Le dimanche Ier décembre 2002

1-
Quoi? Déjà ? Décembre débute. Me reste donc huit journées nettes à noter sur calepin. Trois ou quatre entrées finales. Le 8 j’écrirai : « youpi, je l’ai fait. Toute une années (365 jours de notations) de journal ». Content de moi.
Après ce sera « Poing… », un hebdo d’un autre genre, je le veux, que je veux plus « poignant »(?), plus « poing » brandi. Plus minimaliste aussi. Fini de m’étendre en considérations diverses sur…l’État du Monde. Un journal elliptique. Recouvrer de la liberté. Je ne noterai plus rien. Ce sera ce qui submergera vraiment. Juste la mémoire. Me débarrasser des éphémérides vains quoi. Un poing pour faire le point sur on existence une seule fois la semaine. Un « poing net » de coq à l’âne multiple. Y arriverais-je ? Je verrai bien.
Aile a lu hier soir, avant de venir me retrouver dans notre vaste couchette —lit king-chose—, mon essai —le premier chapitre de mon « Exilé ». (Devrais-je le « soumettre » sur le site, Marco ?). Ses questions : 1- « Ça se passe où au juste, on sait pas. 2- Ça se passe quand, on sait pas trop. 3- Ce jeune missionnaire refusant la femme offerte, est-ce plausible de nos jours ? 4- Ces villageois, des sauvages, des vrais primitif ou quoi ? Ce maire guettant un site à touristes semble moderne, non » ?
Je dis : « Oui, je vais y penser ». Mais… bigre, je tente justement (me défaire de l’ancien romancier réaliste) de jouer la carte de l’ambiguïté. Situer mon histoire (que je ne connais pas encore, que je raconte au fond) sans un espace géographique précis, sans temps trop défini, dans un monde exotique pour mon jeune héros. Un seul pan, flou, parler de quête spirituelle. Mon « petit prince » est un jeune adulte. Il sera aux prises entre sa foi religieuse et un monde réel. Je souhaite arriver à le confronter : l’exil —fuite, cachette, abri anti-monde— qu’il s’est imaginé sera une très difficile aventure intérieure. J’ai peur. C’est correct, souhaitable. Sans cette frayeur —risquer un échec— devant le projet, aucun intérêt de poursuivre ma chimère. J’aime mon défi. J’ai tout décembre —tout janvier aussi ?— pour triompher (?), écrire sur un thème impopulaire, sur un sujet hors-mode. Ce serait mon premier roman…philosophique. Non, pas ce mot. Simplement un roman différent de tout ce que j’ai fait jadis. Vouloir une mue. En avoir besoin. M’imaginer, bien entendu, une métamorphose complète. J’ai très peur. C’est excitant. Aurais-je la volonté de tenir bon. Le terminer coûte que coûte ce récit sur… les valeurs.
Il y a qu’avec le journal, j’ai pris conscience du temps qui fuit, de mon âge. Il me reste bien peu de temps maintenant. Ne plus publier des histoires ordinaires. Ambition ? Estimation de soi inflationniste ? Ça se peut. J’ai bien le droit de croire que je peux laisser un ouvrage qui aurait du sens. Qui aurait le pouvoir de faire réfléchir. Je ressens le besoin d’écrire —ce qui me tenaille depuis si longtemps au fond et qui est la question essentielle : ne pas être au monde en vain. Laisser une trace une bonne fois qui en vaut la peine. Pour ceux qui viennent ? Oui. Par exemple, entre autres, pour mes petits-fils que je vois s’en aller vers ces réalités folichonne qui nous submergent ici, en Occident-le-repu.
Assez, le faire maintenant, continuer à trouver l’énergie —le goût, l’envie, le désir, oh le désir !, de poursuivre. J’ai peur. J’aime ça. Croisons les doigts. Que les dieux de l’inspiration collaborent !
2-
Aile a loué « Atanarjuat ». Premier film d’un Inuit, tourné dans sa patrie arctique. Étonnant récit. Nous qui sommes fasciné par ces austères paysages du Grand nord, servis ! C’est le monde « esquimau » de nos enfances. Ça se déroule certainement au temps d’avant les motoneiges, les moteurs « Evinrude », les maisons préfabriquées d’aujourd’hui là-haut. Tribus sauvages, petits clans à querelles, primitifs vêtus de peaux, recul au temps des cavernes (igloos). Un univers d’hommes préhistoriques qui survivaient, il y a 50 ans, loin au-dessus de nos modernes terrains organisés. Un film —malgré des longueurs, tout va si lentement entre glaces et neiges— épatant. L’hiver, si long là-haut, sans repères, sans horizon aucun (vues effarantes) quand le ciel se confond avec cette toundra blanchie.
Me suis vu hier soir à « Tablo », canal Artv. Pas fameux mon bref segment. N’en reviens pas encore :tant d’heures avec caméra et huit petites minutes pour l’écran. Généreuse, l’amie Françoise (Faucher) me téléphone ses louanges. « Votre plume à l’encre, Claude, si vive, si décidée, oh, bravo » ! Leur choix de peintres, des « pros », formidable dans cette série rare. Hier encore. Découverte sans cesse de talents inconnus de moi, très forts. Pour cela :vive la série « Tablo » !
3-
Article insolite dans cahier-culturel de La Presse, sur un bizarre d’Étatsunien, exilé, devenu prof à l’université de Chicoutimi, R. Dole. Jeune, il fut interné (en 1960) en hôpital psychiatrique pour… homosexualité ! Étudiant à Harvard, « sioupla », où il se déniche un père spirituel, le théologien protestant allemand, Paul Tillich, « un Sartre » dit-il à Suzanne Giguère. Secoué jeune par les révélations des camps nazis et « pour fuir les images de la guerre au Vietnam » ce bizarre futur « chicoutimien », Robert Dole, s’exile…Où ?, en Allemagne ! Curieux non ? Il y trouve le bonheur complet, dit-il ! Bon. Il y enseignera. Germanophile total. Il publie « Mon Allemagne » ces jours-ci, un mince 115 pages, chez Leméac éditeur. Le fameux Stephan Zweig, deuxième père spirituel, l’aide à passer « au delà- des ténèbres nazis » ! Très curieux cheminement intellectuel !
Pour Dole, il semble se réconcilier avec cette Allemagne (qui l’avait tant choqué jeune) via sa culture. Comme si les célèbres littérateurs (et philosophes et musiciens) allemands pouvaient occulter le nazisme allemand ? Cela fait songer aux défenseurs d’un Israël « naziste » en recourrant à la fabuleuse pensée biblique (Thora) ! Non mais… e qui est déroutant c’est bien justement de constater qu’une culture « hénaurme » n’a pas empêché un peuple de sombrer dans le fascisme odieux le plus horrible jamais vu sur terre. Inquiétant non ? Une culture riche, universellement reconnue, ne protège absolument pas des pires dérives nationales ? Une idée accablante, c’est certain.
Dole s’avoue volontiers schizophrénique. Quel prof ! On songe au film « A beautiful mind ». Il lit la Bible tous les jours, dit-il. On se demande comment il s’arrange avec les condamnations incessantes des affreux sodomites ! Sa foi ? C’est « une consolation » dit-il, la religion. Aïe ! Voilà un rapetissement étonnant sur la foi. Dole vante le pacifisme sur-actif des Allemands mais quoi ?, est-ce pour eux, là-bas, une compensation ( les remords ?) pour les horreurs innommables commises par leurs pères ou grands-pères ? On est en droit de nous questionner sur ce vif amour « allemand » pour la paix. Écrire m’sieur Dole ? « Une thérapie » dit-il, ça prouve que je suis sin d’esprit ». Oh Seigneur , non ! On connaît, tous, des écrivains à l’esprit énormément tordu, complètement déboussolé. Un sacré prof, je vous jure.
4-
J’avais aimé illustré (chez Guérin éditeur) un livre du prof Réginald Hamel sur Alexandre Dumas…Le grand Alexandre, que l’on vient d’installer en grandes pompes au Panthéon des grands hommes à Paris, et cela avec un faste jamais vu —défilé, fanfares, spectacles de rue— dans aucun autre pays du monde. J’aime la France pour cela aussi. Hamel —qui se promenait un temps à bord d’une grosse moto, fortement cylindré, était un diable d’homme : il colligeait tout, vraiment tout, sur nos écrits québécois pour ses archives dans la haute tour de son université sur le mont Royal. Le voilà invité parmi les connoisseurs en « mousquetairies » à Paris. Honneur mérité car Hamel sait tout sur ce petit-fils de nègre-esclave en Dominique. On ne sait pas assez qu’il y a —dans nos murs— des Québécois très savants et cela dans mille domaines.
Grave bémol de Martel pour le récent roman de Bourguignon et…toc : trois étoiles ! Dany Laferrière s’étonne ce matin —propos étonnants sur théâtre etc.— de ces étoiles (comme à la petite école) pour les livres. Il a bien raison. C’est puéril. Comme il s’étonne des « coups de cœur » qu’une chaîne de librairies plaque sur de tas de bouquins. Les livres comme des jambons avec étiquettes : « quality one » ! Des bémols pas moins fréquents pour le film « Séraphin ». Le jeune historien Champagne (brillant à Historia) chez Le Bigot ce matin. Il raconte Grignon : né et mort ici à Sainte-Adèle (il y fut maire), à quatre portes de chez nous, jeune décrocheur du collège Saint-Laurent, reporter un peu partout dont à « L’Avenir du Nord, puis pamphlétaire, un jour à gauche, plus souvent à droite, admirateur du réactionnaire Léon Daudet (fils indigne du merveilleux Alphonse). En 1933, le roman de son Alceste-Arnolphe-Avare (moliéresque tragique). Six ans plus tard, hélas, débute l’exploration et l’exploitation —il faut le dire— de son Séraphin qui n’avait rien d’un séraphin.
Champagne n’a rien dit du terrible papa de Grignon, médecin changé en dur agent immobilier, rapace (ma-t-on dit), âpre aux gains des spéculations douteuses. Contentieux grave de ce père « avaricieux » (?) qui eut le tort de se remarier. Il y eut même une petite maison construite (on peut la voir , rénovée, peinte en bleue derrière la fleuriste Hudon (ex-logis du père honni) derrière le vaste logis paternel où vivait la belle-mère haïe. Un tunnel-tambour (on en voit les traces) permettait les visites aux garçons rebelles ! L’auteur, devenu célèbre, gommait cette histoire. Freud —et Malraux— parlèrent du « devoir tuer le père ». Classique. Eh oui ! Je tuais le mien (ultramontain) en affichant mes convictions anticléricales, socialistes et séparatistes. Pour qu’il s’étrangle, je piétinais volontiers ses dieux : le pape, Duplessis, Salazar, Olivera, Franco. Devenu adulte, je comprenais ses peurs, son hérédité et je fis la paix avec lui.
5-
Le Marsolais « bon chien » chez « Power-Gesca-La Presse », parle de « redites » lisant « le tome 2 » de Normand Lester sur le Canada bien noir. Écorcher l’encombrant messager. Nuire au divulgateur : nos anglos en nettoyeur ethniques « coast to coast ! Dans l’Ouest, revêtus des sordides soutanes du KKK, orangistes enragés, haine viscérale des émigrants et des Canayens-français-cathos, des Chinois surtout, cela jusqu’au bout de l’Est (Newfoundland) où ils génocident radicalement les Amérindiens du lieu. Je suis toujours dans son tome un, je déguste. Ça ne cesse pas ces révélations sur « l’autre nation » montré avec documentation précise en racistes vraiment haineux. Ça renverse les propos répandus depuis si longtemps faisant de nous des fascistes indécrottables. Lecture indispensable pas pour moi le converti, pour nos endormis qui « dorment au gaz », oh oui, à offrir en cadeau aux nôtres, durablement complices fédérats ignares.
Aile me racontait hier un Guy A. Lepage plutôt incohérent en face de Martineau (magnéto). Il a donné en exemple les Américains « si solidaires entre eux malgré les dissidence occasionnelles ». Il aurait dit : « Il faut mieux nous tenir ici ». Ajoutant : « je veux pas forcer nos anglos —et émigrants— au français, juste qu’ils soient solidaires comme les Américains, qu’ils se proclament des Québécois, avec nous ». Non mais… Justement, aux USA :une seule langue. Pas ici, pauvre tit-Guy. C’est le lien essentiel qui manque exactement. Tout est là. Tout est dit. Il y a deux nations et ceux qui se campent « hors français » se diront toujours des Canadians ! Point final. Sacré Lepage !
Lepage a vanté « sa totale liberté » comme scripteur-concepteur à Radio-Canada. Oui, sur le plan social, on sait qu’il n’y a plus aucune sorte de censure, hélas, dans du spectacle qui entre chez les gens. Que mon cher Tit-Guy tente de noircir Ottawa, le fédéralisme, par un de ses deux personnages dans un de ses sketches, il va voir sévir Dame Censure et vite en p’tit Jésus… pas de plâtre, d’acier. L’innocent !
Avec mon « Exilé », si publié, serais-je un des invités au prestigieux quinzième Salon du livre de Guadalajara au Mexique l’an prochain ? Ce sera notre tour. Les écrivains cubains y sont à l’honneur ces jours-ci. Leur année de fête. Délicate opération. Il y a les auteurs interdits, exilés, en prison. Eh la la ! Oh ! La diplomatie se fait aller. On marche sur des œufs. Comique spectacle habituel. Connu. Langues de bois à l’ouvrage. Le Pen Club —Émile Martel (père ou oncle du Yann anglaisé ?) préside pour Québec-Canada— y est avec un « silencieux » pratique. Je ris de voir cette gymnastique foireuse aux Foires internationales de tout acabit.
6-
Le cinéaste gueulard —« on est tous des lâches et de mous, des endormis »— Falardeau lira sans doute l’Odile-devoiresque de samedi dernier: « Falardeau gueule contre « une population de « piscines à ph » et de « Reers » à protéger. Mais lui ? Il fait des piastres en masse avec ses pénibles films sauce « Elvis Gratton ». Ça va rétorquer je pense, gagez-vous ?
Le gras producteur Guy Cloutier surveillerait les invités de sa fifille Véronik à la série pop « La fureur ». Radio-Can co-diffuse avec la radio CKOI, furieux —en fureur ?— Cloutier aurait rayé d la liste d’invités faite un humoriste qui a osé quitter CKOI pour CKMF. Dehors ! Hon ! Questionnée Brigitte Lemonde, patronne à la SRC : « nous, on se mêle pas des listes d’invités, souvent changées, pour cette « Fureur ». Des Pilate-au-lavabo. Sans cesse.
Déchiquetage total du Denis Marteau théâtreux dans La Presse. À l’Usine C : « on dort » ! Le titre du Marleau : « Quelqu’un va-t-il venir »? de Jon Fosse. Titre de la descente en flammes : « Quelqu’un va-t-y y aller » ? Oyioille ! Juste pour cette année, Il y a 36 nouveaux textes québécois offerts rue Saint-Urbain, au CEAD. Marleau choisit ce Jon Fosse. Ces jours-ci, il y aura 10 lectures de pièces québécoises inédites, ira-y-il faire un tour le Marleau ? Les tablettes croulent au CEAD. Ils sont maintenant 2,000 auteurs en attente au CEAD. Merde, y doit bien avoir deux ou trois bons textes dans l’immense stock, jamais je croirai…
Vive la liberté ? Oui, oh oui. À leurs frais à tous ces « marloux déracinés »…pas avec l’argent public des citoyens d’ici. Toujours le racisme inverti :les autres sont les seuls bons.
7-
« Pu, capab », encore ! Cette Marie-Christine Blais, à la radio de Cbf-fm, (qui ne déconne pas) avec ses déplacements de l’accent tonique sans cesse. Inécoutable ! Est vivante, lyrique même, mais toutes ces voix d’adolescentes nubiles le nez bouché :assez !
Dans les gazettes, de solides placards en cahgies-culture chez tant d’éditeurs encore, hier et ce matin. Pour mon livre tout neuf : pas une ligne, rien ! Ma manie de me choisir des pauvres aussi. Ai-je ma leçon ?
Démolition totale du Tachereau nouveau par Cornellier. « Un grossier ramassis de niaiseries » ! Et bedang ! Le Brûlé éditeur doit fumer chez ses « Intouchables » ! Je touche et… je tue » : du Dumas ! Bémol grave sur le Lalonde récent où il romance à propos de la drapée Yourcenar. « On ne sait pas qui parle », Lalonde ou sa Marguerite réfugiée au Maine avec son égérie lesbianiste. dit la critique. Oh la la ! Au fait : peur pour mon journal. Ces temps-ci ça cogne dur !
« Aile, je dis, avoir cette plume à gel, « Cross Ion », suspendue au cou sans cesse ». Annonce lue. Comme un cow-boy dormait avec son revolver ». Cadeau de Noël : 29, 95 $ Elle sourit la mosusse !
8-
Lisez bien : « La mafia ou notre gouvernement : choisir ». Hen, quoi ? C’est que le publicitaire, J.J. Stréliski qui l’affirme en regrettant l’abandon subit par Loto-Québec de sa pub (payée cher). « Si l’État était pas là (le vice du jeu), la mafia s’y mettrait aussitôt ». Ah ben… Beau programme non ? Ça dit : vous souffrez d’une manie vicieuse ? Pas question d’interdire, rien désormais, « cé pas à mode man ». On va faire avec…Tranquillisez-vous, l’État va y voir. « Les bandits, la pègre, c’est nous autres: Loto-Machin ». Belle mentalité hein ?
Magnéto : on a revu « Double identité » avec le formidable John Cage et Travolta. Le sujet ? C’est bin la seule patente qu’on avait pas dans la mythologie gréco-romaine qui contient tant de métamorphoses cocasses ! Deux méchants petits dieux qui auraient échangé leurs visages. Forte idée hein ? Pour confondre les mortels. C’est cela le sujet du film titré « Double identité ». Fascinant. Hélas, c’est du tow tow et du bing bang ! Cent mille balles sont tirées et nos deux compères se relevaient sans cesse. Sauce connue. Une formidable idée (futuriste), avec savant chirurgien plastique de mèche avec la police de Los Angeles. Le brave flic (Travolta) avec le visage du bandit (Cage) …Et vogue la galère. En fin de compte, on éclatait de rire Aile et moi tant le scénario était mal ficelé. À la fin, famille nucléaire réunie :papa, maman et l’enfant mignon. « The end ». Beau dommage.
9-
La jeune Brazeau (sympathique jeune camarade à CJMS) se suicide en ondes à TQS, entourée, encombrée, de godemichés en plastique et autres épices débilitantes. Une fois pressée —un an, deux ans ?— ce citron en jupon n’aura plus aucune crédibilité, elle l’avait déjà (débutante) pas trop bien installée. Je trouve cela si triste…envie de l’avertir par une note amicale. Aile : «Mêle-toi donc pas de ce qui ne te regarde pas ». Bon.
L’affaire du gros nez d’Ottawa dans nos affaires de santé ? Landry frappe juste : Romanow en peint en bureaucrate soviétique fédéraste ! Si Mario-ADQ, John Charest surtout, avaient du courage, logiques fédérastes, ils oseraient un « Oui, oui, Ottawa verse du fric et veut que ça reste dans la Santé. Nous acceptons. Ils ont raison. » Au lieu de ça, ces hypocrites se la ferment : la peur électorale. La frousse : « Tout d’un coup que les Québécois seraient contre… ». Calculateurs infâmes. Pouah , ça pue.
Plate à lire ce spécial « Nouvel Obs » sur Nietzsche si vous n’êtes pas familier du jargon philo. Assommant. Ratiocinations imbuvables de spécialistes. Ça vase en nuances ésotériques sur un mot, deux phrases, trois extraits du Grand homme ! Déception.
À Canal Historia, encore un vétéran (Jean Vernier), fantôme de Dieppe. De 1942. À 15 ans, ça rêve action. À 18 ans, voici le petit chômeur, volontaire, bien con il a voulu de l’action, il en a eu un bref moment, il se fait écrabouiller sur un rivage normand. Durant 65 ans, médaille au collet, il va, une fois l’an, bavarder à en plus finir sur ces jours de grande noirceur. Privations terribles. Peur. Menaces. Odieuse prison allemande et cie. Triste leçon.
10-
Ce Dufort bien criard (en « Infoman ») me tombe vite sur les nerfs. Pas toujours amusant. Cette semaine : des platitudes rares. Il gigote en vain, girouette perdue. Il gueule comme si nous étions tous sourds (il n’y a que moi !). Non, on l’a assez vu. Qu’il décolle du petit écran maintenant.
Fou ? Ai eu envie de revoir, avant-hier, le ruban où je racontais le peintre, pionnier, décolonisateur premier de l’imagerie italianiste au Québec : Cornélius Krieghoff. Pas mal du tout. C’est moi qui vos le dit. Vous ne le verrez jamais. Refus d’ARTV. Je ne me console pas de ce rejet. Je voulais tant un nouvel essai avec le récit sur MAF, Marc-Aurèle Fortin, que j’aime tant. Le producteur et ami Dubois ne m’invite plus à ces essais. Me consoler un jour ? Il le faut bien.
Effrayant ce jeune témoin « en faveur de l’assassin en cour. Il est le fils grandi d’un tueur, Hotte, un agent de la RCMP. Pauvre garçon. Effondrement visible. Larmes. On le sent secoué. Sincère. « Mon père a tué mais… » Aile émue. Moi itou d’abord. Puis j’ai songé : dans cette cour, bien installer, en face du tueur et de ces bons témoins, les survivants de la tuerie. Il y a le fils —certes désespéré— du père assassin…Il verrait, droit devant lui, les autres désespérés, le fils du (ou de la) tué(e). Son père ou sa mère, ses sœurs ou frères. Pourrait-il continuer à parler en faveur d’un père assassin enragé un soir en bordure de la route Métropolitaine ? Un voix intime : « Claude, Claude, il y a le pardon…Il y a la compassion… » Je sais plus quoi dire. Se taire.
Avant-hier soir, je revenais le bras chargé de l’École hôtelière : poissons, de l’agneau et des calmars, 20 tomates ! Viande à chien que c’est pas cher ! Aile contente. Il y avait aussi du bon frais chocolat. Ai fui ! Sans me retourner. Quel brave gaillard va !
11-
À la gauche de mon clavier, encore plein de coupures, souvent étonnantes, faites dans mes gazettes du jour. Non. Résister. Un journal c’est pas trop de journaux ! Ça ira dans un grand sac au pied d’un placard avec le reste. Pour…pour rien !
Mardi en ville pour T.LM., mardi interview avec ce jeune Dohohue de « L’Express d’Outre Mont », mercredi grand pow-wow de Noël à Radio-Can, buffet promis, avec les anciens et les actuels travailleurs de télé. Aile et moi : envie de revoir d’anciens complices du réseau français…
De retour ici, jeudi, au journal…pour en finir avec le journal ?
En y pensant, pincement au cœur alors, c’est fou.
Me répéter : il y a cet « Exilé » à pondre. Songer : mettre ça sur mon site, chapitre après chapitre, les corrigés aussi…un « work » en progrès ? Montrer les efforts, les ratures, les virages, les déchets…Ça captiverait qui ? Doute ! Pas une bien bonne idée. Marco, tiens, va me conseiller.

