Le samedi 22 juin 2002

Le samedi 22 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Pour nous réveiller plus tôt, nous laissons les stores pas mal ouverts désormais. Ainsi je vois le paysage en me réveillant. Ce matin, vue bizarre, impression d’immuabilité. Brel : « plus rien ne bouge ». Aucun vent, pas la moindre brise. Les sapins droits debout, les feuillus aussi comme en arrêt de vie. Hautes épinettes si droites. Du stand-up…comices ? Et le silence total. Pas un son. Pas d’oiseaux ? Ils grassesmatinent (mon plaisir de néologiser) ? L’amour et la tendresse. Caresses ailées. Remuement conjugal autorisé —toléré— par toutes les églises même si on est pas mariés ! Et Aile, légère, chantonnant, ira au lavabo la première. Je roupille heureux. Ouvre et ferme le regard. Atmosphère un peu surréaliste derrière la moustiquaire des deux larges fenêtres sur le lac. Garde-à-vous, nature ! La fin du monde sans prévenir personne ? Enfin, rompez : une toute petite brise agite mon « flag » bleu et blanc, ça vient du nord-ouest. Ciel couvert. Humidité comme hier, je la sens.
Tant s’imaginent que, connu, tout roule dans l’huile. Oh non ! Les attentes se multiplient. Exemple :l’éditeur de « La petite patrie » ne répond pas à mes courriels. Je veux leur accord pour cet album illustré de mes aquarelles. Rien. Silence des Graveline et des Soucy chez « Ville-Marie-Sogides ». Les écrits restent ? La peur de…
L’existence des créateurs est tissé d’attentes. Qu’est-ce que ça doit être pour les « pas connus » Seigneur ! Ainsi, un projet de série-télé —« un retraité tranquille se fait happer dans un cortège de trafiquants véreux »— fut déposé chez l’héritière de Claude Héroux (retraité, lui). Pas un signe. La politesse ? Bof, le monde des affaires ne connait pas ce terme. Même projet déposé plus tard chez Fabienne Larouche (« Aetia »). Silence après un mot gentil : « Merci de l’envoi. Je vais lire cela, Claude et je vous reviendrai». Air connu que ce « je te reviens là-dessus ». À TVA, Chamberland (parti depuis), recevait un projet : « vie dans une station de radio commerciale », j’étais à CJMS. « C’est bon, bonne idée. Je te reviens… » Souvenir : aux archives de la B.N. : « Avez-vous dans vos cartons des romans abandonnés, des avortés ? » Moi : « Oui, beaucoup ! » Eux : « Ah, parfait, excellent ! » Étonnant, non ?
Courriel d’un ironiste doué, Daniel Marleau : humour toujours, fines drôleries. J’en suis stimulé. Il reste léger (légèreté de l’être, Mister Cioran ?) malgré un deuil tout récent.
2-
Vu hier soir Harvey Kettel à ARTV. Vive la télé ! Un formidable acteur raconte ses débuts, ses bons coups et ses méchants…. Passionnant. Aux actualités ensuite : déprime. Des enfants tués des deux bords. Israël et Palestine à n’en plus finir de sang et d’horreur. Arafat appelle l’Onu, les casques bleus !
Aile en safari nouveau » assassinat de fourmis sur la galerie. Bombe aérosol. Bien brave ma belle Aile …pas comme avec les écureuils…
Hier, Carole, la sœur de ma bru : en cinq minutes, en dix clic-clic, elle a pu me raccorder avec le courrier…démanché par mes réparateurs. Éblouissant pour un nono en machines ordinées.
Facal se l’ouvre et le chef des cuisines péquistes,Bernard, pas content. « Assez de sucer les clases moyennes », dit Joseph.
Les travailleurs, cols bleus, blanc, rouges, se font piquer leurs sous mécaniquement, n’ont pas de conseillers fiscaux, eux.
Des messages (chers courriels !) me stimulent, mon marcogendre avait donc raison, ils me disent : « on découvre vos romans, on vous lit ». Le journal m’apporte donc de nouveaux amateurs de mes proses diverses. Chaud au cœur.
Dégoûtant reportage hier à la télé sur les petits pieds obligés des Chinoises : un martyr pour bons mariages. Sottes traditions ! Barbarie. Clitoris coupés ailleurs. Sales coutumes. Les languedeboisés disent : « respectez les traditions ancestrales des autres ». Mon cul !
3-
Hier, je fulminais contre la non-intégration volontaire des émigrants. Dire clairement : oui, en cours de festivals divers, oui, aux chants et aux musiques et aux danses exotiques. Non, quand on veut s’installer parmi nous. « La bottine souriante » obtient de bons succès en visiteurs, partout. Les Écossais, friands de cette B.S. ne vont pas s’inscrire à une école de « set carré ». Le enfants des émigrants souhaient devenir des Québécois àpârt entière. Ottawa et ses sbires subventionnent les ghettos :il faut absolument diluer ce 84 % de la population. On nous dira un jour, le mal accompli : « Taisez-vous, vous n’êtes qu’une partie de la belle grande mosaïque canadian. Silence ! »
Hier, télé encore, un écolo crache sur le monde, la foule , les masses. Il craint que le beau parc naturaliste qui va recevoir les VIP (Groupe des 7) se détériore avec les améliorations apportées. « Il y aura davantage de gens ici ». Ces purs détestent le peuple ?
Souvenir : il n’y avait pas de Parc Paul-Sauvé à Oka. Nous y allions avec une clé clandestine. Gros cadenas des Sulpiciens dans le temps. Maintenant, la foule. Certes avec des dégâts. Jadis ces gens —qui ne vont pas à la mer dans le Maine— en jouissent de cette plage immense. Bravo. Ils salissent, pis ? Les écolos n’aiment pas le monde !
4-
Mort d’Alfred Tramta, dessinateur exilé du Luxembourg. Il était une sorte de dépanneur pour nous, les scénographes et longtemps, avec un Jean Dion. Des petits jobs plates. Indispensable Tramta pour les émissions de tables et chaises. Il était modeste, souriant sans cesse, zélé, poli, se pliant à mille contraintes quand il faut, subitement, arranger un studio pour un invité de marque qu’on attendait pas.
Avec « Sursis pour l’orchestre » et « Amen », j’en était venu à détester les Allemands, toutes générations confondues. Stop ! Ce matin, bonheur en Allemagne. Au foot, le pays de Goethe vient d’écraser les USA, en Corée du sud. Photos de jeunes sprtrgs germains et allures d’un monde normal. Ne pas oubloer, ces footballeurs n’étaient pas nés quand les « vieux » se nazifiaient en vitesse saluant bien bas Monsieur Hitler qui les protégeait des dangereux communistes. La vie fonce.
5-
Un loustic regrette (publiquement) la « parade » familiale de la Saint-Jean. Il a raison. On fait cela le soir désormais. Fini les enfants réjouis de jadis. La technologie préfère la nuit pour faire luire ses effets visuels lumineux. Hélas ? Oui. Cette année, pire, ce sera comme un long commercial (des plogues ) pour publiciser nos différents festivals, hiver et été. Regrettable démarche. Souvenir : un Pierre Garneau m’enrégimentait (avec d’autres scénographes) pour un premier essai de défilé de nuit (1968 ?). Ce fut un grand flop. Nous avions pondus des chars « modernes » beaucoup de plastique translucide, de l’aluminium découpé, des formes avant-gardistes. Le défilépopulaire du 24 juin : c’est la foule, des fanfares tonitruants, des bouffons au soleil du bon Dieu, des « chars » aux messages clairs et nets. De la candeur quoi ! Des prétentieux marchands de bébelles « flashy » se trompent.
À entendre des grognons, il faudrait leur changer le peuple.
Nation nigaude disait le drogué et névrosé fils à maman, Baudelaire, un surdoué en poésie. Ainsi le peuple n’aime pas les livres. L’État des bourgeois (Diane Lemieux, Louise Beaudoin) va y voir : « Vous allez aimer ça, la culture, ou bin on va dire pourquoi! » On fait payer le peuple gnochon, de force. Veut, veut pas. Des millions vont à entretenir artificiellement les arts. Belle démocratie ! Ah oui, si on pouvait changer de peuple, hein, les subventionnés ?
6-
C’est quoi un esprit libre ? Celui qui peut écrire, librement, ce qu’il veut. Faisons un pari : je donnerais mille ou dix mille dollars à un Mario Roy (ou à un André Pratte) s’il ose publier dans « La Presse » : « Il nous faut un pays indépendant. Nous sommes une nation, nous devons avoir un seul gouvernement ». Si je veux, je pourrais publier une défense de l’état fédéral centralisateur. Si je le décidais, je pourrais le faire. Je suis un esprit libre. C’est cela, exactement : pouvoir exprimer ce que l’on veut, librement. Les politiciens ne sont pas des esprits libres. Il y a « la fatale ligne du parti ». Les esprits libres sont rares. Et, jalousie, sont très détestés par les enchaînés de tout acabit.
Ce Jean Dion, du Devoir, a du talent à plein. Ce matin, parlant foot, il m’a fait encore rigoler. Il écrit : « étendu dans mon divan en véritable simili-cuirette »…Le comique ! Rare au royaume des sports, cet humour. De ce côté c’est la gravité niaise pour chaque match de quoi que ce soit. Se prendre au sérieux, c’est cela. Et le ridicule ne tue pas ces « gérants d’estrade ».
La fille de Félix, Nathalie, voit à perpétuer la mémoire du papa magnifique. On va inaugurer un musée à l’Ile d’Orléans, le 24 juin. La fille de Riopelle, Yseult, s’y emploie aussi. Et moi, ma fille ? Fera-t-elle quelque chose, moi mort ? Hum ! Je veux un oratoire, une nef imposante, un mausolée remarquable, je veux un monument…monumental…rue Bélanger, angle Saint-Denis, là où l’on jouait à la tag, à cachette, au cowboy, à moquer le buandier chinois, le guenillou « plein de poux les oreilles plein d’poils », le maraîcher et le marchand de glace. Là où je faisais le « cheval de coton » avec tit-Gilles pour les cinéphiles du Château et du Rivoli. Espoir mince.
7-
« Nous, le peuple… » (comme dit la Constitution des révoltés de 1776 à Philadelphie) avons payé deux millions six cent mille piastres pour acheter des tableaux de Riopelle. À Québec, sur les Plaines de la Défaite, il y en avait 70, il y en a 270 maintenant. Idem au musée de Montréal. Vous êtes mieux ça du Riopelle. On bin on y voir ! J’y reviens : la culture imposé.e de force comme dans « L’hiver de force ». Fiez-vous, nation nigaude, aux élites.
Elles veulent votre bien. Cela dit, je tiens un « Pavane « (triptyque) ou « La roue » pour des ouvrages de génie, du génie dees couleurs, Riopelle. Sacha Guitry disait : « On devrait remercier ce grand despote, Louis XIV, il nous a mis notre argent de côté, Versailles rapporte encore et beaucoup à l’État ! »
Remercions aussi l’État-gangster : Loto-ceci et cela rapporte beaucoup à l’État.
Ce matin, N. Thériault du Devoir m’emprunte un titre de roman, le cahier « Communications » clame : Et tout est silence ». Titre de mon premier livre. Chaud au cœur.
8-
Rêve curieux. Vendredi il y a sept ou huit jours. J’observe un jeu scénique. Acteurs masqués. Manèges bizarres. Menaçants. Ils tombent du ciel. Plouf ! Je sursaute chaque fois. Plouf ! Pantomime confuse. Grimaces comme m’étant adressées. Buissonneau m’approche (que je rencontrerai il y a deux jours !) me tire la manche. Il veut que je participe à ce jeu fou. Je résiste. Il en est faché. Il me fait une démonstration. « Facile, non » ? Je dois improviser. Un silence. On guette ce que je vais faire…ou dire. Tiraillages de tous. Un comédien se confie à moi. Il en a assez. M’invite à fuir avec lui. Un camion ramasse tout. Je refuse de partir en tournée. Plouf !, surgit une sorte de gérant. D’où tombent tout de monde ? Je cherche des yeux. Édifices partout, escaliers à incendie, tours obscurs. Soudain, Jean Letarte est à mon côté. Il rigole. Se fait rassurant. Me dit de foncer. Il est rigolard.
Bizarre :certes, on venait de m’inviter à cette fête pour le
50 ième anniversaire de La Roulotte. Sur la terrasse, vendredi dernier, l’ai-je dit ?, à une relationniste, je lui dis : « Deux anciens de La Roulotte, Luc Durand et Jean-Louis Millette vont venir, je les ai contactés » Elle sourit et passent alors, au même moment, au dessus de nos têtes, deux mouettes (ou goélands)! « Vous parlez au diable, vous ! » Moi : « Non, au bon Dieu ».
À La Moulerie, rue Bernard, jeudi soir, bouffe avec Aile, Josée et surgissent Louise Rémy et son chum, Claude Bérard, un des meilleurs cameramen de la SRC, jadis. Placotages en tous genres. Je is à la serveuse : « Louise Rémy faisait ma mère dans la série télévisée « Booguie Wooguie ». Elle : « Ah oui, , j’étais trop jeune pour regarder ça ».
Ferme-la un peu, le vieux, les jeunes ne savent rien de tes œuvres et de tes pompes.

Le samedi 8 juin 2002

Le samedi 8 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Ciel blanc mat. Mais hier…oh hier, vendredi beau et si ensoleillé ! La belle fin de journée. Débutant dans la peur. Longue limousine noire dès potron-minet à ma porte au Phénix. Chauffeur impeccable. Un corbillard ? On me conduit à une potence : devoir animer deux trente minute sur les lectures d’enfance de deux « vedettes ». L’échafaud de devoir réussir. L’ »homme à la luisante casquette me parle de Ville La Salle, sa petite patrie à lui. Des beautés du canal Lachine rénové. Sa fierté. Il me vante les condos neufs aménagés dans des usines. Lui ayant conté la menace d’un bloc-tour dans « ma cour » chemin Bates, de la destruction du boisé sur l’escarpement d’Outremont, il me dit : « Je vous offre gratuitement, quand vous voudrez (me donne sa carte) une visite des alentours du canal. Vous aimeriez les abords de ce site-canal ». Je songe à maman, née au bord du canal, rue Ropery. Me verrait-elle mieux de l’éther si je m’installait dans sa toute petite patrie ? Je m’ennuie d’elle. Je ne l’ai pas assez aimée, devenue la petite vieille sur son balcon, dans sa berçante, avec son journal. Regrets futiles. J’étais tellement « busy body » n’est-ce pas ? Jeunes gens qui me lisez, ne faites pas comme moi. Vous le regretterez amèrement plus tard, la mère (le père) morte.
Vaine angoisse : tout se passa fort bien. Bilodeau fut chaleureux, bavard, heureux de raconter ses premiers plaisirs de lectures : Tintin, les deux Verne, Jules et Henri (Bob Morane), Dumas. Et Françoise Faucher, avec ses livres conservés toujours, La Semaine de Suzette et cette bretonnante « Bécassine », les contes de Grimm, leurs illustrations en couleurs. Et Dumas, elle aussi ! Alors je dis : « Mais c’est un genre pour garçons non ? » Elle : « Pas du tout, qu’allez-vous imaginer, tous ces beaux mousquetaires, ce si secret Athos surtout, non, non, nous en rêvions, les jeunes filles ! »
Trois heures plus tard, l’équipe semblant bien satisfaite (politesse ?) de son animateur, sortie et limousine de nouveau. Et retour à la maison. Le nouveau chauffeur vient de…Villeray, eh oui, Il et allé à l’école avec le fameux « gérant de Céline », René Angélil, son voisin. Nous parlons du quartier. Nous nous souvenions du père Lalonde, formidable animateur de loisirs à Saint-Vincent-Ferrier, rue Jarry. « Ah lui, Lalonde. Ses sermons fameux, il aimait le théâtre et cela se voyait. Il était merveilleux. Dans sa chaire des dimanches. »
La veille, jeudi, devoir aller à cet ex-vaste « Shop Angus », au nord-est de la rue Rachel, angle d’Iberville pour jaser avec Denise Bombardier pour sa série « Conversations », elle me dit au maquillage : « Tu vas parler au monde entier, Claude ! » Je dis : « Quand je t’entends saluer le monde, TV-5, c’est France, Suisse et Belgique, non ? » Elle : « Ah non, ça va partout, partout. Tiens, un jour, au Venezuela, à Caracas, un type traverse la rue pour venir me saluer. Étonnée, je dis : « Vous me connaissez ? » Et lui me dit : « Mais, je suis un francophile, je vous vois chaque semaine sur le Canal 5. » Eh b’en, le trac s’agrandit un peu. Hélas, Denise pose des questions relatives à mon enfance et alors, forcément,. je m’entends répéter ce que j’ai dit dix, vingt fois. Mais bon, à Caracas, on sait rien du petit gars de Villeray ! Les autres « pitonnerons » en maugréant : « on la sait par cœur sa « petite patrie ». Fière, Denise me présente son jeune réalisateur : c’est son fils ! Sosie parfait du papa, Claude Sylvestre, qui fut le jeune réalisateur du jeune René Lévesque, celui de « Point de Mire ». Affaire de famille, sa jeune compagnie ? Oui et j’aime ça. La chanceuse. La recherchiste est sa bru : Elsa. Elsa ? « Oui, Elsa, mes parents aimaient tant le poète Aragon ». On me fait déambuler devant une caméra dans cet ex-usine de locomotives. Décor étonnant avec ses colonnes métalliques, une dizaine de tours « Eiffel ». Dehors, vaste chantier où s’élèveront bientôt des appartements en grand nombre. En somme ,une zone morte, industrielle si longtemps, où des milliers d’ouvriers ont sué à longueur d’années, convertie en espace urbain moderne. Le progrès étonnant !
2-
Revenu des studios de La Salle, vendredi, interview après le lunch, par Julie Stanton arrivant de Québec, pour sa revue « Le bel âge ». Magnétophone posé devant moi, ce sera le questionnaire, d’abord sur « le jeune » et alors m’entendre encore répéter les éphémérides de mon enfance, misère ! Je ne suis tout de même pas pour m’inventer une autre enfance pour éviter le…radotage ! Ne pourrait-on pas —ces gens du « milieu » sachant bien ma petite histoire— trouver des questions différentes, un angle nouveau, qui pourraient surprendre ? Hum, il y faudrait de la recherche, du gros boulot mais… nous sommes tous si paresseux. Julie S. questionnera aussi : « le vieux », « Bel âge » oblige, ce sera lors le visage du « sage », de l’ « expérimenté » qui fait débouler ses conseils de vie. Oh la la !
À la fin : « Qu’aimeriez-vous qu’on dise de vous, un jour, longtemps après votre mort ? » D’emblée je dis : « Il a beaucoup aimé une femme. » Et, ce matin, je lis, pris dans une lettre de madame Georges Sand : « Il n’y a au monde que l’amour qui soit quelque chose. » Bravo Georges !
Le plus beau, le plus agréable de ce vendredi ? Imaginez-nous, Aile et moi, au couchant, rue Hutchison, installés sur le balcon du troisième étage chez les amis Carole et Pierre–Jean Cuillierier. Nous vidons une fiole de blanc bien frais avant d’aller à la soupe et aux pâtes dans un modeste restau (on apporte son vin), inconnu de nous deux, en face du « Rideau-Vert » rue Saint-Denis, le « Colloquio ». Pierre-Jean nous dira : « En face, Claude, c’est le logis de ta camarade Monique Proulx —dont j’ai tant apprécié cet « Homme à la fenêtre » (on en a tiré un film bien fait).
Souvenir : à un Salon du livre de Hull, je la rencontre et je lui fais de chaudes éloges pour ce roman. Monique Proulx rougit, m’écoute, ravie, et puis s’en va vite. C’est le vieux Richard louangeant Guy Lafleur ? Le vétéran est là, poqué, courbé, marqué de cicatrices, vieilles blessures et ..fraîches aussi —le Allard du « ça suffit Jasmin, on vous a assez vu, dégagez la voie ». Elle commence sa carrière et file vers son zénith. Chacun son tour, le bonhomme, pas vrai ? Au « Colloquio », la Croatie venant de battre l’Italie, en Corée, il y a des mines sombres. Bonne bouffe et nous marcherons de nouveau la rue Villeneuve de Saint-Denis jusqu’à l’Avenue du parc. Rue modeste, embellie, devenue ravissante, le calme, de la verdure, quelques terrasses camouflées, plus rien à voir avec la rue Villeneuve de 1950, triste, laide même, quand, à dix-huit ans, j’allais veiller chez Miche, angle Saint-Laurent, que sa maman, « chambreuse » débordée, trouvait le temps de me préparer de bons spaghettis.
Belle, formidable soirée de vendredi en somme, Aile toute épanouie, légère, regrettant presque de devoir aller dormir dans cette douce chaleur enfin, enfin, revenue. Les Cuillerier, plus jeunes et bien courageux, descendaient, de nuit, vers leur « rang rural » derrière Sutton, où ils rénovent un antique maison (1873) de campagne, un « work in progress » qui amuse l’ex-réalisateur.
3-

