GRAND ALLAH DE MES DEUX FESSES !

Nos chefs politiques sont des peureux politiques, des pleutres dégueulasses, des mauviettes immondes. Ne rien faire face à d’innocents « enfants juifs » victimes des conneries fascistes de groupements Juifs, extrémistes de Jéhovah; dont Sainte Agathe fut infestée. Ces super-hassidims assassins d’âmes d’enfants, leurs leaders juifs, pas moins froussards et lâches, ne condamnent pas non plus ces dérives atroces.
Il en va ainsi des Musulmans. Par une sorte de puante solidarité, c’est aussi le silence face à leurs « fous » d’Allah. On ne les voit pas, on ne les entend pas, se dresser avec bon sens, par santé mentale aussi, pour condamner leurs congénères maniaques et dégénérés. Ces désaxés qui entraînent les jeunes gens —fragiles toujours— dans des actions meurtrières au Moyen-Orient. Quelle horreur pour cette mère de chez nous (La Presse) qui, impuissante, voit son grand gars sombrer dans l’horreur des extrémistes de l’Islam —une religion de paix au départ.
Mon Dieu, mon Dieu, comme je me serais battu furieusement, avec toute la force inimaginable d’un père révulsé, révolté par ces « tabarnacs » de prédicateurs de haine, voyant mon fils —ou un des mes petits-fils— fréquenter (rue Jean-Talon ?) une satanée mosquée extrémiste. Mon garçon , écouter pieusement un ces « kalices » d’immams » fous. Excusez, je sacre quand je suis en colère, hélas ! Je deviendrais fou de douleur, pauvre mère éplorée de La Presse, découvrant mon enfant aux mains de ces maudits religieux radicaux, ces sales « curés d’Allah », déboussolés. Oh mon Dieu, ma totale désolation : voir un des miens vouloir soudain apprendre l’Arabe et pire, le savoir parti pour, par exemple, la Syrie.
Mon fils parti pour tuer au nom de Mahomet, salade d’horreur, pauvres mamans perdues et désolées, ici comme à Berlin ou à Londres, enfant s mal grandis et victimes de ces prédicateurs de haine. Je les maudis tous ! On a eu, jadis, de ces troupes de connards enflammés —la Gilberte Coté- Mercier et ses sbires !—, tous avec drapeau au vent, un saint missel sous l’aisselle. le chapelet vissé aux pinces, portant le béret blanc et cherchant à enrôler d’autres naïfs québécois. Ces bandes disparues, autrement plus zélés que ces Témoins de Jéhovah pacifiques a nos portes le samedi ou dimanche. Tous, alors, nous avons caricaturé, vilipendé et injurié ces affreux zélotes-Bérets-blancs. On a eu ce courage, pas comme les muets et prudents complices « des fous » qui se taisent. Juifs ou musulmans. Triste sordide solidarité. Oui, des pleutres et des lâches. Une religion souvent dé-vie, (hors vie) devient folle. Le christianisme a connu ces horreurs, songeons par exemple au fascisme de l’Inquisition. Aux bûchers assassins partout pour éliminer « les tièdes » ou « les sorcières », une horreur du Vatican d’antan au nom du Dieu catholique.
Agnostique mais croyant, je fuis toute gnose, je me sauve des dogmes. Dogme, cette lie du monde spirituel, ces écrits de qui font du besoin humain de transcendance souvent une ignoble porcherie. Combien de jeunes garçons —les filles sont raisonnables davantage ?— aujourd’hui, au Québec ou aux des États-Unis, en Allemagne ou à Londres (tellement) partent pur le Moyen Orient pour y cueillir un obus, une bombe, une mitraillette. Ici même, à Sainte Adèle, venant d’apprendre l’affreux voyage d’un fils perdu, une mère pleure peut-être…

PLAN ESSENTIEL : DEVENIR DES « COLLABOS »

Jadis un mot  honteux : être un « collabo ».

Avec Suisse française, Belgique française, avec la Martinique et la Guadeloupe, avec toute Afrique française et surtout avec « LA » France, oui « surtout », où vivent 60 millions d’individus qui parlent le français. Tentons de nous unir. Des « collabo » à fond ? Oui, devenons tous des « collabos », des peuples —de la francophonie— qui se tiennent, (genre USA et Australie et Angleterre, etc.) Des peuples qui se sentiraient liés…étant des gens en danger face à l’hégémonie maudite de l’anglais.

Folie Notre indifférence —entre parlants français— nous tuera peu à peu. Il est tard. À quand le réveil ? Salutaire, que dis-je, indispensable. Si nous savions nous concentrer davantage sur nos rapports avec toutes ces contrées soeurs, si nous avions l’intelligence de mieux nous informer sur ces populations qui parlent tous en français…mais non. Des  suicidaires. Nous suivons seulement les us et coutumes, les moeurs, les « shows » des « amaricains » pour parler comme le con colonisé inventé par le sacreur de Falardeau, cet Elvis Gratton de merde et il y avait de quoi sacrer.

Idiote posture de notre part, à quatre pattes devant le moindre filet de talent quand il émane des États-Unis. Et on voit cette creuse et bête fascination à Paris, hélas ! Des snobs inconscients ! La radio-US, la télé-US, les magazines-US et les journaux-US, que nous servons —examinez nos médias— comme dociles courroies de pub et de promotion. Lisez bien, cette fiente d’inconscients —nos reporters-à-genoux à voyages-payés— ne diffusent, publicisent, répandent, promouvent que les produits-USA. La moindre faribole née chez nos riches voisins du sud est illustrée. Seulement eux ont le bon pas et sont de bon bec. Idiotie totale.

