J’AI FAIT UN RÊVE !

 

Pour nos assimilés, volontiers aliénés, servites de la déferlante et envahissante culture pop-USA, louanger notre culture pop à nous, est un signe d’égocentrisme. Quelle attitude de colonisé. Pour ces suiveurs-USA, vous sombrez dans le « régionalistes » étroit et ces dominés-contents s’exclament : « Sois « international », « universel », sors de ton cocon (le pays n’est qu’un cocon). « USA » ou rien » ! En effet, aucune information à propos sur des cultures populaires. Sur le Mexique (pourtant un voisin !) la Scandinavie, l’Espagne, l’Allemagne, l’Italie, etc.

Tous en dociles publicitaires-des-USA dans presse-radio-télé, tous en piteuses courroies de transmission. Lisez, par exemple, La Presse spectacles, les Cormier, Cassivi, souvent Sarfati (aux voyages payés) et surtout Hugo Dumas. Tel le Cormier au Devoir.

Il n’y a à signaler dans tout l’univers que Los Angeles ou New York.

L’Europe entière ? Bouche cousue ! Autres continents de la planète ? Pas un mot. À moins qu’un créateur étranger soit fêté aux USA ! Ainsi le Québécois est transformé en écornifleur de ce qu’écorniflent les USA ! Tout le monde par ici accepte volontiers ce contrôle « all-american », dociles valets consentants du « suprématisme », moutons de l’Impérialisme-USA.

Or, j’ai fait un rêve, j’ai imaginé que, par seul exemple, tout le Massachusetts au 19 ième siècle, aurait pu être envahi d’énormes masses d’émigrants venus, disons, d’Italie. Et qu’ils furent des « résistants », comme nous au Québec. Alors, siècle après siècle, s’installe à nos frontières, la culture italienne ! Maine, Vermont, New Hampshire et New-York state compris; voyez-vous ça ? Nous tous, touristes, visiteurs plongés dans cette vaste « Nouvelle Italie », quel bonheur !

Imaginable certes; un autre beau rêve : imaginez des hordes immenses d’émigrants qui, dès 1700, venus d’Espagne et s’installant partout à nos frontières. Comprenant même le New Jersey, Connecticut, Maryland et Pennsylvanie. Avec la Virginie ? Oui, « New Spania ». En automobile nous nous retrouverions plongés en culture espagnole, sa musique, ses chansons, théâtres, films, et cette si jolie langue !

À bas l’uniformité wasp et, comme tous ces touristes du sud qui estiment notre « vie française », ce serait « Viva Nuovo Spania ». Bon, il est permis de faire un rêve ?

Allons plus avant dans ces hypothèse de migrations massives. Les Allemands en Pennsylvanie ? Ailleurs, les Polonais ou les Grecs, ou les Portugais, cela serait stimulant, formidable ? Adieu rouleau compresseur « only » anglo-saxon. Adieu immense lot d’uniformités avec toutes ces villes semblables, comme formatées, à « Colonel-Machin », à « Hamburgers-McDo », erc. Que vous soyez à Los Angeles ou à Boston, à Boston ou à Miami, au Texas ou au Colorado, c’est les mêmes « us et coutumes » et, partant, l’ennuie, un territoire en assommoir.

Rêvons même d’une grande « Nouvelle Europe » à nos portes. Un vaste « Domino » de lieux très divers. Aux cultures diverses. Oui, de l’universel et en vrai avec las fin de l’idiot-consommateur ! Nos Cormier, Sarfati, Cassivi, Dumas et coetera, pourraient varier leurs éloges. Terminée enfin la monotonie de ces publicitaires avachis, leur agenouillement sous l’actuel impérialisme-USA.

(30)

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SA CHÈRE JOLIE BULLE ?

Par trop de jours pluvieux ces temps-ci, l’auguste félin, Valdombre, roux chat souverain,vient souvent s’asseoir sur le sentier de dalles qui conduit au lac. Il y reste figé regardant le lac. Que guette-t-il ? Mystère automnale. Ainsi, je descendais à pied la rue qui conduit au GIA de Sainte Adèle en Bas,  il pleuvait ce tout récent matin-là et je l’aperçois qui grimpe. Elle. Voir sa silhouette en une sorte de crucifix marchant en ascension ardue. Oui c’est elle. Qui peine à chaque pas sous la pluie battante, sombre sculpture humaine aux bras levés, crucifiée dégoulinante. Je ralentis le pas, gêné. C’est bien elle. Nous rapprochant peu à peu, je distingue —personnage théâtral à tuque baissée sur le front— qu’elle tient sur son dos, les bras levés, ses sacs d’épicerie.

Être sans âge, forme clownesque au pantalon gonflé, tout mou, au blouson rabattu sur la chemise mal rentrée. Elle, cette gitane aux guenilles ruisselantes ce matin-la, que je croise et recroise. Qui fut, m’a-t-on dit, la fille d’un médecin adèlois. Qui fut estampée « pas fine fine ». Elle va et vient, on dirait, sans destination claire. Elle s’est trouvé un compagnon « de fortune », bougon mutique, jobber. Elle me voit. Je dis : « Quel temps hein ? » Elle m’a grogné un borborygme.

Rentrant du Calumet, armé de mes gazettes, je la reverrai, davantage dégoûtante, proche du « Sô Thaï » , neuf restaurant de mon  carrefour, plus mouillée que chat de gouttière. Ne pas oser lui parler. Par pudeur ? L’égocentrisme actuel ? Notre bulle. Tous on regarde dans la lucarne domestique, pour, ahuris,  voir une enfant de Chine qui se fait heurter, qui tombe au milieu de la chaussée…les passants qui ne s’arrêtent pas pour la secourir.

Ces mêmes jours voir, à Syrte, l’odieux despote libyen lynché, sanguinolent, crevant comme chien galeux. Ne plus savoir quoi penser. Le tyran aurait pu être mené au tribunal pénal international, non? En Chine, la fillette renversée va mourir, on l’a su. Et l’autre, gourou dont j’ai parlé qui souhaite la fin des nationalismes de l’univers (aussi des religions) pour l’obtention du bonheur mondial !

Au fond, ceux qui viennent s’isoleront davantage ! Avec le I-Pod de l’inventeur Steve Jobs, bien vissé aux deux oreilles. David, mon cher petit-fils littéraire se fait voler le sien en plein cœur de Bogotà ! Mon vieux matou fixe toujours l’eau du lac, je songe à la pendue à ses sacs d’épicerie, à la gamine de deux ans couchée dans la rue, au dictateur ensanglanté qu’on assassine à Syrte (où il était né). Réjean Ducharme écrivait : « Mon Dieu dans quel trou m’avez-vous mis ? » Vie quotidienne actuelle contenant aussi la douée Nathalie-à-pétrole ( de La Presse), heureuse de ses « mille chansons » au fond de son sac mais pointant —en Chine tiens— ces usines à I-Pod où un demi—million de mal payés s’échine 60 heures par semaine pour assembler la belle bébelle de feu-Jobs. Revoilà mon Valdombre qui pose son gros cul sur une dalle, s’immobilise face au lac. On dirait un bibelot chinois. Inutile.

LA VIE, LA VIE…


Ces jours-là, émoi en médias… un lion rôdait très à l’ouest de chez moi. Imaginez un ours polaire qui, en Afrique, rôde à Ouagadougou ! Ou un chameau errant à Saint-Sauveur ! Ou un gorille, mon cher Brassens, qui court dans les rues de Sainte-Agathe ! Un kangourou sur le Plateau ? Un éléphant à une fontaine du Vieux ? Ce lion en liberté, ce fut comme une subite percée de poésie, surréaliste pas mal ! Ça rafraîchit des sobres actualités télévisées. Ça divertit de ce faux pasteur « évangélik », un certain Cormier, pédophile avocassier qui dit : « C’est elle, cette jeune enfant, qui m’a séduit ! » Non mais… Diversion aussi d’avec cet Autrichien dément qui a profité salement de tous ces amis, parents, voisins « aveugles ». Voir à TVA Denise Bombardier qui s’enrage de la conne patience des cours de justice face à d’évidentes écoeuranteries. Elle en était toute pâle, comme ahurie, démontée, renversée et avec raison ! « Quoi, quoi, nous, on se mêle de nos affaires ! », voilà la funeste attitude des gens d’aujourd’hui. L’égocentrisme actuel, à la mode. Bien incroyable en cette toute petite ville autrichienne -chienne d’existence !- de n’avoir jamais rien vu. Le louche, le bizarre. Cela durant tant de décennies. L’atroce jeu pourri d’un dominant sur des dominées !

LA VIE, LA VIE…

C’est aussi -en ce jour du lion domestique qui a rompu sa laisse- trois rencontres amusantes : à 17 heures, à ma quasi-voisine École hôtelière, une gamine délurée à qui la jeune maman offre un petit gâteau enrobé de sucre. Rieuse, elle avale goulûment le crémage, s’en pourlèche les babines, en a plein les doigts d’une main. Quand je sors, accroupie, la maman lèche les petits doigts de sa fillette. Celle-ci me voit : « Veux-tu mes doigts, toi aussi ? » Elle rit. Je ris.

À 18 heures, en ma jolie piscine de L’Excelsior, s’amènent une autre maman et sa gamine. Elle fait l’acrobate dans une bouée de sauvetage. Je la félicite à chaque tour. En silence total mais fière, elle en rajoute, en invente. Quand elle me verra quitter la baignoire, enfin elle parle : « T’en va pas ! »

Ce cri ! Ému, je dis : « Il le faut car on m’attend. » Elle rit. Je ris.

À midi, ce même jour, un sosie très amélioré de François Avard sonne à ma porte. C’est un technicien de la populaire station-radio 98,5. Pressé, il m’installe vite, en riant, un poste domestique, avec mini-régie, fier microphone et chics écouteurs de cuir noir. Me voilà bien mieux équipé pour mes topos-télé de 9h 45. Mais, parti, me voilà privé du téléphone ordinaire ! Connexions erratiques ? Je suppose qu’il reviendra ?

LA VIE, LA VIE…

La vie, la vie… c’est aussi de ranger à la cave les tapis de coco, rouler la clôture à neige du parterre, râteler des restes de feuilles mortes. Puis de sortir nos deux bécanes, les donner à huiler, à graisser chez l’ expert de la jolie vieille gare du quartier Mont Rolland.

Mai et ravi, voir, si grossis, les bourgeons de nos lilas; le violet, les mauves nombreux, le si beau blanc. Éclats bientôt avec leurs fleurs tellement odoriférantes. On formera des bouquets. À offrir. Il y a les boutons des chèvrefeuilles qui s’impatientent, toute la nature, on dirait, semble s’impatienter. Ce si long hiver québécois ! Tant de neige en 2008 !

L’eau du lac, très haute, baigne tout le terrain. Mon quai -où « Monsieur » se cachait- a dérivé pas mal, comment le ramener ? J’y vais voir mais, sous la pelouse, la boue règne et je manque de m’éjarer ! Oups ! Chantons à la Beatle, « Here come the sun » ! Qu’il vienne, vite et souvent, pour assécher mon petit marécage.

La vie, la vie… c’est notre hâte d’aller pédaler tôt, aller petit déj (Paris talk !) en terrasse proche de la gare rénovée de Val David, là, où une proprio charmante, latino exilée, fait du bien bon café. La vie, la vie… ce sera aussi pour moi, dès le 16 mai, la piscine extérieure -chauffée- à L’Excelsior, qui va rouvrir. Youpi !

