IL FAIT BLANC JANVIER

Il fait blanc janvier. Voir un jeune du village au coin de ma rue, de beaux grands yeux sombres, sac d’école en bandoulière, éjecté de son bus jaune, il sourit à un matou tigré qui l’attendait. Dehors si blanc janvier avec petit mal à l’âme car je lis la Syrie ensanglantée. Maudit journal du matin, maudit téléjournal du soir. Et puis tousser sans cesse, cracher, grippé horriblement. Alors surgir aux genoux pour implorer le bon grand Saint Pierre…mon toubib à la clinique. Une fiole d’antibiotiks.

Encore, à la radio cette fois, frappes mortelles —chrétiens versus musulmans— cadavres empilés aux terres rouges briques en exotique Afrique ! Celle, désaxé, du centre. Voir des enfants estropiés, Seigneur, on a le cœur en compote. Ces journaux —salut m’sieur Taillon— suis-je masochiste, tous les matins avec ration de sangs. Turquie tiraillé, Tunisie devenue fragile…Des obus au nm d’Allah ! Partout des réfugiés entassés. Assommé encore avant d’aller dormir. Vous aussi ? Où se réfugier ?

Sainte Adèle, bel abri ? Non. Pas assez blindé et les beautés d’ici ne calment pas; telle cette très belle vieille dame, rue Beauchamp, et ce joli poupon rose en carrosse de luxe. Ou ce gras géant et ses rires tonitruants chez IGA. Au Métro, une adolescente danse sur place, sourit au commis dragueur. Mon voisin rétabli sourit à la vie de nouveau. Vive Jodoin ! Quoi, le monde ailleurs… à la page UNE, photos d’enfants syriens dépenaillés qui nous dévisagent, accusateurs. Tristesse. La Birmanie brassée dans des rues violentes. Une envie de fuir. En raquettes au fond de nos bois.

« Dieu », disait l’écrivain, « dans quel trou m’avez-vous mis ? » ( Réjean Ducharme). Il fait mi-janvier déjà, il fait blanc et froid et j’ai mal. Vous aussi ? Marcher à la poste. Des factures. Des publicités. J’ai mal à ce Liban encore mortifié. On a mal au monde. On a mal au cœur. La douleur de ces habitants-sur-pilotis, voir Bangkok-hors-touristes en révoltes. Examiner ces bouches en forme de cris en Irak à kamikazes. Djiadistes fanatiques là aussi ! Somalie ? Poitrines maigrichonnes d’enfants noirs aux écoles fermées.

Regarder ces actualités de maints sangs dans moult querelles et, dehors, beau soleil dans mon village à collines. Besoin de rire aux cabrioles d’un enfant dans des congères démolis. La charrue passe. L’ouvrier crache. Il sort sa pelle. La vie. Pourquoi le mal au monde ? Facile de fermer radio, télé ? Merde ! La misère aussi toute proche ! Ce triste jeune vagabond, rue Valiquette, qui observe une photo de palmiers. Vitrine à touristes. Songer à ma fille fragile exilée au sud. Je reste en ce « pays aux mille collines » —loin du Rwanda— où il fait blanc janvier.

Chemin-Péladeau, un géant attache sa tuque, grimpe dans son camion. Juste un homme qui va filer. En Abitibi. L’autre, son jeune frère, chômeur, reste. Déjà sans domicile fixe. Oui, même ici en jolies collines, une discrète misère. Sur la pointe des pieds. Des voisins ont faim. Rongent des freins. La honte des deux côtés avec l’impuissance. Nos routines : sortir le bac noir hier. Le bac bleu demain. Aube : voir des pistes de raton laveur. Nyctalope comme les chats. Devoir gratter la glace aux vitres de la Honda. Janvier s’en ira-t-il ? L’hiver passera, oui ? Très grippé donc mais nourri, vêtu et bien logé, l’écrivain retraité, chroniqueur de tout et de rien. Encore ça : des enfants en loques à Beyrouth. À Damas. Au Caire. À Bagdad. À Kaboul. Partout. Songer à des parents sur les plages de Palm Beach. Les veinards ! Photos chaudes sur Internet. Le journal lui : cité maganée en beau pays, Haïti, des enfants si beaux les yeux pleins d’eau !

Faut vivre malgré tout et sortir au soleil sur l’anneau du lac, y admirer un chien fou, foufou, d’un beau brun bruant. Dehors, il fait blanc janvier.

DE MARILYN MONROE À SOPHIE THIBAULT !

 

Ma peur de perdre, —non pas l’ouie, ni même mes jambes pour circuler— la vue ! Ne plus pouvoir lire, ? J’en crèverais. À tous ceux qui ne lisent aucun livre, je vous implore de changer. Lire c’est ne jamais s’ennuyer. Jamais. C’est si facile et ça ne coûte rien; grâce aux biblios publiques. Mes lectures, depuis longtemps, ont souvent une fin tragique :la mort. Je lis tant de biographies. Quatre ou cinq « histoires » par semaine. Voici un échantillon de mes lectures récentes, suggestions parmi des milliers « à pleines tablettes » !

