CHAT, MARMOTTE ET… CORNEILLES!

Ma grosse Donalda-Marmotte file à toute vitesse ce matin-là. Elle rentre sous ma galerie, la queue basse. Un éclair. Fauve. Va à sa chère niche sous les vieilles planches.  Elle revenait de chez le voisin, Monsieur B. Longtemps, on voyait sur leur terrain plusieurs siffleux. Mais ils se cachent où maintenant ?

Je pose ma canne sur le garde-fou et je fouille du regard. Rien. Que le lac comme tremblotant dans la belle lumière des beaux jours récents,  dans sa petite barque modeste un pêcheur —à moteur électrique— trolle patiemment tout autour de nos rivages. Les bourgeons des lilas grandissent comme à vue d’oeil. Ma hâte des beaux mauves !

Pendant mon bref séjour à l’Hôtel-Dieu ma Raymonde me dira; « Ce matin, avant de partir, j’ai vu ton gros vieux matou royal. Valdombre ? Il était grimpé sur une table de la galerie. Il m’a vu et examiné un bon moment puis a sauté paresseusement au sol et est descendu tout doucement l’escalier. Tu as raison : il se prend pour qui celui-là ? »

Ses « maudites » corneilles rôdent désormais. Elle grogne. Un peu. Moi l’estropié, l’handicapé, le « vieux » réduit à ses béquilles, ma Raymonde a engagé un vaillant jeune homme pour les travaux « du printemps » dans le jardin et dans la cour. Et pour le lavage des murs dehors… et les douze  persiennes noires à repeindre… Et le reste. Je me sens devenu une sorte de rentier, aussi une sorte de « p’tit vieux ». J’aime pas trop ça.

Voilà que le seul littéraire de mes cinq petits-fils, David, lit de sa poésie en Colombie, à Bogota ! Il a été choisi par l’Office Québec-Amériques pour la Jeunesse et un réseau animé par les Alliances françaises. Internet fait que l’on garde contact. Photos, affiches, bandes sonores, et tout le reste. Skype compris. Sur une vidéo, on a orthographié son nom JAZMAN ! J’ai ri, au collège Grasset on m’affublait de ce sobriquet ! Moi comme immobilisé et lui, mon dauphin,  vagabondant si loin, si loin; il songe maintenant à y demeurer quelques mois, le coût de la vie est invitant certes.

Je suis un peu fébrile en ce moment, c’est l’inquiétude, Raymonde a passé des radios urgentes et doit recevoir un verdict sur ses bien faibles poumons, en ville. J’ai peur. Voilà des décennies et des décennies d’amour commun, d’amour intense et…peut-être —bien pire qu’une hanche artificielle—ma compagne de vie se fera emprisonnée dans une suite de soins intensifs…Nous fumions, elle et moi,  oh !, comme des engins d’enfer jadis. Elle surtout, captive de ses réalisations de dramatiques, moi à mes simples scénographies, la fumée de cigarette était notre décor permanent. Pire qu’envahissant.  Pour elle, quel sera donc le prix à payer ? J’ai peur et elle va rentrer bientôt. Je sortirai au soleil, une corneille poussera ses laids cris et je lui dirai : « Silence, mon amour s’an vient et elle ne tolère pas. »

 

CACA-CACO-CACOPHONIE !

       Ça va faire dix ans bientôt. Oui, dix ans qu’on a installé partout un mode de communication moderne, foisonnant, éparpillant, démographique. Et démagogique ? Que vous viviez à Sante-Adèle ou à à Milliy-la-forêt ou à Marne-la coquette ( ah ces jolis noms en France !), à Los Angeles ou à Verdun, en un tournemain, un clic de souris, vous voilà à l’écoute d’un autre, connu, inconnu, méconnu) à l’autre bout du monde. Ou dans la rue voisine. Voici venu le règne de l’informatique, tic tic ! De l’étonnant réseau universel…où règne une étrange liberté.  Internet. Web. Réseaux. Machine à courriels. Peu importe le nom, s’agrandit davantage chaque jour ce filet (ce « net »), autour de la planète.

        L’hiver dernier, je composais un nouveau roman sur un dénommé « Jésus ».  À coups de clics —rapides, inouîs, furtifs j’eus des moyens d’apprendre des détails sur son temps, sa géographie, les fruits et légumes, moeurs et coutumes, us et pratiques en cette Palestine. Un clic sur Google ou Wikipédia, incroyables sources, encyclopédies inépuisables. J’étais bien loin de mes pauvres tomes de « L’Encyclopédie Grolier de la Jeunesse », en 1940. Un monde nouveau. Ainsi, une jeunesse (au moins occidentale) n’a plus aucune raison (économique) de se plaindre  sur ce rapport. Le savoir. L‘instruction. Servez-vous, ouvrez ce léger portable, cette mallette à écran. allumez. Écran magique avec mille millions de millions de renseignements.

       Et puis il y a autre chose encore à l’orée de 2010. Mon sujet justement : désormais tout le monde peut y participer. Ajouter son fion, son avis, une opinion personnelle. À tout propos. L’ouvrière de Saint Jérôme ou l’agent d’immeubles de Mont Tremblant. Des sites « perso » s’ouvrent sans cesse, n’importe qui peut se joindre au chœur. Juger. Complimenter ou maudire. Commenter l’incendie du coin ou l’écrasement d’un avion détourné. Docteur en linguistique, ouvrier sans spécialité, voici venu l’égalité « sur la place publique » tant rêvée par des révolutionnaires. On dit que des amateurs enragés consacrent des heures et des heures chaque jour à jaser, à twitter, à tenter de communiquer. Un vaste balcon de méméring ouvert sur la terre. Un parloir foutoir. Une gigantesque foire d’empoigne.  Un marché idiot de commérages. Inépuisable. Ragots, diffamations, hommages, insultes, en vrac ! Certains en sont enchantés : ils ont droit à leur espace enfin, on va les entendre, enfin ils sont édités. Que devient l’importance, l’utilité de cette parole sans contrôle offerte à tous ? De ces avis et conseils venus de vrais génies ou bien  d’authentiques crétins ? Impossibilité de vérifier justement la qualité « de celui qui écrit » ? Parole libre donnée aux limiers de l’information comme aux coquins de la désinformation, écervelés.

