Le mardi 26 février 2002

Le mardi 26 février 2002
1-
Suis pas un Esquimau, pardon, un Innuit, pour être capable de vois fournier les nuances entre le gris du lac et celui ciel ce midi. On sait que ces gens de l’Arctique peuvent distinguer pus d’une dizaine de blancs, Il en va de leur survie quand ils chassent l’ours ou le phoque sur les banquises. En té cas c’est blanc !
Ça téléphone au polémiste (de service ?) ce matin. Invitation demain mercredi midi, chez Liza Frulla de la SRC (qui va jouer le néo-gagliano dans Saint-Léonard ?). Le sujet de discussion, à quatre ou cinq débaters,  » pour l’homoparentalité, oui ou non.  »
Je dis au recherchiste : je suis contre. Il dit :  » oui, on le savait bien. » Hum, j’aime pas q’on devine trop vite mes options idéologiques. Demain je dirai que je suis  » pour, c’est un fait, mais que je suis  » contre  » (hélas) cela pour l’épanouissement de ces enfants qui ont tous un besoin de grégarité, de la nécessaire identification au groupe, aux autres, à leur communauté. Réalité encombrante mais inévitable. Ces enfants —de deux mères lesbiennes par exemple— souffriront parmi leurs petits compagnons. Indéniable fait ! Oui, hélas !
On m’invite aussi à discuter —en duplex avec la jolie animatrice Isabelle Maréchal—  » Jeux olympiques et récolte de médailles  » aux nouvelles chez Pierre Bruneau. Le camion va se pointer ici vers 17h. J’ai lu, j’ai réfléchi, j’ai pris des notes sur une page de calepin.  » Prêt  » dit le boy-scout des débats tant aimés.
Aile me dit :  » Avec Isabelle Maréchal ?  » N’ajoute plus rien. Quoi ? Mon Dieu, la jalousie ? Elle me fait marcher ?, moi le vieillard au lunettes neuves et cette enfant post-post baby-boomer ? Allons ! Elle-Aile me nargue.
Télé hier soir : deux téléromans… je lis — » Coffre de cèdre « — au fond de mon fauteuil mais ce  » La vie, la vie  » me captive vite. Je lâche mon bouquin. Image de jeunes  » ados attardés « , velléitaires, qui se déroulent avec une légèreté (très soutenable ?) formant un récit aérien. Bon texte de Bourguignon, bonne réalisation de Saucier. Chapeau ! Voyant le jeune scénariste, pris déjà avec deux soupirants qui s’amourache subitement de la locataire du dessus, je m’exclame :  » Aile ! Non mais…quel branleux !  » Et Aile de dire :  » Tais-toi donc, Cloclo, songe à toi à 28, 29 ans, pas moins balançant !  » Ouasch ! Touché mais c’était avant de la connaître et de me fixer enfin sur cette âme sœur parfaite, elle, Aile. J’ai fermé ma trappe en té cas.
Un correspondant :  » Aimez-vous lire Nat Pétro, oui ou bin non ?  » Sa  » moyenne au bâton  » (métaphore !) est fort bonne. Ce matin, oh oui ! Excellente chronique à propos du  » baveux  » Ardisson (à TV-5, le mardi soir) nous moquant chez l’Arcand de CKAC. Elle a du talent, incontestablement. Nathalie dit fort que lorsqu’on est solide, sûr de son identité, de ce qu’on vaut, on est pas susceptible et on ne grimpe pas aux rideaux face aux incisives moqueries d’un animateur Parisien effronté. Très juste !
2-
Nono, hier à l’École des chefs, j’achète ce qu’il y a —et il y a peu cette fois— du jambon et légumes divers. Aile fâchée :  » Tu sais bien que je viens de faire cuire un beau gros jambon, non ?  » Gros jambon je suis, en effet ! J’ai pris aussi des chocolats et du gâteau… un peu  » passé date « . Aile se moque :  » Tu vas l’avoir la bedaine, continue, continue !  » Non mais… privé de desserts depuis 25 ans, j’ai bin l’droit…. Aile est  » salée, vinaigrée  » mais vrai que c’est cette privation qui m’a gardé du gros bedon !
Le Gala des prix Gémeaux (télé) s’en va chez l’yable ! Il reste SRC, T.Q et des producteurs privés qui branlent dans le manche.
Reproche : des émissions fort estimées du grand public sont éliminés par les (tas de) jurés, des pairs. Ah ces juges ! Épineuse question, questionnez les Salié-Pelletier ! Mon Aile a déjà été conscrite : tout un week-end printanier enfermée dans le noir, à visionner des tas de…navets et quelques réussites. Elle s’est éloignée vite de cette vilaine corvée. Qui accepte alors ces visionnements en chaîne ! Hum…De ratés, des désœuvrés, des  » has been  » floués, des envieux, des élitistes, des  » nez levés « , des snobs ? Comment savoir ? Voilà le fond du problème. Les vrais pairs, les actifs, les doués, les solides, les…Aile, dédaignent de jouer les juges, ou sont trop pris par leurs ouvrages. Alors ?
On entend, à tous ces galas-là, (oh !) des lauréats lucides qui affirment (statuette en mains) que l’art (de quelqu’ordre qu’il soit) n’est pas une affaire de rivalité. Ils méprisent ces concours, disent, avec raison, qu’on ne doit, jamais, comparer les talents si divers. Pourquoi comparer —évaluer, jauger— un créateur à un autre ?
Chacun a sa  » petite musique « . Et c’est vrai. On peut aimer l’ » Amarcord  » de Fellini et  » Cœur perdus en Atlantide  » ( vidéo loué récemment). Si on me dit :  » Auquel des deux films accorderais-tu un trophée ?  » Là, non, je refuse. Foin des comparaisons et sus aux rivalités niaises en matière artistique ! Nous nous comprenons, n’est-ce pas ? Il y a la question  » fric  » Ave raison le producteur Gabriele dit :  » Comparer un  » Omerta  » à presqu’un million l’heure avec  » Caserne 24  » qui coûte, lui, 400,000 $, c’est insensée.  »
Adieu donc ce Gala aux Gémeaux ? Tel qu’il est ,oui. N’y aurait-il pas moyen de fêter, en un dynamique gala, les bonnes productions de l’année écoulée, les vanter, les louanger par des témoignages divers (des populaires et des élitistes), écouter les créateurs expliquer —brièvement— leur démarche (avec anecdotes), tenter de faire remettre en circulation ces louangés tout en se débarrassant des statuettes ? Je dis que oui, moi.