USA : « La chute de la CIA ». Quelle chute ? Un espion retraité, (Robert Bauer) raconte ses périlleuses missions et déplore que la CIA actuelle se consacre dorénavant à la technologie (drones, etc.), congédiant les agents « humains ». Lecture captivante. « Marilyn et JFK », sur la chute d’une bien jolie « tête de linotte », phamaco-alcoolique psychosée. Une star d’Hollywood qui rêvait de devenir « First Lady », à la Maison Blanche ! Lecture fascinante.

France : « Françoise » (Giroux, un faux nom) par Laure Adler, le récit poignant d’une turco-juive qui reniait sa judéité et qui deviendra vedette des médias. À vingt ans, elle fêtait avec des officiers SS nazis au Ritz puis sera une Résistante molle. Elle fonda L’Express avec son « homme marié » (JJSS). Si ambitieuse qu’elle sera ministre. Lire aussi « Christine Ockrent ». L’autobiographie d’une Belge émigrée à Paris, s’exilant d’abord à New York (sera de la prestigieuse émission « Sixty minutes »). Elle rentre à la télé de Paris pour y devenir la Sophie Thibault. Cette autobio raconte l’effrayante « jungle » du milieu. Les « coups de jarnac » pleuvent. Lisez cet instructif plaidoyer.

Québec : « La Fille du secret », effrayant « récit de vie » de Jill Côté narrant un père indigne, musicien raté, drogué, ex-beatnik de province (Gaspésie) exilé montréalais. Un bohémien détraqué et lié à la secte des « Rose-Croix ». Vie écrasée avec une mère alcoolique dans un taudis d’Hochelaga. Un conte noir, hélas, pas toujours cohérent. L’écrasement en jeunesse. J’ai lu aussi lu cette semaine, deux bouquins d’entretiens  : « Paroles d’hommes » et « Paroles de femmes ». On y entend Denis Arcand, son pessimisme et sa lucidité « noire ». On y trouve le chroniqueur emeritus, Pierre Foglia, culpabilisé « jusqu’à l’os » d’avoir négligé sa progéniture, papa sans aucune fibre paternelle. Y jase aussi l’animateur de télé, Guy A. Lepage, franc et décapant. L’autre volume (femmes) confesse une Michaëlle Jean blessée à mort par sa patrie abandonnée, Haïti, dont elle désespère. Ses propos font voir une intelligence hors du commun. S’y trouve notre vaillante « Pauline 1ère » qui y tient des propos significatifs en diable. Enfin, lisez sur une Diane Dufresne qui s’y montre une « femme de caractère » revenue de loin. De très loin.

Lisez « Se guérir » de la célèbre naturopathe M.-L. Labonté. Ça verse hélas dans le verbiage connu. Mais la brillante « questionneuse », Denise Bombardier, « Tête froide et coeur tendre », pose une autre brique à sa fameuse statue. Des aveux francs comme à l’accoutumée. L’ouvrage préféré ? « Telle mère, quelle fille ! ». Jamais, jamais vous ne la verrez (aux Actualités de TVA) comme avant d’avoir parcouru ce livre ! Sophie Thibault, populaire présentatrice, raconte une jeunesse écrabouillée, déboussolante vu l’infirmité de sa maman en fauteuil roulant (sévère sclérose en plaques). Sa drôle de mère, auteure, participe au bouquin, un livre « mère-fille » très bien écrit, décoré de traits d’humour noir, un destin tragique.

Si un seul (ou une) de mes lecteurs décidait d’aller emprunter un livre (ou des) en bibliothèque pour une première fois, qu’il m’écrive un mot au journal. J’en serais si heureux !

 

LE SOMMEIL DE LA TERRE

Je viens de lire la vie de Janine Sutto où l’on voit les deux fils scandalisés d’un célèbre père comédien (adultérin), un soir dans Westmount, venus engueuler ce papa dévergondé qui ramenait chez elle sa concubine, la fameuse comédienne. Scène pathétique. Cette biographie écrite par son gendre (!), le reporter Lépine, mérite lecture pour le franc-parler. Je lis aussi les journaux : un pédophile, Cantin, grimpait dans la hiérarchie de la DPJ, quoi ? Un ado contrarié assassine sa mère monoparentale ! Une Haïtienne reçoit (de son homme) en pleine face, un plein bol d’acide ! Le PDG d’un empire médias traité de « voyou » par un PDG de Radio Canada, va en procès. L’ex-parrain de la pègre meurt d’une balle bien visée, à Cartierville ! Suffit, aller se laver les mains car ça tache l’encre des journaux, sortir prendre l’air.

Autre tour de machine : on sort, au soleil, vers Saint-Colomban et on roule vers le sud-ouest. Allez-y pour voir de très jolies vallées, plaines aux tons fauves, découvrez une fin d’automne avec ces longues terres de maraîchers endormies.  Quel bonheur de tout bien examiner sur de jolies routes modestes. Du côté de Sainte-Scholastique, tant de logis anciens, églises toutes modestes, humbles et émouvantes demeures à la maçonnerie parfaite avec leurs longues galeries. En leurs alentours, ces bâtiments de ferme dont les planches mûrissent depuis si longtemps. Émouvantes campagnes pas bien loin de nos collines. Voici Saint-Benoît, se poursuivent les pages d’un album vrai, fort. À l’horizon proche, les collines d’Oka peintes aux tons de novembre, mauves, beiges, gris. Soudain, du vert. Un et puis deux saules très « pleureurs », gigantesques.

