LA SOLITUDE PARMI LES AUTRES ?

Je suis un mourant —mais oui, nous le sommes tous, depuis la naissance, n’est-ce pas ?— qui, en relative bonne santé, veux s’en aller à cent ans ! Viennent certains moments où, réfléchissant, certains se sentent très seuls. Tout jeune, dans ma modeste « petite patrie », j’étais « à part ». Mes parents s’en inquiétaient et des camarades s’éloignaient. Je ne ressemblais pas à la plupart de mes camarades, de mon quartier, de mon collège, tout le monde aimait… ce que moi je méprisais. C’est toujours lourd à constater.

Avez-vous connu cela ? La masse de mes concitoyens vénéraient des choses —des faits, des us et coutumes— pour lesquels je n’avais aucun intérêt. Souvent même, du mépris. Déjà, à quinze, à vingt ans, nous étions ainsi, quelques uns, des étrangers dans notre propre pays. Aucune vanité, croyez-moi, au contraire, une certaine inquiétude. Alors, souvent, je feignais du plaisir, par crainte d’être rejeté, rire jaune alors que je m’ennuyais ferme des populaires ferveurs de mes alentours. Avez-vous connu cela, jeune ? Cette solitude que l’on masque, ce jeu hypocrite d’applaudir à ce qui nous laisse de glace, en vérité ? Tas de secrets que l’on refoule, que l’on déguise, que l’on renie. Juste pour « rester parmi les autres », pour appartenir à sa bande, sa nation, sa société (la Québécoise). Cela se nomme l’instinct grégaire, vieux besoin de ressembler à tout le monde. C’est plus fort que tout, alors on se tait. On fait « semblant » car personne n’aime la solitude.

J’ai applaudi, lâche, à bien des niaiseries, histoire de ne pas me singulariser. En ce moment même, ouvrez bien les yeux, se trouve, à vos côtés, un jeune qui ment, qui triche, qui rit faux, qui mime une mode. Souvent c’est un jeune —votre enfant, un neveu, un petit-fils, votre jeune voisin— qui se masque. Cela juste pour faire partie « du monde ». Le poète se joint aux cohortes : monde du sport, monde des loisirs, monde des conventions communes qu’il maudit. Eh oui, il refoule, il cache, il fait le pitre, hurlant avec les loups, camouflant son dépit, se faisant passer pour « quelqu’un d’ordinaire », de normal, de banal. Cette crainte viscérale que l’on sache qu’il n’appartient pas aux utopistes. « Voyons, maman, papa, oncles, tantes, voisins, copains, ne craignez rien, je suis comme les autres. Malheur à la tête forte ou à l’homosexuel, au socialiste ou au croyant en cette époque d’athéisme mou. » Vouloir être pris pour un membre solidaire du commun des mortels. Tristesse ? Oui. C’est «  la dure loi des hommes ». J’étais si seul même quand je m’agitais à dix sept ans, frénétique, hâbleur, en boogie woogie. Adolescent brûlant au fond de moi de feux interdits, secrets, avec des idéaux fous. Autour de toi, pauvre original, c’est plein de «  fous du hockey », ou fous du bruit con des rockeurs, ou de cinéphiles à la sauce hollywoodienne, ou de ces assoiffés « d’avenir en argent », de grossiers humoristes. C’est la multitude qui occupe les places publiques, t’entourent. Dans le fond de ton âme (je voulais) tu veux, de ces buts lointains —mot tabou « un idéal ». Tu souhaites un horizon doré, difficile à atteindre, bravo. Il te reste la solitude donc. Jadis tu allais seul, aujourd’hui, tu vas seul vers ce que tu crois « mieux ». En silence, jeunes âmes, il y a cette frayeur que l’on devine que tu es « à part ». Ici, aujourd’hui, je te dis : tiens bon. Rêve ! Par exemple à une patrie libre, à une existence de qualité, épanouissante. La foule ne guette que confort et sécurité. Rêve, tiens bon !

SALUT À TOI, CHER MARS !

Ouf !, mars et du temps un peu plus doux, malgré tes giboulées habituelles, viens cher mars, installe-toi ! Mais frissons quand je lis mon camarade Foglia : « Quand je me souviendrai plus de mon nom, ni de celui de mes enfants, quand je ne saurai plus quel jour on est, en quelle année, si c’est l’été ou l’hiver, qu’il faudra me faire manger à la petite cuillère, que je passerai mes journées devant la télé, sans être conscient que je la regarde, quand il faudra me mettre une bavette, des couches …j’aimerais qu’on m’aide à mourir ! »

Lire ça et,oui, frissonner si tu as 83 ans. Voilà mon toubib —à qui j’ai donné du sang et de la pisse— au téléphone : « Bravo, j’ai reçu tes résultats; « Impeccable ! » Impeccable mes deux fesses cher Saint-Pierre qui ignore mes satanées courbatures chaque matin. Ensuite lire le brillant cinéaste Costa-Gravas : « Plus de film en marche, non, je tiens à consacrer du temps à mes petits-enfants; tout va tellement vite maintenant et personne ne sait trop où va le monde ni quel genre de vie auront ceux que j’aime qui grandissent aujourd’hui. » Des « papis » inquiets pour ceux qui viennent, je connais bien ça.

