le jeudi 20 décembre 2001

1-
Première vraie neige hier soir, tard. Lumières clignotantes dans la rue. Par la fenêtre, je vois armada miniature; déneigement déjà ? Je vois une masse métallique sombre stationné au bord du trottoir, charrue fixé, ronronnement du moteur, grondement sourd, grosse bête qui va bondir, des phares, des clignotants jaunes et rouges, sur les côtés, sur le toit, lumignons dans la nuit. C’est joli, reflets dans mes cèdres saupoudrés d’ouate. Me sens comme Truffaut dans « Close encounter… » fasciné, ébahi. Grand bébé, vieil enfant !
2-
Aile se lamente hier: « Noël: un commercial à n’en plus finir ». Vrai. On s’adapte en rechignant.
Les cadeaux ? Mon Dieu, à qui, et quoi offrir ? Je fais des chèques depuis des années. Ainsi, leurs choix, de l’argent quoi, aux deux enfants et aux cinq petits enfants. Facile ? Oui, paresse? je sais bien. L’idéal ? Y réfléchir, questionner subtilement, observer amoureusement et puis surprendre. Mais c’ est plus compliqué. Oui, paresse. J’ai un peu honte.
Aile et moi, une vieille entente de jadis, jamais de ces cadeaux rituels aux Fêtes. Non.
Le cadeau puisque « chaque jour » est une fête, un Noël, vrai pour des amoureux: Aile, elle-même, le plus beau des cadeaux. Pareil pour elle. C’est Aile qui le dit.
Que d’elles, que d’Ailes hein ?
3-
Lu en attendant d’entrer au magasin de « l’école des chefs » ‹poulet farci, canard, tourtière‹ « À ce soir » de Laure Adler, vue au canal TV 5 au « Cercle de minuit ». Fini de le lire vers 20 h, après souper. Laure a perdu un petit garçon, Rémi, vraiment tout jeune, deux ans ?. Une sorte de pneumonie fatale, mystérieuse. À ce soir raconte le douloureux souvenir de cet été effrayant où elle et son compagnon de vie vont et viennent sans cesse à l’hôpital pédiatrique à Paris. Un livre certes émouvant mais mince. Un faux 250 pages, c’est gonflé. Pages blanches, espaces larges. Raymonde a pleuré en le lisant avant moi. J’ai été touché , le sujet est si triste: la mort d’un enfant. Pas bouleversé. Adler y est sobre, c’est bien, trop pudique…pas de générosité, dirais-je. Elle file tout droit, dans ses larmes, sa détresse et nous accorde bien peu d’informations. Sur son travail, sur elle, sur « lui », sur l’enfant condamné, la gardienne, etc. C’et écrit avec art cependant, avec des trouvailles littéraires bien amenées. On y trouve aussi des infos terribles ‹ses crises de fureur face à ce désordre hospitalier, oh !‹ sur le monde médical. Oh mon Dieu, c’est donc partout pareil , les urgences…lentes, les médecins froids, pressés, distraits…Misère !
4-
Un père Noël du Complexe Desjardins raconte à « Montréal, ce soir » les gens pressés, les parents à la course, le temps qui court, vole…Un vieux bonhomme étonnant. Je questionne Aile: « Toi, tu y as cru longtemps au bonhomme de Coca-cola ? » Sa réponse: « Non, un jour, veille de Noël, je dépose ma poupée au pied du sapin et je dis à ma mère, « je veux que le Père Noël sache bien que j’en ai déjà une, que j’en veux pas deux, qu’il doit m’apporter autre chose ». Ma mère dit:  » Voyons, inutile, il le sait bien, il sait tout ». Alors j’ai compris que c’était impossible cette mémoire pour des millions d’enfants dans le monde, que ma mère mentait. Et j’ai cessé ainsi d’y croire. J’avais quatre ans ? »
Elle me questionne et je découvre que chez nous, pas de bonhomme Noël, il n’existait pas. On n’en parlait même pas. C’est bien, non ? Mon père ne parlait que du petit Jésus et installait sa crèche compliqué dans la fenêtre du salon où il n’y avait jamais de sapin. Que cette crèche élaborée. Comme je le raconterai demain matin à CKAC, il y avait l’énorme sapin décoré chez mémeille Jasmin la riche veuve. Une splendeur à nos yeux, son sapin.
5-
On a viré le gras tribun démagogue, André Arthur, à Québec, pour le remplacer par l’ex-mairesse de Sainte-Foy. Dans la rue, un très jeune questionné m’étonne agréablement à la télé hier: « Le monde des médias me surprendra toujours et je veux pas trop m’en approcher pour pas troubler ma quiétude ». Paf ! De même, d’une seule « fripe ». Soudaine belle espérance en la jeunesse d’ici s’ils sont nombreux de cette farine.
6-
L’auteure de « Putain », Nelly Arcand, un pseudo, veut faire machine arrière subitement ! La Presse de ce matin publie son long plaidoyer très pro domo : « je ne suis pas ce que l’on pense ».
Quelle connerie. Elle a écrit sa confession-analyse au « je », elle a minaudé aux interviews, genre: c’est moi et c’est pas moi. » Voilà qu’elle tente à cette heure de passer pour innocente de son écrit. Franchement !  » Je suis pas putain », clame-t-elle et une photo énorme la montre, nombril à l’air, faisant le jeu de ce qu’elle condamne:  » la marchandisation du corps féminin. Paradoxe, contradiction, trop tard pour sortir d’une confusion qu’elle a entretenue bien commercialement. Nelly est-elle sotte ?
7-
Paraît que « Tourism », prochain film de Lepage illustrera le monde des « corps » en vacances dans des « clubs ». Ah ! La sauce-Ouellebec (« Plateforme ») s’allongerait donc partout. On verra bien. Vision toute autre ? Je viens de lire « Hauts lieux de pèlerinage »(Flammarion), plein d’ilustrations qui vont de ce fameux Saint-Jacques de Compostelle (à la mode ces temps-ci dans le milieu des artistes) jusqu’à Fatima, Lourdes, Notre-Dame de la Salette, etc. etc. Images étonnantes, texte niais et fade (Martineaud et Moreau). Papa aurait aimé lire et voir ces reliques, vieux os, crânes, « le nombril de Jésus », oui, oui, le c¦ur du curé d’Ars et autres facéties d’une religiosité imbuvable. Un monde carnavalesque stupéfiant. Un commerce à indulgences éc¦urant. L’exploitation des infirmes, des malades, des désespérés. Laure Adler raconte dans son « À ce soir », son recours aux dévotionnettes et même aux médiums, sorciers,
pratiques occultes, etc. Un très bon passage de son livre . Elle en a honte mais elle dit bien qu’en état de désespérance, tout devient un secours plausible. Tristesse. Et je dis à Aile: »tu sais, toi gravement condamnée , ma foi (!), moi aussi, j’irai à Fatima, à Lourdes. La confiance, la foi totale, sincère, peut faire changer un métabolisme et, parfois, guérir, non ? » Elle reste songeuse ! Le livre raconte aussi Rome aux 365 églises-à-reliques, Jérusalem aux « lieux » évangéliques sur-exploités, pour touristes chrétiens ! Curieux: plein de vierges Noires (Éthiopiennes ?) dans maints lieux de… pérégrination. Marie en négresse ! Bizarre non ? Renan, Taine, d’autres laïcistes affirmaient: « l’ouvrage du démon ces piéticailleries ! » Les réformistes protestèrent aussi, bien sûr face à tous ces papes complaisants du « marketing » primaire religieux. « Le nombril de Jésus » Non mais…! On a parlé jadis de son « saint prépuce » !
8-
Je ne cesse pas de lire, livres et revues françaises, sur les dangers du racisme., J’y voyais une sorte d’obsession. Je prends conscience maintenant (autres livres lus) que l’élite ‹écrivains, intellos, journalistes, profs‹ française a très mauvaise conscience, une lourde honte collective, face aux tolérances de l’antisémitisme ardent de (pères et grands-pères) la France d' »avant » et de « durant » l’occupation des Allemands nazis. C’est de cela, de ce poids accablant sur la conscience nationale, qu’elle parle sans cesse au fond. Idem sans doute, en pire, en Allemagne.
9-
Mon tit-Paul Buissonneau, vieux stentor toujours énergique, hier avec Claude Charron à Canal Historia, que je regarde très souvent Paul raconte La Roulotte des parcs à ses débuts et dit de moi: « Eh oui, Claude était mal pris, jeune chômeur…il est venu m’aider aux costumes, aux décors… ». Eupéhmisme: son théâtre ambulant m’a aidé de mille façons. C’était une « école » de vie, de générosité, d’initiation au monde réel, ces enfants-en-ville, l’été, privés de rêves, d’images.
10-
Minou Pétrowsky, mère de Nathalie, à Cbf-fm, démolissait complètement le film « Le Seigneur de anneaux ». À l’entendre, m »explique Aile, c’est un navet, que des bagarres, des effets agressifs, des truquages infographiés , des décors-maquettes trop visibles, bref un film stupides, des guerroyages sans fin. Eh b’en, cela avec une fortune colossale. Les ados du type de mon petit-fils, Simon, amateur de moyennâgeries chevaleresques vont-ils, eux, mieux apprécier. Je le questionnerai au Jour de l’an.
11-
Christiane Charette à sa dernière performance…patate, le vide, l’échec ! Embrouilami avec le « cantiqueux » sympa Desjardins… Platitudes soporifiques avec l’acteur exilé à New-York, Lothaire Bluteau tot mélamgé, confus à l’extrême, et « song in english » avec un Comeau sérénadeur venu de Bathurt au New-Brunswick… Une heure plate. Hélas. Toute la saison, Charette a su faire voir des mélanges d’invités formidables. Dommage pour hier soir, un adieu ennuyeux !
Quand je bloc-note sur télé, comme ici, ça me rappelle tant de topos livrés à CKAC, à CJMS si longtemps, et à CKVL à la fin, où je devais forcément regarder tant d’émissions que… je ne voulais pas voir. S’imposait naturellement cette revue des « populaires ». J’en avais mal au ventre parfois devant ma télé. En bout de piste, virage et ce fut la série « La moutarde me monte au nez » avec Marcotte et du plaisir, des farces et des coups de gueule, très ad lib !
C’était, il me semble , dans une autre vie tout cela !
12-
Descôteaux ce matin dans Le Dev qu’il dirige: « Esprit libre et Droite, ça ne va pas ». Bien raison.
John Saul, la queue-de-veau de la Vice-Reine actuelle, à Ottawa-colonie, publie des propos contre Bush, contre les USA, peuplé d’ impérialistes plutôt responsables de la haine musulmane…Oh, oh ! L’éditorialiste recommande à Chrétien, qui défend un peu la liberté d’écrire de sa queue-de-veau, de se porter aussi à la défense des journaux de Can West, du gang-Asper de Winnipeg, mais…dit-il, ce sont des « amis » ¿entendre puschers de fonds électoraux‹du parti libéral fédéral. Oh !
13-
Foglia et moi ? Comme on dit « sa moyenne au bâton » est fameuse. Je le lis, comme tant d’autres. Il ennuie rarement. Je l’envie, je ne suis pas jaloux. J’ai déjà eu ce bonheur de chroniquer librement au Journal de Montréal (1971-1976), un fonne vert ! Ce matin: l’anglais aux écoles mieux appris quand plus éduqué. Vrai. Et bang ministre Legault ! Mon cher magasin Baggio, en « petite Italie », j’en cause dans « Enfant de Villeray », ferme ses portes. Comme Foglia, j’y achetais mes vélos et ceux de mes enfants. Ce sera une boutique de linge. Eh !
Il livre ensuite un témoignage d’un écolier de Vaudreuil à la fidèle mémoire pour un prof hors du commun. Toujours fascinant cette gratitude (voir m a part de reconnaissance avec ce « Je vous dis merci », frais arrivé en librairie ! Oui, plogue ! Des profs oublient l’influence déterminante qu’ils peuvent avoir sur des jeunes…quand ils sont capables. Enfin Foglia parle musique rock de sa jeunesse et l’actuelle, avec un bon punch. Important le lunch final, comme le « spin » de départ quand tu débutes un papier publié.. la ligne de départ » d’une chronique.
14-
Lysiane Gagnon signe un billet impressionnant. J’ai connu le sujet abordé. Le centre d’accueil, les préposés débordés. Les « vieux » abandonnés. Quand la Gagnon lâche un peu sa hargne, sa haine même, du nationalisme d’ici, cet ex-compagne du patriote D’Allemagne, mariée à un bon « bloke » maintenant, montre du c¦ur et pas seulement de l’intelligence. Terrible narration ce matin, effrayante même ! Elle dit qu’ils sont 7 pour 56 vieux dans ce genre de centre de dés-acceuil ! Les bonnes s¦urs, qui étaient sans famille, libres donc, géraient sans doute avec autrement plus de compassion ces « lieux des adieux ». Le boss, si ça va mal, si un visiteur ose se scandaliser (comme à « Notre-Dame de Lourdes »), b’en, il engage un avocat et vlan: ohé ! le râleur: plus de droit de visite ! Ça vient de finir, explique Gagnon de La Presse. Honte !
15-
Pauvre Larose et son rapport timide par bouts, un peu plus audacieux pas d’autres, il vient de recvoir « le baiser de la mort ». De quelle bouche ? Le sénateur, rouge bourassiste longtemps et viré au bleu mulronéen, Jean-Claude Rivest l’embrasse tendrement de ses grosses babines « fédérates », il avance que son son rapport sur l’état du français, est une merveille ! Oh la la !
Suffit pour aujourd’hui, départ pour Monrial, pour être tôt à CKAC et y lire mon conte de Noël.
La neige fine tombe toujours sur les Laurentides. Le ciel comme le sol est de même blancheur. Grands draps étendus dans l’espace, lessive savonneuse quand l’hiver fait: « coucou ! j’y suis, j’y reste. Québécois à vos tuques et à vos pelles ! À ma brosse à neige, la Volks semble une meringue immangeable. Salut !

