Le mardi 19 novembre 2002

1-
Je commence à comprendre tous ceux de mes entourages qui souriaient quand je disais : « fini la littérature, j’ai fait mes adieux dans « Écrire pour l’argent. Que du journal désormais ». Une idée de roman a fait assaut subit —sur bibi— ce matin. Un envoyé des « Missions étrangères » s’installe dans un pauvre petit village d’Amérindiens quelque part en Amérique du Sud. On a prévenu ce jeune idéaliste : pour ces aborigènes, il lui faudra accepter de vivre avec une femme, sans cela, il ne pourra pas « missionner » car ces primitifs jugent comme étant un crétin, un homme sans intérêt aucun, quelqu’un qui ne réussit pas à avoir une femme chez lui. Ce serait mon seul et premier roman se déroulant hors du pays.
J’avais déjà lu qu’au Vatican —cela ne se sait guère—, on accordait une autorisation « spéciale » dans certains lieux d’évangélisation. D’où me vient cette idée de rédiger un tel récit ? Ce matin, je sortais du studio 83-radio, avant de me rendre —il était 10 h— au 45-télé pour T.L.M. Je venais de confier —au questionneur à Chicoutimi— que, enfant de chœur zélé, je me voyais volontiers en prêtre sauf que, déjà, il y avait les…filles ! Que cela faisait problème —déjà— dans ma tête de petit garçon de dix ans.
Si l’idée de ce roman me taraude, il se fera.
Il a toujours fallu qu’une idée de bouquin me hante pour que je m’y jette, un bon jour. On verra.
Temps doux, mardi gris. Hier soir, envie de bouffer du smoke-meat. Aile et mo, descendus en ville, on s’installe donc chez Lester, rue Bernard, un « snack » aux allures 1950. Éclairage de gargote. « Root-beer ». Mes bons cornichons à l’aneth, moutarde en masse….Yam !
2-
Ce midi, Aile et moi, envie cette fois de junk food : hot-dog, oignons, moutarde, et frites avec vinaigre au Petit chaudron. Je ne compte pour rien ici :pas d’invitation à la première moniale de « Séraphin » au ciné Pine en bas de la rue Morin. Hier soir, face à Bureau-au-beau-bureau, le jeune Deschênes, après « Le point » sortait de la première montréalaise dudit film et patatra : « Ouais ! Pas fort, pas bon, le feuilleton-télé était meilleur. Tant de millions, j’suis déçu ». Notre Bureau tout étonné : »Vous êtes dur…Bravo pour votre courage ! À demain ! » Aile renversée, ce jeune D. d’habitude doux et gentil, servant à « plogguer » complaisamment les produits des industries culturelles. Eh bin ! Ça leur apprendra à négliger l’illustre adèlois pour les « premières ». Je ris. De moi.
« La vallée » (des avalés), hebdo laurentien : oui ou non, y publier ( à leur invitation) un conte de Noël adèlois ? J’y songerai.
Vu au condo du Chemin Bates le denier épisode de « Bunker ». Chiard visuel coûteux (avec grosse part de notre argent public). Pas d’histoire. Gallimatia, salmigondis, charabia…Le filmeur Houde s’est payé la traite comme on dit et René Dionne, l’auteur de cette non-histoire, se fit subjuguer. Triomphe de l’esthétisme sur le contenu. En fin de compote : avec d’excellents acteurs, des artisans doués, une immense platitude sur un sujet —les coulisses du pouvoir politique— qui aurait mérité de bonnes intrigues, compréhensibles.
3-
Vu aussi, hier soir, le film de Binamé sur l’artiste multidisciplaire (80 ans) Pierre Gauvreau. La mode infernale : le cinéaste se régales d’effets visuels dynamique, bande sonore couvrant de trop des propos, images floues très « travaillées », on reste sur sa faim de mieux connaître et le téléromancier et le peintre (sauce ludique à la Alfred Pellan) frénétique. On a su des bribes :un père qui disparaît à sa naissance (!), une mère monoparentale courageuse. De rares —et trop brefs— bons moments, ainsi quand Pierre revient à sa source : le 75 de la rue Sherbrooke, près de Saint-Laurent. Souvenir : j’y allais à dix-neuf ans, dans ce « salon » —soutenu par maman-Gauvreau— avant-gardiste. Expositions d’automatistes inconnus encore, séances de danse exotique. Chantons : la bohème, la bohème…
Rencontres ce matin : un Marc Laurendeau, encore comme mal réveillé, Gilles Gougeon. On jase « enfants de choeur », ce dernier a revisité sa paroisse d’Hochelaga : « Rien n’a changé, sacristie et tout ! J’y étais pour une commémoration nuptiale de mes vieux parents ». Le technicien au son, René, boulot terminé, jase. Lui aussi, fit ce drôle de métier de gamin ensoutané. « Pas n’importe où, me raconte-il, à la « cathédrale ». Il habitait Guy et Notre-Dame. On rigole :il servait des évêques, lui, et c’était 25 cents par messe, par cinq sous comme à Sainte-Cécile.
Un camarade de T.L.M. tout fier de sa plume à l’encre bien noire (que je lui emprunte) . Douce, souple et glissante. Il me recommande d’aller à « Bureau en Gros » pour ce —je note— « stylo Dr. Grip. Gel ». Me dit : Oui, spécifie : gel, c’est fameux et en bleu, c’est beau ».
4-
Je repense à « American beauty » : ah oui, toutes ces armes aux USA dans les foyers. La tentation si ça tourne pas rond. À portée de la main…Solution radicale. Ce fatal coup de revolver de la fin. Le sang comme nappe sur la table, sous la tête de Spacey —le mari docile, révolté, qui quitte 14 ans de conceptions de pubs pour un modeste job chez MacDo—, éclaboussures d’hémoglobines sur le mur. Cet autre papa, un colonel sadique — le meurtrier— se révélant un inverti sexuel qui refoulait sa sexualité via le militarisme — ô discipline, cachette de tordus !— imposé à son fils « poté ». Un effrayant récit filmé.
Le 10, rue Chambord, ma fille, rieuse —et peut-être plus soucieuse qu’elle ne le laissait paraître— de ce fils « du milieu » qui serait amoureux d’une « vieille » de 21 ans alors qu’il a, lui, 19 ans. Je me suis souvenu des inspections —mine de rien— de ma mère, chaque fois que je ramenais à la maison une nouvelle « blonde ». Ses sourcis froncés, son front plissé, sa moue boudeuse, face à cette Gisèle de Saint-Henri, plus âgée que moi. Nos chères mamans…
Je songe encore à ce Bertrand junior au confessional-Maisonneuve de RDI : ses deux millions (2,000,000 $ !) gaspillés en drogues dures ! Quelle caverne horrible, quelle effroyable dérapage et quel courage de tout révéler à l’immense public de la télé. Aile en était toute retournée. Et moi itou. Il a dit : « je sentais, jeune, que je devais « performer », qu’on attendait tout de moi, que je devais occulter mes émotions ». Danger.
Je me félicite de n’avoir pas joué de ces pressions parentales. Je disais à mes enfants : « Vous ferez n’importe quoi, ce que vous voudrez, j’espère seulement que vous soyez tout simplement heureux plus tard ». Je songe à tant de parents qui poussent fort sur leurs rejetons. Par un besoin inconscient de revanche face à leur existence décevante ? Malheur ! Cours de ceci et de cela. Surcharge imbécile. Vies atrophiées. Élèves débordés. La vie ordinaire de « l’enfance à vivre sainement » bousculée. Oui, danger ces attentes d’égocentriques ambitieux pour…leurs « petits génies » adorés, appréhendés. Ce Bertrand tombé si bas —il a songé au suicide, avouait-il— , fils de Premier ministre, s’en sortira-t-il ? Je le lui souhaite de tout cœur.
5-
Allé à l’École Hôtelière tantôt : que des desserts dans les montres ! Revenu aussitôt…malgré moi… moi qui aimerait tant me gaver de leurs bonnes pâtisseries encore chaudes… fraîches sorties des fours chauds. Asch ! Dure la vie, hein ?
Mister Hans Blix, chef-inspecteur pou l’ONU, est maintenant à Bagdad avec son peloton de 20 fouineurs. On croise les doigts. Oh, que tout aille bien ! Sinon…l’excité W. Busch donne le coup de fil fatidique à ses militaires préparés à l’attaque. 58 journalistes (choisis par qui ?) furent entraînés pour la bonne propagande USA lors du débarquement anticipé en Irak…Bonjour les reporters professionnels ! La désinformation organisée se prépare ?
La chronique de Stéphane Laporte dimanche (La Presse) : extraordinaire. Cette « Lettre ouverte à Ben Laden », un fameux texte de l’humoriste. Quel talent !
Qui a obtenu le plus de films sur sa vie ? Jésus ? Non. Napoléon, l’assassin de tant de jeunes garçons. Jésus est deuxième. Ensuite : Lénine ? Oui, Lénine. Un autre Adolph Hitler quoi, on le sait depuis « Le livre noir du communisme ». Ma foi… la machine de propagande soviétique produisait à un rythme infernal. Hollywood battu !
On publie beaucoup sur des personnages de télé enfantine, Fanfreluche, Pirate Maboule, etc. On a oublié quelqu’un, « Monsieur Claire Lamarche », l’animateur-rassembleur Guy Messier fut l’installateur du « Grenier aux images », au théâtre des Compagnons par exemple. Ce fut lui, Messier, le premier organisateur de ces héros tant vantés. La télé lui a tout enlevé dès sa naissance et Guy Messier sombra dans l’anonymat et puis épousa Claire, la grande oreille efficace. Pas juste cela.
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Nat Pétro tenait absolument à rencontrer l’épouse, l’ « Aile » de Dany Laferrière, revenu de son long exil à Miami. Photo de La Presse: on voit Maggie, floue, loin derrière l’écrivain Haïtien célébré. Aile : « je peux la comprendre ». À le voir aller, aux Salons de livres, j’imaginais mon Dany en playboy libertaire, moi. Bon, je me trompais. L’infirmière Magie a suivi son bonhomme en Floride en rechignant car, dit-elle, elle s’était parfaitement intégré à son pays d’adoption, le Québec. Dany, le froid, la neige se pointant déprimait, lui. Mais qui prend mari…
Et l’« Aile » de W. Bush ? Sa Laura ridiculise son « homme » devant le écoliers ! Elle a dit : « Il croyait, le cher homme, qu’une bibliographie… c’était la biographie de la Bible » ! Méchante compagne ça ! Laura Bush, nous informe une gazette lue, a une maîtrise en « science du livre ». Ah, c’est une science ? Pas de maîtrise en pédagogie, cela est sûr et certain. Un livre bien aimé ? « Le grand inquisiteur », section des « Frères Karamazov » de Dostoievski. On y voit Jésus revenu sur terre face au grand sadique espagnol, Torquemada. Qui fait jeter au bûcher purificateur, le Christ ressucité ! Une lecture bizarre pour l’épouse d’un inquisiteur agressif, bien ieux outillé que Torquemada, cherchant l’Axe du mal. Cette Laura tient « salon littéraire » à l’occasion dans son Aile (eh !) de l’est (« eastwing ») à la Maison blanche et invite des auteurs dissidents (?) de la bushomanie. Seigneur ! Moi, je mettrais la CIA sur ma femme, tiens !
Quand j’ai loué Aile trop fort dernièrement, elle me jette, la langue dans la joue : « Vas-tu cesser tes compliments, je vais me demander ce que je fais avec toi » ! Paf ! Touché !
Justement, appel de on cordon-bleu…On ferme !

Le mercredi 13 novembre 2002

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1-
Reviens d’ «encore » quatre jours loin du clavier, du cher journal. Un mercredi bien gris. Ciel d’une chétive lumière novembrienne. 20 courriels (au diable le mot Mel) et devoir y répondre au moins brièvement. Bonne chaleur venue de tous ces « bons vœux » pour mon anniversaire de naissance. Tantôt au téléphone le jeune Beau-soleil bien « ennuagé », lui. Poursuite de 60,000 tomates au bout du nez. Semble se chercher des appuis, des défenseurs. Lui ai dit qu’on ne peut mettre sous copyright une idée, hélas. Mais qu’il se trouve vraiment bafoué et qu’éthiquement il a mille fois raison.
Il avait « parti » (édité aux « Intouchables ») les folleries « verbachimes » du Chrétien qui ne parle aucune des deux langues officielles. 50,000 copies ! Le jeune Beausoleil trouvait que deux livres, c’était assez. Mais on a voulu presser le citron. Brûlé et puis Lanctôt font fi de « son sens de la mesure » et, sous d’autres signatures, publient un tome 3. C’est très triste chez des gens de livres. Mercantilisme fréquent en ce domaine ? Ça arrive, oui. L’idéateur a fait publier une bonne lettre de colère. D’indignation. Les avocats ripostent donc ! Bon, je lui ferai « une lettre ouverte », n’ayant aucune chronique (Le Devoir ne répond pas ). Qui sera publiée ? Ça…
2-
Ce matin donc remontée en Laurentie. Gros petit-déj au « Petit poucet » de Val David, un ogre : deux foetus de poule, au miroir, mes chères bines, leur bonne confiture aux fraises, le pain de fesse…Yam ! Nous irons aux injections anti-grippes tantôt. Vendredi après-midi (et en soirée) qui vient :aller m’installer en kiosque (Trois-Pistoles éditions) Place Bonaventure. Le Salon aux 700 auteurs ! Hum !
Je me suis fait des copies de certains messages reçus. Y répondre au plus vite ? Énervé, je refuse des invitations (à conférencer) ici et là. Ma peur de dire « oui » et de décevoir ensuite. Débordement. Hier soir, le « Groupe des six », bonne bouffe au « Petit italien » de la rue Bernard. Tour de table longuet sur les coiffures par ces dames. André (Dubois) et moi :attentifs et sourires au bec ! Autre tour de table sur les bobos de nos compagnes. Longuet. Voilà mon « Grand sec d’Orléans » vantant le Mario Dumont. Tout pour nos faire enrager. On ne mord pas et il est déçu.
Ring, ring ! C’est la Francine L. de mes aquarelles-à-vendre. Pas en bonne santé du tout. Reviens d’une semaine chez… Castro. Éblouie ! « Mer si verte, mon cher ». Me recommande un hôtel choisie avec bonheur— « six piscines » Claude !— viendra dans dix jours nous visiter. Me rapportera l’invendue bannière de procession de Fête-Dieu, celle au Christ ultra-saignant. Bien.
3-
Dimanche midi le très bon poulet « de sa recette » chez ma fille, Éliane, rue Chambord. Mes cinq ex-gamins, devenus de grands jeunes hommes, à mes côtés. Le bonheur ! Chandelles soufflés d’un seul coup. Vœu exaucé donc. Que Dieu me prête vie encore longtemps. Danier, mon fils, en bonne forme. Un petit peu triste :son chien Zoé resté (ordre d’Éliane !) à la maison. Remise de mon « À coeur de jour ». Rituel annuel au fond ! Me rendrais-je à 100 bouquins avant de lever les pattes !
Vu le « 24 poses » à la télé de ARTV. Effrayant portrait (en 24 poses) d’un pauvre petut monde sans horizon généreux. Réalisme qui blesse. Vérité crue qui me remue toujours. Le désastre des « gens heureux de si peu » ! Avec un moret dans la cave à la fin de ces dialogues de crétins. Oh la la ! Une dramaturgie « d’icitte » et pourtant pas si éloignée de celle des grands Russes. Les âmes en peine.
Dany Laferrière (il a une couverture de presse fantastique en ayant simplement rajouté 120 pages à un livre ancien ) chez Bazzo à Cbf.fm. Il dira : « Si la princesse Diana, morte dans cet accident, avait aussi tué, dans sa rutilante voiture, un magrhébin de Paris, elle devenait un monstre effroyable de sa Jet Set ». Vrai. Un fil sépare l’héroïnisation et la diabolisation. Le hasard. Il parle de la Monica à Bill Clnton. Il dit des choses étonnantes. Ah si on invitait parfois un écrivain aux actualités ! Mais non. Chacun son ghetto. Sur le 11 septembre, Dany dit : « l’Événemenmt important c’est le Proche-Orient depuis 30 ans, pas le 11 seulement ». Si vrai. Mais (contradictoire) il dit aussi que les actualités (politiques ou autres) ne l’intéressent pas vraiment ! Bizarre affirmation.
J’ai lu (où, où ?) que tous ces Cubains anti-Castro, se sauvant aux USA et faisant du démarchage pour faire durer l’embargo, sont d’ex-riches capitalistes cubains bien nostalgiques du bon vieux bordel antillais. Que Castro les a connus aux « écoles de petits bourgeois » de sa jeunesse. Que c’est ce vieux combat qui dure toujours. Que le pauvre peuple de Cuba doit payer les frais de cette antique « chicane de classes » du leur Leader Maximo. Horreur non ?
Laferrière parle de son retour de deuxième exil : Miami. Il va affronter l’hiver qu’il n’acceptait plus.
Émile Ollivier ( originaire aussi de Haïti) meurt dimanche dans la nuit. Crise cardiaque. Je l’avais un peu connu. Sobre, grand seigneur, prof instruit, rien du genre « cabotin joyeux » de Dany. Il a bien parlé du malheur d’être apatride. Disant —pas verbatim— qu’un exilé ne revenait jamais, jamais, de sa patrie originaire. Eh oui ! Et plein de monde autour qui ne supportent pas que nous parlions de la patrie que nous n’avons pas eu le malheur de devoir quitter. Ah ces déracineurs volontaires !
UnMardi, hier, je veux faire un petit tour chez Daniel, or, en roulant, distrait —je songeais à mon topo à livrer pour Chicoutimi-Radio— j’oublie sa rue Legendre et me retrouve à… Jarry sur Christophe-Colombn ! Bon. J’irai boire un café rue Henri-Julien à l’ombre de ma vielle église Sainte-Cécile. « L’Ambiance » —ex-snack-bar où on allait siroter un Coca-Cola, la messe trop longue— est un sympathique joli café. Deux jeunes filles écrivent, studieuses, sur des cahiers lignés. Romans à venir ?
Je lis un vieux « Voir ». Puis, je revois l’école de ma jeunesse rue De Gaspé. Cour d’école avec plein d’enfants d’immigrants, des gamins Noirs nombreux, pas un seul dans mon temps !, le site des Sourds et muets, rue Saint-Laurent, l’ex-Gare Jean-Talon… mon passé enfui quoi, et je rentre Chemin Bates.
Revenant de chez mon prothésistes à oreillettes, rue Fleury, arrêt chez Éliane, mardi : pas un chat ! J’ai la clé, besoin de pipi. Je monte voir les chambres…Oh misère ! Le carphanaüm habituel. Les portes se bloquent sur les fatras. J’admire l’aquarium géant du benjamin Gabriel : joliesse de ces eaux vertes à poissons rouges…et bleus !
Incroyable, mon amerloque grognon, Tod, sur un Mel. Popr marquer mon anniversaire, encore une fois, il me traîne dans la boue. Ça le démangeait ? Genre : « Falardeau, lui, pas un vendu, n’obtiendrait jamais une chronique au Devoir. Si vous l’avez, Jasmin, comprenez » !
Bien, j’ai compris que je ne suis pas un vendu car je suis assez certain de ne pas l’avoir !
Laferrière, lui, a annoncé chez Bazzo qu’il chroniquera régulièrement à « La Presse », le chanceux. Non mais quel « vendu » hen ? D.L. a dit que les sujets n’ont aucune importance dans les bouquins « que seul le style » restera …ou pas ! Drôle, je le voyais pas du tout en styliste appliqué. Cela, le talent ? Dany a vanté et « l’ambiguïté essentielle » et les contrats avec les gens. Il déplore ce Réjean Ducharme invisible, secret, réfugié loin du monde ! J’ai toujours aimé placoter avec lui (salons du livre), ce bon géant Noir est plein d’humour (chez Marc Labèche il fut cocasse), a un esprit caustique et souvent désarmant. Soudain il dit : « je déteste farouchement la familiarité. Parce qu’on aime ce que vous écrivez , on se croit tout permis. Il faut garder des distances sinon il n’y a plus vraie sincérité ». Je sais ce qu’il a voulu dire. Il y a des gens sans jugement là-dessus. Je l’aime et je ne serai pas trop familier avec lui, promis.
4-
Oh, courriel nouveau : promesse de Guy L. à CKAC. On me veut chez Paul Arcand le 20 décembre au matin pour « mon » rituel conte de Noël. Je sais déjà ce que je raconterai.
J’étais encore dans un cimetière lundi matin. Pas mal plus vaste que celui des Jasmin à Saint-Laurent. La SSJB de Montréal veut désormais joindre, à sa façon, le Jour du Souvenir, le 11 novembre quoi. Ne plus laisser aux fédérats seulement ce rappel de nos soldats morts outre-mer.
C’est correct. Il fallait entendre mon président Guy Bouthiller —excellent prof d’Arcand, il me l’a dit, en sciences-politiques jadis— faire un étonnant raccordement : si le Canada de 1942-43 avait été nazifié, il n’y aurait plus eu « d’indépendance du Canada » et, partant, cette idée d’un Québec indépendant n’aurait pu naître et croître comme elle a cru. Vive donc nos braves vétérans !
J’applaudissais intérieurement cet habile détour stratégique et fort amusaant. Guy parle avec enflure, un min-DeGaulle. J’aime ça. J’aime cette vielle rhétorique à ronrons bien tournés. Si je me retenais pas des fois…j’y recourrais volontiers. La peur du ridicule ? Je devrais pas me retenir.
Au pied d’une grande croix de granit, plein de petits soldats boutonneux, plein d drapeaux au vent, très violent lundi midi, du tambour qui roule, une trompette qui pleure « The last call », de la cornemuse…Mes délices, mon goût des parades comme du temps des « Corps de clairons et tambours » des écoles. Je me sentais bien, redevenu un gamin malgré la pluie, les sentier boueux, les feuilles mortes partout.
Et puis ces vrais vieillards en avant-scène qui me rajeunissaient, à béquilles, à fauteuil roulant, couverts de belles médailles luisantes. J’ai tant voulu ces médailles, écolier ! « Salut…! », me fit Bernard Landry me tendant la main lui qui venait de donner une opinion très actuelle : pas de guerre sans l’aval de l’ONU, jamais la guerre si possible. J’étais fier de mon Premier ministre. Une fillette distribuait des colliers à fleur de lys marquées ‘Je me souviens ». À mon côté, une vieille « kouak » en uniforme kaki, médaillée, fit un « non » vigoureux à la distributrice, « une anglaise « me dis-je. Non, elle causa français avec le fils de feu le célèbre héros (campagne d’Italie), le Général Dollard Ménard, le seul haut-gradé de l’armée « canadian » à inviter, en 1980, les gens à voter « oui » à notre patrie. Il en a payé le prix !
Rigolo d’observer les quatre caméras des quatre réseaux, au coude à coude, bien collées, filmant tous… la même chose !
5-
Un lundi soir formidable. Tout petit restau ( La forchetta rue Laurier, « apporter vot’vin ») loué pour l’anniversaire de l’épouse de feu le fameux comédien Georges Groulx, Lucille Cousineau, « fille » du père Legault. 80 ans et en forme splendide ! Vint-cinq convives —dont l’amie Françoise Faucher, Hughette Oligny, Gilles Pelletier, Gabriel Gascon, Gérard Poirier, etc.— qui font de joyeux drilles. Piano loué, vieilles chansons françaises —reprises en chœur tonitruant— des fleurs en vingt bouquets différents, de brèves adresses. Que de rires joyeux ! Un souper hors du commun. Reconduisant Lucille à son chic « Sanctuaire », au bout de la rue Lajoie, Aile et moi avons les bras « fleuris » surchargés. Le concierge tout étonné de tant de bouquets veut actionner deux ascenseurs !
Le lendemain —gras « osso bouco », vin rouge de trop— pas trop en forme pour aller jaser « racines » à « Tous les matins », croyez-moi. La maquilleuse : « Vous avez les yeux petits à matin ! » Moi : « Oui, agrandissez-les moi sioupla ! »
6-
Samedi soir dernier, fameux film à Télé-Q. « Magnolia », signé Paul-Thomas Anderson, trois heures au moins. Du vrai Altman, avec du chassé-croisé étonnant, des liens qui se tissent peu à peu. À la fin, réunion étonnante d’un lot de protagonistes. Je reverrais volontiers ce film. Le louer un jour au vidéo-club du coin. En conclusion de tant de misères humaines, soudain, une pluie de…grenouilles. L’effet visuel est effroyable. Plaie d’Égypte en Californie ! Ah oui, ce « Magnolia » , classé « chef d’œuvre » exagérément reste un film vraiment hors de l’ordinaire. Et pas de ces pubs maudites aux huit minutes ! Youopi !
Dimanche, Daniel Marleau, se fait volontiers mon vaillant consolateur (ma tristesse de samedi quand je ne déniche pas une seule ligne dans les cahiers des gazettes-livres pour annoncer la sortie du tome 1 de mon journal). Celui-là, envie de le nommer Président —à vie— de mon fan-club…qui ne compterait qu’un membre, lui, Marleau.
Retour de l’École-Bouffe. J’y suis allé cum pedibus. Quatre rues…mais souffle court. Que des gâteaux ! Pris une tarte pas trop sucrée. Aile ne dit rien. Hâte de descendre à « son » souper et… au dessert ! Je suis en manque. Descendons. On ferme ! On ferme !

