le lundi 24 décembre 2001

Samedi soir donc, bonnes pizzas  » au four  » visible chez  » Grand-pa  » à Val David. Les J., nos voisins et commensaux, en verve. J.-P. a le coeur fragile mais il fait encore du ski alpin à 74 ans. Je lui passe  » Le couac  » chaque mois et ce  » canard déchaîné « , made in Québec, semble Le captiver. Il le passe à son fils, P. Un  » vert  » méchant ! Longue jasette sur les allumeuses. De Marilyn Monroe à Lara Fabian. Jadis, la fille trop accorte passait vite pour une guidoune, une folle facile. J.-P. et moi, Aile et P. toutes amusées, nous faisons le tri entre l’agace et la pulpeuse de bon aloi.  » Avoir de la classe  » reste mon modèle féminin. Non sans offrir du sex appeal ! Conversation légère rigolote. Nos souvenirs de jeunesse : les  » clubs de nuit « , ce Ballroom, rue Bleury et Ontario, l’orchestre du parc Belmont, les dancings des plages, adolescent.
Deux p’tits vieux à souvenirs attendris Dans un coin, un chansonnier au micro, sa guitare, avec la belle toune de feu John Lennon :  » merry Christmas and an happy new year  »
J.-P. et moi avions lu Dion, si souvent amusant dans Le Devoir. Son papier, samedi matin, sur la  » non-mémoire  » des histoires comiques, si vrai. J.-P. et moi, tentons de nous souvenir rien d’abord.
Plus tard, je raconte :  » Une fois c’est un type aux toilettes publiques. Un bonhomme entre dans la cabine voisine et dit : SALUT ! L’autre, par bonté, répond : SALUT ! Le voisin :  » Comment ça va ?  » L’autre :  » PAS PIRE, PAS PIRE « . Le voisin :  » QU’EST-CE TU FAIS DE BON ?  » L’autre :  » B’en, comme tu sais, j’suis aux toilettes comme toi « . LE VOISIN :  » Bon, écoute, il y a un cave qui répond à tout ce que je te dis, je te rappellerai.  » FIN.
Rions, c’est l’heure !
Une autre : À la porte d’un club privé, un type lit :  » CLUB PRIVÉ. POUR INTELLECTUELS SEULEMENT « . Il sonne. Le gérant ouvre l’huis :  » Vous avez lu l’affiche, oui ? Êtes-vous un intellectuel ?  »
Le type :  » Faudrait définir le terme d’abord.  »
Le directeur :  » Entrez, entrez !  »
Suffit !
Reçu le mensuel de la Bibliothèque Nationale, section archives. Une page montre une photo de mon père. Petit choc ! Mort il y a 13 ans déjà ! Je m’ennuie de lui. J’ai vendu tous ses papiers de  » céramiste du dimanche « , fort bien coté jusqu’aux USA. Ce père ultramontain fut mon enragement, ado révolté contre la religion d’ici, et puis, son caboulot abandonné, sa gargote fermée, papa se transformait en artiste-naïf, primitif. Ma joie alors de découvrir que ce petit restaurateur, mon père, avait retenu son âme d’artiste pour mieux éclater devenu vieux !
Le vieil  » abbé Pierre  » est nommé  » l’homme le plus admiré « . En France. Je me souviens quand il était venu ici, à l’Oratoire, il avait causé un vrai scandale en osant déclarer dans ce vaste lieu ambitieux :  » Le Christ n’a pas froid dans ses belles églises mais dans chacun des pauvres !  » Il y avait eu une gêne  » hénaurme « , un silence éloquent.
Eh b’en :chocolat (pur à, au moins, 70 %) et la cocaïne :même effets sur le cerveau quasiment ! Daniel Pinard, récemment, laissa entendre la chose. Une drogue ? Le suis-je, moi qui croque si souvent des morceaux de ce chocolat fort en cacao que l’on disait très sain pour la santé ?
Dimanche soir, visionnement d’un enregistrement d’  » À la maison blanche « . Nous estimons beaucoup, Aile et moi, cette série américaine, euh non, états-unienne, bien filmée. Du mouvement sans cesse, justifié, des types, tous intéressants, bien joués, qui fricotent autour du  » bureau ovale « .
Évidemment, des histoires qui se déroulent à la  » centrale  » du plus fort pouvoir politique et économique sur la planète, ça aide à captiver l’intérêt. Tous les adjoints de M. le Président sont d’ineffables queues-de-veau dévoués à la maintenance du pouvoir présidentiel. On ne voudrait pas manquer un seul épisode. Nous voilà  » accrocs  » maintenant. Pourtant l’auteur Aaron Suskind ne simplifie pas les choses. Il installe beaucoup trop d’intrigues,  » plot « ,  » sous-plot « , sous-sous-plot  » ‹pour parler américain, euh.,..état-unien. C’est une erreur, on a du mal souvent à bien comprendre les tenants et les aboutissants des épisodes.
Bon, devrais-je lui envoyer un courriel à ce Suskind ? Et puis m’écoutera-t-il ? Suivra-t-il mes conseils ? Hum . L’équipe, réalisateur, techniciens et acteurs, est supérieure aux textes, ils méritent mieux. J’ai dit !
Hier matin, dimanche, neige tombée nuitamment, premiers exercices de déblayage. Bon pour la santé ! Ce matin, lundi, exercice de dégivrage, glace aux fenêtres de l’auto. C’est l’hiver pour de vrai ? Pourtant, les jours rallongent depuis le 21. Hourra !
Sur ma neuve radiocassettes : Mozart, Verdi, fanfares, marches militaires, Puccini, Ravel, Brel, Gagnon, Ferré, sans culture musicale vraie, je pique partout.
Un roman du jeune Sénécal,  » Aliss « , ‹paraphrase ambiguë et salissante de l’  » Alice au pays des merveilles « ‹ me tombe des mains. C’est grossier, facile, avec les clichés éculés sur une certaine jeunesse déboussolée Mélange des niveaux de langage, argot parisien et joual invraisemblable, pages remplies de dialogue de série-télé-cheap. Vraiment, est-ce la littérature de demain. Sans doute que non. Le besogneux jeune romancier de ce  » Aliss « ‹sang, sperme et fantasy à quatre sous‹ obtenait de bonnes critiques pour ses deux précédents romans dont  » 5150 rue Des Ormes « . Sont-ils mieux fabriqués ? On l’a même comparé à Stephen King ! Pas sûr de poursuivre ma lecture. Sa  » Aliss « , dix-huit ans, décrocheuse de banlieue (Brossard), obsédée sexuel précoce, sent le mâle infantile L’auteur peut-être, puisque l’on dit  » qu’aucun écrit n’est innocent « . Une histoire univoque, racoleur, influencé par quoi ?, de la plate porno industrielle.
Un médecin dans La Presse, se porte à la défense de son collègue (Amir Khadir) démoli par Lysiane Gagnon, j’en ai parlé.
Il rappelle les liens Bush avec Ben Laden. Le Al-Qaeda, Ben Laden créatures états-uniennes au temps des méchants envahisseurs Russes. Vérité encombrante, chère Lysiane ?
Dimanche dans  » La presse « , un petit gars de Bolton se vidait le coeur. Il racontait son horreur désormais de la guignolée, son panier de vivres offert à un camarade de sa classe et puis , à l’école, la honte effrayante du donneur et du receveur, la perte d’un compagnon. Vérité encombrante là-aussi. Terrible réalité. En effet, il faudrait la plus grande des discrétions lors de la remise des  » paniers aux pauvre « .
Paroisse de L’Épiphanie, un curé rare : Raymond Gravel. Sur quatre colonnes (toujours La Presse) il renie Dieu ! Oui. Celui des Bush et Ben Laden. Il publie que Dieu ne savait plus où se cacher durant les Croisades (en sa faveur), durant les bûchers de l’Inquisition, dans l’Allemagne nazi des fours. Gravel ajoute qu’on a bombardé Dieu dans les avions sur les Tours. Il va jusqu’à ajouter que Dieu a en horreur les ayatollahs et les papes ! Ce Gravel se fera-t-il exilé en Suisse comme, jadis, le Frère Untel ? Le curé achève sa diatribe étonnante en nous demandant de libérer Dieu, le dépossédé, à Noël. Eh b’en, on est loin des sermons d’antan, si ennuyeux !
Demain, bouffe de Noël dans la tribu d’Aile, à Saint-François de Laval. La Fernande aux chaudrons, ça devrait être désirable. Le Jacques, frère d’Aile, me racontera de nouveaux savoureux épisodes sur ses  » enfants  » de l’école secondaire où il enseigne.
Pierre, autre frère d’Aile, docteur en physique nucléaire, directeur des études au cégep Saint-Laurent, et ex-général en chef de nos armées de réserve, nous taquinera sur les déplorables effets du laxisme contemporain sur tout le monde.
Prises de bec au menu ! Entre tourtière et dinde farcie, entre canneberges et cornichons, nous allons trinquer à la bonne santé du petit Galiléen, né à Nazareth et qui a changé le monde.

le samedi 22 décembre, 2001

le samedi 22 décembre, 2001
Conte de Noël
La lumière va s’éteindre. Soleil au ciel. Un samedi de franche clarté.

Daniel me recommande faire plus court. Je crois qu’i a raison. Ma tendance à  » diarer  » trop longuement. Oui, me corriger là-dessus.

Aile m’étonnait ce matin :  » Claude, quand feras-tu ton traditionnel  » arbre de Noël  » spécial avec tes branches de bouleau décorées suspendues au plafond.  » Ma foi, elle aime ça ! Je pars aussitôt : au rivage pas de vielles branches intéressantes. Je zieute les sapins. Non, trop cruel. Je monte vers la terrasse du côté, tous ces cèdres qui font trop d’ombrage. L’échelle. La scie. Je coupe. Ensuite, sortie des oiseaux décoratifs de la cave, et des lumières, et ça n’est pas long que c’est suspendu. Aile en est contente. Son beau sourire.

Marc, mon  » installateur  » Internet, me signale :  » Cher beau’p, depuis hier et votre conte à CKAC, 600 visites sur votre site ! Et allez à votre forum, c’est rempli. » J’y vais. Mon Dieu, comment bien remercier tous ces correspondants ? Le temps Qu’ils sachent ici, s’ils lisent J.N., mon plaisir. Certains avouent des larmes ! Des souvenirs, mal enterrés, de pauvreté en enfance. Je suis ému. L’un m’expédie même une photo d’une pauvre demeure, là où se déroulait mon  » conte-vérité « , à Jacques-Cartier,  » pauvre maison construite, dit-il, par mon grand-père « .

J’ai très chaud au coeur : merci, merci !

J’ai terminé le tome 2 de  » Ma vie comme rivière ! (le joli titre !) de l’épouse de Michel Chartrand , Simonne Monet, fille de juge outremontaise embrigadée dès la noce dans les combats du temps. À la fin : grève des mineurs d’amiante à Asbestos. Police duplessiste qui matraque. Son homme mis en cellule. Il y a cinq enfants dans la maison modeste. Elle manque de tout. Des reproches sévères, durs parfois, sont adressés à ce mari, père absent, lutteur syndicaliste. Rien à voir avec les bluettes du film biographique du fils Chartrand. Oh non ? Regrettable maquillage.

Vision pénible à T.Q., chez Dussault hier soir. Invitation en studio, pour 50.$, à des itinérants. Certains maganés gravement.

Comme toujours trop de monde. Chacun ses deux minutes de visibilité. Pas le  » 15 minutes! Promis par Warhol ! On constate que chacun est un cas, est  » une histoire  » particulière et alors les  » définisseurs de situations  » semblent stupides. Pas un de ces  » perdus  » n’a les mêmes raisons pour raconter son …itinéraire. Voilà la simple vérité. Une dame millionnaire, madame Yvon Deschamps, par ailleurs admirablement dévouée à son oeuvre  » Le chaînon « , a joué la rébarbative innocente :  » Pourquoi couchez dehors et ne pas plutôt rentrer pas dans votre famille ?  » On l’aurait battu cette Judy Richards.

Hier soir, à 21 h, à ARTV, l’actrice Susan Sarandon ‹inoubliable dans  » La dernière marche  » avec Sean Penn‹ a montré beaucoup d’intelligence et aussi beaucoup de modestie. Cette star a parlé de son métier sans théorisation. De la télé qui comte. C’est bien rare.

Chez la Bazzo, hier matin, Marie Laberge, comblée du bonheur d’avoir un vaste lectorat, dit qu’elle ne pourrait jamais parler d’elle. Pudeur, discrétion, orgueil ? Nous sommes aux antipodes, Marie et moi. On sait que j’aime bien parler de moi en espérant, ‹toujours‹ que je ne suis pas si différent des autres et que je sers d’éveilleur ( de quoi donc au juste ?) quand je livre des pans de mon existence. Quand je lis des autobiographies ‹et j’en lis beaucoup ‹ c’est ce qui se passe. Ah, il réagit ainsi !, oh, il apprécie cela !, tiens, il déteste ceci ! On ne cesse de comparer nos vies, non ?

Quand j’ai publié ‹1987-1989-  » Pour tout vous dire  » et puis  » Pour ne rien vous cacher « , mon journal de ces années, plein de chauds applaudissements dont le témoignage, emballé, du journaliste et scénariste de télé, Réjean Tremblay. Jean-Pierre Guay, de Québec, avec ses tomes de journal, m’avait donné le goût, je n’avais jamais lu du journal alors. De personne. Maintenant évidemment, oui. Beaucoup. Dont celui de Cocteau, vous le savez.

Aveux de regrets, de remords accablants, à la télé d’hier, le poids effrayant d’un homme qui a tué un piéton ! Avertissements sans cesse, partout, en cette époque  » des dangers de conduire en état d’ébriété « . Je me souviens d’une  » cuite « , fête d’avant Noël à CJMS, 1993, de mon retour imprudent chez moi.

J’aurais pu me tuer. Tuer quelqu’un. Je buvais beaucoup trop de Pernod et de Campari en ce temps-là. J’avais repris conscience le lendemain. Ne plus voir du tout comment, par quel chemin, j’étais rentré ! Connerie totale. Je ne bois plus q’un peu de vin rouge à l’heure du souper.

Dans Le Devoir de ce matin :le mystère Gaston Miron. Un texte de son ex-compagne, prof à Laval, qui fait la publicité dune édition à venir. Cet animateur et poète, sans écrire bien longtemps, ni très souvent, a réussi à se construire un socle solide. Miron était louangé, fêté souvent, vénéré par plusieurs, glorifié même, il était habitant, chaleureux, bavard, grand voyageur,  » branché  » aussi, grouillant, patriote, paysan, cultivé, désintéressé, gigueur Il fut mis en prison en octobre 1970. Avec les  » cinq cent  » soupçonnés des polices obéissants à la  » liste noire  » des excités névrosés.

Oui, il y a un mystère Miron, cet  » homme rapaillé  » écrivait parcimonieusement !

Je tourne les pages et hop! Surprise ! Voici une photo de mon petit dernier bouquin,  » Je vous dis merci « . Le Cornellier m’arrose de louanges, glissent quelques bémols. Un papier fortifiant, somme toute. J’éclate de rire ! Cornellier juge la couverture  » vulgaire  » et déplore que moi,  » l’artiste  » spécifie-t-il, j’aie laissé faire l’éditeur Stanké. Alain a dû rigoler ce matin car c’est  » mon  » idée ce bonhomme en salopette, au soleil, qui barbouille un mur de briques d’ un lettrage coulissant. Je voulais faire simple, modeste, joyeux aussi. Pas  » vulgaire « , monsieur Cornellier ! De gustibus

Pierre Morency, un poète de Québec :  » Voir un cardinal, c’est voir du feu sur la neige !  » Parfaitement. Dit excellemment. On a en a vu un couple récemment sur la galerie. Bouches ouvertes derrière notre porte-patio !