3-
Je songeais à un échange franc avec mon camarade Dany Lafrenière :  » Se sent-on coupable, traître, quand, émigrant, on abandonne sa patrie mal-prise, (Haïti pour Dany) quand on se sauve, soi, d’abord ?  » Je le sais assez lucide et franc pour accepter un tel dialogue. Des intelligents, au Québec, sous ce damné Duplessis, ont fui à Paris. Nombreux. Au lieu de combattre la noirceur en joignant les isolés qui luttaient, ici, contre le conservatisme. Non ?
Je lis un témoignage bizarre d’un Torontois venu du Nigéria.
Il se nomme Ken Wiwa. Son père, tué, assassiné apparemment, expédiait Ken, adolescent, à Londres. Ce papa vénérait les valeurs des britanniques. Bien. Or, Wiwa déclare qu’à cause de leur impérialisme récent, les Anglais veulent  » assimiler  » les étrangers et craignent terriblement la  » noyade  » culturelle. Tiens, tiens ! Il fuit vers la France, à Cannes. Plagiste, il ressent toujours son déracinement. Cela lui pèse. D’autre part, il refuse  » la politique  » de son papa, homme d’action au Nigéria. Vieux combat père-fils quoi.
Il ira vagabonder ( le papa connu l’aide en cela, avant qu’il soit tué) su divers continents pour finir au Canada, à Toronto. Ken Wiwa découvre qu’ici sera sa nouvelle patrie. Qu’ au Canada il va pouvoir défendre l’esprit de ce père trop longtemps renié, combattu ! Ah ! Conversion donc ! Il consulte sans cesse les livres de son père et les lettres, dont celle, qu’il relit, où papa lui dit de  » toujours promouvoir à l’étranger ses valeurs africaines « .
En somme, ici, pas comme en Angleterre, on ne tente pas
d’assimiler. Quoi ? Ici, on ne s’intègre pas ? Il déclare :  » C’est ma mission, promouvoir mes racines.  » Hum ! Constituer un ghetto nigérien ? Ne jamais vraiment devenir, se sentir un Canadien ? Le déracinement fait cela ? Je me pose de sérieuses questions car moi, il me semble, m’exilant ailleurs, disons en Espagne, je voudrais devenir Espagnol au plus vite, ce libre choix d’une patrie nouvelle m’inviterait à m’ intégrer rapidement, que mes enfants soient des Espagnols et au plus tôt. Non ? Ken Wiwa semble refuser cette intégration normale et il fait erreur à mon avis. Que penser de nos émigrants Français de l’après-guerre qui envoyaient —guettoïdes— leurs rejetons à Stanislas, ou à Marie-Rose, qui ne se mélangeait pas trop aux nôtres ? Nous refusant un enrichissement estimable !  » Vaste question « , aurait dit De Gaulle ?
4-
Je suis en train de lire un succès de librairie :  » Pars vite et reviens tard  » de Fred Vargas. Le  » Coffre de cèdre  » de madame MacDonald, c’est pour lecture de chevet, au lit. Ce  » Pars vite…  » m’agace déjà. Un : c’est très franchouillard, du San Antonio sans, et tant mieux, l’  » argomanie  » et les  » calembours lourds  » de Frédéric Dard, cette  » merde des sots  » qui m’exaspère même chez Réjean Ducharme. Deux : le pas très plausible héros qui s’est fait  » crieur de petites nouvelles et d’avis de recherche  » proche de la gare de Lyon, dans l’est. Trois : le dialogues nombreux pour briller, dialogues qui, dans un roman, sont une facilité, offrant une sorte de faux-scénario de film ou de télé.  » Pars vite..  » est construit avec le genre  » meanwhile back to the ranch « …vous savez, la conduite de deux complot (intrigues) en parallèle. Faiblesse. Ouen ! Suis pas sûr du tout de poursuivre cette lecture vargasienne.
La franchouillardise, c’est quoi ? Avec Annie Arnaux, ou même avec Angot ( » Inceste « ), on ne subit pas ce parisianisme affligeant. Le Shlink de  » Le liseur  » (oh, comme c’est un bon roman !) ne fait pas dans l’exotisme berlinois ou allemand. Ni ce  » Coffre de cèdre  » se déroulant au bout du Cap Breton.
L’amie Marie-Josée B., scripte experte, rentre de Salt Lake City. Détour de son avion vers le sud, avec escale donc et fouilles après fouilles. Puis un avion pour Montréal. Attentes un peu partout. Au téléphone Aile, qui a lu la mère Cousineau de La Presse, lui apprend qu’elle vient de perdre sa  » boss « . Cette dernière, directrice des dramatiques à la SRC, démissionne en disant :  » Trop de gestion, de papelards administratifs et pas assez de fervents contacts avec la création « . Dans cette boîte (j’y fus trois décennies) les employés apprennent souvent les nouvelles fraîches par les journaux ! Du Kafka ? Oui.
5-
J’y reviens, dans Westmount… pour le complot filmé (vidéotisé ?), le projet d’assassiner le  » vieux  » despote au pouvoir, Mugabe. Élections dans 15 jours au Zimbabwe. L’agence  » D. et M.  » serait douteuse selon  » Associated Press  » parle de Montréal.
Eille, Montréal est encore  » sur la carte !  »
La cassette montrant les  » assassins virtuels  » à l’agence (de consultants politiques) d’Ari Ben-Menashe, (le PDG de ce  » Dickens et Mason, à Westmount) serait trafiquée. Bon !  » Traître  » ce Morgan Tsvangirai, proclament les gens de Mugabe.
À suivre. J’en parle car me voilà tout étonné (candide ?) de voir l’Afrique lointaine rôdant dans nos murs ! De constater que des activistes Noirs ont, ici, des liens…des contacts. Non mais…quelles drôles de ficelles (économiques ?) se tissent jusque chez nous ? Ainsi, même surprise chez moi lorsqu’on arrêtait, à Québec, (étudiant en sciences politiques, à Laval !) un dangereux exciteur démago, officiel enragé en faveur du génocide atroce des Tutsis du Rwanda.