Pendant quatre fois dix ans j’ai été, comme tout le monde, obligé de vivre-en-ville pour bosser ici et là… Jeunes gens, souffrez et endurez les horaires obligés, patientez, la retraite viendra un jour pour vous aussi et vous verrez, ce sera un bon temps. Ce sera le temps d’avoir le temps. Par exemple, de rire à la vue d’une gourmande gamine-au-gâteau bien sucré, ou à celle, acrobate de cinq ans, à la-bouée-rouge. Aussi avoir le temps d’admirer du haut de la côte Morin, avant d’entrer chez l’ancien-Pep -Casa del Forno- ces tranquilles éléphants, nos montagnes bien assises, sereines bêtes à gros dos plein notre horizon. Gros patafoufs verdoyants assoupis et qui se sont formées en des temps immémoriaux. Ô mes Laurentides !

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LES AUTRES NATIONS, BORDEL !

« Look who’s talking, pourrait-on répliquer aux observateurs du « Time » de New York affirmant que la culture française est à bout d’énergie, finie ! Non mais… Pas une nation au monde n’est davantage tournée sur elle-même; un seul exemple ? Au vaste rayon-cinéma, nos cher amerloques sont incapables de faire regarder la version originale d’un bon film étranger. C’est le « remake » sauce USA, ou bien le néant !

USA c’est Narcisse incapable de tolérer – de goûter, d’apprécier- aucun autre reflet que le sien !

On a bien fait de répondre à Paris que c’est surtout en France que l’on peut trouver, dénicher, mieux connaître les cultures variées de la planète. Certainement pas aux USA.

À une moindre échelle, bien entendu, c’est au Québec aussi. Les donneurs de leçons étatsuniens se sont ridiculisés.

Ainsi, plein de braves « citoyens du monde », apatride, qui disent craindre notre nationalisme : « Une désolante soif identitaire, rapetissante et bien mal venue qui nous ramène à nos petits nombrils ». C’est l’accusation courante chez ces « internationalistes », la plupart tous tournés vers, seulement, les productions culturelles des grandes mégapoles culturelles.

Il n’y a de « bon bec » que de New York, Los Angeles-Holywood, ou de Londres. À l’occasion, Berlin, et, pas souvent, Rome. Ou bien Paris…hum… qui se meurt d’inanité bien sûr !

Seul a le « bon pas » l’impérialisme de l’Axe anglo-américain. Le soi-disant « universalisme » de nos auto- racistes va de pair avec gros moyens pécuniaires, « big cultural machine », grands chiards, gigantisme, patentes et technologies branchées, budgets faramineux.

Hélas, faut-il dire, il n’y a pas encore assez d’intérêt envers les autres cultures du monde. Oublions l’égocentrisme des Crésus culturels occidentaux, qui est insoignable et voyons lucidement une situation déplorable. Des lacunes désolantes. On sait peu, si peu, trop peu, « rien du tout souvent » sur les cultures étrangères.

Les organismes de diffusion d’ici -et ceux d’ailleurs aussi- tout médias confondus, font moins que « peu » pour faire connaître les cultures -savante ou populaires- de autres peuples de la terre. Que savons-nous, un seul exemple, de la culture de la Suède ? Ou de la Finlande ? Pourquoi donc…ce dédain, mépris, ignorance crasse, totale indifférence (cochez) envers tant de pays de notre univers ?

Que dire à propos de nos proches voisins, ceux qui vivent et créent juste au sud du prolifique pachyderme milliardaire. C’est anormal, à bas les cloisons consenties, acceptées depuis trop longtemps déjà ! Ce « criss » d’énorme paravent-USA qui nous cache tous les autres avec son fric et ses valets (à voyages payés) partout sur terre, comme ici.

Nous savons peu, si peu sur l’actuelle culture du Mexique -vaste contrée pas moins colonisé et dominé que nous- et, de même, le Mexique ignore la nôtre. Ainsi du Brésil, de l’Argentine, du Chili. Quelle tristesse culturelle ! Quelle auto-privation, c’est une honte au 21 ième siècle, changeons cela et vite.

Comment nous plaindre alors ? Cette bien triste réalité joue dans les deux sens : j’ignore tout de la culture actuelle de la Norvège et la Norvège ignore tout de la mienne ! Qui mais qui, quel média, finira par briser le monopole de New York-Hollywood-Londres… et parfois Paris ? Il en va de la bonne santé des créateurs du monde entier. La Hollande nous est une inconnue tout comme le Danemark. Ça n’est pas correct, ça n’est pas normal.

Certes, notre identité culturelle importe énormément, amis nationalistes, elle nous est nécessaire, vitale. L’identité des autres pays aussi. Pour ma part -et il était temps-, j’ai commencé à fouiller (merci cher Internet !) sur la culture de la Finlande. On découvre que d’autres petits pays contiennent de féconds créateurs. J’y découvre d’étonnants sujets d’admiration et pas seulement dans son histoire de « Résistance » au gros voisin. Du temps de la fédération-URSS, empire encombrant. Exemplarité là-dessus et nous savons de quoi il s’agit, nous avons un tel gros voisin n’est-ce pas, suivez mon regard dociles « propagandistes », serviles courroies de transmission ! La petite -et culturellement riche- Finlande a des enseignements à ce sujet à nous révéler. Essayez ça pour voir. Stimulant, je vous en causerai un jour; étonnant, vous dis-je.

Journaux, radios, télés, personne pour s’y intéresser le moindrement. Colonisation des pupitreurs, colonisation sinistre et acceptée du one way. Paresse indicible des médias suiveurs; le dire et le redire : si les rédacteurs tous azimuts cessaient un peu -au moins un peu- de rester assis et vissés aux téléscopes-USA !

Ô soucoupes-antennes du West Island ! De Côte des Neiges. De l’Extension Park !

On s’enrichirait très valablement et on ferait mieux mentir -par nos curiosités des autre cultures- nos chantres d’un « universalisme » bidon, à sens unique, New York-Londres-Los Angeles. On ferait mieux enrager nos encenseurs hypocrites d’un « internationalisme » bidon. Exemples à Montréal : tous ces Cormier, échotiers zélés des États-Unis, de l’art anglo-américain, tous ces Brunet, zélotes publicistes USA.

Le frissonnard de notre normal nationalisme aura honte à chaque fois que l’un de nous, patriotes à l’esprit ouvert, lui causera -dans le creux de l’oreille- à propos des cultures des autres; que ce soit celle de la Suède ou celle de l’Irlande ou… du Venezuela. À bon entendeur… à vos recherches, études et appréciations, amis, c’est urgent. Il y a une vie culturelle hors les falotes extravagandas ruineuses made in USA, qu’on se le dise.

« ET MOI, ET MOI ? » (air connu)

Ça parle au yable ! Un sénateur riche et puissant, lit-on dans nos gazettes, invite à un repas privé le député et chef de l’opposition, le jeune Mario Dumont. Et moi, et moi ? Jamais de ces alléchantes invitations ? Pourquoi donc ? M. le fier sénateur veut sonder « les reins » de son homme encore inconnu. Méfiance ? Et mes reins à moi ? De la schnoute ? C’est bin pour dire hein ? Un écrivain, bof, on lui donnera des médailles un jour ou l’autre. Mais pas de ces oiseaux à notre table ! Oh non ? On se souviendra de la ruée des « puissants », discrets et pressés, un midi, vers un club privé afin de rencontrer ce jeune nouvel élu ! Hélas, un reporter de télé les montra, comme honteux, embarrassés, chapeaux baissés, filant vers leur caucus « secret ». Tout cela pour vous parler des « importants ». D’un monde à part. ET qui veille sur leurs intérêts : « Qu’est-ce que ce nouvel arrivage politique va faire ? Nuire aux entrepreneurs trop entreprenants ? Faut savoir, alors, allons bouffer en chic club privé et questionnons un homme qui pourrait bien se retrouver aux commandes de l’État. »

Pis toi mon petit bonhomme, silence, il y a la démocratie et tu iras poser ton « X » en urne (de carton). Ma mère et mon père me parlaient « des gros », de ceux qui mènent. Je sentais comme un mystère. Quoi ? Il y avait donc des citoyens au dessus des autres ? Évidemment, nous savions, même enfants, qu’il y avait une classe sociale au dessus de nous, les riches. Cependant l’on s’imaginait que tous étaient égaux, et pas seulement devant la loi mais comme électeurs. Mensonge. Avec l’âge, l’innovent gamin, apprendra. Qu’il y a, non seulement le favoritisme (nommé jadis patronage), mais des cercles où la sélection va de pair avec le pouvoir. Qu’il y a « des » pouvoirs. Qu’il y a la caste dite des démarcheurs, mieux connu sous le nom de « lobby ». Même un efficace tribun populiste comme René Lévesque devait mettre en marche des rencontres « au sommet », en hôtels chics, avec buffets luxuriants, où l’on essaya de réunir les intérêts « des gros » avec ceux des travailleurs.

Ainsi au vaste domaine du puissant magnat Paul Desmarais, dans les hauts de Saint-Irénée, il y a eu, et il y a encore, de fastes fêtes. Co-patron d’une immense compagnie commerciale en pétrole français, Desmarais recevra même un président (M. Chirac) ou tout autre grand ministre important. Vous pouvez bien gagner le Nobel de littérature, c’est futile, il n’y aura pas d’invitation à ces plantureuses agapes dans les immenses jardins de l’oligarque en Charlevoix. C’est en un tel party aux allures monarchistes que se traitent « les affaires ». Ces oligarques détiennent d’immenses influences et sont capables de pressions inouïes. Liberté ? Aux ordres, la presse comme les politiciens. Avez-vu ? Sarko élu, vacancier choyé sur un super-yatch de richard autour de Malte ? Il y a pas bien longtemps on a vu, à Venise « sioupla », un caucus festif d’un milliardaire (boss de Vivendi), y étaient présents les grands patrons en médias : radio, télé, presse. Le gratin en communications… et donc manipulations. La liberté des journalistes ? Ouen. Desmarais, proprio de La Presse (et de tant d’autres canards) choisit « son » homme de confiance, le directeur. Ensuite ce dernier choisit « son » éditorialiste. Ce dernier contrôle les chefs de pupitre. Voyez-vous la chaîne ?

Quoi faire ? Allez emprunter à votre biblio un tout récent bref ouvrage instructif : « Comment les riches détruisent… » de Hervé Kempf. L’auteur parle de l’égocentrisme le plus souvent a-social des « crésus » de la planète. Il révèle que « le mal » de la surconsommation (engendrant pollutions et gaspillages) est ancien. Qu’il vient du deuxième instinct -après celui, fondamental, de « conserver la vie »- l’instinct d’imitation. UNE ENVIE HUMAINE irrépressible : copier le riche, source de tous nos maux. Kempf dit qu’en 1899 (!) T.Veblen publiait « Théorie de la classe des loisirs », un ouvrage débusquant cette « racine » de nos dérives. Kempf souligne aussi un autre livre. Écrit bien avant le bouquin sur ce même sujet « Le don » de notre sociologue Jacques T. Godbout. « Essai sur le don » par Marcel Mauss (1923). Ces deux auteurs pointient le coupable : nous. Toi, lecteur. Moi. Notre manie de vouloir copier le riche du palier juste au-dessus. Adepte, mais piteux, de « la simplicité volontaire », je résiste au cellulaire, à la télé numérique, HD, etc. et parfois je succombe, l’ordi à haute vitesse). Reste mon sujet : les rencontres, les sordides et intéressés « pré-arrangements », les accords clandestins entre élus-du-peuple et les « gras-durs ». Surveillez bien, du fond de votre cour, vos chers élus s’embarquant avec limo et chauffeur pour un party privé. Ces dîners en beaux jardins défont illico votre pauvre petit bulletin démocratique, hélas !