       Le web devenu un cirque ? La toile, le net, devenu un futile parlement de bouffons ? Cette égalité est-elle utile ? Est-ce vraiment démocratie ? Ou sont-ce des espaces fous accordés à ces maladifs inventeurs de complots à gogo ? Place aux diffuseurs de ragots, aux cancaniers ? Le frustré s’exprime ou il se venge ? Le raté-par-sa-faute se défoule. Le « pas  chanceux », le rejeté du monde des communications, réservé « aux professionnels du métier », se trouve ainsi un canal. Qui est un égout ? Bogue, blogue, blogue : comme dans « cui-cui-cui, mon histoire est fini ». Infantilisme bête : le net à méméring ? Nous entrons tous dans le début d’un temps nouveau. De vraie liberté ? J’ai un doute et le droit de croire à une cacophonie.

D’OÙ, CET AMOUR DE LA PLAGE ?

Nous chérissons certains sons. Ici, les cloches de l’église, rue Lesage, à l’heure vespérale. Durant l’été, ces cris, rires,  appels, rumeur de la plage publique à quelques maisons d’ici. Jusqu’à neuf ans, « on-va-t-y-se-baigner-les-gars ? » me disait prendre une serviette et une savonnette pour aller nager au Bain publique -puant le javel- rue Saint Hubert près de chez moi.

À dix ans ? Ce sera la plage. Minuscule ou immense. Ma liste de plages, on a tous la senne  ? La première : un coin de rivage au quai de Saint-Placide. Puis ce sera pour des étés, tout le rivage de Pointe Calumet; petit-old-orchard-du-québec, disait un placard. Ado, il y aura découverte du Lac Champlain-sud, Plattsburg. Lors de subites canicules, on filait vite vers l’ouest de Montréal à cette backgammon free casino money free craps game play free black jack craps video poker strategy play black jack online how to win video poker casino game online uk best casino online casino secure online gambling jackpot casino online casino black jack learn to play craps how to win at video poker craps online blackjack casino game online casino betting free on line video poker casino games no download casino online gambling casino play free casino slots video poker machine bonus video poker free on line slots double bonus video poker free video poker games free casinos roulette online craps rules free on line casino rules of craps online casino free money blackjack 21 internet casino how to play craps free casino game download fortunelounge online casino free casino download free casino card game free roulette game free casino play no deposit free money casino internet casino online plagette du Cap à l’Orme et voisines. Ou bien, à l’est vers Montréal-Nord ou Rivière-des-Prairies et ses ares overtures sablées. Certains audacieux filaient à l’île Sainte-Hélène, ou bien plus loin, à Charlemagne, à Repentigny. Un dollar pour la journée et beaucoup d’herbiers.

A 27 ans, marié, père de deux enfants, des camarades décorateurs me recommandaient « la mer »,lavraie. Coccinelle attelée et ce sera la découverte du célèbre Old Orchard Beach; 1958 et voir enfin l’immensité marine ! On verra mieux, les plages du Cap Cod. Provincetown,Truro, Marconi. Un certain été, voir une île protégée, la houle furieuse de Madackett ! Oh ! Les baleines de Monsieur Melville -salut Mobby Dick !- sont disparus ! Plus tard encore, s’installer aux sables de Wells Beach. Puis d’Ogunquit. Ce lieu auquel on reste encore fidèles.

Il y aura des infidélités, on descendra au New Jersey et ses sables doux et pâles. La mer plus baignable, les Wildwoods, Margate, Ocean City, le joli Cape May. Viendra 1978, l’âge bien mûr, fuir l’hiver un peu, Québécois aux os vieillissants ? Alors : welcome in Florida. En auto c’est trois jours et deux nuitées en motel, en avion, trois heures. On a étendu nos blanches carcasses de Daytona à Miami et Fort Lauderdale à la fin. De Kay West à Naples. De Sossua à Tampa et Clearwater. Ô très chère mer, belle atlantique, océan béni, des plongeurs-à-touristes remontent des éponges jouant les Grecs anciens !

D’où peut bien venir ce besoin du sable au bord de l’eau ?  Même celui d’un tout petit lac.. bien rond ? Des accroires ? La mémoire enfouie du temps de l’amibe, de l’unicellulaire sorti ramer à l’air libre, ancien temps de l’homo-reptilus, la plage pour esquisser l’humain aspirant à de l’érectus ? Repos avant  l’homo faber ? Ou bien, mémoire des eaux matricielles de sa génitrice porteuse. Plage fondatrice du ventre maternel ?

Mais, excusez, j’entends les cloches de l’Angélus, adieu plages, mer, sable doux… je frissonne de nostalgie, moi le mauvais chrétien ! Que viennent vite les cris enfants, les francs et libres rires de la plage publique, voisine, rue du Chantecler.

LES MAUDITS « ZARTISSES » ?

Étant une sorte d’autodidacte, m’étant débrouillé seul, sans aide de l’État, venant d’une chétive époque où l’on ne subventionnait guère -pas du tout le plus souvent – les artistes, oui, je reste tiède face aux actuelles protestations des artistes scandalisés. En passant, dire que la vieille candide  Madame Bertrand (autodidacte elle aussi) n’a aucune crédibilité quand elle se porte -très farouchement- à la défense de son propre job ! Cette école privée à la subvention coupée  -l’INIS- l’engage comme professeur-en-textes (sic). Une petite gène s.v.p. chère Janette !  D’autre part, d’entendre certains loustics fesser avec rage contre les artistes -tous des « pourris-gâtés-le-ventre-plein »-  relève quasiment d’un racisme.

Bon, reste que « le milieu » passe aux attaques furibondes contre « Harper et Cie » et on découvre d’étranges visages. Un exemple : un vidéo-clip avec Michel Rivard, sur Internet, montre des jurés -anglos unilingues- qui méprisent les nôtres alors que les coupures harpériennes se font pourtant d’un océan l’autre. Dans une coulisse de studio télé -« Deux filles le matin » à TVA- j’ai osé aborder « un angle » de la situation avec un député péquiste et ex-président de l’Union des artistes. À savoir que des « jurys de petits copains » avec des bureaucrates complaisants (de mèche avec ces « chapelles » ardentes) subventionnent des artistes qui n’ont jamais réussi à se constituer le moindre public, à captiver une toute petite part de ces « cochons-de-payeurs de taxes ». Les ordinaires travailleurs. Ainsi on assiste, encourage -subvention après subvention-  des gens dénués du moindre  talent, qui sont et restent de parfaits inconnus. Et cela, souvent, depuis des décennies d’activités car « leurs entreprises d’art » ne captivent absolument personne. Mon cher Pierre Curzi grimpa sur ses ergots pour me chicaner.