Le mercredi 19 décembre 2001

Le mercredi 19 décembre 2001
1- Mort de Bécaud hier. Coqueluche dès 1955 par ici. Leçon d’énergie. Il criait :  » Hé! Les baladins ! Amenez-moi..  » Ils l’ont amené pour de bon. Disparu. Scénographe de variétés, j’ai travaillé souvent pour Bécaud. Je lui tenais son bol de cognac, une fois. Lampée énergisante indispensable tant sa dépense était fantastique ‹je me dissimulais sous la caméra-grue‹ entre les segments de son récital au grand studio 42, il avalait et repartait sous les réflecteurs, en sueurs, les mains comme des oiseaux.
Avec le réalisateur Letarte, nous étions allés à son hôtel,  » suite somptueuse à  » le Bonaventure « , pour lui présenter la maquette de son décor. Il est accompagné d’une  » beauté  » juvénile ! Eh ! On avait vu ça aussi pour le mari de Simone Signoret, ‹cocue comme l’autre Simone de Beauvoir, une féministe bien tolérante)‹ même groupie bien tournée aux semelles de la star Montand. Bécaud, joyeux, alerte, jeta un regard intéressé à son décor, accepte le design, se frotte les mains :  » Vous allez voir, je pète le feu ces temps-ci, ça va rouler !  » et nous offrit un  » drink « . Soleil sur la terrasse, piscine rutilante, la groupie en bikini surgit et lui :  » Vas-y mon petit, je te rejoindrai. »
Le mort d’hier fait un signal :  » j’ai eu une belle vie !  » Des poètes populaires ‹Delanoé surtout‹ se sont servis de cette machine humaine flamboyante pour s’exprimer. C’est beaucoup. C’est utile. Que le dieu des félicités terrestres ait son âme !
2- Avons visionné, hier, un film curieux :  » À la verticale de l’été « , étrange récit se déroulant à Hanoï. Trois vietnamiennes aux prises avec l’amour. Hélas on voit pas le pays, ni cette ville longtemps colonie de Paris. Plein de belles images :fleurs, plantes vertes, chants d’oiseaux sans cesse vues de la fameuse Baie d’Along (orthographe pas certain), appartements ensoleillés, resto cocasse, Aile et moi aimons examiner des  » ailleurs « . Comme pour ce film à Prague (sous les nazis), impossible de voyager vraiment à l’étranger. Une rue, une maison et c’est tout. Beau dommage ! On voit tant Montréal, Paris ou New-York dans les films tournés là. Question de budget ! Nos étions perdus : tout le monde se ressemble ! Connerie ? Comme pour les Noirs si souvent. Question : est-ce que les Noirs, les Jaunes, nous trouvent tous trop semblables eux aussi, nous, les Blancs ? Donc un beau film, d’un visuel si lumineux mais une histoire incompréhensible pour nous.
3- Message, hier, de mon fils, son étonnement , sa fierté de m’avoir initié (de force, je l’avoue ) à l’ordinateur. Il m’écrit qu’il entend Thomas, son fils, parler avec sa mère de moi, le papi, puis son appel téléphonique, ensuite, Daniel va à son écran et trouve les mots de Thomas dans mon J.N. Il dit :  » Étonnant, en trois heures, la vie vécue se retrouve dans ton journal « . Eh oui ! Étonnant en effet, vive l’ordi, vive internet ! Il se moque de moi :  » Me semblait que tu allais cesser d’écrire, que tu allais aquarelliser ? Ce journal ?  » Eh oui, il a raison. Marc, mon installateur  » de site  » me taraudait :  » Vous devriez, beau-père, faire un roman sur écran, par épisodes Etc.  » Moi :  » Non, c’est fini la littérature avec mon  » Je vous dis merci  » frais publié. Je termine  » Écrire  » pour V.-L. B. et je reviens à l’art pastique. Mais Soudain l’idée d’un journal.
4- À la mort du francophobe  » Mauditkakaille  » Richler, caméra de télé chez moi, face au lac. J’avais loué ses talents de romancier ( » le monde de Barney  » est fameux) et fustigé son racisme à notre égard. Ses odieuses calomnies, nous illustrant ‹mettant en péril les anglos ‹ collectivement, en fascistes enragés et dangereux (ils sont 300 millions d’anglophones tout autour, grave péril hein ? !) alors que nous sommes un petit peuple, minoritaire sur ce continent, héroïque, résistant à l’ américanobulldozer « . La Vice-Reine Clarkston et son  » suiveur  » Saul, vont bientôt accrocher à la dépouille du raciste la médaille de L’Ordre du Canada. On s’incline ‹comme je dis souvent‹ devant cela, pas par respect, par envie de vomir !
5- Ce matin, lu chez Cousineau-télé : La petite Brazeau, ma jeune  » ancienne camarade  » de CJMS, accepte de présider la voyeuriste émission de TVA :  » Je regarde  » Dominique Bertrand démissionnait, elle, de ce  » piège à cons « , Marie Plourde aussi, refuse de jouer à ce jeu sordide. Lu aussi, ailleurs, que Miss Brazeau, mère de famille (deux jeunes ados), était entouré de porono chez elle,  » at home  » hein, pour se documenter. Belle ambiance pour les enfants ! Franchement, on a envie souvent de s’écrier comme le philosophe primitif et naïf, Yvon Deschamps :  » US qu’on s’en va ?  » Ne me voyez pas en puritain prude SVP.
L’érotisme est de bon aloi. Le voyeurisme c’est le chemin vers la solitude, vers l’onanisme.
Je ne dirai pas que la masturbation rend sourd elle rend triste ses adeptes, tôt ou tard. Il faut pour garder vivant  » le désir  » ne pas craindre les fréquentes allusions à la sexualité, les caresses opportunes ou non, les  » appels  » enjoués quoi. Il faut semer l’atmosphère érotique autour de l’autre. Bref, il faut de l’imaginaire, des fantasmes. Je crois que les voyeurs (voyeuses) sont des gens bougrement paresseux, sans imagination. Qu’ils ne savent pas installer un climat érotique normal, indispensable. Pleins de maris, d’épouses, qui ne font jamais rien pour le moment où l’on ira au lit. N’en parlent pas, ne lisent rien d’érotique, ne regardent rien d’érotique, ne forment pas d’images sexuels dans leur tête  » n’imagine pas « , voilà ! Des couples, même jeunes, s’assèchent sans cesse alors, par leur faute.
Ils iront  » voir  » ailleurs :la nouveauté c’est plus facile ! Paresseux ! Pire, se feront voyeurs des ébats mécaniques avec  » sound track  » exagéré, des inconnus ‹l’  » actage  » fausse-passion physique‹ de ces poussifs copulateurs stipendiés ‹et plus ou moins drogués‹ pour forniquer  » on camera « . J’en vois qui se procurent au vidéo-club du coin, de ces cassettes  » XXX « , gênés, embarrassés, les yeux à terre. Oui, des super-paresseux. On peut trouver des images érotiques merveilleuses, dans des livres merveilleux ‹sans la nudité niaise inutile souvent, l’explicite étant anti-érotique‹ cette iconographie collaborant au désir. Vulves et pénis exhibitionnistes ‹magazines chirurgicaux‹ images explicites vaines quand on veut sexualité et sentiments humains réunis. Ne comptez pas sur  » Je regarde à TVA ou à TQS, tard, pour conserver longtemps l’amour dans votre couple. Je me souviens d’un scénographe, compagnon obligé, qui pris las pente voyeuriste. Films en 8,mm, on est en 1956, images salopes, collections de vulgarités, photos de son cru avec putes payées, au bout de quelques années, on découvrit mon compagnon mort dans sa baignoire un samedi matin. Bonne chance Miss Brazeau !
6- Ce matin, les quotidiens : Lepage, ce génie imagier de la Vieille Capitale et reconnu dans l’univers, fera un nouveau film :
 » Tourism « , titre de l’anglomanie sauce mondialiste.
Dès ses premiers  » shows  » de théâtre, je disais  » c’est un cinéaste « .  » Le Confessional « , et puis  » Le polygraphe « , le prouvèrent efficacement. Vint ses autre films,  » Nö  » et  » Possible worlds « , hum, moins forts. C’est que le surdoué Lepage se déconcentrait volontairement par trop d’activités parallèles. Hélas. Lepage pourrait devenir notre Fellini québécois. Oui, aussi bon, meilleur un jour peut-être !
Le hasard, la pauvreté aussi, l’a fait  » théâtreux « . J’ai aimé énormément, récemment, sa  » Face cachée de la lune  » au théâtre mais y ai bien vu ce qu’il aurait pu réaliser avec un film en utilisant ses étonnantes trouvailles sur scène pour cette  » Face  »
Bon, il a du succès de Tokyo à Londres, en passant par Paris et Moscou. Il ne m’écoutera donc pas. Je ne vais pas écrire un  » Que Staline se le tienne pour dit ! », comme le cave éditorialiste de  » L’Action  » à Québec, jadis. Mais, cette fois, je sais que j’ai absolument raison pour Lepage. Cela dit, il fera du théâtre tant qu’il voudra, ses machines restent pourtant la négation du théâtre qui est, avant tout, et doit rester un art de  » parole « . Lepage c’est le super génie des formes, de l’image. Ah, pis oui, je l’écris :  » Que Lepage se le tienne pour dit !  » Et bonne chance pour son  » Tourism « .
7- Un journal c’est marquer ce : Beau soleil, ici, de temps en temps aujourd’hui ! La petite plaine du lac brille. Symbole ?, mon fleurdelisé sur le rivage s’effiloche au vent du nord chaque début d’hiver ! Daniel, hier :  » on va tout savoir avec ce J.N. , comme ça : les steaks pas trop les sur-cuire ?  » Le vilain moqueur. C’est quoi un journal ? Mon avis quoi. J’en ai lu pas mal.