Le jeudi 22 août 2002

1-
Ouf! Oui, « jours de pluie »…donc jour du diariste. Par où débuter…résumer cette absence du clavier ? Éliane, ma fille, arrivée ici lundi, vient de nous quitter. J’admire son courage : sous la pluie, tantôt, elle a tenu à aller se baigner longuement une dernière fois et y faire ses exercices dans la « nouille » de plastique. Elle nous a détaillé un tas de maux physiques qui l’accable et nous a paru pourtant , à Aile et moi, en forme splendide. Hier, je lu ai dit : « Eliane, ça serait pas la ménopause tout ça » ? Elle a répondu : « Oui, peut-être, ça se peut ». Elle jouit d’un appétit formidable, a un moral solide, est capable d’énergie rare. Alors ? Quoi qu’il en soit, son séjour m’a fait du bien. L’absence des trois garçons favorisait nos confidences. On a souvent jasé en tête en tête. Souvenirs communs, constats divers sur nos petites actualités, vagues projets d’avenir. C’était fameux. Un seul inconvénient : la fumée de nos cigarettes. Elle ne supporte pas. Le soir, Éliane elle se tenait un éloignée des deux cheminées, près de la moustiquaire. On en riait.
Mercredi midi, visite, avec Éliane — amateurs d’aquarelles, en faisant pas mal elle-même— à Saint-Agathe, pour visiter une modeste expo de l’aquarelliste, brillant technicien, lui, Jean-Paul Ladouceur. Sa fille, Johanne, était dans la petite galerie. Échange de souvenirs. J’ai oublié de lui dire avoir consacré un chapitre à son père-peintre dans mon « Je vous dis merci ». Elle me veut en préfacier —au moins, lui ayant dit que je n’avais pas le temps d’écrire la une biographie qu’elle planifie— pour un tel livre qu’elle veut consacrer à la mémoire de Jean-Paul. Je ne me voyais pas, paresseux, potasser des tas de documents ladouceuriens.
Le lac, à Saint-Agathe, est plus impressionnant que notre petit lac Rond. On a embelli des rues, on y trouve la panoplie des restaus et boutiques à la mode un peu partout désormais. C’était joyeux sous le beau soleil de ce jour-là. Chaque soir, promenade de santé dans nos alentours avec ma fille qui y tenait, qui me fit prendre la résolution de marcher davantage.
Vu à la télé, avant-hier soir : « Vertigo » d’ Alfred Hitchcock. Son chef d’œuvre disait la chronique. Oh la la ! D’une lenteur, d’un manque d’ellipses, un « presque navet » au fond. Basé sur un polar de Boisleau-Narcejac, il en sort une abracadabrante histoire. Seul la fin surprenante de l’intrigue —de ce lent et trop long film— reste valable…et encore ! Pourquoi surenchérir, sur-coter, ces vieux films d’antan…aveuglément ? Snobisme puant. Aile comme Éliane rigolaient ferme aux tournants, virages brusques, si peu plausibles de ce « Vertigo ». Et moi donc !
Avec ma fille, bref pèlerinage à mon ex-écurie de 1952 — 14 mois avant sa naissance— rue du Chantecler. Je lui parle du concierge de l’hôtel qui tentait de m’aider un peu. Il ne reste que le solage. « Tu parles beaucoup de ce Sainte-Adèle, cela t’a marqué hein ? », me dit Éliane. Et comment ? Au fond mon premier appartement, à vingt ans. Ma première vraie coupure avec la famille et la rue Saint-Denis; mon premier échec aussi. Ça marque en effet. Le lendemain, —y a-t-il un hasard— au dépanneur du coin, la fille du concierge Aubuchon m’apostrophe : « Ah vous ! Ma mère détestait que j’aille rôder dans votre atelier. Elle avait peur…de vous, de l’artisse, du bohémien ! » On a rigolé.
2-
Nous avions appris —source du « beau milieu », expression de Raymond Cloutier— avant tout le monde le suicide de la fille de feu Luc Durand, Émilie Durand. 22 ans, merde ! Aile : « Non, non, va pas mettre dans le journal, la famille est peut-être pas prévenue encore ». J’obéis. Samedi matin, c’est dans les journaux. Clairement. Avec le rituel : « Dons à « Suicide-Action ». Tombée du clocher de l’église de Baie Saint-Paul. Miserere !
Coup de fil de mon éditeur « trois-pistolets », le V.-L. B. « Salut Claude ! Bon :on garde un de tes titres. Ce sera : « À cœur de jour ». Final. Pour la couverture, cesse tes tourments, oublie l’illustration littérale du titre et fais-moi plutôt un de tes autoportraits donquichottien dont tu as le secret. Okay ? Salut ! »
Bonne idée. Je vais m’y mettre et la lance du « chevalier sans peur et sans reproche », à la joyeuse figure, sera une longue plume bien acérée ! Youpi! Délivré.
Rêve vraiment bizarre, extravagant, avant-hier. Je le résume très brièvement. Matin. Je suis avec d’autres (c’est vague : mes enfants, des amis, le passé, aujourd’hui ?) dans une cave bétonnée —la mienne, jadis, à Bordeaux, il me semble— il y a eu des…mulots, chauve-souris, rats, bêtes bizarres. (Écureuils ?) Le lieu est craint. On cherche comment nous débarrasser de ces « bébites de nuit » si encombrantes. Je vois des trous nombreux dans le solage (reste de l’ex-écurie). Aussi des blocs de glace…Soudain, qui descend le long d’un mur de cette cave, une assiette de cuivre, gravée. Je vois la corde de soutien qui défile ! Peur de tous. Fantôme ? Poltergeist ? Frissons de tous. Prudence. Petits cris. Recul des froussards. Brave, je m’approche et je lis un nom (inconnu) —Marcel ou Maurice… Briard ou Brodard… peint au bas de l’assiette martelée qui offre un portrait brossé vivement. Visage joyeux. Face comme hilare. Tête d’homme avec képi militaire. Soudain, juste à coté, fil mobile encore et c’est un masque de carton épais qui descend et s’arrête à la hauteur de l’assiette métallique. Même visage ! Stupeur de nos tous. Le nom peint au bas de ce masque : même fion grotesque. Ensuite, nouvelle surprise. Cris encore : un troisième objet sort du mur et se glisse le long du mur de ciment. Une petite huile sur toile, sans encadrement, le nom pas même séché encore à l’huile grasse :colonel M…B…Je peux pas lire clairement. Bouleversé par cet accrochage insolite, je veux calmer mes compagnons, —mes enfants, mes petits-fils, je ne sais trop— je dis : « C’était ça. C’était lui. Un esprit en difficulté. C’est fini, regardez. En effet, les trous sont frais cimentés et la glace a disparu. Les trois portraits remontent au plafond, disparaissent. Je récite un pater, je ne sais plus les mots, alors je récite un ave… Soleil luisant dans la cave redevenu normal. En sortant je dis à Marco (qui est à mon côté ?) : « Je regrette. J’aurais pas dû… ces vieilles invocations, non, j’aurais pu improviser mieux, faire une « prière aux morts » plus personnelle. Marc me dit : « Oui, c’est vrai ! En effet ! » Réveil.
3-
Mardi et mercredi, ma fille heureuse, en vacances totales, baignades sans cesse et, hier, visite au rivage d’une amie d ‘Éliane, Danielle P. venue du Rang 12. « Regardez ce que je vous apporte, m’sieu Jasmin. Vous aviez parlé des « croquettes » mangés au collège Grasset à chaque récréation, votre « régal », disiez-vous. J’en ai déniché une de vos chères croquettes ! » Elle me le lance ! Vite, j’y goûte. Je l’avale toit rond. Miam ! Rien de changé. On a ri. Il nous reste ainsi des goûts anciens qui ne s’oublient pas. Ce petit gâteau « Stuart », le « Croquette » — « Mae west » pour d’autres— pauvre consolation dans « la prison » obligée des « bons pères ».
Dimanche soir, location du dernier film de Godard : « Éloge de l’amour ». Arès quelques navets imbuvables, nous avions mis une croix pour longtemps sur ce « chercheur » aux navrante trouvailles. Dimanche, on se disait : « un dernier essai, il a changé, évolué, peut-être. Non, c’est plus assommant que jamais. La « recommandeuse de vidéos » de La Presse, la Sarfati, bien snob, bien jet set, craignant, mondaine, de passer pour une demeurée, y allait d’un « trois étoiles et demi » ! La niaise intello désincarnée ? J’en doute. Plutôt la timide timorée intimidée. Un récit obscur, une machin sans queue ni tête. D’une prétention d’imbécile, d’un ennui constant et total.
Raconter encore mon histoire : « Une fois c’t ‘un gars… devant l’entrée d’un club « pour intellos seulement ». Le portier lui dit : « En êtes-vous vraiment un ? » Lui : « J’ai aimé « Éloge de l’amour » de Godard ». Le portier ouvre aussitôt : « Entrez, entrez vite »! Aile vraiment écœurée —qui aime bien pourtant les histoires compliquées à la « Mulholland Drive ». Cette fois, comme moi, elle jure que Godard c’est terminé. À jamais. Elle me ramène un Godard et je divorce. Euh non, on est pas encore mari et femme !
Le peintre « automatique » Pierre Gauvreau ( aussi auteur de « Le temps d’une paix, « Le volcan tranquille ») à la radio du matin avec Dussault : « Les marchands de soupe ont envahi la télé ». Vrai et pus souvent que souvent.
Éliane nous raconte l’organisation d’un anniversaire pour son benjamin, Gabriel. Une douzaine (12 !) d’amis. Garçons et filles. Toute une soirée de fête, une nuit aussi et le lendemain ça continue rue Chambord ! Oh la la ! Tas de repas, de collations, jeux, min-orchestre, voisins ennuyés etc. Fatigue terrible. Aile écarquille les yeux et voit mieux à quoi elle a échappé. Ouf et re-ouf !
4-
Lundi, départ pour monrial. Fête rue Saint-Denis, à l’école de théâtre, pour le 50 e anniversaire de fondation de « La Roulotte » des parcs. Paul Buissonneau très applaudi, félicité sur toutes les coutures. Il est en pleine forme. Il pète vraiment le feu tout en allant vers ses 80 ans ! Rencontres merveilleuses des anciens camarades : Clémence, Sabourin, impossible de les nommer tous. Évidemment évocations sans cesse. Souvenirs, souvenirs. Nostalgie inévitable. Et cette École, ex- terrifiante antre de jadis. Nos parents, des voisins : « Continuez, petits vauriens, à casser des carreaux (ils disaient « des vitres ») et on va vous faire renfermer à l’École de réforme » ! Nous savions que c’était à quatre coins de rue de la rue Bélanger cette horrible prison des enfants où on fouettait, on torturait ! Notre frayeur alors, on restait tranquille deux ou trois jours.
Après la joyeuse fête, souper à « La Moulerie » avec P.-J. Cuillerier. J’aime ce camarade d’Aile. Il n’est jamais ennuyeux. Sa faconde est inépuisable. Il est brillant, il me stimule. J’arrête, je me souviens qu’il m’a dit « nous tenir à l’œil » via ce journal qu’il lit fidèlement. Bon, disons qu’il n’est pas « si fin » que ça.
Chemin Bates, lundi soir, constatation : le trou s’évase. La pelle « pas à stime » se fait aller la mâchoire. C’est maintenant un très, très grand trou. Le futur bloc de condos, huit étages, sera bien assis. Le bruit incessant dès mardi, très tôt. Les saletés partout. L’horreur. Nous déguerpissons vite de là. Que font ceux qui demeurent au « Phénix » tout l’été ?
Le beau cadeau envoyé par Manon A. Vieilleries précieuses. Elle m’a posté deux volumes du journal de Julien Green et un de Mauriac, sans doute déniché à ses « puces » de la Rive-sud de Québec. J’ai commencé le 1940-41 de Green. Il s’est sauvé aux USA, chez lui. Il en souffre. C’est un amoureux fou de Paris, de la France. Chaque entrée offre de profondes réflexions sur le destin, la vie tourmentée, l’angoisse métaphysique. Il plane au-dessus des réalités contingentes, ce que moi je ne fais pas bien entendu. Je suis donc privé constamment d’informations sur sa vie réelle, son existence « de chair et d’os ». C’est un romancier d’antan —que j’ai tant aimé, je l’ai déjà dit—, du temps que j’appréciais tant les âmes torturées, sauce Mauriac. Plus tard, Dos Pasos, Hemingway, Steinbeck, Caldwell me soignaient à jamais de ce besoin un peu… disons, judéo-chrétien. Trop.
5-
J’ai lu, en vitesse, le bouquin, écrit à la va-vite, de Claude Jodoin (« Mes aveux… » Quebecor, éditeur) qui fut le Michel Auger de son temps au même « Journal de Montréal », qui se lia avec Claude Dubois et ses frères en banditisme. Un jour, remords le titillant, il passe indicateur de police. Cette lecture éclaire beaucoup les affaires actuels avec Maurice Boucher et ses bandits à moto. Dame Justice en attrape pour ses grades. Le Jodoin finira en une prison atroce : chaque jour, cachette découverte, dit-il, risque d’être son dernier. Une « balance » le sait fort bien. Il affirme que sans eux, les délateurs (« haïs par tous » souligne-il !), il n’y aurait jamais —mais jamais— procès des « chefs » de mafias puisque ceux qui règnent sur les commerces interlopes savent « se couvrir ».
Pour me changer de la crasse morbide des tueries en série du clan des Dubois, j’ai lu « Les détectives de la santé », par Jacques Drucker (Nil éditeur). Une crasse différente. On y découvre le horreurs microscopiques ( virus, bactéries) qui répandent les infections, les épidémies. Du « vieux » Sida à cette effrayante contagion actuelle via les moustiques (du Nil occidental). Instructif en diable mais…on devient nerveux. On craint la nourriture même inspectée et on a envie d’aller vivre dans une bulle. Bon, Drucker affirme : « nos systèmes immunitaires se battent sans cesse et gagnent le plus souvent ». N’empêche de savoir qu’il y a des milliards de bactéries qui résistent tant bien que mal dans notre organisme donne froid dans le… ventre, c’est là surtout, dans nos intestins que se situe l’arène de lutte perpétuelle !
Je commence deux romans, un de Stanley Péan : « Zombi blues », plein de zombis rôdeurs sous Duvalier en Haïti et un du très érudit macaroni, Umberto Eco : « Baudolino ». Les finirai-je ? C’est une autre question. J’aime bien essayer » un livre. Eco m’énerve déjà, je déteste l’érudition (qui n’a rien à voir avec la culture) et encore d’avantage ceux qui l’étalent à pleines pages.
À RDI —quand il font une pause en fédérastie appliquée » avec leurs actualités coast to coast— présente de bons documentaires. L’autre soir, un colonel, Braun de son nom. Fgrandis et partis. Il devient un gourou. Dans l’aile des « charismatiques ». Commune organisée. Il sermonne. Il « impose les mains », il parle en langues. On voit une de ses fidèles qui s’étend au sl en tremblant, prise de fou rire ! Braun dira : « c’est l’onction de joie », c’est fréquent ! Tu parles ! Enfants stupéfaits. L’un dira : « Au fond, ils se sont fabriqué une nouvelle famille, ayant perdu la vraie. » Oh ! oh ! oh ! Les voies du Seigneur (oh Lord !) sont variées hein ? Bon docu. Très bon.
6-
Bref songe : nous sortons d’une fête clinquante. Trop de monde. Plein de mondains snobs. Fusses rencontres. Façades et vains propos. Trop de vin bu. Nous nous retrouvons, Aile et moi, sous le Stade Olympique. Logement exigu, de béton armé. Affreux réduit de quatre pieds sur huit ! On étouffe. Aile désolé, muette, embarrassée, moi honteux, découragé. Déçu. Ça parle dehors de complot, de crise, de menaces nucléaires à venir. Nos vivons comme des homes de caverne. Privés de tout. Bizarre cauchemar non ? Ça vient d’où ? La Roulotte ? Le film de Godard ? Sais pas. On sait pas. Comme j’aimerais comprendre le symbolisme des songes. Y en-a-t-il un ?
Dubé à la télé d’antan : « La meilleure pièce de Tremblay ? « À toi pour toujours ta Marie-Lou ». Pas loin d’être de son avis. Lui, sa meilleure ? « Un simple soldat », dit-il, ma plus forte, je crois bien ».
Dans le Godard tout de même, un petit passage un peu plus clair et où je retrouve le débat que je tiens : « Ne jamais dire les Américains quand on veut parler des citoyens des USA ». Un personnage tient le même langage que moi. Ma surprise. À la fin de cette séquence : « Quoi, alors quoi, les citoyens de votre pays n’ont pas de nom ? Américains c’est aussi vrai pour les Canadiens et les Mexicains. Vous n’avez donc pas de nom, c’est inouï ça » ? Plaisir furtif.
Ce soir, hâte, avec Bernard Rapp —qui va s’améliorant— à « Les feux de la rampe », Anouk Aimée. Pour une fois le Cauchon du Dev l’annonce dans son « Choix ». Bien. Était temps !
Un comique vante Toronto et démolit sa ville natale. On s’empresse d’imprimer ça sur cinq colonnes hein ! Racisme inverti, un virus solide. Ce jeune diplômé trouve un job bin payant à Toronto, ça arrive partout en Allemagne comme en Angleterre, et le voilà vantant Toronto « La » salvatrice. Si un gars de Toronto se déniche un bon job à Montréal, ira-t-il brailler à Toronto qu’il n’y a que Montréal pour les chercheurs d’emplois ? Non mais… Il est venu faire son tour, il adore tant Montréal, il aimerait tant y revenir, il a revu de ses amis diplômés comme lui et…chômeurs. Hon ! Or, les sondages le disent tous : ils se créent au Québec plus d’empois qu’ailleurs au Canada depuis quelques temps. Un menteur. Non, un petit malin qui sait qu’on va imprimer son lamento chez Gesca-Powers and Company. Ma fille nous a raconté la « belle vie » d’un couple d’ex-amis, deux urgentologues du Québec, instruits ici à nos frais, qui s’enrichissent rapidement en Pennsylvanie, à Pittsburgh. Grand bien leur fasse, non ? Certes, ici, ils auront de moins bonnes gages. Là-bas, s’ils tombent malades, ils vont en baver et en cracher un coup. Un risque. Liberté pour tous quoi ! Ce couple a choisi et ne viendra pas baver sur le Québec. L’exil chez les Amerloques ou en Australie, un choix. Point final. Je sais que je ne pourrais pas vivre, pas une seule année, aux USA. Pas même six mois, pas deux, pas un seul. Mon choix. Il n’y a que la France…et encore. J’aime trop mon pays, je reste. Et puis il est bien tard…
7-
Coup de regard à ma fenêtre. Classique, à l’heure de la soupe, Sainte-Adèle s’illumine même le jours de pluie. Sortir ? Oui. Aller à l’école Bouffe, ré-ouverte depuis une semaine ? Non. Les débutants doivent se fortifier. Et les sauces riches, mmm !
Dans le « Ici », Robert Lévesque déboulonne l’Ionesco et aussi le Cioran. Que dirait-il d’Adamov viré à droite-toute ? Nos deux héros littéraires fleuretaient abondamment avec les fascistes au début de la guerre. Découverte au mode « passé trouble » par Laignel-Lavastine qui publie « L’oubli du fascisme » (PUF éditeur, 550 pages). Je comprends mieux l’énervement des Cioran quand ils lisaient le mot « nationalisme ». Pour tous ces défroqués du fascisme, le mot, était tabou. Incarnait le mal. Ils oublièrent le nationalisme moderne, celui de la décolonisation, le nationalisme moderne, actuel, qui n’avait rien à voir avec leurs péchés de jeunesse quand ils admirèrent en nigauds confus le nationalisme des Mussolini et des Hitler —comme celui, ici, ici, de nos Chemises Brunes du chef Adrien Arcand et certains curés, évêques englobés, du genre, tiens, du papa de Jacques Lanctôt dont il parla volontiers avec Dussault l’autre matin. Bref, un autre bon article de Lévesque. Et un livre que je veux trouver.
Voilà le soleil; « Here come the sun… » chantait The Beatles. Je sors le dévisager sur la galerie et vite.

