Vivante animalerie ?

Hier soir, tard, sortie sur la galerie pour admirer la lune, face à face avec un raton laveur masqué de son joli loup noir ! Se sentant coincée, la bête fonce vers moi, recul prudent, rentrée en vitesse et rires moqueurs de la compagne face au grand tarla tout énervé ! C’est que je viens de la ville, je viens d’un monde où il n’y avait que de vulgaires moineaux sur les fils des poteaux , deux chiens de chasse enfermés dans une cour, des souris dans la cave, une grosse chatte tigrée bien encombrante. Et les poules caquetantes « à vendre pas cher » au marché Jean-Talon voisin.

Ici, au chalet, désormais, ce sera la découverte…de deux fidèles belles tourterelles tristes, d’un gras siffleux, marmotte familière du terrain, de rats musqués nageurs aux becs garnis de branches de saules, d’un fier canard —femelle revue avant-hier— tête haute, toujours suivie de sa ribambelle de canetons dociles. Que dire de cet étonnant gros héron vêtu de gris en camaïeu ? Reviendra-t-il nous visiter en fin d’été ? Que d’oiseaux variés à la campagne, ces jours-ci, un maman-merle nourrit ses petits dans leur nid sous la galerie et nous marchons sur la pointe des pieds !

Enfant de ville, je n’avais jamais vu ni le loup, ni l’ours, ni le renard ? Que des images dans des revues pour faire rêver le gamin-de-macadam ! Animaux sauvages : domaine inconnu. Que les vaches, veaux et cochons chez mon grand-père fermier. Un jour, visite au mini-zoo du Parc Lafontaine (aujourd’hui disparu) pour une dizaine de bêtes bien mal en point. Granby n’existait pas, aucun vaste Hemingford ! Rien. Le loup restait une image, odieuse bête déguisée en mère-grand pour manger les imprudentes fillettes à chaperons rouges !

Il n’y a pas si longtemps, Mont lou-garou, bruits effrayants, silhouette à peine visible d’un orignal et… ma fuite intempestive. Comme tant d’autres citadins, je raffole des documentaires « à fauves, à singes variés », à la télé. Enfant, comme tous les enfants, la moindre bête me captivait. Mes agenouillements sous le hangar de la cour découvrant à cinq ans de ces chenilles bizarres, ces cloportes, ces bibittes innommables, avec ou sans antennes, à huit pattes, à mille pattes, à carapaces, cachées dans des planches pourries que je retournais. Et ces papillons dans le champ vacant du coin de ma rue, ces bourdons, guêpes, abeilles que nous capturions dans des pots, mêlant cruellement les espèces pour les regarder se débattre entre elles. La cruauté des faibles ? Me souvenir d’un jour de canicule, rue Saint-Denis, une plaie d’Égypte ?, tenter d’écraser mille milliers de mouches-de-chaleur sur le trottoir et, un autre été, invasion haïe de sauterelles dans tout le quartier !

Je me souviens, premier chalet loué à Saint Placide, tant de grenouilles dans une baie, rainettes vertes, têtards, un filet de pêcheur pour les attraper et puis les observer dans une cuvette. d Je me souviens, bien plus tard, des milliers de p’tits ménés » frétillants proche de notre rivage à herbiers, Éliane, ma blonde fillette, toute échevelée, très occupée —avec un linge à vaisselle pour épuisette— à remplir de ces mini-perchaudes, ses vaisseaux de plastique colorés.

J’avais plus de cinquante ans quand le ciel dans sa bonté, hum !, me fit voir un bon jour la plus jolie des bêtes sauvages. Le benjamin de mes cinq petits-fils, Gabriel, avait apporté sa fronde « puisque nous allons marcher dans la vraie forêt, hein papi ? » C’était pas bien loin de chez lui, dans le Bois-de-Liesse, ou était-ce celui de Roxoboro ? Soudain, la beauté nous sauta aux yeux ! Un magnifique renard roux grimpé sur un rocher examinait « le vieil homme et l’enfant à la fronde » ! Notre silence, notre immobilité alors, hypnotisés ! Gabriel baissa sa fronde, plus question de chasser : « Papi, quoi lui donner à manger ? » Sortis du bois nous avions roulé vers un boucher du boulevard Gouin pour l’achat d’abats. Cinquante cents pour un grand sac. Revenus dans notre boisé, le si beau renard… disparu ! Nous avions répandus nos viandes sur des rochers, attente vaine, fin de cette image de rousseur radieuse. Revenu à la maison, Gabriel fera et refera la description d’une vision enchantée.

Ainsi, gens de ville, nous resterons nostalgiques d’un certain temps, enfoui dans nos gènes ?, d’une époque où les hommes avaient sans cesse autour d’eux des représentants du règne animal. Monde trop méconnu quand nous vivons dans le béton et le fer, les briques et l’aluminium.

« TOMBEAU POUR ROLAND GIGUÈRE »

Après Miron, Pierre Perrault, mort maintenant du poète et graveur Giguère. C’était un enfant de Villeray. Les « un peu plus jeunes que lui » nous l’observions : modeste, yeux lumineux, peau grêlée, frisé, bègue, timide et pourtant entreprenant en diable. Nous serions tous un jour poète, comme lui ! Miron prenait le tramway Saint-Denis, son sac plein de plaquettes, et, bien effronté —de Sherbrooke à Crémazie— à la criée, offrait de la jeune poésie au peuple des travailleurs. Roland, lui, diplômé de l’École des arts graphiques (un recoin derrière l’École technique avant de s’installer rue Saint-Hubert dans Ahuntsic), publiait « son surréalisme québécois » et celui de ses jeunes camarades.

Il rôdait, venait siroter un café —à dix cents— au Caboulot de mon père-bricoleur et « patenteux ». Roland lui acheta —sa première vente à papa— un maigre cycliste, silhouette primitive. En papier-maché. Fierté de mon père !

Giguère, comme Jean-Guy Pilon, et tant d’autres, s’inspira d’abord des poètes de la Résistance en France. Que nous aimions tant : Éluard, Aragon, Supervielle, Char, Desnos; il y greffait des mots d’ici en Résistant de la Grande noirceur duplessiste. Il y insérait ses gravures aux allures bien terriennes :monceaux de terres brûlée, racines tordues, troncs lamenteurs, feuillages inquiétants ou bien pierres usées, roches cabossées. Un monde minéral aspirant à se déterrer. Mythiques mandragores du dessinateur Giguère. Nous étions épatés.

Lui aussi, il s’exila. À Paris, lui aussi. Pour survivre là-bas il fera du graphisme-maquettisme ici et là, même pour Paris-Match. Avec la Révolution tranquille, il rentra, —rassuré enfin— au Québec bouillonnant. Il ne cessera plus de rédiger « ses mémoires » en forme d’appels exigeants, d’idéalisme, d’espérance humanitaire. C’est le graphiste Giguère qui inventa le sigle bleu et rouge d’un parti tout neuf, le P.Q. Enfin, on fit un espace —pas une grande place— à l’art d’ici. Roland s’y creusera une niche solide et les amateurs —jamais nombreux hélas— ont pu s’abreuver à sa fontaine d’images de mots choisis.

Adieu Giguère! Au revoir sans doute… quand nous nous rassemblerons tous, les solitaires descendants d’Orphée. Cette Rivière des prairies, où l’on t’a repêché la semaine dernière —presque aveugle, presque sourd— nous fera un fameux Styx, Achéron-des-prairies en mots inédits, long fleuve mirifique. Et, à jamais, Cerbère sera vaincu.

(30)

