Le mercredi 18 septembre 2002

1-
Allant à drogues —journaux, magazines et cibiches— je sens plein d’eau dans l’air. J’aime ça. Rivage maritime. Océan en vue ! Plus tard, ça se déverse. Aile chaque fois : »Clo ! Monte vite fermer les fenêtres de la chambre » ! J’ « haguis » ça ! J’y vais docilement. Avant le bain avec mousse (!) —Aile fait couler ce bain trop souvent— coup de fil de Delphis qui le solide compagnon de cette Ladouceur, initiatrice du concert-expo à Saint-Arsène, le lundi 14 octobre. « J’ai déniché un nouvel encadreur, un Italien habile, mécène consentant, c’est à Montréal-Nord. Apportez-lui, au plus tôt, votre paquet d’images. C’est réglé : votre expo sera installée dans l’entrée de l’église à Saint-Arsène. L’arrondissement fournit les cimaises-panneaux et les réflecteurs ».
Mon Delphis m’inquiète, il devra acheter les vitres ailleurs ! Où mettre les titres, les prix, l’ annonce du généreux donateur ? Il ignore la manière d’un vernissage….et le reste. Je me dis, nerveux, jamais plus de bénévolat. D’œuvre caritative. Trop d’amateurs. Je finis par me calmer mais je devine que l’ « affaire concert-expo » du 14 sera improvisée pas mal. Bof, tant pis ! On n’en meurt pas et puis je serai dans ma chère « petite patrie ».
J’espère que chez Graveline (l’éditeur) on aura fait les photos des 25 élus et que, mardi midi (après TOUS LES MATINS), je pourrai transborder le « paquet » chez cet encadreur. Une légère angoisse m’habite : peur d’oublier un rendez-vous. Beaulieu qui n’expédie plus les épreuves du tome 1 du journal ! Mystère lourd ! Coup de fil de Monique Miller hier soir : « Claude, ces textes pour le 1er octobre au Centre culturel Frontenac (« Mardi-Fugère »), c’est trop long paraît. Selon l’Uneq. Je coupe ou tu coupes » ? Je dis : « Je te laisse libre. J’ai confiance en toi, Monique ». Paresseux va ! Ce matin, lettre à mon frère Raynald, retraité et peintre à ses heures. Je lui demande un tableau sur un thème de « notre enfance dans ruelle ». Si mon cher cadet fait à mon goût, j’organiserai une édition d’ « Enfant de Villeray » illustré par lui. Car…
Car, hier, j’ai reçu un appel chaleureux, enthousiaste, de René, un pharmacien beauceron étonnant, amateur de beaux livres, qui a édité entre autres, un joli livre sur les dessins et les textes de ma chère Clémence Desrochers. Il veut absolument un texte et des dessins de moi. J’ai promis de trouver une « géniale » (!) idée pour sa petite maison artisanale. Il était tout content.
2-
L’illustre peintre Claude Monet aurait dit avant de mourir : « Je n’ai jamais rien vu de laid dans ma vie » ! Oh ! Ah ! Je le répète, c’est le regard qui change tout. Je le répète : « Un tableau génial regardé par un crétin devient un tableau de crétin ». Inversement, Renoir qui était « un œil de génie » (dixit Cézanne), embellissait donc tout ce qu’il voyait.
J’ai achevé trois bouquins. 1- Tout frais sorti des presses : « Les silences d’octobre », par Manon Leroux. Un brillant florilège commenté des événements de la Crise d’octobre. Ce fut une plongée captivante dans cette époque haletante, il y a 30 ans ! C’est clair ? Non. Le livre avance que Trudeau hésitait à envoyer ses soldats. Bourassa et Drapeau (en campagne électorale avec manipulation de la peur tel un W. Busch) exigeaient de Trudeau cette…invasion loufoque. Est-ce si vrai ? On disait que Lalonde, le bras droit de PET, se promenait chez Boubou et Drapeau avec la formule à signer. Il fallait, selon la loi, une raison pour ces Mesures de guerre. On a trouvé : « insurrection (ou révolution) appréhendée ». La farce. La rumeur organisée : « Lévesque, Pépin, Ryan et cie, songeaient sérieusement à prendre (un putch !) le pouvoir chancelant. La farce. Un bon livre chez « L’homme ».
2- J’ai terminé aussi « Mon Afrique » de la reporter (radio publique) Lucie Pagé. On tombe sur le cul., Tout son livre veut réhabiliter les Noirs. Mais…à la fin, deux chapitres démolissent son livre. Maria, sa nounou dévouée, Maria, sa cuisinière bien-aimée, Maria une domestique choyée, une Noire, s’avère être une voleuse sordide (les économies du couple) , aussi ( téléphones de Pagé sur écoute mystérieuse !) une espionne engagée dans une lutte clandestine contre Nelson Mendela, et ses troupes novatrices —amis intimes de l’indo-africain, Jay l’époux-ministre de Lucie Pagé.
Morale bizarre de « Mon Afrique » : On peut pas se fier aux Noirs. À aucun ? Pagé s’en allait revivre au u.bec avec ses enfants. Jay, le beau ministre —toujours absent du foyer— reste en Afrique-du-Sud. Sa mission passe avant les amours !
Incroyable cette grasse « bonniche » Noire, bien dégueulasse, qui étudiait « les explosifs pour boites aux lettres ». Ce sera évidemment la stupeur, la police alertée, la prison pour cette « brave et si bonne » Maria la vénérée « gardienne » (armée d’un revolver caché !) des trois enfants de la reporter. Et on ne saura rien, hélas, des résultats de l’enquête sur cette satanée Maria ! Et, avec cette fin « moliéresque » on ne saura rien, hélas, des résultats de l’enquête sur cette satanée Maria ! L’écriture de Pagé sombre souvent dans une inflation verbale scripturaire plutôt insoutenable et dans crises de larmes à répétition et dans les dépressions nerveuses. J’ai été néanmoins très captivé par son récit de vie (10 ans là-bas). On y lit des anecdotes édifiantes sur ce monde politique, aussi sur ce métier de pigiste fragile, jamais encouragé, traité par Radio-Canada (radio) comme « un chien pas de médaille ».
3-
J’ai terminé hier soir un récit de vie (10 ans à l’étranger encore) étonnant. « Prisonnier à Bangkok » (« L’Homme », éditeur) de Alain Olivier est un excellent suspense. Normand lester a guidé son auteur. 245 pages renversantes.
Un petit con venu de Drummondville part travailler —à planter des arbres— en Colombie-Britannique. Il se drogue. Jeune playboy inconscient, hédoniste à gogo sans cervelle, il va se lier avec un bonhomme de son séneau, Glen Barry. Un guide pour touristes amateurs de pêche au saumon. Ma surprise : le livre débute comme finit celui de Pagé : une trahison grave. Plus de trompeuse Maria mais un sale petit « indicateur » de la GRC. Le « bon ami » Barry concocte une « passe » avec des agents fous de la police monte (on sait qu’ils sont nombreux depuis ce que l’on a appris au Québec). .
C’est un récit qui fait dresser les cheveux sur la tête —Foglia l’a rencontré là-bas— d’abord un faux assassinat —organisé par la GRC— pour intimider ce jeune polytoxicomane (mot de Lester son préfacier), ce fragile et inconscient Alain Olivier.
Pour résumer : Olivier se retrouve en Thaïlande —où il a déjà pris des vacances de jeune cochon. « Jeunes thaïlandaises pas chérantes et drogues bon marché ». Foire de « tourisme sexuel » bien connue. Cette fois, la GRC l’accompagne. Il le sait, il dit qu’il fut forcé (ouen !). C’est qu’il y a eu promesses indigestes (argent et part de drogue) pour qu’il se fasse le complice d’une arrestation de trafiquants d’héroïne indigènes. On a souhaité du gros gibier à la GRC mais la GRC s’est acoquiné avec un petit malfrat sans envergure ! Incroyable ? C’est que « l’ami » Barry, le délateur rémunéré se devait de s’activer pour ne pas perdre son statut de « balance » bien payée. Barry a menti à la GRC. Des naifs, oh oui !
Ce « raid » de la RCMP tourne donc au fiasco derriè;re un cinéma de Bangkok. Bavure gigantesque : un agent « canayen », père de trois enfants, se fait tuer d’une balle dans le cou !
Embarras HÉNAURME pour la GRC. Bavure qu’il faudra camoufler et vite. Et notre Olivier de se retrouver en tôle « exotique ». Puantes pisses et merdes partout ! On est pas au chic motel de Port-Cartier ! Il va y rester dix ans (tiens, dix ans aussi, pour Lucie Pagé, madame-la-femme-d’un-ministre, dans sa geôle dorée africaine !).
Procès burlesque et condamnation à mort ! « Prisonnier à Bangkok », est une lecture instructive, elle narre le débat d’Olivier pour se faire rapatrier. On en apprend « des belles » sur l’aide —bien molle— de nos ambassadeur (guidés par la GRC) et aussi « des dégueulasses » sur les connivences partout en hauts-lieux à Ottawa. Aussi sur la CPP (Commission des plaintes du public), dirigée longtemps par un ex-commissaire …oui, de la GRC. C’est-y assez fort ?
Très inquiétant, citoyens !
Olivier, pas tuable, organise avec des satrapes-compagnons —qui encouragent l’achat des gardiens, la corruption totale— en sa prison malodorante des tripots, des loteries, des danses payantes à travestis. Ce jeune rastaquouère ne s’ennuie pas, son lecteur non plus, il faut le dire.
Morale de cette funeste aventure où la GRC l’a piégé, l’a carrément « incité à crime » : poursuite judiciaire de tout ce beau monde de « croches honorables » pour 27 millions de $ Can. L’omertà pégrieux de nos autorités —politiques, judiciaires et policières— sera-t-elle dénoncé au grand jour ? Je parie qu’il y aura encore réglement hors-cour. Un bon petit $ 5 millions et on efface l’ardoise, non ? Et ces merdes « nationales » —GRC, juges, enquêteurs pourris— vont continuer leur « beau travail ». On n’a guère de sympathie pour ce jeune gnochon mais il nous fait découvrir un « complot » injustifiable, « hors la loi » carrément, intolérable dans un pays (le Canada) moderne. Ce qui est révélé par ce jeune excité est un scandale profond.
Je suis fort inquiet de vivre ici.
Une malchance, un faux-pas, une erreur d’orientation, un manque d’instinct et le cabochon fera fasse aux magouilles infernales de la GRC, et si on veut se défendre, de cette CPP infâme, tous de mèche avec les puissants appuis politiques. Face à la mort même ! Dans le temps, quand on a découvert, après enquête publique (enfin), les dérapages très graves (bombes, vols, incendies) de la section « intelligence » de la RCMP-GRC, on a fait quoi ? Nous le savons :on a inventé tout simplement une nouvelle police (le SRSC) au-dessus de la corrompue. Ça venait de finir.
4-
J’ai commencé un petit livre (150 pages) « Une lueur d’espoir », signé M.-É. Nabe (Edit.du Rocher). Un texte lyrique sur le 11 septembre à Manhattan. L’auteur y est brillant, images fortes, symboles puissants, métaphores déroutantes, amalgames audacieuses solides, on dirait un poème échevelé. J’y reviendrai.
Vu hier soir à TV-5, « L’abolition ». Une longue dramatique pas très bien menée, mal montée, avec acteurs faibles parfois, mais au sujet absolument fascinant. Le héros de cette « longue nuit de délibérations intenses » est Victor Schoelcher —fils de potier devenu un industriel bourgeois. Schoelcher, autodidacte cultivé qui déclarera « « je fais encore des fautes d’orthographe !) s’est mué en farouche et lumineux militant anti-esclavagisme.
Bon portrait d’époque —1848, durant la « deuxième » révolution. (La trosième éclatera conte Napoléon-le-Neveu). 1848 : « la débarque » du loufoque roi « Philippe-Égalité ». Ce sera une « nuit » historique : on finit par s’entendre dans le cabinet —où il y a Musset en ministre, Lamartine en conjuré alcoo. La loi-décret est voté aux aurores ! Première mondiale : fin des servitudes « africaines » dans les colonies de la France. Un Dumas (« Les trois mousquetaires ») y viendra plaider, Hugo s’active, lui, sur les barricades. Et Balzac est introuvable. Fasciné, j’étais.
À RDI, hier, encore la pègre italienne de Neew-York. Redondances. « Pu’ capab » ! Clichés se débattent avec stéréotypes. Bonjour la zapette chérie ! Plus tôt à RDI : documentaire sur ce Unabomber fou et l’explosion meurtrière à Oklahoma. Sinistre rappel s’il en est. Ailleurs : « La paix avec les tribus à Montréal », « pu’capab » d’avaler ses saudites reconstitutions toujours bidon quand on a pas de gros moyens. Zapettage !
5-
« Les incontournables » , à TVA, première hier. « Pu’ cabab »…avec ces défilés vains, série de « plogues » à la chaîne « de tout et de rien » où on ne fait ni critiques (surtout pas hein !) ni commentaires un peu étoffés. Comme à « Ce soir » quoi ! Service public futile en diable ! Minets et minettes, tous à « parlure nasale » forte. Cette vaste tribu des « nez bouchés », est-ce une infection ? C’est contagieux en médias ? Insupportable !
