Chapitre :22 Angela…

 

notes : ce formidable film vu au Pine, «  Le jeu de la tentation » ne me lâche pas. Hier soir, aux Golden Globes, il n’a pas gagné. C’est une grave injustice selon moi. Cette histoire vraie d’un décodeur de génie, histoire dans l’Histoire, se suicidera à 41 ans, menacé de prison pour cause d’inversion sexuelle ! En 1945, c’était, l’homosexualité, un tabou effrayant. Quelle piètre civilisation en ce temps pas si lointain. Pas plus qu’on choisit la couleur de ses yeux ou de ses cheveux on ne choisit sa sexualité. Un jeune voisin de Ste Adèle n’en revient pas et je me suis souvenu de nos farces plates, de notre conne intolérance dégueulasse en ces années-là de très grande noirceur. J’en ai honte encore.
Temps doux subitement, ça fait du bien.

DES FABRIQUANTS D’HOMOPHOBIE ?

     L’art -la littérature surtout- souffre de I’indifférence des gens et alors certains ont très souvent recours aux marginaux pour attirer l’attention du monde. Aux sujets tabous. Réels ou apparents. Pour se gagner de l’audience, on voit des créateurs désespérés faire appel à des personnages, à des situations, que l’on dit «extravagants ». L’inceste, par exemple. Il est encore un bon moyen de titiller les foules amorphes. L’art n’est pas souvent au rendez-vous, hélas. C’est voyeurisme sur exhibitionnisme. Ces auteurs « guidounes », bateleurs de bas de gamme, n’hésitent jamais à farcir leurs histoires de caractères bizarres. « Le monde va venir ou b’en on va dire pourquoi ».

Tel semble le moto de ces soi-disant audacieux en scénarios divers. On pousse « son » histoire aux limites  du supportable. On sait que « Les monstres attirent la foule » selon l’adage connu. Le cirque ancien exposait volontiers des infirmes invraisemblables. En 2008, il ne reste aux exploiteurs avides que la bestialité. Ça viendra, voulez-vous parier ? Dernier tabou à faire tomber. Faut que « les caisses » sonnent, pas vrai ?

Tout le monde ne peut rédiger avec subtilité sur l’homosexualité, par exemple, tout le monde ne possède par les dons d’une Marguerite Yourcenar qui signait « Les mémoires d’Hadrien » à propos d’un César homophile. N’est pas André Gide -« Coriolan »- qui veut non plus. Alors on verra au feuilleton radio-canadien, titré  « Tout sur moi », un jeune pompier embrasser à pleine bouche l’un des héros de la série. Brusque trait d’une affection subite et cela au beau milieu d’une station aux portes pliantes grandes ouvertes ! Voilà qu’ensuite -petite gène à retardement- une personne en poste à la SRC conseille, assez pertinemment je trouve, de stopper la production de « Tout sur moi ».

Vite on verra s’organiser des protestations qui viennent à n’en pas douter de ceux qui confondent censure et dévergondage visuel aux frais du public. J’affirme que des producteurs, réalisateurs, scripteurs font un jeu -qu’ils ignorent- liberticide. Ce sont des fabriquants d’homophobie dans ce cas de « Tout sur moi ». Exagérant les paramètres du tolérable, ils font surgir tôt ou tard les censeurs énervés, les archi prudents. En fin de compte, leur zèle, leur goût d’attirer la foule à n’importe quel prix, conduit aux lois du genre C-10. Ces imbéciles friands d’images osées, prosélytes de vaines tentatives d’agrandir une permissivité futile nuiront à la moderne liberté. Ces écrivaillons à gros sabots, épaulés par les montreurs-du-cirque, seront responsables des contraintes à venir. L’homosexuel fut trop longtemps, un sujet invisible, un sujet de cachette niais. Mais, excès contraire, en introduisant à la mode actuelle, partout, l’homosexualité -effrontément, grossièrement illustrée- on nuit carrément à une cause normale. Provocation infantile.

Pour faire monter « l’indice d’écoute » qui stagne, ou pour grossir la file au cinéma, des scripteurs nous encombrent d’ivrognesses pitoyables, de jeunes putains  droguées, de vicieux « hors-normes », de loques humaines en tous genres. Pas fou, le bon public, le bon peuple, refusera bientôt cet indigeste  gavage intéressé.

Je suis de ceux qui croient au bon sens, au jugement sain de nos contemporains. Je fuis et je renie le mépris -pas d’autre mot- de ces attrapeurs grotesques. Surgissent des émissions, du théâtre, des films sans cette complaisance morbide, ces portraits abusifs  à la mode et ils qui connaissent des succès populaires. Je songe autant à « Le Ring » qu’à « Le scaphandre… ». Redisons-le, les créateurs détraqués, mondains désaxés, sont les assassins de la vraie liberté.

AIMER LES MAUDITS BLOKES ?

Ce fut long. Maintenant j’aime bien nos chers blokes. Oui, ce fut long. Gamin, comme un peu partout en ville, c’était les chicanes connes, les vicieuses attaques, les furieuses batailles. Contre le gang à Collin, le gang à Gordon. Dans nos ruelles, on enrageait candidement, manichéens, contre ces maudits blokes de la paroisse Holy Family au nord de la Plaza St-Hubert. Plus tard, s’enlisait encore, toujours, cette haine féroce des « maudits anglais ». C’était un sentiment un peu confus, qui nous venait en forte part de notre manuel d’histoire ? On nous enseignait la perfidie des conquérants et nous avalions une potion qui nous devenait un poison. Le feu au cœur ! Le comportement des colonisateurs britanniques n’était que logique. Les Français de France envahissant un Canada tout en anglais n’auraient pas agi autrement. Ils auraient voulu constamment assimiler —de gré ou de force— les premiers colons, les diluer. Nous étions trop jeunes pour comprendre ce fait patent.

Comme il est facile d’errer. Mais oui, un racisme, une francophobie évidente, animait les « maudits anglais ». Ainsi, nous organisions un certain midi de 1960 un féroce sit-in au restaurant Murray proche de Radio-Canada, là où on refusait de nous servir en français. Pas un seul mot. Cette manif fit « la une » des quotidiens. Tenez, à cette époque, un réalisateur anglo au milieu d’une équipe de 10 francos, ne prononçait pas un seul mot de français ! Je fis une esclandre et, d’abord on me menaça : « la porte ! » Et puis, vite, on reconnut le bon sens et ce fieffé réalisateur nous délégua sa scripte aux réunions dite de production. Des jeunes vont-ils croire pareil racisme ? Voilà des sources de notre longue colère, jadis.

Les temps ont changé. Il y a eut les bombes des jeunes patriotes du FLQ clandestin. De généreux impatients. Qui risquaient leur propre avenir. Ce sera la délation et puis les emprisonnements. Pendant qu’ensuite l’on observait les soudaines « normales » promotions des nôtres —avec annonces payées dans les journaux— pas un seul promu songeait à envoyer au moins des oranges à ces jeunes mis aux cachots. À cause de la peur, la justice s’installa peu à peu. Puis, il y eut la victoire des nationalistes en 1976, un choc salutaire et ce sera la fin significative des humiliés muets, le début « des têtes levées » enfin. On sait que l’arrogante minorité fut bien obligé d’évoluer, d’ouvrir les yeux, ils étaient, veut veut pas, des minoritaires. Au référendum —volé par l’argent fédéral— de 1995, six des nôtres, sur dix, votaient en faveur de l’indépendance. Les quatre autres francophones ? Ils s’associant donc aux québécois anglos-de-souche et à leurs intégrés automatiques, les allophones. Que Jacques Parizeau baptisa « les ethniques ».

On a le devoir de respecter ceux qui croient encore au fédéralisme malgré l’échec de Meech et autres preuves de l’aveuglement des Canadians. Aujourd’hui on voit le Rouge chef Charest la main dans la main avec le Bleu chef Harper. Normal. Correct. Ce qui cloche aujourd’hui ? C’est de voir tant d’indépendantistes chipoter sur les faiblesses d’un jeune chef. C’est une honte pour moi de voir mon camarade l’écrivain Victor-Lévis Beaulieu tourner le dos au jeune Boisclair pour soutenir un adversaire mou, Mario Dumont, admirateur des Jeff Filion. C’est une trahison. D’une lourde bêtise. Dès 1970, René Lévesque, avec bon sens, rassemblait « pour la cause » un monde disparate. Des gens de droite comme de gauche. Alors, quel est le nom de cette impatience ? Trahison. Après l’installation d’une patrie, viendra normalement les nécessaires clivages entre conservateurs et libéraux québécois. Droite et gauche. Après pas avant.

Le vire-capot, quel qu’il soit, devient un traître à la cause, objectivement. Depuis quand le cortège militant, en marche pour la liberté nationale, doit-elle absolument contenir, avoir à sa tête, un chef parfait, impeccable, sans aucun défaut ? Foutaise et grave connerie. Les véritables résistants, Dieu merci, comprennent qu’il y n’y a que la victoire électorale, démocratique, qui est « le » but. Le seul. On voit trop de ces nationalistes puristes très occupés à des calculs d’une mesquinerie dangereuse, tout ligotés par des niaiseries —drogue d’un temps, homosexualité— et qui se cherchent un « messie » improbable, ce mythe infantile, un leader plus que parfait. Le mot « nation » M.Harper, ne me suffit pas. Je voterai pour un pays. Pour une patrie. Donc pour André Boisclair.

PÉDOPHILIE, BONNE FAMILLE, PÈRE MAUDIT !

Deux livres nouveaux lus. Celui de —un fort bon acteur— Robert Lalonde et celui sur un chroniqueur d’opéra —« dandy homo »— Québécois exilé à New York, Maurice Tourigny. Le premier livre « Que vais-je devenir jusqu’à ce que je meurs » ( du Victor Hugo), narre l’immense tristesse, la détresse effarante d’un écolier pauvre de 13 ans, à Oka, mis pensionnaire au collège de Rigaud sur l’autre rive de son cher lac des Deux-Montagnes. Le deuxième, écrit par l’intéressante biographe de Jean-Paul Riopelle, Hélène de Billy, est le curieux portrait d’un énergumène peu commun. Deux éditions de Boréal. « Maurice Tourigny », c’est le titre, mort du sida quand il se réfugie dans les « chics » Hampton new-yorkais, était né « chic » rue Laurier dans les hauteurs de la Vieille Capitale. Un père inaccessible —cas classique— qui fut tout un personnage, conseiller, chef de cabinet, d’un fameux « Maurice ». Duplessis. Ce père muré trouva en Duplessis un père d’adoption, le sien étant jugé indigne : un malheureux médecin, diplômé à Paris et qui, s’ennuyait de sa jeunesse parisienne à Trois-Rivières, « buvait comme un trou » !
À Québec, dans les années ’60, dans une « belle et bonne » famille, on ne badine pas sur le sujet de l’homosexualité. Le jeune Maurice se sait de cette « engeance maudite » selon les bien-pensants du temps. Protégé par sa maman, l’enfant-surprise venu tard, Maurice aime les poupées, les robes de fille, les maquillages. L’apprenti-artiste, velléitaire toute sa vie, étouffe. Il s’échappe en 1960, se sauve. Pas à Paris comme le grand-père-alcoo, non, à Manhattan. Mégapole qu’il sublime, qu’il vénère. qui l’attire. Il y sera le chroniqueur des opéras du samedi pour la radio de Radio-Canada. En 1980, l’ex-bambochard, amoureux d’un peintre morbide, attrape cette effrayante maladie toute nouvelle, et mortelle à cette époque, qui va tuer, en dix ans, plus de 100,000 invertis sexuellement. De Billy narre, sans la claire et nette chronologie habituelle, la folle vie new-yorkaise du cet exilé volontaire, ce « rejeté par papa ». Ce qui semble son drame lancinant, un chagrin grave. C’est une lecture intéressante sur ce petit monde, un peu clandestin, à jet-set fermé, à virées de dévergondages, saunas et Cie. À la fin, c’est le sombre tableau d’une mort prévisible accablante. Le bel homme est une momie !
Quant au récent livre de Robert Lalonde, c’est aussi une terrible narration. L’auteur s’y montre discret, parfois jusqu’à l’ambiguïté. On est bien loin des déboires publiés d’une certaine Nathalie au gérant pédophile. Ici, Lalonde fait des allusions claires mais courtes sur la pédophilie…de son papa ! L’atroce révélation se fait fort laconique. Pudeur obligée. On peut imaginer le dur effort de raconter une telle horreur. Le jeune pensionnaire à Rigaud, forcément, est déboussolé et se débat comme « diable en eau bénite » en cette prison de 1959. On y lira des amitiés « particulières » classiques en ces lieux clos d’antan, d’avant les autobus jaunes partout. Ce triste « gamin abusé » d’Oka sera sauvé de sa noire désespérance par, d’abord, le naturalisme car il découvre le fameux Kéouac illustré, l’indispensable « La flore Laurentienne ». Puis par la découverte —merci père Gobeil— de la « grande » musique, un clerc de Saint-Viateur vital pour le garçon perdu. Enfin, la poésie —oh les poèmes à 13 ans ! « Que vais-je devenir… » est un terrifiant récit mené avec la prose, toujours bellement poétique, de Robert Lalonde. L’on voit dans cette délivrance d’un livre biographique —« ce livre est la pierre angulaire de tous ses livres », dit le critique Martel— les sources de sa fascination future pour la nature.
Le lecteur découvrira d’abord le massacre d’un garçon rêveur par son propre père mais aussi la délivrance inattendue d’une jeune âme ravagée. On ne saura pas grand chose de sa mère, de ses frères ou sœurs, il est, il l’avoue carrément, une sorte de Narcisse. D’égocentrique, c’est qu’il doit avant tout se trouver une identité viable, il ne sera pas que « l’objet » des désirs sexuels insensés d’un père dénaturé. À 13 ans il doit s’évader, non pas seulement de cette prison-de-Rigaud, aussi de cette vie anémiante à Oka en un milieu de buveurs rustres, de sacreurs, de voyeurs (les magazines pornos du père frustré au grenier !), de chasseurs grossiers. Fuir ces brutes primaires… dont l’une, son propre père, est un pénible vicieux. On imagine facilement l’immense désarroi d’un gamin face à cette situation tragique. Ce noir récit, malgré ses très belles envolées lyriques, si bien rédigées, m’a rempli de tristesse. Moi qui ai eu la chance de grandir en une famille heureuse, je n’en reviendrai jamais des enfants bafoués, des enfants salis. On a compris, je suppose, qu’avec l’étouffante et, à la fois, riche prose de ce Lalonde nouveau, nous sommes à mille lieux des propos d’un Michel Vastel, du journalisme quoi, à mille lieux aussi des activités compulsives d’un Tourigny viveur, aux procrastinations de mondain. J’étais à 13 ans, sorti de l’externat Grasset et libre l’été, l’heureux jeune ado villégiateur de Pointe-Calumet-la-joyeuse. Si proche d’Oka ! Jamais, mon père ne me traîna aux aurores, au quai des Pitt, à sa chaloupe de pêche pour m’utiliser sauvagement —en pays Mohawk !— comme objet sexuel. On jouait, on riait, on chantait, on dansait, et on ignorait que, pas loin de notre éden, un garçon était livré comme bête désemparée aux instincts sordides d’un père inconscient. Ô misère humaine !

