Le jeudi 24 janvier 2002

Le jeudi 24 janvier 2002
1-Ça continue, un hiver tout doux. Je devine que cette absence de neige n’arrange en rien, les industriels du ski. Ici, c’est dans l’air cette ambiance  » commerce et tourisme « . On le sent à des riens, par exemple, les mines maussades des restaurateurs, des hôteliers. Je n’y peux rien, n’étant pas du tout dans ce monde, un tel hiver fait très bien mon affaire à moi. Ce matin, une clarté diffuse tentait de combattre un ciel bourré de blancheur opaque. Qui triomphera ? On verra.
J’ai terminé hier soir, au lit, ce  » Évadé de la nuit  » de Langevin, publié en 1951 qui m’avait comme envoûté à l’époque. J’ai dit ma grande déception. Langevin lui-même serait d’accord. Incroyable monde de noirceur indicible. Au départ, le père meurt, le fils, le héros, Jean, en est comme soulagé L’enfant a été parqué dans un orphelinat….J’ai songé à un roman de Langevin :  » Une chaîne dans le parc « , où l’auteur raconte l’orphelin maudit. Or, nous savions qu’il l’avait été et la lecture de ce captivant livre s’en trouva comme augmenté d’intérêt. Non mais combien sommes-nous à vouloir traquer la vérité au travers les proses qualifiés de  » roman  » ? Normal ? Humain. Comme rien ne se fait de rien et qu’  » aucun écrit n’est innocent « , il est facile de conclure qu’un texte soi-disant inventé doit forcément beaucoup à ce qu’a pu vivre son auteur.  » Évadé de la nuit  » voltige de mort en mort, c’ est l’hécatombe, on y voit sans cesse les méfaits de l’alcool et là-dessus aussi, hélas, l’auteur sait de quoi il jase !
2-
 » Les vieux dehors « , voilà une réalité. Troublante, émouvante confession, là-dessus, d’un ex-ministre dans La Presse de ce matin. Hier soir, à TVA, c’est  » le petit  » bom  » favori d’Aile « , le ministre Chevrette, qui s’en choquait, s’en désolait, face au gros Nonours Paul Arcand. Soudain, étonnement de tous et du questionneur, le Chevrette, en verve de confidences, révèle qu’on lui a offert un demi million de dollars dans deux valises au bureau du parti, rue Saint-Hubert. Paul :  » Vous avez refusé mais n’avez pas alerté la police ?  »  » En effet, il y avait là une tentative de corruption flagrante. Réponse peu crédible de Chevrette et, plus tard, du chef Jean Royer.  » Bof, bah…  » Mon œil ! Là encore, il faut comprendre que ces pratiques sont fréquentes ne surprennent pas (pas du tout !) ces zigues à coulisses variées. Il y a refus. Bravo. Mais pourquoi ne pas aller plus loin ? Hum…C’est un manège délicat. Si tu frappe là, il peut y avoir une chaîne…Chaque gang a ses secrets. A ses erreurs. Si l’un accuse, l’autre (qui peut être le corrupteur lui-même)sortira de sacrés squelettes, bien embarrassant, dans de vilains placards.
Alors ? On joue le jeu. Il y a la peur…Le  » Tout finit par se savoir « . Accepter le fric des pégrieux —craignant l’étatisation des vidéos poker qu’une loi de Bourassa défendue part le pieux Ryan— était un risque grave.
Mais…que j’aurais voulu être dans le bureau du petit père Royer à ce moment-là. Des secondes de stupeur ! D’hésitation ? Mais oui, mais oui ! Ce sera  » non, et sacrez-moi votre camp d’icitte « . Point final. Oh que ces vieux routiers des favoritismes divers connaissaient la musique ! Si j’étais riche et oisif je chercherais une loi et j’ attaquerais en justice les Royer et Chevrette pour  » refus de dénoncer malfaiteurs corrupteurs « . Il y a dans la loi :  » Refus d’aider personne en danger « , non ?
Soyez sûrs d’un fait : le gang libéral de John Charette ne bougera pas d’une oreille sur cette affaire.
L’état s’enfoncera dans le style maffia, la loi sera votée. On disait avec une moralité bien dégueulasse  » La pègre y fait tant de sous « …des millions , alors, à nous tout cet argent d’un vice connu. Ce matin un correspondant étale les ravages de Loto-Québec qui offre des cadeaux (oui, oui) à ceux qui sont compulsifs de ses casinos ! À vomir, non ?
Ces permis d’exploiter ces machines maffieuses…que de bons moyens de récompenser les amis des partis politiques. Je me souviens du permis (de vente de billets de loterie) accordé prestement à la veuve de Johnson…Patronage toujours ! Et n’imaginez pas un type louche avec lunettes noires pour le demi million dans deux mallettes, rue Saint-Hubert ? Non, non, un digne membre du barreau, une distinguée avocate qui a fait  » son cours classique  » comme on dit.
Cette affaire du demi-million s’est retrouvée dans toutes les gazettes ce matin sans commentaires graves sur la non-dénonciation. Journalisme d’amateur. Prudence ? Copains comme cochons les gens des journaux et de la politique. Vous le savez bien. Mon Arcand doit jour de son succès en tous cas
3-
À Historia hier : les protestants s’installant en nombre à L’Acadie proche de Saint-Jean-Richelieu. Nos gens y adhérent. Mais dix ans plus tard, 1840, Mgr Bourget, grand zélateur en piété, monte au zénith. La religion va consoler la terrible défaite des Patriotes de 18437-38,  » mes bien chers frères, rien ne sert de se révolter, bonnes et pieuses ouailles laissons régner sans vraie démocratie nos bons maîtres les angla « . Papineau se trompait !  » Les catholicards triompheront et le calme moutonnier s’installera pour une centaine d’années ! Jusqu’en 1960 quoi. Les protestants sont mal vus dès lors. On les invite à  » se convertir  » ? Plusieurs, intimidés, le feront. C’était du joli la tolérance religieuse chez nos chefs catholiques ! J’aime beaucoup ces capsules d’histoire avec Claude Charron, fort instructives.
Vendredi matin, hâte d’aller voir une fresque du fameux Cosgrove, celui qui alla, tout jeune, étudier au Mexique où l’art des murales triomphait avec Diego Rivera, Orozco et Sequeiros). C’est au collège Saint-Laurent où étudiait mon fils, Daniel. On avait recouvert cette  » moderne affreuse bebelle  » dans le temps. Cosgrove, maintenant, est fort coté à la bourse de l’art ! Alors on va monter le trésor ! Le frère d’Aile, Pierre Aile (!) directeur des études à ce cégep, insiste pour que j’assiste au dévoilement nouveau (!) pour que j’aille visiter la chose rénovée ! Je suis curieux.
Avec Carole et son Pierre-Jean dit Spooner, théâtre samedi soir. Une pièce —en reprise— se déroulant au pôle sud, dans la zone glaciaire du sud ! Critique unanime, donc pas de mauvaise surprise ! Les Cuillierier (ouch ! ce nom !) et Aile sont des théâtreux terribles. Moi…prudent…Quand c’est plate au théâtre c’est atroce. Au cinéma vois pouvez vois rabattre sur les paysages, les décors extérieurs, le mouvement quoi…Cela s’endure mieux ! Mon opinion quoi !
4-
Un documentaire —merci zapettte— sur Medhi Ben Barka, assassinée à Paris très mystérieusement, un bon film de Costa Grava l’illustre las cochonnerie sous De Gaulle— cet indépendantiste marocain qui fit de la prison, jeune, deviendra Président d’un Maroc libéré de la France avant l’Algérie. De la bonne télé ! J’aime. Hélas : des pubs là-aussi, merde !
En 1942, le débarquement américain aida aux secousses de la décolonisation, de l’exploitation des puissances d’avant 1939. Roosevelt, disait-on, jetai de l’huile sur ce feu. Quel désintérêt hein ! Ouen ! Il y eut ddes manifs d’abord, des émeutes aussi, des chicanes de clans, c’est inévitable, communistes contre progressistes prudents, royalistes (Paris ramena, de Madagascar, le roi en exil du Maroc) contre républicains, etc.
De la sacrée bonne télé, loin des niaiseries des  » Mamies « , où Lise Payette – qui n’est pas une créatrice, pas une artiste— montre ses idéologies militantes et empêche le naturel des intrigues etc des actrices de se faire valoir. J’en assez regardé pour percevoir une fois de plus que les idées ne font jamais, jamais, jamais, de la bonne dramaturgie, partout, au cinéma, au théâtre ou à la télé. Sauf exceptions géniales.
5-
Aux  » Francs –Tireurs « , T.Q., où, (hélas !) Richard Martineau joue à l’acteur comme un pied, parle mou et efféminé comme le gros comique Parent, offre d’un débat sur le  » bon frança  » entre un auteur, Jean Bienvenue, et mon Gilles Proust. Dialogue de sourds : tout le monde est pour la langue mieux parlée, Proulx qui n’est pas un artiste, ni un créateur,(telle Payette) est incapable de faire la différence en matière de niveaux de langue, il ne comprendra jamais ce que veut dire la musicalité d’un patois, d’un slang. Il est borné là-dessus. Le débat tourna donc à vide. Perte de temps.
Quelle impasse ce  » La famille « , série de télé, un produit raté par SOVIMAGE. Ambiguïtés, longueurs, policiers niais, potaches, coupures futiles d’un lieu l’autre, redites, enchevêtrement des faits, un fouillis d’amateur, une longue connerrie visuelle où une chatte retrouverait jamais ses petits. Ah oui, si j’avais encore colonne ou micro : bedang ! Je fesserais ! J’en ai assez parlé. C’est fini, Dieu merci !
C’est le juge italien Atoli, qui déclarait :  » Si on stoppait l’argent sale ce serait l’effondrement —assurément— mondiale des économies des États ! » Je m’en reviens toujours pas. Ceci explique cela : Les polices qu’on décourage. Les enquêtes avortées, et ce caïd pincé à Toronto dans sa luxueuse villa, enfin mis en prison :  » Il fera le sixième de sa peine. En 2003, il sera remis en liberté ! « , disait le commentateur de  » La famille  » avec sa voix imbuvable, celle des pubs de  » Canadian Tire « .
C’est rare mais le  » Bureau au si beau bureau « , hier, a raté son interview avec l’intellectuel parisien, Atali. Une platitude grave. Des phrases d’ un conformisme assommant ! Bureau a fait  » patate  » complètement avec sa navigation cucul entre nomades riches (ordi-portable, celllulaire et avons ) et nomades pauvres, enfin, nous, les  » nomades entre-deux « , comme moi sans cellulaire, ni portable, ni  » avions-à-air miles points « , nous les  » demi-pauvres  » avec Internet et jeux électroniques, comme disaient les deux larrons qui divaguaient. Ça arrive, le brillant Atali pas inspiré pantoute ! Rien ne cliquait. Perte de temps. Bon, je crois que je vais lire davantage désormais !
6-
J’y reviens : mon Chevrette qui déclare :  » Les compagnies, les entrepreneurs, ils gaspillent leur fric, ça sert à rien les démarcheurs payés, les projets de l’État sont  » normés  » (avec règles à suivre strictes, formulaires, devis visés, soumissions publiques…  » Ah ben ! Oh bin là ! Je ris. Allons, le contact personnel, le bon ami du ministre, le bon petit repas arrosé, la partie de golf, allons ! Mossieu Chevrette parle pour rien dire ! Mensonge : les petits copains, les petits amis, c’est évident, cela favorise les prises de  » contrats « , pas juste les prises de  » contact « . Mensonge vicieux mossieu Chevrette ! Est-il innocent et candide ? Oh non ! je l’ ai vu de près le  » bom chéri d’Aile  » du temps de CJMS : il y a pas plus malin, pas plus ratoureur, c’est un vieux singe et fort intelligent.
Vrai que le Canada est mal connu des grands boursificateurs du monde industriel. Des fameux  » six « . Il est le numéro 7 et on dit que c’est les USA qui forcèrent le gang à l’admettre pour équilibrer les continents. Bon. Cela peut faire, en effet, que les bourses méprisent le dollar de ce petit Canada et fait que le huard soit tombé. Si bas ! J’y crois. C’est une vieille histoire. Malheur aux petits !
Miss Thibault à TVA aux actualités prend souvent une vox traînante, comme lasse, souvent, elle devient…quoi ?… lymphatique. Donnez-lui du Prozac ou autre chose. C’est plate à écouter une présentatrice amorphe…qui somnole…
7-
Je lis ce matin (l’article de l’ex-ministre qu’on a mis à la porte et qui voyait aux sciences) :  » pour le monde du sport (des regardeurs des autres qui, eux, se démènent) il y a 15 journalistes dans un quotidien. Pour le monde des sciences ? Un. Un seul !  » Est-ce assez clair, cochons de pauvres payeurs de nos canards ? On nous méprise.
Fort amusé de découvrir un rapport du Conseiln des arts du Québec : des mots mon vieux, des ternes ma chère…Il y a les  » artistes-boursiers « , aïe ! Il y a les artistes-professionnels « , dites-moi pas ? Quelle belle profession hein ! Il v a eu pour l’année qui s’enfuit :3000 demandeurs de  » B.S, culturel  » et 955 gagnent la bourse, la cagnotte, le gros lot ! Deux sur trois vont se ré-essayer l’an prochain ?
Un tas de chiffres idiots. Et des moyennes. Rien de plus trompeur que cela. Exemple : un groupe de 10 personnes est réuni : 9 vagabonds et un millionnaire. La moyenne dira :  » 100,000 dollars chacun comme revenu !  » C’est cela la stupidité des moyennes !
Enfin, ce Conseil parle de deux groupes : les chercheurs et les créateurs ! Eh b’en… le créateur ne cherche plus ? Le chercheur ne crée rien ? Vraiment, cette soupe de chiffres est un fameux leurre, On parle pas de  » vie des arts  » véritable avec cette sorte de poutine niaise ! Bureaucratie inepte !
Ah la satisfaction de lire mon Foglia ce matin, comme moi, avant lui avec J,N, il fustige éloquemment  » l’État Mafia « , Québec, et ses  » pousse au vice du jeu « . Fameux de faire groupe mais lui il a des centaines de milliers de lecteurs à informer à tenter d’influencer, le chanceux ! Aussi, ainsi, comme je l’ai fait dans mes  » J.N « , il se moque de la PUTAIN de Nelly Arcand et de la TOUTOUNE,…qui, toutes les deux, braillent qu’on ne voit que  » pute et toutoune  » avec leurs écrits, et pas leur grand talent de scripteures !
Léandre Bergeron le frère de feu le  » chic and souel  » Henri-Rédio-Kénadah, n’a rien du chic industriel en petits gâteaux et en pain blanc mou. À Rouyn il fabrique 50 pains (de blé entier) par jour dans sa cuisine ! Oh !. L’État dit :  » ça suffit l’amateur, te faut un vrai local, une organisation technique, des machines  » seurieuse « …etc. L’artisan est un empoisonneur ? C’est ça ? Combien de morts en Abitibi depuis qu’il fonctionne en boulanger naïf ? Danger pour la santé, on va le farmer ! Nos ancêtres en ont pris des risques, non ? Hon ! Des caves ? Avec ces vieux fours à pain  » dououor « , dans le champ ! Frissonnez mortels d’icitte !
Ô bureaucratie maudite… Je connais des fonctionnaires brillants, intelligents, peuvent-ils secouer les confrères cocos un peu, oui ?