Étrange d’écrire ici : c’est publié, édité, aussitôt écrit ! Ça change tout, c’est différent du journal qui est publié un an plus tard. J’approche autrement anecdotes et éphémérides forcément.,

Je sais que c’est lu au fur et à mesure quoi. Ça me fait drôle.

L’une chante :  » je voudrais voir la mer  » moi, je chanterais:  » je voudrais voir ces régiments de soldats, grandeur nature, en terre cuite, déterrés à Xian dans le Nord de la Chine. Quelle vision cela doit être, non ? J’en parle parce que le journal y fait allusion ce matin.

Je corrige mais tard : c’est Marie Brassard, et non Chouinard, comme je l’avais écrit erronément ici, qui jouait, à l’Usine C, ce travesti androgyne mystifiant (qui se masturbait en scène). L’autre est une chorégraphe vantée qui se produit ces jours-ci.

Je n’en reviens toujours pas de ces 600 visiteurs et de tous ces aimables correspondants sur mon site d’ordinateur. Décidément cette invention est incroyable. Je ne pensais pas vivre une telle expérience sur  » mes vieux jours « .

Nous allons aller bouffer tantôt, une fois de plus,  » Chez Grand-pa « , à Val David. C’est un bistrot sympathique, patronne accorte, émigrée de France. Un été, j’y rencontre Vigneault. Nous revenions d’un séjour sur sa chère Côte Nord et je lui dit mon grand étonnement d’avoir constaté l’eau si chaude de  » la mer Saint-Laurent  » en face de chez lui. Gilles me dit :  » N’en parle pas trop, mon vieux, on veut pas trop de touristes, pas de Mc Do et Cie.  »

Par la fenêtre, en face, par dessus le lac Rond, l’hôtel Chantecler s’illumine. Mode d’éclairer les bâtiments. En clignant des yeux on peut s’imaginer Chenonceau,  » le château des dames  » sur la Loire.  » La nuit tous les chats  » La nuit on peut prendre une vessie pour une jolie lanterne. La nuit, ici, aura maintenant de joyeuses lueurs multicolores : guirlande de lampions électriques devant ma porte. J’ai installé la panoplie, habituelle, comme tout le monde.

 » Je le fais pour les enfants qui vont venir au Jour de l’an « , dis-je à Aile. Elle sourit. Sacré menteur : chez nous, rue Saint-Denis, il n’y avait rien, pas assez riches les Jasmin. J’en rêvais de ces chandelles électriques dans les parterres comme chez le voisin, notaire ou médecin.

Eh oui, on passe sa vie à compenser, à composer, à réparer, à soigner  » cette blessure, l’enfance, qui ne cicatrise jamais « , les mots de la grande Colette.

le vendredi 21 décembre, 2001

1-
On remonte sur la 15, plein de gros mottons gris envahisseurs du bleu du ciel. « Le bleu du ciel » titre d’un livre du fameux Georges Bataille. Un ardent illustrateur d’érotisme parfois …névrosé. obsédé. Paraît-il. Jamais lu. Titre, me dit Aile, du projet de série télévisée de V.-L. Beaulieu. Il l’utilisait beaucoup par la bouche de son « agonisant » déraillant, Sicotte-Quincaillier. dans « Bouscotte ». Ce bleu que l’on guette sans cesse tous les matins d’une vie. Trop rare hélas. Je sors de la station CKAC avec Arcand. Je viens de lire mon conte de Noël. Le studio de l’émission la plus écoutée du matin, et son portique: pas de changement, un désordre total ans la pénombre, porte-patères encombré, traîneries sur étagères débordantes, , paperasses au sol, gobelets de plastique partout, vraiment un « trou »! La bohème ?
L’an dernier avec mon oncle « Oscar-qui-buvait-le-bar-au-Montagnard « …de Saint-Donat, nous avons eu des échos enthousiastes durant tout un an. Mieux, il y a pas longtemps: une ex-serveuse de l’hôtel d’Oscar m’apostrophe dans la rue: » Ah vous ! Je viens de Saint-Donat. J’ai connu votre oncle, enfant. Votre histoire m’a… comme assommée. Merci ! » Le monde est petit », vous dîtes ?
Arcand ce matin, quand je lui parle de mon existence d’heureux retraité: « Chanceux, comme j’ai hâte d’arriver à ce temps de ma vie ! » Ma surprise face à ce boulimique du boulot. Je dis: « Oui mais faut d’abord avoir bossé comme moi, 30 ans de décors ‘ » Le sourire sur sa face, voulant dire:  » Ferme-la. C’était une bonne planque, la télé ! » Bizarre comme on imagine reposant, une sinécure, ces boulots de créateur sur commande ! On se trompe. En pub ou en faiseur de « clips », on fait pas ce qu’on veut, on doit se confirmer aux clients, aux réalisateurs, aux techniciens, et moi dans le temps, aux chanteurs. Je lui parle de mes achats au magasin de la cuisine-des-chefs à Sainte-Adèle, il ricane plus fort:  » Ah, les pays d’en haut ! Viande à chien! Séraphin Jasmin en profite ? » Jaloux va !
2-
Hier, soulagement, en entrant, Chemin Bates, je retrouve mon portefeuille oublié « en ville ». J’ai donc vécu toute une semaine « sans ». On n’en meurt pas. Quand on est deux. Aile fournissant le fric ! Quoi offrir au gentil concierge du Phénix, Ghislain ? On sait jamais quoi. Ce fut une fiole de rouge et un exemplaire de roman. Facile ? Eh oui !
Un dénommé Paradis m’envoie une carte de souhaits. Il achève un livre sur « le métier » d’écrire ». Auquel j’avais d’abord refusé de collaborer puisque « écrire n’est pas un métier ». Me suis ravisé, lui si gentil, et lui ai fourni des mots. Enfant, c’était un gros paquet de ces cartes. Nous aimions les étaler puis les contempler. Comme nous aimions admirer notre gros paquet d’images pieuses » récoltées à l’école. Aux fêtes, nous aimions répondre à tous ces envoyeurs de bons voeux. Maintenant, c’est quoi… ? une dizaine, quinze au maximum. Souvent de firmes commerciales ou… du Cardinal Turcotte ‹un ancien du collège Grasset‹ anonyme, sans signature.
3-
Lanctôt, mon éditeur depuis quelques années, me déclare être « pauvre comme job », il m’ affirme qu’en cette année 2001, aucun de ses « enfants » n’a levé vraiment. Il me poste donc 50% ‹3,550 $‹ de ce qu’il me doit en redevances. Pour « Enfant de Villeray », paru à l’automne de 2000. Environ 3, 000 « acheteurs » aux comptoirs des libraires ! Il faut multiplier, dit–on, par, 3 ou 4 « lecteurs » par exemplaire. Donc entre 10,000 ou 15, 000 lecteurs, je ne dis plus « acheteurs ». Ajoutons les emprunts dans toutes les biblios publiques et scolaires. Ouengne…! Combien ? 30,000 ou 50,000 ? Impossible à vérifier !
Je veux dire ceci: un écrivain travaille ‹durant des mois et des mois‹ un bouquin, il doit attendre son cachet toute une un année. Il reçoit 3,000, $ ou 6,000 $…c’est pourquoi je dis que faire de la littérature, c’est une vocation, une passion, surtout pas un métier… comme, par exemple, pompier ou policier syndiqué avec très bon salaire. Peut-on vivre un peu confortablement avec 6,000 $ par année ? Bien sûr que non ! Et plein d’inconnus, de débutants, qui vendront 200 ou, maximum, 600 exemplaires dans une année ! Une misère la littérature ? Oui. Pis ? On aime notre passion ! Écrire !
4-
Ai oublié d’en parler ici: dans ce livre sur les lieux de pèlerinage, une photo me reste collée en mémoire. C’est, dans un couvent-église en Suisse, la bibliothèque publique dans un art rococo somptueux, toute en rondeurs, boiseries et marqueteries, rampes, escaliers, étagères dans un ensemble extraordinairement époustouflant. J’étais hypnotisé. Ébahi ! Ah ! Je voudrais vivre, et mourir ma foi, dans une vaste coquille-à-livres aussi magnifique. Une folie architecturale qu’on retrouve jamais, nulle part, en nos temps modernes. Pourquoi donc ?
5-
J’ai lu deux livres « pratiques » ce jours-ci. L’un: « Mieux comprendre la psychothérapie » (Jolicoeur et Sauvé) ‹où l’on donne aussi des conseils aux praticiens ! Nous avons une amie (Carole) qui sera une « pro » bientôt dans cet étrange métier de « confesseur-guérisseur » laïc !
Fou hein, me semble que j’y ferais florès. Aile ricane : » Toi ? Tu parle trop, Il faut se taire dans ce boulot et écouter. Pourrais-tu ? » La venimeuse!
Ce petit livre pris chez Stanké, mon éditeur actuel, explique le processus: pourquoi y aller, comment bien choisir son psy, où ça mène, qu’est-ce qui se passe, les sortes de techniques… Etc. Du gros bon sens. À la fin, les auteurs répètent que c’est la méthode « longue durée » la meilleure ! Au divan, un an, deux, trois ? Jeune, de rares camarades y allant, je songeais à une analyse. Mais… pour les impétueux dans mon genre…C’est si long et il faut cracher du fric. Mon côté radin, séraphin, craint les dépense vaines. ( Attention: J’ai aussi un côté dépensier, gaspilleur à l’occasion.) Freud dit que c’est, cet argent versé, un moyen efficace de soigner sa névrose !
« Faut pas y aller », affirmait Louis Archambault ‹mon prof à l’École du Meuble, que je salue bas dans mon « Je vous dis merci »‹ « nos bibittes sont nos moteurs de création ». Au fond, je me suis auto-psychanalyser avec mes livres. Je crois cela. Fou ? Laissez-moi mes illusions ! Je proclame souvent, en riant hein ?  » Ouvrez-moi en deux, mes amis, et vous ne trouverez pas une seule bibitte, pas un seul ver, là-dedans ! »
L’autre livre ? Sur les risques de fumer de la marijuana ? Clair: selon les auteurs, aucun danger. Chaque chapitre, sur un ton scientifique, avec des résumés d’études, des chiffres, réfute tous les bobards sur l’herbe populaire chez certains. Pas d’accoutumance, pas de cellules brûlées, aucun risque grave, en somme, on devrait au plus tôt légaliser et vite cette drogue bien douce. En somme, seuls les dinosaures peureux en font un épouvantail. Un petit livre pour me calmer si un des petits-fils s’abonne au chanvre ! Bien que…j’ai décelé un ton « sauce bizarre », « prozélistique » pas mal, pour le permissif. Je ne sais plus qui a raison entre ces laxistes « bon genre bon chic » et les « bonshommes sept heures », policiers répressifs, qui veulent que se poursuivent « prison et amendes » pour les fumeurs de pot comme pour les vendeurs de mari. Seigneur, comment s’y retrouver. Un matin, un scientifique dit « blanc’ le lendemain, un autre , pas moins scientifique, qui vient dire « noir ». En tant de domaines, le loustic, moi, aimerait bien moins de contradictions, plus d’unanimité.
La terre tourne, oui ou non ? Galilée enfin en paix: elle tourne. Mais tout le reste ?. Un exemple: les manipulations (OMG) agricoles. L’un: « on va faire manger tout le monde sur la planète ». L’autre: « danger, poisons, cul de sac ». Hum ! Et le clonage des souches: l’un: « renouvellement d’organes condamnés », l’autre: « écoeuranterie, monstruosités ! » La religion: l’un: « manipulation des cerveaux, abus infâmes, crédulité exploitée », , l’autre:  » consolation essentielle, vitale, indispensable aux mal pris, aux désespérés ou aux simples inquiets. Eh !
6-
Hâte de voir, à 20h, à ARTV ce soir, Suzan Sarandon se faire interviewer. Inoubliable dans ce film sur les condamnés à la chaise électrique. Il faudra que je supporte le fat, prétentieux, ronronnant bonhomme aux questions, intelligent mais d’allure su suffisante, hélas. S’en ficher, le défilé de ses brillants invités fait des heures fascinantes. Hier, à ARTV aussi, « Le grillon du foyer » un conte mélo de Dickens (sauce « Oliver Twist ») plutôt mal montré, si lent, si maladroit, sans rythme efficace, lourdaud, par mon cher feu- Florent Forget qui allait bientôt mourir subitement, hélas. Ce « Grillon… » mélodramatique ferait un fameux show sur Broadway ou sous la patte du parolier Luc Plamondon. Les ingrédients ‹ style « Les misérables, très années 1800‹ y sont. Caleb (joué avec feu par feu Guy Hoffmann) artisan exploité par un méchant patron, sa fille aveugle abusée (sniff ! sniff !), son fil perdu, exilé aux Amériques, qui revient à la fin, beau, riche… Toit le reste, oh oui, en modernisant l’affaire, ça ferait un grand succès populaire et c’est la dernière fois que j’en avertis nos producteurs ! Sinon ? Je l’adapte moi-même ce « Grillon… ». Moquez-vous, j’ai un projet à la minute, savez-vous ! Et puis, qui sait, il y a eu un film noir et blanc sur ce « Grillon du foyer « , deux peut-être même !
7-
L’ audacieux jeune avocat providentiel des felquistes, Robert Lemieux, exilé à Sept-Îles, surgit soudain, vrai « Jumping Jack » ! Le voilà tout révulsé, chaviré, bouleversé, par l’incarcération , « incommunicado », d’un motard criminalisé, soupçonné de 13 meurtres « commandés », plus ceux de deux conducteurs de fourgon de police, Maurice « Mom » Boucher. Un cousin lointain d’Aile, je la taquine là-dessus !) Une poursuite de 30 millions de $, eh b’en ! Contre qui ? Contre Bouchard, Landry, Ménard et… le Gouvernement ‹nous tous, notre argent public. Ces millions, en cas de victoire, seront versés aux « Droits de l’homme ». Lemieux parle de « conspiration ». Ouow ! Aux caméras accourus il dit: « Monsieur « Mom » B. est un Québécois, ça pourrait arriver à un autre Québécois. » C’est la rhétorique démago de Trudeau en octobre ’70: « Un gérant de caisse pop, un enfant, vous. M. Boucher, alias Mom, transformé en citoyen ordinaire, un bon yable comme vous et moi, faut le dire, faut le faire. Maître Lemieux était-il tanné de l’obscurité, de l’anonymat, nostalgique des chiards médiatiques de 1970 ?
8-
Me suis acheté une radio portable pour ma petite salle des machines. Plain de cassettes sur ma commode. Quelques classiques, quelques opéras ‹le Verdi de nos Italiens de ma ruelle ‹ beaucoup de Leclerc, Léveillée, mon cher Brel, Ferré, Montand. Le ciel toujours en lutte auguste, lente, entre le bleu et le gris noiraud ! Je vais tenter de comprendre ‹puis de vous en parler‹ « L’illusion économique » de Emmanuel Todd (Folio). Je veux pas mourir idiot. Combattre mon handicap, le monde économique toujours incompris. D’abord aller marcher sous ce soleil embarrassé. Aile cherche un grand chaudron…pour son « six pâtes » du Jour de l’an. Elle doit quêter partout chez nos voisines. Et ce soir, à 17h que trouverais-je chez les écoliers de l’institut hôtelier des Laurentides ? Surprise ! J’écoute les chansons du « Nelligan » de Tremblay-Gagnon. Renée Claude renversante :  » J’ai cru l’aimer et j’ai cru l’être… » Sa voix claire. C’est beau !

