Le jeudi 10 janvier 2002

Le jeudi 10 janvier 2002
1-
Hier, un mercredi (sans J.N.) avec problèmes sur ma vieille machine « Mac ». Oh la la ! Arrivais pas à expédier des J.N., celui du 7 ou du 8 janvier ! Des appels SOS à Daniel et Marco, le fils et le gendre, si habiles, eux, en « ordinations ». Et Aile chez le toubib et à Notre-Dame… « Rien de grave », dit-elle à son retour d’hôpital où elle a croisé un Michel Chartrand, tout sage, en ligne avec tout le monde dans un couloir. On ramasse les victuailles et on remonte à Ste. Ad. Bouffe au St-Hubert « barbàqueue ». La bonne soupe poulet-riz…yum !
Vu le « Bureau-au-si-beau-bureau », « Le Point », avec un monsieur Roy, spécialiste de l’Islam. Conversation éclairante. Clichés « musulmans » mis aux vidanges un après l’autre. Au matin, « in » Le Dev., lu ce Patrick Declerc, un savant psychanalyste ex-Canadien vivant à Paris —longtemps— parmi, oui, au milieu les SDF, itinérants. Encore le cassage des stéréotypes. Parfait ! Je viens de retrouver ce bonhomme dans un article du dernier « Nouvel Obs » acheté au dépanneur sous Le Manoir. P.D. dit : « des fous volontaires. Oui. Une folie. » Il publie un livre sur la question. J’y reviendrai. Il dit que les clochards (clochardes) refusent toute forme de vie sociétale. Leur libre choix. Comme on est loin des sincères (!) démagogues (maire Tremblay et Cie) qui veulent absolument les encadrer, les ramener…à nous !
2-
Ma « voisine » d’en face, de biais si vous voulez, Chemin Bates, est la femme de mon fils. Lynn travaille comme relationniste pour les publications de Quebecor. Quand je ramène j. et c. au Phénix, je passe souvent la saluer. Mardi matin, elle est de belle humeur. On pique une jasette. Elle craint un déménagement. Projet de regroupement à la Maison mère, rue Saint-Jacques, en face de la Tour de la Bourse. Elle dit : « ce sera le métro obligatoire alors, pas de place pour stationner dans ce bas de la ville ! »
Son boss », Simard, n’était pas à son bureau, voisin de celui de Lynn. Ce Simard fut mon éditeur, le monde est donc petit, pour un conte-jeunesse :« Partir à l’aventure, loin… » et de deux autres livres : « Un été trop court », journal d’une saison (l’été de 1994) et un essai sur le mode « fantasy », l’horreur : « La nuit, tous les singes sont gris. »
J’avais cru, candidement, vu leur puissante machine concentrationnaire, à des moyens publicitaires énormes ! Mais non…rien ou pas grand chose en promotion dans leurs revues, journaux etc. Chaque « cabane » de Péladeau tient à garder sa liberté, n’est-ce pas, cela devient l’envers du « productif », les dirigeants se méfient même de leurs produits annexes ! Et puis, on le sait : la familiarité engendre du mépris ! Résultat pour mes trois publications ? « Mévente ». On a mis en charpie mes livres. Je m’envolai alors chez un autre voisin, rue Ducharme, Jacques Lanctôt.
3-
Attendant Aile à ses tests médicaux, j’ai visionné cette Biographie du Canal D : « Claude jasmin, touche à tout », un jack-of-all- trade » ? Je revois mon fils affirmant que… « Mon père ne m’épanche pas facilement, il se garde bien de se confier en profondeur… » Je reste songeur !
L’image que l’on projette sur autrui, sur ses enfants même, est en dehors de votre contrôle.
Il est vrai que j’ai une sorte de curieuse pudeur…surtout envers mes descendants. La crainte de les charger du poids de mes…anxiétés ? Peut-être. Je me suis souvenu d’un vague camarade d’Aile à la SRC, qui, subitement, nous confiait ses problèmes intimes : divorce, délicat partage…etc. Je l’avais vite interrompu à la grande stupeur d’Aile. Explication exigée après son départ : « Bien…Je craignais qu’il regrette, après ses confidences, de s’être livré trop crûment. » Eh oui ! Folie ? Je ne sais trop.
4-
Ce mardi soir, le restau encore. Ma chère « Moulerie », (sauce roquefort ou sauce indienne, miam !) rue Bernard. Rencontre d’une comédienne, madame Martineau, qui « tient salon » à Outremont ! Littérature, musique, chant, poésie etc. Elle me remercie de l’avoir installée dans le livre « Outremont » , l’an dernier. Me menace d’une invitation à son « salon ». Brrr… Je n’ai rien d’un salonnard, moi !
Jeune, l’insulte courante pour tous ces redresseurs de jeunes personnalités en friche, nous : « Maudit achalant, pas de morale hein ! » ou « Fais pas ton moraliste, okay ? » Nous confondions deux mots : moraliste et moralisateur. Il arrive qu’on me fasse le fameux reproche. Eh bien oui, je suis moraliste et très fier de l’être. Ça fait enrager tous ce monde libertaire, désaxé, mou, flou, pour qui , il n’y a de bon que « liberté à gogo ! » Deux grand auteurs, d’une nature pédéraste pourtant, étaient des moralistes solides, André Gide et Henri de Montherlant. Ils avaient leur échelle de valeurs, des critères, des balises. S’il faut haïr les moralisateurs qui se répandent en interdictions futiles, qui ont davantage de peurs idiotes que des valeurs essentielles, il faut soutenir les moralistes.
Je parle de cela car j’ai envoyé encore des messages à mes jeunes mousquetaires, les cinq petits-fils. Je ne cesse de leur recommander « l’estime de soi ». Quand on a de l’estime pour soi on se conduit bien. Les dérives de tant de jeunes viennent, à mon avis, de ce bafouement de soi-même. Je dis à ces adolescents :
« Vous êtes uniques. Vraiment des êtres uniques. Comme tout le monde certes mais trop de monde l’oublie etc c’est alors le glissement vers des modes néfastes, ils deviennent des suiveurs en chutes funestes, drogue etc. Jeune je m’aimais, je m’aime, et je me suis conduit comme quelqu’un qui s’aime, qui croit en lui. J’ai toujours fui à toute vitesse, d’instinct, les « essais » niais juste pour être à la mode, porno, échangisme, communes naïves,
alcools à satiété, expériences « juste pour voir ».
Vous devriez, lecteurs, voir la tête des jeunes quand, aux écoles, je dis : « Soyez différents, ne vous habillez pas tous de la même façon, fondez votre jeune personnalité hors des rangs, ayez le courage de ne pas être moutonnier, combattez ce « grégaire » si rassurant, évitez de vous fondre dans la masse ordinaire des écoliers. Oh oui, leurs têtes alors !
5-
Aile me chicane souvent. Parfois avec raison. Je suis d’un naturel salissant, sauvage, d’une « bohème » malcommode. Elle se fâche fort à l’occasion, en devient moins … Aile —ou ange— que démone. Une diablesse ! Et c’est les altercations comme dans tous les couples où l’on ne peut rouler sempiternellement en douceur. La diablesse, la satane en colère contre son « petit maudit cochon », en a comme des cornes sous sa jolie frange de cheveux, invisibles aux étrangers, un pied de bouc, de biche ?, hon ! un « crow bar »? La tempête passe, je fais des promesses : « ça ne se reproduira plus, je respecterai nappes, tapis, meubles… »
La tempête me fait me réfugier dans la lecture de cet « Été top court », cet été de 1994. J’écris pour moi ? Mas foi, oui, j’aime bien, après presque une décennie, revoir, revivre nos éphémérides. Calmée, Aile écoute, toute souriante, mon rapport des faits et gestes —et pensées— de notre couple voyageant au Saguenay cet été-là, puis nous dorant la peau en lisant au soleil d’août au bord de l’Atlantique du Maine, à Ogunquit. Je recommande à tout le monde de rédiger ainsi des calepins de mémoires. C’est fort divertissant à déchiffrer plus tard, il faut me croire, essayez. Quand je voudrai, je relirai, amusé, étonné parfois, le temps qui filait, de septembre 1987 à février 1988 (« Pour tout vous dire », chez Guérin) ou bien les jours qui passaient de mars 1988 à décembre de cette année-là (« Pour ne rien vous cacher », chez Leméac).
Dés 1984, un an après la mort tragique de la première épouse, bizarre, je publiais, chez Leméac, cinq romans policier. Cinq fois, l’assassin du polar était une femme ! Oui, curieux ! Un psy qui me lit dira-t-il : « Hum, c’est clair, tentative inconsciente de déculpabilisation ? » Eh !
6-
Ce matin, jeudi, ciel uniformément gris. Temps doux hier, mercredi à Montréal et encore aujourd’hui. Hier soir tombait une neige toute molle, fondante. Aile ravie de cet hiver qui ne vient pas vraiment. Cette vieille maison centenaire nous fait des factures en chauffage mirobolantes, époustouflantes…alors…
Actualités du matin : ce terminus où tournoyaient les tramways de ma jeunesse, rue de Fleurimont (disparue, rayée de la carte !) vaut dans les 20 millions de dollars ! Québec, l’acheteur, veut un méga hôpital. À quoi s’opposent certains dont un fameux gynécologue (celui d’Aile). Ce lieu était aussi proche de notre grande frayeur :L’École de réforme (devenu école de théâtre) . Menace de nos parents quand on cassait des carreaux : « on va vois faire renfermer à l’école de réforme ! ». Lieu aussi, plus tard, lieu de regroupement des manufactures de lingerie où mes sœurs ont sué, bossé, où des juifs hassidim —discrets, cachés—faisaient de l’argent; les ordres aux midinettes venant de petits-boss, de sous-patrons, les contremaîtresses honnies par mes sœurs. Pas loin encore, l’hôpital des enfants, Sainte-Justine (déménagée Côte Sainte-Catherine) où l’on m’opérait pour une appendicite à 13 ans, premier séjour hors foyer, éprouvant. Ce CHUM donc où virevolteront, au lieu des trams, des civières par centaines !
Le réalisateur Laforce, sur la piste du « Petit train du nord », nous en contait une bonne : un jour il fait la connaissance de l’acteur Gilles Renaud. Pas vraiment un inconnu ! Sa tante, « vieille fille » midinette, (c’est le lien de ce coq à l’âne !) assise à sa machine à coudre pendant vingt ans face à une autre « catherine-ouvrière » racontait en détails la vie de son cher neveu, le petit Laforce. Et vice-versa. Cette autre tante était celle de l’acteur Renaud ! À Rosemont, à la maison : tout se savait de l’un ou de l’autre sans, évidemment, qu’ils se connaissent !
Étonnant, quand, vieillis, le réalisateur et le comédien travaillèrent ensemble, ils savaient tout l’un de l’autre par ces commérages des deux « ma-tante », trente ans durant !
Cui, cui, cui, cette histoire, cocasse non ?, est finie !
7-
Plein de civières de nouveau dans les couloirs des « Urgences ». La ministre Harel passerait à la Santé, le Trudel, jugé « chancelant », dehors. Aïe ! Ce jeu (bien peu musical) de la chaise honteuse ! Quoi encore ? Le ministre Gagliano soupçonné de nouveau de favoritisme, d’ingérence grave. La farce. Le bon peuple n’est pas dupe et sait fort bien qu’en ces milieux politiques le favoritisme est florissant et cela depuis la nuit des temps, dans tous les échelons de tous les partis « politichiens » quand ils arrivent au pouvoir… ou qu’ils s’y maintiennent.
Qui croit-on étonner ? Allons, c’est connu comme « Barrabas dans la passion ». Un cas éclate au grand jour et voilà les graves « informateurs » patentés, hypocrites, qui crachent manchettes et commentaires, jouent les scandalisés. Combien de journalistes à bons contacts se font vite nommer relationnistes, chefs de cabinet, directeurs de bureau dès l’élection terminée ! Hen ? Oui, une farce. « Tu penses qu’on s’en aperçoit pas », chantait Vigneault ?
Mon Dieu, je me sens depuis ces J.N. comme en 1989 quand j’arrivais pour cinq ans, à la radio de CJMS, avec mon « débater » Arcand, pour gueuler sur les actualités. Je ramassais, découpais, empilait les nouvelles chaque jour. J’aimais ça ! J’aime encore ça et ça se voit hein ?
8-
Je lis des déclarations d’un ex-ministre de l’Éducation qui se fit mettre à la porte pour Jospin quand des foules descendirent dans la rue, contre sa réforme globale. Ce Allègre, à Paris, éclate : deux forces énormes bloquaient mon travail de rénovation :les bureaucrates du ministère en question et les bureaucrates des syndicats installés. Il aurait préféré sonder la population par référendum. Je dis à Aile pour illustrer la vérité d’Allègre : « Tu t’es présentée et tu as été élue, tu es ministre de la culture, mettons. Te voilà dans ton neuf bureau. Aussitôt, sous-ministres, directeurs de ceci et de cela, t’entourent. Eux, ils savent tout. Eux, ils sont informés des dossiers. Pas toi. Eux vont te dire quoi faire, quoi dire, comment manœuvrer, pas vrai ? Et toi, tu deviens quoi ? Tes projets, tes promesses, tes idées neuves , ton envie de changer les choses…Les « permanents », bien installés, inamovibles, vont t’expliquer le réel, comment on peut contourner leurs semblables, la hiérarchie syndicale bien bureaucratisée, elle aussi, qui déteste le moindre changement. Et tu te tairais ? Oui ou non ? À moins d’être forte, indépendante d’esprit en diable, fonceuse…
Aile réfléchit longuement.
9-
Enfant, il y avait deux abbés pédophiles dans Sainte-Cécile, l’un, aux petits garçons, l’abbé B., —le jeune frère d’un ami l’apprit à ses dépens— l’autre aux petites filles, l’abbé F. —une de mes sœurs dut le combattre. Des parents portaient plainte sur plainte chez le curé. C’est long mais ils finirent par partir. On parlait d’une « prison des prêtres » ! Je n’en revenais pas ! Dans le Nord ! Légende urbaine ? Rome vient de recommander, urbi et orbi, que l’on ramène les cas de pédophilie au Vatican. Quoi ? On a plus confiance aux évêques depuis le silence écœurant d’un évêque de France, qui a reçu une peine de prison pour son « cover-up » scandaleux. Voila qu’ici, nos évêques refusent cette loi… écrite en latin. Un code ? Apostat, hérésie ! Non, Rome s’incline : « Vrai que la justice chez vous est bien menée. » Envie de rire…en latin de servant de messe !
Appel de Trois-Pistoles tantôt : V.-L. B. Ne pas oublier mon dessin, la age manuscrite et trouver le titre définitif et envoyer copie avec espaces larges pour les corrections, etc. Le titre ? Ce sera : « ÉCRIRE POUR L’ARGENT ET LA GLOIRE. » Ça fait pas trop littéraire, hein ? Une provocation encore tit-Claude ? Non, jeune, naïf, je croyais vraiment devenir et riche et plein de gloire. J’y songe, n’étais-je pas « cocu » de Beaulieu ? Quand, la nuit souvent, il téléphonait ses longs tiraillements scripturaires pour « L’héritage » ou pour « Montréal P.Q. ». Des heures enlevées à ma compagne quand je l’attendais au lit ! Oui, il me « cocufiait » ma foi du bon yeu ! Aile rit quand je le lui ai dit cela tantôt.
Un soir d’été, on aperçoit le V.-L. B. , éthylique en ce temps-là, écrasé dans l’escalier de son chef et copain, Jean Salvy, rue Hutchison près de chez nous. On fit un détour, craignant une longue diatribe larmoyante. C’était son temps déraisonnable comme il est agréable désormais cde jaser avec l’auteur guéri.
10-
Brume dans le port de Yarmouth, un midi d’été, au bout de la en Nouvelle –Écosse. Aile et moi attendions le bateau pour nous rendre aux USA, à Bar Harbor. Ce matin, l’on parle de pêcheurs de ce port qui vendent aux amerloques complices, sans l’avouer au fisc maudit, des tonnes de homard. Hon ! Souvenir : traversée en bac donc et la pluie qui tombe. À Bas Harbor, aucun motel libre. Nous filons vers Bangor où je souhaite piquer une jase avec Stephen King —il y habite— que nous lisons souvent Aile et moi. Or, à Bangor deux autoroutes sont comme en parallèles et nous y tournons sans arriver à en sortir, malgré les échangeurs, les bretelles…Ah oui, l’horreur ! Oui, du Stephen King vécu dans cette la nuit orageuse. Cette épopée inusitée m’a toujours étonné ! On a fini, tard, trouvant une issue par hasard, par nous réfugier dans un motel, le lendemain, soleil et nous filions vers Mount-Desert voir le site de la grande Yourcenar. L’effrayant King ? Non, on en voulait plus, échaudé par la mésaventure de me plus pouvoir nous dégager des autoroutes emmêlées.
11-
Lire ou regarder ? Choix fait. Offre de seize (oui 16) épisodes de télé sur l’histoire complète des Britanniques. Non !Trop c’est trop. Esclavage ! La lecture, c’est mieux. Nous avons plus appris sur les pays d’Afrique « en chamailles » en lisant le formidable « Ébène » de Capuscinsky que de regarder seize émissions sur ce sujet. J’en suis sûr. Cependant il y a lecture et lecture : je tentais depuis deux jours de lire avec profit une sorte de manuel un brin scolaire sur la science. Merde ! Je me suis senti de nouveau ce collégien quand je ne pigeais rien en mathématiques. Pourtant pas un livre pour initiés ! Ce blocage me déçoit gravement. Aile au souper : : « T’en fais une tête ! Qu’est-ce t’as? Tu sembles abattu ! » Je lui raconte et ajoute : « Comment ont fait tes deux frères ? L’un si doué en chimie, l’autre docteur en physique nucléaire ? » La démoniaque Aile : « Ah, que veux-tu, c’est des Boucher ! Pas bouchés. En rien ! » Pourquoi n’ais-je pas un esprit capable de saisir les choses scientifiques ? Suis-je borné, suis-je intelligent ? J’en doutais hier soir. Heureusement, je cause et Aile ne cesse d’émettre des « Eh maudit que t’es brillant ! » Consolation.
12-
Nath Pétro, ce matin, chronique sur la laideur. Johanne de Bellefeuille cherche désespérément des gens laids pur un « spécial » de télé. Comme dit une chanson : « Gaston… y a le téléphon et y a personne qui répond… » J’avais songé, jadis, à un concours anti-Lise Payette : « Le plus laid homme du Québec. »
Certes, on aurait récompensé le plus laid et, à la fois, le plus charmant. Cela existe si souvent. Je me retiens (hélas ?) de rédiger sur les avantages d’avoir un bon, un beau physique. Avantagé comme je le fus, jeune, je saurais de quoi je parle. Des facilités indéniables pour ceux qui sont plaisants à regarder. J’avais constaté, jeune, les injustices faites à ceux qui sont vraiment pas jolis à voir. Deux mondes terribles, au fond des choses. Un sujet moins léger qu’on croit, plus métaphysique qu’on croit, vous savez. Je songe à l’acteur Lepage, pas avantagé du tout physiquement et qui a su séduire la plus joie actrice de années ’80, Louise Laparée. Ah, il y a le charme, vous voyez bien. Si un laideron et courageux lecteur veut se manifester, à Johanne la désespérée, qu’il compose le (450) 670-3384.
Je lis les « lettres ouvertes’ il y a de fameuses. C’est rare. Ce matin, Claude Poulin, prof de cégep retraité qui maudit Norman Lester et son célèbre « Livre noir… » écrit : « ce sont des Québécois incapables d’accepter le fait que la présence anglaise fut un facteur essentiel (sic) de leur survie (sic) en Amérique,anglophobie… »
Tabarnak, ces cornichons enseignaient à nos enfants ! Je sacre parfois quand je suis révolté. Quel ignare et quel toupet d’ignorer, lui, un prof d’histoire, que l’Anglais conquérant nous laissait des privilèges (religion et langue) dans la mesure où il craignait notre ralliement aux indépendantistes du sud. Les Américains rôdaient à nos frontières souvent. C’était leur grande frousse et nos maîtres imposés regrettèrent tant leur générosité « calculée » que, par la suite, ils ne cessèrent plus de tenter de nous diluer, de nous noyer, de nous faire disparaître : forcing avec l’Ontario, 1841, dilution avec les provinces, 1867, etc. etc. Eh oui, ces caves myopes, enseignaient ! Heureusement ces Poulin, fédérats bornés, maintenant retraités, ne peuvent plus tromper les jeunesses. Nuisance au rancart !
12-
Des clés pour le bonheur ? Il y en a. Ah le bonheur, hein ! Boris Cyrulnik, que j’ai peu lu, est un psy « éthologue », publie et livre une longue entrevue captivante sur le sujet dans le dernier « Nouvel Observateur », no. 1939, première semaine de janvier. Je vous en re-jaserai un peu plus tard dans J.N. En attendant comme c’est intéressant d’en apprendre sur des plus jeunes que soi, Montréalais.