Le mercredi 18 juillet 2002

1-
Au lever, ciel gris. À midi,. beau soleil, nuage épars. Hier, séance d’aquarellisme et…pas fort, fort. Vendeur de glace, de légumes, enfants avec bolo, toupie (nos moines à pine de cognac !), bilboquet. Doigts tachés de couleurs. Ouen ! Je dois mieux me trouver une manière, un style. C’est trop …ordinaire encore. Je m’énerve et, déçu, je sors tondre le gazon —« la largeur de ma langue », Lafontaine. Ouf ! Deux pauses obligées : je vieillis !
Le soir venu, film loué par Aile sur ma recommandation : « Histoires à raconter », avec sous-titres en français, ce qui est bien mieux que les satanés doublages si souvent pénibles. Écrit et réalisé par Tadd Solandz qui a du talent. Son deuxième récit est plus solide (plus long aussi, plus étoffé) racontant une famille de banlieusards bien bourgeois du New-Jersey. Un album de famille effrayant, comique aussi, satirique et à l’occasion fort cruel. Un jeune ado perdu.
Après ce film terrifiant et drôle à la fois, l’Impro. Belgique versus Canada. Des platitudes. Je n’ai jamais aimé ce faux-théâtre fondé par Gravel. De rares grands moments mais devoir supporter les facéties vides des improvisateurs rarement talentueux m’assomme. Aile m’a semblé d’accord.
2-
Hier midi, CKAC m’invitait à topogiser (!), par téléphone, sur « les vieux qu’on jette ». Écho au topo de la veille sur Tva. Je fonce. Coup de fil du « vieux » Jacques Fauteux. Vétéran (des ondes) en forme et inemployé, lui aussi, il rage. Il me félicite chaudement de mes condamnations. En réalité je parle pour les autres puisqu’un écrivain ne retraite jamais (pas plus qu’un peintre ou un musicien), l’auteur est toujours actif, se donne À lui-même de l’ouvrage (mon journal, mes barbouillages ).
Aile, chanceuse, a pu décrocher en douceur puisque, retraitée, la section « dramatiques » de la SRC l’employait durant des années comme « coach » (des jeunes réalisateurs) et lectrice (de projets).
Rire comme un môme encore mardi en observant la Sylvie Moreau incarner avec tant de talent une idiote niaise et folle même, « Catherine ». Un gang de folichons l’entoure efficacement dont l’étonnante « vieille » Dodo ! C’est léger, c’est vite fait, c’est une récréation utile au moment où d’autres suicidaires au nom d’ Allah —ou akbar !
Téléphone du « pistolet » trois-pistolien, Victor. « Le titre de ton journal ? » « À cœur ouvert », que j’avais mis —en titre de travail— serait le bon selon lui. Bien. Une chose de réglé. Et des mercis à mes suggestionneurs nombreux. Il me dit : « Tu sais que ton journal de six mois va me faire un bouquin de 800 pages ! » Fierté. J’aime bien la « grosse brique » à l’occasion.
Il m’invite à monter chez lui, pour une causerie (« j’offre le motel, Claude ») et surtout pour un « roast » à son ami Stanké (dimanche le 28). Alain l’insolent expose dans son centre réouvert —après deux ans de pause— ses belles sculptures sur bois. Aile me prévient, l’agenda sorti : venue de la tribu au chalet ce même jour. Je n’irai donc pas voir la mer troispistolienne, hélas !
3-
Vu, mardi, location du vidéo-club, « Entre l’arbre et l’écorce », un très bon film. Un publicitaire à grosses gages « s’écarte » dans l’immense parc de sa ville (Central Park ?). Une bande de punks (Noirs et Blancs) s’empare du chic bourgeois, veulent son argent et sa montre en or aussi ! Il se sauve et, désespéré, grimpe dans un arbre géant. Va débuter une paniquante séance aux cruautés sadiques. Révélations sur les jeunes bandits et aussi sur ce « créatif », peu à eu on saura tout et sur lui, infidèle mari juché dans son arbre, et sur eux, en bas, combinant des plans diaboliques pour sa mort prochaine, vagabonds dans la fleur de l’âge, paumés en des familles dysfonctionnelles, etc. Un film aux péripéties étonnantes. Écrit (bien) et réalisé (bien) par William Philipps.
Même soir (et hier soir aussi) le Bureau du « Point » conversait intelligemment avec Guy Sorman, économiste (néo-libéral) et sociologue, un réactionnaire étonnant (au sens littéral du mot). Plaisir d’entendre un questionneur habile, brillant. Ce jeune Bureau est un phénomène ici, il faut le louer. Sorman, allures d’une religieuse travesti, sourires de jocrisse malin, refuse le titre de provocateur. Je l’ai jugé (j’avais lu un ou deux livres de lui) nécessaire. Il fait réfléchir. Il étonne certainement étant pro-OGM, pro-cloning, anti-Kyoto, etc. Son dernier livre « Le progrès et ses ennemis » veut illustrer « la haine des intellos du monde face aux technologies progressistes », selon Sorman. Il dira à Bureau : « Tous ces gens, les écolos à gogo, Bové et Cie, manipulant les médias, ne veulent que faire peur sans fonder solidement les objets des craintes. Ils veulent quoi ? Comme toujours, les pouvoirs, dont le pouvoir intellectuel ».
Sorman souhaite la controverse, la polémique, regrette le silence des scientifiques : « Hélas, ils ne parlent pas, jamais ». Comment ne pas être d’accord avec lui ? Oui, partout, l’on craint les nécessaires engueulades, confrontations. Oui, nous manquons de tribunes libres. Il dira : « Il y a trop peu de sources fiables pour les informations. C’est dommage ». De la bonne télé mais, hélas, avec des publicités assommantes. I dit que la sublimation actuelle du fait « nature » est un paganisme. Il dit que la méfiance des intellos (et des écolos) envers le progrès est un funeste péril. Ils se disent tous les anti-mondialistes, « de la « Résistance », titre aguicheur s’il en est », dit-il. C’est trop facile, dit Sorman. « Résistance aux progrès, oui ». On l’écoute aux « Point », on voudrait protester, le questionner sur les méfaits bien connus de tant d’aspects venus de ce qui se nomme « le progrès ». Rien à faire, il n’est pas devant vous. Ce qui compte ? Qu’un Sorman secoue nos confortables certitudes. C’est ce qui est bon.
On jongle à ses propos : Il n’y a que les gros bourgeois de gauche pour tant s’énerver du progrès des scientifiques. Le coton ou le riz génétique sauveraient de graves famines. U magazine comme « Nature » ose entretenir des inventions « bonhomme sept heures » de déconnectés de sciences. On répand des mythes, des bobards, des a-priori nébuleux. Les tant détestés OMG pourraient secourir les pays pauvres, Inde, Afrique, s’il n’y avait pas cette résistance des nantis. Le clonage humain (« pas avant des décennies ») ne conduit pas à la réplique parfaite mais plutôt à la venue de simples jumeaux. Le « protocole de Kyoto » (« qu’aucun pays n’a encore ratifié » dit-il ) et son projet de freinage énergétique retarderait les pays sous-développés, Chine, Inde. Mais oui, on jongle…
4-
Hier midi, visite annoncée au chalet d’un retraité de l’enseignement, Jacques. Fernande, son épouse, est sauvé d’un cancer. Médicaments efficaces cette fois. Rémission réussie. Aile heureuse. J’écoute, ravi, la narration descriptive de toutes les boutiques du temps de leur rue Rachel.
Découverte d’un site le long de la piste cyclable. À l’ouest de Val Morin, avant d’arriver à Val David. Qui a installé une foule de mini-dolmens. Pierres sur pierres et toutes dorées ! J’aime. Nous songeons à ces dolmens improvisés sur la Côte Nord, entre Mingan et Natasquan. Formidable installation naturaliste.
Lu tantôt, durant le lunch du midi —toujours un sandwich— au bord de l’eau, une invitation à un pique-nique des « Écrivains des Laurentides » ! Sur presque une centaine de membres, cinq ou six seulement qui ont eu assez d’activités littéraires pour se faire une petite notoriété. Je n’irai pas. Mes doutes sur l’utilité d’une telle association quand l’UNEQ, si vaste, ne me sert à rien. Va-t-on bientôt vouloir encore des subventions arrachées aux cochons de payeurs de taxes ? J’en ai peur. On verra bien. J’ai été un syndicaliste militant jadis, comme scénographe et journaliste mais l’associativité à tout crin, très peu pur moi.
Demain, vendredi, anniversaire de ma fille. Cadeau posté hier. Éliane a été une petite vraiment fille merveilleuse. Elle aimait accompagner mon père quand il semait tout ce qu’il pouvait. Je la voyais en botanique un jour. Non, elle sera, brièvement, institutrice, le plus beau métier du monde, je le répète. Les enfants (trois grands ados désormais ! ) sont venus. Rapidement. Fin du boulot pour elle. Les enfants grandis, elle étudie l’aquarelle —la vraie, pas les « accidents tachistes » du vieux papa hein ? Je l’aime. Je n’arrive pas à croire qu’elle aura 50 ans bientôt. Elle reste « ma petite fille ». Fou cela.
5-
Kamikazes palestiniens de nouveau. Des morts civils. Chars d’assaut israéliens partout. Folie ! Inutilité. Des terroristes, c’est imprévisible. L’armée de Trudeau-Bourassa à Montréal en octobre 1970. Folie ! Faire peur au monde, tactique politique. Aux Usa même bêtise. Des terroristes, cela ne se coincent pas. Ce qu’ik faut : endiguer, changer les choses, stopper les motifs de cette haine, de cette révolte. Sinon, gaspillage de temps, d’argent, d’hommes. Aussi :intérêt d’entretenir la peur avec lois nouvelles, surveillance partout de « tous » les dissidents et le fric, beaucoup de fric, pour les intéressés : militarisme ambiant enrichissant les vendeurs de… De bombes, de chars, de systèmes d’alarme, de milices excités, de gardiennage, de d’écoute. La belle pagaille !
Au monde de la finance, des faiseurs de conglomérats commerciaux, on va installer des vérificateurs (gazettes de ce matin) pour surveiller les… vérificateurs ! Et qui va surveiller les vérificateurs des vérificateurs ? La farce. Grand guignol quand la cupidité est aux trousses de ce monde-là.
Le parti rouge ramasse du fric. Paul Martin (en vrai : « paül martinn ») se démène. Abattre le chef actuel. Promesses d’indépendance aux amérindiens, hier. Chez les chrétiennistes, le slogan : « Fierté d’être Canadien ? Donnez de votre argent aux Libéraux. » Suis-je fier, moi, d’être Québécois ? Oh oui. Fier de notre longue histoire de résistance en ce vaste continent totalement anglo-saxon. Un phénomène inouï. Le sait-on assez ? Si j’avais vécu en France ? Bonheur des stimulations incessantes là-bas pour un tempérament comme le mien. Pourtant ça vient ici, j’aime que ça pousse de plus en plus au domaine des idées, j’aime qu’il y ait un Jean Larose et un Falardeau, un J.-M. Léger et un Bourgault, un Michel Chartrand et un jeune conservateur, Mario Dumont, un Martineau et une Pétrovsky, un Foglia et une Lysiane Gagnon. L’unanimisme est un fléau.
Le Cauchon d’Ottawa fuma, jeune, un peu de pot. Ottawa songe (gazettes de ce matin) à légaliser cette drogue. Des chercheur se contredisent., Pour l’un il y a destruction des neurones, pour l’autre « il n’y a rien là ». Ça sentait fort dans mon sous-sol de Bordeaux un temps, le buveur de Campari découvrait une jeunesse au tabac un peu fort ! Souvenir : vacances à la mer, l’ami Ubaldo, Ocean City. Il sait où s’en procurer dans un parking d’Atlantic City. Au chalet, essai. Aucun effet, je préférais le pastis, aux effets plus clairs et plus rapides sur le plan de l’euphorie. Quand je feins les rires (prévus) et la mascarade du « gars parti », Ubaldo ne rigole pas comme déçu par non-perméabilité à la belle marijuana.
6-
L’on bafoue, dans nos écoles secondaires, la minorité d’ados au bord d’assumer leur homosexualité. On va y voir. Des affiches se font imprimer : tolérance pour ceux qui sont de futurs invertis. Nous savons bien la cruauité des masses, noius connaissons tous d’atroces souvenirs sur le sort des « différents ». L’instinct grégaire (propre à la jeunesse) a un lourd dossier. Ça rouspète dans certaines écoles. On veut pas de çà ! L’on ignore qu’un poster de plus ou de moins sur les murs tapissés de tout (et de graffitis) …ça ne changera absolument rien. C’est le « cachez ce sein… » ? Sois comme toute le monde ou cache-toi, quoi ! Vieille imbécile loi d’airain.
Débat actuel : fallait-il allé en prison ou se sauver du temps de l’URSS partout ? À Prague, Milan Kundera se sauvait. Le dramaturge de l’absurde ( héritier des Beckett et des Ionesco) Vaclav Havel —Président de Tchékie— alla en prison. Il y eut polémique entre eux un temps. Le clandestin parle « d’illusion » quand il nomme « le printemps de Prague » massacré par les chars russes. Bientôt retraité, malade, il ira vivre au Portugal. Exil tardif. Un seul exemple ? Les Haïtiens devaient combattre chez eux les deux « Doc », papa et bébé, ou bien s’enfuir à Miami, à New-York et à Montréal ? Les Cubains…Les …il y a en tant. Je ne sais quoi dire n’ayant jamais été menacé d’incarcération (longue parfois !) pour mes idées. Aussi je me tais.
Le bon vieux Frère Untel, ce matin, jase. Il louange un vieux conseiller, Naud, prêtre de Saint-Sulpice. Son mentor à l’entendre quand Desbiens bossait en haut-fonctionnaire de l’Éducation. Il sort de nouveau son anti-syndicalisme bien chevillé à son âme de brave frère Mariste. Aussi sa notion bien à lui de « race ». Mot magique à ses yeux.
Souvenir : invités au Salon du livre du Saguenay, je l’avais croisé (en bus-navette à écrivains, il tient journal lui aussi) et avais lunché avec lui à la vieille gare de Québec. J’avais gardé le profil bas ne souhaitant pas le faire enrager. Respect de son grand âge même s’il m’avait semblé en parfaite forme physique. J’aurais dû mieux l’agacer, le faire étriver même, le provoquer un tantinet, il me semble que nous aurions pu assister (nous n’étions pas seuls à table) à une belle querelle idéologique, lui —comme son irlandophile sur le tard, compère-correspondant aussi réactionnaire que lui, Jean O’Neil— qui moque sans cesse les indépendantistes de ma sorte…et ceux de toutes les sortes !
Le soleil brille dehors. Aile lit ses « Molson » —elle aime moins maintenant, « trop de monde, trop d’héritiers !— et malgré le temps frais, j’oserai aller nager, je me le jure.