Hier matin, le dentiste : « Non, non, pas d’arrachage, gardez vos rares dernières dents. Tant que vous pourrez ! » Bon. Compris. Comment les bien garder ? Maudite vieillesse ! Revenu, lettre-réponse à ma quasi-jumelle, Marielle. Petites nouvelles. Téléjournal de clan ! Je lui ai envoyé trois paires de « passes » pour ce concert et expo à Saint-Arsène, lundi le 14 à 20 h.
Horreur de nouveau : un bus bombardé à Tel Aviv ! Le sang des innocents. Hezbollah (non Ezbola comme j’ai mis) et Hamas versent dans la terreur. Aussitôt tanks de la Tsahal vers Ramallah, vers Arafat. « Nous allons le capturer et puis l’exporter », dit Israël. Faites ça et tout va empirer en Cisjordanie. Horrible cercle vicieux.
Le Tod me contacte. Regrette notre chamaille. Pas moi ! Ne m’en veut pas de l’avoir chicané raidement. Mon Daniel Marleau revient à la surface. Il a des misères de « pigiste » abusé, c’est classique non ? Hélas. Il cherche… « sa forme ».
Mon fils, pigiste, lance son quatrième jeu de société. Il touche du bois. Son « Bagou-2 » fonctionnera-t-il aussi bien que le premier ? Aile, alertée par ma fille Éliane, a vu Daniel à TVA mardi matin —pendant que je jaspinais, ou jasminait, à « Tous les matins ». Aile : « Ton Daniel est sérieux hein ? Grave même. C’était bien. Ils ont joué avec son « Bagou-2 ». Très bien. Mais comme il est sérieux ! »
Ah ! quoi dire ? Je le vois pas lucidement, moi. Aucune distance. C’est la loi-des-parents. Les enfants —même de 50 ans— sont les enfants.
6-
À T.Q. un faux défilé pour la « Fierté hétéro ». Un flop visuel lamentable. Si long. Pour rien. Mais l’entrevue avec Denise Bombardier, oh, excellente ! Elle n’a pas cessé, avec raison, de corriger —avec raison— le tir de ses questions au « baveux de service » le brillant —d’habitude— Martineau. Cette bombardeuse est d’une intelligence rare. Ses propos sur l’amour, parfaits ! En effet, la sexualité séparée des sentiments (elle a dit des émotions, mais bon), c’est de la grosse merde. Le chemin pour la névrose, parfois la psychose et la clinique d’enfermement. Je l’aime pour son bon sens. Aussi pour ses lumineux verdicts, souvent compétents, à propos de notre société québécoise. Et ses mutations à l’aveugle.
« Rumeurs ». Une première encore et encore « pu cabab… ». Ce remuement intempestif pour obtenir un ersatz de vitalité, du rythme artificiel. La caméra trépigne, s’agite en vain. Ce frétillage ne comble pas du tout des textes vides, la banalité des propos. Une mode. « Touche la poire, prend l’ananas et mouds le café… », non, non, non, cela n’est pas du mouvement, c’est de l’agitation facile. Assez Seigneur ! Démagogie ! Assez du mépris, le public est très capable d’écouter parler deux personne durant deux minutes. Calmez-vous le pompon les suiveurs de modes.
Chantal Renaud, la « meilleure » de Bernard Landry, chez « Arcand en direct » ose dire : « La politique est un univers de brutes ». Candidement. Oups ! « Bunker, c’est vrai ? « Je veille sur lui », dira-t-elle. On croit rêver. Anti-héros landry ? « On me paye des fortunes pour écrire sur des héros, je sais ce que c’est ». Qui connaît cette auteure sur-numérée ? Personne ! Encore ? « Je suis une vraie « Monica-la-mittraille »… sur la question nationale. Franchement ! Aile : « Hum, elle fait fabriquée ». Ouen. Je le crois aussi. En tous cas elle est bien mal équipée intellectuellement pour répondre à un questionneur acharné comme mon Paul. Elle vasouille parfois, a une articulation vaseuse et on la comprend mal. Un accent curieux, celui d’une exilée longtemps en France qui vous sort un « chriss » ou un « hostie » pour sembler être restée bien enracinée. « Pas clair de nœud », Chantal R.
7-
Mon « petit camarade » new-yorkais (!), le romancier Norman Mailer s’inquiète beaucoup pour l’avenir de la démocratie, chez lui, aux USA. Ce 11 septembre aura enclenché des restrictions partout. À Londres, Mailer a accordé une longue entrevue pour confesser ses appréhensions. « Nous frisons la barbarie culturelle », dit Mailer en parlant de la puissance étatsunienne dans le monde entier. « Deux credos se font face, dit-il, le rapport à Dieu (OU Allah), et le credo des succès technologiques ». Il avance que les Américains (ordinaires, pas ceux du Pentagone) aussi font face à ce dilemme actuellement. Vrai ? Moins inquiet que Mailer (qui vit là, lui), le révérend père Jean-François Revel, à Paris, publie — « L’obsession anti-américaine », Plon éditeur— qu’il faut nous méfier en détestant les Amerloques. C’est sa bonne vieille scie habituelle. Il dit que « France comme Angleterre » peuvent bien jouer les purs et les lucides critiques des USA, qu’ils ne sont que « des jaloux , des envieux », eux qui ont perdu —après la guerre de 1939-1945— leurs empires au profit de celui des USA ! Eh ben ! Du vrai là-dedans ?
Souvent fort amusant ce Laporte du dimanche dans La Presse. Son papier du 15 où il recommandait que Bush ou tout autre Président, Premier ministre, etc., qui souhaitent une guerre enfourche leur cuirasse, leur casque et leurs bottes et… aillent sur le champ de bataille. J’ai souri longtemps. J’imaginais W. , tout sali, rampant, grenade dans la gueule, dans un désert afghan ou dans un ravin proche de Bagdad. Chapeau Laporte !
Des compliments mérités pleuvent soudainement sur le Chrétien qui a osé parler (en Alberta ou à l’ONU) : « Richesse versus pauvreté, mal distribuées sur notre planète, engendre misères et conflits ». En effet, un Chrétien nouveau nous est né. « Ainsi, je serais pas surpris, dis-je à Aile admirative, que Chirac, sur la voie-de-sortie lui aussi, mue radicalement. Aile : En tous cas, tu sais que, inimaginable il y a peu de temps, j’aime et j’admire le premier ministre du Canada maintenant. » Moi itou, Aile, moi itou ! « Pourvou qué ça doure » !
8-
Le vieux Ozias Leduc bien mort voilà que des zélés « patrimoineux » souhaitent sanctifier l’art édifiant et franco-italianiste du bonhomme de Saint-Hilaire. Or, ces machins à religiosité sont de l’art minable de Saint-Sulpice bien souvent. Des chromos. Hon ! Cloclo, t’as pas honte ? Ça se dit pas. Quoi, quoi, le long temps qui passe ne me fera jamais prendre des vessies pour des lanternes, des chromos-à-dévotionnettes pour des chefs d’œuvre. Non, non. Les fresques d’église du contractuel Leduc…pouah ! Parler d’ « art sacré » pour ces barbouillages à sfumato calculé, bons pour flatter un clergé ignare, colonisé (en 1930) et soumis aux modes cléricalo-française héritées des années 1800, c’est trahir le sens des mots. J’aime beaucoup plusieurs tableaux du Leduc —peints chez lui, loin des églises— créateur merveilleux d’un art pré-impressionniste étonnant souvent.
À Montréal, 50 Chiliens exilés au Québec ont fêté un 11 septembre très oublié. Celui de 1973. Anniversaire sinistre du suicide de l’élu socialiste Allende quand les chars blindés du dictateur Pinochet l’encerclaient. Renversement largement commandité par Washington —via la CIA, qui serait mieux nommé la SPI-USA : »société protectrice des industriels étatsuniens ». Il y aura 40,000 disparus et morts sous le bon général protégé par les USA.
Mince événement, un 12 septembre, dans la Vieille Capitale : un demi-million de belles piastres (viande-à-chien !) pourrait être versées à la journaliste du « Soleil », Claudette Samson. La radio de Choi-fm et son animateur « fêlé » Jeff (!) Fillion devraient être jugés coupables cependant.
De quoi. ? De ces : « maudite folle », « pauvre conne », « tabarnak de chienne », « bitch imbécile », « mange-marde ». C’est le vocabulaire d’un craqué du cerveau. La journaliste Samson, après sondage (en mode vox-pop) concluait, imprimait et signait : « Les Québécois jugent que les USA se sont attirés leur propre malheur ». Quand ce dérangé de Jeff a lu l’article de Samson, il a pété les plombs. Ensuite, des courriels méchants envahissent son clavier. Le « crack-pote » attire les « crack-potes » ! Résultat : « grave détresse ». Allons ! Quel citoyen normal a pris au sérieux …le furieux ? Personne. Il ne s’agit pas d’une attaque. C’est du vent. C’est niais. Des propos de cette nature ne salissent que le déboussolé qui les utilisent, non ? « Bêtise, haine et injures », dit le papier de l’avocat de Samson. Le public est pris pour des demeurés ? Les gens normaux, « ordinaires », écoutent ces « sur-menés de la caboche » et rigolent. « Un fou », se disent-ils.
9-
Denis Vaugois, éditeur, réclame davantage de fric public pour achats de livres dans les biblios publiques. Lanctôt, un de mes éditeurs, le félicite mais insiste : « achat de livres d’ici seulement ». Oh, oh ! Je vois bien qu’on se procure beaucoup, beaucoup, de « best-sellers USA » ici à la biblio du village. Il y a demande. Les payeures de taxes ont droit à leurs choix. Hélas si on veut. C’est une dure loi démocratique.
Foglia, le 14, signe : « Moi, le sale con ». Bon. C’est noté. Foglia ajoute qu’étant anti-américain —ce qui ne plaira pas à ses patrons, Pratte et Roy, mais il est syndiqué jusqu’ »aux oreilles—, il accepte donc d’avance d’être taxé d’antisémite car, dit-il, on amalgame les deux. Il envoie paître les Revel, Lévy (B.-H.), Bruckner, Finkielkraut, Sorman et… toute l’ « archibagne » qui prend « pour » W.Bush et « contre » Al Quaïda. Surprenant manichéisme ? Foglia refuse de voir les USA poser des conditions à Sadam Hussein. Il parle deux fois des 4,500 enfants irakiens qui crèvent chaque mois à cause de l’embargo. « Des fois je suis anti-intellectuel », achève-t-il ? Non mais…Ça lui prend pas trop souvent. Une chance !
Un homme chanceux ? Morris Mayers, un israélite d’ici, a blanchi 44 millions $. Profit net : 2,3 millions de dollars Us ! Aussi :importation de 750 kilos de drogue. Pas grave ? Le juge Jean Falardeau cogne de son marteau : « Ce sera, svp, 775,000$ d’amende, mossieu Mayers ». Eh bin… On a vu sortir le Morris de la cour tout souriant, léger, chic, bienheureux sinon sanctifié, soulagé. Il a dit qu’il allait se recycler dans les bonnes œuvre à l’avenir. Personne n’a ri ? Relisons la fable du 18 ième siècle : « Selon que vous serez puissants ou misérables, les jugements de cour vous rendrons blancs ou noirs ». Merci Jean de La Fontaine.
Un copain de M.M., Pierrot Amzallag, lui, avait choisi la prison au lieu de cracher un demi-million d’amende. Il a eu… six mois ! Voyons :faut détester vraiment la prison M. Mayers.
Jérémie en jérémiade (Dunn). Il veut comprendre. Une morue. 63 cents la livre. Au pêcheur ! Au magasin, à Monrial, c’est une piastre et trente neuf ! Donc 17 $ la morue ordinaire ! Grosse marge, dit Jérémie. Il en est scandalisé. Il y a l’usine (nettoyage ?), le grossiste (camion ?), l’épicier du marché IGA. Dunn finit : « Qu’on m’explique cet écart ! »
Mais oui le jérémieux. Et nous, pauvre romanciers ? C’est souvent, un roman, 20 tomates chez le libraire. Pas pour nos goussets. Minute ! Il y a l’imprimeur, le distributeur (camion), le libraire…Et l’éditeur, faut pas l’oublier. Le créateur (le sueur) a un 20 cennes par piastre, donc un petit « deux » par exemplaire à 20 tomates. Jérémie Dunn, c’est-y juste ?
10-
L’Allemagne a eu honte. Et pour cause. Les temps changent. 50 ans plus tard, on a besoin de sortir « toute la merde » de ces années noires. Là-bas, ça parle…ça parle des violés et des massacrés (par les soldats Russes) lors de la débâcle nazie. Ça parle de 125 millions d’Allemands chassés des pays de l’Est où ils vivaient. 300,000 Allemands se font tuer pour défendre la capitale, Berlin. Ont-ils le droit maintenant d’en parler ? De commémorer ces faits pénibes ? Les vieux, dit-on, se taisent. Des jeunes veulent de la lumière sur tout. Pas seulement sur les camps nazis. Le tabous doivent être secoués, disent-ils. Deux millions sont morts sur les routes en fuyant Berlin en flammes, mise à sac. Le romancier Gunter Grass, avec « La marche du crabe » a réveillé bien des misères mal enterrées. À suivre…
Le ciel se colore en mauve, du rose filandreux se glisse dans des écharpes de nuées grises, c’est beau le crépuscule, partout. Téléphone : la Francine me tint au courant pour son concert-expo du lundi 14, nerveuse, zélée. Ring, encore : ma fille me potine les derniers potins ! Ring…encore, c’est pour mon topo de mardi prochain…Ouf ! Aile : »Dans dix minutes, on soupe ! » Et il n’y aura pas de soupe ! Temps que je retourne à l’École des jeunes chefs ! Bon. On ferme ! On ferme ! Je ferme.…