« SANTA CLAUS-GODBOUT ? »

Fin du Québec français en 2076, dixit un prophète de malheur. Aperçu, rentrant de Paris, mon Jacques Godbout venu entendre l’étonnant Fabrice Lucchini sur Céline (l’autre), il m’a paru en bonne et belle forme. Or, on vient de lire dans « Actualité » qu’il prévoit son prochain tombeau et aussi celui du Québec, il entraîne à son cimetière son interviewer, Vastel. Diable ! Avant de crever, il avertit les populations : « Après moi le déluge ! »

Godbout annonce donc la fin (solution finale) de la québécoiserie et donne même une date précise : 1976 ! Seigneur ! Nous sommes du même âge, Jacques et moi mais voyant tous ces jeunes adhérer à l’indépendantisme avec le jeune chef André Boisclair, voyant aussi —un exemple entre plusieurs autres— la nouvelle fougue patriotique des jeunes rédacteurs du mensuel Le Québécois, son verdict de mort annoncé, comme dirait l’humoriste, «c’est nettement exagéré ». J’ai grande confiance aux jeunes générations pour poursuivre l’essentiel combat d’un coin d’Amérique du nord tout en français. Quelle mouche l’a piqué ?

Camus écrivait: « Il est interdit de décourager les hommes », Godbout —tel le Meursault de « L’étranger » (lecture actuelle de W. Bush)— tue. Il tue l’avenir, il tue l’espérance, il assassine un idéal. Comme Godbout, froid, hautain, indifférent, cynique, le héros de « L‘étranger », Meursault, ne s’explique pas. Quant à l’ex-élève du chic Collège Brébeuf, il avance sans rire que sans le « cher bon vieux cours classique » des curés d’antan, il n’y a plus aucun progrès.

Une nostalgie surprenante pour ce militant de laïcisme. S’agit-il d’une sorte d’égocentrisme ? Tel le grand chef revenu d’exil, un Papineau découragé, amer, qui recommandait en fin de vie de nous annexer tout bonnement aux USA ! Dans le trafic nouveau, on a envie de bousculer certains défaitistes en leur disant : « Move Santa Claus, move ! »

Jadis, Godbout m’a qualifié d’ « excellent baromètre de nos humeurs » et j’ai dit à cette époque qu’il était « un excellent dé finisseur de nos situations ». Le temps a passé. Déçu et serein néanmoins, Godbout palabre légèrement sur les futurs jeunes pèlerins venus à son cimetière. Eh bien, oui mon Jacques, en 2076 il y aura encore des Québécois jeunes et fiers qui iront « cracher » (ô Boris Vian !) sur ta stèle illustrant que le combat continue. La Grèce a attendu de nombreux siècles avant d’obtenir enfin son entière liberté, pas vrai?

Tel un Jacques Parizeau, son interview fait voir sa méfiance des nouveaux venus. Cela avec un zest d’arabophobie. Or, qui ne connaît pas des maghgrébins —par exemple— ayant pris position en faveur d’un Québec libre ? Aimant ce romancier et cinéaste doué, j’ose croire à un moment de déprime et souhaite qu’il s’en sorte au plus vite. Jacques, en 2076, les petits-enfants de tes petits enfants, parleront français, vivront en français, allons, allons !

  • publié dans le Devoir
  • DES NOUVELLES DE MAURICE ?

    Vous en aurez bientôt des nouvelles de Maurice car, après avoir drainé en ville presque deux cent millions de notre argent public pour sa « grande » bibliothèque, « grande » Lise Bissonnette va se plonger dans les lettres de Maurice. Sand son nom de famile. Avez-vous hâte de lire ça vous ? Rien à propos de littérature québécoise ! D’une…disons, Germaine Guèvremont ! « Si-tellement-moins » attirante ? Cher Montréal « mégalopolis » et ses dévoués servites, venus parfois d’Abitibi ! Imaginez le bonheur : l’État aurait mis quelques millions de piastres en bonne part pour les livres des écrivains vivants, jeunes et moins jeunes, et cela dans toutes les biblios publiques dans chacune de nos 9 provinces québécoises ! Il serait resté une centaine de millions de « belles piastres » pour la-jolie-patente-à-persiennes (de bouleau), rue Berri.
    Bon, trêve de regrets, ce qui est fait est fait. Aussi je vous donne des nouvelles, non pas du fiston de madame Sand, mais d’histoires inventées ici. Par des gens d’ici. Chauvinisme ? Allons ! Regardez aux USA, ou en France, vous verrez la normalité (ils ne sont ni aliénés ni colonisés) qu’il y a à s’intéresser aux livres qui nous illustrent. J’y vais : achetez, louez ou empruntez l’étonnant et excitant récit (Alto éditeur) d’un certain Nicolas Dickner venu du Bas-du-fleuve. Titre bref :« Nikolski ». Le nom d’une ancienne boussole ! Un titre de roman adéquat, emblématique, car les personnages de Nicolas Dickner sont perdus. Cette belle Joyce-Suzie, orpheline désaxée, exilée au marché Jean-Talon de son cégep de Sept-îles et cet autre orphelin, fougueux Noah, au papa faufilé en îles du Pacifique-nord, à la maman en roulotte qui dérive dans les plaines du far west sont des itinérants. Récit à vif, rieur, léger. C’est un conte de dix ans. Bourlinguage à deux destins absolument fous, récit abracadabrant qui nous donne à voir une littérature d’ici neuve. À lire.
    Des nouvelles de Martyne maintenant ? Rondeau son nom de famille. Voici avec son « Ultimes battements d’eau » ( XYZ éditeur), une prose comme obligée chez les débutantes depuis quelques années. Rien à voir avec « LE SURVENANT » (fort bon film d’Éric Canuel, soit dit en passant) ou « SÉRAPHIN ». Oh non ! Ces « Ultimes battements d’eau » sont le récit inchoatif, quasi psalmodié, où le jus cru des expressions coule à flot, dévaste. Un discours intime ravageur, corps qui brûle. Amour comme voile en lambeaux au mat creux d’une existence funeste. Ces actuelles « zistoires » de sexe, de sueurs, de sang, de sperme, se ressemblent. Voir dame Bismuth, ou Audrey Benoit, ou Nelly Arcan. Martyne Rondeau, venue de Lanaudière, sortie savante de l’Uqàm, enseignante savante en cégep est devenue experte en « lettres ». Elle finira de nous épater bientôt, cessera de nous éblouir, décidera (ou non ) d’écrire sur… les autres, sur nous, pauvres de nous ? Ses talents y feraient florès avec un « survenant » du 21e siècle ! Superbe car elle écrit bien mais l’égocentrisme lasse en fin de compte. Chère Martyne (avec un y grec !), plusieurs passage de vos « Ultimes battements… » prouvent hors de tout doute vos dons. Ils émeuvent. Composez désormais en vous éloignant de votre nombril (malmené par un jeune tyran), abandonnez une sorte de…quoi donc ?, de malodorant égotiste comme dans ego-trip. J’en ai parlé ici, un Jean Barbe (auteur de « Comment devenir un monstre »), lui, a su raconter avec un art étonnant un « monstre naïf ». Comme on dit « un peintre naïf ») Un bon gaillard garçon initié jeune à la cuisine, installé de force dans ces Balkans en guerres ethniques et qui va jouer de ses couteaux sur… des humains. Réussite horrible totale. Barbe prouve nos jeunes écrivains capables de narrer efficacement sur « loin, hors du territoire national ». C’est excellent et il vient de se mériter un prix. Cela ne sert à rien, il le constatera, mais fait plaisir.
    Maintenant je me prépare à lire « L’homme-café » de François Désalliers (Québec-Amérique éditeur) et puis, de Louise Desjardins, « So long » (stupide manie parisienne des titres à l’américaine !). Pendant que Dame-grande-Lise commentera le Maurice-à-maman-George et qu’un Lucien Bouchard, autorisateur du grand local, re-redécouvrira ses classiques-Galimard, notre littérature vivante, elle, celle qui se fait, qui se débat, qui nous appelle « au secours », reste sur les tablettes de nos libraires et de nos bibliothécaires ! Viendra-t-il (comme pour nos bons films) le normal intérêt —sinon l’engouement— pour ces jeunes filles et gars qui nous composent des livres sur hic et nunc ? La vie vraie de notre littérature l’exige. Sinon, avec ou sans 176 millions de dollars, « l’art qui se fait » crève et Lord Durham aurait dit vrai : « une nation sans culture ». Tenez, je suis plongé dans « La mort au corps » (Tryptique éditeur), eh bon yeu de symonac de tabarnac de « famille-je-vous-hais » ! C’est effrayant ! Trop vrai ? Mal au cœur du début de ce « La mort au corps ». Désespérantes visions d’un gamin trop lucide, pas chez George Sand, ici, boulevard Léger, boulevard Lacordaire en un Montéal-Nord à bungalows. À sous-sol « fini ». L’enfance enterrée dans la cave. Le garage de poupa, sa tondeuse, ses « Passe-moi donc le tournevis ! » Un paternel défroqué, une maman ex-infirmière, thérapeute commercial inquiétante ! Ce jeune Éric McComer fait peur avec de nouveaux cris, un nouveau joual et ce nord-est d’hier, pas le « monrial-mort » de V.-L. B. Je lis, subjugué, je vous en reparle. Merde, lisez Québécois, je vous en prie.