On a alors l’impression qu’il faut défendre « tous » les créateurs. Même ces inventeurs d’objets (peinture, sculpture, danse, etc.) qui laissent tout le monde… de glace. Soutenir un (ou une) débutant, oui et oui ! Soutenir, échec après échec, des incapables, des ratés à « bons contacts », à « réseau » utile, non et non. Lorsque vous lisez les listes des bénéficiaires de subventions (essayez-ça !) soit pour des colloques-séjours-séminaires-résidences et autres appellations cocasses, soit pour des ateliers-expos-salons-représentations, vous découvrez, stupéfaits,  des tas de gens complètement « inconnus au régiment » mais qui font « carrière » en subventionnite, genre « mon art égotiste ne concerne que moi ».

Si on me dit : Jasmin-jaloux ! Ou vieux gaillard-à-plume envieux, qui a réussi à se bâtir une réputation d’écrivain prolifique  -contestée car j’ai des contempteurs. Cela  sans jamais, JAMAIS, quêter bourses, subventions et/ou voyages culturels aux frais de la population. Eh bien, oui, c’est un fait et facile à vérifier. Je rétorquerai en outre que je n’éprouve aucune jalousie, ni pour un brillant et surdoué Robert Lepage, ni pour le fameux Cirque du Soleil (à ses débuts), ou face au fait que l’on a subventionné l’original troupe du « La la la human step » ou l’étonnant  spectacle de « L’histoire de l’oie ».

Il y a seulement un fait têtu : les « Conservateurs » en campagne, les Josée Verner auraient-ils été informés ? Quoi ? La question se pose. Un bureaucrate honnête, (il y en a parfois) a vu le tableau noir des artistes-imposteurs et aurait  coulé des infos ? Ça se peut ?  Les a-t-on mis au courant qu’il y avait au chic domaine-des-subventionnés0chroniques d’HÉNAURMES gaspillages ? Que dans ces officines du favoritisme « artistique », patronage connu,  l’on y trouvait pleins de nids où grouillent des artistes-fumistes. Ça existe, en quantité, des ratés,  des impuissants incapables de « communiquer » le moindrement. Des parasites, mon cher Curzi,  -disons le mot. De ces écrivains-à-la noix sans aucun, aucun,  lectorat. Des amateurs d’euphuisme. Des onanistes à vice solitaire en voyages payés à Knott-le-Zoutte, à Bologna-à-nos-frais. Aux studios-d’État à Paris ou à New York. Assez de leur masturbation intello : foin du gongorisme, tous ces « illustres inconnus » subventionnés très habiles à remplir les formulaires-à-bourses, on s’en torche ! Oui, je m’en balance. Qu’on coupe les vivres à ces stériles marinistes.

La tristesse de toute cette polémique ? À cause du scandale de l’improductivité totale, qui a régné si longtemps -depuis que règnent des Conseils-des-arts avec leurs gamiques de clubs de « pairs » faux jurés à cliques-  je crains fort qu’un gouvernement Harper, élu  majoritaire,  ne fasse plus rien. Rien pour stimuler les débutants. Rien pour soutenir ceux qui ont réussi avec éclat. Qui sont de brillants ambassadeurs.

Cette  guerre-des-artistes m’aura permis de me vider le cœur sur le sujet « subventions-bourses ». C’est beaucoup. « Coup de pied de l’âne » quand la culture est en péril ? Danger de donner des armes aux incultes? Allons : « Tu penses que le peuple ne s’en aperçoit pas », chanterait un Vigneault !  J’ai parfois semé des avertissements, l’occasion est excellente pour dire aux brailards-sur-tribunes : «  d’accord avec la lutte pro-culture mais si on en profitait pour y glisser un peu de lucidité, un peu de franchise, de « vérités bonnes à dire » en tout temps, oui? »  Eh bien, ici, c’est fait.

FRANÇOISE N’EST PAS MORTE !

Chaque fois que nous parlons d’un disparu, il revit. Je parle souvent de mon père. Et de ma mère. Je veux vous parler de Françoise. De Françoise S., la « vieille fille » héritière d’un important bijoutier du Plateau. Elle était notre voisine immédiate. Dès notre installation en 1973, ce sera la découverte d’une voisine rêche, raide pimbêche sans aucune bonne façon. On prenait conscience Raymonde et moi, d’une voisine peu sociable qui ne sortait que…sur sa longue galerie d’en arrière.

Petit coup de tête à la nuque raidie, si je la saluais, moi, l’écrivain-commère. Méfiance ? Premier contact quand Raymonde osa déposer des quenouilles (arrachées d’un mini-marais qu’on a comblé depuis) sur le rebord de « son » muret : «  Laissez pas ça là ! Ça pourrit ça et ça pue ! Ramassez ça et à la poubelle au plus sacrant ». Premières paroles de bienvenue quoi ! Sidérés nous étions. Plus tard, toujours de sa galerie, sa parole grièche, son ton surélevé :

« Y a votre chaloupe, là, vous l’attachez mal, elle traîne encore à mon rivage, alors, si-ou-pla hein ! »

C’est fou mais face à de telles gens, j’ai toujours comme  le goût, le besoin instinctif  de… conquérir. Je cherchais à « comment charmer cette sauvage Françoise un brin », comment l’amener à des rapports un peu plus aimables, entre voisins, c’est nécessaire, non ? Si je lui causais météo, juste pour parler, j’obtenais de sourds grognements, si je lui causas coût de la vie au village, des marmottages. Non, pas du tout envie chez ma voisine de tisser des liens. Un jour d’octobre : «  Écoutez donc là, votre vieux Giguère (un érable) si proche de ma maison, à chaque automne ses feuilles mortes couvrent ma toiture, ça pourrit, mauvais pour mes bardeaux. » À chaque automne revenu, ce sera même lamentation et ses raides reproches. Au troisième octobre, je lui répétai : « Il y a une chose Françoise, j’ai fait des démarches, j’ai voulu engager des gens, chaque fois on promet de venir couper mon « giguère »  mais personne ne tient parole » ! » Oh la la !,  il n’en fallut pas plus cet automne-là pour que ma misanthrope en sombre jupe éclate : « Là, je saisis votre problème, parlez-moi z’en pas, pas moyen d’engager qui que ce sot, je le sais trop moi-même. Je connais notre monde par ici, tous ces hommes sont des bons à rien. Allez voir en bas de la côte, à l’hôtel Laliberté, c’est là qu’ils sont ceux qui vous font des promesses qu’ils tiennent pas, dans cette taverne à jacasser, à cuver des bières. Une bande de fainéants. »  C’était tout de même la première fois que ma voisine acariâtre fraternisait enfin et prenant mon parti. « Je vous entendais pactiser tous les deux, me dit Raymonde, ma foi tu vas finir par t’en faire une amie ».