Le mercredi 19 décembre 2001

Le mercredi 19 décembre 2001
1- Mort de Bécaud hier. Coqueluche dès 1955 par ici. Leçon d’énergie. Il criait :  » Hé! Les baladins ! Amenez-moi..  » Ils l’ont amené pour de bon. Disparu. Scénographe de variétés, j’ai travaillé souvent pour Bécaud. Je lui tenais son bol de cognac, une fois. Lampée énergisante indispensable tant sa dépense était fantastique ‹je me dissimulais sous la caméra-grue‹ entre les segments de son récital au grand studio 42, il avalait et repartait sous les réflecteurs, en sueurs, les mains comme des oiseaux.
Avec le réalisateur Letarte, nous étions allés à son hôtel,  » suite somptueuse à  » le Bonaventure « , pour lui présenter la maquette de son décor. Il est accompagné d’une  » beauté  » juvénile ! Eh ! On avait vu ça aussi pour le mari de Simone Signoret, ‹cocue comme l’autre Simone de Beauvoir, une féministe bien tolérante)‹ même groupie bien tournée aux semelles de la star Montand. Bécaud, joyeux, alerte, jeta un regard intéressé à son décor, accepte le design, se frotte les mains :  » Vous allez voir, je pète le feu ces temps-ci, ça va rouler !  » et nous offrit un  » drink « . Soleil sur la terrasse, piscine rutilante, la groupie en bikini surgit et lui :  » Vas-y mon petit, je te rejoindrai. »
Le mort d’hier fait un signal :  » j’ai eu une belle vie !  » Des poètes populaires ‹Delanoé surtout‹ se sont servis de cette machine humaine flamboyante pour s’exprimer. C’est beaucoup. C’est utile. Que le dieu des félicités terrestres ait son âme !
2- Avons visionné, hier, un film curieux :  » À la verticale de l’été « , étrange récit se déroulant à Hanoï. Trois vietnamiennes aux prises avec l’amour. Hélas on voit pas le pays, ni cette ville longtemps colonie de Paris. Plein de belles images :fleurs, plantes vertes, chants d’oiseaux sans cesse vues de la fameuse Baie d’Along (orthographe pas certain), appartements ensoleillés, resto cocasse, Aile et moi aimons examiner des  » ailleurs « . Comme pour ce film à Prague (sous les nazis), impossible de voyager vraiment à l’étranger. Une rue, une maison et c’est tout. Beau dommage ! On voit tant Montréal, Paris ou New-York dans les films tournés là. Question de budget ! Nos étions perdus : tout le monde se ressemble ! Connerie ? Comme pour les Noirs si souvent. Question : est-ce que les Noirs, les Jaunes, nous trouvent tous trop semblables eux aussi, nous, les Blancs ? Donc un beau film, d’un visuel si lumineux mais une histoire incompréhensible pour nous.
3- Message, hier, de mon fils, son étonnement , sa fierté de m’avoir initié (de force, je l’avoue ) à l’ordinateur. Il m’écrit qu’il entend Thomas, son fils, parler avec sa mère de moi, le papi, puis son appel téléphonique, ensuite, Daniel va à son écran et trouve les mots de Thomas dans mon J.N. Il dit :  » Étonnant, en trois heures, la vie vécue se retrouve dans ton journal « . Eh oui ! Étonnant en effet, vive l’ordi, vive internet ! Il se moque de moi :  » Me semblait que tu allais cesser d’écrire, que tu allais aquarelliser ? Ce journal ?  » Eh oui, il a raison. Marc, mon installateur  » de site  » me taraudait :  » Vous devriez, beau-père, faire un roman sur écran, par épisodes Etc.  » Moi :  » Non, c’est fini la littérature avec mon  » Je vous dis merci  » frais publié. Je termine  » Écrire  » pour V.-L. B. et je reviens à l’art pastique. Mais Soudain l’idée d’un journal.
4- À la mort du francophobe  » Mauditkakaille  » Richler, caméra de télé chez moi, face au lac. J’avais loué ses talents de romancier ( » le monde de Barney  » est fameux) et fustigé son racisme à notre égard. Ses odieuses calomnies, nous illustrant ‹mettant en péril les anglos ‹ collectivement, en fascistes enragés et dangereux (ils sont 300 millions d’anglophones tout autour, grave péril hein ? !) alors que nous sommes un petit peuple, minoritaire sur ce continent, héroïque, résistant à l’ américanobulldozer « . La Vice-Reine Clarkston et son  » suiveur  » Saul, vont bientôt accrocher à la dépouille du raciste la médaille de L’Ordre du Canada. On s’incline ‹comme je dis souvent‹ devant cela, pas par respect, par envie de vomir !
5- Ce matin, lu chez Cousineau-télé : La petite Brazeau, ma jeune  » ancienne camarade  » de CJMS, accepte de présider la voyeuriste émission de TVA :  » Je regarde  » Dominique Bertrand démissionnait, elle, de ce  » piège à cons « , Marie Plourde aussi, refuse de jouer à ce jeu sordide. Lu aussi, ailleurs, que Miss Brazeau, mère de famille (deux jeunes ados), était entouré de porono chez elle,  » at home  » hein, pour se documenter. Belle ambiance pour les enfants ! Franchement, on a envie souvent de s’écrier comme le philosophe primitif et naïf, Yvon Deschamps :  » US qu’on s’en va ?  » Ne me voyez pas en puritain prude SVP.
L’érotisme est de bon aloi. Le voyeurisme c’est le chemin vers la solitude, vers l’onanisme.
Je ne dirai pas que la masturbation rend sourd elle rend triste ses adeptes, tôt ou tard. Il faut pour garder vivant  » le désir  » ne pas craindre les fréquentes allusions à la sexualité, les caresses opportunes ou non, les  » appels  » enjoués quoi. Il faut semer l’atmosphère érotique autour de l’autre. Bref, il faut de l’imaginaire, des fantasmes. Je crois que les voyeurs (voyeuses) sont des gens bougrement paresseux, sans imagination. Qu’ils ne savent pas installer un climat érotique normal, indispensable. Pleins de maris, d’épouses, qui ne font jamais rien pour le moment où l’on ira au lit. N’en parlent pas, ne lisent rien d’érotique, ne regardent rien d’érotique, ne forment pas d’images sexuels dans leur tête  » n’imagine pas « , voilà ! Des couples, même jeunes, s’assèchent sans cesse alors, par leur faute.
Ils iront  » voir  » ailleurs :la nouveauté c’est plus facile ! Paresseux ! Pire, se feront voyeurs des ébats mécaniques avec  » sound track  » exagéré, des inconnus ‹l’  » actage  » fausse-passion physique‹ de ces poussifs copulateurs stipendiés ‹et plus ou moins drogués‹ pour forniquer  » on camera « . J’en vois qui se procurent au vidéo-club du coin, de ces cassettes  » XXX « , gênés, embarrassés, les yeux à terre. Oui, des super-paresseux. On peut trouver des images érotiques merveilleuses, dans des livres merveilleux ‹sans la nudité niaise inutile souvent, l’explicite étant anti-érotique‹ cette iconographie collaborant au désir. Vulves et pénis exhibitionnistes ‹magazines chirurgicaux‹ images explicites vaines quand on veut sexualité et sentiments humains réunis. Ne comptez pas sur  » Je regarde à TVA ou à TQS, tard, pour conserver longtemps l’amour dans votre couple. Je me souviens d’un scénographe, compagnon obligé, qui pris las pente voyeuriste. Films en 8,mm, on est en 1956, images salopes, collections de vulgarités, photos de son cru avec putes payées, au bout de quelques années, on découvrit mon compagnon mort dans sa baignoire un samedi matin. Bonne chance Miss Brazeau !
6- Ce matin, les quotidiens : Lepage, ce génie imagier de la Vieille Capitale et reconnu dans l’univers, fera un nouveau film :
 » Tourism « , titre de l’anglomanie sauce mondialiste.
Dès ses premiers  » shows  » de théâtre, je disais  » c’est un cinéaste « .  » Le Confessional « , et puis  » Le polygraphe « , le prouvèrent efficacement. Vint ses autre films,  » Nö  » et  » Possible worlds « , hum, moins forts. C’est que le surdoué Lepage se déconcentrait volontairement par trop d’activités parallèles. Hélas. Lepage pourrait devenir notre Fellini québécois. Oui, aussi bon, meilleur un jour peut-être !
Le hasard, la pauvreté aussi, l’a fait  » théâtreux « . J’ai aimé énormément, récemment, sa  » Face cachée de la lune  » au théâtre mais y ai bien vu ce qu’il aurait pu réaliser avec un film en utilisant ses étonnantes trouvailles sur scène pour cette  » Face  »
Bon, il a du succès de Tokyo à Londres, en passant par Paris et Moscou. Il ne m’écoutera donc pas. Je ne vais pas écrire un  » Que Staline se le tienne pour dit ! », comme le cave éditorialiste de  » L’Action  » à Québec, jadis. Mais, cette fois, je sais que j’ai absolument raison pour Lepage. Cela dit, il fera du théâtre tant qu’il voudra, ses machines restent pourtant la négation du théâtre qui est, avant tout, et doit rester un art de  » parole « . Lepage c’est le super génie des formes, de l’image. Ah, pis oui, je l’écris :  » Que Lepage se le tienne pour dit !  » Et bonne chance pour son  » Tourism « .
7- Un journal c’est marquer ce : Beau soleil, ici, de temps en temps aujourd’hui ! La petite plaine du lac brille. Symbole ?, mon fleurdelisé sur le rivage s’effiloche au vent du nord chaque début d’hiver ! Daniel, hier :  » on va tout savoir avec ce J.N. , comme ça : les steaks pas trop les sur-cuire ?  » Le vilain moqueur. C’est quoi un journal ? Mon avis quoi. J’en ai lu pas mal.

1-D’abord ne pas s’en servir que pour ses idées, en somme ne pas en faire un cahier d’essais. À l’occasion, oui, comme je viens de le faire sur  » porno et éros  » ou sur Lepage et cinéma, le journalier (!) peut s’étendre un brin. Pas trop souvent ? Promis.
2- Ne pas faire télégraphique. J’en ai lu des :  » Vu hier Paul Claudel chez Gallimard.  » Ou :  » Rencontré, jeudi midi, Mauriac  » Et point final. Non pas de ces  » Vu, à la Moulerie, ma chère Louise Rémy.  » Et  » bonsoir les amis  » ! Le diariste (ce mot, pouah !) doit bien refléter la vie qui passe. Sa vie. Le temps qui s’écoule, jour après jour, illustrant les éphémérides incontournables dans toute existence humaine.

8- Chez Bazzo ce matin, débat sur la liberté d’écrire avec le Maisonneuve de RDI et le Boisvert de La Presse. Miss Bazzo, bien bavarde, plutôt silencieuse cette fois. Prudence  » radiocadenacienne « . Autocensure, salut ! On a laissé entendre que Norman Lester (son  » Livre noir des anglos « ) agissait en devinant qu’on le  » jetterait  » ensuite de son job de reporter enquêteur à la SRC.
Comme un Charron voleur de blouson chez Eaton.
Comme Robert Lévesque tripotant les ordinateurs du Devoir.
Ouen
Ah la LIBERTÉ ! Chez Lisa, un matin récent, face à N. Connard affirmant se sentir  » libre  » à La Presse. Mon envie de rire. Qu’elle matraque un peu les fédérats d’Ottawa et elle verra les limites de sa liberté chez Gesca-Power Corp. Y était aussi Michèle Bazin, devenu relationniste dans une patente affiliée au MAC. Elle aussi :  » je suis libre, je suis libre  » sur l’air de  » Je suis belle dans ce miroir « , une Castafiore abusée ! Non mais il n’y a pas de relationniste libre. C’est impossible, activité inconciliable avec la fonction de  » porte-parole « , allons. Antipodes. Métier pas toujours déshonorant bien sûr. Certains se donnent l’illusion d’être libre ! Moi ? Ici, ah oui, un journal totalement libre.
9- Ai rédigé, en deux heures à peine, hier, mon conte pour CKAC, chez Arcand vendredi matin. À la fin, doute, frayeur. Si mon héros, ce Ovila véridique, peint sous des couleurs misérabilistes puisqu’il était si démuni, a des enfants qui écouteront ce triste souvenir de 1940 ? Pourraient-ils protester ? Les risques du métier d’écrire de l’autobiographie. Eh !
Washington hier :  » Danger de mort pour tout pays qui oserait abriter Ben Laden.  » Eh ! En effet quel pays oserait ? J’ai songé : Haïti. Mais oui, pays de désolation, le plus pauvre de note hémisphère. Abandonné car il n’y a pas de pétrole là. Laden s’y fait donc accueillir, bombardement du gros voisin, Uncle Sam, traque et découverte du Ben dans un trou noir
Après ? Bienfaisante pluie diluvienne des secours de toutes sortes, orage d’aide, et, enfin, espoir de rétablissement économique en cette contrée de malheur.
10- Connaissez-vous Tit-Gilles ? Qui ? Tit-Gilles Breault ? Il habitait en haut du Parc Lafontaine. L’autre jour, via le reporter Noël de La Presse, son histoire en long et en large. Il a 59 ans maintenant. Il se nomme aussi Joussef Mouamar. Oui, conversion à Mahomet. Son droit, non ?
Un instant : Tit-Gilles est le protégé du ‹notre FBI-CIA‹ SCRS, une police secrète installée ici après que la GRC enquêtée nous fit comprendre qu’elle était pourrie jusqu’à l’os avec ses illégalités anti-indépendantistes des années ‘70 et ‘80.
Protégé Gilles Breault ? Pire que ça. Notre Tit-Gilles du Parc Lafontaine reçoit 7,000 dollars par mois, plus dépenses de voyage, frais de  » représentation « , Le (la ?) SCRS est riche! Le Breault-Mouamar voyagera dans 20 pays ! Oui, 20 ! À nos frais ! Okay ?
Le pieux converti à Allah est entretenu par nous pour quoi faire ? Pour rédiger des menaces ‹et des pas piqués des vers‹ aux infidèles de l’islamisme, nous tous ! Tit-Gilles recommande la mort, partout, dans le métro de Montréal même.
B’en tabarnouche, c’est le boute du boute , non ?
Notre police secrète laisse faire son chouchou ? Oui. Pour tenter d’attirer vers Tit-Gilles les crack-pots ! Car Tit-Gilles B. est une  » balance « , un infiltré, un délateur, un  » stool « , un indic !
Clair cela ? Quoi, que dites-vous ? Que ça ressemble aux provocateurs de la GRC, installés à la CSN (bombe au Manoir Richelieu) , au P.Q. (bombes, faux FLQ, incendies criminelles, vols).
Oui. Tout à fait. Tout à faut écoeurant, ce manège. Comme les flics déguisés en putes. Or, notre Tit-Gilles  » Mouamar-mon-cul  » est un zélé. Il en fait beaucoup trop, le Coran sous le bras, dans écoles, collèges, métro, et à CJMS un temps !  » Preacher  » musulman d’un bord, amateur de fausses bombes de l’autre. On portera plainte ? Perte de temps ! Pas d’arrestation : c’est le chouchou de la police secrète. La S.Q et la police de la CUM enrage. Cela a un nom : incitation à la violence. C’est dans le code, c’est interdit. Mais, Tit-Gilles, lui, est au-dessus de la loi, protégé par le SCRS, qui nous coûte 196 millions de notre argent public, qui compte 2,000 membres ! On croit rêver!
Qui veut interroger Chantal Lapalme, la porte-parole de ce foutoir? Elle répond au reporter :  » pas de commentaires « . Pauvre fille, fait bien gagner sa vie quelque part hein !
C’est pas tout : écoeuré par ce canard de bois qui est un  » appelant  » aux désordres meurtriers, un juge français, menacé de mort par Tit-Gilles s’amène ici pour le questionner. Avec mandat international. Fini les folies de Breault ? Non. La police d’Ottawa va le cacher au  » Motel Universel « , proche du stade olympique ! Rêvons ! Francophobie habituelle des fédérats ?
C’est trop dégoûtant, parlons de Cécile Brosseau de La Presse, qui vient de mourir. Elle aimait vraiment les artistes. Faisait des reportages sur eux sans cesse. Dévouée, avec un brin de complaisance, trop bonne. Je l’aimais. Modeste, efficace si on avait besoin d’un coup de pouce pour une expo, un livre, un film, une pièce de théâtre. Paix à ses cendres !
11- Nouveau vaste décor, rutilant, nouveau riche, parvenu, pour les nouvelles à Radio-Can. Ça  » flashe. hein ?Acier brossé, scintillant, aluminium poli aveuglant, colonnes en faisceaux (fascistes !) métalliques éblouissants : un hall de tour du World Trade Center ? Quelle erreur ! À nos frais, un  » marketing  » de luxe dangereux. La télé publique devrait donner le signal d’être  » au service  » des citoyens cochons de payeurs de taxes, offrir le signal de la modestie et de l’efficacité. Les patrons auraient dû exiger des designers un nouvel abri illustrant et la solidité, ‹pas le  » magasin de bebelles des fêtes « ‹ et l’aspect tout dévoué aux citoyens.
Quelle manque de flair ! D’intelligence de son rôle ! Quelle connerie ce chiard intimidant, impérialiste, dominateur. Il fallait, dès l’ouverture filmé, revampée elle aussi, non pas montrer un cité gothique lumineuse prise en plongée, mais non, au contraire, mettre la caméra au niveau du citoyen. De la rue. Donner la note  » identificatrice  » : nous voulons vous aider à tout apprendre, à tout comprendre sur tout. Être  » avec  » lui, le spectateur. Pas au-dessus ! Quels cornichons les dirigeants actuels en information. Ce n’est pas un quizz à tirage millionnaire, les nouvelles, ni un music-hall. Tout de même. Imbéciles !
12- Surprise, message de Trois-Pistoles. Pour mon projet d’un petit manifeste commun sur  » Ne serait-il pas temps, en 2002, d’assumer l’action de nos felquistes en toute maturité et gratitude « , je venais de lui signifier ‹bon conseil d’Aile‹ de remettre cela à plus tard, vu le 11 septembre à New-York. Oui, surprise :  » non, non, Claude, c’est justement le bon moment  » m’expédie V.-L. B. Ajoutant,  » je te reviens après le fêtes  » Il est plongé dans ses textes pour son projet de nouveau feuilleton. Qui a raison : Aile ou mon jeune camarade Vic ?. Me voilà tout ébranlé.
Oh, je lis : Henriette Major, auteure pour la jeunesse, fréquentée jadis, passerait ses hivers dans le sud de la France. Un de mes rêves. Je vais tenter de la rejoindre. Où ça ? Pas trop frette, pas de ce mistral ! Où ? Où ? Fermer tout, le journal ? non, j’écrirais de là-bas. Trop vieux pour ces trois mois de frette noère.
On recommande (Homel de La Presse) la nouvelle biographie de l’illustre James Joyce. Me souviens n’avoir pu terminer  » Gens de Dublin  » ou quoi de lui encore ! Même chose pour le célèbre Marcel Proust. Trop touffu, illisible pour moi. On est du côté de Céline ( » Voyage au bout de la nuit « ,  » Mort à crédit  » ) ou du côté des touffus ! Je sais pas ! Je n’ai pas honte de mes choix, je suis pas snob.
Ai vu  » Renoir  » à ARTV. Mon projet offert et avorté à ce canal ARTV. Mon Édouard Manet, mon Krieghoff : refusés. Pour ce  » Renoir « , oui, pas d’animateur à l’écran, comme l’exige la  » boss  » chez ARTV, juste une voix hors champ, un narrateur avec une voix, hum vous savez, celle des annonces de télé pour  » Canadian Tires « , rauque, appuyée, de gorge, bien convaincante, t’sé, que je hais.
L’information ‹bonne‹était du même degré que pour mes deux essais refusés. Je m’étais dit : On écoutera, ici,  » quelqu’un que l’on connaît bien « , raconter la vie d’un peintre. Un Italien connu fera bien cet ouvrage chez lui , ou un Allemand en Allemagne mais non, c’est  » non merci.  » Je m’en console un peu mal j’ai le journal, une chance ! J’adore cela, vous savez. Ai-je des lecteurs ? Oh ça, je vais attendre, à la mi-janvier ?, le rapport mensuel de mon gendre là-dessus !
Gilles Groulx, ( » Où êtes-vous donc bande de câlisses ? « ) cinéaste mort trop jeune, va être fêté à la cinémathèque. L’ai connu, étudiant la céramique (un an) avec moi à l’École du Meuble. Timide, discret, si doux, blond, les yeux pâles, la voix feutrée, souriant sans cesse Je n’avais pas deviné du tout qu’un jour, quittant les argiles à modeler comme moi, il se ferait cinéaste, quand moi je devenais saltimbanque sur La Roulotte puis scénographe. La vie !
 » Ohé, les baladins amenez-moi pas je suis pas prêt !  »