Grimpé au cœur de Saint-Joseph-du-lac ( pays des pommes, grâce aux moines Cisterciens, paroisse fondée par les Sulpiciens-seigneurs en 1717, il est midi et nous dévorons nos sandwiches dans un joli kiosque. Juste en face de la vielle église. Un site où l’on découvre au loin toute la métropole, ce jour-là, avec son épais rideau de pollution !

Ma chauffeure, Raymonde, veut bien me faire re-visiter les rives —sablonneuses jadis— de ma jeunesse, Pointe Calumet. Avec son bau lac géant, une villégiature ultra populaire dès 1935 pour la classe moyenne. En 2010, c’est la découverte de multiples imposants « mini manoirs », avec le yatch luxueux à leurs flancs ! Il reste ici et là des « camps », ces pauvres  maisonnettes louées à bon marché. À la toute dernière avenue ( la 65 ième), une vaste marina a remplacé la salle « Normandie ». De la Plage Robert de M. Bonhomme, là  où nous dansions le boogie-woogie et les « collés », là où l’on admirait une fringante jolie jeune fille, Denise Filliatreault. On roule et je revois le grand chalet de Michèle Sandry, populaire chanteuse de style gouailleuse-montparnasse. Le Mont Éléphant, un beer joint, est disparu, le croulant Château-du-lac, auberge champêtre, a croulé. La jolie Plage Catilina où j’amenai Buissonneau avec Luc Durand tourner en 8mm du « Barbe Bleue » : disparu ! Tout a tant changé, souvenirs estropiés, décors transformés, ma mémoire bousculée. Roulant vers l’est du lieu et constater qu’il y a un grand marché, un garage, deux restos, un presbytère, une école même, une biblio, tout cela qui n’existait pas quand Pointe Calumet « fermait tout » dès la fête du Travail ! Filant vers la 640 d’à côté, derniers regards à un parc de jeux aquatiques « hénaurme » et je raconte ce site : un petit lac, quelques buttes de sable, nos glissades à califourchon et gratis dans le temps !

ÉLIANE, AVOIR DU CŒUR

      Je vous raconte une fillette de neuf ans. Éliane B. son nom. Elle a vu à la télé, à Haïti, la catastrophe ! Un monde soudain viré à l’envers. Les secousses sismiques terrifiantes, ce ravageur tremblement de terre. Éliane voit toutes ces misères, ça passe et ça repasse. Sans cesse, l’horreur ! Elle a neuf ans et elle a du coeur. Elle a voulu agir. Comment s’y prendre pour soulager ? Aux actualités télévisées, un soir, elle voit le visage accablé d’un garçon de son âge. Elle en est… transpercée ! Ces yeux d’une détresse indicible, elle a frissonné. Alors elle est allée dans sa chambre, à sa cachette, dans son placard à linges, à cette petite boite bleue et, dans une enveloppe jaune, un petit écrin de velours noir, dedans : sa jolie bague. Étincelante, un très ancien bijou, un cadeau de sa grand-mère morte. À un réveillon de Noël, en bien mauvaise santé, elle lui dit : « Regarde, ma petite fille, c’est ma bague de fiançailles, Je t’en fais cadeau. Tu la gardes et, quand ce sera ton tour de te fiancer, tu  te l’offriras à toi-même. »  
      Eh bien, Éliane, brave enfant, va la donner. Elle veut que cela serve. Éliane se dit qu’à ses fiançailles —on est du monde moderne— on n’a pas vraiment besoin d’un tel gage. C’est qu’il y a un certain regard qui la hante, oui, on aurait juré que ce jeune garçon la voyait, il la voyait vraiment, a-t-elle senti,  ce gamin perdu, en larmes,  dans sa ruelle jonchée de ruines. Oui, il l’implore, elle ! Non, il ne fait pas que fixer une rondelle de vitre sombre, lentille d’un caméraman. Depuis, ce visage de détresse totale la hante.
      Elle va se défaire de la bague antique. L’écrin au fond de sa main, Éliane en parle à ses parents. Leur surprise d’abord et puis l’admiration. La mère et la petite fille vont chez le bijoutier du quartier.  Exam,en à la loupe : « Mais cette vaut des milliers de dollars » !
       Dans la rue Éliane regarde encore et encore l’imposant chèque signé par le diamantaire. Chez elle, vite, recherche dans les pages jaunes puis coup de fil du téléphone à la Croix-Rouge. L’affaire va se régler rapidement, une jolie bague va muer en secours divers et ce visage du garçon en larmes, pour Éliane, va se métamorphoser. Sa consolation. Une agente de l’organisation internationale passe chez elle : « Une telle somme ! Ça vaut la peine de rencontrer la jeune donatrice. Il y aura un photographe. » Sur la photo, Éliane B. ne sourit pas, elle songe au visage torturé d’un garçonnet en sanglots. La dame n’en revient pas, si jeune et avoir un coeur si grand. Éliane sourit : « Bof, est-ce que je vais me fiancer un jour, ça se peut que je devienne collectionneuse de dons comme vous, et puis je suis d’un genre qui aime pas trop les bijoux, j’épouserais donc un garçon qui s’en fiche lui aussi.». Rires qui fusent, chez la dame, chez le père et la mère et puis Éliane rit à son tour.
     Au paradis promis, est-ce que la grand-maman rit aussi ?