Frissonner encore face à ces enfants juifs qui grandissent dans leur ghetto juif sinistre., ici, à Sainte Agathe comme à Montréal où l’État soutient —avec notre argent public— ces misérables « abuseurs liberticides d’enfants juifs impunis. État mou, le Québec, face à ces rabbins juifs fanatiques et irresponsables.

Ai raté, hélas, l’acteur surdoué, Guy Nadon, ses angoissants trous de mémoire face à tout. Face à l’informatique envahissant, dans « Tu te souviendras » d’ Archambault. Et quoi encore ? Voilà l’État (via Hydro) qui veut raser les arbres d’une jolie colline à Saint Adolphe (lâchons ce « d’Howard », Seigneur) pas loin d’ici. Et à St Faustin du Lac Carré (Mont Kaaikop), vouloir détruire une sapinière (de 68 hectares !) raser des arbres de 90 ans ! » Saloperie d’État, d’Hydro !

Me calmer ? Viens beau mars ! Des gens dans mon genre (dont la précieuse Frédérique David) jamais d’accord « avec tout le monde », hein ? Déjà, collégien, quand tout le monde autour de moi (et mon pauvre père) vénérait ce despote, Duplessis, moi et mes amis on le détestait à mort ce tyranneau catholicard aux favoritismes dégueulasses. Aussi avoir voulu m’exiler, à vingt ans, à Pittsburg-la-céramique. Plutôt avoir choisi d’aller divertir les enfants des parcs (de Claude Robillard) avec mon cher Paul Buissonneau; 37 piastres par semaine.

Maintenant, en mars 2014, bien conscient de notre américanisation galopante… brrr ! À notre français « bin magané ». Débat actuel, avec Denise Bombardier, le chroniqueur Benoit Aubin, l’auteur Jacques Godbout, de quoi donc ? Cela : est-ce toujours la faute des « maudits anglais », notre pitoyable français ? Ou bien « NOTRE » faute : crasse paresse, parents et éducateurs mollassons, indifférence suicidaire, ignorance de notre Histoire (enseignée ?) des luttes passées, du bafouement de nos résistances historiques ? Ou ce monde dit « numérique et « mondialiste » ?

Maman jadis nous répétant déjà : « Parlez donc français comme du monde » ! En 1940, le mal était dans le fruit et cela se poursuit : nos humoristes —et autres vedettes du jour— émaillent leurs propos de « tabarnak-d’hostie-de ciboire-de calice ». Démagogues vicieux. Pour faire rire la foule. Je frémis, vous ?

Bon, étale tes jours mon cher mars pour calmer ma douleur.

 

 

LES ENTREPRENEURS, UN MYSTÈRE ?

Avec une liseuse électronique c’est le vaste choix de lectures et moi qui ignore tout du monde commercial, des affaires, j’ai lu trois « récits de vie » en ce milieu. Cela m’a plu. Je ne veux pas mourir idiot, je lis sur tout, sur la science souvent, je lis même les cahiers «  Affaires ». Ah ! « la vie » de trois célébrités « affairistes », ce fut passionnant.

D’abord Marcel Chaput, fier millionnaire et qui va virer un jour en ultra populaire conférencier; de type jovialiste ! Chaput —un p’tit gars de la rue Masson à Rosemont— m’a captivé par sa franchise, ses succès et aussi ses échecs. Paresseux collégien (chez les Eudistes)et puis, brièvement, élève aux HÉC (édifice situé rue Viger, devenu magnifique biblio des Archives Nationales), le tout jeune Marcel obtiendra d’étonnants succès. Vieilli, il m’a ému : une générosité inouïe pour ses grands enfants entreprenants, un cœur immense.

J’ai lu aussi la biographie de l’un des « Dragons », une étonnante émission de télé, Gaétan Frigon. Des capacités renversantes. Le succès. Il se raconte : d’abord un « p’tit gars » de Saint Prosper (région Trois-Rivières) où le classique « magasin général » de son papa sera son lieu heureux pour s’initier au commerce. Ce gamin surdoué s’y montrera un brillant collaborateur. Apprécié par le papa-proprio. On sait que Gaétan Frigon sera « un as administrateur ». D’abord, en matière de supermarchés —« Provigo »—, puis à la SAQ, machine d’État qu’il transformera radicalement. Frigon ira aussi gérer la « Loto-Québec ». Comme Chaput, il sait raconter avec une verve enjouée et son livre en devient un vrai roman.