    Le lundi 20 mai 2002

    Le lundi 20 mai 2002

    1-
    Le soleil, le petit verrat, se montre tôt et quand vous êtes sur le piton, cafés bus, journaux lus, pouf ! disparu l’astre des astres ! À moins de vêtir nos costumes de skieurs de fond, pas moyen d’aller randonner sur la piste du « petit train du nord » …je voudrais bin essayer mon neuf vélo moi ! Coup de fil tantôt. Des Trois-Pistoles. Mon nouvel éditeur V.-L.B. Semble content du Réginald Martel (La Presse) et aussi du Louis Cornellier (Le Devoir de samedi dernier) . En effet, deux bons petits papiers pour notre « ÉCRIRE », le mien (de cette collection « vlebesque ») s’intitulant : « Pour l’argent et la gloire ». Cornellier (aussi prof au cégep de Joliette) me nommait : « L énergumène ». J’aime ça.
    Mon cher Vic s’informe : il a bien reçu le stock du journal J.N. pour janvier. Je lui dis que février allait partir bientôt sur internet pour lui. Je lui dis en riant : « Devrais-je lire le journal de Jean Paré pour me stimuler, il vient de paraître, tout l’an 2001 ? »
    La mode journal grandit ? Formidable. Des articles sur le journal de J.P. laissent entendre que l’ex-directeur de « L’Actualité » y va surtout de son métier : éditorialiste. Une entrevue raconte qu’il a « de la terre » en masse, à perte de vue, à Stanstead, et que des cerfs viennent y musarder. Le chanceux, le « crésus » —c’est si payant servir « MacLean and Hunter » ? Dans son journal, il passe…des mois ! Des mois ?
    Paré semble une sorte de châtelain, un « farmer’s gentleman ». Moi, j’en deviens un roturier de basse extraction avec le tout petit terrain au bord du lac. Mais, Paré, lui, a-t-il ce joli tout petit lac laurentien à ses pieds ? Ah !
    Mon Victor-éditeur se cherche une nouvelle complice car sa Katleen a mis les voile (!). Dans son village lointain du Bas-du-Fleuve, « pas facile, dit-il, de dénicher une habile aide-littéraire pour révision, pré-production », etc. Il travaille à son projet de neuf téléroman ces temps-ci, je crois. Pris, très pris, mon barbu matamore, ex-Bouscotte vieilli. N’ai pas osé lui dire que le diariste pourrait ralentir (beaucoup) pour l’été qui vient. De toute façon, il va publier (cet automne ) « janvier-juin 2002 »… d’abord. On verra bien pour la suite.
    Me voilà pris avec une autre commande, torrieu ! J’avais promis — il y a un an— à la « magnifique » Soeur Gagnon, âme active et fondatrice de « La Maisonnée » dans « La petite patrie », un paquet d’aquarelles inédites qu’elle pourrait vendre pour ramasser des fonds. Pour son œuvre —les femmes démunies de son coin. Elle vient d’acquérir — déménageant de son pauvre petit logis-refuge— le grand presbytère Saint-Jean de la Croix, rue Saint-Laurent, angle Saint-Zotique. Au cœur de « La petite Italie ». Son voisin sera donc cette « Église-vendue-en-condos ». Or, une dame me contacte par téléphone samedi matin : « Oui, ça va se faire votre expo, aiguisez vos plume et mouillez vos pinceaux M. Jasmin. » Elle veut jumeler l’expo avec l’installation d’une sorte de centre culturel dans le sous-bassement de l’église Saint-Arsène, rue Bélanger. Elle dit loger rue Liège angle Saint-Denis et a à cœur de ré-animer un esprit « petite patrie » chez les résidants du quartier.
    J’ai tenté de la décourager mais c’est une farouche acharnée et aucun de mes arguments n’ont pu lui faire baisser les bras. J’admire cela. Elle vient donc me rencontrer, ici, demain matin pour discuter de cette « affaire » caritative et culturelle.
    Bigre ! Diantre ! Sacrebleu ! M’installer, tout l’été, à mes tables à barbouiller à l’atelier-cave ? Aile m’en grondait déjà tantôt. « Non, lui ai-je dit, je poserai mes couleurs dehors, en plein air ».
    Je dois vite maintenant contacter Sire Graveline (chef en éditions pour VLB, Ville-Marie, Typo, etc.) qui a les droits du livre (« La petite p. ») pour qu’il accepte la publication du récit populaire avec mes aquarelles. Ces tableaux —les originaux— seront donc exposés et vendus par la suite. Au fond, c’était un vieux projet chéri et abandonné (par paresse) et voilà qu’en y étant comme forcé, cela va se réaliser maintenant. J’espère. Ainsi je singerai le célèbre Clarence Gagnon et ses illustrations fameuses du roman de Louis Hémon : « Maria Chapdelaine ».
    Ouf, du boulot !
    2-
    Remue-ménage dès vendredi quand le jeune géant, mon David, (20 ans à peine) —l’aîné d’Éliane et Marco— s’amenait pour le week-end. Un goinfre ? Un gouffre. Son bagage posé à l’étage, il va voir dans notre frigo. Pas grand chose. Nous n’ achetons —tous les jours— que la seule bouffe du souper. Le vide sous ses yeux ! Lippe maussade ! Rien à dévorer ! On rigole !
    Aile qui n’aime vraiment que les garçons —elle s’adonnait mieux avec les mâles, camarades réalisateurs, acteurs ou techniciens, à son travail !— observe attentivement le jeune phénomène. Elle en a eu pour son… argent. David est d’un genre…naturel et franc. Il n’a rien à cacher, est bien dans sa peau et rétorque vivement à tout questionnement.
    Moi aussi je suis curieux des us et coutumes de cette neuve génération. Un spectacle étonnant dimanche : David a son baladeur sur les oreilles parfois, ce qui ne l’empêche nullement de dialoguer avec nous ! Il a apporté trois manuels scolaires car il tente de faire deux bacs en même temps à Concordia, il regarde le hockey à la télé d’un œil, répond à nos questions et, de l’autre œil, étudie (!) ses livres…Un phénomène, non ?
    Je lui ressemblais. À Radio-Canada, j’aimais, un temps, plus jeune, crayonner un décor sur ma table à dessin, jaser avec un camarade venu écornifler dans mon cagibi, et parler au téléphone avec un réalisateur anxieux de son décor. Tout en fumant et en buvant une bière. Jeunesse folle ?
    Samedi soir, avant le film loué, « Sortie de l’enfer », David, en confiance avec son papi (?), se confie : « Je découvre peu à peu l’ambiance trop matéraliste à mon goût de ce monde du marketing, de l’économie, à l’université. Je voudrais pas me retrouver plongé dans le monde du « business only ». Aussi je songe maintenant, papi, à l’enseignement. Je ferais mon doctorat et je serais prof dans une université, ici ou aux États-Unis s’il le faut. Ça me mènera à quoi ? Vingt-cinq ans par là ? Ce sera plus long mais ça vaut la peine d’attendre, non ? »
    Je lui parle de « moa » à vingt ans : j’étais en deuxième année d’une école technique (la céramique), j’étais pas du tout certain de me trouver un emploi dans le domaine. Oh non ! Je raconte à David les douleurs (ordinaires) de cette « angoisse de l’avenir » à cet âge. Je sens que mes propos le rassurent un peu puisque « c’est toujours la même histoire ». À vingt ans, l’avenir est un fameux point d’interrogation. Je cause avec lui de hasards, de circonstances. Le jeune céramiste diplômé finira par être… décorateur (La Roulotte) et puis animateur dans les Terrains de jeux et les Centres de récréation… Et puis, nouveau hasard, scénographe aux émissions pour enfants à la télé.
    David sera bilingue, aura des connaissances solides en économie, et se passionnera toujours pour l’histoire (il adore) il sera donc, —peut-être— professeur. Je lui dis : « C’est le plus beau métier du monde ». Je le crois sincèrement. Je lui raconte aussi : « J’avais voulu l’être mais quand j’ai posé ma candidature (aux Arts appliqués), je découvrais que j’allais perdre quelques milliers de dollars — par rapport à mon job à la SRC et j’avais charge de famille ». Adieu donc le prof qui dort toujours au fond de moi.
    Dimanche après-midi, ramenant le beau jeune géant —qui porte un collier de barbe maintenant— chez lui, ma fille— à son si joli jardin avec mon Marco— me fait cadeau d’un pot avec, dedans, six arbres nains : érable à sucre , chêne, bouleau, amélanchier, etc. Nous avons, père et fille, la passion des plantes. Rue Chambord, un cerisier et un pommetier montraient feuilles et fleurs naines déjà. Le climat dans le sud (!) est meilleur. Ici, on attend les feuilles encore. Marc, chef de service (information) au Ministère de la Famille, dit avoir donner du boulot à des grévistes de Radio-Canada. Aile en a les yeux dans l’eau. Elle éprouve une peine immense de voir patauger tous ces « précaires » mis sur le trottoir depuis maintenant des mois. Elle enrage de voir « sa » chère Société couler irrémédiablement, elle qui y connut presque quatre décennies de bonheur parfait.
    3-
    David me dira que lui et ses copains n’aiment guères les discothèques —« trop bruyantes, on peut plus se parler personne »— et les bars « où les filles, dit-il, se dénudent tant qu’elles peuvent pour attirer, attiser, les gars ». Ils vagabondent plutôt dans des cafés. Je dis : « Et le théâtre découvert au secondaire et au cégep ? » « Plus le temps, c’est raide deux bacs. » Il lui reste la musique (ses chers rappeurs !), sa bonne copine —une belle fille, je l’ai rencontrée, venue avec ses parents de San Salvador. Et des livres d’histoire, son dada.
    Et la danse, David ? « Discos archi- bruyantes ou rien, m’explique-t-il. Nous autres, fin des années ’40, avions des lieux : l’Union des Latins d’Amérique rue Sherbrooke, le manège du CEOTC, rue Berri, le « Peace Centennial School », rue Jean-Talon, etc. Eux : rien si ce n’est le bruit infernal !
    Dans ses cours d’histoire, lui et cinq de ses camarades, francophones de souche, « étrivent » un peu leur prof. David me montre des chapitres de son manuel d’histoire (du Canada). On rigole. On pouffe de rire. Les notions enseignées versent dans le merveilleux « plus meilleur » Canada fédéraliste. Il est resté farouchement patriote québécois, ce qui me rassure.
    J’en profite aussi pour monter la nécessité de la lucidité. Je ne m’empêche pas de lui souligner certains bienfaits enseignés par nos conquérants. Cela existe. Craindre, toujours, le fanatisme. Nous sommes, là-dessus, tous les deux d’accord.
    Nous visionnons une cassette, vendredi soir : « Allégria », spectacle très costumé du cirque du Soleil. Hélas, pas fort à la télé. Le cirque n’est pas du tout télégénique, il faut y être. Ennui donc. Avons observé l’ « Hannibal Lecter », génial Anthony Hopkins, répondre avec intelligence au sieur goguenard, toujours fort bien documenté, le Lipton de « Actors’ studio ». Bien belle heure de télé. David très attentif.
    Samedi matin, coup de fil de mon fils à Aile. « Avez-vous vu Le Devoir ? Mon père se fait fêter, très bon article de Cornellier pour son petit dernier.» Aile —je l’adore— court vite acheter les journaux pendant que je patauge dans la baignoire.
    En soirée, eaux gazeuses (on avait prévu), pop-corn, croustilles, noix, raisins verts ou rouges, tout se vide à très haute vitesse avec le jeune ogre David en Gargantua ! Aile n’en revient pas. Mais ce gaillard est frileux. Découverte d’un tas de draps (!) sur le lit de David samedi matin ! Aile le gronde amicalement. Il n’avait pas vu le thermostat au mur, il ignorait, au pied de son lit, la commode aux couvertures de laine. Ainsi, il ne voit pas serviettes et débarbouillette sur un meuble, mis là exprès pour lui. Bizarre !
    Mauvais temps. Pas ce vélo donc. On ira faire —en apès-midi— un « tour de machine », comme on disait enfant, pour lui montrer de « grosses cabanes » ultra-bourgeoises vers Sainte-Marguerite. Il regarde l’opulent étalage de ces amateurs de « bunkers » luxueux l’œil froid et puis parlera de — bientôt— devoir se louer « un petit appartement, quelque part ». Enfin, il est content de s’être déniché —il vient de l’apprendre— pour les vacances, un job de « maître-nageur » et sauveteur à la piscine —olympique— du parc Sophie-Barat, si près de chez lu. Il a les diplômes voulus. Soudain, bailliages, David : « On dirait que le grand air du nord m’endort ! » On rit. On rentre.
    Il ne faut pas louer « From hell », un film mal fait. Décors et costumes, du « Londres de 1898 », fameux cependant. Un récit tarabiscoté, bien saignant , tiré d’un album de b.d. Hypothèse : le fameux « Jack l’éventreur » serait un franc-maçon, chirurgien (de la Reine Victoria)et bien malade. Erreur d’avoir loué ce « From hell » et trio de déçus samedi soir. Quand le Jack-chirurgien coupe et découpe les malheureuses et sympathiques prostituées de Whitechapell, notre Géant-David détourne la tête. La vue de tout ce sang !
    Jeune, je ne supportais pas (mon père, c’était pire, l’évanouissement). Je me suis soigné, ayant appris qu’il s‘agit de ne pas « vivre » le rôle de la victime, ne jamais se mettre à sa place, (paranoïa conne), de vite se distancier, de vite percevoir que c’est du…cinéma, d’examiner alors les rouages de la mise en scène. J’explique le procédé à David et il regardera davantage après. Sans crier.
    4-
    Une amie raide, la chère France : « Claude, comment croire qu’on est assez intéressant pour publier de son journal intime ? » La démone ! M’expliquer : envie de mettre sans cesse : « Et vous ? », « Vous aussi ? Comme moi ? », « Sommes-nous semblables ? » Vérité. Je ne le fais pas. Cela va de soi.
    Le journalier espère qu’ au fond des choses, c’est cela, se livrer dans un journal, chercher les points communs. Espérer qu’il y a plein d’autres humains qui vivent la même situation. C’est souhaiter sans cesse qu’il y aura des lecteurs pour dire : « C’est vrai. C’est exactement comme ça que je réagis moi aussi. » Et si vous arrivez à trouver un gros lectorat qui se retrouve dans vos écrits, c’est un succès. J’aime lire du journal. Il y en a trop peu. Trop des journaux des « grands littérateurs » sont trafiqués. Sont trop « écrits », mesurés, calculés, repris, corrigés. Du mensonge alors. Jean Paré, avec raison, dit craindre ce « ravaudage » après les aveux. Ce qu’il n’a pas voulu, lui, trop se corriger, afin de faire vrai, spontané. Il a raison. Ce que je fais aussi.