’Coute-donc, ça sera-t-y vrai que nos frontières sont des passoires (accusation de W. Bush) ? Serions-nous des ingénues plorines, des caves bien cons, des niaiseux ? Ou bien, au contraire, nos  » énarques  » se frottent volontiers à  » la lie de la terre  » que constituent tous ces réseaux d’agitateurs au Tiers-Monde… et d’ailleurs ?
6-
André Pratte, chef édito à  » La Presse « , commente ce matin :
 » Nos politiciens (sondages) aussi mal aimés que les vendeurs retors de chars usagés.  » Oh ! Pratte parle du John Charest virant de bord sur les défusions, du Gerry Tremblay, le maire tout neuf déjà embourbé dans le favoritisme crasse avec son plantureux contrat à son ex-institution, IPSE, des Bréard, Baril, Gagliano…. La méfiance grandit. Aussi le danger ! En démocratie quand la confiance s’en va…le pire peut advenir : le  » chacun-pour-soi « , l’individualisme à outrance.
Je l’aimais, enfant, sans le connaître, ce dessinateur de films d’animation, notre si grande joie enfant. Merci, merci M. Jones qui vient de partir à 89 ans.  » Sylvester le chat « ,  » Bugs Bunny  » …le vilain renard ne va plus courir après Road Runner…bip, bip ! Salut vieil amuseur de nos jeunesses pauvres, nous adorions voir les plus faibles gagner sur les plus gros ! Adieu Chuck Jones !
Des disciples de Mahomet —leur Jésus à eux monté armé et à cheval au paradis— lancent des roches à Satan…et aussi à Safiva Husaini (36 ans).  » Lapidation à mort « , le corps enterré préalablement (!),  » crime d’État  » (parole de Hugo) prévue pour le 18 mars, en public. Ça lui apprendra à accoucher d’un enfant hors des liens sacrés de la…polygamie! On rit pas avec les madames Bovary, Desqueyroux ou les Anna Karénine au Nigéria (encore !). Le ministre d’État Denis Paradis tente de s’opposer à cette exécution à coup de cailloux. Non mais… la religion des fois.
7-
Le chroniqueur Fugère, tant moqué par Lévesque (Robert), salivait d’aise à  » Cent titres  » pour du journal ! Bon présage si jamais  » Cent titres  » m’invite (ce sera une première) à la parution de mes Journées Nettes ? Pas sûr. Ce  » Mausolée des amants « , serait le journal intime de Guibert, mort du sida. L’amant de ce mausolée-journal en est mort aussi, Thierry qui avait une compagne, Christine. C’est Christine qui publie l’ouvrage posthume. On y lirait la haine viscérale de Guibert pour sa mère et son père. Bon. Cela manque ici, vous le savez bien ! Ça parle aussi, dit Fugère, sur son besoin de porno ! Merde, ça aussi, inexistant ici ! Son amant mort, un Thierry bi-machin, aurait mis au monde deux enfants élevés par sa zélote Christine ! Ce Guibert faisait de la photographie aussi, on en voit dans son journal.
J’avais lu son  » À l’ami…  » qui bavassait sur le cropophagie honteuse du fameux philo-socio-psycho, Foucault, en séjour californien ! Édifiante amitié ! Thierry donc mort du sida, le Guibert épousa son épousera la dévouée Christine ! Non mais…Fugère, épaté, ému,, apprécie grandement, lui !
Si j’ajoutais à ce journal de ces  » épices « , juste pour rire, juste pour voir ? Quoi donc ? Aile, la nuit, sort et va aux boisés voisins, mont Loup-Garou, pour copuler avec des ours noirs !
Non ? C’est pas assez ? Euh, attendez, à l’aube, je me déguise en putain et je vais chier sur le porche de l’église de Saint-Adèle. Non ? Plus fort ? Ah pis zut ! Je reste ce que je suis, un ennuyeux petit bourgeois !
8-
Un vrai méchant ? Un homme jeune, 28 ans, aux USA, proprio d’un crématorium, trichait ses clients endeuillés. Il donnait des urnes funéraires contenant des fausses cendres (de bois). On découvre des tas des dépouilles dans son champ vacant : 139 cadavres ! Il dit qu’il n’ avait plus d’argent pour opérer correctement. Stupéfaction des survivants, on peut l’imaginer. Douleurs effroyables. Drôle de  » cassé « , non ?
Oh ! On sonne ! V’là le truck de TVA pour me duplexer avec le Bruneau des nouvelles, je gage.

Le dimanche 30 décembre 2001

Le dimanche 30 décembre 2001
1- Ce matin, même éclairage solaire, exactement, qu’hier
samedi. Le soleil est quelque part enfoui sous ce firmament blanchâtre. Mais où ? Sortira-t-il à un moment donné c’est toujours, gens des  » nords « , ce que nos espérons. En fouillant le ciel, on peut apercevoir quelques traces de bleu, fugitives, intimidées par tout ce lait répandu là-haut.
Hier soir, nous rendant chez les Sabourin de la rue Clark, je montre bien à Aile l’édifice vieillot de briques rouges, le 41 Avenue des Pins, où l’on étudiait ‹fin des années ’40 ‹la poterie de fond en comble si j’ose dire, avec cours de chimie élaborés sous madame Normandeau, une Française, diplômée de la célèbre école de céramique de Sèvres, toujours vêtue de son sarrau blanc immaculé. Je revois la porte de garage par où nous  » palentions  » nos poches d’argile. Tant d’années passées là, de 17 à 20 ans, un temps merveilleux. Nous avions, pas loin, rue Saint-Laurent, des charcuteries européennes, voisins, des cafés d’étudiant, l’Échouerie, la Petite Europe. Grands efflanqués, ados, ce fut la découverte de mets exotiques, de cafés rares, de vin rouge en carafon ‹une nouveauté ‹ bien meilleur que celui que mon père achetait pour le temps des Fêtes à  » la commission des liqueurs « , venu de l’Ontario en grosse fioles à bouchon vissé.
Nos finissons par trouver du stationnement libre face au dôme ‹éclairé joliment ‹ de la chapelle de l’Hôtel-Dieu, rue Sainte-Famille. Rue où habitait  » le peintre à bicyclette « , Marc-Aurèle Fortin, nouveau marié à 50 ans, avant lui, Laliberté, Morrice, Mulshtock qui vient de mourir, le modeleur célèbre,
Laliberté d’autres. C’était proche de l’école des beaux-arts quoi. Plus tard, Borduas, divorcé, ‹et sa bande ‹ habita aussi ce quartier. Nous marchons dans un soir féerique vers le vieux logis rénové. de Sabourin.