Ma troisième lecture : la découverte d’une Gaspésienne hors du commun. Une certaine Cora. Qui ne connaît pas ce prénom célèbre inscrit en lettres solaires aux marquises de plus d’une centaine de restaurants –qui sont de joyeuses échoppes pour « sains » petits déjeuners. Et « goûteux ». Cora est une battante rare. D’abord jeune mère monoparentale, sans aide aucune, d’une résilience exemplaire, Cora débute avec un petit caboulot de 29 places ! Beaucoup d’amour, des talents de cuisinière, une volonté d’acier, rapidement ce sera deux, puis cinq, puis neuf « Cora » qui s’ouvrent.

Lire sa prose enjouée stimule, cette grouillante « mamma » fera aussi les éloges de ses rejetons grandis. Devenus des adjoints précieux. Cette Cora de la Gaspésie est une captivante histoire-de-réussite.

Non, je ne mourrai pas idiot et mes trois bouquins (merci Kindle) m’ont appris sur le réel, le « terre à terre », un monde. Parlant « business », je fais « un appel à tous ». Près de moi, David Jasmin Barrière —petit-fils de votre chroniqueur préféré— se cherche un emploi.  David a étudié la traduction et l’histoire et est fou de poésie. Il a séjourné en Colombie et au Mexique. Son dernier recueil de poésie terminé, il a besoin d’un salaire. Comme recherchiste, rédacteur, traducteur, n’importe quoi. Ami lecteur, engagez-le!  M’envoyer un petit mot à claudejasmin@cgocable.ca. Merci.

 

 

AH ! LE TEMPS DES FÊTES

Albina Prud’homme-Jasmin, ma mémé ( côté paternel) nous attendait toute la tralée. Elle habitait Villeray comme nous. Trois coins de rue. C’était une bien « vieille » fée mais nous avions hâte de nous y rendre pour son grand repas décoré du Jour de l’An. Surtout pour les belles étrennes qu’elle nous ferait encore « la môman, (une veuve riche) de pôpa « . La seule authentique « bourgeoise » de nos modestes familles ouvrières.

Papa —endimanché, son long manteau de drap gris, son chapeau de feutre, ses belles guêtres, son foulard de soie blanche, ses gants de « kid »— sortait de la « shed » la grande « sleigt » toute blanche sur ses glisses hautes de tubes métalliques courbés. Un luxe pour les plus jeunes, Raynald et Nicole. Hâte d’abord de revoir le fabuleux grand sapin de « mémeille-la-riche. Pas peureuse comme son fils, Édouard, mon père, les lumières abondaient. Vrai éblouissement dans la fenêtre à vitraux de ion salon. Salon à la cheminée foyer artificiel — où roulait une lumière rouge sous des charbons de verre bleu ! On se pâmait face son arbre archi-décoré : boules de fantaisie, glaçons sans nombre, guirlandes variées, et un ange tenant une lumineuse étoile (de Betléem) au faîte du haut sapin. Fête visuelle ravissante pour mômes pauvres.

Au pied de l’arbre —imaginez nos regards anxieux— immenses boîtes bien scellées, aux papiers métalliques reluisants, aux rubans de soie, avec pompons fleuris. Mystère des cadeaux, toujours fabuleux chez Grand’maman Albina. Elle habitait avec son « vieux » benjamin, l’oncle Léo, cantinier au CiPiAr (C.P.R.), avec la tante Rose-Alba, statuesque —du Maillol— bonne femme. Aussi les deux rejetons, cousine Marthe-la-timide et Jacques, cousin-mutique. Dans sa salle à manger décorée de jolis rubans, c’était…un véritable banquet de gourmets. À la fin, offre de pâtisseries exotiques, inédites pour nous chaque Jour de l’an.

Alors venait un petit moment douloureux pour nous, les enfants, la maudite récitation apprise par coeur à nos écoles. Avec écoute obligatoire des adultes, les pauvres. Au boudoir comme au salon, la soirée se terminera par les inévitables « chansons à répondre » du temps. Ovila le « helper » de l’oncle-des-trains, bouffon dynamique ( sosie du maigre dans « Laurel et Hardy ») chantait (gueulait !). Il s’accompagnait avec son « ruine-babines ». Aussi sa « bombarde, une guinbarde. Oncle Léo osait des histoires un peu cochonnes, mémé fronçait les sourcils: « Voyons Léo ! Les enfants !  » Tard, endormis, on espérait rentrer car on avait hâte à demain et jouer avec ces étrennes. Moi, avec ( une année) ma longue luge (traîne sauvage) de six pieds au beau coussin vert !

