute », travelogue-pour-tourisme » sur notre grand Canada. Viendront les dix (10) projecteurs en un du IMAX.
Avec son « Les aveugles » inspiré de Maeterlinck, Marleau immobilise ses acteurs, « c’est statique », dit un chroniqueur. Ça doit. En France, Gaston Baty, un du fameux « cartel » de théâtre, dominateur ou lassé des initiatives (normales en équipe) des comédiens finira sa carrière avec… des marionnettes ! Le dictateur, ainsi, est sûr d’être obéi ! J’ai fait des marionnettes (à gaine) jeune, vrai, aucune rouspétance dans ma petite troupe de poupées dociles.
11-
Quatre Acadiens, aux Communes d’Ottawa, pour raison de parti, refusent d’appuyer la demande d’excuses à Londres pour la pire infamie jamais exécutée ici, la déportation des paysans en 1755. L’horreur pourtant ! Faut les pointer du doigt : Leblanc, Castonguay, Thibault et Claudette Bradshaw. Quatre cloches-députés ! Un fier avocat « Cadien », de la Louisiane, a mené ce combat essentiel, une bataille de 12 ans et le député bloquiste, Bergeron le félicite. En Acadie, le vétéran de ces combats, le patriote Chiasson, a repris courage. « Ça prendra 3 ans encore pour que Londres bouge et fasse amende honorable et normale pour cette écoeuranterie historique (commandée par le Lawrence et ses sbires). La « commande » d’excuses est en route ! En 2005, ce sera le 250 ième triste anniversaire du fait odieux. Une commémoration se prépare en grande. Bravo !
400 ans qu’ils se souviennent les spoliés de Port Royal. Vaincus depuis 1710 pourtant, il faudra aux monstres britanniques 45 ans pour mettre à exécution leur « nettoyage ethnique » dégueu. Les agriculteurs qui avaient défriché et tout, victimes de ce « petit » (sic :selon un anglo finfin) génocide ( il y en a des petits et des grands ?) enfin autorisés à revenir dans leur patrie, devenus des « sans terres » depuis ces vols crasseux, se feront pêcheurs par la force des choses.
En 1765, on en laissa rentrer ici au Québec, à l’Assomption ce sera « grande corvée », les Acadiens couchant dans les granges tout un printemps et un été, ainsi naîtra un Saint-Jacques de l’achigan, leur nouvelle « petite patrie ». Ceux que cela captivent peuvent lire mon « Outaragassi » —le nom indien de L’Assomption— publié en 1968 chez Sogides. En 1755, un Milosevic « bloke » commettait la pire affreuseté dans le pays maritime, notre finistère.
12-
Hier, cahier Lectures, mon prochain éditeur n’aurait pas dû « exécuter » le show « Notre-Dame de Paris » de Plamondon. Il y a là amalgame déplacée. L’énorme succès de sa comédie musicale ne voulait qu’évoquer le roman de Hugo. Cela se fait pour toute la littérature « classique » et les contes universels, depuis toujours. « Les gueux du show font ballet-madame Chiriaeff et sont costumés façon Christian Dior », écrit Beaulieu. Vrai mais c’est « la game » en ce domaine et personne ne s’attend à « relire » du Hugo sur cette sorte de scène à couplets, à musique pop, à caracolages gymnastiques.
Dimanche, son : « L’intégrisme inversé face à la tolérance » est de bien meilleur cru. Il fait voir mon influence sur ce cadet. Beaulieu venait de me lire (« Écrire ») sur ma définition du
« racisme inverti » : ce racisme étrange rend admirable tout ce qui vient d’ailleurs et minable tout ce qui est d’ici. J’ai dit ! Riez.
Jeune, j’ai aimé John Steinbeck (« Les raisins de la colère », « À l’est de l’Eden »), le reportage de dimanche (La Presse) illustrait le pèlerinage pour se admirateurs. Monterey. Vastes collines, plaines agricoles, la mer, ruines d’un village-de-compagnie pour ouvriers (en sardines), etc. J’étais jaloux de lui. Moi, un jour, quoi montrer à mes groupes de dévots, en 2080. Pauvre quartier Villeray ben peu exotique ! Riez.
Je marque « riez » car un courriel me montre que mon humour est pas visible parfois. Ma correspondante a cru que j’enviais Michel Tremblay pour son beau site sur Internet !Je blaguais, lui ais-je répondu. J’aime et j’admire Tremblay, il a été un auteur (lui ais-je écrit) essentiel ici !
Ce matin, Chapleau y va franc avec l’Arabe aux mains nus et l’Israélien monté sur son gros char blindé. On lit en légende : « Violence cessante on va se parler d’égal à égal ».
Oh, oh ! Va-t-on l’accuser de judéophobie ?