Rêve étrange vendredi : les coteaux au Chantecler, c’est l’hiver s’achevant. Du monde. Un festival ? Une Française rôde, semble vouloir me draguer ! Aile veille au grain. Nerveuse. La Parisienne si aimable avec Aile sera adopter en fin de compte —avec « Le Québec est merveilleux, ces gens sont si aimables, etc. » Invitation sur l’autre rive, chez nous. L’après-midi, j’avais entendu Aile inviter le couple Faucher à la maison, dimanche, pour la télé câblée (qu’ils n’ont pas, eux, au Lac Marois). Françoise, le matin, en studio, m’avait parlé de vouloir entendre les résultats des élections législatives en France, leur grand’ peur de ce Le Pen maudit).
La touriste française, accepte donc avec joie. Dit qu’elle devra téléphoner à son compagnon de voyage pour qu’il se joigne à nous tous. Nous avons, en guise de traversier du lac, un gros traîneau de bois rouge, tiré par trois petits chiens noirs (!), semblables au « Milou » de ma fille et au « Zoé » de mon fils. Traversée du lac. L’eau monte sur la glace. Danger ! Voilà, surprise, qu’il y a les petit-fils au rivage. Ils sont tombés et sont mouillés « jusqu’aux os », comme on dit. Aile énerve, elle les gronde. La Parisienne rigole, la calme. Inquiétude de noyade. « Sortez du lac, crie Aile, et vite. » d’aile. Les chiens, épuisés, boivent la tasse ! La foule nous encourage sur la rive du Chantecler. Arrivés à la maison, téléphone de l’accorte Française. Et, appareil posé, dira : « Échangisme ? Non ? » Aile scandalisée aussitôt. Malaise. Moi itou. Ah, ces Européens décadents, à la sauce Ouellebec ! Son homme s’en vient. Peur. Au « Colloquio », pour rigoler, à un serveur nous questionnant pour la facturation, Aile avait dit : « Nous sommes des échangistes ! » Bang, dans le rêve ça aussi ! Les enfants salissent la maison, Aile pas contente. Nous avions jasé de ça, au restau :le Claude bien cochon, salissant, intempestif barbouilleur de tout . Tout compte, la nuit venue ? Dans un coin, je chuchote à Aile : « pourquoi aussi avoir invité cette femme ? » Réveil. Ouf !
4-
Dumont dixit : la jeunesse, devenue l’atout suprême, partout. Voyez ce jeune Mario Dumont en vogue novelle, vu en sauveur. Niaiserie. Jadis : la vieillesse comme garantie pour la sagesse des nations. Le vieux Maréchal Pétain vu en sauveur de la France couchée ! Je rêve, j’aimerais le mélange. Pas juste cdes jeunes, pas juste les vieux. Le mélange des générations. À bas les cloisons sottes. Juger selon la valeur. Jeune, il y avait deux choses qui m’importaient : (a) ce mélange partout, vieux et jeunes, ma grand-mère Jasmin à l’étage, le grand-père Lefebvre, à deux pâtés de maisons. (b) Les classes sociales mélangée aussi dans mon quartier. Rue Saint-Denis, plein de médecins, avocats et notaires et plein de travailleurs modestes aussi. En banlieue moderne, souvent, une seule et même classe de monde, selon la qualité de ladite banlieue, est-ce instructif, bénéfique, pour les enfants ces uniformités – desquels naissent l’ennuie.
Ce matin, départ laurentien. Je sors le mini-frigo. Aile debout devant la voiture, un index pointé. Quoi ? Le faux-pare-choc de plastique. Pendant. Décroché. Je me penche. Clac, clac ! Remis dans ses trous. Aile satisfaite s’installe au volant : « Et que c’est smatte un homme ! » Immense affiche planté dans les arbres tronçonnés qui nous nargue : « À vendre. Condos. » L’entrepreneur, un certain Rhéal Martin, aux prises avec des poursuites judiciaires, dans Le Vieux et à Verdun. Chemin Bates des acheteurs résilleraient les contrats. Mince espoir. Je songe à ceux d’ici qui n’ont pas de résidence secondaire. Ça va creuser, cogner, dynamiter aussi ! C’est long élever un dix étages d’appartements.
Radio du samedi matin :la bande à Le Bigot. Chroniques diverses. Vivante radio. Modes, spectacles, politique, bouffe, botanique, et, etc. La parole à René-Richard Cyr qui prépare sa version, à Joliette, de « The man of la Mancha ». Fou de Brel comme moi —Brel qui adaptait cette comédie musicale de New-York— Joël Le Bigot l’écoute et, mis en confiance, salue volontiers l’initiative cyrienne. Il ira dit-il, je dis : nous irons Aile ! Comme nos irons voir, chaude recommandation de Pierre-Jean, « La souricière, la trappe » arrangé à la moderne par Asselin au « Rideau-Vert ». Pour « Lulu Time » de Lepage, crainte, je n’estime pas les acrobates, du fameux Cirque du Soleil ou non, ni la musique rock, du fameux Gabriel ou non. Peur. Lepage dans « Voir » : « On me chicane. On refuse les technologies, les effets visuels, ici, un establishment intellectuel —des critiques— me dit que blâme, déclare que c’est trahir un art voué à la parole avant tout ». C’est vrai? Je dis cela souvent. Ai-je tort ? Je ne sais plus trop. Nos avons pris tant de plaisir à certains Lepage !
Chez Le Bigot : ambiance fréquente de ..quoi donc ? De jet-set ? Ça m’énerve toujours. Tendances branchées, cuisine exotique. Hum ! Ce matin, transformé en gourmet savant et saliveux, soudainement. Je le voyais en gras Obélix, en Depardieu bouffi, humant les délicates odeurs d’un sanglier apprêté aux herbes introuvables hors le circuit bien bourgeois des fines gueules. Or, soudain, Aile fait un détour. Stop. « Adonis » —filiale des deux restaus « La sirène » où j’estime la pieuvre grillée— boulevard de L’Acadie. Immense magasin pour fins gourmets. J’y vais, méfiant. Ma vieille crainte des bourgeoisies. Un vaste marché étonnant, angle Sauvé, clients contents, mines satisfaites. Nos greco-québécois en habiles fournisseurs de bouffe de luxe.
4-
Avons visionné, jeudi dernier, le fil « Cap Fear » La vieille version avec Robert Mitchum en méchant « sorti de prison », revanchard primaire. J. Lee Thompson a signé un film de son temps. Manichéiste à plein. En noir et blanc, images mais aussi scénario où il y a le bon, tout bon (Gregory Peck), et le méchant tout méchant. La version moderne de ce « Cap Fear » est très supérieure avec de Niro en « méchant » étonnant, subtil. Je n’aime pas que les vieilles affaires culturelles soient toujours meilleures (ça arrive !) que les actuelles. J’étais content, et Aille aussi le disait, qu’il y ait net progrès. C’est normale, non ?
Oh, oh , oh ! « Fear is right ! » Cris au salon ! Soudain, encore la bête ! La bestiole, identique à la première, va et vient, cherche où se cacher. Cette fois, pas de pelle pour faire couler le sang, non, Aile m’apporte une couverture-guenille et je saisis ce nouvel intrus, agrippée à la cheminée, je cours le jeter en bas de la galerie.
Vendredi matin, je vois Aille en caucus ave notre voisin Maurice. Un débrouillard qui a vu neiger, de Baie-Comeau à Sorel, de Haute Rive à Tracy. Elle me reviendra avec une cage à écureuil. Une trappe qui ne tue pas, qui renferme. Il s’agirait de petits d’écureuils, nouveaux nés surgis dans l’entre-planchers et/ou l’entretoît. Bien. Bon. « Par ici, c’est fréquent », a dit Maurice. Vendredi midi, avant de quitter les lieux, Aile a mis trois noisettes …et une petite tomate dans le piège fatal. « Oh Clo ! C’est regrettable, on ne reviendra que samedi, la bête devra rester enfermée si longtemps avant sa délivrance ». Dois-je pleurer, renifler au moins ? Mottte, je la ferme. C’est une entreprise sérieuse.
Ce matin, Aile empressée de délivrer notre captif…trouve la cage vide. Et la tite tomate…plus là ? Examen minutieux. La bestiole pas assez pesante ? Questionnaire. Visite express chez Maurice. Retour : « Ça va marcher. Je vais remettre une tomate mais mieux fixée. Le poids suffit. Il y a que la tomate ne doit pas rouler à bas de son socle-déclencheur, etc. etc.
Ma chère Aile en inventeur à la Léonard Da Vinci calculant l’effet de sa machine de guerre…qui ne tue pas. Je m’amuse. Comme un fou. Sans le dire. Pas fou !
5-
On cherche toujours l’officiel poète fédérat. 20,000 piastres, imposable ! Je voudrais voir la liste des candidats. C’est ouvert à la confrérie écrivante. Comme « entretenus de l’État », les petits camarades en « fines lettres », membres ou non de l’UNEQ, s’y connaissent, croyez-moi. Luc Perrier, poète de Saint-Jean, ce matin, en lettre ouverte, offre son âme et son cœur. Amusante caricature. Le ridicule ne tue pas ? Jean-Louis Roux pourrait se forcer et avec son bon gros cachet sénatorial pourrait bien accepter les deux futiles taches. Et Jean Lapointe, le chanteur, compositeur à ses heures…en fou du roi Chréchien ! Non ? Ou cette brave Sagouine, la Viola Léger, non ? Mon Dieu, un petit effort ! Ottawa s’ennuie tant au milieu des copains démarcheurs engraissés.
C’est une vieille coutume angloise ! Une folle mode bien britannique. Il faut imiter nos bons maîtres, pas vrai ? Pas facile donc de trouver un troubadour pour le patroneux de Grand-Mère, un domestique un peu cinglé, sachant compter les césures et les pieds, arranger les rimes; trouvons vite un trouvère pour le château gothique des rivages du canal Rideau et de l’Outaouais, ouais ! Urgence ! Que va devenir le temple des « favoris » sans un écrivain d’État ? Ah, je le sens, va falloir que je me dévoue : j’irai à Westmount pour rencontrer le valet patenté Roch Carrier, il me donnera le mot de passe du traître québécois, le mode du code du raciste inverti, le questionnaire du « collabo » et je passerai le test fédérastique, yes sir !
6-
Vendredi, revenant des studios « Shop Angus », je dis à Aile : « J’ai vu le coin, je peux pas croire qu’enfant, tu marchais de chez toi, rue Molson, jusqu’à Christophe Colomb pour ton école Saint-Arsène. Toute une trotte, quinze rues non ? » Aile : « Oui, c’est pour ça que je suis en forme —qu’elle a de si belles jambes, j’ajouterais— et quatre fois par jour, hein ! Le midi, je mangeais en 4 minutes et demi et je repartais, l’hiver compris, à 25 sous zéro ! » Je n’en reviens pas, non !
Coup de fil rue Bates. Charles Mayer, 80 ans, veut me parler. Ex-camarade en décors, Hongrois d’origine. Il a fait des gravures. Nos belles grosses granges et autres bâtiments de ferme. C’était un habile dessinateur, vraiment très fort. Je lui donne deux, trois noms d’éditeurs « plausibles » de s’y intéresser. Il me dira : « Je jasais avec Peter Flinch (venu d’Allemagne, lui, c’était l’ONU à la scénographie de la SRC), tu sais, on est venus ici en émigrants et on va mourir en émigrants. Vous ne nous avez jamais vraiment acceptés. » Je jongle. Muet. Ne sais trop quoi rétorquer. Et-ce si vrai ?
Télé : vues du Cachemire, visions du Cambodge ruiné, Jérusalem encerclé, l’afrique secouée, Congo-atroces-chicanes, Israël aux bombes, querelles du monde. Des images de misère, de sang. Faut regarder. RDI, Canal D, TV-5, Historia, ne pas se boucher les yeux. Documents indispensables. Savoir, tout savoir et ne pas savoir quoi faire. Aux nouvelles d’ici : motards-à-drogues mis en prison. Oh relativité !
Un camionneur, routier à long fardier, raconte sa pénible vie à la télé d’Enjeux. Métier effrayant. Les mensonges. Les faux papiers. Rouler 14 heures sans dormir ! Un monde sinistre. Il ose tout dire. Il risque son job. Certain. Il pense à ceux qui vont venir. Il aura un terrible accident en bout de reportage. Oh, oh ! Psycho-soma ? Culpabilité ? Acte pas manqué. Ces 24 roues que l’on croise le jour, tard le soir, dans la nuit, on rouspète. On les craint. On fait bien ! On en voyait partout. Danger: les conducteurs poussés à la rentabilité doivent rouler, rouler très longtemps. Et vite ! Oh ces affreux travaux forcés modernes ! Ces galériens à couchette au-dessus de la tête ! Pour gagner du temps faire des calculs faux pour tromper les inspecteurs… sinon…le boss va grogner. Horreur !
7-
Au balcon de Juliette et Roméo, rue Hutchison, Pierre-Jean me raconte une réalité —du genre qui m’arrivé aussi parfois—: sa Carole, en congé jeudi, a besoin de relaxer. Pas une sinécure son job à l’urgence de la « Centrale-des-petits-cœurs-fragiles » (Institut de cardiologie). Il ira, seul, au Jardin Botanique pour y admirer les plantes. Devant lui, cheminent deux jolies femmes. Il remarque qu’elle sont joliment vêtues, à la mode, bon goût, elle gesticulent et s’arrêtent aux exhibits, semblent des connaisseuses en botanique. Il finira être proches d’elle et découvrira, désarçonné, qu’elles ne sont pas du tout ce qu’elles semblaient être. Une parlure, disons comme jadis, « commune ». Au bord de la vulgarité.
Comme c’est vrai désormais, avec toutes les infos qui circulent maintenant, des gens de toutes conditions apprennent à comment s’habiller, bien manger, se choisir du bon vin, rouge ou blanc. Ils restent tout de même ce qu’ils sont profondément, des incultes. Jadis, on pouvait facilement déceler de quelle classe sociale venait telle ou telle personne. Il m’est arrivé ainsi de croire que des gens étaient, comme on dit, du « milieu », artistes ou même —« boubo », ou « bobou » ?— bourgeois bohémiens, petits bourgeois et je finis par les entendre parler et c’est, à mon grand étonnement, des personnes qui se soucient comme d’une guigne de mal paraître, de mal parler, d’avoir un accent « cheap », d’analphabète !
Au souper, tantôt, à ce sujet, Aile me raconte : « Au Centre Rockland, vendredi, hier, une dame remplie de bijoux, vêtu richement —allure d’une dame de la haute. Quand je la côtoie à un comptoir de lingerie (Linen Chest), c’est le langage du bafouillage, ,l’absence totale de vocabulaire et des exclamations infantiles, des protestations puériles, idiotes, avec un accent « faubourg à mélasse ». Elle m’avait paru une riche et oisive bourgeoise de Westmount.
J’aime que l’on soit différents. Je me croyais fou de lire trois livres à la fois, en voyageant de l’un à l’autre. Vincent Bilodeau, lui, c’est dix ! Il déteste les biblios —j’en fréquente trois— car il tient à posséder ses livre. Il ne donne jamais ses bouquins. J’ai tout donné à la biblio locale.
À la fin de « Conversation », D.Bombardier : « Maintenant, toujours révolté ?, vous espérer quels changements ? » Je m’entends dire : « À 71 ans, je ne crois plus aux idéologies. C’est futile. Il faudrait coucher l’homme sur un bloc-opératoire et le changer, fondamentalement. » J’y pense : est-ce que je favoriserais la manipulation génétique radicale ! Seigneur ! On a pas une heure, pas une minute, pas dix secondes à la télé. On vous questionne :répondez vite, svp.
Mercredi dernier, piste cyclable, Aile me dit entendre des gazouillis variés d’oiseaux, détecter dix, vingt odeurs différentes, plantes, fleurs naissantes…Elle ne fume plus, elle. Je l’envie. Faut que je stoppe définitivement. C’est rendu dix par jours (clavier et cibiches vont de pair !) c’est dix de trop.
Vu, mercredi soir dernier, un docu de télé, sur cette célèbre Virginia Woolf —saphiste avouée, cocue misérable, suicidaire, déprimée grave, pacifiste et prophète à sa façon, féministe, bourgeoise « victorienne » de gauche, suicidaire— que je ne connais pas vraiment. Vive déception. Ouvrage pour spécialistes. Allusions à des personnages que j’ignore. À des textes inconnus. Pas de chronologie aucune. Suis-je trop linéaire, trop ancien pour apprécier ce genre en mosaïque ? Regrets. Je trouverai un livre, un jour. Carole Rioux, vingt ans plus jeune, au « Colloquio », m’a dit avoir estimé. Grandement. Cette V. W. :méfiante farouche de : familles, classes, nations, a eu père despotique… trouver « Une chambre à soi », « La traversée des apparences », « La chambre de Jacob », « La promenade au phare », « Orlando »( sa biographie). Elle disait deux choses importent : « Le sens critique et l’intelligence. Le reste… » Elle insistait : « Ne jamais séparer vie privée et vie publique. (vrai !) Cela explique les hommes ».
Discussion récente (avec Julie S.) : avoir trop fait de mes petits-fils des princes, sans cesse leur enseigner qu’ils étaient uniques. Était-ce dangereux ? La vie si raide, si bête…Ne plus savoir si j’ai bien fait. Je me disais s’il s’estiment suffisamment, ils se conduiront toujours comme des hommes de valeur. Avais-je raison. Ma fille disait : « Atention, pas trop, ne pas trop leur monter le bourrichon, la dure réalité sera terrible en vieillissant ». Qui a raison ? Ne plus savoir. J. S. dubitative elle aussi.
Un courriellisant D.M. me stimule. Il tient des propos vivifiants. Il est léger (« L’insoutenable… » de Kundera), me fait sourire. Précieux.
Chez Stanké, on publie un livre et on invite au lancement tous les gens nommés dans le livre. Foule. Si Beaulieu invite au lancement de ce journal (cet automne) tous les gens nommés, il faudrait louer un aréna, non ?
Milan Kundera : un vrai roman : le texte qui est pas adaptable, nulle part, nu au théâtre, ni au cinéma, ni à la télé. Alors…oh ! Le journal, le livre parfait. Inadaptable en images. Nulle part.
Lu ce matin : en Afrique 18 lignes —par groupe humain tel— de téléphone. Chez nous, en Occident industrialisée : 565 lignes par même nombre de têtes de pipes. C’est clair comme ça ? Un signe énorme ! Woolf, écœurée, dénonçait Churchill, jeune : il avait participé à un massacre horrible en commandant des batteries de mitrailleuses (engins nouveaux) en colonie d’ Afrique. 25,000 morts d’un coup ! En face, des Noirs qui n’avaient pas même un mousquet à pierres, juste des javelots ! Vive l’impérialisme britannique, vive l’Empire, vive Churchill, jeune ! Ensuite ? Venez me révérends pasteurs ! Nègres idiots : place à nos bons missionnaires protestants. Ça bat un peu Champlain au bord de l’Hudson tirant sur les « sauvages » qui s’enfuient, découvrant « la mort qui court », un fusil. S’il avait eu une mitrailleuse, hein ? Place aux Récollets et aux Jésuites, place, pace ! Le sabre et le goupillon, comme au Mexique, comme partout en ces temps de belles missions civilisatrices des Blancs si purs !
Oui, « Il n’ y a au monde que l’amour qui soit quelque chose », bien dit madame Sand, bravo!