Quand cette généreuse « mémeille » mourut, en 1942, le Jour de l’An sera différent, bien plus sobre, « sans arbre illuminé  » à notre logis. Et quand nous seront des « enfants partis », mariés la plupart, on parlera encore de ces fêtes chez grand-maman-la-riche. Ô nostalgie ! Maintenant ? Songer à tous les gens très âgés et solitaires parfois. Souvent « placés’ dans un HCLSD, ou quelque abri-hospice-résidence. Ils guettent une visite…qui ne viendra pas toujours ! Devoir rester seul ce jour-là à contempler des photos, à se souvenir ou à murmurer avec la radio des airs archi-connus. N’oublions pas les anciens. Certains iront à une sainte « messe », ils écouteront les cantiques usés. Ils jonglent celles et ceux (salut Jacques Brel) « qui vont et viennent, du fauteuil au lit et puis du lit au fauteuil » ? J’ai souvent illustré cette mémé-Albina, parler de nos morts c’est les faire revivre. Les ressusciter. Je m’ennuie de cette « vieille fée » ! Du temps achevé à jamais où on se faufilait entre les nombreux tramways,Du temps où on l’embrasait (en grimaçant) cette veuve « en moyens ».

Albina morte, nous avions eu droit à un chalet d’été, avec une grande balançoire, à une chaloupe « verchère » —transformée en voilier avec les draps volés à maman pour explorer les îles au large du Lac des Deux-Montagnes. J’ai pondu 80 demi-heures sur cet héritage ; « Boogie-woogie ». Une série de télé où un élève sortant de Lionel-Groulx, Marc Labrèche, incarnait avec talent « bibi », Ado rêveur. Je me questionne : « Pourquoi Radio-Canada ne passe jamais (en rafale), ce feuilleton qui raconte ces étés à ces « chalets garnis de moustiquaires anti-maringouins » et ces mères « veuves-d’été ? Fameux cadeau des Fêtes, voulez-vous écrire à la SRC ? Je vous dis «  merci », d’avance.

 

JANETTE BERTRAND EN DÉRAPAGE !

Sommes-nous nombreux à avoir été choqué comme je le fus face aux attaques virulentes, de Janette Bertrand à l’émission de Guy-A. Lepage ? La « vieille dame indigne » s’emporte : « toutes les religions sont des machines à dénigrer la femme » ! Quelle inculture sur le plan historique. Jadis, avant les religions, la chrétienne en particulier, le sort des femmes était autrement dégradé. Certes, des chefs religieux ont commis de graves erreurs dont les horribles feux de L’inquisition. Il n’en reste pas moins que « la » religion —quel qu’elle soit— fut d’abord et avant tout un progrès. Une sortie des barbaries. Pour les hommes et pour les femmes.

Crier devant caméras et micros, comme Janette, que tous les prêtres méprisent les femmes est une triste niaiserie, pauvre et ignare Janette. Un mensonge grossier. La laïcité sans fanatisme respecte les religions. Surtout la chrétienne qui a été tout au long de l’Histoire salutaires aux femmes et même occasion fréquente de progrès. Un féminisme débridé n’a rien à gagner en crachant sur les religions. À « Tout le monde en parle », Janette —qui dit craindre l’infirmière voilée lui raccourcissant (!) sa fin de vie, déconnait gravement.

Mais non, consolations indispensable, la religion restera indispensable à bien du monde, respectons cela. Parler de  « poison mortel pour la femme » relève d’un militantisme athée très dépassé en 2013, d’un athéisme infantile. Moi, l’écrivain agnostique —croyant sans adhérer à aucun dogme religieux— j’affirme : ma « bonne vieille religion catholique » défendait et valorisait la femme, la protégeait aussi. Chère Janette, profiter du « débat sur la laïcité » pour proférer à la radio et à la télé —agressivement— une telle sottise est d’un anticléricalisme puéril totalement écoeurant. Plus grave, c’est une injustice.

C’est sans doute le bon moment ici, de dénoncer tant de « grandes gueules » —chroniqueurs variés— qui sont mal équipés intellectuellement. C’est encombrant, aux tribunes d’opinions et l’espace public résonne de mille inepties. Ces incultes —et voyez tant de ces columnists improvisés sur les réseaux de l’Internet— comme madame Bertrand, répandent des fadaises et des foutaises insupportables. Les religions, la bonne vieille romaine catholique en particulier, a collaboré (à travers ses erreurs) au respect des femmes et à ses droits aussi. Alors, combien avons-nous été, comme moi, gênés d’entendre « la Janette nationale » diffamer et si brutalement la religion de notre jeunesse ? Ce dimanche soir là, c’était embarrassant pour qui connaît l’histoire le moindrement, cela que l’on soit devenu incroyant ou que l’on soit resté croyant. Janette, dans un hôpital, une musulmane —une femme voilée— respecte comme tout être humain, « la fin de vie » parvenue au bout d’une existence. Craindre le contraire, ma pauvre Janette, relève d’un racisme niais.