Le dimanche 10 mars 2002

Le dimanche 10 mars 2002
1-
La peur. Après une nuit de bourrasques terribles, ce matin, vent fort et au début de cet après-midi, tempête brève mais énervante. L’électricité menacée ! Ça clignote ! Songe à éteindre l’ordi mais…ça passe. Hier, lu un courriel acidulé du fils Daniel qui se questionne quand j’ose refuser une promenade avec Aile pour continuer mes Journées Nettes, ici. Reproches forts ! Il a raison. Je regrette mon « assis sur chaise », ma défection. Promis de ne pas récidiver. Voici donc le fis qui joue au père du père ! Je me souviens d’avoir tenu ce rôle parfois auprès du mien. Sa surprise. Son sourire chaque fois. Je souris ! Mo n fils va jusqu’à me questionner : »pourquoi au fond ce journal. Une vanité u peu futile, non ? ? » Boum ! J’y réfléchis. J’aime le tenir, c’est certain, pourtant certains jours comme un… « devoir » (?) et de l’accablement.
Hier, stimulé par Buissonneau —vu, je l’ai mentionné, au lancement de « Debout les comiques » qui passait hier soir au Canal D, je l’ignorais— si enthousiaste pour les deux tomes de mon vieux journal (1987-88), j’ai lu (au lit) plus d’une centaine de pages sur 1988. J’y ai pris un plaisir fécond, revivant des éphémérides cocasses. Dont ce passage hilarant (fait cocasse oublié) quand mes petits-fils exigeaient que je passe la nuit chez eux,couchant avec leur gardienne, Lucille. On explique que c’est impossible, que nous ne sommes mari et épouse et ils s’écrient : « Qu’est ce que ça fait ça, c’est pas important ça, le lit de nos parents est grand ! » Je remémore l’incident à Aile et nous avons bien ri. Un des rôles du journal :faire rire ?
2-
Vendredi soir, belle brève visite de ma fille avec son Marco, ils revenaient du ski à Morin-Eights, pour mon cher Gabriel, le benjamin de la rue Chambord et son grand ami, Raphaël Drolet. Un jeune géant fort attachant, déluré, l’esprit en éveil, poli et curieux. J’amène ces deux ados à mon atelier-cave. Ils admirent un dessin gouaché du David À Marc À Bernard, venu séjourner ici à la mi-février. David et moi partions du même accident coloré, David me battait, faisant une meilleure réussite graphique. Ainsi le non-initié, libre de toute enseignement, peut battre un pro, par son audace. Je ferai encadrer sa ponte. Je veux les amener au four et à la glaise mais, vu un temps de verglacement (j’aime néologiser) les parents décident de vite, vite, renter à Ahuntsic. On a remis à Éliane deux plats préparés par l’École hôtelière. Pour son papa, qui m’a si bien donner à bien manger jadis, j’ai offert à Raphaël Drolet un petit graphique (vert, blanc, rouge) sur « Roma », « l’italianisant » compère en radio l’aimera-t-il ?
Achat du « Paris-Match » l’autre matin et bonne lecture de trois ou quatre articles bien torchés. Sur l’Amen, film de Costa-Gravas. Sur Israël et Palestiniens. Avec, comme toujours, des photos inédites. Après, feuilletant le dernier numéro de « L’Actualité », ça m’a paru bien pâle, peu excitant. Notre magazine « national » manque de…de quoi donc ? de nerfs ? C’est trop souvent mou, avec des sujets plats. Peu…québécois ? C’est cela. On sent qu’avec le boss de Toronto, la rédaction évite « l’enquébécoiserie » dynamique et solide ! Hélas ! Les contenus, trop souvent, offrent une sauce « pancanadienne » peu ragoûtante ! S’excuseront-ils en disant qu’ils ont des abonnés à Winnipeg et à Vancouver. Foutaise. Leur lectorat doit être du Québec à 90 %
3-
Martine Bédard (courriel) se cherche un …chantre pour sa famille, les Saint-Louis, fondeurs du Carré célèbre du même nom à Montréal. Elle veut mon aide. Quoi faire ? Pas le temps de rédiger des monographies de vieille famille ou…paroissiales. Ouvrages qui me plaisent bien pourtant, telle celle sur la famille-Jarry —et son parc dans Villeray— lu récemment.
Autre message d’appel à l’aide : de Jocelyn Bruneau qui installera un site qu’il veut baptiser non pas « Heart Attak » mais « Artattak ». Il veut m’installer, weebant (j’aime néologiser, vous disais-je), comme son tout premier « portrait d’artiste ». Il a adoré, dans le temps, mon feuilleton télévisé, « La petite patrie ». Il veut « piquer » (hon!) des photos de mon site. J’ai dis :oui.
Le jeune Cardin, lui, me remercie de nouveau pour mon soutien (pas bien fort pourtant vu mes ouvrages pressants) pour son projet d’écriture : son Ahuntsic natal en « petite patrie » bien à lui. J’ai tant souhaité, en 1975, un tas de récits publiés sur tous les quartiers de Montréal. Ça vient ?
Ma chère Aile toute fière hier soir quand je lui dis que l’agneau des « élèves en cuisine » ne peut être comparé au sien, si rose, si tendre, si juteux… La vérité. Elle en est comme emmiellée !
4-
Lu tantôt le cahier « Livres » dans « La (grosse) Presse », si maigre le jour du Seigneur ! Encore la « une » sans couverture des livres qui se font ici. Salmigondis, sauce cosmopolitaine à la mode. Platitudes « convenues ». Paraître « universaliste», n’est-ce pas ? Martel, vénérable fidèle des écrivains livres québécois, mis dans un petit coin, louange Gravel et sa modestie scripturaire avec raison. Il se faisant aussi l’écho de Suzanne Jacob dans son « Écrire » à elle, vantant en chorus les talents de véritable écrivain de Foglia. Comme il a raison. Martel dit que ce Foglia affirmant « aimer chroniquer sur rien surtout », chronique alors avec art. Vérité.
Si le jeune nouveau critique, Stanley Péan, continue de s’insérer « corps et âme » dans ses articles il deviendra le seul passionnant chroniqueur de livres. C’est le tort des Martel et Chartrand (Le Devoir) de rester en dehors d’eux-mêmes, de rédiger froidement, un « devoir » scolaire strict, parfois sur un ton professoral, glacial à l’occasion, en brave pion attentif, correcteur zélé, liseur comme anonyme. Le public d’un journal n’est pas celui d’une revue littéraire, il aime que ses « montreurs de talents » s’impliquent, se racontent un peu, laisse voir de leur …quoi donc ?, naturel. Feu Jean-Éthier Blais le faisait fréquemment et nous l’appréciions fort, peu importe ses louanges ou ses descentes.
5-
Éliane, ma fille, dans le portique l’autre soir, ici : « Mon amie t’a vu chez Lisa à Radio-Canada discutant « homoparentalité ». Elle m’a dit que tu étais bouche bée, muet, désarmé quand, soudain, un psy t’a sorti des études prouvant la non-dangerosité des parents homosexuels ! » J’en reste…bouche bée. J’avais rétorqué que peu importe les sondages —où les sondés peuvent mentir par rectitude attendue— il y avait ce témoignage livré tout frais, là, à deux pas de notre table ronde, de cette jeune Annick, fait en studio où elle a parlé courageusement de « sa honte » d’avoir une mère lesbienne, de ses mensonges obligés, de ses malaise à l’école, dans le quartier, de ses cachettes, de son silence. Il me semblait que le psy en question n’avait pas écouté (et compris) le désarroi terrible de ce témoin de chair et d’os à nos cotés !
Ce matin, Paul-Maurice Asselin exprime (mes chères « lettres ouvertes ») publiquement que « dans notre société si « distincte » il est essentiel de rester à l’avant-garde du changement pour le changement… » Ce Asselin jasait sur « mariage officiel de deux hommes ou de deux femmes ». En effet, tant de braves citoyens stupéfaits devant les caricatures, par besoin de mimétisme, mais bien silencieux de peur de sembler « ancien ». Crainte farouche de se faire cataloguer « rétro », « nostalgique », faut avoir l’air dans le vent, absolument moderne, en piétinant ses convictions s’il le faut. Le vent…
Et le vent les emportera, cher Rabelais !
Ainsi j’étais donc décontenancé, bouche bée ? Chacun peut interpréter subjectivement une attitude, une portion d’émission, le cours d’un débat. Rien à faire et je le sais depuis très longtemps. : « T’as été parfait ! T’as été en dessous de tout !
Au collège, le « tot sensus, tot capita », illustrait une règle de latin, cela illustre aussi que, oui, tant il y a de têtes (capita) , tant il y a d’opinons (sensus). Eh oui !
Je répète : »Un tableau de génie regardé par un crétin devient un tableau de crétin », et je répète pour m’amuser : Un tableau de crétin vu par un génie… Hum! Aux élèves des écoles où je suis invité parfois, je vais répétant aux jeunesses : « Tenez-vous avec plus brillants que vous, plus intelligents, mieux cultivé. C’est souvent un peu humiliant, fatigant aussi, mais vous en sortirez améliorés, grandis, stimulés par eux. Pas en vous collant aux gnochons, aux voyous « populaires » !
Silence dans la salle quand je fais ce sermon. On sait la « mise à part » du « bolé », la discrimination active face aux « brillants » dans un groupe, une classe, hélas !
6-
Aile, hier soir, avait loué « Legally blonde » en version française. Nous avions lu des louanges de cette comédie toute amerloque. Et nous avons bien rigolé. Récit pétaradant, fable comique. Un conte de fée « arrangé par le gars des vues ». L’héroïne, étudiante dans un collège californien pour futurs mannequins, avec « concentration » sur cosmétiques et modes, follement amoureuse d’un bel ambitieux qui la laisse tomber espérant une « blonde » à famille prestigieuse. Le beau « salaud’ file vers l’Est, vers Boston, vers l’école prestigieuse de l’université d’Harvard pour devenir avocat.
« Legally blonde » fonce alors dans une suite de séquences drolatiques. La belle poupée languissante abandonne son école de modes, fonce vers Harvard, réussit à y entrer, bûche comme diable, se retrouvera assistante d’un très célèbre plaideur…
Je ne vous en dis pas davantage. C’est comique et facile. Un de ce films à l’intrigue guère plausible — que d’amusants imbroglios— dans son intrigue mais un récit cocasse mené. Tambour battant. Un « happy end » savoureux, proclamant : « Une poupée Barbie a le droit d’être brillante, intuitive, humaine. » Et aussi : « Quand on est mue par l’amour, tout peut arriver. » La leçon finale :Une blondinette peut en cacher une autre. » Vraiment désopilant.
Le penseur grec Aristote aurait dit : « Le droit c’est la raison pure de passion. » Une prof de Harvard commente l’assertion millénaire et la minette de « Legally blonde » saura le contredire montrant qu’avec intuition, passion même, le droit…retrouve tous ses droits. J’ai songé un instant au bonhomme Trudeau pour qui c’était la règle de vie que cette « raison sans passion » et qui échoua complètement à vouloir détruire le patriotisme passionné des nôtres ! Samedi soir, un film de divertissement, si comique, me conduisait par accident à mon ennemi viscéral, le « raisonnable » pourfendeur du souhait normal d’une patrie normale , feu-Trudeau. Quel détour !
7-
À Londres, chez « The observer », Peter Beaumont, chef des nouvelles internationales en a plein son casque : « Plus moyen de critiquer Ariel Sharon, le va-t-en-guerre, et son gouvernement, sans nous faire accuser d’antisémite. » Il affirme que les attaques, plus nombreuses, contre des synagogues ou des cimetières juifs, partout en Europe, n’ont rien à voir avec la haine raciale mais sont le fait de jeunes émigrants arabes, mal intégrés, —et aussi mal acceptés par un racisme hypocrite en Europe, tient-il à souligner— qui s’ont une sorte d’écho de solidarité de l’Intifada palestinien. Heureusement, en Israël, de 80% de popularité, la cote du Sharon —prometteur de paix à son arrivée— est tombé à un peu moins de 50% maintenant !
Stéphane Laporte signe, très souvent, un très bon « portrait de société québécoise » dans « La presse. Quel don ! Ce matin, sa cabane à sucre immangeable, ses « oreilles de christ » qui le scandalise, enfant, et ses « pets de sœur » dont il ne veut rien savoir, tout le reste de son « Le bonheur est dans la tire… » illustre bien ses talents d’humoriste. Fort. Il est bon. Plaisir de le lire le plus souvent et je le lui ai déjà dit à la terrasse de « La Moulerie », rue Bernard, sa voisine. Difficile l’humour réussi —pas le lourd lot farcesque de pipi-caca-cul— essayez-vous, vous verrez bien.