Une cauchonnerie?

publié dans le Devoir

Holà, une « cauchonnerie » va se commettre à Ottawa ! Protestons. N’ayons plus peur —mais non, vous n’êtes pas seul citoyen Lebel d’Entrelacs. Manifestons publiquement notre désaccord sur cette « parodie maritale » à la conjugalité dérisoire. L’antique institution (le mariage) existe pour un but évident :l’union (enregistrée, archivée, officialisée) d’une femme et d’un homme en vue d’une famille.

La bouffonnerie cauchonne est une tartufferie.

Plein d’homosexuels intelligents observent avec malaise cette clownerie, se tairont-ils par une sorte de solidarité nuisible ? On sait trop que de puants homophobes guettent sans cesse des moyens d’illustrer leur intolérance.

J’ai travaillé longtemps —quand j’étais décorateur de télé— en parfaite harmonie avec des camarades homosexuels, (souvent d’une créativité bien au-dessus de la moyenne). J’ai constaté chez la plupart du bon sens, de l’intelligence vive et je ne serais donc pas surpris d’obtenir des appuis chez certains militants de la « cause arc-en-ciel ». La majorité des gens éprouve une sorte de gêne en observant ces « cérémonies de mariage » entre personnes de même sexe. Souvent faites sous l’égide du voyeurisme. Les médias s’y précipitent, signe d’un exhibitionnisme malsain. Le mariage de deux femmes —ou de deux hommes— en devient une farce. La majorité silencieuse y voit un défi. Défi à quoi au fond ? Défi contre qui ? C’est sans cible réelle. Une inversion frisant le ridicule. En fin de compte, hélas, cela excite les adversaires des vrais progrès. Cette parodie du mariage nuit à l’actuelle et bienfaisante acceptation de l’homosexualité trop longtemps vu comme une tare, un « péché ».

MASCARADE CAUCHONNE ?

Il faut protester publiquement contre cette mascarade, empêcher cet avant-projet de loi de continuer sa fausse route. Mais nous vivons une époque de timorés : un « modernisme » imbécile, rend les citoyens trouillards. C’est le mutisme des mous, le « Pis ? Quosse ça fa, ça »? Trop se résolvent au silence dans ce climat idiot où l’on se tait par peur de paraître conservateur.

Cette rectitude niaise est l’imbécillité des démagogues, le ministre Martin Cauchon en tête de ce défilé. Cauchon, leader des couards, et ses suiveurs, font florès dans un monde de poltrons. Ses commettants, électeurs timorés, se défilent. Il faut réagir, protester. Ce « déglinguage » sociétal, ce muselage auto consenti, —une perversion occidentale— nous conduit à une certaine décadence, à un reniement culturel lamentable. Ravages de la peur.

L’actif lobby-des-homos, avec ses démarcheurs inconscients, font du tort à leur juste cause, en applaudissant cette innovation (?) qui bafoue les us et coutumes, surtout la culture religieuse historique, les sentiments. Cela rendra inutilement agressif des masses de gens qui, désormais, admettent, comprennent et déplorent les grossières attaques homophobes d’antan. Ce silence n’est pas tolérance vraie; il ne veut rien dire car la peur niaise est toujours un mauvais maître. Toujours. Athées ou agnostiques, gardent un prudent silence, celui des timorés; caution louche et qui porte un masque nommé : « être branché », « rester dans la course », « ne pas paraître ancien ».

PARODIE CAUCHONNE ?

Les cérémonies du mariage-homosexuel est une parodie, une fumisterie, un défilé sauce « comoedia dell’ arte ». Le ministre Martin Cauchon joue dans cette parade le rôle d’un archevêque-de-carnaval. Les deux parties d’un couple d’homos —certes citoyens à part entière — ont tous les droits. Il y a des moyens de contracter une union officielle : loi Bégin, contrats juridiques par notaires ou avocats. Recourir au mariage relève de la singerie, d’un bizarre réflexe de « reproduire » une cérémonie —installée il y a des siècles— pour pérenniser ce qui se nomme « la famille ».

Bon, deux célibataires vivent sous un même toit, en communauté de biens ? Vive la liberté mais «la famille » est d’un tout autre ordre. Ces primordiaux rôles de « père » et de « mère » —pôles sexués nécessaires à l’épanouissement des enfants—, remplissent des volumes de psychologie. Ils continuent d’être les sujets de vastes études « analytiques ».

Adoption d’enfants pour encore mieux mimer « le couple emblématique » ? Oh non ! Car le 28 février 2002, « Chez Lisa », à la télé de Radio Canada, l’on a pu entendre (Mme. Frulla doit s’en souvenir) le très profond malaise d’une fillette « à deux mères lesbiennes ». Cette Annick racontait ses cachettes, son lourd et embarrassant secret, sa honte embarrassante en cours comme aux récréations de son école, la privant d’amies dans son quartier. Ce fut un témoignage accablant, l’instinct grégaire, normal en enfance, y était carrément bafoué, nuisant à l’ordinaire épanouissement de cette fillette.

Je vis depuis plus de 25 ans avec « la femme de ma vie » et, cela, sans le mariage. D’où vient donc, chez certains invertis sexuels ce besoin d’un mariage cérémonial ? En 2003 ? De plus en plus de jeunes couples, c’est bien connu, n’ont nulle envie de recourir « au mariage ». Des caricatures avec avocats se réjouissant du projet cauchonnier se font voir. On sait qu’un couple marié sur deux —ou presque— finira par aller au tribunal pour défaire leur mariage. Qu’en sera-t-il donc avec les « mariés homos » ? Nul ne peut répondre.

Cette « imitation » est une sottise. Personne ne nie plus le véritable amour de deux personnes homosexuelles mais la cérémonie « mimant » le mariage-en-vue-de-la-famille. Il relève d’une sorte de « colonialisme » (quel autre mot ?). Il évoque les déguisements de jadis quand, en colonies, des aborigènes s’affublaient d’oripeaux pour singer des « aristocrates de cour ».

Il faut faire savoir son opposition à la loi-Cauchon de toutes les manières. Écrivez à votre son député, cela ne demande aucun timbre-poste. Il faut espérer la franche opinion d’homosexuels lucides capables de combattre cette folichonnerie cérémoniale. Un camarade (en médias) comme le populaire chroniqueur Daniel Pinard, intelligent et courageux, pourrait soutenir ma position. Je le souhaite.

(30)

Réactions
Lettres: Un droit accessible pour les gays et les lesbiennes
Libre opinion: Voilà pourquoi votre fille est muette