Ce J.-P. S. est devenu un fameux  » mitonneur  » de bons plats. Potage savoureux, canard et boeuf s’emmêlèrent, vin rouge.
Deux desserts six bavards en ont bavardé un coup. Quatre heures à table. Le Cuiéllerier (!) et sa Carole sont d’intéressantes belettes. Je sais jamais comment écrire son nom, disons  » Spooner  » pour les intimes, son surnom du temps de la télé. C’était de lui dont parlait le romancier Raymond Plante dans  » La Presse « . Plante avouait son bonheur, son goût pour les jeux de société avec feu Robert Gravel.  » Spooner  » nous a donné des détails là-dessus. On a fait la connaissance d’un prof de droit  » emeritus « , sympa, et de sa compagne, Anne ‹Anne-que-vois-tu-venir ?  » ‹ fille de député. À Rimouski, exilée à Ottawa donc, pensionnaire des bonnes nonnes et heureuse du fait (il y en a!) qui est diplômée sorbonnarde de Paris. Et qui, cher Plamondon-Dubois, aurait voulu être une artiste! Mais lui, le Poupart, compagnon placide qui n’a rien d’un Barbe Bleue.
Discussion sur théâtre, sur l’éducation de nos jours, sur cinéma, sur nos jeunesses en vieux cours classiques. Des critiques féroces et de l ‘humour féroce. On a ri beaucoup. Aux cafés, notre hôte m’a fait plaisir en proposant que, toute la bande, nous produisions cet été, un ruban vidéo dramatique. En effet, on s’amuserait. Une dramatique pour nos voir jouer ensemble. Sa compagne , Diane, une enseignante de Saint-Jérôme, a fait du théâtre, Spooner aussi, Anne aussi, moi itou (La Roulotte) et Raymonde ‹pardon ‹ Aile a étudié chez Dame Sita Ridez un temps. On utiliserait l’avocat Poupart comme producteur et  » consilior  » (comme pour la mafia quoi! ), utile quand notre film exotique et  » unique  » serait acclamé et réclamé par tous les réseaux de télé du territoire! Ce qui ne fait aucun doute. Bref, oui, déjà, je me prépare à rédiger, pour Jean-Guy, une petite série de synopsis. Il sera notre répétiteur-metteur en scène ‹Aile sera à la mise en images. Sabourin lui a juré qu’il pouvait emprunter une caméra moderne à l’UQAM où il enseigna longtemps. Pas fou, l’auteur hum se réserve le rôle le plus sympa!
2-
D’abord une correction, non, deux : A- Le titre du divertissant  » chiard  » USA, ‹cambriolage de casinos de Las Vegas ‹ est  » L’inconnu de L. V.  » et non  » L’étranger  » comme je l’ai écrit.
B- Et c’est Marie Brassard, non Brossard, qui fit avec un talent époustouflant, à l’usine C, sa curieuse démonstration d’un transsexuel tordu. Le titre de ce monologue intrigant :  » Jimmy, créature de rêve.  » De cauchemar, oui!
Bon.
Avez-vous remarqué ? À RDI, aux nouvelles, la belle Miss Bourgie, compétente, a des yeux de panique, un regard  » tout à trac  » pour nous faire la lecture ‹sur « prompteur  » ‹ des nouvelles. Elle fait peur! On dirait sans cesse qu’elle nous cache une catastrophe : l’annonce de la fin du monde ? En week-end, à la SRC, on a droit à une jolie Haïtienne du Québec, Michaële Jean, compétente aussi, qui parle avec un très fort accent parisien! Plus pointu encore que celui des parisiens actuels. Faut le faire! On se croirait sur un canal de l’hexagone! C’est dépaysant quoi, bien exotique!
Ces nouvelles : Buffalo, de la neige en folie! Sydney (Australie), des incendies en folie! Buenos Aires, des meutes en folie! Pérou, des inondations en folie! New-York, Toronto et al, beaucoup de (SDF) sans-abri, 13 personnes sur cent! Des enfants là-dedans.
Ici ? Rien 1 Rien de grave, touchons quoi, du bois vraiment ?
Pause :  » On va marcher Cloclo ?  » C’est Aile qui m’appelle.
3-
Je rentre tout juste de notre promenade de santé. Le tour du Lac Rond : via la rue Morin, le Chemin du Paysan, le bas des cotes de ski, l’escalier vers l’hôtel, la rue vers la  » mitaine  » protestante ‹qui abrita les noces de Michèle Richard et René Simard jadis ‹ la rive du lac, sentier du parc municipal en face des restaus, et  » at home « . À peine une heure.
Beaucoup de très jeunes skieurs,  » planchistes  » donc, les canons à neige vrombissent dans l’air, les télésièges sont pleins. Couleurs saturées partout, les costumes d’aujourd’hui. Visuellement très stimulant sur tout ce fond blanc!
Des Japonais en masse, des Latinos, beaucoup de plaques de l’Ontario, pas mal de l’État de New-York. Ça y est, c’est parti pur jusqu’à la fin de mars. Pas nombreux les promeneurs, jamais. Tant pis pour les casaniers devant la télé. Vont tous mourir avant nous!
4-
Abonnez-vous, patriotes québécois, à  » L’Action nationale « . Instructif en diable. Deux articles de fond ce mois-ci : A)- l’un apostrophe vertement ‹par un  » retour de France « . Là-bas, c’est pire que pire, le chic c’est d’adopter la langue de Bush! Une sorte de colonialisme volontaire ridicule. Les Français toujours tiraillés ‹très paradoxalement ‹ entre l’animosité envers les USA et une niaise fascination bien conne! L’auteur les conspue, véhément, il les ridiculisent avec raison.
B)- Un autre article, fort bien documenté, raconte la francophobie des catholiques absolument ‹de langue anglaise ‹ dans Pontiac et alentours, en Ontario. Cela dure encore débutait, 1841, dès l’Union imposée du Québec avec l’Ontario. Une histoire vraiment écoeurante : des  » MonSeigneurs  » (Bourne, Ryan et ce salaud de Smith) en collusion avec les envoyés du Vatican (ces nonces!) pour sans cesse diluer, assimiler carrément les francophones catholiques. Même s’ils étaient majoritaires dans toutes ces paroisses. Dégoûtant. Dégueulasse.