1-D’abord ne pas s’en servir que pour ses idées, en somme ne pas en faire un cahier d’essais. À l’occasion, oui, comme je viens de le faire sur  » porno et éros  » ou sur Lepage et cinéma, le journalier (!) peut s’étendre un brin. Pas trop souvent ? Promis.
2- Ne pas faire télégraphique. J’en ai lu des :  » Vu hier Paul Claudel chez Gallimard.  » Ou :  » Rencontré, jeudi midi, Mauriac  » Et point final. Non pas de ces  » Vu, à la Moulerie, ma chère Louise Rémy.  » Et  » bonsoir les amis  » ! Le diariste (ce mot, pouah !) doit bien refléter la vie qui passe. Sa vie. Le temps qui s’écoule, jour après jour, illustrant les éphémérides incontournables dans toute existence humaine.

8- Chez Bazzo ce matin, débat sur la liberté d’écrire avec le Maisonneuve de RDI et le Boisvert de La Presse. Miss Bazzo, bien bavarde, plutôt silencieuse cette fois. Prudence  » radiocadenacienne « . Autocensure, salut ! On a laissé entendre que Norman Lester (son  » Livre noir des anglos « ) agissait en devinant qu’on le  » jetterait  » ensuite de son job de reporter enquêteur à la SRC.
Comme un Charron voleur de blouson chez Eaton.
Comme Robert Lévesque tripotant les ordinateurs du Devoir.
Ouen
Ah la LIBERTÉ ! Chez Lisa, un matin récent, face à N. Connard affirmant se sentir  » libre  » à La Presse. Mon envie de rire. Qu’elle matraque un peu les fédérats d’Ottawa et elle verra les limites de sa liberté chez Gesca-Power Corp. Y était aussi Michèle Bazin, devenu relationniste dans une patente affiliée au MAC. Elle aussi :  » je suis libre, je suis libre  » sur l’air de  » Je suis belle dans ce miroir « , une Castafiore abusée ! Non mais il n’y a pas de relationniste libre. C’est impossible, activité inconciliable avec la fonction de  » porte-parole « , allons. Antipodes. Métier pas toujours déshonorant bien sûr. Certains se donnent l’illusion d’être libre ! Moi ? Ici, ah oui, un journal totalement libre.
9- Ai rédigé, en deux heures à peine, hier, mon conte pour CKAC, chez Arcand vendredi matin. À la fin, doute, frayeur. Si mon héros, ce Ovila véridique, peint sous des couleurs misérabilistes puisqu’il était si démuni, a des enfants qui écouteront ce triste souvenir de 1940 ? Pourraient-ils protester ? Les risques du métier d’écrire de l’autobiographie. Eh !
Washington hier :  » Danger de mort pour tout pays qui oserait abriter Ben Laden.  » Eh ! En effet quel pays oserait ? J’ai songé : Haïti. Mais oui, pays de désolation, le plus pauvre de note hémisphère. Abandonné car il n’y a pas de pétrole là. Laden s’y fait donc accueillir, bombardement du gros voisin, Uncle Sam, traque et découverte du Ben dans un trou noir
Après ? Bienfaisante pluie diluvienne des secours de toutes sortes, orage d’aide, et, enfin, espoir de rétablissement économique en cette contrée de malheur.
10- Connaissez-vous Tit-Gilles ? Qui ? Tit-Gilles Breault ? Il habitait en haut du Parc Lafontaine. L’autre jour, via le reporter Noël de La Presse, son histoire en long et en large. Il a 59 ans maintenant. Il se nomme aussi Joussef Mouamar. Oui, conversion à Mahomet. Son droit, non ?
Un instant : Tit-Gilles est le protégé du ‹notre FBI-CIA‹ SCRS, une police secrète installée ici après que la GRC enquêtée nous fit comprendre qu’elle était pourrie jusqu’à l’os avec ses illégalités anti-indépendantistes des années ‘70 et ‘80.
Protégé Gilles Breault ? Pire que ça. Notre Tit-Gilles du Parc Lafontaine reçoit 7,000 dollars par mois, plus dépenses de voyage, frais de  » représentation « , Le (la ?) SCRS est riche! Le Breault-Mouamar voyagera dans 20 pays ! Oui, 20 ! À nos frais ! Okay ?
Le pieux converti à Allah est entretenu par nous pour quoi faire ? Pour rédiger des menaces ‹et des pas piqués des vers‹ aux infidèles de l’islamisme, nous tous ! Tit-Gilles recommande la mort, partout, dans le métro de Montréal même.
B’en tabarnouche, c’est le boute du boute , non ?
Notre police secrète laisse faire son chouchou ? Oui. Pour tenter d’attirer vers Tit-Gilles les crack-pots ! Car Tit-Gilles B. est une  » balance « , un infiltré, un délateur, un  » stool « , un indic !
Clair cela ? Quoi, que dites-vous ? Que ça ressemble aux provocateurs de la GRC, installés à la CSN (bombe au Manoir Richelieu) , au P.Q. (bombes, faux FLQ, incendies criminelles, vols).
Oui. Tout à fait. Tout à faut écoeurant, ce manège. Comme les flics déguisés en putes. Or, notre Tit-Gilles  » Mouamar-mon-cul  » est un zélé. Il en fait beaucoup trop, le Coran sous le bras, dans écoles, collèges, métro, et à CJMS un temps !  » Preacher  » musulman d’un bord, amateur de fausses bombes de l’autre. On portera plainte ? Perte de temps ! Pas d’arrestation : c’est le chouchou de la police secrète. La S.Q et la police de la CUM enrage. Cela a un nom : incitation à la violence. C’est dans le code, c’est interdit. Mais, Tit-Gilles, lui, est au-dessus de la loi, protégé par le SCRS, qui nous coûte 196 millions de notre argent public, qui compte 2,000 membres ! On croit rêver!
Qui veut interroger Chantal Lapalme, la porte-parole de ce foutoir? Elle répond au reporter :  » pas de commentaires « . Pauvre fille, fait bien gagner sa vie quelque part hein !
C’est pas tout : écoeuré par ce canard de bois qui est un  » appelant  » aux désordres meurtriers, un juge français, menacé de mort par Tit-Gilles s’amène ici pour le questionner. Avec mandat international. Fini les folies de Breault ? Non. La police d’Ottawa va le cacher au  » Motel Universel « , proche du stade olympique ! Rêvons ! Francophobie habituelle des fédérats ?
C’est trop dégoûtant, parlons de Cécile Brosseau de La Presse, qui vient de mourir. Elle aimait vraiment les artistes. Faisait des reportages sur eux sans cesse. Dévouée, avec un brin de complaisance, trop bonne. Je l’aimais. Modeste, efficace si on avait besoin d’un coup de pouce pour une expo, un livre, un film, une pièce de théâtre. Paix à ses cendres !
11- Nouveau vaste décor, rutilant, nouveau riche, parvenu, pour les nouvelles à Radio-Can. Ça  » flashe. hein ?Acier brossé, scintillant, aluminium poli aveuglant, colonnes en faisceaux (fascistes !) métalliques éblouissants : un hall de tour du World Trade Center ? Quelle erreur ! À nos frais, un  » marketing  » de luxe dangereux. La télé publique devrait donner le signal d’être  » au service  » des citoyens cochons de payeurs de taxes, offrir le signal de la modestie et de l’efficacité. Les patrons auraient dû exiger des designers un nouvel abri illustrant et la solidité, ‹pas le  » magasin de bebelles des fêtes « ‹ et l’aspect tout dévoué aux citoyens.
Quelle manque de flair ! D’intelligence de son rôle ! Quelle connerie ce chiard intimidant, impérialiste, dominateur. Il fallait, dès l’ouverture filmé, revampée elle aussi, non pas montrer un cité gothique lumineuse prise en plongée, mais non, au contraire, mettre la caméra au niveau du citoyen. De la rue. Donner la note  » identificatrice  » : nous voulons vous aider à tout apprendre, à tout comprendre sur tout. Être  » avec  » lui, le spectateur. Pas au-dessus ! Quels cornichons les dirigeants actuels en information. Ce n’est pas un quizz à tirage millionnaire, les nouvelles, ni un music-hall. Tout de même. Imbéciles !
12- Surprise, message de Trois-Pistoles. Pour mon projet d’un petit manifeste commun sur  » Ne serait-il pas temps, en 2002, d’assumer l’action de nos felquistes en toute maturité et gratitude « , je venais de lui signifier ‹bon conseil d’Aile‹ de remettre cela à plus tard, vu le 11 septembre à New-York. Oui, surprise :  » non, non, Claude, c’est justement le bon moment  » m’expédie V.-L. B. Ajoutant,  » je te reviens après le fêtes  » Il est plongé dans ses textes pour son projet de nouveau feuilleton. Qui a raison : Aile ou mon jeune camarade Vic ?. Me voilà tout ébranlé.
Oh, je lis : Henriette Major, auteure pour la jeunesse, fréquentée jadis, passerait ses hivers dans le sud de la France. Un de mes rêves. Je vais tenter de la rejoindre. Où ça ? Pas trop frette, pas de ce mistral ! Où ? Où ? Fermer tout, le journal ? non, j’écrirais de là-bas. Trop vieux pour ces trois mois de frette noère.
On recommande (Homel de La Presse) la nouvelle biographie de l’illustre James Joyce. Me souviens n’avoir pu terminer  » Gens de Dublin  » ou quoi de lui encore ! Même chose pour le célèbre Marcel Proust. Trop touffu, illisible pour moi. On est du côté de Céline ( » Voyage au bout de la nuit « ,  » Mort à crédit  » ) ou du côté des touffus ! Je sais pas ! Je n’ai pas honte de mes choix, je suis pas snob.
Ai vu  » Renoir  » à ARTV. Mon projet offert et avorté à ce canal ARTV. Mon Édouard Manet, mon Krieghoff : refusés. Pour ce  » Renoir « , oui, pas d’animateur à l’écran, comme l’exige la  » boss  » chez ARTV, juste une voix hors champ, un narrateur avec une voix, hum vous savez, celle des annonces de télé pour  » Canadian Tires « , rauque, appuyée, de gorge, bien convaincante, t’sé, que je hais.
L’information ‹bonne‹était du même degré que pour mes deux essais refusés. Je m’étais dit : On écoutera, ici,  » quelqu’un que l’on connaît bien « , raconter la vie d’un peintre. Un Italien connu fera bien cet ouvrage chez lui , ou un Allemand en Allemagne mais non, c’est  » non merci.  » Je m’en console un peu mal j’ai le journal, une chance ! J’adore cela, vous savez. Ai-je des lecteurs ? Oh ça, je vais attendre, à la mi-janvier ?, le rapport mensuel de mon gendre là-dessus !
Gilles Groulx, ( » Où êtes-vous donc bande de câlisses ? « ) cinéaste mort trop jeune, va être fêté à la cinémathèque. L’ai connu, étudiant la céramique (un an) avec moi à l’École du Meuble. Timide, discret, si doux, blond, les yeux pâles, la voix feutrée, souriant sans cesse Je n’avais pas deviné du tout qu’un jour, quittant les argiles à modeler comme moi, il se ferait cinéaste, quand moi je devenais saltimbanque sur La Roulotte puis scénographe. La vie !
 » Ohé, les baladins amenez-moi pas je suis pas prêt !  »