8-
Si, comme moi, vous aimez les enfants, combien êtes-vous, depuis quelques années, à être étonnés, renversés, éberlués, vraiment choqués, consternés, du gros lot de pédés chez les curés et autres pasteurs ?
Le loustic : « Vite, le mariage permis pour eux à l’avenir. » Comme si cette tare, ce vice, cette effroyable maladie pouvait se guérir en prenant une épouse ! Cette homosexualité d’un ordre particulier, pervers, n’a rien à voir avec le mariage.
Voilà que ce matin —cerise pourrie de plus sur ce sundae exécrable— nous lisons dans les gazettes que l’évêque de Palm Beach, en Floride, a fait son ravage écœurant et, enfin, se fait dégommé. Trop tard ! Le mal est fait et il se faisait sous les apparence d’un doux, aimé et révéré bon pasteur des jeunes âmes ! L’exemplaire et pieux « monseigneur » O’Connell faisait donc partie intégrante du troupeau de brebis bien noires.
Sous couvert de charité, de belles paroles évangéliques, il est un autre haut gradé, drapé dans l’incarnat et la pourpre, crosse en l’air, mitre à rubans dorés au vent, soyeux gants violets aux mains —avec bague cabochonne luisant à embrasser à genoux— vicaire zélé de Rome qui se livrait à la corruption des jeunes. Gestes qui engendrent un déséquilibre pour la vie chez la plupart des jeunes victimes.
J’espère que des malheureux du Québec —tel, à 40 ans, ce Christopher Dixon (spolié à 13 ans)— même devenus adultes à cheveux gris, trouveront toujours le courage (en retard ou non) de dénoncer ces abuseurs —crapules en soutanes rouges ou en « clergyman » gris ou bleu poudre, en chandail mauve ou en jeans usagés, avec le crucifix au cou. Juste avant la nomination du rat O’Connell, il y eut le cochon Keith Symons, autre évêque pédéraste. Une lignée ! Vraiment ! Grossier acheteur de silence, complice dégeulasse, l’archevêché avait payé Dixon, à l’époque, 125,000 $
Le front de cette église catholique…qui installe ses pédés en satin moiré un après l’autre. Un autre abbé-à-petits-garçons, —nous en avons eu des paquets de cette vermine au Québec cléricaliste triomphant — John Geoghan, œuvrait à ses œuvres, pas bonnes, « basses ». A Boston, Il vient de prendre 10 ans de prison, lui. Bagatelle ! Il fera quoi, trois ans ? Moins ?
Il y a aussi d’autres coups de pied au cul à donner. Aux « rongeurs de balustre » aveuglés, aux « grenouilles de bénitier » complaisants, bedeaux candides, marguilliers écervelés, imaginez cela, ces braves paroissiens supplient l’O’Connell misérable de rester. Oui, oui ! Ils baissent les yeux : « Quoi ? Il faut-y pas pardonner les offenses ? C’est dans nos prières ! » Le « Palmbeachéen », Seamus Murtagh : « Quoi ? À tout péché miséricorde, non ? » C’est-y pas beau hein la charité chrétienne ? Aux portes de l’éternité, un Créateur décidera, lui, s’il y a lieu d’être miséricordieux, nom de dieux !
9-
Dies ira… poltergeist… neige incohérente, le lac soulevé de bourrasques, les murs vibrent, l’aluminium aussi, les vitres des fenêtres grondent, les chaises bougent, mon fleurdelisé tremble, le vent beugle et meugle…Apolcalypse now ! À la quasi-mi-mars ? Me mettre dans le ciboulot que l’ hiver n’est pas fini !
Gilles Derome, ex-réalisateur redevenu excellent potier à Laval, fait publier souvent, en lettres ouvertes, des…invectives ? Non. Des réflexions quasi philosophiques. C’est lui qui —jeune compagnon de l’atelier de céramique du 42 Avenue des Pins— m’excitait à une sorte de concours de « rapportage de livres » des bibliothèques publiques, de Montréal ou de Saint-Sulpice. Derome vu en boulimique liseur, cela m’encouragea à l’imiter. Bien m’en pris. Début février, mon Gilles y va d’un « Fanatismes », sorte de billet, à sa façon habituelle, ambigu. Son tableau dépeint W. Bush comme un nouvel Hitler. Rien de moins. Il s’aide dans sa démonstration des écrits de Béguin, Corti et Claude David. Pas vraiment cuistre mais volontiers étalagiste de ses lectures, mon Derome estime beaucoup les citations. Bush, valet servile du FMI, veut exterminer les vendeurs de pavot de l’Afghanistan avant tout, et, vite, y installer son pipe-line pour se défaire du joug des Arabes (?). Ce serait un politique qui va nous coûter cher mais qui nous rapportera gros à tous « nations chrétiennes ». Un fanatique selon Derome, que dire des kamikazes intégristes, fous d’Allah, cher Gilles ? « Ce Bush ressemble de plus en plus à Staline, le plus grand criminel de l’histoire », termine-t-il.
Mais Staline, si je me souviens bien, n’avait pas à rendre de compte à des électeurs. À personne. Le dictateur, « petit père des peuples soviétisés », n’avait pas à aller en élections libres, lui.
Ce Bush démonisé à l’excès me laisse perplexe un peu, Gilles.
Avant Bush, il y eut jadis Nixon. Élu, lui aussi. Les archives nationale des USA viennent de publier 500 heures de ses conversations de bureau. Oval, comme on sait. 1972. Tenez-vous. Nixon attaque des Juifs notoires, fait répandre des rumeurs sur Ted Kennedy, via sa zélée secrétaire car il l’attelle à la rédaction de lettre anonymes pour salir ce Ted encombrant. Ou à un journaliste désobéissant : des insultes grossières. Sous un faux nom. Devant un Henry Kissinger —énervé—, Nixon songe à la bombe atomique pour en finir avec les nationalistes du Vietnam. « Ce serait trop, lui dit Henry, il y aurait des victimes civiles ». Nixon répondit : « Je m’en fous. » Sur le fameux « agent orange » (utilisé e 1973) pour défolier les cachettes feuillus des « résistants » vietnamiens, Nixon ne veut rien savoir des « effets secondaires ». 30 ans plus tard, on vient de le révéler : le taux de dioxine (TCDD, ou tétrachlorodibenzo, un poison) est deux cent fois (200 !) supérieur au taux normal.
Qu’est-ce que mon ex-petit compagnon, Derome, écrira s’il tombe sur ce paquet-là ?
10-
Je juge la boxe une barbarie et , soudain, je m’intéresse à ce garçon de Sainte-Lucie, Éric Lucas. Il a battu Vinny Paz. Un gros morceau !C’est un champion. Me voilà oubliant que la boxe devrait être un sport banni, interdit complètement. Fou hein ? Chauvinisme maudit ? Oui. Le voilà donc co-proprio d’une « Cage aux sports » à Granby. C’est un début ? Le jeune Éric vient d’empocher 300,000$ juste pour ce combat contre Paz. Lucas, meilleur des super moyens (chez les mi-lourds ?), dit qu’il ne battra plus passé 40 ans. Plein de gérants, autour, l’encourage à continuer.
On veut le confronter à des Mitchell (association WBA), à Calzaghe (du WBO), à Ottke (du IBF). Il s’agit de diverses associations de combattants à gants de cuir, je suppose. Ses patrons chez « InterBox » ont intérêt à le voir grimper au pavois des pavois…
Et moi, je regarde aller le bonhomme de Sainte-Lucie, village laurentien voisin au nord-est de Sainte-Adèle, où je fus invité un jour pour une jolie et modeste fête littéraire. Me voilà donc tout fier, avec, comme à regret, au bout du compte, cette horreur de la boxe, une folie sadomaso. Je voudrais l’encourager, comme nos autres boxeurs, s’ils ne risquaient pas, tous, de se faire écrabouiller, et pour la vie, comme le pauvre infirme, Cassius Clay, alias Mohamed Ali… Au fait…dont je veux voir le film que l’on vante partout. Maudit voyeurisme, instinct de mort excité, qui nous rameute autour de ces arènes horribles. Spectacle inhumain. Ah je vous dis les contradictions des hommes, moi comme les autres. Ouais !
Marie-Claude Malboeuf (La Presse) fait souvent de bons reportages. La voilà inspectant enfants, profs et gardiens dans l’est de la ville. Son seul et final verdict : « les enfants se cherchent de l’affection…à l’école. Ils s’accrochent littéralement aux maîtresses. Une pitié. On lit les détails de son séjour et on comprend rapidement qu’il n’y a, au fond des choses, que cela :un besoin effarant de tendresse, d’affection. Un sentiment de petit être délaissé envahit corridors, classes et salles de récréation comme cantines. C’est terrible, non ?
Maman n’est plus à la maison. Me taire là-dessus. Les filles admises avec bon sens aux études supérieures, ne veulent pas rester à la maison pour faire cuire des beignets, laver des murs et tout le reste…et donner de l’affection au petit ou aux deux petits. Là, c’est la douleur ! Culpabilisées, elles ne savent plus comment réparer ce trou béant, ce ma, ce désespoir muet, qu’elle voient aussi bien que ces maîtresses d’école débordées.
Justice ! Si elles ont un diplôme, même modeste, elles veulent en profiter. L’État en est bien content de ces « deux au boulot », tu parles ! Plus de mazoune au fisc. Alors, on offre des dollars aux garderies et on promet d’en ouvrir d’autres. Beaucoup. Mais l’affection bordel ? Maman l’instruite reste bien mal en point, n’en doutons pas. Elle sait. Elle devine. Elle constate. Et lâchez-moi « la qualité » du temps de présence, cette farce ! Un enfant a besoin soudainement de tendresse, d’attention, de réconfort et cela ne se révèle pas « de telle heure à telle heure » .Elle a mal, cette mère partie de 8 h. à 18 h. Que les maîtresses n’en reviennent pas de ces abandons est une phrase creuse, elles aussi, souvent, ont des enfants ailleurs. C’est clair chez Malboeuf qui a tout vu :les petits sont en manque. Maman c’est de 18 h. et demi à 21 heures. Après, dodo, l’école demain.
Je voudrais juger sévèrement…. Moi qui a eu la chance, dans mon enfance, comme tant de ma génération d’avoir, chez moi, sans cesse, la présence… mais… Non ! Ep ! Me taire. Comment dire « rester donc avec vos petits ? » Si l’État voulait donner des sous, un vrai bon salaire, à ces filles qui veulent bien élever une famille…Ça changerait les choses ? Ne sais plus.
En tous cas, il y a dénatalité grave par dessus le marché, il y danger de vider le pays. On a les émigrants, sinon, ce serait une catastrophe nationale disent les démographes patentés. Alors ? C’est, les enfants, ben plus important qu’eau, électricité, forêts et tout le reste. C’est la ressource naturelle prioritaire. Essentielle. Vitale. Et on fait quoi ? 5$ par jour la place en garderie ? Oui, un salaire, un vrai, un bon et des femmes qui diraient : « Bien, c’est un métier à plein temps, je vais rester à la maison. Mon choix. Pas pour un ou deux, pour 4 ou 5 enfants, une famille qui compte vraiment, avec 4 ou 5 enfants ! Un salaire décent pour un métier délicat et vital, harassant et peu gratifiant souvent..
Ma fille, Éliane, diplômée d’université, capable d’avoir signé une série de télé pour enfants (« Les antipodes ») numéro deux après « Bobino » et ses stocks faciles de dessins animés, faisait ce choix. Ses trois garçons ne se sont jamais accrochés pathétiquement aux jupes des maîtresses. Elle était là pour l’affection normale. Je lui ai levé souvent mon chapeau !
Problème insoluble ? Reste une seule affligeante constatation : aux écoles, les enfants s’accrochent aux gardiennes, au gardiens, aux institutrices et quêtent ostensiblement un peu de tendresse. Pas du tout seulement apprendre le calcul ou la grammaire et cela n’est pas normal. C’est long, très long 10 heures (parfois un peu plus) dans l’école. Nous autres, au temps des mères « trop occupées pour travailler » selon Deschamps, tous les midis, il y avait sa soupe chaude, le repas chaud et surtout, surtout, sa présence. Maman écoutait nos chagrins, nos chicanes de cour, nos ambitions minimes, nos rêves et nos ambitions, nos projets dérisoires, notre simple papotage d’enfant. Ma mère était présente tous les midis ! Je lisais l’enquête de Malboeuf et j’avais mal. Très mal. C’est sordide. Quoi faire ?