Au début, l’idée de ce  » Vatican impérial ) c’était qu’il fallait renforcer de toute urgence le catholicisme en Canada, en Amérique du nord, à n’importe quel prix. Même au prix de tuer la langue, la culture des nôtres, pionniers ou émigrés, Tous tenus pour des demeurés et des insignifiants aux yeux de ces zélotes racistes. Un petit curé, Archambault, a lutté, protesté, même chez un éminent cardinal, Léger. Il n’a pas bougé, bien soumis à ces  » nonces-du-diable « .  » L’Action nationale « , ainsi, très souvent, fait cet ouvrage de renseignements  » scandalisants « .
5-
Vendredi soir, sortant du joli Café de la Gare, le long de la piste du  » P’tit train du nord « , à Mont-Roland, la douceur. Une neige délicate tombait tout doucement sous la lumière des réverbères.
Silence, paix. Quelques skieurs de nuit entrent et sortent de la gare-bistrot. Jean-Paul J., mon aîné, nous parle de ses voyages en train, tout jeune, partant de la gare Jean-Talon ou de Bordeaux à Montréal. Il raconte  » le plaisir  » de voyager en  » train de ski  » en 1939, la joie de ces expéditions. Soudain, deux flics surgissent, ils vont vite à un cabanon-toilettes-publiques, en face. Des jeunes s’y trouvaient. Lampe de poche. Altercation. Petit remue-ménage. Nous nous questionnons. Pour fumer du hasch ? Pour comploter ? Des filles ? Pour, simplement, se réfugier loin des parents? On nous expliquera :de jeunes graffiteurs récidivistes! Les policiers relèvent les adresses etc. Ils devront payer pour la peinture, ces vandales de 14 ans!
6-
Pierre Foglia, samedi matin, méchant, vainement, à propos du grand succès du dernier roman de Marie Laberge. Ma totale surprise car d’habitude il ne fouine pas mesquinement :  » Marie Laberge un fossile, une tarte, manière périmée, une dinosaure-à-plume!  » L’assommoir en l’air!
Envoyielle donc chose !
Or, rédiger de cette sorte de  » romance « , de saga, demande du talent solide. Que les envieux s’y essaient! Je n’en ferai jamais, je n’aime pas le format mais je respecte aussi l’immense public qui estime ce genre. À la fin de sa descente carabinée de Laberge,  » Fol-glia « , ou  » Fou-glia « , ce samedi matin, avance que les  » grands écrivains  » sont tous des  » sales cons  » et des monstres! Dans son sac, il jette Tolstoï, Proust, Malraux, et Mordecaï Richler et Victor Hugo. Des sales cons et des monstres ? Dans leur vie privée veut-il dire ?
Tudieu, par-le-sang-bleu!
Pirouette ? Humble, il se décrit : il aime ses enfants, sa blonde, porte du linge propre, mange aux bonnes heures donc qu’il ne sera jamais un grand rédacteur! Il déclare du même souffle qu’il n’est  » qu’un chroniqueur de journal  » ‹je le tiens pour un bon écrivain du populo ‹ parce qu’il  » est gentil et tout plein mignon!  » Alors là
J’écoute, en  » nettoyant mes journées « , des  » concertos célèbres  » de Mozart par la Philarmonic Orchestra. Musique vive, légère, sautillante par endroits, qui ne nuit pas à ma concentration quand je dois rapailler, ici, mes éphémérides. Quand Aile va aux courses l’après-mdi, elle revient souvent avec un film en cassette.
J’ai hâte toujours de voir sa trouvaille. Souvent bonne. Comme un cadeau, une surprise, pour le grands slaque qui, lui, tape au clavier. Parlant surprises : j’ai enveloppé plus tôt, onze petits  » riens  » pour un tirage de cadeaux quand les miens bien aimés ‹oh! je ne serai donc jamais un grand! ‹ s’amèneront, ici, pour fêter le premier jour de l’an nouveau. Ma hâte.

Le mercredi 19 décembre 2001

Le mercredi 19 décembre 2001
1- Mort de Bécaud hier. Coqueluche dès 1955 par ici. Leçon d’énergie. Il criait :  » Hé! Les baladins ! Amenez-moi..  » Ils l’ont amené pour de bon. Disparu. Scénographe de variétés, j’ai travaillé souvent pour Bécaud. Je lui tenais son bol de cognac, une fois. Lampée énergisante indispensable tant sa dépense était fantastique ‹je me dissimulais sous la caméra-grue‹ entre les segments de son récital au grand studio 42, il avalait et repartait sous les réflecteurs, en sueurs, les mains comme des oiseaux.
Avec le réalisateur Letarte, nous étions allés à son hôtel,  » suite somptueuse à  » le Bonaventure « , pour lui présenter la maquette de son décor. Il est accompagné d’une  » beauté  » juvénile ! Eh ! On avait vu ça aussi pour le mari de Simone Signoret, ‹cocue comme l’autre Simone de Beauvoir, une féministe bien tolérante)‹ même groupie bien tournée aux semelles de la star Montand. Bécaud, joyeux, alerte, jeta un regard intéressé à son décor, accepte le design, se frotte les mains :  » Vous allez voir, je pète le feu ces temps-ci, ça va rouler !  » et nous offrit un  » drink « . Soleil sur la terrasse, piscine rutilante, la groupie en bikini surgit et lui :  » Vas-y mon petit, je te rejoindrai. »
Le mort d’hier fait un signal :  » j’ai eu une belle vie !  » Des poètes populaires ‹Delanoé surtout‹ se sont servis de cette machine humaine flamboyante pour s’exprimer. C’est beaucoup. C’est utile. Que le dieu des félicités terrestres ait son âme !
2- Avons visionné, hier, un film curieux :  » À la verticale de l’été « , étrange récit se déroulant à Hanoï. Trois vietnamiennes aux prises avec l’amour. Hélas on voit pas le pays, ni cette ville longtemps colonie de Paris. Plein de belles images :fleurs, plantes vertes, chants d’oiseaux sans cesse vues de la fameuse Baie d’Along (orthographe pas certain), appartements ensoleillés, resto cocasse, Aile et moi aimons examiner des  » ailleurs « . Comme pour ce film à Prague (sous les nazis), impossible de voyager vraiment à l’étranger. Une rue, une maison et c’est tout. Beau dommage ! On voit tant Montréal, Paris ou New-York dans les films tournés là. Question de budget ! Nos étions perdus : tout le monde se ressemble ! Connerie ? Comme pour les Noirs si souvent. Question : est-ce que les Noirs, les Jaunes, nous trouvent tous trop semblables eux aussi, nous, les Blancs ? Donc un beau film, d’un visuel si lumineux mais une histoire incompréhensible pour nous.