Réaction de Jasmin

Le samedi 5 janvier 2002

Le samedi 5 janvier 2002
1-
Hier, fin de l’ensoleillement bien-aimé en après-midi. Ce matin, tout est dans un camaïeu de blancs et gris, hélas ! Sans le soleil, Aile et moi n’avons guère l ‘envie de sortir à pied ou à skis (de fond). On devrait mieux résister à cet héliotropisme maudit car la santé exige du remuement. Ô physique à entretenir sinon…Brr !
La fille comédienne de notre amie Françoise Faucher, Sophie, depuis longtemps rêvait d’incarner une bizarre de bonne femme, Frida Khalo. Or, au bout d’un long cheminement, Sophie ose recourir au phénomène Robert Lepage pour qu’il lui fasse une mise en scène de son texte sur cette Frida mexicaine. Surprise, le gaillard de renommée internationale acceptait !Ce fut fait à sa « caserne atelier » de Québec. Présenté au « Quat’Sous », récemment, il y a eu, au domaine de la critique, quelques bémols maudits. Son texte serait par trop … lyrique, pas assez structuré dramatiquement. Bon. Elle filera tout de même, avec son spectacle hors du commun, en tournée dans des pays étrangers puisque cette peintre mexicaine surréaliste, Khalo, jouit d’une grande réputation.
Je viens de débuter une biographie de Frida K. par de J.M.G. Le Clézio sur ce personnage curieux. Frida K., ex-victime de la polio, sauvage et têtue, étudiante à Mexico, amoureuse d’un petit bourgeois mexicain, est victime d’un accident horrible. Fractures partout ! Elle finira par se sortir encore de cet accident affreux. C’est une jeune fille handicapée qui a la volonté farouche de peindre. Un « retour de Madrid et de Paris », le peintre DIego Rivera, muraliste connu du monde entier aujourd’hui, est une sorte de « coqueluche » à Mexico. La jeune Frida vas se jeter à sa tête même si c’est un homme marié. Ce dernier, immense vedette de l’art qui se fait du temps de la révolution (1910, avant celle de 1918 à Moscou) et de la post-révolution, acceptera cette « groupie », cette « fan », cette « chair fraîche », une jeunesse qui le séduit. Il a vingt ans de plus que sa jeune égérie !
J’en reparlerai. J’en suis donc au début de cette aventure d’une aveuglée et d’un marlou, aux allures de gros crapaud aux yeux exorbités, talent de forcené, jouisseur, menteur, inventeur d’un art propagandiste, assez proche de l’horrible art « réaliste-socialiste », art officiel communiste qui s’installera en URSS bientôt. Comme chez Hitler en 1933-39, Lénine, Staline et leurs sbires condamneront l’art dit moderne, (« art dégénéré » )qui, en pays russe révolté, avait déjà de solides représentants. Le texte de Le Clézio est plutôt plat. Avec des obscurités et une empathie qui sent un peu la complaisance. Je verrai bien en poursuivant ma lecture.
2-
Souvent le samedi matin, le dynamique bagou de Le Bigot et sa bande se terminant à la radio, journaux et horaires répandus autour de nos quatre mains, c’est la joie. De la stimulation opportune. Tantôt, au lunch, —le midi, on bouffe un simple sandwich— Aile me dit qu’elle éprouve une excitation peu commune. Elle lit qu’à Télé Québec (cahier publié l’annonçant) toute une ribambelle de films plaisants pour les mois qui viennent.
Surtout pas de publicités, à part au début et à la fin, comme des diffuseurs civilisés, respectueux des œuvres comme des publics, devraient faire.
Parmi ces quelques bons films à ne pas manquer, que dis-je, à ne pas rater sous aucun prétexte (!) le dimanche soir, 10 février, l’adaptation de mon roman « La sablière », en « Mario » (prénom de mon héros) par Jean Beaudin.
Potin : j’avais appris par le producteur de l’ONF, Bobet, que l’un des commissaires de l’institution voulait,—y tenait beaucoup— à ce que l’on fasse cette adaptation de La sablière. Ce bonhomme venait-il des ïles de la Madeleine ? Sais pas. La direction de l’ONF, bien soumise à ces commissaires, s’inclinait aussitôt. Ainsi, grâce à ce type —McCormick ou Mac Donald, je ne me souviens plus— on monta le projet en vitesse ! Et Beaudin, à la réputation fort avantageuse, il venait de se signaler à Nice avec un trophée envié pour un film sur un photographe ambulant, joué par Marcel Sabourin, fut approché. Signature d’un contrat…payant et organisation d’un horaire à ces si belles Îles de la Madeleine pour le tournage.
Soudain pépin ! Beaudin a une autre offre et veut retarder d’un an son « Mario! » Ma déception quand on m’ en parle. J’exige alors qu’on annule mon « permis d’adaptation » et que l’on me dédommage de ces délais imprévus ! Énervement, pressions partout… le tournage se fait comme prévu !
J’ai toujours proclamé que c’est un beau, un très beau film. Mais « bon »… c’est une autre histoire. Dans mon roman « La sablière », cette sablière n’a rien des étendus sablonneux magnifiques des Îles, c’est un petit carré de sable de 500 pieds par 500 pieds, la carrière de Monsieur Pomerleau à Pointe-Calumet où on a tant joué mon frère Raynald et moi, enfants. Les deux héros transforment ce coin de sable en vastes déserts arabes pour s’imaginer —suivant les récits des tomes de leur encyclopédie à trente sous— d’intrépides cavaliers conquérants d’espagnes, gueulant des « Allah ou Akbar ! », interrompus brutalement dans leurs expéditions chimériques par des appels aux corvées ou aux repas, cris des mères dans les « camps » d’été, pas loin ! Le film de Baudin n’en illustre pas moins la beauté renversante des dunes et des falaises rouges là-bas au milieu de l’Atlantique. Ah oui, un très beau film !
Des profs du secondaire me révélaient qu’ils visionnaient « Mario » avec les élèves et qu’ensuite ils les obligeaient à lire « La sablière ». Résultat : les élèves préféraient le livre au film ! Profs de littérature très heureux de faire découvrir aux jeunes générations, rébarbatives à la lecture comme on sait, qu’un livre peut être plus captivant qu’un film. Mon roman fait allusion à un garçon handicap, un autiste, le petit Mario. Dans ma vraie vie, il s’agit d’une fille, la benjamine, dont ma mère accouchait à plus de 40 ans. Hélas, en ce temps-là, il n’y avait pas de ces examens du liquide amniotique pour prévenir les mères enceintes.
Je reverrai ce bel ouvrage de Beaudin avec plaisir ce dimanche de février tout comme j’ai grande hâte de revoir mon « Blues pour un homme averti » et mon « Tuez le veau gras à la cinémathèque en février aussi.
3-
Autres motifs de joie : à partir de jeudi prochain, à T.Q. encore, une série de trois émissions —le rebelle, années 1961-1974, le désenchanté— sur le célèbre romancier new-yorkais, Norman Mailer —dont je me souviens encore de son « Les durs ne dansent pas » qui se déroulait à Provincetown du Cap Cod.
Abonnée à la bibliothèque Grignon, ici, Aile en revenait tantôt, toute contente, avec « Mystérieux Mozart » de Sollers, fortement louangé par Marcotte ce matin dans « Le Devoir », et, d’Amélie Nothomb, « L’hygiène de l’assassin ». Ainsi, entre le « best seller » plutôt cucul, et la saga méli-mélo, il arrive que l’on achète quelques bons bouquins. On a raison néanmoins de pourvoir la place de livres réclamés par les payeuses de taxes municipales. Vox populo…
Ce matin : un article élaboré sur «comment devenir écrivain ». « Pas un métier » dit Suzanne Jacob. Bravo ! Gao- un asiatique— recommande d’avoir un vrai métier « second » avant de s’installer à ses grimoires. Bravo ! Un autre affirme que ces cours de création littéraire peuvent —comment, pourquoi donc ?— « faire gagner du temps ». J’en doute. Homel, écrivain émigré des USA, avoue regretter d’avoir fui, jeune, un tel cours, car, « donné par des auteurs reconnus, j’aurais pu s’y faire des… contacts ». Eh b’en ! Justement, dans « Écrire », le petit livre que j’achève de peaufiner, je m’exprime abondamment sur ce sujet. Non, pas un métier. Une vocation. Une passion. Il y faut le don. C’est redit dans l’article: « Pour vivre, faut se trouver un autre job avant tout ».
Hier soir, on hésite :aller voir en bas de la côte, « Kandahar », récit afghan tourné au Pakistan, ou « surveiller » la télé. On ne sortira pas au « frette ». Télé donc. Paresse ? Oui. Après du Légaré, voici du Clémence Desrochers. Son art de jouer ou la prude ou l’ado initiée est d’un brillant ! Sa malice dans ses beaux yeux ! Sa silhouette de « vieille fille », ou soumise ou effrontée : des perles de fine observation. Ses chansons…hum…pas toujours bien solides !
Vu aussi à la télé, canal « Musimax, un instructif et brillant « portrait » de la pétulante « Marjo », alias Marjolaine Morin, ex-serveuse de Verdun. Fascinés, Aile et moi. Marjo, jeune, se garroche d’abord avec des bruiteurs doués et vulgaires : « Corbeau ». Après le « show », drogues en coulisses tous les soirs. Vie de chien, bambocheuse nuitamment, une gueularde barouettée sans répit dans bars et clubs.
Tout est dit comme implicitement. Telle la Dufresne, autre « chat sauvage » doué, les interviews affichaient la carence de ce milieu « rocker » à pouvoir s’exprimer. Ils n’ont pas de vocabulaire. Ils cherchent à bien dire mais…c’est, alors, péniblement, des grimaces compulsives, des gestes convulsifs, l’impuissance fréquente des nôtres à savoir dire un peu clairement ce qu’ils ont vécu.
Le tempérament est vrai, la fougue étonnante, l’énergie dépensée généreusement, la quête de sons neufs bien réelle mais au delà de leurs frénétiques exercices sonores c’est le vide sidéral de la pensée articulée chez ces créateurs n’ayant ou jouir d’une bonne instruction. Des paralysés ! Tristesse ! Comme on est éloignés des Ferré, Brel, Brassens et Cie qui, eux, pouvaient marquer leurs témoignages de mille et une interrogations d’une vive intelligence. J’ai pu écouter parler des jeunes, ceux du rap, enfants d’émigrants nord-africains, nés dans des banlieues pauvres de Paris : idées bien structurées. Même en argot de « zonard ». Nous avons un réel problème langagier au Québec !
4-
Mon cul de certains films culte ! Ah oui ! Revoyant le célèbre « Harold et Maud » hier soir, Aile et moi, sommes très déçus. Ce jeune homme riche, joué par Burth Cort, est un « caractériel » abruti, couvé par une mère, veuve parvenue, arriviste et snob. On veut bien. La vieille émigrée juive, si remplie de bonne santé, séductrice —mais suicidaire à la fin— bien jouée par Ruth Gordon, est une invention tordue. L’idylle bien peu plausible entre l’ado et la bohémienne nonagénaire est abracadabrante en diable. L’histoire est tissé d’un…tissu convenu en fait. C’est une légende imbuvable. L’attirance du petit psychosé —ratées les scènes chez son psy—par cette vieillarde est cousue de gros fil blanc. L’anarchiste, voleuse de bagnoles, rte un cliché, une invention grotesque. L’ensemble est bien lent, ce qui n’arrange rien. Film-culte ? Mon cul, oui ?
5-
J’ai fait, il y a des mois, une sorte de songe… encore un peu éveillé, mal endormi en tous cas, il me semble. Je suis, rue Saint-Denis, sur le balcon du logis familial et il pleut, très fort. J’en suis absolument ravi. J’observe les grosses et puissantes larmes du ciel qui arrosent la rue, le trottoir. Me voilà envahi d’un sentiment de bien-être incommensurable. Je ne sais trop pourquoi. L’air sent bon toute cette eau qui se déverse. Ondinisme curieux ! La lumière est assombrie, tamisée, d’un gris rassurant (!), partout. Me voilà comme dans un bocal, heureux comme une…carpe ! Le parfait bonheur, oui, parfait et pour bien peu, pour presque rien au fond. Il pleut à verses, c’est tout.
D’où m’est venu ce rêve si aimable ? Ce grand, profond bien- être ? Pas de réponse. Depuis, dans mon lit, je tente parfois de faire revenir cette impression d’une sérénité rarement éprouvée. Je revois la pluie battante, le balcon-refuge… Je veux respirer cette odeur d’eau rassérénante à pleines narines. Mais ça ne revient plus ! Bizarre cela.
Ainsi longtemps, pour m’endormir vite, je partais m’installer en pensée, sous un soleil radieux, dans le mou du sable, sur un coin de plage précis à Ogunquit. Un endroit fixe, contre une clôture de lattes de bois pour endiguer l’érosion des joncs, lieu que je connais intimement… le sommeil venait me chercher chaque fois. Comment bien conduire ses sens, installer un décor douillet, au moment de s’en remettre aux bons bras de Morphée ? Je sais plus.
6-
Étrange « séance » d’amateurs, hier soir à la SRC, avec le sosie de Chantal Joly, cette Monique Giroux, animatrice du « Cabaret de refrains ». Une curiosité. Show un peu « freak » en somme. Des inconnus du grand public, quelques « connus », viennent s’adonner à la chanson devant un public bien conditionné pour cet exercice bizarre. Hier, ils fêtaient Bécaud, récemment « disparu », ce mot qui fait sourire ! Un gras bien bedonnant, une à frange fournie, un Tisseyre-fils dynamisé, une blondinette « seurieuse », faune qui décide donc qu’ils l’auront ce « 15 minutes de gloriole » promis par Andy Warhol, pape du pop art ! Votre canal local, oui, accepterait volontiers ce genre d’aimable démonstration mais la SRC ? Dame Giroux, voix de gorge, mimiques de « M.C. » de clubs de « nuitte » des années ’40, auto-emballée, y allait de sifflements à la garçonne, de louanges dithyrambiques (pour son patron !), d’une ferveur commandée et, à la fois, visiblement sincère. Bref, elle en fait beaucoup… jusqu’ à potiner « bas » avec son Bécaud marié, hon, amant de la jeune Bardot qui l’oubliais un jour dans une loge de l’Olympia où il se produisait. Seigneur !
7-Projet :
aller voir deux films aux salle de Saint-Jérôme, à vingt minutes d’ici : « Ali » et « Un homme d’exception » avec l’acteur Crowe, oui, un « e » à Crow.
Aux huit salles du « Pine » de l’ami Tom, en bas de la côte, on enrage, Aile et moi, de trop rares films en français ou doublés. Le proprio m’a déjà raconté une histoire embrouillante pour s’excuser de trop de films « in english ». Pas de copies disponibles, rares copies réservées aux gros réseaux, etc. On se rend donc à Saint-Jérôme.
Ce film, « Un homme d’exception», serait basé sur un livre de Sylvia Nasar, la bio de Forbes Nash. La vie d’un savant mathématicien de l’université coté, Princeton. Ce « Prix Nobel », s serait pourtant affligé de schizophrénie. Des reproches volent dans l’air malgré l’unanimité des critiques de cinéma. On dit que le film de Ron Howard aurait retranché des vérités encombrantes dont une part d’homosexualité du dit Nash. Négation du fait chez les Nash, monsieur et madame !
D’autre part, des psys doutent qu’un tel malade eut pu se livrer à ses savants calculs (sur les chiffres et les jeux !) du temps de sa maladie. Bref, un article résume le débat : « disons qu’on a comprimé et synthétiser sa vie » ! Aïe, voulez-vous d’une vie maganée de même ? Le producteur, lui, rajoute : « Il est bien, non, de donner ainsi de l’espoir aux malades mentaux ? »
Anecdote : j’ai appris que mon dessinateur de bd favori, enfant, Edgar Rice-Burrough, souffrait, lui aussi, de schizophrénie. Notre merveilleux, formidable, « Tarzan » ne s’en ressentais nullement dans nos chers « comics » de « La Patrie du Dimanche », pas vrai les vieux ?
L’auteur du livre sur Foi4rbes Nash admet qu’on a retiré la photo du savant sur sa biographie et mis celle de l’acteur qui le personnifie ! Pratique courante. Quand le « Mario » de Beaudin sortait, se méritant trois prix au Festival de Montréal, mon éditeur —Leméac— fit mettre, vite, vite, une photo du film sur la couverture « La Sablière », réédition en « poche ». Il fit mettre aussi au bout du titre : »Mario ». De bonne guerre, bien entendu.
Finale de ce samedi : Pressé un peu par Aile qui n’apprécie pas trop les bébelles, j’ai défait mon « sapin de Noël en cèdre » et enlever les guirlandes. Vas-y mon amour, passe le balai maintenant ! La petite vie, hein ?