Et puis cracher et baver sur ses anciennes croyances, même si c’était souvent « religiosité candide », fait voir au fond, une sorte d’auto-mépris déplorable. Cela m’a gêné vraiment à « Tout le monde en parle » et cela m’a navré venant d’une femme courageuse sur tant d’autres plans.

 

 

« VISA LE BLANC, TUA LE NOIR » (air connu).

J’observe sans jamais me lasser ma familière troupe de huit (oui, 8) canards. D’où sortent-ils ? Plusieurs fois par jour, ils vont, nerveux et enjoués, vers la plage publique, en reviennent, y retournent et… disparaissent? Nichent-ils là où la Ville détient un petit lopin de terre (basse) à fin écologique. À côté du Chantecler ?

Très comique de les voir en promenade qui plongent la tête sous l’eau ici et là. Qu’ont-ils aperçu ? Comiques ces cocasses culs blancs soudain dressés au ciel ! Que mangent-ils, des insectes, bactéries d’algues ?, des ménés ? Il m’arrive de, vite, couper des branches porteuses de cerises de chèvrefeuille et mes chers « 8 » semblent les apprécier, me reviennent aussitôt pour avaler ces baies sauvages. Quelle beauté naturaliste que ces pataugeurs ailés et à la natation rapide comme invisible. Il faut imaginer ces seize pattes palmées, mini-avirons énergiques en diable. Ces huit long cous, chaque jour offre un brin de sauvagerie en un milieu habité, où la nature est peignée, tondue, organisée; contraste excitant !

Ma crainte de ne pas les revoir, l’été revenu, car mes chers « 8 » me réconfortent. Or, voici que depuis deux semaines, un nouveau venu, un canard… nègre ! Plus gros, noir de plumes. Ce solitaire vient rôder mais pas trop au bord du rivage, méfiant; l’orgueilleux « moineau », au port arrogant est un indépendant, en tous cas, si je l’appelle avec mes baies lancées…c’est non, niet et plouc !, chaque fois il plonge aussitôt et…disparaît. Vraiment. Je guette mais ne le vois plus ressortir de l’onde ! Est-il mi-poisson, mi-canard ?

Belle vie hen, eh oui car je suis très libre ayant achevé mon prochain roman. Le titre ? « L’apiculteur », rendu chez mon éditeur, VLB-Quebecor, sorti en 1974. Promettez-moi de le lire. L’histoire ? Un chimiste défiguré par un bain d’acide, vit terré sous terre. Pour sortir il se déguise en apiculteur et le « chapeau à voile » cache l’horreur. Le monstre s’est construit par les nuits un bunker sous un mausolée abandonné du cimetière, au pied du mont Royal ! Mon éditeur, Martin Balthazar (vlb, quebecor), m’a écrit : « Ici, excités de publier votre récit d’un apiculteur mort-vivant et c’est peu dire… »

Ça stimule en grande, hein ?

Bon, je paresse mais avec une « bibliothèque portative », mon cher « Kindle ». Je lis en ce moment la biographie d’un effrayant « assassin soviétique », Léon Trotski. Qui sera assassiné (au Mexique) sur ordre d’un autre « assassin soviétique », Staline ! On jase là, mon fidèle lectorat l’a bien vu, c’est un « Journal intime » (que l’on mettra en livre après ma mort ?

Mes canards sauvages donc… à Pointe Calumet, étés de ma jeunesse, point de canards, rien de sauvage, que des hordes de vertes rainettes, parfois un coyote, parfois un renard en haut des plages, loin, derrière les chalets en rangées.

Oh, soudain, « la faim, l’herbe tendre » ( selon Lafontaine), j’imaginai m’en faire rôtir de canard un sur notre BBQ ! Honte à mes gênes d’ex-chasseur ! Mais non, ma carabine (à plomb) restera muette et je mijote un nouveau sujet de livre. Tant aimer écrire ! Folie car publier désormais est une activité qui serait « en voie d’extinction », oui, on dit que la littérature agonise, que monde actuel lit de moins en moins. « Ça gueule : piratages, maudits ordinateurs ! ». Et les journaux ? On dit que le célèbre « Washington Post » pourrait fermer, diable, si « Pays d’en Haut » disparaît où trouverais-je un si bel îlot pour épancher ma passion d’écrire ?

Mes canards ne me consoleront pas. En 2020, solitaire et ridicule, j’irai à l’amphithéâtre de la rue Morin pour réciter mes proses. Des gamins, i-pod aux oreilles, i-pad aux mains, riront de ce vieux saltimbanque et, peut-être, lui lanceront des pierres ?

LUISEZ BELLES AURORES BORÉALES !