Le lundi 4 mars 2002

Le lundi 4 mars 2002
1-
Je me réjouissais trop vite ? Le frette noère est revenu. Ce matin, c’est l’hiver pour vrai. Brrr… Mais cette lumière…ce ciel bleu poudre…C’est stimulant.
Vive l’Internet ! Mon fils Daniel communique souvent avec moi.
Le voilà tout excité :achat d’un « char neu » bientôt ! J’étais inquiet le sachant aux quatre cons du pays pour installer en magasins divers, surtout librairies, ses jeux de société : Bagou, Tabou et Polémiques sa dernière invention, dans un bazou peu fiable. Lui et sa belle Lynn ont choisi une Chevrolet-Tracker. Connais pas ça ! Daniel est fou comme un…ballet ! Se juge « bébé » de tant s’exciter pour une voiture nouvelle.
Je lui ai expliqué que cela est coutumier sans doute et depuis des lustres. Notre ancêtre, lui aussi, devait s’exciter le poil des jambes pour un « joual » neuf, une carriole nouvelle, non ? Dans les gênes mâles ? Comme tant d’autres, il est pris d’un rhume solide depuis des jours et des jours. Aile ne l’a point embrassé dernièrement pourtant. Toussez âmes fragiles !
J’apprend que son benjamin, Thomas, est furieux des maudits « boutons d’ado » qui lui garnissent la boulle ! Je lui ai courriellisé que, des boutons, j’ai connu ça. En masse ! Pour cacher mes damnés « clous » je portais un foulard de soie blanche, mode du temps ! Il m’annonce aussi que son « bolé », Simon, rejette sciences et maths, souhaite s’orienter dans les « sciences molles », expression du frère d’aile, Pierre, pour caricaturer ce monde « mou », lui, qui est prof de physique à Saint-Laurent.
Mon Daniel, lui aussi fort en sciences « dures » au secondaire, bifurquait un jour. J’avais souhaité polytechnique et il s’en alla, vers le cinéma, les communications. Atavisme ? Chromosomes ? Eh ! Quoi faire ? Rien, je suppose. Tant de jeunes doués (surdoué le Simon, lui ), dirait-on, découvre en fin du secondaire que c’est « plate » de tant bosser aux études. Il y a appel du ludisme, du festif, du quoi ? Brillant, Simon était en ce qui se nomme « douance » à Sophie-Barat, au début de l’année il a demandé d’aller en…normal ! C’était le signal !
Devrais-je le rencontrer, le prévenir que sans le diplôme en sciences et maths, l’avenir n’offre plus les mêmes bonnes garanties d’avenir ? Ou me taire ? Je ne sais plus. Daniel décidera comme je le lui ai demandé. Délicat d’intervenir, je ne suis que le papi… Qui ( hélas ?) s’est bien débrouillé (dirait Simon). Daniel, un jour, me disait : « Tu semblais tant d’amuser, tant te divertir et travailler dans la joie, en ce monde des communications, cela a dû m’influencer ! » Merde !
Commet nier, en effet, que le boulot au monde du divertissement est captivant, excitant, toujours nouveau ? Cependant ils y viennent si nombreux et les ouvertures sont si maigres. J’ai peur. En vain ?
2-
Un dénommé Gaboury organise une fête pour les gens de l’Assomption, son patelin, et m’a demandé un texte pour célébrer Léo Jacques, ex-maire du lieu et longtemps camarade décorateur à la SRC. C’est fait. J’ai parlé de ce « pageant » scénographique monté sur la rivière un soir d’été en 1967. Jacques m’avait fourni de la documentation sur l’histoire de sa petite ville et nous avions présenté un spectacle, sons et lumière modestes. J’avais publié, chez « Quinze, éditeur », un bref récit de cette histoire le titrant : « L’outaragassipi », nom amérindien de la rivière L’Assomption.
Ça y est, ce soir encore, le camion à antenne parabolique de TVA viendra bloquer le trottoir une heure devant chez moi. Topo-débat commandé sur « L’homme à la maison, est-ce qu’il aide ? » En rapport avec un sondage-Léger, ce matin, où les femmes (les « feumme », dit Clémence) se plaignent du peu d’assistance des mâles dans le train ménager. Comme vis-à-vis la jolie Miss Bertrand, ex-copine des « copines » de TQS et qui démissionnait d’un talk-show de « fesses » à TVA récemment, par pudeur naturelle. Je suis prêt ! Pas eu le temps d’expliquer ma crainte du « forcing apparent » au boss Fortin qui veut tant de ces mini-débats chez Pierre Bruneau.
L’éditeur et ami Jacques Lanctôt, alerté par l’anxieux, moi, me lance ce midi : « Éditer ton journal ? Bien, faudrait d’abord que je le lise…et je verrai si c’est excitant… » Ouen ! J’ai aussitôt courriellisé : « À Trois-Pistoles, Beaulieu, lui, a totalement confiance et accepterait avec enthousiasme d’éditer ce journal. »
Bang ! Voyez comment ça se joue hein entre « vieux potes » du petit monde de l’édition ! Instruisez-vous, profitez-en ! Échaudé, je sais pas vraiment, à l’automne de 2002, où finira par se nicher mon journal. Tout peut arriver.
3-
Zappant un peu partout comme d’habitude, nos tombons sur un portrait biographique de la fameuse animatrice de télé, Oprah Humphrey. Dont je ne savais rien et qui me laissait très indifférent.
Oh la la ! Effrayant récit de vie ! La fillette, avec sa mère monoparentale assez indisponible et pas très responsable, se fait garrocher, couche dans un coin de véranda et se fera violer à 9 ans ! ! Ensuite c’est l’infernale vie. La voilà vulgaire « objet sexuel »… que l’on se garroche ! Délinquance prévue. Menteuse, tricheuse et voleuse.
Dieu merci, intelligente, vive, aimant lire et raconter en public, « preacher » à 12 ans !, l’enfant meurtrie et évidemment secrète, heureusement, peut se consoler, réfugiée dans ses très bonnes notes à l’école…qu’elle aime !
Un oncle qui la conduit chez son père remarié la violera aussi. Bef, une jeunesse pourrie. Elle le dit. Elle garde le sourire mais a les yeux mouillés. Un caractère d’acier ? Extravertie : elle fait du théâtre amateur. Vient un essai de radio à 15 ans. Succès. On découvre une belle voix. Puis ce sera de la télé…petite ville d’abord puis, vus ses bons talents, devient reporter aux nouvelles. Vite, elle est engagée sur un grand réseau, d’un océan à l’autre. Son triomphe ! Oprah joue des cartes populaires. Elle montre ses émotions, ne crains pas de faire du sentiment quand elle le sent. On va se l’arracher. Criant en ondes sa joie pour un roman : « La couleur pourpre », le célèbre Spielberg la fera jouer dans le (très bon ) film qu’on en tire. Succès encore. Nommée aux Oscars !
Très riche elle s’achètera des maisons, à Chigago bien entrendu, en Floride, en Californie. On apprend qu’elle vaut (ce terme !) un demi milliard de $ US ! Elle a son studio à elle désormais et, ainsi, se produit en toute liberté sans aucun intermédiaire. Un théâtre rénové à Chigago sera son gîte professionnel. Aussi, elle s’ achète une chaîne spécialisée : « Angels ».
Aile et moi, soudainement, étonnés, renversés : Oprah, la plus populaire des animatrices de télé, adore un roman sur l’esclavagisme, «Beloved», se cherche de bons scénaristes et un réalisateur solide (dix ans de préparation et des frais énormes) et elle en fait un film. Résultat ? Zéro, patate, son immense public n’y va pas ! Un échec retentissant ! Dépression terrible. Elle change son tir :fini de vouloir rivaliser avec le populisme, Oprah Humphrey fonce vers (une mode ?) « la quête de spiritualité » et ses ersatz… fera défiler devant « ses » caméras un tas de gourous, de psys, de guérisseurs de tout acabit.
Fillette abusée, terrorisée, elle répètera que la lecture —les livres de la bibliothèque scolaire— la sauvait de ces charognes environnantes. Aussi, on le sait, elle fait campagne éclatante pour la lecture avec une foi totale à ses émissions. Éditeurs, libraires, auteurs la voient comme la Bernard Pivot des USA !
Je découvre qu’elle va inviter bientôt cette auteur —du Cap Breton, habitant à Toronto désormais— MacDOnald pour son drôle de roman-saga si bizarre, « Parfum de cèdre ». Livre qui me fascine, que je lis à petites doses au lit chaque soir !
4-
En zappant librement, n’est-ce pas, on capte des bribes d’émissions. Ainsi, hier soir : on aurait tuer des centaines et des chiens-esquimaux, un temps, pour imposer la sédentarisation des Inuits ! Incroyable. Yeux qui s’écarquillent…L’émission se terminait ! Aile et moi estomaqués ! Est-ce vrai ? Est-ce possible ? Où, comment mieux savoir ?
Suis-je un peu fou… de vouloir croire, coûte que coûte, l’oncle Amédée —père de la cousine célèbre Judith— qui disait que nous decendions des Jasmin berbères de la Kabylie, montés en Espagne (des artisans ?) avec le grand chef de guerre arabe, Aldel Rhaman, puis installés au Poitou du temps de Charles Martel, mort avec le grand chef Arabe lors de l’historique « Bataille de Poitiers ». J’aimerais ça. Romantisme ?
Avant-hier, à Montréal, 60 « cousines et cousins » (!) manifestaient contre ce Président algérien, Bouteflika, militariste et centralisateur. Si on pouvait me prévenir, j’aimerais aller crier « Vive la Kabylie liiii-bre ! » du balcon de …n’importe qui !
Souvenir : en 1980, maman hospitalisée, je lui promet de rapporter de France (elle le voulait) une marque voyante sur les Lefebvre —je suis très Lefebvre, pas juste Berbère— les nôtres venant tous de la région Île de France. Visitant le fameux cimetière du Père Lachaise, bang !, un monument extravagant se dresse devant nous ! Gravé dans la pierre d’un fronton imposant, nous lisons : « LEFEBVRE, MARÉCHAL DE France ». Photo. De retour ici, maman la regarde et me dit : « J’aurais préféré un portrait, une photo, mon petit Claude ! »
« La fille du Maréchal » est morte en novembre 1987 et…. je m’ennuie souvent d’elle.
5-
Dans une salle de McGill, un Juif cherchant la paix à tout prix, , il est né et a vécu venu de Sibérie. « Lui et sa famille, expliquait-il, harmonieusement bien intégrés aux Sibériens, ne connurent aucun racisme que ce soit. » Alors il osa parler d’une seule Palestine uni aux Israéliens, d’un grand Israël uni aux Palestiniens avec des élections générales s’appliquant aux deux nations.
Des Juifs d’ici s’écrièrent : « Mais nous serions dilués, noyés, ce serait la fin de notre jeune patrie…Les Arabes sont bien plus nombreux que nous ». Il se fit donc huer comme bien l’on pense par son auditoire. Des enragés voulurent s’en prendre, physiquement, à ce « traître ». Il a fallu vider la salle. Voilà que le leader de la Libye vient de proposer… la même chose, sous l’égide de l’ONU. Kadhafi déplore le récent plan du prince saoudien, Abdallah ben Abdel Aziz. Le colonel dit qu’avec une réunion de tous en cette contrée —où le sang coule chaque jour depuis la deuxième « intifada »— le retour de tous les réfugiés, des expatriés palestiniens (7 millions), la destruction des armes partout et des élections générales libres, ce sera la paix.
Il blâme tous les arafatistes de tenir à ces enclaves, le Golan, la Bande de Gaza. Jérusalem, dit-il, serait « une ville de la paix, une ville sainte », hors politique quoi !
Rêvons ! Demain, encore un kamikaze désespéré…

