« J’IRAI PISSER SUR VOS TOMBES », BORIS VIAN.

À la première occasion, moi aussi, j’irai pisser « au pied » du monument de l’ange « au pied » du mont Royal. Monument en faveur de ce maudit verrat de Cartier. Pas Jacques le découvreur mais Louis Hyppolite Georges-Étienne, Celui que le « con-servateur » Harper veut nous voir fêter face à son 200 e anniversaire de naissance.

Ce triste vire capot, ce Cartier, fut d’abord un actif Patriote de 1837-38 souhaitant une république libre mais il va défroquer et se convertir à l’idée d’un beau grand Canada ! Il dira « Bonjour et bienvenue » à l’assimilation en se joignant aux blokes, le grand manitou chef des fédérats, John Macdonald. Avons-nous le goût, Québécois, de fêter le traître Cartier?

Il y eut d’abord « l’Acte d’Union » en 1840, faisant de nous, l’autre nation… qui doit fiancer les anglos, alors nation minoritaire. Merde : 27 ans plus tard, en 1967, voici donc la nouvelle offre : ce projet de « confédération ». Résultat : notre nation sera emmêlée avec les autres provinces anglos. Une crasse dilution, une noyade planifiée et on aura une seule petite voix, devenant des minoritaires en ce neuf pays. Cela à jamais.

L’homme accroché à l’ange du mont Royal, bronzé, ce Cartier de malheur, va donc contribuer à étouffer l’idée même que nous formons une nation, tentative « d’assassinat politique » quoi ! 1867, effroyable date, pas à commémorer mais à bannir, à détester, à regretter. À Ottawa, l’Harper éructe : « Musique, drapeaux, hourrah pour Cartier ! » Le signataire empressé de cet horrible pacte; les « Père de la Confédération » furent des « les meurtriers politiques des Québécois.

Non mais…Harper et ses sbires fédérats comptent bien sur l’ignorance de tant des nôtres en histoire.

Musique : premier mouvement donc en vue de notre minorisation, à Charlottetown en 1864, en septembre, un mois plus tard, le faux jeton de Cartier est à Québec avec le renforcement du sinistre « pacte ». À diluer » notre peuple. Sans Cartier, zélote diabolique, il n’y aurait pas eu cette « sauce anglaise », épaisse, nommée Confédération, Harper le vante donc. 1867 et on se retrouvait une simple province, une seule, parmi toutes les autres. Combat inégal.

Maxime Laporte, président de la SSJB, a tout à fait raison de crier au scandale, ce Harper, qui pisse lui aussi, par exemple, sur le Prix Thérèse Casgrain, veut organiser la commémoration. Il le sait : sans la fougue fédérastique du Louis Hyppolite Cartier, pas de confédération ! Cette union maudite fait qu’à l’avenir, 2018 ?, Harper pourrait être réélu, cela sans aucun apport du Québec. Terminé désormais, on l’a bien vu, notre ancien poids politique, fini. Ouvrez les yeux les innocents Québécois, on vaut plus rien à Ottawa, au bord du Canal Rideau, in Ontario.

Nos plus jeunes voteurs doivent apprendre qu’être « une simple province sur dix », là-bas, à Ottawa in Ontario, n’offre plus aucun pouvoir. Et que nous serons bientôt quoi ?, 20% parmi les Canadians fédérés. Une insignifiante minorité alors que nous sommes majoritaires chez nous au Québec. Bientôt, dans cette Confédération-à-Cartier nous ne vaudront vraiment plus rien du tout. Les jeunes, face à cette nouvelle situation saisiront, c’est certain, que seule l’indépendance sera notre issue salutaire. Ouf ! Il sera temps !

ÉMIGRER, S’EXPATRIER ?

 

 

Un loustic m’aborde ? « On vous entend pas trop l’ancien grognard ? » On connaît ce : « … devenu vieux, le diable se fait ermite. » J’ai trouvé la paix ici. Comme tout le monde, j’ai gagné de l’âge (ô Lapalice !) en vieillissant. Jeune, on ne prend pas toujours le temps de relativiser. À trente ans, échauffé de peu parfois, je grimpais dans le premier wagon de feu.

Exemple, si je n’avais pas grandi et mûri, je dirais comme Michaud : «  Les émigrants mécontents, retournez-vous en donc d’où vous venez ! » Yves Michaud n’est plus très jeune ? Je sais trop que l’expatriation non volontaire est le pire des sorts. B’en d’accord camarade Dostoïevski. Me voilà encore en désaccord avec Yves Michaud. Ce vieux grincheux resté vert, qui se méfie des « arrangements » à tout crin.

Quoi encore ? « Il faut jeter le Bloc. Adieu au Bloc. Au feu ce Bloc fondé par un Bouchard quittant ce risque (oui) du « beau risque » des Lévesque-Mulroney ! La fédérastie « du NEUF CONTRE UN » corrigée, atténuée par le Bloc nuirait à l’indépendance. Oui. Elle améliorait le régime fédéral ? Vite, dit Michaud, jetons la patente nommé Bloc. Les Communes à Ottawa ( avec Rouges ou Bleus, Harper ou Trudeau) doivent se montrer vrais. Cela sans le Bloc maudit comme pion-surveillant…qui les rend hypocrites, menteurs, au moins prudents. Michaud : «  Le Bloc doit débarrasser la place ! » Et puis les temps changent : désormais sans l’aide des Québécois, une majorité « anglo-anglo » peut se constituer à Ottawa. Plus de rôle pour le Bloc.