LES QUÉBÉCOIS EN RACISTES DOMINANTS ?

Un jeune cinéaste anglo-québécois vivant au Québec ( mal intégré et mal informé), se confie à un reporter : « La culture au Québec, son cinéma, c’est « tout blanc et franco, rien, jamais, pour ses minorités, pour nous les anglos. Ou les Haïtiens ».  Sa stupide lamentation étonnera grandement une vedette québécoise comme l’excellent Norman Brathwait —ou le surdoué Gregory Charles— et tant d’humoristes à succès. Au Québec, nous sommes évidemment majoritaires (comme des Italiens en Italie, etc.). 80 % de la population. La culture est forcément blanche et franco. Le fou-cinéaste y voit du racisme, un nombrilisme, de l’injustice.

Je lis ces conneries, comme toujours, pour nous diffamer et j’ai besoin d’air. Au rivage, des canards visitent les labyrinthes de l’imposant dôme noyé du vieux saule frais tombé. Un rat musqué, gras comme un brigand, trotte vers le quai, son abri. Une marmotte (ma Donalda ?), grasse comme une voleuse, traverse le terrain, nez fouineur collé au sol. Belles visions qui consolent de ce  fabriquant du film  « Je suis Lénine », ou Trotski, peu importe hein ?, une fable jugée médiocre, continuait de baver sur les Québécois. Mon Dieu, que je suis inquiet pour l’épanouissement de la minorité anglo ! J’en dors p’us ! Comme s’il y avait pas trois cent millions d’anglos (300,000, 000) sur le continent ! Comme si nous n’étions pas que 2% de résistants sur ce continent. Si notre culture « blanche et franco » vit bien, s’épanouit fort, eh bien, ce fait en Amérique du Nord ne cesse de susciter l’admiration. Tous les observateurs de l’univers et nos visiteurs du monde entier ont le chapeau bas ! Notre surprenante survivance, notre farouche résistance est prodige. On a bien raison de nous en féliciter sans cesse. Partout ailleurs sur la planète (et en Louisiane donc) ce sera le souhait « de nous assimiler » selon Lord Durham venu nous enquêter en 1839. Québec français est un miracle ! Et que ceux qui refusent de s’intégrer normalement à nous —80 % du peuple québécois— aillent pisser dans les fleurs !

Ô, tellement plus rafraîchissant de revoir soudain ce grand papillon, belle couleur chocolat avec arabesques blanches aux franges. Foufou, il volette entre les corbeilles rubescentes de Raymonde.Tellement plus ravissant d’observer ces vives mésanges-à-têtes-noires qui s’agrippent au bord des feuilles pour attraper des pucerons ravageurs, un vrai numéro de cirque !

Bon, vive l’été et sus aux diffamateurs malgré la canicule et cette cuisse ankylosée. Je vais revoir « le » Grand Saint-Pierre du Paradis à la clinique). Je souris à ma vie. Une équipe, armée de scies, va réduire en bûches le vieux saule tombé. Eh bien, non !, voilà encore un coco fêlé ! Un autre con qui joue le prophète de malheur : Québec, comme nation libre, normale, c’est terminée depuis, exactement, octobre 1970 ! » Qui parle à un magazine de Paris ? C’est la vieille « queue de veau », le faux-Prince consort. Ô con sort de ce corps. Celui  de notre Reine-nègre à Ottawa. Ce parasite culturel exilé de France, ex-documentaliste de cinéma, joue la devineresse à boule de cristal.  « Notre lutte pour une patrie souveraine, faut plus y penser, un  rêve à enterrer « drette là ». Pourtant voilà qu’une indépendantiste vient de gagner aux élections, proche de la métropole ! Pépère Lafon, qui a fréquenté des vilains séparatistes, de Vallière en Jacques Rose, de Godin en Miron, achevant sa figuration de valet muet de la Vice-Reine stipendiée, devait avaler de travers cette semaine.

TREMBLEMENT ET NOYADE D’UN CENTENAIRE ?

D’abord parler de la fameuse secousse terrestre venue de l’ouest. Au début, devant mon ordi, j’avais cru à un cortège de ces maudits bruyants camions sur ma vieille « Route rurale numéro I », alias la rue Morin. Non, ça durait, Ça ne finissait plus. La peur ?  J’ai cru ensuite à un long grondement d’un  tonnerre. Mais ça ne finissait pas,  alors oui, terrorisé, vite, vite, je me suis jeté dehors !

Quand ma tendre reviendra de la ville : « Pis? As-tu eu peur ? J’écoutais la radio de l’auto, c’était un tremblement de terre, venu du pays de mon enfance, Claude,  la vallée de la Gatineau ! » Je vis avec « une fille d’Hull ». Vieux gag. J’ai donc vu ce que cela fait, un tremblement des sols. J’étais en Haïti un moment, à Port-au-Prince, avec mon camarade Dany Laferrière et j’ai eu une peur bleue !