Le lundi 21 janvier 2002

Le lundi 21 janvier 2002
1-Encore de la neige aujourd’hui. Ma foi, petite bordée après petite bordée, nous retrouverons l’hiver qu’on dit normal, Il fait doux encore. Ce que je déteste de cette saison, c’est bien ses froids polaires Or, cette année, ça va bien. Hier, dimanche, même hiver en douceur. Youpi ! Ce matin chez Bazzo, un gars qui  » fait du nord  » (comme il dit), un peu sociologue, ethnologue, linguiste aussi, ce Hamelin semble aimer à mort le  » nord moyen  » et surtout le  » grand nord.  » Il expliquait que le nord supérieur, arctique quoi, le Québec n’en a pas le diable. Il disait aussi que pour les Cris, Montagnais, Innuits aussi, Montréal et même Québec, c’est vraiment  » le sud « , le grand sud ! Voilà ce Hamelin qui raconte  » que le soleil, au Québec enneigé, est un soleil autrement plus revigorant, vivifiant que…dans les Antilles  » ! Pourquoi ?  » À cause, disait-il de la réflexion, et aussi de notre neige en cristaux par ici, qui nous rend une lumière multipliée.  » On devrait dire  » aller à la chaleur  » quand on va aux Antilles et non pas  » aller au soleil, c’est nous qui avons le meilleur soleil.  » Eh b’en !
2J’aime bien regarder  » Découvertes  » à la télé du dimanche. On s’y instruit parfois même s’il s’agit de  » dumping  » Hier, dumping de la BBC, Londres. Un instructif reportage sur la maladie de Parkinson. Avec une étude pour savoir si l’ECTASY, (ou extasy) drogue illégale, ne serait pas un remède efficace pour ces malades graves. En tous cas une partie contenue dans cet élixir pour bougalous frénétiques ! Diable, découvrira-t-on du bon dans l’héroïne, dans la cocane un jour ! On verra bien.
Au téléphone hier Gabriel, le benjamin de Marc et de ma fille :  » Papi,on va donner deux concerts à la Pace des arts, je te réserve des billets ?  » Je dis toujours  » oui « . Gabriel, étudie à Maria Assumpta (!) et, activité parascolaire, joue (bien) de la trompette et j’aime cet instrument, il sonne clair, il…vivifie, il est modeste, n’a pas la subtilité du violon par exemple. C’est du souffle…humain, transformé en sons mélodieux. Jeune, j’écoutais le fameux Harry James sur un  » record  » Victoria, étiquette rouge, et je mimais le trompettiste. Déjà cette clarté sonore m’excitait. L’an dernier à un semblable concert de petits orchestres d’écoliers, c’était Edgar Fruitier, surprenant, qui jouait le M.C. et habilement, humoristique et connaisseur, avec un grain de condescendance. Un brin de…. générosité. Ce sont des amateurs qui, parfois, réussissent fort bien à rendre une pièce.
À la télé, hier, zapette active, je pige des bribes de la série sur les Croisades. Ces expéditions punitives dégeulasses au fond. Le pape Urbain no. 2 partait ce bal étrange, de Clermont, en France. Et puis ce sera la quatrième… la plus absurde, la plus sotte de toutes, animé par le pape Léon X, et surtout commanditée par ce Doge de Venise (Dandolo) qui voulait régler de comtes personnels avec les Turcs. Affreuse tuerie ! Épisode désolant dans l’histoire catholique. Une honte terrible ! Ce pape, un peu plus tard, condamnait le moine Martin Luther pour son  » manifeste  » anti-indulgences, pur oser qualifier le pape d’Antichrist ! Excommunié à Worms, procès historique, Luther ira se cacher un an mais débutera la Réforme qui amènera la contre-réforme (aveu de culpabilité du Vatican au fond), et les guerres entre les deux factions —sorte de guerres civiles quand des chrétiens s’entretuent— odieux carnages au nom de Jésus qui va durer 100 ans ! Étonnant d’apprendre qu’au début de la Renaissance, les bases du savoir, gréco-romain, ayant été protégées, conservées, par…oui, les  » méchants  » musulmans. En Espagne . Ainsi, quand le monde chrétien s’éveillera enfin aux sciences antiques, les Maures purent fournir ce qui avait été détruit en Grèce. J’ignorais cela !
Zapette donc et, comme en même temps, vues imprenables sur la propagande loufoque des nazis en 1943-1944 alors que le hitlériens savaient qu’ils perdraient tôt ou tard. Un chapitre terrifiant là aussi. Le Canal Historia a pu louer des archives fascinantes. Ainsi, tous ces canaux  » hors-grand-commerce « , m’apportent ainsi des images estimables.
3
Je suis abonné à  » Le couac « , un mensuel qui se veut de la même farine que  » Le canard  » de Paris. Certes, parfois, il est lassant de constater une sorte de négativisme militant qui s’attaque sans cesse à tout ce qu bouge chez les politiciens actuels. Ici et là quelque articles bien étoffés. Un ton évidemment qu’on ne trouve pas dans les quotidiens ordinaires. J’aime bien cette sorte de culot, d’effronterie. Mon fond…néo-anarchiste?
Aile aime bien les galas, les cérémonies de remises de prix. Hier, les Golden Globes. On y a vu, bien entendu, les vedettes états-uniennes. Par grappes même ! Et l’acteur Crowe, ( » A beautiful mind « ) qui incarne si bien le Prix Nobel Nash, malade mental, a triomphé dans sa catégorie. Bien jugé. Enregistrement du reste du gala et nous allons à ce  » Campus  » de TV-5. Encore le fourre-tout, le ton empressé, les chroniques qui volent , les entrevues rapides. Essoufflant à suivre. C’est plus difficile à suivre que  » Le retour  » ou  » La vie, la vie « …rien à voir avec  » Cré Basile  » ! Chaque fois, j’en sors énervé et épuisé.
Nous constatons une fois encore comment les Français aiment ergoter, supputer, jouer le devins, les  » gérants d’estrade  » face aux actualité politiques là-bas. Oh la la! Un livre est publié et un autre, même sujet, surgit aussitôt chez les libraires. Un des invités de Durand est Pas cal Sevran,  » cette face à claques  » que je pouvais pas piffer à sa série  » La chance aux chansons « . Sa complaisance était imbuvable. Avec  » On dirait qu’il va neiger « , nous apprenons qu’il tient son journal (le vilain copieur !) et qu’il vient d’en publier de larges tranches. Sevran me devient aussitôt plus sympathique , j’ aime tant les diaristes, le journal intime. Il dit qu’il tente de faire aimer son compagnon de vie, Thierry :  » Oui, c’est vrai, je l’aime tant ce jeune homme, je veux que tous les lecteurs l’aiment aussi !  » Bien. Bon. Beau programme pour moi. Je vais mieux tenter de vous faire aimer mon Aile. Je le lui dis et  » Aille!, SVP, oublie ça. Tache d’éviter de m’y mettre, je t’en prie. Les gens se fichent bien du conjoint, de la conjointe.  » Eh misère ! Chez  » Campus  » il y a un ex-ministre de l’éducation, destitué par son ami Jospin, ce Claude Allègre, laid comme un pou, publie que Jospin est  » broyé  » par las politique. Éclats en studio Allègre soudain :  » Quoi, vous, cher animateur, quand vous étiez À Canal-Plus, vous avez été broyé aussi, et avez publié un livre sur vos déboires  » Silence éloquent de l’animateur !
Combat de gueules alertes que ce genre de…  » show « . Cela me fascine toujours. Ici, c’est , le plus souvent, révérences, déférence, mensonge, politesses, retenue et savoir-vivre et…
l’ennuie !
4-
Ce matin, je vais à J et C comme chaque matin et aussi m’acheter de la gouache pour mes essais graphiques nouveaux. Il y a pas de  » rouge « , bon,  » on en fera venir « . À la pharmacie, achat d’une potion pour les oreilles car cette sorte de prothèse fait naître des …bobos ! Trouve pas ! Me faut des timbres à un cent…car le prix vient de grimper ! Il y en a pas ! Ça va pas bien ce matin ! Au café, je renverse de mon cher bon jus ! Non mais… La journée s’annonçait mal ! Je descend à la cave-atelier du nouveau  » beurreur « …et , maladroit, je taches sur mon chandail ! Dos-je revêtir une salopette comme celle de ma photo sur la couverture de mon  » Je vous dis merci  » ? J’aime pas trop.
5-
J’ai vu l’intéressant film de Wong Kar-Wai, en cassette-vidéo :  » Les silences du désir « . Un homme cocu et une femme trompée finissent, tout doucement, par se comprendre et par se consoler des infidèles. L’amour unit les deux rejetés C’est bien fait et j’aime toujours voir un petit bout de la Chine actuelle. De là à y accoler 4 étoiles et demi… Madame Sarfati est ou bien fort généreuse ou bien  » folle des chinoiseries « . C’est un film modeste qui se regarde bien chez soi, à la télé. Rien de plus.
Radio à l’ atelier du  » beurreur « , CKAC. Le psy Mailloux, toujours truculent et assez toto plus souent qu’à son tour, se démène. La question du jour : la pédophilie, les pédérastes sur les sites Internet. Le Web en serait rempli !Plein de bonnes gens qui veulent savoir. On les instruit pas mal. On tourne les coins ronds. Un policier vient au micro. Pénible et délicat. Pas le droit de jouer le jeu du pédé…ce serait hors la loi. Il y aurait 500 sites ! Diable ! Il s’agirait de  » fichiers cachés  » (?), d’un site-mère
(père !) à Moscou ! La police cherche les mots de passe de ces pervers. Il est dit, répété, que ces pathétiques amateurs
d’imberbes s’installent dans les écoles ou autour, les centres récréatifs, les arénas. Ils cherchent à se faire employer comme coach, instructeur de toutes sortes, conducteurs d’autobus scolaires, gardiens d’enfants, de maternelles etc. Bref là où il y a des enfants à initier sexuellement. L’horreur ! Des enfants en cliquant  » barbie  » ou  » pokémon  » ou  » chats, chiens « … risquent de tomber sur l’imagerie décadente de ces grands malades. Quelle tristesse ! Pauvre progrès, pauvre Web, pauvre toile si utile cette invention pour répandre du savoir partout… Il s’agit, non, d’un  » détournement  » d’invention. De progrès quoi !