Okay, fini d’améliorer la fédérérastie canayenne, machine à nous diluer. Ce 1867 fut un appareil vicieux organisé sans notre franc accord. Une année maudite. Vouloir en célébrer les anniversaires relèveraient du masochisme. Donc, l’indispensable Robin-des-Banques, affirme : faut jeter le Bloc ! Et du même souffle —ce preux chevalier des petits épargnants— recommande (faisant hurler les racistes à la Mordecaï Richler du journal The Gazette) que… nos émigrants « à religions variées », qui refusent de s’intégrer, n’ont qu’à décamper. Rentrer au pays de leurs origines. » Bang !

Propos de bon sens, non ? Qui nous change des « ceuxze » qui coupent des cheveux en quatre. Michaud contre la langue de bois. Tenez, venez à Paris, petit portrait, en mai 1981 et voyez un Michaud brillant de culture-à-citations, un peu cuistre. J’y suis l’invité d’honneur pour « Prix France-Québec » ( La Sablière). Chic appartement du digne et noble Grand Délégué qu’il est. On dirait un ambassadeur. Mon Yves, grand’prêtre des cérémonies, garroche ses assertions. Impertinentes ou non. Un marquis à Versailles ! Avec ma Raymonde, ouvrant grands les yeux, je me sentais loin des ruelles de Villeray.

Ce patriote émérite, rencontre plus tard un gouffre écoeurant. Une infamie grossière, cogitée par Lulu-la-Canne, va le cogner, l’insulter. Lucien Bouchard —quoi le piquait, quel rancoeur sombre et secrète ?— va dénigrer en chambre un Michaud « antisémite » ! Pour d’ironiques vagues facéties sur « sa chaise de barbier », le vote est pris et l’homme est déchu ! Malgré —plus tard— les excuses des députés bornés, Michaud ne s’en remettra pas. Avec raison. Ces moutons de Panurge m’avaient dégoûtés.

Je voulais, ici, pour l’édification des Laurentidiens, saluer un esprit libre. Hélas, son courage n’est pas d’un diplomate. « Adieu le Bloc » et « expatrions nos nouveaux-venus » si la « Chartre-Drainville » les rebute…Aïe, cher Yves, à quel âge vieillirez-vous ?

 

LES EMPIRES ET MOI ! (une réplique)

J’avais donné « La petite patrie » aux Éditons La Presse, donc à l’Empire-Desmarais, ce fut un franc succès d’édition  et je l’ai pas regretté. En ce temps-là (1972) mon éditeur habituel, l’ancien Leméac (de feu Yves Dubé) négligeait de me verser mes droits. Pour mes chroniques hebdomadaires je fais affaire avec Quebecor, l’Empire-Péladeau et je ne le regrette pas. Chère Josée Pilote, j’ai lu votre verte diatribe où on laisse entendre que ma liberté d’écrire ce que je veux serait en danger à cause de …L’Empire. Lire cela chez un concurrent. « Accès », est fortement prématuré. Une directrice s’évertue à effrayer le public ?  Or, jamais je n’ai pu percevoir la moindre censure, là où je suis publié, j’y jouis d’une totale liberté.

Mettons les choses au clair : Madame Pilote vous menez une guerre commerciale. Soyez plus franche. Il s’agit d’un business, et des prix d’une page de publicité. Ma liberté d’écrivain, comme vous le lassez entendre, n’a absolument rien à voir avec cette bataille des prix des pubs. C’est de l’amalgame niais. Je n’y connaît rien en cette matière des « commerciaux » offerts aux marchands  « pas chers, trop chers ou trop bon marché ». Ça ne me regarde pas. Prière de ne pas mêler le public.

Je sais fort bien que mon roman annuel est offert « pas cher » chez Costco, oui, bien moins cher (hélas !) que chez mon cher petit libraire indépendant habituel. Nous sommes, auteurs, impuissants sur ce sujet. Les créateurs, les écrivains ne sont pas conviés aux affaires de distribution, etc.

Si mon hebdo offre « une page de pub » à meilleur compte qu’un autre hebdo, c’est une question qui ne me concerne pas. Il y a telle chose que la liberté de commerce, je suppose. Je me souviens, enfant, de la colère de ma mère chez notre épicier Bourdon (rue Chateaubriand) lui criant que les prix étaient « bien meilleurs » au Steinberg qui venait d’ouvrir rue Jean-Talon. C’était un empire naissant. Qui n’a pas duré. Bourdon est devenu un « Métro ». Juste dire ici que l’industrie (quelle qu’elle soit) mène un jeu purement affairiste hors de notre intérêt et de notre portée.

Que les gros joueurs, les joueurs puissants, évidemment, mènent le bal, c’est vieux depuis les premiers trocs en Assyrie !  Cela dépasse le rédacteur qui rédige une chronique. Vive la liberté madame Pilote ? Si je revois l’ami Pierre-Karl Péladeau à notre resto préféré —« Le petit Italien » de la rue Bernard— je ne vais pas lui « dicter » le prix qu’il doit exiger pour les encarts publicitaires commerciaux dans ses journaux. Tout de même. Par contre s’il m’annonce qu’un sondage maison indique que je suis très peu lu, là, oh !, je vais filer doux et lui faire des promesses d’amélioration.