Le mardi 25 juin 2002

Le mardi 25 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Adieu la fête nationale ! Ciel adéquat pour un lendemain. Grisailles au firmament. « Quoi ? Non, Clo. Pas de vélo à matin., trop sale ciel ! », dit Aile. Connaissant son cochon d’ « artisse », et sortant de ses ablutions (que c’est long la femme au lavabo du matin !), elle fait couler un bain souvent. Pour me faire taire, elle y jette de cette mousse rendant l’eau tout bleue avec des nuages de « cream puff ». Ça me fait rire. Je me sens une gogoune. J’y patauge. Hérédité ? Mon père détestait l’eau et le savon lui aussi. Fils de paysan ? Ma Germaine de mère criait après lui.
Deux jours de fête tombés dans… « l’abyme du rêve », (Nelligan). Visite du Groupe des 7, dimanche. Homards alla Ramona. Quinze tomates la bête au moins ! Aile : « Bof, une fois par année! C’est 30 au restau ! » Josée, son ancienne scripte de la SRC, devenue fidèle amie, est venue l’aider samedi. Ça revolait dans cabane et je me tenais sage, silencieux, discret. Il y a longtemps que c’est : « Toi,, mon Cloclo, je te demande juste d’animer nos invités, t’es excellent là-dedans, ne te mêle pas de la cuisine ! » Compris. À jamais. J’en profite. Je joue l’amphitryon zélé et efficace.
Un dimanche capricieux : ils arrivent, descente groupal au rivage. Belles couleurs vives, toujours quand le temps est gris. Jasettes : potins et nouvelles. Mimi en vacances de son job et pour longtemps. Retraitée précoce, pétante de vie. Elle a été fêtée, l’avant-veille à son collège (abandonnée) Marie-Victorin. Qu’elle aimait, qu’elle aimera toujours, dit-elle. Songe à « vraiment » peindre. Un vieux rêve enfin praticable. Josée, elle, contente d’enfin toucher du fric après ce conflit maudit (lock out) de la SRC. André (Dubois) observe le rivage et tourmente sa Michèle : « On devrait s’acheter un spot dans les Laurentides ». Mimi : « Non, non, merci ! Trop d’ouvrage. » Cancans. Méchants et gentils. La pluie nous arrose. On remonte en vitesse sur la véranda. Reprise de nos échos. Rires et souvenirs de vacances en groupe de jadis. La pluie plus forte à un moment donné. Avec du vent. Rentrée en catastrophe au salon. Le repas parfait d’Aile. Un peu trop de vin… blanc, rosée, rouge. Au dessert, quatre femmes
À l’unisson : les mères pas fameuses. Manque d’amour. Blessures diverses. Mineures et majeures. Freud, caché, écoutait le lamento des filles pas assez aimées ! André et moi, muets. Puis : « Moi ma maman m’aimait » !, je dis. André opine du bonnet. Quoi ? Les mères aimaient davantage leurs garçons ? Ça se peut-y ça ? Silence là-dessus. Il y a des yeux mouillés. Ah, « l’enfance,
cicatrice jamais refermée », disait la grande Colette.
Trois du groupe parent marcher jusqu’au joli parc de la rue Chantecler. C’est long. Les « restés au salon », nous décidons de tout éteindre dans la chaumière et mimer le sommeil. Je monte me coucher, Josée aussi (elle a sa chambre, ici), Mimi s’étend sur le divan. Le noir total. Rires quand les autres reviendront enfin. Un beau dimanche.
Je n’y tenais pas mais André (producteur) me reparle, rageusement, de notre échec pour la vente d’une série avec moi en prof-vulgarisateur des peintres d’ici. Le refus par (ARTV, Canal D et Historia) de notre « démo » avec Cornélius Krieghoff. Il voudrait approcher Télé-Québec et me dit : « On fera un nouveau « pilote », en septembre, avec ton cher Marc-Aurèle Fortin ». C’est ça un ami ! Je lui disais avoir préparé une belle émission sur M.-A.F, avec les reproductions et tout.
2-
Hier après-midi, petit speech du romancier adélois sous une des tentes (site de l’ex-hôtel Monclair). Une cinquantaine de curieux.
J’ai narré mes 4 ou 5 Sainte-Adèle. D’abord j’ai raconté les mensonges affreux de mon père sur les Laurentides. Devenus des ados, nous lui demandions de vendre Pointe-Calumet pour un chalet « dans le nord ». Papa noircissait les lieux :innombrables mouches-noires effroyables, rochers dangereux dans des eaux profondes, pas de plage de sable, le froid dès le crépuscule, les bêtes sauvages rôdant partout…
J’ai raconté la découverte du « nord » réel à seize ans avec le club de skieurs du collège Grasset. Le Saint-Adèle du temps du Centre d’art, du premier théâtre d’été, de l’ex-écurie du Chantecler où j’avais tenté de tenir atelier de potier, enfin, le Saint-Adèle des années 80, l’installation rue Morin, rédaction de mon premier polar « Le crucifié du Sommet bleu », les « Contes du Sommet bleu », etc. On m’a dit avoir aimé mes anecdotes.
Nous retournions parmi les ballons, la musique et les enfants maquillés pour le « souper aux brochettes ». Rencontres variées. Un monsieur Groulx (sosie de l’acteur Claude Blanchard) nous raconte longuement le temps des prises de vues pour « Les belles histoires ». Il y faisait de la figuration. Nous révèle des accidents de tournage fort cocases. Secrets sur Paul Dupuis (Arthur Buis) , le gros curé Labelle (Desmarteaux) , Alexis, Ducharme et Cie. Son père fut un pionnier du lieu, du côté de la Rivière aux Mulets. . Captivants souvenirs. Il m’a promis des photos « antiques », tout un album. En rentrant, nous croisons une petite famille. M. Côté m’arrête : »Je vos écoutais à CJMS avec Arcand. Que de bons souvenirs. Vos histoires… parfois je pleurais de rire. Exemple :cet ancienne blonde de vos dix ans, rencontrée avec vos petits –fils, devenue une armoire à glace avec moustache »! Il riait encore. « Vos petits-fils criant après son départ : « Ouasch ! Papi, c’était ça ta première blonde ! »
Sa femme rit avec lui, le gamin sourit de voir rire son père. Puis : « Je me souviendrai toujours de votre conte de Noël, à CKAC, l’an dernier, de ce pauvre Ovila, son taudis à Ville Jacques-Cartier. Fameux. » Parfois, on se questionne :ça sert à quoi nos bavardages ici et là et voilà que, hier soir, j’avais devant moi un des « invisibles ». De la radio. Qu’il était encore content de ses auditions. Requinqué le bonhomme, je vous jure. Aile étonnée et contente aussi.
Dimanche matin, veille de la Saint-Jean, levée du corps et vue bizarre :des oiseaux fléchés ? Fléchettes éparpillées. Ils filent. Si vifs ! Ils traversent, fusées minuscules, les carrés de vitre dehors. Fuites éperdues ? Revenant de journaux (et cigarettes aussi , hon !), une femme, rentre chez elle en tenant un gros et très long chat par les patres de devant. J’ai vu ce gros collet fourré que portait ma mère autour du cou le dimanche pour être « chic and souelle » ! Rue Morin, vue curieuse de ce vieux collet vivant qui se laisse faire.
Dans ce « Tueur aveugle », le roman que je lis (d’Atwood), il y a un récit dans le récit. Sans intérêt pour moi : Alex Thomas (le mystérieux militant gauchiste du roman) raconte épisodes après épisodes un conte d’extraterrestre à l’héroïne riche, Laura (la suicidée du roman). Je poursuis car je reste captivé par les descriptions de ce milieu cossu, si inconnu de moi (le père de Laura est proprio d’usines à Port Diconderoga, près de Toronto). Atwood illustre ces anglos dominateurs, bien installés, à la bigoterie toute « victorienne » et les affreux secrets de famille. C’est si éloigné de ce que nous étions, collectivement, la vaste plèbe « canayenne ». « Le tueur aveugle » c’est le monde des possédants, des « big shots » anglos, ébranlés (la Crise très bientôt) dans les années 20. Je continue et je saute le « roman dans le roman », ces fables extraterrestriennes.
3-
Samedi, je tente de gonfler de vieux matelas de plage. Je pédale sur une bombe de caoutchouc. En vain. C’est fini, mité, ruiné. J’abandonne, bof ! Je vais me baigner avec un de ces spaghettis de mousse. Mon voisin, le gras rat musqué s’amène, toujours effrontément. Je n’existe pas. Il a la gueule plein de branchettes feuillus (du saule) et disparaît sous notre quai-radeau. Un nid ?
Le soir, je sors le téléscope acheté cet hiver du beauf-Albert. Josée et moi, nous tentons de capter une étoile au nord-ouest. En vain. Il faudra donc que je lise le…manuel ? Ouash ! Tripotage de lentilles et hourra : on l’a ? On voit la carapace de cette étoile, croit-on. C’est comme l’astronaute marchant sur la lune, mille cratères, une texture de gruyère. Quand on vise le restau de l’hôtel d’en face : mêmes cratères. Ouaille ! Bon, rentrons ! Les chauve-souris vont sortir.
Josée à Aile dimanche matin : « J’ai eu du mal à m’endormir, ça grouille chez vous, plein de bestioles courent dans votre entre toit ». Voilà Aile toute chavirée : « Merde ! D’autres écureuils ! Ah non ! » Je ris. Tout bas.
Hier soir, fête extérieure, ma chanson préférée à la télé, un formidable « Labrador » de Claude Dubois. Fort bien envoyée par son auteur. « Ah, ta chère toune, Clo ! », dit Aile. Je hausse vite le son. Jouissance. Cette chanson m’émeut. Sa petite musique de guitare sèche m’envoûte. Il est question de glace, de nord, du frère isolé, perdu, de solitude, du père et de ses chiens, d’enfants qui ont besoin de chaleur… En surimpression, —évocation touchante— images de Riopelle, si vieilli et puis tout jeune ensuite, pour illustrer la nature qu’il aimait tant.
Soudain dehors, pif, paf, pouf ! Les feux de nos artificiers bénévoles. Ça commence mais je sortirai quand Dubois —devant 200,000 fans du Parc Maisonneuve— aura terminé. Aile invitée à descendre le grand escalier, reste sur la galerie, seul je descend au bord de l’eau. Herbes mouillés, sandales trempés. L’eau du lac multiplie les effets d’or, de rouge, d’argent et de citron, les collines décuplent les « boums » terrifiants. Ça grouille chez Maurice-voisin dans des bosquets de myric baumier. Loup-garou, elfes humains ?
Au ciel c’est, au fond, toujours les mêmes étoiles, les mêmes éclats, les mêmes queues de comètes sifflantes, pétards, baguettes magiques, mêmes paons dispersés, mêmes chevelures de fées, mais —enfants éternels— on admire la bouche ouverte. Revenu, c’est la fougueuse « vieille » Nanette Workman, louisianaise intégrée à nous, et une jolie, très jeune haïtienne, talentueuse, Mélanie Renaud. En chorus : un cantique laïc inoubliable : « …je vous entends jaser sur les perrons ces portes… piailleries d’école… » etc. Un fort moment. C’est fameux.
4-
Je glane dans le dernier numéro de « L’Action nationale » et j’y retrouve une tendance à dénigrer la langue populaire des nôtres. Des puristes s’énervent. Réactionnaires, nostalgiques, froussards. Une langue peut survivre à beaucoup de coups, de chocs, Dieu merci ! Le jeune prof d’université, Larose, le vieux pédant élitiste, J.-M. Léger —d’autres— s’imaginent un sombre complot bien masochiste, de la complaisance à parler mal. Des linguistes trop laxistes veulent notre mort langagière.
Une névrose qui dure depuis longtemps, depuis les campagnes de 1930 en faveur du « bon perler ». Tout le monde est pour la vertu, allons les excités. On fesse sur des effets –notre langue bin maganée— en ignorant les causes. Un vieux débat. Futile. Vieilli, feu Georges Dor adoptait hélas le camp des Pinsons et abandonnait le camp des « moénaux ». Snobisme : les instruits lèvent le nez sur des inventions (syntaxiques, etc.) d’un peuple dominé, diminué, infériorisé, moqué, bafoué, en un mot colonisé si longtemps. La prolétarisation totale des nôtres (arrivant en ville avec l’industrialisation galopante )est la cause de ces effets, de cette langue si maganée. Point final. Envie de rétorquer mais « L’Action… » accepterait-elle mon point de vue ? Comme un doute tant on accorde des pages et des pages à ces « fines bouches », à ces « nez délicats » qui dédaignent à mort le « mauvais perler » d’icitte !
5-
On me la ramenait encore : « Pourquoi tant désirer inscrire tes jours en ce journal » ? Répondre encore :je sens, je sais le temps qui passe, qu’il ne m’en reste pas tellement. Je ne peux plus construire un gros ouvrage. Mon rêve de jeunesse : une sculpture d’extérieur, plus solide que du Henry Moore. Non. Trop tard. Sans être désespéré, me dépêcher d’inscrire des marques, mes mains chaque jour, ou presque, sur des murs de grottes modestes. Oui, une urgence de vivre. Mettre ma griffe sur des éphémérides juste par plaisir, espérer des petits plaisir chez ceux qui me lisent.
Un hebdo régional, « Accès », surprend souvent. Une Frédérique David (un Nadeau aussi, un Desjardins) cogne très dur sur la corruption des favoris des régimes en place. Rare vent frais dans ce monde des hebdos qui sont, le plus souvent, des encarts de publicités locales. « Accès » offre même de l’espace à ce prof Lauzon (de l’Uquàm), le merveilleux don quichotte anti-exploiteurs.
6-
Notre argent public, dépensé comment ? Cinq cents millions de dollars pour deux petits jours de palabres dans les Rocheuses.
Penchez-vous là-dessus… cochons de payeurs de taxes ! Pourquoi pas un tel caucus —de 48 heurtes— dans un grand hôtel bien organisé du centre-ville à Toronto ou à Vancouver, à Montréal ou à Halifax ? Sans ces bataclans ruineurs, soldatesque déployée, police montée, barrages multiples. Sordide entreprise, gaspillage effarant pour discuter… de la pauvreté en Afrique ! On se moque des gens.
Soudain hier soir, Aile : « Je t’écoutais sous la tente : tu as révélé le secret, cette École Bouffe ! » Moi : « Oui, eh oui. J’ai toujours eu horreur de cette sorte de secrets, des privilèges. Tant pis si on est 50 demain aux portes, au lieu de la dizaine habituelle, tant pis ! » Elle rigole.
Mes chères « lettres ouvertes », ce matin, une chipie bien bourgeoise braille :elle sortait des HEC (pas de l’usine), elle allait chez le boulanger chic d’Outremont, rue Bernard, et puis chez les bonnes glaces du Bilboquet, même rue. Trottoir pas parfait, hon !, elle fouille… Cheville tordue, avant-bras éraflé et elle menace le maire Temblay ! Franchement ! Y a qu’à regarder où l’on pose les pieds, non ? Je préfère l’autre correspondant qui conspue notre actuel gouvernement élu de ne pas mieux se servir de son réseau, Télé-Québec, pour contrer la propagande fédéraste. Comme il a raison. Pourquoi pas des actualités commentés à T.Q. Au diable la loi fédérale, le CRTC et Cie, à bas l’autocensure perpétuelle du patronat de Radio-Cadenas aux « nouvelles ». Fin des reportages-bidon sur le canard blessé en Saskatchewan, province lointaine car il faut absolument parler des neuf autres provinces !
Il y aurait menaces, procès ? Pis ? Ça prendrait cinq, dix ans avant d’aboutir à l’auguste cour « soupream » des Pères Noël, à Ottawa. Entretemps, T.Q. ferait un ouvrage essentiel et normal. Mais…Plein de poltrons trop sages au pouvoir à Québec.
7-
Vu un documentaire étonnant à la télé. Sur Salamanque. Ville universitaire fameuse. Place publique régénéré, fêtes commémoratives à l’espagnole, joyeuses. Des « fous du Roy » partout dans les rues. Ce fut un « centre du monde », longtemps. Du temps qu’il y avait trois universités : La Sorbonne, Bologna et…Salamanque. Bibliothèque étonnante. Architecture de toute beauté. Échanges d’étudiants de toute l’Europe et d’ailleurs aussi. Jadis une vraie capitale européenne, comme Bruges en Belgique. C’est quand je vois des films de cette sorte qu’il me prend des envies de tout vendre, de n’avoir plus qu’un passeport et une malle et de partir à l’aventure avec Aile.
Vu « Le privé », film d’Altman, (ce soir, un Altman à ne pas rater) d’après un polar du célèbre Chandler, avec son célèbre « privé », Marlow, joué par Elliott Gould. Atmosphère, atmosphère…Oh oui ! Nous l’avions vu…Quand ? Plaisir de le revoir. Le polar, la loi du polar : on l’oublie vite, on le retrouve et on y reprend plaisir.
8-
Tantôt, je reçois un coup de fil de cette dynamo de la rue Liège, Francine Ladouceur (laferveur, son vrai nom). Son projet avance, cette expo de mes aquarelles petitepatriesques (j’utilise un néolo d’une courrielliste de ce matin ), que j’offrirais gratuitement pour ses œuvres.
J’ai la frousse : ne lui ai pas dit que j’étais insatisfait de mes premiers barbouillages, faut pas énerver le bénévolat . Je panique un brin : vite laisser ce journal pour peindre d’autres essais sur le « guenillou plein d’poux les oreilles plein’ d’poil » et autres fantômes de mon enfance. La frousse ! Dieux des peinturlureurs descendez sur moi !
J’y pense encore à ce film loué « Les légendes de Rita », quel bon film, loué sans regret aucun. Mort. Fuite. Prison. Espionnage obligé. Cavales. Amours. Le Mur horrible à Berlin. La mort de l’amoureux au pied du mur. À la fin (de ses déboires), sa fuite en moto malgré les gardes armés. Sa mort sur la route aussitôt. Récit d’une ex membre de « La bande à Baader », terroriste ballottée, outil de manipulation pour la Stasi de l’Allemagne de l’Est (1970); elle découvrira la folie folle de son anarchique combat. Ah oui, un film épatant ces « Légendes de Rita ».
9-
Une question l’autre jour :que devient donc X, ex-vedette de télé un temps. Réponse : « il joue au bridge, fou du bridge. » Ah ! Étrange destin. Pour un autre, j’entendrai : « Il ne pense plus qu’à la pêche » ! Ah ! Pour un autre : « Le golf est devenu son unique passion ! » Bon, bon ! « Destins —chantait le cher Tino Rossi à maman— lorsque ta main frappe à ma port-e- destin ! »
Rêve en trois lieux : A- Table à dessin, Radio-Can. Une dessinatrice accorte. M. L. Le camarade Hugo W. entre et jette ses esquisses sur une table de coin. Tassement. Caresses sur table à dessin ! On ouvre une fenêtre. Du vent. Plans qui s’envolent. H.W. s’amuse avec M.L. Je joue le surveillant. Moi ? Bizarre.
B- Boul St. Joseph, angle St. Denis. Bureau de design. Attente pour des plans. Extérieur. Jour (comme dit le ciné). Passage d’un défilé militaire. Des maisons encagées (du « sarnia bridge »). Partout. Soldats en pause. On boit. Debout. Farces grossières. Rires rauques. Le glauque. Des casques très ronds. (Ça vient du film avec cette anarchiste « Rita », un autre sur la Résistance, en France, vu récemment, avec Lino Ventura. Connivences ?) Défilé militaire reprend, grossit. Des casques trop ronds, comiques. M. L. y est encore, l’accorte dessinatrice. (Le lien ? Je sais pas trop.) Un camion vient. Tous y montent. M.L. aussi avec Hugo W. Entassement. Un public qui fuit ? Le chef-designer me colle, il veut des infos que j’ignore. Les plans de rénovation ? Il l’exige. Je proteste. Me dit de montrer avec tous les autres dans ce camion-navette. Allant où ? Il dit : « pour l’est, la Longue-Pointe ». (L’asile ?)
C-Rue Sherbrooke, angle Papineau. Beauté de vieilles maisons retapées. J’admire. Une guide à touristes parle dans un mégaphone. Une veuve va vendre, me dit-on. Une ligne de badauds s’enfle sur le trottoir. Tout sera démoli si aucun acheteur. Je traverse Sherbrooke. Trois belle filles sont dans le parc Lafontaine, pas loin. Des infirmières. Costumes brillants. L’une est vieillie précocement (La Rita du film ?). Une beauté discrète, on se moque d’elle, je vais vers cette sauvage maltraitée comme timide. Elle m’invite chez elle mais je refuse, je crains d’y aller. Je flaire comme un piège. Elle insiste. « Une bière ? Un thé, un café ? » Me tire par la main. Je regarde partout, ne veux pas être vu avec elle.
Le réveil. Brusquement. Ah, le mystère des songes !
10-
Je reviens à l’instant de l’École Bouffe ! J’étais le premier arrivé…avec mon petit panier ! On sera une dizaine, pas davantage. Merde, que des biscuits, des brioches, des pains ! Je prend une soupe —crême de tomate— congelée, une boite de brioches. Merde ! Je relis toujours, en poche —40 minutes d’attente—« Brève histoire du temps », oh la la !, astrologie de pointe, cosmograhie (cosmogonie ?) branchée, termes géants et obscurs, prévisions inouïes, trous noirs et étoiles naines blanches… « Si on y parvenait, à telle équation funeste, l’on pourrait, demain, assassiner vos pères et mères et cela avant qu’il ne vous aient conçus ! » Temps tordu, espace tordu. Bon, bon. Temps et espaces emmêlés, au diable ! Assez. Pouce ! Je traînerai un autre « poche » à lire la prochaine fois. Surtout qu’il est difficile de me concentrer quand ça pépie autour dans la file. :
Non, pas bon vulgarisatteur le Hawking. À moins que ce soit moi, le bouché total. À 18h., tantôt, mon éditeur velelbesque, troispistolien, jasera à ARTV. J’irai le regarder parler. Demain, une équipe —de ARTV justement— ici. Ils viennent « pré-voir » l’écrivain qui barbouille aussi. Quoi, et le journal tenu ? Rien, pas assez visuel, c’est ça ? Désormais, l’image primera, partout, toujours, que des images et un grand silence, ou bien des commentaires chétifs, brefs. Le philosophe et prophète Yvon Deschamps : « On veut pas le savoir, on veut l’voir ! »
Bon : « encore un peu de temps et vous me verrez, encore un peu de temps et vos me verrez plus. »
Alors, j’écris mon journal.