le mardi 18 décembre 2001

1-
Enfin, le soleil. Soleil d’hiver mais bon! Lac enfin bien glacé. La neige partout ce mardi matin. Lumière québécoise unique, familière. On y est pour des mois !  » Aile  » vient de partir aux courses chez Chèvrefils-Métro. Comme en France, depuis toujours, nous achetons au jour le jour les victuailles nécessaires. Avec des enfants à la maison, il en va autrement sans doute. Le congélateur est de mise. Aile prévoit le repas du soir et, le lendemain, c’est les mets de l’école-des-chefs. Sauf en week-end, école fermée !
2-
Hier soir, larmes de mon Aile. Nous regardions le documentaire biographique sur Vigneault, notre poète populaire bien aimé. Aile pleure souvent. Aile a un grand c¦ur. Aile s’émeut facilement et j’aime ça. L’émission-Vigneault à Musimax (Musicorama ?) passait très vite sur la première épouse et les quatre premiers enfants ( Pudeur !Cachette ?) du grand barde de la Vieille Capitale venu du fond de la Côte Nord, venu aussi, beaucoup, du petit Séminaire de Rimouski où s’exilent les écoliers des territoires lointains. Terrible ce passage du papa de Vigneault qui dit à la maman :  » Non, Gilles ne reviendra pas ici, il viendra juste en vacances « . La mère, espérante, souhaitait le retour de l’enfant instruit. Un seul fils  » premier mariage raté  » de G.V. témoignait, bafouillant un peu, semblant  » magané, sur un père  » très absent « , tout consacré à sa carrière débutant en trombe, les tournées et le reste. La gloire quoi ! Ce dernier semblait comme accablé de n’être que  » le fils de! « . Cette question me tracasse un peu. Cette production  » TV-maxplus  » bien ficelé.
3-
Coup de fil ce matin du Guy Lachance,  » esclave heureux  » du Arcand ce CKAC. On m’attend le vendredi qui vient pour un conte de Noël. Brr! Je vais m’y mettre.
Allant aux journaux et cigarettes, ce matin, une voiture stationnée émet ses oxydes maudits ! Une dame sort! je lui dis :  » pollution, madame.  » Elle me regarde sans trop saisir. J’ai vu encore une fois le style : « Pis, je m’en sacre !  » J’enrage de l’égocentrisme du monde.
Hier soir, donc, larmes. Finalement  » Aile  » me raconte sa visite à la docteure, le matin. Découverte de protéine (?) dans ses urines. La toubid :  » Oh 1 Oh ! J’aime pas ça. Faudra revenir, examens à Notre-Dame, etc. Bien examiner ça, car on peut prévoir une maladie des reins.  » Voilà donc l’angoisse installée. Ma chère Aile bien énervée. La vraie raison de tant de larmes face au Vigneault télévisé ? Je tente de la calmer. De type espagnol (?) Aile redoute la mort sans cesse. Dit :  » Tu ne m’oublieras pas trop vite! quand je n’y serai plus, tu penseras souvent à moi! ?  » Je déteste sa noirceur. Je proteste. Je la caresse. Je tente le réconfort bien mâle.  » Tu verras, il n’y aura rien, tu es forte, solide. « . Difficile de réconforter l’anxiété naturelle à Aile. Aile éclate :  » Tu sais, même à 150 ans, vu la génétique raccommodable, rafistolages prévus des  » vieux  » qui s’annoncent, je ne voudrai pas mourir. Je refuse la mort.  » Je fis :  » fais comme moi, va pas là chez les médecins !  » Elle dit :  » Non, non, faut prévoir, prévenir les failles.  » Bon. Que dire ? Le calme revient. Les actualités du Bureau s’amènent : tant d’horreurs au Proche-Orient ! Alors, eh oui, tout se! relativise et on la ferme, bien contents de vivre ici.
4-
VU aussi hier soir, mon excellent confesseur pour ma  » Biographie  » du Canal D. C’est lui qui jase cette fois face au Charron. George-Hébert Germain, comme le Luc Plamondon, vient d’une famille de 14 enfants ! Cela me confond toujours. Comment faisaient ces mères ? Mystère ! Vu aussi un petit bout de ce  » Warriors, mission impossible « , sérier qui fait bien voir l’ impuissance enrageante de ces soldats de l’ONU qui doivent se changer en! infirmiers, en gardiens stériles quand, autour d’eux, fait rage, tonne, le combat des Serbes envahisseurs haineux, racistes, et des Albanais, des Kosovars déterminés à s’entretuer.
Scènes effroyables de la misère noire et ces jeunes garçons qui observent les carnages et ont des ordres pour ne pas s’interposer. Découvertes horribles de nos enfants en uniformes d’un monde inconnu, constatation qu’ils ne peuvent calmer le jeu, qu’il s ne servent que d’observateur désarmés. Mon Dieu, quel choc pour ces jeunes envoyés venus d’un monde, le nôtre, où la paix règne. Des maladies psychologiques s’ensuivront.
5-
La Pétrowsky ce matin : elle serait journaliste à Nice-Matin si ses parents ne s’étaient pas exilés de Nice pour s’installer au Québec. Nathalie en remercie le ciel ! Un si joli quotidien. Je me suis souvenu, en mai 1980, nous arrivions en France, à Nice, premier séjour. Rue Victor-Hugo, angle Gounod, l’hôtel Napoléon ou Bonaparte, je me souviens mal. Dès ce premier matin en France, avec les croissants, le café crémeux, ce Nice-Matin sur le plateau, la découverte des pages en couleurs ravissantes. La Beauté ! C’était nouveau à cette époque. Pétrowsky voulait surtout parler des proprios d’un paquet de journaux  » Canadians  » dont  » The Gazette  » la fréquente feuille francophobe. Le  » boss « , Asper, père et fils, de Winnipeg, décident que leurs gazettes doivent imprimer régulièrement leurs opinions éditorialistes. Eh ! Scandale chez les reporters. Or, les patrons des nombreux journaux des années 1800, à Paris par exemple, fondaient des quotidiens et des mensuels, pour justement diffuser leurs opinions politiques. Normal, non ? Toutes les nuances ‹de gauche à droite‹ y étaient illustrées. Viendra plus tard, cette presse  » des faits  » seulement, incolore, aux Etats-Unis surtout. Avec des  » billets  » non signés.
6-
C’est le jeu.  » Fondez vos journaux, les mécontents « , dit le riche bonhomme Asper. Eh ! Voilà bien le hic. Pas assez de journaux selon les tendances. Au Québec, par exemple, à part le trop timide Le Devoir, aucun grand journal indépendantiste pour refléter 60 % des nôtres qui votaient  » oui « , en 1995, à l’indépendance du Québec. C’est grave ! Ça n’est pas normal. En France, la gauche à ses haut-parleurs, comme la droite a les siens. Ici, rien. On voit (depuis1995, ça crève les yeux) La Presse publiant presque seulement les  » lettres ouvertes  » des fédéralistes. C’est évident. Vigneault tiens chantait :  » Tu penses qu’on s’en aperçoit pas ?  » Je lis que Télé-Québec songerait à des émissions d’affaires publiques « , la bonne idée. Ainsi contrairement à Radio-Canada, l’on pourrait attaquer la centralisation d’Ottawa sans risquer de faire montrer la porte.
7-
Je rencontre René Ferron (un ex-éditeur à moi), au resto, il a raté un journal -web sur Internet qu’il animait.  » Les gens voulaient pas payer, trichent.  » Il a fermé sa baraque. Il me dit :  » Qu’est-ce qu’on pourrait faire, mon Claude ? .  » Je me dis que ce  » fils de famille bien « , trifluvien, a des sous.  » Écoute René, rencontre donc Jacques Keable, on me dit qu’il souhaite fonder un journal de gauche.  » Mon Ferron aussitôt :  » T’es pas fou. De gauche ? Vois-tu ça, comme au défunt  » Le jour  » d’Yves Michaux, les syndicats à la barre, les pagailles, oh non, non !  » Découragement !
8-
Soudain, des images au cerveau. Celles vues hier au  » portrait  » de Vigneault , ces larmes de déception lors du référendum de mai 1980 au centre Paul-Sauvé. Aile et moi,
avions quitté Nice ‹j’avais été invité à son université pour parler de note littérature ‹ pour l’Italie. Assis à une terrasse de la belle Florence, Plaza del popolo, on ouvre un journal parisien. Bang ! Manchette :  » Le Québec se dit  » non  » à lui-même !  » Le choc !
J’avais, avant de partir, fait, ici et là, quelques  » sermons  » patriotiques aux côtés des Lazure, Jacques-Yvan Morin et le  » père  » de la Loi 101. Nous éclatons en larmes, Aile et moi. Voulant faire venir des cafés, le garçon fit mine de ne pas nous voir, certain, vu le couple braillard, que se déroulait une vilaine chicane d’amoureux. Oh la la !
 » Il n’y a plus de cette merveilleuse ferveur « , disait Raymonde hier soir en revoyant celle des gens du  » oui « . en 1980. Eh! oui !
Parfois, le goût d’acheter des magazines français. Je lis  » L’Express  » et  » Le Nouvel observateur « . Des querelles m’échappent, très hexagonales. Voilà pourquoi je ne lis pas souvent ce revues bien faites. À part  » L’actualité « , qui vogue trop souvent dans les mondanités d’un certain jet set, on n’a rien de tel au Québec, hélas.
Oh, souper ! Déjà ?