Le dimanche 27 octobre 2002

1-
« Bloody Sunday », crie un film. Comme hier, une météo niaise. Il a neigé avant-hier, hier et cette nuit. Les feuilles d’or de mes érables restent là, étonnées ! Ce matin, Jocelyne Doucet raconte sa visite chez le cher Poulin, romancier aimé qui vivait à Paris, qui revient à Québec, ayant le mal du pays soudainement. Il aurait voulu imiter « l’homme invisible » de nos lettres, Ducharme. Ce dernier, si sauvage a eu tort de se cacher sans cesse. Il méritait plus de lumière en médias. Son droit, certainement.
Poulin médite longuement toutes ses réponses dit sa questionneuse de La Presse ce matin. Prudence excessive ? Manque de spontanéité ? Frousse de paraître « en dessous » ? Vanité au fond. Orgeuil démesuré. Tendance fréquente chez les « timides »… calculateurs un brin. Les répondeurs dans mon genre courent des risques. Oh oui, les candides qui se livrent vite sans arrière-pense, faisant confiance à leurs vis-à-vis. Poulon affirme qu’il déteste ses livres ? Diable ! Une sévérité louche non ? Vouloir se faire passer pour un perfectionniste ?
Je veux lire son « récent », j’ai toujours aimé ses proses.
Dans « Écrire pour la gloire et l’argent », paru l’automne dernier, je recommandais aux nouveaux venus ou de s’exiler ou, en tous cas, de rédiger sur… « ailleurs qu’au Québec » s’ils voulaient de l’espace médiatique. Ce matin, cahier Lectures : Gougeon et Tourangeau comme Yann Martel offrent des livres loin de ce Québec méprisable, damné. Sotte tendance à la mode ? Le déracinement a bien meilleur goût pour les affionados de la Jet Set littéraro-mondaine actuelle. Pouah !
Je ne souhaite pas du tout relire sans cesse des « Un homme et son péché », ou des « Trente arpents », ni des « Maria Chapdelaine », ou des « Menaud, maître draveur », que non. Mais j’aime lire un auteur espagnol qui me parle de son pays, qui me raconte son Espagne, celle qu’il vit, celle d’aujourd’hui. Lire l’écrivain Italien (ou Allemand) qui illustre sa culture dans tous ses bouleversements. Que le Mexicain me raconte son Mexique.
Le Brésilien s’efforçant de me faire vivre un conte incarné en Turquie…Bin ! Bien sûr, il n’y a pas de loi absolue et il peut bien y avoir réussite parfois dans le dépaysement. Mais de voir s’installer, comme systématiquement, « l’art d’être ailleurs » me tombe sur les nerfs. Surtout quand, c’est assez clair, l’auteur d’ici (c’est fréquent maintenant) installe son monde aux USA avec des prénoms « very american » (pas fou l’anticipeur de droits bien payants). Racisme inverti ? Oui. Je le redis. De là ce mépris envers soi-même.
Ce Yann (!) Martell (comme on prononce son nom à Londres et à Toronto) est un nomade volontaire. Itinérant insatiable —qui dit « vivre chichement » (?)—, ce fils de diplomate, célibataire sans doute, se promène sans cesse et forcément, son inspiration n’a rien de québécois. C’est donc autre chose, un cas à part. Il va passer l’hiver prochain à Berlin, le printemps à Mexico.
2-
Ce matin mon cher humoriste, Stéphane Laporte, assomme les chasseurs et condamne tous les fusils. Brillante chronique une fois de plus. Souvenir : jeune, comme lui, le poète Pierre Perreault m’a invité en son spacieux cottage de Town of Mount-Royal. On jase. Au chic salon, devant moi, tout heureux, il frotte ses belles carabines de chasse, le poète si doux. Mon Perrault partait bientôt pour tuer des bêtes. J’en suis fort mal à l’aise. J’arrive mal à comprendre cet homme. Il signera, beaucoup plus tard « La bête lumineuse », un film bavard, imbibé de bière, où les chasseurs grossiers s’illusionnent en longs soliloques pilosophiques bien creux. Un film vain d’un poète qui avait su tant nous bouleverser avec les « anciens » de l’Ile aux Coudres. J’ y repensais à cette rencontre bizarre en lisant Laporte.
Sommes aller voir « Le nèg » de Morin hier soir en bas de la côte. Pas vraiment un film contre lanegrophobie. Plustôt un portrait sur des jeunes gens arriérés mentaux vivant dans un village. Charge anti-paysanne ? Certains diront « oui ». Faux, on sait qu’À Montréal comme à Sherbrooke il y a plein de ces mal dégrossis jeunes gens qui cherchent une occasion de cogner, de faire peur, de dominer eux qui n’ont aucun pouvoir sur rien dans leur misérable existence. Ce cinéaste québécois a un talent très fort pour dépeindre avec un réalisme total cette lie de la terre, qu’elle se rencontre à New-York ou à Paris, à Sydney ou à Marseile. Ses acteurs (et actrices) se livrent avec génie dans la compositiion de ces misérables.
Auber, Bouchard, les deux Bilodeau, la danseuse…tous y sont effrayants. « Le nèg », fer battu et rebattu, fait voir avec un éclat troublant le grand danger d’avoir affaire avec des ignorants bornés et dépourvus de toute fibre morale, policiers compris. Aile et moi en avons eu, comme on dit, pour notre argent. La syntaxe (visuelle) élaborée par Morin en fait un film bien articulé et moins banal que tant de suspenses ordinaires. Chapeau !
Aile ramène (biblio locale) une brochure-livre sur « Les 150 ans de la paroisse de Sainte-Adèle ». Une monographie fleurant la religiosité. Église, chapelles, cimetières déménagés, photos des cérémonies religieuses…On lit cela avec l’impression que « hors de cette église omniprésente …point de vie »! La vérité ?
J’avance dans le livre-chouchou recommandé par Foglia. « Manuel… à l’usage des jeunes filles » de Bank. Misère… C’est d’un plat bien assommant. La fillette de 14 ans (Jane) entourée, cernée, par ses ennuyeux bourgeois (parents, amis, voisins). Il me tombe des mains souvent et ne sais pas si je vais poursuivre…Je raconte cela pour dire le danger de recomandser un livre. Ou un film.
Je lis : « Si vous gagnez, les traîtres deviennent des héros ». Dixit Georges Washington, révo américain condamné à mort par Londres. Si nous avions gagné une patrie en 1980 —comme les Étatsuniens en 1776— nos jeunes révos du FLQ, condamnés, seraient-ils aujourd’hui des héros ? J’y songe.
Vendredi je lis un éditorial à propos du conflit —né d’une entente généreuse avec une tribu amérindienne très minoritaire en Côte Nord. Culpabilité niaise des crocodiles actuels face à la pauvreté, le chômage, le décrochage, la drogue… « alouette ». Grave chicane que veut calmer le père Chevrette. L’article installe le mot « Blancs » sans cesse. Jamais le mot « Rouges ». Ah ! Aussi on laisse entendre qu’il y a deux minorités qui se chamaillent.
Or, nous formons 84 % de la population.
Cette façon de décrire la réalité concorde bien avec l’idée (trudeauiste) qu’il n’y a au Canada qu’un simple paquet de minorités ethniques, Québécois ou pas Québécois ! Une entreprise aux longues racines pour nous refuser le titre de nation. Écoeurant ! À mes yeux ces descendants de Rouges —tout comme nous, descendants de Français— sont des Québécois à part entière et il n’y a pas —il n’y a plus en 2002— à les différencier des autres ciyoyens du Québec. Des chefs malins, tribaux, font tout pour que se continue un clivage sordide qui conduit à toute sortes de conneries, de faveurs niaises. Une culpabilité grotesque rend des gouvernants stupides.
Bon, on a un autre cerveau. La bedaine. Opinion de M. Pierre Pallardy. À la radio, il vante les mérites d’être très attentif à son ventre. Voilà que l’animateur, Homier-Roy, nous raconte ses atroces maux de ventre, enfant, chaque fois qu’il repartait pour son internat. Voilà que ce Palardy nos avoue ses maux de ventre, enfant, tous les jours (!) passés dans son orphelinat. Bin bon yeu…je vais guetter le tiraillements de mes « entrailles-et-béni » !
Même radio : il pleut à Montréal. Ah ! Oui, neige seulement en lieux montagneux. Ah bon !
3-
Vendredi après-midi, moment de forte nostalgie. J’entre au collège André-Grasset par « l’escalier de majesté » et les grandes portes. Collégien, c’était la petite porte étroite du bas, à gauche de la bâtissse ! C’est que l’on allait me remettre le Prix André-Grasset. Je revois ces lieux bien aimés quand je m’y amenais à 13 ans —le Grasset avait le même âge— ému, les parquets de céramique toujours aussi luisants, les balustades des escaliers en fer forgé, le vitrail en l’honneur de Grasset, religieux né à Montréal, tué à Pais, en 1789 par les « sans-culottes ». Plus d’un demi-siècle a passé !