De la galerie, terminée la peur, je vois la vie reprendre : un merle foufou (dit rouge-gorge), batifole dans un haut chèvrefeuille à l’ombre des érables. Comme pris d’une joie féroce ! Une attaque aux bourgeons naissants ?

Le dimanche précédant, s’amène « la Fête des pères », s’amène ma fille, le mari, deux petits-fils : « Bonne fête papa-papi ! » Mon fils de Val David, Daniel, lui, visite Barcelone. Escargot bizarre, mon Éliane traîne sur son dos (une voiture Chevrolet), une longue carapace plastifiée. Marco-gendre descend au rivage, d’une seule main, la chose bleue et si légère déniché à son Costco. C’est alors la sinistre découverte ! Haut comme un édifice de quatre étages, gît dans l’eau, mort, notre saule plus que centenaire. Douleur de voir ça, la vraie peine. Ce vieil arbre en a tant vu : depuis 1980, des générations d’adèlois en chaloupe, en canots (à moteurs dans le temps !)  Plus jeune il a vu un voisin Grignon, Claude-Henri  en culottes courtes lui grimpant dessus! Il a vu, beaucoup plus tard, mes petits-fils si heureux, très fiers, dans leur cabanon improvisé entre ses gros bras. Les a vu aussi accrochés au gros câble de nylon jaune (installé par le pasteur protestant Toupin, un ami). Ils étaient de vaillants Tarzans crieurs s’élançant dans le lac. Eh bien, notre vieux saule penché, le voilà mort, noyé. ses branches, toutes,  « le bec à l’eau ».

Il  y a un an, le voyant la tête si basse, penché à mettre en danger des avironneurs du rivage, on a songé à la scie tronçonnante comme euthanasie. Demande du permis à l’Hôtel de Ville et envoi d’un jeune « savant » qui examine l’auguste « incliné » et décrète : « Refusé. Cet arbre est sain. » Bon. Merci le jeune ! La nuit, veille de la Fête des pères, la chute du vieux témoin ! C’était un duo, des saules-jumeaux, oui, deux frères siamois. Des cousins vieillissent le long de la rive. Du coté de Jodoin-Voisin, il y en a un de  mille ans, ma foi. Tiendra-t-il encore mille ans ?

Nous voilà, les « mal conseillés par la Ville » pris avec l’orphelin survivant. Penché à son tour, le tronc fait voir maintenant une énorme plaie, craque béante. Le brutal arrachement du frère l’a sérieusement amoché !  Le « savant urbaniste » appelé nous dira-t-il encore : « Arbre sain à ne pas couper ? » Bon. La vie continue : à Toronto, les polices ont fait du gros fric, ici, de nouveau, mon merle (rouge de gorge) voltige heureux autour du sorbier et va se cacher dans ce gigantesque amas de branches noyées. ! Bon. J’aime la vie.

MON PAYS EN JARDINS DE GIVRE !

Oh, vivre soudain comme dans un décor d’une luminosité si particulière ! Nos jolies collines devenues d’un aspect métallique. Une nature en scintillements ! Oh, la beauté rare ce mercredi-là ! Il y a certaines années où cet effet éblouissant ne se produit pas une seule fois. Ça s’est donc reproduit mercredi. Vous vous en souvenez ? Nous roulions vers la métropole et, surprise, en sortant de Sainte Adèle vers la station Esso et l’autoroute 15, on a vu des bêtes excitées,  comme folichonnes qui escaladaient en zigzaguant nos falaises boisés. Pourquoi ? Pour voir de plus haut la beauté ? Les marmottes, ratons laveurs et autres bêtes apprécient-elles de telles visions ? On ne sait pas.

Ce jour-là c’était mieux —cette argenterie totale de nos montagnes— que les célèbres décors numérisés du film Avatar (que j’ai admiré).  Dans le pare-brise de ma Jetta, c’était des photographies inouïes et mobiles), un diaporama unique, des bousculades de diapositives d’art. On aurait dit un cinéma arctique inédit, un film façonné comme ces vieilles photos antiques —ces daguerréotypes ?— clichés à base de sels scintillants. Ou quoi donc ? Quels paysages étonnants et nous n’en revenions pas, Raymonde et moi.  Vision fugaces, non, cette féerie a duré tant qu’il y a eu des collines garnies d’arbres glacés.

On songeait au fameux grand artiste, Dûrer, à d’anciens procédés, de ces anciennes gravures avec leur jeu des gris variant à l’infini. Sorte de camaïeux époustouflant ce mercredi. Spectacle de mini glaçons… par millions. Oh !

« Ma vitre est un jardin de givre », chantait (avant son accident) mon petit camarade de Villeray, un Claude Léveillée ému à son piano, sur un poème d’Émile Nelligan. Ce poème s’agrandissait ce mercredi et c’est tout mon pays laurentidien qui se métamorphosait en un immense jardin de givre. Oui Vigneault, l’hiver montrait son plus beau jupon ! De dentelles fines, brillantes sous un modeste soleil taquin qui jouait au fou —allume, éteint— pour nous faire sourire, comme pour faire apprécier ce décor argenté. Si nous craignons le verglas, pour de bonnes raisons, cette sorte de givre, elle, est une merveille.