Le lundi 17 décembre 2001

On a vu hier, dimanche un monde à l’envers : pas de neige là-haut et en ville de la neige pas mal. La chanson de Ferland : il a neigé à Port au Prince Ça nous fait drôle. Sur l’autre rive du lac, neige artificielle, à gros canons. Bizarre, en promenade, de voir le blanc et le vert. Langues de gazon d’été et, juste à côté, cette neige pour les rares skieurs. Hiver sur commande quoi ! Partout un ciel blanc mat. Et la neige en un va et vient prudent.
Je viens de relire les J.N. d’hier. Que de coquilles, mon doux Dieu ! J’étais pressé, trop. Et mon abonné nouveau , M. Desjardins, a raison : « Est-ce qu’avec l’ordinateur on se laisse aller un peu ?  » Oui. Vrai. Faut plus ! Songer que, l’an prochain, ce journal sera transformé en un livre « corrigé « , ne suffit pas, ceux qui, ici, le lisent  » en primeur  » ont droit à tous les égards. Je me relirai mieux, promis. Le chroniqueur  » web  » de La Presse, Gugleminetti, a fait l’annonce officielle de mon entreprise dans sa page. Merci à lui. Ces  » Journées nettes  » se doivent d’être  » nettes  » de fautes.
L’émission  » Jamais sans mon livre  » cherche ‹courriel de chez Stanké‹ des écrivains qui détestent Noël. J’ai répondu que j’aimais bien fêter. On ne me verra donc pas là. Je connais plein de gens qui, en effet, ont en horreur ces jours de fête organisées, vantées, stimulées par le commerce. Je résiste à cette tendance car je pense aux enfants. Je sais aussi que ces occasions comme forcées n’en restent pas moins que Noël est une occasion de rencontres entre proches. On se verrait moins souvent sans  » la patente  » des fêtes. Ces occasions de fêter en famille combattent la sauvagerie en chacun de nous et même une certaine paresse. Ainsi, nous deux, nous irons  » à la dinde aux atocas « , aux tourtières et à la bûche, à Duvernay, à Noël. Raymonde verra ses deux frères, les compagnes et les enfants grandis. À moins que leur cadet, Claude, un jeune soldat, ne soit encore expédié (comme l’an dernier) au Kosovo ou Dieu sait où ? En inquiétant Afghanistan ?
La tribu des Boucher n’est pas bien populeuse, une dizaine de têtes. Celle des Jasmin, bientôt réunie pour fêter ma quasi-jumelle Marielle, c’est une quinzaine de pies bavardes. Au village, ici, au Jour de l’an, caucus jasminien, nous serons une douzaine et Raymonde déjà s’énerve un tantinet, cherchant une recette sans dinde ! J’imagine mon lectorat, lui aussi, embrigadé dans le rituel annuel. Vivre en pays industrialisé et se plaindre est une faute grave. Montrer une ingratitude inouïe. On n’a qu’à regarder ces orphelins à Kaboul ‹à la télé, hier‹ ou ailleurs pour avoir envie de se la  » farner bin dur « , pas vrai ? J’ai pu voir les sapins chez m,es deux enfants, ce matin, avant de remonter ici, que de cadeaux sous l’arbre décoré ! Nous, moi, tant d’autres de ma génération, avec une seule petite boîte sous le sapin. Pour certains voisins, plus pauvres encore : rien !
Tous en suspects surveillés avec cette Loi C-36. Atmosphère d’octobre 1970, sans les soldats dans nos rues. Invitation aux délateurs. Régime inquiétant désormais. Depuis l’horreur de New-York, pour prévenir toute action néfaste de terrorisme, c’est le bouclage partout, les polices de tous les corps munis de privilèges énormes. Ambiance de suspicion envers tout dissident, toute critique, tout refus. Des comploteurs clandestins sont forcément des gens rusés et la police n’y peut rien. Elle le sait. Alors elle installe C-36, avec appel aux indicateurs du dimanche, qui peuvent être des cons, des fous, des racistes surtout. Le terroriste est  » hors du monde « , hors-la-loi forcément, il vit caché, terré, camouflé. Arafat n’y peut rien, Bush comme Chrétien non plus.
Serge Losique, président  » à vie  » du Festival du film d’ici, voyage sans cesse en avion à la recherche de pellicules fameuses. Il est  » bin tanné  » des transferts. Alors, samedi, (La presse en A-13) sur quatre colonnes il y va d’un plaidoyer vibrant pour que nous installions au plus vite une méga-place-aéroport de classe internationale, une  » plaque tournante  » fabuleuse capable de rivaliser ave Toronto. Potion magique quoi ! À partir d’un problème égoïste notre  » président-à-vie « , Losique, arrive à inventer une urgence nationale. À vos taxes citoyens, monsieur est fatigué des transferts !
J’ai terminé hier midi ce PLATEFORME. Bon. C’est le récit, bien mené, il faut le dire, d’un pauvre petit con. Un sexoliste (ou sexolique comme dans alcoolique ?) qui s’attache (s’amourache ? non, pas vraiment) à Valérie, riche et jeune experte en tourisme, qui est comme lui. Une autre sexoliste.  » Qui se ressemble  » Pas d’amour mais une quête perpétuelle d’occasions de forniquer. Pas de sentiments humains, allons, c’est vieux jeu !
Or, coup de théâtre, deus ex machina étonnant, alors qu’ils se sucent, s’empoignent et s’enculent, à trois ou à quatre, mitraillage subit dans le joli buffet-bar-sauna d’un hôtel-club en Thaïlande. Rafales meurtrières. Bombe pulvérisant ce jet-set déboussolé. Un lac de sang ! Une fin d’histoire mélodramatique subite ! Le héros de  » Plateforme  » y perdra sa catin, sa poupée mécanique, sa gonflable au silicone. Ouvrage de  » nettoyage ethnique  » radical par un commando.
Des islamistes, on le devine. Le Coran a le dos large ces temps-ci.
Bizarre cette conclusion apocalyptique, d’un morale toute judéo-chrétienne au fond, avec ce narrateur pourtant anti-moraliste à tout crin. Le projet  » clubs bordels  » est abandonné aussitôt. Michel va mourir, seul, désespéré davantage, dans ce beau pays asiatique ou, pour quelques dollars ‹un mois du salaire des indigènes‹ on trouvait une jolie fillette, pucelle exilée du nord de la Birmanie, prête à la prostitution avec l’homme blanc, riche, bedonnant, venu de l’ouest développé.
On lit, on lit, comme fasciné par la course de ce dépravé. Le mal est un aimant, il attire immanquablement, on le sait bien depuis la nuit des temps. Le gens heureux (sains, amoureux) n’ont pas d’histoire ‹pas de roman‹  » les bons sentiments font de la mauvaise littérature  » ? C’est de Gide, je crois.
Nous sommes encore allés à  » La Moulerie « , rue Bernard. Chantons :  » Des moules et puis des frittes, des frittes et puis des moules « . Là, rencontre inopinée de la comédienne qui incarnait, durant 80 sketches, ma maman dans mon feuilleton autobiographique  » Boogie woogie  » et son chéri ex-caméraman de la SRC, Claude B. Table à quatre aussitôt, commérages usuels.
En rentrant, télé :  » Campus « , TV 5, où un certain Dantec surgit, tendu, remuant, tout un numéro. On a pu lire, ici, de ses  » attaques  » ‹attaques car il dit qu’il est un guerrier, un kamikaze‹ dans  » Voir « , par exemple. Cet ex-musicien pop, vit au Québec en bonne part puisque :  » oui, j’ai fui l’Europe qui est nulle, qui est finie (mon Dieu, sans Dantec, que va devenir l’Europe ?). Il disait hier soir à Guillaume Durand de ce  » Campus « , que l’Europe est complètement foutue.  » Elle n’existe plus, est  » figée  » condamnée, etc.  » Il dit :
 » L’Amérique, elle, (du nord, centrale, du sud ?) est neuve, pas dégénérée  » Hum ! Il publie  » Laboratoire de catastrophe naturelle « , une sorte de  » journal  » (ah, ah !) où, semble-t-il, sa moulinette à tout broyer ne fait pas de cadeaux.
Le Dantec révolté s’était muni d’une caméscope à écran-couleurs de bon prix et s’enregistrait en discutant ! Narcissisme ? Non, dit-il, c’est en cas de coupures, ou de montage frauduleux.
Durand:  » Qu’en pensez-vous, Josiane ?  » La longue figure triste tressaille :  » C’est un écrivain « . C’est définitif. Le ton irrévocable. Opinion émise avec gravité par  » la  » critique du  » Monde « , les allures d’une pythonisse décrétant  » in et ex-orbi « .
On a envie de rire de ces jeux pseudo-intellos parisiens.  » Campus  » virevolte, semble toujours en retard dans son minutage, s’excite, énerve. Il y a chevauchement des voix ce qui est affreux en télé.
Je m’ennuie de Pivot !
Raymonde et moi on va au dodo les oreilles bourdonnantes, les yeux fatigués. Pas facile à bien décoder cette foire libre pour les Québécois si calmes. Hum !
Ici, arrêt de J.N. .
Il va être 17h. L’heure de filer au  » magasin  » secret.
Retour.
Oui, Je reviens de l’école-des-chefs. Et euh Raymonde me prévient:  » j’espère que tu mets pas sans cesse mon nom dans ton journal.  » Oh ! Oh ! Elle est aux antipodes de ma personnalité : discrète, secrète, pudique. Antienne vieillotte :  » Les contraires s’attirent.  » Aussi, je l’appellerai, au lieu de R., elle. Je mettrai, tiens :  » Aile « . C’est mon ange après tout . On se comprendra?
Donc, Aile m’averti avant d’aller renifler les devoirs-du-jour cuisinés :  » attention, pas de côtelettes, pas d’affaires du genre. Pas de sauce grasse et pas de gâteaux ! « . Bon, bon.
Je suis revenu avec des rognons deux steaks au poivre et un pot de bleuets.  » Aile :  » Ah, ces steaks sont cuits, pas facile à réchauffer sans les sur-cuire.  » Moi ? Penaud.
J’y pense, motivation pour ce journal : cela devenait de plus en plus difficile de faire imprimer mes  » lettres ouvertes  » dans les quotidiens. Ici, j’y vais donc très librement; chez les timides des journaux, il faut y aller mollo, calculer le tir. Vive la liberté du journal. L’ex-réalisateur de Pierre Nadeau, Castonguay, qui me disait :  » Que fais-tu ? J’achète le Devoir pour tes lettres. J’en vois plus souvent !  » A-t-il  » Internet  » au moins ?
Thomas au téléphone :  » Papi ? Merci pour ton cadeau.  » Mon benjamin de petit-fils enrage d’être né un 20 décembre,
mélanges du cadeau d’anniversaire avec celui de Noël. Je lui au mis sur la carte :  » Jésus est né le 25, c’est pas mal, mais toi, plus rapide, tu es né le 20,. Bravo ! C’est formidable !  » Il en rigole.
Entre Noël et le Jour de l’an, invitation, rue Esplanade, à  » banqueter  » chez un nouvel ami, Jean-Guy Sabourin et sa compagne. Sabourin est le directeur et fondateur de  » La Boulangerie « , un dynamique ex-théâtre de poche situé au nord-est du parc Laurier. Le camarade ‹ex-réalisateur‹ (que d’ex dans mon monde) de Raymonde, l’ami Pierre-Jean Cuillèrier nous  » noué  » ave ce Sabourin. Ce dernier joua, aux côtés du grand acteur Cuny, un des missionnaires martyrisés dans un film de l’ONF,  » Le festin des morts « . Il y était parfait ayant des allures de jésuite retors. Les Sabourin ont un chalet dans une île qui nous était inconnue, au large de Dorval. L’été dernier, nous y sommes allés. Un site étonnant, faut s’embarquer sur un bac, où a nature triomphe sans les oxydes de carbone. C’est fermé l’hiver. Sabourin, retraité de l’UQUAM, donne des cours à de jeunes filles émigrantes et mères célibataires ! J’aime entendre ses réflexions sur un monde insolite. C’est un fameux cuisinier, on va se régaler.
En attendant, pour l’amuser, je lui ai  » courriellisé  » un début de pièce ‹en ais-je parlé ?‹ où des gens à court de revenus, acceptent des caméras chez eux, installation d’une télé régionale modeste. Pas eu encore de commentaires.
Oh ! J’allais oublier : le célèbre physicien infirme Stephen Hawkins ‹Einstein de ce temps, dit-on‹ passa en trombe (comme Woody Allen d’ailleurs !) à Campus. Il publie :
 » L’univers comme une coquille de noix « . J’avais tenté de comprendre son  » Histoire du temps « , incapable de tout saisir. Avec lui, pas de tataouinage. Hawkins déclare :  » Danger! Clonage, manipulations génétiques, découvertes pour transformer l’ADN des humains : nous devons surveiller les rapides progrès actuels des ordinateurs, robots, implants, machines dotées d’intelligence. Nous pourrions être dépassés, nous faire éliminer, nous succéder et avantageusement pour les intéressés.  »
Bon Dieu ! Il m’a fait peur. En studio, le  » caporal  » Dantec ricane :  » Moi, j’ai pas peur !  » Comme il est brave, hein, il ne lâchait pas sa caméscope d’un doigt et j’ai songé à film étonnant,  » 15 minutes  » ce film effrayant dont je vous ai parlé et où on voit deux voyageurs fous venus de Prague, leur caméscope. Dantec fou ? B’en
Pas oublier : j’écoutais dans la file pour le  » manger pas cher  » de l’école-des-chefs, que de propos croisés bizarres. L’une jase recettes pour Noël, l’ autre de sa fille exilée sur la Côte-Nord, un maigre chauve déplore les prix en Europe puis raconte le golf à Fort Lauderdale, un petit gros jacasse sur le badminton en hiver puis bifurque sur  » les Jeux  » à Salt Lake city. Oui, que de discours humains variés, je fais mine de lire ma revue mais j’ai pas assez de mes oreilles pour récolter ces échos croisés du monde dans lequel je vis.
Ça sent bon en bas. Temps d’ aller y goûter.