Exellent spectacle de « variétés » dans l’auditorium d’une aile ajoutée par des profs. Avec musiciens svp. L’un, étonnant, en soutane noire, parodie Brel avec ses « Rosa, rosis rosae… » J’ai ri. Il y met une sorte d’agressivité comique qui me soulage de mes frayeurs de jadis, de devoir appendre le latin et le grec ancien. Cérémonie avec allant « rapido » (bravo !) pour évoquer les époques de l’institution. Appelé à recevoir mon prix, j’en profite —mode répandue— pour « demander pardon » d’avoir bousculé si souvent mes profs et distrait mes collègues. On rigole dans la salle. La lieutenant-gouverneure en fauteuil roulant me donnera sa photo en couleur (!) dans un carton doré —où elle me félicite du prix remporté parmi 50 candidats. Généreuse, elle s’exclamera au micro : « Le collège Grasset doit supporter les « dérangeants » comme Claude Jasmin, ça valait la peine… »
À la fin, bons vins servis, amuse-bouches de qualité, je jase avec des vieux sulpiciens rettraités. Avec l’un en « clergyman » bleu poudre, l’on chante, dans un recoin, en catimini, un « Kyrie eleison » bien grégorien, une musique ue j’aimerai toujours. Qu’un rappeur en culotte-poche-à-patates devrait remettre à la mode, tiens !
Pour laisser passer le trafic de 17 h je roule, rue Des Coopératives, chez Daniel : pas un chat ! Je roule rue Chambord chez Éliane : pas un chat ! Bon, je tente un crochet via Lorraine et Bois-des-Filions. La 335. Moins de bagnoles. En une heure, par la 664, je rentre montrer mon beau Prix (un tableau de Gadouas) à Aile… moi qui, collégien, ne gagnait jamais rien à part d’aller me faire gronder chez le préfet de discipline, Langis. À cause de mes bouffonneries fréquentes. Je ne sais trop pourquoi être retourné au collège à 71 ans m’a fait du bien. Mystère ! Je venais de déclarer sincèrement que sans ces quelques années au Grasset je ne serais pas devenu ce que je suis devenu. C’est ma vérité.
4-
Aile en colère avant-hier soir. « Crétin fini va » ! Aïe ! Elle qui me recommande souvent de mieux peser mes gros mots quand je m’emporte à la radio ou à la télé ! Le lendemain, demande de pardon. Ses regrets sincères. C’était ma faute, j’avais joué encore le papi richissime disposé à défrayer un vague projet de voyage de l’aîné de mes petits-fils. Cela l’enrage et ça m’amuse de jouer, à l’occasion, le mécène (mes cennes) aveuglé pour la taquiner. J’ai payé. Je conte cela pour montrer qu’un haut couple… emblématique (tic tic) peut connaître des… bas. La vraie vie.
Moscou. Fin d’une prise de centaines d’otages. Les cagoulards exigeaient « la fin de cette longue guerre anti-indépendantiste » en Tchétchénie. Conflit qui intéresse personne au monde apparemment. Paquet de tués. Une centaine de Moscovites qui étaient aller bonnement se divertir…et qui crèvent. Poutine, un ex du KGB, satisfait. Une première : du gaz au cloroforme condensé par les bouches d’aération. On ne négocie pas plus avec Poutine qu’avec des Trudeau-Bourassa en 1970.
Vendredi matin, épais manteau d’ermine partout. Partagé entre entrain et déprime. Un héron sur une patte puis sur l’autre. C’est si jolie la neige nouvelle ! Sortons la brosse. Oui, une joie. Cela vient-il de la joie de l’enfance à l’arrivée des premierrs flocons ? C’est certainement inscrit dans nos gènes. Sans doute.
Cette semaine, le bon comédien Yves Jacques face à Homier-Roy à ARTV. Un visage à la Thierry Ardisson. La bouche en longueur. Un excellent entretien. Une bien bonne émission dans cette série. H.-R. intelligent questionneur. Parti-pris de ne rien demander sur enfance, jeunesse, famille, études, premiers essais, échecs, réussites etc. Tant pis ! L’on saute vite dans la carrière entamée de l’invité. Je le regrette toujours. Mon côté méméring ? Commère…Souvenir : Yves Jacques, tout jeune en 1980, arrivait de Québec. Bédard (le réalisateur) et moi avions sauté sur ce long gringalet au physique si particulier pour lui faire incarner un jeune « salaud » de la série « Boogie-Woogie ». Un jour, il nous quitte, brusquement, il veut aller chanter avec une actrice de la vieille capitale, sorte de Piaf à l’étoile montante, aujourd’hui disparue. J’avais beaucoup regretté son départ.
J’ai reçu, en réponse à la mienne, une longue lettre chaleureuse de Michel Dumont. Notre contentieux « flou, bête et vain », est réglé. C’est évidemment confidentiel mais juste dire que Dumont est un écorchhé vif —je savais pourquoi, nous avons été des amis du tems de la série « M. Le Ministre » réalisé par d’Aile— magré ses allures de matamore bienheureux et que j’aime, moi, les écorchés.
Reçu aussi une letrre-réponse du PDG de Sogides, Pierre Lespérance. C’est —définitivement— « non » pour projet d’album illustré de « La petite patrie ». Le modeste éditeur beauceron, René Jacob, lui, m’a dit « oui » depuis et je vais donc —après le journal, début décembre— foncer dans une nouvelle série de tableaux évocateurs des années 1930-1945.
Moi bébé, un Prix André-Grasset ? C’est que je voudrais retrouver la longue morve-au-nez acheté jadis comme farce et attrape. Je vais cogner chez le benjamin, Thomas ! Envie de faire rire Houde et Berttand en studio avec ce leurre d’un réalisme époustouflant ! « Bébé va », dit Aile.
Le chroniqueur d’ « Accès Laurentides » peu informé. Il a vu le film « Das experiment » et termine par un « s’il fallait que l’on réalise vraiment cette expérience ». Or, cela fut fait justement aux USA et a inspiré le fim allemand. Cela rappelle l’odieuse expérience (sur les cerveaux) du docteur Cameron —subventionné par la CIA— au Royal-Victoria Hospital. Une voisine de Bordeaux, J.H., en fut une des malheureuses victimes. Il y a eu poursuites et règlements hors-cours pour cette écoeuranterie médicale du type « Das experiment ». Le film est en bas de la côte, je veux y aller, mais Aile… non… Crainte d’en être déprimée longtemps. Avec raison sans doute.
Le tueur embusqué débusqué. Ce John Allen Williams, aussi Mohammed, fut dans l’armée et longtemps ! Oh, ah ! Est-ce une école de…folie ? On se tâte. C’est un Noir et c’est mortel pour les Noirs. Il se convertissait à l’Islam et c’est mortel pour l’Islam. Les amalgames faciles vont pleuvoir maintenant.
5-
Coup de fil de Sylvain Rivière, un sympathique et bon vivant, jeune auteur « madelinot » venu de la Gaspésie. Il me veut pour signer une « recommandation » car il veut étudier à l’Inis. Je lui dis : « Sauve-toi de là. Va pas là. Ces écoles de ceci et de cela (en créations diverses ) sont un foutoir. Tu perdra ton argent et ton temps. Rédige tes projets et dépense ton énergie à trouver un producteur. Il semble un peu sidéré. Je lui dis : »À moins que tu ailles pour te faire des contacts… » Il a compris que je lui refuse une « bonne lettre » pour un de ces « lieux écoliers » bidon, car il se peut qu’un bon matin je rédige une lettre ouverte pour fesser tous ces profs à gogo, « en chômage de production actives », qui cherchent des cachets en fondant des cours prétentieux et factices.
Je lis : « Jean Cocteau, poète, dramaturge, dessinateur, cinéaste, etc. fut, au fond, le premier artiste multimedia. » Vrai ! Je l’admirais ce surdoué touche-à-tout. Mais cela lui coûta cher en réputation, le milieu littéraire noble détestant les talents polyvalents. Le mépris des puristes constipés l’arrosa copieusement longtemps. Désormais, on loue son génie partout dans le monde.
Gilles Courtemanche —comme « l’assimilé malgré lui », Yann Martel— va connaïtre un rayonnement immense. Son généreux éditeur a payé pour une traduction en anglais (lire en américain ?) de son bon roman « Un dimanche à la pisicine.. ». À la vaste et efficace « Foire du livre » de Francfoirt : bingo ! Un tas de maisons importantes vont répandre sa prose. Il y aura, probable, un film. L’anglais ( lisez…) est la clé, le passe-partout, pour la planète ? Le chanceux !
Drôle de songe avant-hier : je suis dans des caves de béton. Télé. Je dois quitter. Le spectacle est trerminé. Je suis perdu. Escaliers, ascenseurs, je ne retrouve plus la sortie. C’est un rêve familier. Cela fait bien dix fois que je le revis. Étonnement totale de ma part. D’où viennent ces images, toujours les mêmes ?
À la bouffe du dimanche ! Aile se dépasse ce jour-là…Yan, yam…Je ferme ma machine.