Le lundi 20 mai 2002

Le lundi 20 mai 2002

1-
Le soleil, le petit verrat, se montre tôt et quand vous êtes sur le piton, cafés bus, journaux lus, pouf ! disparu l’astre des astres ! À moins de vêtir nos costumes de skieurs de fond, pas moyen d’aller randonner sur la piste du « petit train du nord » …je voudrais bin essayer mon neuf vélo moi ! Coup de fil tantôt. Des Trois-Pistoles. Mon nouvel éditeur V.-L.B. Semble content du Réginald Martel (La Presse) et aussi du Louis Cornellier (Le Devoir de samedi dernier) . En effet, deux bons petits papiers pour notre « ÉCRIRE », le mien (de cette collection « vlebesque ») s’intitulant : « Pour l’argent et la gloire ». Cornellier (aussi prof au cégep de Joliette) me nommait : « L énergumène ». J’aime ça.
Mon cher Vic s’informe : il a bien reçu le stock du journal J.N. pour janvier. Je lui dis que février allait partir bientôt sur internet pour lui. Je lui dis en riant : « Devrais-je lire le journal de Jean Paré pour me stimuler, il vient de paraître, tout l’an 2001 ? »
La mode journal grandit ? Formidable. Des articles sur le journal de J.P. laissent entendre que l’ex-directeur de « L’Actualité » y va surtout de son métier : éditorialiste. Une entrevue raconte qu’il a « de la terre » en masse, à perte de vue, à Stanstead, et que des cerfs viennent y musarder. Le chanceux, le « crésus » —c’est si payant servir « MacLean and Hunter » ? Dans son journal, il passe…des mois ! Des mois ?
Paré semble une sorte de châtelain, un « farmer’s gentleman ». Moi, j’en deviens un roturier de basse extraction avec le tout petit terrain au bord du lac. Mais, Paré, lui, a-t-il ce joli tout petit lac laurentien à ses pieds ? Ah !
Mon Victor-éditeur se cherche une nouvelle complice car sa Katleen a mis les voile (!). Dans son village lointain du Bas-du-Fleuve, « pas facile, dit-il, de dénicher une habile aide-littéraire pour révision, pré-production », etc. Il travaille à son projet de neuf téléroman ces temps-ci, je crois. Pris, très pris, mon barbu matamore, ex-Bouscotte vieilli. N’ai pas osé lui dire que le diariste pourrait ralentir (beaucoup) pour l’été qui vient. De toute façon, il va publier (cet automne ) « janvier-juin 2002 »… d’abord. On verra bien pour la suite.
Me voilà pris avec une autre commande, torrieu ! J’avais promis — il y a un an— à la « magnifique » Soeur Gagnon, âme active et fondatrice de « La Maisonnée » dans « La petite patrie », un paquet d’aquarelles inédites qu’elle pourrait vendre pour ramasser des fonds. Pour son œuvre —les femmes démunies de son coin. Elle vient d’acquérir — déménageant de son pauvre petit logis-refuge— le grand presbytère Saint-Jean de la Croix, rue Saint-Laurent, angle Saint-Zotique. Au cœur de « La petite Italie ». Son voisin sera donc cette « Église-vendue-en-condos ». Or, une dame me contacte par téléphone samedi matin : « Oui, ça va se faire votre expo, aiguisez vos plume et mouillez vos pinceaux M. Jasmin. » Elle veut jumeler l’expo avec l’installation d’une sorte de centre culturel dans le sous-bassement de l’église Saint-Arsène, rue Bélanger. Elle dit loger rue Liège angle Saint-Denis et a à cœur de ré-animer un esprit « petite patrie » chez les résidants du quartier.
J’ai tenté de la décourager mais c’est une farouche acharnée et aucun de mes arguments n’ont pu lui faire baisser les bras. J’admire cela. Elle vient donc me rencontrer, ici, demain matin pour discuter de cette « affaire » caritative et culturelle.
Bigre ! Diantre ! Sacrebleu ! M’installer, tout l’été, à mes tables à barbouiller à l’atelier-cave ? Aile m’en grondait déjà tantôt. « Non, lui ai-je dit, je poserai mes couleurs dehors, en plein air ».
Je dois vite maintenant contacter Sire Graveline (chef en éditions pour VLB, Ville-Marie, Typo, etc.) qui a les droits du livre (« La petite p. ») pour qu’il accepte la publication du récit populaire avec mes aquarelles. Ces tableaux —les originaux— seront donc exposés et vendus par la suite. Au fond, c’était un vieux projet chéri et abandonné (par paresse) et voilà qu’en y étant comme forcé, cela va se réaliser maintenant. J’espère. Ainsi je singerai le célèbre Clarence Gagnon et ses illustrations fameuses du roman de Louis Hémon : « Maria Chapdelaine ».
Ouf, du boulot !
2-
Remue-ménage dès vendredi quand le jeune géant, mon David, (20 ans à peine) —l’aîné d’Éliane et Marco— s’amenait pour le week-end. Un goinfre ? Un gouffre. Son bagage posé à l’étage, il va voir dans notre frigo. Pas grand chose. Nous n’ achetons —tous les jours— que la seule bouffe du souper. Le vide sous ses yeux ! Lippe maussade ! Rien à dévorer ! On rigole !
Aile qui n’aime vraiment que les garçons —elle s’adonnait mieux avec les mâles, camarades réalisateurs, acteurs ou techniciens, à son travail !— observe attentivement le jeune phénomène. Elle en a eu pour son… argent. David est d’un genre…naturel et franc. Il n’a rien à cacher, est bien dans sa peau et rétorque vivement à tout questionnement.
Moi aussi je suis curieux des us et coutumes de cette neuve génération. Un spectacle étonnant dimanche : David a son baladeur sur les oreilles parfois, ce qui ne l’empêche nullement de dialoguer avec nous ! Il a apporté trois manuels scolaires car il tente de faire deux bacs en même temps à Concordia, il regarde le hockey à la télé d’un œil, répond à nos questions et, de l’autre œil, étudie (!) ses livres…Un phénomène, non ?
Je lui ressemblais. À Radio-Canada, j’aimais, un temps, plus jeune, crayonner un décor sur ma table à dessin, jaser avec un camarade venu écornifler dans mon cagibi, et parler au téléphone avec un réalisateur anxieux de son décor. Tout en fumant et en buvant une bière. Jeunesse folle ?
Samedi soir, avant le film loué, « Sortie de l’enfer », David, en confiance avec son papi (?), se confie : « Je découvre peu à peu l’ambiance trop matéraliste à mon goût de ce monde du marketing, de l’économie, à l’université. Je voudrais pas me retrouver plongé dans le monde du « business only ». Aussi je songe maintenant, papi, à l’enseignement. Je ferais mon doctorat et je serais prof dans une université, ici ou aux États-Unis s’il le faut. Ça me mènera à quoi ? Vingt-cinq ans par là ? Ce sera plus long mais ça vaut la peine d’attendre, non ? »
Je lui parle de « moa » à vingt ans : j’étais en deuxième année d’une école technique (la céramique), j’étais pas du tout certain de me trouver un emploi dans le domaine. Oh non ! Je raconte à David les douleurs (ordinaires) de cette « angoisse de l’avenir » à cet âge. Je sens que mes propos le rassurent un peu puisque « c’est toujours la même histoire ». À vingt ans, l’avenir est un fameux point d’interrogation. Je cause avec lui de hasards, de circonstances. Le jeune céramiste diplômé finira par être… décorateur (La Roulotte) et puis animateur dans les Terrains de jeux et les Centres de récréation… Et puis, nouveau hasard, scénographe aux émissions pour enfants à la télé.
David sera bilingue, aura des connaissances solides en économie, et se passionnera toujours pour l’histoire (il adore) il sera donc, —peut-être— professeur. Je lui dis : « C’est le plus beau métier du monde ». Je le crois sincèrement. Je lui raconte aussi : « J’avais voulu l’être mais quand j’ai posé ma candidature (aux Arts appliqués), je découvrais que j’allais perdre quelques milliers de dollars — par rapport à mon job à la SRC et j’avais charge de famille ». Adieu donc le prof qui dort toujours au fond de moi.
Dimanche après-midi, ramenant le beau jeune géant —qui porte un collier de barbe maintenant— chez lui, ma fille— à son si joli jardin avec mon Marco— me fait cadeau d’un pot avec, dedans, six arbres nains : érable à sucre , chêne, bouleau, amélanchier, etc. Nous avons, père et fille, la passion des plantes. Rue Chambord, un cerisier et un pommetier montraient feuilles et fleurs naines déjà. Le climat dans le sud (!) est meilleur. Ici, on attend les feuilles encore. Marc, chef de service (information) au Ministère de la Famille, dit avoir donner du boulot à des grévistes de Radio-Canada. Aile en a les yeux dans l’eau. Elle éprouve une peine immense de voir patauger tous ces « précaires » mis sur le trottoir depuis maintenant des mois. Elle enrage de voir « sa » chère Société couler irrémédiablement, elle qui y connut presque quatre décennies de bonheur parfait.
3-
David me dira que lui et ses copains n’aiment guères les discothèques —« trop bruyantes, on peut plus se parler personne »— et les bars « où les filles, dit-il, se dénudent tant qu’elles peuvent pour attirer, attiser, les gars ». Ils vagabondent plutôt dans des cafés. Je dis : « Et le théâtre découvert au secondaire et au cégep ? » « Plus le temps, c’est raide deux bacs. » Il lui reste la musique (ses chers rappeurs !), sa bonne copine —une belle fille, je l’ai rencontrée, venue avec ses parents de San Salvador. Et des livres d’histoire, son dada.
Et la danse, David ? « Discos archi- bruyantes ou rien, m’explique-t-il. Nous autres, fin des années ’40, avions des lieux : l’Union des Latins d’Amérique rue Sherbrooke, le manège du CEOTC, rue Berri, le « Peace Centennial School », rue Jean-Talon, etc. Eux : rien si ce n’est le bruit infernal !
Dans ses cours d’histoire, lui et cinq de ses camarades, francophones de souche, « étrivent » un peu leur prof. David me montre des chapitres de son manuel d’histoire (du Canada). On rigole. On pouffe de rire. Les notions enseignées versent dans le merveilleux « plus meilleur » Canada fédéraliste. Il est resté farouchement patriote québécois, ce qui me rassure.
J’en profite aussi pour monter la nécessité de la lucidité. Je ne m’empêche pas de lui souligner certains bienfaits enseignés par nos conquérants. Cela existe. Craindre, toujours, le fanatisme. Nous sommes, là-dessus, tous les deux d’accord.
Nous visionnons une cassette, vendredi soir : « Allégria », spectacle très costumé du cirque du Soleil. Hélas, pas fort à la télé. Le cirque n’est pas du tout télégénique, il faut y être. Ennui donc. Avons observé l’ « Hannibal Lecter », génial Anthony Hopkins, répondre avec intelligence au sieur goguenard, toujours fort bien documenté, le Lipton de « Actors’ studio ». Bien belle heure de télé. David très attentif.
Samedi matin, coup de fil de mon fils à Aile. « Avez-vous vu Le Devoir ? Mon père se fait fêter, très bon article de Cornellier pour son petit dernier.» Aile —je l’adore— court vite acheter les journaux pendant que je patauge dans la baignoire.
En soirée, eaux gazeuses (on avait prévu), pop-corn, croustilles, noix, raisins verts ou rouges, tout se vide à très haute vitesse avec le jeune ogre David en Gargantua ! Aile n’en revient pas. Mais ce gaillard est frileux. Découverte d’un tas de draps (!) sur le lit de David samedi matin ! Aile le gronde amicalement. Il n’avait pas vu le thermostat au mur, il ignorait, au pied de son lit, la commode aux couvertures de laine. Ainsi, il ne voit pas serviettes et débarbouillette sur un meuble, mis là exprès pour lui. Bizarre !
Mauvais temps. Pas ce vélo donc. On ira faire —en apès-midi— un « tour de machine », comme on disait enfant, pour lui montrer de « grosses cabanes » ultra-bourgeoises vers Sainte-Marguerite. Il regarde l’opulent étalage de ces amateurs de « bunkers » luxueux l’œil froid et puis parlera de — bientôt— devoir se louer « un petit appartement, quelque part ». Enfin, il est content de s’être déniché —il vient de l’apprendre— pour les vacances, un job de « maître-nageur » et sauveteur à la piscine —olympique— du parc Sophie-Barat, si près de chez lu. Il a les diplômes voulus. Soudain, bailliages, David : « On dirait que le grand air du nord m’endort ! » On rit. On rentre.
Il ne faut pas louer « From hell », un film mal fait. Décors et costumes, du « Londres de 1898 », fameux cependant. Un récit tarabiscoté, bien saignant , tiré d’un album de b.d. Hypothèse : le fameux « Jack l’éventreur » serait un franc-maçon, chirurgien (de la Reine Victoria)et bien malade. Erreur d’avoir loué ce « From hell » et trio de déçus samedi soir. Quand le Jack-chirurgien coupe et découpe les malheureuses et sympathiques prostituées de Whitechapell, notre Géant-David détourne la tête. La vue de tout ce sang !
Jeune, je ne supportais pas (mon père, c’était pire, l’évanouissement). Je me suis soigné, ayant appris qu’il s‘agit de ne pas « vivre » le rôle de la victime, ne jamais se mettre à sa place, (paranoïa conne), de vite se distancier, de vite percevoir que c’est du…cinéma, d’examiner alors les rouages de la mise en scène. J’explique le procédé à David et il regardera davantage après. Sans crier.
4-
Une amie raide, la chère France : « Claude, comment croire qu’on est assez intéressant pour publier de son journal intime ? » La démone ! M’expliquer : envie de mettre sans cesse : « Et vous ? », « Vous aussi ? Comme moi ? », « Sommes-nous semblables ? » Vérité. Je ne le fais pas. Cela va de soi.
Le journalier espère qu’ au fond des choses, c’est cela, se livrer dans un journal, chercher les points communs. Espérer qu’il y a plein d’autres humains qui vivent la même situation. C’est souhaiter sans cesse qu’il y aura des lecteurs pour dire : « C’est vrai. C’est exactement comme ça que je réagis moi aussi. » Et si vous arrivez à trouver un gros lectorat qui se retrouve dans vos écrits, c’est un succès. J’aime lire du journal. Il y en a trop peu. Trop des journaux des « grands littérateurs » sont trafiqués. Sont trop « écrits », mesurés, calculés, repris, corrigés. Du mensonge alors. Jean Paré, avec raison, dit craindre ce « ravaudage » après les aveux. Ce qu’il n’a pas voulu, lui, trop se corriger, afin de faire vrai, spontané. Il a raison. Ce que je fais aussi.
Idées, émotions, sentiments, opinions, ne sont valables que s’il y a ce lecteur qui compare, qui nie parfois, qui a envie de protester même, ou qui est d’accord. C’est formidable quand il y a, souvent, concordance. Rien à voir, chère France, avec la vaine fatuité, la détestable vanité, l’exhibitionnisme quoi.
Reste que des tas de gens —pudeur, sentiment d’infériorité, identité mal assurée, crainte d’être jugés— n’oseront jamais se livrer en diariste. Vocation ? Oui. Recherche compulsive de complicité, de solidarité ? Oui, je l’affirme. Mes contempteurs, bien entendu, peuvent continuer de crier :égocentrisme. Je n’y peu rien et que ceux qui aiment mes proses ne m’abandonnent pas, Seigneur !
5-
David étonné. Nous discutions des actualités :Kosovo, Kamikazes, intégristes, antisémitisme, Islam, Cachemire, Palestine, Israël etc.
Aile surgit de la cuisine et lâche : « Maudites religions aussi ! Elles font naître ces guerres partout ! » David se redresse, il est de foi prostestante, pratiquant, songeait même à aller à un office le lendemain matin, dimanche, à la coquette chapelle du coin de la rue du Chantecler. Il explique calmement que le danger réside à appliquer « littéralemet » — et, dit-il, « littérairement »— les livres de religion anciens : Coran, Thora, Bible.
J’apprécie la distinction de David. Je tente de calmer la soudaine fougue a-religieuse d’Aile, lui dit que la religion est souvent un besoin de spiritualité très valable. Elle finira par l’admettre. Justement, à TV-5, dimanche soir, face à trois savants qui publient pour fustiger l’irrationnel —des invités de « Campus »— l’animateur Durant avance : « Que pensez-vous de la religion, une affaire de philosophe, une affaire de poète ? » Les scientifiques hésitent à répondre. Je guettais. L’on bafouille. Rien de clair. Puis : « La religion comble, rassemble, tente de rassurer ce que la science qui est , forcément, partielle », dit le savant Changeux. Voilà le succès de la religion.»
Ces illustres chercheurs (et trouveurs) en avaient surtout contre la montée des amateurs astrologues, la vogue des signes du Zodiac, les sorciers-escrocs d’aujourd’hui, les gourous à gogo, ces « témoins » d’Ovnis à une télé très fréquemment consacrée —« pire qu’avant »—aux parapsychologues, etc.
L’un du trio : « Nous souffrons collectivement d’ « analphabétisme scientifique » et c’est très grave. » Il y avait Charpak, (prix Nobel) déclarant, solennel : « Nous serons 9 milliards dans 50 ans, non plus 6 milliards comme aujourd’hui. Et ça augmentera. Danger :pollutions diverses, effet de serre, etc. Faut prévoir. La science seule peut nous aider à organiser l’avenir. »
Guillaume Durant ose parler des difficultés de comprendre la science : « Tout serait donc chimique, messieurs, en fin de compte. Électrique quoi ! C’est vite dit. Ces neurones, ces cellules et leurs synapses tout cela n’est pas facile à appréhender, admettez-le ».
Silence sur le plateau.
Changeux éclate : « C’est le seul prodigieux organe humain, le cerveau. Il est capable d’être, beaucoup plus qu’un organe fonctionnel, comme coeur, poumon, reins, d’organiser, il forme d’innombrables réseaux à milliards de connexions. Il permet tous les raccordements, c’est inouï, non ? »
C’est le Durant qui se tait.
Moi de même… qui aimerait tellement être plus savant. Qui tente parfois de lire (et de comprendre), les recherches physiques modernes. Mais oui, je reste un « analphabète scientifique », hélas, comme tant d’autres.
Dimanche soir, avant les savants, Devos et deux autres « comiques », connus en France —Dany Boon (!) et Fellag— commentaient un livre sur l’humour et ses lois. Un quatuor de sourds et puis ça va trop vite. Personne ne dit rien de substantiel.
Je m’ennuie de Pivot. Je l’ai dit.
Il y avait meilleures conversations sur des livres. « Campus » embrasse trop large. La portion finale avec les livres nouveaux et leurs critiques —dont une épivardée, Léglise son nom, qui a un accent insensé— me semble vaine. Je m’ennuie de Pivot, bon !
6-
Vu à la SRC —en reprise ?— l’acteur Dumont, patron chez Duceppe, s’entretenant avec Charron. Conversation aimable. Jasette sans prétention. De la télé pas cher. Repos des esprits. Badinage. Révélations en mineur. Michel Dumont, d’entrée de jeu, avoue avoir eu envers son mentor, Jean Duceppe, une relation « père-fils » tout à fait comme son interrogateur, Claude Charron pour René Lévesque. Il lui disait « vous » et « monsieur Duceppe », pourtant, jusqu’à sa mort. Vénération totale. Charron, lui, on le sait tois, ira jusqu’à tahir ce « père ». Voudra même le voir démissionner. Disparaître. Colère du chef à cette époque (1972-1973 ?). Dumont, lui, n’a jamais contesté son admirable « père » tout en avouant ses colères subites effroyables à ce Duceppe, peut-être maniaco-dépressif.
Jamais je n’ai eu un tel engouement durable pour un « plus vieux que moi ». (Et vous ? Et vous ?) Mystère à mes yeux ce besoin d’un « père spirituel », d’une idole, que dis-je, d’une icône. Souvenir : entrant au collège Grasset, nos devions nous choisir un « père spirituel, un confesseur quoi ? Des grands me dirent : « Chosis le père Lachance, il est à moitié sourd et endormi et endormant, il te fichera la paix totale. » Je l’avais élu volontiers ! Et puis la paix !
Tout en lisant, hier soir—avant « Campus »— revu à la SRC (reprise ?), « Le temps d’une vie » de Roland Lepage. « Très » adapté pour la télé par Cyr. Cette Sylvie Drapeau (la mère) est une comédienne tout à fait hors du commun. Incapable de lire bientôt…accroché totalement à cette misérable, pathétique, victime des temps jadis… et d’aujourd’hui. De la télé rare !
Dans le jardin du petit château Chambord, rue du même nom, rencontre de Raphaël, fils de Roger Drolet, copain de Gabriel-le-trompettiste et amateur de poissons exotiques, le benjamin du clan-Barrière. Les deux partaient pour « La Ronde », question d’y obtenir une passe-saison, je crois. Comme pour le ski-alpin, ma détestation d’attendre en file indienne au bas des appareils. Jeune, je négligeais le vieux « Parc Belmont » du boulevard Gouin, pour ces attentes à n’en plus finir. Est-ce que cela a changé ? Sais pas. Quand je dis à David :ce parc très populaire était une des possesions de Trudeau, il doute : « Hen, comment cela ? Trudeau était si riche ? » Je lui raconte la saga des « garages-Champlain », du club d’automobilistes, le C.A.C, propriétés du papa de PET, l’héritier… écossais par sa mère, une Elliott. Je remarque, une fois de plus, comment ces… historiettes fascinent la jeunesse.
7-
Remontés dans les Pays d’en hit, Aile et moi partons en promenade de santé. L’autre jour, prenant à gauche de la rue Morin, avions découvert les gras neufs pavillons du pas moins neuf « Chemin du Nomade ». Cette fois, bifurcation à droite, vers le Chemin Joli-Bourg ». Encore des condos, pas vieux du toit. Plusieurs construits dans des ressauts escarpés. Architecture bon marché ? Quelques cent mille tomates l’unité ? Autour, des boisés. Parfois d’immenses bouquets de gros bouleaux très blancs. Beauté. Des impasses partout , nous devons donc rebrousser chemin souvent. Impossible de dénicher un sentier menant aux côtes de ski de l’hôtel Chantecler. Mystère ! Les gens doivent-ils prendre la voiture pour aller skier à deux minutes plus loin ? Aile, avec raison, s’explique mal l’achat d’un logis qui est collé à deux ou trois autres. Le ski, les jeunes enfants ? Sans doute. Soudain un gamin dévale un chemin en pente sur son vélo. Le seul être vivant rencontré. Personne donc pour promener sa carcasse. Oh, un jeune coupe ! Avec un chien fou. Le seul rencontré. Mystère cela aussi ! Ici et là, des ruisseaux bruissent . Petits bonheurs. De gros tuyaux de métal les font filer sous les chemins pavés…qui vont se multipliant dans ces collines.
Aile a pris les appels sur le répondeur du Chemin Bates. Invitation à aller animer deux émissions spéciales pour une télé de compagnie privée, apparentée à celle de Guy-Robert Scully. On aura apprécié mon topo sur Gabrielle Roy ? Je le suppose. On verra mardi, aujourd’hui, lundi, jour férié et silence au téléphone. C’est bien.
8-
Mes coupures : Gregory Baum, fédéraliste ouvert aux changements, il a 78 ans, déclare qu’il est découragé de constater que jamais le reste du Canada (ROC) ne voudra reconnaître que Québec forme une nation à part entière. Dire que des cocos comme Mario Dumont ou John Charest, eux, ne sont nullement découragés et font miroiter aux citoyens québécois candides qu’ils réussiraient à changer tout ce monde anglo ! Des fumistes ?
Un homosexuel d’Espagne veut révéler ses coucheries avec trois évèques espagnols. Ce Carlos Alberto Blendicho, un abusé sexuel (ou un consentant ?) des années ’80, sait-il qu’en Espagne la religion catholique est en chute libre et que ses divulgations ne feraient pas un bien grand tort à l’église de Rome là-bas.
Daniel Gourd, patron à Radio–Canada, affirme qu’il sort dans le couloir quand la réunion en cours évalue un projet de son fils qui est producteur de télé. Riez ! Un fameux grammairien d’ici, jadis, (le nom ne me revient pas à ce patroneux) auteur de manuel scolaire et aussi juré au DIP (Département de l’Instruction public, machin d’avant le ministère) disait, lui aussi, aller fumer sa pipe dans le corridor quand ses pairs évaluaient son projet de grammaire ! On riait !
Très drôle ce Laporte du dimanche souvent dans La presse. Son papier d’hier sur les films avec suites, un petit bijou d’humour.
Nous avons ,chacun, un cochon. Ça y est : ils seraient sept (ou huit) millions de porcs sur notre vaste territoire. Égalité magnifique. Un home, un cochon. Il y a que ça chie en masse ces bestioles et qu’on ne sait plus quelle terre agricole aller arroser de ce purin surabondant ! On songerait à abattre des forêts (ça se fait déjà dit-on). Non mais…
Parlant cochon : il y a ce curé catholique bostonnais. Geoghan.130 plaintes d’abus sexuels. Dix ans d‘activités missionnaires évangéliques quoi ! Quelle bonne santé monsieur le vicaire du Christ ! Il y aurait 80 poursuites pendantes…au dessus de sa tête. Il en a donc une ! Que le pays, la région, des antiques pieux Pilgrims, des anciens très pieux Shakers et autres ultra-pieux Puritains a changé ! Arthur Miller rédigera-t-il une neuve version de ses « Sorcières de Salem » ?
Claude Guay, de Sherbrooke, —mes chères lettres ouvertes— se porte à la défense du Cornellier qui recommandait d’enseigner d’abord nos auteurs dans les écoles du Québec. Je suis juge et partie dans ce débat. Je dois donc la fermer. Mais ce Guay dit que « le grand Marcel Proust, pour si bien rayonner, partait (parlait) de son Cambray de jeunesse pour aller loin, partout, jusqu’à Venise. Que c’est normal, ordinaire, ce cheminement du connu vees l’inconnu. Le même Cornellier, samedi, ayant lu mon dernier bouquin-manifeste approuve « ma confiance » en nous et dit qu’il y a moyen d’être universel en écrivant sur nous. Un cinéaste belge (Van Beuren) a vu de l’universel dans mon « Pleure pas Germaine » (que je viens de voir arriver en cassette-vidéo au bas de la côte). En 1965, on m’a bavé dessus chez les puristes : « régionaliste infâme » !
Michel Tremblay qui est loué —et joué d’abord— partout n’a rien fait d’autre. En 1968, au départ, l’on bavait sur son théâtre en milieu cultivé et colonisé : « un autre régionaliste borné ! » . Et puis, le succès venu, silence. Dans « L‘Action nationale, dernière livraison, on peut lire un excité qui se creuse les méninges pour démolir tout mouvement de reconnaissance de la culture littéraire vivante d’ici. Pour ce grand énervé, il n’y a de bon bec qu’à Paris, à l’étranger quoi. Tristesse. En 2002, ce combat idiot ne devrait plus être mené. C’est dépassé. C’est une niaiserie. Vous pouvez écrire en jargon, en patois, en joual (vert ou rouge) un navet dégueulasse ou un chef d’œuvre. Le niveau d’écriture n’a rien à voir avec le talent. Ou le génie. L’outil est secondaire.
Il y a des ouvrages insignifiants très bien rédigés avec une totale connaissance du français… de Paris, de Bruxelles ou de Lausanne. Ce sont des livres ennuyeux. En un français impeccable. Bien écrire désormais c’est réussir à captiver un vaste public, à épater un monde large, à émouvoir un auditoire important. Point final.
Rares les écrivains qui s’engagent. C’est imprudent. Pour bourses, voyages, subventions, etc. Yves Beauchemin a le cran d’appuyer le Dorion qui a soutenu une thèse bien faite sur les périls que nous courrons collectivement en face de l’aveuglement de pouvoir actuel, si prudent, si lécheculiste (Commission Larose, ministre Diane Lemieux ) aussi en face des tentatives de sabordage d’Ottawa (avec l’assiatnce des juges « supreme court », tous luttant e sans cesse pour réduire, diluer l’essentielle Loi 101.
Coupure de presse grave : un ex-patron de la CIA a répondu franchement enfin. À la télé. Un chevalier de la franchise ? Est-ce que la CIA ment, a menti, mentira encore ? « Oui », dit Donald Rumsfeld. Bon. Clair comme ça. Ces mensonges nuisent-ils ? « Non », dit le compère. Il le fallait. » « Pourquoi mentir, questionne l’animateur de télé ? Même aux chefs élus ? Ces omissions à la vérité et publiquement encore, c’est une entorse à la démocratie, non ? » Sa réponse : « Pour protéger le USA. Ou pour protéger les intérêts de certains alliés ».
Enfin, un aveu net ! Méditons sur les intérêts des uns et…des autres.
Film québécois à l’affiche, ici ce soir. « Un crabe dans la tête. » Il était temps, je sais. Hâte de voir ça. Je dis à Aile : « Me semblait que tu voulais voir « Quit », recommandé par les Faucher, non ?
Aile : « Non. Fait pas assez beau. Avec ce temps maussade, ce froid en mai, pas envie de nous (ce « nous » tout de même !) plonger dans une très triste histoire de femme triste, accablée…»
Bon, bon. C’est Aile qui mène en ce domaine !