Mais un autre jour, au printemps, après la fonte des neiges, de sa galerie, sa voix haut perchée, ses cris de nouveau : «  Écoutez un peu, y a des limites, ça a p’us de bon sens, vous faites rien pour corriger ça, votre clôture de broche entre nos deux terrains, est toute croche, c’est pire que jamais, a traîne à terre sur mon terrain, toute éparpillée, quand donc allez-vous vous décider à la redresser ? »

Je le fis. Je voulais la paix, je voulais l’amadouer, je la sentais si seule. Pourtant, un soir, le soleil allant se cacher derrière le Chantecler, je vois sortir de chez elle, un vieux mais costaud personnage. De sexe masculin. Une canne à pêche à la main, vêtu chaudement, botté, il s’en alla jeter sa ligne sur le bord du muret… où on ne mettait pus jamais les quenouilles raclées. Par discrétion, je n’allai pas lui offrir ma vieille chaloupe rouge. Il y avait donc « quelqu’un » dans la vie de Françoise ! Un soir d’été, je lui racontais de nouveau mes déboires pour la coupe du vieux « giguère » envahissant, ma Françoise -ma surprise- s’ouvrit un peu : « Saviez-vous qu’ici, oui, chez vous, il y a eu des Jasmin ? J’étais jeune fille, il y a donc bien longtemps. Le père était médecin à l’hôpital Notre Dame. Moi, j’étais amoureuse de l’un de ses garçons. Mais, le venimeux il me voyait pas. Il était fou des chevaux, je le voyais sans cesse sortir de la cave chez vous  avec son maudit cheval. Il s’en allait galoper dans tous les alentours. Il n’y avait pas tant de maisons, pas de ce Sommet Bleu, ni rien. C’était les années 20, début 30 ! » Je ne disais plus rien. Je voyais bien son regard distrait, fuyant, de nouveaux yeux pour ma voisine rendue enfin moins rétive. Elle avait vingt ans de nouveau ? Le chien feu-Choupi de Jodoin éclata en aboiements pas loin et ma vieille Françoise sursauta. Elle toussa et puis  rentra, comme gênée, s’excusant.. de je ne savais trop quoi.

Il y a des années, elle mit sa maison à vendre pour aller s’installer dans une jolie pension proche des cotes 40-80. Elle me dit : «  Je m’en vais. Si vous voulez, prenez-vous des pivoines de mon parterre. »  Je les ai toujours. De bien belles fleurs. Merci encore mam’zelle Françoise !

CENT CANARDS, 20 QUISCALES ET UNE DONALDA !

Bien content de ma liberté des matins. Retrouvée, à la radio du 98,5, on m’a jeté après une dizaine de jours. Questionnant du motif, on m’a amicalement répondu que l’on veut quelqu’un d’urbain. Et qui sort ! Qui sort, hen ? J’ai compris qu’il y a donc inconvénient d’être, comme moi, un villageois sédentaire. Au fond : bon débarras, car…commenter la télé en belle saison où elle stagne, bof !

À quoi j’ai pensé quand le jeune boss-Bombardier m’a dit : « On veut quelqu’un qui sort » ? Je me suis souvenu, rue Saint-Denis, d’une volumineuse voisine, « Madame Laramée ». Elle était du genre Jean-John Charest -ombragé en France par une jolie potiche monarchiste- elle était une « cocue contente ». Son mari, M. Laramée, bien mis, parfumé, « sortait ». Trois soirs par semaine il quittait allègrement le logis conjugal.

« C’est un homme qui sort », disait nos mères scandalisées. Laurette, voisine accorte vieille fille : « Hélas ! C’est bien laid et bien triste, un mari qui sort ». Enfants candides, on en restait bouche ouverte : « Où va-t-il donc ? » La voisine d’en bas, pieuse madame Denis, grondait carrément à chacune de ses sorties au red light des : « C’est b’en écoeurant ! »

Notre « grosse-femme-d’à-côté », personne n’en revenait de tant de tolérance. Non seulement « Il sortait », pire, à ce mari volage qui s’épivardait, du haut de son balcon, la bizarre consentante madame Laramée, lui lançait -à très haute voix- d’aimables recommandations. On en état stupéfaits, tous, de ses « Ajuste ta cravate, mon chou ! » Ou : « Redresse ton collet de chemise, mon minou ! » Ou : « Corrige ton mouchoir de poche, mon toutou ! ». Entendez-vous rigoler sous cape sur les balcons voisins ? Volaient des : « La maudite folle ! L’innocente idiote ! La toutoune niaiseuse ! »

«Pas envie donc de sortir en ville pour le 98,5, pour courir les cocktails d’avant-premières, lancements et pré visionnements. Je n’ai rien d’une docile courroie de transmission. Surtout pas quand j’aperçois, un vendredi récent, au dessus de ma tête, une centaine de canards criards. Beauté inouïe ! Vivant caquetage d’une cour d’école en joyeuse récréation ! Grand demi-tour soudain, l’immense, libre, volière sauvage descend en planant sur le lac Rond. Gigantesque défilé d’ailes en mode atterrissage ! Les voir se secouer les ailes puis voguer avec tous ces longs cous qui s’étirent, armada de palmipèdes nageurs renversante ! Observer avec émoi -lunette d’approche sorties- cette horde de plumés qui s’ébroue, le bonheur. Troupe cancanante bruyamment, images absolument bouleversantes ! La belle pause, l’étape adèloise d’une migration voyage annuelle. Le titre de ce spectacle vespéral : « Le grand retour ».

Ah non, pas envie de sortir en ville, ni d’aller nulle part, face à ces troublantes images entre ciel et eau en cette fabuleux crépuscule, ce vendredi-là.