Une rôdeuse matinale me remet un article du quotidien raciste, The Gazette, machine francophobe (très phobe). Croyez-le ou non, des nôtres, masochistes insoignables, achètent cette pourriture. Attention : ce quotidien contient d’excellents journalistes et leurs articles sont solides mais il y a ses éditeurs, chroniqueurs et même caricaturiste. Ainsi, Aislin, dessinateur émérite, a déjà publié un bonhomme se léchant l’anus (!) et mis en légende: « The patriot ! »

Ma courageuse anonyme m’offrait donc un texte sur « cinq colonnes », pissé par ce fieffé Conservateur né (et élevé) dans l’ancien ghetto « bloke » de Shawinigan Fall, un certain Peter Blaikie. Ce dernier reprend son « antienne sur l’air : « Pour les indépendantistes, c’est clair, les anglophones et les allophones ne voteront jamais en faveur d’un Québec souverain. » Grosse nouvelle hein ? Ou Blaikie joue un rôle ou bien c’est un imbécile. Ce que je ne crois pas. Tous ses reproches à Pauline Marois ( massacreuse d’anglais, n’est-ce pas ?), dette grandissante, surtaxes, bureaucratie comme lierre, attitude anti mines, Montréal tant négligé, etc.) s’appliquerait autant à Charest qu’à (ma foi) Bourassa ! Frileux sur la Loi 101, il vante (faux louangeur !) le bilinguisme merveilleux des Lévesque, Parizeau, Bouchard et même de J.-F. Lisée.

Ce braqué de Blaikie termine l’étalement par : « la langue devient obsessionnelle avec les Marie Malavoix et Cie, voici la sotte Loi 14, la folie des manuels d’histoire nationalistes, etc . » Paniqué, (même s’ils sont 300 millions sur le continent et nous 2 ?) le Hérault de The Gazete crie : « Anglos, ne nous laissons pas manger la laine sur le dos ! » On lit ce raciste et puis on va se laver, patauger dans le Rond et je revois, ce midi, sur les troncs des pins et des saules du rivage, des reflets mouvants, sorte d’aurores boréales.

C’est l’eau du lac, remué par la brise, qui m’offre ce spectacle cinétique tout à fait envoûtant. Ça repose les yeux de ces lectures francophobes. Je n’ai aucune carte d’aucun pari politique. N’en ai jamais eu. Sauf durant 15 jours, car obligé, voulant jouer le député mais des frileux à « cette grande gueule de Jasmin », pépères Parizeau, Royer, Boileau, chassèrent l’« esprit libre ». Je n’ai pas de « parti » donc, qu’une cause. Elle est naturelle. Mondialement répandue. Il y a plus de 150 nations à l’Onu. Je combattrai jusqu’à ma mort pour que notre nation aie une patrie. Mais je comprend ce que notre histoire —depuis « La défaite » (1763), la domination anglaise, les tentatives d’assimilation— a fait des aînés. Des citoyens ultra prudents, colonisés et aliénés.

J’ai grande foi en ceux qui viennent. La jeunesse québécoise ne traîne plus ces chaînes historiques, ces boulets héréditaires regrettables. Pour me détendre de ce nécessaire combat, je lis, je ris, je souris aux chansons nouvelles comme aux musiques actuelles et, hier, je ralentis rue Archambault, pour ce chat aux bizarres zébrures pourpres dont je vous ai parlé. Nous nous regardons longuement dans le fond des yeux. Je m’imagine qu’il veut me miauler : « Mon pauvre vieux patriote, tu vas mourir bientôt et tu ne verras pas ça une patrie pour les tiens. » Ça me fait de la peine et je file vers —récent cadeau au vieux papa— mon cher « Kindle » tout neuf. Où m’attendent des récits, des classiques et des nouveautés, à en oublier ces aveugles bienheureux, anglos « en ghetto », lisant ce torchon nommé « The Gazette ». Mais vous, aurores boréales qui entortillez les saules, luisez, luisez !

 

JE SUIS FIER DE MA RACE

Je suis fier de ma race. Moi, modeste greffe de tant de glorieux et modestes héros, je suis très fier de ma race. Moi, simple descendant de tant de nos pionniers français. Tous ces valeureux exilés remplis d’espoir. Je suis fier de descendre de ces courageux voyageurs venus de France et de les continuer. De poursuivre l’immense collectif ouvrage, îlot miraculeux dans un océan anglo-saxon. Je suis fier d’encore participer, avec tous les miens, à cette fantastique installation française qui dure depuis des siècles.

Oh oui, soyons fiers, tous ensemble, d’avoir su résister et organiser cette fabuleuse édification. Solide implantation, solide et fragile à la fois, en Amérique du nord. Sans aucune honte, montrons-nous une nation déterminée à exister, à durer, à s’épanouir en français. Des visiteurs du monde entier sont étonnés et admiratif de notre détermination d’exister, de durer, de nous épanouir en français.