Bon, bref, cette guéguerre n’autorise personne, madame, à laisser entendre que la liberté des chroniqueurs de Quebecor (Pays d’en Haut) est menacée. Belle foutaise et bête amalgame, arguments fallacieux, pour embellir, anoblir (?) « une simple bataille des prix ». Querelle hors de sujet quant à mon indépendance d’auteur. J’ai été souvent collaborateur de publications modestes et risquées, tel Québec-Presse. Librement. Dans ces modestes journaux, j’y étais ni moins libre, ni plus libre qu’ailleurs; par exemple à La Presse (1960-1965) un temps, ou au Journal de Montréal (1970-1976). Ne mélangeons pas, madame, les serviettes et les torchons, il y a l’écriture en toute liberté et il y a la chamaille ordinaire des espaces à vendre pour la publicité.

À bon entendeur, recevez mes salutations amicales et mes bons voeux de succès à votre hebdo.

 

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L’ERREUR GRAVE DU BLOC ?

Au Québec, de sagaces et intelligents observateurs ont critiqué le Duceppe (d’avant sa chute) quand il s’époumonait à améliorer Le Canada. Se faire aller la margoulette pour supplier le Canada de favoriser le Québec, jouer de vaines tactiques pour rendre Ottawa moins centralisateur, quelle bêtise ! Quel manque de stratégie ! De logique surtout. Le Bloc souhaitait-il donc « juste » une amélioration des conditions « provinciales », un Ottawa « seulement » plus ouvert à nos intérêts provinciaux menacés ?

Voyez Louis Plamondon, ce bloquiste se faisant aller les baguettes pour accabler le nominé unilingue anglais, ex-militant pour la francophobie il y a pas longtemps, devenu grand conseiller aux côté de Harper, un certain monsieur Persichiel. Erreur : Plamondon —et ses compagnons— à Ottawa devrait s’en réjouir et proclamer que c’est exactement cela Ottawa, c’est cela « le Canada de 2011 ».

Terminés les vieux rêves creux de l’égalité des deux nations de jadis. Alors, faisons nos adieux et décidons-nous à enterrer ce pieux songe, bonententisme à la noix de 1867. Nous ne vivons plus en 1867. Avec les immigrations, ce Canada d’antan a changé, il s’est multiplié et vite. Ils forment mainte nant une autre nation et forte.

Les Plamondon et consorts devraient donc ou se taire, ou saboter ce désir illusoire venu d’un pacte qui a échoué. Ayons du courage, faisons face à cette neuve réalité. Nous ne comptons plus aux abords du Canal Rideau. Plamondon et Compagnie, réjouissez-vous même, la situation favorise votre projet d’un pays québécois. Harper fait « la » job. Ouvrez les yeux, diable !  Collaborer même à ces faits qui démontrent bien une réalité actuelle : il y a deux pays. Mais oui, cette accélération actuelle de notre histoire favorise l’indépendance.  Les votes des Québécois désormais ne sont plus nécessaires pour obtenir le pouvoir fédéral depuis les dernière élections fédérales. C’est un fait politique nouveau tout à fait  inéluctable. Excellemment bien démontré depuis la récente élection fédérale.

Par autre exemple, les souverainistes du Bloc, devraient souhaiter que le nouveau chef du NPD soit un unilingue anglo.    Et mieux encore, le Bloc —ce qui en reste— devrait donc se taire et même favoriser ce projet de nommer de nouvelles circonscriptions,  davantage de députés à l’Ontario et à l’Ouest. Le Bloc ne doit pas s’alarmer devant cette logique toute démocratique bien au contraire.

Il y aura deux pays et amicaux, espérons-le, ce « Canada libre » —libre enfin du boulet-Québec—  pourra enfin se développer en paix. S’épanouir selon ses voeux. Et répandre des portraits d’Élisabeth 2, de « royaliser » les bureaux de poste, l’accrocher avec ses chapeaux dans toutes chambres à coucher. Ce Canada d’Halifax à Vancouver, « normalement », naturellement unilingue anglais  —le Pet Trudeau rêvait en couleurs factices— servira à réveiller le 40% de Québécois encore aveuglés par le fédéralisme. Ce 40% accroché à la majorité du vote des émigrants, 20%, soutient le fédéralisme.

Mais, oui, il y aura vraiment deux pays aux antipodes l’un de l’autre et aux monarchistes coast to coast ! Un jour les Canadians seront enfin débarrassés du carcan québécois. Et nous de même. Les électeurs du Québec,  qui ont cessé de voter Bloc, —l’instinct du peuple ?— ont fini par comprendre tout cela, voulurent aider le socialisant « bon Jack » à battre le réactionnaire de droite, ce méchant Harper.

Le Bloc, ce restant de parti indépendantiste exilé à Ottawa, n’a plus maintenant qu’un seul job : non pas d’appeler à grands cris à « l’amélioration québécoise »,  au contraire, à lutter pour faire s’aggraver une réalité inévitable. Le Canada est un pays à part et nous sommes différents. Bientôt nous formerons un pays, il va naître tôt ou tard ce Québec libre que l’illustre visiteur, De Gaulle,  nous souhaitait en été de 1967.