Le dimanche Ier décembre 2002

1-
Quoi? Déjà ? Décembre débute. Me reste donc huit journées nettes à noter sur calepin. Trois ou quatre entrées finales. Le 8 j’écrirai : « youpi, je l’ai fait. Toute une années (365 jours de notations) de journal ». Content de moi.
Après ce sera « Poing… », un hebdo d’un autre genre, je le veux, que je veux plus « poignant »(?), plus « poing » brandi. Plus minimaliste aussi. Fini de m’étendre en considérations diverses sur…l’État du Monde. Un journal elliptique. Recouvrer de la liberté. Je ne noterai plus rien. Ce sera ce qui submergera vraiment. Juste la mémoire. Me débarrasser des éphémérides vains quoi. Un poing pour faire le point sur on existence une seule fois la semaine. Un « poing net » de coq à l’âne multiple. Y arriverais-je ? Je verrai bien.
Aile a lu hier soir, avant de venir me retrouver dans notre vaste couchette —lit king-chose—, mon essai —le premier chapitre de mon « Exilé ». (Devrais-je le « soumettre » sur le site, Marco ?). Ses questions : 1- « Ça se passe où au juste, on sait pas. 2- Ça se passe quand, on sait pas trop. 3- Ce jeune missionnaire refusant la femme offerte, est-ce plausible de nos jours ? 4- Ces villageois, des sauvages, des vrais primitif ou quoi ? Ce maire guettant un site à touristes semble moderne, non » ?
Je dis : « Oui, je vais y penser ». Mais… bigre, je tente justement (me défaire de l’ancien romancier réaliste) de jouer la carte de l’ambiguïté. Situer mon histoire (que je ne connais pas encore, que je raconte au fond) sans un espace géographique précis, sans temps trop défini, dans un monde exotique pour mon jeune héros. Un seul pan, flou, parler de quête spirituelle. Mon « petit prince » est un jeune adulte. Il sera aux prises entre sa foi religieuse et un monde réel. Je souhaite arriver à le confronter : l’exil —fuite, cachette, abri anti-monde— qu’il s’est imaginé sera une très difficile aventure intérieure. J’ai peur. C’est correct, souhaitable. Sans cette frayeur —risquer un échec— devant le projet, aucun intérêt de poursuivre ma chimère. J’aime mon défi. J’ai tout décembre —tout janvier aussi ?— pour triompher (?), écrire sur un thème impopulaire, sur un sujet hors-mode. Ce serait mon premier roman…philosophique. Non, pas ce mot. Simplement un roman différent de tout ce que j’ai fait jadis. Vouloir une mue. En avoir besoin. M’imaginer, bien entendu, une métamorphose complète. J’ai très peur. C’est excitant. Aurais-je la volonté de tenir bon. Le terminer coûte que coûte ce récit sur… les valeurs.
Il y a qu’avec le journal, j’ai pris conscience du temps qui fuit, de mon âge. Il me reste bien peu de temps maintenant. Ne plus publier des histoires ordinaires. Ambition ? Estimation de soi inflationniste ? Ça se peut. J’ai bien le droit de croire que je peux laisser un ouvrage qui aurait du sens. Qui aurait le pouvoir de faire réfléchir. Je ressens le besoin d’écrire —ce qui me tenaille depuis si longtemps au fond et qui est la question essentielle : ne pas être au monde en vain. Laisser une trace une bonne fois qui en vaut la peine. Pour ceux qui viennent ? Oui. Par exemple, entre autres, pour mes petits-fils que je vois s’en aller vers ces réalités folichonne qui nous submergent ici, en Occident-le-repu.
Assez, le faire maintenant, continuer à trouver l’énergie —le goût, l’envie, le désir, oh le désir !, de poursuivre. J’ai peur. J’aime ça. Croisons les doigts. Que les dieux de l’inspiration collaborent !
2-
Aile a loué « Atanarjuat ». Premier film d’un Inuit, tourné dans sa patrie arctique. Étonnant récit. Nous qui sommes fasciné par ces austères paysages du Grand nord, servis ! C’est le monde « esquimau » de nos enfances. Ça se déroule certainement au temps d’avant les motoneiges, les moteurs « Evinrude », les maisons préfabriquées d’aujourd’hui là-haut. Tribus sauvages, petits clans à querelles, primitifs vêtus de peaux, recul au temps des cavernes (igloos). Un univers d’hommes préhistoriques qui survivaient, il y a 50 ans, loin au-dessus de nos modernes terrains organisés. Un film —malgré des longueurs, tout va si lentement entre glaces et neiges— épatant. L’hiver, si long là-haut, sans repères, sans horizon aucun (vues effarantes) quand le ciel se confond avec cette toundra blanchie.
Me suis vu hier soir à « Tablo », canal Artv. Pas fameux mon bref segment. N’en reviens pas encore :tant d’heures avec caméra et huit petites minutes pour l’écran. Généreuse, l’amie Françoise (Faucher) me téléphone ses louanges. « Votre plume à l’encre, Claude, si vive, si décidée, oh, bravo » ! Leur choix de peintres, des « pros », formidable dans cette série rare. Hier encore. Découverte sans cesse de talents inconnus de moi, très forts. Pour cela :vive la série « Tablo » !
3-
Article insolite dans cahier-culturel de La Presse, sur un bizarre d’Étatsunien, exilé, devenu prof à l’université de Chicoutimi, R. Dole. Jeune, il fut interné (en 1960) en hôpital psychiatrique pour… homosexualité ! Étudiant à Harvard, « sioupla », où il se déniche un père spirituel, le théologien protestant allemand, Paul Tillich, « un Sartre » dit-il à Suzanne Giguère. Secoué jeune par les révélations des camps nazis et « pour fuir les images de la guerre au Vietnam » ce bizarre futur « chicoutimien », Robert Dole, s’exile…Où ?, en Allemagne ! Curieux non ? Il y trouve le bonheur complet, dit-il ! Bon. Il y enseignera. Germanophile total. Il publie « Mon Allemagne » ces jours-ci, un mince 115 pages, chez Leméac éditeur. Le fameux Stephan Zweig, deuxième père spirituel, l’aide à passer « au delà- des ténèbres nazis » ! Très curieux cheminement intellectuel !
Pour Dole, il semble se réconcilier avec cette Allemagne (qui l’avait tant choqué jeune) via sa culture. Comme si les célèbres littérateurs (et philosophes et musiciens) allemands pouvaient occulter le nazisme allemand ? Cela fait songer aux défenseurs d’un Israël « naziste » en recourrant à la fabuleuse pensée biblique (Thora) ! Non mais… e qui est déroutant c’est bien justement de constater qu’une culture « hénaurme » n’a pas empêché un peuple de sombrer dans le fascisme odieux le plus horrible jamais vu sur terre. Inquiétant non ? Une culture riche, universellement reconnue, ne protège absolument pas des pires dérives nationales ? Une idée accablante, c’est certain.
Dole s’avoue volontiers schizophrénique. Quel prof ! On songe au film « A beautiful mind ». Il lit la Bible tous les jours, dit-il. On se demande comment il s’arrange avec les condamnations incessantes des affreux sodomites ! Sa foi ? C’est « une consolation » dit-il, la religion. Aïe ! Voilà un rapetissement étonnant sur la foi. Dole vante le pacifisme sur-actif des Allemands mais quoi ?, est-ce pour eux, là-bas, une compensation ( les remords ?) pour les horreurs innommables commises par leurs pères ou grands-pères ? On est en droit de nous questionner sur ce vif amour « allemand » pour la paix. Écrire m’sieur Dole ? « Une thérapie » dit-il, ça prouve que je suis sin d’esprit ». Oh Seigneur , non ! On connaît, tous, des écrivains à l’esprit énormément tordu, complètement déboussolé. Un sacré prof, je vous jure.
4-
J’avais aimé illustré (chez Guérin éditeur) un livre du prof Réginald Hamel sur Alexandre Dumas…Le grand Alexandre, que l’on vient d’installer en grandes pompes au Panthéon des grands hommes à Paris, et cela avec un faste jamais vu —défilé, fanfares, spectacles de rue— dans aucun autre pays du monde. J’aime la France pour cela aussi. Hamel —qui se promenait un temps à bord d’une grosse moto, fortement cylindré, était un diable d’homme : il colligeait tout, vraiment tout, sur nos écrits québécois pour ses archives dans la haute tour de son université sur le mont Royal. Le voilà invité parmi les connoisseurs en « mousquetairies » à Paris. Honneur mérité car Hamel sait tout sur ce petit-fils de nègre-esclave en Dominique. On ne sait pas assez qu’il y a —dans nos murs— des Québécois très savants et cela dans mille domaines.
Grave bémol de Martel pour le récent roman de Bourguignon et…toc : trois étoiles ! Dany Laferrière s’étonne ce matin —propos étonnants sur théâtre etc.— de ces étoiles (comme à la petite école) pour les livres. Il a bien raison. C’est puéril. Comme il s’étonne des « coups de cœur » qu’une chaîne de librairies plaque sur de tas de bouquins. Les livres comme des jambons avec étiquettes : « quality one » ! Des bémols pas moins fréquents pour le film « Séraphin ». Le jeune historien Champagne (brillant à Historia) chez Le Bigot ce matin. Il raconte Grignon : né et mort ici à Sainte-Adèle (il y fut maire), à quatre portes de chez nous, jeune décrocheur du collège Saint-Laurent, reporter un peu partout dont à « L’Avenir du Nord, puis pamphlétaire, un jour à gauche, plus souvent à droite, admirateur du réactionnaire Léon Daudet (fils indigne du merveilleux Alphonse). En 1933, le roman de son Alceste-Arnolphe-Avare (moliéresque tragique). Six ans plus tard, hélas, débute l’exploration et l’exploitation —il faut le dire— de son Séraphin qui n’avait rien d’un séraphin.
Champagne n’a rien dit du terrible papa de Grignon, médecin changé en dur agent immobilier, rapace (ma-t-on dit), âpre aux gains des spéculations douteuses. Contentieux grave de ce père « avaricieux » (?) qui eut le tort de se remarier. Il y eut même une petite maison construite (on peut la voir , rénovée, peinte en bleue derrière la fleuriste Hudon (ex-logis du père honni) derrière le vaste logis paternel où vivait la belle-mère haïe. Un tunnel-tambour (on en voit les traces) permettait les visites aux garçons rebelles ! L’auteur, devenu célèbre, gommait cette histoire. Freud —et Malraux— parlèrent du « devoir tuer le père ». Classique. Eh oui ! Je tuais le mien (ultramontain) en affichant mes convictions anticléricales, socialistes et séparatistes. Pour qu’il s’étrangle, je piétinais volontiers ses dieux : le pape, Duplessis, Salazar, Olivera, Franco. Devenu adulte, je comprenais ses peurs, son hérédité et je fis la paix avec lui.
5-
Le Marsolais « bon chien » chez « Power-Gesca-La Presse », parle de « redites » lisant « le tome 2 » de Normand Lester sur le Canada bien noir. Écorcher l’encombrant messager. Nuire au divulgateur : nos anglos en nettoyeur ethniques « coast to coast ! Dans l’Ouest, revêtus des sordides soutanes du KKK, orangistes enragés, haine viscérale des émigrants et des Canayens-français-cathos, des Chinois surtout, cela jusqu’au bout de l’Est (Newfoundland) où ils génocident radicalement les Amérindiens du lieu. Je suis toujours dans son tome un, je déguste. Ça ne cesse pas ces révélations sur « l’autre nation » montré avec documentation précise en racistes vraiment haineux. Ça renverse les propos répandus depuis si longtemps faisant de nous des fascistes indécrottables. Lecture indispensable pas pour moi le converti, pour nos endormis qui « dorment au gaz », oh oui, à offrir en cadeau aux nôtres, durablement complices fédérats ignares.