Ma race n’est supérieure à aucune autre, ma race n’est inférieure à aucune autre. Ma race a son histoire qui est unique dans notre univers et, à la fois, semblable à tant d’autres sur tant de continents. Son histoire est une singulière épopée : résister. Durer. Se continuer malgré tant de tentatives de nos assimiler. Nous sommes toujours debout !

D’autres races de l’humanité ont une histoire bien à elles. Défaites et victoires. Atroces guerres, luttes injustes, grands combats héroïques. Ma race a traversé à l’occasion des temps difficiles et des temps heureux, on a été parfois fragilisés, au bord de perdre notre identité. Notre race a su triompher a duré. Et elle dure encore, je suis donc fier de ma race.

D’autres races ont de bonnes raisons d’être fiers, des motifs de grande fierté, aussi des raisons d’être assombris, quelques regrets. Chaque histoire nationale a sa fierté.

Je suis fier de ma race et d’applaudir nos créateurs,tous nos travailleurs, nos chercheurs et nos trouveurs, inventeurs parfois aux talents inouïs. Je suis fier de tous nos frères et sœurs en travaux inédits comme en simples ouvrages utiles pour nos continuités, la perpétuation pour ceux qui vont venir. Je suis fier de notre immense labeur — ordinaire ou providentiel.

Certains craignent le mot race et crachent dessus, ce sont les sans âme, les déracinés contents, allergiques aux contes, aux légendes et aux grands et petits faits historiques, des renieurs et contempteurs de notre avenir national. Ils sont masochistes écervelés et fiers de vivre sans histoire. Nous vous plaignons, froussards déguisés en « mondialistes ». Ils sont des forcenés de « l’équarrissage pour tous » et se disent « citoyens du monde ». Mais ils sont de simples consommateurs sans identité. Ah bas le déni, l’autocensure, la « rectitude politique », le mot race ne mord pas plus que le mot chien. Proclamons-nous fiers de notre race française en Amérique du nord, tout comme nous sommes fiers de tous ceux qui sortent de toutes les autres races de cette terre humaine pour venir nous joindre et nous continuer.

 

TEXTE PUBLIÉ DANS LE DEVOIR

« MA VIE C’EST DE LA M…. »

 

 

Je roule dans ma petite patrie rue St Denis et je dépasse « l’ex-école de réforme ». Lieu tant craint qui est devenue une école de théâtre. Nous voici rendus, R. et moi, à une salle à l’éclairage extérieur glauque. Pénétrons. Assis les voyeurs ! Et pour regarder quoi ? Du Serge Boucher. Un as de l’observation pathétique ! Téléréalité ? Dans un sens, oui ! Passer quasiment deux heures à observer trois phénoménales loques humaines nous exhibant leur petite « vie de mard… ». Un trio de « misérables », pire que du Victor Hugo.

D’abord une mignonne battue par son chum invisible, kioute révoltée et enceinte (oui en 2013 !!!), c’est la chambreuse, Nancy, une dingue sacreuse qui rêve d’un beau mariage en blanc, elle, l’écervelée à la grossièreté sauvage ! Serge Boucher fait peur de vérité.

La deuxième femme du trio ? Zieutez cette scabreuse Tony, vieillie et agressive qui « colle » dans ce « 3 et demi ». Serge Boucher fascine ! Ce taudis de l’est où l’on entend siffler le trafic du boul Métropolitain fait peur. S’y abrite aussi un drôle de héros : Normand dit « Norm », le sommet du mal né, oui, « peak » du malchanceux !

Allez voir cette lie de la terre avec cet aliéné criard, secoué de tics, « toussant » un français, jargon tout hachuré d’onomatopées. Crétin qui admire Batman, son co-loc absent et qui le domine, l’abuse, pauvre mini-cerveau tout ratatiné, Norm tolère à peine François, ce petit-bourgeois envoyé par le CLSC, « parrain » désespéré.

R et moi, « calés » dans nos fauteuils, ahuris, pétrifiés, restons pas moins impuissant que « le parrain » voyant vivoter cette « poubelle à six pattes », échantillons d’un monde perdu.

Si « Avec Norm » revient, ne ratez absolument pas cette histoire qui s’achève au « Rideau Vert ». Serge Boucher a étudié ici, en basses-Laurentides, au cégep-théâtre de Ste Thérèse. Boucher, redoutable observateur, est aussi un auteur de télé : « Aveux », « Apparences ». Il a avoué avoir vécu cet échec, tout comme son François du CLSD. Ce rôle est joué excellemment par l’acteur filiforme surdoué Éric Bernier. Voir ce cirque hallucinant un jour, un spectacle bien orchestré par le metteur en scène, Bellefeuille. Un carrousel nerveux de tableaux quasi scabreux, sordide laid tricot scénique, cruelle mosaïque, hélas, que l’on sait vécue de Gaspé à Gatineau.