Le samedi 23 novembre 2002

1-
Ça continue : ciel gris qui illustre « le mois des morts » de notre enfance.
Je repense au chanteur Lalonde quitant le studio. Les gazettes publient ce matin l’unanimité, les accords du public suite à son départ soudain. Aurait-il pu rester assis et entamer une vive critique sur « les pénis à rallonge » du Martineau ? Non ? Pas équipé intellectuellement pour débatte, s’opposer à cette télé publique dévergondée ? Gentleman, préférer fuir ? Ah si j’avis été là. Pas de censure, d’accord, pas de tabou, bien, mais mon Martineau à voix de fausset m’aurait vu le fustiger et raidement.
Avec cette idée de roman d’un jeune missionnaire exilé dans un monde primotif, besoin de rédiger sur la spiritualirté. Il me taraude depuis longtemps ce besoin. Donner un grand coup de pied dans le matérialisme ambiant quoi. J’ai pris des notes sur ce « Esnesto, l’exilé ». Si je m’y plonge, il sera composé très rapidement, je le sens. 125 pages ? J’ai « mélisé » à Jacob : « mettre notre album illustré sous le boisseau et publier d’abord ce roman… à venir. En février ? » Sa surprise à mon Beauceron !
J’ai « pitché » aussi un mél chez Victor-éditeur d’ « À cœur de jour » : pas une seule ligne d’annonce ce matin dans le Dev. Rien ? J’en ai marre…de ce silence. « Mélisé » (mél pour message é-lectronique) aussi au Devoir : « silence toujours, a) offre de chroniquer, b) offre d’un texte sur Cailloux mort, c) mon article sur les Temples de Cochin. Oui, en ai marre des silences. Combien de candides croient qu’avec de la notoriété, partout, on va vous répondre rapidement. Oh non ! Illusion.
2-
Titre du bon roman de Jacques Poulin que j’ai continué à lire avec plaisir au lit, hier soir : « Les yeux bleus de Misstassini ». Prénom de sa soeur adorée. Influence de Réjean Ducharme ?
Plein de jeunes créateurs avec de bons textes qui attendent… quand on décide de re-re-remonter « Séraphin ». J’y songeais tantôt. Pourquoi du vieux ? Succès facile, utiliser un gros mythe déjà bien installé dans la mémoire collective. Plamondon après le courageux neuf « Starmania », grugeant Victor Hugo et puis un conte de Perrault ( Le fôlatreur Infoman hier soir : « Cindy » vu à Paris, c’est nul » !). Ramener l’avare ultr-connu doc ? Paresse ? Crainte d’essayer du nouveau ? Sécurité obligée ? Une « culture » vivante ne fait pas cette démarche. Mais une « industrie », ah !
Oui.
Plus grave :on ramasse du solide, de l’éprouvé, mais c’est pour le transformer. Grignon doit se retourner dans sa tombe, pas loin d’ici. Binamé et son scribe change cavalièrement la donne du bref roman. Mensonges, trahison de l’auteur. Bof ! Claire, fille adoptive de G., laissait faire ce tripotage de l’histoire originale ? « Permette que l’on parle encore de mon père ou bien refuser cette métamorphose de son ouvrage » ! Hum…
En 2055, pourrait-on bousculer un de mes romans ainsi ? Le droit moral ? Mes enfants veilleraient au grain ? Héritage béni, gros sous, alléchage ? Je me pose des questions.
Ne pas confondre transexuel (avec chirurgie) et transgenre ! Gazette du jour : un type du type « transgenre » reste un hétéro (!), il ne veut que s’habiller en femme de temps en temps ! Le monde, mon cher ! Et le travesti, ce serait quoi ? Le showman, la « folle » dans un club du Village Homo ? On s’y perd non ?
3-
Un gourou visionnaire jase : sur la planète, il n’y aura que trois (ou quatre) grands vastes « centres commerciaux » vraiment prospères dans l’avenir. Selon la masse des populations consommatrices ? Oui. 1) En tête : la Chine, c’est parti (l’Inde suivra, sa voisine du sud), 2- Au second rang : la vaste Russie (et ses alliés-provinces), 3- Ah ! Les USA (et ses provinces alliées du Sud). Au troisième rang. Faut-il ajouter l’Europe unifiée ? Pas sûr. Trop de querelles, de résistances. Peut-être, dit ce nostradamus surdécoré de diplômes en économie. Tant pis pour les petits pays ? Adieu les recoins de la scandinavie, la fière Finlande. Le Québec : il sera amalgamé avec USA, c’est bien parti avec le pacte de l’Aléna. Le nivellement, l’identité particulière des nations pas trop populeuses ? Il dit : « Une notion agonisante en 2030 » ! On verra ça hein ? Pas moi. Je serai couché, avec Aile, dans la terre à Sain-Laurent ou avec « les artistes » à Côte-des-Neiges.
Seulement, au Mexique, aujourd’hui, 60 millions (oui, oui, millions) de jeunes instruits —quotidiens de samedi— veulent une pleine participation au monde moderne qui s’installe. Ici, où la natalité décline davantage que n’importe où au monde, nos jeunes instruits feront quoi? Défense d’émigrer au Mexique, ça c’est sûr.
4-
Page-une-cahier-culture du Devoir : alors que des tas ( paquet immense ) de neufs bouquins québécois surgissaient au Salon de la Place Bonaventure, on donne l’espace, en « une », à un Parisien et à des esquimauderies exotiques. Le racisme inverti ? Oui, toujours !
Hier, chez mon quincaillier, rencontre d’une ex-élève de l’Institut des arts appliqués. Elle se présente : « J’étais à vos cours en 1964-1965 ». Je dis : « J’étais comment comme prof ? » Réponse de la céramiste (son four sera vendu) : « Ben, j’sais pas, moyen ». L’ingrate, moi qui m’imaginais volontiers avoir été un prof unique. Je sors le caquet bas. C’est bon pour la santé mentale.
Hier soir, la sœur de ma bru, Carole du Sommet Bleu, au téléphone : « On vous invite pour souper à Noël, votre fils y sera ». Peux pas, nous serons à Duvernay, chez le Pierrot, frère de Aile. « Mais, Carole, j’ai perdu mon dico sur mon I-Mac, si…». Aussitôt : « J’irai demain » ! Bizarres ondes, deux minutes plus tard, Daniel sonne : « Dimanche, sois là, je monte pour te « nettoyer » à fond ton ordi, p’pa » !
5-
Les actualités télévisées : en prison le fou de la java diabolique à Bali, 35 ans, Iman Sandra, de Java, (!), coffré ! Émeutes ailleurs, une pancarte, zoom, on lit : « NO CHARIA, WE WANT JESUS ». Nigéria en chamailles. Les belles pour « Miss Monde » partent chercher de rubans à Londres. Des tués dans les rues. Mahomnet n’aime pas les belles filles aux courbes avantageuses. Israël : explosion encore, tuerie d’écoliers innocents dans un bus, un activiste du Hamas. Aile s’écroule, découragée, se lamente, trop sensible. Je vais lui interdire ces horreurs ! « C’est si révoltant » ! Oui, mon amour ! Quoi dire, qui faire. Bonnes nouvelles, pas de nouvelles. Plein de lieux dans le monde où, hier, il ne passait rien de dramatique. Silence sur la paix. Silence sur le bonheur. Le téléjournal :poison vif !
M. Rousseau (PDG nouveau de la Caisse de dépots) s’installera bientôt dans un beau château (chantez) ma tant-ti, relo, relo… ma tan-ti, reli, relire ! Au lieu de cent mille, ce sera 300 mille piastres : notre argent public ! Cher le verre ? Scandalisés, des gens protestent. Folie furieuse ! Un édifice tout vitré en face du bien (remis à) neuf beau Palais des Congrès, verrières partout là aussi. Aile éclate de rire entendant Yves Michaud disant : « Écoeurant ! Il faut plus de… transparence ». Ses rires. Et moi itou.
6-
Zapping frénétique hier entre une Monique Mercure (un peu ennuyeuse chez Homier-Roy), à l’accent très bizarre, mélange de tout, et, chez la Dussault, des médecins « pour » et « contre » le bonheur d’État, revenus garantis, du public en studio, tiraillé, les vains débats habituels…Zap ! Un bien long et niais reportage sur la « Cindy » de Plamondon, de Caen à Paris. Zap ! À Zone Libre (ennuyeux), les méfaits et les farces des « amateurs de célébrités » de Hollywood à…ici.
Ce zappetage m’ennuie. Il est justifié quand c’est pas fort à la télé. J’aurais dû éteindre et lire mon Poulin. On devrait toujours éteindre… plus souvent. Soudain : à Thalassa, TV-5, belles images de camaïeux rares dans une contrée sauvage —mer plate, ciel plat— à lumière basse, où vivent des pêcheurs primitifs pauvres, où il y a des lots d’inspecteurs honnis, même en ces lieux déserts, entre toundra et…bout… ou fin du monde. La désolation a des beautés inouïes. On admire la misère sous un tel décor envoûtant, c’est con. On savait pas rien sur ce pays perdu. Danger du zapping, de négliger de consulter le cahier-horaire. Paresse !
7-
Atom Egoyan, cinéaste d’origine arménienne : jeune, il veut oublier l’histoire de ses parents, il rejette sa langue maternelle, dit-il. Bien. Bravo, vivant à Vancouver, il veut s’intégrer et au plus vite. Saine attitude. Plus tard, oh plus tard !, plus vieux, ça revient. Il veut mieux savoir. Ce génocide conte « les siens », crime effarant des Turcs. La fuite de ses parents. Il a fait un film —« Ararat », très vanté— abordant le sujet pourri, fui, caché si longtemps. Histoire classique. Le saumon revenu, l’anguille remonte de la mer lointaine. La source, les commencements de quelqu’un.
Egoyan et Arsinée Khanjian, son épouse montréalaise, parlent de la Turquie qui ne s’excuse pas, parlent d’une Turquie qui voudrait enterrer cette tuerie, oublier l’horreur de 1914. Ils font un parallèle avec Québec, non reconnu par ce Canada actuel. On songe aussi aux Acadiens déportés qui attendent de excuses de Londres.Courageux, avec Luc Perrault de La Presse, de causer volontiers sur Québec-nation–pas- reconnue-par-Ottawa, comme Arménie-pas-reconnue-par-Istambul. C’est rare ce courage chez les nouveaux-venus-sur-clôtures. Bravo !
J’écoute Brel… « fils de roi ou fis de gueux, tous les enfants font des rêves… » Brel qui sera fêté en grande en 2003 à Liège avec le romancier (180 bouquins !) Simenon. Autre gloire locale.
Aile doit avoir un choix dans mes victuailles rapportées hier de l’École de la rue Lesage. Envie d’aller fureter autour du four. La faim.. .sans cesse, la faim. Malgré tant de cigarettes !
Et puis je veux aller relire ces notes sur ce jeune Ernesto qui rêve d’être… un saint, entouré par la beauté sauvage ensoleillée, proche, collé sur une jeune beauté indigène offerte, qui vit avec lui, qu’il n’a pas le droit de caresser, d’embrasser… Cette folle fringale « de faire vite un nouveau roman », comme quand j’étais plus jeune —et c’était toujours en novembre ou en décembre— je ne croyais pas qu’elle me reprendrait fin 2002.

Le jeudi 17 octobre 2002

STÉPHANE BUREAU:  » Un déménageur de temples  »

1-
Ce matin, pas de cette pluie crachine comme hier mais un ciel d’une lumière lactée niaise.
J’ai vu le début d’une biographie sur Jean Duceppe mardi soir. Un acteur très populaire, et parfois populiste, —coureur de jupons invétéré, jeune— hélas disparu, de notre vie culturelle, c’était un bouillant « opinioniste », très coloré et suractif, converti tard au nationalisme indépendantiste. C’est la promesse d’une série télé bien terne. Un dialogue creux et mal écrit, sans vrai naturel (bons sites, bons décors cependant). Cela faisait « séance paroissiale » —Aile n’est pas du tout d’accord avec moi. On peut raconter une histoire ancienne avec un style, sinon moderne, actuel. Claire Wojas et Robert Simard (le réalisateur) se sont englués dans une sorte de reproduction (reconstitution ?) lente, pépère, sans allant aucun. Cet acteur étonnant, Paul Doucet, a su imiter le ton particulier de Duceppe (bouleur, avaleur de mots) et il a une bouille étonnamment semblable à celle de son héros mort trop tôt hélas. La sympathie que le public avait pour Duceppe rendra tout le monde complaisant face à cette manière pourtant sans dynamisme. Et les paquets de pubs criardes n’aident pas ! L’effronterie marchande s’installe à Télé-Québec, réseau public, de plus en plus ? Ignominie, mépris des spectateurs.
2-
J’aperçois Élie Wiesel (Prix Nobel) à « Cent titres » (avec son animatrice…excessive un peu…) mais Aile, une fois de plus, avait la zapette au creux de la main (cette tiraillerie pour le zappetisme !) et je dois zieuter ses chères « nouvelles ». Indispensables moments graves de ses jours. J’y entends de nouveau la misérable Danielle Levasseur ( à Bali) et son horrible façon de jaser actualités étrangères. Pénible, pénible ! Moi, je préfère lire les « nouvelles » le matin dans les journaux, moins pressés, moins bousculés par les sujets entassés et les maudites « pubs ».
Puis, on zappe chez Labrèche. Aile : « Regarde, une tête d’oiseau, celle l’autruche, non » ? Moi : « Regarde c’est le bec à rictus du « Joker » dans Batman, non » ? Ce laideron blond est désopilant en diable et souvent audacieux dans ses approches de sujets (« Les p’tites vites ») ou d’invités. Évidemment les forts moments sont rares et il faut endurer des passages ennuyeux, le salaire —inévitable— d’une quotidienne quoi !
Reçu par la poste le magazine « Le bel âge » qui contient l’entretien accordé à madame Stanton cet été. On n’annonce point l’interview en couverture. À quoi bon. Un écrivain hein ? Vous jacasser à cœur libre deux heures avec une journaliste et puis vous lisez un « papier » pas bien profond, pas bien stimulant. C’est la loi. Je me souviens de mes rencontres avec carnet de notes bourré pour « Québec-Presse » —avec Geneviève Bujold ou Monique Miller— et devoir pondre que trois feuillets. Et lire mon article « plate ». Oui, la loi des imprimés.
3-
Appel à l’instant de mon éditeur « troispistolants ». « Oui, oui, Claude, ton journal sera là et pour le Salon de Rimouski dans 10 jours et pour celui de Montréal bientôt. Ta couverture avec ton quichotte est belle, tu verras. J’ai coupé du journal ici et là, besoin de pas trop de pages !, mais j’ai rétabli des entrées coupée par ma réviseure. Tu te répétais parfois et je sais bien que c’est fatal dans un journal, mais à l’occasion non, c’était trop redondant. » Moi : « Tu as toute ma confiance, Vic. Hâte de te voir à Rimouski ».
Je reviens de chez mon toubib. 60 minutes d’attente. Merde ! Sur chaise dure, finir de lire sur Modigliani dans « Paris-Mastch ». Je l’aime ce macaroni ivrogne ! Singer, lisant des résultats de prise de jus, semble heureux : « Vous étiez à 8.2, vous voilà à 6.2 Bravo ! Continuez à mieux vous nourrir ». Ouen :légumes, poulet, poissons… Ouash !
Revenu, ma quasi-jumelle et sa meilleure amie, Micheline avec sa grande et joie fille, m’attendaient à la porte. Jasette au salon. Bière et thé. Pas grand moyen de placer un mot tant Marielle et sa Micheline jacassent. Deux pies. La pie claudiusjasminus obligé de se taire pour une fois !
J’arrive de l’École Bouffe. Aile encore grondeuse, l’œil sévère dans mon sac : « Quoi ? De leur pizza ? Hon ! Ton doc Singer va le savoir » !
Vu hier soir un merveilleux film de Bergman fils : « Tous le dimanches » (ou « Les enfants du dimanche ») à ARTV. Fameux ! Le récit autobiographique —scénario du papa fameux, Ingmar— racontant son père le pasteur luthérien soupe au lait, peu bavard. À la fin terrible face à face muet d’Ingmar vieux avec son père qui achève sa vie. Terrible confrontation silencieuse. Terrible ! Le père lisant le journal intime de son épouse décédée avant lui : « Ma vie, en somme, a été un fiasco » » Il ne peut pas comprendre ce verdict accablant. Le fils le lui explique. Terrible, oui ! Des séquences fantastiques comme l’horloger du village suicidé, pendu et se balançant sous les arbres. Ce fantôme répond à la question de l’enfant « quand vais-je mourir ? » Le spectre lui gueule : « À chaque jour, à chaque jour » ! Le bon film, sans la crisse de pub. Qui nous change des machines à « pow, pow » made in Hollywood.
Dans ce beau film, un gamin ave des petits soldats de plomb comme dans mon jeune temps. Souvenir :un petit voisin, Desbarrats, habitant un deuxième étage. Il avait une fameuse collection de ces figurines de plomb. Je l’invitais sur la galerie d’en avant, chez nous. On jouait des heures. C’était en 1936-37. Un jour de mai : Roland Desbarrats déménageait. Ma grande peine. Mes parents n’avaient pas les moyens de m’acheter une aussi formidable collection.
4-
Francine L. au téléphone ce matin : « Craignez pas, Claude Jasmin, je vais vendre le reste de vos images à des gens importants. C’est commencé d’ailleurs, le tramway, le guenillou, etc. ». Je lui dis : « Même la bannière au Christ sanguinolent ? » Elle : « Ah çelui-là, pas sûr » ! Moi : « Bien, vous me le gardez. Un souvenir, oui » ? Elle : « Bien, je vous le garde ».
Mon marlou Marleau m’a expédié une photo couleurs du choeur illuminé du lundi de Saint-Arsène. Le gentil. Toujours moqueur il ricane de mon tirage « au sort » qui tombait sur ma sœur, Marielle. Le prix gagné ? Cinq heures de bain de boue et autres recettes corporelles à « L’Excelsior » du village, ici. Marielle, sans auto, a donné sa passe à ma fille Éliane qui dispose de la Caravan Doodge, elle. Daniel M. dit : « Si j’avais eu mon chéquier, lundi soir, j’achetais une de vos aquarelles… » Le menteur, le Pinochio marlouesque ! Que le nez lui rallonge…à mort !
Raynald Bergeron a raconté publiquement (La Presse) qu’il n’est pas bois (pas Pinocchio quoi) ! Que les jolie ados aux nombrils à l’air peuvent le distraire de son job de prof. J’ai ri d’abord. Ce matin Claude Charrette de Saint-Placide (La Presse toujours ) le plaint et, comme moi, regrette « la mode » chez ces grandes élèves exhibitionnistes. Recommande que les directions —complaisantes, laxistes— d’écoles mettent leurs culottes ! Vrai ! Oui, dit-il, vive l’uniforme ! Il a raison tout de même, lui et le prof distrait.
5-
Francophonie : le club refuserait d’embarquer Israël et « c’est injuste » dit un lecteur de gazette. Raison clandestine : faut pas heurter, choquer les pays du club remplis d’araboïdes francophones ! Un autre signale que la France, contrairement au Québec, à la Belgique et à la Suisse, n’admet guère d’étudiants étrangers (francophones) dans ses université. Ah ! Est-ce un reproche fondé ? Sais pas. Ce que je sais : on y fourre des pays où l’anglais (au Liban) galope désormais, où le français ne tient que par un fil et bien aristocratique. C’est triste.
Ce Jean Ziegler, un Suisse malcommode (auteur de « La Suisse lave plus blanc… » a refusé le « Prix Kadhafi pour le droits de l’Homme ». Il publie : « Les nouveaux maîtres du monde… » Il dit : « La seconde guerre mondiale, en six ans, a tué moins de monde que la situation actuelle via la mondialisation ». Cybolac ! « L a terre pourrait nourrir 12 milliards d’êtres humains mais les maîtres de l’économie refusent de le faire ». Pour sauvegarder leurs profits. Ils sont, selon Ziegler, des assassins. « Ils (oligarques et leurs mercenaires) veulent privatiser la planète entière, spécifie-t-il. Cela écœure.
Je m’imaginais que les Arabes étaient les seuls importants en matière de pétrole. Or je lis que c’est le Canada le premier fournisseur de pétrole aux États-Unis. Ah bon ! Le Vénézuela est le numéro 2 ! Et le Mexique, le no. 3. Vient ensuite l’Arabie Saoudite avec 1,411 millions de bpj. Les USA ont eu besoin de 9,514 millions de bpj pour seulement le mois d’août ! Et ça grimpe sans cesse, dit Reuters.
6-
À Lachute, vieille église en ruines, placardée, et vente de vitraux (aussi luminaires, vieux bancs, etc.) par qui ? Par l’Église de Saint-Jérôme ! « Un scandale, dit Ernest Champagne —le fils de l’architecte de Saint-Julien— on ne protège que les églises de Montréal ou de Québec. Injustice ». Claude Turmel —directeur du Comité d’art sacré du diocèse de Montréal— déclare : « À Montréal, ces ventes sont interdites en effet ». Exemple : Le Musée de beaux-arts va acquérir l’église « Erskine and American » au coin de la rue Sherbrooke, voisine du MBAM. Un monsieur Carrière (aux finances « religieuses» de Saint-Jérôme) avoue qu’il y a eu ventes : « On ne pouvait faire autrement » ! Coups de pied au cul qui se perdent encore.
Irresponsabilités totales ? Je mange mal, qui est le coupable. Je chauffe un gros bazou, qui est responsable ? Vite, un avocat à 50-50 % si on gagne. Je me bourre de bonbons variés, qui faut-il poursuivre ? Un businessman cigarettier, invité à Montréal, vient d’avertir son monde, ça n’est qu’un début d’avocasseries (industrie payante pour les gens de toge) ce qui nous arrive avec le tabac… » Il va y avoir procès sur procès et pour tout ce qui grouille : les faiseurs de bonbons, de bouffe rapide, de chars pollueurs, etc, etc. « Méfiez-vous mes bons amis » ! Je réfléchis.
Je viens de terminer le mince tome 2 de ce Alain Rémond dont j’avais tant aimé le premier livre sur sa jeunesse. Surprise, le voici à Sainte-Agathe-des-Monts (!) , à 19 ans, chez les novices des Pères de Sainte-Croix ! Il décrit nos quatre saisons avec une joie réelle. Ce « Un jeune homme passait est bien moins émouvant et moins captivant que l’autre récit. On y relit des choses du premier. Rémond ira à Rome, en apprenti-curé, puis en Algérie (pour le service militaire) et enfin, défroque de sa vocation. Le voilà en « commune» en plein Paris, après mai 1968, vivotant de petits jobs. C’est bon mais… « Chaque jour est un adieu » était si bouleversant. Déception donc.
Dehors, coup d’œil à ma fenêtre, la noirceur s’installe et vite, la neige de ce matin, notre première, a fondu, en face, sur l’autre rive, l’éclairage aux condos du Chantecler fait ses faisceaux, on dirait le château de Chenonceau-des-pauvres ! Traces jaunâtres sur le lac jusqu’à notre grève. Aile fait mijoter des choses…On ferme, j’ai faim !

Le jeudi 10 octobre 2002

1-
Ciel clair ce matin, nuages déchirés, le brossage fougueux d’un peintre naturaliste ! Fringale du journal depuis que j’ai pris conscience (hier) que cela s’achève ? Oui. Sans doute. Miche de Sherbrooke, courriel, me prie de continuer le journal. Chaud au cœur. Elle dit comprendre cependant ma détestation d’une routine, même agréable et fortifiante. A raison. Elle s’imagine à tort que c’es dur de taper d’un seul index :non, facile et je vais plus vite qu’Aile au dactylo, Aile qui fut secrétaire zélée (section « publicité » à la SRC) avant de devenir scripte et ouis réalisateure. À propos d’Aile : hier, la démone : « Mon sacripan, ton annonce de stopper le journal, c’est-y juste pour t’attirer des protestations, te faire flatter l’égo »? La méchante. Plutôt une délicatesse : prévenir ceux qui m’aiment. Juré, craché.
Mon « va chier », fusée honteuse lundi dernier au Paul Houde de T.L.M. qui me lançait effrontément : « Et toi, Claude, tu dois payer, je suppose, pour avoir des photos de paparazi ? » Ça a sorti trop vite. Aile me le reprochait mais en souriant; elle connaît mon goût de la vitupération spontanée. Je dois mieux me contenir, l’ex-petit voyou des ruelles de Villeray.
Coup de fil tantôt : la Francine Ladouceur petitepatriesque vigoureuse me rassure : « Tous vos tableaux sont encadrés chez M. Bambino, je vais chercher tout le stock dès aujourd’hui ». Bien. Je respire. « M. le Président d’honneur, vous ne parlerez que cinq minutes, lundi soir. Bien compris ? Pour inviter l’auditoire de notre concert (de Larochelière et chœur de chant ) à visiter votre expo dans le portique lors de l’intermission ». Bon. Bien. Je lui dis, gaminerie : « Serons-nous 25 ou 50 ? » Elle : « Sachez qu’on a déjà vendu 250 billets ». elle ajoute : « Fort bon votre communiqué aux gazettes mais c’est jour férié, lundi, il n’y aura pas de journaux ! » Merde, j’avais oublié ! Me reste le brave Journal de Montréal qui, lui, fête pas fête, publie !
Marco m’expédie des données : il y a 200 liseurs du journal internetisé.. Bien. Bon. Mon récit « Enfant de Villeray », vendu à 3000 exemplaires, a donc plus de 6000 lecteurs. Et je ne compte pas les emprunteurs des biblios publiques. Différence énorme. Vive le livre alors ?
2-
Comme je suis reconnaissant à mon fils Daniel pour m’avoir (en 1998) forcé à l’initiation ordinatrice. Un fameux cadeau filial. Ce matin encore, plaisir de recevoir cinq messages. De pouvoir, sur un clic, répondre immédiatement. Jacques Lanctôt (ref :« Enfant de Villeray ») me veut à son kiosque —Salon de novembre à Montréal— à lui entre mes heures de kiosque chez « Trois-Pistoles éditions ». J’ai dit :oui. Une reporter de Rimouski (salon en fin d’octobre ) me fixe un rendez-vous : samedi matin. J’ai dit : « Mais oui ». J’ai envoyé un courriel à Franco Nuovo, de la Petite patrie, rue Saint-Denis lui aussi, pour qu’il annonce à son million de lecteurs ce lundi soir, le 14 à Saint-Arsène ». J’ai mis : « Fais-le en souvenir de ton quartier d’enfance ». Vive le I-Mac !
À la télé hier, à Historia, la bio de Harry Truman. Étonnant parcours. Sans scolarité solide, fils de fermier et ex-fermier déchu du « far ouest », Truman fait la guerre de 14-18 et s’y signale en capitaine bien brave. Iil revient à Kansas City en héros national. Il va — chômeur, sa mercerie-chemiserie en faillite— jouer cette carte du héros-soldat, s’acoquinant avec le gros politicard « organisateur » du coin. Devient député « démocrate », puis sénateur. Un jour, du White House, grand capitaine de forces armées, il dira « oui » à la bombe atomique ! On dit maintenant chez les gauchistes, « horribles crimes de guerre ». On dit « horribles massacre de populations civiles ». On dit aussi : « On a fait des calculs précis, la continuation de la guerre conventionnelle aurait tué énormément plus —les deux bombes stoppaient net le conflit— de soldats et japonais et américains. Qui croire ?
Aile surveillent les feuilletons et moi je lis. « L’express, L’Actualité (bon contenu cette fois), l’Historia. Je commence les confessions (signé Martineau, reporter à TQS) de ce Quesnel, délinquant précoce à Québec, un jeune tueur fou, qui deviendra un délateur fameux. Un livre effrayant offert par Albert, le chum de ma quasi-jumelle, Marielle.
Aile me répète : « J’ai bossé durant vingt ans en feuilletons, j’y suis comme… concernée, attachée, fou hen ? » Je peux la comprendre. Malgré, si souvent, ses insatisfactions, elle ne lâche pas la patate-téléroman.
3-
Suggestion d’Aile : « On se fait un lunch et on part au soleil, en vélo, avec nos blousons ». Bonne idée. Oh, hier soir, chez « Les francs-tireurs »,Martineau questionne très franchement des leaders juifs. Bizarre : tous ont « bin de la misère » avec le français ! Les juifs Ashkénazes (majoritaires) n’aiment pas trop nos juifs sépharades hélas (venus de l’Afrique du Nord) qui, eux, causent français impeccablement… et ceci explique cela ? Donc des réponses bafouillantes à la bonne question : « À cause du massacre nazi, plus moyen de critiquer Israël sans passer pour anti-sémites » ?
Dutrisac, son compère, excellent désormais en questionneur ultra-franc. Bons moments forts avec Ménard, ministre des Transports. Débat vain entre la Navarro (« Voir ») et le Ferrand —parlant « parisien » tous les deux. Chicane mondaine —en riant— sur le thème : « les hommes, les pères, devenus inutiles et bafoués depuis le féminisme agressif d’antan.
Souvenir : en août 1988, je signe, j’en ai déjà parlé, un article dans le Journal d’Outremont (papier refusé partout ailleurs) : « Y a-t-il un racisme juif » ? Oh la la ! Un boucan du yable et tous les autres (prudents) journaux (radio et télé aussi ) s’embarqueront alors dans un vaste champ de tir…Jamais on n’aura tant jasé sur ces isolationnistes, ghettoïstes, les « élus » non-intégrables, les Hassidims du lieu. Cela, souvent, sans m’inviter aux débats, moi qui avait parti le bal ! Un bal si délicat que le P.Q, hésitera à me garder comme candidat dans l’ex-ville. Un an, plus tard, le chef Parizeau n’hésitera pourtant pas à condamner (avec raison) tous ces « ethniques » indifférents au destin collectif du 84 % (nous tous ) de la population. À son tour, Parizeau connut l’horreur des langues de bois ! Je rigolais dans le temps !
4-
Ce matin encore, cette connerie signée André Duchesne (La presse) : « Visite royale : reflet des deux solitudes ». Non, non et non !, il y « deux nations » et pas « deux solitudes » Quand va cesser cette lubie de « solitude » quand il y a « ignorance ».
J’entend des innocents qui croient que le vice-premier ministre, Manley, anti-monarchiste, est un allié en oubliant que ce même Manley fut le criard « partionniste » qui souhaitait que l’on découpe le Québec en morceaux détachés si l’indépendance advenait. Mémoire courte de trop des nôtres.
Aux actualités hier : une ouaitresse ontarienne, cancéreuse pulmonaire en phase terminale, va obtenir beaucoup d’argent. Elle a bossé dans un snack-bar —« C’était « bleu » de fumées de cigarettes » dit-elle joliment— très longtemps. Avocat intéressé (à 50 %) et cause gagnée. Oh, tous les restaurateurs vont jeter dehors les fumeurs, ça va pas tarder ! Autre chose : notre « govern’ment » va cracher des millions de notre argent public pour soutenir (on cherchera des investisseurs) Murdochville (moins d’un millier d’ habitants !). Des millions. Ces gens veulent pourtant (référendum tenu) que l’on ferme la ville…et que l’on crache un bö gros trésor en compensation. Je ne sais quoi en penser. Une ville ouvrière s’installe autour d’une grosse industrie. Cette machine-à-salaire finit d’exploiter les entrailles du site et ferme. Catastrophe ! Miserere !
5-
Je lisais hier soir sur les sectes en France. Les disciple de la « québécoise » patente —à domicile fixe ici avec panneau payé par le gouvernement— « raéliste » font face à quatre accusations en France. Subornations et agressions sexuelles sur des mineures ! Bigre, on dirait que secte ou religion catho d’hier, c’est toujours la même obsession : les enfants comme objets sexuels. L’article (de « L’Express ») souligne la complicité bien tacite des parents (raéliens eux-mêmes) des jeunes abusées. Renversant. Un déboussolage total chez ces brûleurs de croix à la KKK, ces zélateurs loufoques aux portes des écoles. Ne « laissons pas venir à eux les petits enfants », leur évangile est un crachat amoral. Bavures inévitables (?) là où la liberté totale (certes) doit régner. À nous de critiquer sans cesse ces désaxés.
Chez Bazzo, ce matin, ça cause parfums ma chère. J’entends : « thé au Jasmin ». Baptisé Théo, on me nommerait « thé au jasmin ». Excusez-la.
Tiens, je vais envoyer à mon Marcogendre —suis un addict— copie ce cocasse communiqué pour lundi le 14.
Je vois des joueurs de tambours à la télé, dans Villeray. Souvenir : c’était comme Hollywood au coin de ma rue parfois. En 1940, la radio (prestigieuse comme la télé en 1960) venait s’installer sur la scène du cinéma du coin, le Château. Du music-hall gratuit ! Il y avait une file jusque devant chez nous. Nous sortions, Gilles et moi, notre cheval-de-catin et zigzaguions entre les gens en longue queue. Quêtage de sous. Cet été, je n’ai pas réussi mon aquarelle sur ce cheval-de-guenille, hélas !
Comme j’aimais tant Montand roucoulant Prévert : « Ils ont des poids / ronds et carrés / des tambours, des cerceaux dorés / l’ours et le singe / animaux sages / quêtent des sous / à leur passage…. »
Bon, partons la mer est belle…la mer d’air sur nos têtes. Allons vélocipéder sur l’ex-chemin de fer. « Il fait chaud », me dit Aile, revenue de courses. Comme en France, Aile achète les victuailles au jour le jour. « Avec es enfants, ce serait différent, je le sais bien », dit-elle.
Bon, cliquer sur : « éteindre ».