Pendant qu’au sud triomphent dans le monde ces xénophobes, ces racistes, ces indifférents à toutes les autres cultures du monde, autarciques constipés égocentriques. Exceptions : les maigres ghettos des instruits en chics universités à murs de lierre. Ces bourrés de fric aux USA  crachent sur les autres cultures. Tout ce monde aliéné reste à plat ventre. Personne pour protester si, par exemple, notre canal  TV 5 ne télédiffuse pas «  La Cérémonie des Césars » Silence dans notre lanterneau !  Bêtise, des deux bords de l’océan. on dirait de francophobes.

Tous en collabos donc pour mieux connaître tous les talents en français. C’est notre seul salut, Québécois. Organisons une « résistance » qui importe autant que la Résistance du temps de l’occupation nazi. Ces mecs-à-fric qui sont à Shakespeare ce qu’est la Poutine au Foie gras, ces éternels « G.I’s culturels », bottés, avec guns aux ceintures ont grand besoin de se faire ouvrir aux arts d’ailleurs dans le monde. Résistons au méga compresseur mondialiste anglo-saxon. On est pas chanceux, USA est notre tout puissant voisin. Le finlandais parlé, écrit —ou le suédois— n’ont pas cette malchance, résistent un peu mieux au nivelage. Nos journalistes,  stupides équarrisseurs participent volontiers à l’acculturation des jeunesses.

Ce voisin est « le » leader partout en Occident, les USA représentent un ensemble économique d’une force inégalée.

Forcément sa culture populaire règne sur toute la terre. Sa langue, liée à sa force économique gigantesque, jouit d’un prestige mondial. Oui, cette emprise géante nivelle, assombrit, appauvrit même, rejette souvent, ignore avec superbe, toutes  les autres cultures. Le prestige, l’influence des produits culturels-US est liée intimement à la gigantesque patrie des « amerloques », on est 2%, eux sont  350 millions d’une même langue. Pas une langue menacée ça, un empire, une machine infernale. « Résistance », j’écris ton nom partout…

 

À STE AGATHE : « NO DOGS, NO JEWS » !

J’ai vu, reproduite, cette pancarte placardant la plage municipale de Ste Agathe. Antisémitisme coutumier d’un océan à l’autre dans ces années d’avant la guerre de 1939-1945. Actualités : récente attaque juive d’un traversier turc qui filait vers Gaza, bourré de militants pro-palestiniens. L’anti-juif actuel, celui de 2010, gueule : «  Sales juifs, vous avez vu ça dans la Méditerranée, des secouristes des palestiniens de Gaza, et surgissent du ciel, ces salauds de Juifs armés ! »

L’antisémite refuse  de reconnaître la réalité. Israël est entouré de pays arabes et ils se sentent seuls, très seuls, au beau milieu de cet océan araboïde, vaste continent antisémite qui les cerne. Tout un monde de pays divers. On y trouve des richards (là où l’on construit des « plus hautes tours du monde ») et des bien moins nantis. La Jordanie. Unis, ils effaceraient rapidement Israël. Divisé (comme nous, Chrétiens), plein de conflits religieux au sein de cette « mahométane » mosaïque; il y a pas si longtemps, Irak et Iran ne se bombardaient–ils pas ? Uni, ce vaste monde, Égypte, Turquie, Syrie, Iran, etc, etc., ferait une bouchée du minuscule état juif. Ces jours-ci, plein d’antisémites souhaiteraient cette invasion de Tel Aviv par les « descendants d’Ismaël », avec le « rejet à la mer » de ces maudits Juifs ! Ô Ste Agathe !

Culpabilisé par l’immonde Allemagne (1933-1945), par l’horreur indicible au pays des génies pourtant, de Bach, à Beethoven aux immenses philosophe) l’Occident applaudissait en 1948 : « Vive la renaissance de l’antique patrie ! » Et la diaspora mondiale juive collaborait à cette installation, de New York à Paris et à Londres évidemment, de partout, vont affluer les soutiens. Est donc re-née Israël l’écrasée. Nation au courage inouï. Ces jours-ci, ça bave : « Honte à ces sales youpins ! » Sont-ils pris d’un complexe de persécution, devenus des paranos ? Je défie n’importe quelle nation de cette planète, ayant subi le meurtrier fanatisme allemand, de ne pas sombrer dans la méfiance. Ici, pacifiquement, les Québécois sont encerclés par une vastitude faite de « blancs, anglo-saxons, protestants »; immensité  de plus de  trois cent millions d’habitants. Rien à voir avec les arabies autour d’Israël, mais un bloc menaçant, le plus puissant de la terre. Les États-Unis naturellement alliés des Canadians qui nous assiègent chaque jour, nous envahissent. Pas de fours à gaz, ni « Hamas » si agressif, ni Al-Qaeda, rien, non, seulement leur culture populaire. Qui servira à nous faire disparaître. Observez bien la lâcheté environnante (dans nos médias) qui vante sans cesse et publicise volontiers leurs télés, leurs musiques, leurs films, leurs  chansons. C’est l’assimilation évidente des jeunesses actuelles. Pas de cette vaillance du peuple juif, hélas ! Plein d’écrivains à la Jacques Godbout ( lucides ou fatalistes ?) osent prédire notre disparition à brève échéance. ( Pour 2028.) Là-bas, la planète araboïde, n’a pas cette « arme » étatsunienne. Qui tue, elle aussi. Notre « mort annoncée » sera-t-elle contredite, une indispensable « résistance » va-t-elle enfin s’organiser… j’espère. En attendant, vive Israël !