Le vendredi 11 janvier 2002

Le vendredi 11 janvier 2002
1-
L’avais-je oublié, c’est cela l’hiver ? Quelques rares et bénis jours radieux de soleil brutal — propre aux pays nordiques ?— et, bien plus souvent ce gris étalé tout partout ! Comme ce vendredi matin d’aujourd’hui. Bof ! Bientôt mars n’est-ce pas ? Je sais trop bien désormais la vitesse du temps, des saisons. Patientia !
Le « vieux » se questionne quand il examine le monde des nouveaux venus.
Un exemple : elle se nomme Lévy, Conception de son prénom. Son boulot : « réserviste » (?) dans un cabinet d’avocats par les soirs ! Au bord de la nuit, retour de ce boulot, Conception dit aimer visionner des films en arabe, en hébreu ou en japonais, peu lui importe. Quel canal ces films ? Où les loue-t-elle ? Pas de réponse dans l’interview. « Je savoure aussi un film ou sans les images ou bien sans le son. » Eh b’en !
Pour elle « érotisme et ésotérisme », même affaire. (!) Elle se dit intriguée par les « potions » celtes (!) ou égyptiennes, par le Karma Sutra. Aussi par la métaphysique. Seigneur ! Cette Conception cherche, sur Internet, des sites et sur l’urologie (!) et la physique quantique. Femme singulière, hein ? Elle fut barmaid un temps, stagiaire à l’école du barreau… étudiante aux HEC…a quitté car elle déteste « les bancs d’école » ! Bonne Vierge ! Plus jeune, elle fut découragé d’aller étudier en théâtre par ses parents.
Elle élève des escargots !
Les amoureux ? « J’en ai eu ma claque des hommes. » Oh la la ! « Ils étaient comme « mes » enfants ! Elle termine par, tenez-vous bien : « Du jour où je sais que je ne leur apprend plus rien, il n’y a plus d’échange possible et je pars » ! La photo nous montre cette bizarre « enseignante » aux hommes », jolie et sérieuse jeune femme, cheveux sombres, lunettes de la studieuse.
Je vous le redis : un certain « nouveau monde » m’intrigue au plus haut point. Pépère Jasmin, est-ce cela vieillir ? Découvrir des cadets aux mœurs déroutantes ?
2-
Bande chanceux, va !
Je vais vous résumer ce très long entretien du Nouvel Obs avec un brillant psy, auteur de trois volumes sur la question, Boris Cyrulnik. Sujet qui nous tient tous à cœur, le bonheur.
Voici donc en une douzaine de brefs paragraphes, la substantifique moelle de ses affirmations, parfois renversantes.
A- Un enfant dont les parents ne s’occupent pas sera inapte au bonheur ! Il faudra le « réparer ».
B- Tous nos progrès sociaux mènent surtout, au « bien-être », ce qui n’est du tout le bonheur.
C- Issu d’un contexte familial, ou social, qui n’a pas de sens, pas de projet à rêver, à élaborer, on devient inapte au bonheur.
Une grave épreuve, comme contracter un cancer, peut donner du bonheur : enfin une lutte, un combat, un « sens à la vie », qu’on peut raconter.
D- Les médicaments, culture techno-industrielle, tel le Prozac, sont sans effets secondaires graves comme la cigarette ou l’alcool, mais ne sont qu’une solution moléculaire. Ils ne règlent pas « le malheur ». Les solutions affectives et culturelles sont plus importantes.
F- Il y a l’utopie pour rendre heureux. Le vent bien des églises, des sectes, des partis politiques et… les vendeurs de voiture !
G- Jeune psychiatre, les asiles étaient « merdiques ». C’était « notre espoir » : corriger tout cela. J’étais heureux ! Utile, cette « représentation » de l’avenir, d’un progrès. Jeune communiste après la guerre, j’avais une utopie : améliorer l’avenir du monde ouvrier. J’étais heureux.
H- Nous sommes —ça n’a plus rien à voir avec le bonheur— dans une culture du « bonheur immédiat ». Un leurre cette quête de jouissance rapide, d’échappée du réel, via drogues, sexolisme, « don juanisme ». La dépression en est la conclusion fatale, maladie qui ira grandissante en ce nouveau siècle.
I- Les nazis étaient heureux, les membres du parti « Front National » de Le Pen, eux aussi. Les talibans aussi. Utopie nuisible ou non, c’est un fait. Le sentiment « d’appartenance » rend heureux.
Cette solidarité mène au mépris des autres. Cela opère comme un mythe, souvent avec tout un rituel sonore et visuel : musiques, slogans, posters. Il y a un chef, un leader :militaire, prêtre, gourou, chef charismatique, tribun démago…ben Laden. On se distingue des autres, c’est l’aristocratie des minables. Le groupe amène du bonheur; le fanatisme, le racisme, l’intolérance et c’est euphorisant. Surtout pour ceux qui « s’identifient » mal, qui n’ont pas de famille, pas d’amis véritables. Même un voyou de HLM, un délinquant peut savourer cela : « J’ai enfin une identité, j’ai mon gang ! »
La haine rend heureux, c’est un constat.
J- Les mystiques sont des anxieux, l’extase est une défense. On abolit le doute qui engendre malaise. La recherche d’une vérité définitive les inspire, car l’ambivalence leur est source de conflits. Qui dit vrai ? Israélites ou Palestiniens ?
Pourtant le relatif permet de chercher à comprendre l’autre, les autres. Ceux-là rejettent donc l’angoisse de chercher des nuances. Des angoissés se font souvent des « mythes éphémères »; selon le niveau d’éducaton, héros sportifs, vedettes de cinéma ou « médecins sans frontière », intellectuels médiatisés.
K- L’être humain déteste deux chose fondamentalement : la liberté et le bonheur s’y rattachant. La liberté est angoissante. Elle vous tend responsable. Sous un dictateur (tel Salazar au Portugal), on était heureux. C’était simple, le mal venait des socialistes pour les militaristes. Pour le peuple, le mal venait des militaires et des curés. Fin de cette dictature : c’est l’angoisse. Plus de totalitarisme pour dénoncer le mal, plus d’ennemi. La peur d’être maître de son destin.
L- Pour le bonheur, vive la une « double-vie ». Celle du gagne-pain obligé et celle d’une passion, d’un projet personnel. Sinon, avec la retraite, ce sera la dépression. Malheur à ceux qui investissent tout dans le boulot.
Mais pas de rêverie irréalisable, pas de fantasme idiot, On a vu la vraie histoire de Jean-Claude Romand (lire « L’adversaire », ou voir le film qui en sera tiré « L’emploi du temps ») sombrant dans la crasse duperie des siens. Il finit en prison et se réfugiera dans la religiosité.
M- Les liens sociaux, une force. Le bonheur existait dans les petites ville, les campagnes. Cette solidarité peut être aussi une prison. Un carcan culturel étouffant. La femme :une porteuse d’enfants et
l’homme, annexe des machines, un pourvoyeur.
Désormais, il y a l’aventure de se construire une personnalité. Un enfant longtemps isolé, je travaille là-dedans, ne se souvient de rien. Les souvenirs ont besoin d’être reliés aux souvenirs sociaux. Les enfants à qui personne ne s’attache deviennent phobiques. Ils marchent, parlent, très tard. On a pu mieux « réparer » des orphelins libanais qui avaient des amis, un jeune chef, que des enfants avec des parents dépressifs, une mère malheureuse. Puis c’est l’adolescence, la rupture nécessaire. L’ado doit se faire son propre projet.
N- Le bonheur se construit. Il faut du partage. Pas de l’échange, terme commercial limité. « Ensemble, on va faire ceci, cela… » Avec conflit et c’est créateur. Seul, on ne peut rien développer, ni se développer. C’est l’altérité qui fait vivre l’homme en harmonie. L’enfant sans aucune aide va marcher à quatre pattes.
Donc, le bonheur n’est pas un état, c’est un objectif. Faut y aller, partir, tenter l’aventure, mettre les voiles.
3-
Une voix amie : « Tu devrais faire payer pour la lecture de ton journal. Les gens n’apprécient pas ce qui est gratuit, Claude. » Oh, oh ! J’hésite, savez-vous ? La voix : « Vas-y, ils sont ferrés maintenant, ils vont accepter de payer, sois-en assuré. » Non mais… S’i me plait à moi de me faire lire à l’œil ! Mon droit, non ?
4-
Correction, il fallait lire « Puerto Plata » et non « Porto Plata », récemment. Le rocker Éric Lapointe vient de « visiter », quatre jours, la prison du lieu. Nous avions visité l’ancien fort prison, une forteresse antique ruinée. C’était affreux. Sosua, où Lapointe aurait dansé et…consommé…nous avait paru un village bizarre. Tous ces marchands —de chair humaine féminine aussi— étaient encombrants. Loin de la Floride florissante —c’était un premier séjour aux Antilles— cette « république » était embarrassante pour le voyageur qui a un peu de cœur. Tant de pauvreté ! Au retour, nous n’étions pas du tout sûr d’avoir envie de retourner jouer les « gras-durs nord-américains » en de tels parages. Notre brève visite à Puerto Plata nous avait montré très clairement la misère ambiante. On se dit : notre argent de touriste peut les secourir et puis on réfléchit et, enfermés dans notre club-med luxueux, « Iberostar », est-il bien certain que les profits collaborent au mieux-être des indigènes ?
Les naïfs, seuls, vont croire que deux faits ne comptent pas pour la liberté si vite retrouvée par le chanteur pop, Lapointe. Un : c’est une vedette québécoise, danger de le garder en cellule. Deux: l’emprisonnement peut nuire à la venue des touristes. Le bla-bla d’un avocat, du gérant et autres commentateurs, est une belle connerie. Le fabuliste : « Selon que vous serez noir ou blanc… » Jos Bleau, lui, y aurait goûté.
Candeur aussi…vu le « parrain », sir Gagliano, plutôt hilare, à l’aise, confortable, face au Bureau-au-si-beau-bureau, hier soir. Il sait tant de choses. Il a parlé de sa liste de députés de l’opposition, qui font des pressions —aimables et gentilles— pour placer amis et supporters. Il sait bien que de haut en bas de la chère « colline » parlementaire, ça dégringole le favoritisme. Tout le monde fait ce qu’on lui reproche.
Colonne voisine du sbire tout-puissant de Saint-Léonard, journal de ce matin, on lisait : « Bernard Landry veut amener « son ami » le docteur Levine à ses côtés. » C’est de même ! Depuis toujours. Les « cymbalistes » ès médias jouent une comédie d’hypocrite ! Pratte, éditorialiste, a joué de cette innocence surfaite, ce matin. Honte à lui !
5-
J’entends ma chère Aile en train de peinturer la petite toilette d’en bas. Broush, brouch… ! Elle y va !Je lui ai préparé peintures, du blanc et du ocre, baguettes à brasser, pinceaux, torchon… Moi ? Je tiens journal. Je plaisante, elle est de ce genre de femmes qui aiment bien faire de ces travaux virils de temps à autre.
6-
Hier soir, Norman Mailer à T.Q., premier entretien de trois. Pas bien fort. Documents archi-connus sur les actualités de son jeune temps. L’homme est antipathique à mes yeux. Je ne regarderai pas le reste. Sa déclaration : « Comme tout écrivain, parmi les morts aux Philippines, en 1945, je restais froid, emmagasinant pour un roman. » Non, faux, des écrivains s’enflamment devant des atrocités et ne jouent pas les témoins de glace. Très faux !
7-
Suis-je trop romantique ? Ce Labrie qui s’évade d’un fourgon…et court…et court…Fou, je suis comme de son côté Il est l’exemple de l’Homme captif ( lui, un vulgaire braqueur de banque) qui doit se libérer. À tout prix. Risques énormes. Audace terrible !Oui, je me sens comme solidaire d’un tel audacieux. Et fus triste de savoir qu’on la replongé dans la marmite carcérale douze heures plus tard. Il y a chez moi, enfoui loin j’espère, de l’ anarchiste, du Bonnot et sa bande ! J’ai bien honte !

le samedi 22 décembre, 2001

le samedi 22 décembre, 2001
Conte de Noël
La lumière va s’éteindre. Soleil au ciel. Un samedi de franche clarté.

Daniel me recommande faire plus court. Je crois qu’i a raison. Ma tendance à  » diarer  » trop longuement. Oui, me corriger là-dessus.

Aile m’étonnait ce matin :  » Claude, quand feras-tu ton traditionnel  » arbre de Noël  » spécial avec tes branches de bouleau décorées suspendues au plafond.  » Ma foi, elle aime ça ! Je pars aussitôt : au rivage pas de vielles branches intéressantes. Je zieute les sapins. Non, trop cruel. Je monte vers la terrasse du côté, tous ces cèdres qui font trop d’ombrage. L’échelle. La scie. Je coupe. Ensuite, sortie des oiseaux décoratifs de la cave, et des lumières, et ça n’est pas long que c’est suspendu. Aile en est contente. Son beau sourire.

Marc, mon  » installateur  » Internet, me signale :  » Cher beau’p, depuis hier et votre conte à CKAC, 600 visites sur votre site ! Et allez à votre forum, c’est rempli. » J’y vais. Mon Dieu, comment bien remercier tous ces correspondants ? Le temps Qu’ils sachent ici, s’ils lisent J.N., mon plaisir. Certains avouent des larmes ! Des souvenirs, mal enterrés, de pauvreté en enfance. Je suis ému. L’un m’expédie même une photo d’une pauvre demeure, là où se déroulait mon  » conte-vérité « , à Jacques-Cartier,  » pauvre maison construite, dit-il, par mon grand-père « .

J’ai très chaud au coeur : merci, merci !

J’ai terminé le tome 2 de  » Ma vie comme rivière ! (le joli titre !) de l’épouse de Michel Chartrand , Simonne Monet, fille de juge outremontaise embrigadée dès la noce dans les combats du temps. À la fin : grève des mineurs d’amiante à Asbestos. Police duplessiste qui matraque. Son homme mis en cellule. Il y a cinq enfants dans la maison modeste. Elle manque de tout. Des reproches sévères, durs parfois, sont adressés à ce mari, père absent, lutteur syndicaliste. Rien à voir avec les bluettes du film biographique du fils Chartrand. Oh non ? Regrettable maquillage.

Vision pénible à T.Q., chez Dussault hier soir. Invitation en studio, pour 50.$, à des itinérants. Certains maganés gravement.

Comme toujours trop de monde. Chacun ses deux minutes de visibilité. Pas le  » 15 minutes! Promis par Warhol ! On constate que chacun est un cas, est  » une histoire  » particulière et alors les  » définisseurs de situations  » semblent stupides. Pas un de ces  » perdus  » n’a les mêmes raisons pour raconter son …itinéraire. Voilà la simple vérité. Une dame millionnaire, madame Yvon Deschamps, par ailleurs admirablement dévouée à son oeuvre  » Le chaînon « , a joué la rébarbative innocente :  » Pourquoi couchez dehors et ne pas plutôt rentrer pas dans votre famille ?  » On l’aurait battu cette Judy Richards.

Hier soir, à 21 h, à ARTV, l’actrice Susan Sarandon ‹inoubliable dans  » La dernière marche  » avec Sean Penn‹ a montré beaucoup d’intelligence et aussi beaucoup de modestie. Cette star a parlé de son métier sans théorisation. De la télé qui comte. C’est bien rare.

Chez la Bazzo, hier matin, Marie Laberge, comblée du bonheur d’avoir un vaste lectorat, dit qu’elle ne pourrait jamais parler d’elle. Pudeur, discrétion, orgueil ? Nous sommes aux antipodes, Marie et moi. On sait que j’aime bien parler de moi en espérant, ‹toujours‹ que je ne suis pas si différent des autres et que je sers d’éveilleur ( de quoi donc au juste ?) quand je livre des pans de mon existence. Quand je lis des autobiographies ‹et j’en lis beaucoup ‹ c’est ce qui se passe. Ah, il réagit ainsi !, oh, il apprécie cela !, tiens, il déteste ceci ! On ne cesse de comparer nos vies, non ?

Quand j’ai publié ‹1987-1989-  » Pour tout vous dire  » et puis  » Pour ne rien vous cacher « , mon journal de ces années, plein de chauds applaudissements dont le témoignage, emballé, du journaliste et scénariste de télé, Réjean Tremblay. Jean-Pierre Guay, de Québec, avec ses tomes de journal, m’avait donné le goût, je n’avais jamais lu du journal alors. De personne. Maintenant évidemment, oui. Beaucoup. Dont celui de Cocteau, vous le savez.

Aveux de regrets, de remords accablants, à la télé d’hier, le poids effrayant d’un homme qui a tué un piéton ! Avertissements sans cesse, partout, en cette époque  » des dangers de conduire en état d’ébriété « . Je me souviens d’une  » cuite « , fête d’avant Noël à CJMS, 1993, de mon retour imprudent chez moi.

J’aurais pu me tuer. Tuer quelqu’un. Je buvais beaucoup trop de Pernod et de Campari en ce temps-là. J’avais repris conscience le lendemain. Ne plus voir du tout comment, par quel chemin, j’étais rentré ! Connerie totale. Je ne bois plus q’un peu de vin rouge à l’heure du souper.

Dans Le Devoir de ce matin :le mystère Gaston Miron. Un texte de son ex-compagne, prof à Laval, qui fait la publicité dune édition à venir. Cet animateur et poète, sans écrire bien longtemps, ni très souvent, a réussi à se construire un socle solide. Miron était louangé, fêté souvent, vénéré par plusieurs, glorifié même, il était habitant, chaleureux, bavard, grand voyageur,  » branché  » aussi, grouillant, patriote, paysan, cultivé, désintéressé, gigueur Il fut mis en prison en octobre 1970. Avec les  » cinq cent  » soupçonnés des polices obéissants à la  » liste noire  » des excités névrosés.

Oui, il y a un mystère Miron, cet  » homme rapaillé  » écrivait parcimonieusement !