vendredi, 14 décembre 2001

1-
Pas de brume dans le Nord en ce vendredi des  » aveilles  » de Noël. Stries de bleu au ciel. Temps doux pour une mi-décembre. Ce qui n’arrange pas les affairistes des centres de ski. La neige fabriquée qui fond ! Ouash ! En ville, on craint les neiges, ici, dans les Laurentides c’est la promesse d’une meilleur viecommerciale.
Hier soir donc, je file au  » magasin  » de nos écoliers-en-cuisine. Pâtes fraîches ? J’en prends toujours et Raymonde gronde :  » Tu vas mourir totalement empâté, mon pauvre gars !  » Je rigole. Pris aussi des desserts frais du jour.  » Hum, pas bon pour ton mauvais cholestérol ça, mon gars !  » Pris, oui, du pâté chinois :  » viande, blé d’inde, patate « , disait  » La p’tite vie « . Juste pour voir s’il sera aussi parfait que celui de R. Qu’elle fait bien crémeux, comme je l’aime. Pris aussi des côtelettes d’agneau. Le tout pour une douzaine de piastres, viande à chien mon Séraphin que c’est pas cher.
 » Au cas où « , dit Raymonde, car il y a des soirs où il y a peu, elle avait fait cuire une langue de  » beu « , une grosse, avec sa recette d’oeufs à la mayonnaise. (Pas trop.) J’avais mon dessert frais . Elle en fait rarement, n’aime pas les sucreries, ma tendre Ray. Ni de soupe ou potage.
Bon. Suffit de parler du  » manger « .
2-
Ce matin dans La Presse, je vois mon titre : JOURNÉES NETTES. En gros caractères dans la chronique  » web et cie « . Déception, on a pris mon titre ! Mais non, on y annonçait l’existence de ma nouvelle entreprise littéraire, ici. Ouf ! Je lis aussi qu’un punk, ex-drogué, itinérant, a fait une vidéocassette sur son existence de marginal. Éric dit  » roach  » Denis.Ouvrage qui l’aurait sauvé !
J’y médite. Partout, bientôt, tout le monde avec caméscope qui enregistre tout le monde. Nouvel évangile :  » Filmez-vous les uns, les autres!  » Je te traque, tu me traques. Un monde non ? On filmera du présent aussitôt transformé en passé! Mille milliards de documents dans les demeures, dans les abris ! Une nouvelle conjugaison, le mode du  » présent-passé  » !
Va-t-on vivre juste pour mettre en boîte ce qu’on vient de vivre ?
3-
Parlant punk, vu hier soir le film  » EDWIG « . Un machin curieux. Le récit, syncopé et muni des bruits  » rock  » adéquats, d’un ( une ?) berlinois, côté  » communiste « , un gras papa incestueux, abuseur, une maman affolée de sentir la nature invertie du garçon. Un mur très berlinois est installé entre eux. Ce Edwig, c’est le titre du film, se devine, s’appréhende, se sent, se sait une  » fille « . Un G.I. rôde ! Un gros soldat Noir homo. Il désire (aime-t-il ?) ce-cette Edwig blond-blonde. Flirt primaire
Mariage après une opération désastreuse, ratée, de castration à Berlin. L’exil dans une ville perdue aux USA avec ce soldat qui le-la trompe avec un plus jeune. Solitude. Edwig garde des enfants pour survivre. Musique de garage. Rock and roll, bien entendu.Groupe d’amateurs. Agente intéressée. Voici une liaison bizarre : elle a 30 ans, il a dix sept ans et est bien mignon. Il aime, comme sa-son Edwig, le rock and roll. Musique à composer. Un  » band  » se forme où la-le Edwig, perruqué-e, raconte en chansons, swing-punk-rock, sa vie allemande, ‹on verra le  » mur  » qui trombe‹ ses déboires autobiographiques et misérabilistes, vieille sauce allemande, en couplets bruyants.
Bon
Raymonde, télé éteinte, avoue un malaise. Moi aussi. Pourquoi ? Simplement parce que ce récit d’hermaphrodisme est narré sur un mode caricatural avec un aspect joyeux, ironique. Ce détachement est un mensonge. Il y a un drame. Une vie ruinée. Et on file de  » toune  » en  » toune « , de bars minables en  » trous  » de province, ignorant, abandonnant le désastre d’un demi-trans-sexuel, travestie malheureux, battu, bafoué. Tableaux d’un malheur effroyable mais avec images léchées, à l’esthétisme punk. Le récit est accablant et le film, lui, virevolte avec complaisance dans le visuel à la mode.
 » Edwig  » est donc un film raté avec de séquences menées sur un train d’enfer.
La Presse : les seins de la punk enrichie, Madonna, valent une fortune chez les assureurs !
Je me souviens pas du nom d’un grand écrivain britannique affirmant :  » Deux choses me sont indispensables, la Bible et le journal du jour.  » Vrai que le quotidien est riche d’enseignements sur le monde tel qu’il va. Qu’il tourne.
4-
Vidéo aux nouvelles ‹on n’en sort pas‹ du Bin Laden, dans son refuge, tout content (Allah ou akbar) des morts de New-York. Au nom de leur Dieu, et du prophète, leur Jésus, l’araboïde Mahomet. Un cynisme qui donne froid dans le dos.
Washington-Bush, voudrait que l’univers se dise :  » Ainsi en va-t-il pour tous ces actuels Palestiniens en kamikazes.  »  » Qu’Israël frappe, tue tous ces gens-là « . Raccourci utile. Amir Khadir, ex-candidat péquiste battu dans Outremont, ose exprimer des vérités embarrassantes ce matin, dans La Presse. Il dit que ce Bin Laden (ben ou bin ?) est un allié  » objectif  » des intérêts américains au Moyen-Orient. Oh ! Et il n’a pas tort. Sans ce fanatique fou  » espéré  » pas moyen de défendre les affaires pétrolières qui, seules, captivent la  » famille Bush  » avance Khadir. Il rappelle les liens amicaux récents des Bush avec les Laden il y a pas si longtemps ! Ouille !
5-
J’avais rencontré dans ses bureaux du Chemin Bates, en 1980, le vendeur de poids et haltères, millionnaire, Ben Weider. Pour un projet de film vague, pour son très cher Napoléon, son idole. Amusé d’y avoir vu partout des tableaux du Corse, objets de culte,  » son vrai blaireau « , corridor, hall, dans tout l’environnement de Weider. Voilà que des chercheurs lui donnent raison :  » l’Empereur déchu, exilé, fut empoisonné par du cyanure de potassium. Un meurtre lent « . On dit (Cocteau) que des bustes du Bonaparte se trouvaient même dans des chaumières en Angleterre ! Incroyable non ? Je dis, avec certains historiens, que ce Bonaparte fut le Adolphe Hitler du début des années 1800, pas autre chose. Un fou furieux. Millions de jeunes soldats morts à son bilan. Millions !
6-
J’ai déjà vu une reproduction d’affiche dans le Saint-Agathe des années ‘30 :  » No dog, no jew « . En anglais hein ! L’horreur. L’ex-montréalais, arrêté cette semaine en Californie, Irving Rubin, affirme avoir été une cible des racistes, à Montréal. Antisémitisme s’élaborant pourtant partout en Occident. Pas juste à Montréal.
Nous avions nos chemises brunes, cet hitlérien Adrien Arcand, nazi avoué et  » subventionné par le pouvoir du temps à Ottawa « , publie Norman Lester. Au Canada anglais il y avait aussi des chemises  » brunes « , et des  » noires « , des « bleus « ; gros paquets de racistes anglos, très nombreux au-delà de l’Outaouais.
Le francophobe enragé, Galganov, jeune, fut de cette revancharde  » Ligue de défense juive « . Il l’admet ce matin, lire Louise Leduc. Le sociologue Yves Claudé nous dit que ces  » ligueurs juifs « , organisateurs de  » milices « , ne sont pas seulement anti-arabes, qu’ils sont très actifs encore à Montréal, qu’ils sont antifrancophones et antiquébécois. Enfin, qu’on les trouve à McGill, à Concordia et dans des milieux d’affaires  »
Eh b’en ! Instructif.
7-
Arafat, jugé incapable d’enrayer la terreur palestinienne, se trouve isolé, rayé comme interlocuteur. Il devra donc retourner se terrer en Tunisie. Retour donc à la case zéro. Retour à la guerre totale. La puissante armée des Hébreux face de nouveau aux clandestins, comme du temps de l’après-victoire, la fameuse  » guerre de sept jours  » en 1967. Encourageant.
8-
J’ai terminé ce  » Journal  » du Cocteau du temps de la France nazifiée. Pis ? B’enoui, il était snob, souvent méprisant des masses, du peuple. Il reste un créateur étincelant, un imagier fascinant. Dernier chapitre : son film est prêt à être tourné ,  » La belle et la bête  » mais convocation du  » maître  » chez ses producteurs :  » Regrets, on refuse d’embarquer, trop risqué. Trop chers vos devis.  » Cocteau dégoûté, écrasé. Arrêt de son journal. Le film se fera cent vingt jours plus tard. Une note de bas de page dit :  » Cocteau reprendra son journal, celui du film en cours. Le premier qu’il signe seul. Viendra un autre film signé Cocteau, que, jeunes, nous admirions tant,  » Orphée « .
Ici, arrêt pour le lunch. Descendons réchauffer les  » chinoiseries  » achetées hier soir.
9-
Bon. Retour au clavier. Musique :  » Impressions  » d’André Gagnon avec la philharmonique de Londres.
Je tape : Jean-Pierre Léaud, l’acteur fétiche et alter ego du cinéaste surdoué François Truffault, annonce  » Le pornocrate  » qui serait l’histoire d’un cinéaste de porno qui veut maintenant tourner un film de ce genre mais en y mettant des sentiments. Rebuffades des producteurs. L’Odile du Devoir a aimé mais entendu à la radio bazzoienne :  » Affreux, Léaud bredouille, on ne comprend absolument rien. Inaudible ! « . Ne plus savoir à qui se fier désormais. J’aime l’inunanimité, la critique divisée, mais on ne connaît pas assez bien les personnalités de nos critiques.
Les critiques jouent les  » objectifs « , se veulent des machines à juger. Jadis, des critiques se livraient davantage et on finissait par bien les connaître. Alors  » un  » qui détestait nous servait d’encouragement à y aller (théâtre, livre, films). Un  » autre  » qui aimait nous prévenait de ne pas y aller. Exemple : Jean Béraud de La Presse, années’60, nous avions appris ‹il parlait de lui, de ses goûts‹ qu’il haïssait les modernes, alors quand ll démolissait furieusement un Beckett, un Adamov ou un Ionesco, nous savions qu’il fallait voir ça. Même chose au domaine du livre pour un Éthier-Blais. Sa chronique du samedi était pleine de ses humeurs, de ses sentiments, il n’était pas la soi-disant machine  » objective  » qui décrète. Connerie des critiques de ce temps se voulant des robots infaillibles.
10-
Reçu plus tôt un courriel des Trois-Pistoles. Mon Victor ne peut me répondre pour ce brûlot À signer ensemble. Il est tout pris par ses textes télévisuels pour un projet de futur téléroman. Sa secrétaire, Katleen ‹il en une, lui ? ‹ m’annonce qu’il me reviendra ce week-end. Mais je ne sais plus si c’est vraiment le bon moment ‹maudit 11 septembre‹ pour mon appel en faveur de nos felquistes d’antan, pour qu’on leur reconnaisse un rôle historique adéquat. Mmm
Le pâté chinois de  » l’école de Sainte-Adèle  » ? Très bon.
Raymonde me montre toutes ses corrections faites hier pour mon petit livre  » Écrire  » à paraître chez V.-L. Beaulieu. Toujours forte, cette chère  » première de classe « . Bon, corrigeons, corrigeons; que l’aspirant écrivain le sache : ça ne finit pas. Travail plate et indispensable néanmoins, cette prose pour JOURNÉES NETTES n’est pas révisée par Raymonde et ça doit paraître.