UN JOVIALISTE DÉCONNECTÉ, JOYAL

Cré Serge Joyal, va ! C’est un ex-politicien très ancré fédéraliste, un rare député-ministre car très cultivé, courtois et tout, lisse comme un marsouin quoi. Il lui arrive, retraité d’Ottawa, de pousser un fion, de lancer des idées saugrenues. Ainsi, il faudrait dire de gros  »Mercis » à nos protecteurs-du-français, les anglos! Ainsi, selon le jovialiste Joyal, c’est Ottawa-la-brave qui nous a sauvé, Québécois, et notre culture et notre langue.

Mon Joyal y va de sa croyance bizarre en plein média et on imprime ça à La Presse et avec empressement. Qu’est-ce qu’on n’imprimerait pas chez les intéressés financiers «des marais», gardiens autoproclamés du «bon sens» sauce canadian? Or, il s’agit d’une foutaise. Un correspondant du Devoir lui a collé un gros zéro et raconte le réel. Le vrai score en francophonie nord-américaine, c’est 2%, 4% chez les tolérants canadians et, aux USA, 7%. Oui, côté résistance, là où, jadis, nous étions (métis francophones compris) 40% (au Manitoba), c’est réduit à 4% désormais. Pire, c’est actuellement 2% de survivants francophones plus à l’ouest, à l’orée des belles Rocheuses. Or, en Louisiane, c’est mieux, c’est 7%…

Ces chiffres de pourcentage illustrent un fait: si on avait écouté le bouillant chef des patriotes, Papineau (qui est le gros méchant de Joyal), écoeuré des Lord Durham racistes, recommandait de nous annexer aux jeunes États-Unis. Plutôt qu’à ce louche «Projet-Canada», eh bien, vu notre nombre imposant — face à une Louisiane très peu peuplée à cette époque — les jeunes Étatsuniens auraient donc mieux toléré (protégé ?) notre langue. Et, en 2009, il en serait sorti de cette annexion un Québec tout aussi français.

Le délicat Joyal, mieux ferré en antiquités qu’en realpolitik, a voulu jouer avec la question «survivance française» et vanter comme un cabochon une «Ottawa-la-généreuse». Il s’est mis un doigt dans l’œil, on vient de lui dire ça. Et si je sors les «racistes» lois anti-françaises de la francophobe Ontario (ou d’autres provinces), certains abusés vont encore crier au commentateur rancunier. Or, il faut être animé d’une complaisance inouïe, d’un aveuglement total, pour se boucher les yeux. On vient d’avoir une nouvelle idée de ce racisme anglo durable lors d’un tout récent festival, ici, à Montréal. Un énervé proprio d’un théâtre (le Ste-Catherine) nous a chié dessus (je regrette, pas d’autre expression). Et on a alors de jeunes valets (à plume molle) de ces financiers «des marais» (La Presse) tenter de camoufler l’enragé raciste, d’excuser l’hurluberlu démonté. Non mais… coups de pied au cul perdus, non?

Rien à faire, au monde des ententistes-à-tout-prix dont le joyeux toton Joyal, rien à craindre et crachons sans vergogne sur le patriotisme. Je garde bien en vue sur mon babillard cette saloperie graphique du célèbre caricaturiste (The Gazette) Asslin (ass, oui, sic). On y voit un des nôtres, en affreux serpent qui se ronge l’anus! La légende de ce fin dessin? «The Quebec Nationalist». Eh oui! Asslin (re-sic) a la folle franchise, le culot total d’afficher carrément sa francophobie en pauv’tit montréalais. Qui souffre, n’est-ce pas? Fausse minorité dans un océan de blokes! C’est nous, le 2% sur ce continent, non?

Tous ces Asslin qui craignent tant les effets de notre précieuse et indispensable Loi 101 de Camille Laurin, imaginent que leur langue anglaise va s’effondrer ici! Hen, hen, quoi? Farcesque! Nos anglos hypocrites font mine d’ignorer qu’ils sont trois cent millions (300 000 000!) tout autour de nous. Et ils se fichent bien que ce fait têtu puisse polluer chaque jour tant des nôtres. Pas juste la p’tite Picard, chuinteuse et chanteuse amerloquisante. Un effroyable colonialisme via cinéma, télé et musique rock (et jazz?) qui n’inquiète nullement tant de nos chroniqueurs, ces dociles déracinés, ces inconscients agents de contamination de l’Empire Hollywood-McDonald’s, ces courroies-de-transmission dociles, les Brunet-Cormier et compagnie !

AH QUE L’HIVER (air de Vigneault) !

Des experts en physique l’affirment, nous avons par ici (régions boréales)  la plus belle lumière du monde. Bien. À cause des neiges, de la réverbération, sans doute. Est-ce assez pour nos détourner des « si invitants » suds ?

Hum…Nous avons donc la plus fameuse des luminosités, je veux bien,  mais… pas « la chaleur ».  Ne pas confondre. Chez mon camarade exilé à Key West, Tremblay, ils ont cela la chaleur mais, l’ignore-t-il, une lumière bien ordinaire. Oh, ouengne ! Quoi, que préférez-vous, lumière ou chaleur ?