Je tourne les pages et hop! Surprise ! Voici une photo de mon petit dernier bouquin,  » Je vous dis merci « . Le Cornellier m’arrose de louanges, glissent quelques bémols. Un papier fortifiant, somme toute. J’éclate de rire ! Cornellier juge la couverture  » vulgaire  » et déplore que moi,  » l’artiste  » spécifie-t-il, j’aie laissé faire l’éditeur Stanké. Alain a dû rigoler ce matin car c’est  » mon  » idée ce bonhomme en salopette, au soleil, qui barbouille un mur de briques d’ un lettrage coulissant. Je voulais faire simple, modeste, joyeux aussi. Pas  » vulgaire « , monsieur Cornellier ! De gustibus

Pierre Morency, un poète de Québec :  » Voir un cardinal, c’est voir du feu sur la neige !  » Parfaitement. Dit excellemment. On a en a vu un couple récemment sur la galerie. Bouches ouvertes derrière notre porte-patio !

Étrange d’écrire ici : c’est publié, édité, aussitôt écrit ! Ça change tout, c’est différent du journal qui est publié un an plus tard. J’approche autrement anecdotes et éphémérides forcément.,

Je sais que c’est lu au fur et à mesure quoi. Ça me fait drôle.

L’une chante :  » je voudrais voir la mer  » moi, je chanterais:  » je voudrais voir ces régiments de soldats, grandeur nature, en terre cuite, déterrés à Xian dans le Nord de la Chine. Quelle vision cela doit être, non ? J’en parle parce que le journal y fait allusion ce matin.

Je corrige mais tard : c’est Marie Brassard, et non Chouinard, comme je l’avais écrit erronément ici, qui jouait, à l’Usine C, ce travesti androgyne mystifiant (qui se masturbait en scène). L’autre est une chorégraphe vantée qui se produit ces jours-ci.

Je n’en reviens toujours pas de ces 600 visiteurs et de tous ces aimables correspondants sur mon site d’ordinateur. Décidément cette invention est incroyable. Je ne pensais pas vivre une telle expérience sur  » mes vieux jours « .

Nous allons aller bouffer tantôt, une fois de plus,  » Chez Grand-pa « , à Val David. C’est un bistrot sympathique, patronne accorte, émigrée de France. Un été, j’y rencontre Vigneault. Nous revenions d’un séjour sur sa chère Côte Nord et je lui dit mon grand étonnement d’avoir constaté l’eau si chaude de  » la mer Saint-Laurent  » en face de chez lui. Gilles me dit :  » N’en parle pas trop, mon vieux, on veut pas trop de touristes, pas de Mc Do et Cie.  »

Par la fenêtre, en face, par dessus le lac Rond, l’hôtel Chantecler s’illumine. Mode d’éclairer les bâtiments. En clignant des yeux on peut s’imaginer Chenonceau,  » le château des dames  » sur la Loire.  » La nuit tous les chats  » La nuit on peut prendre une vessie pour une jolie lanterne. La nuit, ici, aura maintenant de joyeuses lueurs multicolores : guirlande de lampions électriques devant ma porte. J’ai installé la panoplie, habituelle, comme tout le monde.

 » Je le fais pour les enfants qui vont venir au Jour de l’an « , dis-je à Aile. Elle sourit. Sacré menteur : chez nous, rue Saint-Denis, il n’y avait rien, pas assez riches les Jasmin. J’en rêvais de ces chandelles électriques dans les parterres comme chez le voisin, notaire ou médecin.

Eh oui, on passe sa vie à compenser, à composer, à réparer, à soigner  » cette blessure, l’enfance, qui ne cicatrise jamais « , les mots de la grande Colette.

Le mercredi 19 décembre 2001

Le mercredi 19 décembre 2001
1- Mort de Bécaud hier. Coqueluche dès 1955 par ici. Leçon d’énergie. Il criait :  » Hé! Les baladins ! Amenez-moi..  » Ils l’ont amené pour de bon. Disparu. Scénographe de variétés, j’ai travaillé souvent pour Bécaud. Je lui tenais son bol de cognac, une fois. Lampée énergisante indispensable tant sa dépense était fantastique ‹je me dissimulais sous la caméra-grue‹ entre les segments de son récital au grand studio 42, il avalait et repartait sous les réflecteurs, en sueurs, les mains comme des oiseaux.
Avec le réalisateur Letarte, nous étions allés à son hôtel,  » suite somptueuse à  » le Bonaventure « , pour lui présenter la maquette de son décor. Il est accompagné d’une  » beauté  » juvénile ! Eh ! On avait vu ça aussi pour le mari de Simone Signoret, ‹cocue comme l’autre Simone de Beauvoir, une féministe bien tolérante)‹ même groupie bien tournée aux semelles de la star Montand. Bécaud, joyeux, alerte, jeta un regard intéressé à son décor, accepte le design, se frotte les mains :  » Vous allez voir, je pète le feu ces temps-ci, ça va rouler !  » et nous offrit un  » drink « . Soleil sur la terrasse, piscine rutilante, la groupie en bikini surgit et lui :  » Vas-y mon petit, je te rejoindrai. »
Le mort d’hier fait un signal :  » j’ai eu une belle vie !  » Des poètes populaires ‹Delanoé surtout‹ se sont servis de cette machine humaine flamboyante pour s’exprimer. C’est beaucoup. C’est utile. Que le dieu des félicités terrestres ait son âme !
2- Avons visionné, hier, un film curieux :  » À la verticale de l’été « , étrange récit se déroulant à Hanoï. Trois vietnamiennes aux prises avec l’amour. Hélas on voit pas le pays, ni cette ville longtemps colonie de Paris. Plein de belles images :fleurs, plantes vertes, chants d’oiseaux sans cesse vues de la fameuse Baie d’Along (orthographe pas certain), appartements ensoleillés, resto cocasse, Aile et moi aimons examiner des  » ailleurs « . Comme pour ce film à Prague (sous les nazis), impossible de voyager vraiment à l’étranger. Une rue, une maison et c’est tout. Beau dommage ! On voit tant Montréal, Paris ou New-York dans les films tournés là. Question de budget ! Nos étions perdus : tout le monde se ressemble ! Connerie ? Comme pour les Noirs si souvent. Question : est-ce que les Noirs, les Jaunes, nous trouvent tous trop semblables eux aussi, nous, les Blancs ? Donc un beau film, d’un visuel si lumineux mais une histoire incompréhensible pour nous.
3- Message, hier, de mon fils, son étonnement , sa fierté de m’avoir initié (de force, je l’avoue ) à l’ordinateur. Il m’écrit qu’il entend Thomas, son fils, parler avec sa mère de moi, le papi, puis son appel téléphonique, ensuite, Daniel va à son écran et trouve les mots de Thomas dans mon J.N. Il dit :  » Étonnant, en trois heures, la vie vécue se retrouve dans ton journal « . Eh oui ! Étonnant en effet, vive l’ordi, vive internet ! Il se moque de moi :  » Me semblait que tu allais cesser d’écrire, que tu allais aquarelliser ? Ce journal ?  » Eh oui, il a raison. Marc, mon installateur  » de site  » me taraudait :  » Vous devriez, beau-père, faire un roman sur écran, par épisodes Etc.  » Moi :  » Non, c’est fini la littérature avec mon  » Je vous dis merci  » frais publié. Je termine  » Écrire  » pour V.-L. B. et je reviens à l’art pastique. Mais Soudain l’idée d’un journal.
4- À la mort du francophobe  » Mauditkakaille  » Richler, caméra de télé chez moi, face au lac. J’avais loué ses talents de romancier ( » le monde de Barney  » est fameux) et fustigé son racisme à notre égard. Ses odieuses calomnies, nous illustrant ‹mettant en péril les anglos ‹ collectivement, en fascistes enragés et dangereux (ils sont 300 millions d’anglophones tout autour, grave péril hein ? !) alors que nous sommes un petit peuple, minoritaire sur ce continent, héroïque, résistant à l’ américanobulldozer « . La Vice-Reine Clarkston et son  » suiveur  » Saul, vont bientôt accrocher à la dépouille du raciste la médaille de L’Ordre du Canada. On s’incline ‹comme je dis souvent‹ devant cela, pas par respect, par envie de vomir !
5- Ce matin, lu chez Cousineau-télé : La petite Brazeau, ma jeune  » ancienne camarade  » de CJMS, accepte de présider la voyeuriste émission de TVA :  » Je regarde  » Dominique Bertrand démissionnait, elle, de ce  » piège à cons « , Marie Plourde aussi, refuse de jouer à ce jeu sordide. Lu aussi, ailleurs, que Miss Brazeau, mère de famille (deux jeunes ados), était entouré de porono chez elle,  » at home  » hein, pour se documenter. Belle ambiance pour les enfants ! Franchement, on a envie souvent de s’écrier comme le philosophe primitif et naïf, Yvon Deschamps :  » US qu’on s’en va ?  » Ne me voyez pas en puritain prude SVP.
L’érotisme est de bon aloi. Le voyeurisme c’est le chemin vers la solitude, vers l’onanisme.
Je ne dirai pas que la masturbation rend sourd elle rend triste ses adeptes, tôt ou tard. Il faut pour garder vivant  » le désir  » ne pas craindre les fréquentes allusions à la sexualité, les caresses opportunes ou non, les  » appels  » enjoués quoi. Il faut semer l’atmosphère érotique autour de l’autre. Bref, il faut de l’imaginaire, des fantasmes. Je crois que les voyeurs (voyeuses) sont des gens bougrement paresseux, sans imagination. Qu’ils ne savent pas installer un climat érotique normal, indispensable. Pleins de maris, d’épouses, qui ne font jamais rien pour le moment où l’on ira au lit. N’en parlent pas, ne lisent rien d’érotique, ne regardent rien d’érotique, ne forment pas d’images sexuels dans leur tête  » n’imagine pas « , voilà ! Des couples, même jeunes, s’assèchent sans cesse alors, par leur faute.
Ils iront  » voir  » ailleurs :la nouveauté c’est plus facile ! Paresseux ! Pire, se feront voyeurs des ébats mécaniques avec  » sound track  » exagéré, des inconnus ‹l’  » actage  » fausse-passion physique‹ de ces poussifs copulateurs stipendiés ‹et plus ou moins drogués‹ pour forniquer  » on camera « . J’en vois qui se procurent au vidéo-club du coin, de ces cassettes  » XXX « , gênés, embarrassés, les yeux à terre. Oui, des super-paresseux. On peut trouver des images érotiques merveilleuses, dans des livres merveilleux ‹sans la nudité niaise inutile souvent, l’explicite étant anti-érotique‹ cette iconographie collaborant au désir. Vulves et pénis exhibitionnistes ‹magazines chirurgicaux‹ images explicites vaines quand on veut sexualité et sentiments humains réunis. Ne comptez pas sur  » Je regarde à TVA ou à TQS, tard, pour conserver longtemps l’amour dans votre couple. Je me souviens d’un scénographe, compagnon obligé, qui pris las pente voyeuriste. Films en 8,mm, on est en 1956, images salopes, collections de vulgarités, photos de son cru avec putes payées, au bout de quelques années, on découvrit mon compagnon mort dans sa baignoire un samedi matin. Bonne chance Miss Brazeau !
6- Ce matin, les quotidiens : Lepage, ce génie imagier de la Vieille Capitale et reconnu dans l’univers, fera un nouveau film :
 » Tourism « , titre de l’anglomanie sauce mondialiste.
Dès ses premiers  » shows  » de théâtre, je disais  » c’est un cinéaste « .  » Le Confessional « , et puis  » Le polygraphe « , le prouvèrent efficacement. Vint ses autre films,  » Nö  » et  » Possible worlds « , hum, moins forts. C’est que le surdoué Lepage se déconcentrait volontairement par trop d’activités parallèles. Hélas. Lepage pourrait devenir notre Fellini québécois. Oui, aussi bon, meilleur un jour peut-être !
Le hasard, la pauvreté aussi, l’a fait  » théâtreux « . J’ai aimé énormément, récemment, sa  » Face cachée de la lune  » au théâtre mais y ai bien vu ce qu’il aurait pu réaliser avec un film en utilisant ses étonnantes trouvailles sur scène pour cette  » Face  »
Bon, il a du succès de Tokyo à Londres, en passant par Paris et Moscou. Il ne m’écoutera donc pas. Je ne vais pas écrire un  » Que Staline se le tienne pour dit ! », comme le cave éditorialiste de  » L’Action  » à Québec, jadis. Mais, cette fois, je sais que j’ai absolument raison pour Lepage. Cela dit, il fera du théâtre tant qu’il voudra, ses machines restent pourtant la négation du théâtre qui est, avant tout, et doit rester un art de  » parole « . Lepage c’est le super génie des formes, de l’image. Ah, pis oui, je l’écris :  » Que Lepage se le tienne pour dit !  » Et bonne chance pour son  » Tourism « .
7- Un journal c’est marquer ce : Beau soleil, ici, de temps en temps aujourd’hui ! La petite plaine du lac brille. Symbole ?, mon fleurdelisé sur le rivage s’effiloche au vent du nord chaque début d’hiver ! Daniel, hier :  » on va tout savoir avec ce J.N. , comme ça : les steaks pas trop les sur-cuire ?  » Le vilain moqueur. C’est quoi un journal ? Mon avis quoi. J’en ai lu pas mal.

1-D’abord ne pas s’en servir que pour ses idées, en somme ne pas en faire un cahier d’essais. À l’occasion, oui, comme je viens de le faire sur  » porno et éros  » ou sur Lepage et cinéma, le journalier (!) peut s’étendre un brin. Pas trop souvent ? Promis.
2- Ne pas faire télégraphique. J’en ai lu des :  » Vu hier Paul Claudel chez Gallimard.  » Ou :  » Rencontré, jeudi midi, Mauriac  » Et point final. Non pas de ces  » Vu, à la Moulerie, ma chère Louise Rémy.  » Et  » bonsoir les amis  » ! Le diariste (ce mot, pouah !) doit bien refléter la vie qui passe. Sa vie. Le temps qui s’écoule, jour après jour, illustrant les éphémérides incontournables dans toute existence humaine.