    Idées, émotions, sentiments, opinions, ne sont valables que s’il y a ce lecteur qui compare, qui nie parfois, qui a envie de protester même, ou qui est d’accord. C’est formidable quand il y a, souvent, concordance. Rien à voir, chère France, avec la vaine fatuité, la détestable vanité, l’exhibitionnisme quoi.
    Reste que des tas de gens —pudeur, sentiment d’infériorité, identité mal assurée, crainte d’être jugés— n’oseront jamais se livrer en diariste. Vocation ? Oui. Recherche compulsive de complicité, de solidarité ? Oui, je l’affirme. Mes contempteurs, bien entendu, peuvent continuer de crier :égocentrisme. Je n’y peu rien et que ceux qui aiment mes proses ne m’abandonnent pas, Seigneur !
    5-
    David étonné. Nous discutions des actualités :Kosovo, Kamikazes, intégristes, antisémitisme, Islam, Cachemire, Palestine, Israël etc.
    Aile surgit de la cuisine et lâche : « Maudites religions aussi ! Elles font naître ces guerres partout ! » David se redresse, il est de foi prostestante, pratiquant, songeait même à aller à un office le lendemain matin, dimanche, à la coquette chapelle du coin de la rue du Chantecler. Il explique calmement que le danger réside à appliquer « littéralemet » — et, dit-il, « littérairement »— les livres de religion anciens : Coran, Thora, Bible.
    J’apprécie la distinction de David. Je tente de calmer la soudaine fougue a-religieuse d’Aile, lui dit que la religion est souvent un besoin de spiritualité très valable. Elle finira par l’admettre. Justement, à TV-5, dimanche soir, face à trois savants qui publient pour fustiger l’irrationnel —des invités de « Campus »— l’animateur Durant avance : « Que pensez-vous de la religion, une affaire de philosophe, une affaire de poète ? » Les scientifiques hésitent à répondre. Je guettais. L’on bafouille. Rien de clair. Puis : « La religion comble, rassemble, tente de rassurer ce que la science qui est , forcément, partielle », dit le savant Changeux. Voilà le succès de la religion.»
    Ces illustres chercheurs (et trouveurs) en avaient surtout contre la montée des amateurs astrologues, la vogue des signes du Zodiac, les sorciers-escrocs d’aujourd’hui, les gourous à gogo, ces « témoins » d’Ovnis à une télé très fréquemment consacrée —« pire qu’avant »—aux parapsychologues, etc.
    L’un du trio : « Nous souffrons collectivement d’ « analphabétisme scientifique » et c’est très grave. » Il y avait Charpak, (prix Nobel) déclarant, solennel : « Nous serons 9 milliards dans 50 ans, non plus 6 milliards comme aujourd’hui. Et ça augmentera. Danger :pollutions diverses, effet de serre, etc. Faut prévoir. La science seule peut nous aider à organiser l’avenir. »
    Guillaume Durant ose parler des difficultés de comprendre la science : « Tout serait donc chimique, messieurs, en fin de compte. Électrique quoi ! C’est vite dit. Ces neurones, ces cellules et leurs synapses tout cela n’est pas facile à appréhender, admettez-le ».
    Silence sur le plateau.
    Changeux éclate : « C’est le seul prodigieux organe humain, le cerveau. Il est capable d’être, beaucoup plus qu’un organe fonctionnel, comme coeur, poumon, reins, d’organiser, il forme d’innombrables réseaux à milliards de connexions. Il permet tous les raccordements, c’est inouï, non ? »
    C’est le Durant qui se tait.
    Moi de même… qui aimerait tellement être plus savant. Qui tente parfois de lire (et de comprendre), les recherches physiques modernes. Mais oui, je reste un « analphabète scientifique », hélas, comme tant d’autres.
    Dimanche soir, avant les savants, Devos et deux autres « comiques », connus en France —Dany Boon (!) et Fellag— commentaient un livre sur l’humour et ses lois. Un quatuor de sourds et puis ça va trop vite. Personne ne dit rien de substantiel.
    Je m’ennuie de Pivot. Je l’ai dit.
    Il y avait meilleures conversations sur des livres. « Campus » embrasse trop large. La portion finale avec les livres nouveaux et leurs critiques —dont une épivardée, Léglise son nom, qui a un accent insensé— me semble vaine. Je m’ennuie de Pivot, bon !
    6-
    Vu à la SRC —en reprise ?— l’acteur Dumont, patron chez Duceppe, s’entretenant avec Charron. Conversation aimable. Jasette sans prétention. De la télé pas cher. Repos des esprits. Badinage. Révélations en mineur. Michel Dumont, d’entrée de jeu, avoue avoir eu envers son mentor, Jean Duceppe, une relation « père-fils » tout à fait comme son interrogateur, Claude Charron pour René Lévesque. Il lui disait « vous » et « monsieur Duceppe », pourtant, jusqu’à sa mort. Vénération totale. Charron, lui, on le sait tois, ira jusqu’à tahir ce « père ». Voudra même le voir démissionner. Disparaître. Colère du chef à cette époque (1972-1973 ?). Dumont, lui, n’a jamais contesté son admirable « père » tout en avouant ses colères subites effroyables à ce Duceppe, peut-être maniaco-dépressif.
    Jamais je n’ai eu un tel engouement durable pour un « plus vieux que moi ». (Et vous ? Et vous ?) Mystère à mes yeux ce besoin d’un « père spirituel », d’une idole, que dis-je, d’une icône. Souvenir : entrant au collège Grasset, nos devions nous choisir un « père spirituel, un confesseur quoi ? Des grands me dirent : « Chosis le père Lachance, il est à moitié sourd et endormi et endormant, il te fichera la paix totale. » Je l’avais élu volontiers ! Et puis la paix !
    Tout en lisant, hier soir—avant « Campus »— revu à la SRC (reprise ?), « Le temps d’une vie » de Roland Lepage. « Très » adapté pour la télé par Cyr. Cette Sylvie Drapeau (la mère) est une comédienne tout à fait hors du commun. Incapable de lire bientôt…accroché totalement à cette misérable, pathétique, victime des temps jadis… et d’aujourd’hui. De la télé rare !
    Dans le jardin du petit château Chambord, rue du même nom, rencontre de Raphaël, fils de Roger Drolet, copain de Gabriel-le-trompettiste et amateur de poissons exotiques, le benjamin du clan-Barrière. Les deux partaient pour « La Ronde », question d’y obtenir une passe-saison, je crois. Comme pour le ski-alpin, ma détestation d’attendre en file indienne au bas des appareils. Jeune, je négligeais le vieux « Parc Belmont » du boulevard Gouin, pour ces attentes à n’en plus finir. Est-ce que cela a changé ? Sais pas. Quand je dis à David :ce parc très populaire était une des possesions de Trudeau, il doute : « Hen, comment cela ? Trudeau était si riche ? » Je lui raconte la saga des « garages-Champlain », du club d’automobilistes, le C.A.C, propriétés du papa de PET, l’héritier… écossais par sa mère, une Elliott. Je remarque, une fois de plus, comment ces… historiettes fascinent la jeunesse.
    7-
    Remontés dans les Pays d’en hit, Aile et moi partons en promenade de santé. L’autre jour, prenant à gauche de la rue Morin, avions découvert les gras neufs pavillons du pas moins neuf « Chemin du Nomade ». Cette fois, bifurcation à droite, vers le Chemin Joli-Bourg ». Encore des condos, pas vieux du toit. Plusieurs construits dans des ressauts escarpés. Architecture bon marché ? Quelques cent mille tomates l’unité ? Autour, des boisés. Parfois d’immenses bouquets de gros bouleaux très blancs. Beauté. Des impasses partout , nous devons donc rebrousser chemin souvent. Impossible de dénicher un sentier menant aux côtes de ski de l’hôtel Chantecler. Mystère ! Les gens doivent-ils prendre la voiture pour aller skier à deux minutes plus loin ? Aile, avec raison, s’explique mal l’achat d’un logis qui est collé à deux ou trois autres. Le ski, les jeunes enfants ? Sans doute. Soudain un gamin dévale un chemin en pente sur son vélo. Le seul être vivant rencontré. Personne donc pour promener sa carcasse. Oh, un jeune coupe ! Avec un chien fou. Le seul rencontré. Mystère cela aussi ! Ici et là, des ruisseaux bruissent . Petits bonheurs. De gros tuyaux de métal les font filer sous les chemins pavés…qui vont se multipliant dans ces collines.
    Aile a pris les appels sur le répondeur du Chemin Bates. Invitation à aller animer deux émissions spéciales pour une télé de compagnie privée, apparentée à celle de Guy-Robert Scully. On aura apprécié mon topo sur Gabrielle Roy ? Je le suppose. On verra mardi, aujourd’hui, lundi, jour férié et silence au téléphone. C’est bien.
    8-
    Mes coupures : Gregory Baum, fédéraliste ouvert aux changements, il a 78 ans, déclare qu’il est découragé de constater que jamais le reste du Canada (ROC) ne voudra reconnaître que Québec forme une nation à part entière. Dire que des cocos comme Mario Dumont ou John Charest, eux, ne sont nullement découragés et font miroiter aux citoyens québécois candides qu’ils réussiraient à changer tout ce monde anglo ! Des fumistes ?
    Un homosexuel d’Espagne veut révéler ses coucheries avec trois évèques espagnols. Ce Carlos Alberto Blendicho, un abusé sexuel (ou un consentant ?) des années ’80, sait-il qu’en Espagne la religion catholique est en chute libre et que ses divulgations ne feraient pas un bien grand tort à l’église de Rome là-bas.
    Daniel Gourd, patron à Radio–Canada, affirme qu’il sort dans le couloir quand la réunion en cours évalue un projet de son fils qui est producteur de télé. Riez ! Un fameux grammairien d’ici, jadis, (le nom ne me revient pas à ce patroneux) auteur de manuel scolaire et aussi juré au DIP (Département de l’Instruction public, machin d’avant le ministère) disait, lui aussi, aller fumer sa pipe dans le corridor quand ses pairs évaluaient son projet de grammaire ! On riait !
    Très drôle ce Laporte du dimanche souvent dans La presse. Son papier d’hier sur les films avec suites, un petit bijou d’humour.
    Nous avons ,chacun, un cochon. Ça y est : ils seraient sept (ou huit) millions de porcs sur notre vaste territoire. Égalité magnifique. Un home, un cochon. Il y a que ça chie en masse ces bestioles et qu’on ne sait plus quelle terre agricole aller arroser de ce purin surabondant ! On songerait à abattre des forêts (ça se fait déjà dit-on). Non mais…
    Parlant cochon : il y a ce curé catholique bostonnais. Geoghan.130 plaintes d’abus sexuels. Dix ans d‘activités missionnaires évangéliques quoi ! Quelle bonne santé monsieur le vicaire du Christ ! Il y aurait 80 poursuites pendantes…au dessus de sa tête. Il en a donc une ! Que le pays, la région, des antiques pieux Pilgrims, des anciens très pieux Shakers et autres ultra-pieux Puritains a changé ! Arthur Miller rédigera-t-il une neuve version de ses « Sorcières de Salem » ?
    Claude Guay, de Sherbrooke, —mes chères lettres ouvertes— se porte à la défense du Cornellier qui recommandait d’enseigner d’abord nos auteurs dans les écoles du Québec. Je suis juge et partie dans ce débat. Je dois donc la fermer. Mais ce Guay dit que « le grand Marcel Proust, pour si bien rayonner, partait (parlait) de son Cambray de jeunesse pour aller loin, partout, jusqu’à Venise. Que c’est normal, ordinaire, ce cheminement du connu vees l’inconnu. Le même Cornellier, samedi, ayant lu mon dernier bouquin-manifeste approuve « ma confiance » en nous et dit qu’il y a moyen d’être universel en écrivant sur nous. Un cinéaste belge (Van Beuren) a vu de l’universel dans mon « Pleure pas Germaine » (que je viens de voir arriver en cassette-vidéo au bas de la côte). En 1965, on m’a bavé dessus chez les puristes : « régionaliste infâme » !
    Michel Tremblay qui est loué —et joué d’abord— partout n’a rien fait d’autre. En 1968, au départ, l’on bavait sur son théâtre en milieu cultivé et colonisé : « un autre régionaliste borné ! » . Et puis, le succès venu, silence. Dans « L‘Action nationale, dernière livraison, on peut lire un excité qui se creuse les méninges pour démolir tout mouvement de reconnaissance de la culture littéraire vivante d’ici. Pour ce grand énervé, il n’y a de bon bec qu’à Paris, à l’étranger quoi. Tristesse. En 2002, ce combat idiot ne devrait plus être mené. C’est dépassé. C’est une niaiserie. Vous pouvez écrire en jargon, en patois, en joual (vert ou rouge) un navet dégueulasse ou un chef d’œuvre. Le niveau d’écriture n’a rien à voir avec le talent. Ou le génie. L’outil est secondaire.
    Il y a des ouvrages insignifiants très bien rédigés avec une totale connaissance du français… de Paris, de Bruxelles ou de Lausanne. Ce sont des livres ennuyeux. En un français impeccable. Bien écrire désormais c’est réussir à captiver un vaste public, à épater un monde large, à émouvoir un auditoire important. Point final.
    Rares les écrivains qui s’engagent. C’est imprudent. Pour bourses, voyages, subventions, etc. Yves Beauchemin a le cran d’appuyer le Dorion qui a soutenu une thèse bien faite sur les périls que nous courrons collectivement en face de l’aveuglement de pouvoir actuel, si prudent, si lécheculiste (Commission Larose, ministre Diane Lemieux ) aussi en face des tentatives de sabordage d’Ottawa (avec l’assiatnce des juges « supreme court », tous luttant e sans cesse pour réduire, diluer l’essentielle Loi 101.
    Coupure de presse grave : un ex-patron de la CIA a répondu franchement enfin. À la télé. Un chevalier de la franchise ? Est-ce que la CIA ment, a menti, mentira encore ? « Oui », dit Donald Rumsfeld. Bon. Clair comme ça. Ces mensonges nuisent-ils ? « Non », dit le compère. Il le fallait. » « Pourquoi mentir, questionne l’animateur de télé ? Même aux chefs élus ? Ces omissions à la vérité et publiquement encore, c’est une entorse à la démocratie, non ? » Sa réponse : « Pour protéger le USA. Ou pour protéger les intérêts de certains alliés ».
    Enfin, un aveu net ! Méditons sur les intérêts des uns et…des autres.
    Film québécois à l’affiche, ici ce soir. « Un crabe dans la tête. » Il était temps, je sais. Hâte de voir ça. Je dis à Aile : « Me semblait que tu voulais voir « Quit », recommandé par les Faucher, non ?
    Aile : « Non. Fait pas assez beau. Avec ce temps maussade, ce froid en mai, pas envie de nous (ce « nous » tout de même !) plonger dans une très triste histoire de femme triste, accablée…»
    Bon, bon. C’est Aile qui mène en ce domaine !