Retraité d’un boulot quotidien (scénographe) pour gagner ma vie (la littérature hen…), me voilà en proie à… la fuite ! Au sud évidemment. Ce sera, dès 1986, les séjours d’hiver en Floride d’abord. Grand plaisir de rouler sur la fameuse 95. Petites plaisantes découvertes en chemin. Enlever du linge à mesure. Arrête à Philadelphie, puis à Washington. Fouiner en Caroline (les deux), niaiser en Georgie, visiter la jolie veille Savannah !

Joie d’enter à Daytona, première plage de sable vraiment chaud. Revoir l’antique St Augustine, premier bourg bâti des États-Unis, du temps des Espagnols. Vouloir voir partir une fusée, certaines années. Enfin, installation à North Miami, à Bal Harbour, à Sunny Isles. À Hollywood ? Non ! Trop c’est trop.

Cela, cette petite migration temporaire, dura quoi, 10 ans, 15 ans ? On découvre la futilité de cette opération-soleil. L’hiver, en fin de compte, passe presqu’aussi (presque !) vite que l’été. Gaspillage.

Nous voici en début de février, un mois qui file assez vite, puis ce sera mars, avec un soleil plus chaud et toujours  notre lumière « la plus formidable de notre univers » ! Viendra avril et la solide délivrance du froid. Et des bourgeons aux arbres. Nous avons, Raymonde et moi, cessé de protester « maudit frette noère », de brailler, et nous avons cessé de nous sauver. En République Dominicaine ou à Cuba, que de vaines illusions ! La Florida, on l’avait vu, on en avait fait le tour, de Naples à Tampa et Clearwater, côté golf du Mexique,  de South Beach « en rénovation » jusque chez Céline et René, côté Atlantique. Ô Worth Avenue, ô dépenses mondaines !

Oui, nous restons ici désormais. Pourtant, cet hiver, avec tant de neiges tombées et tant de jours d’un temps ultra « arctique », nous voilà à parler de nouveau fuite hivernale. Eh oui « la misère des riches », bon, okay, disons des « pets bourgeois ben nantis ». Au prochain hiver, nous songeons à « cent jours » à Carcassonne, à Perpignan. Ou bien pénates posées à Saint-Raphaël !  Pouvoir rester tout à fait des francophones quoi ! Télés, radios, revues et journaux. Livres. Et avoir le train ultra rapide pas trop loin. Chanter : « Revoir Paris » ! Mais… on me parle du fléau terrible, nommé le  mistral. Aller vivre l’hiver à Menton alors,  proche de Nice et Monaco. Ou bien où ? Aidez-nous !

À moins que : décembre 2009 qui s’amène et nous voilà ben calmes tous les deux, patients, endurants… Et puis janvier 2010 qui viendra, tolérable. Attente.. dans notre « plus fantastique luminosité du monde ». Et puis, paf !, qui va là ?  février qui file, comme maintenant, on se retrouvera en mars, et on guettera avril. En réalité, on ne sait plus trop quoi faire. Aidez-nous !

Vrai que l’hiver passe relativement très « assez vite », vrai que certains jours froids on en bave et on maudit le ciel québécois ! Vrai aussi qu’ici, bien, on a nos affaires, habitudes, us et coutumes, on a nos petites choses, les occasions de bon théâtre (voir Christiane Pasquier l’autre soir au Go , oh !) et de films solides (ces écoliers Noirs perdus, à Paris, oh !), de bons repas rares (chez Esmeralda !). Et quoi encore ? Il y a les parents, les amis. Tudieu, est-ce croyable ? La vieille baderne de Louis de Ratisbonne avait donc raison : « Aucune terre n’est si douce que la terre où nous sommes nés ». Croisant de nos migrants, j’ai mal pour eux parfois : en être venus à accepter -pas toujours volontairement- le total déracinement. Aïe ! On y pense pas assez. Le génial Dostoïevski parlait : « Être devenu apatride, le pire des malheurs ! »

Bon, frette pas frette : je reste icitte !

LETTRE À PIERRE FOGLIA

J’ai souvent vanté, publiquement, vos bons talents de chroniqueur de la vie quotidienne. Foglia, votre immense public est garant de cette amusante faculté de jacasser avec esprit. Mais voilà qu’un bon matin récent, purisme étonnant chez vous, vous joignez le peloton des affligés de notre français québécois.

Maudit verrat qu’on parle mal ! Tautologie ? Évidence ? Personne d’un peu instruit ne va vous contredire, j’en suis. Bon, on parle pas bien pantoute. L’élève et aussi sa maîtresse d’école et les parents aussi bien sûr. On est bien d’accord. Mais c’est bien court, de l’ordre du simple constat. Ça crève les… oreilles. Mais oui. Je viens pourtant vous implorer de ne jamais oublier les racines de ce mal-parler, de ce mal-écrire aussi. On lit là-dessus que ça va mal aussi aux États-Unis, en France aussi. Partout alors? Mais, ici, au Québec, il y a des faits têtus qui ne font qu’augmenter, encombrer, cette situation apparemment universelle : les jeunes s’expriment mal.

Ne jamais l’oublier : le français au Québec a été durant des siècles une langue « secondaire », sans importance. Diminuée et méprisée. L’outil des pauvres, des dominés, de ceux qui ne contrôlaient rien. En dehors des rares esprits forts – les Buies, Asselin, Fournier, etc. – le peuple de colonisés que nous étions n’était jamais stimulé sur le sujet de la langue française. Pierre Foglia, vous avez bien que nous venons d’une majorité de paysans pauvres, de cultivateurs archimodestes, d’ouvriers souvent illettrés quand ce n’était pas des analphabètes.