Le dimanche 12 mai 2002

Le dimanche 12 mai 2002

1-
Un ciel dominical blanc. Si mat. Bof ! Je suis bien. Je suis heureux. Je pense soudain à un « vieux » de mon âge qui est dans un centre pour… vieux, qui est pas bien du tout, il y en a, non ? Sa mémoire qui flanche… Le comprimé- miracle pas encore testé comme il faut. Sa détresse… Je prie pour lui. Pour eux. À ma manière. Union de pensée. De prières. Je pense à une fillette, en Palestine, dans des ruines, perdue, orpheline, photo qui traîne dans un coin de gazette n’est-ce pas ? Les ballottées sur terre, il y en a trop. Je pense souvent, si souvent, à ce jeune garçon vu dans un reportage de Michaële Jean et son compagnon de vie, à Haïti-la-misérable, elle me hante encore cette séquence, ces images d’un gamin au regard déjà si lourd, si pesant, si pesant, d’une gravité anormale pour son âge. Qui m’avait donné frisson. Un malaise grave.
Mais bon, je suis bien ce dimanche matin, je suis heureux. Il le faut bien.
Le monde en chamailles, misère, n’a pas le droit de me gâcher mon bien-être. Quoi?, quoi?, je n’ai rien fait de mal. Enfant, notre mère menaçante, pour une rumeur, du bavassage, on se défend aussitôt : « J’ai rien fait de mal,, m’man. Je le jure ». Vous vous souvenez, Rien de mal.
Pauvres de nous, les impuissants des malheurs de la terre. Se soulager de ces pensées noires. Comment ? En vivant. Tout bonnement. En continuant. Modestement. Pour ceux, au moins, qui nos entourent. Un devoir simpliste. Le devoir d’être léger malgré tout. Rappelez-vous : nous avions un problème et notre mère disait : « Avance. Donne le bon exemple. » Le bon exemple. Illustrer un fait indiscutable, vrai qu’on a de la chance, ici, en ces temps-ci, en Amérique-du-nord-la-chanceuse.
2-
Vendredi midi. Montréal. Aile s’ ira à ses courses dès notre arrivée à Outremont. Trouver des casseroles, des plats : aubaine notée au « la Baie » de Rockland. Moi, je file luncher avec les garçons de Daniel, comme promis. Thomas, « congé pédagogique » est chez lui. Fougueux, il me saute dans les bras comme lorsqu’il était tout petit. Cet enfant m’aime fort. Son chien, Zoé, lui aussi, que de belles façons frénétiques dans le portique, rue des Coopératives. Départ vers Sophie-Barat, pas loin, pour ramasser Simon, le grand frère. Pâtes au « Pasta Extress », rue Fleury.
On jacasse. Ces deux ados me semblent en pleine forme. C’est bon de les voir si souriant, en santé totale, ouverts, curieux, généreux. Ils m’écoutent raconter le garçon « aux doigts disparus » au Van Houtte de Val David . Ils rient. Thomas me parle de ses prouesses en skateboard, sa passion parascolaire actuelle. Simon m’annonmce qu’il Il laisse son job d’« emballeur » au marché Métro du coin. Travail aux vacances d’été, pas avant. Bravo !
Les études ? Cette question ? « Ça va, papi, ça va. » L’un a un 90% en français, l’autre a eu un 100% en telle matière. Mon Dieu, moi, dans mon temps de collège, je ramais péniblement dans le 60% et ça me forçait. Est-ce que l’on pondère les notes de nos jours ? Hum !
Arrêt chez un Jean Coutu pour collation. Permission de petits cadeaux pour « la fête des mères », dimanche. « Non, non, Lynn préfère des poèmes, des dessins, elle a insisté là-dessus. On n’achètera rien », me dit Thomas. Que beaucoup de gommes à mâcher. Un livre à rabais pour le papa. À propos de bouddhisme, son sujet de réflexion actuel. Reconduite de Simon boulevard Gouin, l’ancien couvent de filles des Sœurs du Sacré-Cœur est devenu un gros complexe pour « clientèle » —mot d’aujourd’hui— mixte. Plein de jeunes Noirs. Haïtiens de Montréal-Nord ? Sans doute.
3-
Revenu au foyer, Lynn qui travaille seulement trois jours par semaine, fait des tisanes. On jase de tout, de rien. J’en fume une. Une seulement. Eux ont vraiment cessé de fumer et tiennent bon. Je les admire. « Allons promener Zoé », dira Daniel. Ce noiraud excité tire, à m’arracher le bras, sur sa laisse. Arrivé au parc, liberté, il ârt en fou. Fait la revue « reniflante » du parc. Un temps plutôt couvert, comme on dit. Tant pis. Le vent n’a pas cessé depuis deux jours, ici comme dans les Laurentides. Soudain, un écriteau et je prends conscience du nom de ce vaste parc :Jean-Martucci. « Qui ? Tu le connaissais ? » Je parle de lui. Élève doué et sage du Grasset. Un « premier de classe » et pieux… dont on se méfiait un peu les cancres. Martucci sera ordonné prêtre, deviendra un expert en livres sacrés anciens, rédacteur en la matière au Devoir, un jour, il deviendra « le » brillant délégué du Québec en Italie. À une émission d’ « Avis de recherche », il m’apparut soudain sur l’écran de télé et me questionna : « Claude, pourquoi, à moi, tu passais pas ton petit roman ronéotypé, hein ? » J’avais bafouillé. Pas envie de révéler en ondes : « On te « trustait » pas maudit fifi des moines, éternel premier de classe ! » Niaiseries de cet âge bête.
4-
Arès la merveilleuse halte chez mon fils, je file vers la rue Saint-Hubert, angle Ontario. Quartier bigarré. Vie vive dans ces alentours. Un western ! Décor anarchique. Stationnement rue Saint-Christophe où j’aperçois des maisons rénovées bien jolies. Rue Saint-Hubert, bureau d’avocats-criminalistes, un édifice bancal, louche presque, où m’attend l’équipe d’Alain Gravel pour mon témoignage filmé sur le Villeray quelque peu pégrieux et sur le bandit effrayant, longtemps ennemi public numéro 1, un as des évasions (onze ou douze !) et surnommé « Le chat », Richard Blass.
Bandit dangereux, garçon pourtant né (rue de Castelnau), baptisé, communié, confirmé dans ma bonne paroisse Sainte-Cécile. En mémoire de ce lascar terrifiant, j’avais composé ce roman noir : « L’armoire du Pantagruel », car, au bar Gargantua, rue Beaubien, Blass avait assassiné dans « l’armoire à bière » 13 personnes. Troublante fin de carrière. Blass se fera tué (oui !) par la police dans un chalet de Val David. Comme la police assassinait son célèbre homologue (en coups furieux) Mesrine à Paris !
Découverte sympa : le père de mon caméraman —petit monde, le Québécois !— est le fils de Jean Beaudin, le cinéaste de l’esthétique adaptation filmique de mon roman « La sablière ». Je lui raconte des anecdotes de notre entente de jadis. Et lui me dira : « Ah, ce conte « La Sablière » tourné aux Îles de la Madeleine ! A la fin, on voulait plus manger de maudits homards. Écœurés nous étions !» On rit. Le preneur de son, lui, est le neveu du romancier Poulin (« Volkwagen Blues »). Il me dit que la belle-maman de cet oncle-écrivain est la proprio du bâtiment parisien où —au coin de la concierge— travaille le Poulin.
Le vent rempironne mais le jeune Beaudin ne craint rien et commande que l’on tourne l’entretien sur le toit de l’édifice. « Derrière vous, dit-il, regardez, il y a plein de ruelles et ce sera comme l’illustration des ruelles du votre temps, de celui de Richard Blass. » C’est bon. On tourne, silence !
5-
Plus tard, je dévorerai la chère pieuvre grillée à la mode libanaise. Nos bonheurs, à Aile et moi, à « la Sirène de la mer », rue Dresden, tout proche de notre pied-à-terre du Chemin Bates. Yam, yam ! Soudain : « Ah, Claude ! Bravo pour votre article publié avant-hier dans le Devoir en l’honneur de Sita Riddez. C’était formidable, très poétique. » C’est Jean-Marc Brunet, ex-aspirant-boxeur de Villeray, devenu millionnaire avec ses magasins de produits naturistes. Il nous dit qu’il était son élève —comme le fut mon épouse décédée et l’Aile bien aimée —rue Durocher. Qu’il y a connu, élève aussi, sa compagne de vie, la si mignonne Marie-Josée du téléroman populaire, « Rue des Pignons », signé Mia Riddez, sœur de Sita. Oui, le monde québécois est tricoté serré.