Le vendredi 17 mai 2002

Le vendredi 17 mai 2002



Articles de David et son grand-père
parus dans la Presse durant l’été 1999
dont Jasmin parle aujourd’hui

1-
Soleil et vent très fort ce matin. Notre petit quai de travers et l’énorme quai de la plage publique dérive, voyage vers l’ouest, échoue chez les Boissonneau et puis, dérive nouvelle —vent changé de bord— chez Maurice, mon autre voisin ! À l’heure du lunch, pschitt !, nuages gris se joignent partout et Galarneau se tire ! Bye bye !
Erreur dans mon entrée d’ hier :pas un milliard au délateur suicidé, non, un juste presque deux millions. Reste que c’est les gages de trois décennies de labeur allant à un seul homme(au courage et à la repentance bien rémunérés !) pour une seule année de loyaux services. C’est ça qui est écrit « loyaux services » sur ma carte de retraité de la SRC.
Belle visite tantôt : mon cher David, devenu un grand jeune homme. C’était mon vis à vis dans La Presse durant tout un été. Sur mon écran, paquet de messages. Un nouveau lecteur s’amène, ravi, enchanté des « journées nettes », il a lu l’articulet du chroniqueur web paru hier matin de La Presse. Je lui ai souhaité la bienvenue. Marco, le genre idéal, me suggère pour l’été de rédiger : « journées nettes pluvieuses », de tenir journal ces jours-là seulement. Bonne idée, je trouve. Drôle. Me confier au journal par mauvais temps seulement. Un plan pour maugréer chaque fois, non ?
Mon Marco en profite pour me donner l’absolution (orbi et urbi !) à propos de mes vagues remords : « ai-je accaparé de trop, un temps, ses trois mioches ? ». Fin, il me remercie même pour ces soins-divertissements.
Hier, chez Charon, historien venu jaser de son livre sur un Patriote venu de Suisse :Girod. Qu’on avait déclaré « suicidé » pour calmer les esprits de 1838 mais qui aurait été « exécuté » dans sa cachette à Rivière-des-Prairies. Trop court entretien comme toujours comme si au « Canal D » nous étions à une grosse commerciale station stressé par ses pubs !
Un correspondant qui m’aime mais… « il y a des répétitions ». Oh oh ! C’est cela aussi tenir un vrai journal. Pas un « arrangement » comme trop souvent chez des auteurs vaniteux. Un journal c’est (aussi) trois choses : a) des répétitions inévitablement, b) du coq à l’âne évidemment et c) pas de beau style. Ce qui n’interdit pas, subitement, de envolée poétiques, lyriques. Ça m’arrive parfois et avec bonheur… pour moi du moins.
2-
Jean Letarte me lit, « en pitjama », me dit-il, avec son café des matins. Que je devine bien noir. Je lui ai répondu qu’il figurait dans ce « Je vous dis merci », chez Stanké, puisque c’est à cet ex-réalisateur (aussi peintre et bijoutier) que je dois la dramatique « Chemin de croix dans le métro », Prix Anik-Wilderness de 1971.
À TV-5, ou Artv (?), le Festival de Canne hier soir à 21h. , Ses entretiens et ses petites novelles. Un animateur plat. Bredouilleur. Embourbé et vaincu par la sagacité quasi-agressive d’une Breillat — elle a un film à la Quinzaine — à sa table ronde. Ouen. De la télé amateur. Avant ce « Cannes-spécial », fausse chasse à l’ours dans un vieux village du sud-ouest de la France, Un docu bizarre où des amateurs se déguisent avec du noir à chaussures (!) plein les mains et pourchassent les loustics accourus. Après, Bernard Rapp fait jaser Charlotte Ramplng à son émission copiée sur le Lipton de New0York. Excellente heure ! Une actrice de cinéma étonnante. Radieuse avec pourtant des souvenirs lourds, une psychée encombrante, des attitudes rebelles qu’elle a utilisé sans cesse pour ses personnages toujours étonnants, mystérieux. De la télé fameuse à ces « feux de la rampe » d’Artv.
Coup de fil de David McColley. Le médecin qui achetait notre cottage de la rue Querbes en 1999. Il a lu « La petite patrie », a terriblement aimé, me questionnait : « Ma belle-mère qui vit en Autriche…je voulais lui envoyer ce « La petite patrie »… si traduit en anglais ? » Eh non ! Non. Sa surprise : que ce récit ne soit pas encore édité chez nos anglos. Je ne dis rien à cet urgentologue expatrié du « far-west canadian ». Je préfère ne pas embarquer dans ce que je pense là-dessus.
3-
J’ai regretté l’égocentrisme et la bourgeoisie des jeunes nouveaux romanciers. Jamais de travailleurs dans leurs récits ! Or, je lis ce matin : « Prêter des sentiments forts à des personnages du quotidien est un geste politique ». Voilà. C’est le cinéaste marseillais, Robert Guédiguian qui dit cela. Il est à Cannes avec son « Marie-Jo et ses deux amants. ». Il ajoute : « mon romantisme (chez ces petites gens) est, dans un sens, révolutionnaire. » Bravo, bien dit. Qui sera le prochain romancier d’une ouvrière, d’un ouvrier, continuant le Gilles Bédard, chômeur, de « Pleure pas Germaine » ? Suffit des héros égotistes, instruits, inquiets de devoir égarer le cellulaire, l’ordinateur de poche, ou ses belles planches de surf !
Avoir lu Esther Gidar (« Jasmin sur barbelés »), fuyant au Québec sa patrie retrouvée en vain, devenue un agressif camp militaire, continuel envahisseur de Palestine, Israël, je lis sur un courageux, étonnant, cinéaste de là-bas. Son film( au Festival) : « Kedna » (vers l’orient, en hébreu) oserait un dialogue franc et décapant entre un Israélien et un Palestinien. « Nous aurons des enfants révoltés, génération après génération » dit l’Arabe. Ce Janusz lucide déclare : « Israël n’est plus un pays juif ! » Il craint un peu son retour chez lui après Cannes. On lit aussi, même matin, que de plus en plus de « réservistes » de l’armée d’Israël refusent de combattre les si « proches voisins », les Palestiniens . Objecteurs de conscience, comme du temps du Vietnam pourri, tant de jeunes recrues se réfugiant en Canada. Espoir ? Un tit peu.
4-
Yves Duteil, le chanteur, lointain neveu de juif accablé célèbre Dreyfus, tourne dans nos parages. Il a fait de chansons nouvelles sur ses années récentes et terribles : mort du papa, maladie de l’épouse, etc. On lui raconte l’Ardisson fessant notre accent : « pas sexy Miss Arcand et à mettre aux rebuts. » Il s’en étonne. Dit que « c’est charmant de nous entendre » …Téteux un peu ? L’accent des « habitants », oui, l’accent désarticulé de nos citadins ? Ouen, pas joli du tout. Ce n’est souvent que charabia, hélas. Pour des raisons historiques, politiques. Économiques aussi. C’est certain.
Mon cher David —qu’Aile est allé chercher au Terminus des bus—va y goûter encore côté accent. Il y aura nos « quoi ? », nos « comment dis-tu ? », il le sait bien. Ça le fait rigoler et il se corrige volontiers —en notre présence— du « parler-ado » bien connu. Aile l’aime, il est bavard, cocasse, très franc. Nous allons encore le cuisiner. Nous sommes si curieux des us et coutumes des nouvelles générations. L’on va s’instruire encore davantage sur les visions d’avenir et les rêves de… « ceux qui viennent ». Bon séjour brave David !
5-
Duteil : « Je tente de ne pas livrer les miens en pâture, tout de même. » Oh ! Les miens ?… avec « La petite patrie » ou « Enfant de Villeray » ? En pâture ? Je ne crois pas. L’impression plutôt de les avoir valoriser. Facile ayant eu une enfance heureuse. Je devrais questionner ma quasi-jumelle Marielle là-dessus… elle qui vient de m’envoyer une belle nouvelle lettre. Elle accepte maintenant, m’annonce-t-elle, de remettre (crédits d’impôts ?) la liasse énorme de mes lettres mensuelles —depuis 10 ou 15 ans— aux archives nationales de la B.N.
Bush savait : on allait détourner des avions, il y avait des complots. Messages du réseau Al-Qaeda. Oui mais… Enfin quoi ? Le fou-à-complots avec son livre fou, en France, aurait-il un peu raison ? Silence organisé des FBI et CIA ? Non. Nul ne prévoyait ces avions détournés changés en bombes volantes sur des tours de Manhattan ! Mais des gens —de tous les bords— réclament maintenant une vaste enquête publique sur… ce que savait exactement les « agences » et La Maison blanche. Au juste quoi ? On va bien voir.
Oh ! Le gros quai-radeau de la plage n’est plus là chez Maurice. Vent de l’ouest plus fort encore. Qui le recevra? Ce qui es trouvé d’un échouage (vieille loi maritime) serait la propriété du trouveur ? Un vrai beau radeau ! En bois « traité ». Ce matin : danger le « cuivre chromaté » de bois traité est un vif poison à mesure que ce genre de bois vieillit. Brrr !
Ce « Kedma », le film courageux sur Israël et Palestine, est signé, je le découvre à l’instant : Amos (!) Gitaï. Le verra-t-on ici. À l’Ex-Centris seulement et peut-être ?
Allons accueillir le David valeureux, tiens, il fait deux « bacs » en même temps, il aura donc un sac rempli de manuels savants !

Le mardi 14 mai 2002

Le mardi 14 mai 2002

1-
Hier soir, en ville, hockey, la dégelée hors de l’ordinaire, une raclée étonnante, totale, pour le club Canadiens et ce matin, la neige à la mi-mai, à plein ciel. Ailleurs, l’agressif Sharon faisant face à pire que lui : « Il n’y aura jamais, jamais, de pays nommé Palestine ! » proclament des énervés d’Israël, Bon. Que dire ? La déprime partout !
Comme pour nous divertir, à midi, foin du lunch à sandwiches, nous somme allés, sous cette neige maudite, « dévorer » la bonne soupe —habituelle du « Petit chaudron »— et des hot-dogs, oignons-moutarde, à cette chère gargote au pied de la côte. Avec frites. Avec vinaigre. Et café-déca, expresso. Dessert ? Une cigarette. Aile m’épate, se délecte du dessert-maison —crêpe au sirop d’érable— et résiste à prendre « sa » poffe ! Rencontre : Cyrille Beaulieu, ex-camarade d’Aile. Bonheur de rencontrer un ex-compagnon de travail —chef d’orchestre— du temps qu’Aile faisait « du variété ». Sa compagne, institutrice, va prendre sa retraite. Le couple a acheté, il y a pas longtemps, une maison au bord du lac, pas loin de notre rue. Qu’ils veulent rénover. Un « work in progress » qui sera lent », dit le musicien retraité.
J’ai parcouru en diagonale ce récent roman de Messadié. Je déteste toujours cette sorte de roman où se mèle de faits réelsde l’Histoire. Chute du roi de l’ Égypte coloniale, Farouk, venue du nationaliste indépendantiste Nasser. Ces dialogues…inventés, comme si l’auteur-narrateur y était. Pouah ! J’Ai mieux aimé, je l’ai dit, le petit récit de Esther Gidar : « Jasmin sur barbelés » sur ce même sujet. Messadié cite soudainement Cioran : « S’exiler c’est accepter de perdre son identité. »
Le fameux Cioran (un de personnages de M.) parle de son temps quand les « chartres de droits » n’encourageait pas du tout à la non-intégration des exilés. Désormais c’est le ghetto subventionné, l’encouragement —bien démocratique ?— à conserver tous ses folklores, quoi. Citation aussi de Guénon : « Le révolutionnaire est condamné à mener une vie d’esclave ! » Aïe !
Avons — après ce hockey humiliant— visionné un ancien film de Casavette (« Gloria ») . Pénible plutôt. Histoire abracadabrante d’un petit garçon abandonné par sa famille qu’on vient d’éliminer (pègre) et qui s’accroche désespérément à une ex-maîtresse de mafieux, une voisine délurée (jouée par madame Casavettes) et bien rapide sur la gachette. C’est long. C’est lent. C’est assez assommant d’invraisemblances…voulues.
Ce matin, chez Paul Arcand —que félicite Foglia dans sa chronique d’aujourd’hui— le chef de l’éducation, un étonnant Sylvain Simard qui va déclarer soudain que depuis le rapatriement de la Constitution, ce sont « les juges qui gouvernent » et non plus les élus du peuple. » Ça causait du kirpan à l’école ! C’est cela « une société de droits » et il faut obéir aux tribunaux. Bien ! Mais qui sont ces juges de toutes ces cours et d’où viennent-ils exactement ? Quel pouvoir avons-nous face à ces non-élus. Peut-on les « débarquer » s’ils errent ? Eh !
2-
J’ai toujours apprécié la lucidité du dramaturge le plus illustre du Québec, Michel Tremblay. Il vient de déclarer que ce fameux succès remporté hier soir à San Francisco avec « Encore une fois… » tient à la notoriété de la fabuleuse comédienne Olympia Dukakis… « puisque l’on ne sait rien de moi, là-bas ». Reste que ce triomphe pourrait lui ouvrir des portes importantes aux Usa. Rêvons : après les Tennessee Williams et autres Arthur Miller, pourquoi pas le Québécois Tremblay en dramaturge nouveau acclamé par tous les des Américains ? Ça ne m’étonnerait pas, moi.
Je lis dans mes gazettes que Baril « le député-patroneux déchu » se fera tabletter (dans un job chromé) sans que le chef libéral Jean Charest n’y trouve rien à redire. Ce serait un bon copain, quoi ! Voit-on mieux la vaste « chapelle » des copains comme cochons ? On se jette des injures pour la galerie. Dans les coulisses c’est un « club » uni, solidaire. Jadis, des observateurs de ces « ententes clandestines louches », un De Virieux, un Pierre Pascau, dénoncèrent cette situation incestueuse. Vainement. Pauvres gnochons d’électeurs que nous sommes qui s’imaginons voir des opposants radicaux quand il s’agit d’un bonne vieille confrérie de cochons-de-copains.
Anne Thivierge —lettre ouverte— publie ce matin : « Le gouvernement doit garder un contrôle sur tous les aspects de la vie en société. » Sainte-Vierge ! Non, non ! Jamais de la vie. Or je n’ai aucune confiance aux capitalistes, aux prêcheurs du « privé partout »,pas davantage en cette droite —à la Mario Dumont— avec le « moins de gouvernement possible ». Qui suis-je alors ? Combien sommes-nous ? Comment, où, nous inscrire ? Sous la rubrique : anarchistes ? Je sais pas hen ?
Stephen Harper, élu hier soir, chef de « L’alliance… ». Il cause français. Il fut installé, toit jeune, en « immersion française » par ses parents dont il ose dire (courageux ?) « qu’ils l’ont fait probablement pour se débarrasser de lui !!! Aïe ! Le Stephen affirme qu’il n’a pas eu à le pratiquer souvent puisque le Canada n’est pas du toit un pays bilingue.
Lucide, bravo !
On lit ce matin (Le Devoir) son speech contre le bilinguisme à la Trudeau — un rêveur romantique le Pet qui affirmait pourtant préférer la raison aux émotions ! Donc, un échec total avance Harper. Un non-sens. Une connerie, une folie qui a fait crouler des montagnes d’ argent public stupidement. « C’est un pays unilingue, le Canada », il le dit, il le sait. C’est la vérité. D’une même bouche, hélas, bouché et borné, ce chef Harper déteste la loi 101 qui protège (un peu) la langue du 2% de francos en Amérique du nord et il voudrait abolir ce bilinguisme officiel. Stupide en effet.. Et, entre nous, qui a fait reculer, qui a retardé la venue de notre indépendance (« objectivement », je le proclame). On sait plus s’il faut l’encourager ou le fustiger.
J’encourage mon petit-fils David qui étudie à Concordia, le félicite, il sera bilingue bientôt. Partout dans le monde, il y a des personnes bilingues —trilingues c’est encore mieux. Il n’y a pas de pays bilingue, allons, pauvre Pet mort, c’est une aberration.
3-
Mon adversaire idéologique, Lysiane Gagnon, frappe dans le mille ce matin en ridiculisant le récent questionnaire des sondeurs chez SOM. « Malhonnête », dit-elle. Vérité. Elle détaille la manière que l’on a rédigé les questions. Du biaisage éhonté, dit Gagnon. Et des commentateurs myopes y allaient, y vont de propos sérieux, d’analyses graves ! Des farceurs ? Des innocents ? C’est une farce qui a fait plaisir évidemment à Mario-le-privatiseur, à John Charest-le-défusionneur. Ne pas croire que je souffre pour un Landry en pente douce. Oh non !Rien de mieux qu’un bon séjour dans l’opposition pour ce parti tout embourgeoisé.
Un écrivain s’engage ? C’est si rare au pays des « écrivains d’État », tous entretenus comme des guidounes. Subventionnés. Noël Audet (« L’ombre de l’épervier ») attaque furieusement les patrons de Radio-Canada qui oublient qu’ils ne sont pas des proprios des ondes publiques mais que des petits valets en gestion, qu’il ne sont que « nos » employés, les « cracheurs d’impôts ».
4-
Un congrès chasse l’autre ces temps-ci. À Mont-Tremblant, un tas de ministres en justice veut trouver les bons moyens de « nettoyer le net » des vicieux pédés à mômes. À Montréal, congrès de l’ACFAS. Ça jase accent, français international, national…On y voit des Suisses et de Belges. Colonialisme ? Les délégués du Québec seraient seuls à proclamer la supériorité du Français de Paris ! Discussion sur…le sexe des anges : il y aurait le patois, le vocabulaire exotique, les trouvailles valables…ou non, la langue régionale et… aussi la diction, entendre la prononciation…
En effet, un cultivateur —je pense à feu Ubald Proux, pomiculteur de Saint-Joseph— parlant mal (selon les critères des puristes) avec un accent « d’habitant » formidable, reste un locuteur merveilleux. On ne ratait pas, avec mon Ubald, un seul mot. Il articulait, le bonhomme. Il prononçait ses phrases inventées par lui avec un éclat confondant. Le reste ? Broutilles !
Il sortira de ce caucus un beau rapport et une liste effarante de « notes de frais », factures plantureuses signées par ces délégués chéris, auto-proclamés « experts » et cooptés. Tout ce chiard de ratiocination à nos frais de cochons-de-payeurs –de-taxes. Comme toujours ! Fermez vite les bars et les bonnes tables, Seigneur !
Une étude (congrès autre !) signale : un suicide rendu public, celui d’une notoriété quoi, peut entraîner d’autres suicides. Est-ce bien vrai ? Oui, dit un rapport parmi d’autre rapports. Non pas que le suicidé (tel celui, jadis, d’ une Marylin Monroe ou, ici. un Gaétan Girouard, reporter célèbre de TVA) engendre des cas nouveaux, non, mais cette publicité fait se décider ceux qui y pensaient, qui, alors, sortent de leur état de velléitaires. Eh b’en ! Silence donc ? Comme on fait, dit-on, pour ceux (plus fréquents qu’on pense ?) de notre Métro. Est-ce bien vrai?
Il y a pas longtemps, on pouvait lire : « Citoyens d’ici, n’allez surtout pas en Algérie, danger ». Ce matin : Marois, la ministre, de retour de ce pays en régime militaro-dictatorial fait appel aux Québécois : » Allez en Algérie faire des affaires, c’est le bon temps ». ‘Cout donc ! Est-ce dangereux, oui ou non ? Des réfugiés d’Alger, à Montréal, pourraient aller raconter à Mme. Marois comment le gouvernement (promoteur de si beaux projets) agit face à ses dissidents. Des contes qui n’ont rien à voir avec ceux des « Mille et une nuit », elle devrait bien s’en douter.
5-
J’expédie —lentement, trop—du journal pour la pré-production du bouquin automnal aux Trois-Pistoles. Amusant, surprenant parfois, de relire en vitesse, des faits survenus en janvier ou en février, il y a quoi ?, deux ou trois mois seulement. Le temps file, des « entrés » me surprennent. Tout change, se métamorphose si vite. Des riens s’agrandissent, des « bizarreries » s’atténuent. Comme c’est fascinant !
Hâte d’étrenner mon beau vélo à 700 piastres ! Cette satanée neige ! Puis-je continuer à jouer le frugal avec ma bécane de luxe ? Dire que j’ai déjà moqué le Foglia qui jasait sur sa monture à mille piastres. Silence désormais. Honte ? Pourquoi ? D’où ca me vient… Cette manie de conserver le pus longtemps possible mes vieilles affaires. Mon enragement un peu puéril quand mon Daniel, ado normalement impétueux, brisait mon vieux vélo de jeunesse ou une vieille machine à diapositives ou une vieille ciné-caméra payée 30 tomates pour du film 8mm.
Édouard, mon vieux père mort, réparait sans cesse ses bébelles. Maman détestait ses rafistolages fous. Un barreau de chaise devenait une rampe épaisse par les mains maladroites de ce bricoleur indigne ! Papa fuyait les magasins, tous, il détestait acheter du neuf. Hérédité ?
Bon, départ maintenant pour Monrial, théâtre. Celui de Tardieu vu et corrigé par l’ami Buissonneau. Je devine déjà des visions surréalistes renversantes. Hâte pour une fois… pas de cette crainte habituelle quand Aile loue, un peu malgré moi, ses deux fauteuils…de théâtreuse invétérée. On y va ! J’en reparlerai.