Les temps ont changé, c’est vrai, mais nous traînons ce vilain héritage et très visiblement. Mon père, fils d’habitant, disait toé pis moé. Je ne reprocherai à personne de vouloir corriger nos lacunes ou de souhaiter du changement. Je reprocherai toujours à ces surveillants bien intentionnés de jouer les amnésiques. Dès la défaite (prière de ne plus dire la conquête) de la Nouvelle-France, notre langue française était condamnée. Sans la très grande peur de nos conquérants face aux patriotes « indépendantistes américains » qui rôdaient à nos frontières, les victorieux Anglais nous auraient menés, et rapidement, à la totale assimilation, cela est sûr et certain. Fini le français en Amérique du Nord! Nous parlerions tous l’anglais aujourd’hui. Donc, le peuple Québécois parle français, un certain français, réalisé. Ce « miracle » étonne absolument les visiteurs de l’Europe, surtout de la France mais… il n’est pas pur. Il serait étonnant qu’il en soit autrement, Pierre Foglia. Vous, fils d’émigrant italien exilé en France, qui vivez au Québec depuis si longtemps, je vous implore de ne pas oublier cette histoire lourde, difficile, fragilisante. Les racines de notre mal.

Sans cesse il y a eu des tentatives de nous diminuer, de nous diluer; je gage que vous connaissez bien ces épisodes de racisme, ces efforts de francophobie pure. Tout cela ne faisait rien pour valoriser le français. Tant des nôtres se sont carrément assimilés, hors les frontières québécoises et aussi à l’intérieur du pays. Le speak white d’il n’y a pas si longtemps dans le grand Montréal -où vit la moitié des Québécois- fut perçu par plusieurs non pas comme une insulte mais comme une simple et fatale réalité. Triste vérité !

Il y a eu progrès depuis la vitale loi de Camille Laurin et bien plus nombreux qu’on pense sont ceux, mieux instruits désormais, qui s’amusent simplement du jargon des « Têtes à claques », une parlure qui fait rigoler la France. Ainsi, notre pauvre langue maternelle, le joual, devient, mais oui, comme un exotisme que nous chérissons! Eh oui, nous gardons une sorte d’affection pour ce patois. Patois que, en passant, vous faites bien d’utiliser vous-même à l’occasion, une couleur ajoutée fort sympathique! Tout cela dit, cessons l’accablement et le masochisme, évitons de jouer un noir fatalisme à la mode du jour. À mesure que, collectivement, nous reprenons confiance en nous, il y a nette amélioration.

Déjà, il arrive assez souvent, lunettes noires enlevées, que nous nous surprenons d’entendre un peu partout, dans la rue ou dans une cour d’école, un bon niveau de français parlé et écrit; cela même dans le modeste monde des ouvriers. Facile de vérifier, de comparer et d’apprécier les progrès si on examine des documents d’archives -sonores et visuels.

Nous émergeons davantage chaque jour de la noirceur culturelle historique. Celle d’un triste passé relativement récent. D’avant 1960. Époque bien connue quand tous les Canadiens de langue française étaient perçus par nos bons maîtres anglos en porteurs d’eau et scieurs de bois. Allons, admettons-le. Même s’il y a certainement place pour davantage de progrès. Vive l’espoir! Sus au pessimisme ambiant ces temps-ci.

LES AUTRES NATIONS, BORDEL !

« Look who’s talking, pourrait-on répliquer aux observateurs du « Time » de New York affirmant que la culture française est à bout d’énergie, finie ! Non mais… Pas une nation au monde n’est davantage tournée sur elle-même; un seul exemple ? Au vaste rayon-cinéma, nos cher amerloques sont incapables de faire regarder la version originale d’un bon film étranger. C’est le « remake » sauce USA, ou bien le néant !

USA c’est Narcisse incapable de tolérer – de goûter, d’apprécier- aucun autre reflet que le sien !

On a bien fait de répondre à Paris que c’est surtout en France que l’on peut trouver, dénicher, mieux connaître les cultures variées de la planète. Certainement pas aux USA.

À une moindre échelle, bien entendu, c’est au Québec aussi. Les donneurs de leçons étatsuniens se sont ridiculisés.

Ainsi, plein de braves « citoyens du monde », apatride, qui disent craindre notre nationalisme : « Une désolante soif identitaire, rapetissante et bien mal venue qui nous ramène à nos petits nombrils ». C’est l’accusation courante chez ces « internationalistes », la plupart tous tournés vers, seulement, les productions culturelles des grandes mégapoles culturelles.

Il n’y a de « bon bec » que de New York, Los Angeles-Holywood, ou de Londres. À l’occasion, Berlin, et, pas souvent, Rome. Ou bien Paris…hum… qui se meurt d’inanité bien sûr !

Seul a le « bon pas » l’impérialisme de l’Axe anglo-américain. Le soi-disant « universalisme » de nos auto- racistes va de pair avec gros moyens pécuniaires, « big cultural machine », grands chiards, gigantisme, patentes et technologies branchées, budgets faramineux.

Hélas, faut-il dire, il n’y a pas encore assez d’intérêt envers les autres cultures du monde. Oublions l’égocentrisme des Crésus culturels occidentaux, qui est insoignable et voyons lucidement une situation déplorable. Des lacunes désolantes. On sait peu, si peu, trop peu, « rien du tout souvent » sur les cultures étrangères.