DONALDA GRIGNOTE DE L’INVISIBLE ?

Ne pas regretter ni les cachets plantureux, ni ma sédentarité quand, le lendemain du lac-en-canardière, nous revoyons ma chère Donalda. Marmotte amaigrie par notre long hiver, qui, placide, indépendante, sécurisée, picore tout proche de mes pivoines en pousses, sur le terrain autour de la galerie. Une vraie poule ! Ô la jolie boule brune remuante en toute quiétude au soleil de mai. Dos arrondi, tête à terre, grignotant… de l’invisible à nos yeux ! Elle ne nous voit pas à vingt pas étendus sur nos transats fraîchement sortis. Elle ne voit pas davantage tous ces noirauds quiscales aux si jolis beaux reflets bleutés qui l’entourent, qui picorent comme elle.

Que cherchent-ils tous ces fringants oiseaux poupres dans cet après-neige ? Vive l’été à venir, disparue enfin la froide blancheur. Et pour des mois. Quête donc de ma ronde Donalda…mais de quoi ? Des insectes ?, des graines naissantes de plantes ?, des larves?, des mini vers de terre ? Ne rien savoir sur notre faune et une envie d’aller consulter un encyclopédie. Ou Internet. Ce siffleux, femelle peut-être, réapparu, a-t-il pondu une nichée bien cachée ? Ou est-ce à venir, après de nocturnes et très secrètes aventures ?

« Sortira-t-il » lui aussi, bientôt, comme l’infidèle et prospère monsieur Marlou-Laramée de ma « petite patrie » en 1945 ? Sa marmaille en sécurité, Donalda ira-t-elle fleureter d’autres marmottes bien mâles ? Voilà que « l’heure de la bonne soupe » -chinoise, trouvée à l’École Hôtelière- sonne avec les cloches de l’église du haut de la côte.

C’est l’Angélus, l’ange du soir des Pêcheurs de perles, de monsieur le peintre Millet. Alors on rentre en escaladant le long escalier de la galerie. Nos bruits de pas. Donalda en sera-elle effarouchée, va-t-elle fuir, rentrer at home ? Alors on surveille sa fuite, chez monsieur-le-juge, notre voisin de l’ouest. On y imaginait son terrier habituel, on l’y a vue si souvent. Eh bien non, pas du tout. Voilà la mignonne bestiole fourrée qui file et disparaît sous notre longue galerie. Où? Près des bûches de bois empilés le long du mur de la cave, je découvre tout un monticule de terre remuée. Je n’ose déplacer de mes vieilles planches. À nos pieds : tout un tas de terre sablonneuse. Elle habite donc désormais chez nous. Un progrès ?, ou une simple envie de déménager ? Donalda remuante, pas du tout comme la mythique servante de Séraphin à genoux avec son savon à plancher et sa brosse.

Ou bien ce fut un besoin d’un nouveau statut social, vivre chez un écrivain ? Depuis quand cette fin du gîte chez les bons bourgeois d’à côté, un monsieur-le-juge ? Donalda a donc choisi l’humble terrain d’artistes retraités, nous. Elle deviendrait socialiste, populiste ? Plutôt fut-elle embarrassée par les incessants travaux de l’infatigable « André », fidèle jardinier du juge retraité ? André est ce vaillant et zélé tondeur, sans cesse à son rasoir bruyant. Il possède d’énergiques gènes notre Hongro-roumain, que sais-je, vu son accent particulier ? Je le questionnerai à notre prochaine jasette. Reste que ses méticuleux travaux avec pelouses exemplaires ont sans doute conduit la moufette-Donalda à notre rustique dessous de galerie. Je l’adopte volontiers et ne ferai pas le ménage de ces planches.

Canards descendus du ciel, quiscales en goguette, Donalda… et tout ce qui s’en vient avec la belle saison… font que, non, « je ne sors pas d’ici » et j’en suis très heureux. Adieu radio-critique des matins chez Arcand. Tant pis pour ceux qui appréciaient mes candides boniments. Je me lève assez tard de nouveau. Quoi ? « C’est bon pour le teint », vous dites ? Ah, savais pas ça !

LES AUTRES NATIONS, BORDEL !

« Look who’s talking, pourrait-on répliquer aux observateurs du « Time » de New York affirmant que la culture française est à bout d’énergie, finie ! Non mais… Pas une nation au monde n’est davantage tournée sur elle-même; un seul exemple ? Au vaste rayon-cinéma, nos cher amerloques sont incapables de faire regarder la version originale d’un bon film étranger. C’est le « remake » sauce USA, ou bien le néant !

USA c’est Narcisse incapable de tolérer – de goûter, d’apprécier- aucun autre reflet que le sien !

On a bien fait de répondre à Paris que c’est surtout en France que l’on peut trouver, dénicher, mieux connaître les cultures variées de la planète. Certainement pas aux USA.

À une moindre échelle, bien entendu, c’est au Québec aussi. Les donneurs de leçons étatsuniens se sont ridiculisés.

Ainsi, plein de braves « citoyens du monde », apatride, qui disent craindre notre nationalisme : « Une désolante soif identitaire, rapetissante et bien mal venue qui nous ramène à nos petits nombrils ». C’est l’accusation courante chez ces « internationalistes », la plupart tous tournés vers, seulement, les productions culturelles des grandes mégapoles culturelles.

Il n’y a de « bon bec » que de New York, Los Angeles-Holywood, ou de Londres. À l’occasion, Berlin, et, pas souvent, Rome. Ou bien Paris…hum… qui se meurt d’inanité bien sûr !

Seul a le « bon pas » l’impérialisme de l’Axe anglo-américain. Le soi-disant « universalisme » de nos auto- racistes va de pair avec gros moyens pécuniaires, « big cultural machine », grands chiards, gigantisme, patentes et technologies branchées, budgets faramineux.

Hélas, faut-il dire, il n’y a pas encore assez d’intérêt envers les autres cultures du monde. Oublions l’égocentrisme des Crésus culturels occidentaux, qui est insoignable et voyons lucidement une situation déplorable. Des lacunes désolantes. On sait peu, si peu, trop peu, « rien du tout souvent » sur les cultures étrangères.