6-
Avant de partir parler du bandit villerayien, plus d’encre dans ma machine à Saint-Adèle. Ashh ! Je déteste cela. Peur ! Jamais certain de bien savoir soigner ces… bobos ! Je note la marque, la sorte, ah pis, j’emporte la boite et la fiole, supposément vide ! J’ai vu, tiens, une petite « bio » de Serge Lagacé. À Télé-québec. 60 minutes. Un bandit repenti. Il a fait les mille mauvais coups et , souvent , du pénitencier. Maintenant, le surnommé « Coq de Montréal » fait des figurations dans des films…de bandit !
Une gueule ! Un film vite fait hélas. Un de ces « docus » plutôt « botchés », faute de moyens car le héros valait, lui, le déplacement. Avec une sorte de …prudence, sinon de pudeur, ce Serge-rangé racontait ses éclats sinistres de jadis. En bavardant, nous pouvions, peu à peu, bien voir la relation entre les rêves candides du jeune « bom » et désormais ce même rêve…de la célébrité. D’une gloire. Cette vedette des « Allô Police », Lagacé, a parlé aussi d’un besoin, ado mal parti, d’aider les siens, d’apporter de la richesse à sa môman ! Je n’avais pas envie de rire. Je le sentais sincère.
Richard Blass, le chat, lui aussi, écrivait à sa môman de belles lettres (j’ai pu en lire des bouts dans la recherche d’Alain Gravel), d’un amour véritable. Et j’ai songé que ce vieux désir des malfrats venait de loin, de creux, de toujours. Qu’il était le feu premier de tant de carrières, les unes honorables, tant d’autres, misérables, hélas. Qui conduisaient d’un songe valable aux potences, aux chaises électriques. Même motivation plus ou moins admise : pourvoir payer un château à la pauvre maman bien- aimée de son enfance. Éternels petits gamins voulant venger l’humiliée, la malchanceuse du sort. Des « engins » tarabiscotés d’Hollywood aux tragédies des grands auteurs Grecs.
Vu, jeudi dernier, le comique Jacques Villeret avec Bernard Rapp, jeudi soir à Artv. Gros garçon timide. Rond comme une bonne boule de crème glacée !Carrèire étonnante. Héritier des Bourvil, Fernandel, de Funès…Villeret répond aux questions et ne cesse de jouer le gamin comme pris en faute. Oui, je suis célèbre ,mais j’ai pas fait vraiment exprès ! Modestie des grands comiques. « C’est la chance, je travaille pas tellement ! Je me prends pas la tête ! » Sympa au maximum ce rond gaillard qui me fit tant rire —à me ordre littéralement à certains moments— dans « Dîner de cons », il n’y a pas si longtemps. Ce « Les feux de la rampe » passe bien la rampe. Souhaitons que cela continue.
7-
Ce matin, je me lève le premier, ça m’arrive parfois : pour cause de vent mauvais, la moustiquaire des toilettes … à terre ! Je regarde cela. Aile est dans ma tête. Vais-je réussir pas à poser la chose…Malheur à moi si…. Non mais…Je sais qu’il est défectueux. Le vent a eu beau jeu de le jeter hors de son cadre de fenêtre. Bon. La peur.
L’entendre me crier d’en haut pendant que je prépare le café du matin : « Claude ! T’as pas pu vraiment … » Brrr… Je n’y mets. Et, bon, je réussis à poser la bébelle. Tant bien que mal. Aile va examiner la chose tantôt je le sais. Je la connais. Elle dira : « Clo, mon chou, mon amour, tu as pas réussi à vraiment bien remettre… »
Je fais une vie dangereuse. Haute surveillance. Les femmes. Aile…elle, oui, me guette. Me dompte aussi. Elle fera de moi un bon petit mari bricoleur un jour…Mais quand ? Ça. Je raconte cela car je sais que tant d’hommes, comme moi doivent sans cesse se garder d’être négligents. Mais oui, cher poète Aragon, oui, oui, « la femme est l’avenir de l’homme. » C‘est ça chante Aragon, chante et moi je m ‘échinais sur la maudite moustiquaire que le maudit vent s’acharne à débarquer de ses rainures.
Ce vent a jeté mon canot noir à l’eau, a renverses le vieux pédalo du vieux saule pour le jeter sur la elouse… Il a cassé des branches partout durant notre absence en ville, à semé des détritus ici et là. Ah, quelle vie quand un mauvais vent vante à ma porte et… que sont devenus mes amis… des morts trop souvent.
8-
Oh, hier soir, vu un film merveilleux sur « les oiseaux migrateurs » Si envoûtant ! Images étonnantes. Couleurs se déployant dans tous les ciels de la planète terre. Que d’ailes devant nos Yeux. Aile éblouie comme moi ! Buses, oies grises, (le peintre Riopelle, fou d’oiseaux, mort avant d’avoir ou voir ce film, hélas !) immenses pigeons, colombes, tourterelles blanches, beiges, canards aux plumes colorées si diversement , pélicans, hérons, hiboux, perroquets rouges, macareux, nos fous de bassan, aigles, faucons, bernaches du Québec, cols verts, j’ en passe, j’en oublie. La beauté céleste !
Un film qui vous donne deux heures de beauté inouïe. Une soirée qui transporte au-dessus de l’humaine contrée, nous nous envolons, nous planons, silence au ciel, nous piquons, nous plongeons, cris, becs aboyeurs, nous voguons, icares avec nos yeux hypnotisés. Quelle belle chose ce cinéma moderne. En avion, en hélico, en montgolfières, avec des jumelles, des lentilles « zooms » les imagiers actuels nous offrent ces tableaux vivants…
Cela bouge sans cesse, parade nuptiale, défilé du mariage, jalousie, bataille, drame du triangle, dans tous les sens, par milliers soudain, formant une sorte de gigantesque nuée au dessin capricieux, soleil caché, noirceur d’un instant. Ou, en gros plan, écran bien rempli, par deux yeux d’un rouge de grenat rare, de grandes mains aux doigts de plumes noires d’une voilure légère, un bec si jaune, si crochu, un doux se sauve, un farouche attaque, la mort d’un crapaud, rien, ces oiseaux qui ne cessent de se suivre du temps meilleur, migrations rituelles, une murale mirifique. Une fresque mobile si séduisante. La joie, un écran de beauté pour ceux qui aiment les documents de la télé sur la nature. Ici, un comble ! Des lumières inoubliables. Étangs bizarres, océans calmes , mers déchaînées , glaces en avalanches bleues, banquises qui filent au soleil trop bas, désert d’Afrique…Oui, la beauté sur grand écran. Rêvons de voler Aile, rêvons !
Jeudi midi, Aile semble décidée. On va à l’atelier de vélos de la vieille gare de Mont-Roland. « Faut nettoyer ta vieille bécane, il y a des limites ! » Je dis : « Vrai ! » Hier, on y retourne. L’expert joue le zouave ou quoi » « Ça vaut pas cher votre machine. Si je répare tout ce qui se déglingue, vous en avez pour 80 tomates » « Bon,. J‘irai ailleurs, je dis. »
Non, Aile va y voir. La connaissez-vous ?. Un neuf comme le mien, c’est 300 dollars mais si vous aviez des usagés ‘ » Le bonhomme doit jouir; « Ah , chanceuse petite madame. Il m’en reste un. Un dernier. » Il le sort. Ouengne ! Tout en aluminium avec des gadgets. « Il valait 700 piastres vous savez ». Bedang ! Folie ! Euh, je vous le laisse à moitié prix :. 350 piastres. »
Mais oui, Aile toute fière, heureuse pour moi.
J’ai mis le vélo luxueux sur le support. Et Aile, dans le portiue , admire l’engin : »Tu faisais pitié avec mon vieux vélo de fille acheté en 1973. Et gnang, gnan gnan… La femme est l’Avenir de l’Homme !