Retour chez soi et c’est à la radio, à la télé, sans cesse, ce sinistre décor sans féerie aucune, où des Haïtiens se débattent pour la survie. On a mal pour ces désespérés et j’ai soudain éclaté en sanglots à un moment donné. Ces regards « perdus » d’enfants « perdus » —on sait mon amour des enfants— me fendaient le coeur. Devenu vieux, vois verrez jeunes gens, on pleure bien pus souvent. Malgré tout, l’enchantement de nos montagnes comme translucides, oui, oui, translucides, persistera.

C’est justement à cause de tels moments à belles lumières insolites, que l’on retarde une décision…car une partie de notre entourage (parents, amis) nous dit : « L’âge augmentant et  la santé déclinante, un jour, vous devrez vous en aller. Partir pour la grande ville où il y a des meilleurs soins hospitaliers, les spécialistes, etc. » Chaque fois, on a mal, nos coeurs se serrent. Pourquoi ? Bien, par exemple, pour ces jours bénis aux magnifiques jardins-de-givre.

L’attachement à une région se forge de tant de choses, le printemps reviendra, avec le bourgeonnement partout, l’été reviendra avec ses fleurs autour de nous et un rouge cardinal va pépier, une tourterelle va poser, le grand héron gris nous revisitera, un colibri vibrionnera…

SMOKE MEAT, TYMBALES ET CADEAUX

Il y a peu, ces beaux jours en guise d’été indien en retard. La rue Bernard pleine de dîneurs aux tables de ses terrasses. Bonheur des yeux. On y alla, Raymonde et moi, un midi, pour le croque-monsieur de la Moulerie, un autre midi, pour le cher smoked meat de Lester, ses cornichons à l’aneth. Invités à souper à Mont-Royal sur Simcoe Circle chez l’ex-cynique, grand sec d’Orléans, André Dubois, mon amoureuse cherche un présent à offrir à Mimi divine cook. Elle file vers ce magasin de cadeaux pas loin de chez Lester. Que d’offres cocasses là ! Un lieu féerique. Un caverne d’Ali Baba ?

Le soleil donc. Partout. Courses…au marché si varié des Cinq-Saisons puis à la banque. Aussi à cet autre magasin-à-cadeaux, sosie du Mille-Feuilles de la Laurier, une papeterie inouïe côté sud de Bernard. Encore là, vaste choix aux rayons garnis d’inventions légères pour cadeaux divers. Dont un des  jeux de société de mon designer de fils, Daniel.  Des tablettes débordantes aux joyeuses inutilités bien agréables. Embarras du choix toujours et toujours, dehors, ce soleil d’été étonnant !

Qui va là, square Madeleine-Ferron ? Est-ce bien mon Tit-Louis, lui qui était avec nous tous au 42 Avenue des Pins en 1948, l’annexe de l’École du Meuble. Où il tambourinait sans cesse. Sur tout et sur tous. En maniaque fervent des rythmes. Eh bien, prévisible, Louis deviendra « le » célèbre timbalier —éméritus— de l’OSM. Louis Charbonneau, aujourd’hui retraité, a gardé même visage et même sourires. Je passerai acheter magazines et journaux chez l’aimable maghrébin-québécois en sous-sol du Manoir d’Outremont. Je donnerai de mes livres à Claude, la bibliothécaire du lieu et aussi on petit-déjeunera avec mon cher beauf’ Jacques, tous ravis de ce répit à jours chauds.

Outremont comme un village. Lieu familier où l’on est bien, d’où nous vient ce bon petit bonheur ? Urbi bene ibi patria, disait les pages roses du Larousse : où on est bien, là est la patrie. Ah nos petites patries en cours de vie ! Je me suis souvenu —vacances d’antan— les si belles longues blanches plages du New Jersey, jusqu’au Cap May, et, pourtant, au retour, le contentement très profond de retrouver sa petite géographie familière. Aller à Paris, métropole si fourmillante visuellement, si riche en décors historiques et puis, au retour, éprouver le bon grand bonheur de retrouver son monde, ses vues, ses familiers contours du quartier où l’on vit, adopté. Même chose si tu vas à Londres, tu as vu les berceaux de tant d’histoires nous concernant souvent tant de monuments célèbres mais, revenu chez toi, c’est la très grande satisfaction. À Rome aussi, tu peux voir les antiques sites du temps d’un vaste Empire disparu, des trésors architecturaux fabuleux, et, revenu at home, tu te sens si bien, si heureux.