Le lundi 17 décembre 2001

On a vu hier, dimanche un monde à l’envers : pas de neige là-haut et en ville de la neige pas mal. La chanson de Ferland : il a neigé à Port au Prince Ça nous fait drôle. Sur l’autre rive du lac, neige artificielle, à gros canons. Bizarre, en promenade, de voir le blanc et le vert. Langues de gazon d’été et, juste à côté, cette neige pour les rares skieurs. Hiver sur commande quoi ! Partout un ciel blanc mat. Et la neige en un va et vient prudent.
Je viens de relire les J.N. d’hier. Que de coquilles, mon doux Dieu ! J’étais pressé, trop. Et mon abonné nouveau , M. Desjardins, a raison : « Est-ce qu’avec l’ordinateur on se laisse aller un peu ?  » Oui. Vrai. Faut plus ! Songer que, l’an prochain, ce journal sera transformé en un livre « corrigé « , ne suffit pas, ceux qui, ici, le lisent  » en primeur  » ont droit à tous les égards. Je me relirai mieux, promis. Le chroniqueur  » web  » de La Presse, Gugleminetti, a fait l’annonce officielle de mon entreprise dans sa page. Merci à lui. Ces  » Journées nettes  » se doivent d’être  » nettes  » de fautes.
L’émission  » Jamais sans mon livre  » cherche ‹courriel de chez Stanké‹ des écrivains qui détestent Noël. J’ai répondu que j’aimais bien fêter. On ne me verra donc pas là. Je connais plein de gens qui, en effet, ont en horreur ces jours de fête organisées, vantées, stimulées par le commerce. Je résiste à cette tendance car je pense aux enfants. Je sais aussi que ces occasions comme forcées n’en restent pas moins que Noël est une occasion de rencontres entre proches. On se verrait moins souvent sans  » la patente  » des fêtes. Ces occasions de fêter en famille combattent la sauvagerie en chacun de nous et même une certaine paresse. Ainsi, nous deux, nous irons  » à la dinde aux atocas « , aux tourtières et à la bûche, à Duvernay, à Noël. Raymonde verra ses deux frères, les compagnes et les enfants grandis. À moins que leur cadet, Claude, un jeune soldat, ne soit encore expédié (comme l’an dernier) au Kosovo ou Dieu sait où ? En inquiétant Afghanistan ?
La tribu des Boucher n’est pas bien populeuse, une dizaine de têtes. Celle des Jasmin, bientôt réunie pour fêter ma quasi-jumelle Marielle, c’est une quinzaine de pies bavardes. Au village, ici, au Jour de l’an, caucus jasminien, nous serons une douzaine et Raymonde déjà s’énerve un tantinet, cherchant une recette sans dinde ! J’imagine mon lectorat, lui aussi, embrigadé dans le rituel annuel. Vivre en pays industrialisé et se plaindre est une faute grave. Montrer une ingratitude inouïe. On n’a qu’à regarder ces orphelins à Kaboul ‹à la télé, hier‹ ou ailleurs pour avoir envie de se la  » farner bin dur « , pas vrai ? J’ai pu voir les sapins chez m,es deux enfants, ce matin, avant de remonter ici, que de cadeaux sous l’arbre décoré ! Nous, moi, tant d’autres de ma génération, avec une seule petite boîte sous le sapin. Pour certains voisins, plus pauvres encore : rien !
Tous en suspects surveillés avec cette Loi C-36. Atmosphère d’octobre 1970, sans les soldats dans nos rues. Invitation aux délateurs. Régime inquiétant désormais. Depuis l’horreur de New-York, pour prévenir toute action néfaste de terrorisme, c’est le bouclage partout, les polices de tous les corps munis de privilèges énormes. Ambiance de suspicion envers tout dissident, toute critique, tout refus. Des comploteurs clandestins sont forcément des gens rusés et la police n’y peut rien. Elle le sait. Alors elle installe C-36, avec appel aux indicateurs du dimanche, qui peuvent être des cons, des fous, des racistes surtout. Le terroriste est  » hors du monde « , hors-la-loi forcément, il vit caché, terré, camouflé. Arafat n’y peut rien, Bush comme Chrétien non plus.
Serge Losique, président  » à vie  » du Festival du film d’ici, voyage sans cesse en avion à la recherche de pellicules fameuses. Il est  » bin tanné  » des transferts. Alors, samedi, (La presse en A-13) sur quatre colonnes il y va d’un plaidoyer vibrant pour que nous installions au plus vite une méga-place-aéroport de classe internationale, une  » plaque tournante  » fabuleuse capable de rivaliser ave Toronto. Potion magique quoi ! À partir d’un problème égoïste notre  » président-à-vie « , Losique, arrive à inventer une urgence nationale. À vos taxes citoyens, monsieur est fatigué des transferts !
J’ai terminé hier midi ce PLATEFORME. Bon. C’est le récit, bien mené, il faut le dire, d’un pauvre petit con. Un sexoliste (ou sexolique comme dans alcoolique ?) qui s’attache (s’amourache ? non, pas vraiment) à Valérie, riche et jeune experte en tourisme, qui est comme lui. Une autre sexoliste.  » Qui se ressemble  » Pas d’amour mais une quête perpétuelle d’occasions de forniquer. Pas de sentiments humains, allons, c’est vieux jeu !
Or, coup de théâtre, deus ex machina étonnant, alors qu’ils se sucent, s’empoignent et s’enculent, à trois ou à quatre, mitraillage subit dans le joli buffet-bar-sauna d’un hôtel-club en Thaïlande. Rafales meurtrières. Bombe pulvérisant ce jet-set déboussolé. Un lac de sang ! Une fin d’histoire mélodramatique subite ! Le héros de  » Plateforme  » y perdra sa catin, sa poupée mécanique, sa gonflable au silicone. Ouvrage de  » nettoyage ethnique  » radical par un commando.
Des islamistes, on le devine. Le Coran a le dos large ces temps-ci.
Bizarre cette conclusion apocalyptique, d’un morale toute judéo-chrétienne au fond, avec ce narrateur pourtant anti-moraliste à tout crin. Le projet  » clubs bordels  » est abandonné aussitôt. Michel va mourir, seul, désespéré davantage, dans ce beau pays asiatique ou, pour quelques dollars ‹un mois du salaire des indigènes‹ on trouvait une jolie fillette, pucelle exilée du nord de la Birmanie, prête à la prostitution avec l’homme blanc, riche, bedonnant, venu de l’ouest développé.
On lit, on lit, comme fasciné par la course de ce dépravé. Le mal est un aimant, il attire immanquablement, on le sait bien depuis la nuit des temps. Le gens heureux (sains, amoureux) n’ont pas d’histoire ‹pas de roman‹  » les bons sentiments font de la mauvaise littérature  » ? C’est de Gide, je crois.
Nous sommes encore allés à  » La Moulerie « , rue Bernard. Chantons :  » Des moules et puis des frittes, des frittes et puis des moules « . Là, rencontre inopinée de la comédienne qui incarnait, durant 80 sketches, ma maman dans mon feuilleton autobiographique  » Boogie woogie  » et son chéri ex-caméraman de la SRC, Claude B. Table à quatre aussitôt, commérages usuels.
En rentrant, télé :  » Campus « , TV 5, où un certain Dantec surgit, tendu, remuant, tout un numéro. On a pu lire, ici, de ses  » attaques  » ‹attaques car il dit qu’il est un guerrier, un kamikaze‹ dans  » Voir « , par exemple. Cet ex-musicien pop, vit au Québec en bonne part puisque :  » oui, j’ai fui l’Europe qui est nulle, qui est finie (mon Dieu, sans Dantec, que va devenir l’Europe ?). Il disait hier soir à Guillaume Durand de ce  » Campus « , que l’Europe est complètement foutue.  » Elle n’existe plus, est  » figée  » condamnée, etc.  » Il dit :
 » L’Amérique, elle, (du nord, centrale, du sud ?) est neuve, pas dégénérée  » Hum ! Il publie  » Laboratoire de catastrophe naturelle « , une sorte de  » journal  » (ah, ah !) où, semble-t-il, sa moulinette à tout broyer ne fait pas de cadeaux.
Le Dantec révolté s’était muni d’une caméscope à écran-couleurs de bon prix et s’enregistrait en discutant ! Narcissisme ? Non, dit-il, c’est en cas de coupures, ou de montage frauduleux.
Durand:  » Qu’en pensez-vous, Josiane ?  » La longue figure triste tressaille :  » C’est un écrivain « . C’est définitif. Le ton irrévocable. Opinion émise avec gravité par  » la  » critique du  » Monde « , les allures d’une pythonisse décrétant  » in et ex-orbi « .
On a envie de rire de ces jeux pseudo-intellos parisiens.  » Campus  » virevolte, semble toujours en retard dans son minutage, s’excite, énerve. Il y a chevauchement des voix ce qui est affreux en télé.
Je m’ennuie de Pivot !
Raymonde et moi on va au dodo les oreilles bourdonnantes, les yeux fatigués. Pas facile à bien décoder cette foire libre pour les Québécois si calmes. Hum !
Ici, arrêt de J.N. .
Il va être 17h. L’heure de filer au  » magasin  » secret.
Retour.
Oui, Je reviens de l’école-des-chefs. Et euh Raymonde me prévient:  » j’espère que tu mets pas sans cesse mon nom dans ton journal.  » Oh ! Oh ! Elle est aux antipodes de ma personnalité : discrète, secrète, pudique. Antienne vieillotte :  » Les contraires s’attirent.  » Aussi, je l’appellerai, au lieu de R., elle. Je mettrai, tiens :  » Aile « . C’est mon ange après tout . On se comprendra?
Donc, Aile m’averti avant d’aller renifler les devoirs-du-jour cuisinés :  » attention, pas de côtelettes, pas d’affaires du genre. Pas de sauce grasse et pas de gâteaux ! « . Bon, bon.
Je suis revenu avec des rognons deux steaks au poivre et un pot de bleuets.  » Aile :  » Ah, ces steaks sont cuits, pas facile à réchauffer sans les sur-cuire.  » Moi ? Penaud.
J’y pense, motivation pour ce journal : cela devenait de plus en plus difficile de faire imprimer mes  » lettres ouvertes  » dans les quotidiens. Ici, j’y vais donc très librement; chez les timides des journaux, il faut y aller mollo, calculer le tir. Vive la liberté du journal. L’ex-réalisateur de Pierre Nadeau, Castonguay, qui me disait :  » Que fais-tu ? J’achète le Devoir pour tes lettres. J’en vois plus souvent !  » A-t-il  » Internet  » au moins ?
Thomas au téléphone :  » Papi ? Merci pour ton cadeau.  » Mon benjamin de petit-fils enrage d’être né un 20 décembre,
mélanges du cadeau d’anniversaire avec celui de Noël. Je lui au mis sur la carte :  » Jésus est né le 25, c’est pas mal, mais toi, plus rapide, tu es né le 20,. Bravo ! C’est formidable !  » Il en rigole.
Entre Noël et le Jour de l’an, invitation, rue Esplanade, à  » banqueter  » chez un nouvel ami, Jean-Guy Sabourin et sa compagne. Sabourin est le directeur et fondateur de  » La Boulangerie « , un dynamique ex-théâtre de poche situé au nord-est du parc Laurier. Le camarade ‹ex-réalisateur‹ (que d’ex dans mon monde) de Raymonde, l’ami Pierre-Jean Cuillèrier nous  » noué  » ave ce Sabourin. Ce dernier joua, aux côtés du grand acteur Cuny, un des missionnaires martyrisés dans un film de l’ONF,  » Le festin des morts « . Il y était parfait ayant des allures de jésuite retors. Les Sabourin ont un chalet dans une île qui nous était inconnue, au large de Dorval. L’été dernier, nous y sommes allés. Un site étonnant, faut s’embarquer sur un bac, où a nature triomphe sans les oxydes de carbone. C’est fermé l’hiver. Sabourin, retraité de l’UQUAM, donne des cours à de jeunes filles émigrantes et mères célibataires ! J’aime entendre ses réflexions sur un monde insolite. C’est un fameux cuisinier, on va se régaler.
En attendant, pour l’amuser, je lui ai  » courriellisé  » un début de pièce ‹en ais-je parlé ?‹ où des gens à court de revenus, acceptent des caméras chez eux, installation d’une télé régionale modeste. Pas eu encore de commentaires.
Oh ! J’allais oublier : le célèbre physicien infirme Stephen Hawkins ‹Einstein de ce temps, dit-on‹ passa en trombe (comme Woody Allen d’ailleurs !) à Campus. Il publie :
 » L’univers comme une coquille de noix « . J’avais tenté de comprendre son  » Histoire du temps « , incapable de tout saisir. Avec lui, pas de tataouinage. Hawkins déclare :  » Danger! Clonage, manipulations génétiques, découvertes pour transformer l’ADN des humains : nous devons surveiller les rapides progrès actuels des ordinateurs, robots, implants, machines dotées d’intelligence. Nous pourrions être dépassés, nous faire éliminer, nous succéder et avantageusement pour les intéressés.  »
Bon Dieu ! Il m’a fait peur. En studio, le  » caporal  » Dantec ricane :  » Moi, j’ai pas peur !  » Comme il est brave, hein, il ne lâchait pas sa caméscope d’un doigt et j’ai songé à film étonnant,  » 15 minutes  » ce film effrayant dont je vous ai parlé et où on voit deux voyageurs fous venus de Prague, leur caméscope. Dantec fou ? B’en
Pas oublier : j’écoutais dans la file pour le  » manger pas cher  » de l’école-des-chefs, que de propos croisés bizarres. L’une jase recettes pour Noël, l’ autre de sa fille exilée sur la Côte-Nord, un maigre chauve déplore les prix en Europe puis raconte le golf à Fort Lauderdale, un petit gros jacasse sur le badminton en hiver puis bifurque sur  » les Jeux  » à Salt Lake city. Oui, que de discours humains variés, je fais mine de lire ma revue mais j’ai pas assez de mes oreilles pour récolter ces échos croisés du monde dans lequel je vis.
Ça sent bon en bas. Temps d’ aller y goûter.