Jeudi, 13 décembre 2001

Jeudi, 13 décembre 2001

Hier, heure du souper, patatras !, André Dubois, producteur m’annonce au téléphone :  » C’est non !  » Fin d’un rêve. Le  » pilote  » vidéo avec ma narration de la vie de Krieghoff est refusé au canal ARTV par Jacinthe Brisebois (brise coeur va !). Déception grave ? Oui et non. D’une part, regret de devoir abandonner ce projet captivant mais! Délivrance aussi. Je n’aurai plus à fouiller les biblios, rassembler des images, rédiger la synopsis de ma narration (un gros boulot !) , trouver d’autres sujets. J’étais fin prêt cependant à raconter la vie de Marc-Aurèle Fortin que j’aime tant. Donc libération ? Oui. Retraiter, retraiter. Raymonde qui me glisse, voyant mon visage abattu :  » Écoute, lâche donc un peu. Laissons la place aux jeunes nouveaux venus. Tu pense pas ?  » Ma surprise ! Quoi ? je suis un vieux fini ? Au fond, elle a sans doute raison. Et elle déteste ‹cela lui fait si mal‹ me voir en déçu. Je sens que je vais finir en me jetant dans mes aquarelles folichons, dans la cave. À la cave pépère, à la cave !
Hier, mercredi, un peu de soleil, et puis le gris décembrien. Aujourd’hui :gris compact partout au ciel. Brume totale, je ne vois plus rien sur le lac. Que du gris laiteux. Plus d’horizon. Image un peu triste dans ma fenêtre, un jeudi fantomatique. Courriel : Georges-Hébert Germain, mon brillant questionneur pour Biographie, m’offre ses  » retailles  » d’interviews pour mes archives. J’accepte évidemment. Du stock pour mon  » ramasseur d’épaves archivistiques  » Jacques Prince, le dévoué gardien de mes papiers intimes, rue Holt, à la B.N.
Des lecteurs se diront : jasmin ne cause pas des actualités du Proche-Orient. Tour d’ivoire ? Non. Je ne rate pas les nouvelles, oh non. Étonnante constatation le matin : depuis que je suis plongé dans ce  » journal  » de Cocteau, je parcours nos deux quotidiens d’une main leste, sans y prendre grand intérêt ! Je l’avoue volontiers : la lecture  » cocteauienne  » des faits et gestes des intellos et des artistes de Paris me fascinent totalement. Les actualités me semblent fades. Je constate ma passion pour la vie littéraire (même de ces années de guerre), je vois bien que c’est la seule grande attraction de mon existence.
Lire sur Gide, Sartre, Claudel, Mauriac (que Cocteau fustige avec ardeur, culpabilisé par ses activités alors que Paris est sous la botte allemande) me captive mille fois plus que ce Ben Laden cerné, que cet Israël aux prises avec les désespérés (terroristes donc forcément ) Palestiniens. Devrais-je en avoir honte. Sais pas. Je n’y peux rien. J’achève la brique de 600 pages, c’est les alliés dans Paris, les émeutes, les  » collabos  » pourchassés (ce qui l’énerve, lui fait horreur, vu les précipitations ), c’est le Général De Gaule au balcon de l’hôtel de ville (de Paris). Cocteau va passer au tribunal  » d’épuration « . On lui reproche sa grande amitié pour le sculpteur berlinois, vivant à Paris, Breckner, un ami intime de Hitler.
Ah oui, un journal (été de 1944) épatant quand on observe cette chamaille effarante, l’anarchie totale, dans la France enfin délivrée.
Revoir en pensé, avant-hier, au soleil notre marche sur l’ex-chemin de fer. Les cascades grondantes. Les arbres nus. Les sommets mauves et gris. Vers 17 h., sommes allés, comme depuis deux semaines (découverte tardive !) fureter à ce drôle de  » magasin  » de l’Institut hôtelière (école publique, ici) où l’on offre, pour pas cher, les  » travaux  » culinaires, frais  » du jour « , des étudiants. Des journées nulles. D’autres excitantes quand  » le devoir  » du jour est une bonne cuisine, un peu grasse, à la française souvent. Canard, poulet, poisson, boeuf, porc, pâtes fraîches, foie gras, creton, pâtisseries, etc.
Raymonde inquiète de ce service, à deux rues pas de chez nous, presque gratuit, parfois délicieux, et à bon marché. Une sorte de honte insolite.
Bizarre. Comme si on allait lui arracher son pouvoir, son devoir ?, de préparer notre bouffe quotidienne. Je ne fais que les petits-déjeuners et les sandwiches du midi.  » LE  » vieux rôle féminin. Je lui dis :  » Allons, sois tranquille, tu n’as pas fait assez de repas depuis toutes ces années ? Non ?  » Elle en convient et pourtant, elle semble hésiter à se servir à ce comptoir à l’occasion formidable, y va comme à contrecoeur. Je me moque de cette  » perte de contrôle  » de la ménagère.
Avons visionné avant-hier soir, un film se déroulant de nos jours à Marseille :  » La vie facile « . Titre ironique. Une vie effrayante. Une mère, marié à un paresseux, chômeur permanent, aux prises avec sa très jeune fille, mère célibataire inconséquente, abonnée à la  » coke « . Pour l’empêcher de continuer à se prostituer, cette jeune mère qui travaille à la poissonnerie du port, lui achète sa drogue. Ira jusqu’à lui faire les injections réclamées, la  » maman  » à la dérive devenant une  » accro  » tremblante. C’est affreux. Vision cauchemardesque. À la fin, finale troublante, la mère épuisée, ruinée, endettée, lui administrera une overdose. Mort ! Débarras !Terrible vie ! On ira au dodo l’âme assombrie.
Mon fils, Daniel, me dit souvent qu’il évite, lui, le  » heavy « , les sujets assommants. Saine réaction, refus du réel ? Je peux le comprendre. Pourtant nous tenons, nous deux, à voir, constater, ces illustrations des déchéances humaines, sachant que ces histoire sont plausibles et qu’il voir toute le réalités bien en face. On se trompe ?
Hier, à la télé,  » La Traviata  » à ARTV. Filmé en direct de sites réels ‹Ambassade d’Italie,  » hameau  » de Marie-Antoinette à Versailles (visité en 1981), le Petit palais, chambre à l’Île Saint-Louis‹ bref, pas de décors peinturlurés. Orchestre avec Zubin Metha, ex-chef montréalais avant Charles Dutoit. Bon spectacle.
J’aime Verdi. Avons la cassette de  » La Traviata  » de Zeffirelli. Supérieur, à mon avis, son traitement visuel.
Cette histoire mélo, cul-cul : la courtisane (call-girl mondaine) tombée amoureuse d’un fils de famille. Oh ! Le papa, noble et digne, qui s’oppose. Le sacrifice accepté de la putain de luxe. Elle quitte Alfredo. Larmes. Beaux chants lyriques. Humiliation de la  » guidoune  » du jet-set par un fiston se méprenant. Grand aria ! À la fin, musique maestro !,  » l’escorte  » à l’agonie qui retrouve ce fils à papa, repenti, s’excusant. Trop tard ! Chant de douleur. Elle meurt. Rideau ! Belle musique ancienne, oh oui ! J’arrive donc pas à aimer le bruit actuel, la musique rock, l’Afrique défigurée, le jazz grossier des tintamarres à la mode.
J’achèverai de lire ( finir le Cocteau d’abord) de l’autobiographie de Simonne ( deux n) Monet-Chartrand, que j’ai un peu connue jadis à Radio-Canada. Beaucoup de correspondance ‹des lettres amoureuses et pleines aussi de reproche fondés‹ avec ce Michel Grande Gueule, toujours absent, hélas. Qui bourlingue pour syndicats et coopératives à installer. Grosse famille. Misère même pour cette fille de juge. Cette ex-bourgeoise qui tente de comprendre le monde ordinaire. De passages importants. Des chocs. Une existence difficile.  » Ma vie comme rivière « , tome je-sais pas- quoi, illustre un temps mauvais. Craques et piques fréquentes de madame Chartrand face aux duplessistes roublards, aux curés bien cons. Capable aussi d’autocritique. J’en étais sorti avec cette question : un père de famille, tout  » preacher  » de gauche soit-il, a-t-il le droit d’espérer aider son prochain tout en oubliant, en négligeant gravement, les siens ? Oh !
Ce matin même, à la radio bazzoienne, ce Chartrand, veuf, gueule encore. Il dit :  » 43 % des gens d’ici vivent dans la pauvreté.  » Eh ! Puis, j’ouvre le journal :  » le Québec, moins généreux du Canada pour l’aide aux pauvres « . B’en !Évidemment 43 % ne donnent pas, ils attendent de l’aide. Statistiques toujours connes ! Même lecture : on va nommer un poète de l’État ! Oui, oui ! À 500 dollars par semaine à Ottawa ! Je rêve ?
Ça parle de Cohen ou de Houston ? Non mais ! Je rêve ? On dit que cet Orphée étatisé rédigerait de belles compositions pour les événements marquants. Exemples donnés : un autre  » 11 septembre à New-York « , la visite d’un Nelson Mendela Etc.
Voyez ­vous Hugo, Baudelaire, Apollinaire, Rimbaud ou Verlaine en poètes officiels, à Paris, écrivant pour chanter le augustes visiteurs étrangers ? Ou bien Nelligan, Miron, Brault ?
Paraît qu’aux Usa, ils ont cela, un poète d’État. Sacré monde, je vous le dis !
Aujourd’Hui, jour de guignolée chez tous les médias réunis. Concert rare. Hier soir, Raymonde, grand coeur, toujours généreuse, me dit :  » Pis ? Nous deux ? Quoi faire ? Un sac, un panier ? Où aller le porter ?  » Je dis rien. Ma mère, sa crainte affreuse de la St Vincent de Paul. De la charité publique. Même si on manquait de tout parfois. Son orgueil. Sa fierté. Elle fricassait les restes des restes plutôt que d’aller mendier à un comptoir paroissial. Je lis aussi :  » Faudrait mettre, ce matin, dans nos paniers aux pauvres une bouteille de vin, pas seulement et toujours les victuailles de base !  » Je suis très songeur ! Est-ce que je tiens de ma mère ? Chaque fois que j’entends parler, par exemple, d’enfants qui n’ont rien pour le lunch du midi à l’école-garderie, je n’ai pas envie de courir avec un beau petit panier, pas du toit, non, j’ enrage et je fulmine, je gueule contre nos gouvernants et leurs dépenses à la con. Je jure que je suis prêt à payer davantage de taxes, et en impôts, pour soulager ces miséreux. Les plus taxés du continent nord-américain, nous, sont écoeurés de l’Impuissance endémique gouvernemental. Et puis je lis que le Européens, les Français en particulier n’aiment pas donner à des oeuvres charité, qu’ils exigent plutôt meilleur partage des richesses organisé par l’État. Ah, je (nous ?) suis européen. L’article affirme que chez les anglo-saxons, aux États-Unis surtout, le mécénat privé y est florissant. Mentalité autre ! Que des richards donnent volontiers à des Fondations caritatives et souvent refusent d’aider les proches, des parents mal pris !
L’écrivain Ferron, lui, parlait souvent du devoir sacré d’  » établir  » ses enfants. Mentalité européenne ? Si on veut. Riche ‹ les années de  » téléroman « ‹ j’ai épargné pour  » établir  » mes deux enfants. Oui, un devoir messieurs les radins, les pingres, les égoïstes.
Dérives des extrémistes des deux côtés des barricades :nous apprenons ce matin que deux  » Étatsuniens  » ( faut plus écrire Américains, nous sommes de trois amériques. Tous, des Américains), deux juifs, préparaient des attentats aux explosifs contre des Étatsuniens d’origine arabe, en Californie. Guerre de l’oeil pour oeil;, dent pour dent, bien judaïque. Mais quoi en commun entre ces juifs californiens, confortables, et ces déplacés en Palestine miséreuse ? Eh !
Raymonde revient du marché et a loué encore un film recommandé, trois étoile et demi ! Une histoire bizarre sur un travesti allemand, chanteuse de cabaret. Pour ce soir. De plus en plus, notre harassement total devant les incessante publicités criardes. La télé harcelante et si grossière, si racoleuse, si démagogique, Radio-Canada comme Télé Québec.
Pour vous en débarrasser :louer des films. Moins de quatre piastres pour la paix. Bonne solution. Je supporte de plus en plus mal ces criages de produits divers pour consuméristes compulsifs et névrosés qui aiment bien, eux, ces marchands à toute heure du jour. Bêtise. Mépris encouragé par les détenteurs ‹temporaires‹ de nos ondes qui sont publiques. À quand un vrai bureau de surveillance, pas ce CRTC mollasson. Les pubs avant et à la fin d’une émission, jamais pendant. Surtout jamais avoir le droit de coupailler un film. Seul Télé Québec a du respect pour le cinéma. On en voit de ces gueulantes mercantiles jusque sur les canaux spécialisés, au début, hypocrites, moins mais maintenant de plus en plus, Canal D, Historia, ARTV même. L’horreur du magasin général grand ouvert dans la demeure privée des citoyens ‹qui vont payer plus cher les camelotes publicisés, car ces annonces font grimper les prix forcément. Insupportable !
La noirceur. Je monte écornifler les  » devoirs  » des élèves en cuisine !