Voir se tourner les pages salies d’un album crotté, on a l’impression d’inhaler des odeurs de pourritures, effluves aux odeurs répugnantes tellement ce récit est ultra réaliste. Boucher ? Un impitoyable « boucher » (eh !) ! Ses viandes découpées ? Horribles flasches d’un chirurgien aux scalpels précis. Effrayant d’observer ces destinées. Nancy, l’accorte guidoune se débattant de son crétinisme, est l’ouvrage de génie de la comédienne, Sandrine Bisson; du très grand art prodigieux et qui glace le sang. Cette Bisson ira loin, très loin.

La comédienne Muriel Dutil incarne Tony, vieille âme abrutie sans aucune morale. Inoubliable ! On est subjugué dès l’ouverture du rideau l’entendant réclamer à grands cris ses « pétaques pillées »; un jeu électrisant, Dutil y est hypnotique. Enfin, allez vite admirer « Norm », le héros écrasé joué de façon géniale par Benoît McGinnis. Sobre directeur de l’école du « 30 vies » de Fabienne Larouche, il s’est composé un abruti d’une invention à couper le souffle. Voir jouer ce McGinnis-là est sidérant. Des dons renversants et je pèse mes mot.

Ai-je publié un chef d’oeuvre ?

C’est samedi matin, on roule vers la gare des autobus où un minibus (que je raterai) conduira à Hull 35 écrivains vers leur Salon du livre. Raymonde conduit la Honda noire, j’ouvre Le Devoir et comme promis, je vois la page du Cahier-Livres qui m’est offerte. Je vois la photo de moi, au 1111 rue Berri devant le porche de ma vieille « École du meuble » où j’ai obtenu (en 1950) un diplôme de céramiste. Mon « chauffeur privé », Raymonde, m’écoute lisant la critique « dithyrambique », extrêmement louangeuse du journaliste Cornellier pour mon récit maintenant en librairie : « Anita, une fille numérotée ». Je suis bouleversé car Cornellier parle d’un chef d’oeuvre ! Rien de moins, alors, imaginez mon émoi. Soudain, Raymonde fond en larmes et se stationne.

Vous qui, ici, me lisez chaque semaine, sachez que les artistes —théâtre, peinture, danse, etc.— sommes fragiles. Que nous guettons avec appréhension les opinions critiques sur ce que l’on pond, que les blâmes font mal mais que les éloges, publiques et aussi privées —merci pour vos courriels— nous fortifient, nous stimulent aussi, nous encouragent à continuer.

Les mots chauds, si enthousiastes de Cornellier dans Le Devoir de samedi dernier, me paralysèrent, j’étais comme assommé et il m’a fallu 48 heures pour m’en remettre et, enfin, le remercier. À mon grand âge, on se pose des questions. Est-ce que j’ai toujours d’assez bons ressorts, assez de jus, pour encore savoir bien raconter un pan de vie. Avec « Anita… », un souvenir embarrassant de ma jeunesse ? Cette fois —est-ce mon cinquantième livre ?— puis-je narrer avec un bon talent cette brève histoire d’amour adolescent. Cette folle passion pour une jolie jeune Juive, blonde aux yeux bleus, rescapé d’un camp nazi, devenue étudiante en céramique avec moi à cette École du meuble ? L’éditeur (XYZ) a lu et vous a dit « Oui, on le publie » mais est-il épaté ou s’il veut seulement vous joindre à sa vaste écurie d’auteurs ? Le doute, ce maudit démon ! Voilà qu’un journal prestigieux titre : « Anita »,  c’est un chef d’œuvre ! »

Soudain, vous dégringolez dans les souvenirs d’un gamin de Villeray qui rêvait, hésitait —comme tous les ados—, devenir céramiste ou comédien ? Annonceur de radio ou… écrivain, quand il n’y a pas même un seul livre chez vous, quand les parents prudents s’inquiètent de votre avenir. « Un artiste dans notre famille, Seigneur !, il va crever de faim. » Vous, fils de petit restaurateur, vous savez bien le danger des illusions mais vous aimez tant raconter des histoires depuis celles (d’horreur) racontées le soir, tard, dans la chambre-double de vos cinq sœurs, les empêchant de dormir. « Marche vite dans ta chambre, mon escogriffe », me criait maman.

Et puis, un jour, cet hebdo de Villeray qui accepte vos premiers articles. Maintenant c’est l’hebdo d’ici qui accueille vos écrits chaque semaine : boucle bouclé ? Si personne n’aime ce que vous pondez, c’est la fin d’un rêve. Bien chanceux, voici que, 50 ans plus tard, ce Louis C. , jeune lecteur emballé, publie des éloges vertigineux et affirme « urbi et orbi » que cette Anita de vos dix-huit ans, eh bien, « c’est un chef d’œuvre » ! Je suis sur un nuage. Le lirez-vous ?