Aile me racontait hier un Guy A. Lepage plutôt incohérent en face de Martineau (magnéto). Il a donné en exemple les Américains « si solidaires entre eux malgré les dissidence occasionnelles ». Il aurait dit : « Il faut mieux nous tenir ici ». Ajoutant : « je veux pas forcer nos anglos —et émigrants— au français, juste qu’ils soient solidaires comme les Américains, qu’ils se proclament des Québécois, avec nous ». Non mais… Justement, aux USA :une seule langue. Pas ici, pauvre tit-Guy. C’est le lien essentiel qui manque exactement. Tout est là. Tout est dit. Il y a deux nations et ceux qui se campent « hors français » se diront toujours des Canadians ! Point final. Sacré Lepage !
Lepage a vanté « sa totale liberté » comme scripteur-concepteur à Radio-Canada. Oui, sur le plan social, on sait qu’il n’y a plus aucune sorte de censure, hélas, dans du spectacle qui entre chez les gens. Que mon cher Tit-Guy tente de noircir Ottawa, le fédéralisme, par un de ses deux personnages dans un de ses sketches, il va voir sévir Dame Censure et vite en p’tit Jésus… pas de plâtre, d’acier. L’innocent !
Avec mon « Exilé », si publié, serais-je un des invités au prestigieux quinzième Salon du livre de Guadalajara au Mexique l’an prochain ? Ce sera notre tour. Les écrivains cubains y sont à l’honneur ces jours-ci. Leur année de fête. Délicate opération. Il y a les auteurs interdits, exilés, en prison. Eh la la ! Oh ! La diplomatie se fait aller. On marche sur des œufs. Comique spectacle habituel. Connu. Langues de bois à l’ouvrage. Le Pen Club —Émile Martel (père ou oncle du Yann anglaisé ?) préside pour Québec-Canada— y est avec un « silencieux » pratique. Je ris de voir cette gymnastique foireuse aux Foires internationales de tout acabit.
6-
Le cinéaste gueulard —« on est tous des lâches et de mous, des endormis »— Falardeau lira sans doute l’Odile-devoiresque de samedi dernier: « Falardeau gueule contre « une population de « piscines à ph » et de « Reers » à protéger. Mais lui ? Il fait des piastres en masse avec ses pénibles films sauce « Elvis Gratton ». Ça va rétorquer je pense, gagez-vous ?
Le gras producteur Guy Cloutier surveillerait les invités de sa fifille Véronik à la série pop « La fureur ». Radio-Can co-diffuse avec la radio CKOI, furieux —en fureur ?— Cloutier aurait rayé d la liste d’invités faite un humoriste qui a osé quitter CKOI pour CKMF. Dehors ! Hon ! Questionnée Brigitte Lemonde, patronne à la SRC : « nous, on se mêle pas des listes d’invités, souvent changées, pour cette « Fureur ». Des Pilate-au-lavabo. Sans cesse.
Déchiquetage total du Denis Marteau théâtreux dans La Presse. À l’Usine C : « on dort » ! Le titre du Marleau : « Quelqu’un va-t-il venir »? de Jon Fosse. Titre de la descente en flammes : « Quelqu’un va-t-y y aller » ? Oyioille ! Juste pour cette année, Il y a 36 nouveaux textes québécois offerts rue Saint-Urbain, au CEAD. Marleau choisit ce Jon Fosse. Ces jours-ci, il y aura 10 lectures de pièces québécoises inédites, ira-y-il faire un tour le Marleau ? Les tablettes croulent au CEAD. Ils sont maintenant 2,000 auteurs en attente au CEAD. Merde, y doit bien avoir deux ou trois bons textes dans l’immense stock, jamais je croirai…
Vive la liberté ? Oui, oh oui. À leurs frais à tous ces « marloux déracinés »…pas avec l’argent public des citoyens d’ici. Toujours le racisme inverti :les autres sont les seuls bons.
7-
« Pu, capab », encore ! Cette Marie-Christine Blais, à la radio de Cbf-fm, (qui ne déconne pas) avec ses déplacements de l’accent tonique sans cesse. Inécoutable ! Est vivante, lyrique même, mais toutes ces voix d’adolescentes nubiles le nez bouché :assez !
Dans les gazettes, de solides placards en cahgies-culture chez tant d’éditeurs encore, hier et ce matin. Pour mon livre tout neuf : pas une ligne, rien ! Ma manie de me choisir des pauvres aussi. Ai-je ma leçon ?
Démolition totale du Tachereau nouveau par Cornellier. « Un grossier ramassis de niaiseries » ! Et bedang ! Le Brûlé éditeur doit fumer chez ses « Intouchables » ! Je touche et… je tue » : du Dumas ! Bémol grave sur le Lalonde récent où il romance à propos de la drapée Yourcenar. « On ne sait pas qui parle », Lalonde ou sa Marguerite réfugiée au Maine avec son égérie lesbianiste. dit la critique. Oh la la ! Au fait : peur pour mon journal. Ces temps-ci ça cogne dur !
« Aile, je dis, avoir cette plume à gel, « Cross Ion », suspendue au cou sans cesse ». Annonce lue. Comme un cow-boy dormait avec son revolver ». Cadeau de Noël : 29, 95 $ Elle sourit la mosusse !
8-
Lisez bien : « La mafia ou notre gouvernement : choisir ». Hen, quoi ? C’est que le publicitaire, J.J. Stréliski qui l’affirme en regrettant l’abandon subit par Loto-Québec de sa pub (payée cher). « Si l’État était pas là (le vice du jeu), la mafia s’y mettrait aussitôt ». Ah ben… Beau programme non ? Ça dit : vous souffrez d’une manie vicieuse ? Pas question d’interdire, rien désormais, « cé pas à mode man ». On va faire avec…Tranquillisez-vous, l’État va y voir. « Les bandits, la pègre, c’est nous autres: Loto-Machin ». Belle mentalité hein ?
Magnéto : on a revu « Double identité » avec le formidable John Cage et Travolta. Le sujet ? C’est bin la seule patente qu’on avait pas dans la mythologie gréco-romaine qui contient tant de métamorphoses cocasses ! Deux méchants petits dieux qui auraient échangé leurs visages. Forte idée hein ? Pour confondre les mortels. C’est cela le sujet du film titré « Double identité ». Fascinant. Hélas, c’est du tow tow et du bing bang ! Cent mille balles sont tirées et nos deux compères se relevaient sans cesse. Sauce connue. Une formidable idée (futuriste), avec savant chirurgien plastique de mèche avec la police de Los Angeles. Le brave flic (Travolta) avec le visage du bandit (Cage) …Et vogue la galère. En fin de compte, on éclatait de rire Aile et moi tant le scénario était mal ficelé. À la fin, famille nucléaire réunie :papa, maman et l’enfant mignon. « The end ». Beau dommage.
9-
La jeune Brazeau (sympathique jeune camarade à CJMS) se suicide en ondes à TQS, entourée, encombrée, de godemichés en plastique et autres épices débilitantes. Une fois pressée —un an, deux ans ?— ce citron en jupon n’aura plus aucune crédibilité, elle l’avait déjà (débutante) pas trop bien installée. Je trouve cela si triste…envie de l’avertir par une note amicale. Aile : «Mêle-toi donc pas de ce qui ne te regarde pas ». Bon.
L’affaire du gros nez d’Ottawa dans nos affaires de santé ? Landry frappe juste : Romanow en peint en bureaucrate soviétique fédéraste ! Si Mario-ADQ, John Charest surtout, avaient du courage, logiques fédérastes, ils oseraient un « Oui, oui, Ottawa verse du fric et veut que ça reste dans la Santé. Nous acceptons. Ils ont raison. » Au lieu de ça, ces hypocrites se la ferment : la peur électorale. La frousse : « Tout d’un coup que les Québécois seraient contre… ». Calculateurs infâmes. Pouah , ça pue.
Plate à lire ce spécial « Nouvel Obs » sur Nietzsche si vous n’êtes pas familier du jargon philo. Assommant. Ratiocinations imbuvables de spécialistes. Ça vase en nuances ésotériques sur un mot, deux phrases, trois extraits du Grand homme ! Déception.
À Canal Historia, encore un vétéran (Jean Vernier), fantôme de Dieppe. De 1942. À 15 ans, ça rêve action. À 18 ans, voici le petit chômeur, volontaire, bien con il a voulu de l’action, il en a eu un bref moment, il se fait écrabouiller sur un rivage normand. Durant 65 ans, médaille au collet, il va, une fois l’an, bavarder à en plus finir sur ces jours de grande noirceur. Privations terribles. Peur. Menaces. Odieuse prison allemande et cie. Triste leçon.
10-
Ce Dufort bien criard (en « Infoman ») me tombe vite sur les nerfs. Pas toujours amusant. Cette semaine : des platitudes rares. Il gigote en vain, girouette perdue. Il gueule comme si nous étions tous sourds (il n’y a que moi !). Non, on l’a assez vu. Qu’il décolle du petit écran maintenant.
Fou ? Ai eu envie de revoir, avant-hier, le ruban où je racontais le peintre, pionnier, décolonisateur premier de l’imagerie italianiste au Québec : Cornélius Krieghoff. Pas mal du tout. C’est moi qui vos le dit. Vous ne le verrez jamais. Refus d’ARTV. Je ne me console pas de ce rejet. Je voulais tant un nouvel essai avec le récit sur MAF, Marc-Aurèle Fortin, que j’aime tant. Le producteur et ami Dubois ne m’invite plus à ces essais. Me consoler un jour ? Il le faut bien.
Effrayant ce jeune témoin « en faveur de l’assassin en cour. Il est le fils grandi d’un tueur, Hotte, un agent de la RCMP. Pauvre garçon. Effondrement visible. Larmes. On le sent secoué. Sincère. « Mon père a tué mais… » Aile émue. Moi itou d’abord. Puis j’ai songé : dans cette cour, bien installer, en face du tueur et de ces bons témoins, les survivants de la tuerie. Il y a le fils —certes désespéré— du père assassin…Il verrait, droit devant lui, les autres désespérés, le fils du (ou de la) tué(e). Son père ou sa mère, ses sœurs ou frères. Pourrait-il continuer à parler en faveur d’un père assassin enragé un soir en bordure de la route Métropolitaine ? Un voix intime : « Claude, Claude, il y a le pardon…Il y a la compassion… » Je sais plus quoi dire. Se taire.
Avant-hier soir, je revenais le bras chargé de l’École hôtelière : poissons, de l’agneau et des calmars, 20 tomates ! Viande à chien que c’est pas cher ! Aile contente. Il y avait aussi du bon frais chocolat. Ai fui ! Sans me retourner. Quel brave gaillard va !
11-
À la gauche de mon clavier, encore plein de coupures, souvent étonnantes, faites dans mes gazettes du jour. Non. Résister. Un journal c’est pas trop de journaux ! Ça ira dans un grand sac au pied d’un placard avec le reste. Pour…pour rien !
Mardi en ville pour T.LM., mardi interview avec ce jeune Dohohue de « L’Express d’Outre Mont », mercredi grand pow-wow de Noël à Radio-Can, buffet promis, avec les anciens et les actuels travailleurs de télé. Aile et moi : envie de revoir d’anciens complices du réseau français…
De retour ici, jeudi, au journal…pour en finir avec le journal ?
En y pensant, pincement au cœur alors, c’est fou.
Me répéter : il y a cet « Exilé » à pondre. Songer : mettre ça sur mon site, chapitre après chapitre, les corrigés aussi…un « work » en progrès ? Montrer les efforts, les ratures, les virages, les déchets…Ça captiverait qui ? Doute ! Pas une bien bonne idée. Marco, tiens, va me conseiller.