Mardi, 11 décembre 2001

Mardi, 11 décembre 2001

1-
Hier, un lundi pas clair de noeud avec un ciel ombragé. Ce midi, ciel clair. Soleil. Nous irons promener nos carcasses le long de la rivière du Nord tantôt. Là où l’on roule avec nos vélos par beau temps. Sommes toujours fascinés , Raymond et moi, par ces cacades rugissantes, hiver comme été.
Ce désir de tenir de nouveau un journal me vient, non seulement de ce Cocteau-1942-1945 (chez Gallimard) que je lis ces temps-ci, mais du  » Journal  » de Philippe Sollers, année 1998 que j’ai lu la semaine dernière. Somme-nous nombreux à être piqués par la façon journal : Paquet d’annotations légères et aussi, ici et là, affirmations nettes (oh, nettes !). Jugements péremptoires et aussi innocentes déclarations par rapport à des faits divers d’une banalité totale parfois.
2-
Au plus vite dire la satisfaction entière en visionnant, hier soir, un film américain (DeNiro en est) absolument terrifiant :  » Quinze minutes « , le titre. Allusion au furieux inventeur de  » pop art  » , le  » manhattannien  » Andy Warhol qui disait :  » Tout le monde, tôt ou tard, a son 15 minutes de célébrité « . C’est un cauchemar, cette histoire. La pire charge anti-média à  » scoop  » jamais vue. Cette fiction effroyable (et plausible !) est signée : Hertzfeld, un auteur qui a écrit et réalisé ce  » 15 minutes « .
Voyant ‹dès le début du film‹ débarquer à New-York deux cinglés venus de Tchéquie, je me disais qu’il y avait là une sorte de racisme  » anti-Europe de l’Est  » en illustrant deux fous furieux, deux touristes déboussolés. Mais non, le film va montrer les affreux dégâts de l’  » american dream  » sur des esprits primaires qui confondent cinéma USA et réalité. C’est une grave leçon. L’intrigue déboule dans le délire visuel, la violence de l’aliénation, surtout, l’emprise du  » vouloir de célébrité « . Un des deux fous vole un caméscope (un ou une ?) et c’est le départ vers l’enfer. USA égale cinéma. Et télé pop. Bien :le couple infernal  » réalise  » un film.  » Leur  » film. De l’horreur pure . Jamais je n’ai vu un portrait aussi efficace de la dénonciation du monde de la télé à  » scoop « . Jamais je n’ai vu à l’écran une telle charge dans le cynisme. Je suis monté me coucher à l’envers ! Je le reverrai volontiers mais plus tard, tant ce  » 15 minutes  » est troublant.
3-
Hier, lundi, envie soudaine d’un petit pamphlet. Ça m’arrive !
Je lisais des tas de livres et articles sur l’anniversaire de la prise de pouvoir par les indépendantistes en novembre 1976. Jamais un mot dans les histoires (L’Histoire !) sur tous ces jeunes gens ‹impatients, désespérés ?‹ qui risquaient pour cette cause sacrée, leur avenir. Je parle, eh oui, de nos clandestins, ceux du FLQ. Il ne s’agit pas de savoir si on est  » pour  » ou  » contre  » ces provocateurs, ce agitateurs, non, il s’agit de les intégrer à notre histoire, d’assumer nos jeunes  » desperados « , des patriotes qui hypothéquaient carrément leurs jeunes vies, pas pour des motifs mesquins, pas pour l’argent, pas pour imposer une vision religieuse (les talibans !). Ces jeunes gens sont allés en prison, certains longtemps. Certains sont parmi nous, vieillis, ayant purgés leurs dettes pour ces actes illégalistes, et c’est le silence compacte, puritain ?
Avant de publier mon  » appel de lumière  » sur eux, j’ai soudain songé à m’associer avec le camarade Beaulieu. Aussi j’ai expédié aux Trois-Pistolles mon texte et j’ai invité Victor-Lévy à y joindre un texte à lui. Écrit que l’on harmonisera plus tard. Avec nos deux signatures d’écrivain engagé, ce brûlot trouverait davantage d’audience. J’espère. Je guette la réaction de VLB maintenant.
4-
Reçu hier une sorte de bilan, rapport, du réalisateur belge de mon  » PLEURE PAS GERMAINE « , Éric Van Beuren. Très impressionné par le rendement. Ventes de son film un peu partout en Australie, en Allemagne, dans des pays de l’Est, etc. J’avais offert de ne pas être payé au moment du tournage. Pour aider sa petite compagnie  » Aligator Film  » (oui, un seul l ). La surprise de mon Éric, alors ! Si son film faisait un  » flop  » je ne touchais rien. Le contrat qui nous lie me promet 1 % des revenus bruts. Voilà que je vais recevoir un bon chèque (en francs belges !) et que cela m’étonne. J’avais donc parié sur un certain succès ? Non. Pas du tout. Je me disais, si son film a du succès, tant mieux, s’il est nul, tant pis pour moi. Et ça va bien. Très bien même pour un film  » familial « , modeste, où il n’y a aucun  » effet spécial infographique  » , pas de  » bang, bang « , pas de ces cascades folles sur l’autoroute des machines trépidantes (comme cette extraordinaire ‹vraiment stupéfiante‹ chasse à l’homme en plein coeur de New-York dans l’ébouriffant  » Quinze minutes  » de Hetzfeld.
5-
Le collègue Raymond Plante m’expédie ses commentaires (éloges avec bémols légers) pour mon  » Enfant de Villeray « . Raymond a vécu dans Villeray. Il est touché. Il m’annonce qu’il prépare une sorte d’E. de V. lui aussi, qu’il a ramassé des archives sur les siens J’ai hâte de lire cela.
À son tour, Raymonde lit la biographie de Pierre Nadeau,  » L’impatient « . Ex-reporter, longtemps, à la SRC. Nadeau y est franc, c’est rare, il parle du  » vaniteux « , du  » kid kodak « , de son caractère sauvage, timide camouflé par des pirouettes, de ses tentatives de  » dominer « , de  » l’ambitieux compulsif « , même de son côté  » work-alcoolic « . Il a été  » l’adversaire  » de son père, un avocat organisateur penseur du parti libéral au sein d’un Québec (alors) bleu mur à mur, duplessiste jusqu’au trognon. Indignation paternelle, il voulait le voir devenir avocat comme lui (et non un saltimbanque !) Nadeau ne se console pas de l’avoir perdu, jeune, avant qu’il puisse se réconcilier vraiment. Une mère plus libérale d’esprit. Lui aussi ! Entre ses chapitres, Nadeau insère de brefs récits sur ses grands reportages aux quatre horizons des actualités, des guerres. Je l’aperçois, l’autre soir, simple annonceur, préfacier, de ma petite Biographie au Canal D. C’est injuste. Une honte de constater qu’au Québec (cela se fait moins en France ni aux États-Unis) on jette par dessus bord des gens expérimentés au domaine des informations et  » affaires publiques « . Un ravage. Un gaspillage éhonté. Nadeau n’est pas un croulant, il est en pleine forme, il en est donc réduit à un rôle de présentateur. C’est un non-sens.
Quoi ? dira-t-on,  » on défend les  » vieux  » ? Oui. Je suis toujours ravi de découvrir de nouveaux visages, jeunes, je souhaite seulement qu’i puisse y avoir (radio, télé ) des commentateurs, des reporters, de toutes les générations. Pas seulement des  » vieux « , hein ? Non. Pas seulement des  » jeunes « .
6-
Je pense encore parfois aux images étonnantes de ce spectacle vu jeudi dernier au théâtre au  » Go « ,  » Le ventriloque « , avec ces apparitions ‹dans des cadres de porte, dans un sous-sol‹ éclairs fantomatiques, père affreux, clown sinistre, mère baveuse, guenon désarticulée, parent tutélaire dégeulasse, rampant, envoyeille-don-chose !
Salut Stephen King !Fantastiques et cruelles moqueries parentales, d’une dérive juvénile en passant chez le thérapeute gaga. Le  » famille je vous hais  » gidien !Ouf ! Du fantasy ! Ainsi des bribes d’un  » show  » bizarre restent comme collés (bonjour coller, copier !) dans nos cerveaux pourtant saturés, surchargés.
Ce sordide ‹on regarde, on regarde, c’est un accident de la route quoi‹  » Ventriloque  » de Larry Tremblay, soutenu par les inventions scénographiques (et sonores et d’éclairages) de Claude Poissant, n’a plus rien à voir avec le théâtre de ma jeunesse, ni avec celui qui est aux affiches habituelles.
On voulait une ouverture, une exposition de la situation et des personnages, et puis un noeud, un coeur d’intrigue, un solide conflit, ‹quoi ‘dipe a tué son père ? Quoi, Oedipe a épousé sa mère !‹et puis venait un dénouement. On voulait, jeunes dramaturges, faire comprendre. Expliquer. Aider à la compassion. Ici, fin du cartésianisme de papa. C’est fini, rentrez chez vous. Il n’y a rien à déchiffrer. Rien à comprendre. Larry T. nous disait :  » Il n’y a pas de clés. Que ma pièce s’élabore librement dans vos têtes !  » L’on vous montre des faits bruts. Par paquets d’instants. Gesticulation de fantoches décervelés ?
7-
Comme ce  » show « , j’ai oublié le titre, vu la  » performeuse « , Marie Chouinard. Cette étrange  » marie-couche-toi-là  » était seule en scène, souffrante et hilare à la fois, se déguisait en tout, homme, femme, enfant, onaniste narcissique qui se masturbait sur scène, une sorcière, une silhouette farouche. Ce théâtre où m’entraîne Raymonde qui aime tant les acteurs, est de l’ordre de cet imagier ‹parfois de génie‹ Rober Lepage. Difficile à oublier son récent  » show « ,  » La face cachée de la lune « , avec une laveuse, une sécheuse et des liens efficacement visuels avec des actualités et aussi des émotions personnelles. Un art qui amalgame le cinéma, la télé, (et les pubs, les  » clips  » de music hall ?) nourritures formelles (à bas le fond, les yeux, les yeux, la forme, le contenant, le symbolisme vague et poly-signifiant quoi, stock venu de l’enfance de ces jeunes créateurs, nos cadets.
Nous autres, c’était plus livresque (?), nous n’avions pas tant d’images nous bombardant sans cesse. Nous lisions Jules Verne ou qui encore, des mots, du sens, de la pensée, des mots. Nous imaginions nos  » lepageries  » les doigts fixés aux pages des livres. Un univers nous sépare donc !
8-
Ma soeur, Marielle, ma quasi-jumelle, aura 70 ans à la mi-janvier. Je voudrais qu’on puisse souligner cela. Comment? Réunion de la tribu dans un resto ? Ouais ! Sans doute, Comment faire autrement pour le clan des 14 ? Ce sera banal, non ? Quoi organiser ? Toujours essayer de faire original. Épuisant cela. Ainsi pour le Jour de l’An, ici, souper pour les 11, et faire quoi de  » spécial » Impuissance. Crainte de faire une rencontre banal. Ainsi, samedi soir dernier, à notre souper de l’ex-Groupe des 7, trop de conversations banales. Souhaiter du pimpant, tenter de faire pétiller la soirée. Impuissance encore.
France Bergeron ‹qui nous recevait samedi‹ est la vaillante compagne de mon ami défunt, Ubaldo Fasano. Je lui ai consacré un chapitre dans  » Je vous dis merci « . Elle avait raconté à Raymonde son torrent de larmes en me lisant ‹je narre notre dernière expédition dans le Golf du Mexique alors que mon ami achevait de se débattre contre ce maudit cancer Pour France, le deuil à finir ! J’ai apprécié qu’elle ne m’en parle pas samedi.
Pudeur ? Silence utile à mon avis. C’est cela un livre, un écrit. Une connivence tacite, qu’on a pas besoin toujours de commenter avec l’auteur. La veuve n’est pas encore joyeuse ! Cela viendra. Il le faut. Au téléphone hier :  » Claude., merci d’être resté des amis après cette mort ! Vous n’étiez pas obligés  » Ma protestation. La découverte, une fois de plus, que des femmes (les épouses !) se sentent  » seulement  » la compagne de l’ami cher. Bêtise cela et qui vient de loin. Du temps, pas si lointain, où  » madame  » restait dans l’ombre de l’époux.
9-
Un écrivain comme on dit  » connu « , reçoit des appels très variés. L’un me demande  » comment réussir à se faire éditer ? » Comme s’il y avait une recette, des trucs. Ma réponse laconique :  » voyez les pages jaunes de Bell téléphone. Soyez patient. L’un des éditeurs dira « oui « , si vous avez le don.  » Ne pas encourager vainement par un optimisme niais. Un autre correspondant me demandera des  » détails « , à propos d’un personnage. Imaginera un lien de parenté. Un autre me fournira des éléments intéressants au sujet d’un  » passage  » d’un livre. C’est vraiment varié. Un notaire de Saint-Henri ‹Jean-Maurice Proulx‹ a publié à son compte,  » La vie après la vie  » et me raconte des rencontres étonnantes. Des auteurs peu connus fondent une  » association d’écrivains des Laurentides  » ! Veulent que je m’y joigne. Diable , déjà que je cotise à trois ou quatre unions d’auteurs. J’accepte. Par solidarité et pour ne pas sembler jouer  » l’illustre qui reste en tour d’ivoire « .
10-
Hier soir, dans la noirceur de la chambre, au lit, un bruit suspect à ma droite. Raymonde est à ses ablutions vespérales. Le bruit feutré encore ! Brrr Cela vient de la fenêtre, il me semble. Le vent dehors ? Branches sur le mur ? Non, C’est tout proche. Malaise. Peur grandissante. Envie de faire de la lumière. Folie : m’imaginer un fantôme, l’esprit de l’un de mes défunts aimés que j’invoque parfois Bruit de déchirement qui revient ! La frousse niaise ! Je me décide à allumer. Ouf !C’est le long store de toile qui se décolle lentement de son rouleau. Presqu’une déception, savez-vous ? Au fond, avoir souhaité secrètement la manifestation d’un esprit défunt. Avoir toujours trop aimé ces histoires de parapsychologie.
11-
Ah ce journal de Cocteau ! Quelles découvertes avec son Paris rempli de nazis qui, pourtant, semble grouillant d’activités culturelles. Ils défilent les Trenet, Chevalier, Mistinguett, Piaf débutante, Montand à l’essai, Gérard Philippe monté de Nice. Jouhandeau, Max Jacob , juif vieilli, caché en Bretagne, craignant le boche antisémite. Découverte de Jean Genet sortant de prison. Grand carrousel suractif. Mais c’est la guerre. Cocteau parle ddes privations, du rationnement, des alarmes sans cesse, des bombes autour de Paris. Tant pis, le poète reste prestigieux. Il a eu des succès HÉNAURMES, d’abord avec  » La voix humaine « . Il vient d’achever un film  » L’éternel retour « , unanimité de critiques et du public. Piques malicieuses chez certains antisémites notoires, on déteste ce bourgeois surdoué. Mais, consolation, foules aux crans parisiens.
Cocteau travaille à sa nouvelle pièce de théâtre,  » L’ aigle à deux têtes « . Toujours pour son jeune et bel acteur, Jean Marais. Il va s’attaquer aussi pour le cinéma au vieux conte  » La belle et la bête  » quand je le quitte pour ce journal. Il est devenu à 50 ans, complètement paranoïaque face aux horions d’une presse jalouse, la presse des collabos enragés.
Culpabilisé, il déteste Mauriac et Gide qui, eux, ne publient plus. Il dit :  » Mauriac et Gide silencieux ? lls ont du bien, moi, je n’ai rien.  » Il crache sur Sartre et sa Simone, il bave sur  » L’invitée  » le premier roman de  » madame « , vaguement lesbien, saphiste d’une liaison avec une étudiante mineure de l’héroïne. Il fustige Claudel (et son  » Soulier de satin  » qui triomphe à Paris :  » Claudel. Assis au premier rang mâchonne ses répliques. Sa face de gros bébé qui force sur son pot de chambre, grimace !  »
Tout ce monde que je connais, inconnu des plus jeunes, m’amuse beaucoup. Des Allemands gradés, cultivés, le protègent. Lui et surtout Sacha Guitry, complaisant avec l’Occupant. Cocteau, se veut un esprit libre, répète que l’artiste véritable est et vit en dehors de  » l’actuel « , répète que ce qui est  » inactuel  » restera pour la postérité. Il a de bonnes paroles pour les  » connaissances  » chez l’occupant tantôt et, tantôt, des piques méchantes. Il varie.  » L’éternel retour’ le venge de tout, plein d’admirateurs se bousculent à sa porte au Palais Royal. Colette s’en amuse, vieille voisine au mari obligé de porter l’étoile jaune infamante.
Oh oui, une lecture qui me fascine. Et vive le journal !