Dorénavant, on veut voir un Plamondon se lever aux communes pour appuyer, applaudir joyeusement, les démonstrations des Conservateurs qui  illustrent que le Canada n’a plus besoin des votes du Québec. Si nous sommes une majorité indiscutable au Québec —80% de la population— nous deviendrons dans cette fausse confédération un petit 20% sans plus aucun pouvoir. Ou moins encore un jour ? 15 %, 10 % ?

Tous les décolonisés d’ici vont comprendre, seuls les « demi assimilés » québécois, nostalgiques des anciens temps, vont s’en plaindre.

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ADIEU ET BONNE CHANCE CANADA !

Avec les dernières élections fédérales, c’est « le début de la fin » de l’ancien Canada, on devrait en être convaincu. En tous cas, mercredi (10 août), dans La Presse, John (Ibbitson), lui, fait un diagnostique clair qui proclame cette « fin » prévisible désormais. Verdict qui ne vient pas d’un amateur, car mon ami —allié involontaire des patriotes— John, est le « chef de bureau » au « Globe and mail » de Toronto. Il constate « l’isolement » (son mot) : il n’y a plus que cinq (5) députés québécois au pouvoir avec Harper !

Sa deuxième clé ? « Déclin constant à Ottawa du Québec ». Il a tout à fait raison. Il voit clair. Sa lucidité est l’annonce impitoyable de cette « fin de l’ancien Canada », en effet notre « nation » ( notion clairvoyante, venue de M. Harper) n’aura très bientôt aucune importance. Aucun poids politique. Aucun sens réel dans ce Canada en train de se dessiner.

Audacieux, John concluait qu’aux prochaines élections fédérales, les Québécois demanderont pourquoi ils font (encore) partie de ce pays (fédératif). « Que répondra le reste du pays ? » dit John.Tout est dit et bien dit, avec courage, avec franchise. Nos bons vieux demi assimilés québécois vont devoir faire face à la réalité. Ici, au Québec, notre seule patrie, nous sommes majoritaires et « maîtres de notre destin » —Bourassa dixit un soir d’échec mulroneyen.

Nous formons toujours plus de 80 % de la population dans notre seule patrie, le Québec. Il n’y a donc ni isolement ni déclin, très cher John…qui soulignait qu’au sein du Canada, nous sommes passés de 30% à 20 %. Il affirme que notre « insignifiance » politique à Ottawa va s’accroître avec les nouveaux sièges accordés sous peu aux provinces anglaises, en toute justice  démocratique.

Nos vieux nostalgiques du temps du quatuor des demi assimilés, Laurier, Saint-Laurent, Trudeau et Chrétien doivent, tout comme John, regarder en face cette fin de notre importance à Ottawa. Si jamais (une ou) des lois anti-québécoises sont présentés aux Communes, « on est faite » comme dit l’expression populaire. Les Québécois, sans  nostalgie du passé, comprennent maintenant que c’est vraiment le début de la fin et qu’il doit, tout naturellement, y avoir l’indépendance de Québec puisque ici on reste une majorité «  libre de ses choix » —encore Bourassa.

Merci John. Une sagesse populaire a fait un mouvement intelligent en rompant d’instinct avec les indépendantistes obsolètes —et un peu vains— du Bloc d’Ottawa. Encore un pas en avant et nous nous voterons l’indépendance bientôt. C’est nécessaire, c’est la seule bonne et pacifique solution nationale. À moins d’accepter niaisement, suicidairement, de n’être À Ottawa, qu’une infime « parcelle de peuple » sans aucun pouvoir réel —tel les Ukrainiens ou les Chinois du Canada. Oui, une infime minorité —folklorique— au beau milieu de la vaste mosaïque canadian. John, souhaitez-nous « bonne chance ». Enfin, enfin, débarrassé de notre encombrant patriotisme, je souhaite « bonne chance » à ce prochain Canada, pays voisin et ami.

Claude Jasmin

(Sainte Adèle)

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LE SOMMEIL DES TRUITES !

Il faisait beau soleil et voici donc un colibri, si vif, si hélico, qui fonce sur notre oiseau de bois émaillé rouge acheté « une piasse » chez Dolarama ! Il affronte ce leurre et puis, déçu, il fuit. On rit. Voulait-il s’accoupler à un cardinal de bois ? Hon ! Celui de Québec, l’insensible Ouelette, en aurait sorti sa bulle ! Puis voici que ma Raymonde rentrant de son Hyperclub de Piedmont, me répète tout le mal dit sur le dos de la marmotte. « Un vilaine rongeuse de graines en semis, très nuisible. » Bof, on n’a pas de potager ! Je descend trois marches voulant apercevoir ma grosse Donalda, rien. Faire un ménage dans mon tas de vieilles planches et l’en déloger. Non, j’y suis trop attaché. Fou hen ?

« Hier encore » (Aznavour) le vieux chat jaune-orange, bien assis, fixait ce coin secret du siffleux-terrassier derrière de vieilles persiennes remisées. Ma Donalda y allait aux toasts ! La terre volait sur un temps riche. Agrandissement ? Naissances ? On voit rien encore. Mais j’ai bien vu, une première !, un papillon d’un beige enluminé de symétriques ornements gothiques (oui, oui) se poser sur un garde-fou et, oui,  choir sur le côté ! S’immobiliser « penché » les pattes en l’air. Quoi ça ? Trop gavé ? Il pulsait fortement. Papillon ivre-mort ? Je l’observais et calculai : ses grandes ailes, ce serait comme si nous supportions, attachés à notre dos, des voiles de 40 ou 50 pieds de haut ! Alors, épuisement ou trop de sucs bus ?