Le dimanche 12 mai 2002

Le dimanche 12 mai 2002

1-
Un ciel dominical blanc. Si mat. Bof ! Je suis bien. Je suis heureux. Je pense soudain à un « vieux » de mon âge qui est dans un centre pour… vieux, qui est pas bien du tout, il y en a, non ? Sa mémoire qui flanche… Le comprimé- miracle pas encore testé comme il faut. Sa détresse… Je prie pour lui. Pour eux. À ma manière. Union de pensée. De prières. Je pense à une fillette, en Palestine, dans des ruines, perdue, orpheline, photo qui traîne dans un coin de gazette n’est-ce pas ? Les ballottées sur terre, il y en a trop. Je pense souvent, si souvent, à ce jeune garçon vu dans un reportage de Michaële Jean et son compagnon de vie, à Haïti-la-misérable, elle me hante encore cette séquence, ces images d’un gamin au regard déjà si lourd, si pesant, si pesant, d’une gravité anormale pour son âge. Qui m’avait donné frisson. Un malaise grave.
Mais bon, je suis bien ce dimanche matin, je suis heureux. Il le faut bien.
Le monde en chamailles, misère, n’a pas le droit de me gâcher mon bien-être. Quoi?, quoi?, je n’ai rien fait de mal. Enfant, notre mère menaçante, pour une rumeur, du bavassage, on se défend aussitôt : « J’ai rien fait de mal,, m’man. Je le jure ». Vous vous souvenez, Rien de mal.
Pauvres de nous, les impuissants des malheurs de la terre. Se soulager de ces pensées noires. Comment ? En vivant. Tout bonnement. En continuant. Modestement. Pour ceux, au moins, qui nos entourent. Un devoir simpliste. Le devoir d’être léger malgré tout. Rappelez-vous : nous avions un problème et notre mère disait : « Avance. Donne le bon exemple. » Le bon exemple. Illustrer un fait indiscutable, vrai qu’on a de la chance, ici, en ces temps-ci, en Amérique-du-nord-la-chanceuse.
2-
Vendredi midi. Montréal. Aile s’ ira à ses courses dès notre arrivée à Outremont. Trouver des casseroles, des plats : aubaine notée au « la Baie » de Rockland. Moi, je file luncher avec les garçons de Daniel, comme promis. Thomas, « congé pédagogique » est chez lui. Fougueux, il me saute dans les bras comme lorsqu’il était tout petit. Cet enfant m’aime fort. Son chien, Zoé, lui aussi, que de belles façons frénétiques dans le portique, rue des Coopératives. Départ vers Sophie-Barat, pas loin, pour ramasser Simon, le grand frère. Pâtes au « Pasta Extress », rue Fleury.
On jacasse. Ces deux ados me semblent en pleine forme. C’est bon de les voir si souriant, en santé totale, ouverts, curieux, généreux. Ils m’écoutent raconter le garçon « aux doigts disparus » au Van Houtte de Val David . Ils rient. Thomas me parle de ses prouesses en skateboard, sa passion parascolaire actuelle. Simon m’annonmce qu’il Il laisse son job d’« emballeur » au marché Métro du coin. Travail aux vacances d’été, pas avant. Bravo !
Les études ? Cette question ? « Ça va, papi, ça va. » L’un a un 90% en français, l’autre a eu un 100% en telle matière. Mon Dieu, moi, dans mon temps de collège, je ramais péniblement dans le 60% et ça me forçait. Est-ce que l’on pondère les notes de nos jours ? Hum !
Arrêt chez un Jean Coutu pour collation. Permission de petits cadeaux pour « la fête des mères », dimanche. « Non, non, Lynn préfère des poèmes, des dessins, elle a insisté là-dessus. On n’achètera rien », me dit Thomas. Que beaucoup de gommes à mâcher. Un livre à rabais pour le papa. À propos de bouddhisme, son sujet de réflexion actuel. Reconduite de Simon boulevard Gouin, l’ancien couvent de filles des Sœurs du Sacré-Cœur est devenu un gros complexe pour « clientèle » —mot d’aujourd’hui— mixte. Plein de jeunes Noirs. Haïtiens de Montréal-Nord ? Sans doute.
3-
Revenu au foyer, Lynn qui travaille seulement trois jours par semaine, fait des tisanes. On jase de tout, de rien. J’en fume une. Une seulement. Eux ont vraiment cessé de fumer et tiennent bon. Je les admire. « Allons promener Zoé », dira Daniel. Ce noiraud excité tire, à m’arracher le bras, sur sa laisse. Arrivé au parc, liberté, il ârt en fou. Fait la revue « reniflante » du parc. Un temps plutôt couvert, comme on dit. Tant pis. Le vent n’a pas cessé depuis deux jours, ici comme dans les Laurentides. Soudain, un écriteau et je prends conscience du nom de ce vaste parc :Jean-Martucci. « Qui ? Tu le connaissais ? » Je parle de lui. Élève doué et sage du Grasset. Un « premier de classe » et pieux… dont on se méfiait un peu les cancres. Martucci sera ordonné prêtre, deviendra un expert en livres sacrés anciens, rédacteur en la matière au Devoir, un jour, il deviendra « le » brillant délégué du Québec en Italie. À une émission d’ « Avis de recherche », il m’apparut soudain sur l’écran de télé et me questionna : « Claude, pourquoi, à moi, tu passais pas ton petit roman ronéotypé, hein ? » J’avais bafouillé. Pas envie de révéler en ondes : « On te « trustait » pas maudit fifi des moines, éternel premier de classe ! » Niaiseries de cet âge bête.
4-
Arès la merveilleuse halte chez mon fils, je file vers la rue Saint-Hubert, angle Ontario. Quartier bigarré. Vie vive dans ces alentours. Un western ! Décor anarchique. Stationnement rue Saint-Christophe où j’aperçois des maisons rénovées bien jolies. Rue Saint-Hubert, bureau d’avocats-criminalistes, un édifice bancal, louche presque, où m’attend l’équipe d’Alain Gravel pour mon témoignage filmé sur le Villeray quelque peu pégrieux et sur le bandit effrayant, longtemps ennemi public numéro 1, un as des évasions (onze ou douze !) et surnommé « Le chat », Richard Blass.
Bandit dangereux, garçon pourtant né (rue de Castelnau), baptisé, communié, confirmé dans ma bonne paroisse Sainte-Cécile. En mémoire de ce lascar terrifiant, j’avais composé ce roman noir : « L’armoire du Pantagruel », car, au bar Gargantua, rue Beaubien, Blass avait assassiné dans « l’armoire à bière » 13 personnes. Troublante fin de carrière. Blass se fera tué (oui !) par la police dans un chalet de Val David. Comme la police assassinait son célèbre homologue (en coups furieux) Mesrine à Paris !
Découverte sympa : le père de mon caméraman —petit monde, le Québécois !— est le fils de Jean Beaudin, le cinéaste de l’esthétique adaptation filmique de mon roman « La sablière ». Je lui raconte des anecdotes de notre entente de jadis. Et lui me dira : « Ah, ce conte « La Sablière » tourné aux Îles de la Madeleine ! A la fin, on voulait plus manger de maudits homards. Écœurés nous étions !» On rit. Le preneur de son, lui, est le neveu du romancier Poulin (« Volkwagen Blues »). Il me dit que la belle-maman de cet oncle-écrivain est la proprio du bâtiment parisien où —au coin de la concierge— travaille le Poulin.
Le vent rempironne mais le jeune Beaudin ne craint rien et commande que l’on tourne l’entretien sur le toit de l’édifice. « Derrière vous, dit-il, regardez, il y a plein de ruelles et ce sera comme l’illustration des ruelles du votre temps, de celui de Richard Blass. » C’est bon. On tourne, silence !
5-
Plus tard, je dévorerai la chère pieuvre grillée à la mode libanaise. Nos bonheurs, à Aile et moi, à « la Sirène de la mer », rue Dresden, tout proche de notre pied-à-terre du Chemin Bates. Yam, yam ! Soudain : « Ah, Claude ! Bravo pour votre article publié avant-hier dans le Devoir en l’honneur de Sita Riddez. C’était formidable, très poétique. » C’est Jean-Marc Brunet, ex-aspirant-boxeur de Villeray, devenu millionnaire avec ses magasins de produits naturistes. Il nous dit qu’il était son élève —comme le fut mon épouse décédée et l’Aile bien aimée —rue Durocher. Qu’il y a connu, élève aussi, sa compagne de vie, la si mignonne Marie-Josée du téléroman populaire, « Rue des Pignons », signé Mia Riddez, sœur de Sita. Oui, le monde québécois est tricoté serré.
6-
Avant de partir parler du bandit villerayien, plus d’encre dans ma machine à Saint-Adèle. Ashh ! Je déteste cela. Peur ! Jamais certain de bien savoir soigner ces… bobos ! Je note la marque, la sorte, ah pis, j’emporte la boite et la fiole, supposément vide ! J’ai vu, tiens, une petite « bio » de Serge Lagacé. À Télé-québec. 60 minutes. Un bandit repenti. Il a fait les mille mauvais coups et , souvent , du pénitencier. Maintenant, le surnommé « Coq de Montréal » fait des figurations dans des films…de bandit !
Une gueule ! Un film vite fait hélas. Un de ces « docus » plutôt « botchés », faute de moyens car le héros valait, lui, le déplacement. Avec une sorte de …prudence, sinon de pudeur, ce Serge-rangé racontait ses éclats sinistres de jadis. En bavardant, nous pouvions, peu à peu, bien voir la relation entre les rêves candides du jeune « bom » et désormais ce même rêve…de la célébrité. D’une gloire. Cette vedette des « Allô Police », Lagacé, a parlé aussi d’un besoin, ado mal parti, d’aider les siens, d’apporter de la richesse à sa môman ! Je n’avais pas envie de rire. Je le sentais sincère.
Richard Blass, le chat, lui aussi, écrivait à sa môman de belles lettres (j’ai pu en lire des bouts dans la recherche d’Alain Gravel), d’un amour véritable. Et j’ai songé que ce vieux désir des malfrats venait de loin, de creux, de toujours. Qu’il était le feu premier de tant de carrières, les unes honorables, tant d’autres, misérables, hélas. Qui conduisaient d’un songe valable aux potences, aux chaises électriques. Même motivation plus ou moins admise : pourvoir payer un château à la pauvre maman bien- aimée de son enfance. Éternels petits gamins voulant venger l’humiliée, la malchanceuse du sort. Des « engins » tarabiscotés d’Hollywood aux tragédies des grands auteurs Grecs.
Vu, jeudi dernier, le comique Jacques Villeret avec Bernard Rapp, jeudi soir à Artv. Gros garçon timide. Rond comme une bonne boule de crème glacée !Carrèire étonnante. Héritier des Bourvil, Fernandel, de Funès…Villeret répond aux questions et ne cesse de jouer le gamin comme pris en faute. Oui, je suis célèbre ,mais j’ai pas fait vraiment exprès ! Modestie des grands comiques. « C’est la chance, je travaille pas tellement ! Je me prends pas la tête ! » Sympa au maximum ce rond gaillard qui me fit tant rire —à me ordre littéralement à certains moments— dans « Dîner de cons », il n’y a pas si longtemps. Ce « Les feux de la rampe » passe bien la rampe. Souhaitons que cela continue.
7-
Ce matin, je me lève le premier, ça m’arrive parfois : pour cause de vent mauvais, la moustiquaire des toilettes … à terre ! Je regarde cela. Aile est dans ma tête. Vais-je réussir pas à poser la chose…Malheur à moi si…. Non mais…Je sais qu’il est défectueux. Le vent a eu beau jeu de le jeter hors de son cadre de fenêtre. Bon. La peur.
L’entendre me crier d’en haut pendant que je prépare le café du matin : « Claude ! T’as pas pu vraiment … » Brrr… Je n’y mets. Et, bon, je réussis à poser la bébelle. Tant bien que mal. Aile va examiner la chose tantôt je le sais. Je la connais. Elle dira : « Clo, mon chou, mon amour, tu as pas réussi à vraiment bien remettre… »
Je fais une vie dangereuse. Haute surveillance. Les femmes. Aile…elle, oui, me guette. Me dompte aussi. Elle fera de moi un bon petit mari bricoleur un jour…Mais quand ? Ça. Je raconte cela car je sais que tant d’hommes, comme moi doivent sans cesse se garder d’être négligents. Mais oui, cher poète Aragon, oui, oui, « la femme est l’avenir de l’homme. » C‘est ça chante Aragon, chante et moi je m ‘échinais sur la maudite moustiquaire que le maudit vent s’acharne à débarquer de ses rainures.
Ce vent a jeté mon canot noir à l’eau, a renverses le vieux pédalo du vieux saule pour le jeter sur la elouse… Il a cassé des branches partout durant notre absence en ville, à semé des détritus ici et là. Ah, quelle vie quand un mauvais vent vante à ma porte et… que sont devenus mes amis… des morts trop souvent.
8-
Oh, hier soir, vu un film merveilleux sur « les oiseaux migrateurs » Si envoûtant ! Images étonnantes. Couleurs se déployant dans tous les ciels de la planète terre. Que d’ailes devant nos Yeux. Aile éblouie comme moi ! Buses, oies grises, (le peintre Riopelle, fou d’oiseaux, mort avant d’avoir ou voir ce film, hélas !) immenses pigeons, colombes, tourterelles blanches, beiges, canards aux plumes colorées si diversement , pélicans, hérons, hiboux, perroquets rouges, macareux, nos fous de bassan, aigles, faucons, bernaches du Québec, cols verts, j’ en passe, j’en oublie. La beauté céleste !
Un film qui vous donne deux heures de beauté inouïe. Une soirée qui transporte au-dessus de l’humaine contrée, nous nous envolons, nous planons, silence au ciel, nous piquons, nous plongeons, cris, becs aboyeurs, nous voguons, icares avec nos yeux hypnotisés. Quelle belle chose ce cinéma moderne. En avion, en hélico, en montgolfières, avec des jumelles, des lentilles « zooms » les imagiers actuels nous offrent ces tableaux vivants…
Cela bouge sans cesse, parade nuptiale, défilé du mariage, jalousie, bataille, drame du triangle, dans tous les sens, par milliers soudain, formant une sorte de gigantesque nuée au dessin capricieux, soleil caché, noirceur d’un instant. Ou, en gros plan, écran bien rempli, par deux yeux d’un rouge de grenat rare, de grandes mains aux doigts de plumes noires d’une voilure légère, un bec si jaune, si crochu, un doux se sauve, un farouche attaque, la mort d’un crapaud, rien, ces oiseaux qui ne cessent de se suivre du temps meilleur, migrations rituelles, une murale mirifique. Une fresque mobile si séduisante. La joie, un écran de beauté pour ceux qui aiment les documents de la télé sur la nature. Ici, un comble ! Des lumières inoubliables. Étangs bizarres, océans calmes , mers déchaînées , glaces en avalanches bleues, banquises qui filent au soleil trop bas, désert d’Afrique…Oui, la beauté sur grand écran. Rêvons de voler Aile, rêvons !
Jeudi midi, Aile semble décidée. On va à l’atelier de vélos de la vieille gare de Mont-Roland. « Faut nettoyer ta vieille bécane, il y a des limites ! » Je dis : « Vrai ! » Hier, on y retourne. L’expert joue le zouave ou quoi » « Ça vaut pas cher votre machine. Si je répare tout ce qui se déglingue, vous en avez pour 80 tomates » « Bon,. J‘irai ailleurs, je dis. »
Non, Aile va y voir. La connaissez-vous ?. Un neuf comme le mien, c’est 300 dollars mais si vous aviez des usagés ‘ » Le bonhomme doit jouir; « Ah , chanceuse petite madame. Il m’en reste un. Un dernier. » Il le sort. Ouengne ! Tout en aluminium avec des gadgets. « Il valait 700 piastres vous savez ». Bedang ! Folie ! Euh, je vous le laisse à moitié prix :. 350 piastres. »
Mais oui, Aile toute fière, heureuse pour moi.
J’ai mis le vélo luxueux sur le support. Et Aile, dans le portiue , admire l’engin : »Tu faisais pitié avec mon vieux vélo de fille acheté en 1973. Et gnang, gnan gnan… La femme est l’Avenir de l’Homme !