Le mardi 8 janvier 2002

Le mardi 8 janvier 2002
1-
Installé devant le vieux modèle d’ordinateur, Chemin Bates, je veux continuer en « Journées nettes » craignant tout de même…des ratés. On verra. Suis allé d’abord à j.et c. au sous-sol du Manoir. Il y a là quelques boutiques de commodités pour les « pensionnaires » de l’énorme complexe. Un salon de coiffure où je vois toujours de très vieilles dames installées pour se faire, se refaire, une beauté…capillaire. Au de-là de « l’âge des frivolités »‘, constater chaque fois que j’y passe l’éternel souci du « bien paraître » qui accable la gent féminine. La pharmacienne vietnamienne est là, enfermée, sans lumière du jour, attendant sans cesse toute cette clientèle du vaste Manoir, où les petits et grands maux corporels doivent se multiplier. Coin infirmerie, désert le plus souvent. La garde… lit. Coin banquier…pour dépôts et calculs finaux des rentes (ces FEERS) et quoi encore ? Mon dépanneur, venu d’Afrique du nord visiblement ‹ô minorités visibles, on vous voit !‹ toujours affable semble étudier, amusé, le comportement vacillant de ses vieilles et vieux qui ramassent, très lentement, les denrées nécessaires pour…survivre.
Aile et moi, à l’occasion, faisons de vagues plans pour ce…quatrième âge… qui viendra un jour. Où aller s’installer ? Dans quelle immense cages-à-vieux ? On tente d’oublier le fait le plus souvent possible. Aile a toujour en mémoire, odieuse, la fin des jours de sa maman, à « Marie-Rollet », à Rosemont. Les tracas inévitables quand on perd son souffle, sa vitalité, ses souvenirs eux-mêmes…La déchéance…Brr… Aile, sombre, agacée, énervée par cette échéance-santé qu’elle maudit d’avance. Moi, toujours « tête heurteuse », je m’imagine volontiers encore bien vigoureux à cent ans.
Le soleil, ce mardi, se débat avec un ciel blanchi à la chasux vive, translucide par rares endroits, voulant régner dans l’air froid de la saison. Hier soir, bouffe chez mon cher Piccola, rue Saint-Laurent. Toujours nos calmars grillés avec pâtes aux tomates. Les petits pains huilés et à l’ail dans le panier, une tradition chez « Piccola ». En sortant, en face, une bannière géante tire les regards sur l’église Saint-Jean de la Croix, on y lit, bien iconoclaste : « L’ÉGLISE EN CONDOS », venez voir ! Ô mores, ô tempores ! L »église en condios, formule païenne en diable ! Qui l’eût cru ? Près du marché Jean-Talon, petit parc joli juste en face de cette église-en-condos, la métamorphose « appartementale » aura lieu rapidement, n’en pas douter.
Trouvé à la Piccola le « ICI » de la semaine. Toujours brillant ce Robert Lévesque qui y tient chronique. C’est un fou intéressant. Il étale sans cesse sa culture, qui est solide, et ça fait étrange dans ce petit « canard », donné comme « Voir ». Denise Bombardier qui l’a croisé rue Bernard, dit-il, lui aurait crié: « Ordure ! » Allusion à cette critique anti-Tremblay, celle d’un roman que le Lévesque avouait ‹incroyable !‹ n’avoir pas lu. Un fou ? Un drôle de zigue, captivant à lire, se chassant lui-même, il y a un ou deux ans, du prestigueux « Le Devoir » en tripotant méchamment, de nuit, ses ordinateurs. Lévesque écrit dans « Ici »: « Quand la mort nous débarassera-t-elle de cette détestable Bombardier ? » Puis Il cite ‹il cite beaucoup‹ Cioran:  » Je tue le temps et le temps me tue, alors on est à l’aise entre assassins. » Vous voyez le genre de pensées qu’entretient ce gaillard, un sosie de Quasimodo. Tremblay rétorquait ainsi à la vacherie lévesquienne à CBF-FM, chez Homier-Roy: »C’est un suicidaire, ce R.L., il n’y a qu’à attendre. » Ma foi…
2-
J’ai lu hier soir un bonne partie de « Mystérieux Mozart » de Sollers. (Plon, éditeur.) Que de citations ! Sollers a devant lui les sept volumes de la correspondance du génie allemand. Aussi ses biographies. De plus, il a fait une sorte de pèlerinage en Autriche, dans les pas de Mozart. C’est un bouquin vivant, allègre mais il faut s’y connaître en musique pour bien suivre les méandres de sa pensée, les connections ébouriffantes qu’il fait en érudit inspiré. entre la vie et les oeuvres d’Amadéus. Solers fait des allusions estimables au célèbre film de Corman: »Amadéus », que j’aimerais bien revoir. Livre parfois confus par tant d’éclairs d’érudition musicale, car Sollers s’y connaît en musique. Il en reste pas moins que je tournais les pages. Cela, c’est la marque indiscutable, finale, d’un livre de talent. Je le terminerai et avec plaisir. J’apprends sur ce petit garçon trimbalé d’abord par papa Léopold, musicien lui-même et tout fier de son enfant-prodige, qui deviendra un fabuleux compositeur avant…1791, de crever dans la misère, sa cote baissant à mesure qu’il ose complexifier, louanger des forces occultes (il était franc-maçon), vanter les mérites de l’amour libre sur « argent et pouvoir », ses ouvrages critiqués par l’établissement viennois, sont devenus, aujourd’hui, bien consacrés dans l’univers entier, vraiment sur tous les continents.
Ce matin, à la radio de Bazzo, soudain, cette chanson si légère qui me fascine tant, avec ses notes de piano fraîches comme gouttes de pluie, notes claires qui dansent, qui volètent… »la mer du nord en hiver »… « la mer du nord en hiver »… Le cher Souchon ! Vite, zapette et je hausse le son: « La mer du nord en hiver »…ta tara, ta, tatata… c’est si joli, de nouveau, mon coeur en joie. C’est peu, c’est tout. Une « tite » toune, bien éloignée d’un opéra de Mozart. N’empêche Sollers me donne l’envie d’acheter des cassettes -Mozart: « L’enlèvement au sérail », « Les noces de Figaro », « Cosi fan tutte », « Don Giovanni », « La flûte enchantée ». Je le ferai ? J’en ai assez, et depuis longtemps, de rester un quasi ignare en ce domaine de la « Grande musique ». Chez moi, enfant, rien en musique « sérieuse », comme pour la littérature. Aucun livre à lire… que des annales pieuses, abonnements de papa-le-pieux.
Coup de fil de la productrice, Ghislaine Amyot, de Vendôme (où se trame mon projet sur l’histoire de l’art d’ici ). Oh, on va me dire: « Oui, venez, on fait votre cher Marc-Aurèle Fortin, le Canal Historia marche ! Venez vite. ! » Mais non, c’est plutôt :  » Méfiez-vous d’un « virus », Claude. N’ouvrez pas tous les courriels, ces jours-ci, jetez à la « poubelle » tous les « envois » concernant « Vendôme ». Virus méchant !  » Courriel, poubelle, envoi, virus: vocabulaire d’aujourd’hui.
3-
Ma grande soeur, Marcelle, au téléphone, très énervée à préparer l’anniversaire, le 19 qui vient, de Marielle. Réunion du clan pas facile à faire. Niaises disputes sur amies, nièces, neveux à joindre à la tribu….Voyant son désarroi… je décide de prendre l’affaire en main. Aile fronce les sourcils. Bon. Pas la fin du monde. Gros paquet de coups de fil, en somme. Quoi chère Aile, confiance, j’y arriverai. Trouver du temps donc pour organiser cette rencontre festive. Louer à la « Piccola » tiens ? Je verrai. Et les cadeaux… l’argent à ramasser… ? Oh la la ! Molière: qu’allais-je faire dans cette galère ?
Lysiane Gagnon, ce matin (« La presse ») fustige le « couple royal », à Ottawa, Clarkson et Saul, pour leur audace, leur franc-parler ‹ »déplacé » selon la Gagnon‹ sur W. Busch, sur les Croisades catholiques, bien plus meurtrières que celle de ces odieux intégristes musulmans, et, re-bang: sur les vendeurs d’armes en Occident ‹Canada compris ?‹qui collaborent aux chamailles sanglantes du Tiers-monde dont, évidemment, l’Afghanistan…Etc.
La Lysiane commande: fermez donc vos clapets, ne dévoilez pas vos opinions, vous êtes en « représentation officielle ! » Belle mentalité. C’était au chef rouge, Chrétien, de ne pas nommer des intellos à des postes niais. Il devait savoir que certaines personnes restent des « esprits libres », qu’importe le costume de parade, les rubans et les médailes.
Je me sens bien: et Mario Roy et Pierre Folglia ce matin, opinent dans mon sens (voir une J.N. récente) à propos des sans-abri, itinérants montréalais. Qu’on leur fiche la paix, ce sont des anarchos qui refuseront toujours tout de notre société organisée, par exemple, même les règlements légers des centres d’accueil.
Folie donc, maitre cucul et coco, Tremblay, de vouloir stabiliser des instables…pour un bref ou un long temps. Comme de vouloir traquer des terroristes (souvent suicidaires). Nous lisons, ce matin, un premier bilan de cette guerre à des « ombres ». Une dépense colossale pour le budget des USA ! Lisez bien: Neuf cent quatre vingt dix neuf millions de dollars. Us. Un milliard tantôt ! Bombes sur les intégristes de tout poil pour dénicher quelques leaders, « fous de Dieu » qui, c’est probable, ne savaient pas grand chose de précis de l’équipage sordide entraîné en grand secret pour attaquer les deux tours de World Trade Center dans Manhattan, le 11 septembre.
Ma riposte à moi. Ma guerre aux kamikazes ! Simple. « Ah si j’étais le roi ! », dit une comptine. Au lendemain de l’horrible tuerie, aurait débutée, vaste et discrète à la fois, une gigantesque opération d’infiltration des milieux musulmans louches ‹connus déjà et à découvrir‹ ceux du fanatisme islamique, intégriste. Une opération forcément secrète. Avec, partout, des agents secrets. Stipendiés généreusement. Ce qui ne coûte tout de même pas « un milliard de dollars ». L’argent ? Payer des arabes-espions et des « balances » ? Mais oui. Le fric n’est pas seulement le « nerf de la guerre », il est celui de l’espionnage, de l’information productive, efficace. Des agents secrets donc, en bien plus grand nombre, et leurs « stools », indicateurs, collabos indispensables en ces sinistres matières.
Attention: engagement massif d’agents d’origine arabe, parlant la langue des « fous » du « Allah ou akbar », oui, en quantité, la plus grande possible. Il ne manque pas d’araboïdes sur cette planète, musulmans non-pratiquants comme nous ne pratiquons plus, majoritairement, le catholiscisme. Des Arabes de toutes les teintes qui n’ont ni foi vive en Mahomet ‹monté à cheval au paradis des vierges‹, ni aucun intéret dans cette dérive religieuse fanatique.
Facile d’engager et d’entraîner de tels gens, on en trouve par centaines de milliers dans toutes les mégapoles du monde. Et il n’en faudrait pas, pas du tout, des centaines de milliers. On n’apprend rien sur des planqués machiavéliques, en déployant les fantastiques et ruineuses forces armées d’avant-garde sur un pays misérable aux tribus en chicanes. Allons donc ! Le forcené, le (ou les) terroriste illuminé, à l’esprit tordu, peut se terrer en Indonésie comme aux Phillipines, à Los Angeles comme à…Montréal. Ce serait mon plan si je m’installais au Pentagone, une CIA momentanément très agrandie.
J’ai dit et, ô Seigneur, s’il fallait qu’à Washington, un sbire important lise tout ceci ? Et tombe d’acord ! Voyez-vous cela ? Appel d’urgence: je dois prendre immédiatement l’avion pour Washington ! Moi, pris à organiser l’affaire. Et ces Journées nettes, hein? Faudrait suspendre mes écritures quasi-quotidiennes. De grâce, n’envoyez pas une copie de mon (sobre et) intelligent plan au « bureau oval » de la Maison blanche. Laisez les industriels américains en armement continuer à se frotter les mains, à s’enrichir comme jamais. Eux, sans les guerres, ils se lamentent.
W. Bush a fait beaucoup pour ranimer cette sale industrie et on le lui rendra aux prochaines élections. En attendant, à Washington, coupons les protections sociales, le partage des richesses avec les démunis, les malchanceux, les mal-instruits ! Mon plan ne ferait rien pour les usines de mort. Il ferait dépenser moins de centaines de millions des taxes des travaileurs américains. N’empêche si un Secrétaire à la défense, ou un « sous-queuquechose » important, m’approuvait subitement, par miracle. Une colombe ? Coup de fil:  » Misteur Jazzmine ? Here « Double You » ! Génious, your plan. Come here, fast… » Plus de journal ni demain, ni pour longtemps ! Tremblez mortels lecteurs.
Bien compris ? Silence partout donc. Ça vaut mieux si vous tenez à lire mon journal.