Le mercredi 11 septembre 2002

1-
Jour de pluie ? Oh oui ça tombe. Ainsi, revenir au journal. Dire tout de suite avoir reçu un long courriel de fulmination du concordien Tod, exilé dans le Sud comme prof. Contradictoire ? Il m’écrit : la vérité blesse. Un vieil adage. Et il se montre…blessé !!! La vérité choque donc. Il est comme enragé contre moi. Mes petites vérités à son sujet —dans ce journal— l’ont blessé. Mes allusions et conclusions sur « sa rage contre tous les notoires ». Je lui ai expédié dare dare une réponse adéquate. Il se peut qu’il cesse la correspondance avec « le vieux » Pis ?
Depuis longtemps je suis habitué à voir me fuir les perpétuels « révoltés » jeunistes. Je m’arrangeais pour les éloigner au fond craignant comme peste ces floués, ces ratés, ces malchanceux du sort certes parfois, qui bavent sur les « illustres », tous des cons, des vendus, des chiens, des traîtres (les vedettes chez Lipton par exemple). Ils se lamentent dans les tavernes ou bien s’entourent de petits jeunes…adorateurs candides. J’ai vu ça (des profs en rogne vague) avec mon fils au collège Saint-laurent, j’ai connu cela, adolescent (révolté sans motif vrai).Ces quinquagénaires aigris leur inoculent le virus effrayant d’une jalousie maladive envers ceux qui ont pu (talents, efforts, travaux, chance aussi certes) se faire un nom.
Mon seul regret c’est de constater que cet amer-loque de Tod s’imagine qu’avec ma renommée (relative) tout m’est facile. S’il savait. J’ai mille adversaires qui enragent de ma langue claire. Connu, ils ne me pardonnent pas ma franchise. Ma liberté. L’esprit libre, ici comme ailleurs, est à leurs yeux, un saloperie. Mes polémiques m’ont amené des tas d’adversaires et rancuniers. Et qui ont les moyens de se venger, croyez-moi. Adieu mister Tod ? On verra bien.
L’avocat de l’ami Dubois (le patron de « Vendôme productions »), François, m’invite à souper au début d’octobre, pas loin, Chemin du Sommet Bleu. J’irai cum pedibus ! Un avocat comme connaissance intime, bin, ça pourrait être utile un jour…si je continue de gueuler. Le magazine « Le bel âge » veut des photos, je ferai leur couverture en novembre. L’Uneq veut des extraits de mes livre (trois ou quatre) pour Monique Miller qui a accepté de les lire à une Rencontre- mardi-Fugère, au Centre culturel Frontenac. Quoi choisir ?
2-
Sondage à Londres, qui sont les pires hommes contre la paix. Choix des sondés :1-Ben Laden, 2- Sadam Hussein et 3 : W. Bush !!! Eh bin !C’est dans les gazettes de ce matin avec des tas de textes sur le sinistre anniversaire du bombardement des deux tours dans Manhattan. Un an plus tard, le fanatisme islamique reste ce mystère insondable et « l’hyper-puissance » n’est pas arrivé à pincer ni Ben Laden ni ses sbires reconnus. Le dernier « Nouvel Ob » en désigne neuf. C’est le « noyau dur » du fameux réseau de terroristes —venus d’Égypte, du Koweït, du Soudan, de l’Arabie saoudite— jusqu’ici indémontable, hélas. Échec donc ! Répéter ici que ce Jacques Nadeau (du Devoir) est un photographe émérite, il est —comme tout le monde des médias— à New-York ces jours-ci. Quel talent !
3-
Oui, je vante RDI et son excellent reportage sur —en Floride surtout— les étudiants-pilotes et aspirants kamikazes. Quand RDI « slaque sa poulie » fédéraste-de-commande, on y voit donc du bon produit. Et la preuve de la « saloperie » (le mot même d’un Ministre) étatsunienne : « notre pays. Montréal en particulier, n’était qu’un commode abri de terroristes. Erreur : tous ces fous d’Allah s’entraînaient là-bas et leurs polices (CIA, FBI et cie) montrèrent leur impuissance, leur disfontionnement. Une calomnie purement émotive au lendemain de la catastrophe, dit le ministre de « notre » défense. « Fallait bin, disait un Chrétien goguenard à Lépine (à « Zone libre », hier), trouver un coupable, c’est humain ça » ! Chrétien crétin va !
Foglia ce matin, de New-York, pond un lucide papier qui dit clairement —à l’encontre de ce méli-mélo de pathos répandu : le lendemain du 11, un businessman, se sauvant de sa tour bombardée, ramassait, rapaillait, ses disquettes de P.C. et cherchait aussitôt un nouvel immeuble où continuer son boulot (de marketting). La triste vraie vérité sans doute. Quelle leçon de réalisme ! On s’époussette et on recommence quoi.
Je lis mes notes (de journal) dans un vieil agenda d’Aile pour 2000 —je récupère tout. Amusant d’y lire ses divers dont ce mémo : « Demain, Claude, au Patronage Le Prévost, pour un conte à lire ».
De très beaux enfants miséreux au TJ de Bureau au-si-beau-bureau. Centaines de milliers de réfugiés (au Pakistan) rentrent chez eux en Afghanistan démoli. Quitter la misère pour retrouver la misère. Des enfants magnifiques, ave de beaux grands yeux, qui constatent le dénuement le plus complet. Des jeunes jolis visages bouleversants. Une pauvreté indescriptible. Que faire, mon Dieu ? Mon cœur très, très serré. J’adore les enfants. Trop. Un souhait ? Que mon gouvernement expédie là-bas une bonne part de nos impôts et taxes, au point de nous priver s’il le faut.
4-
Gaétan Soucy dans son roman récent « Musi Hall ! » semble ne pas en revenir d’avoir déniché le mot « épigastre » qui serait un point névralgique entre le nombril et le foie. Il y revient sans cesse. Tic. Le prof chercheur d’exotisme ? Le prof Soucy ignore que le mot « cadran » est fautif si on veut dire « horloge ». Le cadran n’est que la partie d’une horloge —d’un réveil, d’une pendule, d’une montre-bracelet— indiquant les chiffres. À part sa grenouille chantante, il y a son autruche qui avale sans cesse des « cadrans », la psy nommée Écharlotte, mode de Réjean Ducharme encore ? On y trouvera de bons passages. Des trouvailles fréquentes. La Statue de la liberté : « une dame avec le bottin téléphonique d’un bras et son pinceau pour le plafond… » Ou, même Statue : « avec son cornet de crème glacée levée haut… » Ou : « l’impassible soleil tel un jaune d’œuf ». À la réflexion, l’entreprise de Soucy a le mérite d’avoir voulu inventer —fait rare chez nous— un récit à la dangereuse et difficile sauce Lewis Caroll, celui d’ « Alice au pays des merveilles ». Aussi la sauce « Dracula », la sauce « Frankenstein » …Oui, un grand mérite. Quand je repense souvent à un livre, comme c’est le cas avec ce bizaroïde « Music Hall ! », je me dis qu’il y a donc eu une tentative riche de sens.
Aile vient de terminer « Caprice » d’Atwood. « À lire ? » Sa réponse : « Bien… c’est intéressant « pendant » mais… Écoute, lis son premier chapitre et si tu aimes… tout le reste est de la même eau ». Ouengne !
J’y reviens à « Zone libre » : à Gander, Terre Neuve, trafic fou, 260 avions devaient s’y poser et en vitesse le 11 septembre quand les USA fermaient le ciel de leur immense territoire par prudence, par crainte d’autres détournements —avions qu’il aurait fallu « abattre » en plein vol à coup de F-18 ou 19 à missiles. On se disait, en voilà quatre, pourquoi pas cinq, dix ?
Un temps, quand nous allions fin décembre, début janvier, à Fort Lauderdale —ou à Surfside ou à Bal Harbor— nous aimions, Aile et moi, aller fouiner dans ce grouillant Hollywood floridien, là où se retrouvaient tant des nôtres car ça jasait en français partout, avec « poutine » aux kiosques de la plage et le reste ! J’en ferai le site de mon roman « Pâques à Miami » d’ailleurs. C’est à ce Hollywood familier donc que s’excercaient (école de pilotage, banques, motels, etc.) la plupart de ces effrayants suicidaires d’Allah et cela nous faisait drôle à entendre quand nous percevions ce lieu de vacances pour « bedaines québécoises » comme aire de retraite hivernale des gentils « snow birds ». C’est bin pour dire hen ?
5-
Je rêvais cette nuit : je pilotais des engins pauvres, sorte de motoneiges déglinguées, je filais dans des ruelles (du Plateau ?), je cherchais où stationner mon pitoyable engin, à chenilles couvettes de neige sale. Il y en avait des pires encore. Un trafic de miséreux ? Dans ces pauvres bolides bien bas. Bizarre ! Des paysages urbains de taudis tout autour de moi. Des hangars. Où, où ? Je croisais des durs, vagues menaces. Injures qui pleuvent sur moi.
Puis, j’offrais à un comptoir de fripes un blouson de mon invention, mi-cuir, mi-argile ! Une sorte de sculpture « habitable » ? Folie en céramique ? Un morceau rare. Dont j’étais tout fier. Un gamin-voyou y tenait. Voulait me l’arracher sans payer. Puis il m’offrait, troc vicieux ?, de la drogue. Coke, hach ? J’en suais de malaise.
Puis, autre phase : je participe volontiers à des combats furieux. Je frappe des cibles à coups de masses lourdes. Ça tombe. Sont-ce des marionnettes? Est-ce du décor ? Pas trop certain. Furieux combats, je suis déchaîné. D’autres cogneurs s’amènent. Rivalités curieuses. Je démolis vaillamment des figurines offertes. Des rivaux se pontaient et c’est à qui masserait le plus fort, le plus vite. Étrange rêve non ?
Dernière phase, à l’aube sans doute, voici mon Aile est toute satisfaite, il y a trois jeunes femmes de ménage qui l’aident. Trois ! La fenêtre luit, c’est panoramique. Aile est très contente. Les linges volent. Ça sent le détergent. J’étouffe. Ça frotter partout dans cette cuisine inconnue de moi , je suis dans une maison jamais habitée ! À la fin une des « frotteuses », accorte, me prend par le bras et veut m’entraîner dans mon atelier malgré moi. Elle insiste en riant. Nous y descendons et elle dit : « Ah, on va y faire un fameux ménage ». Réveil ! Ouf !
6-
Hier, mardi, soleil, nous descendons au rivage. Soudain de la pluie. Rangement des matelas et vite sur la galerie. Vent furieux. Pluie brève. Soleil de nouveau. Brume si jolie sur l’autre rive ! Si jolie ! Nous redescendons, Aile avec sa « Captive », moi avec la fin de « La sagesse de l’amour » à lire. Bedang ! la pluie encore, cette fois, très forte. Remontée en vitesse. Un vent à nous réfugier en dedans et à fermer le fenêtres. Cette « sagesse… » est faite de réflexions philosophiques. Le refus de l’amour…de l’autre. Du « différent ». Finkelkraut sait définir nos peurs. Raconter les guerres. Il va du désastre nazi aux batailles religieuses des temps de jadis.
Il cite de nombreux auteurs dont le cher Lévinas de Henri-Bernard Lévy, « qui est redevenu populaire car il parle spiritualité ». Une fois la guerre froide terminée, dès 1991, F. avance qu’il y a découverte d’un trou, d’un vide. Dieu ? Pas exactement. L’amour plutôt. Cet « élan irrationnelle », si risqué, si trouble, si contradictoire aussi. Et le voilà qui expédie dos à dos, les « sauveurs » de l’humanité, du terrible Robespierre à l’effroyable Lénine.
Cet amour fou des hommes serait dangereux. S’y glisse le goût d’une morale aveugle. Il faut tuer les dissidents. Les incroyants. Les mous. Tuer les incroyants ? Ah, 11 septembre encore ! La terreur toujours. Le dernier encyclopédiste vivant, Condorcet, voulant redonner « le droit » au sein de la Révolution doit fuir, se cacher. Les « Lumières » s’assombrissent quand on a décidé (Saint-Just) de sauver le peuple malgré lui. Condorcet, l’instruit, va se suicider au fond d’une auberge où on le traite d’aristocrate, donc de vendu. Un assassinat ? L’histoire n’est pas claire. Un racisme effrayant. Ce qui est clair : il fallait abattre tout ce qui dépassait « du grand projet d’aimer les hommes malgré eux ». Ah l’amour politicien du prochain ! C’est le dessein des totalitaires. De Hitler à Staline. Je cessais souvent de lire cette « Sagesse de l’amour », je réfléchissais. Ce petit essai est bien plein. Ici, un « nouveau » philosophe ne jargonne pas.
7-
Bagarre à Concordia où l’on a invité le guerroyeur de droite Benjamin Nathanayou, ex-chef en Israël. Militant pour la guerre en Irak. Amalgamant vite Adolf et Sadam. Ce matin, décrets des penseurs patentés aux gazettes: « On a empêché de s’exprimer librement quelqu’un. Dans une université ! Scandale ». Vrai. La lecture du Finkelkraut remonte aussitôt à la surface. On souhaite toujours « Hyde Park ». Chacun son tour à grimper sur la caisse de bois. Venez tous. De tous les bords. Le droit de dire « noir » et puis écouter l’autre qui dit « blanc ». Démocratie. Des militants pro-Palestine proclament : « Non, non, aucun droit de s’exprimer pour les fascistes ». Le sens des mots n’a plus aucune importance de nos jours.
Faudra que je téléphone à mon cher David-à-Marc qui étudie à cette université multi-ethnique. Ce terrible grabuge, avec flics à bastonnades partout, l’a-t-il distrait de ses sérieuses études ? C’est là, à l’auditorium de Concordia, que nous fûmes invité (Duceppe et moi) à monter un spectacle anti-guerre (au Vietnam). Il y eut quelques brassements. Mon texte, petit spectacle audio-visuel, s’intitulait « La tortue », allusion aux lentes progressions pacifistes du temps. Ayant obtenu une petite subvention d’un gros bonhomme bien « pacifiste » un peu mystérieux, nous apprendrons plus tard qu’il était un agent communiste camouflé. Eh !
Une autre fois, conférencier invité à ce même lieu, Concordia, avec Jacques Ferron, ce dernier —hélas, me précédant au micro— se mit à mystère, …chuchotter ses réflexions. La salle se vidait lentement. Je lui glissai une réflexion appropriée à l’oreille : « Parle plus fort, Jacques, personne ne t’entend »! Il se cabra et acheva de vider la salle ! Il me resta trois ânes et quatre pignoufs ! Oh ! Soudain l’impression d’avoir déjà raconter cela ici. C’est cela un journal. Souffrez !
8-
Le jeune vétéran en télé, Jacques Boulanger —longtemps « victime » de mes décors— est chez Maisonneuve :« Il y a trop de canaux de télé désormais. On sait pus où donner de la zapette ! ». Complainte entendue souvent. Les uns disent : « chacun aura son créneau favori, c’est bien ». « Tu aimes les animaux, tu auras ta chaîne spécialisée ». Et le reste. Radio-Canada, Télé-métropole, TQS à l’agonie ? La fin bientôt des télés généralistes ? Sais pas. Il est vrai que je navigue maintenant —le plus souvent— entre Canal D, TV-5, ARTV, RDI. Je cherche au fond où il y a le moins de réclames commerciales. La pub…oui, « pu’ capab » ! vraiment ! Mais, hélas, il y en a partout. Pas d’acheteurs de temps ? bof, on passe de l’auto-réclame jusqu’à l’abrutissement. À ARTV par exemple.
À « Origines », bons récits des pionniers. Marie Rollet, première fermière en bas du Cap Diamant, et son « homme », Louis Hébert, herboriste, apothicaire et cultivateur. Il y a des reconstitutions hélas. Faux comme de la marde ! Je deviens enragé quand je vois cet amateurisme, ce « faire croire » niais ! Quoi ? Faut que ça vive, faut que ça bouge, figurants, vite, en ligne, pour les déguisements et trouvez-vous une parlure qui sonne « historik ». Le mépris du public n’en finit plus.
À Québec ils seront vingt puis quarante… raconte « Origines », à Boston, un peu pus tard, ils seront tout de suite 2,000 ! Nombreux Hollandais à Manhattan. Nombreux exilés en Virginie, toute première colonie britannique. Cela explique cela…la défaite ! Quoi donc ? Quitter la douce, la belle France, c’était t plus difficile ? Fallait être très pauvre, mal pris ? Misérable ? Crédule aux belles promesses ? Merci d’être venu cher petit soldat à modeste solde qui va muer en agriculteur du village naissant, Saint-Laurent. Cher Aubin Jasmin, du Poitou, qui s’embarque, uniforme de régiment tout neuf, à La Rochelle, un beau matin.
9-
J’ai vu la —bien faite— biographie (Canal D) de Jean Besré, alias Ostin-de-beu, mort précocement. « Un homme très secret », répéteront deux témoins de ses intimités maigres. Souvent Jean m’invectivait dans les couloirs. J’étais critique de « tout », fondateur d’une section « arts et spectacles » au jeune « Journal de Montréal ». Épiderme fragile en la matière, il s’amusait à m’injurier : « Malhonnête », me cria-y-il un jour. J’avais vivement protesté. « Écoute moi bien Jean, tu peux me dire, con, crétin, niaiseux, imbécile, inculte, tout ce que tu voudras mais je n’accepte pas « malhonnête ». Les mots ont un sens, oui »? Il s’était tu subitement, s’excusa. Il s’est tu à jamais et je m’ennuie de nos petites chicanes aux portes des ascenseurs de la SRC.
10-
« Le « pot » ? P s d’accoutumance comme avec la cigarette tonnent les études récentes des experts mais plus nocive (en goudron, etc.) Oh, oh’ Et le Comité-Nolin qui eut la libérer des lois ! Pour la santé la mari serait donc bien pire ! Le « hasch » est « la résine » de la marijuana, ais-je appris par la même occasion. Bon, bon. Ici, c’est 12 millions de tonnes, les récoltes ! Par année ! C’est 250 $ l’once. Fabuleux commerce interlope. Hell de hell, disait Robert Rivard dans le « Race de monde » de Beaulieu. Hells, oh oui !
C’est la « nouvelle prohibition » et elle a engendré les mêmes commerces de truands que l’autre, du temps des Al Capone. Hier, on transbordait la « flacatoune canayenne » bien aimée d’un bord à l’autre de nos frontières. Avec enrichissement de respectables futurs hommes d’affaires. Des Kennedy aux Bronfmann. Le cannabis, interdit, exerce les mêmes ravages. La même police grossit, l’argent circule en « sécurité à renforcer », polices partout est aux aguets. L’histoire est bien bègue, non ?
L’auteur parisienDominique Lapierre parle —avec Sarfati de La Presse— en ce 11 septembre du… 2 décembre 1984. De la compagnie étatsunienne Dow Chemical Inc. Responsable de 30,000 morts en Inde. Pas 3,000, 30,000. Un fameux 11 septembre à l’autre bout du monde occidental. La tragédie de Bhopal. Poison pour un demi million d’Indiens ! Une usine mal inspectée sautait. On refuse encore de dépolluer le site fatal. 2,800 morts à Manhattan. Il s’agit de New-Yorkais bien vêtus, munis de cellulaire, d’ordinateur portable, avec attaché-case de cuir véritable au poignet, n’est-ce pas ? Qui célèbre le deuil de 30,000 tués, en 1984, par « Dow Chemical » l’insouciante —uni maintenant à « Union Carbide Corporation »— un 2 décembre ? Qui ?
11-
L’home qui ne riait pas. Hugo a signé : « L’homme qui rit ». Une affaire de rictus obligé, d’handicapé physique, de drôle de monstre. Un masque. Le « pilote » Atta, chef des suicidés « cerveau », dit-on, de la macabre entreprise du 11 septembre, ne rit pas. Il ne riait jamais. « Il ne souriait même pas », dit un de ses familiers. Oh, oh ! Je me suis toujours méfié, d’instinct de ceux qui ne savent jamais rire. J’en ai croisé de ces triste sires. De ces « chevaliers à la triste figure » (en cause diverses) qui ignoraient comment on fait pour rire, au moins sourire. Un Languirand —un Germain aussi— rit souvent pour rien. Pour eux seuls, c’est autre chose. Mes sinistre gueules ont fini le pus souvent dans un désert total.
Ce Mohamed Atta, venu d’une banlieue du Caire, « fut un enfant timide, introverti même et tout paisible ». Se méfier de l’eau qui dort ? Finkelkraut (« La sagesse…) m’a dit de me méfier de Freud et de l’analyse…De la « réduction » pratique. Et fausse, souvent. Il a raison ? On tente maintenant en médias de fouiller le passé des « fous d’Allah ». Père trop sévère.. ou pas assez…Mère couveuse, ou trop indifférente…Ouais !Ouen ! En effet, mêmes causes et, souvent, effets contrastés. La raison cherche. On veut tout comprendre. Expliquer… l’inexplicable ? On veut, tout le monde, clarifier les monstres humains. Sinon, il y a la peur…La grand’ peur des gestes fous, mystérieux ! Jésus riait-il parfois ? Je gagerais que oui même si les évangélistes n’en parlent pas. Le prophète des prophètes enseignait ,’amour. Le fanatisme catholique (Inquisition et cie) qui viendra n’est pas de sa faute.
Mahomet le guerrier riait-il ? Riez, riez souvent. C’est un signe d’intelligence à mon avis. J’aime les humains qui rient volontiers. Ils me rassurent :ils ne se prennent pas trop au sérieux, ni eux ni ceux qui les entourent.
12-
Lisez cela : « Le Québec est fier d’avoir un auteur exportable… », et « Cessons… avec nos bébittes nationales… », et « oublier le terreau québécois… », et « ne pas toujours se justifier d’être nés ici… », et « soyons libres de nos racines… », et « roman de haut biveau qui dépasse nos frontières… », et « New-York, Budapest ou Montréal, quelle importance… ». Pour louanger « Music Hall ! » de Soucy voilà les arguments d’Odile Tremblay, samedi dans Le Dev. C’est très curieux. Le colonialisme d’ici fait cela. Un racisme inverti, je le répète. Un bon roman québécois peut se dérouler à l’Abord à Plouffe ou à Singapour cela est très certain. C’est quand on invite au déracinement volontaire que c’est très inquiétant. Relisez les phrases ci-haut. Plus complexée que l’Odile tu crèves !
À la télé récente, bon documentaire sur Lénine. Il recevait 7 millions de marks allemands pour son ouvrage « de sape » en Russie combattante, sa patrie. Un salaud rare ! Manipulée volontairement , utilisé grossièrement, Vladimir Oulianov, accepte sa traîtrise pour son idéal de révolté. Les boches s’en frottent les mains. Qu’il sème la pagaille chez lui (guerre de 1914) et on aura la Russie en moins comme opposant ! Songer au pacte de paix entre Hitler et Staline en 1940. Le petit bourgeois révolté, comploteur anti-monarchiste, caché en Suisse, acceptera souvent des fonds allemands par las suite. Il ouvrira, près de Paris, son école de révolutionnaires. Urpris par les anarchistes (du Potempkine, 1905) il tentera d’aller contrôler la locomotive inattendue ! Surpris de nouveau par les émeutes de 1917, il court au devant de la victoire du peuple écrasé. Il n’était pas prêt du tout, alors il va faire vite. Une armée..Rouge, ah, la police !, et des camps pour les dissidents. En avant, la loi et l’ordre. Les appels aux délateurs. Il n’en manque jamais dans ce situations. Je songeais encore à « La sagesse… » de F. au « sauvons le peuple malgré lui ». La terreur s’installera vite. Un sacré bon document à la chaîne publique, T.Q.. Qui dit que la télé ça vaut pas de la schnoutte ? Pas moi. Suffit d’ouvrir l’horaire, non ?
13-
J’ai observé le célèbre Silvester Stallone (« Sly » pour les intimes) à « Actors Studio » de James Lipton. Le —devenu riche— gaillard a de la jarnigoine. Bonnes réponses aux questions du Lipton. Modeste et, à la fois, sûr de lu. De ce qu’il a pu accomplir avec ses moyens limités. Il sait bien qui il est. Qui il a été —gamin pauvre de Philadelphie— et qui il souhaite devenir. Trop facile de cracher avec mépris sur cette sorte de « gloire hollywoodienne ». L’acteur a répondu avec modestie aux questions graves.
Il rigole aussi, ah « l’homme qui sait rire »! Il devine la caricature qu’on peut extraire de ses films « commerciaux ». N’empêche que son premier scénario (et premier film) du « pauvre petit boxeur des faubourgs gonflé de la volonté de s’en sortir » avait du caractère. Que moi, comme tout le monde, j’ai applaudi très fort son succès dans le temps. Je devinais que le Sly défendait sa vie, son avenir. Après, ce sera la lucide acceptation de l’exploitation commerciale d’un excellent « personnage ». Et puis le matamore « Rambo », jamais vu. C’était son droit.
L’éditorialiste Mario Roy ne supporte pas l’antiaméricanisme primaire. On lui donne raison mais ..il y revient sans cesse. On finit par le croire « apôtre étatsunien, zélote aveuglé sans nuances. Il tombe dans le travers de ce qu’il dénonce. D’une part, oui, il y a une haine étrange et sordide (en France, c’est une folie, haine et amour emmêlées), d’autre part, on ne peut ignorer des comportements impérialistes. Roy n’en revient pas du fort succès des livres —Chomsky, Moore, et, sans doute, celui —qui vient de paraître — par Peter Scowen, auteur d’ici avec son « Le livre noir des USA » (aux Intouchables). Il devrait mieux se questionner. Pourquoi justement tant de méfiance ?
La Gironnay fesse la vieille fontaine lumineuse du Parc Lafontaine, elle larange en « mocheté », en mobilier urbain à jeter. Oh ! Nous l’avons tant admiré, enfants. Bouches ouvertes grandes face à ses rayons de lumière multicolores. Avec des « oh ! » des « ah ! » Candeur ? Oui. On a de la peine à lire des méchancetés sur les bonnes vieilles bebelles de nos souvenirs émus. La fille de Monique Leyrac a beaucoup voyagé ? Elle a vu, jeune, des beautés plus solides ? En 1940, petits morveux pauvres, nous n’avions que cette fontaine aux lumières joyeuses. Pour tomber en pâmoison les soirs de canicule.
Un petit soleil timide tente de se montrer. Trop tard. Le souper (un potage seulement est servi) monsieur Galarneau car demain matin je serai en examen de prévention (Aile veille et l’exige) avec mini-caméra au rectum (coloscopie le nom, je croois) —ouash !— à l’hopital de Sainte-Agathe. Je déteste cela. Mais faut…sinon, moi mort, plus de journal ! Quelle grande perte hein ? « L’homme qui rit »… même à la veille d’un examen maudit !