    Le vendredi 17 mai 2002

    Le vendredi 17 mai 2002



    Articles de David et son grand-père
    parus dans la Presse durant l’été 1999
    dont Jasmin parle aujourd’hui

    1-
    Soleil et vent très fort ce matin. Notre petit quai de travers et l’énorme quai de la plage publique dérive, voyage vers l’ouest, échoue chez les Boissonneau et puis, dérive nouvelle —vent changé de bord— chez Maurice, mon autre voisin ! À l’heure du lunch, pschitt !, nuages gris se joignent partout et Galarneau se tire ! Bye bye !
    Erreur dans mon entrée d’ hier :pas un milliard au délateur suicidé, non, un juste presque deux millions. Reste que c’est les gages de trois décennies de labeur allant à un seul homme(au courage et à la repentance bien rémunérés !) pour une seule année de loyaux services. C’est ça qui est écrit « loyaux services » sur ma carte de retraité de la SRC.
    Belle visite tantôt : mon cher David, devenu un grand jeune homme. C’était mon vis à vis dans La Presse durant tout un été. Sur mon écran, paquet de messages. Un nouveau lecteur s’amène, ravi, enchanté des « journées nettes », il a lu l’articulet du chroniqueur web paru hier matin de La Presse. Je lui ai souhaité la bienvenue. Marco, le genre idéal, me suggère pour l’été de rédiger : « journées nettes pluvieuses », de tenir journal ces jours-là seulement. Bonne idée, je trouve. Drôle. Me confier au journal par mauvais temps seulement. Un plan pour maugréer chaque fois, non ?
    Mon Marco en profite pour me donner l’absolution (orbi et urbi !) à propos de mes vagues remords : « ai-je accaparé de trop, un temps, ses trois mioches ? ». Fin, il me remercie même pour ces soins-divertissements.
    Hier, chez Charon, historien venu jaser de son livre sur un Patriote venu de Suisse :Girod. Qu’on avait déclaré « suicidé » pour calmer les esprits de 1838 mais qui aurait été « exécuté » dans sa cachette à Rivière-des-Prairies. Trop court entretien comme toujours comme si au « Canal D » nous étions à une grosse commerciale station stressé par ses pubs !
    Un correspondant qui m’aime mais… « il y a des répétitions ». Oh oh ! C’est cela aussi tenir un vrai journal. Pas un « arrangement » comme trop souvent chez des auteurs vaniteux. Un journal c’est (aussi) trois choses : a) des répétitions inévitablement, b) du coq à l’âne évidemment et c) pas de beau style. Ce qui n’interdit pas, subitement, de envolée poétiques, lyriques. Ça m’arrive parfois et avec bonheur… pour moi du moins.
    2-
    Jean Letarte me lit, « en pitjama », me dit-il, avec son café des matins. Que je devine bien noir. Je lui ai répondu qu’il figurait dans ce « Je vous dis merci », chez Stanké, puisque c’est à cet ex-réalisateur (aussi peintre et bijoutier) que je dois la dramatique « Chemin de croix dans le métro », Prix Anik-Wilderness de 1971.
    À TV-5, ou Artv (?), le Festival de Canne hier soir à 21h. , Ses entretiens et ses petites novelles. Un animateur plat. Bredouilleur. Embourbé et vaincu par la sagacité quasi-agressive d’une Breillat — elle a un film à la Quinzaine — à sa table ronde. Ouen. De la télé amateur. Avant ce « Cannes-spécial », fausse chasse à l’ours dans un vieux village du sud-ouest de la France, Un docu bizarre où des amateurs se déguisent avec du noir à chaussures (!) plein les mains et pourchassent les loustics accourus. Après, Bernard Rapp fait jaser Charlotte Ramplng à son émission copiée sur le Lipton de New0York. Excellente heure ! Une actrice de cinéma étonnante. Radieuse avec pourtant des souvenirs lourds, une psychée encombrante, des attitudes rebelles qu’elle a utilisé sans cesse pour ses personnages toujours étonnants, mystérieux. De la télé fameuse à ces « feux de la rampe » d’Artv.
    Coup de fil de David McColley. Le médecin qui achetait notre cottage de la rue Querbes en 1999. Il a lu « La petite patrie », a terriblement aimé, me questionnait : « Ma belle-mère qui vit en Autriche…je voulais lui envoyer ce « La petite patrie »… si traduit en anglais ? » Eh non ! Non. Sa surprise : que ce récit ne soit pas encore édité chez nos anglos. Je ne dis rien à cet urgentologue expatrié du « far-west canadian ». Je préfère ne pas embarquer dans ce que je pense là-dessus.
    3-
    J’ai regretté l’égocentrisme et la bourgeoisie des jeunes nouveaux romanciers. Jamais de travailleurs dans leurs récits ! Or, je lis ce matin : « Prêter des sentiments forts à des personnages du quotidien est un geste politique ». Voilà. C’est le cinéaste marseillais, Robert Guédiguian qui dit cela. Il est à Cannes avec son « Marie-Jo et ses deux amants. ». Il ajoute : « mon romantisme (chez ces petites gens) est, dans un sens, révolutionnaire. » Bravo, bien dit. Qui sera le prochain romancier d’une ouvrière, d’un ouvrier, continuant le Gilles Bédard, chômeur, de « Pleure pas Germaine » ? Suffit des héros égotistes, instruits, inquiets de devoir égarer le cellulaire, l’ordinateur de poche, ou ses belles planches de surf !
    Avoir lu Esther Gidar (« Jasmin sur barbelés »), fuyant au Québec sa patrie retrouvée en vain, devenue un agressif camp militaire, continuel envahisseur de Palestine, Israël, je lis sur un courageux, étonnant, cinéaste de là-bas. Son film( au Festival) : « Kedna » (vers l’orient, en hébreu) oserait un dialogue franc et décapant entre un Israélien et un Palestinien. « Nous aurons des enfants révoltés, génération après génération » dit l’Arabe. Ce Janusz lucide déclare : « Israël n’est plus un pays juif ! » Il craint un peu son retour chez lui après Cannes. On lit aussi, même matin, que de plus en plus de « réservistes » de l’armée d’Israël refusent de combattre les si « proches voisins », les Palestiniens . Objecteurs de conscience, comme du temps du Vietnam pourri, tant de jeunes recrues se réfugiant en Canada. Espoir ? Un tit peu.
    4-
    Yves Duteil, le chanteur, lointain neveu de juif accablé célèbre Dreyfus, tourne dans nos parages. Il a fait de chansons nouvelles sur ses années récentes et terribles : mort du papa, maladie de l’épouse, etc. On lui raconte l’Ardisson fessant notre accent : « pas sexy Miss Arcand et à mettre aux rebuts. » Il s’en étonne. Dit que « c’est charmant de nous entendre » …Téteux un peu ? L’accent des « habitants », oui, l’accent désarticulé de nos citadins ? Ouen, pas joli du tout. Ce n’est souvent que charabia, hélas. Pour des raisons historiques, politiques. Économiques aussi. C’est certain.
    Mon cher David —qu’Aile est allé chercher au Terminus des bus—va y goûter encore côté accent. Il y aura nos « quoi ? », nos « comment dis-tu ? », il le sait bien. Ça le fait rigoler et il se corrige volontiers —en notre présence— du « parler-ado » bien connu. Aile l’aime, il est bavard, cocasse, très franc. Nous allons encore le cuisiner. Nous sommes si curieux des us et coutumes des nouvelles générations. L’on va s’instruire encore davantage sur les visions d’avenir et les rêves de… « ceux qui viennent ». Bon séjour brave David !
    5-
    Duteil : « Je tente de ne pas livrer les miens en pâture, tout de même. » Oh ! Les miens ?… avec « La petite patrie » ou « Enfant de Villeray » ? En pâture ? Je ne crois pas. L’impression plutôt de les avoir valoriser. Facile ayant eu une enfance heureuse. Je devrais questionner ma quasi-jumelle Marielle là-dessus… elle qui vient de m’envoyer une belle nouvelle lettre. Elle accepte maintenant, m’annonce-t-elle, de remettre (crédits d’impôts ?) la liasse énorme de mes lettres mensuelles —depuis 10 ou 15 ans— aux archives nationales de la B.N.
    Bush savait : on allait détourner des avions, il y avait des complots. Messages du réseau Al-Qaeda. Oui mais… Enfin quoi ? Le fou-à-complots avec son livre fou, en France, aurait-il un peu raison ? Silence organisé des FBI et CIA ? Non. Nul ne prévoyait ces avions détournés changés en bombes volantes sur des tours de Manhattan ! Mais des gens —de tous les bords— réclament maintenant une vaste enquête publique sur… ce que savait exactement les « agences » et La Maison blanche. Au juste quoi ? On va bien voir.
    Oh ! Le gros quai-radeau de la plage n’est plus là chez Maurice. Vent de l’ouest plus fort encore. Qui le recevra? Ce qui es trouvé d’un échouage (vieille loi maritime) serait la propriété du trouveur ? Un vrai beau radeau ! En bois « traité ». Ce matin : danger le « cuivre chromaté » de bois traité est un vif poison à mesure que ce genre de bois vieillit. Brrr !
    Ce « Kedma », le film courageux sur Israël et Palestine, est signé, je le découvre à l’instant : Amos (!) Gitaï. Le verra-t-on ici. À l’Ex-Centris seulement et peut-être ?
    Allons accueillir le David valeureux, tiens, il fait deux « bacs » en même temps, il aura donc un sac rempli de manuels savants !