Dimanche 9 décembre 2001 – JOURNÉES NETTES : (début de journal intime intitulé J.N.)

JOURNÉES NETTES : (début de journal intime intitulé J.N.)

[page Web originale]

1- Ça y est! Ça me reprend. L’envie de tenir journal. Pourquoi pas. Pourquoi pas via l’Internet. J’ai aimé cette douce manie jadis (1986-87-88).

Ciel bleu doux. Bleu tendre. Le  » bleu poudre  » de notre enfance. Depuis deux jours, le froid est arrivé. On a cru que le temps doux du début du mois allait durer jusqu’aux Fêtes. Non, Brr! Nous rentrons, Raymonde et moi, de notre promenade quotidienne ‹adieu vélo !‹ dans les alentours du village. Je rédige cette première page d’un nouveau journal, sur ordinateur.
J’y reviens au journal probablement parce que je suis en train de lire celui de Jean Cocteau. Il raconte les années 1939-1945. Les Allemands dans Paris. La vie culturelle qui semble aussi dynamique qu’avant leur défaite totale. Comme dans tout journal j’y glane des passages captivants. Un air de  » collaboration  » maudite y rode. Cocteau, réputation déjà acquise ( » Les enfants terribles « ,  » Les parents terribles « , film :  » Le sang d’un poète « , etc.) , peut vaquer à ses nombreuses activités artistiques en paix. Relative.

2- Hier soir, réunion d’amis à l’Ile des Soeurs et le producteur André Dubois (« Vendôme « ) m’assomme ! Il m’ annonce que notre ruban vidéo où je racontais la vie du peintre québécois Cornélius Krieghoff, ne semble pas intéresser le canal ARTTV.
J’en suis abattu. J’avais préparé un Marc-Aurèle Fortin en guise de deuxième émission. J’étais prêt à retourner en studio à Ville La Salle, devant ses caméras vendômiennes. Eh b’en non ! On lui aurait dit à ce canal ARTV que c’était dépassé le genre professoral (je me voulais simple conteur, vulgarisateur, pourtant !). Foin de l’aspect  » magistral  » ! Bon, bon. Sus à l’animateur qui parle, seul, debout, devant un kodak ! Bon, bon.
Je retraiterai donc davantage.
Tant pis. Je regrette d’avoir parlé de ce projet qui me tenait tant à coeur lors de cette  » Biographie  » diffusée deux fois cette semaine au canal D.  » Ne jamais parler de ses projets « , me disait-on souvent. Vrai !

3- Avant hier, audition d’un orchestre d’écoliers au collège Regina Assumpta, rue Sauriol, à Ahuntsic, où nous avons admiré le trompettiste de la famille, le fils de Marco et de ma fille Éliane, mon cher Gabriel. 96 jeunes musiciens ! Ça sonnait magnifiquement ! Émouvant. On dit tant de mal de la jeunesse. Toute cette jeunesse qui a pratiqué ses pièces, répétitions difficile prises sur le temps des jeux, des sports, des loisirs ordinaires, et, vendredi soir, ce spectacle étonnant. Oui, émouvant.

4- Jeudi soir, à l’Espace Go,  » Le ventriloque « . Un spectacle pas banal. Texte curieux de Larry Tremblay ( » The dragonfly of Chicoutimi « ). Une fille renfermée dans sa chambre., Elle veut rédiger une histoire. Parents monstrueux qui se méfient de son isolement. Apparitions sauvages, fantomatiques. Séance d’un psychanalyste fou (ca classique). Bref, une soirée hors de l’ordinaire. Freud fait ses ravages. Avec ce Tremblay du Saguenay on est très loin du réalisme de Michel Tremblay. Autre génération. Aucune allusion géographique. Cette fille plutôt bafouée, au bord de la crise de nerfs, vit une sorte de cauchemar existentiel. Elle n’existe pas par rapport aux réalités québécoises. Ce texte pourrait se dérouler n’importe où, dans n’importe quelle langue.

5- Ces jeunes nouveaux auteurs, pas tous, écrivent sur des thèmes indifférents à  » ici maintenant « .  » Le ventriloque  » dont la poupée en cache d’autres, illustre bien que désormais  » peu importe le pays « , toute jeune âme a de lourds comptes à régler.
Comme il le dit dans le programme, Larry Tremblay, on peut fort bien y trouver un questionnement pas vraiment débarrassé de notre problème d’identification nationale. Vrai.
À la fin de la représentation, causerie  » ad lib  » dans la salle. Quand j’ai dit qu’un tel spectacle devrait être montré au grand public, Poissant, son brillant metteur en scène m’a répondu :  » Oui, c’est vrai. Il y a maintenant le canal ARTV.  » Je ne savais que le surlendemain Dubois m’annoncerait qu’ARTV ne semble pas intéressé à notre projet du  » conteur  » de l’histoire de l’art d’ici. Zut !

6- Par ma fenêtre, je vois qu’une partie du lac Rond est en train de virer en glace. L’hiver pour de longs mois s’amène ! Ne pas m’énerver. Je n’ai pas vu passer ni le printemps, ni l’été, ni l’automne!Alors l’hiver, lui aussi va filer à la belle épouvante. Et ce sera de nouveau le printemps adoré qui filera lui aussi. Le temps ! Dès 1995, ma station de radio, CJMS, fermant et Raymonde retraitant de son job de réalisatrice, devenu donc plus libre que jamais, je croyais avoir le temps de voir passer le temps, enfin. Faux ! Il file plis vite que jamais. Bizarre, non ?
Ferrat chantait :  » On ne voit pas le temps passer « , je découvre une vérité tangible maintenant . Je n’aime pas cela. L’impression de me faire voler. Je me dépêche donc, pas si vite, de terminer ce petit livre (100 pages ?) commandé par Victor-Lévy Beaulieu pour sa collection  » Écrire « . Chaque auteur invité doit y mettre un sous-titre à son  » Écrire « . J’ai mis pour provoquer et pas vraiment pour provoquer :  » Pour l’argent et la gloire. » Pas vraiment pour choquer car, jeune, je m’imaginais devenir un jour célèbre et riche. Je prévoyais faire construire un domaine, un château, pour les miens ‹gens si modestes. Pour les venger de leur existence pauvre. Ce beau château de mes songes creux ne s’est pas construit. Pas du tout. Mercredi dernier, j’ai pondu un chapitre de ce futur petit livre ( » Écrire « ) où je me suis peint en châtelain non advenu qui lutte pour être dans la réalité. Je veux mettre tout de suite cet extrait sur ce site Internet que m’a installé Marco, mon gendre. C’est onirique dans un long texte beaucoup plus réaliste.

Je sens que j’aimerai tenir ce journal. Je retrouve le plaisir d’être  » diariste », de noter des éphémérides, comme pour mes livres  » Pour ne rien vous cacher  » ou  » Pour tout vous dire « .
Vive le journal !


PIEDS NUS DANS LE CRÉPUSCULE ! (souvenir de Guy Beaulne)

Je revois Guy Beaulne, le soir montait dans cet hiver de 1957. Il s’amène par un  » frette noère  » au chalet du parc Laurier, rue du même nom. Ce fou de théâtre est l’infatigable  » repéreur  » des jeunes amateurs pour le prestigieux (à l’époque)  » Dominion Drama Festival  » pan canadien. On se démène, jeunes troupiers énervés, sur la petite scène du chalet et je vois monsieur le juge Beaulne, dans la pénombre de la salle, qui retire ses pardessus, ses souliers, enlève ses chaussettes trempées et les installe sur un des calorifères, son visage, toujours encourageur, suivant sérieusement nos ébats dramatiques ! Notre juge était  » pieds nus dans le crépuscule  » pour paraphraser un titre de son ami Félix Leclerc.
Nombreux ceux qui vont regretter la mort du pionnier Guy Beaulne. Avant l’arrivée de la télévision, l’exilé de la radio de Hull avait désormais un bureau très précieux au quatrième étage de Radio-Canada, à Montréal. Sa porte était grande ouverte aux jeunes (et moins jeunes) dramaturges du territoire. Beaulne avait fondé dans son studio numéro 13 sa série :  » Nouveautés dramatiques « .
Le public pouvait y entendre les textes inédits des Yves Thériault, Eugène Cloutier, Guy Dufresne, des jeunes Marcel Dubé, Jacques Languirand, Pierre Perrault et combien d’autres.
Cet inestimable banc d’essai fut un formidable premier levier, premier encouragement à écrire. Je dois à Guy Beaulne, à la liberté totale de ces « Nouveautés dramatiques « , d’avoir voulu devenir écrivain, plus tard romancier.
Beaulne était toujours enthousiaste, d’un optimisme stimulant et audacieux, il ne craignait pas les innovations. Le prestige de la SRC s’est construit par cette sorte de pionnier. Nous serons nombreux à ne jamais l’oublier par-delà la mort.

 » DU JADE ET DU CHOCOLAT »

  • écoutez ce conte
  • Comme chante Claude Dubois: »J’étais amoureux… »!

    On sait ce que c’est , même jeune, même au premier grand amour, à l’amour fou. Fou, fou, fou!

    L’adage le dit: on en voit plus clair. Et Édith Piaf chantait: « sans amour, on est rien du tout, rien du tout… »

    C’était la veille de la Saint Valentin.On pavoisait des petits coeurs, des petits coeurs rouges, partout, partout, partout!