L’ami Jacques Allard m’autorise à me baigner chez lui. Il possède un coquet spa-auberge, le Excelsior, passé le grand domaine skiable du Chantecler. L’une de ses piscines s’orne d’un immense arbuste, sorte d’admirable palétuvier avec ses branches feuillues décorant la serre tout autour du bain et qui  fait ma joie. En rentrant de nage, avant-hier, la Rivière aux Mulets venant frôler la 117, se montra d’un bleu à la clarté totale. Mon étonnement ! Un bleu bien loin de ce gris-brun de la Nord. Rivière encore vue en voiture quand nous sommes rentrés du Val David « d’en arrière ». À l’ouest. Nous apprenons que ce chemin qui aboutit, via le Mont Sauvage, à un carrefour adèlois, était la très ancienne route. On y découvre toute une campagne comme secrète et y nichent ici et là de rares vieilles belles maisons. Et des « modernes », bien moins jolies.

Arrivage d’écureuils ces temps-ci. On avait cru les avoir tous déportés l’an dernier avec la cage de Maurice-Voisin. Non. Gare à la douzaine de nos jolies jardinières suspendues ! Quoi faire ?  Emprunter de nouveau le malin appareil-à-trappes avec nouvelles « déportations » sauce acadienne ? Triste. Ah, chaque fin de mai ou début de juin selon les climats, voir ma « tendre fidèle », mettre ses gants fleuris, réunir ses outils et ses bouquets de Botanix, inventer ses arrangements floraux, la joie pour moi !

Vente du pédalo et achat à Saint-Agathe d’un canot-chaloupe. Pour pêcher. Poids ? 48 livres ! Mise à l’eau et soudain surgit un couple de fiers canards. On dirait qu’ils ne nous voient pas ! Allure d’indépendance totale, c’est ça la belle souveraineté, amis lecteurs. Ça  se promène le cou (très) en l’air, la mine noble, non mais… On nous a dit (des gens-grenouilles) qu’un grand nombre d’énormes paresseuses truites roupillaient au fond du lac. Au pied de l’hôtel du lieu et pas loin des condos de la Villa Major. À nous deux les paresseuses ! J’aime l’été.

VIVE LE FÉDÉRALISME !

Voilà que le chef édito stipendié du clan « Gesca et coetera », Alain Pratte, s’embarque dans un nouveau combat nommé «l’Idée fédéraliste». Quand vont-ils comprendre ? Qui est contre la vertu ? Le fédéralisme peut être en effet une bonne idée. Les patriotes actuels d’un «Québec-pays» n’ont rien contre.

Moi, j’aime cette idée. Je sais bien que le fédéralisme peut être fort commode et même fort avantageux en certaines contrées, certains territoires. Ces jeunes et vieux énervés de notre patriotisme finiront-ils par comprendre? La fédération actuelle au Canada ne peut pas, à nous, Québécois, donner bonne et juste part. Encore moins nous favoriser, nous avantager. C’est tout simple: une fédération efficace doit être constituée avec divers éléments (nations) de forces semblables. Sinon? Chicanes.

Faisons face à la réalité mossieur John —fils de Red— Charets et Cie: au Canada, nous serons bientôt vraiment des minoritaires. Au Québec, nous restons toujours 84%. Devenus ombrages à Ottawa, cette fédération n’aura pas à nous considérer comme partenaire important.

Simple et clair à constater, non? Rien à voir avec les «maudits anglais» de 1837-38. L’anormalité est là, en fédération qui cloche quoi! C’est inévitable. Au 19e siècle (1867), on pouvait parler d’une vraie fédération. C’est bien terminé en 2009. Notre nation québécoise (mot admis désormais) ne peut profiter d’un ensemble où nous ne représenterons plus très bientôt qu’un petit 20% (en 2020?) voire 15% (en 2030?) de l’ensemble fédératif  »canadian ». Est-ce assez clair les p’tits bonshommes Pratte? Vite sortons de ce piège.

«Va, Ottawa , je ne te hais point», dirait un jeanracinien. Il y a que, fait têtu, notre avenir dans cette vaste contrée —ad mare usque ad mare— est nul. Cher Alain, et autres rêveurs timorés, nous sommes une majorité, ici chez nous, au Québec. En la fédération, nous devenons (et vite) une toute petite minorité.

Partant, la nation québécoise, nous tous, y sera de plus en plus desservie, une quantité négligeable dans les débats importants à Ottawa. Nous devenons perpétuellement des «faciles à battre et lors de la prise démocratique d’un vote nuisible à notre nation, ce sera le fatal score: 80 à 20. Battus sans cesse: tac, coup de maillet fédéral, notre sort commun davantage fragilisé!

«Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu pas rien venir», questionnait l’épouse de Barbe-Bleu-Ottawa. Rien ne viendra nous sauver hors l’indépendance. Pendant que les non-politisés paresseux ouvrent enfin un œil, commencent à s’inquiéter, à Ottawa, MM. Harper et Ignatieff crient à l’unisson: «On a absolument rien à offrir à Québec, que cette nation se tienne tranquille!» Et, suicidaires, les  »fédérastes » charestiens se taisent.