Le vendredi 3 mai 2002

Le vendredi 3 mai 2002

1-
Cochonnerie de cochonnerie : de la neige encore ! Un 3 mai ! Déprime chez Aile et chez moi itou. Consolation ? Montez tenir journal.
Ce matin, tôt, coup de fil de TVA pour que j’aille vociférer un peu à « Dans la mire » de Jocelyne Cazin. « Ou bien on vous expédie le micro-ondes de TVA », dit la recherchiste. Quoi ? Quel sujet ? Sa réponse : « Vous allez sauter :un conseiller municipal juif de Motréal-agrandie, veut que l’on sorte le crucifix catho des murs de l’hôtel de ville ! »
Silence. Elle attend. Elle guette son vociférateur de service. Je sais ce qu’elle veut entendre. Envie de rire. Je la fais languir un peu. Je dis pour l’écouter roucopuler : « Oh, oh ! C’est terrible cela. Non mais, on est chez nous. C’est une tradition à nous, un vieux symbole, nous somme majoritaire encore, oui ? Quoi, le kirpan, oui et le crucifix, non ? » Etc.
Elle roucopule en effet : « Alors, dit-ele , vous venez ou on y va ? » Mais, pas fou encore, je dis : « Non. Impossible. Pas le temps. Merci de l’invite mais on prépare un banquet ici, ma compagne voudra pas voir de camion Tva dans la place. Une autre fois ! » Elle s’incline déçue.
Oh, Aile est pesante ! Je retourne au lit. Chicane aussitôt, Aile très mécontente : « Je t’ai entendu mon sacripan, encore ma faute, encore moi en empêcheuse de tourner en rond. Lâche ! T’as pas honte ? Tu joue ce jeu-là trop souvent, avec tes sœurs, avec tes enfants, tes petits-fils. C’est injuste, dégueulasse ! »
Ma foi, elle a raison. Je me lamente : « Oh, amour, c’est vrai mais toi aussi, si tu veux, tu peux te servir de moi pour te défiler, te déprendre d’une situation embarrassante, un couple peut servir à cela, non ? Je serais d’accord. » Elle grogne de plus belle : « Non jamais je ferais cela, moi. J’assume courageusement mes choix, moi».
Changement de ton :« Tu as raison, c’est pas correcte. C’est lâche. C’est trop facile. Je suis une lavette. Pardonne-moi. Ça ne se reproduira plus. » Je me colle mais elle me repousse. Elle boude, se lève, va se laver, pas contente du tout. Refuse mes bonnes résolutions.
Eh maudit que la vie réelle est pas facile ! Maudite neige de mai ! On cherche un coupable à l’altercation conjugale, pauvre petit Cloclo ? Pas fier de moi. Je me fais la promesse de ne plus me servir d’elle, jamais plus . L’orage passera. J’avais dit aussi à cette rabatteuse de grandes gueules : « Écoutez, j’ai déjà semoncé durement l’isolement de nos juifs hassidim d’Outremont, si ce conseiller n’était pas un juif…je refuse de me faire cataloguer zélé antisémite. J’ai donné. Ça suffit. »
Plus tard, lisant mes gazettes, je songe que je n’ai jamais aimé ce symbole du christianisme, la potence de bois, un homme crucifié, sanguinolent, plaies à la tête, au côté, aux mains et aux pieds …Ouash! Le grand fait religieux (évangélique) est la résurrection, non ? C’est ce symbole qui aurait dû être mis de l’avant. Sans ce « est ressuscité des morts…est monté au ciel », Jésus n’est qu’un prophète — démiuge, thaumaturge— et un sage. Je déteste cette sinistre potence. À l’époque du Christ des milliers d’innocents (rebelles à Rome par exemple) mouyraient sur une croix.
Or comment illustrer la grande et merveilleuse nouvelle d’un fils de Dieu revenu à la vie ? Pas facile. Une silhouette humaine en lévitation ? Un revenu des enfers —voir le « est descendu aux enfers » du Crédo— flottant entre deux nuages ? On dirait que —comme pour les Juifs et les Musulmans— il aurait fallu interdire, (dès les prêches du grand zélote Paul) les images, les « représentations » du Chrit-Dieu. Vaste débat non ?
2-
Je suis allé voir ce « Dans la mire », encore un débat mal foutu hélas et bien bref, bien mal articulé avec quelques témoignages du populo sans images. Un bon propos, un seul brillant, sortait de la bouche de Tessier, historien vulgarisateur : « Devrait-on dévisser la grande croix sur le mont Royal ? » Oh ! Tout est dit.
Content, au fond, de n’avoir pas participé à cette émission.
D’autre part, malgré ma désolation du symbole choisi il y a si longtemps…dire tout de même ceci —sur cette question du déboulonnage de symboles antiques : quand, bientôt, nos églises seront sans aucun doute transformées en centres culturels ou sociaux (ou les deux), devra-t-on dévisser toutes les croix aux clochers de ces belles vieilles bâtisses ? Retirer les beaux vitraux des fenêtres ?
Une réalité : tout débutait avec la venue de grands Croyants, catholiques en ce pays tout neuf. Cette colonie commençait (comme avec les célèbres « Pilgrims » du Massachusett d’ailleurs) par cette foi chrétienne très active. On baptisa la cité naissante de « Ville-Marie », des prêtre (les Messieurs de Saint-Sulpice) veillaient sur elle. Il y eut des héros d’une piété étonnante, généreux à l’excès :le fondateur Sieur de Maisonneuve, les Jeanne Mance, Marguerite Bourgeois et tant d’autres.
C’est cela, indéniable, un héritage. Qu’il faut accepter. C’est aux nouvrau venus d’étudier notre histoire, de tout faire pour s’intégrer (émigrants ou jeunes athées) hein ?
À nous de tout faire certes pour les aider à s’intégrer ( leur évitant les ghettos nocifs qu’encouragent les suiveurs de Trudeau et les fervents de « chartes à droits individuels » qui « séparent » les citoyens. À eux de tout faire aussi pour cette intégration essentielle. Installé, moi, en pays étranger (musulman ou bouddhiste) je ferais tout pour m’intégrer (et vite, pour mes enfants avant tout). Je commencerais par étudier très sérieusement leur histoire, leurs racines — leurs commencements.
Et je respecterais ces sources.
Le grand « idéal des débuts » —on peut bien s’en moquer en 2002— en rire carrément, reste une réalité soci-politico-religieuse. On n’y peut rien.
Cela se nomme « notre » histoire. L’hymne national en témoigne, faudrait-il changer les mots des hymnes nationaux de tous les pays à mesure des progrès, des idéologies courantes ? Folie ! Ce catholicisme, c’est notre histoire, notre culture. Et foin des déracinements. Croyant ou non, pratiquant ou non, c’est l’héritage à assumer, nos sources, nos pieuses origines, pas vrai ? Qui ça dérange au fond ? Des laïcistes zélés, des énervés anti-spiritualité ?
Oh, nouveau coup de fil de TVA, à l‘instant ? C’est la vaillante Annabelle du 17h de Pierre Bruneau : « Tantôt, je vais contacter Isabelle Maréchal, dites-moi ‘abord votre sentiment à propos des crucifix qu’un échevin veut sortir des hôtels de ville ? »
Ah bin là ! La belle enceinte-Isabelle serait-elle pour les crucifiés aux murs publics ? Je verrai bien.
3-
Très ému l’autre jour ma belle Aile. Je rentrais de ce topo-hockey à TVA : « Oh Clo ! Tu m’as bouleversé. Je t’ai vu à l’écran, tantôt, agitant ton petit doigt pour ces deux enfants de Québec, en fin d’émission ? Tu n’as pas craint de passer pour un fou. C’était insolite et c’est magnifique, bravo ! J’ai été très ému, tu es un homme merveilleux ! »
C’est que je lui avais raconté : au Salon, dimanche, deux enfants, gentils et éveillés et leur papa me causaient de mes brèves prestations de polémiste chez Bruneau et je déclarai : « Les enfants, la prochaine fois, je vous ferai un signe, juste entre nous cela. J’agiterai mon petit doigt, ainsi vous saurez que je pense à vous deux. »
J’ai donc tenu parole en effet. Et Aile m’aime encore un peu plus pour cela. J’aurais dû lui rappeler cela au lit ce matin ! Fier, très fier…qu’elle m’aime et que je puisse l’émouvoir encore.
Tantôt, au lunch., la voilà qui me revient du bas-du-village avec un objet déniché :un joli beurrier en acier brillant. Ale toute contente de sa trouvaille. Je n’ai rien dit tout en constatant que ma manie de brocanteur déteint sur elle. Enfin !
C’est quoi « sin » village, « son » lieu familier ? Pas une mégapole nécessairement hein ? C’est d’avoir son barbier (les frères Lessard) à mi-côte. L’utile tabagiste aux magazines étrangers presque en face. Avoir son encadreur, pour me essai d’aquarelliste (quand c’est un peu réussi) un peu plus haut dans la rue Morin. Dans la commerciale petite rue Valiquette ? Ma « Caisse », une modeste boutique d’électronique, le précieux cordonnier, mon cher brocanteur, l’atelier de couture. C’est cela un village, de tout et pas trop loin. Les cinémas du pied de la côte. Des restaus à mon goût, la « pita » au poulet chez Denise, en haut, ou mon cher « Délices.. » rue du Chantecler. Le joli petit parc en face, au bord du lac, ses arbres variés. J’en passe et j’en oublie. Le coeur d’un lieu choisi, adopté, c’est cela. C’est chaud.
C’était un peu cela, en plus mince, quand nous vivions au 551 de la rue Cherrier à partir de 1978. En 1985, arrivant au « village » d’Outremont, vite je dénichais tous ces marchands de quartier et il y en avait, rue Van Horne, rue Bernard, rue Laurier, Avenue du Parc. Tout était là. Je n’aime pas beaucoup les gros centres commerciaux où on va avec sa voiture. Anonymat inhumain. Sans aucune convivialité. Pas de salut, jamais de bonjour, on ne vous connaît pas, vous ne les connaissez pas. Au fond, est-ce que je veux retrouver toujours la chaude paroisse, ce Villeray chaleureux de mon enfance, où, accompagnant ma mère, on nous saluait dans toutes les échoppes, rue Jean-Talon, rue Bélanger, au Marché Jean-Talon ? Peut-être bien.
Oh, Annabelle me revient ! Ça y est mais Isabelle-la-maréchale n’y sera pas, ce sera mini-débat avec la belle Saint-Germain, une féministe qui s’engueule tous les matins avec le Dutrizac, à CKAC. Le camion « micro-ondes » est en route. J’aurais pu m’y rendre ? Paresse maudite… deux heures de route… alors, j’ai dis : « Je l’attends. » Et ferai-je signe encore, du petit doigt, à mes deux gamins de Québec ? Oui.
4-
Chez Bernard Rapp, à Artv, hier soir —un peu perdue— visite de la comédienne Miou-Miou. Autodidacte, donc —comme c’est fréquent, me dit Aile— elle semblait affublée du « complexe de l’imposteur ». La célèbre comédienne ne fut pas trop habile à décortiquer les questions posées. Silences, hésitations, rires insolites, etc. Cependant c’était très franc, gravement réaliste. Elle a les deux pieds sur terre l’ex-ouvrière-tapissière —mal payée— de Paris qui fut sauvée de sa vie routinière par le gang-de-Coluche et leur fameux « Café de la gare », en 1967. Miou-Miou fut bien en dessous du merveilleux bavard Philippe Noiret —qui la précédait à cette nouvelle émission. Copie « singeant » habilement celle du Lipton de « L’Actors Studio », à Artv le… vendredi. Ce soir, justement, grande hâte de voir la suite de l’entretien avec ce clown étonnant, brillant, Robin Williams.
Souvenir : cette gentille Miou-Miou (venue ici pour le Festival du film) généreuse, modeste et enjouée à mon talk-show de TQS en 1986. Le contraire d’une pédante comme feu Marie Cardinal ou du prétentieux et froid Philippe Djian à cette même émission. Un vrai bon souvenir la Miou-Miou.
5-
J’ai terminé, au lit hier soir, le deuxième roman —« Chercher le vent »— de Vigneault jr. J’ai bien aimé. Ce Guillaume, fils du poète de Natasquan, a décidément un bon talent. S’il trouve, pour son prochain roman, un sujet bien fort, une intrigue bien solide, je pense bien qu’il sera un romancier québécois des plus importants. Il a le sens des images fortes, cela parfois dans une asthmosphère ténue, fragile,légère et il sait brosser énergiquement une situation loufoque et tragique à la fois. Sa courte fresque —en fin de bouquin, en Louisiane— du pauvre Noir, Derek, un marchand de hot-dog et crevettes —en banlieue de la Nouvelle Orléans— qui l’emploie, est extrêmement bien ficelée, vivante, imagée. J’y crois et j’aime qu’il y ait une relève prometteuse.
6-
J’écoutais Marcel Dubé ce matin à Cbf-fm. Une « reprise » je pense bien. Grève maudite ! Soudain, terrible, le fameux dramaturge déclare, presque solennel, qu’il a toujours été déçu par une seule et même chose, et il détache ses mots face à Michaële Jean : « L’inconscience et l’égoïsme des gens. »
Étrange cette catégorisation. J’ai toujours essayé de ne pas généraliser. Je sais bien qu’il y a des inconscients égoïstes mais « les gens » —qui ?, la nation, tout le peuple, l’univers ?— ce n’est pas un lot d’inconscient. J’ai toujours senti chez Marcel une sorte de lumière noire. La sombre lueur, dans son regard, du misanthrope. À nos rares rencontres, je devinais un homme comme accablé. Ne souriant pas souvent. Tempérament hérité bien entendu, ­inné, acquis, peu importe. En 12973, Dubé, appauvri tragiquement par des années de maladie, dut vendre tous ses droits d’auteur à son éditeur, feu Gérard Leméac. Une catastrophe à cette époque. Plus tard, l’on organisa (les racheteurs du Leméac en faillite ) une rupture de ce contrat effrayant, Dieu merci.
Dubé, lui, alla à l’université (en lettres). Il en dira : « J’ai vite vu que je n’apprenais rien de neuf par rapport au collège classique d’où je sortais et, pauvre, j’ai écrit une poésie-dramatique pour la radio et aussi ma première pièce de théâtre. » C’était sa courte « De l’autre côté du mur », sorte de « pratique » pour son célèbre « Zone ». Acclamé, il va continuer jusqu’à ce qu’un certain Michel Tremblay (1968) semble le détrôner dans la même veine du réalisme poétique.
Ce matin (mais enregistré quand ?), Marcel Dubé semblait comme à bot de souffle. S’exprimait lentement. Mauvais état de santé encore ? J’ai prié pour lui brièvement, à ma manière. Il fut d’une importance capitale pour nous illustrer et si longtemps.
7-
Mon jeune camarade Raymond Plante y va encore une fois d’une ode au hockey. Le virus du bleu-blanc-rouge le tient fermement et depuis son enfance dans Villeray. Nostalgique à souhait mon Raymond dans « La presse » ! Il écrit sur son jeune temps et il revoit des gamins en hockey bottines sur les trottoirs ces temps-ci vu les bons succès récents des Canadiens. Rêve-t-il ? Comment savoir ? Ma peur de savoir ces gamins bien assis devant des cassettes de jeux électroniques. Hélas ? La photo choisie par le quotidien montre Maurice Richard caressant la Stanley Cup. Hum, hum! Nostalgia, Raymond ?
Même page, Luc Picard, brillant comédien, ayant campé un De Lorimier —patriote pendu— renversant dans un film de Falardeau, fustige Lysiane Gagnon pour un récent article où elle ménageait l’Israël du Sharon militariste agressif, où elle déplorait surtout ces ados palestiniens fanatisés qui se transformaient en bombes, enfin où elle jetait des blâmes sur les « colonisés » plutôt que sur les « colonisateurs. » Habitude de fédérate ?
Bedang ! Le Picard cogne et frappe, sur quatre colonnes le Picard ne mâche pas ses mots. Pas piqué des vers son brulôt. Trop rares les artistes qui osent faire publier de tels propos engagés, hélas. La Gagnon semble un peu sonnée…rétorque timidement qu’elle a été mal lue, que Luc Picard déforme sa pensée. Et bla bla bla… Elle termine, méprisante envers, n’est-ce pas, un simple artiste : « …une réalité complexe que vous avez manifestement du mal à analyser. » Salope ! Picard a très bien compris :oui, il y a de trop jeunes kamikazes, oui, ils sont dangereux et… oui, les Israëliens, armés jusqu’aux dents, munis de machines de guerre sophistiquées, « occupent » leurs terres et leurs villes, et ils mènent au désespoir ces jeunes forcément désespérés. C’est très clair, non ? Pas complexe du tout pauvre conne !
8-
Encore une fois, pile de coupures de mes gazettes sous mon canard de bois dans la fenêtre. Je refuse, le plus souvent possible, d’y piger mes sujets du journal. Mais…hier, Daniel Lemay (cahier sports de La P.) a parlé de commentateurs choisis, engagés, payés par le club Canadien. Oh oh !Pierre Rinfret à CKAC, par exemple. Bergeron de Radio-Canada aussi. Eh b’en ! Je le savais mais je veux ramener la question, on ne le fait pas assez souvent. Quelle complaisance alors. Des mercenaires stipendiés par les proprios intéressé à posséder des commentateurs dociles. Quelle Horreur ! Grand H. Michel Blanchard fait le candide et exige que le CRTC (si mou !) exige que cela se sache en début d’émission. que l’on dise franchement : « Amateurs de sports-spectacle, ce que disent les Rinfret, Bergeron et Cie, c’est du « publi-reportage ». Quoi ? Comme font les jornaux quand ils impriment des articles-bidon. L’éthique à la « seurieuse » et publique société radio-can…c’est de la schnoutte ?