    Chante Beausoleil-Broussard: « Les petits coeur, les petits coeur, les petits coeurs d’amour! »

    J’aimais Micheline. Une fille unique. Celle qui danse le mieux à la corde à danser! Elle habitait à quatre maisons de chez moi. Dans un deuxième étage. Ils sont pas riches et Micheline est mal habillée mais, c’est drôle, tout le monde le dit: elle est la plus belle de la rue!

    J’aurais dû me méfier, y voir un funeste présage: Micheline habitait juste au dessus de La Coopérative de frais funéraires.

    Oui. Juste au dessus du lugubre et sec et si sévère Monsieur Turcotte, le directeur austère des cortèges funèbres de la paroisse Sainte Cécile. Juste au dessus.

    Tu en es fou. Tu la trouves belle. La plus belle de ta rue, de ton quartier Villeray.

    Elle a de si beaux yeux. De si beaux et longs cheveux. Sa peau est si lumineuse. Tu lui trouves une bouche adorable. Des mains délicates, des jambes si fines, une traille de…de déesse!

    Micheline est parfaite. Elle est l’image de la beauté. L’Image de l’amour. Quand elle surgit au restaurant de mon père, tout le magasin s’illumine! Elle dit: « Je voudrais une « Orange crush » et un « May west » et on dirait qu’elle chante! Je l’aime.

    Quoi faire pour se l’attacher., Elle te fait les yeux doux chaque fois que tu la croises, elle te dit des mots doux, si doux. Elle t’adresse ses plus jolis sourires. Semble radieuse: elle t’aime elle aussi, c’est tellement évident. Elle t’a donné sa photo venue d’une machine à quatre photos pour dix sous dans un bric à brac de la rue Saint-Hubert.

    C’est ton icône. C’est une fée! C’est ma Cendrillon! Mon Alice au pays des merveilles! C’est mon bon ange gardien et elle, elle est visible! Avant Charlebois, je criais en courant au marché Jean-Talon, à tue tête: » Je t’aime comme un fou, je t’aime comme un fou, ou,, ou,,ou… »

    Le soir, tard, tu rallumes la veilleuse près de ton lit et tu la regardes, sur sa photo, une dernière fois avant de sombrer dans les bras de Morphée. Ton coeur ne bat plus que pour elle, Micheline!

    Quoi faire, oui, pour lui prouver ton amour à la vie à la mort?

    Demain, c’est la Saint Valentin, tu dois lui offrir un cadeau.

    Tu n’es pas riche. Tu as caché, dans une boite de métal noire, ta fortune. Toute ta fortune: tu comptes tes sous. Il y a le pauvre magot d’un jeune écolier, vingt sous , cinquante, un dollar! Plusse cinquante, soixante sous …oh, ça fait deux dollars, il en reste un perdu, deux dollars et cinquante cents.

    Quoi acheter? Où aller. Chez madame Lafleur, fleuriste?

    Des roses, des lys, des oeillets? Non, pas de fleurs, ma mère est une amie de la fleuriste et par ici tout se sait, tout se répète.

    Le cadeau de Valentin doit rester un secret.

    Je l’ai! Il y a un Laura Secord, au coin de la rue Bélanger. Juste en face du cinéma Château. C’est décidé.

    C’est fait. Il a fallu faire vite. La gêne. La vendeuse et son petit sourire en coin. Comme si on ne pouvait pas être amoureux à douze ans! Niaiseuse!

    Retour à la maison. Ruiné mais le coeur en fête. En fête de la Saint-Valentin!

    Où cacher mon témoignage de grand amour, à la vie, à la mort?

    Où?

    Misère. J’ai un frère fouineur. Pas dans ma chambre. L’odeur du chocolat, Raynald, mon petit frère, la détecterait dans le fond d’un coffre-fort.

    Où dans la maison? Mes cinq soeurs reniflent partout, danger!

    Et il y a ma sainte mère, la « Germaine-au-petit-doigt » qui devine tout, au nez long, au nez fin.

    Où? Où?

    Il est midi et demi. Le soleil fait reluire les clochers de Saint-Édouard, coin Beaubien, à en aveugler les yeux. Dehors, ce 13 février, il y a redoux. La neige fond un peu. Pété Légaré et Tit-Rouge cassent la glace du trottoir avec une barre de fer. La hâte de revoir le macadam?

    Mais il fait assez froid pour bien conserver ma boîte de chocolats Laura-Secord que j’ai enveloppée dans un sac de jute. Sous le balcon d’en avant, je creuse un trou, une cachette sûre!

    Vite, enfouir mon cadeau de valentin et puis aller marcher en sifflant, innocent, les mains dans les poches. Les poches vides!

    À l’école de la rue De Gaspé, le frère Foisy a retroussé sa soutane et joue au hockey-bottine dans le fond de la cour avec mes amis, Devault, Moineau et Malbeuf! Je m’y joins.

    Ma belle Micheline, dans la cour de l’école des filles en face, ne sait pas qu’elle aura, demain, une preuve d’amour chocolaté!

    Quatre heure, retour de l’école.

    Maman m’attend dans le boudoir! Oh, oh! Les mains sur les hanches, les yeux durs. Sur la table à café, il y a ma boîte de chocolats de Laura Secord. Que j’avais enveloppé de beau papier rose chipé dans un tiroir de Marielle, la grande sentimentale!

    Mon cadeau! Et maman qui répète:

    – » Qu’est-ce que c’est que ces folies? Qu’est-ce que c’est que ce carton découpé en coeur et ces mots: « Pour mon amour, Micheline! » Ton écriture, Claude! »

    Comment font les mères? Des antennes? Des yeux tout le tour de la tête? Le petit doigt c’est des niaiseries de bébé la la. Non. C’est clair, on m’a vu, sous le balcon, on m’a vendu. Je suis trahi.

    -« Es-tu malade? Es-tu devenu fou? À ton âge? Le nombril même pas sec, et

    Monsieur gaspille son argent de servant de messe, pour les petites filles! »

    Je ne sais plus quoi dire, où me mettre. Je tente:

    – » Quoi, quoi? C’est mon argent à moi. J’ai b’en le droit d’en faire ce que je veux, non? On vit dans un pays libre. »

    Je reçois une taloche libre de la main libre de ma mère

    – » Arrive mon petit garçon, ensemble, on va aller chez Laura Secord. Tu vas exiger un remboursement., Voir si ca a du bons sens. »

    Ma mère a décroché son manteau d’hiver, en mouton rasé, et elle ajuste son chapeau, met ses gants. J’ai les oreilles rouges. La honte. Le dépit. Le dépit amoureux total.

    Au magasin, la serveuse ne sourit plus du tout. Ma mère a pris sa voix haute et implacable:

    – » Vous reconnaissez mon petit gars. oui?. Vous devriez avoir honte. Vendre une boîte de chocolats de luxe à un enfant. Vite, remettez-lui son argent et reprenez votre chocolat, vite mademoiselle, sinon je vous dénoncerai à votre patron, moi. »

    Je voudrais rentrer dans le plancher de la boutique. Je suis humilié. La Saint-Valentin est la fête de tous les amoureux, peu importe leur âge, il me semble.

    Retour en vitesse à la maison.

    Aux affiches du Château, Rita Hayworth, les lèvres rouge sang, la poitrine offerte, dans une robe boléro écourtichée, semble rire de moi, me narguer. Sur un autre placard, Errol Flynn dans les cordages d’un mat, brandit son sabre de pirate, semble me défier.

    Je jette un regard au dessus des salons de l’entrepreneur en frais mortuaires, chez Micheline. C’est curieux, il n’y a plus de rideaux aux fenêtres et sa mère est grimpée dans un escabeau, torchon à la main. Le ménage du printemps en février, la veille de la Saint-Valentin? Je me dis que ma mère est jalouse. C’est la vérité. Elle croit que je suis son objet, son bien, que je lui appartiens. Je n’ai pas le droit d’aimer une autre femme qu’elle. Les mères sont toutes comme ça. Une prison! Ma belle Micheline ne m’apparaît pas. Monsieur Turcotte, l’air toujours sombre, gratte son tapis de coco dans l’escalier de ses salons funèbres. Micheline ne me verra pas rentrer la queue entre les jambes.

    Ne verra donc pas défiler la honte et sa marâtre de mère!

    Ce soir-là, après le souper, en apéritif, le sermon de maman comme potage amer. Les sarcasmes de mes soeurs, de Marcelle et Nicole surtout, en digestif. Les remarques ironiques de Raynald comme dessert!

    Après le souper, je suis allé dans le hangar et j’ai choisi un bibelot chinois dans les vieilles armoires de mon père quand il était importateur de bébelles chinoises, avant qu’il ouvre son restaurant du sous-sol.

    Micheline aura son cadeau. Une jolie princesse au parasol, en jade.

    J’enveloppe mon valentin dans du papier de soie, bleu, de Lucille, pendant que mon petit frère joue avec mon bel avion « spitfire » de papier et balsa que je viens de lui donné , je lui ai fait faire un serment. Il a craché derrière chaque épaule et a fait un signe de croix.

    Ma statuette de jade attend la saint Valentin sur la tablette du haut du placard de notre chambre. Je peux dormir en rêvant à mon amour aux yeux si doux. En songe, nous marchions la main dans la main, dans un joli sentier de montagne, cent, mille sapions enneigés brillaient dans les collines. Un grand traîneau rouge nous attendait et, dedans, il y avait des tas de belles boites de chocolat en forme de coeurs rouges.

    Enfin, le 14 février. Le même beau soleil qu’hier.

    Je sors mon cadeau. J’ai avalé mon dîner en vitesse, les bonnes saucisses de la belle fermière, des cornichons en masse, des « pétates » pillées et mon régal, un pudding chômeur bien sucré…je file vers mon grand amour, mon cadeau sous le bras.

    Devant son logement, je guette sa sortie, je dois faire vite, l’école dans quinze minutes. Je dois faire très vite. Elle sera folle de joie. Micheline ne sort pas!

    Mais non, il n’y a plus personne au logis d’en haut.

    Plus aucun rideau à leurs fenêtres.

    Que se passe-t-il, je sens qu’il se passe quelque chose…

    Il y a monsieur Turcotte qui n’en finit jamais de nettoyer ses tapis de coco.

    Il dit:

    -« Cherches-t-y quelqu’un mon petit bonhomme?

    Je dis:

     » Euh, oui, Micheline…On dirait qu’ils sont tous partis, non? »

    Il me dit:

    -« Oui, partis, déménagés! En pleine nuit, comme des voleurs.

    Je fais, le coeur brisé:

    – » Où, où sont-ils partis, le savez-vous?

    Il grogne:

    – » Comment je peux le savoir mon garçon? Si tu les revois, tu me le dis, ils ont pas payé mon loyer du mois! »

    Le coeur me fait mal.

    J’ai fourré ma statuette de jade dans mon « windbraker ».

    J’ai pleuré en marchant jusqu’à l’école.

    Rue de Gaspé, j’ai sorti mon canif et j’ai gravé nos initiales dans l’écorce du vieux chêne vis à vis le magasin de bonbons de la « p’tite vieille Forgette.

    Et je n’ai jamais revu Micheline.

    L’automne dernier, j’ai voulu revoir le vieux chêne rue de Gaspé.

    Une p’tite Forgette, vieillie, m' »a dit: » Oui, coupé le vieux chêne. Paraît qu’il était malade et trop vieux pour guérir! »

    Ça m’a fait quelque chose!

    Ce matin, quelque part, une femme de soixante dix ans, comme moi, m’écoute peut-être. Elle se nomme Micheline et je lui dis: » Micheline? Micheline? Bonne Saint Valentin! J’espère que tu es heureuse, que tu as eu une belle et bonne vie comme moi. Si tu es seule, s’il est parti, bonne fête quand même! Va t’acheter du chocolat dans une jolie boîte rouge, en forme de coeur.

    14 février 2001
    pour CKAC

    Claude Jasmin

    p.s. Pour une quarantaine de récits de cette veine, lire « ENFANT DE VILLERAY » paru chez Lanctôt éditeur.