Concluons: le projet d’action nommé «L’idée fédérale» est condamné d’avance, «idée» bien secouée jusqu’en Angleterre, «Vive l’Écosse libre» et en Belgique, «Vive les Flamands libres!» C’est de cette même sauce clairette que (ô souvenir!) l’idée bouchardiste «des lucides». Du niais «wihisfullthinking». La dénatalité, l’émigration (asiatique) jouent contre nous davantage chaque année qui passe, jouent contre notre nation majoritaire ici. Le temps va vite et le temps est pressé. Avant que nous devenions 15, 12 ou 10% de cette «Canadian federation», sans haine ni agressivité, notre nation, originale, unique, et fièrement française d’Amérique a tout intérêt à former un pays. Libre, indépendant et fort capable de coopérer avec tous les pays (ou fédérations fonctionnelles) de cette planète.

Lettre ouverte à Pauline Marois

Chère Pauline,

La dernière fois que l’on a pu causer un peu ensemble c’était lors d’une rencontre quand j’animais aux micros d’une radio de Laval (Radio-Boomer). Et ce fut un plaisir. Réciproque je crois. Je vous l’avais dit ondes : je comprenais mal pourquoi tant de gens (et des caricaturistes) vous imaginent remplie de snobisme. C’était -c’est- injuste. Vos paroles et votre attitude démontrent souvent de la chaleur, de la solide humanité. Hélas, voilà qu’aux dernières assises de votre parti, attitude bizarre, vous êtes d’accord pour fustiger et « punir » financièrement de jeunes militants de notre essentiel nationalisme. La raison ? Du verbe coloré et bien effronté, à l’occasion. Parfois carrément agressif.

Allons, chère Pauline, dans tout mouvement de revendication, dans n’importe quelle association de pétition ou d’imploration, on y trouve des tempéraments vifs avec  des tribuns impétueux, voix qui appellent un chat, un chat. Et un salaud, un salaud. Est-ce nécessaire de fustiger ces ardents patriotes -le jeune Patrick Bourgeois ou le vieux-vert Pierre Falardeau ? Le danger ? Vous nourrissez les adversaires de notre cause sacrée, Pauline, vous encouragez les couards, diviser nos troupes, encourager la pleutrerie de trop des nôtres. Vous soutenez malgré vous, chère Pauline, des profiteurs vénaux, ceux de la pax-canadiana-fédérata, les tranquilles amants des compromis, du plat doucereux abandon d’un pays à faire naître à fond. Pauline, nus avons besoin de quelques sages mais aussi de jeunes enthousiastes impatients. Notre lutte s’étend aux générations nouvelles. Qui sont moins molassonnes, moins « chambre-de-commerce-et-du-tourisme ».

Et alors ? Formidable, non ?, cette jeunesse fringante, malpolie, à l’hebdo « Le Québécois ». Où j’ai le bonheur plaisir de collaborer. Ils n’ont pas froid ni aux yeux ni aux lèves, ces cadets mal engueulés sont un apport vital témoignant pour une suite-du-monde-québécois. Observons tes applaudisseurs ? Des rampeurs, des ennemis de notre souveraineté. À ce congrès, tu fus fort mal conseillée, prend vite bonne distance de ces couards. Erreur d’avoir osé appeler au boycottage « économique » du modeste hebdomadaire de Bourgeois. Pas moins grave l’appel du Bloc pour donner suite à ce nocif mouvement. Ô l’odieux monde de la censure, la sale sauce nettoyage soviétique ! Pauline, je t’en supplie, tu dois vite annuler cet appel au boycottage.

Face à notre victoire remportée sur ce projet d’Ottawa, avec  son machin-à-Plaines-commanditées-alla-Juneau, n’ayez qu’un seul regret : devoir constater que le parti que tu diriges fut molassique, archi-prudent. Les jeunes Résistants à cet « Axe anglo-saxon » (ultra-puissant sur tout ce continent) visèrent les masochistes et les marchands à tourisme-de-Nouvelle Angleterre. On ne pouvait parader, costumer, décorer,  festoyer « la » défaite de la Nouvelle France. Pas trop tard pour « raison-garder » et biffe au plus tôt cet ordre abject de crever ce petit journal. Lui couper les vivres est indigne d’une Pauline Marois que je crois connaître. C’est méprisant et infantilisant de commander à ses députés une interdiction d’acheter des placards dans l’hebdomadaire. La liberté c’est la tolérance de toutes les tendances. On peut endurer quelques jeunes (ou vieux) trublions qui « font du bruit » dans le grande espace de l’indépendance à conquérir. Il y a des oeufs pourris qu’il fallait casser. Commémorer cette bataille perdue sur la falaise était un oeuf pourri.

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PAUL OU YVES EN VIEIL ORPHÉE

Suivez-moi, c’est un dimanche de décembre, avec du froid donc, engraisser d’abor le parking-voleur et j’arrive sur Saint-Laurent.