Le dimanche 16 décembre 2001

Le dimanche 16 décembre 2001
1-
Merci ARTV. Une sacrée bonne série à la télé, chaque vendredi soir, pour ceux surtout qui comme moi, admirent les meilleurs talents dramatique des  » Etats-Unis, est constituée par les entrevues faites à  » l’Actors studio  » de New-York où vont s’installer tous les aspirants comédiens bûcheurs. Le questionneur fut invité autrefois chez Bouillon de culture de Pivot casr , à la fin de chaque entretien, il pose les fameuses  » questions de Pivot  » à ses invités. Flatté le rond raminagrobis, gras Bernard l’avait donc invité à Paris. Cet interviewer a une bouille antipathique de  » magister  » pédant, il est d’ un calme olympien, froid, calculé, qui rebute. Mais bon Ses questions cependant sont intelligentes. Il s’agit de dépasser cette impression encombrante du prof je-sais-tout. La dernière fois il avait invité chez ses élèves Kevin Spacey que nous estimons très fort, ma compagne et moi. Cet acteur, Spacey, fut éblouissant dans  » Usual suspect « , aussi dans  » L.A. Confidential « , et dans tant d’autres films épatants. De la télé vivifiante. On y a vu De Niro, récemment, même attraction formidable. Souvent ex-élèves d’une école jadis flamboyante, ils se sentent chez eux !Cela est donc diffusé par ARTV et sans longues pauses publicitaires, Dieu merci !
2-
À propos de ce nouveau canal, ARTV, j’aime donc revoir les vieux célèbres  » téléthéâtres  » de la SRC, mon alma mater de 1956 à 1985. Tous les jeudis soir, à  » Passion théâtre « , ARTV re-montre une des productions solides du temps où le valeureux et riche ‹d’argent et d’esprit‹réseau français faisait l’éducation populaire des masses ! Ces dramatiques sont à l’occasion des spectacles plutôt parfaits. J’espère toujours qu’un bon jeudi soir, je pourrai revoir une des dix histoires produites à cette enseigne notoire.
3-
 » United we stand divided we fall « , est-ce un slogan du temps de 1775, lutte indépendantiste des Étasuniens, ou du temps de la guerre civile dite de Sécession ? Hier soir, samedi, avons visionné la cassette vidéo d’un récit captivant, film tourné en Tchéquie dans la langue de ce pays ‹c’est toujours mieux‹ avec sous titres en anglais. Ce  » Divided we fall  » raconte un pan de la vie là-bas durant la guerre hitlérienne. Excellent film. Instructif. Intrigues exploitées souvent certes mais, ici, sous un angle neuf. Une autre histoire d’un Juif que l’on cache, ‹grand risque quand la botte des nazis se fait entendre sous vos fenêtres‹, dans un placard. Émouvant mais aussi rempli d’humour, d’un humour délicat quand le risque est la fusillade. Ah, comme c’est parfait le cinéma qui nous change des bang bang, des tow tow hollywoodiens !
4-
Je suis plongé dans la lecture du célèbre Michel Ouellebec, Plateforme. Le  » talk of Paris « , cet automne. J’avais lu ses  » Particules élémentaires  » C’était un roman sur les us et coutumes d’un paumé, d’un type, parisien banal, qui se cherche une vie sexuelle excitante, via les camps nudistes puis ‹son effondrement‹ via l’échangisme, sauvage, brutal.
Cette fois, le Ouellebec nage encore dans sa sauce, celle de l’obsédé sexuel. À tous les vingt pages il se croit obligé de plaquer une scène érotico-malade, copulation sans amour. Fornication bestiale avec une fausse représentation : l’amour des chiens. On se renifle un bref moment et hop, au lit ! Pourtant on tourne les pages. Pourquoi ? L’auteur a le talent de nous garder en éveil. J’y trouve lev portrait des mâles dans la quarantaines quand ils n’ont pas encore pu constituer un amour important, un couple aimant. C’est d’une tristesse envoûtante. C’est beaucoup. Ce bureaucrate en culture, célibataire parisien qui s’ennuie au fond, dérive lentement vers le néant. On finit par s’attacher, comme malgré soi, à ce lamentable petit bourgeois qui philosophe sur l’État du monde actuellement, monde vu par sa lorgnette de désespéré qui refuse d’admettre qu’il l’est..
5-
C’est un roman dans le vrai sens du mot. Linéaire, sans effet moderne, avec les effets classiques d’une  » histoire « . Son héros (!) voyage, vacances épisodiques, en ces organisations à forfaits. Nous avons fait en janvier dernier, un de ces voyages touristique en République dominicaine, via la  » patente  » confortable : tout est payé d’avance ! On arrive, par avion où on se tasse trois heures ou quatre, au soleil, au bord de la mer. À l’hôtel ‹un de la célèbre chaîne  » Iberostar « ‹ vous mettez votre portefeuille dans un coffre-fort et vous voilà logé, nourri, débarrassé de tous ces inconvénients lors d’un séjour sans encadrement comme on en fit en Floride si souvent.
Le récit de ce  » Plate-forme  » de Ouellebec m’a bien fait me souvenir de cette ambiance paradisiaque et fausse aussi par rapport à l’existence ordinaire. Soleil, mer et able Des bars ouverts un peu partout, jardins luxuriants, plantes exotiques, allées à pierres plates, deux paons ici , des oiseaux rares là, fleurs en vases géants, corridor de tuiles décorées, arches à l’ espagnole, un luxe bien contenu, le bon goût du palace à touristes, des piscines aux eaux limpides, la plage et ses transats confortables, des buffets ici et là.
En maillot du matin jusqu’au soir. Restos riches d’aliments variés chaque soir. Spectacles enjoués tous les soirs sous un vaste théâtre-bar en plein air, bref, un Éden. Pour Ouellebec, à Cuba comme en Thaïlande, c’est les quatre  » S  » de ce commerce moderne, voir les catalogues  » full colors  » de n’ importe quelle agence de voyages :  » Sea, sand, sun  » et sex surtout. Pour l’auteur, il n’y a qu’un avenir : organiser sur une plus vaste échelle un échangisme fatal : les petits richards blasés de tout l’Occident, nous, emmêlés aux jeunes sauvageonnes délurées du Tiers-Monde., Il y croit. Je n’ai pas fini ma lecture.
Ce cynisme se veut moraliste, la morale laxiste du  » plaisir avant tout « . Michel, le héros, affirme que ce serait alors la paix partout. Que tous nos maux découlent de privations installées par notre morale judéo-chrétienne, puritaine.
Le sida ? Il y a le latex.
Par sa lorgnette, il n’y a qu’un seul problème mondial, pouvoir baiser librement, une seule réalité dit ce sociologue du dimanche, non-patenté : d’une part, les foules (hommes et femmes) de frustrés sexuels, ‹allemandes, italiennes, françaises, américaines etc, et d’autre part, les foules pauvres, les démunis. Qui ne demandent qu’un peu plus de revenus et qui l’obtiendraient si l’hypocrisie puritaine tombait, si l’on permettait des paquets de clubs de vacances où l’on pourrait assouvir ce vieux besoin de  » copuler sans cesse « . Il n’y a que ça.
Sa projection ‹oui M. Freud‹ fait voir son obsession. C’est écrit vivement et, ici et là, Ouellebec lâche de lourdes sentences ‹profondes !‹ pseudo-philosophiques, parfois très amusantes, parfois décapantes, aussi des jugements globaux d’un racisme primaire. Sur les Arabes, sur les Africains ‹ » les seuls mâles capables de rire « ‹, sur les Cubains en particulier ‹ » tous abusés et paresseux et voleurs « . Sur les Asiatiques d’âge tendre :  » les seules femelles soumises, capables de bien servir le mâle !  » Ici on rigole, là, on fronce le sourcil.
Les vieux, les vieilles, sont une réalité inexistante pour notre héros en manque de vulves perpétuellement.
Bref, son succès (au livre), très fêté, vient justement que ce fonctionnaire souvent en vacances a des opinions d’une liberté totale qui se confine volontiers à sa subjectivité : il veut copuler sans s’attacher jamais. Sus aux sentiments humains. Foin de l’amour stable. Copuler, copuler sans cesse. Partout. Librement. Dans un monde  » globalisé « , il est le type de  » baiseur sans frontière  » quoi !
Je reprendrai ce  » Plateforme  » et vous en reparlerai.
6-
Un courriel, hier : un type, inconnu de moi, M. Desjardins, responsable d’une trentaine de jeunes journalistes (!), dit admirer mon style, dit qu’il est heureux de JOURNÉES NETTES,  » moins banal que tant de sites  » persos « , qu’il s’abonne volontiers à mon journal mais que je suis pas un bon exemple  » que de fautes  » monsieur l’écrivain !  » Aïe ! Touché. Chez l’éditeur il y a un correcteur, réviseur professionnel. Ici, je suis seul, je suis à découvert et on doit voir mes faiblesses en orthographe. Hélas ! Humilié pas mal, je lui ai répondu que j’allais mieux me surveiller. J’utiliserai davantage mon correcteur  » ordinatisé « . Pourvu qu’il me reste fidèle !
Je présente des excuses aux instruits qui détectent, bien agacés, mes erreurs.
7-
Je m’ennuie de ce Yves Desgagnés, acteur, devenu, en émission culturelle, d’un enthousiasme communicatif, offrant une sorte de bonne humeur intempestive qui me réjouissait, et vous ?
Je regarde toujours ce CAMPUS, à TV 5. Pivot n’est pas rem placé. Son successeur, on succède à quelqu’un comme Pivot, on ne le remplace pas, a du bagou, il va et vient dans son studio bien décoré (l’ex-scénographe de télé juge ici) et c’est d’un dynamisme parois excitant, parfois encombrant. On n’y trouve plus les longs moments captivants d’antan. Forcément, CAMPUS se veut plus une revue des actualités littéraires françaises qu’une rencontre d’auteurs sur un thème donné. Adieu solides conversations à la sauce pivotienne !
8-
Je lisais ce matin, dimanche, un article (in La presse) sur un déraciné bien confus, venu du Nigéria, fuyant à Londres, et enfin établi à Totonto. Il ne cesse pas de parler de son père, tué en Afrique, de son exil hésitant, de sa recherche de racines perdues, etc. Je sais pas trop pourquoi, j’ai songé à deux vieux projets de livres. M’y remettre un jour ?.
a-Questionner ‹sorte d’entretien de fond‹ un camarade franc sur la question homosexuelle. Avec Michel Temblay ? Échange de lettres Key West, Sainte Adèle. Un livre. Ou avec un Daniel Pinard ? J’ai hésité. J’y re-songe parfois.
b-Y aller aussi d’une longue et publiable conversation sur  » le  » traître « ,  » l’abandonneur des siens « , la culpabilité avec un Danny Laferrière, mon camarade si lucide. Deux projets de livres que je n’abandonne pas. Pinard qui déclarait à la télé :  » S’il y avait eu un comprimé pour changer de sexualité, je l, « aurais pris et rapidement  » Il démontrait qu’être gay n’est pas gai. Oui, je m’y remettrai un jour.
Bon, appel d’en bas. Il est 14 h., Devoir, pour Raymonde, aller voir une docteure demain matin, tôt. Faut descendre à Monrial avant le gros trafic de fin du dimanche.
Allons-y!  » En ville-ill-ill-e  » , chantait la ouaitresse de  » Demain matin Montréal m’attend  » . !