8- Chez Bazzo ce matin, débat sur la liberté d’écrire avec le Maisonneuve de RDI et le Boisvert de La Presse. Miss Bazzo, bien bavarde, plutôt silencieuse cette fois. Prudence  » radiocadenacienne « . Autocensure, salut ! On a laissé entendre que Norman Lester (son  » Livre noir des anglos « ) agissait en devinant qu’on le  » jetterait  » ensuite de son job de reporter enquêteur à la SRC.
Comme un Charron voleur de blouson chez Eaton.
Comme Robert Lévesque tripotant les ordinateurs du Devoir.
Ouen
Ah la LIBERTÉ ! Chez Lisa, un matin récent, face à N. Connard affirmant se sentir  » libre  » à La Presse. Mon envie de rire. Qu’elle matraque un peu les fédérats d’Ottawa et elle verra les limites de sa liberté chez Gesca-Power Corp. Y était aussi Michèle Bazin, devenu relationniste dans une patente affiliée au MAC. Elle aussi :  » je suis libre, je suis libre  » sur l’air de  » Je suis belle dans ce miroir « , une Castafiore abusée ! Non mais il n’y a pas de relationniste libre. C’est impossible, activité inconciliable avec la fonction de  » porte-parole « , allons. Antipodes. Métier pas toujours déshonorant bien sûr. Certains se donnent l’illusion d’être libre ! Moi ? Ici, ah oui, un journal totalement libre.
9- Ai rédigé, en deux heures à peine, hier, mon conte pour CKAC, chez Arcand vendredi matin. À la fin, doute, frayeur. Si mon héros, ce Ovila véridique, peint sous des couleurs misérabilistes puisqu’il était si démuni, a des enfants qui écouteront ce triste souvenir de 1940 ? Pourraient-ils protester ? Les risques du métier d’écrire de l’autobiographie. Eh !
Washington hier :  » Danger de mort pour tout pays qui oserait abriter Ben Laden.  » Eh ! En effet quel pays oserait ? J’ai songé : Haïti. Mais oui, pays de désolation, le plus pauvre de note hémisphère. Abandonné car il n’y a pas de pétrole là. Laden s’y fait donc accueillir, bombardement du gros voisin, Uncle Sam, traque et découverte du Ben dans un trou noir
Après ? Bienfaisante pluie diluvienne des secours de toutes sortes, orage d’aide, et, enfin, espoir de rétablissement économique en cette contrée de malheur.
10- Connaissez-vous Tit-Gilles ? Qui ? Tit-Gilles Breault ? Il habitait en haut du Parc Lafontaine. L’autre jour, via le reporter Noël de La Presse, son histoire en long et en large. Il a 59 ans maintenant. Il se nomme aussi Joussef Mouamar. Oui, conversion à Mahomet. Son droit, non ?
Un instant : Tit-Gilles est le protégé du ‹notre FBI-CIA‹ SCRS, une police secrète installée ici après que la GRC enquêtée nous fit comprendre qu’elle était pourrie jusqu’à l’os avec ses illégalités anti-indépendantistes des années ‘70 et ‘80.
Protégé Gilles Breault ? Pire que ça. Notre Tit-Gilles du Parc Lafontaine reçoit 7,000 dollars par mois, plus dépenses de voyage, frais de  » représentation « , Le (la ?) SCRS est riche! Le Breault-Mouamar voyagera dans 20 pays ! Oui, 20 ! À nos frais ! Okay ?
Le pieux converti à Allah est entretenu par nous pour quoi faire ? Pour rédiger des menaces ‹et des pas piqués des vers‹ aux infidèles de l’islamisme, nous tous ! Tit-Gilles recommande la mort, partout, dans le métro de Montréal même.
B’en tabarnouche, c’est le boute du boute , non ?
Notre police secrète laisse faire son chouchou ? Oui. Pour tenter d’attirer vers Tit-Gilles les crack-pots ! Car Tit-Gilles B. est une  » balance « , un infiltré, un délateur, un  » stool « , un indic !
Clair cela ? Quoi, que dites-vous ? Que ça ressemble aux provocateurs de la GRC, installés à la CSN (bombe au Manoir Richelieu) , au P.Q. (bombes, faux FLQ, incendies criminelles, vols).
Oui. Tout à fait. Tout à faut écoeurant, ce manège. Comme les flics déguisés en putes. Or, notre Tit-Gilles  » Mouamar-mon-cul  » est un zélé. Il en fait beaucoup trop, le Coran sous le bras, dans écoles, collèges, métro, et à CJMS un temps !  » Preacher  » musulman d’un bord, amateur de fausses bombes de l’autre. On portera plainte ? Perte de temps ! Pas d’arrestation : c’est le chouchou de la police secrète. La S.Q et la police de la CUM enrage. Cela a un nom : incitation à la violence. C’est dans le code, c’est interdit. Mais, Tit-Gilles, lui, est au-dessus de la loi, protégé par le SCRS, qui nous coûte 196 millions de notre argent public, qui compte 2,000 membres ! On croit rêver!
Qui veut interroger Chantal Lapalme, la porte-parole de ce foutoir? Elle répond au reporter :  » pas de commentaires « . Pauvre fille, fait bien gagner sa vie quelque part hein !
C’est pas tout : écoeuré par ce canard de bois qui est un  » appelant  » aux désordres meurtriers, un juge français, menacé de mort par Tit-Gilles s’amène ici pour le questionner. Avec mandat international. Fini les folies de Breault ? Non. La police d’Ottawa va le cacher au  » Motel Universel « , proche du stade olympique ! Rêvons ! Francophobie habituelle des fédérats ?
C’est trop dégoûtant, parlons de Cécile Brosseau de La Presse, qui vient de mourir. Elle aimait vraiment les artistes. Faisait des reportages sur eux sans cesse. Dévouée, avec un brin de complaisance, trop bonne. Je l’aimais. Modeste, efficace si on avait besoin d’un coup de pouce pour une expo, un livre, un film, une pièce de théâtre. Paix à ses cendres !
11- Nouveau vaste décor, rutilant, nouveau riche, parvenu, pour les nouvelles à Radio-Can. Ça  » flashe. hein ?Acier brossé, scintillant, aluminium poli aveuglant, colonnes en faisceaux (fascistes !) métalliques éblouissants : un hall de tour du World Trade Center ? Quelle erreur ! À nos frais, un  » marketing  » de luxe dangereux. La télé publique devrait donner le signal d’être  » au service  » des citoyens cochons de payeurs de taxes, offrir le signal de la modestie et de l’efficacité. Les patrons auraient dû exiger des designers un nouvel abri illustrant et la solidité, ‹pas le  » magasin de bebelles des fêtes « ‹ et l’aspect tout dévoué aux citoyens.
Quelle manque de flair ! D’intelligence de son rôle ! Quelle connerie ce chiard intimidant, impérialiste, dominateur. Il fallait, dès l’ouverture filmé, revampée elle aussi, non pas montrer un cité gothique lumineuse prise en plongée, mais non, au contraire, mettre la caméra au niveau du citoyen. De la rue. Donner la note  » identificatrice  » : nous voulons vous aider à tout apprendre, à tout comprendre sur tout. Être  » avec  » lui, le spectateur. Pas au-dessus ! Quels cornichons les dirigeants actuels en information. Ce n’est pas un quizz à tirage millionnaire, les nouvelles, ni un music-hall. Tout de même. Imbéciles !
12- Surprise, message de Trois-Pistoles. Pour mon projet d’un petit manifeste commun sur  » Ne serait-il pas temps, en 2002, d’assumer l’action de nos felquistes en toute maturité et gratitude « , je venais de lui signifier ‹bon conseil d’Aile‹ de remettre cela à plus tard, vu le 11 septembre à New-York. Oui, surprise :  » non, non, Claude, c’est justement le bon moment  » m’expédie V.-L. B. Ajoutant,  » je te reviens après le fêtes  » Il est plongé dans ses textes pour son projet de nouveau feuilleton. Qui a raison : Aile ou mon jeune camarade Vic ?. Me voilà tout ébranlé.
Oh, je lis : Henriette Major, auteure pour la jeunesse, fréquentée jadis, passerait ses hivers dans le sud de la France. Un de mes rêves. Je vais tenter de la rejoindre. Où ça ? Pas trop frette, pas de ce mistral ! Où ? Où ? Fermer tout, le journal ? non, j’écrirais de là-bas. Trop vieux pour ces trois mois de frette noère.
On recommande (Homel de La Presse) la nouvelle biographie de l’illustre James Joyce. Me souviens n’avoir pu terminer  » Gens de Dublin  » ou quoi de lui encore ! Même chose pour le célèbre Marcel Proust. Trop touffu, illisible pour moi. On est du côté de Céline ( » Voyage au bout de la nuit « ,  » Mort à crédit  » ) ou du côté des touffus ! Je sais pas ! Je n’ai pas honte de mes choix, je suis pas snob.
Ai vu  » Renoir  » à ARTV. Mon projet offert et avorté à ce canal ARTV. Mon Édouard Manet, mon Krieghoff : refusés. Pour ce  » Renoir « , oui, pas d’animateur à l’écran, comme l’exige la  » boss  » chez ARTV, juste une voix hors champ, un narrateur avec une voix, hum vous savez, celle des annonces de télé pour  » Canadian Tires « , rauque, appuyée, de gorge, bien convaincante, t’sé, que je hais.
L’information ‹bonne‹était du même degré que pour mes deux essais refusés. Je m’étais dit : On écoutera, ici,  » quelqu’un que l’on connaît bien « , raconter la vie d’un peintre. Un Italien connu fera bien cet ouvrage chez lui , ou un Allemand en Allemagne mais non, c’est  » non merci.  » Je m’en console un peu mal j’ai le journal, une chance ! J’adore cela, vous savez. Ai-je des lecteurs ? Oh ça, je vais attendre, à la mi-janvier ?, le rapport mensuel de mon gendre là-dessus !
Gilles Groulx, ( » Où êtes-vous donc bande de câlisses ? « ) cinéaste mort trop jeune, va être fêté à la cinémathèque. L’ai connu, étudiant la céramique (un an) avec moi à l’École du Meuble. Timide, discret, si doux, blond, les yeux pâles, la voix feutrée, souriant sans cesse Je n’avais pas deviné du tout qu’un jour, quittant les argiles à modeler comme moi, il se ferait cinéaste, quand moi je devenais saltimbanque sur La Roulotte puis scénographe. La vie !
 » Ohé, les baladins amenez-moi pas je suis pas prêt !  »