Le dimanche 6 janvier 2002

Le dimanche 6 janvier 2002
1-
Ça part, ce matin, en un décor absolument cinétique. Revenant de j. et c. (pour journaux et cigarettes) au ciel, lutte, un combat. Un globe translucide, au dessus du clocher de l’église, qui semble filer à toute vitesse. Illusion bien entendu. De longues nuées grises filent vers l’est à vive allure en cachant à intervalles irréguliers. Beau spectacle donc : cette sphère si lumineuse, soleil hésitant , entravé, au firmament. Cela me met en joie. L’hiver, le soleil est bas et penche vers le sud. Il se couchera, si on le voit, presque au sud. Sacrée mappemonde hivernale ! Pourquoi la terre, ainsi, s’éloigne-t-elle chaque année, durant des mois, de l’Astre bien aimé ?
Ça y est, sommes allés voir ce fameux film d’un Pakistanais : « Kandahar ». Salle assez bondée en ce samedi soir, surprenante pour un film pas du tout « hollywoodien ». C’est un petit voyage, via un récit assez maigre. Un émigrante d’Afghanistan, vivant au Canada, est revenue chercher sa sœur suicidaire, prise à Kandahar, qui l’a appelée à son secours. Elle ne la retrouvera pas. Fin. Le film fait voir une population démunie, aux prises avec des embûches connues par la télé. Des mines qui explosent, des pirates du désert, des femmes-esclaves, des enfants enrégimentés par l’intégrisme. C’est pénible. C’est effrayant. Et, oui, oui, c’est de toute beauté !
Défilent sur fond de sablonneux toutes les scènes. Caravane de chameliers, fuyards vers l’Iran (ou le Pakistan), à la fin une procession pour des noces. Les couleurs sont envoûtantes et on se surprend à admirer (comme au musée !) le contraste entre ces beiges, ces grèges et ces bribes de populace appauvrie. Certaines séquences cognent : par exemple, le parachutage de jambes artificielles, la troupe des manchots, des unijambistes boitillants, courant vers ces jambes tombées des hélicoptère de la Croix Rouge ! Les jeunes écoliers sous un « mollah » sévère les abrutissant de sentences du Coran.
Étonnant morceau visuel : des visiteuses envoilées chez un faux-médecin, un réfugié revenu des USA qui tente de soulager leurs maux. Or, samedi, dans un recoin de « La presse », voilà que l’on nous informe que cet « acteur » est un terroriste, un assassin, qu’il est recherché par la CIA! Au cinéma, Aile et moi examinons la tronche de l’acteur-médecin : une bouille des plus sympathiques ! Une histoire à suivre. Le cinéaste, en somme , a « fabriqué » un docu-fiction. Comment être certain qu’il n’ y a pas eu arrangement , mise en scène ? Ces couleurs si jolies, etc. Quoi est authentique dans ce travail visuel ? Cette horde pour un mariage, ces paniers tressés surgissant au dessus des têtes, ces cruchons jaunes uniformes et quoi encore ? Eh oui : nous allions pleurer…nous sortons comme éblouis par le spectaculaire des formes colorées ! Maudit cinéma menteur peut-être ? Curieux amalgame de « beauté et misère » !
2-
Ai-je écrit comme il faut le nom de Frida ? C’est Khalo. Je poursuis la lecture de « sa vie », livre prêté par l’ami Cuillerier (« Spooner »). Ce Diego Rivera, séduit par cette jeune fille idéaliste et romantique, Frida, il va la fréquenter et puis l’épouser, en sort amoindri, que Le Clézio le veuille ou non. C’est un furieux « communiste », admirateur des Bolivar, Zapata et Cie, qui part volontiers (en Californie puis à New-York et à Détroit) travailler aux États-Unis. Il y est invité par des « big shots » qui admirent sa fougue de fresquiste, illustrateur anti-capitaliste ! Ce coco, rouge et blanc, bien Stalinien (il vilipenda les révoltés de Budapest, le salaud !) est d’un égotisme écœurant. Je poursuivrai tout de même, voulant mieux savoir de quel bête humaine s’entichait l’héroïne, peintre surréaliste, Frida Khalo.
Mon étonnement pour l’indigénisme du muraliste célèbre, l’admiration inconditionnelle des Indiens d’avant Colomb, une religion. Il prêchera à des artistes américains : « Soyez vraiment modernes. Oubliez les antiquités de l’Europe, gréco-romaines, nos sources d’inspiration doivent désormais se rattacher à notre monde antique à nous, celui des Aztèques, Mayas et Incas ! » Cette vénération bizarre fait voir de l’accaparement. Une sorte d’usurpation. Diego R. semble vouloir assimiler l’art « assassinés » par les Espagnols comme s »il était lui-même un Indien précolombien. Il semble ignorer qu’il y a eu à New-York, en 1913, la fameuse exposition « Armory Show » qui fit voir aux Américains du nord la révolution de la peinture de l’autre côté de l’Atlantique, qui était réelle, pas du tout gréco-romaine ou néo-folklorique.
Voilà que ce matin, « La presse », Marina Picasso, une grande bourgeoise névrosée, publie un livre pour accabler son riche papi mort , Pablo Picasso, de tous les maux. Je ne doute pas de l’égocentrisme du « maître », il n’en reste pas moins que de rendre Picasso responsable des suicides et autres dérives familiales semble bien fort de café. Comme pour Diego Rivera, le public apprend des atrocités sur les « cœurs secs » de ces grands artistes, —pas tous, pas le génial Renoir par exemple. Cela me laisse toujours songeur, ces célèbres dégueulasses qui ont produit de grandes œuvres mais qui furent des monstres d’égoïsme. Un mystère à mes yeux, de si féconds esprits créateurs et des endurcis notoires. Femmes séduites, engrossées, que l’on abandonne totalement, progéniture négligée complètement. Oui, un mystère, cette irresponsabilité d’adultes surdoués. Des êtres inhumains, des êtres capables de continuer à vivre, à produire, cela sans se soucier aucunement des abandonnés en cour de route. Je les admire mais ne les aime pas du tout. Amour et admiration : deux choses.
3-
Curieux : je vois et revois, à la télé, le président du Pakistan, et, cela me frappe chaque fois, c’est le sosie de Bernard Barrière, le papa de Marco, mon gendre. Celui-là qui voit à installer mes J.N. sur le site… qu’il a fondé. Ce Bernard est mort il y a peu de temps. J’ai fini par mieux le connaître en allant le visiter, avec Aile, à Saint-Peterbourg en Floride, il y passait ses hivers. Je découvris les « mobil hommes » et cela me servit pour mon roman « Pâques à Miami ». Il me raconta des bribes de sa jeunesse… assez dorée en comparaison de la mienne. Le père de Bernard —le grand-père de Marc—, un fidèle duplessiste (il fut député) était un de ces industriels —la chaîne de magasins de chaussures « Omer Barrière »—, homme rare dans le temps. Bernard —nous marchions un rivage du Golf du Mexique, jetant des pinottes aux goélands— me parlait du temps de sa jeunesse quand il pilotait son avion, de nuit, ébloui par les lumières des villes qu’il survolait ! Il était gravement malade déjà et je sentais qu’il faisait le bilan, plus ou moins secret, de son existence. La nostalgie comme consolation au bout du rouleau de vivre ? Je le crois.
4-
Ce matin deux articles de « La presse » (Péan et Apostolka) parlent d’un romancier, Gilles Dupuis qui publie « La chambre morte ». Il semble que l’auteur juge le manifeste des artistes « automatistes », « Le Refus global » comme une date importante dans le réveil national. C’est tout à fait faux, le pamphlet ne sera lu que par une infime minorité, tous marginaux. Hélas, il n’aura aucune influence sur la population québécoise de ce temps. C’est maintenant, rétroactivement, que l’on en a fait une sorte de date historique. Un mensonge donc ! Les gens de 1949 n’ont pas bougé un doigt quand Borduas fut congédié de son poste par le ministre Paul Sauvé. Dupuis invente et brode là-dessus. L’ignorance des nouvelles générations ?
Étonnant, ce matin, de lire (La presse) « le chemin de Damas » d’un initiateur en cybernétique, M. Fisher. Voilà que ce propagandiste allumé des ordinateurs revoit son cheminement et avoue qu’il préfère le bon vieux « livre en papier » au « power book ». Il admet que le livre va vivre longtemps encore et qu’il est plus utile et bien plus plaisant que l’écran. Il dit maintenant : « L’ordinateur, c’est bon pour la documentation des chercheurs pressés, pour les encyclopédies si lourdes et les dictionnaires, l’ordinateur. »
Eh b’en ! Ce retour en arrière d’un savant en la matière va faire plaisir à tous ceux qui enragent de la vogue actuelle, celle du « tout-à-l’ordinateur ». Aile, par exemple, est ravie de ce « Paul » converti, tombé de cheval à Damas-Montréal.
Mon ex-camarade chez « Parti-Pris », André Major tenait, —tient toujours ?— journal. Pigeant dans ses éphémérides de diariste, il a publié « Le sourire d’Anton » où, selon Martel, Major se soucie des « laisser-aller » contemporains en écriture et ailleurs. Sorti du « trafic », comme moi, faut-il toujours s’apitoyer sur la culture qui se forge désormais ? Pas mon genre. Je suis un indécrottable optimiste, moi. Aile, comme Major, est plutôt craintive —parfois carrément désespérée—face aux débordements divers.
5-
Merveilleux coup de fil, ce midi, d’un éditeur satisfait d’un manuscrit. Des Trois-Pistoles, Victor-Lévy Beaulieu, de bien bonne humeur, m’annonce qu’il est si content de mon « ÉCRIRE » qu’il veut le publier, dès avril, pour le « Salon du livre de Québec. » Je lui ai demandé un délai de quelques jours pour mieux peaufiner mon texte. Je dois aussi lui « courielliser », en plus du texte définitif, une page manuscrite et un dessin. « En couleurs, si tu veux », dit-il. Euh… Il y a que je sais pas comment faire ! Sinon, les J.N. seraient illustrées de photos ou autres documents visuels, l’on pense bien !
Il faudra maintenant que je fasse appel au fils, Daniel, pour qu’il m’enseigne la procédure.
« Tes quelques envolées lyriques, ici et là, au milieu de ton « Écrire » me plaisent énormément », m’a dit V.-L. B. Justement, je veux en ajouter une ou deux de ces …envolées ! Je m’y jette drette là !