Le lundi 18 novembre 2002

1-
Ça tombe, hier, cette nuit, encore ce matin : que de neige abondante à la mi-novembre ! À midi, rayon de soleil :la beauté ! Ale et moi :souffles coupés. Blancheur lumineuse dans nos sapins, flocons rares, isolés, qui flottent dans la lumière hivernale. Au loin, image liquide contrastante, l’eau du lac en vaste ardoise sombre.
J’ai eu envie, hier, comme de me débarrasser du conte de Noël pour CKAC, le 20 décembre. C’est fait., en suis bien content, l’ai donné à mon webmaster, Marco, pour le site. Depuis trois ans, ce « rituel » a un fort succès pour les auditeurs de Paul Arcand. Espère même succès le 20. On verra bien.
Pour demain matin avec Houde et Bertrand, ramasser des notes. A) le cabanon des indiens, les noyaux de cerise enterrés pour eux, le « whippet » sacrifié par Laurent, le petit Gabriel et ses canards secrets. B) les fontaines et leurs vœux en y jetant des cennes noires, C) installation facile de mini- golf partout, enfin, D) organiser « course au trésor ». Bien. Suis prêt !
Tantôt à « La tribune du Québec », (Cbf.fm) l’éditeur Vaugeois (« Septentrion ») déchaîné et avec raison. Il fustigeait les médias qui avantagent « systématiquement », dit-il, les auteurs de l’étranger (lire Paris surtout !) et négligent (je dirais :méprisent) les écrivains québécois ! J’étais content en diable. L’animateur plutôt silencieux…Culpabilité collective de ces favoriseurs des livre d’ailleurs ?
Hier, cahier du dimanche-livres de La Presse :mon éditeur Beaulieu y allait d’une diatribe enflammée, lui aussi. Enragé mon Victor. Avec raison et preuves. Il a tiré tous azimuts sur le « milieu des livres », les bureaucrates, le Salon du livre et… Radio-Canada…Oh la la ! Une attaque bien venimeuse. Vénéneuse ? Comme j’ai bien fait de résister à ce projet (en 1987,1988) de devenir, moi aussi, éditeur. Je l’ai échappé belle, ma foi du bon yeu. Une activité de misère ! De déboires, de déceptions s’il faut l’en croire. Me voilà, lui se révélant comme aux portes d’une banqueroute, inquiet pour l’avenir de mes deux tomes de journal à venir et pour mes royalties ! Aller à l’aquarelle, me retirer au plus tôt de ce jeu infamant, la littérature québécoise.
J’ai relu, à midi, mon conte pour CKAC expédié, aussitôt fait, hier soir pour le site claudejasmin.com: plein d’horribles fautes et coquilles ! Ma honte à retardement. Je le corrige (avec ajouts) et le ré-expédie à Marco. Faut que je me surveille mieux, nom d’une pipe ! Gros paresseux jouisseur toujours pressé. J’avais mis « mirre », c’est « myrrhe » l’orthographe correct (Robert) , fainéant en dicos ! Non mais…
J’ai cru utile (?) d’envoyer un texte sur André Cailloux, mort dimanche, aux gazettes. Peut-être…Je l’ai sorti de mon « Je vous dis merci », chez Stanké. On verra verrat !
Magnéto béni : vu des émissions capturées par l’experte Aile. Exemple : Charrette « Chez Roger », un bar dans ma petite patrie. Encore énervée, trépidance énervante, bavarde, coupant, n’écoutant pas trop… Une Marie névrosée sortie de prison quelques heures pour son livre tout frais « Lettres de prison » (VLB, éditeur). Étudiante universitaire, entre deux cellules (à Tanguay ou à Joliette), elle nous arrose sans cesse pourtant de « tu-comprends-tu là ? ». « Franchement » dirait Aile.
Hier soir, à la SRC : Terrifiants aveux d’un ex-ministre et ex-animateur de radio, le fils de l’ ex-Premier ministre Bertrand. Chez « Maisonneuve à l’écoute », il raconte sa chute épouvantable. Médicaments pour « performer », puis l’alcool à flots généreux, enfin la cocaïne (le sexolisme fou). Un enfer ! Suite de thérapies, rechute sur rechute. Depuis six mois, il tente de stopper définitivement sa décadence. Une émission renversante. Que commentait Bourgault chez Bazzo ce matin. Bertrand junior (il a 56 ans, son père mourait à 57) le fait pour se rendre comme vulnérable. Pour poser un frein. Ne plus retomber. Devenir pour tôt le monde un cible. Il dira : »Oui, qu’on me surveille même ! » Il a perdu des millions de $ avec sa drogue ! Aussi ses amis, son épouse, il ne lui reste comme copains que les ex-drogués !
Soudain, aveux supplémentaires : le pensionnat, huit ans, de 12 à 20 ans (cours classique du temps) l’aurait amené à l’homosexualité ! Hen ? De quoi ? Quoi ? Eh ben ! Il se dit devenu…bi-sexuel (« une foutaise, me disait Michel Tremblay, un leurre, un masque, il n’y a pas de vrais bi-maschins »).
L’homme semble sincère, là, n’est pas la question. On se pose des questions sur son nettoyage de plaies vives. Alors tous ces psys consultés, à quoi servirent-ils au juste ? Désormais, il veut s’en sortir seul, insiste-il, sans aide. Condamnation confondante des psys ? Ah oui, une confession étonnante.
Trop de pub peut nuire : déjà fatigué d’entendre jaser sur le film à venir « Séraphin ». Pas vous ? Overdose non ?
Le cinéaste Francis-Ford Copola chez Lipton hier soir, ARTV. Formidables propos (avec extraits de ses fims archi-connus) sur cet « oscarisé » célèbre. J’aime ces entrevues. Bien faites.
Sur Tv-5 :débat. Les écologistes, les verts, pour ou contre. Fameux. Zapete énervée entre deux bonnes émissions. Soudain, madame Chandernagor vient jaser de son livre : « La chambre » la fascinante histoire du petit futur roi Louis numéro 17. Enfant —par les « sans-culotte »— enfermé dans une chambre close à la Prison du Temple. Tué ou caché…et puisexilé, on disait en Canada…légende ! Vient le « Galilée » de l’ex-ministre de l’éducation en France, « jeté » par Jospin, le gras et très brillant Allègre. Que de livres à lire, trop ?
Avons revu « American beauty », un film fort. La banlieue USA, le confort et les malaises du monde bourgeois. Instructif. Illustration des dangers de posséder trop d’armes à feu ! Ken Spacey toujours parfait en époux cocu, dérivant vers le jeunisme imbécile.
On veut descendre en ville avant le gros trafic. Devoir en finir avec le journal. Mes autres notes remises à plus tard. Demain matin, tôt, studio No. 84, de radio, pour l’enfant de chœur à raconter à la SRC avec un réalisateur venu de Chicoutimi. Ma soutane rouge, ma calotte…Vite ! Je chante : Partons la mer… blanche des neiges tombées m’appelle…