Les organismes de diffusion d’ici -et ceux d’ailleurs aussi- tout médias confondus, font moins que « peu » pour faire connaître les cultures -savante ou populaires- de autres peuples de la terre. Que savons-nous, un seul exemple, de la culture de la Suède ? Ou de la Finlande ? Pourquoi donc…ce dédain, mépris, ignorance crasse, totale indifférence (cochez) envers tant de pays de notre univers ?

Que dire à propos de nos proches voisins, ceux qui vivent et créent juste au sud du prolifique pachyderme milliardaire. C’est anormal, à bas les cloisons consenties, acceptées depuis trop longtemps déjà ! Ce « criss » d’énorme paravent-USA qui nous cache tous les autres avec son fric et ses valets (à voyages payés) partout sur terre, comme ici.

Nous savons peu, si peu sur l’actuelle culture du Mexique -vaste contrée pas moins colonisé et dominé que nous- et, de même, le Mexique ignore la nôtre. Ainsi du Brésil, de l’Argentine, du Chili. Quelle tristesse culturelle ! Quelle auto-privation, c’est une honte au 21 ième siècle, changeons cela et vite.

Comment nous plaindre alors ? Cette bien triste réalité joue dans les deux sens : j’ignore tout de la culture actuelle de la Norvège et la Norvège ignore tout de la mienne ! Qui mais qui, quel média, finira par briser le monopole de New York-Hollywood-Londres… et parfois Paris ? Il en va de la bonne santé des créateurs du monde entier. La Hollande nous est une inconnue tout comme le Danemark. Ça n’est pas correct, ça n’est pas normal.

Certes, notre identité culturelle importe énormément, amis nationalistes, elle nous est nécessaire, vitale. L’identité des autres pays aussi. Pour ma part -et il était temps-, j’ai commencé à fouiller (merci cher Internet !) sur la culture de la Finlande. On découvre que d’autres petits pays contiennent de féconds créateurs. J’y découvre d’étonnants sujets d’admiration et pas seulement dans son histoire de « Résistance » au gros voisin. Du temps de la fédération-URSS, empire encombrant. Exemplarité là-dessus et nous savons de quoi il s’agit, nous avons un tel gros voisin n’est-ce pas, suivez mon regard dociles « propagandistes », serviles courroies de transmission ! La petite -et culturellement riche- Finlande a des enseignements à ce sujet à nous révéler. Essayez ça pour voir. Stimulant, je vous en causerai un jour; étonnant, vous dis-je.

Journaux, radios, télés, personne pour s’y intéresser le moindrement. Colonisation des pupitreurs, colonisation sinistre et acceptée du one way. Paresse indicible des médias suiveurs; le dire et le redire : si les rédacteurs tous azimuts cessaient un peu -au moins un peu- de rester assis et vissés aux téléscopes-USA !

Ô soucoupes-antennes du West Island ! De Côte des Neiges. De l’Extension Park !

On s’enrichirait très valablement et on ferait mieux mentir -par nos curiosités des autre cultures- nos chantres d’un « universalisme » bidon, à sens unique, New York-Londres-Los Angeles. On ferait mieux enrager nos encenseurs hypocrites d’un « internationalisme » bidon. Exemples à Montréal : tous ces Cormier, échotiers zélés des États-Unis, de l’art anglo-américain, tous ces Brunet, zélotes publicistes USA.

Le frissonnard de notre normal nationalisme aura honte à chaque fois que l’un de nous, patriotes à l’esprit ouvert, lui causera -dans le creux de l’oreille- à propos des cultures des autres; que ce soit celle de la Suède ou celle de l’Irlande ou… du Venezuela. À bon entendeur… à vos recherches, études et appréciations, amis, c’est urgent. Il y a une vie culturelle hors les falotes extravagandas ruineuses made in USA, qu’on se le dise.

NATIONALISME : BIENFAITS ET MÉFAITS

 Un correspondant à claudejasmin.com me relance car il a en horreur le nationalisme, à cause des dictateurs (Mussolini, Hitler etc.) en Europe (comme en Amérique du sud et ailleurs) qui utilisaient le nationalisme pour asseoir leur despotisme parfois écœurant. Une vérité irréfutable. Je me souviens de Gérard Pelletier, vieux camarade et mon patron à La Presse, brillant gauchiste catholique (il y en a), changé en « colombe de Pet » et qui était d’une méfiance extrême face à notre nationalisme, à cause du tyranneau conservateur Duplessis. Pourtant, on vit Pelletier défendre à fond la noble cause de l’Algérie algérienne. Selon lui, leur nationalisme était vital ! Il y a eu tous les nationalismes louangés dans les pays se décolonisant. Ces luttes amenèrent a aussi au pouvoir des despotes fous, je songe à « l’Afrique libérée ».

Une chose est sûre : en soi, le nationalisme peut être l’outil indispensable pour conduire une nation à la liberté. Des adversaires crient au devoir d’imiter les grandes nations : « il serait petit et chétif de parler encore « nation » au moment de la mondialisation. » Ils oublient le puissant nationalisme des États-Unis. Ou de la France. Les drapeaux sortis, la main sur les cœurs, les trémolos aux hymnes, dès qu’il y a menace en la patrie, octobre 2001 par exemple ou bien ce LePen soudain se rapprochant du pouvoir.