Cet antique chemin radoteur d’enseignes aux vitrines vulgaires, gargotes pour étudiants, pour les cassés d’un roman de Renaud. « Salut à toi dame bêtise », chantait l’autre, « toi dont le règne est infini ! » Les bistrottiers de ce gris dimanche rôdent d’un comptoir l’autre, comme mon Céline-le-fuyard « d’un château, l’autre ». Plein de bourlingueurs façon Blaise –l’illustre manchot– Cendrars. Ce dimanche récent donc, moi l’échappé adélois, je zieute les promeneurs hagards reluquant des affiches.

Les voyez-vous, regardez bien, certains loustics descendent entendre de la poésie lue, où, dans la cave chez Gallimard. Au portique, un Bozo -ou Ti-Coune ?- quête borborygmant des « Sales-culs-ronds-de-bourgeois ! » Héliotropes frustrés fuyons le bitume d’un brun mat, ce désensoleillement. Refuge à la cave en ce dimanche dos-de-rat, descendre au sous-bassement gallimardien pour… de la lumière, entendre les voix des fous et des folles, leurs flots de mots en images. Merci et salut Martine-belle-voix, les autres déclamateurs. Mots de musiques. J’écoutais ces narrateurs de l’inénarrable, mon bonheur. La logique sur le cul, souffrez les concierges du raisonnable, les gardiens des banales frilosités.

Au sous-sol de Gallimard

J’étais donc assis en cave librairienne, rue Saint-Laurent, pour aussi entendre un rejeton mien, le David qui publie à l’Hexagone. Il a bien fait. J’étais fier. Mon petit-fils agrandi secouait L’Éléphant -son titre- par la trompe, par les grandes oreilles, par les défenses d’un ivoire interdit de commerce.

Le beau défilé hexagonal, jeunes et vieux, filles et garçons.

Danielle Fournier, marraine éditrice pour Ville Marie littérature, ordonnait sa circulation, sans sifflet, sans brassard, épatée la première. Soudain, vont m’apparaître deux habitants rares.

Est-ce que « Le défaut des ruines… » ( Roland  Giguère) reste l’oubli ? Mais je n’avais pas oublié ces fantômes de ma jeunesse, sentinelles ridées comme moi, grimpées aux barricades des mots. Yves et Paul, navigateurs, lisant leur poésie quai d’espoirs. Jadis, au port, au bout de la main, se balançaient côte à côte, le bateau ivre et le vaisseau d’or. Je revoyais, après un demi-siècle, Préfontaine et Chamberland, deux avironneurs increvables, restés Orpheus sur le fleuve Achéron.

Fin des litanies laïques, escalier, nous retrouver à l’étage pour le verre de rouge. Longtemps jacasseur aux micros radiocanadiens, Yves « pré-fontaine » signait en 1959 le tout premier appel pour un vital rassemblement pour l’Indépendance à Shawbridge en Laurentides. Serrage de nos vieilles pinces et je songeais à Gilles Constantineau, poète disparu, camarade du Grasset. Ô capitaine, que de rêveurs jadis d’Outremont à Hochelaga (André Major) ou Villeray (Pierre Perrault), avaleurs d’élixirs bon marché chez Vito sur Côte des Neiges. Pleure François Villon, il a tant vanté devant nos portes.

Qui, dans cave, lisait aussi à voix bien posée ? Cet afficheur-hurleur, Paul Chamberland, connu en 1965 au sombre logis du lumineux Maheu, tué, à Outremont-sur-tracks, là où se fondait  Parti Pris, revue gauchiste militante.

De vos rangs clairsemés, dur devoir de durer (merci Paul Éluard) témoignez tous en faveur de la folie scripturaire, appuyons ceux qui se fichent bien du succès populaire. Isolés  batailleurs en verbe insolite, solidaires d’univers inédits. Avec Yves et Paul, causons de notre passé bohémien, Félix, avec le chapeau bas à la main. Avons juré et cru qu’une jeunesse va continuer, que la poésie québécoise ne va pas mourir. J’en lis chaque fois que je fais démarrer mon moteur à proses. Jeune David frondeur, tous les autres, continuez vos tricots de mots hors commerce, votre dentelle inouïe, traçante d’infini, piège des hasards crus, des chaos surprenants. Bizarres physiciens, prêtres sans théologie vérifiable, sismographes de fragiles intuitions, nous vous lirons. Écrivez pour les aveugles du jour, pour les sourds et les paralysés du méchant destin. Les handicapés des mauvais sorts. Nous redescendrons aux catacombes des libraires, chez Olivieri, chez Monet rue Salaberry; rue Saint-Laurent en 1900, Émile Nelligan criait au dessinateur Gill sa hantise de la folie, sur la vieille main, devant le marché hongrois, les foutoirs Juifs. Allez aux caveaux, braves orphées, sous l’hiver blanc, dimanches clairs ou sombres, on écoute.

DÉBATS DE CON ?