Le jeudi 2 mai 2002

Le jeudi 2 mai 2002

1-
Oh ce jeudi tout gris ! Allons écrire. Un journal ne doit pas n’être que recension des livres lus, à mon avis. Certains diaristes connus en font trop…mais je lis sans cesse et n’en parle pas trop. Faisons un peu, ce matin, le critique. Mon pauvre petit Moutier et sa si aimable note à mon égard au Salon…Oh la la ! quel méchant livre mal foutu que son « Pour une éthique urbaine ».
À fuir ! Un ramassis d’états d’âme vains. Plusieurs niveaux de réflexion, galimatias idéologique, charabia infâme ici et là, un mélange détestable…Ironie peu fine (chapitre « à lettres ouvertes » sur un MacDonald du Plateau), gravité intermittente (chapitre nostalgique sur Godin-Pauline-Julien !), opinions niaises. Ouash ! Que je n’ai donc pas aimé son petit dernier au jeune homme néanmoins fort sympa rencontré deux fois « en personne ».
J’ai lu aussi le « cadeau » de Victor, ce « Jasmin sur barbelés ». Lecture intéressante d’une gentille petite fille (E.Gibar) juive de la bourgeoisie égyptienne du Caire avant que n’éclate la guerre avec Israël. Le jasmin parfume ses souvenirs de petite fille si heureuse, si insouciante, si candide. Soudain : la guerre éclate chez Nasser ! Chasse aux juifs. C’est la fuite…à Marseille d’abord , camp de réfugiés. Les barbelés commencent pour Esther, le jasmin s’évanouit, puis, sur un rafiot misérable c’est l’ « exode » dans « la patrie biblique » où l’on installe les exilés juifs de tous les coins du monde et en très grande vitesse. Camp et barnelés encore. Puis le kibboutz et un bonheur rare ! Le « Babel » stoppé, Esther Gibar va — comme tout le monde sous les tentes— apprendre l’hébreu. Le vrai ciment. Le lien essentiel dans l’ONU spécial de la colonisation toute neuve.
Comme pour l’émouvant film italien : « Les jardins des Finzi- Contini » on assiste à ce terrible déracinement à cause de l’antisémitisme et c’est toujours plus effrayant, plus troublant, quand on vient de la bonne bourgeoisie inconsciente. On tombe de très haut. Esther Gibar —installée au Québec maintenant— est très sentimentale, très délicate, d’un romantisme total : tout est embelli, si joli, sa —« si gentille »— famille portée aux nues. C’était rose et pastel…puis, tout s’écroulait ! Captivant de mieux savoir un certain monde. Milieu protégé, choyé, monde de confort heureux dans Le Caire ensoleillé quand les « gentils » domestiques (Arabes et Noirs) sont si fidèles, si polis, si dociles. Si bons serviteurs n’est-ce pas ? Oui, j’ai appris sur une sorte de colonialisme doucereux, innocent et sur lequel, soudain, va fondre une foudre…foudroyante !
Cette patrie juive idéalisée devient vite un terrible champ de guerre perpétuelle. Alors avec un enfant, le mari, Esther va fuir. Ici. Ce beau paradis promis (Israël) se transformait en « régime militaire », permanent, selon ses propres mots. Les siens
cherchaient le bonheur, la paix et trouvèrent l’effrayante déception. Mitrailleuses sur toutes les épaules, des jeunes étudiantes comme des étudiants imberbes. Esther déteste ces fusils partout, ces chars autour des barbelés des colonies. Elle craint la haine des Palestiniens envahis, alors elle part. « Adieu rêve d’un Israël imaginaire.
On sait, aujourd’hui même, les dégâts qui s’aggravent !
2-
Je vais achever de lire le nouveau Vigneault jr. Ouen ! Ce type de récit —nombriliste— m’assomme un peu. Décidément, sa manière « bobo » (bohèmien-bourgeois) ne lâche pas ce Guillaume. Son « Cherche le vent », —comme son premier roman, « Carnets de naufrage »— baigne dans ce monde de fainéants béats où l’on ne vieillit pas, où une jeunesse —instruite— n’a pas envie du tout de s’installer, ni matériellement, ni sentimentalement. Craint farouchement la sédentarité. Son jeune héros est un photographe trentenaire divorcé. Il bien coté jusqu’à Manhattan (Pas courant de tels personnages ). Jack semble traverser une sorte de lente dépression, avec tentation suicidaire pas nette, en tous cas un spleen existentiel le hante. Ce « Jack », alias Jacques, a son avion dans un garage abitibien, souvenir lourd semble-t-il, il a aussi un camp d’été à La Minerve, dans le Parc de la Vérendrie, héritage familial et des souvenirs encombrants…bien peu clairs. L’art du flou ! Faut continuer à lire sinon… Jack boit sec. Beaucoup. Il manque se noyer. Son beau-frère, fils de psychanalyste (eh oui !) l’entraîne dans son condo montréalais, il n’est pas moins désemparé que lui. Ils vont déplacer leur mal de place. Maine, USA. Avec une jolie ex-serveuse du « Vieux », qui prépare une maîtrise (eh oui !) et qui, toute nue dans un petit chalet de Bar Harbor où se trouve une belle bibliothèque (!), nargue —et attise— les deux jeunes gens. Championne aux échecs soit dit en passant ! Un deus ex machina rare. Je m’instruis. Image correcte de sa génération ? Sais pas trop. Reflet vrai d’une classe précise ? Ce sera un road-story kérouacien pour la fin du livre ? Intrigué mais un peu las de ce petit monde de « gâtés-pourris », à l’adolescence attardée, bin, j’ai pas trop hâte de poursuivre.
J’ai débuté « Comme des invités de marque », livre du boulanger —artisan « interdit »— de Rouyn-Noranda, Léandre Bergeron, compagnon de kiosque chez « Trois-Pistoles » éditeur. L’étrange ex-manitobain veut nous conter comment ses trois fille, aux prénoms exotiques, ( Deidre, Cassandre et Phèdre !), furent élevées, dans des champs hors-Rouyn, sans école aucune !
Oh ! c’est un journal (!) mais d’un ordre particulier. Ce « farmer » volontaire joue le rousseauiste avec délectation. Curieux de lire la suite.
Enfin, j’ai lu, après ce dynamique magazine « L’ » de Germain, le dernier numéro de « L’Action nationale » (avril). Segment consacré à l’utile chicane de Louis Cornellier sur :
« Enseigner d’abord la littérature d’ici aux jeunes des écoles. » C’est en quatre « papiers » : un de V.-L. Beaulieu, bon mais bien court, un de Andrée Bertrand-Ferretti, plutôt cuistre et confus, un de Roy —le Bruno qui préside l’« Union des écrivains »— qui y va de prudence, jouant le diplomatique arbitre de la querelle. Enfin celui d’une prof, Roxanne Bouchard, bien argumenté. Le débat relève du « racisme inverti » dont le triste champion est le prof Ricard, pissant sur la qualité de nos livres avec délectation.
3-
L’autre soir, Artv, avec le Lipton questionneur, un Robin Wiiliams débordant d’énergie. L’acteur s’est livré à de improvisations loufoques. Hilare, déchaîné —cachant quoi ?— le cabot a montré du talent vrai. Entre ses facéties étonnantes, « Popeye » se livrait brièvement. La drogue. Le danger de couler. La thÉrapie. Les regtets sincères. La salle de l’Actors Studio en lkiesse face à ces grimaces et ses envolÉes. Bidonnage intempesyif et le grave Lipton ne se dmonta pas du toit p;rouvant un flegme peu commun. Chapeau ! Hélas, la pub envahit Artv peu à peu. Interruptions trop fréquentes et décevantes dans son contenu comme partout ailleurs. Mais tudieu, quel épuisant et épatant bouffon que cet acteur surdoué, merveilleux, comme il l’a montré dans plusieurs de ses meilleurs films.
À la télé du Canal-5, la série « Thalassa » m’ennuie tant parfois que je fuis n’importe où. Même en un documentaire vu et revu dix fois. Mais, l’autre soir, ce document dans l’arctique, oh ! Une pure merveille. Vieux album de photos jaunies, films en noir et blanc, des pionniers audacieux (comme notre vaillant Capitaine Bernier !) explorant ce pôle nord mythique et puis l’installation précaire des chercheurs d’aujourd’hui; le sujet fascinait. On y a vu aussi, venus en avion moderne, des touristes argentés (mode du tourisme naturaliste et sauvage). Des citadins aux conforts solides émerveillés de se voir aux confins du monde. Sur la calotte, comme on dit. Si heureux, excités, de pouvoir marcher sur la banquise, dans cet immense désert de blancheur et de froid terrifiant. Effrayant paysage de nudité. Pas un brin de vberdure. Trous des phoques, pistes des ours. Un bon moment. Un fort moment
4-
Ce matin Nathalie Pétro, tentant de louanger Sylvain Lelièvre qui vient de mourir, sort, comme inconsciemment, des mots blessants, tout ce que l’on pouvait lui reprocher en réalté à ce chanteur disons « faible ». Un requiem bizarre. Disons, une petite machination hypocrite où la columnist dit sans le dire ce que plusieurs pensent. Comme c’est confondant ce gente de prose polie où une sorte —respect aux morts !— de diplomatie prudente transfigure les mots, les maquille, les change tant que l’on arrive à leur faire dire le contraire de ce qu’on pense.
Est-ce que cela m’est déjà arrive ? Sans doute. Qui est sans péché là-dessus ?
« Ali », le film, vu hier soir : une sauvagerie imbécile, folie niaise que la boxe. Je reste un ardent opposant à ce sport imbécile. Réussite tout de même des trois ou quatre combats visuellement. Aile me dit qu’il y faut une rare et parfaite chorégraphie, minutieuse sans doute. Un montage difficile. Un sacré combat pour la réalisation. On y croit. On y est. Hélas, on sait peu sur son enfance, sa jeunesse et même ses débuts. Tout est raconté comme en vitesse et avec des ellipses pas toujours intelligentes. Déception grave donc pour Aile et moi. Plein de pans de ce film comme illogiques. Il manque des explications. Ce n’est pas du genre « savant et intellectuel » non, cela Aile aime bien, c’est juste que c’est mal fait, mal écrit sans doute au départ.
Confusion n’est pas subtilités. Et, à la fin —fort abrupte— rien sur son handicap grave. Pas un mot ! « Ali » se termine avec sa fameuse victoire en Afrique contre le texan Forman. Une victoire bizarre. On dirait un combat « arrangé » comme au temps où les pégriots tricheurs hantaient les arènes de boxe.
Critiques complaisantes donc pour ce film, « Ali » comme trop souvent. Sans elles, pas de ce « Ali » en raccourci dans notre machine. Les commentateurs d’aujourd’hui se transforment volontiers en courroie de transmission des organisateurs de « junkets », ces voyages à « premières », avion, et tout, payé par les producteurs, avec interviews à la gomme…Cette plaie ! Qui transforme un (une) analyste en publiciste invétéré. Le mode du job « précaire » actuel engendrerait ces trahisons des lecteurs ?
J’ai peur de cet avenir.
5-
Tabarnak ! ‘Scusez… Je rêve pas : il neige. À bons flocons. Un 2 mai ! Par ma fenêtre de bureau, le paysage vite tout blanc ! Le lac comme plus noir. Un 2 mai ! Aile d’en bas : « Tu as vu ça, dehors, Cloclo ? » Elle rage. Elle part pour une boutique de Saint-Sauveur. Dégueulasse, vraiment.
6-
Lu ce matin un long et futile article de complainte. Bizarrerie. Marie Gagnon — se disant une auteure— s’adonnait à la drogue et commettait des vols. Pas bon marché la dope ? On est loin de monseigneur Félix-Antoine Savard, hein ? Auteur lui aussi jadis ! Ou du brave Robert Choquette. Rien à voir avec Germaine Guèvremont ou Gabrielle Roy…ou Anne Hébert… des auteurs sages et qui ont signé de très bons livres ?
Bon. Prise par la police, on installe cette Marie Gagnon en prison. À Joliette. Neuf bâtiment. Confortable. Voilà que la prisonnière— tout en admettant que c’est ni Tanguay-la-sale, ni Kingston-la-sale— râle dans ce faux club-med. « Un asile pour folles », semble-t-elle crier. Intenable.
Le grand grief ? Tenez-vous bien : on souhaite l’aider, la réformer, la soigner de son mal-de-vivre, de la drogue, et partant de sa manie de voler. L’aider ? Un crime ! Un outrage ! Une entreprise inhumaine !
On croit rêver. « Malgré elle », dit-elle, tous ces soins, toute cette horrible discipline et ces horaires stricts, ces effrayants conseillers. Ces manières de la faire « bosser » comme…une prisonnière ! On irait contre sa volonté de « rester ce qu’elle est ». La mode du « Je m’aime comme que chu ! » « C’est ma vie pis je l’aime comme ça. »
Ah bin là ! Est pas contente la Marie ! On a envie de lui parler de la Turquie ou du camp militaro-USA à Cuba-sud ! Elle veut pas guérir, ni changer de vie ? Elle a son âme bien à elle, grogne-t-elle dans « La Presse » de ce matin qui lui accorde le quatre colonnes en « Forum ». On a pas le droit d’aider le monde poqué. Foké !D’offrir des thérapeutes, de vouloir transformer une voleuse droguée… Bon ! Elle va publier tout un livre de ses récriminations cet automne chez VLB.
À la fin de sa jérémiade stupide, Marie Gagnon dit : « Est-ce, peut-être, à cause de mon extrémisme que je suis écrivaine ? » Sans rire hein ! Des coups de pied au cul se perdent !
Pourvu que les responsables de la prison de Joliette, face à cette ingratitude, ne décident pas de donner raison au poujadisme des Gilles Proust et jugent que : le « Club-Fed » c’est fini ! Qu’ils n’aillent pas transformer « la tôle » de Joliette en vrai prison, le trou à rats d’antan, l’enfermement infernal de jadis.
Là, la Marie aurait vraiment de quoi brailler, délinquante gâtée de cette génération. Il n’y a pas si longtemps, c’était, rue Fullum, à Montréal : « Farme ta yeule maudite voleuse, pis ta moppe ! » Pas de thérapie à l’horizon. Il n’ y avait rien à faire, rien à comprendre, face à une jolie jeune femme (comme Marie Gagnon et tant d’autres) en mal d’être intégrée dans l’existence normale. C’était : « Maudite voleuse, farme ta yeule pis va torcher le corridor des vomissurtes », ou « Farme-la, toé, maudite « droyée », marche dans ton trou pis avale ta soupane infect. » Joliette en asile pour déficients mentaux légers ? Pis ? C’est mille fois préférable à ces donjons insalubres de mon jeune temps où l’on battait, frappait durement souvent, les déviants de nos comportements sociaux admis. T’aurais pas eu le choix de te plaindre complaisamment dans « La presse », pauvre jeune Marie. Il n’y aurait eu que de grosses matrones mal payées pour te déchirer ton article au visage et le jeter dans une cuve crasseuse. Chasse d’eau aussitôt. Quand elle fonctionnait !
7-
À la Chambre de commerce de Montréal, M. Valaskakis, a parlé des 500 mégapoles de l’univers. En avant du rang : Paris, New-York, Londres. C’est connu. Lui aussi explique que les talents du monde entier vont vers ces grandes villes où il y a beaucoup de terrasses, des théâtres, des cabarets, des bons restaus, etc. Évidemment. Après d’autres experts, Il a dit que, désormais, la « gent créatrice » —50 % de la nouvelle main d’œuvre actuelle— se fiche des centres spécialisés (silicon valley et cie). Ces cerveaux modernes cherchent des villes amusantes, culturelles. Donc, installation —payante pour le lieu— à New-York, Paris, Londres…peut-être Montréal un jour.
Ainsi, affirme-t-il, ça sert à rien l’Internet, la téléphonie moderne et les satellites : c’est pas tout. Ces gens-là veulent une bonne vie, une belle vie. Il avance : « Ils aiment les quartiers ethniques nombreux et, du même souffle, ils craignent es conflits ethniques ! »
Faudrait savoir. Oui aux ghettos si colorés et non aux ghettos si dangereux ? Je crois deviner : c’est oui aux ethniques bien installés, venus avec du fric et c’est non aux réfugiés démunis qui sont forcément (travaux ardus, couples aux douze-heures au boulot !) empêchés de bien surveiller les rejetons, qui n’ont pas les moyens de les caser dans des institutions de bonne réputation. Est-ce bien cela ?
Valaskakis conférencait sur la mondialisation. Sur l’avenir. Gageons qu’il n’a pas pipé mot ni sur l’Afghanistan, ni sur l’Afrique, ni sur l’Amérique du Sud ou l’Inde ! On connaît la chanson douce aux oreilles des Chambres de commerce. Il ose parler « racines’ » dit que contre la mondialisation anonyme , il y aura toujours l’attirance de ces belles grandes villes séduisantes ! Baratineur va ! Adieu nations, adieu états organisés, retour au Moyen-Âge. Les grandes villes. Le salut. De qui ? Pour qui ? Les villes de l’occident riche, Paris (Les champs Élysées), Londres (La City) et surtout New-York, (Manhattan). Cherchez-bien, il y en aurait 500, pas plus ! Aucune en Afrique…etc.
La neige a cessé : Émile Nelligan, dans l’éther, vas-tu nous pondre un nouveau poème ?
8-
À « Sixty minutes », made in USA, il y a pas si longtemps : « Montréal ? une ville de fascistes ! Le Québec, tous des nazis ! L’émission montrait (un faux apprenait-on plus tard) un anglo-martyr face à un « mesureur » fanatique de français…C’était l’enfer. Le four crématoire pour bientôt… »
De la télé « Sixty minutes » quoi !
Dernièrement, on remettait ça : « Le Canada, pays de cons avec plein de dangereux terroristes, faux réfugiés. Ontario, Québec, des « Clubs Med » pour tueurs politiques ! Une frontière-bidon. Une passoire et dangereuse pour les USA. Les rues grouillaient de talibans mal masqués. »
Et voilà qu’à Ottawa des nonos se levaient : « M’ sieur l’président, avez-vous entendu ça à « Sixty minutes » ? C’est effrayant, le go’vern’ment actuel fa rien et nous sommes infestés de kamikazes, ils l’ont dit à tivi américaine !»
C’est cela l’Alliance-western, et pour emmerder le pouvoir, des du Bloc joignent le concerto des tarlais qui suivent « Sixty minutes », made in USA.
Misère politique, oui, et colonialisme coutumier !
9-
La loi Bégin numéro 86 ? Je suis pour. « Homoparenté » pour ceux qui ont déjà des rejetons. Et je suis contre. Pourquoi ? Je le redis, le dis : foin d’égocentrisme (dont l’odieux illustre exemple des deux lesbiennes sourdes…décidant… l’ horreur !).
Il faut ne penser qu’à ces enfants qui seront, deux fois marginalisés. Ils souffriront. Les enfants sont, hélas si on veut, cruels. Le grégarisme est un fait éternel. Ils seront mis au ban partout, quartier, rue, cour des écoles. Ces « futurs » enfants ne méritent pas cela. C’est l’enfer que n’avoir pas d’amis, que d’hériter injustement des sarcasmes de tous, des petits camarades, des cons d’adultes divers, des chuchotements cruels, des dos tournés, des grimaces sarcastiques, des caricatures immondes, des singeries infantiles, des refus d’admission à un party, de la gêne de ne pas amener chez soi un copain, son meilleur ami, une copine aimée, des portes qui claquent, ou qui se referment doucement (c’est pire ?), des silences lourds, des moqueries non-méritées.
L’enfant est —assez longtemps— un pervers polymorphe. Freud. Mes amis, les homos, mes amies, les lesbiennes, si vous aimez les enfants, refusez l’enfant dans votre couple homosexuel, je vous en supplie. Vous —j’en suis sûr— qui aimez vraiment les enfants (sacrifice terrible, je le sais ) ne faites pas (in vitro, par adoption, ou autrement) ce cadeau empoisonné à des enfants pas encore nés, pas encore adoptés. Je vous en prie. Je vous en supplie. Ce sera alors la preuve éclatante que vous aimez vraiment les enfants, que votre refus volontaire d’en avoir.
10-
« Claude Jasmin, mort hier soir, était un écrivain populaire très aimé. » Qu’est-ce que je lis là ? « La mort d’un auteur qui aimait les siens, Claude Jasmin ! » Qu’est qu’on écrira sur moi, une fois mort ? Si je pouvais voir les petits titres dans les « morgues » des quotidiens ?
J’y pensais encore ce matin parcourant mes gazettes : ah, si on avait publié (éloges étonnants au Dev ou à La P.) tant de belles phrases sur Sylvain Lelièvre vivant, il en aurait été si stimulé, si encouragé, qu’il aurait pu pondre quelques chansons inoubliables de plus. Pourquoi attendre la mort ? J’aime m’imaginer de jolies phrases bien chaudes au jour de mon décès. Cela me fait sourire. Vivant, vous êtes…pas pire. Mort, vous êtes bien…mieux! Méchante leçon. Et je ne vais mourir pour avoir le plaisir de lire des éloges. Tant pis. Je continue à vivre.
Ce matin, un étonnant Gilles Archambault à la radio de CBF-FM, stock en cas de grève) : « Mes enfants ?, c’est tout ce qui comptait et ce qui compte pour moi. » Étrange affirmation, tardive, jamais je n’ai pu percevoir chez mon camarade radiocanadien cet amour si total ! Illusion ? Regrets d’un père imparfait (comme nous tous) changés en promesse a posteriori ? Bizarre assertion à mes oreilles. Pour moi ? B’en…oui, évidemment je les aimes, ils le savent, ont des preuves, je crois, mais…. Y voir peut-être une sentimentalité exacerbée ? Un amour relatif, je crois, que cet amour de ses petits. De là, en tous cas, à foncer dans cette phrase …totalitaire, il y a des limites. Aux mensonges, aux réparations, aux refuges, aux aveux tardifs…
Je ne sais plus. Juste mon étonnement d’entendre Gilles affirmer cela sur ses rejetons : « ce qui compte avant tout ! »

Le vendredi 26 avril 2002

Le vendredi 26 avril 2002

« J’ÉTAIS PERMANENT
À RADIO-CANADA»
lettre ouverte
1-
Ce matin, temps hésitant, le soleil bataille pour avoir un peu de place, il fait frais et je vois une chaloupe (première vue !) et une silhouette sur le lac. Pêcheur. Hier, au lit, je lisais le début du deuxième roman de Vigneault-fils, Guillaume. Il parle de pêche de fin d’hiver, avance que dorés et truites sont affamés alors, qu’il n’est pas besoin de (fines) mouches, juste la bonne grosse cuillère ! Le goût d’y aller voir…Mais…paresse ou pas vraiment pêcheur ! Ce roman ? Encore, comme pour son premier, une jeunesse si éloignée de la mienne. Encore des bourgeois bohémiens : voilier, canot, lac à la Minerve, alcools, belle-maman de l’ex-(enceinte)…en psychanalyste (c’est aussi donc la maman du meilleur copain, son beau’frère), avion privée (joli cessna tout bleu ), planches de surf à polir, mercédes à l’horizon, fille ramassée ans le Vieux, une serveuse congédiée (deus ex-machina !) mais aussi faisant une maîtrise en bio !, on part avec elle en voyages libres, la Buick vers le Maine, camping à Arcadia Park, la tente et une bouffe maritime (crabes, oursins !) .
Bagarre dans un pub à Bar Harbour… au moment de l’abandonner pour…. Morphée! Zzzzzz !
J’avais publié, pour son premier roman, un (presque) vilain « papier ». Je parlais d’un certain « jet-set jeunesse », de bobo, bohémien-bourgeois, et d’égotisme. Cet article-critique pourrait re-servir tel quel pour ce deuxième bouquin de Vigneault jr ? Non. Attendre. Car je vais continuer ma lecture. Ce n’est pas plat. Le mythe Kérouac veille. « Road-story » comme pour nombre de mes vieux romans. Je devine la randonnée à travers les States ? Un vieux modèle depuis Poulin et sa coccinelle allemande. Blues classiques !
Comme je le lui disais au Salon du livre de Gatineau (il souhaitait cette explication): il y a surtout la surprise de voir « l’univers » qui nous sépare, les romanciers des années ’60 et lui (eux !) d’aujourd’hui. Avec « L’iguane », intrigant roman actuel, de Denis Thériaut —qui vient de gagnaer un prix Odyssée, contre le « Putain » de Nelly Arcand— c’était autre chose : le monde du fantastique, le petit pauvre, enfant battu, père déchu, gamin magané, poqué, qui se réfugiait sous ce totem d’un iguane empaillé dans une grotte sur la Côte-Nord. J’aime examiner les contenus de romanciers du jour. C’est excitant.
2-
Je m’installais dans un studio de Cjms, avec Arcand, tous les matins. J’avais ma liste (d’épicerie). Sujets de discussion pour nos micros de nos « Face à face ». On ne change guère ? J’ai devant moi encore ce matin ma douzaine de sujets, actualités titillantes. Pour rire, je dresse cette liste de thèmes qui me font réagir (mais je n’ai plus de micro que mon cher journal).
a- la grève à Radio-Canada. Un lecteur du Dev recommande d’alerter la Sheila Cops. Les politiciens d’Ottawa. Vrai !En 1959, notre conflit se réglait enfin quand le député (un rouquin dont j’oublie le nom), au pouvoir avec Diefenbaker, se leva en chambre pour secouer les patrons de la CBC-SRC. Et tout se résolvait comme par magie ! Oui, seul bon moyen: la politique. Ce que déteste les planqués-gérants de Montréal. Leur grand’peur, ce recours au pouvoir politique, de là leurs exigences loufoques de garder le silence. Comme en 1959, indifférence, silence à Ottawa. C’était une bataille lointaine, celle des « frenchies » de Montréal. Le gréviste René Lévesque, c’est connu, constatant le désintérêt complet en devenait nationaliste, écœuré à fond par l’inertie totale à Ottawa quand une grève se déroule en françâis. Vrai qu’à Toronto, la bataille serait terminée et depuis longtemps. La gente politique adore fouiller et « bosser » les gérants des compagnies fédérales, et les gras et gros gérants craignent comme peste les fureurs des politiciens, alors les grévistes doivent le savoir et foncer par là !
b- Aznavour chantait à Ottawa et pas pour de pinottes. Public franco à 85 % L’aimable vieillard y va de présentations toutes in english ! Ignorance, mépris ? Inconscience ? Un spectateur a protesté et Aznavour, patriote de son Arménie natale, l’a envoyé paître cavalièrement. Le vétéran du « Faisan Doré »se fait sonner raidement les cloches par un liseur absolument scandalisé. Avec raison.
c- Un article fouillé fait bien voir, ce matin, une Égypte (et Le Caire) sous très haute surveillance par les USA. Des subventionneurs solidaires avec seulement Israël. Liberté ? Non. La solidarité naturelle avec les Palestiniens s’en trouve comme abolie. Tristesse. Dis-moi qui te subventionne et… C’est pour cela que je dis souvent aux écrivains : dites-moi qui vous subventionne et….
d- On utilise le mot « sinistre » à propos de ce désir de porter à l’écran les horreurs du manipulateur-Thériaut, dit Moïse. Est-ce vrai ? Peut-être mais…Le plus grave c’est que le film serait un récit plat et réaliste, sans la qualité filmique que nous sommes toujours en droit d’exiger; même pour ces docu-dramas. Jadis « L’étrangleur de Boston », un cas célèbre, ne fut accusé de rien. « Le silence des agneaux » n’est pas sinistre seulement, c’est un récit filmique bien ficelé, bien joué, surtout génialement tourné. Avec art, j’entends. Il n’y a pas de mauvais sujets, ni de sujets trop sinistres, il y a de mauvais films. Arcand auraut-il été d’accord ?
e- Montréal va permettre des vendeurs ambulants de bouffe à bon marché, cela en zones à touristes. Un quidam s’en inquiète et affirme : non, stop, à la « malbouffe » offerte à tous. L’obésité, dit-il, sera à vendre avec ces carosses à hot-dogs etc autres junk-foods ! Eh, le visiteur (jeune) pas trop argenté ira-t-il, sans ces chariots, aux Jardins du Ritz ? Ou dans un des chics restaus de la rue Crescent, ou dans ceux —« fancy »— du Vieux ? Doutons-en, hein ? Mon tit-Paul m’aurait-il contredit ?
f- Dans La Presse, un ex-gitane, paumée en France, exilée à Montréal, heureuse —devenue commerçante et donnant de la job à des émigrants, spéciifie-t-elle deux fois (cheap labor ?)— se porte à la défense de son cher « monsieur » Le Pen ce matin ! La bohémienne transformée ici en affairiste déteste le rapprochement Hitler-LePen. La droite extrémiste est donc partout !
g- Pierre Gravel, éditorialiste mesuré, fesse sur le Vatican ce matin ! Et raidement ! Il nous rappelle l’odieuse « note interne vaticaneste » du pape disant : « Silence la curaille ! Rapportez les cas « criminalisables », au Siège social, ici, seulement. Foin des polices de ces pays ! » Il frappe fort et juste. La radio, au même moment nous apprend que le cardinal bostonnasis (cachotier et protecteur de ces bandits en soutanes) obtiendrait une promotion. Où ? Au Vatican, tiens !
h- Charest menacé (!) du pouvoir à Québec aux prochaines, une firme de démarcheurs fait circuler ses offres de « bons offices ». Oh ! Le jeune Mario Dumont monte aux barricades. Mais lui, au pouvoir, un jour, baisserait la garde. Et vite. Ses cochons-de-copains se « coltineraient » solidement. La loi du « milieu », car, oui, c’est un « milieu », une « maffe » que ce parlement des bons amis fidèles. Et cracheurs de « foin » politique bien trébuchant et sonnant. De tous bords, de tous côtés, hélas !
i- Incroyable !, nous avons un nouveau maire, Tremblay, plein de titres spéculatifs, rempli d’intérêts et cela, dans maintes compagnies qui ont toujours besoin d’informations privilégiées. Pointé du doigt, l’innocent (l’est-il ?) joue la candeur ! Magouilles à l’horizon, le Tremblay n’as pas du toit l’intention de se retirer de « ses » portefeuilles ! Mon Arcand bondirait là-dessus, je le connais.
j- Le projet de loi pour la « parenté homosexuelle » va passer. Je dis bravo pour les enfants déjà adoptés qui n,Omnt rien fait pour perdre quoi que ce soitr. Mais je dis aussi danger de marginalisation nocive pour les « ceux à adopter » qui viendront. Déjà ces enfants sont marqués et le seront donc doublement. Je peux fort bien comprendre ce besoin humain des lesbiennes accouplées —et des homos mâles— pourtant ce serait égoïsme grave que de plonger des enfants dans cette farine insupportable de la marginalité. Si, vraiment, ils aiment les enfants, ils ne leurs feront pas ce cadeau empoisonné. Un lourd sacrifice, je le sais bien.
k- Je lis Girard ce matin, chronique économique. Je questionnerais mon gros nonours, Arcand : « est-il un bon et habile spéculateur ? » Aile et moi ? non. On a de l’argent « placé » comme on dit, on ne sait pas ce que notre fiducie (Desjardins) fait avec. Eh ! Oui : des ignares en affaires. On fait confiance. Comme tant de gens sans doute. Les Reers, ¿moi, le vieux, des Feers— vont en actions et en obligations (surtout) et on ne sait pas du tout comment ça fonctionne. Est-ce normal ? Non, sans doute que non. Héritage de nos anciens ? Eh oui. Et puis il y a que l’argent ne nous intéresse pas. Mais pas du tout. On lit des rapports qu’on ne comprend pas trop. Une confiance aveugle (!) dans ces « représentants » de chez Desjardins. Une folie ? On ne sait pas. On ne sait rien. On sait une seule chose : notre seuil de tolérance (aux risques) est bas, bien bas. Alors « qui risque rien n’a rien », c’est toujours vrai ? Aussi on se la ferme.
3-
Hockey hier soir. Zapette chauffante. Ouverture ridicule avec hymnes chantés. Que vient faire ce patriotisme à la noix aux temps des échanges divers ? Une farce. Démagogique en diable ! Les États, par respect, devraient exiger que l’on sorte ces chants sacrés du commerce (très industriel) du sport-spectacle moderne, non ? À Las Vegas, ouvre-t-on les tables de jeux la main sur le cœur et à l’attention ? Il y a des limites au grotesque, à la mascarade nationaliste, au burlesque du travestissement patriotard, non ? Donc, hier soir, les « méchants » Bruins en gagneurs. Désolation dans l’aréna. Des huées ! Moi, très mécontent. Reste du gamin de Villeray qui n’applaudissait que les gars de Montréal.
Salut les maudites plorines et en avant la kultour ! Filons sur Artv. Noiret pour une autre heure. Miam ! Ayant commis des tas de navets parmi quelques succès formidables —avec de grands réalisateurs— l’acteur célèbre est extrêmement modeste. Réaliste. Il ne renie rien. Les deux pieds en terre, solidement. C’est rafraîchissant en diable. Ça nous change des divas, des prétentieux qui se hérissent quand on parle de certains faux pas. ll répètera : « tout ce cinéma, c’est bon pour le confort. » J’aime bien cette façon d’accepter ce que l’on est. De ne pas se prendre au sérieux. C’est un métier… « d’artisan », spécifie-t-il. Quel merveilleux régal ! Un bonhomme franc qui dit la vérité tout en la sachant relative, fluide, insaisissable. Ah oui, un vieux gaillard unique. Bon, tant pis pour les absents, je ne raconterai pas les trésors —anecdotes d’une saveur fameuse— déballés par le vieux Noiret. De la sacrée bonne télé…d’entretien. Son questionneur, Bernard Rap, bien documenté, bien préparé, muni d’extraits solides de ses « grands » films, fait très bien son travail d’investigateur. Important pour un bon résultat, ce vis à vis, on peut voir parfois d’excellents créateurs qui bafouillent ou ennuient à cause d’un questionneur imbécile. À ce sujet, Philippe Noiret répétait qu’il faut s’efforcer, pour évoluer, pour s’épanouir, d’être entouré par des gens intelligents, cultivés, (même plus brillants que soi) et que les crétins, les cons, qui pullulent (en coulisses de cinéma) rendent cons.
À cause du format préalablement « internétisé » (oh !), qui me ramène, veut veut pas, au journal, envie comme diariste d’interpeller directement les lecteurs. Ce que je ne faisais pas jadis. Fou non ? Sorte de familiarité puisque je sais que l’on va me lire une heure (ou même moins) après envoi des pages d’un jour sur le web. C’est amusant. Ainsi envie d’écrire : « Pensez à moi, demain matin, quand je roulerai sur la 40 vers le Salon de Québec. » Ce journal mis en livre souffrira-t-il d’une telle cavalière manière ? Pourquoi oui ?
4-
Piteux —sincèrement affligé j’espère— le pape parle de « prières pour toutes ces victimes » des curés pédos. C’est bien mais, chrétiens, ne doit-on pas songer à prier aussi, oui, oui, à prier pour ces grands malades !
Quoi ? Le « Priez pour nous pauvres pécheurs », c’était un mensonge ? Une façade ? Bin oui, ces malades graves, ce sont des âmes égarées, des désaxés sexuellement —et tout ce qu’on voudra— mais qui va nier que ces pasteurs cathos ne sont pas effarés, perdus, déboussolés par ce terrible vice ? Qui est certain qu’ils ne vivent pas, au moment de l’horrible tentation, des affres redoutables ? Un accablement terrifiant. Une peur effroyable.
On dirait à lire les proses actuelles sur la pédophilie, que ces « monstres » en soutanes n’existent pas en toute réalité. Qu’ils sont, aux yeux du vieux pape romain, comme des fantômes. Des quoi ?, des inconnus, ma foi.
On en a honte certes mais pire, on ne les reconnaît pas comme êtres humains vivants parmi nous tous. Mais non, ils existent, ils mangent et ils dorment (même mal, très mal, j’en jurerais ) ils vivent, ils tombent dans leur affreuse manie des jeunes garçons, ils se couchent l’âme en lambeaux.
Que croyons-nous ? Ces mauvais prêtres se savent traîtres, trompeurs indignes, salisseurs, dominateurs faciles, écœurants manipulateurs. N’en doutons jamais, ils se haïssent profondément, ils ont honte du déni de leur vocation sacerdotale, ils suent et ils saignent d’indignité, se savent des dégradés.
Ils doivent vouloir se suicider souvent. Non ?
Je ne dis pas vrai ? Et sous la vaste coupole michaëllangélienne de Saint-Pierre, c’est le rejet, une sorte d’oubli du réel, un désaveu froid, total, toute la hiérarchies correct tourne le dos à ces effrayants mais misérables déchus ? Non, ce n’est pas une attitude chrétienne. Le « va et ne pèche plus » du fondateur Jésus est lettres vides, face à bien pite que l’adultère.
Il n’y aura donc plus que les psychologues pour mieux les expliquer —sans les excuser et sans les accabler. Des savants (de demain, bientôt ?) pourront-ils régler cette inconduite inqualifiable à partir de manipulation, ou bien de médicamentation ? À prendre matin, midi et soir ! Non je n’ai pas envie de rire, c’est trop déroutant, trop inhumain d’être affligé de cette effrayante mamie —on parlait hier (La Presse) de « puérilité narcissique, de blocage infantile avec la mère ». On verrait bien, et au plus tôt, le progrès de la science puisqu’il n’y aura aucune pitié christianiste. Ni à Rome, ni ailleurs. L’écrivain, c’est son métier aussi, veut comprendre. Accuser c’est facile.
5-
Dans nos gazettes, hier et aujoud’hui, voici un portrait du chef du MAJ (mouvement action justice), Manseau. Il nous apprend qu’il voulait devenir prêtre, qu’on lui a bousiller sa vocation, qu’il a été une victime d’abuseur sexuel en soutane…diable et c’est le mot. À la fin de l’interview on lit qu’il fait toujours vœu personnel de pauvreté et aussi…. de chasteté ! Là…on peut se poser des questions, non ?
Il faut de tout pour faire un monde. J’en ai connu des prêtres intéressés par le zizi des petits garçons. Au collège, il y en avait. Puni, envoyé « en haut lieu », je pleurai « plusse » d’inquiétude que de remords, installé de force entre les genoux d’un directeur fringant, excité et bien caressant. Il y avait aussi le révérend père Cha., un « moine » très, très « taponneur » pour les cuisses des jeunes ados à ce même collège, un externat classique. Je suppose qu’il y en a eu partout. Surtout dans les internats.
Il faut chaque fois parler aussi des autres prêtres. De ces fantastiques prêtres dévoués complètement à notre éducation. Le plus grand nombre, Dieu merci !
Oublier l’ivraie ? Tout est là. Les victimes n’oublient pas et c’est indispensable. Ce chef du MAJ semble déterminé. Il fait appel aux délateurs. Il a raison ? Il y aura danger de quoi ? D’invention. Oui, d’exagérations ? Oui. Ainsi d’anciens jeunes garçons, se sachant homosexuels, il y en a —et consentants précoces, ça arrive — à l’époque, qui voudront maintenant poser en victimes innocentes. Des alléchés par le fric promis. C’est prévisible. Comment trier ? Impossible.
J’ai déjà connu une type, musicien, évidemment homosexuel, qui affirmait carrément l’être devenu à cause d’un « grand » initiateur, un chef de jeunesse musicale. Il faut savoir
qu’assumée ou non, cette tendance (involontaire, comme l’a dit si souvent un Daniel Pinard), a besoin, parfois, d’un agent révélateur. Un Michel Tremblay a été clair sur ce sujet, avec courage. Que de jeunes homos sont tombés sur, justement, de moins jeunes homos, ainsi, ces aînés ne furent pas du tout des « pollueurs d’âmes ».
C’est une question délicate et le chemin pris par tous les Manseau du monde est encombré de…mensonges. Mettons dans cette croisade —valable certes —aux dénonciateurs des barrières avec l’écriteau connu : « Attention : danger. »
6-
Thierry Meyssan publie « L’effroyable imposture » à Paris, il tente de démontrer que la CIA et le Mossad juif sont les meneurs des horreurs de deux tours bombardés à Manhattan le 11 septembre dernier. Et le reste ! Ça marche. Le Thierry Ardisson, se masque en sérieux, l’invite à déballer (le 16 mars) ses légendes urbaines à sa télé de music-hall. Le livre se vend. L’homme est friand de complots. Deux Thierry se tapent la bedaine. Des journaux le moquent, d’autres, doutent un brin. Il y a quelques faits curieux. Comme dans tous les grands événements historiques. Or, on vient de parler de « suicide ». C’est un fait. À jamais, la crédibilité de ce Meyssan sera détruite si, avec le temps, sa thèse du complot s’avère une fumisterie. Il gardera le fric de ses tirages. Se fera G.O. dans un genre de « club med » bien à lui, loin de l’Occident. Ceux qui détestent —ou en sont trop fragiligés— ce genre de plaisanterie planétaire peuvent « pitonner » sur (clic !) Oaxbuster.com pour se faire servir antidotes en tous genres.
Cette guerre en Palestine ! Je lis sans cesse, partout : « des intellectuels, juifs et arabes, doivent se lever et parler. Oui, oui. Mais qui écoutent les instruits. Où peuvent-ils parler ? Le monde d’ici comme d’ailleurs se fiche bien des penseurs, des sages, des cultivés, des réfléchisseurs, des pacifistes, des intellos et…des écrivains. Est-ce que l’Arabe cultivé, instruit, clairvoyant peut critiquer, blâmer, condamner un Arafat-va-t-en-guerre ? Est-ce qu’un intello juif peut parler librement, juste un peu, contre le chef-de-guerre-Sharon ? Non. Hélas non ! Place donc aux images de télé, brutales, et insignifiantes par cette brutalité même, quand c’est possible entre deux chars, entre deux murs délabrés, aux portes des villes attaquées. « Ici Joyce Napier qui vous parlait de Ramallah ! » Ouen ! À la roche et puissante CNN des amerloques ? Même brutalité des faits. Où le trouver ce sage savant qui aurait envie de tenir un langage neuf ? Sais pas. Il se tait. Prudence indispensable, des deux bords du conflit durable, s’il veut survivre. Ici, on lit, hier, ce Omar Aktouf : les Arabes de la Palestine ont raison, le lendemain, ce matin quoi, on lit Élie B., dans le Dev : les Israëliens ont raison. Dis à dos.
On lit aussi ceci :les cinq (5) « k » d’une religion lointaine. Un rituel : k pour kesh, les cheveux et la barbe, longs. B) K pour kara, brcelet obligatoiure, c) k pour kacch, culottes de type boxer, nécesssaire ! d) k pour kangha, le peigne rituel, enfin, k pour kirpan (connu maintenant par ici) la dague en guise de relique plutôt belliqueuse, non !
Le juif a sa kippa. L’islamiste, la burqa…
…et le boy-scout ?, son canif et sa petite roulette, son tit foulard deux tons, son chapeau pointu…Etc. Et toi ? T’as rien, rien du tout. T’as l’air de quoi ? Et moi ? Rien aussi. Eh oui, rien. Pas de symboles, pas de rituel. On a l’air de rien aussi, des simplets. Puis la bataille s’installe, ah, oh, on insulte une victime de coco de papa sikh, pour un canif, un béret, un bout de guenille… C’est « La vie, la vie », hein !
7-
Nathalie Pétro, ce matin, chavirée. Pas de film d’icitte à Cannes. Elle saute à sa conclusion, la faute à Ottawa, ce Canada mis par dessus Québec. Quoi, c’est rempli dans des voûtes secrètes d’excellents films d’ici et Cannes les boude ! C’est ça ? Non, c’est du délire. C’est rare chez cette lucide :voir son excellent article sur le « Cirque du soleil » en quéteux de subvention, récemment).
Ça y a pris à matin. Une berlue ! À Cannes, aucun long métrage d’ici, il doit y avoir un complot ! Ah , les complots ! Il y a quelques grands pays importants. Leurs mégapoles. Il y a 145 pays qui comptent pas, ni à l’ONU, ni à l’UNESCo, ni à Hollywood ni à Cannes. Sauf, de temps à autre, surprise, un film de Finlande, s’impose, de Bosnie s’éclate, ou de Norvège, de l’Iran…Oh, c’est arrivé, du Québec. Ça arrivera encore. La culture se fait, se donne, se montre, se communique, se vante, se grandit dans 5 ou 6 grandes capitales. New-York, Paris, Londres, Rome, Berlin…c’est à peu près tout. Les créateurs des autres « places », silence !
Nathalie fait mine de pas le savoir ce matin.
Québec, la jolie ville, on se voit demain midi !
« Fais-toi belle, ô ville, car ton prince arrive…»
Non, ça c’est du Cardinal Léger rentrant de Rome en pourpre cardinalice, à son zénith. Avant sa conversion et son exil en Afrique.