Il y a ici six Québécois sur dix, d’avantage probablement, qui sont nationalistes. C’est essentiel, nécessaire, à mon avis, c’est normal aussi. De farouches anti-liberté nationale osent dirent : « Restons liés aux Canadians car il faut être gros (be big estie !) pour mieux réussir. Je dis toujours à ces aveuglés : « Alors pourquoi ne pas nous joindre aux USA, nos puissants voisins d’en dessous ? » Silence, chaque fois !

La menace d’un despote, d’un tyran est toujours un risque. Pour le Québec, le Canada ou les USA. J’ai confiance en la démocratie, en la saine résistance des nôtres, si un tel manipulateur s’amenait. Voyez, au sud, la montée des Démocrates face au régime Républicain abusif sous la gouverne erratique du va-t-en-guerre, W. Bush. Qui achève.

Nous formons une toute petite nation —2 % sur le continent— qui a le droit selon la chartre de l’ONU de se gouverner elle-même. Librement. Sinon, bientôt nous serons une sorte d’ethnie parmi toutes les autres dans ce Canada qui grossit en population sans cesse. Quelle force, quel atout politique aurons-nous alors un jour si nous devenons un 15 % de la population canadienne ? Or, nous sommes plus de 80% au Québec, nous sommes une majorité.

Comment comprendre les batailleurs du fédéralisme? Il y a « la peur de la liberté », selon le sociologue brillant Cyrulnic. Oui, « une peur », car la liberté, disait-il, est la fin des protections « de l’autre », de la tutelle infantilisante, la fin d’une autorité aliénante mais bien confortable. J’ai des amis fédéralistes, nous discutons souvent, je veux toujours le faire avec calme, en toute chaleur humaine. En 1970, mon propre père craignait, détestait les propos nationalistes d’un René Lévesque et ses alliés. Dont j’étais.

Voilà donc presqu’un siècle (depuis 1961 et le RIN) que je lutte pour notre liberté. Voici maintenant que le parti politique qui porte « ma » cause est réduit à bien peu. On me questionne depuis le 26 mars : « Pas découragé ? » Mais non. La Grèce, pour prendre un exemple, a combattu presque 10 fois cent ans pour enfin obtenir sa souveraineté entière, pas vrai ?

Je ne crois pas du tout à une aussi longue attente pour le Québec. Je suis sûr et très certain que cela va advenir. Quand ? Ça ! Je respecte ce (trop long) délai, je sais la fragilité d’un peuple abusé, d’une nation —reconnue par un Harper— à qui l’on prêche les vertus d’une domination soft. C’est un autre fait très têtu : l’assujettissement des nôtres est tissé de compromis selon les saisons politiques. Il n’y a pas « en face » de pouvoir dur, raciste avoué, de lois cruelles. Chaque fois qu’il y a une poussée grave de nationalisme, on voit les adversaires lâcher un peu pus de corde. C’est tout cela qui rend la batille indépendantiste si difficile à livrer.

Lors du référendum (volé) en 1995, ce sera pourtant la panique, ce sera l’incommensurable gaspillage d’argent —Option-Canada et « les commandites »— par Ottawa. Quand je me dis pourquoi donc, comment cela se fait-il qu’il n’y a pas de supporteurs de la liberté québécoise chez les intellectuels anglos ? Je n’ai pas une autre réponse que celle-ci : « Ce Canada sans le Québec deviedrait rapidement une simple annexe étatsunienne. Un fait têtu cela aussi. Car hors des minces chapelles « nationalists » (à Toronto) le peuple canadian tout entier est « américanisé » et jusqu’à l’os. La culture —populaire, magazines, cinéma, télé, etc.— est absolument « All-american » Questionnez les lucides hors-Québec, ils vont vous l’avouer, admetre cete « colonisation galopante » Alors c’est : « Faut garder Québec pour nous différencier ». Vérité embarrassante je le sais mais réalité.

DES FLEURS SUR DU FUMIER ?

(lettre ouverte)

Il faut donner raison en bonne part au Mario Roy de La Presse du samedi 17 février : oui, davantage de films ( de télé, de chansons, de théâtre aussi ?) pour davantage de films fameux. En effet, c’est une réalité, de belles fleurs peuvent surgir du fumier généreusement répandu. Il y a que ce fait têtu illustre donc que plus un pays fabrique des produits culturels, plus on y trouvera de « fleurs ». Ainsi, plus un pays est gros, riche, puissant en moyens de production, plus ce pays dominera ? Vous avez, de cette façon incontournable, l’explication de l’ahurissante force, par exemple, des États-Unis, envahisseur de tout l’Occident en culture populaire, régnant partout via ses bons films, chansons. La France, par rapport au Québec, jouit aussi du fait d’un grand pays aux capacités budgétaires incomparables avec le Québec.

Décourageant pour tous les pays « sans grands moyens » ? Non, car il y a des exceptions. Un petit pays peut devenir le maître d’œuvre admiré partout, sur le plan du… cirque. Utile de nommer cette exception ? Encore ? Un homme de théâtre, né dans une petite ville, Québec, devenant un modèle admiré en créations théâtrales originales, applaudies partout dans le monde :Robert Lepage. Ou une chanteuse, du village de Repentigny, qui parvient au faîte de l’univers féroce de la chanson populaire, connue par son seul prénom désormais.

Roy parle de créer « du foisonnement », son mot. Est-ce une invite à une sorte de gaspillage de fonds publics afin de voir surgir quelques forts talents ? Pourtant une série de nouveautés, en télé, cet automne n’a pas entraîner, hélas, un bien grand public, c’est connu. Alors quoi ? Il y a qu’il faut du talent et pas seulement le foisonnement. Alors, « tourner et tourner encore dans tous les genres et pour tos les publics » (Mario Roy) n’est pas une recette bien solide ma foi.