vendredi, 14 décembre 2001

1-
Pas de brume dans le Nord en ce vendredi des  » aveilles  » de Noël. Stries de bleu au ciel. Temps doux pour une mi-décembre. Ce qui n’arrange pas les affairistes des centres de ski. La neige fabriquée qui fond ! Ouash ! En ville, on craint les neiges, ici, dans les Laurentides c’est la promesse d’une meilleur viecommerciale.
Hier soir donc, je file au  » magasin  » de nos écoliers-en-cuisine. Pâtes fraîches ? J’en prends toujours et Raymonde gronde :  » Tu vas mourir totalement empâté, mon pauvre gars !  » Je rigole. Pris aussi des desserts frais du jour.  » Hum, pas bon pour ton mauvais cholestérol ça, mon gars !  » Pris, oui, du pâté chinois :  » viande, blé d’inde, patate « , disait  » La p’tite vie « . Juste pour voir s’il sera aussi parfait que celui de R. Qu’elle fait bien crémeux, comme je l’aime. Pris aussi des côtelettes d’agneau. Le tout pour une douzaine de piastres, viande à chien mon Séraphin que c’est pas cher.
 » Au cas où « , dit Raymonde, car il y a des soirs où il y a peu, elle avait fait cuire une langue de  » beu « , une grosse, avec sa recette d’oeufs à la mayonnaise. (Pas trop.) J’avais mon dessert frais . Elle en fait rarement, n’aime pas les sucreries, ma tendre Ray. Ni de soupe ou potage.
Bon. Suffit de parler du  » manger « .
2-
Ce matin dans La Presse, je vois mon titre : JOURNÉES NETTES. En gros caractères dans la chronique  » web et cie « . Déception, on a pris mon titre ! Mais non, on y annonçait l’existence de ma nouvelle entreprise littéraire, ici. Ouf ! Je lis aussi qu’un punk, ex-drogué, itinérant, a fait une vidéocassette sur son existence de marginal. Éric dit  » roach  » Denis.Ouvrage qui l’aurait sauvé !
J’y médite. Partout, bientôt, tout le monde avec caméscope qui enregistre tout le monde. Nouvel évangile :  » Filmez-vous les uns, les autres!  » Je te traque, tu me traques. Un monde non ? On filmera du présent aussitôt transformé en passé! Mille milliards de documents dans les demeures, dans les abris ! Une nouvelle conjugaison, le mode du  » présent-passé  » !
Va-t-on vivre juste pour mettre en boîte ce qu’on vient de vivre ?
3-
Parlant punk, vu hier soir le film  » EDWIG « . Un machin curieux. Le récit, syncopé et muni des bruits  » rock  » adéquats, d’un ( une ?) berlinois, côté  » communiste « , un gras papa incestueux, abuseur, une maman affolée de sentir la nature invertie du garçon. Un mur très berlinois est installé entre eux. Ce Edwig, c’est le titre du film, se devine, s’appréhende, se sent, se sait une  » fille « . Un G.I. rôde ! Un gros soldat Noir homo. Il désire (aime-t-il ?) ce-cette Edwig blond-blonde. Flirt primaire
Mariage après une opération désastreuse, ratée, de castration à Berlin. L’exil dans une ville perdue aux USA avec ce soldat qui le-la trompe avec un plus jeune. Solitude. Edwig garde des enfants pour survivre. Musique de garage. Rock and roll, bien entendu.Groupe d’amateurs. Agente intéressée. Voici une liaison bizarre : elle a 30 ans, il a dix sept ans et est bien mignon. Il aime, comme sa-son Edwig, le rock and roll. Musique à composer. Un  » band  » se forme où la-le Edwig, perruqué-e, raconte en chansons, swing-punk-rock, sa vie allemande, ‹on verra le  » mur  » qui trombe‹ ses déboires autobiographiques et misérabilistes, vieille sauce allemande, en couplets bruyants.
Bon
Raymonde, télé éteinte, avoue un malaise. Moi aussi. Pourquoi ? Simplement parce que ce récit d’hermaphrodisme est narré sur un mode caricatural avec un aspect joyeux, ironique. Ce détachement est un mensonge. Il y a un drame. Une vie ruinée. Et on file de  » toune  » en  » toune « , de bars minables en  » trous  » de province, ignorant, abandonnant le désastre d’un demi-trans-sexuel, travestie malheureux, battu, bafoué. Tableaux d’un malheur effroyable mais avec images léchées, à l’esthétisme punk. Le récit est accablant et le film, lui, virevolte avec complaisance dans le visuel à la mode.
 » Edwig  » est donc un film raté avec de séquences menées sur un train d’enfer.
La Presse : les seins de la punk enrichie, Madonna, valent une fortune chez les assureurs !
Je me souviens pas du nom d’un grand écrivain britannique affirmant :  » Deux choses me sont indispensables, la Bible et le journal du jour.  » Vrai que le quotidien est riche d’enseignements sur le monde tel qu’il va. Qu’il tourne.
4-
Vidéo aux nouvelles ‹on n’en sort pas‹ du Bin Laden, dans son refuge, tout content (Allah ou akbar) des morts de New-York. Au nom de leur Dieu, et du prophète, leur Jésus, l’araboïde Mahomet. Un cynisme qui donne froid dans le dos.
Washington-Bush, voudrait que l’univers se dise :  » Ainsi en va-t-il pour tous ces actuels Palestiniens en kamikazes.  »  » Qu’Israël frappe, tue tous ces gens-là « . Raccourci utile. Amir Khadir, ex-candidat péquiste battu dans Outremont, ose exprimer des vérités embarrassantes ce matin, dans La Presse. Il dit que ce Bin Laden (ben ou bin ?) est un allié  » objectif  » des intérêts américains au Moyen-Orient. Oh ! Et il n’a pas tort. Sans ce fanatique fou  » espéré  » pas moyen de défendre les affaires pétrolières qui, seules, captivent la  » famille Bush  » avance Khadir. Il rappelle les liens amicaux récents des Bush avec les Laden il y a pas si longtemps ! Ouille !
5-
J’avais rencontré dans ses bureaux du Chemin Bates, en 1980, le vendeur de poids et haltères, millionnaire, Ben Weider. Pour un projet de film vague, pour son très cher Napoléon, son idole. Amusé d’y avoir vu partout des tableaux du Corse, objets de culte,  » son vrai blaireau « , corridor, hall, dans tout l’environnement de Weider. Voilà que des chercheurs lui donnent raison :  » l’Empereur déchu, exilé, fut empoisonné par du cyanure de potassium. Un meurtre lent « . On dit (Cocteau) que des bustes du Bonaparte se trouvaient même dans des chaumières en Angleterre ! Incroyable non ? Je dis, avec certains historiens, que ce Bonaparte fut le Adolphe Hitler du début des années 1800, pas autre chose. Un fou furieux. Millions de jeunes soldats morts à son bilan. Millions !
6-
J’ai déjà vu une reproduction d’affiche dans le Saint-Agathe des années ‘30 :  » No dog, no jew « . En anglais hein ! L’horreur. L’ex-montréalais, arrêté cette semaine en Californie, Irving Rubin, affirme avoir été une cible des racistes, à Montréal. Antisémitisme s’élaborant pourtant partout en Occident. Pas juste à Montréal.
Nous avions nos chemises brunes, cet hitlérien Adrien Arcand, nazi avoué et  » subventionné par le pouvoir du temps à Ottawa « , publie Norman Lester. Au Canada anglais il y avait aussi des chemises  » brunes « , et des  » noires « , des « bleus « ; gros paquets de racistes anglos, très nombreux au-delà de l’Outaouais.
Le francophobe enragé, Galganov, jeune, fut de cette revancharde  » Ligue de défense juive « . Il l’admet ce matin, lire Louise Leduc. Le sociologue Yves Claudé nous dit que ces  » ligueurs juifs « , organisateurs de  » milices « , ne sont pas seulement anti-arabes, qu’ils sont très actifs encore à Montréal, qu’ils sont antifrancophones et antiquébécois. Enfin, qu’on les trouve à McGill, à Concordia et dans des milieux d’affaires  »
Eh b’en ! Instructif.
7-
Arafat, jugé incapable d’enrayer la terreur palestinienne, se trouve isolé, rayé comme interlocuteur. Il devra donc retourner se terrer en Tunisie. Retour donc à la case zéro. Retour à la guerre totale. La puissante armée des Hébreux face de nouveau aux clandestins, comme du temps de l’après-victoire, la fameuse  » guerre de sept jours  » en 1967. Encourageant.
8-
J’ai terminé ce  » Journal  » du Cocteau du temps de la France nazifiée. Pis ? B’enoui, il était snob, souvent méprisant des masses, du peuple. Il reste un créateur étincelant, un imagier fascinant. Dernier chapitre : son film est prêt à être tourné ,  » La belle et la bête  » mais convocation du  » maître  » chez ses producteurs :  » Regrets, on refuse d’embarquer, trop risqué. Trop chers vos devis.  » Cocteau dégoûté, écrasé. Arrêt de son journal. Le film se fera cent vingt jours plus tard. Une note de bas de page dit :  » Cocteau reprendra son journal, celui du film en cours. Le premier qu’il signe seul. Viendra un autre film signé Cocteau, que, jeunes, nous admirions tant,  » Orphée « .
Ici, arrêt pour le lunch. Descendons réchauffer les  » chinoiseries  » achetées hier soir.
9-
Bon. Retour au clavier. Musique :  » Impressions  » d’André Gagnon avec la philharmonique de Londres.
Je tape : Jean-Pierre Léaud, l’acteur fétiche et alter ego du cinéaste surdoué François Truffault, annonce  » Le pornocrate  » qui serait l’histoire d’un cinéaste de porno qui veut maintenant tourner un film de ce genre mais en y mettant des sentiments. Rebuffades des producteurs. L’Odile du Devoir a aimé mais entendu à la radio bazzoienne :  » Affreux, Léaud bredouille, on ne comprend absolument rien. Inaudible ! « . Ne plus savoir à qui se fier désormais. J’aime l’inunanimité, la critique divisée, mais on ne connaît pas assez bien les personnalités de nos critiques.
Les critiques jouent les  » objectifs « , se veulent des machines à juger. Jadis, des critiques se livraient davantage et on finissait par bien les connaître. Alors  » un  » qui détestait nous servait d’encouragement à y aller (théâtre, livre, films). Un  » autre  » qui aimait nous prévenait de ne pas y aller. Exemple : Jean Béraud de La Presse, années’60, nous avions appris ‹il parlait de lui, de ses goûts‹ qu’il haïssait les modernes, alors quand ll démolissait furieusement un Beckett, un Adamov ou un Ionesco, nous savions qu’il fallait voir ça. Même chose au domaine du livre pour un Éthier-Blais. Sa chronique du samedi était pleine de ses humeurs, de ses sentiments, il n’était pas la soi-disant machine  » objective  » qui décrète. Connerie des critiques de ce temps se voulant des robots infaillibles.
10-
Reçu plus tôt un courriel des Trois-Pistoles. Mon Victor ne peut me répondre pour ce brûlot À signer ensemble. Il est tout pris par ses textes télévisuels pour un projet de futur téléroman. Sa secrétaire, Katleen ‹il en une, lui ? ‹ m’annonce qu’il me reviendra ce week-end. Mais je ne sais plus si c’est vraiment le bon moment ‹maudit 11 septembre‹ pour mon appel en faveur de nos felquistes d’antan, pour qu’on leur reconnaisse un rôle historique adéquat. Mmm
Le pâté chinois de  » l’école de Sainte-Adèle  » ? Très bon.
Raymonde me montre toutes ses corrections faites hier pour mon petit livre  » Écrire  » à paraître chez V.-L. Beaulieu. Toujours forte, cette chère  » première de classe « . Bon, corrigeons, corrigeons; que l’aspirant écrivain le sache : ça ne finit pas. Travail plate et indispensable néanmoins, cette prose pour JOURNÉES NETTES n’est pas révisée par Raymonde et ça doit paraître.