le mardi 18 décembre 2001

1-
Enfin, le soleil. Soleil d’hiver mais bon! Lac enfin bien glacé. La neige partout ce mardi matin. Lumière québécoise unique, familière. On y est pour des mois !  » Aile  » vient de partir aux courses chez Chèvrefils-Métro. Comme en France, depuis toujours, nous achetons au jour le jour les victuailles nécessaires. Avec des enfants à la maison, il en va autrement sans doute. Le congélateur est de mise. Aile prévoit le repas du soir et, le lendemain, c’est les mets de l’école-des-chefs. Sauf en week-end, école fermée !
2-
Hier soir, larmes de mon Aile. Nous regardions le documentaire biographique sur Vigneault, notre poète populaire bien aimé. Aile pleure souvent. Aile a un grand c¦ur. Aile s’émeut facilement et j’aime ça. L’émission-Vigneault à Musimax (Musicorama ?) passait très vite sur la première épouse et les quatre premiers enfants ( Pudeur !Cachette ?) du grand barde de la Vieille Capitale venu du fond de la Côte Nord, venu aussi, beaucoup, du petit Séminaire de Rimouski où s’exilent les écoliers des territoires lointains. Terrible ce passage du papa de Vigneault qui dit à la maman :  » Non, Gilles ne reviendra pas ici, il viendra juste en vacances « . La mère, espérante, souhaitait le retour de l’enfant instruit. Un seul fils  » premier mariage raté  » de G.V. témoignait, bafouillant un peu, semblant  » magané, sur un père  » très absent « , tout consacré à sa carrière débutant en trombe, les tournées et le reste. La gloire quoi ! Ce dernier semblait comme accablé de n’être que  » le fils de! « . Cette question me tracasse un peu. Cette production  » TV-maxplus  » bien ficelé.
3-
Coup de fil ce matin du Guy Lachance,  » esclave heureux  » du Arcand ce CKAC. On m’attend le vendredi qui vient pour un conte de Noël. Brr! Je vais m’y mettre.
Allant aux journaux et cigarettes, ce matin, une voiture stationnée émet ses oxydes maudits ! Une dame sort! je lui dis :  » pollution, madame.  » Elle me regarde sans trop saisir. J’ai vu encore une fois le style : « Pis, je m’en sacre !  » J’enrage de l’égocentrisme du monde.
Hier soir, donc, larmes. Finalement  » Aile  » me raconte sa visite à la docteure, le matin. Découverte de protéine (?) dans ses urines. La toubid :  » Oh 1 Oh ! J’aime pas ça. Faudra revenir, examens à Notre-Dame, etc. Bien examiner ça, car on peut prévoir une maladie des reins.  » Voilà donc l’angoisse installée. Ma chère Aile bien énervée. La vraie raison de tant de larmes face au Vigneault télévisé ? Je tente de la calmer. De type espagnol (?) Aile redoute la mort sans cesse. Dit :  » Tu ne m’oublieras pas trop vite! quand je n’y serai plus, tu penseras souvent à moi! ?  » Je déteste sa noirceur. Je proteste. Je la caresse. Je tente le réconfort bien mâle.  » Tu verras, il n’y aura rien, tu es forte, solide. « . Difficile de réconforter l’anxiété naturelle à Aile. Aile éclate :  » Tu sais, même à 150 ans, vu la génétique raccommodable, rafistolages prévus des  » vieux  » qui s’annoncent, je ne voudrai pas mourir. Je refuse la mort.  » Je fis :  » fais comme moi, va pas là chez les médecins !  » Elle dit :  » Non, non, faut prévoir, prévenir les failles.  » Bon. Que dire ? Le calme revient. Les actualités du Bureau s’amènent : tant d’horreurs au Proche-Orient ! Alors, eh oui, tout se! relativise et on la ferme, bien contents de vivre ici.
4-
VU aussi hier soir, mon excellent confesseur pour ma  » Biographie  » du Canal D. C’est lui qui jase cette fois face au Charron. George-Hébert Germain, comme le Luc Plamondon, vient d’une famille de 14 enfants ! Cela me confond toujours. Comment faisaient ces mères ? Mystère ! Vu aussi un petit bout de ce  » Warriors, mission impossible « , sérier qui fait bien voir l’ impuissance enrageante de ces soldats de l’ONU qui doivent se changer en! infirmiers, en gardiens stériles quand, autour d’eux, fait rage, tonne, le combat des Serbes envahisseurs haineux, racistes, et des Albanais, des Kosovars déterminés à s’entretuer.
Scènes effroyables de la misère noire et ces jeunes garçons qui observent les carnages et ont des ordres pour ne pas s’interposer. Découvertes horribles de nos enfants en uniformes d’un monde inconnu, constatation qu’ils ne peuvent calmer le jeu, qu’il s ne servent que d’observateur désarmés. Mon Dieu, quel choc pour ces jeunes envoyés venus d’un monde, le nôtre, où la paix règne. Des maladies psychologiques s’ensuivront.
5-
La Pétrowsky ce matin : elle serait journaliste à Nice-Matin si ses parents ne s’étaient pas exilés de Nice pour s’installer au Québec. Nathalie en remercie le ciel ! Un si joli quotidien. Je me suis souvenu, en mai 1980, nous arrivions en France, à Nice, premier séjour. Rue Victor-Hugo, angle Gounod, l’hôtel Napoléon ou Bonaparte, je me souviens mal. Dès ce premier matin en France, avec les croissants, le café crémeux, ce Nice-Matin sur le plateau, la découverte des pages en couleurs ravissantes. La Beauté ! C’était nouveau à cette époque. Pétrowsky voulait surtout parler des proprios d’un paquet de journaux  » Canadians  » dont  » The Gazette  » la fréquente feuille francophobe. Le  » boss « , Asper, père et fils, de Winnipeg, décident que leurs gazettes doivent imprimer régulièrement leurs opinions éditorialistes. Eh ! Scandale chez les reporters. Or, les patrons des nombreux journaux des années 1800, à Paris par exemple, fondaient des quotidiens et des mensuels, pour justement diffuser leurs opinions politiques. Normal, non ? Toutes les nuances ‹de gauche à droite‹ y étaient illustrées. Viendra plus tard, cette presse  » des faits  » seulement, incolore, aux Etats-Unis surtout. Avec des  » billets  » non signés.
6-
C’est le jeu.  » Fondez vos journaux, les mécontents « , dit le riche bonhomme Asper. Eh ! Voilà bien le hic. Pas assez de journaux selon les tendances. Au Québec, par exemple, à part le trop timide Le Devoir, aucun grand journal indépendantiste pour refléter 60 % des nôtres qui votaient  » oui « , en 1995, à l’indépendance du Québec. C’est grave ! Ça n’est pas normal. En France, la gauche à ses haut-parleurs, comme la droite a les siens. Ici, rien. On voit (depuis1995, ça crève les yeux) La Presse publiant presque seulement les  » lettres ouvertes  » des fédéralistes. C’est évident. Vigneault tiens chantait :  » Tu penses qu’on s’en aperçoit pas ?  » Je lis que Télé-Québec songerait à des émissions d’affaires publiques « , la bonne idée. Ainsi contrairement à Radio-Canada, l’on pourrait attaquer la centralisation d’Ottawa sans risquer de faire montrer la porte.
7-
Je rencontre René Ferron (un ex-éditeur à moi), au resto, il a raté un journal -web sur Internet qu’il animait.  » Les gens voulaient pas payer, trichent.  » Il a fermé sa baraque. Il me dit :  » Qu’est-ce qu’on pourrait faire, mon Claude ? .  » Je me dis que ce  » fils de famille bien « , trifluvien, a des sous.  » Écoute René, rencontre donc Jacques Keable, on me dit qu’il souhaite fonder un journal de gauche.  » Mon Ferron aussitôt :  » T’es pas fou. De gauche ? Vois-tu ça, comme au défunt  » Le jour  » d’Yves Michaux, les syndicats à la barre, les pagailles, oh non, non !  » Découragement !
8-
Soudain, des images au cerveau. Celles vues hier au  » portrait  » de Vigneault , ces larmes de déception lors du référendum de mai 1980 au centre Paul-Sauvé. Aile et moi,
avions quitté Nice ‹j’avais été invité à son université pour parler de note littérature ‹ pour l’Italie. Assis à une terrasse de la belle Florence, Plaza del popolo, on ouvre un journal parisien. Bang ! Manchette :  » Le Québec se dit  » non  » à lui-même !  » Le choc !
J’avais, avant de partir, fait, ici et là, quelques  » sermons  » patriotiques aux côtés des Lazure, Jacques-Yvan Morin et le  » père  » de la Loi 101. Nous éclatons en larmes, Aile et moi. Voulant faire venir des cafés, le garçon fit mine de ne pas nous voir, certain, vu le couple braillard, que se déroulait une vilaine chicane d’amoureux. Oh la la !
 » Il n’y a plus de cette merveilleuse ferveur « , disait Raymonde hier soir en revoyant celle des gens du  » oui « . en 1980. Eh! oui !
Parfois, le goût d’acheter des magazines français. Je lis  » L’Express  » et  » Le Nouvel observateur « . Des querelles m’échappent, très hexagonales. Voilà pourquoi je ne lis pas souvent ce revues bien faites. À part  » L’actualité « , qui vogue trop souvent dans les mondanités d’un certain jet set, on n’a rien de tel au Québec, hélas.
Oh, souper ! Déjà ?

Le lundi 17 décembre 2001

On a vu hier, dimanche un monde à l’envers : pas de neige là-haut et en ville de la neige pas mal. La chanson de Ferland : il a neigé à Port au Prince Ça nous fait drôle. Sur l’autre rive du lac, neige artificielle, à gros canons. Bizarre, en promenade, de voir le blanc et le vert. Langues de gazon d’été et, juste à côté, cette neige pour les rares skieurs. Hiver sur commande quoi ! Partout un ciel blanc mat. Et la neige en un va et vient prudent.
Je viens de relire les J.N. d’hier. Que de coquilles, mon doux Dieu ! J’étais pressé, trop. Et mon abonné nouveau , M. Desjardins, a raison : « Est-ce qu’avec l’ordinateur on se laisse aller un peu ?  » Oui. Vrai. Faut plus ! Songer que, l’an prochain, ce journal sera transformé en un livre « corrigé « , ne suffit pas, ceux qui, ici, le lisent  » en primeur  » ont droit à tous les égards. Je me relirai mieux, promis. Le chroniqueur  » web  » de La Presse, Gugleminetti, a fait l’annonce officielle de mon entreprise dans sa page. Merci à lui. Ces  » Journées nettes  » se doivent d’être  » nettes  » de fautes.
L’émission  » Jamais sans mon livre  » cherche ‹courriel de chez Stanké‹ des écrivains qui détestent Noël. J’ai répondu que j’aimais bien fêter. On ne me verra donc pas là. Je connais plein de gens qui, en effet, ont en horreur ces jours de fête organisées, vantées, stimulées par le commerce. Je résiste à cette tendance car je pense aux enfants. Je sais aussi que ces occasions comme forcées n’en restent pas moins que Noël est une occasion de rencontres entre proches. On se verrait moins souvent sans  » la patente  » des fêtes. Ces occasions de fêter en famille combattent la sauvagerie en chacun de nous et même une certaine paresse. Ainsi, nous deux, nous irons  » à la dinde aux atocas « , aux tourtières et à la bûche, à Duvernay, à Noël. Raymonde verra ses deux frères, les compagnes et les enfants grandis. À moins que leur cadet, Claude, un jeune soldat, ne soit encore expédié (comme l’an dernier) au Kosovo ou Dieu sait où ? En inquiétant Afghanistan ?
La tribu des Boucher n’est pas bien populeuse, une dizaine de têtes. Celle des Jasmin, bientôt réunie pour fêter ma quasi-jumelle Marielle, c’est une quinzaine de pies bavardes. Au village, ici, au Jour de l’an, caucus jasminien, nous serons une douzaine et Raymonde déjà s’énerve un tantinet, cherchant une recette sans dinde ! J’imagine mon lectorat, lui aussi, embrigadé dans le rituel annuel. Vivre en pays industrialisé et se plaindre est une faute grave. Montrer une ingratitude inouïe. On n’a qu’à regarder ces orphelins à Kaboul ‹à la télé, hier‹ ou ailleurs pour avoir envie de se la  » farner bin dur « , pas vrai ? J’ai pu voir les sapins chez m,es deux enfants, ce matin, avant de remonter ici, que de cadeaux sous l’arbre décoré ! Nous, moi, tant d’autres de ma génération, avec une seule petite boîte sous le sapin. Pour certains voisins, plus pauvres encore : rien !
Tous en suspects surveillés avec cette Loi C-36. Atmosphère d’octobre 1970, sans les soldats dans nos rues. Invitation aux délateurs. Régime inquiétant désormais. Depuis l’horreur de New-York, pour prévenir toute action néfaste de terrorisme, c’est le bouclage partout, les polices de tous les corps munis de privilèges énormes. Ambiance de suspicion envers tout dissident, toute critique, tout refus. Des comploteurs clandestins sont forcément des gens rusés et la police n’y peut rien. Elle le sait. Alors elle installe C-36, avec appel aux indicateurs du dimanche, qui peuvent être des cons, des fous, des racistes surtout. Le terroriste est  » hors du monde « , hors-la-loi forcément, il vit caché, terré, camouflé. Arafat n’y peut rien, Bush comme Chrétien non plus.
Serge Losique, président  » à vie  » du Festival du film d’ici, voyage sans cesse en avion à la recherche de pellicules fameuses. Il est  » bin tanné  » des transferts. Alors, samedi, (La presse en A-13) sur quatre colonnes il y va d’un plaidoyer vibrant pour que nous installions au plus vite une méga-place-aéroport de classe internationale, une  » plaque tournante  » fabuleuse capable de rivaliser ave Toronto. Potion magique quoi ! À partir d’un problème égoïste notre  » président-à-vie « , Losique, arrive à inventer une urgence nationale. À vos taxes citoyens, monsieur est fatigué des transferts !
J’ai terminé hier midi ce PLATEFORME. Bon. C’est le récit, bien mené, il faut le dire, d’un pauvre petit con. Un sexoliste (ou sexolique comme dans alcoolique ?) qui s’attache (s’amourache ? non, pas vraiment) à Valérie, riche et jeune experte en tourisme, qui est comme lui. Une autre sexoliste.  » Qui se ressemble  » Pas d’amour mais une quête perpétuelle d’occasions de forniquer. Pas de sentiments humains, allons, c’est vieux jeu !
Or, coup de théâtre, deus ex machina étonnant, alors qu’ils se sucent, s’empoignent et s’enculent, à trois ou à quatre, mitraillage subit dans le joli buffet-bar-sauna d’un hôtel-club en Thaïlande. Rafales meurtrières. Bombe pulvérisant ce jet-set déboussolé. Un lac de sang ! Une fin d’histoire mélodramatique subite ! Le héros de  » Plateforme  » y perdra sa catin, sa poupée mécanique, sa gonflable au silicone. Ouvrage de  » nettoyage ethnique  » radical par un commando.
Des islamistes, on le devine. Le Coran a le dos large ces temps-ci.
Bizarre cette conclusion apocalyptique, d’un morale toute judéo-chrétienne au fond, avec ce narrateur pourtant anti-moraliste à tout crin. Le projet  » clubs bordels  » est abandonné aussitôt. Michel va mourir, seul, désespéré davantage, dans ce beau pays asiatique ou, pour quelques dollars ‹un mois du salaire des indigènes‹ on trouvait une jolie fillette, pucelle exilée du nord de la Birmanie, prête à la prostitution avec l’homme blanc, riche, bedonnant, venu de l’ouest développé.
On lit, on lit, comme fasciné par la course de ce dépravé. Le mal est un aimant, il attire immanquablement, on le sait bien depuis la nuit des temps. Le gens heureux (sains, amoureux) n’ont pas d’histoire ‹pas de roman‹  » les bons sentiments font de la mauvaise littérature  » ? C’est de Gide, je crois.
Nous sommes encore allés à  » La Moulerie « , rue Bernard. Chantons :  » Des moules et puis des frittes, des frittes et puis des moules « . Là, rencontre inopinée de la comédienne qui incarnait, durant 80 sketches, ma maman dans mon feuilleton autobiographique  » Boogie woogie  » et son chéri ex-caméraman de la SRC, Claude B. Table à quatre aussitôt, commérages usuels.
En rentrant, télé :  » Campus « , TV 5, où un certain Dantec surgit, tendu, remuant, tout un numéro. On a pu lire, ici, de ses  » attaques  » ‹attaques car il dit qu’il est un guerrier, un kamikaze‹ dans  » Voir « , par exemple. Cet ex-musicien pop, vit au Québec en bonne part puisque :  » oui, j’ai fui l’Europe qui est nulle, qui est finie (mon Dieu, sans Dantec, que va devenir l’Europe ?). Il disait hier soir à Guillaume Durand de ce  » Campus « , que l’Europe est complètement foutue.  » Elle n’existe plus, est  » figée  » condamnée, etc.  » Il dit :
 » L’Amérique, elle, (du nord, centrale, du sud ?) est neuve, pas dégénérée  » Hum ! Il publie  » Laboratoire de catastrophe naturelle « , une sorte de  » journal  » (ah, ah !) où, semble-t-il, sa moulinette à tout broyer ne fait pas de cadeaux.
Le Dantec révolté s’était muni d’une caméscope à écran-couleurs de bon prix et s’enregistrait en discutant ! Narcissisme ? Non, dit-il, c’est en cas de coupures, ou de montage frauduleux.
Durand:  » Qu’en pensez-vous, Josiane ?  » La longue figure triste tressaille :  » C’est un écrivain « . C’est définitif. Le ton irrévocable. Opinion émise avec gravité par  » la  » critique du  » Monde « , les allures d’une pythonisse décrétant  » in et ex-orbi « .
On a envie de rire de ces jeux pseudo-intellos parisiens.  » Campus  » virevolte, semble toujours en retard dans son minutage, s’excite, énerve. Il y a chevauchement des voix ce qui est affreux en télé.
Je m’ennuie de Pivot !
Raymonde et moi on va au dodo les oreilles bourdonnantes, les yeux fatigués. Pas facile à bien décoder cette foire libre pour les Québécois si calmes. Hum !
Ici, arrêt de J.N. .
Il va être 17h. L’heure de filer au  » magasin  » secret.
Retour.
Oui, Je reviens de l’école-des-chefs. Et euh Raymonde me prévient:  » j’espère que tu mets pas sans cesse mon nom dans ton journal.  » Oh ! Oh ! Elle est aux antipodes de ma personnalité : discrète, secrète, pudique. Antienne vieillotte :  » Les contraires s’attirent.  » Aussi, je l’appellerai, au lieu de R., elle. Je mettrai, tiens :  » Aile « . C’est mon ange après tout . On se comprendra?
Donc, Aile m’averti avant d’aller renifler les devoirs-du-jour cuisinés :  » attention, pas de côtelettes, pas d’affaires du genre. Pas de sauce grasse et pas de gâteaux ! « . Bon, bon.
Je suis revenu avec des rognons deux steaks au poivre et un pot de bleuets.  » Aile :  » Ah, ces steaks sont cuits, pas facile à réchauffer sans les sur-cuire.  » Moi ? Penaud.
J’y pense, motivation pour ce journal : cela devenait de plus en plus difficile de faire imprimer mes  » lettres ouvertes  » dans les quotidiens. Ici, j’y vais donc très librement; chez les timides des journaux, il faut y aller mollo, calculer le tir. Vive la liberté du journal. L’ex-réalisateur de Pierre Nadeau, Castonguay, qui me disait :  » Que fais-tu ? J’achète le Devoir pour tes lettres. J’en vois plus souvent !  » A-t-il  » Internet  » au moins ?
Thomas au téléphone :  » Papi ? Merci pour ton cadeau.  » Mon benjamin de petit-fils enrage d’être né un 20 décembre,
mélanges du cadeau d’anniversaire avec celui de Noël. Je lui au mis sur la carte :  » Jésus est né le 25, c’est pas mal, mais toi, plus rapide, tu es né le 20,. Bravo ! C’est formidable !  » Il en rigole.
Entre Noël et le Jour de l’an, invitation, rue Esplanade, à  » banqueter  » chez un nouvel ami, Jean-Guy Sabourin et sa compagne. Sabourin est le directeur et fondateur de  » La Boulangerie « , un dynamique ex-théâtre de poche situé au nord-est du parc Laurier. Le camarade ‹ex-réalisateur‹ (que d’ex dans mon monde) de Raymonde, l’ami Pierre-Jean Cuillèrier nous  » noué  » ave ce Sabourin. Ce dernier joua, aux côtés du grand acteur Cuny, un des missionnaires martyrisés dans un film de l’ONF,  » Le festin des morts « . Il y était parfait ayant des allures de jésuite retors. Les Sabourin ont un chalet dans une île qui nous était inconnue, au large de Dorval. L’été dernier, nous y sommes allés. Un site étonnant, faut s’embarquer sur un bac, où a nature triomphe sans les oxydes de carbone. C’est fermé l’hiver. Sabourin, retraité de l’UQUAM, donne des cours à de jeunes filles émigrantes et mères célibataires ! J’aime entendre ses réflexions sur un monde insolite. C’est un fameux cuisinier, on va se régaler.
En attendant, pour l’amuser, je lui ai  » courriellisé  » un début de pièce ‹en ais-je parlé ?‹ où des gens à court de revenus, acceptent des caméras chez eux, installation d’une télé régionale modeste. Pas eu encore de commentaires.
Oh ! J’allais oublier : le célèbre physicien infirme Stephen Hawkins ‹Einstein de ce temps, dit-on‹ passa en trombe (comme Woody Allen d’ailleurs !) à Campus. Il publie :
 » L’univers comme une coquille de noix « . J’avais tenté de comprendre son  » Histoire du temps « , incapable de tout saisir. Avec lui, pas de tataouinage. Hawkins déclare :  » Danger! Clonage, manipulations génétiques, découvertes pour transformer l’ADN des humains : nous devons surveiller les rapides progrès actuels des ordinateurs, robots, implants, machines dotées d’intelligence. Nous pourrions être dépassés, nous faire éliminer, nous succéder et avantageusement pour les intéressés.  »
Bon Dieu ! Il m’a fait peur. En studio, le  » caporal  » Dantec ricane :  » Moi, j’ai pas peur !  » Comme il est brave, hein, il ne lâchait pas sa caméscope d’un doigt et j’ai songé à film étonnant,  » 15 minutes  » ce film effrayant dont je vous ai parlé et où on voit deux voyageurs fous venus de Prague, leur caméscope. Dantec fou ? B’en
Pas oublier : j’écoutais dans la file pour le  » manger pas cher  » de l’école-des-chefs, que de propos croisés bizarres. L’une jase recettes pour Noël, l’ autre de sa fille exilée sur la Côte-Nord, un maigre chauve déplore les prix en Europe puis raconte le golf à Fort Lauderdale, un petit gros jacasse sur le badminton en hiver puis bifurque sur  » les Jeux  » à Salt Lake city. Oui, que de discours humains variés, je fais mine de lire ma revue mais j’ai pas assez de mes oreilles pour récolter ces échos croisés du monde dans lequel je vis.
Ça sent bon en bas. Temps d’ aller y goûter.