Le mercredi 17 avril 2002

Le mercredi 17 avril 2002

À CŒUR OUVERT

1-
On va s’en souvenir de ces jours caniculaires en plein milieu du mois d’avril en 2002. « Records battus » disent le gazettes. Ce matin, comme hier, cette fumée blanche partout dans le décor extérieur. Effet d’agrandissement. Toit semble plus vaste, plus flou aussi, plus grand. En peinture scénique on nous apprenait à jouer ainsi de fumée blanche avec bombe aérosol. Pour , justement, faire paraître éloigné nos éléments de décors à la télé. Un sfumato italien spécial.
De ma couchette, store levé, j’admirais le paysage, le lac blanc comme le ciel, la brume dans les collines. Tableau à l’ancienne, oui, italianiste. Beau comme ces vieilles images de Chine (ou du Japon ?) qui traînaient partout chez moi dans les années 30.
Ma mère disait : « Mon mari est importateur ». Elle faisait sa fraîche quand j’était tout petit. Je m’en souviens. C’était avant l’échec de papa comme vendeur de « chinoiseries » rue Saint-Hubert; une mode qui ne dura pas ces bibelots asiatiques. La métamorphose en petit restaurateur de quartier devait l’humilier, ma pauvre maman ! Elle était une jeune bourgeoise ? La benjamine du bonhomme Zotique Lefebvre. Un ex-boucher de la rue Centre, à Pointe-St-Charles, converti après la guerre de 1914-1918, lui, en agent immobilier, rue Hutcheson.
Matin de mai, au bout de la rue Berri, on voit des quais. Un paquebot va lever l’ancre, « all aboard ? all aboard ? » Sirène mugissante, dernières malles au bout d’une grue, les robes de maman, l’habit de bal de papa… Énervement, sourires excités. Elle est « chic and souelle » la Germaine de la rue Hutcheson, oh oui ! Et lui, l’habitant —vingt ans— de Laval-des-Rapides, porte un chapeau neuf, des gants de kid, des guêtres de feutrine grise…Foulard au vent sur le bastingage du navire de croisière.
Le jeune couple regarde la statue haut juchée sur le toit de l’église Notre-Dame de Bonsecours. Le bateau s’éloigne du rivage. Adieu Montréal !Un jeune couple parmi tant d’autres. Le traditionnel « voyage de noces ». Le grand fleuve jusqu’à Tadoussac. La remontée du Saguenay. Ma mère en épousée candide, rêvant d’une belle vie avec ce jeune « importateur » soutenu par sa riche maman veuve, Albina.
Avec son joli bibi, son manteau beige en poil de chameau, à col de velours noir, Germaine ne sait pas…Dans cinq ans, avec quatre enfants déjà, les sueurs l’aveugleront et son mari
l’ « importateur » s’installera pour longtemps dans le sous-sol creusé du logis. Fin des jolies gravures aux beaux effets de brume. Vendre hot dog et hamburgers aux zazous de la paroisse qui sortent des cinés du coin de la rue Bélanger.
Pauvre maman ! Pleure pas Germaine !
Bon. Assez, posez une cloison. Roman ou journal ? Chaque chose en son temps. En son lieu. Ici, c’est le journal.
2-
Non mais quelle chaleur hier ! Quel beau coucher de soleil aussi. Nuages émiettés. Rayons difractés. Images de mon petit manuel d’Histoire Sainte quand les cieux s’ouvrent pour désigner Dieu apparaissant à Moïse !
Plus tard, le souper avalé, symphonie en rose au dessus du Chantecler. Moi, la bouche ouverte. Déjà !, des merles crient et courent sur la pelouse ressuscitée. Quand on se prépare à regarder un film loué, fenêtre du salon grande ouverte, dans les sapins proches, un concert étonnant, vraiment étonnant, d’oiseaux fêtards. La pénombre qui s’installe, une brise d’été, oui, d’été, et on va voir un… navet !
Vanté par de complaisants observateurs d’un cinéma dit difficile. Du David Lynch. C’est, ce misérable « Mulholland Drive », sans queue ni tête. Pourquoi donc tant d’éloges ? Le snobisme décadent de ceux qui s’imaginent : plus c’est ambiguë plus c’est fort ! Quelle bêtise. Une Sonia Sarfati (La Presse) ira jusqu’à écrire : « Il faut le regarder ce film plusieurs fois ». La folle !
Je ne sais plus comment qualifier cette prétentieuse bluette du signataire du folichon « Twin Peak » à la télé.
Vous avez le choix :une imposture de fumiste, ou bien une fumisterie d’imposteur.
« Mulholland Drive », un récit avec un zest de lesbianisme (chic hein !), un zest de masturbation (à la Marie Chouinard !), un zest de maffia alambiquée, un zestde music-hall à mexiquétaineries, un brin de western avec un cow-boy futile, un zest d’horror, et pleins de… coïncidences stupides, de « cheveux sur une soupe »… imbuvable.
J’enrage car on trompe le public. À Cannes, ce film gagnait des laurier, ex-aequo avec les frères Cohen ! Mystère ou bien des jurés tout frétillants de visionner un film sur « leur » cher petit monde : les productions cinématographiques. Narcissisme ! Serpent se mordant la queue avec joie ! En somme, un opaque conte sur une banale querelle de gouines. Pouah !
3-
Je peine à réunir et à envoyer —merci ordi !— à la Katleen des Trois-Pistoles les vieilles pages de journal. Tout-janvier partira quand ? Maudites corrections. À l’École-Bouffe :grand choix hier ! Le caissier : « On a fait laminer votre page d’appréciation aux feutres de couleurs, savez-vous ? » Et : « Vous devriez prendre aussi du poulet, touchez, il est chaud, il sort du four. » J’accepte. Retour at home les bras très chargés… Biscuits et cakes. Et Aile ? Contente ? Pas trop. « Écoute, tout ça ? Regarde, j’ai mon gros rôti de porc prêt à être enfourné. » Je dis rien. Penaud. Je retourne à ma chaise longue, je continue de lire mon « Obs ». Ça va très mal autour de Jérusalem. Bien pire qu’autour de notre cuisine.
Le lac s’ouvre un peu. Bord de l’eau libre ! Le quai libéré. Le radeau…vert de…ozite ! On voit bien les bourgeons qui grandissent aux lilas comme… à vue d’œil. Le printemps, Bourgault le criait dans sa chronique mardi matin, est chaque année, le grand événement des Québécois. Six mois presque à l’attendre !
Hier, le micro-ondes de TVA dans notre rue encore. Claude s’amène et ajuste son gros kodak noir dans un coin du salon. Prêt ? Oreillette dans un trou d’oreille et c’est parti. Go ! Engueulez-vous…Le Pierre Bruneau a un préjugé favorable pour la belle Maréchal. Il me donne moins de temps d’antenne, le crapaud. Et elle, l’Isabelle, bien « Isa-laide », jase ad lib, noyant le poisson, bavardant sans dire rien de trop précis. Les précieuses minutes passent et, moi, débater irrépressible, je grogne quand l’arbitre partial déclare : « On a plus de temps. Merci vous deux et à la prochaine chicane. » Commercial ! Je rage. Enfant ? Aile rigole, se moque, doit me jiuger puéril. Je songe à refuser désormais ces mini-débats quasi-obsolètes. Le lendemain, ma poucheuse de gazettes et de ciga…—non, je ne fume plus— me dit : « Je vois ai vu, hier ! Pauvre vous ! Ah ! Cette Maréchale, j’suis p’us capable. Elle a le don de me mettre les nerfs en boule.. » La divine voisine. Elle me préfère.
4-
Vendredi après le lunch, limousine sombre à la porte de l’appartement du Chemin Bates. Chauffeur aimable, Serge P. Un bavard captivant. Ex-représentant de commerce. Burn-out grave. Cœur opéré. Trop ambitieux. Le calme à jamais. Sa limo. Un horaire plus humain. A connu le « M’sieur Pointu » de Bécaud. Intimement. Balade donc vers le studio de Robert-Guy Scully, à Ville La Salle. Beau soleil. Ouaille ! Agréable d’avoir un chauffeur. Me voilà ministre pour quelques minutes ! Ouen, c’est reposant !
Rendu là, recherchiste chaude, café chaud, ambiance agréable, décor austère de bureau de « chef de cabinet » de ministre fédéral —espoir du Scully? Ma découverte d’un autre Scully, comme vieilli précocement, presque courbé, rapetissé il me semble. Trop d’embarras avec ses déboires récents, face aux vifs protestants de son rôle de « propagandiste déguisé ».
Je l’ai mieux connu dans les années ’60 du temps du Devoir. Je le caricaturais, par exemple, en « petit protégé, neveu de Ryan ». Il en rit maintenant, se souvient de mes facéties encombrantes parfois. Je me souviens de ses confidences de jeune Irlandais d’Hochelaga, justement dans le voisinage du Ryan d’antan. Son étonnant Claude Ryan, en jeune délinquant qui découchait dans les portiques des maisons, me revient en mémoire. Cet ex-voyou sauvé par l’Action catholique. Qu’il finira par diriger un temps.
Vingt minutes, avec deux caméras, pour une agréable jasette libre sur ma chère Gabrielle Roy. Et cela tombait bien, Scully —gardé souvent par sa mémé dans le Villeray de la paroisse « Holy family »— ayant produit jadis une série documentaire sur l’exilée de Saint-Boniface. Ma relecture de « La petite poule d’eau » alimente les souvenirs du reporter Scully. Entente totale par conséquent. À la fin de l’entretien, je l’entends, surpris, me dire : « On a pas eu assez de temps pour bien parler d’elle, il faudra, bientôt, vous réinviter Claude Jasmin. » Ça fait un petit velours, non ?
5-
Mon fils, Daniel, hier, au téléphone, car j’avais encore un problème d’ordi. « Tu vas pas me croire, p’pa, j’ai mis une chaise sur le perron et je regarde ma bagnole toute neuve, stationnée au bord du trottoir ! » On rit. Fou, cette admiration des chars chez nous, non ?
J’ai lu (de « je me souviens plus qui ») : « Jeune, la lecture des « Grands initiés », par Édouard Shuré, m’a marqué. » Ah ! Un camarade belge m’avais donné (du temps de mon écurie-atelier) un exemplaire de ce livre sur les grands prophètes universels (dont Jésus de Nazareth) et, en effet, cela m’avait ouvert les yeux, à vingt et un ans. Il y avait d’autres « fabuleux Jésus » à travers l’histoire et le monde !
J’ai lu, jeune aussi, « Le zéro et l’infini » par Arthur Koestler et son livre m’avait ouvert les yeux, pour toujours, sur le totalitarisme, sur les dangers des idéologues devenus fascistes. J’étais inoculé, et à jamais, contre les utopies qui tournent mal, de Marx à Trotsky, de Lénine à Staline. Des jeunes d’aujourd’hui trouvent-ils des lectures aussi essentielle ? Je l’imagine. Je le veux tant. Je le souhaite.