le vendredi 4 janvier 2002

le vendredi 4 janvier 2002
1-
Comme hier, jeudi, un vendredi ensoleillé. Sur le chemin des journaux-cigarettes, un froid de…canard ce matin ! Donc, hier, belle marche au soleil de Val Morin vers Saint-Adèle, arrêt aux cascades de la Rivière du Nord. Oh, les souffles courts ! Et rapidement ! On est plus de jeunes gens ! Un Jean-Yves Laforce toujours bavard, toujours égocentrique comme tant de verbo-moteurs insatiables ! Ça me change…de me taire un peu. On l’écoute jaser ad lib… Tout en marchant, c’est le bon vieux jeu des réminiscences de ce temps radio-canadien quand, lui, Laforce et Raymonde se débattaient pour réaliser des émissions dans la jungle paperassière de la SRC.
Jean-Yves, fils d’ouvrier de Rosemont, fut initié au théâtre en servant docilement, tout jeune, les « dames divas » du Rideau-Vert, Yvette Brind’amour et « Mecha », dans les années ’60. Plus tard, travailleur à Expo’67, il prépare —contacts nombreux— son entrée comme régisseur (5 ans) à La SRC. Je l’ai connu davantage en lui faisant tous ses décors pour son « ROSE ET HENRI », un bon « quatuor télévisé » bien populiste de l’auteur (passager) André Caron, cvomme Laforce, un « rosemontais » travaillant à Radio-Québec. Un fort succès avec Juliette Pétrie et Paul Guèvremont. Derniers rôles de ces très « aînés ».
Au retour de la promenade, visite de son condo loué pour les vacances de ses jeunes ados, aux monts No. 4, du Chantecler. Depuis une vingtaine d’années que de défilés bruyants et empoussiéreux de camions dans nos alentours. L’on construisait tous ces condos ! Maintenant, on les voit un peu partout entre les collines. Même style vague. C’est commode, pratique, pas bien vaste !
Revenu chercher sa voiture, Laforce, à qui j’avais envoyé mon projet de télé (« Un père… ») m’en fait une critique justifiée. « Trop de monde, trop d’anecdotes, trop de filons, trop d’histoires… » Oui. Un texte à couper en deux ou en trois ! J’y verrai…quand ? Je suis ailleurs maintenant. Et je reste sans écho aucun de Fabienne Larouche, producteure, qui a, elle aussi, ce projet de télésérie « trop touffu ».
Sur la cheminée au condo de Laforce, les deux jeux de société inventés par mon fils : « Bagou » et « Visou ». Ma fierté quand Laforce les vante !
2-
En passant : dans ce « Aliss » du jeune Senécal, que de sacres québécois ! Litanie qui se poursuit donc …quand nous avions cru, les aînés, que ces sacres disparaîtraient avec l’éducation répandue partout. Eh b’en « non » ! Ce défouloir verbal, typiquement d’ »icitte », sert encore en cas de rage ! J’y reviens à cet enfer à traverser, ce Styx, cet Achéron, réduit, chez Senécal, à « sexe fantasmatique et drogue dure ». Il aurait pu devenir un roman fort dans la tradition éternelle des « romans d’initiation ». Senécal ne voulait pas refaire le grand poète Dante, c’est entendu, mais comme il n’a pas su inventer un enfer original pour sa jeune candide étourdie Alice, hélas !
3-
Revu l’humoriste Pierre Légaré à la télé. Qu’il est triste ce bouffon aux observations si drôles, si cocasses. Il aurait abandonné le métier, dit-on. Je l’ai connu à ses débuts, vers 1988-89, il était déjà ce comique à la triste figure. Il ne changeait donc pas. Il se dégageait déjà de lui, débutant à cette époque, une sorte de détresse. Terrifiante. Un mal à l’âme, un je ne sais quoi, qui faisait de ce gaillard, vieilli comme précocement, une « âme en peine » , comme on dit. Hier soir, jeudi, encore lui, en reprise toujours, au même canal spécialisé. Et…mêmes propos désespérés, un désabusement qui rend juste l’apostrophe, l’adage : « L’humour est la politesse —ou le masque ?— du désespoir ».
4-
Oh, le bon petit film, « made in USA, mais modeste : « À table » !
On a regardé cela, mercredi soir, lendemain du Jour de l’an : Primo et Secundo, deux émigrants, des frères, venus de Bologna, tentent d’installer un restau italien au New-Jersey, au bord de la mer. L’un des deux, le timide, le réservé, est surdoué en cuisine raffinée. L’autre, matamore, extraverti, joue donc le gérant réaliste. Conflits en vue. Toute une faune de ce petit bourg rôde autour du restau.
« À table », un film sans conclusion satisfaisante, sans histoire véritable, fait que d’anecdotes, d’observations des difficultés d’un idéaliste qui fera tomber le projet du « ristorante ». Faillite ! Que ce genre de cinéma repose des machins tonitruants du jour !
De nouveau, mercredi, le tour du lac, « cum pédibus ». Cette fois, lendemain du Jour Un, foule très nombreuse aux bas des cotes de ski. Je me souviens de mon horreur grandissante de ces longues attentes au bas des pentes du temps que je faisais encore du ski alpin. Tu glisses un petit cinq minutes, tu attends le télésiège vingt minutes…Non mais, j’en eus « plein mon casque » et j’optais, avec Aile aux chevilles fragiles (qu’elle dit ! ) pour le ski de fond. C’est moins excitant certes mais il n’y a aucune attente à se les geler en files indiennes.
5-
Coup de fil de l’amie, Josée : il nous faut aller voir un film qui l’a emballée, « le meilleur vu depuis dix ans! dit-elle. Avec l’acteur Crow, le titre : « A beautiful mind. » Il est à Saint-Jérôme doublé en français, nous ne sommes pas assez férus d’ »english » Aile et moi pour, hélas, voir les films en version originale. On ira.
Suite sur « Les croisades » avec, toujours, cet animateur farfelu qui raconte en rigolant ces entreprises de pillage éhontées. Richard Cœur de Lion, débarquement à Jaffa, Jérusalem imprenable. Face au fameux Saladin héroïque des Turcs, le cuirassé Richard coule ! Traité de paix bidon en 1192. L’empire durable des Ottomans peut s’installer !
Avant ces illustrations folichonnes des Croisés Voleurs, de « l’horreur chrétienne », ai visionné un épisode d’une série sur Napoléon Bonaparte, canal spécialisé toujours. Le « petIt caÏd des banquiers », selon Henri Guillemin, menait à la mort presque un demi million de jeunes Français dans sa campagne de Russie qu’il voulait rejeter hors d’Europe, dans l’Asie centrale plus rustre, la jugeant indigne de « sa » civilisation pseudo républicaine alors qu’il installe sa famille en monarques dans les pays conquis. Oh le monstre !
Marotte, bêtise, folie ? J’aime lire de vieux manuels scolaires parfois. Géographie, histoire, physique, etc. C’est bref, concis, un peu « roffe » en raccourcis élémentaires, facile à suivre. Et cela rafraîchit la mémoire. Je lis donc un « prix » gagné par ma fille Éliane au cégep Bois de Boulogne : « Histoire des civilisations » chez Casterman. Ça revole ! Illustrations cucul ! Chapitres très brefs pour un tour « historique » du monde… à l’accéléré. Ça m’amuse.
Aile, à ses courses, ramenait « at home » une cassette du vidéoclub hier soir. Malheur ! Les critiques d’ici sont parfois d’une complaisance totale. Nous avions en mémoire les bons articles sur un produit québécois « Nuit de noces », une comédie. Quel navet. Notre chauvinisme a des limites ! Notre patriotisme ne nous aveugle jamais. De bons acteurs , Gérard Poirier, Yves Jacques, Cyr, etc. n’ont pas de rôle substantiel dans cette « Nuit… » Du vent ! Un scénario fragile où l’on chasse les « clichés » avec des canons lourds ! Que de redondances, que d’insignifiances ! « À table », film plus que modeste, génial en regard de ces grossièretés faciles et insupportables où l’on voit un couple en hésitations devant un mariage à conclure aux chutes du Niagara.
Ce soleil d’un vendredi premier de l’an 2002 nous fait signe. Allons à pied ou en ski de fond… mais allons prendre l’air et faire fonctionner nos corps !

Le dimanche 3 février2002

Le dimanche 3 février2002
1-
Souvent, mon J.N. rédigé, c’est l’heure de la soupe. Ce sera aussi le temps de nous parler, Aile et moi, achevant le demi-litre de rouge rituel. Hier, samedi, la conversation bifurque sur les grands parents paternels d’Aile. Ah oui, nous avions jasé sur Centre d’accueil et la man malmenée dans ces mouroirs où les soins à fournir sont négligés, amoindris, réduits pour cause de budget, les moyens offerts étant ce qu’ils sont : minimes. Dure et longue épreuve pour Aile que ce long séjour (1980-1990)de notre Yvonne…Belle-maman (!) fut longtemps ma copiste dévouée (1970 à 1980) et j’ai souffert autant qu’Aile en assistant à sa fin si triste.
Jadis, les vieux restaient souvent chez leurs enfants. Jusqu’à la mort. Embarras divers certes pour ces enfants en parents déjà vieillis eux-mêmes…devoir veiller ainsi sur les parents diminués et en fin d’existence.
Longtemps, du vivant de ma première femme, nous avons gardé sa mère vieillissante. Pas vraiment un embarras, elle avait ses quartiers dans un entresol confortable, au Vieux-Bordeaux. Ensuite, malade plus sérieusement, il avait fallu la faire hospitaliser rue Bois-de-Blologne chez des religieuses hospitalières.
Désormais, les « vieux » finissent loin des êtres chers. Fatalité, loi inévitable en ces temps des « deux » qui travaillent à l’extérieur. Solitude affreuse. Alors… ? ah oui, Aile me parlait de ses « vieux » à Lotbinière d’où venait son père. Son grand père, mort chez sa fille, la tante Marthe, à Québec, était un être mutique. Et analphabète comme tant d’hommes de sa génération. « Un pensionnaire encombrant et triste au fond ». Elle poursuit :« Ma grand mère écrivait si bien. J’ai encore de ses lettres. Comme elle devait être frustrée de vivre auprès de cet homme muet et sans instruction. » Vérité fréquente. Des filles bien mieux instruites que les gars de ce temps (années 1900) qui contractaient mariage…Comme obligatoirement. Lui, ce grand-papa Calixte, était pilote sur le Saint-Laurent. Souvent absent donc . Nous étions allés en pèlerinage à Lotbinière. Nous rôdions au pays des B. La maison à colonnes de bois, la longue galerie, y était toujours dans ce joli village des bords du Saint-Laurent. Une vieille femme passe et je la questionne : « Auriez-vous connu, par hasard, Calixte B. ? » Et l’aïeule ausitôt : « Comment donc, et comment si je l’ai connu, le Câlisse ! Il était si bel homme. Oh la la ! Les filles en rêvaient, toutes. » Je dis alors à Aile : « Tu vois, ta grand mère qui écrivait si bien…eh bien, elle a sombré dans les affres de la séduction du beau marin, le Calixte ! » Ah, la beauté…
Deux mots nos amusent : d’abord la « jarnigoine ». La grand-mère en avait. Cela voulait dire « du bon jugement ». Aussi, la « margoulette ». Les femmes de cette époque se faisaient aller davantage la margoulette que les homes. Probable ! Deux mots : je les aime tant.
Notre jasette s’allongeait avec «des «Mon Dieu, que la vie devait être rofffe « Aile me parle alors de son papa mort jeune, à 64 ans, seul à l’Hôpital de la Merci, boulevard Gouin. Cancer de la gorge. « Je l’ai négligé, je ne pensais qu’à moi. Je le regette tant, Claude ! »Voilà que ma tendre compagne pleure. Mon malaise chaque fois.
Et puis, j’ ai mal aussi. Avoir négligé d’amener ici, au lac, ma vieille mère et mon vieux papa. Négligence sotte. Égocentrisme. J’en ai mal au cœur. À mon tour, je me fais des reproches…de ma dureté. Aile aussi a mal…pour ce père si vite en allé, si seul. Pour sa mère aussi, disparue à jamais, qui aimait tant venir séjourner ici. Séance d’attendrissement et de culpabilité. Les jeunes ignorent, pris comme nous par seulement leur vie à eux, ce qu’ils vont ressentir un jour sur ce chapitre, les atroces regrets qu’ils éprouveront…trop tard !. Quand Aile pleure, je ne sais plus où me mettre.
Soudain, encore ce : « T’es pas obligé, t’as pas besoin de mettre ça dans ton journal, tu sais. » Encore ma surprise !
2-
Un dimanche sombre. Ce matin en allant à J et C un petit soleil de pacotille, un petit disque d’argent mat ridicule qui me fait un signal : « Je suis là, je suis là, mais j’arrive pas à défoncer cet amas de blancheur opaque. » Pauvre lui ! Petit disque loufoque empêtré dans le froid hivernal. Que février se sauve vite, que mars, plus clément vienne au plus tôt. Chaque fois qu’on marcher, c’est un effort…Mais oui ! J’entends Aile : « on sort pas. Il fait trop froid. On reste en dedans » J’approuve. La santé ? Danger ! On le sait.
Enfin vu à Historia hier soir : « Le dernier empereur » du cinéaste Bertolucci. Grosse réputations jadis. En effet, nous découvrons un fameux de bon film. L’histoire (1905) de ce petit enfant sacré, à trois ans (!), « Empereur de Chine ». Qui devra vivre enfermé, interné avec serviteurs, miliciens dressés par le Grand Chambellan fourbe, avec domestiques empanachés, dans la superbe « Cité interdite » de Pékin. Empereur « ado » révolté, empêtré, écœuré et qui devra fuir en exil. Qui finira en s’alliant aux méchants Japonais (1930) envahisseurs de toute l’Asie pour avoir tant voulu redevenir Empereur en Mandchourie.
Ce sera 1945, la bombe atomique. Tchang Kai hek allié à Mao pour un temps. Les Russes alliés aux « marcheurs » de Mao qui s’empare de lui. Fin de son rêve. Long séjour en camp de ré-éducation communiste. À la fin, libéré après vingt ans (1967, la Révolution culturelle ignoble) il ira visiter, pauvre gueux, hère démuni, son ancien palais, sa magnifique « prison » doré, le palais de sa jeunesse quoi. …La foule des touristes qui s’amènera avec « guide à suivre »… Ah oui, un excellent récit filmique.
À T.Q. on offrait à la même heure, sans les marchands criards des pubs assommantes, les deux longs films de Berri adaptant des écrits de mon cher Marcel Pagnol avec feu Yves Montand. Films vus il y a pas très longtemps.
« Le dernier empereur » m’a fait me souvenir de mon oncle missionnaire en Mandchourie justement. Je découvre, tard, que ces curés catholiques étaient sans doute tolérés et même encouragés. Des « collabos » des sales Nippons fascistes ? Après tout avec leurs cliniques, écoles, etc., ils faisaient un boulot qui aidait —objectivement— l’occupant japonais. Ça de moins au budget des envahisseurs ! Mais, à la fin, mon oncle Ernest se retrouva dans un affreux camp de concentration de Davao aux Philippines. Il deviendra un maigre « sac d’os », se privant pour aider les à survivre les autres prisonniers du camp. Découverte une fois de plus que pendant que mon oncle nous écrivait de longues lettres sur les malheurs terribles de ses ouailles chinoises, il y avait cette classe de protégés. Élite des nantis, vus dans le film de Bercolucci, cette cour dérisoire, tout ce luxe pour une infime partie du peuple chinois. Je me suis surpris à dire, durant le visionnement, à Aile : « Mao a bien fait d’écraser à jamais cette race de monde, cette infime frange de profiteurs. Bravo ! » Je voulais oublier les malheurs nouveaux, ce Mao dictateur, ploutocrate divinisé, ses folies de mégalo pédophile, ses vices, sa bureaucratie infâme qui, elle aussi, gens d’un nouveau palais à hiérarchie immonde pendant que les foules trimaient dans la misère noire… Oui, mais oui, avant comme après Mao le « timonier » de mes deux… c’était « le peuple on s’en sacre ! »
3-
Après le faste autour de ce jeune du « denier empereur », on va aux actualités françaises, TV-5, qu’est-ce qu’on voit ? Ce même damné cirque de la jet set. Ce carnaval écœurant en 2002 ! Mariage royal, hier, en Hollande avec pleins de foutus porte-médailles enrubannés. Ouash ! Quand finira-t-on en Europe de nettoyer ces vestiges monarchistes d’une vacuité ignoble ? Cette lie de la terre, ce gaspillage d’argent public qui se continue dans des pays européens pourtant démocratiues ! J’enrage de voir se perpétuer ces fainéants de « sang bleu ». Au plus tôt, le feu…le feu là-dedans !
Une fois de plus, je lis ce matin un Stanley Péan piquer vicieusement Denise Bombardier. De l’acharnement ma foi du bon yeu ! Il lui reproche maintenant sa série de télé aux confidences portant, souvent mesurés, à propos des amours, des anciennes liaisons amoureuses des célébrités d’ici. D’où peut venir cette haine chez tant de chroniqueurs face à Denise B. Mystère ! On engraisse ainsi une mode niaise : cette femme délurée au verbe tranchant, il faut lui rabattre le caquet ! Pourquoi ? Il y a pire comme questionneuse de télé, non ? Oui, un mystère ! Mais quand mon Péan s’attaque à ce Fisher et ses livres de « cours de rédaction », ses bons conseils aux aspirants-auteurs, alors là, j’applaudis à fond. Arnaque vaine !
Mes cahiers « livres » au Devoir comme à la Presse sont encore ornés d’hommages aux… autres ! Juif, Espagnol, Grec…Mode du cosmopolitisme et de l’internationalisme, ces dirigeants en médias-livres sont victimes du « racisme inverti »; le racisme inverti fait mépriser les littérateurs québécois. Oui l’envers du racisme ordinaire : on ne dit plus « les étrangers sont méchants et pas bons » , on dit « les nôtres aucun intérêt, pas de talent au Québec » ! Inversion néfaste !Une misère de samedi en samedi, de dimanche en dimanche.
J’ ai acheté Le Figaro ce matin. Tout le numéro en hommage à (200 ans) Victor Hugo. Anniversaire, ici, montré en images nombreuses et où je vois les beaux dessins, les aquarelles, les lavis d’encres (jaune, noire, violette) de Victor Hugo qui avait un talent fort pour peindre des images mystérieuses. Tachistes. Modernes. Et, pour mieux savoir qui fut ce Bourdieu, le sociologue décédé récemment, j’ai aussi acheté Le nouvel observateur. Aile s’en est emparé et je lui dit : « Oh, la gauchiste lit cela et moi, droitiste, je garde Le Figaro. » Elle rit .
Je veux m’acheter des encres de couleurs après avoir revu (nous avions vu, en 1980, un peu de son talent au Musée Hugo de la belle Place des Vosges à Paris) les belles illustrations de Totor Hugo. Aile me dit : « Essaie donc maintenant au lieu de faire tes taches et de former tes dessins par la suite, de faire le contraire : tu dessines d’abord et puis tu colores après ! »
Ma foi, bonne idée, je vais m’y mettre car mes barbouillages sur de vieux journaux…ben, j’en suis moins certain que jamais ! Cela a donné des « papiers » peinturlurés assez…moches, je crois.
Un mot pigé dans Le figaro du temps de Hugo : le « lécheculisme » ! Oh ! Je m’en servirai, promis.