Le lundi 6 mai 2002

Le lundi 6 mai 2002

1-
Trois jours hors journal ?
Eh oui. Maintenant que le « beau » temps est revenu…Quoi ? IL y aurait le temps « laid » ? Le mauvais temps durant des mois ? Le temps méchant ? Allons, il y a de beaux jours même au plus creux de l’hiver quand Galarneau-qui-est-au- ciel fait scintiller la neige en mille milliards de mini-diamants dans une allée de sapins.
Ce matin, pleins feux au firmament mais à dix heures, terminé. Ciel gris ! Sortie de la couchette de bonne heure ce lundi car Aile a retrouvé sa femme de ménage favorite —récemment revenue de Floride, l’époux en santé précaire— et lui a préparé le terrain des lavages et dépoussiérages du mois de mai. La guerre ménagère !Les grandes manœuvres. Je me tasse. Silence bonhomme encombrant : l’homme.
Bientôt midi, lumière nouvelle au ciel laurentien. Pas « percées de soleil » comme prédisait Jocelyne Blouin jadis (avant la grève) mais « percées de lumière… un peu fade. Derrière ma porte de bureau —où pendent deux vieux crucifix venus de mon enfance et le chapelet de papa-l’ultramontain— j’entends un brouhaha du grand ménage. Ouvrages inévitables. Moi dans l’abri. Grouille pas l’homme ! Souvenir : enfant, ma mère à ses travaux printaniers avec la bonne gaspésienne. C’était aussi : silence et grouille pas ! Ou « va jouer dehors, ouste l’encombrant ! La vie ne change pas ?
Je devrais remonter de la cave-atelier le bénitier doré de ma chambre d’enfant, conservé…par…par…Fétichisme catho ? Il est bien joli, un ange avec son petit bol (à eau bénite) sur le bedon .
Samedi, au beau soleil, s’amènent donc nos invités, les Faucher. Pas loin… de leur lac Marois. Françoise en grande forme n’appréhendant pas trop tout ce boulot qui fond sur elle. D’entrée de… visite : « Ah vous, mon grand chien fou, je vous ai vu à TVA, hier, défendant les crucifix à l’hôtel de ville. C’est un lieu laïc, Claude , allons ! » Me voilà lui servant mes arguments. Notre passé à faire accepter, à assumer, par tous, Juifs ou immigrants, et par nous-mêmes devenus des non-pratiquants en majorité…, Montréal d’abord nommé « Ville-Marie », les débuts héroïques, Marguerite Bourgeois, première étonnante « maîtresse d’école », Jeanne Mance, première valeureuse « infirmière », Maisonneuve, tous grands catholiques intrépides, généreux visionnaires, des gens hors du commun, notre « culture historique » ou notre « histoire culturelle », je fais des inversions pour tenter de la séduire.
Rien à faire. Je finis par : « Et si, Françoise, c’était des objet d’art, disons des crucifix sculptés par un Baillargé, hein, hein ? » Alors, là, elle hésite à répondre, me sourit et me dit : « Ouais, là, peut-être ! » On rit et on boit des apéros au soleil.
Jean nous raconte travailler— un peu pour rire— à un vague projet d’écriture fort captivant où il va jouer des similitudes et de son imaginaire à partir des amis communs ! Le polygraphe, moi, je l’encourage, j’aime pas trop l’idée des écrits mi-fiction, mi-réalité mais il s’agit ici d’une fantaisie. Le soleil de fin d’après-midi transforme l’eau du lac, de notre côté, en lave volcanique. Chez eux, au Lac Marois, le soleil se couche autrement et ils n’ont pas ce même effet de coulée de métal en fusion.
On finit par entrer et c’est la « bouffe d’Aile », une sorte de fricassée, de bouillis, « potte-rose », que sais-je, au fort goût de vin généreux. Au dessert : son triomphe et nos acclamations car elle a très bien réussi —premier essai— sa crême-caramel (ou crème renversée ?) ; « dévoration » dévote donc d’une sorte de « flanc » dont Jean —comme moi— raffole.
Suite de nos causeries intempestives au salon après les cafés. Six heures des libres parlementaires ! Libres, sans parti organisé. Avec nos farces, nos « sérieusetés » aussi. Ce terrifiant Jean-Marie Le Pen aux élections de demain ? Fera-t-il 20 ou bien 30 % . Frayeur de Françoise, Jean, lui, toujours plus calme et plus fataliste, s’amuse de son anxiété.
Le couple se souvient d’un récent long séjour dans le quartier parisien du Canal Saint-Martin où ils se retrouvèrent… minoritaires ! Leur désarroi. Ils nous en avaient parlé au retour et ils en reparlent samedi soir.
Je dis qu’il aurait fallu, ici, en France, partout, deux choses : Premier point : que l’on fasse en sorte que tous ces immigrants puissent s’installer un peu partout et non les enfermer en ghettos dans des zones sinistrées. Qu’il faut pour l’harmonie, entre « vieux » et « jeunes arrivés » en un pays, qu’il puisse se former une intégration réelle. Avec efforts mais des deux côtés. Car, trop souvent maintenant, les exilés se fichent bien de cette intégration. Pourtant essentielle pour l’épanouissement de leurs enfants. Se méfier alors des « chartres de droits » où aucun « devoir » commun, collectif n’est évoqué. Ces chartres-sans-devoirs qui atomisent les collectivités, individualisent à outrance, installent la sordide mode « victimisation », l’irresponsabilité.
Françoise et Jean semblent en convenir, en tous cas gardent le silence, ne répliquent pas. La comédienne émérite dira qu’en effet il y a une sorte de limite à la capacité d’absorption d’une société —dans un temps donné— aux afflux d’émigrants.
Autrement c’est les problèmes actuels —et pas juste en France, on le sait bien — ces ravages de nervosité chez les vieux installés et, un jour ou l’autre, montée de xénophobie, terreau fertile pour les démagogues lepennistes.
Ce problème de l’intégration est partout en pays industriels avancés. Jadis c’était plus facile, il n’y avait pas les envahissements rapides.
Deuxième point : je dis aux Faucher : « L’idéal aurait été que les riches, nous, les prospères, avancés technologiquement,
l’on fasse —dès les années ’50— le maximum, par solidarité humaine, pour aider ces pays des suds. En exportant nos technologies, nos savoirs et des régiments (pas de soldats) d’experts payés par l’État.
Qu’il fut plus… avantageux de les laisser croupir chez eux, de les exploiter (via les prétentieuses colonies) et, plus tard, de les laisser grimper très nombreuxses dans les nords. L’on fermait les yeux, au début : vaste et commode source de « main d’œuvre à bon marché », pas vrai ? Un esclavagisme nouveau « soft ». Pour les taches ingrates dont les « installés » ne veulent plus.
Ils m’écoutent alors je continue : « Pour cela, j’aurais consenti à payer très cher en taxes et impôts, très, très cher, pour que ces pays de notre tiers-monde —Amériques pauvres au sud, avec Haïti, etc.— puissent accéder, chez eux, et au plus tôt, aux mêmes progrès que nous. Le déracinement actuel n’est qu’une solution misérable. Place aux débrouillards, aux rares bourgeois et que les autres périssent !
On se tait un moment. Combien d’occidentaux « gras-durs » auraient consenti de verser de grandes parts des salaires pour que ces populations n’aient pas que cette terrifiante solution : s’expatrier. Le déracinement de quelqu’un est toujours une choix navrant, dommageable à l’être humain. Je me souvenais des très émouvants aveux de Françoise quand elle nous confiait les terribles affres, la bousculade terrifiante —face aux us, coutumes, etc— au début de leur arrachement de la France en 1950.
Dostoievsky : « Être apatride, le pire des sorts humains ».
Unique choix de survivance ? Quitter sa patrie, quêter, se débattre —dans une autre sorte de misère— pour progresser un tout petit peu. Les problèmes éclatent vite. Le maudit ghetto, une progéniture sans avenir —le terrible manque d’emploi.. La délinquance. La grogne. Surgit le fascisme des indigènes fragilisés, bousculés. Et un extrémisme, un Front National qui fait du score.
2-
Le bouquet offert à Aile, vendredi matin, s’embellit, on dirait. Je l’ai vue (Aile pas le bouquet) l’admirant et le déplaçant sans cesse. Un oiseau-mouche de bois y est greffé, cadeau de chez « Mademoiselle Hudon, fleuriste ». Boutique voisine. J’en oubliais, l’autre fois, quand j’ai voulu illustrer la chaleur d’un village. Oublis : la papeterie —mes tubes d’acrylique ou de gouache, mes encres, plumes et pinceaux— du Boulevard Ste Adèle, la petite imprimerie sous le théâtre, « Au coton fleuri » boutique ancienne si sympa aux grosses armoires 1900, le très vieux et bon marché cher « Petit chaudron » de l’autre coté de la rue, où les soupes sont si bonnes. Plus au nord, le cher bonhomme Théoret et sa vieille quincaillerie rénovée, lui et ses piques, ses quolibets chaleureux. ’en oublie.
Samedi soir, je sors mes récents essais graphiques sur papier-journal (les pages de petites annonces). Françoise en dira : « Fort amusant, on dirait des trucs faits en Inde ! » J’en déchirerai deux ou trois, sur huit, le lendemain. Avec le goût d’y retourner au plus tôt. Essayer autre chose, hier, riant, j’ai dit à Jean :sur du papier-cul, non ?
Mon voisin Jean-Paul J., anarcho sur les bords, lui aussi, me chicane : « Oublie-ça tes crucifix à la mairie de Montréal, je t’en prie. » À lui aussi je sors mon argumentaire-culture et le « assumons le passé catho » en adultes ! Ne veut rien savoir mais il rigole tout en m’aidant à redresser le quai qu’un vent très puissant —jeudi— a poussé de travers.
Ce matin, dans son mini parking de briques modernes, ma voisine du sud —femme de juge— me parle en souriant alors que je vais visiter ma boîte postale. Je ne comprends pas. Ça m’arrive de plus en plus souvent. Je lui souris et risque…d’acquiescer à des propos badins sans doute. Ma gêne désormais…celle de devoir trop souvent faire répéter les gens. Je fais mine d’avoir compris. La honte d’un handicap embêtant en maudit. Saudite vieillesse ! Quand je raconte cela à Aile, elle prend une mine sincèrement compatissante, dira même : « Mon pauvre chou ! » Elle l’aime son vieil infirme vaniteux. Je la mordrais !
3-
Je relis le courriel de l’ex-camarade radiocanadien, Blanchette. Il osait sortir, cette « scie » maudite, que nous avons été peu accueillant pour nos émigrés jadis et qu’alors on n’aurait qu’à s’en prendre à nous-mêmes si ces nouveaux venus (d’Italie, de Grèce, du Portugal etc.) sont allés chercher cette « accueil chaleureux » chez nos Anglois ! Ouash ! J’enrage chaque fois que l’on nous sort cette menterie.
Un jour le dramaturge Marco Micone —Italo-québécois anglophone converti totalement au français désormais et Dieu merci car il est talentueux !— sort cette niaiserie à une Rencontre des écrivains. Voulant sans doute nous culpabiliser et nous instruire sur le fameux « manque d’accueil et donc le racisme de nos parents. J’avais bondi et l’avais engueulé.
Il avait fini par dire la vérité. Sa première version nous chicanant : « On l’avait refusé à l‘école française à son arrivée d’Italie. » Bien. Mes questions. Comment cela ? J’ apprendrai qu’il avait dix ans (ou douze ans), qu’il ne parlait pas un mot ni de français ni d’anglais mais, malgré cela, ses parents exigeaient qu’il puisse poursuivre normalement ses études commençées en Italie, donc, que Marco soit installé en… telle année, disons la quatrième année (ou en sixième année, peu importe).
Marco Micone me dira : « Refus net. Leur raison : ne parlant pas un mot de français, je ne comprendrai rien, ne pourrai pas suivre les autres et je serai injustement un « dernier de classe ». Quand mes parents vont à l’école protestante anglaise, c’est : « Venez, entrez, bienvenue ! »
Il m’explique que l’on avait une classe chez ses « bons » Anglais pour les émigrants. Offre donc de cours spéciaux, de « rattrapage en anglais » quoi, il put donc s’instruire sans perdre une seule année de scolarité. C’était clair et je lui ai dis. D’abord, nos francophobes désiraient grossir, ralentir leur minoration. Aussi ils étaient tout disposés à en payer le prix fort avec leurs classes spéciales.
Ensuite :cette minorité riche et, forcément, dominante, avait les moyens de se payer des classes d’intégration, pas nous.
Enfin, nous étions nettement majoritaires —même si pauvres collectivement, traités en minoritaires colonisés— aussi nous n’éprouvions aucune insécurité ethnique. Aucun motif de zèle pour assimiler au plus vite ces enfants émigrants non-francophones.
À l’école où j’allais pourtant, il y avait nombre de jeunes italiens, nés ici évidemment, intégrés très normalement, les Martucci, DiBlasio, Greco, Diodatti, Colliza… et aussi des Libanais, des Syriens francophones, tel Edmond Khouri, mon petit voisin.
Toute La vérité, c’était cela. Marco ne disait plus rien. J’espère que le sieur Blanchette lira tout cela. J’ajouterai ceci : les émigrants —exilés ici souvent pour des raisons de pauvreté économique— estimaient, jugeaient, et rapidement, notre déplorable statut social. Ils constataient —lucides— que le pouvoir (donc l’avenir de leurs enfants?) était du côté « bloke » des choses en ce Québec d’avant les années ’60 et ’70. Alors !
4-
Pour enfoncer le clou ? Dans quel pays du monde y a-t-il des systèmes d’accueil ? Non mais, qu’est-ce que c’est que cette foutaise ?
Si vous décidez d’aller vous intégrer aux Scandinaves ou aux Italiens tiens, aux Finlandais ou aux Espagnols, trouverez-vous une organisation d’accueil vous cajolant ? Mais non. Rien. Rien du tout ! Informez-vous. Vous devrez vous débrouiller comme n’importe quel émigrant. Et est normal, correct.
Je ne parle pas des bonzes qui débarquent avec des millions de dollars et offrent d’ouvrir une usine hein ? Mon cul avec cette idée —léchecultiste— d’un accueil spécial. On doit être ouverts aux nouveaux venus (c’est terrible de devoir s’exiler), généreux, aimables, gentils, tout ce qu’on voudra. Sans plus. Par simple conduite normale, humaine.
5-
Aile partie se promener et ira à la poste : elle a besoin de marcher, la nicotine lui manque affreusement. Pour moi aussi c’est un deuil si terrible que j’ai acheté samedi matin du tabac et sorti mes vieilles pipes. Aile grimace me voyant bourrer une pipe et l’allumer. Ma honte. Salaud de tricheur ! Retour D’aile : mes clés oubliés enfin sont revenus du Château Laurier de Québec. Un numéro du « Croc ». Une bulletin des « anciens » de l’Assomption dans lequel j’ai rédigé un petit papier folichon sur l’ex-maire, Léo Jacques, aussi décorateur retraité de la SRC, comme moi. Envie de relire mon récit publié en 1979, « L’Outagagasipi » (nom amérindien de la rivière) narrant les débuts de ce village.
6-
Lectures : j’ai achevé avant-hier ce drôle de témoignage du « boulanger interdit » de Rouyn, Léandre Bergeron, exilé, lui, du Manitoba tout comme son célèbre frère le « radiocanadien » Henri Bergeron.
J’hésite à juger sa philosophie. « Comme des invités de marque », en 165 pages, raconte —en une sorte de…oui, « journal »— l’élevage, passez-moi ce mot, de ses trois filles. Aux noms incroyables : Deidre, Phèdre et Cassandre. Très souvent Bergeron le naturaliste parle vrai. Quand il juge écoles-prisons, diciplime niaise, domination candide des adultes, programmes débiles et lents, experts aux avis contradictoires, etc.
Mais…oh que de « mais » en le lisant ! Risques ? Dangers ? Oh oui ? Socialiser à la « sauvageonne », durant deux décennies, trois enfants, en refusant toute aide organisée, la société ambiante, l’ordre (!) social, est-ce un bon moyen, un moyen parfait pour que ses enfants puissent assouvir le normal instinct grégaire. C’est lui, ce besoin « d‘être comme les autres » qui peut rendre heureux des enfants normaux. Que cela soit plaisant ou déplaisant, nos enfants devront se débrouiller et grandir et s’épanouir (si possible) dans une société donnée. La réformer en gang, en bandes, en mouvements concertés, en partis, en groupes, en sociétés organisés, oui, mais tenter de vivre à l’écart… S’en détacher si complètement…hum ! J’aurais eu peur. Est-ce du courage chez l’auteur ou un refus égotiste ? Eh !
A-t-il pensé à lui ou à ses enfants vraiment ? Bergeron fut un populaire et fameux rebelle dès son installation à Montréal, jeune, Rebelle à l’enseignement de notre histoire, non sans raison. Il publia un « petit manuel » effronté, iconoclaste, qui fit florès chez Parti-Pris . Il le fut aussi, rebelle, face au rejet snob de nos patois. Un autre livre, sur nos jargons, nos parlures, eut grand succès.
Ses façons singulières pourtant arrachent parfois l’adhésion. Il y a un aspect « P’tite maison dans la prairie » qui fait sourire. On y trouve, ça et là, de la sentimentalité bien naïve, aussi une sorte de volonté farouche à laisser la liberté totale sans aucune grande discipline. Or on dit tellement que les caractères se forment face à l’opposition (des parents si souvent).
Ce papa « chum », bon copain, va à l’encontre de la psychologie la plus aine, la moins fourbe, qui recommande la figure d’autorité, nécesaire à la maturité de ceux qui grandissent. Comment trancher ? Léandre ne s’opposait en rien aux désirs de ses trois « déesses » ! Il en est tout entiché, c’est très évident. C’est un prof d’anarchisme mais d’une belle délicatesse. Il a les mêmes soucis (écologiques et autres) pour sa petite ferme, soignant amoureusement quelques bêtes que…parois, il faudra saigner ! Eh, la vie réelle !.
Je ne sais vraiment pas trop quoi en penser. Il faudra que j’y réfléchisse. Il faudrait que j’aille vivre dans son « rang » à McWatters —son village aux portes Rouyn-Noranda — que je puisse observer ses trois filles, en somme que je puisse juger sur place quoi ! Et moi en juge, non merci ! Il y a que cette toute petite famille a vécu, vit comme en réclusion des autres, à l’abri du groupe humain environnant et c’est avantageux ^parfois, désavantageux aussi sans doute. Mais voilà que maintenant, l’aînée tient le magasin des pains et brioches de ce papa-artisan (en sursis comme les journaux l’annonçaient ) et c’est déjà un fort bon contact quotidien avec une partie de la population. Une autre participe aux foires champêtres des alentours, l’été, à des concours équestres.
À la fin, une anecdote fait mal : quand l’une des sœurs veut passer une audition, à Montréal, pour étudier le théâtre, elle n’a aucun prof —ou coach— pour la préparer (tirade de Cyrano !) et pas même quelqu’un pour y aller avec elle simplement lui donner la réplique. Elle ira seule et sera refusée. J’ai trouvé ça triste. Mais vivre en une région éloignée fait cela à n’importe quel jeune ambitieux d’entrer à la prestigieuse « École nationale ».
Curieusement, l’auteur ne nous fait point voir la collaboration de sa compagne, la maman des trois « formidables » sœurs ! Quand, —c’est rare— elle est nommée, c’est par l’expression : « leur mère ». Très bizarre cela, non ? Reste une lecture captivante, déroutante ici et là, bien pleine d’interrogations car Bergeron oublie —ou esquive— de répondre à bien des questions d’un lecteur intéressé.
7-
J’ai parlé de ce « Jasmin sur barbelés » d’Esther Gidar (éditeur : « La plume d’oie», une maison d’ici). Et j’ai dit mon intérêt à apprendre comment on vivaient une famille juive et bourgeoise, jadis (1950), dans un beau quartier du Caire. Un autre livre m’avait apporté ce genre de plaisir. En Égypte encore une fois. C’était les merveilleux « Récits de notre quartier », c’était signé Naguib Mahfouz. J’avais été si surpris de découvrir une enfance et des lieux, si proches, si loin.
Fascinant ainsi de savoir que le monde de l’enfance est partout, toujours le même. Ce petit Naguib, devenu vieux, se souvenait des cordes aux linges qui battent au vent, du guenillou ambulant, des fruits volés aux étals, des « comics books », de la « strap » à l’école, du premier baiser volé, d’un ti-coune surnommé No’ no’ et des mûres aux murs du monastère voisin.…
Bref, c’était mon jumeau ! C’était « la petite patrie » de Mahfouz, si éloignée de Villeray, la mienne et, à la fois, si semblable.
8-
J’ai enfin commencé le livre —recommandée ici et là— signé par feu Hervé Guibert : « Le mausolée des amants ».
On est bien loin des souvenirs d’enfance radieuse et pauvre de Mahfouz. Après une cinquantaine de pages, je suis tout divisé. Voilà un jeune parisien, issu d’un milieu bourgeois, qui est un grand malade. C’est un journal mais sans datation aucune ! Qui va de 1976 à 1991, une quinzaine d’années sur seulement 400 pages ! Avare ? Mesquin? Constipé ? J’en aurais, moi, pour 7,000 pages. Au moins.
Chaque page est bourrée d’entrées, quatre lignes, vingt lignes, cela varie. Sans aucune indication : pas de titres, ni sous-titres. Des notes. Et toujours, comme en toile de fond, sur un même thème : enculages et enculés. Sodome en action, matin, midi et soir. Et la nuit ? Bin.. masturbations diverses, onanisme d’obsédé. Est-ce que cela se soigne, se dit-on ? Est-ce qu’un analyste (freudien ou lacanien peu importe ) un jour, bientôt, voudra résoudre ce cas ?
Faut dire que le héros mort aujourd’hui, ce H.G., semblait tout content sur ce rapport compulsif, maladif, pathologique. Un livre comme un concours de sordides fellations dans des toilettes publiques, avec l’obsession —à chaque page ou presque jusqu’ici (va-t-il se calmer pus loin ?)— de jeunes garçons.
On lit ? Oui, on lit partagé entre la pitié et l’écœurement. Mais on tourne les pages car Guibert savait faire voir et mettre en mots. Entre ses dragues pour enculer ou se faite enculer, des vues ordinaires sont bien pochardées. Des silhouettes croisées dans un bus, dans le métro, dans un bar, dans un café…à Paris surtout mais aussi à Venise, à Berlin ou à Cracovie, sont brossées avec un bon talent, à l’occasion avec un très fort don. Il se déplaçait souvent en vue d’articles pour on ne sait trop quelle pubication, c’est vague.
Voyages fréquents donc, attention, c’est, ce T. —j’anticipe— le cordon ombilical, le lien et le « bellus casi ». Être ou ne pas être avec T. Ce Thierry ( à sa mort, on en sut davantage), jeune compagnon infidèle, à la sexualité variable, est son bat blessant (sans jeu de mots). Mort, lui aussi, il aurait eu épouse et enfant. Bref, c’est la pénible fresque d’une faune déboussolée dont on jase au théâtre ou cinéma pour happy fews.
C’est un livre avilissant mais tout garni de jolies fleurs, —flore riche sur fumier bien gras — une prose vivace, celle d’un rédacteur très compétent qui aura été la victime d’un… virus —ou quoi donc ?— lamentable. Il se peint volontiers aux couleurs de ce pathétique rôdeur en veine de cochonneries, tel un vilain « petit-garçon- vicieux-sous-des-balcons ».
Dans notre enfance, on a en a tous connus au moins un, n’est-ce pas ?
C’est infiniment triste. Nos critiques enthousiates, la Laurin, le Fugère, ne pipait mot sur ce côté noir du livre. Ça ne se fait pas en milieu littéraire et c’est bien con. Guibert se dira volontiers « pourri », « voyeur » et « pornocrate. ». On voudrait qu’il ose s’examiner plus ouvertement —plus courageusement ? Oui. Cette déréliction assomme vite le lecteur. Il y a les trouvailles. Le Hervé défunt n’était pas du genre dont les gazettes nous entretenaient récemment : « Formons un couple comme les autres. Adoptons un enfant !»
Est-il victime du sida comme je le subodore ? Il ne commente pas sa maladie : juste un peu de sang un matin, des pustules un autre. Un soir, une plaie aux yeux, une nuit, une trace sur la peau …mystère ! Il parlait, ici et là de ses cheveux qui tombaient, de sa vanité blessée. Mystère !…
Aile l’a lu avant moi. Je pense qu’elle l’a terminé. Elle disait qu’il lui fallait changer de livre, faisant pause du Guibert, tant la recherche « garçonnière » devenait lassante. Aile n’a rien d’une moralisatrice. Je compris moi aussi, et vite, que c’est en effet une lecture —pas du tout troublante comme le souhaite ces auteurs— assommante. On y voit quelqu’un en danger et il n’y a personne pour le secourir dans son désert où fourmillent des larves tarées. Connivence avec la déchéance ? Un : « On crèvera nombreux ? »
Encore une fois, les critiques d’ici en disaient du bien et c’est justice mais pas un seul n’indiquait aussi, par delà le talent, tout le grand et long pan de déliquescence d’une puérile complaisance. Cela est très grave. lDes voyeurs observant ce voyeur, grand amateur de photos pornos, voilà la matière de fond. Monde curieux que notre petit monde snob qui n’osent dire un seul mot contre le sordide d’un tel …mausolée.
9-
Hier soir, attendant « Campus » à TV-5, on a vu Céline Dion, René son gérant, Garou, un abonné de « LA » firme, Goldmannn, un chansonnier à elle, un bn vieux vétéran, le vieux Barclay, Varclay ?, un nom comme ça et tout ce monde réuni avec l’animateur Michel Drucker, fidèle pâle valet et souscripteur volontaire de cette « schmala » charlemagnesque. Les trois chroniqueurs de ce « Vivement dimanche », d’habitude bien capable de vacheries fines, se montrèrent dégriffés complètement. Deux belles tounes néanmoins. Un grand talent dans la chanson pop.
Quand on questionne la jeune femme sur les dangers ou les bienfaits de la mondialisation…c’est misérable. Aussi pourquoi ce genre de question ? Même bouche ouverte et puis tentative molle quand on la gratte sur qualités et défauts de la France par rapport aux USA. Pourtant deux domaines fréquentés souvent. Un seul fait étonnant, renversant : Céline dira : « Je me sens plus à l’aise en anglais qu’ en français dans les talk-shows et je ne sais pas trop pourquoi. »
Il y eut un drôle de silence sur les banquettes d’honneur !
Le « Campus » de Guillaume hier soir ? Pas fort. Souvent plate ! Eh ! Tout le monde a une moyenne au baseball comme au hockey…Comment finira cette série Ouragan-de-Caroline versus Habitants-de-Montreal ? On verra, verrat !