    Le jeudi 2 mai 2002

    Le jeudi 2 mai 2002

    1-
    Oh ce jeudi tout gris ! Allons écrire. Un journal ne doit pas n’être que recension des livres lus, à mon avis. Certains diaristes connus en font trop…mais je lis sans cesse et n’en parle pas trop. Faisons un peu, ce matin, le critique. Mon pauvre petit Moutier et sa si aimable note à mon égard au Salon…Oh la la ! quel méchant livre mal foutu que son « Pour une éthique urbaine ».
    À fuir ! Un ramassis d’états d’âme vains. Plusieurs niveaux de réflexion, galimatias idéologique, charabia infâme ici et là, un mélange détestable…Ironie peu fine (chapitre « à lettres ouvertes » sur un MacDonald du Plateau), gravité intermittente (chapitre nostalgique sur Godin-Pauline-Julien !), opinions niaises. Ouash ! Que je n’ai donc pas aimé son petit dernier au jeune homme néanmoins fort sympa rencontré deux fois « en personne ».
    J’ai lu aussi le « cadeau » de Victor, ce « Jasmin sur barbelés ». Lecture intéressante d’une gentille petite fille (E.Gibar) juive de la bourgeoisie égyptienne du Caire avant que n’éclate la guerre avec Israël. Le jasmin parfume ses souvenirs de petite fille si heureuse, si insouciante, si candide. Soudain : la guerre éclate chez Nasser ! Chasse aux juifs. C’est la fuite…à Marseille d’abord , camp de réfugiés. Les barbelés commencent pour Esther, le jasmin s’évanouit, puis, sur un rafiot misérable c’est l’ « exode » dans « la patrie biblique » où l’on installe les exilés juifs de tous les coins du monde et en très grande vitesse. Camp et barnelés encore. Puis le kibboutz et un bonheur rare ! Le « Babel » stoppé, Esther Gibar va — comme tout le monde sous les tentes— apprendre l’hébreu. Le vrai ciment. Le lien essentiel dans l’ONU spécial de la colonisation toute neuve.
    Comme pour l’émouvant film italien : « Les jardins des Finzi- Contini » on assiste à ce terrible déracinement à cause de l’antisémitisme et c’est toujours plus effrayant, plus troublant, quand on vient de la bonne bourgeoisie inconsciente. On tombe de très haut. Esther Gibar —installée au Québec maintenant— est très sentimentale, très délicate, d’un romantisme total : tout est embelli, si joli, sa —« si gentille »— famille portée aux nues. C’était rose et pastel…puis, tout s’écroulait ! Captivant de mieux savoir un certain monde. Milieu protégé, choyé, monde de confort heureux dans Le Caire ensoleillé quand les « gentils » domestiques (Arabes et Noirs) sont si fidèles, si polis, si dociles. Si bons serviteurs n’est-ce pas ? Oui, j’ai appris sur une sorte de colonialisme doucereux, innocent et sur lequel, soudain, va fondre une foudre…foudroyante !
    Cette patrie juive idéalisée devient vite un terrible champ de guerre perpétuelle. Alors avec un enfant, le mari, Esther va fuir. Ici. Ce beau paradis promis (Israël) se transformait en « régime militaire », permanent, selon ses propres mots. Les siens
    cherchaient le bonheur, la paix et trouvèrent l’effrayante déception. Mitrailleuses sur toutes les épaules, des jeunes étudiantes comme des étudiants imberbes. Esther déteste ces fusils partout, ces chars autour des barbelés des colonies. Elle craint la haine des Palestiniens envahis, alors elle part. « Adieu rêve d’un Israël imaginaire.
    On sait, aujourd’hui même, les dégâts qui s’aggravent !
    2-
    Je vais achever de lire le nouveau Vigneault jr. Ouen ! Ce type de récit —nombriliste— m’assomme un peu. Décidément, sa manière « bobo » (bohèmien-bourgeois) ne lâche pas ce Guillaume. Son « Cherche le vent », —comme son premier roman, « Carnets de naufrage »— baigne dans ce monde de fainéants béats où l’on ne vieillit pas, où une jeunesse —instruite— n’a pas envie du tout de s’installer, ni matériellement, ni sentimentalement. Craint farouchement la sédentarité. Son jeune héros est un photographe trentenaire divorcé. Il bien coté jusqu’à Manhattan (Pas courant de tels personnages ). Jack semble traverser une sorte de lente dépression, avec tentation suicidaire pas nette, en tous cas un spleen existentiel le hante. Ce « Jack », alias Jacques, a son avion dans un garage abitibien, souvenir lourd semble-t-il, il a aussi un camp d’été à La Minerve, dans le Parc de la Vérendrie, héritage familial et des souvenirs encombrants…bien peu clairs. L’art du flou ! Faut continuer à lire sinon… Jack boit sec. Beaucoup. Il manque se noyer. Son beau-frère, fils de psychanalyste (eh oui !) l’entraîne dans son condo montréalais, il n’est pas moins désemparé que lui. Ils vont déplacer leur mal de place. Maine, USA. Avec une jolie ex-serveuse du « Vieux », qui prépare une maîtrise (eh oui !) et qui, toute nue dans un petit chalet de Bar Harbor où se trouve une belle bibliothèque (!), nargue —et attise— les deux jeunes gens. Championne aux échecs soit dit en passant ! Un deus ex machina rare. Je m’instruis. Image correcte de sa génération ? Sais pas trop. Reflet vrai d’une classe précise ? Ce sera un road-story kérouacien pour la fin du livre ? Intrigué mais un peu las de ce petit monde de « gâtés-pourris », à l’adolescence attardée, bin, j’ai pas trop hâte de poursuivre.
    J’ai débuté « Comme des invités de marque », livre du boulanger —artisan « interdit »— de Rouyn-Noranda, Léandre Bergeron, compagnon de kiosque chez « Trois-Pistoles » éditeur. L’étrange ex-manitobain veut nous conter comment ses trois fille, aux prénoms exotiques, ( Deidre, Cassandre et Phèdre !), furent élevées, dans des champs hors-Rouyn, sans école aucune !
    Oh ! c’est un journal (!) mais d’un ordre particulier. Ce « farmer » volontaire joue le rousseauiste avec délectation. Curieux de lire la suite.
    Enfin, j’ai lu, après ce dynamique magazine « L’ » de Germain, le dernier numéro de « L’Action nationale » (avril). Segment consacré à l’utile chicane de Louis Cornellier sur :
    « Enseigner d’abord la littérature d’ici aux jeunes des écoles. » C’est en quatre « papiers » : un de V.-L. Beaulieu, bon mais bien court, un de Andrée Bertrand-Ferretti, plutôt cuistre et confus, un de Roy —le Bruno qui préside l’« Union des écrivains »— qui y va de prudence, jouant le diplomatique arbitre de la querelle. Enfin celui d’une prof, Roxanne Bouchard, bien argumenté. Le débat relève du « racisme inverti » dont le triste champion est le prof Ricard, pissant sur la qualité de nos livres avec délectation.
    3-
    L’autre soir, Artv, avec le Lipton questionneur, un Robin Wiiliams débordant d’énergie. L’acteur s’est livré à de improvisations loufoques. Hilare, déchaîné —cachant quoi ?— le cabot a montré du talent vrai. Entre ses facéties étonnantes, « Popeye » se livrait brièvement. La drogue. Le danger de couler. La thÉrapie. Les regtets sincères. La salle de l’Actors Studio en lkiesse face à ces grimaces et ses envolÉes. Bidonnage intempesyif et le grave Lipton ne se dmonta pas du toit p;rouvant un flegme peu commun. Chapeau ! Hélas, la pub envahit Artv peu à peu. Interruptions trop fréquentes et décevantes dans son contenu comme partout ailleurs. Mais tudieu, quel épuisant et épatant bouffon que cet acteur surdoué, merveilleux, comme il l’a montré dans plusieurs de ses meilleurs films.
    À la télé du Canal-5, la série « Thalassa » m’ennuie tant parfois que je fuis n’importe où. Même en un documentaire vu et revu dix fois. Mais, l’autre soir, ce document dans l’arctique, oh ! Une pure merveille. Vieux album de photos jaunies, films en noir et blanc, des pionniers audacieux (comme notre vaillant Capitaine Bernier !) explorant ce pôle nord mythique et puis l’installation précaire des chercheurs d’aujourd’hui; le sujet fascinait. On y a vu aussi, venus en avion moderne, des touristes argentés (mode du tourisme naturaliste et sauvage). Des citadins aux conforts solides émerveillés de se voir aux confins du monde. Sur la calotte, comme on dit. Si heureux, excités, de pouvoir marcher sur la banquise, dans cet immense désert de blancheur et de froid terrifiant. Effrayant paysage de nudité. Pas un brin de vberdure. Trous des phoques, pistes des ours. Un bon moment. Un fort moment
    4-
    Ce matin Nathalie Pétro, tentant de louanger Sylvain Lelièvre qui vient de mourir, sort, comme inconsciemment, des mots blessants, tout ce que l’on pouvait lui reprocher en réalté à ce chanteur disons « faible ». Un requiem bizarre. Disons, une petite machination hypocrite où la columnist dit sans le dire ce que plusieurs pensent. Comme c’est confondant ce gente de prose polie où une sorte —respect aux morts !— de diplomatie prudente transfigure les mots, les maquille, les change tant que l’on arrive à leur faire dire le contraire de ce qu’on pense.
    Est-ce que cela m’est déjà arrive ? Sans doute. Qui est sans péché là-dessus ?
    « Ali », le film, vu hier soir : une sauvagerie imbécile, folie niaise que la boxe. Je reste un ardent opposant à ce sport imbécile. Réussite tout de même des trois ou quatre combats visuellement. Aile me dit qu’il y faut une rare et parfaite chorégraphie, minutieuse sans doute. Un montage difficile. Un sacré combat pour la réalisation. On y croit. On y est. Hélas, on sait peu sur son enfance, sa jeunesse et même ses débuts. Tout est raconté comme en vitesse et avec des ellipses pas toujours intelligentes. Déception grave donc pour Aile et moi. Plein de pans de ce film comme illogiques. Il manque des explications. Ce n’est pas du genre « savant et intellectuel » non, cela Aile aime bien, c’est juste que c’est mal fait, mal écrit sans doute au départ.
    Confusion n’est pas subtilités. Et, à la fin —fort abrupte— rien sur son handicap grave. Pas un mot ! « Ali » se termine avec sa fameuse victoire en Afrique contre le texan Forman. Une victoire bizarre. On dirait un combat « arrangé » comme au temps où les pégriots tricheurs hantaient les arènes de boxe.
    Critiques complaisantes donc pour ce film, « Ali » comme trop souvent. Sans elles, pas de ce « Ali » en raccourci dans notre machine. Les commentateurs d’aujourd’hui se transforment volontiers en courroie de transmission des organisateurs de « junkets », ces voyages à « premières », avion, et tout, payé par les producteurs, avec interviews à la gomme…Cette plaie ! Qui transforme un (une) analyste en publiciste invétéré. Le mode du job « précaire » actuel engendrerait ces trahisons des lecteurs ?