13-
J’ai toujours bossé (à CJMS, CKVL, à TQS, chez plusieurs éditeurs) sans contrat. Pas de collier pour le loup ! Ainsi, j’étais libre de partir n’importe quand. Et les patrons de me virer si insatisfaits de mon ouvrage. Normal, non ? Cela sans agent, sans gérant, sans avocat, sans manager quoi. Voilà qu’une animatrice, Isabelle Maréchal —qui a tout cela— poursuit CKAC qui l’a virée, pour 300,000 $ ! Diable ! Le monde change. Les jeunes sont durs.
14-
Rions : un célèbre grammairien (j’oublie son nom, merde) siégeait au DIP (ex-faux, ministère de l’éduc) et quand on présentait son manuel scolaire, soupçonné, il affirmait qu’il sortait dans le couloir (!) durant les délibérations de ses bons copains du DIP. Ce fut la risée générale dans nos médias, avec raison. Le ridicule tue, il est mort pas longtemps après ses pieuses protestations. Voici que Daniel Gourd de Radio-Canada nous sert cette farce. Quand son Vincent de fils présente un projet de télé :il sort. Mieux, il repousse le projet de fiston à l’étage au-dessus cher sa collègue Michèle Fortin, son boss.
Pas le premier a s’excuser dans ce sens. « Je me retire dans le corridor, quoi ! » On se souvient de Chrétien…de Béard…de Baril, du frère à John Charest…de qui encore ! Peuple « té toé ».
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Un honorable et responsable citoyenne de Hull découvrant certaines B.D. malsaines (il y en a pas mal, je les recevais un pour recension à La presse) veut que la bibliothèque municipale retire ce stock loin des enfants. Un (auteur inconnu au régiment) Charles Montpetit crie vite, vite à l’affreuse censure et réussit à enrôler mon Union (Uneq) dans sa protestation, hélas !
Dans Voir, un autre « fêlé du coco » (Céline) s’effarouche à son tour sur le même sujet. Ces énervés —alliés objectifs des dessinateurs dépravés— ignorent que les excès des petits fous attirent toujours censure et le reste. Au lieu de pointer ces déboussolés en grossièretés voyeuristes, pointent de valeureuses personnes qui veulent faire la différence entre audace de bonne venue et lubricité bien conne. Des coups de pied se perdent….
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Louis Cornellier, prof de Joliette et excellent critique d’essais, a osé recommander d’enseigner d’abord, avant les Français célèbres, la littérature d’ici, j’en ai parlé. Ce matin, encore une « fraîche » pincée qui le blâme et se réclame de l’universalisme…Toujours l’universalisme des autres, jamais le nôtre ! Un sens unique quoi. Aucun Thériault, ni Ferron, ni Gabrielle Roy dans les études en France, vous voulez gager ? Une dame de France (Mad. Guiserix, une cousine d’Astérix ?) y va de son grain de sel et dira : « Il y a votre beau Maria Chapedelaine, aux côtés de Balzac, Hugo, et Zola… », non mais… C’est un bon roman écrit par… un Français en voyage au Saguenay, Louis Hémon. Mais il est venu un brillant dans ce débat disant : le grand Proust commence par parler de son cher Combray natal pour, ensuite, amener Venise. Vrai.
Un nostalgique, lui, se range pour les livres de France et s’émeut encore de son dynamique prof au collège de l’Assomption, sorti de la Sorbonne, spécifie-t-il, et qui savait tant les remuer avec les manuels « made in Paris. » Je vous le dis, le colonialisme ne cessera pas demain !
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Ce matin une « lettre ouverte » admonestant Michèle Ouimet de « La presse « . Micheline Carrier dit « pas de religion (ni voile, ni couteau islamique, ni burga, ni crucifix ) d’aucune sorte à l’école. Que c’est l’affaire des familles et des églises d’enseigner la religion. La réponse ? « Peut-on aller plus vite que les mentalités » ?, et « Le Québec n’est pas prêt ». Eh b’en ! Voilà l’héroïsme des éditorialistes ? Oui, il faut oser militer pour des réformes. Ouimet se range, patiente, va attendre l’évolution des mentalités d’ici. Belle mentalité pour une « réfléchisseuse » payée pour justement discuter de l’état des mentalités, secouer des jougs. Provoquer des changements. Est-ce la soumission à la clientèle (du journal ) qu’il ne faut pas trop brasser…en cas de pertes d’annonces. Du marketing ?
Cette même journaliste fut, il y a peu, clair et net. Ouimet a fustigé ce machin « IPSE », coûteux, inventé avant son élection par le maire Tremblay, l’allié des anglos francophobes (il y en d’autres, Dieu merci) et des défusionneurs (tel John Charest). Elle a détesté le jargon de ces « aristos » copains de Tremblay. Ah si j’utilisais ce dédain terrible de Ouimet pour les « jargonneux » en littérature, est-ce que je m’en ferais des ennemis. Ce sera fait bientôt , vous lirez mon « Écrire » qui s’en vient. Le jargon péteux de broue y goûte !