Le jeudi 15 août 2002

1-
Je dois avoir des palmes qui me poussent un peu partout. Que de séjours dans l’eau du lac ! Caniculaire, cette mi-août, vraiment suante. Humidex (cher facteur) régnait. Hier, tard, une rareté : de la pluie ! Ce matin. Un peu de fraîcheur dans l’air. Halte. Allez au journal enfin. Monceaux vastes de nuages au ciel, mais ça pourrait continuer la caniculade car le soleil se débat pour s’installer. À la cave-atelier, mes poils de chameau sur bâtonnets sèchent. Ma dernière série d’essais : hum, pas bien fort hélas. Douter de ses talents…sans cesse balancer entre un art illustratif commun et des audaces… Pas assez fréquemment. Il y a ce problème : disons que je veux montrer un laitier d’antan avec sa voiture à cheval, ou bien le vendeur de frites avec son sifflet-cheminée sur le toit de sa camionnette : ou bien je m’efforce de faire réaliste ou bien je tente de seulement offrir une image stylisée de ces bonshommes.
Balance maudite entre deux manières de peindre. N’étant pas un habile technicien du dessin, je rate souvent l’image « instructive », si je me tourne vers disons… un impressionnisme fou, c’est parfois sans définition captivante. Balance maudite. Bon, j’y arriverai à ce compromis des deux façons que je cherche fébrilement. Le temps presse maintenant… Brrr !
L’amie Josée —comme devenue la fille adoptive d’Aile— retournait à son boulot de scripte à la SRC ce matin. Quatre jours à écouter les badinages des deux filles. Aile passait 39 ans de sa vie dans l’Institution vénérable, elle y est fortement attachée. Forcément. Est très inquiète des orientations de son cher, très cher, alma-mater. Je trouve cela :touchant. Je n’ai pas cette dévotion. Mon existence —de 1956 à 1985— a fait que la télé n’était qu’une de mes occupations (journalisme, scénariste, romancier, etc.).
2-
Hier matin, départ à trois pour le Lac Tremblant. Une heure sur la route. Un quai. Un bateau vitré. Excursion autour de ce grand lac. Agréable. Fraîcheur sur l’onde. Le pilote décrit dans son micro les riches pavillons, raconte ensuite les débuts du site —aussi le temps des Abénakis— devenu fort populaire depuis ce pionnier visionnaire, l’Étatsunien Ryan, au début du 20 ième siècle. Un gamin, Gabriel, me captive —qui traîne dans mes parages. « J’irai à la vraie école maintenant » ! Questionnaire usuel pour l’entendre formuler des réponses d’une candeur formidable. Mon grand bonheur. Aile et Josée s’amusent des réparties naïves de cet ange-Gabriel bien bavard. L’interviewer malin en oublie de regarder les horizons décrits. À Saint-Jovite —où Josée passa tant d’étés— lunch aux « hot-dogs-frites », et trop de vinaigre… Le régal occasionnel chez nous trois.
« Happy hour » les pieds dans l’eau en fin d’après-midi. Nicole S., venue du voisinage, et sa camarade Danielle M., —pédalo bleu— accostaient chez nous. De nouveau potins et échos variés sur la SRC où les deux jeunes femmes blondes bossent toujours. Bière, limonade et… cerises de France. Malgré le grand saule, besoin de se tremper sans cesse. Je pense aux ouvriers dans les usines en ville. Aux malades, aux vieillards….Ouash ! Souper à trois sur la galerie —en été, on y prend tous nos repas— il est 22h. Aile : « Mon Dieu, les nouvelles » ! Un moment sacré pour elle, moi je préfère lire les actualités dans le journal. La poupée Barbie » —Véronique Mayrand— surgit chez Bureau au si beau bureau. Mignardeuse, « blondinette » de cinéma amerloque, babines bouffies, yeux pétillants :les prévisions de la météo.
3-
J’ai vite rejeté trois livres. Déceptions. Mauvais choix à la biblio locale. Thierry Séchan a consacré un lexique —dico rapide— à son fameux frérot, le chanteur Renaud. Platitudes. Un vain dictionnaire où l’hagiographie de cet « alcoo repenti » se répand. Prose flagorneuse et ennuyeuse. Intimités calculées. Autre ineptie : une vie de « César » (c’est le titre d’un tryptique) m’a vite déplu. L’horreur de ces biographies romancées. Comme si l’auteur avait noté les propos (même anodins) du grand vainqueur des Gaules. Rejeté. Et vite ! Puis j’ouvre un tome sur les Résistants aux nazis par Max Gallo. Ouash !Là aussi, plein de ces dialogues-bidon. Gallo qui fit du maquis durant la guerre installe, aux cotés des chefs connus, des héros romantiques. Imposture ? Pas vraiment. Un roman-roman raccroché à des fait réels. Incapable de lire ce mélange de fiction et histoire. Incapable.
De cette incapacité mon ennui fréquent en lisant le Bouchard (« Mistouk ») et le Germain (« Le château »). Ou encore ce « Un dimanche à la piscine à Kigali » de Courtemanche. Je préfèrerais un vrai livre d’histoire. Mauvais pour le palmarès-livres. Arlequin veille partout quoi !Tant pis pour moi. On me répète que le… procédé fonctionne bien et que cette sorte de « mélange » trouve un gros lectorat. Pourtant si, un jour, je réalise ce bouquin —qui me taraude— sur la Jasminerie de 1715 à aujourd’hui, il faudra bien que j’invente puisque je ne sais rien de mes ancêtres lointains. Bon, je ne ferai probablement jamais ce livre « historique ».
4-
Mardi soir, location du film : « Sans issue ». Le fils d’un médecin de village au Maine, étudiant en architecture, s’est amouraché d’une jolie femme, son aînée, séparée et qui a deux enfants. L’ex-mari rôde, menace. C’et un caractériel dangereux. Il va tuer ce rival honni. Le film raconte alors le désespoir des parents. Sissi Spacek joue excellemment la mère inconsolable. Le père, pas moins effondré, décide d’un plan de mort…Todd Field a réalisé un fort bon portrait d’une famille dévastée par la mort du seul continuateur de la lignée, assassiné par un batteur de femmes—fils d’un important proprio de conserverie— qui allait s’en tirer avec un petit cinq ans de prison… et encore. Histoire bien connue n’est-ce pas ? Terrible histoire.
J’ai donc sauté des passages (les bluettes inventées) du Bouchard et du Germain mais j’ai aimé leurs chapitres vraiment « historiques ». J’y ai glané avec joie les éphémérides et aussi des faits vrais et importants semés ici et là. Par exemple ce Ian Fleming (« James Bond ») au Château Frontenac, la visite du Hitchcock, de Churchill et Rosevelt, etc. Hélas, faits exploités ailleurs maintes fois !
Comme Gérard Bouchard, George-Hébert Germain fait entrer dans sa saga des personnages de fiction archi-connus, étrange amalgame, non ? Est-ce permis ? Rita Toulouse, le Guillaume Ploufffe, au Frontenac ! « Le survenant » ou la Maria Chapedelaine à « Mistouk » ? Et pas de permission à demander à madame Guêvremont ou à Roger Lemelin ? Ils sont morts mais les « ayant droit » ? ! Je n’oserais jamais faire de ces emprunts. Comme c’est faux, le livre alors me tombe des mains.
5-
RDI —« tu pense qu’on s’en aperçoit pas ?— est une machine de propagande fédéraliste fort active. Ce réseau doit faire saliver de joie les adversaires du pays québécois. Sans cesse, RDI nous impose des « petites » nouvelles des neuf autre provinces. Il peut bien y avoir un incident de taille, pas loin, en Nouvelle-Angleterre, silence total! Mandat « fédérat » oblige. On nous arrose d’éphémérides d’une insignifiance rare se déroulant à Saskaton, à Calgary ou à Edmunston. « Tu penses qu’on s’en aperçoit pas, les sires stipendiés de RDI, filiale de Radio-Canada » ? Certes, ces vils mercenaires, chefs des « pupitres biaisés », doivent gagner la vie… en couvrant la maudite confédération —qui n’en est pas une. Sheila Flag et Stéphane Aubépine, intéressés, se frottent les mains de satisfaction se disant : « peu à peu le public (innocent) de RDI finira par se captiver pour ces pays lointains de l’ouest. L’état du Maine, le Vermont, le New-Hampshire, l’État de New-York —à nos portes— c’est inexistant, inintéressant, c’est PAS le Canada ! RDI : un scandale. RDI :une imposture ! RDI : une fumisterie. RDI : manipulation « soviétique » par de fieffés propagandistes. Lavage de cerveaux québécois… quoi.
6-
Récréation ? Voici un moment de pur divertissement. Il sera permis de rire de moi, ça fait du bien à l’égo fat. J’ai lu d’une frippe —mince brochure qui se lit vite— les « Bonbons assortis » de Michel Tremblay. Pas aussi fort que mon « Enfant de Villeray », ça en manque ! Dramaturge avant tout (?) il se croit obligé d’émailler ces récits —souvenirs d’enfance— de « dialoguite ». Pas toujours bien consistants tous ces échanges de « répliques » parfois laborieuses. Mais, surdoué en la matière, expérimenté, on trouvera une bonne douzaine de « lines », pour parler USA. C’est peu. Pus grave, on sent le Tremblay devenu adulte, veillant au dessus de papa et de maman. Plutôt « pas plausible ». Par seul exemple, cette maman qui bafoue les enseignements religieux de ce temps, nargue les enseignants cathos de sp petit garçon candide (les Chinois à acheter). Se montre d’un farouche anticléricalisme. À moins que —après tout, on ne sait jamais— maman Tremblay —adoré de ce benjamin qui veut une poupée comme cadeau de Noël— fut une femme absolument hors du commun. Ayons des doutes ! Farci de tant de dialogues, mon « Enfant de Villeray » se gonflerait de ses 400 pages à 800, ma foi !
J’aurais pu me taire, n’est-ce pas ?, éviter surtout la comparaison mais on sait ma franchise —mon bonheur— de pas faire comme les prudents petits camarades !
« Bonbons assortis » n’est pas un petit livre ennuyeux, loin de là, mais on y trouvera pas la « vérité vraie », celle d’un enfant qui se souvient très franchement, qui raconte crûment —mis dans la peau du gamin qu’il fut. Ce merveilleux, ce fantastique brillant papa, par seul autre exemple, qui, très intelligemment, pédadogue rare, fait comprendre au fiston que le « Teddy bear » sera un complice important relève de l’auteur-adulte qui fait parler un père « imaginaire».
7-
Dimanche matin, on sort les vélos. Tôt. Du vent dans les branches des mélèzes, si beaux, sur le « Petit train du Nord ». Je chantonne en pédalant, cela me vient automatiquement. Déjà, dimanche matin, tout un carnaval vélocipédalant –petits vieux, enfants la langue sortie, dames accortes, athlètes rigoureux, grosses patapoufs suantes, minces alertes— troupe de vaillants pédaleurs dont je serais le « vieux fou chantant ».
Au retour, tenter de traverser —la diagonale du fou-des-gazettes— tous ces journaux « en retard ». Le député Lebel en querelle avec son Bloc pour avoir chicané raidement les accords-Landry avec les Montagnais. Son « chef » ? Rien qu’un ancien marxiste-léniniste », dit-il. Lebel parle du chef Gilles Duceppe le moins charismatique des cheufs. Cette façon d’exhiber l’adolescence « communiste » d’un leader me paraît d’un minable… Sharon-Arafat : prise 10, prise de mort annoncée.
Samedi matin, « La Presse », Marek Halter en entrevue. J’observe ce collègue depuis longtemps. Il intrigue. Souvent, je l’ai vu, rigolard, flegmatique, « clown » aussi. Un bouffon utile ? Ce juif de Pologne fit les beaux-arts d’abord. Et puis, exilé à Paris, étudia le mime avec le célèbre Marcel Marceau. Mystère :il est invité en « artiste résident » à la célèbre université, Harvard ! Soudain, il publie « La mémoire d’Abraham », le succès immédiat. Total. Une suite vient : « Les fils d’Abraham ». Un tome 2 quoi. Faut-il toujours exploiter un bon filon ?
Désormais bien coté en littérature mémorialiste, Marek Halter foncera. Plein de culot, il ira confesser et Arafat et Sharon. Des articles savoureux en sortiront. Ainsi il tente de jouer le « go betheen », le négociateur hors-normes. À la fin de l’entrevue : « Imaginez Arafat —je le lui ai suggéré— en saint Paul parlant aux Hébreux. « Je ne veux pas votre mort ni votre destruction. Je vous aime » ! Cela, dit Halter, lui gagnerait tous les nombreux (?) pacifistes d’Israël. Il ajoute : « J’ai conseillé à Sharon de parler de la même façon. « Un mensonge rendu public engage à jamais, conclue-t-il ». Ouais !Ouen !
L’eau monte à Prague. Et ailleurs aussi. Je cherche des lumières dans les « lettres ouvertes », c’est immanquable. Il y en a souvent. Vox populi… Aussi, des militants déguisés qui rédactionnent –sans aucun esprit libre— à partir des bureaux de leur parti politique. Pouah ! Au courrier : le Salon du livre de Rimouski me marque des dates. Bien. C’est noté. Mis à la gueule de la « petite main de cuivre » près des armoires de la cuisine. Aile consultera souvent et me préviendra, moi, le distrait.
8-
Vu samedi soir, « L’attentat » un bon film d’Yves Boisset. Sorte de jumeau d’un film de Costa-Gravas, genre « Z », ou « L’aveu ». Histoire inventée même si on songe beaucoup à l’enlèvement, en France, à Paris, du leader gauchiste marocain Ben Barqua. Ce fut aussi un film. C’est Morricone qui a fait la musique de « L’attentat » et l’on reconnaît son « lyrage » à l’harmonica, trade mark des étonnants films western de Leone. Étrange de voir l’ORTF (Radio-Canada de France jadis) collaborer à une sordide affaire politique, cela, avec le monde diplomatique du quai d’Orsay et la direction de la police française. Plausible ? Oh oui, hélas. Toutes ces ramifications bien reliées avec Washington et la CIA. Le mythomane cinéaste, Oliver Stone, en Europe, jouirait de tant de grands complots… et réels ceux-ci.
Lu : avoir une fille du type « tomboy » n’inquiète pas les pères, mais avoir un gars efféminé, délicat, cela, oh oui ! les inquiète beaucoup ! Vérité.
Lu : Le lesbianisme. La sortie du placard des athlètes. Via le tennis, c’est plus facile, car c’est un sport individuel. De solitude. Chez les sports d’équipe, il en va tout autrement. Il y a tous les autres autour.
Vu : À « Inside actors studio », Billy Christal (animateur fréquent aux Oscars). Surprise pour Aile et moi —pas bien américanisés— de découvrir qu’il erst un comédien aussi, et bon. Coté. C’est Jeff Wurzz qui réalise cette excellente série de télé regardée à ARTV. Vivant ave Aile, on comprendra que j’ai le besoin de nommer les réalisateurs. Si souvent, les commentateurs (de télé) omettent de le faire. Injustice.
Avec Depardieu en fier Jean Valjean —de Victor Hugo— on a regardé la première de cette série (à 40 millions $ de frais). L’acteur fameux, Marcovitch, brillant en policier acharné, Jalbert. « Les misérables » : quel mélodrame ! Sniff, sniff, Fanzine (Charlotte Gainsbourg) en jeune putain malade pour payer la pension de sa fillette Cosette chez les vilains Thénardier… Sniff, sniff… Que de grosses ficelles ! Que de « deus ex machina » ! Quelle sauce édifiante ! Moralisatrice souvent, ne pas craindre de le dire. Avoir la conviction pour qu’un ouvrage du genre soit « éternel » de ne pas craindre d’y brasser —à gros bouillons— les sentiments humains les plus éculés, les plus primaires. Hugo a osé. Il s’attirait ainsi des « Hugo hélas » à la André Gide mais… Mais ses histoires durent au gaillard à la plume abondante. Je pourrais pas, jamais. « Ah tu peux pas hein ? Bien, reste dans ta houache avec tes petits tirages, grand zazais puriste ! Et vlan à moi-même !
9-
Dans les gazettes, et cela depuis quelques jours, que de cris de protestation face aux « spots commerciaux », ça remue enfin dans les tribunes publiques. Je ne me sens moins seul. Les maudites pubs ! Cette plaie. Ce matin, une enquête révèle que TVA va parfois jusqu’à « 16 minutes l’heure » en réclame bruyante, à la SR, pour « La vie, la vie » ce sera 14, le permis du « 12 minutes à l’heure » (ce qui est trois fois trois) est bafoué. Pollution visuelle crasse sure tous les canaux. Et on apprend que l’auto-publicité n’est pas compté selon les critères de ce satané mollasson de CRTC. Non mais…
Fou, je dis à elle : « si on enregistrait tout une journée d’avance, on regarderait cela chaque lendemain —le nouvelles de la veille !— en faisant vite défiler les maudites pubs, non ? » Elle rit. Aile est moqueuse. C’est que j’en peux plus. Combien sommes-nous ? Mettre les pubs avant et à la fin d’une émission, jamais durant… Est-ce si impossible à demander ? Formerons-nous un jour une chaîne de solidarité mondiale ? Karl Jasmin dit : « Téléregardeurs du monde entier unissons-nous !
Jeudi dernier, retour de fête chez Dube et dodo Chemin Bates, au matin : le trou. L’horreur. Derrière notre pied-à-terre, un Monsieur Paquin installe les fondations du futur bloc de condos. C’est parti. Lettre « enregistrée » et obligation d’aller faire la queue à la poste rue Van Horne. Contenu : « Soyez prévenus, dit le bonhomme Paquin, va y avoir dynamitage ! » Merci. Filer au lac. Et tous ceux qui restent en ville ? Eh !
10-
Samedi, visite du clan-Boucher avec « le général » Pierre et son fils « le colonel » Claude, le prof Jacques, les épouses… et le chien géant ! Un énorme labrador noir qui nage comme un infirme ! On a bien ri, bien mangé, il faisait si beau. J’aime voir Aile questionnant ses deux frérots avec tendresse.
Le dire : il y a dans la saga du Lac Saint-Jean de Bouchard (« Mistouk ») des moments vraiment comiques parmi tant d’épreuves accablantes. Formidables passages. Des « veilleux » drolatiques. Farcesques. Des curés (avec un aspirant-archevêque à Roberval) inouïs. Des amérindiens (de Pointe-Bleue) émouvants. Un tas de scènes pittoresques. Son Alexis-le-trotteur est brossé avec fougue. Bouchard est aussi un homme de sciences sociales et cela lui a fait installer de vastes pans ethnologiques savoureux et utiles pour la mémoire de ses gens. Son héros, le beau, le parfait Roméo Tremblay, nous amène aux Etats-Unis fréquemment et nous fait voir l’exilé volontaire de jadis avec beaucoup de réalisme.
J’ai songé souvent en le lisant à la saga des Molson, lue récemment :deux mondes. Mêmes époques. Le richard brasseur prospère et les défricheurs, là-haut, dans la marde !
11-
Vendredi, nouvelles tentatives aux pinceaux : l’embaumeur M.Cloutier, le directeur de funérailles M.Turcotte, le bossu « Quasimodo », gardien de la patinoire publique, le buandier chinois… Pas fort, fort. Je me décourage pas. Reprendre ces thèmes, sans cesse….
Un projet me hante : une jeune fille et son papa qui est quitté par l’épouse volage…Il l’expédie en mission (en repérage !) sur la Côte Nord. Voir s’il pourrait pas y refaire sa vie de vétérinaire. Un besoin d’air pur, d’éloignement surtout. La beauté blonde s’amourache vite d’un rastaquouère séduisant, noir de poil, agitateur amérindien qui quitte, lui, le taxi, pour se réinstaller à Havre Saint-Pierre.
Bref, ce serait une adaptation pour la télé de mon roman, « Papa-papinachoix » publié en 2000. Suis-je fou ? Quoi ? On me dit si souvent que l’on souhaite —Téléfilm et cie— projeter un peu de lumière sur « les régions ». Mon projet aurait donc de bonnes chances d’être accepté. Quand montre-t-on ce vaste « pays d’en haut » ? Jamais. Cet été-là, nous avions tant aimé, Aile et moi, ce long littoral qui va de Tadoussac à Pointe-Parent —une réserve— tout au bout de la 138.
Suis-je fou, mon album même pas achevé… !
Aile a terminé « Les voleurs de beauté » de Pascal Bruckner. Des riches oisifs Kidnappent de belles jeunes fille, l;es enferment dans leur manoir. Aile : « C’est fou, c’est terrible, c’est tordu ! T’aimerais pas trop… » Elle me connaît. Je ne le lirai pas.
Le Bruckner, m’explique Aile, installe son roman à partir d’une idée. C’est un philosophe (nouveau !). Moi, jamais, je n’ai rédigé un roman via le monde des idées. Jamais. Je trouvais un personnage,. Une situation et je me jetais à l’eau. Je me racontais une histoire. Sans plan aucun. Je traquais la vie seulement. Je prends conscience qu’il y avait toujours la mort. Existe-il un autre sujet important au fond ? « Et puis tout est silence », mort annoncée de mon jeune héros. « La corde au cou », mort de la jeune maîtresse infidèle. « Délivrez-nous du mal », assassinat de l’homosexuel trompeur. « Éthel et le terroriste », mort par bombe du FLQ. « Pleure pas Germaine », mort de Rolande charcutée par une avorteuse. Je ne continue pas.
La mort. Raison de notre bonheur, être vivant, rester en vie. Quand, autour, meurent tant d’autres. Davantage avec les ans. Ma peine.
12-
Je suis renversé samedi matin, j’échappe de mon café quand l’amie Josée me lit —chronique nécrologique de « La presse » : « Est décédé F.-X. Renaud, 20 ans, dû à une complication résultant du départ de son âme sœur (!). Il laisse dans le deuil son amour éternel, melle C. Morel, ses deux enfants à venir (!), Gabriel et Mara … aussi « une foule innombrable de connaissances » (!). «Obsessionnel et grand utopique, il laissera en mémoire une personnalité grandiose (!) et romanesque ainsi que sa citation préférée : « Pour un guerrier, il n’existe pas d’amour impossible ».F.O.D. Non mais…
Lu sur David Lynch : « Je ne lis pas les journaux et ne regarde jamais la télé ». Eh bin ! « Assis, je rêve attendant d’attraper des idées. C’est comme aller à la pêche : des jours à rien prendre, l’hameçon est toujours là, un jour ça mord ». Non mais…
On imagine un acteur tout ordinaire et Beaunoyer nous raconte Marcel Lebœuf qui a une agence de bus (« Pause café »), une terre à en plus finir où il réinstalle le chêne, une chronique (dans « La Tribune »), de la radio, son théâtre d’été (à Kingsey Falls), qu’il donne des conférences dans les Bois-Francs (sur la gestion d’entreprise !). Enfin, Lebœuf est allé, à pied, 500 km, un mois, faire le célèbre pèlerinage à Compostelle, en Espagne. Il va jouer dans « Virginie », travaille à un « one-man show », sera à l’Olympia pour reprendre « Ladies night », et, dit-il, il a d’autres projets en marche ! Bon, me voilà rassuré, il y a plus compulsif et projeteur que moi. Ouf !
13-
Ce matin, bonheur ! Bérubé de La Presse nous parle du p’tit magasin de mon enfance, rue De Catelnau, « Chez Donat ». Là où j’allais pour des chapeaux de papa — à faire « bloquer »— pour le cirage de chaussures plus tard. On peut y aller voir, métro-Jean-Talon, c’est une toute petite boutique qui est toujours là, coin Berri. André a pris la relève de « papa Caldanori ». Demandez à André de voir les vieux moules en bois de pin du temps que les hommes portaient des chapeaux variés. Il les a gardé.
Lu : un Jésus aux femmes ! Un archevêque venu d’Argentine, Romulo Braschi, 60 ans, a ordonné à la prêtrise sept femmes au début du mois. Braschi, archevêque emprisonné et torturé en « Argentine des colonels », accuse l’église de Rome de « connivence » avec les bourreaux du temps. Il a donc pris ses distances avec le Vatican depuis et a fondé sa secte ( 13,000 membres) à Berlin. Le Saint-Siège ne reconnaît pas la patente de son évêque ! Faut-il le souligner.
14-
Je sors d’une lecture très étonnante. Histoire vraie. Un petit garçon chétif, à lunettes, découvre l’ordinateur (un vieux Commodore) sur les genoux de son pépé à Helsinski en Finlande. Le petit Linus Torvalds a cinq ans ! Fort en maths, il sera prof à l’université. En électronique bien entendu. Là, il va inventé (améliorant un système hollandais, Unix ) son Microsoft bien à lui. Va-t-il devenir comme Bill Gates multimilliardaire ? Non. Tenez-vous bien :il donne son invention. Il l’installe sur Internet et invite tous les internautes du monde entier à y ajouter des trucs, à améliorer son invention. Une seule loi : que ce soit toujours gratuit. Un club naît. Ils seront d’abord des milliers. Ils sont vingt-cinq millions désormais. Le système se nomme Linux. Emblème :un pingouin aux pattes et au bec orangé.
Fabuleuse histoire non ? J’ai passé les chapitres techniques. Il en reste, avec ce « Il était une fois Linux » (éditeur OEM) un récit incroyable. Torvalds s’exilera en Californie (Silicone Valley) où on l’invitait à organiser des applications technologiques à partir de ses découvertes. Il est devenu très riche et très célèbre dans ce domaine. Grosse maison, char luxueux, le fameux rival de Gates-le-monopolisateur, Crésus honni (et maintenant formellement accusé ) narre son parcours peu commun à David Diamond, journaliste californien spécialisé.
Linus Torvalds, génie reconnu, affirme péremptoirement que « les idéalistes sont assommants, angoissants » et qu’il n’a aucun respect pour eux. Imaginez mon étonnement ! Encore ? Qu’il n’y a que trois étapes dans la vie : la survie (niveau primaire de l’existence) l’organisation du social (niveau secondaire) et puis quoi ? Le divertissement. Tout mais absolument tout conduirait à cela : le divertissement. Même la guerre ? « Oui. CNN, c’est quoi ? C’est la guerre comme divertissement » dit-il. Parlez-moi d’une âme joyeuse ! Je me suis sondé —on a confiance aux génies— ce Torvalds n’a ni morale, ni éthique, ni « bobo » de conscience. Il est mon contraire ? Il proclame qu’il faut et sans se questionner faire confiance au progrès. Que même la manipulation de gênes, le clonage, tout quoi, toute découverte, innovation, doit être encouragées, mieux que tolérés ! Pour ce petit ex-gamin barnicleux, matheux, assis sur les genoux du grand-père… ce Linus Torvalds « seul le progrès technique est la bonne solution. À tout. En avant et silence les dissidents.
L’intelligence artificielle pourrait–elle dépasser celle des humains ? Pis ça dit Tirevalds ! S’en fout le Linus de Linux. Il répond : « aucune importance, on fera avec ». Ah oui, j’ai réfléchi et je suis encore à l’état de choc, sonné. S’il avait raison… Un livre séditieux en diable ce « Il était une fois Linux ».
Mon Marlou-Marleau se repointe. Joie. Mon dessin d’un regrattier de ruelle l’a stimulé et il s’est souvenu d’un merle graphiste, lui. En 1974, il mijotait dans de l’option arts plastiques. Iconoclaste, il ose rapprocher Sœur Madeleine Gagnon du…démon, disant qu’elle a parlé à Belzébuth le jour où elle me fit venir dans son antre de charité. Hon !
Autre abonné du journal, G.Tod. Cette fois, il me gronde. Avec raison. Oui, je suis candide. « Bienheureux les creux… », sermonnait le plus grand des prophètes, Jésus, le Galiléen. Il dit que « langue comme religion » servent à diviser les braves gens ! Bin… Non mais…un instant Tod ! Je le suis bin mal, l’escogriffe ! Il enrage cependant, avec raison, quand il se baguenaude dans nos terres, de voir tant de nos habitants souitcher illico à l’english dès qu’il l’ouvre. Je fais cela souvent. Avec les touristes des USA ou de l’Ontario. Je ne parle plus un traître mot de
La langue de Shakespeare seulement avec nos —racistes— anglophones nés ici, au Québec. Me comprendra-t-il ? Il se moque de la « capitale mondiale de la poésie » à Trois-Rivières, une fois l’an. Je lui donne raison ici. Une farce. Qui ne nuit à personne, remarquez, mais qui entretient des illusions.
Manon A. se rapproche. Il y aura un coup de fil. On ira vider un gobelet de houblon sans doute, samedi midi … Elle me dit qu’elle me fera signer son exemplaire de « La petite… chose ». Sans les illustrations —à venir. « Bin sûr », dirait Victor-le-Matamore, celui de « 3 pistaches » qui écrit sur Louis-le-matamore-Cyr.