J’écoute Richard Desjardins à la radio de la SRC. Grève oblige, on fait sans cesse tourner —parfois— de fameuses chansons d’ici et aussi, hélas, des niaiseries sonores à la mode. Cet abitibien, Desjardins, fait très amateur. Sa voix de « non-professionnel » captive pourtant. Sa diction est molle. Ses articulations exagérées en font un ti-coune chanteur ! Bref, il fait « habitant » à souhait. Efféminé aussi comme on l’entendait jadis avec « le fou du village » (ou du quartier) pas bien viril, aux manières (on disait) « affectées ». Et puis, on dirait la voix d’un vieillard soudain ! Ah oui, c’est un personnage…sonore rare. Intéressant. Je fredonne avec lui : « …aux pattes de velours… » et « …la peau de ton tambour… » C’est bien, c’est simple, c’est vrai. C’est beau, Desjardins, souvent.
5-
Au Salon à Trois-Rivières, je fais connaissance avec la sœur de Luc Lacoursière (un Trifluvien !) que l’on peut voir souvent à Canal Historia devisant avec Charron. Cette Louise publie une biographie (j’oublie son sujet, sur une femme hors du commun). Elle est dynamique et défend bien son bouquin sur cette scène d’un recoin du Salon. Après notre petit « show », rencontre de trois autres sœurs (des aînées) de Lacoursière. Il semble tout fier, avec raison, de sa famille. Ses yeux brillent. J’ ai vu des femmes réveillées, humoristes et très en forme.
Quel plaisir ces rencontres familiales ici et là. Ce cher Québec comme une vaste nation tricotée serré et farouche, contenant des êtres formidablement énergiques. Il y en a plein. J’en croise partout. On ne le sait pas assez. Au Salon, sur cette scène, quand j’ai dit : « Tout le monde est un roman », il se fit un grand silence soudain. « Chacun de vous, ici, a son roman. Il y a une histoire fabuleuse à raconter avec chacun d’entre vous. » Silence encore plus fort. « Vous n’êtes pas n’importe qui. Vous valez beaucoup. Vous devriez écrire votre vie, au moins pour vous d’abord, ce récit de votre vie vous aiderait à faire le point. » Il y eut un silence fracassant dans la petite salle du Salon.
Je le pense. Franchement.
6-
Je rêvais ? Summun de la folie scénographique !Incroyable ! Ce que je vois…à TV-5, un décor en forme de trou ! Deux femmes en face à face avec les jambes dans ce trou ! Allez-y voir c’est à 21h 30 tous les lundis.
Non mais…Folie rare ! Quel con ce designer ! Quel con le réalisateur qu a dit « oui » à ce trou rond. Vraiment, Aile et moi, on en revenait pas. Émission belge, je pense bien. Une questionneuse, les jambes dans le trou, face à sa questionnée, les jambes dans le trou. Soudain, tenez-vous bien, top shot, vu en plongée, et au fond du trou, des photos ! Non mais..
Faut-y être assez tata ou toto ! Ah, la télé, parfois, on y fait des trouvailles d’une bêtise visuelle achevée.
Donc, dans ce trou de beigne, une certaine Ingrid Bétancourt. Une femme venue du jet set en Colombie, un papa ambassadeur, ministre aussi et le reste. L’Ingrid, aujourd’hui enlevée et gardée dans un camp de terroristes colombiens, a connu une jeunesse dorée dans un beau quartier de Paris. Puis, sa mère, un ex-Reine de beauté, deviendra député colombienne ! Eh ! Elle risquera la mort un mauvais jour d’attentat.
La maman ex-Miss, sous le choc, racontera les affres à sa fille gâtée et voilà poindre l’égérie du peuple, autoproclamée je crois, en campagne électorale. Pour symboliser la pourriture des gouvernants, Ingrid B. distribuait partout des… capotes. Sida et favoritisme :même combat ! Son papa, dit-elle, fut bien scandalisé. Hon ! Pauvre papa, pauvre « tite » fille à papa !Ça sent drôle e son aventure, ça sonne bizarre.
Dans le trou, elle raconte tout cela. Avec photos dans ce trou… Oui, on peut zieuter ce trou folichon tous les lundis soirs à TV-5. Et vive les scénographes belges !
J’ai un peu lu (« Le Courrier international ») sur cette Bétancourt qui veut devenir, excusez du peu, prochain Président de la Colombie ensanglantée, dominé par des cartels-à-drogues infâmes. C’est un personnage. Elle dit être « fière d’avoir abandonné sa famille…pour la lutte politique ! » Oh la la ! moi, ces valeureux batailleurs pour la justice universelle qui, irresponsables, se fichent de leurs enfants et de leurs proches…Hum ! Suspects, je vous dis !
Bon, c’est à suivre —loin du trou belge— cette captivité de la Bétancourt, fille surprotégée changée subitement en militante de gauche. C’est curieux, j’arrive mal à la prendre au sérieux, elle a dit —les pieds dans ce trou— des choses solides, a pu dénoncer intelligemment la situation horrible dans sa patrie aux prises avec « mafia-à-drogues et gouvernement réunis ». Pourquoi ? je ne sais trop. Ma défiance des « gosses de riches » devenus aspirants-au-pouvoir ? Devenus de braves prolétaires trop soudainement ? Je sais pas.
Mais reste ce trou ! Le ridicule tue, dit-on ? Quand ça ?
6-
Samedi midi, vu grand’maman Lescop, à Trois-Rivières. Je l’aime. Cours toujours l’embrasser. Elle m’est un modèle. De quoi ? De tout. Son acharnement à trouver le bonheur simple, à dénicher du bon sens partout. À ne pas craindre de vieillir. Vu aussi, samedi soir, le mitraillé encore vivant, Michel Auger. Chaque fois, à ces Salons, je le touche. Et encore. Il rigole. Se bidonne. Quoi ? Comme on nous faisait toucher le tombeau, ou le coeur, du Frère André, le thaumaturge décédé de l’Oratoire, enfant. Un miraculé comme Michel doit porter chance, non ?
Fétichisé par moi, Auger se laisse toucher volontiers, goguenard, avec ses six balles restées dans sa peau ! Il me revient dimanche, au kiosque de « Trois-Pistoles éditeur », me dit : « J’ai des amis qui ont des projets, mon Claude. Ça t’intéresserait de lire la documentation sur le fameux caïd Lemay ? En vue d’un bouquin ? » J’ai dit « oui ». Je dis toujours oui, moi, ma foi ! On jasait sur l’évasion rocambolesque —survenu jadis tout près de chez moi— du « capo » mafieux, un certain Lucien, arroseur de patinoire de prison, organisateur des Libéraux du temps. Sauvé par ses copains de l’Organisation libérale, je le jurerais.
7-
« Toutes les religions sont obscurantistes ».
Vous publiez cela. Dans La presse, par exemple. Samedi le 13 avril, par exemple. Vous signez Pierre Foglia. Et vous vous croyez ben smart, gros malin, si liucides !
Comme c’est niais. Une telle affirnmation fait voir un puérilisme rare. Ce chroniqueur surdoué, ainsi, parfois, fait le faraud. Pour faire le faraud ? Je le crains. Avec lui, c’est pourtant rarement manichéen ! Ni tout noir, toit blanc, Dieu ,merci ! Un jour il se méfie justement du compartimentage, le lendemain, il y tombe délibérément. Misère !
« Toutes les religions sont obscurantistes ».
Comment oser dire une telle ineptie ? Il n’est plus un ado révolté. Il y a des religions utiles ? Et lumineuses. Oh mon Dieu oui ! Et comment. Qui a vécu les yeux ouverts le sait bien.
Certes, c’est aussi (en dehors des grands mystiques) un instrument de consolation universel et indispensable. Tous les mal pris de cette terre de misère le savent bien.
Consoler. Il faudrait être quoi ?, snob, mondain (ce que n’est pas Foglia quand il oublie ses goûts pour les fromages exotiques rares et les vins fins) ) pour cracher sur ce rôle. Oui, consoler.
Un jour, celui-là qui pisse sur tout ce qui est religieux, spirituel, se retrouve sur le cul; tombé bas, très bas, aux prises avec la terrible Camargue qui le nargue. Ça peut être vous, ou moi, ou lui, Foglia-le-superbe.
Alors , on voit le faraud qui prie, qui cherche une Providence, un Être suprême, un…Dieu. Il a besoin d’une ultime dernière raison pour s’accrocher à son petit reste de vie. Et je ne ris pas, vois ne riez pas, Foglia non plus ne rira plus. Cette vieille…ce vieux…cette jeunesse surprise, face à l’Achéron.
Je ne cracherai jamais sur les religions. Est-ce utile de rappeler à ce Foglia qui jouait samedi le « fridolin », le ti-coune mécréant d’un samedi, que la religion de Jésus fut une révolution, Qu’elle a sauvé de la mort sans but, de la mort animale, de la mort anonyme, humiliante —et aussi de la crève spirituelle totale— des centaines de milliers d’abord, puis des millions d’êtres humains. C’était quand la vie ici-bas, pour les majorités, n’était qu’épreuves de force. Que la haine était le moteur de toutes les nations.
« Toutes les religions sont obscurantistes? »
Propos de gnochon. Je ne suis plus « pratiquant » si je ne suis pas athée mais je sais que la —ou « les », peu importe au fond— religion des hommes n’est pas venue par un tour de sorcier ni de baguette de magicien.
Il y a un besoin. Il y a une nécessité et je fuis celui-là, candidement hautain, naïvement fier, puissant de son athéisme militant, qui bafoue, moque, ridiculise, réduit le sort religieux, abri des abris, de ces multitudes humaines —avec les Yavew, Allah, Bouddha ou Dieu— sur cette terre tiraillée.
Facile de cracher, de pisser, de chier sur le fait religieux. Prendre garde, un bon jour, un mauvais jour, le sort frappe le crâneur tombé à genoux. Maladie ou perte très chère. Flétri, miséreux, perdu, on le verra soudainement lever les yeux vers le ciel.
N’importe quel ciel. Celui choisi par les siens, hérité de son enfance, le plus souvent et Don Juan-le-gaillard remue les lèvres. Il prie. Il implore. Qui a envie de rire alors ? Personne.
Les chanceux du sort, Foglia, vous, moi, nous avons devoir d’humilité, de compassion au moins, de solidarité minimum, le devoir de bien savoir que le funeste Brancardier, la sordide Faucheuse, peut bien un matin, un soir, s’approcher… Et alors, qui sait, le sentiment religieux pourrait bien être le seul refuge.
Ne pas dire, jamais, « toutes les religions sont obscurantistes », c’est si court, si faux. Si facile et injuste. Je n’oublie pas, pas du tout, les gourous, abuseurs, démagos, profiteurs et leurs sectes, paresseux parasites, vautours des innocents. Je voulais parler des vieilles religions sur cette planète.
Il faut avoir la modestie de nous taire parfois.
Foglia passait son tour hélas, samedi dernier. Il ne mérite pas ça, ça quoi ?, de s’aveugler si bêtement. Une simple échappée niaise à cause d’un mini-sabre, kirpa sikh —ou d’une calotte, d’ une burqa—naïvement symbolique.
Il y a eu et il y a des religions, non pas obscurantistes, mais éclairantes, lumineuses, éblouissantes pour les humains blessés, désespérés, tombés.
Je vis sans…
mais si, un jour, un certain noir destin frappe chez moi, j’y aurai recours sans doute.