Jeudi, 13 décembre 2001

Jeudi, 13 décembre 2001

Hier, heure du souper, patatras !, André Dubois, producteur m’annonce au téléphone :  » C’est non !  » Fin d’un rêve. Le  » pilote  » vidéo avec ma narration de la vie de Krieghoff est refusé au canal ARTV par Jacinthe Brisebois (brise coeur va !). Déception grave ? Oui et non. D’une part, regret de devoir abandonner ce projet captivant mais! Délivrance aussi. Je n’aurai plus à fouiller les biblios, rassembler des images, rédiger la synopsis de ma narration (un gros boulot !) , trouver d’autres sujets. J’étais fin prêt cependant à raconter la vie de Marc-Aurèle Fortin que j’aime tant. Donc libération ? Oui. Retraiter, retraiter. Raymonde qui me glisse, voyant mon visage abattu :  » Écoute, lâche donc un peu. Laissons la place aux jeunes nouveaux venus. Tu pense pas ?  » Ma surprise ! Quoi ? je suis un vieux fini ? Au fond, elle a sans doute raison. Et elle déteste ‹cela lui fait si mal‹ me voir en déçu. Je sens que je vais finir en me jetant dans mes aquarelles folichons, dans la cave. À la cave pépère, à la cave !
Hier, mercredi, un peu de soleil, et puis le gris décembrien. Aujourd’hui :gris compact partout au ciel. Brume totale, je ne vois plus rien sur le lac. Que du gris laiteux. Plus d’horizon. Image un peu triste dans ma fenêtre, un jeudi fantomatique. Courriel : Georges-Hébert Germain, mon brillant questionneur pour Biographie, m’offre ses  » retailles  » d’interviews pour mes archives. J’accepte évidemment. Du stock pour mon  » ramasseur d’épaves archivistiques  » Jacques Prince, le dévoué gardien de mes papiers intimes, rue Holt, à la B.N.
Des lecteurs se diront : jasmin ne cause pas des actualités du Proche-Orient. Tour d’ivoire ? Non. Je ne rate pas les nouvelles, oh non. Étonnante constatation le matin : depuis que je suis plongé dans ce  » journal  » de Cocteau, je parcours nos deux quotidiens d’une main leste, sans y prendre grand intérêt ! Je l’avoue volontiers : la lecture  » cocteauienne  » des faits et gestes des intellos et des artistes de Paris me fascinent totalement. Les actualités me semblent fades. Je constate ma passion pour la vie littéraire (même de ces années de guerre), je vois bien que c’est la seule grande attraction de mon existence.
Lire sur Gide, Sartre, Claudel, Mauriac (que Cocteau fustige avec ardeur, culpabilisé par ses activités alors que Paris est sous la botte allemande) me captive mille fois plus que ce Ben Laden cerné, que cet Israël aux prises avec les désespérés (terroristes donc forcément ) Palestiniens. Devrais-je en avoir honte. Sais pas. Je n’y peux rien. J’achève la brique de 600 pages, c’est les alliés dans Paris, les émeutes, les  » collabos  » pourchassés (ce qui l’énerve, lui fait horreur, vu les précipitations ), c’est le Général De Gaule au balcon de l’hôtel de ville (de Paris). Cocteau va passer au tribunal  » d’épuration « . On lui reproche sa grande amitié pour le sculpteur berlinois, vivant à Paris, Breckner, un ami intime de Hitler.
Ah oui, un journal (été de 1944) épatant quand on observe cette chamaille effarante, l’anarchie totale, dans la France enfin délivrée.
Revoir en pensé, avant-hier, au soleil notre marche sur l’ex-chemin de fer. Les cascades grondantes. Les arbres nus. Les sommets mauves et gris. Vers 17 h., sommes allés, comme depuis deux semaines (découverte tardive !) fureter à ce drôle de  » magasin  » de l’Institut hôtelière (école publique, ici) où l’on offre, pour pas cher, les  » travaux  » culinaires, frais  » du jour « , des étudiants. Des journées nulles. D’autres excitantes quand  » le devoir  » du jour est une bonne cuisine, un peu grasse, à la française souvent. Canard, poulet, poisson, boeuf, porc, pâtes fraîches, foie gras, creton, pâtisseries, etc.
Raymonde inquiète de ce service, à deux rues pas de chez nous, presque gratuit, parfois délicieux, et à bon marché. Une sorte de honte insolite.
Bizarre. Comme si on allait lui arracher son pouvoir, son devoir ?, de préparer notre bouffe quotidienne. Je ne fais que les petits-déjeuners et les sandwiches du midi.  » LE  » vieux rôle féminin. Je lui dis :  » Allons, sois tranquille, tu n’as pas fait assez de repas depuis toutes ces années ? Non ?  » Elle en convient et pourtant, elle semble hésiter à se servir à ce comptoir à l’occasion formidable, y va comme à contrecoeur. Je me moque de cette  » perte de contrôle  » de la ménagère.
Avons visionné avant-hier soir, un film se déroulant de nos jours à Marseille :  » La vie facile « . Titre ironique. Une vie effrayante. Une mère, marié à un paresseux, chômeur permanent, aux prises avec sa très jeune fille, mère célibataire inconséquente, abonnée à la  » coke « . Pour l’empêcher de continuer à se prostituer, cette jeune mère qui travaille à la poissonnerie du port, lui achète sa drogue. Ira jusqu’à lui faire les injections réclamées, la  » maman  » à la dérive devenant une  » accro  » tremblante. C’est affreux. Vision cauchemardesque. À la fin, finale troublante, la mère épuisée, ruinée, endettée, lui administrera une overdose. Mort ! Débarras !Terrible vie ! On ira au dodo l’âme assombrie.
Mon fils, Daniel, me dit souvent qu’il évite, lui, le  » heavy « , les sujets assommants. Saine réaction, refus du réel ? Je peux le comprendre. Pourtant nous tenons, nous deux, à voir, constater, ces illustrations des déchéances humaines, sachant que ces histoire sont plausibles et qu’il voir toute le réalités bien en face. On se trompe ?
Hier, à la télé,  » La Traviata  » à ARTV. Filmé en direct de sites réels ‹Ambassade d’Italie,  » hameau  » de Marie-Antoinette à Versailles (visité en 1981), le Petit palais, chambre à l’Île Saint-Louis‹ bref, pas de décors peinturlurés. Orchestre avec Zubin Metha, ex-chef montréalais avant Charles Dutoit. Bon spectacle.
J’aime Verdi. Avons la cassette de  » La Traviata  » de Zeffirelli. Supérieur, à mon avis, son traitement visuel.
Cette histoire mélo, cul-cul : la courtisane (call-girl mondaine) tombée amoureuse d’un fils de famille. Oh ! Le papa, noble et digne, qui s’oppose. Le sacrifice accepté de la putain de luxe. Elle quitte Alfredo. Larmes. Beaux chants lyriques. Humiliation de la  » guidoune  » du jet-set par un fiston se méprenant. Grand aria ! À la fin, musique maestro !,  » l’escorte  » à l’agonie qui retrouve ce fils à papa, repenti, s’excusant. Trop tard ! Chant de douleur. Elle meurt. Rideau ! Belle musique ancienne, oh oui ! J’arrive donc pas à aimer le bruit actuel, la musique rock, l’Afrique défigurée, le jazz grossier des tintamarres à la mode.
J’achèverai de lire ( finir le Cocteau d’abord) de l’autobiographie de Simonne ( deux n) Monet-Chartrand, que j’ai un peu connue jadis à Radio-Canada. Beaucoup de correspondance ‹des lettres amoureuses et pleines aussi de reproche fondés‹ avec ce Michel Grande Gueule, toujours absent, hélas. Qui bourlingue pour syndicats et coopératives à installer. Grosse famille. Misère même pour cette fille de juge. Cette ex-bourgeoise qui tente de comprendre le monde ordinaire. De passages importants. Des chocs. Une existence difficile.  » Ma vie comme rivière « , tome je-sais pas- quoi, illustre un temps mauvais. Craques et piques fréquentes de madame Chartrand face aux duplessistes roublards, aux curés bien cons. Capable aussi d’autocritique. J’en étais sorti avec cette question : un père de famille, tout  » preacher  » de gauche soit-il, a-t-il le droit d’espérer aider son prochain tout en oubliant, en négligeant gravement, les siens ? Oh !
Ce matin même, à la radio bazzoienne, ce Chartrand, veuf, gueule encore. Il dit :  » 43 % des gens d’ici vivent dans la pauvreté.  » Eh ! Puis, j’ouvre le journal :  » le Québec, moins généreux du Canada pour l’aide aux pauvres « . B’en !Évidemment 43 % ne donnent pas, ils attendent de l’aide. Statistiques toujours connes ! Même lecture : on va nommer un poète de l’État ! Oui, oui ! À 500 dollars par semaine à Ottawa ! Je rêve ?
Ça parle de Cohen ou de Houston ? Non mais ! Je rêve ? On dit que cet Orphée étatisé rédigerait de belles compositions pour les événements marquants. Exemples donnés : un autre  » 11 septembre à New-York « , la visite d’un Nelson Mendela Etc.
Voyez ­vous Hugo, Baudelaire, Apollinaire, Rimbaud ou Verlaine en poètes officiels, à Paris, écrivant pour chanter le augustes visiteurs étrangers ? Ou bien Nelligan, Miron, Brault ?
Paraît qu’aux Usa, ils ont cela, un poète d’État. Sacré monde, je vous le dis !
Aujourd’Hui, jour de guignolée chez tous les médias réunis. Concert rare. Hier soir, Raymonde, grand coeur, toujours généreuse, me dit :  » Pis ? Nous deux ? Quoi faire ? Un sac, un panier ? Où aller le porter ?  » Je dis rien. Ma mère, sa crainte affreuse de la St Vincent de Paul. De la charité publique. Même si on manquait de tout parfois. Son orgueil. Sa fierté. Elle fricassait les restes des restes plutôt que d’aller mendier à un comptoir paroissial. Je lis aussi :  » Faudrait mettre, ce matin, dans nos paniers aux pauvres une bouteille de vin, pas seulement et toujours les victuailles de base !  » Je suis très songeur ! Est-ce que je tiens de ma mère ? Chaque fois que j’entends parler, par exemple, d’enfants qui n’ont rien pour le lunch du midi à l’école-garderie, je n’ai pas envie de courir avec un beau petit panier, pas du toit, non, j’ enrage et je fulmine, je gueule contre nos gouvernants et leurs dépenses à la con. Je jure que je suis prêt à payer davantage de taxes, et en impôts, pour soulager ces miséreux. Les plus taxés du continent nord-américain, nous, sont écoeurés de l’Impuissance endémique gouvernemental. Et puis je lis que le Européens, les Français en particulier n’aiment pas donner à des oeuvres charité, qu’ils exigent plutôt meilleur partage des richesses organisé par l’État. Ah, je (nous ?) suis européen. L’article affirme que chez les anglo-saxons, aux États-Unis surtout, le mécénat privé y est florissant. Mentalité autre ! Que des richards donnent volontiers à des Fondations caritatives et souvent refusent d’aider les proches, des parents mal pris !
L’écrivain Ferron, lui, parlait souvent du devoir sacré d’  » établir  » ses enfants. Mentalité européenne ? Si on veut. Riche ‹ les années de  » téléroman « ‹ j’ai épargné pour  » établir  » mes deux enfants. Oui, un devoir messieurs les radins, les pingres, les égoïstes.
Dérives des extrémistes des deux côtés des barricades :nous apprenons ce matin que deux  » Étatsuniens  » ( faut plus écrire Américains, nous sommes de trois amériques. Tous, des Américains), deux juifs, préparaient des attentats aux explosifs contre des Étatsuniens d’origine arabe, en Californie. Guerre de l’oeil pour oeil;, dent pour dent, bien judaïque. Mais quoi en commun entre ces juifs californiens, confortables, et ces déplacés en Palestine miséreuse ? Eh !
Raymonde revient du marché et a loué encore un film recommandé, trois étoile et demi ! Une histoire bizarre sur un travesti allemand, chanteuse de cabaret. Pour ce soir. De plus en plus, notre harassement total devant les incessante publicités criardes. La télé harcelante et si grossière, si racoleuse, si démagogique, Radio-Canada comme Télé Québec.
Pour vous en débarrasser :louer des films. Moins de quatre piastres pour la paix. Bonne solution. Je supporte de plus en plus mal ces criages de produits divers pour consuméristes compulsifs et névrosés qui aiment bien, eux, ces marchands à toute heure du jour. Bêtise. Mépris encouragé par les détenteurs ‹temporaires‹ de nos ondes qui sont publiques. À quand un vrai bureau de surveillance, pas ce CRTC mollasson. Les pubs avant et à la fin d’une émission, jamais pendant. Surtout jamais avoir le droit de coupailler un film. Seul Télé Québec a du respect pour le cinéma. On en voit de ces gueulantes mercantiles jusque sur les canaux spécialisés, au début, hypocrites, moins mais maintenant de plus en plus, Canal D, Historia, ARTV même. L’horreur du magasin général grand ouvert dans la demeure privée des citoyens ‹qui vont payer plus cher les camelotes publicisés, car ces annonces font grimper les prix forcément. Insupportable !
La noirceur. Je monte écornifler les  » devoirs  » des élèves en cuisine !