    J’ai peur de cet avenir.
    5-
    Tabarnak ! ‘Scusez… Je rêve pas : il neige. À bons flocons. Un 2 mai ! Par ma fenêtre de bureau, le paysage vite tout blanc ! Le lac comme plus noir. Un 2 mai ! Aile d’en bas : « Tu as vu ça, dehors, Cloclo ? » Elle rage. Elle part pour une boutique de Saint-Sauveur. Dégueulasse, vraiment.
    6-
    Lu ce matin un long et futile article de complainte. Bizarrerie. Marie Gagnon — se disant une auteure— s’adonnait à la drogue et commettait des vols. Pas bon marché la dope ? On est loin de monseigneur Félix-Antoine Savard, hein ? Auteur lui aussi jadis ! Ou du brave Robert Choquette. Rien à voir avec Germaine Guèvremont ou Gabrielle Roy…ou Anne Hébert… des auteurs sages et qui ont signé de très bons livres ?
    Bon. Prise par la police, on installe cette Marie Gagnon en prison. À Joliette. Neuf bâtiment. Confortable. Voilà que la prisonnière— tout en admettant que c’est ni Tanguay-la-sale, ni Kingston-la-sale— râle dans ce faux club-med. « Un asile pour folles », semble-t-elle crier. Intenable.
    Le grand grief ? Tenez-vous bien : on souhaite l’aider, la réformer, la soigner de son mal-de-vivre, de la drogue, et partant de sa manie de voler. L’aider ? Un crime ! Un outrage ! Une entreprise inhumaine !
    On croit rêver. « Malgré elle », dit-elle, tous ces soins, toute cette horrible discipline et ces horaires stricts, ces effrayants conseillers. Ces manières de la faire « bosser » comme…une prisonnière ! On irait contre sa volonté de « rester ce qu’elle est ». La mode du « Je m’aime comme que chu ! » « C’est ma vie pis je l’aime comme ça. »
    Ah bin là ! Est pas contente la Marie ! On a envie de lui parler de la Turquie ou du camp militaro-USA à Cuba-sud ! Elle veut pas guérir, ni changer de vie ? Elle a son âme bien à elle, grogne-t-elle dans « La Presse » de ce matin qui lui accorde le quatre colonnes en « Forum ». On a pas le droit d’aider le monde poqué. Foké !D’offrir des thérapeutes, de vouloir transformer une voleuse droguée… Bon ! Elle va publier tout un livre de ses récriminations cet automne chez VLB.
    À la fin de sa jérémiade stupide, Marie Gagnon dit : « Est-ce, peut-être, à cause de mon extrémisme que je suis écrivaine ? » Sans rire hein ! Des coups de pied au cul se perdent !
    Pourvu que les responsables de la prison de Joliette, face à cette ingratitude, ne décident pas de donner raison au poujadisme des Gilles Proust et jugent que : le « Club-Fed » c’est fini ! Qu’ils n’aillent pas transformer « la tôle » de Joliette en vrai prison, le trou à rats d’antan, l’enfermement infernal de jadis.
    Là, la Marie aurait vraiment de quoi brailler, délinquante gâtée de cette génération. Il n’y a pas si longtemps, c’était, rue Fullum, à Montréal : « Farme ta yeule maudite voleuse, pis ta moppe ! » Pas de thérapie à l’horizon. Il n’ y avait rien à faire, rien à comprendre, face à une jolie jeune femme (comme Marie Gagnon et tant d’autres) en mal d’être intégrée dans l’existence normale. C’était : « Maudite voleuse, farme ta yeule pis va torcher le corridor des vomissurtes », ou « Farme-la, toé, maudite « droyée », marche dans ton trou pis avale ta soupane infect. » Joliette en asile pour déficients mentaux légers ? Pis ? C’est mille fois préférable à ces donjons insalubres de mon jeune temps où l’on battait, frappait durement souvent, les déviants de nos comportements sociaux admis. T’aurais pas eu le choix de te plaindre complaisamment dans « La presse », pauvre jeune Marie. Il n’y aurait eu que de grosses matrones mal payées pour te déchirer ton article au visage et le jeter dans une cuve crasseuse. Chasse d’eau aussitôt. Quand elle fonctionnait !
    7-
    À la Chambre de commerce de Montréal, M. Valaskakis, a parlé des 500 mégapoles de l’univers. En avant du rang : Paris, New-York, Londres. C’est connu. Lui aussi explique que les talents du monde entier vont vers ces grandes villes où il y a beaucoup de terrasses, des théâtres, des cabarets, des bons restaus, etc. Évidemment. Après d’autres experts, Il a dit que, désormais, la « gent créatrice » —50 % de la nouvelle main d’œuvre actuelle— se fiche des centres spécialisés (silicon valley et cie). Ces cerveaux modernes cherchent des villes amusantes, culturelles. Donc, installation —payante pour le lieu— à New-York, Paris, Londres…peut-être Montréal un jour.
    Ainsi, affirme-t-il, ça sert à rien l’Internet, la téléphonie moderne et les satellites : c’est pas tout. Ces gens-là veulent une bonne vie, une belle vie. Il avance : « Ils aiment les quartiers ethniques nombreux et, du même souffle, ils craignent es conflits ethniques ! »
    Faudrait savoir. Oui aux ghettos si colorés et non aux ghettos si dangereux ? Je crois deviner : c’est oui aux ethniques bien installés, venus avec du fric et c’est non aux réfugiés démunis qui sont forcément (travaux ardus, couples aux douze-heures au boulot !) empêchés de bien surveiller les rejetons, qui n’ont pas les moyens de les caser dans des institutions de bonne réputation. Est-ce bien cela ?
    Valaskakis conférencait sur la mondialisation. Sur l’avenir. Gageons qu’il n’a pas pipé mot ni sur l’Afghanistan, ni sur l’Afrique, ni sur l’Amérique du Sud ou l’Inde ! On connaît la chanson douce aux oreilles des Chambres de commerce. Il ose parler « racines’ » dit que contre la mondialisation anonyme , il y aura toujours l’attirance de ces belles grandes villes séduisantes ! Baratineur va ! Adieu nations, adieu états organisés, retour au Moyen-Âge. Les grandes villes. Le salut. De qui ? Pour qui ? Les villes de l’occident riche, Paris (Les champs Élysées), Londres (La City) et surtout New-York, (Manhattan). Cherchez-bien, il y en aurait 500, pas plus ! Aucune en Afrique…etc.
    La neige a cessé : Émile Nelligan, dans l’éther, vas-tu nous pondre un nouveau poème ?
    8-
    À « Sixty minutes », made in USA, il y a pas si longtemps : « Montréal ? une ville de fascistes ! Le Québec, tous des nazis ! L’émission montrait (un faux apprenait-on plus tard) un anglo-martyr face à un « mesureur » fanatique de français…C’était l’enfer. Le four crématoire pour bientôt… »
    De la télé « Sixty minutes » quoi !
    Dernièrement, on remettait ça : « Le Canada, pays de cons avec plein de dangereux terroristes, faux réfugiés. Ontario, Québec, des « Clubs Med » pour tueurs politiques ! Une frontière-bidon. Une passoire et dangereuse pour les USA. Les rues grouillaient de talibans mal masqués. »
    Et voilà qu’à Ottawa des nonos se levaient : « M’ sieur l’président, avez-vous entendu ça à « Sixty minutes » ? C’est effrayant, le go’vern’ment actuel fa rien et nous sommes infestés de kamikazes, ils l’ont dit à tivi américaine !»
    C’est cela l’Alliance-western, et pour emmerder le pouvoir, des du Bloc joignent le concerto des tarlais qui suivent « Sixty minutes », made in USA.
    Misère politique, oui, et colonialisme coutumier !
    9-
    La loi Bégin numéro 86 ? Je suis pour. « Homoparenté » pour ceux qui ont déjà des rejetons. Et je suis contre. Pourquoi ? Je le redis, le dis : foin d’égocentrisme (dont l’odieux illustre exemple des deux lesbiennes sourdes…décidant… l’ horreur !).
    Il faut ne penser qu’à ces enfants qui seront, deux fois marginalisés. Ils souffriront. Les enfants sont, hélas si on veut, cruels. Le grégarisme est un fait éternel. Ils seront mis au ban partout, quartier, rue, cour des écoles. Ces « futurs » enfants ne méritent pas cela. C’est l’enfer que n’avoir pas d’amis, que d’hériter injustement des sarcasmes de tous, des petits camarades, des cons d’adultes divers, des chuchotements cruels, des dos tournés, des grimaces sarcastiques, des caricatures immondes, des singeries infantiles, des refus d’admission à un party, de la gêne de ne pas amener chez soi un copain, son meilleur ami, une copine aimée, des portes qui claquent, ou qui se referment doucement (c’est pire ?), des silences lourds, des moqueries non-méritées.
    L’enfant est —assez longtemps— un pervers polymorphe. Freud. Mes amis, les homos, mes amies, les lesbiennes, si vous aimez les enfants, refusez l’enfant dans votre couple homosexuel, je vous en supplie. Vous —j’en suis sûr— qui aimez vraiment les enfants (sacrifice terrible, je le sais ) ne faites pas (in vitro, par adoption, ou autrement) ce cadeau empoisonné à des enfants pas encore nés, pas encore adoptés. Je vous en prie. Je vous en supplie. Ce sera alors la preuve éclatante que vous aimez vraiment les enfants, que votre refus volontaire d’en avoir.
    10-
    « Claude Jasmin, mort hier soir, était un écrivain populaire très aimé. » Qu’est-ce que je lis là ? « La mort d’un auteur qui aimait les siens, Claude Jasmin ! » Qu’est qu’on écrira sur moi, une fois mort ? Si je pouvais voir les petits titres dans les « morgues » des quotidiens ?
    J’y pensais encore ce matin parcourant mes gazettes : ah, si on avait publié (éloges étonnants au Dev ou à La P.) tant de belles phrases sur Sylvain Lelièvre vivant, il en aurait été si stimulé, si encouragé, qu’il aurait pu pondre quelques chansons inoubliables de plus. Pourquoi attendre la mort ? J’aime m’imaginer de jolies phrases bien chaudes au jour de mon décès. Cela me fait sourire. Vivant, vous êtes…pas pire. Mort, vous êtes bien…mieux! Méchante leçon. Et je ne vais mourir pour avoir le plaisir de lire des éloges. Tant pis. Je continue à vivre.
    Ce matin, un étonnant Gilles Archambault à la radio de CBF-FM, stock en cas de grève) : « Mes enfants ?, c’est tout ce qui comptait et ce qui compte pour moi. » Étrange affirmation, tardive, jamais je n’ai pu percevoir chez mon camarade radiocanadien cet amour si total ! Illusion ? Regrets d’un père imparfait (comme nous tous) changés en promesse a posteriori ? Bizarre assertion à mes oreilles. Pour moi ? B’en…oui, évidemment je les aimes, ils le savent, ont des preuves, je crois, mais…. Y voir peut-être une sentimentalité exacerbée ? Un amour relatif, je crois, que cet amour de ses petits. De là, en tous cas, à foncer dans cette phrase …totalitaire, il y a des limites. Aux mensonges, aux réparations, aux refuges, aux aveux tardifs…
    Je ne sais plus. Juste mon étonnement d’entendre Gilles affirmer cela sur ses rejetons : « ce qui compte avant tout ! »