le vendredi 4 janvier 2002

le vendredi 4 janvier 2002
1-
Comme hier, jeudi, un vendredi ensoleillé. Sur le chemin des journaux-cigarettes, un froid de…canard ce matin ! Donc, hier, belle marche au soleil de Val Morin vers Saint-Adèle, arrêt aux cascades de la Rivière du Nord. Oh, les souffles courts ! Et rapidement ! On est plus de jeunes gens ! Un Jean-Yves Laforce toujours bavard, toujours égocentrique comme tant de verbo-moteurs insatiables ! Ça me change…de me taire un peu. On l’écoute jaser ad lib… Tout en marchant, c’est le bon vieux jeu des réminiscences de ce temps radio-canadien quand, lui, Laforce et Raymonde se débattaient pour réaliser des émissions dans la jungle paperassière de la SRC.
Jean-Yves, fils d’ouvrier de Rosemont, fut initié au théâtre en servant docilement, tout jeune, les « dames divas » du Rideau-Vert, Yvette Brind’amour et « Mecha », dans les années ’60. Plus tard, travailleur à Expo’67, il prépare —contacts nombreux— son entrée comme régisseur (5 ans) à La SRC. Je l’ai connu davantage en lui faisant tous ses décors pour son « ROSE ET HENRI », un bon « quatuor télévisé » bien populiste de l’auteur (passager) André Caron, cvomme Laforce, un « rosemontais » travaillant à Radio-Québec. Un fort succès avec Juliette Pétrie et Paul Guèvremont. Derniers rôles de ces très « aînés ».
Au retour de la promenade, visite de son condo loué pour les vacances de ses jeunes ados, aux monts No. 4, du Chantecler. Depuis une vingtaine d’années que de défilés bruyants et empoussiéreux de camions dans nos alentours. L’on construisait tous ces condos ! Maintenant, on les voit un peu partout entre les collines. Même style vague. C’est commode, pratique, pas bien vaste !
Revenu chercher sa voiture, Laforce, à qui j’avais envoyé mon projet de télé (« Un père… ») m’en fait une critique justifiée. « Trop de monde, trop d’anecdotes, trop de filons, trop d’histoires… » Oui. Un texte à couper en deux ou en trois ! J’y verrai…quand ? Je suis ailleurs maintenant. Et je reste sans écho aucun de Fabienne Larouche, producteure, qui a, elle aussi, ce projet de télésérie « trop touffu ».
Sur la cheminée au condo de Laforce, les deux jeux de société inventés par mon fils : « Bagou » et « Visou ». Ma fierté quand Laforce les vante !
2-
En passant : dans ce « Aliss » du jeune Senécal, que de sacres québécois ! Litanie qui se poursuit donc …quand nous avions cru, les aînés, que ces sacres disparaîtraient avec l’éducation répandue partout. Eh b’en « non » ! Ce défouloir verbal, typiquement d’ »icitte », sert encore en cas de rage ! J’y reviens à cet enfer à traverser, ce Styx, cet Achéron, réduit, chez Senécal, à « sexe fantasmatique et drogue dure ». Il aurait pu devenir un roman fort dans la tradition éternelle des « romans d’initiation ». Senécal ne voulait pas refaire le grand poète Dante, c’est entendu, mais comme il n’a pas su inventer un enfer original pour sa jeune candide étourdie Alice, hélas !
3-
Revu l’humoriste Pierre Légaré à la télé. Qu’il est triste ce bouffon aux observations si drôles, si cocasses. Il aurait abandonné le métier, dit-on. Je l’ai connu à ses débuts, vers 1988-89, il était déjà ce comique à la triste figure. Il ne changeait donc pas. Il se dégageait déjà de lui, débutant à cette époque, une sorte de détresse. Terrifiante. Un mal à l’âme, un je ne sais quoi, qui faisait de ce gaillard, vieilli comme précocement, une « âme en peine » , comme on dit. Hier soir, jeudi, encore lui, en reprise toujours, au même canal spécialisé. Et…mêmes propos désespérés, un désabusement qui rend juste l’apostrophe, l’adage : « L’humour est la politesse —ou le masque ?— du désespoir ».
4-
Oh, le bon petit film, « made in USA, mais modeste : « À table » !
On a regardé cela, mercredi soir, lendemain du Jour de l’an : Primo et Secundo, deux émigrants, des frères, venus de Bologna, tentent d’installer un restau italien au New-Jersey, au bord de la mer. L’un des deux, le timide, le réservé, est surdoué en cuisine raffinée. L’autre, matamore, extraverti, joue donc le gérant réaliste. Conflits en vue. Toute une faune de ce petit bourg rôde autour du restau.
« À table », un film sans conclusion satisfaisante, sans histoire véritable, fait que d’anecdotes, d’observations des difficultés d’un idéaliste qui fera tomber le projet du « ristorante ». Faillite ! Que ce genre de cinéma repose des machins tonitruants du jour !
De nouveau, mercredi, le tour du lac, « cum pédibus ». Cette fois, lendemain du Jour Un, foule très nombreuse aux bas des cotes de ski. Je me souviens de mon horreur grandissante de ces longues attentes au bas des pentes du temps que je faisais encore du ski alpin. Tu glisses un petit cinq minutes, tu attends le télésiège vingt minutes…Non mais, j’en eus « plein mon casque » et j’optais, avec Aile aux chevilles fragiles (qu’elle dit ! ) pour le ski de fond. C’est moins excitant certes mais il n’y a aucune attente à se les geler en files indiennes.
5-
Coup de fil de l’amie, Josée : il nous faut aller voir un film qui l’a emballée, « le meilleur vu depuis dix ans! dit-elle. Avec l’acteur Crow, le titre : « A beautiful mind. » Il est à Saint-Jérôme doublé en français, nous ne sommes pas assez férus d’ »english » Aile et moi pour, hélas, voir les films en version originale. On ira.
Suite sur « Les croisades » avec, toujours, cet animateur farfelu qui raconte en rigolant ces entreprises de pillage éhontées. Richard Cœur de Lion, débarquement à Jaffa, Jérusalem imprenable. Face au fameux Saladin héroïque des Turcs, le cuirassé Richard coule ! Traité de paix bidon en 1192. L’empire durable des Ottomans peut s’installer !
Avant ces illustrations folichonnes des Croisés Voleurs, de « l’horreur chrétienne », ai visionné un épisode d’une série sur Napoléon Bonaparte, canal spécialisé toujours. Le « petIt caÏd des banquiers », selon Henri Guillemin, menait à la mort presque un demi million de jeunes Français dans sa campagne de Russie qu’il voulait rejeter hors d’Europe, dans l’Asie centrale plus rustre, la jugeant indigne de « sa » civilisation pseudo républicaine alors qu’il installe sa famille en monarques dans les pays conquis. Oh le monstre !
Marotte, bêtise, folie ? J’aime lire de vieux manuels scolaires parfois. Géographie, histoire, physique, etc. C’est bref, concis, un peu « roffe » en raccourcis élémentaires, facile à suivre. Et cela rafraîchit la mémoire. Je lis donc un « prix » gagné par ma fille Éliane au cégep Bois de Boulogne : « Histoire des civilisations » chez Casterman. Ça revole ! Illustrations cucul ! Chapitres très brefs pour un tour « historique » du monde… à l’accéléré. Ça m’amuse.
Aile, à ses courses, ramenait « at home » une cassette du vidéoclub hier soir. Malheur ! Les critiques d’ici sont parfois d’une complaisance totale. Nous avions en mémoire les bons articles sur un produit québécois « Nuit de noces », une comédie. Quel navet. Notre chauvinisme a des limites ! Notre patriotisme ne nous aveugle jamais. De bons acteurs , Gérard Poirier, Yves Jacques, Cyr, etc. n’ont pas de rôle substantiel dans cette « Nuit… » Du vent ! Un scénario fragile où l’on chasse les « clichés » avec des canons lourds ! Que de redondances, que d’insignifiances ! « À table », film plus que modeste, génial en regard de ces grossièretés faciles et insupportables où l’on voit un couple en hésitations devant un mariage à conclure aux chutes du Niagara.
Ce soleil d’un vendredi premier de l’an 2002 nous fait signe. Allons à pied ou en ski de fond… mais allons prendre l’air et faire fonctionner nos corps !