Les organismes de diffusion d’ici -et ceux d’ailleurs aussi- tout médias confondus, font moins que « peu » pour faire connaître les cultures -savante ou populaires- de autres peuples de la terre. Que savons-nous, un seul exemple, de la culture de la Suède ? Ou de la Finlande ? Pourquoi donc…ce dédain, mépris, ignorance crasse, totale indifférence (cochez) envers tant de pays de notre univers ?

Que dire à propos de nos proches voisins, ceux qui vivent et créent juste au sud du prolifique pachyderme milliardaire. C’est anormal, à bas les cloisons consenties, acceptées depuis trop longtemps déjà ! Ce « criss » d’énorme paravent-USA qui nous cache tous les autres avec son fric et ses valets (à voyages payés) partout sur terre, comme ici.

Nous savons peu, si peu sur l’actuelle culture du Mexique -vaste contrée pas moins colonisé et dominé que nous- et, de même, le Mexique ignore la nôtre. Ainsi du Brésil, de l’Argentine, du Chili. Quelle tristesse culturelle ! Quelle auto-privation, c’est une honte au 21 ième siècle, changeons cela et vite.

Comment nous plaindre alors ? Cette bien triste réalité joue dans les deux sens : j’ignore tout de la culture actuelle de la Norvège et la Norvège ignore tout de la mienne ! Qui mais qui, quel média, finira par briser le monopole de New York-Hollywood-Londres… et parfois Paris ? Il en va de la bonne santé des créateurs du monde entier. La Hollande nous est une inconnue tout comme le Danemark. Ça n’est pas correct, ça n’est pas normal.

Certes, notre identité culturelle importe énormément, amis nationalistes, elle nous est nécessaire, vitale. L’identité des autres pays aussi. Pour ma part -et il était temps-, j’ai commencé à fouiller (merci cher Internet !) sur la culture de la Finlande. On découvre que d’autres petits pays contiennent de féconds créateurs. J’y découvre d’étonnants sujets d’admiration et pas seulement dans son histoire de « Résistance » au gros voisin. Du temps de la fédération-URSS, empire encombrant. Exemplarité là-dessus et nous savons de quoi il s’agit, nous avons un tel gros voisin n’est-ce pas, suivez mon regard dociles « propagandistes », serviles courroies de transmission ! La petite -et culturellement riche- Finlande a des enseignements à ce sujet à nous révéler. Essayez ça pour voir. Stimulant, je vous en causerai un jour; étonnant, vous dis-je.

Journaux, radios, télés, personne pour s’y intéresser le moindrement. Colonisation des pupitreurs, colonisation sinistre et acceptée du one way. Paresse indicible des médias suiveurs; le dire et le redire : si les rédacteurs tous azimuts cessaient un peu -au moins un peu- de rester assis et vissés aux téléscopes-USA !

Ô soucoupes-antennes du West Island ! De Côte des Neiges. De l’Extension Park !

On s’enrichirait très valablement et on ferait mieux mentir -par nos curiosités des autre cultures- nos chantres d’un « universalisme » bidon, à sens unique, New York-Londres-Los Angeles. On ferait mieux enrager nos encenseurs hypocrites d’un « internationalisme » bidon. Exemples à Montréal : tous ces Cormier, échotiers zélés des États-Unis, de l’art anglo-américain, tous ces Brunet, zélotes publicistes USA.

Le frissonnard de notre normal nationalisme aura honte à chaque fois que l’un de nous, patriotes à l’esprit ouvert, lui causera -dans le creux de l’oreille- à propos des cultures des autres; que ce soit celle de la Suède ou celle de l’Irlande ou… du Venezuela. À bon entendeur… à vos recherches, études et appréciations, amis, c’est urgent. Il y a une vie culturelle hors les falotes extravagandas ruineuses made in USA, qu’on se le dise.

LE CIRQUE DES MORTS ÉCORCHÉS !


Surgissent désormais des millions et des millions d’écrivains « naturels » via les blogues, calpins-jouraux,  sur internet ! Sacré retard car c’est les images qui triomphent partout. On a publié « La société de spectacle » -feu-Guy Debord) il y a longtemps, ce fut une sorte de prophétie. Suiveur, le théâtre actuel ne peut plus se passer de projections, des écrans. Mauvais signe. Les mots, la pensée, la parole ?  Dépassé tout cela.

Robert Lepage de Québec, vanté, très louangé partout, fait appel constamment à de brillants  effets scéniques visuels, à des gadgets et des fameux. Succès garanti. Voyez aussi le triomphe du Cirque du Soleil. Le cinéma et la télé sont encore « un peu » constitués par les images… et le son. N’importe qui peut constater que « la parole » donc la pensée, se glisse très souvent à un rang secondaire. Les modernes effets visuels s’en mêlent, et pas seulement pour les sujets d’anticipation, « gothiques », « fantastique ».

Si vous lisez un scénario actuel ce sera la découverte de pages entières où l’on décrit « ce qu’il y a « à faire voir ». À montrer hors d’un maigre dialogue. Ainsi va le monde du spectacle. Ainsi le veut le grand public ? Se gaver d’illustrations ? Comme dans les « comics strips » des petits enfants. Régression ? Infantilisation ? Puérilisme ? Oui. Adieu Jean Racine, adieu Paul Claudel ou les grands classiques grecs ou russes ! Vieux schnok que je suis ?

Des résistants -« des réactionnaires », bien  entendu- s’attirant des petits publics en osant faire fi du règne des images, ils sont des groupuscules de nostalgiques de la parole écrite puis récitée, cela hors les grands moyens scénographiques et ces sempiternels écrans. C’est qu’il y a -ça n’est pas dit- l’envie de gagner l’univers. Pour ce faire, il y a d’abord la langue étatsunienne, passe-partout efficace. Voyez certains neufs romans québécois avec des prénoms in english, des situations se déroulant aux USA, mode qui crie : « Oyez USA, je suis à vendre ! »

Et il y a le cirque. Sans un seul mot, une idée profonde, une réflexion humaine. Plein de nos Guy Caron, ou Laliberté qui décidaient : « fuck notre langue et notre culture à faire vivre, plus un mot en français, que des acrobates ! » Abolissons les satanées barrières linguistiques. Le monde entier applaudira des « performers » et à nous Las Vegas, Paris ou Los Angeles, Prague ou Moscou ! On recrute souvent en pays pauvres -Chine, Inde, pays de l’Est- des gymnastes brillants. Et pas trop cher. Place aux images ! Inventeurs de costumes inouïs, d’ambiances sophistiquées aux éclairages étonnants, passez à nos bureaux rue Jarry-est.