Le samedi 30 mars 2002

Le samedi 30 mars 2002

1-
Ce matin, Rayon —la femme de ma vie refuse que je la nomme— est à sa toilette et je regarde, le grand store levé, le lac. Des vagues de lumière sur le lac gelé roulent vers moi à tour de rôle. Elles se forment sur la rive de l’ouest, au Chantecler, et filent rapidement pour s’éteindre sur notre rivage. Fascinant ! On dirait, en gigantesque, la lumière Xérox des machines à polycopier ! Étonnante lutte reflétant, au ciel, nuages et soleil.
Hier soir, la bonne pizza au four —visible— de « Grand’pâ » à Val David, la patronne s’en va tout un mois chez elle, en France.
Bavardages divers de quatre adélois retraités de la vie active. On en arrive Jean-Paul et moi à certifier que la vie n’a été pour nous que circonstances, hasards (des rencontres) , chances souvent. Pauline J. et Rayon tombent plutôt d’accord. Effrayant constat. Le mérite, les études, les recherches, le travail, l’acharnement, la volonté, oui, oui, tout ça compte mais sont dans les sillons du hasard d’abord. Mauvais exemple, mauvaise morale, pour les écoliers à qui on n n’ose jamais parlé de cette existence à base de circonstances incontrôlables, involontaires.
Quelques éloges en courriels pour mon conte à CKAC, hier, intitulé « Chemin de croix dans Villeray ». C’était le quinzième chapitre, « Le martyr », de mon livre paru en novembre 2000, titré « Enfant de Villeray, que j’ai adapté (sans même le relire puisqu’il s’agit d’un vrai événement) à un Vendredi saint. Cependant, au Forum de mon site web, deux blâmes. On refuse d’admettre que l’auteur aimable (?) puisse avoir été un tel voyou, jeune. Eh ! Hélas, oui.
Au moment de l’œuf, rôtis et jambon (je délaisse parfois les céréales) , Rayon me signale : « Comme c’est curieux, je lis sur Kaboul où les éclopés de la guerre Taliban-USA, se débattent pour trouver des membres neufs —bras, jambes— et je songe au film « Kandahar », qui va passer bientôt à la télé, où l’on montrait ces handicapés claudiquant vers les jambes artificielles parachutés et je repense à « I.A. » de Spielberg quand une effroyable séquence fait voir des robots humanoïdes, la nuit, ramassant dans un dépotoir des membres encore utilisables.» Oui, séquence forte, j’en ai parlé. Prémonitoire ?
En revenant de journaux et cigarettes, chanceux, j’ai trouvé, à notre biblio de la rue Morin, un exemplaire de « La petite poule d’eau » de Roy. Je dois relire ce roman qui m’avait fait éclater en larmes il y a si longtemps pour en jaser à « Bibliotheca » du canal TV-5, vendredi matin prochain. Hâte de vérifier si j’éprouverai une telle émotion encore ! À la télé de T.Q. (sans pubs !) Rayon a revu —j’était au Salon de l’Outaouais— le film « L’été meurtrier » que nous avions peu apprécié en salle jadis et m’a dit l’avoir jugé sensationnel, parfait ! Un jour, dans un avion pour la France, on revoit un film de Lelouch, « La belle histoire » —ou « Les uns, les autres », je me souviens plus—, qu’on n’avait pas beaucoup aimé. Voilà que nous estimions énormément ce même film sur l’écran de l’avion ! Avertissement : nos goûts changent. Ou bien nous changeons tant que nous n’avons plus les mêmes sentiments, les mêmes critères. Mystère !
2-
Hier, quittant CKAC, j’ai filé chez mon fils à Ahuntsic. Pas un chat.
J’avais oublié que Daniel m’avait dit être invité chez son beau’f Murrray à Saint-Sauveur. Nous nous retrouverons pour le souper de Pâques dans un restau grec, le clan Jasmin, le clan LaPan et aussi le clan grec des Paltakis, maritalement associé aux La Pan. Alors, je suis allé, un peu plus au nord, chez ma fille, Éliane. Gabriel, mon trompettiste favori, me conduit à sa chambre où trône un immense aquarium, puis veut me faire visiter un immense magasin de poissons tropicaux —il est dans une passion-poissons rouges—, rue Jean-Talon proche de DeLorimier. Diable, il y a là une centaines de bocaux à poissons en formats divers et une variétés de « nageurs ailés » étonnante. La beauté.
Je l’autorise à se choisir quelques spécimens. Le grand géant, son frère Laurent qui nous a accompagnés, est aussi curieux que son grand-père de ces bestioles aux coloris enchanteurs.
J’ai invité la famille au complet au « Wok » chinois de la rue Fleury. Bouffe chinoise que j’aime que ma chère Rayon déteste. Infidélité totale ! Compensation :deux assiettées ! Hon ! Gabriel, goguenard, m’a offert une épinglette écrite en calligrammes chinois. On questionne un gentil serveur du « Wok » qui déchiffre : « Québec libre ! » Contentement du vieux patriote.
Répondeur : téléphone des Faucher. « On a beaucoup aimé ton conte de CKAC ». Je dis à Jean : « Merci. Tu es bien intégré, tu as tout compris ! » Françoise sera à Québec, dans trois semaines, tout comme moi (pour le Salon du livre), elle joue au théâtre là-bas. Je tenterai d’aller la voir sur scène.
Quittant le « château Chambord » —rue du même nom— d’Ahuntsic, David me demande si je veux aller reconduire chez lui, à Bois-des-Filion, son ami François qui séjournait là. Un adolescent étonnant, merveilleux, intelligent. François me narre un séjour récent de quinze jours en Haïti avec les gens de son école religieuse protestante (de Sherbrooke) où il étudie en pensionnaire. Merveilleuse expérience, me dit-il, il a vu « une drôle de misère » sous un si beau climat où les gens ne sont pas si malheureux qu’on l’imagine. Il m’explique y avoir rencontré du monde relativement heureux, pas « matérialistes et pressés » (c’est impossible en cette contrée pauvre) des jeunes démunis mais capables de rire, de chanter et de danser, pas enclins du tout au stress ambiant de l’Amérique du nord. À l’écouter j’ai compris comment il peut être profitable de faire de telles expéditions pour des jeunes. Il a réfléchi à des tas de choses et il se pose des questions fondamentales maintenant.
3-
L’hydro-Québec d’Israël a coupé le jus au Président Arafat ! On lui a bombardé tous ses alentours. Le voilà au bord du martyr. Une bavure finale de l’armée israélienne et c’est l’ explosion totale à l’ONU. Nous vivons des heures graves. Une jolie jeune palestienne se explosée. Horreur ! Une autre victime de la crise actuelle. L’horreur de ces jeunes désespérés ! Sadam Hussein enverrait des chèques aux familles des ados kamikazes. On imagine un papa misérable dévoyé : « Pis, mon p’tit gars, tu te décides à te dynamiter oui ? On a grand besoin d’argent ! » Oui, l’horreur !
Ce n’est pas l’écrivain Jacques Ferron mais son frère, Paul, médecin aussi, qui tout discrètement initiait le « Parti Rhinocéros » et s’activait à le maintenir, si mes souvenirs sont bons. J’en fus en 1967. Comme agent officiel d’un candidat totalement mutique dans Outremont. Nous fument invités aux micros du Téléjournal de Radio-Canada, un soir. En publiciste folichon j’y allai de promesses électorales farfelues. À la fin de mon laïus, c’était prévu, on demanda à mon candidat : « Qu’allez-vous faire à Ottawa si vous êtes élu ? » Il avait droit de parler pour cette question, il répondit : « 60,000 piastres par année, comme les autres ! » Lundi soir, au « Lion d’or », il va y avoir une fête de commémoration sur ce rhinocérocisme. On m’a pas invité.
Le nouveau maire Tremblay marine dans une sauce malodorante ces temps-ci. Deux accusations de favoritisme grave déjà et la question —patate brûlante—de ses bons copains qui achetèrent, les filous, des « biens collectifs » pour une bouchée de pain. Dont son échevin Yomans de l’Ile-Dorval que le Gérald Tremblay blanchit volontiers ! ! Oh la la !Le grave pétrin. J’avais, évidemment voté pro-Bourque. Tremblay a dans sa barque neuf (9) conseillers de l’ancien Montréal et 32 élus des banlieues…
anglophones pour la plupart et/ou pro-défusion. Mal pris plutôt.
Plein d’innocents qui l’ont appuyé aveuglément. Cocus !
4-
Il y a quelques mois, ma sœur Marielle, découvrant mon nouveau dada, l’opéra italien, m’avait offert une cassette-radio avec des « extraits » d’opéra chantés par le célèbre Andrea Bocelli. Durant des soirs et des soirs, Rayon à ses toilettes vespérales, je mettais le Bocelli, plein son dans la chambre à coucher. Le bonheur ! Je connaissais ses tounes par cœur à la longue. Un soir, stoppant la machine d’un coup de pouce énervé, Rayon, fit : « Non mais…Ça suffit, non ? Ça frôle l’intoxication » Elle avait raison. Ce matin, retour à mon vice- Bocellie durant l’exposition lumineuse à la « Xérox » sur le lac. Rayon rigole : « Ça t’a repris ? » J’ai dit : « Viva l’Italia! »
Hier après-midi, rentrant de CKAC et du Wok chinois, une note de Rayon, elle est chez des voisins, rue Morin, à quatre portes de chez nous, « Viens ! » J’y vais. Une scripte de la SRC, Nicole S., épouse d’un chirurgien de l’hôpital Fleury, vit maintenant dans ce qui fut l’auberge « La chaumière » de réputation excellente. Étonnement de revoir ce restau de classe, transformée en logis. Vrai petit manoir champêtre au bord du lac.
Des gourmets réservaient régulièrement au restau du chef français qui fut longtemps aussi le chef du « Chantecler ». C’était son « side-line », cette Chaumière. Je me suis souvenu, j’étais laveur de vaisselle et aussi potier à l’ex-écurie de l’hôtel, et un saucier du Chantecler, venu de Marseilles, m’invitait pour mon anniversaire à une bouffe, moi le « tout-nu ». Rare et divin repas.
Nicole nous parle d’une bestiole effrayante qu’elle a vu nager, cet été, pendant qu’elle se faisait bronzer sur un matelas pneumatique. Sa peur ! Une sorte d’énorme tortue inconnue avec dit-elle, une affreuse tête de E.T. On a rigolé. Monstre marin ? Le petit lac Rond, un nouveau Loch Ness ? J’ai hâte à l’été. Mon caméscope sera prêt. Ah oui, pouvoir admirer son monstre !
Manie ? Je découpe des tas d‘articles dans les gazettes chaque matin et puis…non, je refuse de trop farcir mon « journal intime » avec les nouvelles pourtant si extravagantes parfois. Ce fou suicidaire qui tire à vue à Nanterre, La biographie de Dieu (!) en personne selon Alexander Waugh, Boisvert jasant sur les « détectives privés », le pape Pie numéro 12 et ses silences sur les fours crématoires, Foglia et sa notion de « vulgarité »…Je n’en finirais pas. Alors, je préfère descendre, la soupe de Rayon est servie !