3- Message, hier, de mon fils, son étonnement , sa fierté de m’avoir initié (de force, je l’avoue ) à l’ordinateur. Il m’écrit qu’il entend Thomas, son fils, parler avec sa mère de moi, le papi, puis son appel téléphonique, ensuite, Daniel va à son écran et trouve les mots de Thomas dans mon J.N. Il dit :  » Étonnant, en trois heures, la vie vécue se retrouve dans ton journal « . Eh oui ! Étonnant en effet, vive l’ordi, vive internet ! Il se moque de moi :  » Me semblait que tu allais cesser d’écrire, que tu allais aquarelliser ? Ce journal ?  » Eh oui, il a raison. Marc, mon installateur  » de site  » me taraudait :  » Vous devriez, beau-père, faire un roman sur écran, par épisodes Etc.  » Moi :  » Non, c’est fini la littérature avec mon  » Je vous dis merci  » frais publié. Je termine  » Écrire  » pour V.-L. B. et je reviens à l’art pastique. Mais Soudain l’idée d’un journal.
4- À la mort du francophobe  » Mauditkakaille  » Richler, caméra de télé chez moi, face au lac. J’avais loué ses talents de romancier ( » le monde de Barney  » est fameux) et fustigé son racisme à notre égard. Ses odieuses calomnies, nous illustrant ‹mettant en péril les anglos ‹ collectivement, en fascistes enragés et dangereux (ils sont 300 millions d’anglophones tout autour, grave péril hein ? !) alors que nous sommes un petit peuple, minoritaire sur ce continent, héroïque, résistant à l’ américanobulldozer « . La Vice-Reine Clarkston et son  » suiveur  » Saul, vont bientôt accrocher à la dépouille du raciste la médaille de L’Ordre du Canada. On s’incline ‹comme je dis souvent‹ devant cela, pas par respect, par envie de vomir !
5- Ce matin, lu chez Cousineau-télé : La petite Brazeau, ma jeune  » ancienne camarade  » de CJMS, accepte de présider la voyeuriste émission de TVA :  » Je regarde  » Dominique Bertrand démissionnait, elle, de ce  » piège à cons « , Marie Plourde aussi, refuse de jouer à ce jeu sordide. Lu aussi, ailleurs, que Miss Brazeau, mère de famille (deux jeunes ados), était entouré de porono chez elle,  » at home  » hein, pour se documenter. Belle ambiance pour les enfants ! Franchement, on a envie souvent de s’écrier comme le philosophe primitif et naïf, Yvon Deschamps :  » US qu’on s’en va ?  » Ne me voyez pas en puritain prude SVP.
L’érotisme est de bon aloi. Le voyeurisme c’est le chemin vers la solitude, vers l’onanisme.
Je ne dirai pas que la masturbation rend sourd elle rend triste ses adeptes, tôt ou tard. Il faut pour garder vivant  » le désir  » ne pas craindre les fréquentes allusions à la sexualité, les caresses opportunes ou non, les  » appels  » enjoués quoi. Il faut semer l’atmosphère érotique autour de l’autre. Bref, il faut de l’imaginaire, des fantasmes. Je crois que les voyeurs (voyeuses) sont des gens bougrement paresseux, sans imagination. Qu’ils ne savent pas installer un climat érotique normal, indispensable. Pleins de maris, d’épouses, qui ne font jamais rien pour le moment où l’on ira au lit. N’en parlent pas, ne lisent rien d’érotique, ne regardent rien d’érotique, ne forment pas d’images sexuels dans leur tête  » n’imagine pas « , voilà ! Des couples, même jeunes, s’assèchent sans cesse alors, par leur faute.
Ils iront  » voir  » ailleurs :la nouveauté c’est plus facile ! Paresseux ! Pire, se feront voyeurs des ébats mécaniques avec  » sound track  » exagéré, des inconnus ‹l’  » actage  » fausse-passion physique‹ de ces poussifs copulateurs stipendiés ‹et plus ou moins drogués‹ pour forniquer  » on camera « . J’en vois qui se procurent au vidéo-club du coin, de ces cassettes  » XXX « , gênés, embarrassés, les yeux à terre. Oui, des super-paresseux. On peut trouver des images érotiques merveilleuses, dans des livres merveilleux ‹sans la nudité niaise inutile souvent, l’explicite étant anti-érotique‹ cette iconographie collaborant au désir. Vulves et pénis exhibitionnistes ‹magazines chirurgicaux‹ images explicites vaines quand on veut sexualité et sentiments humains réunis. Ne comptez pas sur  » Je regarde à TVA ou à TQS, tard, pour conserver longtemps l’amour dans votre couple. Je me souviens d’un scénographe, compagnon obligé, qui pris las pente voyeuriste. Films en 8,mm, on est en 1956, images salopes, collections de vulgarités, photos de son cru avec putes payées, au bout de quelques années, on découvrit mon compagnon mort dans sa baignoire un samedi matin. Bonne chance Miss Brazeau !
6- Ce matin, les quotidiens : Lepage, ce génie imagier de la Vieille Capitale et reconnu dans l’univers, fera un nouveau film :
 » Tourism « , titre de l’anglomanie sauce mondialiste.
Dès ses premiers  » shows  » de théâtre, je disais  » c’est un cinéaste « .  » Le Confessional « , et puis  » Le polygraphe « , le prouvèrent efficacement. Vint ses autre films,  » Nö  » et  » Possible worlds « , hum, moins forts. C’est que le surdoué Lepage se déconcentrait volontairement par trop d’activités parallèles. Hélas. Lepage pourrait devenir notre Fellini québécois. Oui, aussi bon, meilleur un jour peut-être !