Le dimanche 4 août 2002

1-

Un dimanche mat. Ciel bouché. La blancheur intimidante, annonciatrice de pluies. Il a fait si beau ces derniers jours. Oh (oui) les beaux jours, monsieur Beckett ! Hier, un samedi parfait. Éliane, ms file s’amenait au chalet avec mon Marcogendre et le grand Laurent (il pousse à vue d’œil mon cher cégépien d’Ahuntsic !). Baignades à répétition sous ce beau soleil. Du vent. Marco sort une de mes planches à voile pour initier son gars. Tout de suite, Laurent saisit les astuces du véliplanchisme. On ira chercher au garage d’en bas le benjamin (qui rentrait d’un camp de vacances chrétien de Mont-Laurier tout ragaillardi. Gabriel retrouve donc son copain (un voisin), William (habitant du 3 e arrondissement à Paris) dont la maman va rentrer de France bientôt. Hier, William dit : « J’ai su par Jacob (fils du voisin Lagacé) que vous écriviez des livres. Je lui donne une « Petite patrie-en-poche. Dédicace. « Merci, merci monsieur ». Il dit : « Je vais commencer à le lire ce soir ». Alors hier matin, au rivage : Épis, as-tu aimé ta lecture ? » Il fait : « Oh oui, beaucoup m’sieu » ! Riant, je dis : « Sur une échelle de 1 à 10, tu me mets combien William » ? Sa réponse polie, il jongle un instant : « Euh…Neuf et demi » ! Le gentil garçon et… j’ai honte de moi.
Sortie des cannes à pêche, en fin d’après-midi pour Gabriel et ce William… et un achigan en sort. Et des crapets, aussi de la mini- perchaude. Clic, clic ! Photos par Laurent. Aile offrait des trempettes et s’en allait ensuite voir au souper. Ce groupe-des-six jasera ad lib sur la galerie en dégustant fraîches laitues —le « dressing » expert d’Aile, yam !— et hamburgers bien cuits sur le barbàqueue (oh vache folle !). Vin rouge et coke diète. Enfin de ce bon gâteau (sans glaçage sucrée) dont Aile a le secret.
Avant le départ, expo-minute de mes essais graphiques en cours. Marco, mon web-maestro, et ma fille, bien admiratifs. Ils sont très stimulants. Laurent et Gabriel aussi. Ma foi, je me trouve « pas si mauvais » que je croyais. Marco en prend « pour, dit-il, « scanner » pour mon site web ». N’y connais rien. Confiance. Faut dire que je suis fier de mon « guenillou plein d’poux » et sa barouette à cheval.

2-
Dodo ? Aile poursuit le Bouchard saguenayien et je lis du Rimbaud car j’ai installé le célèbre voyou de Charleville, Arthur —et Paul (VerLaine)aussi— à mon chevet. Ce « Coffre de cèdre » de Mac Donald m’échappera, l’ayant abandonné il y a si longtemps, il faudrait que je recommence ma lecture pour m’y retrouver dans son fatras de personnages. Je dérange Aile pour lui lire des bouts exemplaires de la prose rimbaldienne. Oh le génie ! Téléphone tard : Éliane a oublié les bagages du campeur Gabriel dans ma Jetta. Demain matin, un ami, Mario-Paquette-l’architecte (du 12 ième Rang ), qui doit « descendre », viendra chez nous récupérer tout ce stock. Je lui donnerai un exemplaire de « Papa papinachoix » pour le remercier du dérangement.
Mercredi, le jeune réalisateur La Frenière (pour « Tablo » à Artv) me courriellise. Il me remercie pour l’hospitalité et est fébrile devant « beaucoup couper » pour son montage de… 8 minutes ! Je lui quête le vidéo sauvage « au complet » pour mes archives. Pour ma bio du Canal D, chez Béliveau Inc, on avait accepté de me donner les « chutes » des enregistrements. Il me quémande —à moi et à Aile l’ex-réalisatrice— des échos « après diffusion » me disant (comme il a raison !) qu’il y a peu de « feed-back » dans le métier (rétro-réactions).
3-
Je lis le Gilles Courtemanche à succès : « Un dimanche à la piscine à Kigali », prêté par mon voisin Jean-Paul. Pas un bien bon roman, il est journaliste —longtemps efficace « grand reporter » à la SRC— et cela (pour mon vif plaisir) lui fait farcir son roman de documentation réaliste sur ce Rwanda en sang. Courtemanche, dans Outremont comme aux Salons du livre, me bat froid, « ne me voit pas », tel un Hassidim, sans que je sache trop pourquoi. Mépris du « romancier populaire » ? Je dois dire qu’il n’est pas du genre (son droit) à se mêler aux camarades en écriture. Ce « Dimanche à la piscine.. » est d’une cruauté terrible face aux fonctionnaires en tous genres qui s’offrent « jardinier et cuisinière, indigènes bien tournées, le tout —vains bureaucrates satisfaits— aux frais de l’ONU, des bouts que j’aime beaucoup évidemment. G.C. écrit : « La France : suffisance, le Canada : innocence, les USA : ignorance ». Il réussit excellement, via l’histoire d’amour de Bernard Valcourt (son héros québécois venu installer la télé sans y parvenir), à illustrer cruellement l’effrayant massacre des « beaux » Tutsies minoritaires par les Hutus racistes et nazifiés (depuis la petite école).
N’empêche, cet ex-reporter de télé, payé par Ottawa, dans un programme-ONU, (on songe à André Payette —ou Pierre Castonguay— qui alla en Afrique), entché du merveilleux « physique » d’une « petite jeune » serveuse indigène de son hôtel-à-piscine (le « Mille-Collines ») est bien faible. Il fait l’éloge de la beauté physique avant tout. Il fait du héros (divorcé ) une sorte de voyeur (et consommateur de chair fraîche) plutôt pathétique. Pas très humain. Pas attachant du tout. C’et , ensime, une harlequinade : au début de l’idylle, la « pauvre jeune beauté noire » songe à l’exil salvateur avec son « Blanc instruit » venu du confortable Canada.
J’ai donc sauté des passages —d’un érotisme convenu— pour lire avidement sur les tenants et aboutissants de ce « très » épouvantable génocide. « Ils n’avaient (les Hutus déchaînés) pas les moyens des fours à gaz, c’est tout », écrit Courtemanche. Ce sera donc « à la main », à la machette, les empilements de cadavres mutilés, violés, le long des routes —à tous les carrefours— du Rwanda.
4-
À T.Q. ce mercredi, étonnant documentaire sur une vieille dame d’un petit village italien qui tient absolument à retrouver son frère et sa sœur, orphelins pauvres, vendus par des curés à des adopteurs étatsuniens vers 1950, après la guerre. Elle questionne les autorités cléricales : « omerta ». Une maffia ensoutanée. Mais elle s’entête et avec l’équipe du film ($), part pour les USA. Recherches. Péripéties. « Omerta » là aussi chez des curés « oublieux » culpabilisés.
Retrouvaille enfin ! Chocs émotifs terribles, on l’imagine. 35 ans passaient ! Un bon film. Étrange : hier, Éliane et Marco me parlent d’un Italienne rencontrée à leur église (baptiste évangélique) qui, elle aussi, fut victime de ces « catholiques » ventes d’enfants. J’ai raconté ce film. Le monde, oui, est tissé serré !
Enfin, on a vu (loué) « La pianiste » avec Isabelle Huppert, très primé à Cannes. Mystère ! Mon correspondant de Concord, G. Tod, avait bien raison : un film débile, un film racoleur, sans logique, avec une fin ratée. Une sado-maso toute déboussolée, prof de piano, cherche à se mutiler de toutes les manières. On a juste envie, dès le début de ce navet, de crier : « Appeler le 911 de Paris, c’est urgent ». Critiques louangeuses pourtant et ces « prix cannois », il y avait, cette année-là, des jurés morbides complaisants. On sait bien que la mauvaise santé mentale fait des ravages chez cette jet-set ultra-mondaine, ici comme ailleurs.
Correction : c’est une autre —celle au « distinguo »—, pas Gisèle Halimi, dans une gazette, qui acceptait la prostitution au nom de la liberté (des malheureuses démunies).
5-
Vendredi soir, Tommy Lee Jones (« Man in black ») est le 35 ième invité de Lipton à Artv. Son papa a un contrat —en Lybie pour le pétrole, avant Kadhafi et ses fermetures aux USA. Au secondaire alors, Jones refuse de s’exiler. On l’installe dans un pensionnat utra-prestigieux (à Houston ?). Cette école riche est une « porte-ouverte » ensuite pour une université chic de New-York. On l’inscrit. Il y découvre par hasard le « jeu »…celui du théâtre et s’y mettra. Il a du talent aux théâtres de New-York, du succès mais… il apprend qu’on lui refuse de bons rôles parce qu’il n’a pas « un gros nom » L’affiche de Broadway en a besoin. Pour le fric ! Alors, il part pour Hollywod se faire « un gros nom ». « Et puis, chose faite, je ne reviendrai pas dans l’est », dit-il, sourire en coin. Un ton sec, Texan oblige ?, un débit difficultueux (ex-bègue sans doute). Un peu sosie de notre Lalonde, acteur et romancier, Jones répond intelligemment aux questions avec une sorte de terreur : sa difficulté à parler !
Lipton : « Du côté de votre mère il y a du sang Commanche, non ? Lui : « Non, pas du tout. Cherokee. » Lipton : « Bon, bien, c’est de l’Amérindien, non ? » Lui : « Attention, Comanches et Cherokee c’est aussi différent que Français et Chinois ». Étonnement partout. Comme le paralysé Christopher Reeve (correction : pas de « s »), les chevaux sont sa passion désormais. « Oui, je trouvais le tennis ennuyeux (!) et le golf ça restait une affaire de riches à mes yeux ». « Le cheval est le plus beau des mammifères », s’écrie-t-il. J’ai alors songé aux misérables canassons (percherons ?) des voitures du laitier ou du boulanger, des maraîchers ou du regrattier de mon enfance. Bêtes que je tente d’illustrer ces temps-ci. Mammifères bien peu esthétiques Mister Jones !
6-
Hier matin, samedi, songeries —je compose des images d’illustrateur—, rêvasseries au bord de l’eau. J’oublie mon petit carnet de notes à « journal » qui me suit dans la maison. Je m’échappe sans cesse de mon devoir d’aquarelliste, je songe à cet anarchiste « des marais » Henri-David Thoreau (qui inspira un Gandhi), celui du « gouvernement qui gouverne le moins est le meilleur des gouvernements », ouais ! Vrai quand on songe aux bureaucraties énervantes pour tout libertaire mais si faux quand on souhaite, comme moi, une justice sociale, redistributive, pour les malchanceux du sort, les démunis, les « ceux qui ont pas eu la chance de s’instruire », les « ceux qui sont nés avec un quotient intellectuel déficient ». Alors oui, je consens volontiers « à taxes et impôts » et tant pis pour ce maudit lierre épais des fonctionnaires tatillons. Je mourrai socialiste. Et déçu.
Sylvio LeBlanc (mes chères « lettres ouvertes ») dit juste. Pourquoi tant de doués en musique populaire refuse-t-ils de choisir les mots de nos meilleurs poètes.
Ils devraient imiter un Léo Ferré, par bon exemple, qui a su dévoiler aux foules Baudelaire, Verlaine, Breton, Éluard, et qui encore ?, avec ses chansons. Charlebois a fait un beau Rimbaud. Et puis plus rien hélas ! LeBlanc juge (lu aussi) si débiles, si pauvres, tant de paroles niaises sur des musiques réussies.
Samedi matin, le Dev, Courtemanche narre d’excellents souvenirs de fêtes modestes en Bretagnedu sud où il avait séjourné. Il souhaite qu’au Québec l’on s’y mette davantage. Si vrai. Ici, le 24 juin, il y a eu une de ces « fêtes au village » très modestes. Ravi d’y avoir croisé des jaseux qui racontaient de formidables souvenirs. C’était tout simple, humain, d’une convivialité familière, et bien chaleureux.
Aile suivait avec passion les jeunes téléastes de « La course… » à Radio-Canada. On voit bien qu’il en sorti de fort talentueux jeunes talents au cinéma québécois de maintenant. Un certain Trogi —qui fit « La course… »— vient de signer un film —« Québec-Montréal »— cocasse et qui semble faire florès. On a mis la hache —coupures budgétaires !— dans cette glorieuse jeune « École ». Un désastre, non ?
Sartre préférait Honoré Balzac à Marcel Proust. Hon ! Il dira sur le fameux Marcel : « Un esthète compassé ». Hon, hon ! J’appludos. N’ayant jamais pu continuer sa « Recherche… », j’applaudis le vieux « coq-l’œil » de Saint-Germain-des-Prés. Je préfère Louis-Ferdinand Destouches, alias Céline.
Lysiane —fédérate— Gagnon rigolait samedi et c’est rare tant elle fait des boutons à fesser les indépendantistes. Je lis : « Il n’y a plus que les prêtres et les homos pour tant souhaiter le mariage ». N’y a-t-il pas des notaires partout pour rédiger des contrats d’union entre individus ? Et des testaments ? La loi Bégin garantit les droits des homos —le mot « gay » est interdit chez moi tant ce vocable (amériquétainerie)— est sot— et c’est justice. Mais c’ est trop peu : le ghetto-homo militant réclame « plusse » :le mariage en règle, le vrai, le normal, l’ordinaire, le total, le gros mariage à l’ancienne ! Non mais…
7-
C’est quoi cette guerre cachée, tue, camouflée, niée, en Tchétchénie depuis 1999 ? C’est 1,000 indépendantistes actifs —« foin des fédérations forcées »— face à 70,000 soldats russes bien équipés ! Il y eu une première guerre anti-souverainiste (menée par Moscou) en 1994-1996. Le nouveau KGB, baptisé FSB, crache du fric pour infiltrer les nationalistes, déniche des délateurs de « patriotes ». Le sang coulait hier, il coulera demain. L’ONU se tait (se terre), comme pour le Rwanda où l’ONU —tout comme les paras belges, allemands, français—)savait fort bien ce qui se tramait (lire : « Un dimanche… »). Comme pour Israël. La Russie, pays démocratique et souverain n’est-ce pas ? Washington-le-pentagone-la-CIa est aveugle. Laissons-les s’entretuer. Bush a besoin de Poutine, oui ou non ?
Alain Stanké a fait ses adieux d’éditeur dans La Presse. Il résume sa longue carrière et a bien raison de son satisfecit. Il qualifie —énumère— ses bons coups, ses auteurs. À mon nom, je lis : « le brillant Claude Jasmin …. » Hum ! Ça peut être péjoratif non ? Brillant comme dans superficiel ? Parano le bonhomme ? J,sais pas, j’aurais préféré, tiens, candide, naïf. Oui oui !
Un autre qui barbouille ? Oui. L’acteur André Montmorency. J’aime bien tous ces « amateurs » à « violon dingue ». J’en sais les bonheurs. À Sainte-Agathe, une vaste expo : des centaines de noms. Plein d’inconnus du public. Pis ? Démonstration que peinturlurer est un besoin souvent. Une quoi ? Une porte ouverte sur la liberté. « Une thérapie », disent plusieurs. Oui, oui, pis ? Un monde hoirs du rationnel, comme la musique, une pace accordée aux sentiments, aux émotions. Hier soir, je lisais dans mon Rimbaud qu’il abandonnait, adolescent, la poésie ancienne, celle des raisons raisonnables, des buts louables, des idées nobles (Banville et Cie), il cherchait des…sensations. Des illuminations. Ainsi de la peinture, à des degrés fort variables cela va de soi. J’irai à Sainte-Agathe.
Aux actualités hier soir : « Montréal devient une des capitales du tourisme…gai ». Bravo ? Bravo ! Ces célibataires (pour un très grand nombre) sont d’excellents consommateurs et le fric répandu est bienvenue ! Pour le fric-à-touristes —subventionnons, tous, nos restaurateurs, nos hôteliers :jobs, jobs !— il y a l’humour, le jazz, les francos —souvent anglaisés—le cinéma, la parade homo, et quoi encore. Vite, si vous avez une idée, correspondre avec le Ministère-Tourisme. À Toronto, comme ici, joyeux défilé antillais ! Les Caraïbes dans nos rues ! Est-ce qu’aux Antilles, —Jamaïque, Trinidad et Tobago, Martinique ou Guadeloupe— l’on organise une fête nordique —voire arctique ? Une fête des neiges ? Avec chiens-loups, traîneaux et iglous, avec tuques et foulards multicolores, grattes et pelles, avec une grosse souffleuse toute décorée ? Eh maudit qu’ils pensent donc pas au tourisme dans ce sud-là hein ? On nous montre des travestis en folie et on entend l’animateur tout guilleret : « C’est merveilleux, formidable, on dirait que la ville leur appartient ! » Sa taire. Un mot de travers et c’est l’index —bien « correct »— braqué sur vous : « intolérance ».
Oh, oh ! Aux nouvelles d’hier encore : « Moins d’émigrants —sortez des terres occupées, ça ira un peu mieux M. Sharon— en Israël et les Palestiniens font davantage d’enfants que les Israéliens (orthodoxes) » ! Danger flagrant de minorisation. Peur ! Campagne de l’État très inquiet là-bas pour faire s’accoupler —ô mariages, mariages !— les jeunes célibataires. M’sieu Sharon, ces fertiles Arabes, pas moyen de les stériliser, non ? Vous y pensez ? Vos chars blindés en Cisjordanie, distribuant des tas de capotes, non ? Il trouvera c’est certain.
Quoi litre maintenant ? Hésitation : des nouvelles de Shlink (dont j’ai tant aimé « Le liseur », ou Dolce-Huston, son repas de bourgeois très arrosé, avec elle-même-narrateur-Dieu-le-père qui conduit ce bal des gourmets ? Je verrai.
8-
Ce matin, lecture sur le… mandala, sauce bouddhiste. Une planche et dessus, du sable coloré distribué pour former une abstraction. Tu t’assoies devant et tu médites. Puis tu vas jeter ça à la rivière. Papa faisait-il cela avec ses tableaux au sable dont j’ai quelques modèles. Lui, le jongleur perpétuel. C’était avant son essor fameux en céramique naïve. Papa ne jetais pas son mandala friable, non, il le vernissait pour qu’il soit durable. Parant « papa », ce matin, Stéphane Laporte (La Presse) raconte bien « l’été, le soir, le balcon, la canicule, l’enfant (lui) qui peut veiller tard ». Laporte devrait faire éditer tous ces beaux —parfois savoureux— morceaux sur son enfance proche de la rue Décarie —il y revient assez souvent— et titrer : « La petite patrie de Stéphane ». Il y aura un jour cent, mille « petites patries » ? J’en serais ravi le premier. Même canard du dimanche : mon éditeur —et prolifique auteur— c’est son tour, est dans les devinettes du jour. Je lis : « Auteur né le 2 septembre à Saint-Paul de la Croix ». Ah ! Saint-Jean de Dieu viendra donc après ? Et puis, jeune ado, ce sera Montréal-Nord —« Race de monde »— à quatorze (14), douze rejetons dans un 4 et demi » ! Je n’en reviens jamais, je lui ai dit, de ce fait.
Canular ? Roger Drolet, le « preacher » laïc (pas tant que ça !) de CKAC et du cinéma Château a accepté de faire « Juste pour rire » l’été prochain. Je peux, si c’est vrai, lui garantir un fort bon succès.
Correction : Marchaudon et non Marchildon, la modeste et dynamique libraire qui jette son tablier, rue Laurier.
9-
Philippe Moreau, monomaniaque des lettres ouvertes ? —comme moi avant l’exutoire merveilleux du journal— réplique solidement au Arseneau qui, récemment, « plantait bin raide » tous les jeunes pèlerins réunis à Toronto. Il le traite de rien de moins que : « nouvel inquisiteur ». J’ai croisé sur la route-médias un laïciste forcené de cette trempe. Un petit tonneau du nom de Baril (!), présidant outremontais d’une ligue… d’inquisiteurs athées à masque de « droits de l’homme ».
La brève prière —assez neutre au fond— aux assemblées de l’hôtel de ville le rendait malade. Son acharnement à interdire ce moment de réflexion spiritualiste me fit le traiter à TVA —­la langue dans la joue, hein— de belzébuth ! Il en resta interdit un moment craignant peut-être que je sorte de ma poche un goupillon pour l’ arroser d’eu bénite. Quand j’ai défendu les crucifix chez le maire Gérald Tremblay, même émoi chez ces énervés.
Même si la majorité des nôtres désormais n’est plus « pratiquante » toute notre histoire —notre culture— (montréalaise en particulier) est tissée par les dévouements des Croyants —religieux et laïcs— qui fondaient Ville-Marie. Réalité incontournable. J’avais dit (à TVA encore) : « faut-il vite aller déboulonner le grand crucifix de métal sur le mont Royal » ? Depuis silence chez, oui, Philippe Moreau, les nouveaux inquisiteurs.
Oh le bon « papier », mercredi ! Signé par la jeune Rima Elkouri : « Il faut toujours se méfier des vieux », phrase prise au vieillard alerte, Henri Salvator (85 ans). Elkouri, comme tous ses collègues, séduite par « l’ancêtre » venu de Paris, note : « …nous qu craignons tant le passage du temps ». Ce même jour, un vieux verrat est en prison ! Chaque jour, il vidait de ses sous et de ses cennes —avec deux comparses— la fameuse « Fontana di Trevi », à Rome. En voilà un grippe-sous, littéralement. C’était, dit l’agence de presse, un revenu dans le 15,000 $ par mois. Non imposable ! Rome ramassait des miettes —prudent Roberto Cercelletta— pour donner à ses pauvres. Pour gagner plus de 150,00 $ par année, Roberto devra travailler dur quand il sortira de sa geôle. Souvenir : en 1980, au détour de rues et de venelles, Aile et moi, tombons sur la fontaine surchargée, immortalisée par Fellini (« La dolce vita »). Notre déception. On imaginait une vaste plaza à la hauteur de sa renommée. Rien du tout. Coincé, le lieu célèbre. À ses pieds, c’est la vue étonnante de personnages neptuniens, un baroque déchaîné, ouvrage fou, une vision excitante et ses eaux mugissantes….
Les éditos des journaux des USA font des réserves sur le projet —W, et ses militaristes conseillers— d’abattre Saddam Hussein. « L’après Saddam H. » reste l’immense point d’interrogation. En effet ! Ce matin, sur cinq colonnes, des experts divers (certes démocrates souvent mais aussi des républicains) font voir les difficultés à prévoir. Sagesse qui rasure un peu. Si W. B. les écoute ! Il y a Saddam débarqué, voire assassiné avec un guerre ruineuse de l’Irak (« axe du mal ») et de la « reconstruction » pas moins ruineuse. Et alors ? Le chaos total, prédisent certains. Ou bien, se sachant perdu, il se défend : bombes (biologiques) venus de ses dépôts clandestins et, plus inquiétant encore, capacité de « ré-actionner » des arme chimiques (bactériologiques) —il en usa, allié des USA durant la guerre à l’Iran, contre ses ennemis religieux— cachés, oui, cachés, entreposés, aux USA. Chaos « at home » ?
Tremblez mortels !
10-
Ma fenêtre. Le drapeau bin flaque. Pas de vent hélas. L’humidité règne. Hier, plein de cris sur les berge, des pédalos en grand nombre, et « le canot du dragueur » qui depuis 20 ans, sillonne le lac. Lui debout, ou à genoux parfois, avec, à son bord une jeune pouliche ramassée on ne sait trop où. Rituel qui nous amuse comme nous amuse cette jolie dame digne, raide dans son pédalo bleu poudre, au chapeau de paille 1900, qui passe et repasse, une fois par jour, à heure fixe, son « Devoir » sur les genoux, acheté au bout du lac, à un coin de rue de la plage municipale. Souvenirs : longtemps, à Ogunquit, durant 20 ans, chaque été, un zigue bizarre —sosie de Jack Lemon— s’amenait chaque midi, son filet sous le bras, son ballon sous l’autre. Il guettait, appelait des jeunes gens libres pour qu’une partie de ballon volant débute. Une vraie curiosité. Aile et moi toujours fascinés par son manège chaque été. Sa casquette sur l’œil, son maillot de bain bien ajusté, on le vouait tout heureux quand, au bout de vingt minutes, il parvenait à former deux équipes de jeunes joueurs. Pas un seul été, le Jack n’apparut pas. Étrange loisir, non ?
Hier, je dis à Laurent —et c’était vrai— que je venais de voir une drôle de bestiole entre deux eaux. Sorte de (trop) longue grenouille, immense bebitte inconnue de moi. Il rit. Je lui dis : tu pourrais filmer ça, tiens, tu aimes les caméras. Titre : « le monstre du Lac Rond ». Scénario de papi : on voit la plage municipale, mon Laurent : un gars et une fille, sa blonde, nagent. soleil aveuglant. Rires. Ballons. Sauveteur qui roupille sous son parasol dans sa chaise-haute. Vu ? Soudain, qui sort de l’eau, une tête monstrueuse surgit de l’onde ! Cris. Panique ! Témoignages contradictoires. Plus tard, crépuscule et farces pour se rassurer. Un comique ? Un homme-grenouille aimant les attrapes ?
Une semaine passe. Autre séquence :plage du Chantecler, en face. Jeunes touristes chassant les rainettes à l’ouest de la plage. Encore une fois, stupeur, cris de panique : au large, cette tête effrayante, serpent, poisson inconnu. Monstre survivant aux chutes des moraines quand, ici, dévalaient les plus vieille pierres du monde connu, celles de ce bouclier laurentien. Le temps des glaciers qui fondaient. De la grande Mer Champlain quand on ne voyait que le mont Royal et les hautes cimes des Laurentides. Des vieux en débattent, ce soir-là, autour d’un feu de camp.
Une semaine passe encore. Des reporters sont venus. De partout. En vain. Un bon matin. Nos deux jeunes héros, à l’aube, avec des filets, vont aux ouaouarons, ceux du marais deltaïque, petit site protégé à la charge du lac. De nouveau, proche du rivage la bête… apocalyptienne ! Un des héros sort du canot, criant, se sauve dans le boisé. L’autre reste dans son canot. Le fuyard, essouflé, raconte à ses parents. On part, en groupe, un à sa carabine, vers le marais aux nénuphars. Plus rien. Le calme. Le canot renversé…
« Pis ? Pis ?, me dit Laurent. Moi : « Ah, faudrait rédiger toute l’histoire, tu vois ça, un conte pour tous. Tout simple. Juste pour nous amuser, ilustrer la paix, la beauté de l’été ici et… soudain la bébite… qu’il faudrait confectionner, à l’épreuve de l’eau ». Laurent ne dit plus rien, il regarde ailleurs, il doit se souvenir de toutes mes histoires quand il était un petit garçon. Il est maintenant plus grand que moi. Se dit-il : papi change pas. Il cherche à inventer des fables encore.
N’empêche que je me demande encore ce qu’était cette créature, vue hier, sous notre saule aux longues branches dans l’eau, cette longue bestiole aux pattes palmées…Je ne me raconte pas d’histoires ?