Dimanche 9 décembre 2001 – JOURNÉES NETTES : (début de journal intime intitulé J.N.)

JOURNÉES NETTES : (début de journal intime intitulé J.N.)

[page Web originale]

1- Ça y est! Ça me reprend. L’envie de tenir journal. Pourquoi pas. Pourquoi pas via l’Internet. J’ai aimé cette douce manie jadis (1986-87-88).

Ciel bleu doux. Bleu tendre. Le  » bleu poudre  » de notre enfance. Depuis deux jours, le froid est arrivé. On a cru que le temps doux du début du mois allait durer jusqu’aux Fêtes. Non, Brr! Nous rentrons, Raymonde et moi, de notre promenade quotidienne ‹adieu vélo !‹ dans les alentours du village. Je rédige cette première page d’un nouveau journal, sur ordinateur.
J’y reviens au journal probablement parce que je suis en train de lire celui de Jean Cocteau. Il raconte les années 1939-1945. Les Allemands dans Paris. La vie culturelle qui semble aussi dynamique qu’avant leur défaite totale. Comme dans tout journal j’y glane des passages captivants. Un air de  » collaboration  » maudite y rode. Cocteau, réputation déjà acquise ( » Les enfants terribles « ,  » Les parents terribles « , film :  » Le sang d’un poète « , etc.) , peut vaquer à ses nombreuses activités artistiques en paix. Relative.

2- Hier soir, réunion d’amis à l’Ile des Soeurs et le producteur André Dubois (« Vendôme « ) m’assomme ! Il m’ annonce que notre ruban vidéo où je racontais la vie du peintre québécois Cornélius Krieghoff, ne semble pas intéresser le canal ARTTV.
J’en suis abattu. J’avais préparé un Marc-Aurèle Fortin en guise de deuxième émission. J’étais prêt à retourner en studio à Ville La Salle, devant ses caméras vendômiennes. Eh b’en non ! On lui aurait dit à ce canal ARTV que c’était dépassé le genre professoral (je me voulais simple conteur, vulgarisateur, pourtant !). Foin de l’aspect  » magistral  » ! Bon, bon. Sus à l’animateur qui parle, seul, debout, devant un kodak ! Bon, bon.
Je retraiterai donc davantage.
Tant pis. Je regrette d’avoir parlé de ce projet qui me tenait tant à coeur lors de cette  » Biographie  » diffusée deux fois cette semaine au canal D.  » Ne jamais parler de ses projets « , me disait-on souvent. Vrai !

3- Avant hier, audition d’un orchestre d’écoliers au collège Regina Assumpta, rue Sauriol, à Ahuntsic, où nous avons admiré le trompettiste de la famille, le fils de Marco et de ma fille Éliane, mon cher Gabriel. 96 jeunes musiciens ! Ça sonnait magnifiquement ! Émouvant. On dit tant de mal de la jeunesse. Toute cette jeunesse qui a pratiqué ses pièces, répétitions difficile prises sur le temps des jeux, des sports, des loisirs ordinaires, et, vendredi soir, ce spectacle étonnant. Oui, émouvant.

4- Jeudi soir, à l’Espace Go,  » Le ventriloque « . Un spectacle pas banal. Texte curieux de Larry Tremblay ( » The dragonfly of Chicoutimi « ). Une fille renfermée dans sa chambre., Elle veut rédiger une histoire. Parents monstrueux qui se méfient de son isolement. Apparitions sauvages, fantomatiques. Séance d’un psychanalyste fou (ca classique). Bref, une soirée hors de l’ordinaire. Freud fait ses ravages. Avec ce Tremblay du Saguenay on est très loin du réalisme de Michel Tremblay. Autre génération. Aucune allusion géographique. Cette fille plutôt bafouée, au bord de la crise de nerfs, vit une sorte de cauchemar existentiel. Elle n’existe pas par rapport aux réalités québécoises. Ce texte pourrait se dérouler n’importe où, dans n’importe quelle langue.

5- Ces jeunes nouveaux auteurs, pas tous, écrivent sur des thèmes indifférents à  » ici maintenant « .  » Le ventriloque  » dont la poupée en cache d’autres, illustre bien que désormais  » peu importe le pays « , toute jeune âme a de lourds comptes à régler.
Comme il le dit dans le programme, Larry Tremblay, on peut fort bien y trouver un questionnement pas vraiment débarrassé de notre problème d’identification nationale. Vrai.
À la fin de la représentation, causerie  » ad lib  » dans la salle. Quand j’ai dit qu’un tel spectacle devrait être montré au grand public, Poissant, son brillant metteur en scène m’a répondu :  » Oui, c’est vrai. Il y a maintenant le canal ARTV.  » Je ne savais que le surlendemain Dubois m’annoncerait qu’ARTV ne semble pas intéressé à notre projet du  » conteur  » de l’histoire de l’art d’ici. Zut !

6- Par ma fenêtre, je vois qu’une partie du lac Rond est en train de virer en glace. L’hiver pour de longs mois s’amène ! Ne pas m’énerver. Je n’ai pas vu passer ni le printemps, ni l’été, ni l’automne!Alors l’hiver, lui aussi va filer à la belle épouvante. Et ce sera de nouveau le printemps adoré qui filera lui aussi. Le temps ! Dès 1995, ma station de radio, CJMS, fermant et Raymonde retraitant de son job de réalisatrice, devenu donc plus libre que jamais, je croyais avoir le temps de voir passer le temps, enfin. Faux ! Il file plis vite que jamais. Bizarre, non ?
Ferrat chantait :  » On ne voit pas le temps passer « , je découvre une vérité tangible maintenant . Je n’aime pas cela. L’impression de me faire voler. Je me dépêche donc, pas si vite, de terminer ce petit livre (100 pages ?) commandé par Victor-Lévy Beaulieu pour sa collection  » Écrire « . Chaque auteur invité doit y mettre un sous-titre à son  » Écrire « . J’ai mis pour provoquer et pas vraiment pour provoquer :  » Pour l’argent et la gloire. » Pas vraiment pour choquer car, jeune, je m’imaginais devenir un jour célèbre et riche. Je prévoyais faire construire un domaine, un château, pour les miens ‹gens si modestes. Pour les venger de leur existence pauvre. Ce beau château de mes songes creux ne s’est pas construit. Pas du tout. Mercredi dernier, j’ai pondu un chapitre de ce futur petit livre ( » Écrire « ) où je me suis peint en châtelain non advenu qui lutte pour être dans la réalité. Je veux mettre tout de suite cet extrait sur ce site Internet que m’a installé Marco, mon gendre. C’est onirique dans un long texte beaucoup plus réaliste.

Je sens que j’aimerai tenir ce journal. Je retrouve le plaisir d’être  » diariste », de noter des éphémérides, comme pour mes livres  » Pour ne rien vous cacher  » ou  » Pour tout vous dire « .
Vive le journal !


Pour en finir avec le bon parler français !

Les pincés et les p’tits moéneaux !À un ancien  » Salon du livre « , j’avais grondé feu Georges Dor qui publiait des pamphlets sur notre mauvais français. Je lui avais reproché, scripteur destiné à se servir de tous les niveaux de langage, de s’être métamorphosé en surveillant de dortoir, le chicanant :  » Ça n’est pas notre job, Georges, laisse ça aux linguistes « . Je lui avais dit en riant :  » Je n’aurais jamais cru que tu prendrais le parti des chics Pinson, face aux modestes Moineau ! « , allusion à son téléroman populiste. Algarade amicale donc au kiosque de notre éditeur.

Paraphrasant Albert Camus, j’affirme :  » Entre la langue de ma mère et le français standard, je choisirai toujours la langue de ma mère « .

Lecteurs, en avez-vous assez des  » donneurs de leçons  » du genre Denise Bombardier et allii ? Sans cesse, l’apprenti puriste —ignorant les conclusions de la science linguistique— dénonce seulement les effets en oubliant ces causes.

Nos déficiences langagières ont des origines très explicables, historiques. Il faut éviter les faciles et magistrales admonestations qui se résument à :  » Faisons honte à ce peuple de nègres blancs « . Les dénonciateurs de nos travers langagiers restent le nez collé aux effets. Il serait autrement courageux d’étudier  » la condition québécoise « , des débuts de la colonisation à aujourd’hui, un manque de mémoire ou ignorance feinte ?

L’épurateur du patoisant, sa chasse aux fautes, lui est une obsession. Il fait mine d’oublier et d’où nous venons et où nous en sommes. Il y eut 1760. La tragique  » défaite « (abandonnons ce mot de « conquête »). Après la défaite de la démocratie, 1837, ce sera cent ans de couvercle —à religiosités et piéticailleries— sur la marmite. 1840-1940. 1940 : début du réveil, très timidement.

Enfin, Il y a l’histoire actuelle : 1970-2004 : l’installation d’un impérialisme culturelle anglo-américain, tout puissant, mondial. Cette culture pop —films, télévision, chansons— donne un signal aux jeunesses : le français ne compte pas ! De là l’indifférence à la santé (la qualité est une santé) du français. Cette renversante vague états-unienne s’appuie sur un  » axe « , réseau universel Grande-Bretagne, Irlande, Australie, Canada (hors-Québec) Nouvelle-Zélande. Et encore, par parenté lointaine, cet axe peut compter (diffusion comme promotion) sur des pays anglophiles : agglomération planétaire « sous influence » : Allemagne, Autriche, Suisse alémanique, Belgique flamande, Hollande, voire des pays scandinaves. Désormais l’Afrique, voire ce qui se dessine au Rwanda.

Alors les effarouchés de notre  » louzy french  » (mot de Trudeau) oublient que cette titanesque machine rugit juste à nos frontières, étant notre voisine immédiate. Des nations autrement solides que la nôtre, Italie, France, Espagne, Grèce, Portugal, en sont déstabilisées. Et nous, tout petit satellite en ce proche orbite du matamore culturel, on nous voudrait avec un français exemplaire ? Il nous faudrait des milliards (d’argents publics) pour contrer cette omniprésence.

Qui est fier de mal parler ?