le jeudi 3 janvier 2002

le jeudi 3 janvier 2002
1-
Ça y est : mes J.N. peuvent vraiment débuter maintenant. 2002. Les quinze jours de J.N., en décembre, ont servi de… rampe de lancement. C’était pour l’an neuf que je voulais noter au jour le jour mes éphémérides. Projet : sa rédaction éditée en livre, début de 2003. Je relirais alors le journal fait ici et je pourrais en tirer la substantifique moelle ? J’avais lu cela —ce « savoir faire » d’un diariste—, et je trouvai ça plein de bon sens. En somme, au bout d’une année, faire la relecture —la revue— de cette masse écrite ici et la tamiser, la filtrer, en dégager les points forts. Espérer y trouver des pépites— non pas d’or— de vie. L’or du temps ! On verra bien.
Ce matin, un jeudi de beau ciel en bleu et blanc comme notre drapeau national. Troisième jour donc de l’année novelle. Dès ce matin, comme partout ailleurs sans doute, la reprise de la routine quotidienne : d’abord, lecture des quotidiens, cette drogue, et café sur café, autre drogue. Je n’en bois pus que le matin de ce « nectar des poètes », comme on disait au temps de Balzac qui en était, lui, complètement intoxiqué, et du fort, du très noir chez l’auteur de « Germinal » Sur son lit de mort , Balzac aurait dit : « Je meurs de 250 000 tasses de café! »
2-
Lundi soir, attente du jour un. L’actualité ? Par un biais étonnant, à la télé, une émission sur les Croisades. Un grand mot regretté de Bush jr. Le documentaire raconte la peur du Grand chef de Byzance. Les Turcs, venus de l’Asie centrale, s’installaient en ce qui deviendra la Turquie. Le chef des « christianistes » s’énerve, panique pour la chrétienté menacée et fait appel au pape Urbain pour obtenir quelques bribes de guerroyeurs vaticanesques. Le pape , en ce temps-là, menait son affaire comme tout chef d’état avec armée et autres ressources bien laïques ! C’est au château-forteresse-abbaye de Cluny que niche la place forte des catholiques. Cluny ira beaucoup plus loin que le désir de renfort de Byzance Ce sera le prêche fou : « On a mal lu les évangiles. Le Christ permet de tuer, jamais un autre chrétien, mais les infidèles, les impies (entendez les Turcs), cela oui, mais oui, le Christ autorise les assassinats. »
Début de la dizaine d’horribles foires d’empoigne écœurantes : les Croisades ! Ces « chevaliers » moins valeureux que pirates. Des foires qui ont foiré justement. Beaucoup de sang, des pillages dégueulasses ! Plus tard, les masses de reliques folichonnes à marchander : dont ce « nombril du Christ, et quoi encore ? Le bois « de la véritable croix de Jésus » formerait des douzaines de potences sacrées !» Puis, ce sera l’odieux commerce des indulgences pour raison de construction du Vatican.
Tous les dimanches matins, au collège, c’était l’étude obligatoire de l’Histoire de l’Église, pas un mot sur ces turpitudes chez messieurs les Sulpiciens. Oh, les mensonges ignobles qu’on nous a conté ! Tromperie indigne sur des jeunes cerveaux malléables. Devrions-nous exiger des excuses? Cette mode des pardons à la chaîne, pouah ! C’est vain. Le mal a été commis. Inexpiable. Que les vieillards en soutane crèvent avec les remords. S’ils en ont, ces vieux fous !
3-
Je lis que le grand dramaturge catho, Paul Claudel, avait des actions dans des industries de guerre allemandes (nazis), durant le conflit, qu’il n’avait pas respecté sa promesse d’aider sa fille illégitime —tiens, tiens, tout à fait comme notre René Lévesque ! De là, j’y reviens, à traiter de tels brillants prosateurs de « sales cons monstrueux » comme Foglia le fait…Ouow ! C’est triste, ça empêche pas l’inspiration tout à fait hors du commun.
Cette télé, si assommante partout, à cause principalement des publicités tonitruante que je ne supporte plus. Il n’en reste pas moins que…Que j’hésitais —dans « les aveilles » du grand premier jour— entre revoir le monologueur Deschamps, ou visiter San Francisco, ou observer (sur 3 chaînes !) cette « Bottine souriante » (on les sort aux Fêtes seulement !) ou passer en revue le jour 11 septembre fatidique… L’ on vogue d’un canal l’autre…Deschamps toujours coriace, faux-innocent cruel et provocateur, c’était bon mais…j’éteins (les maudites pubs !)
4- et décide de lire un livre qui traîne sous la table à café. « L’histoire des forgerons » (un album « Time Life », illustré grossièrement hélas ) ses débuts (tiens, en Afghanistan !) ses découvertes inouïes, ses trouvailles renversantes, ses bijoux fabuleux, ses inventions guerrières. L’or et l’argent d’abord. Puis, dans l’ordre ce sera l’âge du cuivre, puis celui du bronze, enfin du fer !
À la fin, je me suis senti un peu plus intelligent.
Avec la télé, c’est moins fréquent , nous sommes d’accord ? Cet album faisait son tour de tous les continents. L’art des fontes savantes, des fours à sarbacanes, des coulages délicats par le procédé de « la cire perdu », en Chine comme en Arabie, et, à la fin de ce « voyage en métaux fondus », relire les pillages monstrueux des extraordinaires « métallurgistes », vraiment surdoués, chez les Aztèques, Mayas et Incas, par ces horribles conquistadors venus d’Espagne fait froid dans le dos.
5-
Agapes réussies quand s’amena tous les chers miens au soir du « JOUR UN ». Raymonde, bedaine sur son poêle, chassant « l’intrus » sans cesse, moi, a su contenter les onze becs avides.
Au dessert café, échange rituelle de petits cadeaux, symboliques puisque nous avons tout, bourgeois installés confortablement. Gabriel, benjamin de ma fille, tourne autour de nous avec un caméscope tout neuf. Images furtives dont celles du papi qui raconte des histoires comiques. Rappel, c’ était inévitable, du tragique 11 septembre à Manhattan : « Moi, j’étais en voiture… J’étais à me cours… J’étais à lire mon journal… » Etc.
Les souhaits volaient… et, bien entendu, les bonnes résolutions, hum !
6-
Lendemain de la fête, mercredi matin, ayant reçu tout un bloc d’albums-à-photos, nous voilà, Aile et moi, à dresser des piles de photos. Les amis, un album. Les familles, un autre, « nous deux » encore un. Enfin un album pour des photos de voyage, des îles de la Madeleine à Porto Plata, l’hiver dernier. Que de « moments de vie ». Que de témoins du temps qui file. « Mon Dieu, que j’étais jeune, une fois ! » s’exclamait Emmanuelle Riva dans le film de Duras-Renais « Hiroshima, mon amour ». Si vrai ! Nostalgie qui nous saisit alors ! Un certain silence s’installe tout à coup. Malaise. La loi impétueuse de la vieillesse qui nous dit, la cruelle : « Voyez, comme vous étiez beaux et jeunes, un temps ! » Salope !
J’ai terminé enfin ce roman, « Aliss », du jeune Patrick Senécal. J’aime lire la ponte des cadets. Un monde nous sépare.
Chez Senécal, en début, que d’hommages…aux amis, aux conseillers (!), aux chers parents, aux réviseurs, etc. À la fin, que de « sources » indiquées. À Kundera, à Jean Racine, à Anaïs Nin, à Sade, à Nietzsche…et à Lewis Carroll, auteur du célèbre « Alice… ». Oui, un monde. Dans notre temps (oui, pépère on t’écoute !), foin de tous ces remerciements. Nous écrivions, vierges, innocents, pionniers, nous avons, candides, le sentiment d’écrire sans cesse les premiers livres de la terre de Québec.
De nos jours, ces romanciers ont fait de longues études littéraires, connaissent les ouvrages des « illustres », s’en inspirent volontiers. Font des sortes d’interminables Paraphrases. Ainsi son « Aliss » n’est pas seulement un salut àl’ « Alice » de Carroll, mais aussi à Sade, le marquis malade d’ imageries d’une sexualité pathologique et sanguinolente. J’ai détesté son roman pourtant farci habilement de trouvailles solides, de « lignes » drôles, d’image fortes aussi. Son idée d’une sorte de voyage « initiatique » par une jeune fille venue de banlieue ( Brossard), décrocheuse, se retrouvant via une station mystérieuse du métro (cela est fameux !) dans une sorte de cité maudite est efficace au début. bonne. Hélas, ce n’est que « drogues et sexualité pervertie ».Cela fait convenu désormais. Pas de monstres, pas d’animaux mythiques, ni paysages surréels, pas de secrets, de tabous, de codes mystérieux. Pas de symbolique un peu surréaliste. Rien. Rien que les drogues (Macro, Micro et Royale, gélules habituelles !) et des partouses « ouellebecquiennes !
Des piqueries, des danses à 10 piastres, de l’échangisme aux piments usés à la corde (que de pénis et de vulves en l’air !), voyeurisme improbable, « adolescentisme » assommant ! Ce n’est que jus, liquide, un « ondinisme » infantile ! Obsession de l’ auteur ! Fantasme à sens unique ! Il y a une pègre classique, et les déviations d’un sadisme rebattu.
La fugueuse découvre quoi ? Le mal ? La fin d’ »Aliss », très moraliste, le soutient en toute bonne conscience ! Elle a jeté sa gourme mais va se marier, sera heureuse, et aura …deux enfants, un garçon, une fille ! À Québec en Haut , avec un type de bonne famille.
Et « cui cui cui », mon histoire est finie, disait Maman Fon Fon !. L’auteur, lui aussi, a jeté son sac d’ordures scripturaires, et, page de la fin, le jeune auteur écrit : « Merci papa, merci maman !». On croit rêver ! C’est bien long, un roman plein que l’on bourre de pages dialoguées longuettes… devenant ainsi, davantage qu’un roman, un scénario de télévision érotico-porno. Le livre aurait pu se passer de 50% de son volume. Déception. L’idée du jeune Senécal, je le redis, était excellente. On l’a assez dit : aucun texte n’est innocent : on éjecte, on projette, ce que l’on est. Hélas !
7-
Comme tout le monde ou presque, guet des émissions de fin d’année :
Tiraillement…Il y a et L’INFOMAN à la SRC (je j’estimais modérément) et Marc Labrèche à TVA. Valse-zapette comme il se doit. Le forcené moqueur, Infoman, a gagné : il y en avait des fortes ! Chez le Grand Blond, quelques bons moment. Plus tard :chez Bureau qui a un si beau bureau, conversation mal menée avec des humoristes. Plutôt ennuyeuse machine. Bureau est toujours comme… mal à l’aise avec les gens du monde des arts et spectacles. Je ne sais à quoi cela tient ! Avec des écrivains, il fut souvent bon (Paul Auster entre autres) avant de devenir un « homme d’infos ». Certes il fait précieux de « prime abordage » et un tantinet 18 e siècle mais il est cultivé, bien articulé dans ses topos, structuré dans ses questionnements. C’est toute autre chose qu’un Bernard Derome, par exemple, dressé avec —avant tout— lecture de papiers rédigés part d’autres. Bureau est très capable de formuler ses pensées et de jouer son propre jeu. Autre génération. Autre façon de faire au fond dont Derome et Cie ne sont pas responsables. Foin de « La fureur » , émission-jeunesse (?), on va au dodo avant minuit, il fallait être en forme pour la réception des miens pour le Jour Un, le lendemain.
Oh, oh :ça sonne en bas, voici Laforce, retraité de la SRC et devenu prof à Grasset et à Saint-Hyacinthe; c’est un départ ! En route pour une marche de santé de Val Morin à Saint-Adèle par la piste cyclable et skiable…Vive le froid ! Hum…