Le mardi 27 août 2002

1-
Je n’en pouvais plus. Tant de jours sans journaliser. Il a fait si beau. Ce matin, même lumière avec un grand vent —froid— du nord. Mon « flag » me le montre. Ainsi diariser m’est agréable, c’est clair. Je sors des trois vieux volumes de journal, cadeau de Manon A. Je n’en reviens pas. Tant Mauriac que Julien Green, c’est le questionnement spirituel continu. C’est impressionnant certes. Du vrai journal ? Non. Mauriac ne date même pas ses entrées ! Il en résulte un tas de réflexions graves, avec des trouvailles riches, des moments « métaphysiques » bien trouvés. Mais on ne sais rien
De concret sur leurs existences disons « terre à terre ». Ils flottent dans une quête acharnée —un peu répétitive parfois— pour le salut de l’âme. Je ne m’en moque pas du tout. Les deux bons écrivains semblent vivre en dehors des réalités, des « contingences » pour prendre le mot de Sartre. Ils font réfléchir croyants et incroyants. Il y a comme en leitmotiv la mort et le chemin ardu pour la sanctification.
Je pourrais transcrire des lots de passages édifiants, mieux que cela, essentiels. Mais mon journal ne doit pas servir à citer longuement les autres.
Ces lectures me fortifiaient. Et m’agaçaient ici et là. Cette « hauteur de vue » n’a plus rien à voir ave un journal, il me semble. Pourquoi ne pas oublier des essais alors ? Mystère. Les trois livres sont très salis de centaines de mes notes. J’y reviendrai sans doute, ici-même.
2-
Hier matin, coup de fil de Stéphane Tremblay : on me veut comme chroniqueur à une nouvelle émission de télé. « Tous les matins ». J’y serais une fois par semaine. Comme quoi ? Comme « ancien » ? Comme sage sénateur ? Comme un papi ? Pas trop clair. Bon cachet et j’ai dit « oui ». Jeudi après-midi, devoir aller à un premier contact —« screen test » écrit T.— à Radio-Canada. Hâte.
Tantôt : message du Marleau ironique si amusant. Il m’a fait grand plaisir en me disant qu’il avait acheté une cassette de mon « Pleure pas Germaine », version belge. 5,95$ Il lit le journal :qu’il sache que j’irais boire volontiers un café fort avec lui s’il vient dans mes parages laurentiens comme il le souhaite. Au Van Houtte de Val David, avec nos vélos ? Il en est un adepte de la « petite reine ». Marleau s’amuse de sa trouvaille : moi en aquarelleur, mer titre-t-il, contraction avec « querelleur ». J’ai ri.
Il y a aussi mon G.Tod de Concord. Il revient, hélas, sur sa querelle avortée avec ce « Festival de la poésie universelle » à Trois-Rivières (ouf !). Ne sait-il pas que c’est un non-événement ? Perte de temps, sa colère ? Mais il a raison de mijoter un pamphlet sur le parasitisme-artistes-subventionnés —collier du chien de Lafontaine !— par l’État. Il tient à me re-redire qu’il n’est pas toujours à l’unisson avec mes déclarations. Pis ? Non mais… L’unanimité m’importe peu et depuis longtemps. Ce jeune homme, imprécateur imprévisible, « afficheur qui hurle » (Chamberland), aussi pondeur de b.d. prof aux USA, sa patrie, reste quoi ? Un dissident. De tout ? Sais pas. J’aime les dissidents, mes frères.
Actualités du jour : la télé-TVA veut avaler la radio-CKAC et affiliés. Pas une nouvelle. C’est la mode convergence un peu monopolisante et un peu beaucoup en vue de contrôle des annonceurs. Ces « clients » pourraient payer cher pour devoir s’enrégimenter avec un vaste réseau « journaux-télés-radios » avec un seul et même proprio qui dira : Jean-Coutu, Wall-mart, St-Hubert BBQ, branchez-vous, vous venez dans notre immense « parc à pubs » sinon…
3-
Ma fille et mon Marcogendre s’en vont, quatre jours, louer un gîte à Ogunquit. Mi-prix après la fête du Travail. Les chanceux. Je veux revoir la mer ? Quand ? Avec mon « oui » à Radio-Canada-matins…hum ! Pogné ? Contaminé par Aile —heureuse chômeuse volontaire— j’ai hésité avant de dire ce « oui ». S. Tremblay, le chef-recherchiste, en témoignerait. .
Le ministre Simard, un docteur en lettres, doit améliorer le système public mais il enverra ses enfants au « privé ». Ça gronde en médias. Contradiction ? J’aide —en subventionnant— ce système : Mont St-Louis, Regina Asumpta… etc. Là où étudient mes petits-fils. Décision —que je n’avais pas à discuter— de mes enfants. Sauf pour Simon Jasmin qui fut accepté en « douance » (!) à Sophie-Barat. Que rétorquera le Ministre ? À suivre !
Hier soir, télé : autre épisode des « Misérables » de Toto (Juliette, sa maîtresse, le nommait ainsi, comme Aile avec ses Cloclo !). Malcovitch y est fascinant en policier Javert qui, obsédé, « voit dans sa soupe » l’ex-bagnard Jean Valjean joué par Depardieu-la-bedaine. Du mélo étonnant du père Hugo. Paris est tout petit car les protagonistes se croisent sans cesse ! Invraisemblances qui dérangent pas trop quand les rebondissements pleuvent. La télé tasse le long roman ! Ça revole ! Une grosse machine visuelle ($) captivante.
Vu aussi une bio du canal D —c’était son tour— avec un Guy Fournier d’une candeur déconcertante qui se peint —involontairement— parfois en « sale con ». Nous apprenons, médusés, que sa mère était une sorte de déséquilibrée et, plus grave, qu’il se vengeait, vieux libidineux empêché, d’une toute jeune actrice qu’il…convoitait, en lui fabriquant un rôle de très méchante guidoune ! Aveu renversant. Franchise exagérée ? Fournier, fécond créateur, n’a donc pas de boussole ? Tient-il de cette mère si peu pédagogique ? Une longue séquence de télé montre Fournier au bain fruité avec sa compagne de l’époque (Deschatelets) et ça vire au burlesque d’un grotesque rare. Non, pas de boussole !
4-
Vu la deuxième partie —avant-dernière ce soir— de « Thomas Mann et les siens ». Ce triptyque fort bien filmé nous raconte, non pas le grand écrivain allemand exilé sous le nazisme et ses œuvres mais « sa vie privée ». Rien pour nous familiariser avec ses talents d’auteur. Un voyeurisme atroce. Épouse aveugle et muette, homosexualité larvée et non assumée du « grand homme » nobélisé en 1929, romancier « enfermé », froid, frustré —il aime les jeunes garçons comme dans son « Mort à Venise »— distant, hautain. Écrivain dur et trouble à la fois, bien joué par l’acteur fameux qui incarnait le héros de « La liste de… » de Spielberg). Un grand frère communisant, auteur lui aussi, accroché à une jeune danseuse « taxi-girl ». Klaus, son fils incestueux et inverti drogué, Érica, sa fille, lesbienne pas moins à la dérive. L’avant-guerre aux mœurs à la « Cabaret », le film culte. Un petit caporal fasciste, l’Autrichien Adolf Hitler va y mettre bon ordre, n’est-ce pas ? 1933 : le pouvoir aux nazis et l’exil des Mann.
Cette bizarre entreprise —« voyez, vastes publics du monde entier, Mann, le fameux Prix Nobel, fut indifférent à la noyade familiale »—donne le frisson. On y a mis, avec talent, des tas de vrais documents (d’époque) et l’ensemble en devient une sorte de fascinant documentaire. On reste rivé à son fauteuil. On a pourtant honte d’être transformé en voyeur dans les trous des serrures de ces riches. On ne voit jamais, pas une seconde, le peuple allemand. Le populo. Les gens ordinaires. La misère horrible dans cette Allemagne ruinée (après 1918) pour la majorité. Les caméras restent braqués sur ces bourgeois. Manoir, jardins, bagnoles de luxe, etc.
Au lit, je dis à Aile : « Dans « Les jardins des Finzi-Conti » je fus très bouleversé. Pourquoi suis-je resté froid face à ces « malheurs de riches » ? Aile : « Les Mann s’échappent (en Suisse puis aux USA). Les juifs italiens, les Finzi-Conti, s’en allèrent, eux, aux camps de la mort ». Vrai. Très hâte de voir la fin de « Mann et les siens » ce soir à ARTV.
5-
Ma joie ce matin :voir deux hommes « de couleur » en « grey flannel suit » à la une ! Impensable jadis. L’un vient de l’Inde, l’autre est d’Afrique du sud. Ils président le « Sommet de la terre » qui s’ouvre à Johannesburg. Thabo Mbeki et Niti Ndisan, c’est la revanche des « esclaves », des « colonisés ». Ils représentent plus d’un milliard d’humains. De deux continents bafoués si longtemps. Joie, oui !
Guy Bouthillier, président de la SSJB, me contacte pour mon appui : donner le nom de Camille Laurin à la future « Grande biblio » de Montréal. Je le lui donne volontiers et l’aide à dénicher d’autre appuis d’écrivains car l’Union des écrivains serait « contre », voudrait un nom d’écrivain : Anne Hébert (inconnue hélas du grand public), Gabrielle Roy (l’exilée du Manitoba détestant la cause indépendantiste, Gaston Miron, le poète animateur d’un seul receuil. Sans sa courageuse « Chartre de la langue française », sans Laurin, nous serions moins écrivain en fin de compte. Son coup de barre audacieux —René Lévesque hésitait, craignait— historique, nous rendait la « fierté d’être québécois français ». Mais… une lettre ouverte de ce matin recommandait de dire : « La grande bibliothèque », tout simplement et je crois qu’il a raison.
« Je me regarde jamais la télé » ! Encore ça ? De ce Richard Chartier (La presse) qui déclarait « nul » un comédien de la tempe de Robert de Niro ! Qu’il est donc coco. La télé offre des heures (rares certes) inoubliables. Il s’agit de lire les télé horaires, Trop fatiguant, pauvre nono ?
Mon fils Daniel, ex-prof démissionnaire, avait donc raison ? Je l’avais jugé bien impatient dans le temps. Ce matin encore (Marie Allard de La Presse) un témoignage fortement accablant de profs vite écœurés de l’enseignement comme il le fut. « Grosse vache »…fillette enceintes effrontées, jeunes dealers de dope, Marie-Êve, 25 ans, a vite quitté l’école Père-Marquette. On ne sait plus trop quoi faire. On parle d’un prime ($) pour garder ces profs éprouvés. Misère humaine !
6-
Mon fascisme ordinaire : quand je lis tant de drames dans des familles en décomposition aux jeunes enfants innocents écrabouillés : « interdiction de se reproduire » si on n’a pas un certain « quotient intellectuel ». Hon ! Oui, j’ai honte. Mais… Tant de filles et garçons ignares, perdus, incapables en tout, qui pondent des rejetons —« cé not’ seul’ richesse hein »— pour les élever comme (pire) chiens et cochons… Oui, stérilisation. Interdiction d’enfanter ! Oui, mon fascisme ordinaire. Quand il m’apparaît, je tente de lui clouer la gueule mais… Julien Green, inquiet de trop en dire parfois dans son journal : « Tenter, malgré ma réticence, de dire la vérité, la mienne, sans cesse. » C’est ça qu’il faut faire mon Julien. Bravo !
Vu aussi à la chaîne Historia, hier, début de la série sur nos ascendants. Hier, un Marsolet. Un « truchement », voulant dire un voyageur en forêt, apprenant la langue huronne, organisant le troc pour les prudents marchands restés au village naissant. Il y eut la « morue pour tous » —avant même Cartier. Il y aura désormais les fourrures. Échanges pour du fer et du cuivre (haches, chaudrons, couteaux etc.), du verre ( pauvres bijoux recherchés, miroirs), de la lingerie (aux couleurs si vives). Ces « coureurs des bois » fornicateurs libres avec les sauvagesses, seront condamnés par les Jésuites qui s’en viennent —avec une autre sorte de troc. Ils vont fustiger ces jeunes « intégrés » trop libertins !
Bon récit avec utiles commentaires (historiens et alliés) sauf ces damnées « reconstitutions ». Du bidon d’amateur ! Des séances d’école. Et ces putains de pubs incessantes. Et un peu de « tétage » (lècheculisme) sur « les tous bons et tous braves » amérindiens. Même lècheculisme dans les pubs télévisées du 25 e anniversaire de la « Chartre-Loi- 101 » avec gros quota gonflé—artificiel— d’ethniques. Nous sommes 83 % de la population. Huit sur dix quoi. Or, on montre, bien téteux, 50-50 en ethnies colorés dans ces images. Mensonge vain. Fausser les faits par une complaisance niaise et futile.
7-
J’oubliais : les fils de G. Fournier parlaient du « cliquetis » perpétuel du père à sa machine à écrire. Ma fille Éliane, Daniel aussi, me parlaient de ce « cliquetis » typographique —typewriteriste (!), de leur jeunesse. Même tard le soir ! Eh oui !
Le docteur Guay de Trois-Rivières m’écrit chaudement, venant de Villeray. Il aime ses souvenirs. Ce n’est pas si fréquent qu’on pense. Il admire aussi mes insolences. Se dit parent en la matière. Je lui ai rédigé de gros mercis.
Ça cause « uniforme » pour tous… dans écoles (et cégeps?). Souvenir : au Grasset, éléments latins et port obligatoire d’un pantalon gris et d’un « blazer » bleu. Maman court chez Greenberg. Je compare pour ma veste, je vois bien de belles étoffes pour plusieurs, ety de ces pantalons d’une flanelle de qualité, bien supérieure. Pas de ce linge qui se froisse si vite ! Payés de meilleurs prix. Ma honte niaise. Et l’écusson à devise du collège qu’il faut payer, broderie dorée. Non, pas pour moi. Trop cher. L’uniforme ne réglerait rien dit un letttreouvertiste de ce matin : « non pas d’uniforme, plutôt un code des vêtements. Pas trop de fantaisies libertaires « chic and souel », c’est tout ». Il a raison.
Amusant de lire cela hier matin : Normand Brathwait (venu de La petite patrie, rue Bellechasse) se souvient de son « dédain très hargneux à l’École de théâtre pour le monde commercial ». Il en rit maintenant, lui, qui prête son nom et son allure à tant de publicités (pas juste Réno-Dépôt). La jeunesse et la pureté. À méditer !
Faut que je me grouille : organiser une protestation unanime, publicisée, de tous les créateurs du monde (cinéma, télé etc.) —commencer par Québec— en vue d’un slogan rassembleur : « TERMINÉ LE CHARCUTAGE »! Rallier les « gros noms ». Comuniquer (ô Internet !) avec ceux des autres pays de la terre. Pourquoi un tel mouvement ne viendrait pas du Québec ? Y aller avec patience (oh mon Dieu !) , même si le résultat devra attendre cinq ans, dix ans s’il le faut. Assez c’est assez. Les réclames (dont les auto-publicités hein), tant qu’ on voudra, on serait pas « contre », mais au début et à la fin de l’œuvre. Oui, un jour, fini le charcutage.
J’oubliais : Thomas Mann, voix hors-champ : « On ne devrait pas faire d’enfant, les gens comme moi ». Oh la la ! Je sais bien ce qu’il voulait dire. Hier, un Fournier ose dire parlant de ce père absent : « Mon père, sa passion c’était de rédiger, pas nous, ses enfants » » Oh, oh ! Constat effrayant ? Eh ! Moi qui ne me suis jamais consacré totalement aux démons de la création, moi qui ai obtenu tant de joies, tant de bonheurs, tant de plaisirs (petits, moyens et grands) à voir vivre, grandir, s’épanouir, vivre mes deux enfants, je sais le prix à payer. Jamais d’œuvre impérissable. Jamais de prix. Jamais de Nobel. J’accepte ce prix à payer. J’en suis fier, heureux, content.
Green parle —dans son journal— de cette vaine « poursuite du chef d’œuvre contre la vie elle-même », se pose de graves questions. Fournier, moment rare hier, dit qu’au chevet de Judith Jasmin, il l’a entendu lui confier qu’elle ne regrettait surtout pas « le temps perdu ». Cela l’a tant marqué en retard et il se surprend à consacrer une heure de promenade en boisé (temps perdu) chaque matin. Le diable devenu vieux…
8-
Aile dimanche soir revoit son émission avec Donald Lautrec dit : « Et que j’étais bonne là-dedans ! » En effet, c’était souignant en yabl’ ! Frisson ici quand on voit son nom au générique. Le temps passe vite ! Aile s’en alla, à jamais, vers les dramatiques pourtant. Et ne le regretta pas.
Que de jeunes chanteuses et chanteurs, vedettes d’une saison ou deux, ensevelis profondément dans des limbes bizarres ! On en a jasé revoyant ce vieux « variété-jeunesse ». Le temps file…Que de romanciers disparus…Durer, durer, le bel idéal.
Je repense souvent à la magistrale interprétation d’Hélène Loiselle dans « En pièces détachées ». Elle concentrait toutes les pénibles mères miséreuses, les écrasées du destin, les démunies de la terre, mères désarmées face à la vie qui bat fermement. Inoubliable Loiselle !
À « Découvertes » dimanche, étranges machins virtuels du temps des bêtes anciennes et des hommes des cavernes, Aile et moi très étonnés. L’infograohie et ses trucs montrés comme des lapins magiques sortis de chapeaux technologiques ahurissants. Oh la la !
La romancière (brillante) Monique Proulx revenue de Chine (à nos frais ) rédige son rapport dans La Presse. Soudain, elle parle de la langue anglaise (américaine au fond) que les jeunes apprennent là-bas à toute vitesse et dit : « on devrait faire comme eux, il y aurait moins de paranoïaques par ici ». Pas verbatim. Une saloperie! Comment comparer la Chine —plus d’un milliard d’habitants— son immense histoire, sa culture écrasante et nous, nous, chétif 2% de « parlant français, » héroïques résistants —peinturés par la jeune Proulx en malades paranos. Un tout petit 2% sur ce vaste continent à vouloir « être », menacés par tout ce tout- puissant bloc anglophone à nos portes —285 millions de « speaking english ».
Coups de pied au derrière de madame Proulx —schizophrène, elle ? — qui se perdent. Une « Monique-couche-toi-là » ? Vrai : parfois les voyages (payés par Ottawa) ne forment pas du tout la jeunesse ! Le reste de son article était bien fait, souvent étonnant de constatations originales.
L’écrivain péruvien Llosa : aristo, il désigne comme complices les pauvres gens qui voient s’installer une dictature chez eux ! Eh b’en ! C’est vite aller en… jugement. sommaire. Il publie, sur ce sujet, « La fête du bouc » narrant la montée de la dictature en République Dominicaine, jadis. Culpabilisons les pauvres manipulés quoi !
Green m’influence ? Envie de remercier en me levant chaque matin… Mais qui ? Mon refus de voir Dieu comme un papa, un pater, un humanoïde. Le percevoir comme une « lumière ». Je remercie donc…la Providence. Ah les mots ! J’ai bien vu que c’est Jésus et les évangiles qui fascinent Green dans son journal. Dieu ? B’en, c’est trop abstrait pour ce sensuel puritain qui n’assume pas bien ses attractions pour la beauté… toujours masculine (Ah Thomas Mann encore ?). Qui ne reçoit jamais les femmes dans son antre !
Converti aux cathos, il reste un protestant dans l’âme. La Bible sans cesse à son chevet. Il estime beaucoup le célèbre « que le premier sans péché lance la première pierre… » du Galiléen Jésus. Il se disculpe ? Il joue au chat et à la souris avec le péché de la chair et c’est fascinant de le voir…écrire.
Le soleil brille sur le lac. Y descendre jusqu’à la venue du crépuscule. Oui. J’y vais. Tenter de lire du Eco un peu plus…