Ma parole, le vieux poète, Louis de Ratisbonne avait donc raison ? On lisait : «  Nulle terre n’est si douce que la terre où nos sommes nés ». Faut le croire ? Et mon grand Dostoïevski, exilé un temps, qui déclarait « qu’il n’y avait pas pire malheur que d’être apatride ». Vrai aussi ? Mon fier camarade, Dany La ferrière —Prix Médicis à la boutonnière— ne cesse-t-il pas de gratter son grave bobo haïtien ? La fuite. Enfin, le soir restant chaud, on s’attable au «plus que parfait » Petit Italien et on a vu Martineau-l’excellent-tireur-fou (et franc) en actualités qui minaudait avec une belle enfant, pas loin, Pierre-Karl Péladeau, lui aussi avec une jolie fillette, et tous les passants, rue Bernard, souriaient à cette inattendue pause d’avant les neige

L’IMPORTATION D’ÉMIGRANTS

UN NOUVEAU COLONIALIME ?
L’IMPORTATION D’ÉMIGRANTS

« Être apatride, un grand malheur » selon Dostoïevski. Oh oui ! Il y a des êtres éprouvant le besoin de se déraciner, un amusement de jeunes bourgeois inconscients qui renient avec superbe les racines. Parfois c’est la honte face à un pays sans aucun prestige. Et puis il y a l’ambition : réussir à Paris, à New-York. Chantons: « Chagrin d’exil dure un moment mais « american dream » dure toujours. » Il y a donc des jeunes bobos nantis, qui jouent les « citoyens du monde », des « gâtés pourris » de la jet set qui, nigauds, diront : « Mon pays c’est la terre entière ». Vieillis, on les voit rentrer chez eux pour fouiller avec ardeur leurs racines abandonnées.

Pour le commun des mortels, c’est un grand malheur que de devoir abandonner sa patrie. Le doué Dany Laferrière, Haïtien exilé, profitant ici d’une discrimination positive à incessants voyages subventionnés avec acceuil dans un grand quotidien (La Presse), va très fréquemment rédiger (culpabilisé ?) sur « sa patrie abandonnée » ! Fatal. Normal. Les racines sont fortes. Certes, menacés, pour survivre, certains doivent absolument oublier l’adage fameux du « Aucune terre n’est si douce que celle où l’on est née » (Louis de Ratisbonne ).

Mais la patrie première, celle de leur enfance, de leur jeunesse, reste inoubliable. Devoir s’intégrer à une autre nation ne doit pas être chose facile, pour personne. Déraciné je ne réussirais pas mieux que quiconque. On a vu ce fait têtu dans nos ghettos montréalais lors des finales du soccer, récemment.

Ô racines ! C’est un lent travail l’intégration. Complexe. Cahoteux. On le voit sans cesse aux actualités :dans ces « cités » haïes autour de Paris jeunes casseurs nés pourtant en France. L’émigration organisée, ciblée souvent, parlons sans langue de bois, est devenu une curieuse solution. Pas seulement pour importer de la main d’œuvre à bon marché (ouvrages dédaignés, taches méprisées, besognes humiliantes— mais aussi pour corriger la dénatalité.

Ô Canada ! La dénatalité ? Ici, où se répand le règne du niais consumérisme, de l’hédonisme égotiste, tout cela qui fait que l’on refuse la venue des enfants… vite, cette solution crasse : recourir à l’émigration. « De quoi parlez-vous les trop sensibles ? Fuck le déracinement douloureux. Ils souffrent pas, ce sont des corvéables à merci ! » Oui, je l’affirme, c’est devenu un nouveau colonialisme, pas moins méprisable, j’insiste : un colonialisme nouveau. Ne craignons pas le mot, pas plus que le fait. Un colonialisme hypocrite, masqué, pas moins dégueulasse que le colonialisme de jadis. Un « colonialisme inversé » disant : « Fin de nos dominations des pauvres, nous n’irons plus les « exploiter », nous allons les importer. Une nouvelle marchandisation des humains qui amène le piétinement, la négation, l’enterrement des racines. On entendra : « On va finir par les assimiler tous ces « étrangers », on est majoritaires, non ? Quel leurre ! Attitude dégoûtante de colonialisme, avec victimes innombrables, voyez les tenaces résistances que l’on observe, nous tous, les gras durs occidentaux. S’amène alors la délinquance en ces ghettos nocifs, engendrée par ce néo-colonialisme.

Après la guerre de 39-45, l’exploitation ignoble tombée, les nations développées ( profits engrangés) refusaient d’aider efficacement ces pays libérés : « Qu’ils se débrouillent sans nous, ces ingrats ! » Et ce sera les endettements, scandaleux fléau actuel, mal connu, qui retarde tant de pays du Tiers-Monde. Pas question de vrai humanisme en ce temps-là. Que non ! « Quoi ? Partager nos savoirs avec danger de nous appauvrir, quoi ?, exporter généreusement nos technologie, nos progrès. Non, il y a mieux : les importer en masse, expatrier ces démunis de la terre. »

Malheur actuel: l’arrachement favorisé. Une recette honteuse des nantis, la « finale solution » des fainéants repus que nous sommes. Un fascisme light. Ce sera donc l’offre d’exil vanté, publicisé, ciblé aussi, en prospectus « full colors » dans les ambassades. Jadis, au port de La Rochelle, on mesurait les muscles des esclaves, maintenant, installation de nouveaux tamis aux filtres intéressés. On accepte les « un peu mieux » instruits, les « un peu mieux évolués », les « pas pire » quoi. Et les rejetés de ce beau mirage « organisé » dans les consulats, s’organisent tant bien que mal. Alors on dresse des murs, des barbelés, des miradors, des camps. Mais ces « élus » vont mal, ont mal, à Berlin comme à Londres, à Paris comme à Madrid (misérables du Maroc à la nage !) ou à Los Angeles (flux des « tout nus » du Mexique).