Le lundi 31 décembre 2001

1-
Oh le beau lundi matin! Que de clarté, que de beauté! Hier soir, bonne bouffe aux moules, rien de lourd, pourtant la nuit dernière, un cauchemar curieux!
Ce rêve noir :
La compagne de mon fils, Lynn, semble avoir la garde d’un poupon. Elle l’a confié à un voisin. Je vais examiner la pièce voisine où se trouve ce gardien du bébé, un voisin de Lynn ? C’ est un type louche. Il ressemble à l’éditeur Brûlé, crane rasé. C’est fou Je rencontre en vain, il ne parle pas, sourit par en dessous, bonhomme aux manières suaves et au regard oblique
Je préviens alors Lynn que ce bébé devrait lui être retiré rapidement. Elle a des doutes sur mes frayeurs. Et résiste.
Des voisins, punks, sont enragés de mes suspicions et me font des menaces voilées. L’un ressemble à l’acteur Guildor Roy, l’autre au chanteur Paul Piché. Moqueries et gestes triviaux à mon endroit.
Je continue, alarmé, de prévenir Lynn au sujet du bébé en danger. Un poupon aux allures misérables, je l’avais noté! Résistance de Lynn encore. Me juge catastrophiste!
Nous voilà en voiture.
On roule, je ne sais vers quoi, vers où ? La discussion se poursuit au sujet du bébé en péril. Inutile.
Les types louches me réapparaissent et sont encore plus menaçants! Ils nous croisent à une station d’essence. On poursuit notre voyage Bizarre impression d’ une excursion codée, dont la signification, la destinée, m’échappe.
Soudain, une voiture de policiers nous fait signe de stopper. Un agent à la portière prévient Lynn :  » Il y a eu un accident. Ils sont tous morts, ma pauvre petite madame! Vous venez de perdre votre famille.  » Stupeur de tous. Raymonde pleure à chaudes larmes.
Lynn sort de l’auto comme assommée, et tombe au sol, comme inanimée. Je sors en larmes, je veux la prendre, la ramasser mais elle est devenue une poupée de chiffon. Inerte. Toute molle. Semble être transformée en une naine! Irréelle quoi. Ma stupeur! Je me réveille en sursaut.
Fin.
Eh b’en! Pourquoi donc ne pouvais-je l’étreindre contre moi pour la consoler ?
Je vais noter ce cauchemar dans mon bureau car je sais qu’on oublie souvent un rêve au réveil. Je retourne au lit. Crainte d’un signe prémonitoire, merde!
Je téléphone à Lynn ce matin pour lui parler de ce songe bizarre et de lui recommander de monter ici, demain, Jour de l’An, en conduisant avec prudence. Elle rit et promet. Daniel aussi.
2-
Hier soir, dimanche, embarras à la télé : un vieux film d’Hollywood de Mankievitz (ortho ?) avec Gielgud, James Masson ‹jouant Brutus, intime et poignardeur de César qui dira avant de crever :  » Tu quoque filii ? « ‹ et un Marlon Brando tout jeune. Shakespeare à l’affiche, rien de moins!
 » Julius César « , rien de moins.
On y va mais c’est, comment dire  » hollywoodien « . Et il y a après une demi heure, une émission spéciale sur André Malraux à TV-5.
Pauvre Bill, pauvre William, il s’est fait battre chez nous par le Malraux. Surprise!
C’est Bernard Pivot, pourtant retraité, qui mène ce spécial-Malraux. Le biographe de Malraux, Lacouture, est à une des fauteuils. Seul, il sera critique pour le Grand homme, rappelant le congédiement brutal par Malraux, ministre de la culture gaullien, de J.-L. Barrault qui s’était rangé avec ferveur avec les jeunes révoltés en mai 1968. Indiquant aussi que Malraux au pouvoir, bien-aimé du Général, avait été sage, et trop timide, n’exigeant pas grand chose en fin de compte pour oser intégrer la culture aux domaines importants, dont celui de l’éducation. Certes, il a loué ces Maisons de la culture instaurés par lui.
Tous les autres sont tombé dans l’hagiographie unanime :  » Malraux. Quel personnage étonnant, parfait. Foglia exagère en publiant, samedi matin :  » Malraux un monstrueux sale con « !
Ouow, les moteurs!
On a pu voir quelques extraits des discours frénétiques de ce personnage hors du commun. Fascinants.
Pris par  » La maladie de Tourette « , Malraux avait des tics, un débit saccadé. Cela le conduisait à ce style  » inspiré « , quasi-névrotique.
Voilà donc un jeune autodidacte ‹il avait pas même son diplôme de secondaire 5‹, et jeune romancier respecté des transformer en un étonnant  » missionnaire de l’art universel « . Sa mémoire phénoménale, jointe à sa capacité de faire des liens étonnants entre l’art de tous les siècles, fit de Malraux un expert mondial en symboliques iconographiques, absolument déroutant et bien souvent merveilleux.
Souvenir : vers 1965, grande réunion, dans l’auditorium, profs et élèves. Sur la tribune, le ministre Malraux est à mes côtés à cet Institut des arts appliqués où, contractuel, j’enseigne l’histoire de l’art moderne.
Le voilà, généreux, qui dit :
 » Mes amis, j’annonce, très officiellement, que, désormais, toutes nos collections nationales de tapisserie seront mises à votre entière disposition, ici, à Montréal.  » Me voilà offusqué car nous appelions sans cesse nos jeunes à la création originale, au design contemporain. Quoi ? Ce vieux schnock offrait des antiques modèles à copier pour l’inspiration de nos élèves. Je veux donc rétorquer et je le dis à mon directeur, J.-M. Gauvreau, mais ce denier me fait comprendre, et raidement, que je devais me taire face à l’auguste visiteur.
Je me tais et je ronge mon frein.
J’étais trop jeune pour admettre, comme le disait si justement Malraux, que rien ne se pense de rien, que rien ne se crée de rien, que ces images patrimoniales pouvaient allumer des idées novatrices.
Oui, de la télé qui nous captive. Si rare, si rare hélas!
3-
Ce n’est pas aux USA, ni ici, nulle part, qu’on pourrait entendre ‹comme à cette émission sur Malraux ‹ un vieux routier  » emeritus  » en culture, un courtier en art, un certain M. Renaud, proclamer que l’utopie, oui, l’utopie, doit être mise au dessus de tout dans une vie, montrée comme une valeur primordiale!
Le voir se faire applaudir très fort par un auditoire enthousiasmé de ces propos, c’est réconfortant pour l’avenir de ce pays.
C’est aussi cela, la France.
Ce matin, dans Le Devoir, le sociologue-toujours-prêtre, Grand’maison de Saint-Jérôme, rejoignait les propos du Malraux cherchant dans les créations antiques comme modernes, des mains imprimées des grottes jusqu’à Picasso, l’immuable, le transcendant, la mort comme signe obsessif. Ce chanoine théologien  » se méfie  » des religions, dit-il. Oh!
Il constate aussi la confusion actuelle, l’absence de valeurs, de repères, il a étudié la perte de sens de nos existences de consuméristes, ici, le manque de discernement, l’absence du sacré, des notions de  » bien et de mal « . De là, dit-il, tant de suicides de jeunes. Il a raison.
Quoi faire ?
Dernier jour de cette année, aujourd’hui.
Quoi faire ?
Ah, ce sentiment d’impuissance chez les inquiets comme moi! Changer dès 2002, oui, oui, mais comment? Agir, collaborer à un renouvellement des mentalités. Au moins autour de soi. De quelle façon ? Ne pas vraiment vouloir jouer un rôle de chef, de  » pasteur « , d’entraîneur, voilà le hic.
Manquer de générosité ? Le lot commun, non ? Trop aimer ses conforts. Trop préserver son petit bonheur. Eh oui, ce fut si difficile d’avoir gagné un peu de sérénité, alors, pas grande envie de plonger dans le désarroi généralisé et tenter de se transformer en réformiste actif, militant.
Voire politique.
Ainsi, sur la place publique, plein de politiciens rapetissés volontairement et qui ne font que gérer une sorte de stabilité économique. Peuple, vous nous donnez tant en taxes, nos vous rendrons cela en services essentielles : machines administratives en éducation, machines bureaucratiques en santé. Le restant pour soutenir les jobs en subventionnant les entrepreneurs audacieux.
C’est comme cela partout dans les pays industrialisés.
4-
Étrange : je viens de terminer ce  » Écrire « , pour la collection de V.-L. B., et je condamne le Salon du livre de Montréal où nous sommes  » les pauvres  » de cette place publique (à part Sogides et Seuil-Boréal). Ce matin, dans une lettre ouverte audacieuse à  » La Presse « , le riche éditeur ‹surtout de manuels scolaires‹ Marc-Aimé Guérin (aux librairies du même nom) explique à la directrice u Salon de Montréal, Francine Bois, avec une franchise rare chez ces industriels du commerce du livre, qu’il a fait de l’argent cette année mais qu’il en ferait bien davantage en novembre prochain si le Salon de Montréal imitait le Salon de Paris : c’est à dire, espace minime aux éditeurs étrangers. Il demande aux médias de ne parler alors que des  » produits-livres québécois. Comme fait Paris. Il achève par :  » en 2002, une première dans l’histoire du Québec, un Salon du livre limité aux Québécois!
Hum!
Comment réussir à renverser ce colonialisme enraciné à Montréal depuis si longtemps ?
5-
Promenade rituelle aujourd’hui, malgré le soleil enfui ?  » Non, dit Aile, trop de préparatifs pour fêter le nouvel an, demain!  »
Bon, bon, j’irai seul. Aile refuse mon aide.  » Tu pourrais me nuire plus qu’autre chose!  » Je me souviens alors de ma Germaine de mère :  » Allez-vous en de dedans mes jambes! Tenez-vous loin de la cuisine, attendez au salon, je vous ferai signe  » Toujours donc ce  » domaine  » réservé ? Pourtant, samedi soir, rue Clark, c’est l’homme, le mâle incapable, Jean-Guy Sabourin, qui régnait aux fourneaux, sa compagne Diane, bien contente de converser librement avec nous. Un sentiment curieux m’habite : je suis, je reste, de la vielle engeance encombrante aux femmes, celle qui est impotente en cuisinerie des fêtes!
Bébé ? Soudain, plus tôt, je sors de la cave un boîte de guirlandes dorées et, avec ma brocheuse, je les épingle aux quatre coins de la maison. Cela pour ajouter à l’ambiance de mon sapin de Noël fait de trois branches de cèdre avec lumières et oiseaux blancs aux ailes de coton.
Bébé ?
Aile alors :  » Bon, on profite que j’étais au supermarché pour répandre partout des miettes de dorure ? Va falloir re-sortir mon aspirateur ?  »
Maudit, les femmes
Avant d’éteindre le clavier, je regarde sur mon babillard de liège cette photo  » courriellisée  » par un correspondant, celle d’un taudis de Ville Jacques-Cartier du temps de mon conte de Noël à CKAC. La misère ? L’envoyeur m’écrivait :  » Nous étions heureux dans cette bicoque tout de même  » Pas de lumières de Noël, pas de guirlandes dorées, pas de cadeaux rien pourtant, sans doute.
Le bonheur c’ est quoi, ce sera quoi pour 2002 ? De l’amour. Rien que cela, la chaleur de l’amour. Ne jamais l’oublier.