Le vendredi 26 juillet 2002

1-

Ce matin, un ciel lacté. Rubans de jaune, d’orangé. Contraste avec ces derniers beaux jours ensoleillés. Allons au journal donc.

Hier matin, rôties et café sur la terrasse —maintenant ensoleillée depuis l’émondage des grands cèdres—, Aile toute retournée : « Si tu avais vu cela ! Ce matin, à l’aube, c’était le rare spectacle de la brume mobile sur le lac et, en face, le haut des colline illuminées en rose tendre, sortant de l’ombre tout doucement. La beauté, Clo ! » Oui, j’ai déjà vu ce spectacle. On dirait d’antiques gravures japonaises, on dirait de ces vieilles photos d’antan, qui montraient les brumes en Scandinavie, le long des fjords.

Hier, un jeudi de bonheur. Mon fis s’amène après le lunch avec sa si jolie Lynn et les deux beaux ados, Simon et Thomas. Ils ont leur baladeur moderne à portée de main…ne s’en serviront pas. Je fournis des vers et deux lignes à pécher « de 1900 », longues cannes de bois à poignée de liège —trouvées aux rebuts, rue Morin— il n’en sortira que cinq crapets-soleil et pas de truite, pas d’achigan, hélas ! Les parents avaient le canot blanc sur le toit de leur voiture et s’absenteront deux heures. Voguer sur un lac au nord-ouest. Ils canotent depuis très longtemps. Ma fille et mon Marcogendre —téléphone— devaient venir aussi. Nouveau coup de fil. Viendront pas hélas ! Il y a tant de cantonniers -réparateurs sur la 15 —au lieu de 45 minutes, il faut 95 minutes pour monter ici— qu’Éliane, pas en bien bonne santé, abandonne l’idée de se joindre à nous.

Souvenirs : quand Aile bossait encore avec ses chers Jean-Louis Millette —elle avait dîné avec lui quelques jours avant qu’il s’écrase à tout jamais sur un trottoir du Vieux, près de chez lui— et Monique Miler (fin de « Montréal-P.Q. »), Daniel venait me chercher pour m’initier à sa passion du canot. Ensemble, nous avironnions sur la Rouge, entre les îles du Saint-Laurent (vers Sorel), sur la rivière L‘Asomption aussi, un jour. On se retrouve alors comme hors du trafic des humains. C’est inoubliable.

Plongeons et concours « du meilleur souffle » sur le radeau quand ils reviennent de leur excursion. La joie ! Souper —la maman de ma bru, la veuve en santé, Denise, nous arrive de Saint-Sauveur— au « jambon à la Aile » sur la longue galerie, le crépuscule nous éclabousse tant qu’il faut installer le rideau de bambou. La joie toujours. Je fais voir un trésor précieux car j’ai fait un tri des plus jolies « roches chanceuses » que me rapportaient les petits-fils jadis quand ils pensaient à moi le collectionneur de ces roches brillantes. On dirait des agates souvent ! Fabuleux trésor.

J’ai fait voir, inquiet, ma vingtaine d’aquarelles pour l’album en vue et l’expo d’octobre. Daniel, généreux ?, me rassure et élit d’emblée une bonne douzaine de ces essais graphiques. Un regard extérieur, neuf, ainsi, me rend comme plus indulgent envers ma ponte. Eux en allés, Aile, plus sévère réduit « les élus » à neuf !

Des éléments de certaines illustrations, me dit-elle, sont à conserver. Je me reprendrai donc. Il y a « Le guenillou », mon plus récent petit ouvrage, dont je suis très content et qui a rallié tout le monde. Aller vers cette manière de faire davantage donc.

Avant de m’endormir, j’ai remercié la Providence et tous mes défunts chers, d’avoir ces descendants en bonne santé, pleins de vie vive. J’ai prié encore pour que ma fille retrouve sa santé amochée.

2-

Le film loué visionné mardi soir —« Sous le sable » de François Ozon— nous hante encore. Aile surtout…qui m’aime tant ! Cette épouse, si bien jouée par Charlotte Rampling, absolument inconsolable du mari (Bruno Cremer) tant aimé et disparu en mer— mystère du film— sur une plage des Landes était d’une tristesse effrayante. Elle en est devenue comme folle et le voit sans cesse, partout, dans ses vains efforts pour lui survivre.

Vu la fin du téléfilm « Silence, on court » à Artv. Amateur !

Simon Galien (?), Jean Saulnier (?) offre un récit chétif avec Sabourin, Ronfard et l’amie Françoise Faucher. Pas moins amateur, le talk-show de Gildor Roy, aperçu parfois en zappant. De la télé d’élèves du secondaire…non, ils font mieux souvent ! Et c’est les nouvelles de ce mardi :c’est Gaza, le massacre du missile israélien. Un poupon tué. Deux mois ! L’horreur totale. Sharon dira : « On savait pas qu’il y avait des civils pas loin. » Ouen !

Horrifié, un chef palestinien appelle l’ONU comme Arafat. De toute urgence. Des casques bleus bientôt en Israël, pays démocratique et souverain ? Pas question n’est-ce pas ? (Ni en Tchétchènie indépendantiste où l’on souhaite —ses patriotes— sortir de la Fédération russe, n’est-ce pas ?) Un Palestinien dit : « Ce qui est inconcevable c’est l’indifférence totale de nos frères, ceux de tous les pays arabes ». Ignore-t-il que l’Égypte comme la Syrie, l’Arabie saoudite comme la Jordanie ne sont pas libres d’agir face à Israël, allié chouchou, petit protégé de Washington. Encore moins l’Iran (détestée par Bush) et encore beaucoup moins l’Irak (honnie par Busch jr.). Ne parlons pas de la Lybie hein ?

Qu’arriverait-il donc si une (une seule) bombe (d’Égypte ou de Syrie) tombait sur le quartier-général de Tsahal ? La guerre totale le lendemain et W. Bush grimpé sur ses grands chevaux militaristes —installations militaires USA, avec sous-marins nucléaires, paquebots boirrés de G.I.— partout dans le alentours. Immédiatement, prétexte noble enfin, W.B. volerait à la rescousse de son cher allié. La guerre totale, oui.

« Pu capab »… cette Danièle Levasseur postée à Washington pour Radio-Canada. Cet accent bizarre, ce langage déformé, non mais…

Mercredi, autre séance à l’atelier du sous-sol et …Sœur Madeleine Gagnon (« La maisonnette ») me regarde barbouiller, alors, je me force. L’eau colorée —et l’encre de Chine— revole partout. Un gamin joue au drapeau ou au cow-boy, une fillette lèche son cornet à quatre boules, ou sa « pomme de tire »rouge.

Je me creuse les méninges. Ah ! Quatre bambins passent l’Halloween dans de vieux draps blancs, deux trous pour les yeux…

3-

Jeudi matin, vélo. Deux crêpes avec trop de sirop, à Val David ! Lecture du Journal de Montréal offert aux clients. Tabloïd chétif, bourré de pleines pages de pub, « page trois » sur 10 pages !

Nuovo— le crétin de Foglia— voyage d’un sujet ultra-léger, un matin, à un gravissime un autre matin où il fait voir son « bon sens » habituel que j’estime, moi.

Au retour, ce jour-là, tondeuse et puis natation. Je suis content de moi. J’y vais sans la « nouille de plastique » désormais et j’apprécie la liberté de mouvement rendue alors. C’est une sorte de rein cette « nouille » ce « saucisson », Mister Marleau !

Hier, mon fils ramassait nos restes de jambon dans les assiettes et en remplit un petit sac. Pour Zoé restée at home. « Eh oui, je suis sensible au règne animal, moi. On sait bien pour toi, papa, c’est du très « inférieur » et il y a nous, les humains, trônant au dessus de tous les règnes sur terre, c’est bien ça ? » Discussion là-dessus. Il admettra le ridicule des visionnaires intégristes chez les écolos mais tient à espérer les hommes comme « plus capables » de savoir que les bêtes ont des sentiments, des émotions et peuvent souffrir terriblement de leur sujétion, de leur domestication. « Nous devons être « responsables ». Quand je suggère un effet de ses lectures boudhiques, il se cabre : « Ne crains pas de me voir embrigadé dans une religion. Le

bouddhisme me sert comme philosophie avant tout.

Je lui parle du Somerset Maugham (« Un gentleman en Asie ») que je lis et qui, justement, avance que le « Bienheureux » ne souhaitait pas une religion, qu’il faisait de la métaphysique et que ce sont ses disciples …sbires (?) qui dressèrent une théologie tatillonne à partir de ses réflexions philosophiques avant tout. Ainsi de Jésus le Galiléen ? Que de « pépères de l’église » pour greffer à son évangile des discours à charnières concoctés pour étiqueter en commandements et préceptes innombrables (et péchés multiples) le « aime-toi et aime ton prochain ». Comme mon fils, je sais bien qu’il doit y avoir un vaste équilibre entre les règnes (animal, végétal, minéral), qu’il y va de notre survie. Il me dit : « En traitant mieux poulets, cochons et vaches, il y aura un prix à payer. La viande se vendra plus cher car c’est toujours la seule et unique motivation fondamentale de tous ces marchands : produire plus et vendre moins cher ». Je sone à Sorman et j’oublie de lui rétorquer que, déjà, les tiers-mondes ne peuvent pas même se payer ces denrées pas bien chérantes ! Vaste débat dirait De Gaulle ?

Mon Maugham est Bangkok et il ose dire que toutes ces villes d’Asie n,Ont pas, comme en Europe, de références pour le voyageur. Qu’à Venise ou à Prague, il y a les littérateurs pour nous enrichir en visitant églises, musées, monuments, places publiques. Sacré londonnien de 1923 va ! Il y a, non ?, que les poètes, les musiciens de ces lointaines contrées étaient (sont encore) inconnus des Occidentaux, non ? Je ne sais trop. Maugham semble déplorer que ces pays asiatique n’ont aucune culture écrite, gravée, sculptée, publiée…

Il apprécie les couleurs (des costumes des gens), les pagodes, les temples (teck laqué, pierreries, bouddhas de bronze) cependant. Émerveillé parfois, il décrit habilement ces chatoiements multicolores dans les ruelles et les venelles de Bangkok, ces village sur pilotis, ces marchés sur radeaux, ces cités lacustres du Siam. Je voyage avec lui sans les files d’attente aux aéroports et les mille désagréments des touristes en voyages « organisés ».

4-

À 19h. vu du stock de « Victo Story » avec de jeunes fringants aux imaginations farfelues. Piètre pâté, je vous jure. Encore « Avanti » qui signe cette recherche (hum !) de nouveauté abrutissante (comme pour le Gildor Roy « botché »), avec son Luc Wiseman au gouvernail. Aile, tout autant que moi, déçue. Nous aimerions découvrir de jeunes nouveaux talents. Solides. C’est « cheap ». Production bâclée, amateurisme, insignifiance toujours quand on exagère dans l’humour bien gros, bien gras. Plate quoi !

Aperçue chez Martineau et Cie, T.Q. Raphaella Anderson qui publie « Hard ». Habile questionneur, audacieux souvent, le Martineau la tasse sans cesse. Elle se défend plus ou moins selon les agressions voulues par le bonhomme. »Oui, je fais forcément partie prenante (avec son livre « Hard ») de ce système de « cul et fric ». La belle franchise ! Excuse ? « Quoi, je gagne ma vie ! »

Elle parle de survivre, de subsister. Sans cette veine (simili-porno ou porno hard), elle devrait aller en usine, c’est cela ? Tristesse profonde. Si jeune ! Un moment l’Anderson paraît une petite conne finie, un autre, une lucide froide. Le féminisme, c’est fini. Le lesbianisme, c’est sa tasse de thé. L es gars, tous des dégueus.

« Baise-moi », de son sérail, est une réalité incontournable. Soudain : « Moi, je dois me défendre, hein, je n’ai pas à défendre les autres » ! Elle dit (c9mme elle le fit à « Campus ») que « l’industrie de la porno » (films) est exploiteuse, que ses acteurs sont mal payés. Un projet futur questionne Martineau ? « Oui, avec pédophilie et inceste ». Beau programme de vie à venir ! Soudain vertueuse : « Il y a là des victimes et je veux dénoncer ces salauds qui les exploitent ». On la sent futée et on la sait capable d’exploiter des filons qui reviennent à « cul et fric ». Grande tristesse. « Faut gagner sa vie », répéterait-elle et moi je répète (après Ferrat) : « Y a d’la place en usine, pauvre petite conne ».

5-

Un film bien façonné : « Jonh Q. » signé Cassavetes junior. Les chialeurs québécois (on a trop de « welfare » providence par icitte) y trouveraient un bon motif de se la fermer. Un ouvrier métallurgiste, un Noir (brillant Washington), découvre que, faute d’assurances et donc d’argent, on va renvoyer chez lui son fils condamné à mort (cœur de bœuf). Il décidera de prendre en otage le chirurgien affairiste. Chaos dans l’hôpital et police partout. Négociateur ratoureux (Duvall, excellent). Un bon suspense. À obliger de visionner les John Charest et les Mario Dumont que gênent tant la même médecine pour tous, pauvres ou riches. Hilary Clinton est montrée à la fin, elle qui dut vite battre en retraite (à ce sujet ) face au dur et chic lobby médical toit puissant ici comme aux USA. Ces jours-ci (raisonnable loi Legault), on en voit pas mal qui ne comprendront jamais —ces culs-ronds de bourgeois— que la médecine ne peut pas être un simple « business ». Qu’il faudrait détruire les odieux quotas, le contingentement (corporatisme !) scandaleux aux facultés universitaires. Que les actuels prêteurs de serment (à Hyppocrate) jouent honteusement les « entrepreneurs autonomes » libres. Deux belles lettres de lecteurs de La Presse, ce matin, s’insurgent face à ces « médecins-businessmen ».

Voir « John Q. », malgré son « happy end » hollywoodien facile, fera réfléchir. Aux USA, c’est le docteur qui dit : « T’es pauvre ? Va chier » ! »Jonh Q. » un film certainement pas prioduit et réalisé par des Républicains « buschiens » (sic) mais par des Démocrates convaincus.

6-

Entendu à LC-Tva : « Aux funérailles du syndicaliste Louis Laberge, on a entendu, à la fin de la cérémonie, la chanson de Sinatra « My way ». Connerie ! Encore l’ignorance ! Cette chanson est de —compositeur en France— Claude François. « My way » s’intitulait : « Comme d’habitude », un grand succès. Sinatra, ébloui par l’habile ritournelle, l’avait achetée. Les aînés ont « l’habitude » maintenant d’entendre sans cesse de ces niaiseries en médias, la plate plaine des courtes mémoires. Un jeune contingent de nouveaux venus pourraient un peu mieux se documenter, non ? Hier encore : « L‘épée de Démoclès » ! Da ! Da !

Vu, hier soir, la deuxième émission (avec le même invité, cela arrive chez le Lipton de « Actor’s studio) de « Sous les feux de la rampe » hier soir à ARTV. Patrice Chéreau, metteur en scène coté au théâtre (Nanterre surtout), fait maintenant du cinéma (« La Reine Margot », « Ceux qui m’aiment », « Intimité 2000 », etc.) et l’acteur d’occasion, y brillait de tous les … feux de la rampe, réalisé par Philippe Azoulay. Rationnel, souvent cartésien même, Chéreau expliquait son métier de « chef de troupe » à un Bernard Rapp débordé par sa faconde.

Tournant souvent à Londres —il songe à Pacino pour son projet sur « Napoléon dans l’île Sainte-Hélène—, il a osé : « Les Anglais sont meilleurs acteurs que les Français ». Silence lourd dans la salle pleine d’étudiants…français ! Festival de Cannes ? Il dira : « Nous, cinéastes français, nous traversons prudemment dans les clous, les Américains eux foncent dans le trafic… » Oh ! Ce matin, le gros Depardieu cogne très dur sur le cinéma américain, disant qu’ils contrôlent tout le trafic de la distribution des films, partout !

Chez Bernard Rapp (le jeudi soir), me fait remarquer Aile, on ne s’adresse jamais au public de la salle contrairement à Lipton(le vendredi soir, même canal Artv) qui ne cesse de faire ses appels du pied, de même que ses illustres invités. « C’est comme s’il n’y avait personne devant l’invité » souligne Aile.

7-

Vu le vieillard étonnant Henri Salvador au « Point » hier soir. 85 ans ! Plus vieux que le pape qui retrouve du tonus face aux centaines de milliers de jeunes à Toronto. Rigolard, en forme splendide, Salvator dira : « Le trou s’approche » !, en parlant de des morts de ses alentours. C’est un autre Trenet qui ressuscite.

Tel l’ Adamo revenu à la vie active après une pub de lait dans nos enceintes nationales ! Que de revenants ! Il y a deux ans ou presque, le vieil Henri a pondu un disque sans y croire, « Chambre avec vue ». Succès inattendu et le voilà dans nos murs !

Avant le vieux vert, encore cette Danièle Levasseur en direct de Washington… « Pu cabab » ! J’ai parlé plus haut

d’accent, non, j’aime les accents, même le pointu de Viroli ou l’accent parisien de Michaele Jean. Non, non, elle a carrément un défaut de langue( ou de bouche) ! Elle ne dit pas de niaiserie et pourtant c’est le débit d’une débile ! « J’peux pu » !

8-

Au bulletin de nouvelles, hier : un suicide. Celui d’un magouilleur horrible. Un de moins d’un trio de fripouilles. Un autre est en prison, l’autre servira de « témoin à charge ». Affaire intrigante. Imaginez : des nonnes —des bonnes et pieuses sœurs— (une congrégation religieuse de Québec), avaient un sacré magot : 80 millions de belles piastres ! Viande à chien ! Ça laisse rêveur. Un démarcheur frauduleux —le suicidé— sut les enjoler. Comment ? L’histoire le dit pas. Les dévotes richardes (80 millions de $) s’embarquaient aveuglément dans une supposée juteuse affaire. L’on songeait chez ces ensoutanées non pas à une cathédrale ni à un orphelinat mais à transformer les terrains au nord-est de la rue Crémazie en un juteux marché général bien lucratif.

Dieu, (ou l’Immaculée Conception ?) injuste si souvent, a permis que les braves nonnes virées en spéculateurs immobiliers —à la vue plus grande que la panse— se retrouvent le cul sur la paille, comme des petits Jésus de crêche. Le fric des nonnes, détourné, se faisait « laver » au paradis de fraudeurs, j’ai nommé la Suisse!

Rideau : hier, l’homme expert au tir de pigeons d’argile (et autres pigeonnes bien noirs!), chasseur-touriste assidu de la Colombie, sainte contrée s’il en est, tournait sa chic carabine contre sa tête de tricheur. Miséricordieuses, les religieuses affairistes de Québec vont-elles prier pour le repos de l’âme de leur bandit, détrousseur de grand-chemin-Crémazie, devenue boulevard-autoroute numéro 40 !

9-

Hier, on parlait vieillesse à table, vin rouge coulant généreusement. Lynn et Daniel parlait d’un miroir cruel dans un motel de Sherbrooke ce printemps. Ils se voyaient… plus vraiment des jeunes ! Aile racontait un incident similaire dans une loge d’artistes, un jour. J’avais découvert un midi, soudainement, la vieillesse de papa. Il ne me voyait pas. Il sortait, seul, du marché Bourdon, près de la Casa Italia. Il poussait son caddy à emplettes lentement. Grimaçait. Sa vieille casquette sur le front. Son pas laborieux. Je le percevais enfin comme ce qu’il était : un petit vieux ! Ça me faisait mal. Daniel m’entendant m’avoue : « Moi, aussi, un jour je découvrais que tu étais… vieux. Rue Garnier, je t’avais prêté un vélo et tu pédalais, lentement, vers le Parc Lafontaine… Oui, je te voyais en « vieux » pour la première fois de ma vie. Eh b’en !

Daniel, encouragé par le bon succès de l’un de ses jeux de société « Bagou » —« je viens d’en vendre un millier et demi de plus en France »— est en train de créer Bagou-2. « Moins facile que le premier à installer, car je dois dénicher des difficultés du français qui sont nouvelles par rapport à Bagou-1 mais, bon, j’y arrive ». Le père bien fier du fils !

10-

Quand l’intelligente Lysiane Gagnon quitte son aire de l’anti-patriotisme, elle vise bien parfois. Son « papier » sur Dutoit (chef d’orchestre) et Boilard (juge des motards Hells) qu’on jette vitement est de solide farine. Elle termine sa colonne (de columnist) en parlant de notre grande peur des polémiques. Avec raison elle souligne qu’en médias (électronique) on glisse sans cesse vers le « mou ». On évite les confrontations; surtout, dit-elle dans le sérail des universitaires « canadians ». À la fin, elle fionne : « Canada, gentil Canada, gentille Alouette… »

Boilard ? Trop de tempérament : dehors ! Dutoit, idem, ouste, la porte ! Gagnon dit de quitter la cour si l’on supporte pas les remontrances d’un juge fougueux, bravo ! De quitter un orchestre si on endure pas la critique du chef. Bravo ! elle reprend justement l’adage : « Si vous êtes incapable de supporter la chaleur, sortez de la cuisine ». Bien dit.

Ce n’est pas un nationaliste étroit qui parle, c’est l’ONU. Rapport tout récent intitulé « Rapport-2002 » clamant : « le contrôle des médias par de grande entreprises menace la liberté d’expression dans le monde ». Il faut mettre le monde des informations, dit le rapport, et à l’abri des sociétés gigantesque et à l’abri des États. Vaste programme…encore une fois ! La « droite » Institut Fraser rétorque (naïvement ?): « N’ayons pas peur des grosses compagnies, les sources d’infos varient tellement à notre époque… ». Les cons !