Le jeudi 21 mars 2002

Le jeudi 21 mars 2002
1-
Quoi ? Premier jour du printemps et encore une bordée d’ouate ?
J’irai au Salon de Hull avec la navette (minibus) des « Écrevisses » samedi matin. L’auto… trop risqué. On annonce du frette aussi pour samedi ! Misère. Moi qui aurais aimé rouler, via la 50, de Mirabel à Hull dans ma Jetta, vitres baissées !
Hier, j’ai relu mon, « tout frais arrivé » de l’imprimeur, « Écrire ». Aile aussi. Ses larmes subitement ! Pourquoi ? Aile : « Oh, Claude, tu m’arraches le cœur. Tant de déceptions. Et tu te dis un raté. Ça me fait, mal. » Alors, je lui explique ce relatif « raté ». « Tu comprends, jeune, on a espéré tellement mieux, tellement plus fort. Nous somme tous des ratés non, face à nos ambitions d’adolescent ? »
Ce livre contient de la grogne, du ressentiment, des griefs graves sur nos médias colonisés face aux Parisiens, sur les « Salons du livre », sur les « docteurs en lettres » snobs, et le reste, mais aussi un peu d’humour et plusieurs longs textes littéraires où je tente ainsi de démontrer qu’au delà de nos misères d’écrivains, il y a cette envie de pondre du…poétique !
Un drôle de livre, en fin de compte. Je l’aime. Beaucoup. J’en suis fier et si soulagé…ça défoule de parler franc. L’aimera-t-on, en parlera-t-on en bien, en mal ? Ah ! Vieux suspense. Je redoute le silence total vu mes piques raides sur les médias, presse, radio et télé. Une sorte de vengeance quoi. On verra.
En allant à cigarettes et journaux, ce matin, suis allé porter un exemplaire du « Écrire » aux voisins, les Jodoin. Ai dit à Jean-Paul : « Tu entres dans la littérature québécoise, mon vieux, vois la page 99 et suivantes ! » Il a semblé médusé, étonné. C’est un passage où je relate une excursion à Pointe-Calumet qu’il voulait que je lui fasse visiter raconte, de visu, après sa lecture de « Pointe-Calumet boogie-woogie ».
2-
Cette série télévisée « Le dernier chapitre » ! Foutoir visuel ennuyeux. On dirait qu’ il y a six (6) gangs de bandits, douze (12) chefs. On ne comprend plus rien. Pire qu’avec son « Omerta » que je préfère tout de même. Dionne prouve, cette fois, qu’il ne sait pas rendre clairement les tenants et aboutissants d’une histoire. Mais c’est fort bien ficelé, très pro. Alors les loustics, pas exigeants, vont suivre ce caravansérail à vroum,vroum, bien mal foutu. Il y a du bing, bang, Bigras, présence physique impressionnante, il y a, lumineux, Roy Dupuis, si beau garçon et, toujours pleine de naturel, Marina Orsini, et puis qui encore ? Il y a l’imagerie courante, toute faite de très brèves séquences télescopées. Illusion rythmique sur un amas de silhouettes mal établis, esquissées. Alors les gogos, voyeurs effrénés d’images sans sens, vont rester à cet écran. Tant pis pour la bonne compréhension des intrigues.
Avant l’indigeste saga —police versus motards criminalisés—, à Historia, bon documentaire sur la naissance d’Israël, ses guerres, Nasser, la Jordanie en sandwich, Golda Meir, le tout jeune Arafat, etc. Je ne me lasse pas de revoir ces « stock shots », repris, recousus, raboudinés, remontés, sur cette époque terrible.
Vu aussi mon ex-camarade de CJMS, Arcand, tenter de faire parler l’ex-vedette-jeunesse, la chanteuse Renée Martel qui vient de confier sa biographie à (?) son propre fils avec qui elle a fait la paix. Viol à 18 ans, alcool, drogue, tournées sans cesse, son fils négligé, père en tuteur et artiste un peu cruel, carrière d’automate puisqu’elle « a toujours détesté, dit-elle, ce milieu », et quoi encore.
Aile me dit : « C’était une beauté rare. Populaire chez les jeunes. J’étais jeune réalisatrice aux « variétés ». Elle ne se livrait jamais. Muette, mécanique, intouchable et mystérieuse. » Face au questionneur —en apparence froid et sans cœur— les réponses sont lentes, comme prudentes, calculées. Émission un peu plate. Martel semble lasse, épuisée même, en tous cas réticente à faire plus ample écho aux révélations de son livre. Ces confessions terribles, une mode, se situent au bord d’un voyeurisme malsain. La foule adore. Chez nous, une certaine gêne à examiner la victime se livrant plus ou moins.
3-
Pour sa santé, Aile se charge volontairement de pelleter la neige sur la longue terrasse du côté ouest de la maison. Durant ce temps, comme chaque midi, tantôt, je descend faire nos sandwiches —jambon, poulet, dinde, rôti restant, c’est selon— formant le lunch du midi.
Dehors, c’est étonnant, jamais vu autant de neige depuis décembre ! Beauté des sapins lourds de blancheur lumineuse. Oui, grande beauté ici. Ça y est :chicane ! Encore une de nos chaises anciennes qui perd un barreau. Aile commande : « Vite, répare ça ! » Elle est incapable chaque fois d’attendre. Je sors la colle Lepage. Badang ! Pressage trop énergique et ça pisse partout, ça coule sur la table où j’avais couché l’infirme, la fiole en éjaculatrice précoce. Énervement d’Aile ! Enragement. « T‘es comme ton Édouard de père, tu travailles trop vite, en fou ! »
Ça revole, elle s’agite, court au torchon ! Bousculade. Menaces. Moi, penaud. Je sais bien ma maladresse en la matière. Elle n’a pas un bon mari bon bricoleur, hélas ! La queue entre les jambes, essuyage fait, je remonte à l’étage, à ce journal. Ouf !
Plus tôt, Aile écœurée : au marché Métro, vendeur de fleurs, campagne du jour et offre de contribuer « in english only » ! Elle a protesté aussitôt comme on doit toujours le faire pour réveiller ces racistes inconscient —encore en 2002— de vivre au milieu de 84 % de francophones.
Souvenir de 1945 : ma pauvre Germaine, ma mère, colonisée, humiliée, bafouée, méprisée, rabaissée, comme nous tous en ce temps-là, qui s’efforçait de parler anglais, en pleine rue Saint-Hubert, clientèle à 99% francophone, à un marchand « raciste » de « Greenberg » ou de « Wise Bros », soumise, docile, chien battu. Baptême ! ça ne change pas encore ce racisme ?
Ce gras raciste (c’est une forme de racisme cette ignorance de la majorité, non ?) cet offreur de tulipes-charité sait qu’il utilise la langue universelle. Speak white ! Débrouillez-vous les caves québécois, apprenez la langue des maîtres actuels (ça va durer longtemps ?), celle de l’univers marchand, de la planète commerciale. « Mon épée me démange », disait Cyrano ! Et comment ! Autour d’Aile, des gens semblent étonnés de sa protestation. Des cocus contents ? Notre manque de fierté, d’honneur, finira pas nous assassiner culturellement. « Nation nigaude », disait Baudelaire ! Oh oui !
3-
Aux chers « Francs-Tireurs » de T.Q. hier soir, la jolie haïtienne, liseuse de bulletins de nouvelles, Michaël Jean de la SRC. Dutrizac, avec ses airs d’effronté de service » et Richard Martineau, avec sa voix de fausset hélas, aux commandes. On y cause « hommes battus ». Des témoins, militants de « la cause des mâles » démontrent que ça existe et plus souvent qu’on pense !
Gageons qu’il s’agit de violence morale, de harcèlement verbal. Ma foi, c’est certain. Pourquoi seuls les hommes seraient de foutus accableurs dans les couples qui fonctionnent mal ? Martineau mitraille la belle Jean —il excelle dans ce sport— elle répond du tac au tac, brillante. Hélas, elle trimbale un accent parigot plus accentué encore qu’à Paris ! Elle ne sort certainement pas des ghettos des démunis de l’île misérable. Pas de question là-dessus par Martineau juste taquin.
Je me suis souvenu de son reportage-enquête (la question-Noirs) quand elle vint questionner les artisans de CJMS un jour. Je l’avais taquinée lui disant : « Vous manquez hélas de crédibilité, étant une Noire, vous êtes mal placée pour sembler vraiment « neutre » et jouer l’ arbitre impartial sur le sujet de la tolérance. » Verrait-on un reporter Blanc questionner les Africains chez Mugabe : « Nous aimez-vous vraiment ? Détestez-vous les Blancs ? » Mais j’avais envie de badiner. Michaële Jean le prit fort mal et me battit froid.
Son conjoint, le cinéaste documentariste, Lafond, fit, avec elle, un formidable reportage sur Haïti. Un des pauvres gamins interviewés me frappa… droit au cœur. Son visage si triste, où brillait une intelligence évidente, une gravité d’adulte, tourmenté profondément, me rendit songeur pendant, non pas des jours, mais des semaines et même des mois. Comment l’aider ? J’avais voulu lui demander l’adresse de ce jeune enfant si lumineux et si perdu. Folie ! Je finis par me raisonner. À quoi bon tenter d’aider un seul garçon quand ils sont sans doute des centaines de milliers à vivoter dans ces conditions funestes ! N’empêche, parfois, je revois encore ce jeune et si beau visage, effrayant, où l’on pouvait lire une détresse…incommensurable. Tous ne peuvent fuir à l’étranger comme notre « parisienne » lectrice de nouvelles ou comme mon ami Dany Laferrière.
4-
J’imagine déjà la foule de nos admirateurs, samedi matin, rue Berri, au Terminus, quand nous partirons, les écrivains de Monrial, pour Gatineau- Hull. Quel déchirement ça va être. J’imagine aussi la foule à Hull Gatineau nous voyant arriver. Mon Dieu, je crains l’émeute. La promotion pour les auteurs est tellement riche ! C’est un million et demi (1,500,000 $) de dollars cette publicité, cette visibilité, aux romanciers.
Merde, qu’est-ce que je raconte ?
Je me mélange avec les publicitaires politicards de « Groupaction ». « Mon » ministre, à Ottawa, de la culture, Sheila-la-Cop, crache cet argent (1,650,000 $) pour la visibilité du « Oh Canada ! », et du drapeau rouge, dans tous les festivals du Québec. C’est à Québec qu’il faut diluer le fleurdelisé qui rend malade les fédérats ! « Groupaction » retourne à la caisse électorale du parti (Libéral) la fabuleuse somme de 112, 162 $ ! Pauvres éditeurs, ils comprennent rien. Je vais expliquer le business à Victor-Lévy samedi à Gatineau. Lui dire entre quat’zieux : « Tu verses 50,000 tomates « chez la Cop », et tu recevras 1,650,000 de dollars (de pistoles !) de contrats pour tes Éditions Trois-Pistoles. C’est bin clair, non ? Facile ! Il suffisait d’y penser.
Cette énorme magouille publicitaire donne envie de vomir et fait tomber à terre les culottes du successeur de Gagliano, Don (donald duck ?) Boudria ! Jouant le surpris, il bégaie qu’il va mener une enquête ! La farce ! Il s’agit de l’argent public monsieur Jean Brault, fondateur de « Groupaction-politik ». Des argents gagnés à la sueur des fronts des travailleurs. Trois contrats se signent (1997-1998-1999), donc trois rapports sont livrés (à un demi-million chacun) avec « mode d’emploi » pour déployer l’unifolié partout au Québec, trois fois à peu près le « même mode d’emploi », avec des petites variantes.
4-
Reparlons des amateurs de complot. Sauce Oliver Stone. Il y Internet où chacun peut halluciner et capoter en « légendes urbaines ». Il y a maintenant un bouquin : « L’effroyable imposture », où un certain Thierry Meyssan veut nous convaincre qu’aucun avion de kamikazes a foncé dans le Pentagone. Eh b’en… Le journal Le Monde avance que ce n’est que bobard genre Internet dévoyé. Le Thierry est fâché noir.
Face à un autre Thierry, celui qui a un terrible accent « mondain parigot », Ardisson, il rétorque qu’il a ses source sûres et que la politique étrangère des USA est sans plus aucune crédibilité. Là, il chasse de travers. On sait bien que la politique étrangère des USA est farci de propagande, c’est connu aujourd’hui, mais ce fait a n’a plus rien à voir avec l’avion sur le Pentagone ! Ça fait vendre de la copie, tout ça. À suivre…quoi !
Pierre Laporte, je le tiens d’une source pure, fut égorgé par un mafieux se glissant rue Armstrong, à Saint-Hubert ! Robert Bourassa fut empoisonné par un ami de Daniel Johson junior. René Lévesque a été assommé et puis assassiné par Claude Morin qui craignait la révélation d’autres secrets de la GRC. En voulez-vous des « complots » Vive le Net ! Vive la liberté !
Sur Internet, un abonné répand qu’il y a sur tous les avions modernes, et ce, depuis les premiers détournements célèbres, un bouton de sécurité. Si un pilote se croit en danger, il n’a qu’ à écraser ce bouton caché et l’avion devient téléguidé, automatiquement, à partir de son aéroport de départ. Ouen ! L’internaute conclue : « mensonges ces Saoudiens s’emparant du pilotage !
Hen, hen qu’en pensez-vous ? On souhaite vous voir conclure : « c’était donc tout planifié, accepté ! Les dirigeants politiques des USA savaient tout sur ces kamikazes et voulaient que les Tours jumelles se fassent démolir ! »
Bonne nuit, allez-vous coucher les petits enfants, notre noir conte du vilain bonhomme Perrault-2002 est terminé, cui cui cui !
5-
Assez des folies : Lysiane Gagnon est une importante conseillère (clandestine) de John Charest. Ma source ? Son article de fédérate crasse ce matin. Hypocrite, elle raconte les noirs desseins de Landry et comment John, malin, les a appréciés. Il refuse de faire l’ »union face à Ottawa. « Le rapport Séguin, c’est une astuce parizeauiste » dit-il. Ottawa ne nous doit pas une cenne de péréquation, ni à nous ni aux autres provinces. Dumont est un innocent, Joe Clark, un autre. La Gagnon termine son devoir « desmaraisien », à la sauce Power Corp-Gesca, disant qu’on est tous, les Québécois du Bloc comme les gens qui votent « oui », (60 % de ses lecteurs, tiens !), un petit des caniche (sic) et ses amis fédérats, un gros doberman (sic). Beau mépris du lectorat de La Presse , non ?
Air-Canada vient d’autoriser un écrivain, maudit par l’Iran, à voler sous ses ailes ! Jaques Chirac, a fustigé jadis le romancier insulteur du Coran, Salman Rushdie. J’étais, moi aussi,
furieusement contre son livre où il parodiait grossièrement une des trois grandes religions monothéistes, la musulmane. Trop facile de faire de Jésus un pédé, un prédateur sexuel ou un pédophile…et quoi encore. Trop facile de faire d’Abraham ou Moïse, un con fini, un illuminé titubant sous l’alcool, fornicateur déchaîné et aliéné mental. Ces élucubrations de carabin ignare (livres ou films) n’excitent que les désaxés. Les badauds infantiles. Même athée, ce que je ne suis pas, je n’approuverais jamais ces contes folichons pour titiller les déboussolés. Jamais. On doit un respect minimum pour les fidèles juifs, chrétiens ou mahométans. Ce bourgeois londonien, Rushdie, mondain devenu récemment manhattanien, a couru après ses déboires, Qu’ils s‘achèvent, je veux bien. Il a payé assez cher, guetté par des gardiens, craignant sans cesse le meurtre. . .
6-
C’est qui ça « Gambling Inc » ? C’est une part de notre gouvernement.
Loto-Québec apporte sa belle part de fric au fisc.
Alors, on se ferme les yeux sur Gambling Inc. Et on répète comme mantra : argent qui contribue aux hôpitaux et aux écoles. Argent bien sale ! Bientôt ces revenus honteux vont dépasser les taxes sur l’essence, est-ce assez dire les profits sur un vice encouragé, vanté aux télés ? Un prof d’université (en travail social), à Hull, Amnon Suissa, l’affirme. Il ajoute qu’il y aura très bientôt un million (c’est dans le 700,000 à ce jour ) de Canadiens en « addicts », compulsifs quoi, au vice du jeu.
Les lignes du 1-800-SOS-JEUX vont rougir !
Ainsi nos élus, se taisant tous, sont des complice de méfaits graves. Sont des hors-la-loi. Ils contribuent volontiers à la détérioration de la santé publique. La prison pour ces innocents ? Mais oui. Pour « refus de secourir personne en danger », c’est dans le code !C’est un de leurs plus grands devoirs de la protéger.
À Hull, où je m’en vais samedi, on annonce 1,100 places nouvelles de stationnement au parc Leamy. Rigolard, le relationniste s’exclame : « Que voulez-vous, on est les victimes (!) de notre succès ! » Très enrageant !
Le remuant boss, Gaétan Frigon (ex-patron efficace des alcools-Québec), servile serviteur de « Gambling Inc-Québec » ose dire que « c’est un malentendu de le voir en mandataire pour rendre le vice du jeu plus acceptable ».
Coups de pied au cul qui se perdent !
Loto-Québec vient de cracher 200 millions de notre argent public pour des machines VLT’S, machines (sépulcres blanchis !) avec clignotants pour avertir « charitablement » certains joueurs qu’ils exagèrent. Un fait têtu :il y aura PLUSSE de machines-one-arm-bandits. Bandits de l’État !
7-
Mon camarade en écritures, Daniel Gagnon, signe un très beau papier sur Rio, mort il y a peu. Le fils retrouvé bien tard, Yann, fait publier, lui, sa drôle de lettre lue aux obsèques. Il parle d’absence et de silence…Oh que j’admire le peintre, oh que je méprise l’homme. Comme j’ai méprisé l’homme-Picasso, et admiré son art. Comme je méprise les parents des « Enfants du Refus global », tel que racontés, montrés, dans l’émouvant et très dérangeant, troublant, film, de Manon Barbeau, la fille de l’automatiste Marcel Barbeau. Elle aussi signe un bel article (tout cela dans Le Devoir de ce matin) sur le génie né rue de Lorimier en 1923.
J’y reviens, Nadeau photographe : deux autre grandes preuves. Une sur une vitrine rue Bernard où il y eu tuerie récemment et une autre, Riopelle encore. Oui, un génie dans son métier, ce Jacques Nadeau.
À « Campus », à TV-5, le photogénique Guillaume Durand, a présenté Janine Mossuz-Lavau (sociologue)n et son livre enquête : « Vie sexuelle en France ».1- Fin de la femme passive. Elle veut prendre son plaisir comme l’homme. Si insatisfaite, divorce. Seigneur, dans mon jeune temps, toute la paroisse serait allée en divorce ! 2-La virginité ? Une bagatelle. Un petit moment désagréable à passer. Jadis : pucelage féminin précieux comme la prunelle de yeux. 3- Désormais, pour les femmes aussi : l’amour et la pratique sexuelle, deux choses. Fin du romantisme ? Je le regrette. « Que vaut la sexualité s’il n’y a pas les sentiments ? » J’allais répétant cela à la SRC, jadis, juste pour faire enrager certains sexoliques de mes entourages. Un jour, un de ces maquereaux me rétorqua : « Que valent les sentiments sans la sexualité ? » On a ri. Puis : « Ça existe, sais-tu. Oui, il y a des amours qui patientent, d’autres, sages, qui subliment. » Les deux ensemble, c’est le vrai bonheur. Je le sais. Beaucoup de matamores du sexe font mine de l’ignorer et mange de cette mince galette faute de bon pain. 4- Les femmes draguent désormais parfois. Et pourquoi pas en effet ? 5- Et les préservatifs ? Avant de former un couple, le jeune l’utilise volontiers, par prudence. Mon Dieu, oser acheter un capote en 1950. Que pensera le pharmacien ! On préférait le « retrait ».
Justement le livre dit que la pilule est encore vue comme un contrainte et qu’on préfère le « retrait ». Ah b’en flaille bine !
Back to…6- La partouze, l’échangisme quoi, progresserait. Là-dessus, mon opinion ne changera jamais : pis aller lamentable pour des couples qui éprouvent de l’attachement mais qui ne s’aiment plus d’amour. Ça vient de finir.
Conclusion de son enquête : les femmes veulent l’amour et consentent aux jeux du désir, faute de mieux. Les hommes veulent du désir et consentent à s’embrigader dans l’amour. Si elle le dit l’enquêteuse-sociologue. Combien sommes-nous, hommes, à vouloir les deux ? Je refuse de me croire exceptionnel. Je refuse.
8-
Pas loin d’ici, pas à Tel-Aviv, à Brossard, un type signe une lettre ouverte dans The Gazette. Il refuse l’Israël belliciste de Sharon et Cie. Ce Abdul Malek de Brossard, ça ne tarde pas, se fait vandaliser. Jet de balles de golf, vitre fracassée ! Rôdeurs intimidants, la nuit. Ses voisins jouent aux vigiles par sympathie.
Une voisine a pris les numéros de plaques d’une voiture suspect dans le quartier. La police l’a noté. M. Malek dit vouloir discuter par lettres ouvertes, à visage découvert et n’en revient pas de ces balles de golf. Diable ! Avec mon ancienne monomanie de lettrouvertisme (avant mon journal qui a tari cet exutoire), je prenais des risques ? J’ai toujours pensé que la violence est l’arme de ceux qui ne savent ni parler, ni penser, ni écrire.
Bon, les servantes, les bonnes, l’ex- nanny, se mettent à l’écriture. Pas nouveau quand l’ex bon maître se nomme Marlon Brando. Pour le fric. Cette fois, non. Il s’agit d’« employées de maison » comme dit l’Europe, le « New-York Times » raconte : « The Nanny Diaries » (du journal ?), c’est les récits glanés quand deux « servantes » travaillèrent dans une trentaine de maisons huppées de New-York, cela dans les années ’90. On va faire un film de ces historiettes de deux gouvernantes indiscrètes. Cela irait des comportements sexuels des « patronnes oisives » jusqu’à leurs obsessions pour les chaussures. Des dames de la haute crient déjà au scandale. Résultat : les agences de domestiques font signer une clause au contrat, « défense de divulguer, après emploi, quoi que ce soit. Sinon menaces de poursuites judiciaires.
Restons au domaine…du livre. Il y a une « Corporation » —né comment, fondée par qui ? — il y aura un gala du livre —malgré les refus de gros éditeurs de participer— pas de gala genre « Gémeaux » ou « Masque ». Une « Fête du livre » à 17 heure au Capitole de Québec et diffusion, avec numéros de « variétés », à 19 h et demi, sur Télé-Québec, ce 23 avril. Animation la mignonne Sophie Durocher. Pixcom signera le show.
Il y a 90 jurés (anonymes), des pairs, qui ont fait un premier tri. Ensuite vient la votation sur ces finalistes par 150 écrivains et 150 libraires, éditeurs, bibliothécaires. 300 votes pour 29 prix dont 18 pour « la littérature », il y en a pour la promotion, la distribution etc. Prix baptisés « Odyssée ». Aussi un « prix spécial » à Tremblay pour l’ensemble de son œuvre.
Finalistes : Michel Tremblay, Nelly Arcand, Serge Kokis, Nancy Houston, Dominique Demers etc. J’y suis pas ! Calmez-vous mes fans !Ça continue, ma guigne, dès l’école jamais de médaille, jamais d’images, aucun prix. J’y pense mon Lanctôt fait partie des déserteurs et n’a donc pas soumis mon « Enfant de Villeray ». Et alors, adieu trophée, misère humaine !Tant pis pour moi !
Une certaine grogne : « tous ne connaissent pas bien certaines catégories ». Alertée, Lise Oligny, directrice de cette mystérieuse « Corporation », corrigera l’an prochain. Il y a aura désormais jury spécialisé selon chaque catégorie. Mon opinion ? il n’y aura jamais assez de visibilité pour le monde les écrivants.
Les boudeurs, dont le riche « Boréal », disent à la ministre en culture : gaspillage, foin d’un gala, futile, vain, qui n’aidera en rien les écrivains, vraiment inutile. Donnez plutôt tout cet argent précieux pour subventionner nos manuscrits qui attendent une sortie !
9-
Riopelle a vécu, un certain temps dans les Hamptons de Long Island, voisins de Manhattan. On a tenté (Pierre Matisse et Cie) de le mousser. Le milieu le bouda avec ostentation.
Il y avait un Riopelle à New-York :Jackson Pollock. Son jumeau vraiment. Même énergie étonnante. Une vedette internationale ! Et les États-Unis, enfin sur la carte de la peinture moderne depuis l’après-guerre craignait la montée d’un autre européen, car, Riopelle, pour ces chauvins, c’était encore la maudite École de Paris qui, à leurs yeux, avait assez écrasé (un siècle !) l’Univers de la peinture depuis Manet, Monet et Cie. Un grand complexe d’infériorité enfin se défaisait. Il y avait désormais de forts talents modernes, c’était la vérité.
Riopelle ? « Qu’il retourne à Paris »… où, ironie, on le traitait d’« américain » ! Il ne récolta que de très mauvaises critiques. « Un talent mineur ». Il y retourna en France. Richard Hétu racontait un peu ces déboires dans La Presse. Il a ajouté que son histoire d’amour catastrophique avec l’Américaine Joan Mitchell, sa maîtresse écrasée, lui aurait nui.

Le jeudi 28 février 2002

Le jeudi 28 février 2002
1-
Hier en ville, allant puis revenant de Radio-Canada, beau ciel bleu fleuri de nuages en goguette. Beauté chérie ! Est-ce que tout le monde, comme moi, aime fort les nuages ? Ou bien trait des rêveurs ? Ne sais pas. Ce débat chez Liza :  » l’homoparentèle « .
Peur de passer pour homophobe car, en 1989, invitant les Juifs fondamentalistes d’Outremont à mieux s’intégrer, on tenta de me faire passer publiquement pour un antisémite —articles de la Ouimet de La Presse et du Cauchon du Devoir quand ils m’amalgamait avec les refuseurs ( au même moment )d’une nouvelle synagogue… alors que moi j’étais  » en faveur « .
Donc, oui, sujet délicat. J’ai pu défendre deux points auxquels je tenais : un, ne penser qu’au cauchemar à vivre (hélas !) de ces enfants de lesbiennes ou d’homosexuels.
Deux, avec le temps, les enfants de  » couples séparés  » étant plus nombreux, on leur fout la paix en classe, dans le quartier etc. Plus nombreux dans certaines école, on fout la paix aux Haïtiens ou autres nouveaux-venus. Mais, jamais, il n’y aura majorité —ou grand nombre— de ces enfants de couples homosexuel pour des raisons évidentes. Ils resteront donc pour toujours une minorité. De là les quolibets, les horions et autres cruautés enfantines, des enfants — » pervers polymorphes « , dit Freud. C’est injuste ? Oui. C’est la réalité (détestable si on veut) comme il fait noir la nuit et il fait clair le jour. Incontournable.
Demi-sourd, je parle de plus en plus fort. Aimant la polémique, je me bat farouchement pour exprimer mes opinions. Résultat ? Une Louise, psy, me dira hier :  » Ça vous amuse, hen, de jouer les  » boulés  » à ces tables de discussion mais c’est embêtant pour nous tous, vous laissez pas parler les autres !  » Avait-elle raison ? Ça se peut. Je suis toujours, au départ, mal à mon aise, entouré de gens qui ne font pas  » métier  » de pamphlétaire, qui ont pas l’habitude de ces débats ou joutes oratoires. Emporté, j’oublie cela et je gueule…
Je dis à cette psy agressive :  » Pas ma faute si j’ai un processus mental rapide !  » Pas fier de moi. La lippe basse et le regard en courroux, elle rétorque par des accusations basses, alors, j’ajoute :  » Pas ma faute s votre processus à vous est si lent !  » L’animatrice, Liza est tendue en titi veillant à l’harmonie !
Nicole , une mère lesbienne calme, elle aussi, s’enrage de ma fougue et, hélas, et me traite de  » démago « . Souvent, le public m’appuie dans ces débats, c’est un fait, et alors les  » perdants  » me sortent : démago. Si le public est d’accord avec moi, je suis un démago. Mépris du public ou quoi?
J’ai un tas de témoignages là-dessus. On me dit :  » Vous êtes sage, vois avez du gros bon sens !  » Ah, le gros bon sens, j’y tiens. Au cours de ma  » petite  » carrière de  » grande  » gueule , j’ai souvent opiné contre les goûts du grand public. Là, je ne suis plus démago ? Ainsi, aux nouvelles de TVA, je n’ai pas eu peur de déclarer que, à mon  » humble  » avis (du R. Lévesque), les patineurs russes ( À Salt Lake city) furent bien plus inventif, créatifs, imaginatifs que nos champions et j’ai parlé du chauvinisme régnant dans cette querelle de médailles. Je choquais la majorité sans doute. Ça ne me dérange jamais. Je dis ce que je pense et sans calculs.
Un certain Bill, homo sympathique, et un certain  » écossais  » convivial, McChateon —de  » SOS J’écoute  » pour jeunes homos—, deux participants du débat, me firent, eux, fort belle façon et me saluèrent avec beaucoup de chaleur à la sortie. Moi de même. M’invitant même à collaborer avec lui à ces appels pour jeunes homos, ce que mon  » Écossais  » accepta avec plaisir. Sont très capables donc d’entendre un opposant. Ah ! les femmes des fois hein….
Cela dit, oui, vite, la loi de Bégin (légitimant, légalisant, le conjoint homo) doit passer. Mais elle ne changera pas (hélas) la réalité. L’enfant dont les parents sont deux homos (femmes ou hommes) n’invitera pas son  » meilleur  » ami, chez lui. La jeune  » témoin « , Annick, invité chez Liza a été clair et net : elle a eu honte longtemps de ses deux mères lesbiennes, jeune.
Attention : cette honte lui fait honte à présent qu’elle a vieilli, alors elle ne dit pas tout de ce qu’elle a eu à endurer, à vivre parmi ses petites compagnes de vie, son normal instinct grégaire fut sans doute fort malmené, j’en mettrais ma main au feu.
C’est triste, c’est terrible. C’est injuste. Les homos qui refusent de faire vivre ce cauchemar à des enfants, eh bien, je les félicite de ce sacrifice. Ils ne pensent à eux en égotistes, ils pensent aux enfants et moi… b’en je suis fou des enfants (on le sait) et je ne veux pas qu’ils passent une enfance merdique.
2-
Pourquoi, tout à l’heure, devoir quitter cette si radieuse lumière tricotant ses ombres farfelues dans les feuillus déplumés autour du lac ? Eh oui, nous partons pour la ville :lunettes d’Aile, coiffeur…et devoir, à 17 h. et demi, à TVA, faire un topo avec la belle Isabelle M. Vais-je m’écrier comme en France en 1942, les Boches dans Paris :  » Maréchal (Pétain), nous voilà !  » Oui. Discussion :  » Le gala télévisé des les Grammys « , hier soir. Pas vu. Pourquoi tant des nôtres se garrochant, nombreux, très nombreux, là pour voir, encore, les Amerloques ? Gang de colonisés, va !
Oui,  » Maréchale « , me voilà !