       L’auteure Lise Payette, devenue columnist au Devoir, râlait dans sa colonne sur la platitude de ces débats télévisés. Elle a raconté son pépé qui la conduit, toute jeune, au Marché Atwater, proche de son Saint-Henri, natal. Là où elle a pu admirer un vrai tribun. Un orateur fougueux, emporté, au verbe incisif. C’était le cher bon gros maire (ardent nationaliste) de Montréal. Houde. Qui fut floué par le malin Duplessis. Camiiien Houde. En 1940, emprisonné en camp de concentration (eh oui !) en Ontario. Pour avoir encouragé nos gens à ne pas s’inscrire sur une liste « de conscrits » en devenir. Lise Payette a dit qu’elle avait appris, « drès là », rue Atwater, ce que c’était qu’un vrai tribun, un orateur sur hustings dynamique. Elle a raison, que d’ennuyeux discoureurs lors de ces ennuyeux débats télédiffusés ! On s’ennuie du verbe, par exemple,  hautain et tranchant, cruel et mordant d’un Trudeau, ou de la parole nerveuse, chaude, lyrique, d’un René Lévesque. Sans parler du «  roi des tribuns », feu Pierre Bourgault.

       Désormais que de tristes et ennuyeux baratineurs qui font ronfler. Cela du monocorde et nasillard Duceppe au sinistre « bonhomme sous Valium » (merci Chapleau !)  Stephen Harper, ou encore ce plate « prof tournesol », S. Dion, jusqu’à cette  écolo toutoune « green lady »,  massacrant notre langue. Oh l’écorche-oreille insupportable ce soir-là ! « Débats-télévisés-des-chefs »  ?, ces mots signifient : « mort de la parole alerte », vive, captivante. Il y a eu « Dîner de con », il y a débat de con avec un arbitre, modérateur métronomique, qui calcule les minutes et les secondes, qui joue, la langue dans la joue,  le père fouetteur ( S. Bureau ou un autre). Arbitre froid qui fait que ces machins égalitaires, ce equal time de mes deux…,  ne lèvent jamais. On reverra tout cela bientôt puisque le rouge John Charest (fils de Red Charest) semble vouloir des élections québécoises dans… pas longtemps !  Souffrance, disait Fridolin-Gratien-Gélinas !

       Ces sermonnages, sans cesse interrompus, artificiellement soutenus  – à une table ou devant lutrins-, sont d’un soporifique : pas de coup de sang, coup de gueule. Aucune émotion. Aucune humaine vindicte. C’est bla-bla-bla froid. Zzzzzzzzz… dit le phylactère de B. D. La peste de ces débats vains ! Cette sortie fort bien faite par Madame Payette face à un maire-Houde, m’a fait me souvenir d’un autre marché public, le Jean-Talon. Vers 11 ans, en 1942, papa m’amena entendre les orateurs nationalistes du « Bloc populaire ». Un « bloc » d’avant Bouchard, celui de Maxime Raymond, sénateur nationaliste, fondateur et financier. J’entendis discourir à peine un André Laurendeau. Il parlait éraillé et avec son tout petit filet de voix. Et puis, se leva le célèbre patriote Bourrassa (qui n’est pas qu’un boulevard ou une station du Métro, les jeunes), Henri, par Robert qui se tint debout en 1990 (après l’échec de Meech) 24 heures en 24 ans de vie politique. Ce Bourassa avait prononcé quelques belles paroles, on l’entendait à peine car en 1942 il était devenu un petit vieillard maigrelet. Il m’avait semblé avoir cent vingt ans. Ces réunions à débats publics n’étaient pas faites pour les enfant, ça va de soi. Je n’étais pas précoce comme Lise ! Vint pourtant un moment qui m’excita : un des invités « s’empara du crachoir ». Clameurs soudaines et réveil du gamin distrait, le bonhomme (qui était-ce, diable ?) avec une gestuelle d’enflammé, des propos aux sarcasmes bien envoyés, des appels à la révolte, des cris calculés, des silences pas moins bien calculés, bref, un orateur parlait, un tribun, un vrai. Je ne  revivrai cela qu’en 1961, je n’avais plus dix ans mais 30. Quel spectacle excitant, salle louée rue Fleury, en écoutant feu Pierre Bourgault débattre sur l’indépendance.

      Bon, il est entendu que la télé supporterait mal l’emballé d’antan. Le vibrant postillonneur comme je le vis au marché Jean-Talon. Mais, merde, il y a moyen de parler en débat d’idées avec un peu de fouge, avec un  minimum d’âme. Il doit y avoir un petit moyen de causer politique, ses rêves, ses espoirs, avec ferveur. Avec un brin d’emportement. À cette même télé, il y a « La joute » -même animateur-Bureau- aux forts bons moments. On en voit souvent, à Télé Québec, de ces brefs débats bien excitants chez Marie-France Bazzo. Pourquoi à  chaque élection ces débats d’un morne ?  Trop de règles. Aucun espace libre. Corsetés, intimidés, par le maudit collier-protocole, les débatteurs se tiennent « à carreau ». Ils sentent  une intolérance totale à la vie, au mouvement, à la sortie vive, à l’humeur. Cela relève de la rectitude sotte, la peur niaise  des dérapages. Cela qui fait le sel et le suc de telles rencontres. Aux débats prochains -et ça viendra vite suggèrent des Libéraux à Québec- comment pourrions-nous échapper au genre actuel ? À ces encadrements stricts et à ces thèmes choisis. À ce : « À bas toute subite inspiration, liberté et improvisation », oui, comment abolir ces menus imposés, prédigérés par les patrons (en consortium) de ces dortoirs ? Il est très clair que le public démocratique apprécierait ces débats. Les audiences le prouvent mais, hélas, on n’affiche plus ce qui se nommait jadis « l’indice de satisfaction ».Trop gênant ? Ce serait marqué : zéro !