Le mercredi 18 juillet 2002

1-
Au lever, ciel gris. À midi,. beau soleil, nuage épars. Hier, séance d’aquarellisme et…pas fort, fort. Vendeur de glace, de légumes, enfants avec bolo, toupie (nos moines à pine de cognac !), bilboquet. Doigts tachés de couleurs. Ouen ! Je dois mieux me trouver une manière, un style. C’est trop …ordinaire encore. Je m’énerve et, déçu, je sors tondre le gazon —« la largeur de ma langue », Lafontaine. Ouf ! Deux pauses obligées : je vieillis !
Le soir venu, film loué par Aile sur ma recommandation : « Histoires à raconter », avec sous-titres en français, ce qui est bien mieux que les satanés doublages si souvent pénibles. Écrit et réalisé par Tadd Solandz qui a du talent. Son deuxième récit est plus solide (plus long aussi, plus étoffé) racontant une famille de banlieusards bien bourgeois du New-Jersey. Un album de famille effrayant, comique aussi, satirique et à l’occasion fort cruel. Un jeune ado perdu.
Après ce film terrifiant et drôle à la fois, l’Impro. Belgique versus Canada. Des platitudes. Je n’ai jamais aimé ce faux-théâtre fondé par Gravel. De rares grands moments mais devoir supporter les facéties vides des improvisateurs rarement talentueux m’assomme. Aile m’a semblé d’accord.
2-
Hier midi, CKAC m’invitait à topogiser (!), par téléphone, sur « les vieux qu’on jette ». Écho au topo de la veille sur Tva. Je fonce. Coup de fil du « vieux » Jacques Fauteux. Vétéran (des ondes) en forme et inemployé, lui aussi, il rage. Il me félicite chaudement de mes condamnations. En réalité je parle pour les autres puisqu’un écrivain ne retraite jamais (pas plus qu’un peintre ou un musicien), l’auteur est toujours actif, se donne À lui-même de l’ouvrage (mon journal, mes barbouillages ).
Aile, chanceuse, a pu décrocher en douceur puisque, retraitée, la section « dramatiques » de la SRC l’employait durant des années comme « coach » (des jeunes réalisateurs) et lectrice (de projets).
Rire comme un môme encore mardi en observant la Sylvie Moreau incarner avec tant de talent une idiote niaise et folle même, « Catherine ». Un gang de folichons l’entoure efficacement dont l’étonnante « vieille » Dodo ! C’est léger, c’est vite fait, c’est une récréation utile au moment où d’autres suicidaires au nom d’ Allah —ou akbar !
Téléphone du « pistolet » trois-pistolien, Victor. « Le titre de ton journal ? » « À cœur ouvert », que j’avais mis —en titre de travail— serait le bon selon lui. Bien. Une chose de réglé. Et des mercis à mes suggestionneurs nombreux. Il me dit : « Tu sais que ton journal de six mois va me faire un bouquin de 800 pages ! » Fierté. J’aime bien la « grosse brique » à l’occasion.
Il m’invite à monter chez lui, pour une causerie (« j’offre le motel, Claude ») et surtout pour un « roast » à son ami Stanké (dimanche le 28). Alain l’insolent expose dans son centre réouvert —après deux ans de pause— ses belles sculptures sur bois. Aile me prévient, l’agenda sorti : venue de la tribu au chalet ce même jour. Je n’irai donc pas voir la mer troispistolienne, hélas !
3-
Vu, mardi, location du vidéo-club, « Entre l’arbre et l’écorce », un très bon film. Un publicitaire à grosses gages « s’écarte » dans l’immense parc de sa ville (Central Park ?). Une bande de punks (Noirs et Blancs) s’empare du chic bourgeois, veulent son argent et sa montre en or aussi ! Il se sauve et, désespéré, grimpe dans un arbre géant. Va débuter une paniquante séance aux cruautés sadiques. Révélations sur les jeunes bandits et aussi sur ce « créatif », peu à eu on saura tout et sur lui, infidèle mari juché dans son arbre, et sur eux, en bas, combinant des plans diaboliques pour sa mort prochaine, vagabonds dans la fleur de l’âge, paumés en des familles dysfonctionnelles, etc. Un film aux péripéties étonnantes. Écrit (bien) et réalisé (bien) par William Philipps.
Même soir (et hier soir aussi) le Bureau du « Point » conversait intelligemment avec Guy Sorman, économiste (néo-libéral) et sociologue, un réactionnaire étonnant (au sens littéral du mot). Plaisir d’entendre un questionneur habile, brillant. Ce jeune Bureau est un phénomène ici, il faut le louer. Sorman, allures d’une religieuse travesti, sourires de jocrisse malin, refuse le titre de provocateur. Je l’ai jugé (j’avais lu un ou deux livres de lui) nécessaire. Il fait réfléchir. Il étonne certainement étant pro-OGM, pro-cloning, anti-Kyoto, etc. Son dernier livre « Le progrès et ses ennemis » veut illustrer « la haine des intellos du monde face aux technologies progressistes », selon Sorman. Il dira à Bureau : « Tous ces gens, les écolos à gogo, Bové et Cie, manipulant les médias, ne veulent que faire peur sans fonder solidement les objets des craintes. Ils veulent quoi ? Comme toujours, les pouvoirs, dont le pouvoir intellectuel ».
Sorman souhaite la controverse, la polémique, regrette le silence des scientifiques : « Hélas, ils ne parlent pas, jamais ». Comment ne pas être d’accord avec lui ? Oui, partout, l’on craint les nécessaires engueulades, confrontations. Oui, nous manquons de tribunes libres. Il dira : « Il y a trop peu de sources fiables pour les informations. C’est dommage ». De la bonne télé mais, hélas, avec des publicités assommantes. I dit que la sublimation actuelle du fait « nature » est un paganisme. Il dit que la méfiance des intellos (et des écolos) envers le progrès est un funeste péril. Ils se disent tous les anti-mondialistes, « de la « Résistance », titre aguicheur s’il en est », dit-il. C’est trop facile, dit Sorman. « Résistance aux progrès, oui ». On l’écoute aux « Point », on voudrait protester, le questionner sur les méfaits bien connus de tant d’aspects venus de ce qui se nomme « le progrès ». Rien à faire, il n’est pas devant vous. Ce qui compte ? Qu’un Sorman secoue nos confortables certitudes. C’est ce qui est bon.
On jongle à ses propos : Il n’y a que les gros bourgeois de gauche pour tant s’énerver du progrès des scientifiques. Le coton ou le riz génétique sauveraient de graves famines. U magazine comme « Nature » ose entretenir des inventions « bonhomme sept heures » de déconnectés de sciences. On répand des mythes, des bobards, des a-priori nébuleux. Les tant détestés OMG pourraient secourir les pays pauvres, Inde, Afrique, s’il n’y avait pas cette résistance des nantis. Le clonage humain (« pas avant des décennies ») ne conduit pas à la réplique parfaite mais plutôt à la venue de simples jumeaux. Le « protocole de Kyoto » (« qu’aucun pays n’a encore ratifié » dit-il ) et son projet de freinage énergétique retarderait les pays sous-développés, Chine, Inde. Mais oui, on jongle…
4-
Hier midi, visite annoncée au chalet d’un retraité de l’enseignement, Jacques. Fernande, son épouse, est sauvé d’un cancer. Médicaments efficaces cette fois. Rémission réussie. Aile heureuse. J’écoute, ravi, la narration descriptive de toutes les boutiques du temps de leur rue Rachel.
Découverte d’un site le long de la piste cyclable. À l’ouest de Val Morin, avant d’arriver à Val David. Qui a installé une foule de mini-dolmens. Pierres sur pierres et toutes dorées ! J’aime. Nous songeons à ces dolmens improvisés sur la Côte Nord, entre Mingan et Natasquan. Formidable installation naturaliste.
Lu tantôt, durant le lunch du midi —toujours un sandwich— au bord de l’eau, une invitation à un pique-nique des « Écrivains des Laurentides » ! Sur presque une centaine de membres, cinq ou six seulement qui ont eu assez d’activités littéraires pour se faire une petite notoriété. Je n’irai pas. Mes doutes sur l’utilité d’une telle association quand l’UNEQ, si vaste, ne me sert à rien. Va-t-on bientôt vouloir encore des subventions arrachées aux cochons de payeurs de taxes ? J’en ai peur. On verra bien. J’ai été un syndicaliste militant jadis, comme scénographe et journaliste mais l’associativité à tout crin, très peu pur moi.
Demain, vendredi, anniversaire de ma fille. Cadeau posté hier. Éliane a été une petite vraiment fille merveilleuse. Elle aimait accompagner mon père quand il semait tout ce qu’il pouvait. Je la voyais en botanique un jour. Non, elle sera, brièvement, institutrice, le plus beau métier du monde, je le répète. Les enfants (trois grands ados désormais ! ) sont venus. Rapidement. Fin du boulot pour elle. Les enfants grandis, elle étudie l’aquarelle —la vraie, pas les « accidents tachistes » du vieux papa hein ? Je l’aime. Je n’arrive pas à croire qu’elle aura 50 ans bientôt. Elle reste « ma petite fille ». Fou cela.
5-
Kamikazes palestiniens de nouveau. Des morts civils. Chars d’assaut israéliens partout. Folie ! Inutilité. Des terroristes, c’est imprévisible. L’armée de Trudeau-Bourassa à Montréal en octobre 1970. Folie ! Faire peur au monde, tactique politique. Aux Usa même bêtise. Des terroristes, cela ne se coincent pas. Ce qu’ik faut : endiguer, changer les choses, stopper les motifs de cette haine, de cette révolte. Sinon, gaspillage de temps, d’argent, d’hommes. Aussi :intérêt d’entretenir la peur avec lois nouvelles, surveillance partout de « tous » les dissidents et le fric, beaucoup de fric, pour les intéressés : militarisme ambiant enrichissant les vendeurs de… De bombes, de chars, de systèmes d’alarme, de milices excités, de gardiennage, de d’écoute. La belle pagaille !
Au monde de la finance, des faiseurs de conglomérats commerciaux, on va installer des vérificateurs (gazettes de ce matin) pour surveiller les… vérificateurs ! Et qui va surveiller les vérificateurs des vérificateurs ? La farce. Grand guignol quand la cupidité est aux trousses de ce monde-là.
Le parti rouge ramasse du fric. Paul Martin (en vrai : « paül martinn ») se démène. Abattre le chef actuel. Promesses d’indépendance aux amérindiens, hier. Chez les chrétiennistes, le slogan : « Fierté d’être Canadien ? Donnez de votre argent aux Libéraux. » Suis-je fier, moi, d’être Québécois ? Oh oui. Fier de notre longue histoire de résistance en ce vaste continent totalement anglo-saxon. Un phénomène inouï. Le sait-on assez ? Si j’avais vécu en France ? Bonheur des stimulations incessantes là-bas pour un tempérament comme le mien. Pourtant ça vient ici, j’aime que ça pousse de plus en plus au domaine des idées, j’aime qu’il y ait un Jean Larose et un Falardeau, un J.-M. Léger et un Bourgault, un Michel Chartrand et un jeune conservateur, Mario Dumont, un Martineau et une Pétrovsky, un Foglia et une Lysiane Gagnon. L’unanimisme est un fléau.
Le Cauchon d’Ottawa fuma, jeune, un peu de pot. Ottawa songe (gazettes de ce matin) à légaliser cette drogue. Des chercheur se contredisent., Pour l’un il y a destruction des neurones, pour l’autre « il n’y a rien là ». Ça sentait fort dans mon sous-sol de Bordeaux un temps, le buveur de Campari découvrait une jeunesse au tabac un peu fort ! Souvenir : vacances à la mer, l’ami Ubaldo, Ocean City. Il sait où s’en procurer dans un parking d’Atlantic City. Au chalet, essai. Aucun effet, je préférais le pastis, aux effets plus clairs et plus rapides sur le plan de l’euphorie. Quand je feins les rires (prévus) et la mascarade du « gars parti », Ubaldo ne rigole pas comme déçu par non-perméabilité à la belle marijuana.
6-
L’on bafoue, dans nos écoles secondaires, la minorité d’ados au bord d’assumer leur homosexualité. On va y voir. Des affiches se font imprimer : tolérance pour ceux qui sont de futurs invertis. Nous savons bien la cruauité des masses, noius connaissons tous d’atroces souvenirs sur le sort des « différents ». L’instinct grégaire (propre à la jeunesse) a un lourd dossier. Ça rouspète dans certaines écoles. On veut pas de çà ! L’on ignore qu’un poster de plus ou de moins sur les murs tapissés de tout (et de graffitis) …ça ne changera absolument rien. C’est le « cachez ce sein… » ? Sois comme toute le monde ou cache-toi, quoi ! Vieille imbécile loi d’airain.
Débat actuel : fallait-il allé en prison ou se sauver du temps de l’URSS partout ? À Prague, Milan Kundera se sauvait. Le dramaturge de l’absurde ( héritier des Beckett et des Ionesco) Vaclav Havel —Président de Tchékie— alla en prison. Il y eut polémique entre eux un temps. Le clandestin parle « d’illusion » quand il nomme « le printemps de Prague » massacré par les chars russes. Bientôt retraité, malade, il ira vivre au Portugal. Exil tardif. Un seul exemple ? Les Haïtiens devaient combattre chez eux les deux « Doc », papa et bébé, ou bien s’enfuir à Miami, à New-York et à Montréal ? Les Cubains…Les …il y a en tant. Je ne sais quoi dire n’ayant jamais été menacé d’incarcération (longue parfois !) pour mes idées. Aussi je me tais.
Le bon vieux Frère Untel, ce matin, jase. Il louange un vieux conseiller, Naud, prêtre de Saint-Sulpice. Son mentor à l’entendre quand Desbiens bossait en haut-fonctionnaire de l’Éducation. Il sort de nouveau son anti-syndicalisme bien chevillé à son âme de brave frère Mariste. Aussi sa notion bien à lui de « race ». Mot magique à ses yeux.
Souvenir : invités au Salon du livre du Saguenay, je l’avais croisé (en bus-navette à écrivains, il tient journal lui aussi) et avais lunché avec lui à la vieille gare de Québec. J’avais gardé le profil bas ne souhaitant pas le faire enrager. Respect de son grand âge même s’il m’avait semblé en parfaite forme physique. J’aurais dû mieux l’agacer, le faire étriver même, le provoquer un tantinet, il me semble que nous aurions pu assister (nous n’étions pas seuls à table) à une belle querelle idéologique, lui —comme son irlandophile sur le tard, compère-correspondant aussi réactionnaire que lui, Jean O’Neil— qui moque sans cesse les indépendantistes de ma sorte…et ceux de toutes les sortes !
Le soleil brille dehors. Aile lit ses « Molson » —elle aime moins maintenant, « trop de monde, trop d’héritiers !— et malgré le temps frais, j’oserai aller nager, je me le jure.