Le dimanche 30 décembre 2001

Le dimanche 30 décembre 2001
1- Ce matin, même éclairage solaire, exactement, qu’hier
samedi. Le soleil est quelque part enfoui sous ce firmament blanchâtre. Mais où ? Sortira-t-il à un moment donné c’est toujours, gens des  » nords « , ce que nos espérons. En fouillant le ciel, on peut apercevoir quelques traces de bleu, fugitives, intimidées par tout ce lait répandu là-haut.
Hier soir, nous rendant chez les Sabourin de la rue Clark, je montre bien à Aile l’édifice vieillot de briques rouges, le 41 Avenue des Pins, où l’on étudiait ‹fin des années ’40 ‹la poterie de fond en comble si j’ose dire, avec cours de chimie élaborés sous madame Normandeau, une Française, diplômée de la célèbre école de céramique de Sèvres, toujours vêtue de son sarrau blanc immaculé. Je revois la porte de garage par où nous  » palentions  » nos poches d’argile. Tant d’années passées là, de 17 à 20 ans, un temps merveilleux. Nous avions, pas loin, rue Saint-Laurent, des charcuteries européennes, voisins, des cafés d’étudiant, l’Échouerie, la Petite Europe. Grands efflanqués, ados, ce fut la découverte de mets exotiques, de cafés rares, de vin rouge en carafon ‹une nouveauté ‹ bien meilleur que celui que mon père achetait pour le temps des Fêtes à  » la commission des liqueurs « , venu de l’Ontario en grosse fioles à bouchon vissé.
Nos finissons par trouver du stationnement libre face au dôme ‹éclairé joliment ‹ de la chapelle de l’Hôtel-Dieu, rue Sainte-Famille. Rue où habitait  » le peintre à bicyclette « , Marc-Aurèle Fortin, nouveau marié à 50 ans, avant lui, Laliberté, Morrice, Mulshtock qui vient de mourir, le modeleur célèbre,
Laliberté d’autres. C’était proche de l’école des beaux-arts quoi. Plus tard, Borduas, divorcé, ‹et sa bande ‹ habita aussi ce quartier. Nous marchons dans un soir féerique vers le vieux logis rénové. de Sabourin.
Ce J.-P. S. est devenu un fameux  » mitonneur  » de bons plats. Potage savoureux, canard et boeuf s’emmêlèrent, vin rouge.
Deux desserts six bavards en ont bavardé un coup. Quatre heures à table. Le Cuiéllerier (!) et sa Carole sont d’intéressantes belettes. Je sais jamais comment écrire son nom, disons  » Spooner  » pour les intimes, son surnom du temps de la télé. C’était de lui dont parlait le romancier Raymond Plante dans  » La Presse « . Plante avouait son bonheur, son goût pour les jeux de société avec feu Robert Gravel.  » Spooner  » nous a donné des détails là-dessus. On a fait la connaissance d’un prof de droit  » emeritus « , sympa, et de sa compagne, Anne ‹Anne-que-vois-tu-venir ?  » ‹ fille de député. À Rimouski, exilée à Ottawa donc, pensionnaire des bonnes nonnes et heureuse du fait (il y en a!) qui est diplômée sorbonnarde de Paris. Et qui, cher Plamondon-Dubois, aurait voulu être une artiste! Mais lui, le Poupart, compagnon placide qui n’a rien d’un Barbe Bleue.
Discussion sur théâtre, sur l’éducation de nos jours, sur cinéma, sur nos jeunesses en vieux cours classiques. Des critiques féroces et de l ‘humour féroce. On a ri beaucoup. Aux cafés, notre hôte m’a fait plaisir en proposant que, toute la bande, nous produisions cet été, un ruban vidéo dramatique. En effet, on s’amuserait. Une dramatique pour nos voir jouer ensemble. Sa compagne , Diane, une enseignante de Saint-Jérôme, a fait du théâtre, Spooner aussi, Anne aussi, moi itou (La Roulotte) et Raymonde ‹pardon ‹ Aile a étudié chez Dame Sita Ridez un temps. On utiliserait l’avocat Poupart comme producteur et  » consilior  » (comme pour la mafia quoi! ), utile quand notre film exotique et  » unique  » serait acclamé et réclamé par tous les réseaux de télé du territoire! Ce qui ne fait aucun doute. Bref, oui, déjà, je me prépare à rédiger, pour Jean-Guy, une petite série de synopsis. Il sera notre répétiteur-metteur en scène ‹Aile sera à la mise en images. Sabourin lui a juré qu’il pouvait emprunter une caméra moderne à l’UQAM où il enseigna longtemps. Pas fou, l’auteur hum se réserve le rôle le plus sympa!
2-
D’abord une correction, non, deux : A- Le titre du divertissant  » chiard  » USA, ‹cambriolage de casinos de Las Vegas ‹ est  » L’inconnu de L. V.  » et non  » L’étranger  » comme je l’ai écrit.
B- Et c’est Marie Brassard, non Brossard, qui fit avec un talent époustouflant, à l’usine C, sa curieuse démonstration d’un transsexuel tordu. Le titre de ce monologue intrigant :  » Jimmy, créature de rêve.  » De cauchemar, oui!
Bon.
Avez-vous remarqué ? À RDI, aux nouvelles, la belle Miss Bourgie, compétente, a des yeux de panique, un regard  » tout à trac  » pour nous faire la lecture ‹sur « prompteur  » ‹ des nouvelles. Elle fait peur! On dirait sans cesse qu’elle nous cache une catastrophe : l’annonce de la fin du monde ? En week-end, à la SRC, on a droit à une jolie Haïtienne du Québec, Michaële Jean, compétente aussi, qui parle avec un très fort accent parisien! Plus pointu encore que celui des parisiens actuels. Faut le faire! On se croirait sur un canal de l’hexagone! C’est dépaysant quoi, bien exotique!
Ces nouvelles : Buffalo, de la neige en folie! Sydney (Australie), des incendies en folie! Buenos Aires, des meutes en folie! Pérou, des inondations en folie! New-York, Toronto et al, beaucoup de (SDF) sans-abri, 13 personnes sur cent! Des enfants là-dedans.
Ici ? Rien 1 Rien de grave, touchons quoi, du bois vraiment ?
Pause :  » On va marcher Cloclo ?  » C’est Aile qui m’appelle.
3-
Je rentre tout juste de notre promenade de santé. Le tour du Lac Rond : via la rue Morin, le Chemin du Paysan, le bas des cotes de ski, l’escalier vers l’hôtel, la rue vers la  » mitaine  » protestante ‹qui abrita les noces de Michèle Richard et René Simard jadis ‹ la rive du lac, sentier du parc municipal en face des restaus, et  » at home « . À peine une heure.
Beaucoup de très jeunes skieurs,  » planchistes  » donc, les canons à neige vrombissent dans l’air, les télésièges sont pleins. Couleurs saturées partout, les costumes d’aujourd’hui. Visuellement très stimulant sur tout ce fond blanc!
Des Japonais en masse, des Latinos, beaucoup de plaques de l’Ontario, pas mal de l’État de New-York. Ça y est, c’est parti pur jusqu’à la fin de mars. Pas nombreux les promeneurs, jamais. Tant pis pour les casaniers devant la télé. Vont tous mourir avant nous!
4-
Abonnez-vous, patriotes québécois, à  » L’Action nationale « . Instructif en diable. Deux articles de fond ce mois-ci : A)- l’un apostrophe vertement ‹par un  » retour de France « . Là-bas, c’est pire que pire, le chic c’est d’adopter la langue de Bush! Une sorte de colonialisme volontaire ridicule. Les Français toujours tiraillés ‹très paradoxalement ‹ entre l’animosité envers les USA et une niaise fascination bien conne! L’auteur les conspue, véhément, il les ridiculisent avec raison.
B)- Un autre article, fort bien documenté, raconte la francophobie des catholiques absolument ‹de langue anglaise ‹ dans Pontiac et alentours, en Ontario. Cela dure encore débutait, 1841, dès l’Union imposée du Québec avec l’Ontario. Une histoire vraiment écoeurante : des  » MonSeigneurs  » (Bourne, Ryan et ce salaud de Smith) en collusion avec les envoyés du Vatican (ces nonces!) pour sans cesse diluer, assimiler carrément les francophones catholiques. Même s’ils étaient majoritaires dans toutes ces paroisses. Dégoûtant. Dégueulasse.
Au début, l’idée de ce  » Vatican impérial ) c’était qu’il fallait renforcer de toute urgence le catholicisme en Canada, en Amérique du nord, à n’importe quel prix. Même au prix de tuer la langue, la culture des nôtres, pionniers ou émigrés, Tous tenus pour des demeurés et des insignifiants aux yeux de ces zélotes racistes. Un petit curé, Archambault, a lutté, protesté, même chez un éminent cardinal, Léger. Il n’a pas bougé, bien soumis à ces  » nonces-du-diable « .  » L’Action nationale « , ainsi, très souvent, fait cet ouvrage de renseignements  » scandalisants « .
5-
Vendredi soir, sortant du joli Café de la Gare, le long de la piste du  » P’tit train du nord « , à Mont-Roland, la douceur. Une neige délicate tombait tout doucement sous la lumière des réverbères.
Silence, paix. Quelques skieurs de nuit entrent et sortent de la gare-bistrot. Jean-Paul J., mon aîné, nous parle de ses voyages en train, tout jeune, partant de la gare Jean-Talon ou de Bordeaux à Montréal. Il raconte  » le plaisir  » de voyager en  » train de ski  » en 1939, la joie de ces expéditions. Soudain, deux flics surgissent, ils vont vite à un cabanon-toilettes-publiques, en face. Des jeunes s’y trouvaient. Lampe de poche. Altercation. Petit remue-ménage. Nous nous questionnons. Pour fumer du hasch ? Pour comploter ? Des filles ? Pour, simplement, se réfugier loin des parents? On nous expliquera :de jeunes graffiteurs récidivistes! Les policiers relèvent les adresses etc. Ils devront payer pour la peinture, ces vandales de 14 ans!
6-
Pierre Foglia, samedi matin, méchant, vainement, à propos du grand succès du dernier roman de Marie Laberge. Ma totale surprise car d’habitude il ne fouine pas mesquinement :  » Marie Laberge un fossile, une tarte, manière périmée, une dinosaure-à-plume!  » L’assommoir en l’air!
Envoyielle donc chose !
Or, rédiger de cette sorte de  » romance « , de saga, demande du talent solide. Que les envieux s’y essaient! Je n’en ferai jamais, je n’aime pas le format mais je respecte aussi l’immense public qui estime ce genre. À la fin de sa descente carabinée de Laberge,  » Fol-glia « , ou  » Fou-glia « , ce samedi matin, avance que les  » grands écrivains  » sont tous des  » sales cons  » et des monstres! Dans son sac, il jette Tolstoï, Proust, Malraux, et Mordecaï Richler et Victor Hugo. Des sales cons et des monstres ? Dans leur vie privée veut-il dire ?
Tudieu, par-le-sang-bleu!
Pirouette ? Humble, il se décrit : il aime ses enfants, sa blonde, porte du linge propre, mange aux bonnes heures donc qu’il ne sera jamais un grand rédacteur! Il déclare du même souffle qu’il n’est  » qu’un chroniqueur de journal  » ‹je le tiens pour un bon écrivain du populo ‹ parce qu’il  » est gentil et tout plein mignon!  » Alors là
J’écoute, en  » nettoyant mes journées « , des  » concertos célèbres  » de Mozart par la Philarmonic Orchestra. Musique vive, légère, sautillante par endroits, qui ne nuit pas à ma concentration quand je dois rapailler, ici, mes éphémérides. Quand Aile va aux courses l’après-mdi, elle revient souvent avec un film en cassette.
J’ai hâte toujours de voir sa trouvaille. Souvent bonne. Comme un cadeau, une surprise, pour le grands slaque qui, lui, tape au clavier. Parlant surprises : j’ai enveloppé plus tôt, onze petits  » riens  » pour un tirage de cadeaux quand les miens bien aimés ‹oh! je ne serai donc jamais un grand! ‹ s’amèneront, ici, pour fêter le premier jour de l’an nouveau. Ma hâte.

Le vendredi 28 décembre 2001

1- Un paysage de blancheur ce matin. Après midi, ça passe au gris là-haut! Mon drapeau sur la rive , m’ indique un vent d’ouest. Faible. Ce soir , avec les J., bouffe à la vieille gare de Mont Roland. Que de gares rénovées au long de la voie à vélos à skis de fond de Saint-Jérôme à Mont Laurier! Fondu bourguignonne en vue, yum.
Correction importante pour mes affionados, ceux qui iront voir mes deux téléthéâtres (1964 et 1965) ‹et me rencontrer‹ à la cinémathèque, boulevard de Maisonneuve.
a) c’est en février, et  » non en janvier « , le premier :
 » Blues pour un homme averti « , avec un Jacques Godin, inoubliable à mes yeux, en vieil enfant,  » bomme  » perdu quêtant un père rêvé… C’est le 8  » février  » donc à 8 h.p.m., ou 20 h quoi. Salle Fernand Séguin. ET
b) le 12 février, 4 jours plus tard, à 7h.p.m. cette fois, 19h quoi, , ce  » Tuez le veau gras  » avec un  » jeune  » Benoît Girard étonnant, un » instruit « , revenu de la Sorbonne, dans sa petite ville il osera trahir ‹il avait pu les faire se révolter‹ les ouvriers en grève une Janine Sutto en môman couveuse merveilleuse.
Hier, je terminais donc ce ÉCRIRE. Je vais poster cela à Victor-Lévy B. tantôt. Ouf! Content de cet  » adieu à la littérature « . Ne reste que mon journal, ici. Aurais-je la force de cesser le roman ? On verra bien. Je veux revenir à mes pinceaux, à mon encre de Chine.
2-
Vu hier soir à ARTV,  » Le sea horse  » de Carrier avec Godin et la  » grand jaune  » la Filiatreault. Couple vieillissant perdu, paumé, insécurisé et cherchant une sortie à leur existence misérable. Une tenancière de  » pub  » et un marin mécanicien se confrontant. Duel captivant et un récit bien triste. Une fin faussement heureuse. Deux vies impossibles. Freud veillait sur cette femme
Battue, à l’enfance trahie, piétinée, qui refuse de croire que son vieux voyou, candide, la ramènera au bonheur. Plus de confiance, répétera-t-elle quand le générique défilera.
Ensuite, départ pour une des salles de cinéma en bas de la rue Morin. Quand on y va, on a l’impression du cinéma à Wells Beach ou à Ogunquit, l’été. Eh oui! Sais pas trop pourquoi! À 21h 30,  » L’étranger de Las Vegas « , ou  » Ocean Eleven « , car ils sont onze voleurs de métier!
Le film divertissement classique, sauce bien américaine, attaque du coffre-fort de 3 casinos à Las Vegas. Matt Damon, Brad Pitt, la siliconé des babines, Julia Roberts. Le héros aux allures de James Bond, qui cherche à ravoir son ex, la grosse babine enflée! Qui pose et fait peu!
Déception : plein de gadgets,  » full  » électroniques, dira un jeune Peu crédibles outils ultra sophistiqués, de ce cambriolage gigantesque et réussi. On vous en jette plein les yeux, ça revole et on espère que le public n’aura pas le temps d’interroger tant de machinations brillantes. Film fraudeur au fond! On ne nos reprendra pas, c’est juré Regrets vifs de n’être pas allé voir  » Kandahar « , visions d’Afghanistan, hélas, tournées au Pakistan pour des raisons bien connues, c’était une salle voisine.
3-
Faut que je questionne mes enfants : avons vu du  » Sol et Gobelet  » antique sur ARTV. Plutôt niais, mal fait, cucul pas mal On tente de mythifier (!) ces bouffons d’antan. Vaine nostalgie à mon avis. Un Sol-Favreau toujours crachotant, feu-Luc Durand bien mécanique, une histoire abracadabrante. Bref, je veux savoir si c’est la vérité que ces bouffonneries infantiles télévisées sont des devenus d’impérissables souvenirs pour ceux qui ont 40 ans aujourd’hui. Si oui, pourquoi donc ?
4-
Ce soir, à l’Actor’s studio, ARTCV, 21 h., l’invité Tom Hanks. Nous regarderons encore. Susan Sarandon y fut, la semaine dernière, plutôt fascinante, non ? Et l’on s’habitue peu à peu à ce questionneur rempli de suffisance, il pose de bonnes questions, est bien documenté et fait voir des extraits des films de son invité pertinents.
5-
La boxe. Le film  » Ali  » se mérite pleins d’étoiles. Nul doute que cette biographie de Cassius Clay (son nom d’avant sa conversion à l’Islam) doit être bien menée Mais la boxe! Une bêtise grave. On sait bien, en 2001, l’importance de cette merveille humaine : la tête, le cerveau. Faut être sauvage, abruti, inconscient, arriéré mental profond, (de jeunes gueux exploités par des brutes ?) pour se cogner à coups de poing sur la tête. À la rigueur, je tolérerais un combat où l’on se casserait les bras, les jambes, le cou, les reins (alouette! ) tout quoi mais se frapper le cerveau ? Folie furieuse, imbécillité navrante! La boxe devrait être interdite L’ONU devrait déclarer  » hors la loi  » ces combats! On en voit aux Jeux Olympiques et c’est dire la connerie universelle qui continue!
Avec ces badauds-voyeurs (que nous sommes, tous) qui rêvent de voir la mort, pulsion morbide.
6-
Ce soir nous télévisionnerons : a) Raymond Devos en récital de drôleries surréalistes à L’Olympia de Paris en 1999 ‹il nous décevait, il y a quelques années, au Saint-Denis‹ mais Devos est si étonnant si souvent Canal D, 19h. Touchons du bois et espérons qu’il sera redevenu l’étonnant humoriste de ses commencements ce grand ami de notre Félix.
b)
Coup d’oeil au film-docu de Labrecque sur  » Anticosti « , à partir de celui de M. Menier, (Meunier ?)un chocolatier de France, millionnaire qui voulut installer un village autonome au milieu du fleuve jadis. Nous regrettons encore, Aile et moi, de n’y être pas allés quand l’on parcourait toute la Côte Nord, il y a deux étés. Paresse de touriste.
c) aussi, donc Tom Hanks chez ARTV. Nous aurions aimé revoir ce petit film simple, bien fait, ce  » Marius et Jeannette  » à Marseille, un film attachant, modeste, avec plein de coeur, c’est à T.-Q à 21h, ça aussi, mais on ne peut pas tout voir!
Bon, si on allait marcher un peu sous ce ciel gris ? Oui.