Le hasard, la pauvreté aussi, l’a fait  » théâtreux « . J’ai aimé énormément, récemment, sa  » Face cachée de la lune  » au théâtre mais y ai bien vu ce qu’il aurait pu réaliser avec un film en utilisant ses étonnantes trouvailles sur scène pour cette  » Face  »
Bon, il a du succès de Tokyo à Londres, en passant par Paris et Moscou. Il ne m’écoutera donc pas. Je ne vais pas écrire un  » Que Staline se le tienne pour dit ! », comme le cave éditorialiste de  » L’Action  » à Québec, jadis. Mais, cette fois, je sais que j’ai absolument raison pour Lepage. Cela dit, il fera du théâtre tant qu’il voudra, ses machines restent pourtant la négation du théâtre qui est, avant tout, et doit rester un art de  » parole « . Lepage c’est le super génie des formes, de l’image. Ah, pis oui, je l’écris :  » Que Lepage se le tienne pour dit !  » Et bonne chance pour son  » Tourism « .
7- Un journal c’est marquer ce : Beau soleil, ici, de temps en temps aujourd’hui ! La petite plaine du lac brille. Symbole ?, mon fleurdelisé sur le rivage s’effiloche au vent du nord chaque début d’hiver ! Daniel, hier :  » on va tout savoir avec ce J.N. , comme ça : les steaks pas trop les sur-cuire ?  » Le vilain moqueur. C’est quoi un journal ? Mon avis quoi. J’en ai lu pas mal.

1-D’abord ne pas s’en servir que pour ses idées, en somme ne pas en faire un cahier d’essais. À l’occasion, oui, comme je viens de le faire sur  » porno et éros  » ou sur Lepage et cinéma, le journalier (!) peut s’étendre un brin. Pas trop souvent ? Promis.
2- Ne pas faire télégraphique. J’en ai lu des :  » Vu hier Paul Claudel chez Gallimard.  » Ou :  » Rencontré, jeudi midi, Mauriac  » Et point final. Non pas de ces  » Vu, à la Moulerie, ma chère Louise Rémy.  » Et  » bonsoir les amis  » ! Le diariste (ce mot, pouah !) doit bien refléter la vie qui passe. Sa vie. Le temps qui s’écoule, jour après jour, illustrant les éphémérides incontournables dans toute existence humaine.

8- Chez Bazzo ce matin, débat sur la liberté d’écrire avec le Maisonneuve de RDI et le Boisvert de La Presse. Miss Bazzo, bien bavarde, plutôt silencieuse cette fois. Prudence  » radiocadenacienne « . Autocensure, salut ! On a laissé entendre que Norman Lester (son  » Livre noir des anglos « ) agissait en devinant qu’on le  » jetterait  » ensuite de son job de reporter enquêteur à la SRC.
Comme un Charron voleur de blouson chez Eaton.
Comme Robert Lévesque tripotant les ordinateurs du Devoir.
Ouen
Ah la LIBERTÉ ! Chez Lisa, un matin récent, face à N. Connard affirmant se sentir  » libre  » à La Presse. Mon envie de rire. Qu’elle matraque un peu les fédérats d’Ottawa et elle verra les limites de sa liberté chez Gesca-Power Corp. Y était aussi Michèle Bazin, devenu relationniste dans une patente affiliée au MAC. Elle aussi :  » je suis libre, je suis libre  » sur l’air de  » Je suis belle dans ce miroir « , une Castafiore abusée ! Non mais il n’y a pas de relationniste libre. C’est impossible, activité inconciliable avec la fonction de  » porte-parole « , allons. Antipodes. Métier pas toujours déshonorant bien sûr. Certains se donnent l’illusion d’être libre ! Moi ? Ici, ah oui, un journal totalement libre.
9- Ai rédigé, en deux heures à peine, hier, mon conte pour CKAC, chez Arcand vendredi matin. À la fin, doute, frayeur. Si mon héros, ce Ovila véridique, peint sous des couleurs misérabilistes puisqu’il était si démuni, a des enfants qui écouteront ce triste souvenir de 1940 ? Pourraient-ils protester ? Les risques du métier d’écrire de l’autobiographie. Eh !
Washington hier :  » Danger de mort pour tout pays qui oserait abriter Ben Laden.  » Eh ! En effet quel pays oserait ? J’ai songé : Haïti. Mais oui, pays de désolation, le plus pauvre de note hémisphère. Abandonné car il n’y a pas de pétrole là. Laden s’y fait donc accueillir, bombardement du gros voisin, Uncle Sam, traque et découverte du Ben dans un trou noir
Après ? Bienfaisante pluie diluvienne des secours de toutes sortes, orage d’aide, et, enfin, espoir de rétablissement économique en cette contrée de malheur.
10- Connaissez-vous Tit-Gilles ? Qui ? Tit-Gilles Breault ? Il habitait en haut du Parc Lafontaine. L’autre jour, via le reporter Noël de La Presse, son histoire en long et en large. Il a 59 ans maintenant. Il se nomme aussi Joussef Mouamar. Oui, conversion à Mahomet. Son droit, non ?
Un instant : Tit-Gilles est le protégé du ‹notre FBI-CIA‹ SCRS, une police secrète installée ici après que la GRC enquêtée nous fit comprendre qu’elle était pourrie jusqu’à l’os avec ses illégalités anti-indépendantistes des années ‘70 et ‘80.
Protégé Gilles Breault ? Pire que ça. Notre Tit-Gilles du Parc Lafontaine reçoit 7,000 dollars par mois, plus dépenses de voyage, frais de  » représentation « , Le (la ?) SCRS est riche! Le Breault-Mouamar voyagera dans 20 pays ! Oui, 20 ! À nos frais ! Okay ?
Le pieux converti à Allah est entretenu par nous pour quoi faire ? Pour rédiger des menaces ‹et des pas piqués des vers‹ aux infidèles de l’islamisme, nous tous ! Tit-Gilles recommande la mort, partout, dans le métro de Montréal même.
B’en tabarnouche, c’est le boute du boute , non ?
Notre police secrète laisse faire son chouchou ? Oui. Pour tenter d’attirer vers Tit-Gilles les crack-pots ! Car Tit-Gilles B. est une  » balance « , un infiltré, un délateur, un  » stool « , un indic !
Clair cela ? Quoi, que dites-vous ? Que ça ressemble aux provocateurs de la GRC, installés à la CSN (bombe au Manoir Richelieu) , au P.Q. (bombes, faux FLQ, incendies criminelles, vols).