Le samedi 30 mars 2002

Le samedi 30 mars 2002

1-
Ce matin, Rayon —la femme de ma vie refuse que je la nomme— est à sa toilette et je regarde, le grand store levé, le lac. Des vagues de lumière sur le lac gelé roulent vers moi à tour de rôle. Elles se forment sur la rive de l’ouest, au Chantecler, et filent rapidement pour s’éteindre sur notre rivage. Fascinant ! On dirait, en gigantesque, la lumière Xérox des machines à polycopier ! Étonnante lutte reflétant, au ciel, nuages et soleil.
Hier soir, la bonne pizza au four —visible— de « Grand’pâ » à Val David, la patronne s’en va tout un mois chez elle, en France.
Bavardages divers de quatre adélois retraités de la vie active. On en arrive Jean-Paul et moi à certifier que la vie n’a été pour nous que circonstances, hasards (des rencontres) , chances souvent. Pauline J. et Rayon tombent plutôt d’accord. Effrayant constat. Le mérite, les études, les recherches, le travail, l’acharnement, la volonté, oui, oui, tout ça compte mais sont dans les sillons du hasard d’abord. Mauvais exemple, mauvaise morale, pour les écoliers à qui on n n’ose jamais parlé de cette existence à base de circonstances incontrôlables, involontaires.
Quelques éloges en courriels pour mon conte à CKAC, hier, intitulé « Chemin de croix dans Villeray ». C’était le quinzième chapitre, « Le martyr », de mon livre paru en novembre 2000, titré « Enfant de Villeray, que j’ai adapté (sans même le relire puisqu’il s’agit d’un vrai événement) à un Vendredi saint. Cependant, au Forum de mon site web, deux blâmes. On refuse d’admettre que l’auteur aimable (?) puisse avoir été un tel voyou, jeune. Eh ! Hélas, oui.
Au moment de l’œuf, rôtis et jambon (je délaisse parfois les céréales) , Rayon me signale : « Comme c’est curieux, je lis sur Kaboul où les éclopés de la guerre Taliban-USA, se débattent pour trouver des membres neufs —bras, jambes— et je songe au film « Kandahar », qui va passer bientôt à la télé, où l’on montrait ces handicapés claudiquant vers les jambes artificielles parachutés et je repense à « I.A. » de Spielberg quand une effroyable séquence fait voir des robots humanoïdes, la nuit, ramassant dans un dépotoir des membres encore utilisables.» Oui, séquence forte, j’en ai parlé. Prémonitoire ?
En revenant de journaux et cigarettes, chanceux, j’ai trouvé, à notre biblio de la rue Morin, un exemplaire de « La petite poule d’eau » de Roy. Je dois relire ce roman qui m’avait fait éclater en larmes il y a si longtemps pour en jaser à « Bibliotheca » du canal TV-5, vendredi matin prochain. Hâte de vérifier si j’éprouverai une telle émotion encore ! À la télé de T.Q. (sans pubs !) Rayon a revu —j’était au Salon de l’Outaouais— le film « L’été meurtrier » que nous avions peu apprécié en salle jadis et m’a dit l’avoir jugé sensationnel, parfait ! Un jour, dans un avion pour la France, on revoit un film de Lelouch, « La belle histoire » —ou « Les uns, les autres », je me souviens plus—, qu’on n’avait pas beaucoup aimé. Voilà que nous estimions énormément ce même film sur l’écran de l’avion ! Avertissement : nos goûts changent. Ou bien nous changeons tant que nous n’avons plus les mêmes sentiments, les mêmes critères. Mystère !
2-
Hier, quittant CKAC, j’ai filé chez mon fils à Ahuntsic. Pas un chat.
J’avais oublié que Daniel m’avait dit être invité chez son beau’f Murrray à Saint-Sauveur. Nous nous retrouverons pour le souper de Pâques dans un restau grec, le clan Jasmin, le clan LaPan et aussi le clan grec des Paltakis, maritalement associé aux La Pan. Alors, je suis allé, un peu plus au nord, chez ma fille, Éliane. Gabriel, mon trompettiste favori, me conduit à sa chambre où trône un immense aquarium, puis veut me faire visiter un immense magasin de poissons tropicaux —il est dans une passion-poissons rouges—, rue Jean-Talon proche de DeLorimier. Diable, il y a là une centaines de bocaux à poissons en formats divers et une variétés de « nageurs ailés » étonnante. La beauté.
Je l’autorise à se choisir quelques spécimens. Le grand géant, son frère Laurent qui nous a accompagnés, est aussi curieux que son grand-père de ces bestioles aux coloris enchanteurs.
J’ai invité la famille au complet au « Wok » chinois de la rue Fleury. Bouffe chinoise que j’aime que ma chère Rayon déteste. Infidélité totale ! Compensation :deux assiettées ! Hon ! Gabriel, goguenard, m’a offert une épinglette écrite en calligrammes chinois. On questionne un gentil serveur du « Wok » qui déchiffre : « Québec libre ! » Contentement du vieux patriote.
Répondeur : téléphone des Faucher. « On a beaucoup aimé ton conte de CKAC ». Je dis à Jean : « Merci. Tu es bien intégré, tu as tout compris ! » Françoise sera à Québec, dans trois semaines, tout comme moi (pour le Salon du livre), elle joue au théâtre là-bas. Je tenterai d’aller la voir sur scène.
Quittant le « château Chambord » —rue du même nom— d’Ahuntsic, David me demande si je veux aller reconduire chez lui, à Bois-des-Filion, son ami François qui séjournait là. Un adolescent étonnant, merveilleux, intelligent. François me narre un séjour récent de quinze jours en Haïti avec les gens de son école religieuse protestante (de Sherbrooke) où il étudie en pensionnaire. Merveilleuse expérience, me dit-il, il a vu « une drôle de misère » sous un si beau climat où les gens ne sont pas si malheureux qu’on l’imagine. Il m’explique y avoir rencontré du monde relativement heureux, pas « matérialistes et pressés » (c’est impossible en cette contrée pauvre) des jeunes démunis mais capables de rire, de chanter et de danser, pas enclins du tout au stress ambiant de l’Amérique du nord. À l’écouter j’ai compris comment il peut être profitable de faire de telles expéditions pour des jeunes. Il a réfléchi à des tas de choses et il se pose des questions fondamentales maintenant.
3-
L’hydro-Québec d’Israël a coupé le jus au Président Arafat ! On lui a bombardé tous ses alentours. Le voilà au bord du martyr. Une bavure finale de l’armée israélienne et c’est l’ explosion totale à l’ONU. Nous vivons des heures graves. Une jolie jeune palestienne se explosée. Horreur ! Une autre victime de la crise actuelle. L’horreur de ces jeunes désespérés ! Sadam Hussein enverrait des chèques aux familles des ados kamikazes. On imagine un papa misérable dévoyé : « Pis, mon p’tit gars, tu te décides à te dynamiter oui ? On a grand besoin d’argent ! » Oui, l’horreur !
Ce n’est pas l’écrivain Jacques Ferron mais son frère, Paul, médecin aussi, qui tout discrètement initiait le « Parti Rhinocéros » et s’activait à le maintenir, si mes souvenirs sont bons. J’en fus en 1967. Comme agent officiel d’un candidat totalement mutique dans Outremont. Nous fument invités aux micros du Téléjournal de Radio-Canada, un soir. En publiciste folichon j’y allai de promesses électorales farfelues. À la fin de mon laïus, c’était prévu, on demanda à mon candidat : « Qu’allez-vous faire à Ottawa si vous êtes élu ? » Il avait droit de parler pour cette question, il répondit : « 60,000 piastres par année, comme les autres ! » Lundi soir, au « Lion d’or », il va y avoir une fête de commémoration sur ce rhinocérocisme. On m’a pas invité.
Le nouveau maire Tremblay marine dans une sauce malodorante ces temps-ci. Deux accusations de favoritisme grave déjà et la question —patate brûlante—de ses bons copains qui achetèrent, les filous, des « biens collectifs » pour une bouchée de pain. Dont son échevin Yomans de l’Ile-Dorval que le Gérald Tremblay blanchit volontiers ! ! Oh la la !Le grave pétrin. J’avais, évidemment voté pro-Bourque. Tremblay a dans sa barque neuf (9) conseillers de l’ancien Montréal et 32 élus des banlieues…
anglophones pour la plupart et/ou pro-défusion. Mal pris plutôt.
Plein d’innocents qui l’ont appuyé aveuglément. Cocus !
4-
Il y a quelques mois, ma sœur Marielle, découvrant mon nouveau dada, l’opéra italien, m’avait offert une cassette-radio avec des « extraits » d’opéra chantés par le célèbre Andrea Bocelli. Durant des soirs et des soirs, Rayon à ses toilettes vespérales, je mettais le Bocelli, plein son dans la chambre à coucher. Le bonheur ! Je connaissais ses tounes par cœur à la longue. Un soir, stoppant la machine d’un coup de pouce énervé, Rayon, fit : « Non mais…Ça suffit, non ? Ça frôle l’intoxication » Elle avait raison. Ce matin, retour à mon vice- Bocellie durant l’exposition lumineuse à la « Xérox » sur le lac. Rayon rigole : « Ça t’a repris ? » J’ai dit : « Viva l’Italia! »
Hier après-midi, rentrant de CKAC et du Wok chinois, une note de Rayon, elle est chez des voisins, rue Morin, à quatre portes de chez nous, « Viens ! » J’y vais. Une scripte de la SRC, Nicole S., épouse d’un chirurgien de l’hôpital Fleury, vit maintenant dans ce qui fut l’auberge « La chaumière » de réputation excellente. Étonnement de revoir ce restau de classe, transformée en logis. Vrai petit manoir champêtre au bord du lac.
Des gourmets réservaient régulièrement au restau du chef français qui fut longtemps aussi le chef du « Chantecler ». C’était son « side-line », cette Chaumière. Je me suis souvenu, j’étais laveur de vaisselle et aussi potier à l’ex-écurie de l’hôtel, et un saucier du Chantecler, venu de Marseilles, m’invitait pour mon anniversaire à une bouffe, moi le « tout-nu ». Rare et divin repas.
Nicole nous parle d’une bestiole effrayante qu’elle a vu nager, cet été, pendant qu’elle se faisait bronzer sur un matelas pneumatique. Sa peur ! Une sorte d’énorme tortue inconnue avec dit-elle, une affreuse tête de E.T. On a rigolé. Monstre marin ? Le petit lac Rond, un nouveau Loch Ness ? J’ai hâte à l’été. Mon caméscope sera prêt. Ah oui, pouvoir admirer son monstre !
Manie ? Je découpe des tas d‘articles dans les gazettes chaque matin et puis…non, je refuse de trop farcir mon « journal intime » avec les nouvelles pourtant si extravagantes parfois. Ce fou suicidaire qui tire à vue à Nanterre, La biographie de Dieu (!) en personne selon Alexander Waugh, Boisvert jasant sur les « détectives privés », le pape Pie numéro 12 et ses silences sur les fours crématoires, Foglia et sa notion de « vulgarité »…Je n’en finirais pas. Alors, je préfère descendre, la soupe de Rayon est servie !