Je suis toujours étonné de certaines révélations. Exemple : un gars jouait au TNM dans « Equus ». Après il fit du théâtre de quartier (dans Villeray, tiens !). Trois décennies passent. En 1986, il incarnait Ignace Bourget, évèque de Montréal. Robert Gendreau a maintenant 53 ans. Un jour, « le Sacré-Cœur lui est apparu » ! Six mois plus tard (!), raconte Perreault de « La presse », Gendreau va à la messe, rue Mont-Royal et se confesse. En cachette de son « milieu », il va à messe durant trois mois et c’rest l’appel. La vocation. Il est curé. Il est à Toronto. Il organise « La voie de la Croix », un spectacle pour les jeunes festivaliers cathos de Toronto. À la fin de l’interview, Gendreau dit : « Les jeunes cherchent un modèle, une force. Ils ont vécu les divorces des parents, connaissent un suicidé proche, l’échec…. ».

Ce théâtreux catho parle du 97% de pratiquants au Québec quand il était tout jeune ! « Du jamais vu et ça ne se verra jamais plus », dit-il.

11-

Les journalistes Cormier (Le Dev.) comme Brunet (La P.) acceptent de n’être que courroies dociles des USA —et affiliés et assimilés— en infos-spectacles, musique, etc. Tristesse, ces minables valets soumis du « petit monde riche » anglo-saxon. Et voilà mon cher « comique » du sport-spectacle, Jean Dion, qui, nous livre ses sources. Variées ? Non. De moult pays ? Non. Non. Lisez : « Sports Illustrated, The San Jose News, Roanoke Times, Virginian-Pilot, Brimingham News, Charlotte Observer, Greenville News, Chronicle of H.E. » Édifiant hein ?

Les Québécois aiment le vaste monde, on dit qu’ils sont accueillants et généreusement ouvert aux autres civilisations. En témoignent parfois des visiteurs de tant de pays étrangers. Or, toute cette valetaille de nos médias n’en a que pour USA et USA et Cie. Pleines pages (souvent payés par les producteurs) consacrées aux activités du puisant voisin. Cinéma compris bien entendu. Jamais d’échos, ni, surtout, de reportages substantiels, sur les héros —vedettes ou nouvelles étoiles) de l’Espagne ou du Mexique, de la Scandinavie ou de Holande, de l’Italie, de la Grèce ou de l’Allemagne. Rien. Une bande de colonisés contents.

12-

Ce matin : rue Laurier, la petite et grouillante librairie Hermès ferme. La libraire, Marchildon, était sympathique. Impossible de survivre. Il y a les chaînes, il y a Cosco-Club Price, là où on vend presque au prix coûtant les nouveautés… littéraires ou non. Gazette de ce matin : « Quebecor-livres congédie 16 personnes ! Oh ! Ma belle bru qui y travaille ? Peur ! Le progrès ça madame ! Mon cher quincaillier (Théoret) finira par baisser les bras ?

Ce matin, rue de Bleury, Rima Elkouri est allée confesser Thérèse (O’Reilly) :on ferme la très antique boutique « Bellefontaine » ! Souvenir : papa finit enfin par fermer son petit restaurant. Maman contente. Il doit avoir 65 ans. Il ira travailler là, chez Bellefontaine. Jouant l’étalagiste autodidacte. Il ira faire « l’étalagiste naïf » chez L.N. Messier après, rue Mont-Royal. Il ira jardiner aux Serres Notre-Dame. À la cantine de l’Oratoire, il jouera les « cooks » d’occasion ! Il sera gardien au par Laurier, au Parc Maisonneuve, chaque été, au Square Dominion (devenu Dorchester) où il y avait expo de plein air et « guingette » à touristes.

À la fin, longtemps, au petit Musée-galerie sur le Mont-Royal. Il y était heureux se prenant pour un galériste, un guide indispensable. Un vrai « Jack of all trades »! Là aussi, un jour, il avait quoi, 72 ans ? …on lui dira : « On ferme la galerie municipale ». Alors, lui qui avait toujours aimé dessiner et peindre, il se métamorphose en « céramiste primitif » dans le salon-double des enfants… partis depuis longtemps.

Hier, il m’est venu une histoire, une intrigue pas piquée de vers et l’envie de raconter cela ici. Se retenir ? C’est que Somerset Maugham (« Un gentleman.. »), lui, soudain, y va d’un conte, une bonne histoire, au beau milieu de son récit de voyage. Si —mauvais exemple ?— je me mettais à livrer des historiettes de mon cru dans mon journal. Je vais y réfléchir. Danger ?

13-

Prenez le cahier « spectacles de La Presse d’aujourd’hui : farci de nouvelles à la sauce USA et alliés. Une honte. Huit « papiers » sur Uncle Sam et ses produits « Kultu-cucul-rels » —dont un gros reportage illustré sur Austin Powers (on s’en crisse-t-y d’Austin Powers, pauvre M.A. Lussier ! Parfois le « Voir », qui coûte rien, fonce (Olivier Lalande-en-courroie) dans cette propagande commerciale à sens unique :USA.

C’est cela jouer les courroies de transmission dociles. Un tout petit coin pour raconter que Sorokine —romancier Russe né en 1955 et très connu là-bas, traduit parfois— a pondu un roman (« Le Lard bleu ») où Staline et Khroutchev sont… deux pédés. Subtil non ? Procès. Amende et risque de deux ans de tôle ! L’ex-coco voulait « tester les limites du Kremlin », dit-il. Finesse du raisonnement !

À la mi-juillet, le vétéran-reporter, Gérald LeBlanc (natif de l’Acadie), faisait ses adieux au métier sur cinq colonnes. Hélas, LeBlanc parlait de notre indiférence (Québécois) au sort fragile de ses frères Acadiens. Doit-on sauver aussi la Lousiane ? Quel dadais, quel grand tarlais, quel innocent ! Il faut militer sans cesse pour sauver un Québec que tant d’adversaires voudraient diluer en melting-pot sauce mosaïque multiethniques (et cela avec les millions d’Ottawa pour cette dilution organisée).

LeBlanc, un jour nationaliste prudent (comme Cormier jadis à La Presse), un jour, trembleur devant le « patron Desmarais », le gendre de Jean Chréchien, André. Je l’observais. Il naviguait à vue. Il calculait. Une sortie audacieuse un matin, un retraite de pleutre l’autre matin. Au service des infos (et des Affaires publiques) il y avait, longtemps, plein de ces patriotes sous surveillance (un Jean Lebel par exemple), une émission bravait l’Establishmentd’en hait )elle-même sous haute surveillance et constante du « Siège » à Ottawa, une autre émission les rassurait.

J’ai observé. Ce cirque de ma table à dessin durant 30 ans. Nous nous amusions, à gauche et indépendantistes, à commenter ce jeu de bascule radio-canadien. Balançoire lancinante. Le petit boss montréalais, Marc Thibault, masqué en salomon tout tiraillé entre ses serments à la Reine (une tradition longtemps quand on entrait à la CBC) et ses convictions cachées. Lui aussi, le poète-bureaucrate, Paul-Marie Lapointe, veillait au grain. À coup de méchants « mémos » sinistres, tous ces pions-fonctionnarisés souvent à bout de nerfs. La peur des vases chinois, la peur de Trudeau. Une vraie farce. Alors, tannés de calculer, de veiller à pas trop écoeurer les fédérats dans la place, quand un Bourdon ou un Gérald Godin alla trop loin —« pour tester les limites » ?— ce fut : « La porte, Bourdon ! Il se fit député péquiste. Dehors, Godin ! Il se fit député péquiste ».

Hen, c’est plaisant d’être vieux, on peut en raconter des affaires (publiques).

Il pleut. P’tite pluie fine, quasi invisible. Aile, débrouillarde, a pris sur elle d’acheter un machin de plastique et, ainsi, de remplacer un tirette brisée pour la cuvette des toilettes. Je la félicite chaudement , c’est bien fini l’homme à tout faire, le seul capable, en matière de plomberie. Les temps changent. Le progrès je vous disais pauvre libraire….

Le lundi 22 juillet 2002

1-
Bel après-midi. Prélassement total, chaises longues matelassées, baignades, lecture du « Nouvel Obs » —sur la vérité et les mensonges dans la Bible—, Aile lit « L’Express », je repars nager vers le radeau et, coucou, passage du rat musqué familier, au large un canard, solitaire !, visions de poissons rouges énormes (venus de bocal renversé?), carpes capables de s’adapter au lac d’ici donc ? Mon ignorance. Soudain : adieu soleil, adieu chaleur, le ciel virant au gris sombre, vent plus violent, on monte vitement vers la maison. Le temps d’aller au journal est venu.
Tout un week-end passé avec une terrible pie bavarde dans mon genre, la comédienne émérite Monique (Miller). Elle et son fils Patrice (Gascon) sont repartis ce midi. Taquinage dès samedi midi (à son arrivée) avec cette « nouvel officier de l’Ordre du Canada ». Elle ira bientôt chercher sa médaille, logée, nourrie, à Vancouver, billets d’avions payés ! On a rigolé. Je lui ai répété qu’elle devait dire : « J’accepte cet honneur d’un pays étranger mais néanmoins ami ». « Laisse-moi tranquille, on a pas le droit de parler. Okay ? » Comment ça se fait ça qu’ à moi, Ottawa ne m‘offre jamais rien, ni médaille, ni ruban? Monique : « Pis j’suis p’us séparatist’ Jasmin ! Depuis tu sais quand ».
J’ai lu le prof, auteur-éditeur Brochu ce matin dans la « une » du Devoir. Il narre avec cruauté l’état piteux de l’idée nationaliste de nos jours. Oh la la ! L’académicien y va d’une lucidité remarquable mais atroce. Le lot des déçus, des découragés grossit vite ma foi du diable ! Moi ? Je serais le dernier, le seul, à lutter pour notre indépendance, je continuerais à la proclamer. Toujours. Jusqu’à ma mort. Nos compatriotes (quatre sur dix !), pour des raisons connues, craignent le changement. Ce fait têtu ne change pas une conviction, il me semble. Je reste optimiste.
Dimanche, visite avec nos deux invités à Val David pour les « 1,001 pots » (de céramique). La qualité baisse. Vaste fourre-d’argiles diverses tout bien démocratique mais… Déception légère de tous. À l’aller, vision sur la 117 de troupes assemblées. Police, ralentissement. Val Morin reçoit pour un cérémonial de type indou mais on ne sait trop de quoi il retourne. Ce matin, nous apprenons qu’il s’agissait d’un vaste pow-wow religieux, Tamoul. Ça ne devait pas trop causer en français !
Un bonhomme (reportage de ce matin) installé longtemps aux USA revient tout heureux à Montréal. Il vante la place. Ça fait chaud au cœur de lire son grand plaisir. Dira-t-il qu’il veut s’intégrer à nous, qu’il avait besoin de nous ? Non. Pas du tout. Il ne vante que l’aspect cosmopolite de Montréal. Pour lui, c’est le suc de l’existence. Le 84 % des nôtres le laisse de glace. Il dit qu’à Montréal, il ne perçoit pas l’homogénéité raciale qu’il devait endurer à Atlanta !Ils sont nombreux ces zigues (dont certains des nôtres). Le Québec ils s’en crissent ! Notre culture, nos us et coutumes, notre histoire, notre avenir incertain, nos combats de résistance ( 2% au milieu de la vastitude anglo-saxonne) c’est de la schnoutte ! Ils n’aiment que la mosaïque de ghettos du centre-ville. Une sorte de racisme. C’est bien clair.
Tout autour de ce centre-ville à ethnies « variables » (tant s’exilent vers Toronto tôt ou tard), vivent les nôtres, à Longueuil comme à Laval, à Saint-Hubert, à Saint-Jean comme à Sainte-Thérèse et à Saint-Eustache… des millions des nôtres, rien à faire. Toutes ces foules ne comptent pas, non, ce qu’il estiment c’est le carnaval des ethnies. Un racisme, oui.
2-
Le tonnerre gronde maintenant, on passe de la grisaille à l’ardoise dehors. Le vent a viré de l’ouest vers un nordet énervant. Ça sent l’eau qui va tomber en trombes…On verra. Monique nous a beaucoup parlé de sa tournée en Europe avec « Je suis une Mouette… », le captivant spectacle monté par Denoncourt. Un franc succès de Marseille à Berlin, à Munich, etc. Cette fille possède une énergie renversante. Je ne me voyais pas trop, (on a à eu près le même âge) dans mes valises, changeant d’avion, de train, de ville… Mais non, Monique, elle, raconte ses périples avec joie, fait voir tout cela comme une expédition agréable. Facile, ce lot de représentations à l’étranger ? C’est qu’elle adore son métier, je suppose.
Aile, Monique sur la route, semble toute essoufflée…d’avoir vu encore cet engin inouï, Monique, qui cause, qui brille, qui se souvient de tout, de tous, qui est une mémoire absolument prodigieuse. Tant que je lui dis : « Tu veux pas que je te rédige un bouquin, tout ce que tu sais, pourrait se perdre, non ? » Elle rit. Me fait comprendre sans doute qu’elle se sent encore trop jeune pour se mettre au livre de ses souvenirs. Hélas ?
Rêve de vendredi. Un cauchemar. Des enfants sadiques, avec des poignard, qui cherchent dans nos rues des victimes. Je me cache comme tout le monde face à ces petits sorciers, bandits, qui règlent je ne sais trop quels comptes ! Des amis sont blessés et râlent. Je reconnais des camardes de travail de jadis (Roussel, Picard, Valade). Puis, il y a une réunion. Salle vaste. Un gymnase ? Des moniteurs nous conseillent. Un caucus savant, bavard, futile. Je me sauve. Aile me retient. « Il y va de notre survie » ! Je sors, je me moque, plus une seule voiture en ville. Les jeunes rôdeurs juvéniles sont disparus. Méfiance de cette accalmie. Une sorte d’Harry Potter pleure, seul, assis dans un caniveau. Je me sauve. La peur. Je me réveille.
D’où ça peut venir. Lectures récentes. Sur l’excision en Afrique. À la télé, des enfants installanbt une machine pour faire dérailler un train. Les 118 assassinats du sordide docteur en Angleterre. J’avais songé à ma bande, dans « Enfant de Villeray », martyrisant les chats de ruelle. Mystère des songes noirs.
3-
Jeudi soir, film loué, bien fait. « The Hart’s war ». Un Bruce Willis solide. Un camp de prisonniers au nord de l’Allemagne. Même ambiance que pour « Le caïd », autre film bien fait mais se déroulant dans un camp tenu par des Japonais. Un récit effrayant, encore sur cette guerre de ‘39-’45. Gregory Hoblit est un réalisateur compétent.
Actualités : Une parodie du mariage ? Deux homos. 29 ans de vie commune harmonieuse. Désir tenace d’une union officielle. Rien du genre névrosé, des « homos à sauna », pour des secousses anonymes et brèves. Un beau couple, cela est évident. Trouver un nom nouveau pour ce type d’union …maritale ? Oui. Aile enfin y consent. Je dois me dénicher un papier attestant que je suis bien un veuf et le curé du village, Michel Forget, dit qu’il nous organisera un mariage. À trois coins de rue d’ici. Régler cela pour septembre. Fin du concubinage. Ce mot ! Vendredi, voyage-éclair en ville. Courrier, Aile pour son cher poulet mariné du Adonis, rue Sauvé. Entrer-sortir quoi. Vendre ce mini-condo en ville, non ? Aile, desperados espagnolisante : « Non, non, Clo. S’il fallait que l’un ce nos deux tombe gravement malade…Nous voit-y voyager tout ça pour le visites à l’hôpital à Montréal ? » Bon. Pas vendre. Mon correspondant de Concord (qu est en Mass, pas au New-Hamshire, dit-il) : « record Guiness ? j’ai touché 8 dollars US de royautés pour mon « Total Chaos ». Eh ! Je reçois parfois un chèque de 8, ou de 13 piastres, pour un vieux livre publié qui trouve quelques lecteurs. Pour un livre nouveau, oui, c’est rude. Ça fait mal. Ça stimule pas une miette. Ce G. Tod pourrait sombrer dans la parano car il avance que si un littérateur critique trop fort, ne respectant pas les tabous….—et cela par un inconnu ou un méconnu— c’est l’enterrement rapide.
5-
Ce vendredi-là, anniversaire de ma fille. Téléphone du popa. Elle a reçu mon cadeau. Elle devra rencontrer bientôt deux ou trois médecins. Spécialiste de ceci et de cela. Ma peine. Elle qui fut si forte si…en bonne santé jadis, enfant , ado. J’invoque mes chers défunts à son sujet : que la santé lui soit rendue.
Les spéculateurs se méfient. Les mensonges aux boursificateurs des patrons. La cupidité rongeuse de confiance. La bourse en alarme. Crise, Congédiements en cascades. L’économie des USA chambranlante. Dans un magazine de Paris : prévisions de catastrophe aux États-Unis. L’Euro grimpe. Des jargonneurs s’en mêlent. Pour l’un, rien à craindre, pour l’autre, un tremblement de terre économique chez nos gras voisins. Qui croire ? Nortel valait 120 piastres l’action. Chute vertigineuse et c’est 2 dollars l’action maintenant. Du chinois pour moi. Word- machin s’écroule…faillite à l’horizon ! Manchettes premières sur tout cela au télé-journal. Aile : « Desjardins m’a prévenu pour mes REERS, je vais perdre dans le 3,000$ Et toi » ? « Moi ? Je lis pas ces paperasses codées chez Desjardins ».
Petit écran, petit écran, que vois-tu venir ? Misère en Angola. Guerres civiles. Du sang en Israël. Du feu…des inondations…Le sida-ravage. Et, enfin, le pape, en ce moment dans son avion jaune et blanc, surgira à Toronto et des foules jeunes attendent ce petit vieux malade, tremblant, étonnant pontife d’une religion à laquelle la même jeunesse ne souscrit en rien ! Mystère ?
Ce pape veut mourir à l’ouvrage, en pèlerin. « Mort d’un commis-voyageur évangéliste ! À Toronto peut-être ? Ou au Mexique, où il s’en va après ? Monique Miller : « Oui Claude , comme Molière, il veut mourir en action ! ».
Fête de l’amie Mimi Dubois, dimanche. Promesse d’un petit mot. Je le fais. Courriel au mari organisateur de la « cérémonie ». l’ami André Dubois. Pendant que le jardin de Mont-Royal festoyait (40 invités !), nous, ici, dimanche, nous bavardions à perdre haleine, conversations à bâtons casés sur les faits divers en « colonie artistique ». La revue générale des « gens de la balle » quoi !
J’ai repris mes pinceaux une fois encore, vendredi. Hum… Essais, essais ! Fort marchand de glace et de charbon. Vieux à la pipe sur le balcon. Une mouman et se quatre fillettes au panier de tomates….Pas fort encore ! Au bord du découragement ? Oui et non. Fou, je me dis que, soudain, je trouverai la bonne veine et que paf ! ça va jaillir, couler comme source. Tête heureuse va !
Vendredi soir, entretien télévisé à « Inside Actor’s studio » avec Kim Basinger. Bonne télévision d’ARTV. Une actrice aux antipodes de la fraîche manipulatrice Sharon Tate vue il y a peu. Avec Basinger de la bonne franchise, des aveux frais, de l’expérience offerte généreusement aux élèves de l’école de New-York et…à tout le monde aux écrans.
Oh ! La bonne rencontre chez Claude, vendredi soir, rue du Chantecler où l’on bouffe trop gras mais… quelle formidable régalante bouffe ! À une table voisine : une directrice-adjointe de la SRC, aux dramatiques, Claudine Cyr. Je suis ravi car voilà qu’elle offre à Aile de donner un cours (« sur l’image ») à l‘alma-mater. Aile refuse. Rendue à la maison : « N’empêche ça fait du bien. On me veut, on pense encore à moi. On a toujours confiance en moi. C’est vitalisant. » Moi bien fier d’elle.
6-
Un bon groupe de soldats en Israël refuse d’aller servir dans ces territoires occupés. Ouf ! Vent frais nécessaire. Ils iront en prison. Honorable incarcération. L’honneur de ce pays est sauvé par eux. Beau courage. Ces objecteurs de conscience d’aujourd’hui sont la nécessaire « réparation » d’une réputation « bin maganée » là-bas. État, menacé certes, mais qui doit comprendre qu’il faut aussi un état aux Palestiniens. Sinon…du sang versé (de civils innocents) et pour longtemps encore.
Un lecteur laurentien s’insurge avec raison dans l’hebdo « Succès ». Par ici, Cogeco (comme à Montréal ?) n’offre pas la télé française de l’ontario, TFO. C’est scandaleux. Sylvio LeBlanc est révolté. Comme moi, il dit qu’il se fiche carrément du gros paquet de canaux USA offerts gratuitement. Il y a si peu de chaînes francophones. Comme LeBlanc, je voudrais bien obtenir TFO. Et au plus sacrant. Je dois trouver un bon moyen de dénoncer ce COGECO aux mains pleines d’Amériquétaineries ! Ça suffit !
7-
Je viens de lire (courriel) un jeune (Robert Mercier) qui est monteur pour l’entrevue accordée récemment ici. Il me remercie pour mes propos. Rares compliments chez un technicien… le monde change, les temps changent. Il m’a donné confiance. On se jette à l’eau, face à la caméra, on sait pas trop si notre baratin a de la gueule ou si c’est du vasage et voilà qu’un modeste monteur vous dit : « c’est bon, merci, c’est des propos riches ». Merci jeune homme !
Si jamais mon fils ou ma fille décidait de rédiger un bouquin sur « moi, en père »… que dire ? que faire ? Ouaille ! Dangereux. La fille du très célèbre reclus, l’ermite de Cornisch, New Hampshire, J.D. Salinger —auteur de « L’attrape cœur », relu récemment, livre-culte, roman d’initiation— fait éditer « L’attrape rêves ». Nil, éditeur, 512 pages. « Nihil obstat » ? Margaret Salinger étale la vie secrète de papa. Un illuminé, qui navigue de religion en religion, parle des langues inventées (de l’au-delà), boit sa pisse…Franchement ! Est-il vraiment sénile ? Si oui, vite, « le manteau de Noé », madame. Sinon… quoi ? Pour du fric ? Par besoin de casser une camisole qui l’a fait souffrir ? Mon Dieu…la vie, la vie à l‘ombre des gloires littéraires made in USA !
Normand Rousseau explique clairement aux lecteurs de La presse que c’est une fausseté de répandre qu’au Québec le citoyen croule sous les taxes et impôts. Aux Usa, où tout doit se payer, le coût de la vie revient autrement plus cher. Y vivre peut être la ruine en cas de malheurs (de santé entre autres). Ces bobards servent à diffamer le Québec un peu social-démocrate. Ils sont repris par les bons valets John Charest ou Mario Dumont. « On va couper tout cela et puis vous débourserez de votre poche si vous tombez malade ». Une mode dangereuse s’annonce.
La vogue néo-libéraliste (sauce Reagan, Tatcher, Harris-Ontario) est dénonçée désormais et il était temps. Pendant ce temps… des affairistes, —tel M.Léon Courvile— se coulissent chez l’ADQ dumontiste ! Eh !
8-
Dame Clarkston —la femme à Saül— (Vice-de-la-Reine) dans « L’Actualité » dit que la CBC engage souvent des francophones mais, hélas, pas le réseau français de Radio-Canada —pour ses chers pauvres petits anglos. Petite niaiseuse va ! Les nôtres sont toujours les seuls bilingues…voilà pourquoi ils peuvent bosser à CBC ou ailleurs ! Et pas les anglos toujours unilingues anglais, eux. Non mais…quelle sotte vice-royaliste ! Comme d’habitude, l’interviewer ne réplique pas, rien. Faut être poli face à la General Governor ? Hon, pas de médaille jamais pour moi, là, c’est certain.
Je lis sur Napoléon Bonaparte : « Il a fait un pays de veuves et d’orphelins » J’applaudis et tant pis pour les cocos à la Ben Weder, ces idolâtres ce « petit caïd des banquiers (Guillemin).
Mon éditeur, bon ami du Ben Weder, racontera « L’homme fort du Québec », le très célèbre jadis, Louis Cyr. En six épisodes, Beaulieu montrera que le leveur de poids prodigieux, connu dans toute l’Amérique du nord, était aussi danseur (!) et musicien et…. politisé à fond ! Hâte de voir cela.
Robitaille, qui vit à Paris dit qu’il a étudié les Augustes de l’Académie « comme une tribu d’Amazonie ». Il publie en septembre « Le Salon des Immortels… ». Il parle de médiocrité totale depuis qu’on y trouve plus des Bossuet, Racine, Lafontaine et…Valery, Péguy, Mauriac…Robitaille avance que cette Institution anachronique sert de compensation subconsciente depuis que l’on a osé trancher la tête du cou du gras roi Louis numéro 16. Lecture amusante (Denoël, éditeur) bientôt.
9-
Monique Miller a eu l’occasion (chanceuse !) de voir le fameux transformiste italien Brachetti. Hier, ici, elle ne tarissait pas d’éloges. Elle est certaine qu’il va triompher partout aux USA où il s’en va maintenant. On a raté cela.
Nous tous, via notre Caisse public (des dépôts) soutenons Péladeau Junior —qui énerve bien du monde par ses acahats audacieux. Quebecor Media c’est quoi ? C’est 180 journaux désormais, de tailles diverses certes dont le Journal de Montréal. C’est Vidéotron : un million et demi d’abonnés. C’est TVA et LCN. C’est Canoé et Netgraphe. C’est 170 magasins SuperClub, des magazines « people » et des hebdos pop. Un empire. Un colosse made in Québec ! Nos économies (à tous) sont bien à l’abri de magouilles style Enron, Nortel et Cie ? Touchons du bois.
Francophobie qui pointe aux USA « La France serait un terrain d’antisémitisme virulent ! Un ambassadeur y rétorque. Dans le Washington Post. Titre : La France calomiée. » Bujjon L’Estang contre-attaque : « Les Usa ont rejeté Lieberman comme candidat, en France, Blum et Mendès-France, juifs, furent élus ! Les actes anti-juifs sont le fait d’une jeunesse nord-africaine mal intégrée, il n’y aurait jamais eu de KKK anti-Noirs en France, jamais. Depuis un certain silence se serait installé au sud de Lacolle !
10-
La « Presse Canadienne » se l’ouvre : dépenses royales des politichiens fédéraux aux Olympiques chez les Mormons ! Une fédération de jeunes sportifs à Salt Lake city recevait 15,000 $ pour s’exercer. Madame « Drapeau Copps » payait 3,475 $ pour chacque nuit à son chic hôtel ! La ministre de la « Kulture Canadian a acheté pour 57,000 $ de billets « de faveur ». Elle a versé pour des babioles et du beau linge « unifoliant » pour 60,000$ Pour des petits fours et du vin mousseux de l’Ontario :14,000$
Clair ? Les politichiens avaient le gros du fric et des pinottes pour les jeunesses sportives. Apprenant tout cela, on entend « Ça me dégoûte ». Déclaration d’ une skieuse, Sara Renner. Pas seulement vous mademoiselle !