Oui. Tout à fait. Tout à faut écoeurant, ce manège. Comme les flics déguisés en putes. Or, notre Tit-Gilles  » Mouamar-mon-cul  » est un zélé. Il en fait beaucoup trop, le Coran sous le bras, dans écoles, collèges, métro, et à CJMS un temps !  » Preacher  » musulman d’un bord, amateur de fausses bombes de l’autre. On portera plainte ? Perte de temps ! Pas d’arrestation : c’est le chouchou de la police secrète. La S.Q et la police de la CUM enrage. Cela a un nom : incitation à la violence. C’est dans le code, c’est interdit. Mais, Tit-Gilles, lui, est au-dessus de la loi, protégé par le SCRS, qui nous coûte 196 millions de notre argent public, qui compte 2,000 membres ! On croit rêver!
Qui veut interroger Chantal Lapalme, la porte-parole de ce foutoir? Elle répond au reporter :  » pas de commentaires « . Pauvre fille, fait bien gagner sa vie quelque part hein !
C’est pas tout : écoeuré par ce canard de bois qui est un  » appelant  » aux désordres meurtriers, un juge français, menacé de mort par Tit-Gilles s’amène ici pour le questionner. Avec mandat international. Fini les folies de Breault ? Non. La police d’Ottawa va le cacher au  » Motel Universel « , proche du stade olympique ! Rêvons ! Francophobie habituelle des fédérats ?
C’est trop dégoûtant, parlons de Cécile Brosseau de La Presse, qui vient de mourir. Elle aimait vraiment les artistes. Faisait des reportages sur eux sans cesse. Dévouée, avec un brin de complaisance, trop bonne. Je l’aimais. Modeste, efficace si on avait besoin d’un coup de pouce pour une expo, un livre, un film, une pièce de théâtre. Paix à ses cendres !
11- Nouveau vaste décor, rutilant, nouveau riche, parvenu, pour les nouvelles à Radio-Can. Ça  » flashe. hein ?Acier brossé, scintillant, aluminium poli aveuglant, colonnes en faisceaux (fascistes !) métalliques éblouissants : un hall de tour du World Trade Center ? Quelle erreur ! À nos frais, un  » marketing  » de luxe dangereux. La télé publique devrait donner le signal d’être  » au service  » des citoyens cochons de payeurs de taxes, offrir le signal de la modestie et de l’efficacité. Les patrons auraient dû exiger des designers un nouvel abri illustrant et la solidité, ‹pas le  » magasin de bebelles des fêtes « ‹ et l’aspect tout dévoué aux citoyens.
Quelle manque de flair ! D’intelligence de son rôle ! Quelle connerie ce chiard intimidant, impérialiste, dominateur. Il fallait, dès l’ouverture filmé, revampée elle aussi, non pas montrer un cité gothique lumineuse prise en plongée, mais non, au contraire, mettre la caméra au niveau du citoyen. De la rue. Donner la note  » identificatrice  » : nous voulons vous aider à tout apprendre, à tout comprendre sur tout. Être  » avec  » lui, le spectateur. Pas au-dessus ! Quels cornichons les dirigeants actuels en information. Ce n’est pas un quizz à tirage millionnaire, les nouvelles, ni un music-hall. Tout de même. Imbéciles !
12- Surprise, message de Trois-Pistoles. Pour mon projet d’un petit manifeste commun sur  » Ne serait-il pas temps, en 2002, d’assumer l’action de nos felquistes en toute maturité et gratitude « , je venais de lui signifier ‹bon conseil d’Aile‹ de remettre cela à plus tard, vu le 11 septembre à New-York. Oui, surprise :  » non, non, Claude, c’est justement le bon moment  » m’expédie V.-L. B. Ajoutant,  » je te reviens après le fêtes  » Il est plongé dans ses textes pour son projet de nouveau feuilleton. Qui a raison : Aile ou mon jeune camarade Vic ?. Me voilà tout ébranlé.
Oh, je lis : Henriette Major, auteure pour la jeunesse, fréquentée jadis, passerait ses hivers dans le sud de la France. Un de mes rêves. Je vais tenter de la rejoindre. Où ça ? Pas trop frette, pas de ce mistral ! Où ? Où ? Fermer tout, le journal ? non, j’écrirais de là-bas. Trop vieux pour ces trois mois de frette noère.
On recommande (Homel de La Presse) la nouvelle biographie de l’illustre James Joyce. Me souviens n’avoir pu terminer  » Gens de Dublin  » ou quoi de lui encore ! Même chose pour le célèbre Marcel Proust. Trop touffu, illisible pour moi. On est du côté de Céline ( » Voyage au bout de la nuit « ,  » Mort à crédit  » ) ou du côté des touffus ! Je sais pas ! Je n’ai pas honte de mes choix, je suis pas snob.
Ai vu  » Renoir  » à ARTV. Mon projet offert et avorté à ce canal ARTV. Mon Édouard Manet, mon Krieghoff : refusés. Pour ce  » Renoir « , oui, pas d’animateur à l’écran, comme l’exige la  » boss  » chez ARTV, juste une voix hors champ, un narrateur avec une voix, hum vous savez, celle des annonces de télé pour  » Canadian Tires « , rauque, appuyée, de gorge, bien convaincante, t’sé, que je hais.
L’information ‹bonne‹était du même degré que pour mes deux essais refusés. Je m’étais dit : On écoutera, ici,  » quelqu’un que l’on connaît bien « , raconter la vie d’un peintre. Un Italien connu fera bien cet ouvrage chez lui , ou un Allemand en Allemagne mais non, c’est  » non merci.  » Je m’en console un peu mal j’ai le journal, une chance ! J’adore cela, vous savez. Ai-je des lecteurs ? Oh ça, je vais attendre, à la mi-janvier ?, le rapport mensuel de mon gendre là-dessus !
Gilles Groulx, ( » Où êtes-vous donc bande de câlisses ? « ) cinéaste mort trop jeune, va être fêté à la cinémathèque. L’ai connu, étudiant la céramique (un an) avec moi à l’École du Meuble. Timide, discret, si doux, blond, les yeux pâles, la voix feutrée, souriant sans cesse Je n’avais pas deviné du tout qu’un jour, quittant les argiles à modeler comme moi, il se ferait cinéaste, quand moi je devenais saltimbanque sur La Roulotte puis scénographe. La vie !
 » Ohé, les baladins amenez-moi pas je suis pas prêt !  »