Le mercredi 26 décembre 2001

Le mercredi 26 décembre 2001
Conte de Noël 1-
Tant pis pour mon Daniel, je redeviens bavard.
Ce matin, étrange spectacle dehors, ici. Rare. Soleil éclatant, invisible à notre table du p’tit déj. (allô Paris !) Tout brille en ce lendemain de Noël, blanc éclatant partout au sol mais et un ciel presque noir ! Nuit là-haut en plein jour !Effet magnifique ! Ce ciel de vendredi Saint (dire d’enfance !) à trois heures et la terre (le lac) lumineuse pourtant !
Hier soir, à Saint-François au bord de la Mille-Îles, bonne bouffe traditionnelle de F. Avec canneberges véritables, mon délice, pas de cette gelée industrielle ! Le Jacques, frère cadet d’Aile me montre, de collection, un bloc d’ambre. Résine pétrifiée que j’aime tant. J’en cache ma pauvre petite bague achetée à Porto-Plata l’hiver dernier. On y voit des moustique dans sa plaque, morts il y a un million d’années ? Il a reçu un album de photos, affiches, archives, manuscrits de chansons, magnifique album, sur son adoré Georges Brassens. Il compte les jours avant sa retraite de prof (chimie, physique) au secondaire à Terrebonne. Il s’exclame :  » je ferai mentir tous ceux qui s’inquiètent avec des  » que feras-tu ? « . L’épouse semble se sortir d’un cancer, bénin mais qui fut inquiétant.
2-
Chez  » frère Jacques « , chaude vieille (125 ans !) maison de campagne où habitait le Jolicoeur des buanderies de jadis. Pierre, l’autre frère d’Aile, reprend sa litanie contre les bureaucrates du ministre Legault, son grand boss; Pierre est maintenant directeur des études au Cégep Saint-Laurent ! Il se plaint :  » Formulaires boulimiques, paperasses de surveillance tatillonnes, ordres contradictoires. « ,
Son fils, Claude, nous parle de son expérience au Kosovo, il y a un an ou deux. Visite effrayante. Quand je lui parle de la terrible série télévisée  » Warriors « , il dit :  » C’est fini maintenant l’impuissance de nos soldats. Ils ont changé la règle. S’il y a barrage, un coup de fusil dans un jambe comme avertissement , si résistance, une deuxième balle et c’est la mort !  » Il dit cela calmement !
La jolie Sophie, étudiante-raccrocheuse, fille de nos hôtes dira très calmement :  » Nous avons rompu récemment mon chum pis moi.  » Deux jeunes personnes, Claude et elle, en célibataires ! Les autres enfants ne sont pas de la fête. Appel téléphonique soudain, c’est le Pierre-Luc de Colette et Pierre. Pour deux mille  » tomates « , il se fait dorer la couenne au bord de la Caraïbe ! Il tonne heureux :  » Oh, la beauté du site, soleil luisant, plage de sable blanc, eau turquoise, bouffe extraordinaire  » Le petit salaud ! Raymonde et moi ‹ » famille je vous aime « ‹ refusons volontairement ce genre d’exil. Un  » Sept-Jours, magazine  » people « , traîne : Serge Turgeon y déclare qu’il veut amener au théâtre d’avant-garde son  » Rideau Vert  » et annonce du même souffle  » Au c’ur de la rose  » de Pierre Perrault (notre Lorca) bientôt à son affiche. Eh ! L’ex-directeur de l’Union des artistes,  » commentateur de presse  » longtemps à TVA le matin (il se levait aux aurores !) se sort tant bien que mal de 2000, d’une  » guigne  » horrible. Diabétique, le c’ur a flanché, opération, puis les jambes opération, puis les yeux (presque aveugle !), opération, puis un anévrisme, il a failli demeurer  » légume « . Oui, la guigne !
3-
Article  » post 11 septembre  » dans  » l’Actualité « , opinons de  » penseurs « , spécifie la revue. Ce mot me fait toujours sourire. Qui n’est pas un penseur ? Ubald Proulx, mon  » habitant  » de Saint-Joseph du Lac, emblématique et utilisé souvent dans mes proses, était un penseur autodidacte redoutable.
4-
Le magazine  » L’Actualité  » parle des Cris ( neuf tribus à faire s’accorder !) au bord d’une entente finale avec Québec. J’ai visité, avec l’équipe de CJMS, Chisasibi en 1993. Vision dantesque ! Des maisons modernes, préfabriquées, pour les Cris  » déménagés de force  » en vue des grands barrages. Magasin général en foutoir. Des tentes dans chaque cour en souvenir des temps anciens. Pour trois milliards cinq cent millions de notre argent public : la paix, la fin des diffamations des Cris, le partage promis de profits (mines, forêts, hydroélectricité), le signataire cri, Ted Moses, aura à combattre l;es nostalgiques en faveur de cette entente globale. Bonne chance ! Le sociologue Simard dit qu’ il peut être tragique de perdre ses vieux ennemis, parfois et devenir autonomes peut être terrifiant  » Oh, cette vérité affreuse !
5-
Lundi soir, avons observé le vieux pape polonais à sa messe de  » ménuit  » à Rome. Va-t-il mourir bientôt rêvent les adversaires de son conservatisme sur tant de points ? Il n’en a plus pour longtemps, il est clair que les cathos devront guetter las  » tite  » fumée vaticane sous peu et espérer voir notre ClaudeTurcotte devenir le premier pape canadien français. Quoi, quoi, le Québec n’était-il pas, il y a peu,  » L’Himalaya du catholicisme « , paroles du célèbre Paul Claudel ?
La famille de ma fille Éliane, devenue des  » protestants  » vers 1980, ‹au grand  » dam  » de mon père ultramontain‹ est allé avec la famille de mon fils Daniel , des non-pratiquants, à la messe de  » ménuit  » boulevard Gouin, pas loin de leurs demeures, à la vénérable église de la Visitation, classée  » monument national « .
Aile dit :  » C’ est ça, notre religion maintenant, l’église au baptême, à Noël chaque année et à la mort ! « . Eh oui ! Rituels nostalgiques. Les enfants, au réveillon, très heureux des cadeaux reçus paraît-il. Avec jeux électroniques du dernier cri. Fini le beau petit traîneau rouge, les patins C’est un fauteuil et un écran désormais ! Promesse de dos courbés et souffrants pour plus tard ? Je le crains.
6-
Toujours étonné de cet amour du cosmopolitisme : une vieille juive de Provence, enfant internée en Allemagne nazie durant la guerre, parle à la télé :  » Sortie de cet enfer, je m’installai à Paris. J’adore l’anonymat des grandes villes.  » (!) Pourquoi donc cet amour de l’anonymat chez tant de monde. A-sociabilité ? Elle ajoutera :  » J’aime tellement rencontrer, dans les rues de Paris, des Chinois, des Arabes, des Juifs, des Arméniens, des Japonais Etc.  » Non mais…Curieux ! Des rencontres anonymes, artificielles ? Tant des nôtres, ici, parlent ainsi. Moi aussi, je l’ avoue, j’aime bien croiser des gens d’ailleurs, émigrés qui, souvent, vivotent, en arrachent,  » en bavent  » littéralement souvent.
D’où nous vient cet amour niais, imbécile, stérile, infructueux, si superficiel ? Peur cde quoi au fond ? De nous retrouver ensemble, entre nous ? Mépris de nous-mêmes ? Méfiance des nôtres ?
Sentiment de voyager, d’être des  » touristes chez soi  » sans avoir à partir, à aller reconnaître  » les autres « , nos frères humains, chez eux, avec périls, menaces, une fragilité inavouable face aux us et coutumes, cultures des autres  » les découvrant chez eux  » ?
Faut voir les voyageurs, serrant leur chère sacoche à  » chèques de voyageur  » sur leur poitrine, guettant leurs appareils photos de prix, quand ils y vont voir les  » autres  » dans tant de pays.
Cette philo-cosmopolitisme, une sécurité parmi  » nos pauvres  » ? Sommes-nous tous de sales « dames patronnesses  » confortables ? Je cherche une réponse.
Oh la déception en visionnant  » MOULIN ROUGE « , la veille de Noël ! Certes on s’attendait à un  » musical  » sauce USA. Un Montmartre de carton-pâte. Mais non, on a eu droit à une sirupeuse histoire d’un romantisme  » cucul la praline « . Un Toulouse-Lautrec inexistant, hélas. Plein d’emprunts divers dont à  » La Traviata  » : tousse, tousse, sang aux lèvres et meurt en chantant la belle courtisane, Satine son nom, et pleure en chantant l’amoureux transi qui décide, oh !, d’écrire un roman de sa mésaventure au  » Moulin Rouge « . Fin. Ouengne ! Je le recommanderai à personne.
7-
Bizarre, avant Noël, envie de relire la vie étrange de cette fameuse stigmatisée, voyante et mystique,  » Marthe Robin  » (c’est le titre du livre ) par le philosophe et psychanalyste catholique, Guiton. Influence persistante de mon père, grand amateur de faits paranormaux chez nos saints, les seuls qui le captivaient à fond. Cette re-lecture diffère de la précédente. J’ai noté partout mes réticences. Je suis un terrible barbouilleur de livres. Évidemment je reste tout médusé par cette Marthe Robin qui ne mangeait pas, jamais, rien, à part une hostie tous les jeudis, et cela durant des décennies. Elle est morte, vieille, dans sa chambre noire ‹elle supportait pas la moindre lumière, en 1980. Marthe Robin années ne dormait pas, elle était paralysée dans son lit et recevait des gens du peuple et des  » importants « , cardinaux, évèques, philosophes, athées et savant farouches, des chercheurs de secrets métaphysiques, etc. Guiton fait son apologie, c’est certain mais se pose des questions très scientifiques et n’arrive pas à se consoler que des savants aient négligé d’étudier sa chère Marthe, point sur lequel je tombe d’accord.
J’ai toujours aimé lire de ces cas extravagants, religieux ou pas. Oui, influence du père quand ce dernier, tout excité par les phénomènes irrationnels, raconte à un enfant, moi, les mystères du Curé d’Ars, des Catherine Emmerich et Neumann, deux stigmatisées allemandes des années 1800, de ce Padre Pio, capable de bilocation, et quoi encore au domaine des mystiques ?
8-
Il y aurait EDWIG maintenant ? Pas l’héroïne du film dont j’ai parlé, non, c’est cette  » chouette des neiges  » dans les Harry Potter. Une nouvelle vogue, publie-t-on. Ce hibou (?) blanc si mignon est le symbole, côté  » blason ornithologique « , pour le Québec, l’Harfang des neiges, si impressionnant. Edwig ? Des enfants maintenant veulent un Edwig dans les pet-shops comme on veut un serin, un perroquet. Embarras chez les animaliers de Londres et d’ailleurs !
9-
Avis important !
Pour ceux qui m’apprécient.
À la cinémathèque de la rue Maisonneuve, angle Henri-Julien, deux dates à retenir : le jeudi soir qui vient, 7 janvier à 19h.
À l’affiche de la cinémathèque : Mon  » Blues pour un homme averti « . Paul Blouin en a fait une dramatique étonnante avec un Jacques Godin jeune (1964) dans une forme rare.
Un  » bomme « , tueur pédophile, mythomane, s’imagine un père  » manquant « .
Et, un mois plus tard, soit le mardi soir le 12 février, à 19 h. Mon  » Tuez le veau gras  » avec Benoît Girard, jeune (1965), dirigé par Louis-Georges Carrier.
Un  » retour de Paris, diplômé  » en sociologue syndicaliste, trahira les siens et se vendra aux crapules de sa petite ville.
Dans ces deux téléthéâtres ‹ouvrages collectifs dont je suis très fier‹ on verra, tiens, deux avatars de mon cher Ubald Proulx. L’un (dans  » Blues  » ) incarné par Paul Hébert,  » robineux sage, l’autre (dans  » Tuez « ) par Georges Groulx, conseiller déchu et renié.
J’y serai évidemment. On pourra me questionner après le visionnement si on veut.
À part la précieuse cinémathèque (dont je suis membre) on habite pas tous la région métropolitaine j’ai hâte qu’un jour le canal ARTTV programme ces deux dramatiques de télé Mais quand ?