De cette situation découlera le fatidique : ils résistent à l’intégration mais continuons de profiter lâchement de ces vastes réservoirs à cheap labor. Nous sommes devenus, nantis, des nouveaux négriers ! Comment stopper ces carnages du déracinement nous tous des pays développés, du G-8 ? En allant vers eux, chez eux, avec des moyens efficaces, solides, sérieux, partout, en Afrique comme en Amérique du Sud, en Asie du Sud-Est. Collaborer vigoureusement à ce qu’ils s’en sortent. Effacer ces terrifiantes dettes calamiteuses. Et surtout, mettre fin à ce sale néo-colonialisme qui est l’IMPORTATION d’êtres humains. N’est-ce pas le pire des colonialismes ? Comment stopper au plus vite, ces odieux déracinements qui assassinent les âmes et qui, perpétuellement, font résonner le lamento:  » On ne veut pas de nous vraiment !, « Je suis incapable de m’intégrer, on me refuse ! », « Trop difficile à supporter votre racisme rampant » », etc.

Partagera-t-on mon opinion ? Déraciner des personnes en les amenant à immigrer c’est les tuer dans leur âme ! Petite lueur d’espoir : il se peut qu’à Paris comme à Montréal, un jour, les petits-enfants des enfants des émigrants s’intègrent harmonieusement. Il faut l’espérer. Le mal est fait pour tant d’exils. On va insister : mais notre dénatalité ? Ma réponse : Si une nation ne se reproduit pas normalement, qu’elle crève ! Tant pis pour elle et son hédonisme égocentrique, son individualisme forcené. Qu’elle disparaisse, la décadente, c’est tout ce qu’elle mérite.

Car c’est une solution extrêmement malsaine que d’inviter à s’expatrier « les misérables de la terre ». C’est un ignominieux camouflage que cette « question dénatalité », dégoûtante cette invitation, inciter les démunis du monde entier à abandonner leur culture, leur langue bien souvent, les us et coutumes chéris, les parentés bien-aimées au lieu de vouloir y installer les bons moyens de développement. Ces déracinements les rendent « normalement », nostalgiques, malheureux, blessés. Et forcément font naître ces malheureux ghettos.

Expatrié, je serais malheureux moi aussi; il avait bien raison, j’y reviens, le Dostoïevski exilé un temps, en affirmant : « Le plus grand des malheurs est d’être apatride ! » Ici même, en 1755, le sinistre Monkton le savait pour punir nos patriotes acadiens : « En Australie, en Australie, chiens de Français ! » Aux bastingages d’un immense vaisseau qui dérive, il me semble parfois entendre chanter en pleurant tous les déracinés du monde : « Si tu vois mon pays, mon pays malheureux…va dire à mes amis…que je m’ennuie d’eux…»

ALLOPHONES : « THE AMERICAN DREAM »

Pouvons-nous vraiment nous mettre dans la peau d’un émigrant qui a réussi à passer enfin en « Amérique » ? Je ne parle pas de ceux venus d’Europe, encore moins de France, Belgique du sud, ou Suisse de l’ouest ( minorités hélas!), encore moins de ceux venus d’Haïti. Nous venons donc de lire un terrible verdict concernant les « allophones » guère francophonisables. Pour ces exilés des pays asiatiques, ou des ex-colonies britanniques, il n’y a pas grand choix : ils sont arrivés ici, en Amérique. Les USA, empire fantasmatique aux 300 millions d’habitants « riches » (n’est-ce pas ? ) aux mille attraits, aux fastes fabuleux, est le séduisant voisin mieux qu’admirable. Ces émigrés ignorent qu’il y a encore plein de misérables taudis dans les Appalaches actuellement !

Pour ces réfugiés économiques (oublions par exemple les exceptionnels bourgeois de Brossard chinois venus de Hong Kong), le Canada n’existe pas réellement. Et Toronto n’est qu’une autre métropole comme toutes celles plus au sud. C’est donc la langue américaine qui gagne (pas vraiment l’anglais), la langue des gens de ce « paradis du bonheur terrestre ». Que sont à leurs yeux les USA. L’american dream, il exerce son pouvoir d’extrême séduction, de fascination mondiale, même en France, on ne le sait que trop. Alors ne jouons pas les étonnés, les insultés, en lisant les fraîches et désespérantes statistiques : « les enfants de ces émigrants ont choisi l’anglais. » Ils ont choisi,
réalité têtue, cet ultra-puissant empire voisin comme modèle. C’est un aimant, irrésistible en Occident, tant des nôtres y succombent, non ? Émigrants fragiles, nous ferions exactement la même chose, il faut l’avouer. Inutile de gaspiller l’argent public avec du forcing (écoles du soir, etc.); il n’y a qu’à attendre le déclin de l’Empire-USA. Certains le prédisent. Mais ça peut être long !

Claude Jasmin (écrivain)