Claude Jasmin
écrivain
Sainte Adèle

TROP ?

Oui, oui, trop ! Comme pour la Finlande ou la Norvège, Québec est un petit pays. Sous la loi universelle dite « des marchés », on offre « trop » et on demande bien peu ! Drame pour les créateurs des petits pays —je parle en termes de population car un « petit » pays peu être grand. Terrible : le manque de public. Entendez-vous les pleurnichages ? La télévision, le cinéma, le théâtre, la danse moderne, la littérature, ça râle : « S.O.S ! On veut des sous, on veut du soutien, on va étouffer ! »

Prenons un gros pays, les États-Unis, ou un moyen-gros, la France. Moins de « chiâlage », moins de quémandeurs perpétuels car ces pays peuplés arrivent à amortir leurs dépenses en télé, cinéma, etc. Prenons au hasard une série télévisée comme « 24 h. chrono » qui doit coûter —au moins des moins— un million US. Télé-Québec l’a obtenu obtiendra à combien ? Pour un petit $ 100,000$ ? Une aubaine imbattable. Là-bas, cette série a été payée et très complètement, elle a rapporté un trésor en publicités. Donc ces « sous » versés des petits pays, c’est du « surplus », un profit pas du tout nécessaire pour les producteurs des USA.

  Ces aubaines inouïes font que la culture populaire étatsunienne se répand comme lierre dans le monde entier, un colonialisme, involontaire, inévitable, qui fait que personne ne sait en quoi consistent les « parfois » excellents produits culturels d’ailleurs en télé, cinéma, etc. Totale ignorance de faits culturels réussis par Finlande, Suède, Danemark, Mexique (un voisin ! ), Portugal, nommez-les. Qui fait aussi que dans ces petits pays —tel le Québec— le public n’est envahi que des créations des gros, des États-Unis avant tout. Colonialisme culturel évident, aliénation malgré nous. On saisit qu’il faudrait des gros sous —et une volonté de diversité, inexistante hélas, pour que les « petits » versent des argents pour la traduction de leurs pairs.

Alors l’ignorance regrettable des uns et des autre règne partout jusqu’aux pays de l’Europe de l’Est. Là aussi il n’ y a de « bon bec » que d’Hollywood ! Navrant vous dîtes ? Et comment !

Ainsi nos lamentations nationales continuent, pas un matin sans devoir lire les pleurnicheurs : « Pitié ! On manque de moyens ! Au secours ! » Un fait têtu, reconnu, existe : le Québec est une formidable creuset producteur de créations diverses.

Que faire ? Une Céline Dion partait à Paris, puis à Las Vegas. Le Cirque du soleil ? Idem. Robert Lepage aussi; nommons-les. C’est donc l’exil imposé aux forts talents. De très grands talents québécois —en danse ou en peinture, etc.— n’ont pas de gérants débrouillards et ambitieux, un Laliberté, un Angélil. N’ont aucun ni contact, ni réseau, aucun moyen sérieux. Ils végètent, piétinent, s’assèchent, se rapetissent et se lassent de batailler. Se retirent carrément. Nous perdons sans doute, chaque année, de prometteurs talents changés en créateurs découragés. Fatalité des petits pays !

De là ce « trop » de mon titre. De là les incessants appels au trésor public pour « davantage de subventions ». Mais un petit pays n’arrive pas à soutenir —malgré la fine pluie des subventions— ce vaste cheptel. Ce mot car on constate tout un troupeau le bec ouvert en vain vers tous nos conseils-des-arts impuissants face au nombre. Voilà que des rouages —voir l’affaire Shaw-Péladeau— se grippent, s’enlisent et des créateurs doués, écartés des subventions, crient à l’injustice. On verra un étonnant « refus de subvention » à un Denys Arcand malgré sa notoriété, ou bien au « grand voyageur » surdoué, Lepage. Au fond des choses : tous prisonniers d’un « petit pays », tous dominés par la machine USA.

Rien à voir avec du « primaire-anti-amerloques ». Une évidence : les créations de l’hyper-puissance sont parmi les meilleures. Il n’en irait pas autrement si nous étions des centaines de millions au pays. Ce succès indiscutable des USA fait tourner la roue nommée « vedettes », « superstars ». Cercle vicieux inévitable. Qui sont les victimes ? Toutes les autres cultures des petits pays. Seuls des talents vraiment hors du commun, exilés, percent. Rares. Plein de jeunes candides aspirants, par hordes, s’en vont au sud pour cogner longtemps aux portes de la célébrité. Cela, avant de devenir waiters dans une pizzeria californienne ou dans un coffe-shop de Manhattan. Qui oserait dire à nos créateurs : stop ? Inventez moins, pas trop, il n’y a pas assez de demande au Québec. Un seul exemple, d’un monde que je connais mieux, la littérature : pour un écrivain édité Paris, dont le stock, imprimé en France reviendra par container s’offrir chez nos libraires, il y a plein d’auteurs qui piaffent d’impatience. Car si on lit moins en France (55 millions) comme partout ailleurs, ce fait mondial fait beaucoup, beaucoup moins, de lecteurs dans un petit pays de 7 millions ! Trop donc ? Oui. Il se publie ici, chaque semaine !, quelques nouveaux romans. À mes débuts dans ce drôle de métier, en 1960, il ne paraissait pas toujours un roman par mois !