Le jeudi 21 mars 2002

Le jeudi 21 mars 2002
1-
Quoi ? Premier jour du printemps et encore une bordée d’ouate ?
J’irai au Salon de Hull avec la navette (minibus) des « Écrevisses » samedi matin. L’auto… trop risqué. On annonce du frette aussi pour samedi ! Misère. Moi qui aurais aimé rouler, via la 50, de Mirabel à Hull dans ma Jetta, vitres baissées !
Hier, j’ai relu mon, « tout frais arrivé » de l’imprimeur, « Écrire ». Aile aussi. Ses larmes subitement ! Pourquoi ? Aile : « Oh, Claude, tu m’arraches le cœur. Tant de déceptions. Et tu te dis un raté. Ça me fait, mal. » Alors, je lui explique ce relatif « raté ». « Tu comprends, jeune, on a espéré tellement mieux, tellement plus fort. Nous somme tous des ratés non, face à nos ambitions d’adolescent ? »
Ce livre contient de la grogne, du ressentiment, des griefs graves sur nos médias colonisés face aux Parisiens, sur les « Salons du livre », sur les « docteurs en lettres » snobs, et le reste, mais aussi un peu d’humour et plusieurs longs textes littéraires où je tente ainsi de démontrer qu’au delà de nos misères d’écrivains, il y a cette envie de pondre du…poétique !
Un drôle de livre, en fin de compte. Je l’aime. Beaucoup. J’en suis fier et si soulagé…ça défoule de parler franc. L’aimera-t-on, en parlera-t-on en bien, en mal ? Ah ! Vieux suspense. Je redoute le silence total vu mes piques raides sur les médias, presse, radio et télé. Une sorte de vengeance quoi. On verra.
En allant à cigarettes et journaux, ce matin, suis allé porter un exemplaire du « Écrire » aux voisins, les Jodoin. Ai dit à Jean-Paul : « Tu entres dans la littérature québécoise, mon vieux, vois la page 99 et suivantes ! » Il a semblé médusé, étonné. C’est un passage où je relate une excursion à Pointe-Calumet qu’il voulait que je lui fasse visiter raconte, de visu, après sa lecture de « Pointe-Calumet boogie-woogie ».
2-
Cette série télévisée « Le dernier chapitre » ! Foutoir visuel ennuyeux. On dirait qu’ il y a six (6) gangs de bandits, douze (12) chefs. On ne comprend plus rien. Pire qu’avec son « Omerta » que je préfère tout de même. Dionne prouve, cette fois, qu’il ne sait pas rendre clairement les tenants et aboutissants d’une histoire. Mais c’est fort bien ficelé, très pro. Alors les loustics, pas exigeants, vont suivre ce caravansérail à vroum,vroum, bien mal foutu. Il y a du bing, bang, Bigras, présence physique impressionnante, il y a, lumineux, Roy Dupuis, si beau garçon et, toujours pleine de naturel, Marina Orsini, et puis qui encore ? Il y a l’imagerie courante, toute faite de très brèves séquences télescopées. Illusion rythmique sur un amas de silhouettes mal établis, esquissées. Alors les gogos, voyeurs effrénés d’images sans sens, vont rester à cet écran. Tant pis pour la bonne compréhension des intrigues.
Avant l’indigeste saga —police versus motards criminalisés—, à Historia, bon documentaire sur la naissance d’Israël, ses guerres, Nasser, la Jordanie en sandwich, Golda Meir, le tout jeune Arafat, etc. Je ne me lasse pas de revoir ces « stock shots », repris, recousus, raboudinés, remontés, sur cette époque terrible.
Vu aussi mon ex-camarade de CJMS, Arcand, tenter de faire parler l’ex-vedette-jeunesse, la chanteuse Renée Martel qui vient de confier sa biographie à (?) son propre fils avec qui elle a fait la paix. Viol à 18 ans, alcool, drogue, tournées sans cesse, son fils négligé, père en tuteur et artiste un peu cruel, carrière d’automate puisqu’elle « a toujours détesté, dit-elle, ce milieu », et quoi encore.
Aile me dit : « C’était une beauté rare. Populaire chez les jeunes. J’étais jeune réalisatrice aux « variétés ». Elle ne se livrait jamais. Muette, mécanique, intouchable et mystérieuse. » Face au questionneur —en apparence froid et sans cœur— les réponses sont lentes, comme prudentes, calculées. Émission un peu plate. Martel semble lasse, épuisée même, en tous cas réticente à faire plus ample écho aux révélations de son livre. Ces confessions terribles, une mode, se situent au bord d’un voyeurisme malsain. La foule adore. Chez nous, une certaine gêne à examiner la victime se livrant plus ou moins.
3-
Pour sa santé, Aile se charge volontairement de pelleter la neige sur la longue terrasse du côté ouest de la maison. Durant ce temps, comme chaque midi, tantôt, je descend faire nos sandwiches —jambon, poulet, dinde, rôti restant, c’est selon— formant le lunch du midi.
Dehors, c’est étonnant, jamais vu autant de neige depuis décembre ! Beauté des sapins lourds de blancheur lumineuse. Oui, grande beauté ici. Ça y est :chicane ! Encore une de nos chaises anciennes qui perd un barreau. Aile commande : « Vite, répare ça ! » Elle est incapable chaque fois d’attendre. Je sors la colle Lepage. Badang ! Pressage trop énergique et ça pisse partout, ça coule sur la table où j’avais couché l’infirme, la fiole en éjaculatrice précoce. Énervement d’Aile ! Enragement. « T‘es comme ton Édouard de père, tu travailles trop vite, en fou ! »
Ça revole, elle s’agite, court au torchon ! Bousculade. Menaces. Moi, penaud. Je sais bien ma maladresse en la matière. Elle n’a pas un bon mari bon bricoleur, hélas ! La queue entre les jambes, essuyage fait, je remonte à l’étage, à ce journal. Ouf !
Plus tôt, Aile écœurée : au marché Métro, vendeur de fleurs, campagne du jour et offre de contribuer « in english only » ! Elle a protesté aussitôt comme on doit toujours le faire pour réveiller ces racistes inconscient —encore en 2002— de vivre au milieu de 84 % de francophones.
Souvenir de 1945 : ma pauvre Germaine, ma mère, colonisée, humiliée, bafouée, méprisée, rabaissée, comme nous tous en ce temps-là, qui s’efforçait de parler anglais, en pleine rue Saint-Hubert, clientèle à 99% francophone, à un marchand « raciste » de « Greenberg » ou de « Wise Bros », soumise, docile, chien battu. Baptême ! ça ne change pas encore ce racisme ?
Ce gras raciste (c’est une forme de racisme cette ignorance de la majorité, non ?) cet offreur de tulipes-charité sait qu’il utilise la langue universelle. Speak white ! Débrouillez-vous les caves québécois, apprenez la langue des maîtres actuels (ça va durer longtemps ?), celle de l’univers marchand, de la planète commerciale. « Mon épée me démange », disait Cyrano ! Et comment ! Autour d’Aile, des gens semblent étonnés de sa protestation. Des cocus contents ? Notre manque de fierté, d’honneur, finira pas nous assassiner culturellement. « Nation nigaude », disait Baudelaire ! Oh oui !
3-
Aux chers « Francs-Tireurs » de T.Q. hier soir, la jolie haïtienne, liseuse de bulletins de nouvelles, Michaël Jean de la SRC. Dutrizac, avec ses airs d’effronté de service » et Richard Martineau, avec sa voix de fausset hélas, aux commandes. On y cause « hommes battus ». Des témoins, militants de « la cause des mâles » démontrent que ça existe et plus souvent qu’on pense !
Gageons qu’il s’agit de violence morale, de harcèlement verbal. Ma foi, c’est certain. Pourquoi seuls les hommes seraient de foutus accableurs dans les couples qui fonctionnent mal ? Martineau mitraille la belle Jean —il excelle dans ce sport— elle répond du tac au tac, brillante. Hélas, elle trimbale un accent parigot plus accentué encore qu’à Paris ! Elle ne sort certainement pas des ghettos des démunis de l’île misérable. Pas de question là-dessus par Martineau juste taquin.
Je me suis souvenu de son reportage-enquête (la question-Noirs) quand elle vint questionner les artisans de CJMS un jour. Je l’avais taquinée lui disant : « Vous manquez hélas de crédibilité, étant une Noire, vous êtes mal placée pour sembler vraiment « neutre » et jouer l’ arbitre impartial sur le sujet de la tolérance. » Verrait-on un reporter Blanc questionner les Africains chez Mugabe : « Nous aimez-vous vraiment ? Détestez-vous les Blancs ? » Mais j’avais envie de badiner. Michaële Jean le prit fort mal et me battit froid.
Son conjoint, le cinéaste documentariste, Lafond, fit, avec elle, un formidable reportage sur Haïti. Un des pauvres gamins interviewés me frappa… droit au cœur. Son visage si triste, où brillait une intelligence évidente, une gravité d’adulte, tourmenté profondément, me rendit songeur pendant, non pas des jours, mais des semaines et même des mois. Comment l’aider ? J’avais voulu lui demander l’adresse de ce jeune enfant si lumineux et si perdu. Folie ! Je finis par me raisonner. À quoi bon tenter d’aider un seul garçon quand ils sont sans doute des centaines de milliers à vivoter dans ces conditions funestes ! N’empêche, parfois, je revois encore ce jeune et si beau visage, effrayant, où l’on pouvait lire une détresse…incommensurable. Tous ne peuvent fuir à l’étranger comme notre « parisienne » lectrice de nouvelles ou comme mon ami Dany Laferrière.
4-
J’imagine déjà la foule de nos admirateurs, samedi matin, rue Berri, au Terminus, quand nous partirons, les écrivains de Monrial, pour Gatineau- Hull. Quel déchirement ça va être. J’imagine aussi la foule à Hull Gatineau nous voyant arriver. Mon Dieu, je crains l’émeute. La promotion pour les auteurs est tellement riche ! C’est un million et demi (1,500,000 $) de dollars cette publicité, cette visibilité, aux romanciers.
Merde, qu’est-ce que je raconte ?
Je me mélange avec les publicitaires politicards de « Groupaction ». « Mon » ministre, à Ottawa, de la culture, Sheila-la-Cop, crache cet argent (1,650,000 $) pour la visibilité du « Oh Canada ! », et du drapeau rouge, dans tous les festivals du Québec. C’est à Québec qu’il faut diluer le fleurdelisé qui rend malade les fédérats ! « Groupaction » retourne à la caisse électorale du parti (Libéral) la fabuleuse somme de 112, 162 $ ! Pauvres éditeurs, ils comprennent rien. Je vais expliquer le business à Victor-Lévy samedi à Gatineau. Lui dire entre quat’zieux : « Tu verses 50,000 tomates « chez la Cop », et tu recevras 1,650,000 de dollars (de pistoles !) de contrats pour tes Éditions Trois-Pistoles. C’est bin clair, non ? Facile ! Il suffisait d’y penser.
Cette énorme magouille publicitaire donne envie de vomir et fait tomber à terre les culottes du successeur de Gagliano, Don (donald duck ?) Boudria ! Jouant le surpris, il bégaie qu’il va mener une enquête ! La farce ! Il s’agit de l’argent public monsieur Jean Brault, fondateur de « Groupaction-politik ». Des argents gagnés à la sueur des fronts des travailleurs. Trois contrats se signent (1997-1998-1999), donc trois rapports sont livrés (à un demi-million chacun) avec « mode d’emploi » pour déployer l’unifolié partout au Québec, trois fois à peu près le « même mode d’emploi », avec des petites variantes.
4-
Reparlons des amateurs de complot. Sauce Oliver Stone. Il y Internet où chacun peut halluciner et capoter en « légendes urbaines ». Il y a maintenant un bouquin : « L’effroyable imposture », où un certain Thierry Meyssan veut nous convaincre qu’aucun avion de kamikazes a foncé dans le Pentagone. Eh b’en… Le journal Le Monde avance que ce n’est que bobard genre Internet dévoyé. Le Thierry est fâché noir.
Face à un autre Thierry, celui qui a un terrible accent « mondain parigot », Ardisson, il rétorque qu’il a ses source sûres et que la politique étrangère des USA est sans plus aucune crédibilité. Là, il chasse de travers. On sait bien que la politique étrangère des USA est farci de propagande, c’est connu aujourd’hui, mais ce fait a n’a plus rien à voir avec l’avion sur le Pentagone ! Ça fait vendre de la copie, tout ça. À suivre…quoi !
Pierre Laporte, je le tiens d’une source pure, fut égorgé par un mafieux se glissant rue Armstrong, à Saint-Hubert ! Robert Bourassa fut empoisonné par un ami de Daniel Johson junior. René Lévesque a été assommé et puis assassiné par Claude Morin qui craignait la révélation d’autres secrets de la GRC. En voulez-vous des « complots » Vive le Net ! Vive la liberté !
Sur Internet, un abonné répand qu’il y a sur tous les avions modernes, et ce, depuis les premiers détournements célèbres, un bouton de sécurité. Si un pilote se croit en danger, il n’a qu’ à écraser ce bouton caché et l’avion devient téléguidé, automatiquement, à partir de son aéroport de départ. Ouen ! L’internaute conclue : « mensonges ces Saoudiens s’emparant du pilotage !
Hen, hen qu’en pensez-vous ? On souhaite vous voir conclure : « c’était donc tout planifié, accepté ! Les dirigeants politiques des USA savaient tout sur ces kamikazes et voulaient que les Tours jumelles se fassent démolir ! »
Bonne nuit, allez-vous coucher les petits enfants, notre noir conte du vilain bonhomme Perrault-2002 est terminé, cui cui cui !
5-
Assez des folies : Lysiane Gagnon est une importante conseillère (clandestine) de John Charest. Ma source ? Son article de fédérate crasse ce matin. Hypocrite, elle raconte les noirs desseins de Landry et comment John, malin, les a appréciés. Il refuse de faire l’ »union face à Ottawa. « Le rapport Séguin, c’est une astuce parizeauiste » dit-il. Ottawa ne nous doit pas une cenne de péréquation, ni à nous ni aux autres provinces. Dumont est un innocent, Joe Clark, un autre. La Gagnon termine son devoir « desmaraisien », à la sauce Power Corp-Gesca, disant qu’on est tous, les Québécois du Bloc comme les gens qui votent « oui », (60 % de ses lecteurs, tiens !), un petit des caniche (sic) et ses amis fédérats, un gros doberman (sic). Beau mépris du lectorat de La Presse , non ?
Air-Canada vient d’autoriser un écrivain, maudit par l’Iran, à voler sous ses ailes ! Jaques Chirac, a fustigé jadis le romancier insulteur du Coran, Salman Rushdie. J’étais, moi aussi,
furieusement contre son livre où il parodiait grossièrement une des trois grandes religions monothéistes, la musulmane. Trop facile de faire de Jésus un pédé, un prédateur sexuel ou un pédophile…et quoi encore. Trop facile de faire d’Abraham ou Moïse, un con fini, un illuminé titubant sous l’alcool, fornicateur déchaîné et aliéné mental. Ces élucubrations de carabin ignare (livres ou films) n’excitent que les désaxés. Les badauds infantiles. Même athée, ce que je ne suis pas, je n’approuverais jamais ces contes folichons pour titiller les déboussolés. Jamais. On doit un respect minimum pour les fidèles juifs, chrétiens ou mahométans. Ce bourgeois londonien, Rushdie, mondain devenu récemment manhattanien, a couru après ses déboires, Qu’ils s‘achèvent, je veux bien. Il a payé assez cher, guetté par des gardiens, craignant sans cesse le meurtre. . .
6-
C’est qui ça « Gambling Inc » ? C’est une part de notre gouvernement.
Loto-Québec apporte sa belle part de fric au fisc.
Alors, on se ferme les yeux sur Gambling Inc. Et on répète comme mantra : argent qui contribue aux hôpitaux et aux écoles. Argent bien sale ! Bientôt ces revenus honteux vont dépasser les taxes sur l’essence, est-ce assez dire les profits sur un vice encouragé, vanté aux télés ? Un prof d’université (en travail social), à Hull, Amnon Suissa, l’affirme. Il ajoute qu’il y aura très bientôt un million (c’est dans le 700,000 à ce jour ) de Canadiens en « addicts », compulsifs quoi, au vice du jeu.
Les lignes du 1-800-SOS-JEUX vont rougir !
Ainsi nos élus, se taisant tous, sont des complice de méfaits graves. Sont des hors-la-loi. Ils contribuent volontiers à la détérioration de la santé publique. La prison pour ces innocents ? Mais oui. Pour « refus de secourir personne en danger », c’est dans le code !C’est un de leurs plus grands devoirs de la protéger.
À Hull, où je m’en vais samedi, on annonce 1,100 places nouvelles de stationnement au parc Leamy. Rigolard, le relationniste s’exclame : « Que voulez-vous, on est les victimes (!) de notre succès ! » Très enrageant !
Le remuant boss, Gaétan Frigon (ex-patron efficace des alcools-Québec), servile serviteur de « Gambling Inc-Québec » ose dire que « c’est un malentendu de le voir en mandataire pour rendre le vice du jeu plus acceptable ».
Coups de pied au cul qui se perdent !
Loto-Québec vient de cracher 200 millions de notre argent public pour des machines VLT’S, machines (sépulcres blanchis !) avec clignotants pour avertir « charitablement » certains joueurs qu’ils exagèrent. Un fait têtu :il y aura PLUSSE de machines-one-arm-bandits. Bandits de l’État !
7-
Mon camarade en écritures, Daniel Gagnon, signe un très beau papier sur Rio, mort il y a peu. Le fils retrouvé bien tard, Yann, fait publier, lui, sa drôle de lettre lue aux obsèques. Il parle d’absence et de silence…Oh que j’admire le peintre, oh que je méprise l’homme. Comme j’ai méprisé l’homme-Picasso, et admiré son art. Comme je méprise les parents des « Enfants du Refus global », tel que racontés, montrés, dans l’émouvant et très dérangeant, troublant, film, de Manon Barbeau, la fille de l’automatiste Marcel Barbeau. Elle aussi signe un bel article (tout cela dans Le Devoir de ce matin) sur le génie né rue de Lorimier en 1923.
J’y reviens, Nadeau photographe : deux autre grandes preuves. Une sur une vitrine rue Bernard où il y eu tuerie récemment et une autre, Riopelle encore. Oui, un génie dans son métier, ce Jacques Nadeau.
À « Campus », à TV-5, le photogénique Guillaume Durand, a présenté Janine Mossuz-Lavau (sociologue)n et son livre enquête : « Vie sexuelle en France ».1- Fin de la femme passive. Elle veut prendre son plaisir comme l’homme. Si insatisfaite, divorce. Seigneur, dans mon jeune temps, toute la paroisse serait allée en divorce ! 2-La virginité ? Une bagatelle. Un petit moment désagréable à passer. Jadis : pucelage féminin précieux comme la prunelle de yeux. 3- Désormais, pour les femmes aussi : l’amour et la pratique sexuelle, deux choses. Fin du romantisme ? Je le regrette. « Que vaut la sexualité s’il n’y a pas les sentiments ? » J’allais répétant cela à la SRC, jadis, juste pour faire enrager certains sexoliques de mes entourages. Un jour, un de ces maquereaux me rétorqua : « Que valent les sentiments sans la sexualité ? » On a ri. Puis : « Ça existe, sais-tu. Oui, il y a des amours qui patientent, d’autres, sages, qui subliment. » Les deux ensemble, c’est le vrai bonheur. Je le sais. Beaucoup de matamores du sexe font mine de l’ignorer et mange de cette mince galette faute de bon pain. 4- Les femmes draguent désormais parfois. Et pourquoi pas en effet ? 5- Et les préservatifs ? Avant de former un couple, le jeune l’utilise volontiers, par prudence. Mon Dieu, oser acheter un capote en 1950. Que pensera le pharmacien ! On préférait le « retrait ».
Justement le livre dit que la pilule est encore vue comme un contrainte et qu’on préfère le « retrait ». Ah b’en flaille bine !
Back to…6- La partouze, l’échangisme quoi, progresserait. Là-dessus, mon opinion ne changera jamais : pis aller lamentable pour des couples qui éprouvent de l’attachement mais qui ne s’aiment plus d’amour. Ça vient de finir.
Conclusion de son enquête : les femmes veulent l’amour et consentent aux jeux du désir, faute de mieux. Les hommes veulent du désir et consentent à s’embrigader dans l’amour. Si elle le dit l’enquêteuse-sociologue. Combien sommes-nous, hommes, à vouloir les deux ? Je refuse de me croire exceptionnel. Je refuse.
8-
Pas loin d’ici, pas à Tel-Aviv, à Brossard, un type signe une lettre ouverte dans The Gazette. Il refuse l’Israël belliciste de Sharon et Cie. Ce Abdul Malek de Brossard, ça ne tarde pas, se fait vandaliser. Jet de balles de golf, vitre fracassée ! Rôdeurs intimidants, la nuit. Ses voisins jouent aux vigiles par sympathie.
Une voisine a pris les numéros de plaques d’une voiture suspect dans le quartier. La police l’a noté. M. Malek dit vouloir discuter par lettres ouvertes, à visage découvert et n’en revient pas de ces balles de golf. Diable ! Avec mon ancienne monomanie de lettrouvertisme (avant mon journal qui a tari cet exutoire), je prenais des risques ? J’ai toujours pensé que la violence est l’arme de ceux qui ne savent ni parler, ni penser, ni écrire.
Bon, les servantes, les bonnes, l’ex- nanny, se mettent à l’écriture. Pas nouveau quand l’ex bon maître se nomme Marlon Brando. Pour le fric. Cette fois, non. Il s’agit d’« employées de maison » comme dit l’Europe, le « New-York Times » raconte : « The Nanny Diaries » (du journal ?), c’est les récits glanés quand deux « servantes » travaillèrent dans une trentaine de maisons huppées de New-York, cela dans les années ’90. On va faire un film de ces historiettes de deux gouvernantes indiscrètes. Cela irait des comportements sexuels des « patronnes oisives » jusqu’à leurs obsessions pour les chaussures. Des dames de la haute crient déjà au scandale. Résultat : les agences de domestiques font signer une clause au contrat, « défense de divulguer, après emploi, quoi que ce soit. Sinon menaces de poursuites judiciaires.
Restons au domaine…du livre. Il y a une « Corporation » —né comment, fondée par qui ? — il y aura un gala du livre —malgré les refus de gros éditeurs de participer— pas de gala genre « Gémeaux » ou « Masque ». Une « Fête du livre » à 17 heure au Capitole de Québec et diffusion, avec numéros de « variétés », à 19 h et demi, sur Télé-Québec, ce 23 avril. Animation la mignonne Sophie Durocher. Pixcom signera le show.
Il y a 90 jurés (anonymes), des pairs, qui ont fait un premier tri. Ensuite vient la votation sur ces finalistes par 150 écrivains et 150 libraires, éditeurs, bibliothécaires. 300 votes pour 29 prix dont 18 pour « la littérature », il y en a pour la promotion, la distribution etc. Prix baptisés « Odyssée ». Aussi un « prix spécial » à Tremblay pour l’ensemble de son œuvre.
Finalistes : Michel Tremblay, Nelly Arcand, Serge Kokis, Nancy Houston, Dominique Demers etc. J’y suis pas ! Calmez-vous mes fans !Ça continue, ma guigne, dès l’école jamais de médaille, jamais d’images, aucun prix. J’y pense mon Lanctôt fait partie des déserteurs et n’a donc pas soumis mon « Enfant de Villeray ». Et alors, adieu trophée, misère humaine !Tant pis pour moi !
Une certaine grogne : « tous ne connaissent pas bien certaines catégories ». Alertée, Lise Oligny, directrice de cette mystérieuse « Corporation », corrigera l’an prochain. Il y a aura désormais jury spécialisé selon chaque catégorie. Mon opinion ? il n’y aura jamais assez de visibilité pour le monde les écrivants.
Les boudeurs, dont le riche « Boréal », disent à la ministre en culture : gaspillage, foin d’un gala, futile, vain, qui n’aidera en rien les écrivains, vraiment inutile. Donnez plutôt tout cet argent précieux pour subventionner nos manuscrits qui attendent une sortie !
9-
Riopelle a vécu, un certain temps dans les Hamptons de Long Island, voisins de Manhattan. On a tenté (Pierre Matisse et Cie) de le mousser. Le milieu le bouda avec ostentation.
Il y avait un Riopelle à New-York :Jackson Pollock. Son jumeau vraiment. Même énergie étonnante. Une vedette internationale ! Et les États-Unis, enfin sur la carte de la peinture moderne depuis l’après-guerre craignait la montée d’un autre européen, car, Riopelle, pour ces chauvins, c’était encore la maudite École de Paris qui, à leurs yeux, avait assez écrasé (un siècle !) l’Univers de la peinture depuis Manet, Monet et Cie. Un grand complexe d’infériorité enfin se défaisait. Il y avait désormais de forts talents modernes, c’était la vérité.
Riopelle ? « Qu’il retourne à Paris »… où, ironie, on le traitait d’« américain » ! Il ne récolta que de très mauvaises critiques. « Un talent mineur ». Il y retourna en France. Richard Hétu racontait un peu ces déboires dans La Presse. Il a ajouté que son histoire d’amour catastrophique avec l’Américaine Joan Mitchell, sa maîtresse écrasée, lui aurait nui.