Écrivains, dramaturges en puissance ?…Euh, allez donc bloguer ailleurs ! On va attendre longtemps pour un nouveau Pierre Corneille ! Ou un nouveau Gélinas, Dubé, Tremblay, Bouchard. Ou, aux USA, un Faulkner, un Miller, un Tennessee William. Dans le monde entier les jeunes se ruent aux jeux électroniques, à toutes ces manettes à boutons C’est le  « vite, vitre, vite » et, grandis, ils iront voir ce cinéma au cinétisme trépidant. En vidéo ou en DVD. Penser, s’émouvoir en humanisme ? Non merci. Cirque-et-électronique dominent partout. Oui, mon pauvre William Shakespeare, en dehors de tout langage humain.

Examinez la presse: de joyeux petits carreaux colorés avec textes d’une brièveté qui augmente sans cesse. Tenez, au milieu du « tout à l’image » et du « rien à la pensée », voici un embaumeur allemand avec son exposition « payante » de morts écorchées. M. Von Hagens fait partie de cette planète « visual only ». Interdit dans un pays civilisé, la France, ici, ses cadavres jouissent d’une énorme publicité. Mais cet embaumé au vernis-polymer –la plastination selon Gunther- qui joue au ballon ou aux échecs, cette femme enceinte montrant son fœtus dégoutèrent profondément une Nathalie Petrowski qui n’a rien d’une bégueule puritaine. Elle y voit, tiens, « une perte d’humanité ». Un correspondant, Serge Bourassa, écrit : « Payer pour s’instruire ? », et, « Sensationnalisme morbide », aussi : « Les donateurs savaient-ils bien le côté commercial ? », et, « que pensent les parents des donateurs volontaires ? ». Lui aussi ose parler d’éthique. Je dis, voici « un pic », un sommet douteux, de l’actuel  monde-en-images », du spectacle contemporain. Je m’incline mais c’est pour vomir.

PORNO : MÉFIANCE ?

Inutile d’épiloguer sur un fait têtu, la porno se répand désormais. Jadis, les ados curieux, devaient chercher longtemps pour voir des nudités. Maintenant un simple clic de souris sur l’ordi et l’offre au voyeurisme se présente. Loin des pudibonderies d’antan, du mode prude des anciens « protestants » frustrés qui arrosaient de menaces folichonnes le moindre écart sur ce plan, il reste une réalité.

Entre le triste voyeur compulsif, plus ou moins honteux en sortant du recoin aux images XXX de son vidéo-club et le maladif voyeur dépensant ses temps de loisirs en naviguant sur des sites pornos, restent des individus, mâles surtout, lamentablement coincés. Ils sont à plaindre tous, le scrupuleux excessif et le soi-disant « libéré ». Il n’y a aucune liberté vraie soit à fuir comme peste la moindre cuisse dénudée soit à s’emprisonner dans la manie navrante du voyeur, de l’abonné systématique aux images « cochonnes » faites de copulations mécaniques.

Il y a un piège et il est bien connu des misérables piégés qui ne peuvent plus décrocher de cette pâture néfaste. C’est le bon mot : un piège. Des « malades » en voyeurisme l’admettent volontiers, il n’y a qu’à questionner (comme je l’ai fait) des soigneurs aux prises avec ces victimes, devant décontaminer des adeptes de porno, des thérapeutes nouveaux en sont navrés. C’est qu’au « monde de la porno » il y a surenchère, il y a un besoin inévitable du « toujours plus ».

C’est donc absolument un piège, une sorte de tunnel où l’on coule inexorablement. J’ai constaté la chose. Un jour, un camarade de travail débutait dans ce marécage avec de simples « films à voyeurs » ordinaires. Peu à peu, il glissait dans des formes plus crues. La surenchère. À la fin, il vivait en vue de ce « toujours plus », fait de stocks immondes, mélange de pédophilie et de bestialité. On le retrouva suicidé dans sa baignoire un samedi matin. C’était un garçon brillant, fort capable en scénographie, promis à une carrière fructueuse. Son dérapage le fit sombrer dans cela que je nomme « piège ».

Certains jeunes, la plupart je l’espère, ont de l’instinct. Important cela, l’instinct. Accidentel ou non, dès la première approche en porno, ils devinent pourtant ce gouffre lamentable, ils refuseront carrément d’y glisser et ils vont fuir cette planète nauséeuse. Ah, qui dira l’importance de l’instinct ? En être dépourvu est un grand malheur. L’intelligence seulement ne suffit pas dans ces affaires de mœurs. Ami lecteur(e) si tu as ouvert une porte à cette lie, à cette porcherie, à cette forme d’inhumanité —là ou les émotions sexuelles humaines, les sentiments humains, les rapports amoureux humains sont bafoués— si tu as mis un pied, un œil, dans cette faiblesse morale du voyeurisme, referme vite cette porte, il s’agit, crois-moi, de bonne santé mentale ordinaire.

À quoi, à qui, sert cette florissante industrie mafieuse du sinistre voyeurisme ? Au laideron ? Au grave handicapé ? À celui qui est dépourvu de tout charisme physique, à celui qui ne sait rien de la séduction essentielle face à l’autre sexe ? À ce paresseux crasse, incapable du moindre effort pour conquérir sexuellement « l’autre »? Au très grand timide impuissant ? Sans doute.

Mais le jeune citoyen qui souhaite l’accouplement sain, et si merveilleux, doit posséder cet instinct. Celui qui lui crie : « piège ! » Une cage et sans espoir de sortie. Collégiens des années 40, un mini-vignette de la Vénus de Milo, nue sans bras !, dans son petit Larousse illustré, nous était une naïve promesse de bonheur « manuel ». C’était un temps fou, celui où des prédicateurs en robes noires affolaient nos jeunes consciences et, prévenaient-ils : « la masturbation allait nous rendre sourds ! »

Bien sûr, on rit de ces époques de noirceur. Mais le progrès (!) fait que de très jeunes enfants sont soumis désormais aux lamentables concoctions voyeuristes de producteurs dégénérés. D’un excès l’autre, voici donc le temps des « détournements de mineurs », il conduit à la névrose, au moins, aussi, comme pour ce camarade perdu, à la psychose, mot qui veut dire « folie ». La clinique pour déments attend ses adeptes. Oui, il y a « la folie pornographique », un ravage actuel, un fléau répandu qui dénature l’amour physique. « Il rend l’homme semblable à la bête », comme disait les anciens prêcheurs en alcoolisme ? Exactement. La porno pop —à louer, à vendre, gratuite sur Internet— évacue le plaisir vrai de la sexualité, le profond plaisir des sens, celui qui vient avec l’éternel et vérifiable mélange des sens et des sentiments entre deux amoureux. Il est facile de l’affirmer et sans l’ombre d’un doute; jeune homme, l’imprudent sans instinct qui s’entiche de voyeurisme le regrettera toute sa vie.