Le dimanche 30 juin 2002

Le dimanche 30 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Ouf ! C’est fini. Voici juillet. Demain. Congé de journal ? On verra. Certains jours d’orage, je reviendrai à ma petite machine mettre de l’ordre dans mes notes de calepin. Je vais expédier ce « tout juin » chez Victor-le-matamore du bien-bas-du-fleuve et sa tartineuse, Martine (Au but) saisira mon texte. Saisir ? Hum !
Ils sont venus. Mon Daniel toujours fier de sa neuve fausse-jeep, le beau Thomas, et Lynn la noiraude espiègle, Du Sommet (pas si bleu), Paul et Carole, sœur de ma bru, —ma dépanneuse émérite en ordi— descendaient aussi vers notre rivage. Deux petites cabotes, Lili et Zoé, se tiraillaient un bout de bois, ououf, ououf ! Baignades à répétition. Jasettes et puis trempette (aux légumes crus) offerte par l’experte Aile. Bières et limonades.
Le papi bienheureux en oubliait volontiers le beau bloc à papier-aquarelle qui l’attendait pas loin. Plus tard ! La sainte paix dominicale. L’été bien installé enfin.
En soirée revoyons, à TQ, un film cocasse :« ce roi fou un temps, Georges le numéro 3 ». J’ai rapproché le curieux roman de MacDonald, je veux terminer son « coffre de cèdre ».
2-
Il y a un zigue étonnant, un certain G.Tod, qui me tient parfois au courant de ses activités poétiques. Un anarchiste ? Un jeune ermite grouillant en quête de combats gauchistes ? Je ne sais trop encore. Il est de Concord, USA. Il aime le Québec. Il vient parfois ici, rue Saint-Hubert, pour réciter des strophes chez « L’inspecteur Épingle » devant « un parterre d’ivrognes », spécifie-t-il. Il semble bien connaître nos ébats (littéraires) et débats (politiques). L’ordinateur nous amène ainsi de ces correspondants hors du commun. Ainsi, le cher Marleau, lui, m’encourageait hier — et vivement, spirituellement— à ne pas passer la batte « aquarellisante » à un autre…que moi. Chaud au coeur.
Ce « poche » signé Hawking refermé, il me taraude avec ses calculs si renversants. Son histoire des jumeaux dont celui installé sur une haute montagne vieillissant moins vite que son frère !!! J’en reste baba ! Il m’a fait voyager entre Bing bang, bing, bing et bang bang et, à la fin (il n’en est pas certain) le grand Crush ! Des Jésuites savants l’invitèrent (lui et d’autres astrophysiciens) à jaser cosmos avec le pape à Rome.
Le Vatican si content depuis que les physiciens acceptèrent l’idée d’ un « début », d’un commencement de l’univers.« Ah, la Bible le disait bien ! Il y a eu un commencement…une création du monde ». Il n’y aura plus « l’obscurantisme catholique » enfin, ni un Galilée numéro 2 ? Non, plus jamais. Stephen Hawking, la langue dans la joue, laisse entendre qu’il n’a pas voulu provoquer une polémique mais … oui, il a certains doutes. Ainsi, cette expansion dure peut-être depuis toujours sans qu’il y ait eu un départ.
« Go, partez galaxies ! »
Là-haut, faut filer à 500 km-heure pour éviter de tomber ! Le Newton-à-la-pomme-qui-tombe l’avait prédit. Tout est sujet de gravité. C’est 720 km-h. Ou 12 km-h à la seconde ! C’est bien rapide en ce monde-là !Je relisais, je relisais, moi le zéro en maths au collège. Ces explosions d’étoiles, ces trous noirs —« des trous rouges », devrait-on dire selon Hawking. Ce « tout n’est que gaz » d’abord, ces nutrinos, ces photons, ces particules très invisibles à nos yeux … je me débattais avec mes synapses de neurones.
Nous ne serions que carbone et oxygène ? L’enthropie y est vicieuse : cette nécessité de se multiplier dans le chaos total. La surfusion et l’eau qui ne gèle pas même sous le zéro ! Bon sens ! Pas facile à saisir. Bon sang !
Je naviguais du mieux que je pouvais entre Euclide et Hubbles l’essentiel chercheur. Hawking songe à « pas de début et pas de fin ». Et il continue de chercher. Le « principe d’incertitude » de la nouvelle physique (la quantique) change tout désormais. Il y aurait non plus une mais trois flèches du temps : la thermo, la psycho et la cosmologique. Aïe ! La mémoire humaine, on ne sait trop comment elle fonctionne (ah ?), la mémoire des puissants ordinateurs, elle, on peut la comprendre, la démonter, l’examiner dit-il. Ouen !
Un Québécois travaille avec Hawking (le Einstein d’aujourd’hui), Raymond Laflamme, son nom. Fierté soudain, car ce Laflamme fait se corriger le maître à propos de l’effondrement de l’univers, le « big crunch » envisagé. « Il n’y aurait pas inversion des flèche du temps lors de la contraction (des trous noirs). S.Hawking, modeste génie, admet son erreur puis raconte l’erreur du grand Einstein, reconnu par lui, quand il voulut, un temps, « installer un modèle statique d’univers ». « La plus grande erreur de ma vie », aurait déclaré Einstein.
Ouf ! Tout ne serait qu’ondes en fin de compte ! Donc lumière ? Ce besoin de comprendre (l’univers) est formidable. Nous autres (écrivains, philosophes, psychologues), on tente de comprendre « son frère, ses amis, les humains modernes, la nature environnante », ces chercheurs embrasent l’espace tout entier. Quelle immodestie ?
Même lui, Einstein, qui ne croyait pas au terrible Yaveh de ses compatriotes, à la fin, luttait pour le sionisme, la patrie à reconquérir. Ardent militant pacifiste à Berlin, il est conspué et interdit, un long temps, de voyager. Pire : les USA refusent d’abord son visa de simple visiteur. « Jerusalem, l’an prochain ? » Nous voilà plongé dans l’actualité chaude du jour hein ? On tenta de l’assassiner. Arrestation d’un tueur, amende : 6 dollars ! Pétition contre lui. En 1933, Hitler est au pouvoir et Einstein, alors en Amérique, déclare qu’il ne rentrera pas son pays. À Berlin on publie : « Bonne nouvelle : il ne reviendra pas ! »
On sait la suite, sa lettre du génie à Truman. La bombe atomique. Ses remords. En 1952, on lui offre rien de moins que « la présidence d’Israël »! Il refusera, se disant un « naïf » en politique. Il dira : « la politique c’est le présent, une équation (à trouver) est quelque chose d’éternel ».
3-
Je lisais avant-hier (dans un quotidien) sur un bonhomme qui a quitté librement les actualités, —les nouvelles du jour. Il disait qu’il voulait être hors de ce présent qui rapetisse. Oh ! J’ai réfléchi longtemps là-dessus, le journal sur les genoux, le nez en l’air, regardant un goéland voltiger sur le petit lac Rond en cherchant un poisson à engloutir. Quoi? Vrai :une perte de temps tout ce fatras des nouvelles, des batailles politiques, ici ou à l’étranger ? Je ne savais plus. Il me reste dix ou vingt ans de vie, si on pouvait savoir ? Moi qui aime tant la vie, j’en suis devenu tout fébrile. Ne plus perdre mon temps. Comment ? J’ai eu la tentation d’imiter ce personnage. Que cela serait libérant, que cela me donnerait du temps pour…pour la création. Créer pour qui ? Pourquoi ?
Mais non, le lendemain, je me colle le nez de nouveau aux manchettes. Une sale vox me murmurait : « trop con, trop petit, pas assez fort hein » ? Je fis taire cette voix embarrassante. Tous, nous devons vivre « ici et maintenant » et nous ne sommes pas des Hawking. Au diable ces trous noirs (ou rouges), il y a des images à faire naître à propos de mes chers souvenirs d’antan : le guenillou, le vendeur de glace, les cordes à linge de ma ruelle. Je le ferai juste pour donner raison à cette voix d’Henry Miller —dans « Paris est une fête »— qui répétait sans cesse : « La mission de l’homme sur terre est de se souvenir. »
4-
Il est tard. Je veille. J’écris tout ceci. Je suis très énervé (excité aussi, amusé ?) de devoir fermer ma baraque aux mots pour un temps. Vaniteux : vouloir terminer ce six mois d’entrées diverses de façon captivante. Mon vieux souci :ne pas ennuyer les gens. À sept ans —avec Devault, Malbeuf, et Moéneau— j’avais déjà si peur d’ennuyer, dans la cour, avec nos séances dramatiques improvisées.
M’amuser d’un édito (de Saskatoon) où un compère, anglo pure-laine ?, recommande de nous « voler » de nouveau. Oui, dit-il, comme nous les Canadians nous ont volé le mot Canada, l’hymne nationale— oui, nous voler la fête du 24 juin, qu’il trouve « la seule réussie à travers le Canada ». Il n’y aurait qu’à allonger cette fête du Canada (demain), publie-t-il, mais oui la prolonger en incluant ce maudit 24 juin. Dont il est jaloux, il l’admet volontiers.
La vie ordinaire c’est aussi, ce midi, vite, vite, aller acheter un bidon de gaz (profane) pour qu’Aile puisse faire rôtir ses douze bons hamburgers. Ils furent succulents. Bon vin rouge, fraises et glace à la vanille…oui, la vie ordinaire, bonne.
« Tout ne fut, au commencement, que gaz accumulés », m’expliquait Hawking dans cette « Brève histoire du temps » (« J’ai lu »).
Je veux lire, de Julien Fortin, « Chien levé en beau fusil »(Triptyque), je veux tout lire. Écrire et lire, mes deux passions. Ma tristesse de nous savoir si peu nombreux les fous de lecture. Je questionnais mon beau jeune Thomas là-dessus au bord du lac. « Toi qui lisait tant jeune…pourquoi ? » Réponses vagues. Ai cru comprendre : « Papi, trop de lectures obligatoires au collège ! » Je crains tant qu’il passe à côté de plaisirs si féconds. Je l’aime tant.
Ma paresse ? J’avais voulu organiser à Val David ( à l’expo de poteries annuelle) un grand moment : montrer les céramiques naïves de papa. L’été prochain. Promesse de paresseux ? Mon ex-camarade, illustrateur et graphiste à la SRC, René Derouin, sur son domaine de Val David, en août, fera voir des « installations » comme l’exige la mode branchée.
Derouin prône la venue de liens entre les trois Amériques comme si des liens valables pouvaient se tisser avec l’éléphant du groupe, les USA. Il s’est souvent vanté d’avoir coupé avec l’Europe, la France. Le vieux rêve des muralistes célèbres (Rivera, Orozco, Siqueiros ) quand ils jouèrent des cartes truquées en tenant d’assimiler l’art « candide» des indiens, les seuls vrais indigènes des Amériques du sud. Un échec forcément.
Ah, ces Blancs torturés, gênés de descendre des Blancs d’Europe ! Je n’y crois pas. Le vieux complexe des « colonisateurs » (nous), refusant de continuer les liens normaux avec d’où nous venons quand nous avons émigré sur les terres des « sauvages ». Aucune confiance dans ces tentatives folichonnes, artificielles, de jouer les « nouveaux » sauvages. Un leurre.
Il y a un axe tout-puissant chez les anglos. On refuse de tenter de fortifier un axe francophone. Danger : la langue est le sang de la pensée créatrice. La culture véritable en découle. Les musiciens ou les peintres, eux aussi, ne peuvent s’en dissocier de ce fait têtu, la langue. L’axe espagnol (et portugais ?) des lointains voisins du sud est valable pour les usagers de ces langues. Comme les Noirs du nord ont des liens à se forger avec l’Afrique, leur patrie ancestrale lointaine. Derouin rêve de connivences artificielles. Hors-langue. Laissons-le rêver, tiens, il ne fait de mal à personne. Gaspillages d’énergie tout de même. Il y aura, sur « ses terres » boisées de Val David, entre les poissons d’argile multinationaux, les poèmes de Lapointe et les « installations » intellos-symboliques, quelques marcheurs pour rêver avec lui.
5-
Mon correspondant « imac-ien », le sarcastique humoriste Daniel Marleau, me conjure de ne pas confier mes illustrations à un peintre de profession. Merci ! Il a bien raison. Dès demain, j’affronte mon affaire, on va bien voir qui c’est qui mène chez moi. Marleau ne cesse pas de me souhaiter « une belle Fête du Caaaaanada », je l’étriperai un jour. Il me taquine franchement ? Il a braillé —en un courriel souffrant— que l’on ait osé lui changer le nom de sa petite patrie au Saguenay. Il a raison : ma foi, je fesserais rare s’il fallait que l’on nous change le nom de Villeray, par exemple.
On a donc, avant-hier, regardé « I am Sam », j’y reviens ?, et cette « fin heureuse, inattendue certes —qui a chagriné tant de critiques— me fait songer que la gent intellectuelle déteste le bonheur. On veut du tragique, c’est plus sérieux ! Jeune, j’étais de ce lot… dramatiseur à souhait. Mon Daniel : « Ah, je vais louer « I am Sam » alors, moi, j’aime bien le bonheur ! » Bravo fils ! Pas un garçon bien élevé ça ?
Tenir à dire que j’aime les intellectuels, que j’en suis un (autodidactement !) et fier de l’être, que j’ai le droit de dénoncer les illusions, les marottes, les lubies funestes de mon monde.
Je songe à mon marcogendre et ma fille, Éliane, roulant vers l’océan atlantique du New-Jersey et je suis jaloux. Ça persiste. J’espère que l’ami Dubois dénichera une piaule pour une quinzaine au Maine en août. Folie ? L’idée de convaincre le Marco d’organiser une soirée-jasette libre avec mes fidèles du journal. On serait dix ou cinquante, peu importe. Parler ad lib avec ceux qui m’aiment et aussi avec ceux qui —fidèles—voudraient aussi me critiquer. Une folie ? Une idée de mégalo ? Je verrai.
6-
Il vient de mourir l’acteur fabuleux des « Nuits de Cabiria » de Fellini où il fut un extraordinaire souteneur, veule, lâche, salaud. François Perrier est mort vendredi à 81 ans. J’aimais sa bouille de chien « battu ». Sa tête de « serviteur dévoué » dans le « Orphée » de Cocteau quand il jouait cet ange Hurtebise sorti des enfers, échappant à Cerbère, nageant à contre-courant pour L’Eurydice émergeante du Styx.
A ce sujet : soudain, il y a dix jours, bloqué en illustrations villerayiennes, je reprend un petit manuel —expurgé, à l’usage des écoles— de mythologie. Lecture attentive. Je prend des notes et puis je descend à l’atelier pour peindre Jupiter, sa jalouse d’épouse, Junon, Diane, Neptune, Bacchus et compagnie. Pouah ! Pas fort !
Mais j’y reviendrai. Je me laisserai aller davantage en accidents visuels et je parviendrai à produire une bonne série d’aquarelles sur les mythes fondateurs de tant d’écrits (littéraires ou psychanalytiques). Dimanche matin, chez le camarade Folch-Ribbas (La Presse), je lisais : « Aquarelles de l’auteur », pour une édition de « Le petit prince ». St-Exupérit en illustrateur, bien !
Le Meyssan, parano des complots, se ferait déboulonner déjà. Pour l’auteur Meyssan, le 11 septembre, les quatre avions-à kamikazes c’était le fait de méchants conspirateurs du puissant complexe militaro-industriel. Ils avaient tout organisé pour qu’enfin un grave conflit armé éclate que le pognon puisse rouler dans leurs poches. Deux Français, en 125 pages, lui fermeraient le bec. Il reste à attendre un film de Stone grand amateur du genre : « FBI-CIA : des pourris alliés à des pourris » ! Le manichéisme est payant pour les foules crédules, on ne le sait que trop. Internet serait rempli de ces paranos déboussolés.
7-
Coup de fil, appareil cellulaire béni !, de ma fille qui roulait vers la frontière Canada-USA. Il y a, c’est bien connu, des coupures de son. On s’y fait ? Mal. Aile ne supporte pas ce gadget. Je la sens légèrement inquiète :ses deux « grands» (18 et 20 ans) seront seuls au foyer. J’ai du respect pour ces mamans pourtant vieillies, qui, jamais, ne seront tranquilles d’esprit quand elles s’éloignent du phare, de l’abri, du port d’attache. Je trouve ça touchant. J’ai mal quand je songe à tous ces jeunes pris par le job d’été, à mon David, gardien de piscine à Sophie-Barat, à Laurent surveillant aux parcs de la Ronde, à Simon gardien à la Plage-Doré. Un été chez le diable non ? Je viens de raconter ces boulots ingrats dans « Pour la gloire et l’agent » en quelques lamentos bien braillards… lyriques et fondés.
Souvenir : j’ai quoi, 16, 17 ans ? Maman lisant sa chère Colette sur le balcon d’en avant. Je sors avec mon vélo. « Où vas-tu encore trotter là, mon garçon ? » Moi, exaspéré : « Oh, m’man, je t’en prie, j’ai pus dix ans ! » Elle : « Si tu veux te faire une blonde, j’suis pas folle, va donc pédaler vers Ahuntsic, par là. C’est du monde de notre genre. De notre classe ». La mère snob ! Bin snob la tite fille de Pointe-St-Charles, non ? Elle savait et n’aimait pas trop que je fréquente une mignonne noiraude de la rue Villeneuve sur le Plateau.
Un jour, j’apprend que Michel Tremblay —je veux lire son dernier : «Bonbons assortis », même si on doit écrire « Bonbons variés », signale Chartand du Devoir— avait une mère qui disait : « Restez sur le Plateau, ne descendez jamais en bas de Sherbrooke, c’est pas de notre monde » ! La grosse femme snobinarde ? Mon ex-éditeur, Yves Dubé (frère de Marcel) me disait —il était du Faubourg à mélase, rue Logan— que sa mère disait aussi : « Ne traversez jamais Dorchester, évitez le Faubourg Saint-Laurent (où est Radio-Canada), c’est du monde « cheap ».
Snobisme inouï allant du nord vers le sud, vers le bas ! Le romancier André Langevin (que devient-il, lui, si doué ?) y habitait dans ce faubourg mal aimé — lire « Une chaîne dans le parc ». Mère snob aussi ? Non. Impossible. Rien à faire : il n’y avait pas plus bas, c’était le fleuve, que le port, la Molson.
8-
Les cailloux de Mars ? Hum ! Il faudrait à la NASA deux milliards de fonds publics pour aller en cueillir. Y a-t-il traces d’eau, traces de vie… la grande question ! Ce sera pour 2014, semble-t-il, la réponse. Et c’est pas sûr. Patientia !
Dans quatre jours, se rappeler, du fondateur républicain des naissantes provinces unies d’Amérique, Jefferson, le « Tous, nous sommes nés égaux, doués par le Créateur de droits inaliénables :la vie, la liberté, la recherche du bonheur… » Oh, cela, la quête du bonheur depuis Platon et même avant. En 1776, ce terrible virage définitif, anti-monarchisme, une quinzaine d’années avant la Révolution française qui utilisera les mêmes termes. Son successeur, Double-V, utilisant la peur, tente de mettre la police partout, partout. Avec primes aux délateurs maniaques qui verront un saboteur dans chaque dissident, parmi les contestataires les plus pacifiques. Jefferson, au secours !
En ce temps-là, ici, même aux portes de nos églises de village, placardage « bostonnais » :Canadiens-français, joignez-vous à nous, à bas la monarchie ! »
Du bon peuple et nos petits curés favorables. Mais… la hiérarchie cléricale, déjà collaboratrice, excommuniait les libertaires qui osaient souhaiter que nous joignons les voisins décolonisés. Les occupants satisfaits, contents de ces valets en soutane rouges ! Par frousse, par intérêt, on nous accordera bientôt un faux gouvernement « représentatif ». Une Assemblée truquée. Surveillée.
Ensuite, Louis-Joseph Papineau tentera de réformer ce leurre. Ça va coûter cher aux Patriotes de 1837-1838. Le feu partout, des pendus et des exilés en Australie. Vive le 4 juillet !
9-
Laporte parlait avant-hier (La presse) avec son ironie décapante des tricheurs « initiés » dans les bureaux capitonnés des énormes firmes américaines. Scandales sur scandales. On gonfle les profits. On attire des investisseurs candides. Le ballon prêt de péter, on vend vite nos parts (de PDG) et ensuite seulement on déclare faillite.
Un observateur dit : « Quand il n’y a plus de police, les voleurs s’épivardent ». Les vérificateurs sont bafoués partout, moqués, trompés, éloignés…pas assez nombreux, mal équipés. Et vlan ! les spéculateurs modestes ont le bec à l’eau. Les employés de ces bandits —en « grey flanel suit »— deviennent des chômeurs. Aile: « Quoi? Il n’y a plus de rigueur, il n’y a plus de conscience, plus d’honneur, qu’égoïsme et jouisseurs pressés, voilà où nous conduit l’immoralisme ambiant actuel, constitué de prédateurs pressés, d’égocentriques. » Elle a bien raison. Bush, venu de ce monde des « rapaces », joue le râleur indigné : « Suffit ! On va y voir » !Quand mister B. ?
Yves Boisvert, chroniqueur à « La Presse » a une plume vigoureuse, brillante, son allégorie récente (avant-hier) entre ces terribles « poissons rampants » qui voyagent à travers les étangs pour les vider de toute vie aquatique et le jeune chef de la droite, Mario Dumont, était une chronique géniale.
Quoi, quoi, on fesse et puis on vante La Presse ? Bien comprendre : je cogne sur les éditos soumis au boss mais des reporters y sont souvent fameux. Ainsi à « The Gazette », le quotidien raciste, francophobe malade, que je fustige, les reporters y sont souvent très compétents. Il faut faire la différence entre les journalistes (syndiqués souvent) qui honorent le métier et les chefs soumis, les petits-chefs dociles et les sous-chefs accroupis sous les patrons. Le « boss » —derrière le proprio— stipendié, déshonoré, qui a vendu, et cher, sa liberté, tels tous les Pratte, Mario Roy et Cie.
9-
Un calmar d’une tonne (!) est exposé à New-York. L’article fait rêver aux lectures de jeunesse des gens de ma génération, à Hugo et sa poulpe (pieuvre ?) effrayante, Jules Verne et son calmar inimaginable…au fond des mers ! Autre article et autre sujet de rêverie pour les pauvres, les démunis : on oublie de l’argent dans des banques. Cela forme 180 millions ($ Us) en argent ! Personne ne réclame ces magots ! Mystère ! Rêvons encore :le Mexique produit des tas de feuilletons de télé. Une vaste industrie. Des gros mélos pour la plupart. Il doit bien y avoir au moins un ou deux téléroman valables dans le lot. Pourquoi ne pas en voir un peu. Pourquoi seulement le « dumping USA » ? Même le Japon (Chine, Corée) achète de ces « telenovellas »… pas chers forcément. Colonialisme aplatventriste étatsunien accepté. Quelle station briseera le moule. Les Québécois apprécieraient le meilleur de cette industrie Mexicaine… Ou Indienne. Nous ne sommes pas imperméables comme le public chauvin des USA aux cultures étrangères.
10-
À Saint-Jérôme, pas loin d’ici, annonce d’une expo de tableaux. Pas 5 ou 10 peinturlureurs, non, 30 peintres ! Je lis la liste. 90% d’inconnus ! Terrible : toute cette activité peinturluresque et si peu de connaissance de ces manieurs de pinceaux. Aucune information valable. Il y a là un mystère opaque, non ?
Le diable devenu vieux se fit ermite ? Un compagnon d’armes du révolté célèbre, Che Gueverra, l’intello Régis Debray, révèle à Robitaille (Le Devoir) que la politique (il fut, une fois libéré de prison) conseiller de Mitterand) c’est terminé. Il est plongé, dit-il, dans l’étude des religions. Ah ! C’est à lui que je faisais allusion plus haut en parlant de décrocher des actualités. Le bonhomme semble épaté par une connaissance (De Chayssac) qui a abandonné la France et le français, vit à New-York, ne parle plus que l’anglais-américain et recommence sa vie aux USA. Il dit qu’il est logique. Que Washington c’est Rome. Que tous les de Chayssac sont logiques. Exactement ses mots ! Qu’à Rome, tout de même, on parlait deux langues, le latin et le grec. Debray ne croit donc plus à l‘avenir de son pays. Il s’est donc englouti dans les vieux manuels d’histoires des religions.
Qu’en penser ? Effrayant non ? Plus aucun espoir ? Il plaint nos luttes (ADMIRABLES)au Québec, rappeLle que les Français à l’ ONU (New-York) rédigent les rapports en …américain (comme font tant d’hommes de science en France) ! Debray lance le gant. Il fuit. Il s’exile de tout. Écoutez cela : « Oh, horreur, nous allons devenir un grand Québec ! » Un auteur a dit cela, le français Jean-Claude Barreau. Ça donne un sacré choc, non ?
Debray avance que lorsqu’il y a un vide, un empire s’y installe. Une loi incontournable. Or, dit-il, les gens d’Europe refusent de combler cet espace dsisponible. Il dit que très peu de monde chez lui croit vraiment à une Europe forte. Alors ? Le trou, le vide. L’empire s’avance. Résultat : l’américanisation volontaire partout là-bas. Debray m’a captivé en disant que la quête de puissance a donné, deux fois, deux massacres horribles (1914-1918 et 1939-1945) et que cela pourrait faire la méfiance et du désintérêt des Européens en face du pouvoir, de la puissance.
11-
Une fin pour ce premier tome ? Je vois bien que les actualités m’intéresseront toujours. Je ne me cacherez pas dans l’étude des religions ou des arts de jadis. Je suis paré à raconter Marc-Aurèle Fortin aussitôt que « Vendôme » aura un coin de studio libre !
Demain, je lirai encore mes gazettes, encore et encore, j’aurai envie de chicaner, de rédiger des pamphlets…
Rien à faire. Je reste donc curieux comme une belette, accroché. À tout. Distrait et, de cette façon, comment me « cultiver à fond » à propos d’ un seul art, d’une seule discipline. Car la culture véritable c’est cela, foin de l’érudition puisque je ne veux pas briller dans les salons… littéraires ou autres. On ne change pas ? J’étais le grand distrait à l’école, au collège. Je le reste. Je m’intéresse à tout. Un peu. Comme tout le monde.
Aile, je la vois de la fenêtre de ma « chambre à écrire », s’est plongé dans « Le tueur aveugle ». Ensuite, on va pouvoir en jaser longuement. Le ciel, très lumineux est tout de même recouvert d’une sorte de brume. Humidité lourde. Au bord du lac, il y a une bon vent., mon drapeau tremble énormément, « fasaille » même. À partir de demain, je me le jure, Soeur Gagnon sera fière de moi, je me jette dans les aquarelles que je lui ai promises. Je veux que « La maisonnette » progresse.
Demain, je me trouve un autre bon livre à lire, pour les soirs quand la télé est trop insignifiante ou qu’il n’y a pas de bons films au vidéo-club du bas de la côte Morin. On ira voir « Chaos » au Pine, on se fera des grillades sur le barb’à queue. Et puis quoi ? Oui, Léo Ferré : « On s’aimera, on s’aimera ».