Mardi, 11 décembre 2001

Mardi, 11 décembre 2001

1-
Hier, un lundi pas clair de noeud avec un ciel ombragé. Ce midi, ciel clair. Soleil. Nous irons promener nos carcasses le long de la rivière du Nord tantôt. Là où l’on roule avec nos vélos par beau temps. Sommes toujours fascinés , Raymond et moi, par ces cacades rugissantes, hiver comme été.
Ce désir de tenir de nouveau un journal me vient, non seulement de ce Cocteau-1942-1945 (chez Gallimard) que je lis ces temps-ci, mais du  » Journal  » de Philippe Sollers, année 1998 que j’ai lu la semaine dernière. Somme-nous nombreux à être piqués par la façon journal : Paquet d’annotations légères et aussi, ici et là, affirmations nettes (oh, nettes !). Jugements péremptoires et aussi innocentes déclarations par rapport à des faits divers d’une banalité totale parfois.
2-
Au plus vite dire la satisfaction entière en visionnant, hier soir, un film américain (DeNiro en est) absolument terrifiant :  » Quinze minutes « , le titre. Allusion au furieux inventeur de  » pop art  » , le  » manhattannien  » Andy Warhol qui disait :  » Tout le monde, tôt ou tard, a son 15 minutes de célébrité « . C’est un cauchemar, cette histoire. La pire charge anti-média à  » scoop  » jamais vue. Cette fiction effroyable (et plausible !) est signée : Hertzfeld, un auteur qui a écrit et réalisé ce  » 15 minutes « .
Voyant ‹dès le début du film‹ débarquer à New-York deux cinglés venus de Tchéquie, je me disais qu’il y avait là une sorte de racisme  » anti-Europe de l’Est  » en illustrant deux fous furieux, deux touristes déboussolés. Mais non, le film va montrer les affreux dégâts de l’  » american dream  » sur des esprits primaires qui confondent cinéma USA et réalité. C’est une grave leçon. L’intrigue déboule dans le délire visuel, la violence de l’aliénation, surtout, l’emprise du  » vouloir de célébrité « . Un des deux fous vole un caméscope (un ou une ?) et c’est le départ vers l’enfer. USA égale cinéma. Et télé pop. Bien :le couple infernal  » réalise  » un film.  » Leur  » film. De l’horreur pure . Jamais je n’ai vu un portrait aussi efficace de la dénonciation du monde de la télé à  » scoop « . Jamais je n’ai vu à l’écran une telle charge dans le cynisme. Je suis monté me coucher à l’envers ! Je le reverrai volontiers mais plus tard, tant ce  » 15 minutes  » est troublant.
3-
Hier, lundi, envie soudaine d’un petit pamphlet. Ça m’arrive !
Je lisais des tas de livres et articles sur l’anniversaire de la prise de pouvoir par les indépendantistes en novembre 1976. Jamais un mot dans les histoires (L’Histoire !) sur tous ces jeunes gens ‹impatients, désespérés ?‹ qui risquaient pour cette cause sacrée, leur avenir. Je parle, eh oui, de nos clandestins, ceux du FLQ. Il ne s’agit pas de savoir si on est  » pour  » ou  » contre  » ces provocateurs, ce agitateurs, non, il s’agit de les intégrer à notre histoire, d’assumer nos jeunes  » desperados « , des patriotes qui hypothéquaient carrément leurs jeunes vies, pas pour des motifs mesquins, pas pour l’argent, pas pour imposer une vision religieuse (les talibans !). Ces jeunes gens sont allés en prison, certains longtemps. Certains sont parmi nous, vieillis, ayant purgés leurs dettes pour ces actes illégalistes, et c’est le silence compacte, puritain ?
Avant de publier mon  » appel de lumière  » sur eux, j’ai soudain songé à m’associer avec le camarade Beaulieu. Aussi j’ai expédié aux Trois-Pistolles mon texte et j’ai invité Victor-Lévy à y joindre un texte à lui. Écrit que l’on harmonisera plus tard. Avec nos deux signatures d’écrivain engagé, ce brûlot trouverait davantage d’audience. J’espère. Je guette la réaction de VLB maintenant.
4-
Reçu hier une sorte de bilan, rapport, du réalisateur belge de mon  » PLEURE PAS GERMAINE « , Éric Van Beuren. Très impressionné par le rendement. Ventes de son film un peu partout en Australie, en Allemagne, dans des pays de l’Est, etc. J’avais offert de ne pas être payé au moment du tournage. Pour aider sa petite compagnie  » Aligator Film  » (oui, un seul l ). La surprise de mon Éric, alors ! Si son film faisait un  » flop  » je ne touchais rien. Le contrat qui nous lie me promet 1 % des revenus bruts. Voilà que je vais recevoir un bon chèque (en francs belges !) et que cela m’étonne. J’avais donc parié sur un certain succès ? Non. Pas du tout. Je me disais, si son film a du succès, tant mieux, s’il est nul, tant pis pour moi. Et ça va bien. Très bien même pour un film  » familial « , modeste, où il n’y a aucun  » effet spécial infographique  » , pas de  » bang, bang « , pas de ces cascades folles sur l’autoroute des machines trépidantes (comme cette extraordinaire ‹vraiment stupéfiante‹ chasse à l’homme en plein coeur de New-York dans l’ébouriffant  » Quinze minutes  » de Hetzfeld.
5-
Le collègue Raymond Plante m’expédie ses commentaires (éloges avec bémols légers) pour mon  » Enfant de Villeray « . Raymond a vécu dans Villeray. Il est touché. Il m’annonce qu’il prépare une sorte d’E. de V. lui aussi, qu’il a ramassé des archives sur les siens J’ai hâte de lire cela.
À son tour, Raymonde lit la biographie de Pierre Nadeau,  » L’impatient « . Ex-reporter, longtemps, à la SRC. Nadeau y est franc, c’est rare, il parle du  » vaniteux « , du  » kid kodak « , de son caractère sauvage, timide camouflé par des pirouettes, de ses tentatives de  » dominer « , de  » l’ambitieux compulsif « , même de son côté  » work-alcoolic « . Il a été  » l’adversaire  » de son père, un avocat organisateur penseur du parti libéral au sein d’un Québec (alors) bleu mur à mur, duplessiste jusqu’au trognon. Indignation paternelle, il voulait le voir devenir avocat comme lui (et non un saltimbanque !) Nadeau ne se console pas de l’avoir perdu, jeune, avant qu’il puisse se réconcilier vraiment. Une mère plus libérale d’esprit. Lui aussi ! Entre ses chapitres, Nadeau insère de brefs récits sur ses grands reportages aux quatre horizons des actualités, des guerres. Je l’aperçois, l’autre soir, simple annonceur, préfacier, de ma petite Biographie au Canal D. C’est injuste. Une honte de constater qu’au Québec (cela se fait moins en France ni aux États-Unis) on jette par dessus bord des gens expérimentés au domaine des informations et  » affaires publiques « . Un ravage. Un gaspillage éhonté. Nadeau n’est pas un croulant, il est en pleine forme, il en est donc réduit à un rôle de présentateur. C’est un non-sens.
Quoi ? dira-t-on,  » on défend les  » vieux  » ? Oui. Je suis toujours ravi de découvrir de nouveaux visages, jeunes, je souhaite seulement qu’i puisse y avoir (radio, télé ) des commentateurs, des reporters, de toutes les générations. Pas seulement des  » vieux « , hein ? Non. Pas seulement des  » jeunes « .
6-
Je pense encore parfois aux images étonnantes de ce spectacle vu jeudi dernier au théâtre au  » Go « ,  » Le ventriloque « , avec ces apparitions ‹dans des cadres de porte, dans un sous-sol‹ éclairs fantomatiques, père affreux, clown sinistre, mère baveuse, guenon désarticulée, parent tutélaire dégeulasse, rampant, envoyeille-don-chose !
Salut Stephen King !Fantastiques et cruelles moqueries parentales, d’une dérive juvénile en passant chez le thérapeute gaga. Le  » famille je vous hais  » gidien !Ouf ! Du fantasy ! Ainsi des bribes d’un  » show  » bizarre restent comme collés (bonjour coller, copier !) dans nos cerveaux pourtant saturés, surchargés.
Ce sordide ‹on regarde, on regarde, c’est un accident de la route quoi‹  » Ventriloque  » de Larry Tremblay, soutenu par les inventions scénographiques (et sonores et d’éclairages) de Claude Poissant, n’a plus rien à voir avec le théâtre de ma jeunesse, ni avec celui qui est aux affiches habituelles.
On voulait une ouverture, une exposition de la situation et des personnages, et puis un noeud, un coeur d’intrigue, un solide conflit, ‹quoi ‘dipe a tué son père ? Quoi, Oedipe a épousé sa mère !‹et puis venait un dénouement. On voulait, jeunes dramaturges, faire comprendre. Expliquer. Aider à la compassion. Ici, fin du cartésianisme de papa. C’est fini, rentrez chez vous. Il n’y a rien à déchiffrer. Rien à comprendre. Larry T. nous disait :  » Il n’y a pas de clés. Que ma pièce s’élabore librement dans vos têtes !  » L’on vous montre des faits bruts. Par paquets d’instants. Gesticulation de fantoches décervelés ?
7-
Comme ce  » show « , j’ai oublié le titre, vu la  » performeuse « , Marie Chouinard. Cette étrange  » marie-couche-toi-là  » était seule en scène, souffrante et hilare à la fois, se déguisait en tout, homme, femme, enfant, onaniste narcissique qui se masturbait sur scène, une sorcière, une silhouette farouche. Ce théâtre où m’entraîne Raymonde qui aime tant les acteurs, est de l’ordre de cet imagier ‹parfois de génie‹ Rober Lepage. Difficile à oublier son récent  » show « ,  » La face cachée de la lune « , avec une laveuse, une sécheuse et des liens efficacement visuels avec des actualités et aussi des émotions personnelles. Un art qui amalgame le cinéma, la télé, (et les pubs, les  » clips  » de music hall ?) nourritures formelles (à bas le fond, les yeux, les yeux, la forme, le contenant, le symbolisme vague et poly-signifiant quoi, stock venu de l’enfance de ces jeunes créateurs, nos cadets.
Nous autres, c’était plus livresque (?), nous n’avions pas tant d’images nous bombardant sans cesse. Nous lisions Jules Verne ou qui encore, des mots, du sens, de la pensée, des mots. Nous imaginions nos  » lepageries  » les doigts fixés aux pages des livres. Un univers nous sépare donc !
8-
Ma soeur, Marielle, ma quasi-jumelle, aura 70 ans à la mi-janvier. Je voudrais qu’on puisse souligner cela. Comment? Réunion de la tribu dans un resto ? Ouais ! Sans doute, Comment faire autrement pour le clan des 14 ? Ce sera banal, non ? Quoi organiser ? Toujours essayer de faire original. Épuisant cela. Ainsi pour le Jour de l’An, ici, souper pour les 11, et faire quoi de  » spécial » Impuissance. Crainte de faire une rencontre banal. Ainsi, samedi soir dernier, à notre souper de l’ex-Groupe des 7, trop de conversations banales. Souhaiter du pimpant, tenter de faire pétiller la soirée. Impuissance encore.
France Bergeron ‹qui nous recevait samedi‹ est la vaillante compagne de mon ami défunt, Ubaldo Fasano. Je lui ai consacré un chapitre dans  » Je vous dis merci « . Elle avait raconté à Raymonde son torrent de larmes en me lisant ‹je narre notre dernière expédition dans le Golf du Mexique alors que mon ami achevait de se débattre contre ce maudit cancer Pour France, le deuil à finir ! J’ai apprécié qu’elle ne m’en parle pas samedi.
Pudeur ? Silence utile à mon avis. C’est cela un livre, un écrit. Une connivence tacite, qu’on a pas besoin toujours de commenter avec l’auteur. La veuve n’est pas encore joyeuse ! Cela viendra. Il le faut. Au téléphone hier :  » Claude., merci d’être resté des amis après cette mort ! Vous n’étiez pas obligés  » Ma protestation. La découverte, une fois de plus, que des femmes (les épouses !) se sentent  » seulement  » la compagne de l’ami cher. Bêtise cela et qui vient de loin. Du temps, pas si lointain, où  » madame  » restait dans l’ombre de l’époux.
9-
Un écrivain comme on dit  » connu « , reçoit des appels très variés. L’un me demande  » comment réussir à se faire éditer ? » Comme s’il y avait une recette, des trucs. Ma réponse laconique :  » voyez les pages jaunes de Bell téléphone. Soyez patient. L’un des éditeurs dira « oui « , si vous avez le don.  » Ne pas encourager vainement par un optimisme niais. Un autre correspondant me demandera des  » détails « , à propos d’un personnage. Imaginera un lien de parenté. Un autre me fournira des éléments intéressants au sujet d’un  » passage  » d’un livre. C’est vraiment varié. Un notaire de Saint-Henri ‹Jean-Maurice Proulx‹ a publié à son compte,  » La vie après la vie  » et me raconte des rencontres étonnantes. Des auteurs peu connus fondent une  » association d’écrivains des Laurentides  » ! Veulent que je m’y joigne. Diable , déjà que je cotise à trois ou quatre unions d’auteurs. J’accepte. Par solidarité et pour ne pas sembler jouer  » l’illustre qui reste en tour d’ivoire « .
10-
Hier soir, dans la noirceur de la chambre, au lit, un bruit suspect à ma droite. Raymonde est à ses ablutions vespérales. Le bruit feutré encore ! Brrr Cela vient de la fenêtre, il me semble. Le vent dehors ? Branches sur le mur ? Non, C’est tout proche. Malaise. Peur grandissante. Envie de faire de la lumière. Folie : m’imaginer un fantôme, l’esprit de l’un de mes défunts aimés que j’invoque parfois Bruit de déchirement qui revient ! La frousse niaise ! Je me décide à allumer. Ouf !C’est le long store de toile qui se décolle lentement de son rouleau. Presqu’une déception, savez-vous ? Au fond, avoir souhaité secrètement la manifestation d’un esprit défunt. Avoir toujours trop aimé ces histoires de parapsychologie.
11-
Ah ce journal de Cocteau ! Quelles découvertes avec son Paris rempli de nazis qui, pourtant, semble grouillant d’activités culturelles. Ils défilent les Trenet, Chevalier, Mistinguett, Piaf débutante, Montand à l’essai, Gérard Philippe monté de Nice. Jouhandeau, Max Jacob , juif vieilli, caché en Bretagne, craignant le boche antisémite. Découverte de Jean Genet sortant de prison. Grand carrousel suractif. Mais c’est la guerre. Cocteau parle ddes privations, du rationnement, des alarmes sans cesse, des bombes autour de Paris. Tant pis, le poète reste prestigieux. Il a eu des succès HÉNAURMES, d’abord avec  » La voix humaine « . Il vient d’achever un film  » L’éternel retour « , unanimité de critiques et du public. Piques malicieuses chez certains antisémites notoires, on déteste ce bourgeois surdoué. Mais, consolation, foules aux crans parisiens.
Cocteau travaille à sa nouvelle pièce de théâtre,  » L’ aigle à deux têtes « . Toujours pour son jeune et bel acteur, Jean Marais. Il va s’attaquer aussi pour le cinéma au vieux conte  » La belle et la bête  » quand je le quitte pour ce journal. Il est devenu à 50 ans, complètement paranoïaque face aux horions d’une presse jalouse, la presse des collabos enragés.
Culpabilisé, il déteste Mauriac et Gide qui, eux, ne publient plus. Il dit :  » Mauriac et Gide silencieux ? lls ont du bien, moi, je n’ai rien.  » Il crache sur Sartre et sa Simone, il bave sur  » L’invitée  » le premier roman de  » madame « , vaguement lesbien, saphiste d’une liaison avec une étudiante mineure de l’héroïne. Il fustige Claudel (et son  » Soulier de satin  » qui triomphe à Paris :  » Claudel. Assis au premier rang mâchonne ses répliques. Sa face de gros bébé qui force sur son pot de chambre, grimace !  »
Tout ce monde que je connais, inconnu des plus jeunes, m’amuse beaucoup. Des Allemands gradés, cultivés, le protègent. Lui et surtout Sacha Guitry, complaisant avec l’Occupant. Cocteau, se veut un esprit libre, répète que l’artiste véritable est et vit en dehors de  » l’actuel « , répète que ce qui est  » inactuel  » restera pour la postérité. Il a de bonnes paroles pour les  » connaissances  » chez l’occupant tantôt et, tantôt, des piques méchantes. Il varie.  » L’éternel retour’ le venge de tout, plein d’admirateurs se bousculent à sa porte au Palais Royal. Colette s’en amuse, vieille voisine au mari obligé de porter l’étoile jaune infamante.
Oh oui, une lecture qui me fascine. Et vive le journal !

Dimanche 9 décembre 2001 – JOURNÉES NETTES : (début de journal intime intitulé J.N.)

JOURNÉES NETTES : (début de journal intime intitulé J.N.)

[page Web originale]

1- Ça y est! Ça me reprend. L’envie de tenir journal. Pourquoi pas. Pourquoi pas via l’Internet. J’ai aimé cette douce manie jadis (1986-87-88).

Ciel bleu doux. Bleu tendre. Le  » bleu poudre  » de notre enfance. Depuis deux jours, le froid est arrivé. On a cru que le temps doux du début du mois allait durer jusqu’aux Fêtes. Non, Brr! Nous rentrons, Raymonde et moi, de notre promenade quotidienne ‹adieu vélo !‹ dans les alentours du village. Je rédige cette première page d’un nouveau journal, sur ordinateur.
J’y reviens au journal probablement parce que je suis en train de lire celui de Jean Cocteau. Il raconte les années 1939-1945. Les Allemands dans Paris. La vie culturelle qui semble aussi dynamique qu’avant leur défaite totale. Comme dans tout journal j’y glane des passages captivants. Un air de  » collaboration  » maudite y rode. Cocteau, réputation déjà acquise ( » Les enfants terribles « ,  » Les parents terribles « , film :  » Le sang d’un poète « , etc.) , peut vaquer à ses nombreuses activités artistiques en paix. Relative.

2- Hier soir, réunion d’amis à l’Ile des Soeurs et le producteur André Dubois (« Vendôme « ) m’assomme ! Il m’ annonce que notre ruban vidéo où je racontais la vie du peintre québécois Cornélius Krieghoff, ne semble pas intéresser le canal ARTTV.
J’en suis abattu. J’avais préparé un Marc-Aurèle Fortin en guise de deuxième émission. J’étais prêt à retourner en studio à Ville La Salle, devant ses caméras vendômiennes. Eh b’en non ! On lui aurait dit à ce canal ARTV que c’était dépassé le genre professoral (je me voulais simple conteur, vulgarisateur, pourtant !). Foin de l’aspect  » magistral  » ! Bon, bon. Sus à l’animateur qui parle, seul, debout, devant un kodak ! Bon, bon.
Je retraiterai donc davantage.
Tant pis. Je regrette d’avoir parlé de ce projet qui me tenait tant à coeur lors de cette  » Biographie  » diffusée deux fois cette semaine au canal D.  » Ne jamais parler de ses projets « , me disait-on souvent. Vrai !

3- Avant hier, audition d’un orchestre d’écoliers au collège Regina Assumpta, rue Sauriol, à Ahuntsic, où nous avons admiré le trompettiste de la famille, le fils de Marco et de ma fille Éliane, mon cher Gabriel. 96 jeunes musiciens ! Ça sonnait magnifiquement ! Émouvant. On dit tant de mal de la jeunesse. Toute cette jeunesse qui a pratiqué ses pièces, répétitions difficile prises sur le temps des jeux, des sports, des loisirs ordinaires, et, vendredi soir, ce spectacle étonnant. Oui, émouvant.

4- Jeudi soir, à l’Espace Go,  » Le ventriloque « . Un spectacle pas banal. Texte curieux de Larry Tremblay ( » The dragonfly of Chicoutimi « ). Une fille renfermée dans sa chambre., Elle veut rédiger une histoire. Parents monstrueux qui se méfient de son isolement. Apparitions sauvages, fantomatiques. Séance d’un psychanalyste fou (ca classique). Bref, une soirée hors de l’ordinaire. Freud fait ses ravages. Avec ce Tremblay du Saguenay on est très loin du réalisme de Michel Tremblay. Autre génération. Aucune allusion géographique. Cette fille plutôt bafouée, au bord de la crise de nerfs, vit une sorte de cauchemar existentiel. Elle n’existe pas par rapport aux réalités québécoises. Ce texte pourrait se dérouler n’importe où, dans n’importe quelle langue.

5- Ces jeunes nouveaux auteurs, pas tous, écrivent sur des thèmes indifférents à  » ici maintenant « .  » Le ventriloque  » dont la poupée en cache d’autres, illustre bien que désormais  » peu importe le pays « , toute jeune âme a de lourds comptes à régler.
Comme il le dit dans le programme, Larry Tremblay, on peut fort bien y trouver un questionnement pas vraiment débarrassé de notre problème d’identification nationale. Vrai.
À la fin de la représentation, causerie  » ad lib  » dans la salle. Quand j’ai dit qu’un tel spectacle devrait être montré au grand public, Poissant, son brillant metteur en scène m’a répondu :  » Oui, c’est vrai. Il y a maintenant le canal ARTV.  » Je ne savais que le surlendemain Dubois m’annoncerait qu’ARTV ne semble pas intéressé à notre projet du  » conteur  » de l’histoire de l’art d’ici. Zut !

6- Par ma fenêtre, je vois qu’une partie du lac Rond est en train de virer en glace. L’hiver pour de longs mois s’amène ! Ne pas m’énerver. Je n’ai pas vu passer ni le printemps, ni l’été, ni l’automne!Alors l’hiver, lui aussi va filer à la belle épouvante. Et ce sera de nouveau le printemps adoré qui filera lui aussi. Le temps ! Dès 1995, ma station de radio, CJMS, fermant et Raymonde retraitant de son job de réalisatrice, devenu donc plus libre que jamais, je croyais avoir le temps de voir passer le temps, enfin. Faux ! Il file plis vite que jamais. Bizarre, non ?
Ferrat chantait :  » On ne voit pas le temps passer « , je découvre une vérité tangible maintenant . Je n’aime pas cela. L’impression de me faire voler. Je me dépêche donc, pas si vite, de terminer ce petit livre (100 pages ?) commandé par Victor-Lévy Beaulieu pour sa collection  » Écrire « . Chaque auteur invité doit y mettre un sous-titre à son  » Écrire « . J’ai mis pour provoquer et pas vraiment pour provoquer :  » Pour l’argent et la gloire. » Pas vraiment pour choquer car, jeune, je m’imaginais devenir un jour célèbre et riche. Je prévoyais faire construire un domaine, un château, pour les miens ‹gens si modestes. Pour les venger de leur existence pauvre. Ce beau château de mes songes creux ne s’est pas construit. Pas du tout. Mercredi dernier, j’ai pondu un chapitre de ce futur petit livre ( » Écrire « ) où je me suis peint en châtelain non advenu qui lutte pour être dans la réalité. Je veux mettre tout de suite cet extrait sur ce site Internet que m’a installé Marco, mon gendre. C’est onirique dans un long texte beaucoup plus réaliste.

Je sens que j’aimerai tenir ce journal. Je retrouve le plaisir d’être  » diariste », de noter des éphémérides, comme pour mes livres  » Pour ne rien vous cacher  » ou  » Pour tout vous dire « .
Vive le journal !