LA COMPLAINTE DU FOU ?

On croit rêver quand on lit ceci : « Au Québec actuel il est complètement interdit de parler « contre » l’idée d’un Québec libre. D’une province devenant un pays. Hen ? Quoi ? Tous les grands médias québécois, éditorialistes, chroniqueurs, ne cessent d’attaquer, de ridiculiser, de bafouer, de diffamer l’idée d’un Québec libre. Qui ne s’en aperçoit pas est un aveugle. Certes les ordinaires et compétents journalistes de ces grands médias —professionnels syndiqués— font bien leur travail de nouvellistes.

Mais les propriétaires, leurs dirigeants et leurs penseurs stipendiés, eux, contrôlent sans relâche l’opinion officielle.

L’indépendance du Québec, répètent-ils jour après jour, est une folie, un leurre débile, une bêtise, un risque futile, etc, etc.

Ce serait de bonne guerre si le Québec des souverainistes —60 % de francophones en 1995—, fidèles obligés de ces puissants médias, possédaient de tels médias. Comme il en va pour la gauche versus la droite, le combat des idées est complètement faussé au Québec. Les patriotes québécois doivent donc se contenter de pauvres publications qui survivent tant bien que mal.

D’où sort donc un Daniel Lapres, membre du Réseau Démocratique Canadien qui publiait dans La Presse, sérieux : « On ne peut plus critiquer l’indépendantisme sans payer le gros prix. » Quel prix ? Il se moque des gens ce monsieur, cet étonnant hurluberlu. Qui défend volontiers une Esther Delisle traitant de fascistes tous les nationalistes de jadis. Ma foi, il défendrait ce francophobe raciste, feu-Mordecaï Richler ?

Voici donc un néo-Daniel dans la fosse aux lions. Selon lui, ces « lions » sont des monstres « qui ont tout le pouvoir ». Oui, on croit rêver. Le fourbe Lapres se lamente : « On allume des bûchers contre nous, les fédéralistes. » Paranoïaque rare ! Mais, soudain, le chat sort du sac: le Daniel dit qu’il découvre trop de commentaires nationalistes, où ça ? Sur Internet, dit-il. B’en, il devait saisir que tous ces patriotes sont bien obligés de se réfugier là, tous les gros médias refusent de les publier. J’en sais long là-dessus. Non mais sur quelle planète vivent ces menteurs du type Lapres et leurs gens de ce bizarre « Réseau Démocratique Canadien ? » Même le plus sournois des patrons-contrôleurs des « opinions indépendantistes » doit rigoler car ces hommes d’argent et de pouvoir savent pertinemment qu’ils sont les farouches gardiens de l’orthodoxie anti-Québec-libre !

N’en doutez pas un instant, ami lecteur, un bon matin, si l’un des sbires du statu-quo fédéraliste, les Pratte, Dubuc, Gagnon, Lessard et Cie, osait appuyer la cause sacrée, croyez-moi, dès l’heure du lunch, il se retrouvera sur le trottoir de la rue Saint-Jacques avec son avis de congédiement. Sont-ils des esprits libres, ces haut-parleurs du boss ? Nenni ! Les combattants pour notre liberté doivent donc se contenter de très modestes médias comme Le Québécois, où j’écris, L’Action nationale ou Le Couac.. Nos très pauvres courroies de transmission n’ont aucunement la puissance des grands journaux et il faut une sacrée dose d’hypocrisie pour parler du « contrôle de la place publique par les souverainistes ». Je le redis, c’est un aliéné, un fou furieux qui sombre dans le complexe de persécution, dans une sorte de paranoïa qui confine à la folie.

La réalité est claire, nos adversaires la connaissent fort bien : même si 60% de leur lectorat —voir le vote au référendum de 1995— est « pro-Québec libre », ces derniers ne trouvent aucun grand média pour faire écho à leur orientation politique. Une grave anomalie ? Oui. « C’est une situation incroyable », me dit l’écrivain-journaliste de Suède, en visite chez moi. Mais oui !

Quoi faire ? Il y eut à l’automne de 1969 l’hebdo indépendantiste et socialiste « Québec-Presse ». J’en fus. Mal soutenu, peu financé par les centrales syndicales, leur fondateur collectif, le journal connut mévente sur mévente hélas ! Il ferma. À cette époque « Le Devoir » de 1974-75 sombrait dans le fédéralisme le plus crasse, ô ce cher Ryan !, et l’on fonda un grand quotidien, « Le Jour », c’était du temps de René Lévesque, Jacques Parizeau, Yves Michaud et Cie. L’on y embaucha imprudemment des gogauchistes enragés et quelques marxistes-léninistes bien énervés. Alors « la salle des rédacteurs » entra rapidement en féroce conflit avec ses directeurs.Ce fut une stupide bagarre idéologique. Les meneurs extrémistes voulurent mettre sous le boisseau « la » cause nationale, raison de la fondation de ce quotidien d’une tenue graphique impeccable. Stratégies et tactiques d’un réalisme intelligent furent condamnés par ces « purs » impuissants. Oser mettre à l’avant-scène un sorte de coopérative, au communaliste non fonctionnel, fut sa perte et le navrant naufrage du « Jour ».

Si les big boss actuels cessaient leur idiote forfanterie, par simple respect démocratique de leurs lectorats, s’ils accordaient une part « à l’autre option », je n’aurais plus à écrire tout ce qui précède. Cette malsaine situation fait que si un René-Daniel Dubois, un Michel Tremblay ou un Robert Lepage critique un peu, bang !, il y a aussitôt des grimpeurs aux créneaux pour les rabrouer durement. Ceci, lire plus haut, est le malheureux effet de cela !