Tout le monde est pour la vertu, chère  » enfant de l’eau bénite « . Nos gens ne font pas d’efforts particuliers pour mal parler. Tout de même ! Les grands  » coups de règle  » sur les doigts —« Ô Denise, toi, transformée en vieille maîtresse d’école acariâtre ? »— n’aident en rien à solutionner un vaste problème. « Ta mé é-tu là » est une pauvre manière de parler. Le  » joual  » n’est pas une invention née d’une volonté libre. Allons, qui est fier d’avoir du mal parler, du mal écrire ? Cet acharnement à dépeindre les nôtres comme de fieffés paresseux est une injustice. Quel mépris du peuple d’ici !

Ces temps-ci, la corrida des instruits cible tout le monde : A- les maudits profs, tous décrits en abrutis inconscients, B- les maudits fonctionnaires du ministère de l’éducation, tous des aveugles impotents C- les misérables parents, tous des irresponsables, D- les voisins, les amis de la rue, tous des abrutis vicieux, E- bien entendu, les vastes lots d’élèves : tous des maudits paresseux. Bref : hordes de comploteurs ignares et sordides, entretenant complaisamment nos faiblesses en français ! Attitude de paranoïaques, non ?

À quoi sert ce fléau brandi pour culpabiliser le monde ? À intimider ? À contrôler les permis d’ouvrir  » sa trappe  » ? Dans ma jeunesse, on faisait taire parents, voisins et amis, en terrorisant par des  » campagnes publicitaires  » arrogantes. Nous traduisions par : » Fermez tous vos clapets ! Taisez-vous ! Vous nous faites honte !  » Ce silence complet était propice aux grandes noirceurs. Veut-on faire revenir le temps de la peur collective de nous exprimer ?

Ces parangons du  » bon parler  » semblent avoir pour but d’humilier les victimes de contextes historiques précis. Ces censeurs hautains reprocheront même à certains auteurs d’oser donner la parole aux pauvres, à ceux qui n’ont pas eu la chance d’apprendre à « bien perler ». Ce Tremblay, dramaturge, une honte ! Le poète Michel Garneau traduisant Shakespeare en joual, quelle honte n’est-ce pas ? Lisez les jeunes romanciers : intimidés, nos talents nous fuient avec des ouvrage —exotiques ou classiques— ne nous illustrant plus ( les Lepage et Cie.), plein de « jeunes » romans remplis de prénoms bizarres et se déroulent ailleurs ! Jeunes créateurs honteux de leur pays fustigé trop longtemps. Est né la mode actuelle, en théâtre comme en littérature, du déracinement volontaire. Déplorable et malsaine mutilation.

La langue des émotions : le joual ?

La plupart de nos grands-pères, nos pères, parlaient mal. Je parle souvent dans la langue de mon père qui ne parlait pas très bien. Cette  » langue maternelle  » imparfaite, boiteuse, est ma langue. Je n’en suis pas fier mais je ne la renierai jamais. Elle fait partie de mon humble héritage et je n’en ai nulle honte. Ce patois, ce jargon, ce créole nordique, nommez cela comme vous voudrez, véhicule, et très efficacement, émotions, sentiments. Les Québécois utilisent instinctivement le joual quand ils veulent exprimer de grandes colères, de fortes surprises, de grands bonheurs, on le sait bien.

Même les  » anciens  » pauvres, les chanceux du sort qui ont pu s’instruire —séjourner en France— vont recourir à cette  » langue maternelle  » au français magané, puni (Vigneault dixit). Elle fait partie de notre peau. Quelques apatrides volontaires renient ce fait. La majorité des gens d’ici n’a pas eu la chance d’aller étudier la bonne diction française chez la célèbre Madame Audet. Je regrette, bien entendu, nos moqueries effrontées face aux filles et garçons chanceux, protégés par des mamans soucieuses, qui articulaient. Il y avait dans notre bande de Villeray, « chez toi, Denise », ce grégarisme malsain, pétri de méfiance. Il illustrait, au fond, notre fragilité, notre insécurité nationale.

Paris, grande métropole de la francophonie ne fit rien, jadis, pour améliorer notre situation. France, dédaigneuse —sans solidarité aucune pour les abandonnés de 1763— installait ici ses chics ghettos, « Alliance française» et « Union française »  » —comme en Afrique, en Indochine. Paris installait ses écoles du type  » Villa Maria  » sur Queen-Mary road,  » my dear  » et ses collèges de modèle  » Stanislas « , à Outremont,  » très chère  » ! La néo-colonie française ne souhaitait pas mélanger ses élus avec ces Canayens-frança à la parlure d’aliénés pathétiques. Même mépris répandu par l’exilé londonnien, Modecaï Richler, petit gars pauvre et doué, né pourtant rue Saint-Urbain, Même racisme, surprenant quand il provenait de ceux qui nous devaient un peu de solidarité, les Français de France.

De rock et de rap !

J’en ai  » ras-le-bol « , comme dit Paris, d’entendre râler tous ces snobs, ex-quêteux-à-cheval. Les Chartrand, Falardeau ou professeur Lauzon, ont souvent recours à cette langue infirme car elle est, à l’occasion, riche en tournures fracassantes, en cocasses expressions Elle est parfois indispensable —munie de jurons— pour transmettre efficacement des vérités décapantes. Chaque fois, cela énerve considérablement nos « nettoyeurs dégraisseurs » en langue, ces autoproclamés en expressions correctes. Ils geignent, exigeraient des patentes, licences, permis… d’utiliser la langue. La populaire, qui n’est n’est pas aux dictionnaires parisiens, c’est merde. À bas, ces tabous, ces interdictions d’inventer, « de néologiser ».

Pendant ce temps, la popularité de l’empire états-unien et ses associés —j’y reviens— est dévastatrice. Vive le  » joual amerloque. Écoutez jacasser nos adolescents, écoutez bien, c’est le calque ( anglais médiocre) de cet  » autre joual « , la mode de vivre USA, publicisés sans cesse à travers les trois écrans —cinémas, télés, ordinateurs— de la planète. Cette anglo-américanisation a beaucoup à voir avec les difficultés en français. Que l’on n’aille pas m’imaginer en anti-américain primaire. Ils sont 280 millions et je reconnais volontiers que ce pachyderme glouton offre parfois de valables productions —livres, musique, ciné, télé. Il est très capable d’engendrer de la qualité, à l’occasion. Des productions culturelles consistantes. Mais il est seul dans le monde entier avec tant de moyens. De plus il reste absolument hermétique aux  » merveilles  » des autres nations.

Son isolement voulu, encouragé, sa lutte contre les « exceptions », le cloisonnement usa, sa totale fermeture, son constant refus des « autres cultures », est une tare reconnue. Cela montre l’autosuffisance d’un empire riche si pas toujours quétaine. Hélas caricaturé parfois par des envieux. Il y a que cet impérialisme séducteur ravage et nivelle. C’est dans la nature d’un empire. On ne peut reprocher au géant d’être pesant, d’y aller fort. Il n’existe pas pour casser les autres cultures mais il ne se retient pas pour causer des dommages. Il va selon sa puissance qui croît sans cesse. L’éléphant enrage s’il y a la moindre, résistance ou protectionnisme.

C’est le destin d’un moloch, il s’installe de Rome à Amsterdam, en passant par Paris et Berlin, de Moscou (depuis janvier 1990) et bientôt de Pékin à Saïgon. Un rouleau compresseur, un indomptable bulldozer. On affirme que son influence est beaucoup plus grande toutes proportions gardées— que celle de l’empire romain du temps des Césars. Un fait unique dans l’histoire des civilisations.

« Bon chien va » !

Ce 2 % de french-speaking, leur voisin d’en haut, n’a donc guère d’importance pour Moloch-USA ! Quelques lignes de français sur la boîte de céréales ne changeront rien à sa superbe, ma pauvre Denise. Il nous reste à quémander un peu d’espace. Ce sera des « Québec à New-York ». Avec notre argent public. « Bon chien, va, couche, couche » ! C’est cet influent, et séduisant Royaume du sud qui entraîne notre négligence, notre laisser-aller, une sorte d’auto-dévalorisation. Le colonisé québécois (comme celui de Paris) ne voit luire que l’herbe-aux-engrais puissants du riche multivore, a honte de son jardin, va vite s’américaniser, if I can’t beat him, I’ll join him. Jadis, c’était la domination anglo-montréaliste installée sur notre pauvreté collective et en découlait notre manque d’instruction accompagné du fatal sentiment d’infériorisation. Effet ? La venue de notre charabia. Ceux qui ont mon âge virent s’avancer l’inévitable contingent d’effarouchés, type Victor Barbeau, avec pimbêches apolitiques, superbes instruits myopes. Au lieu de s’en prendre à nos dominateurs, ils se ruèrent aux fouets :  » Honte à vous tous !  » Et actuellement : même aveuglement.

Jadis, ce fut le silence partout. Oh ! nos pauvres pères mutiques. Le Québécois sans cesse morigéné, insulté, bafoué, humilié par nos zautorités, ferma sa trappe, son clapet, rentra dans sa houache. Le cléricalisme ultramontain, strap dans la main, de mèche avec le duplessisme à strap ultra conservateur, s’incrustèrent. Il faudra attendre l’aube de la révolte salutaire « Refus global », « Liberté », « Parti-Pris », de rares alliés, profs courageux, radio-canadiens anti-cus-de-poule— pour rouvrir les vannes et raviver la liberté populaire. Nous proclamions alors : « Exprimez-vous bien ou mal, mais parlez. Nous nous corrigerons plus tard ». Vrai que nous ne nous sommes pas corrigés, qu’il y eut excès de laxisme. Inévitable quand la marmite saute !

Maintenant, il y a ces causes nouvelles auxquelles je viens de faire allusion. Les changer ? Moins facile qu’humilier sans cesse ceux qui n’ont pas eu la chance de s’instruire. Notre étonnante langue maternelle n’est pas en cause. Après tout, des monologuistes (Deschamps), des chanteurs (Charlebois), des poètes ( les émouvants  » Cantouques  » de Gérard Godin) —et qui encore ?— ont illustré ses ressources. Il était faux de répéter que le  » créole québécois  » faisait écran pour les autres francophones. Tremblay le joualeur sera joué partout ! C’était mieux que ce  » slang états-unien  » qui s’impose, lui, partout. Parce qu’ils sont riches, puissants et nombreux, répond l’observateur le moins sagace. Quoi ? Parce que nous sommes peu nombreux et sans grande puissance, notre patois ne vaut rien ?

Nous sommes un miracle !

L’a-t-on assez répété que c’était un miracle —un miracle sociologique— de parler encore français (même mal) en Amérique du nord ? Avec 300 millions d’anglophones tout autour, des Jebwab et Al, tremblent —et sans rire— osent affirmer qu’ils craignent, ici, pour la survie de l’anglais ! Oui, oui, ce fut publié dans nos gazettes. L’anglais pourrait crever ! De qui diable se moquent-ils ? Nous devrions normalement tous parler  » états-unien « , au Québec, c’est arrivé souvent, un peu partout, dans l’histoire du monde cette inévitable assimilation. Des faiblards sont disposés à rendre les armes et, e français, veulent le choix libre, pur envoyer leurs petits aux écoles anglaises ! Pourtant, plein de visiteurs étrangers n’en reviennent pas et le disent : ce Québec français, un miracle ! C’est la vérité. Cela avec notre français bousculé, froissé, blessé, bosselé, fracassé, certes. Avec des bleus un peu partout ! J’écoute parler de mes proches qui sont allés à l’université, de mes petits-enfants qui vont, ou iront, à l’université et les fautes pleuvent. Ils n’ont pas —pas tellement mieux que nous— réussi à maîtriser le français correct. Futiles ces coups de  » strappe  » dans les paumes. Les fameux  » si j’aurais » du Président Larose, moqués par madame Bombardier, ceux de ma parenté (et les miens aussi souvent) sont l’effet des causes. Causes à inventorier et mieux que j’ai tenté de le faire ici, messieurs les puristes énervés. Faire honte sans cesse à nos gens ne donnera rien, arrêtons de fustiger les profs qui sont aux prises avec ces terrifiants appâts de la mondialisation sauce USA et alliés.

Je sais qu’en ce moment des papas luttent contre une invasion difficile à contenir : jeux vidéo jeux-internet, made in USA, arcades in english, machines nintendo, disques (CD, DVD), rock and rap, succès des palmarès, etc. J’en connais intimement de ces valeureux pères de famille qui savent exactement de quoi je parle, qui se débattent contre l’hydre séductrice.

Ils savent bien que les profs font face au même rival. Terrifiant concurrent « sans tableau ni craie, lui » mais muni de lumières clignotantes, de violents bruitages, de pétarades, d’effets virtuels dynamiques, avec brillantes et clignotantes bulles gonflées de cris aux mots « all-american ». Fichez la paix aux enseignants : la classe d’école ne pète pas le feu cinétique bien-aimé des jeunesses.

Un combat plus utile

Laissons donc en paix ceux qui émettent des « si j’aurais ». Dénonçons au plus tôt les mercenaires, pas toujours bénévoles. Ces serviles et inconscientes courroies de transmission des productions amerloques, à pleins écrans de nos télés, à pleines pages de nos magazines et journaux. Ces dociles reporters, obéissants publicistes, stipendiés souvent via les junkets, louangeurs effrénés de cet envahissement culturel servent volontiers Molloch. Riche comme Crésus, Mastodonte-USA achètera de toute façon les espaces-annonces, garnira nos placards et n’a nul besoin de nos indigènes mercenaires. Les produits-USA sont commentés avec une zélée ponctualité et cela activent la mocheté linguistique des nôtres. Tus ces interviewers complaisants creusent le trou notre défaite. Ils participent tous à la surenchère de cette invasion planétaire. De l’actuelle culture totalitariste soft.

Adieu diversité et bonjour libre échangisme du ONE WAY. Ces agenouillements réduisent sans cesse le français, ici comme en France. On finira par ramener le français à un petit lexique à parfums, à foie gras, à fromages fins. Plus rien à voir avec les « Dites ceci, ne dites pas cela », utiles sans doute. Un jour si on continue ce laisser faire, il n’y aura plus qu’une « Dictée française », ce sera au canal RARETÉS, payant. Un jeu de scrabble avec maigres sachets de lettres à assembler, un jeu faits d’onomatopées et de borborygmes. La langue « menum-menum » —des ados— sera pour tout le monde. Examinons, bien compris ?, les causes et corrigeons-les, fichons la paix à ceux qui subissent les effets, sinon, on balbutiera trop tard : « Si j’ara su —rock-rap-télé-ciné made in USA— je les ara combattu ».

Il sera trop tard. En ce temps-là, le joual semblera un langage de marquis !

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