BERNARD-HENRI LÉVY ET SON « SAINT SARTRE »

VOICI UN TEXTE PARU DANS LA PRESSE MAIS ,ICI, SANS LES 4 COUPURES

par Claude Jasmin

Monsieur l’éditeur, votre jeune lectorat doit savoir qu’après la guerre, Sartre fut pour nous, jeunes artistes et intellectuels du Québec, une lumière, un phare, un modèle de conduite pour la gauche québécoise. À Montréal, à cette époque duplessiste, on avait osé monter, dans une suite d’hôtel, sa pièce mise à l’index, « Huis Clos » ‹L’enfer c’est les autres »‹ devant un Sartre médusé. Cela avec notre surdoué comédien Robert Gadouas, hélas suicidé prématurément. En Europe, Sartre enrégimentait dorénavant sous ses drapeaux rouge communiste une majorité d’existentialistes. Le maître déclarant: « un anticommuniste est un chien! » Le « Livre noir du communisme parle de: « veaux suiveurs et aveuglés ».
J’avais lu une première biographie du « pôpa » de l’existentialisme écrite excellemment par Annie Cohen-Solal (Seuil éditeur). Récemment, j’ai lu celle de Bernard-Henri Lévy (Grasset éditeur). Renversant! C’est, le plus souvent, une hyper super hagiographie, c’est « Saint Sartre », comme il y eut le « Saint Genet » de Sartre, assommant d’éloges Jean Genet, le réduisant longtemps à l’impuissance. Tenons-nous bien, selon Lévy, récupérateur insolent, Sartre est mort en odeur de sainteté. Le chantre aveuglé des dictateurs ‹Staline, Castro et Mao‹ y est transformé en négateur de ses ouvrages, repentant spiritualiste. Une imposture, une fumisterie que même le goguenard Bernard Pivot n’osait pas condamner sur son plateau tant ce Lévy nouveau l’intimidait.

DEUX ÉCHECS DE SARTRE
Cohen-Solal avait bien narré les premiers cheminements politiciens de l’auteur de « L’être et le néant », de « Critique de la raison dialectique ». On y voyait d’abord un Sartre fêté, avant le conflit mondial, adoubé par le « maître » de la NRF-Gallimard, un Gide qui, devant le manuscrit du premier roman, « La nausée », affirmait: »Il a du génie, faut publier ». Un peu plus tard, la France envahie par les Nazis, Sartre va tenter de réunir tous les résistants et fonde donc un groupement. Il part (avec sa caisse de résonance, Simone de Beauvoir, chercher des appuis solides. Or, dans le Midi, Gide, retraité de tout, lui claquera la porte au nez. Or, Malraux, en attente de jours meilleurs lui aussi, lui rétorque: »Non, je n’embarque pas, c’est trop tôt ». Dépité, Sartre n’arrive donc pas à constituer son mouvement unificateur. Premier échec grave pour Sartre. À Paris, les nazis allemands et leurs collabos vont tolérer la présentation de ses pièces de théâtre (dont « Les mouches ») qui sont d’un tel symbolisme qu’ils ne dérangent donc pas le nouvel ordre établi, ‘brun ».
Cophen-Solal raconte qu’après la guerre, Sartre tente, nouveau essai politique, de réunir tous les socialistes (communisants ou non). Ignorant total de la « praxis » politique, Sartre va encore échouer complètement et la brillante biographe constate que ce deuxième échec « électoral » entraînera le philosophe dans sa funeste dérive: le stalinisme aveugle. Sartre décide donc de rallier une « grosse machine politique efficace »: le parti communiste français, aux ordres de Moscou. Ainsi Sartre, jadis « esprit libre », s’englue dans le totalitarisme soviétique. « Un anticommuniste est un chien! »

AU STALAG, SARTRE MUE!
Jeune prof de collège au Havre, comme sa « servante » Simone-le-Castor, le premier Sartre était un libertaire pessimiste, un individualiste farouche, (aussi, ce fut publié et commenté) un sinistre suborneur de mineure. Il va muer. Soldat (météorologue-amateur) lors de sa captivité, le néantiste, le nauséeux, le nihiliste ouvre les yeux, découvre les vertus de la fraternité soldatesque et le voilà transformé en néo-solidaire. Libéré du stalag allemand, pour raison de santé, ce sera donc cette première tentative de ralliement et son premier échec. Les autres c’est encore l’enfer! Et viendront ses « noces noires » avec l’horreur, le dictateur Joseph Staline. N’importe quelle arme pour déstabiliser l’infâme « bourgeois de droite » qui règne sur la France libéré, le Général De Gaulle. Il va le haïr de toutes ses forces, sans cesse. « Élections, piège à cons! » Complètement déboussolé, devenu vieillard ahuri, récupérateur des extrémistes, Sartre va même fleureter avec le terrorisme. Il se réjouira du massacre célèbre aux Jeux olympiques en Allemagne.!
L’ex-farouche misanthrope, l’Alceste dédaigneux, deviendra le zélateur du totalitarisme. Invité à Moscou, il joue l’aveugle, ignoblement, contrairement à Gide qui avait dénoncé courageusement le soviétisme.. En 1956, Sartre fermera les yeux face à l’écrasement de Budapest Il faudra attendre 1968, Prague sous les chars moscovites pour qu’enfin il se secoue un peu. Cohen-Solal, objective, sans juger, raconte tout cela. Au fameux « Congrès de la paix » ‹ infernale machine de propagande déguisée en grand concile du pacifisme et où plusieurs Québécois candides vont accourir‹ Sartre trône et se fait applaudir: « Le salut des hommes viendra par le soviétisme ». Je sors d’une relecture du livre de Simon Wiesenthal qui illustre efficacement le lien entre nazisme et soviétisme. Surtout en Autriche-l’antisémite.
L’enquête philosophique », 600 pages, de B.-H. Lévy forme le pavé d’un odieux pacte de solidarité ignoble entre philosophes, avec, ici et là, quelques reproches édulcorés. « Le siècle de Sartre » tente de transformer ce misérable, cet allié des dictateurs ‹Staline, Castro et Mao‹ en « Saint Sartre ». Lecture déroutante pour ceux qui ont lu Cohen-Solal et appris définitivement que notre héros de jadis, notre phare du temps de notre jeunesse naïve, fut le « collabo » actif du totalitarisme, le chantre d’un marxisme dévoyé.

À TU ET À TOI AVEC SARTRE!
Or, dans le sac de l’hagiographe, il y a un drôle de chat et Lévy va le faire sortir. D’abord, confidence éclairante, B.-H. Lévy nous apprend qu’il fait un retour au judaïsme. Pourquoi pas? Vive le ré-enracinement! Or, quelle coïncidence?, Lévy nous révèle que, sur son lit de mort, Sartre lorgnait lui aussi vers le judaïsme. C’est que le vieillard cacochyme s’est déniché une nouvelle « caisse de résonance », une nouvelle « ‘Simone », un certain activiste, ex-militant d’extrême gauche, de « la Cause du peuple » plus ou moins retraité, Victor Serge. De son vrai nom, Benny Lévy. Il est l’ultime confesseur de Sartre. Ce jeune effronté est à « tu et à toi » avec le vieux maître. Ce Lévy-numéro-deux brasse Sartre, le secoue, le fait renier ses ouvrages et ses actions. Le repentir tardif a été enregistré et se fait vite imprimer, puis le jeune « abbé-rabbin » court porter ce brûlot au Nouvel Observateur. Son directeur, Jean Daniel, en tombe sur le cul, contacte Sartre pour s’assurer qu’il ne s’agit pas d’un canular. Mais non, Sartre persiste et signe. L’auto-révisionnisme, l’aveugle Sartre, se fait lire dans la revue de Daniel sous le titre « L’espoir maintenant ». En format livre, ce sera: « Pouvoir et liberté ».
Stupeur partout! Un disciple s’écrie: « C’est un affreux détournement de vieillard! » C’est le scandale dans la chapelle sartrienne de stricte obédience. Ce Sartre en Saül sur un étrange Chemin de Damas révolte les entourages de l’aveugle soi-disant contrit. Malade gravement, aveugle et faisant sous lui, ses zélotes avancent qu’on a mis Sartre « à la question ».
Or, dans « Le siècle de Sartre », Bernard-Henri Lévy, lui, n’y voit aucune manipulation. Mieux, il découvre que le confesseur de Sartre, Benny, fréquente, tout comme lui, le vieux philosophe judaïque parisien, Levinas. Que ce Lévy-numéro-deux fut une sorte de « go-between » entre son illustre moribond et ce philosophe de la judaïtyé. Pour B.-H. c’est Sartre-nouveau-né! C’est le rimbaldien Paul Claudel à une messe de minuit, à Notre-Dame, derrière une colonne, qui se convertit! L’aveugle voit enfin la lumière, découvre un lien inédit entre solitude (Sartre rédigeant « La nausée ») et solidarité (le Sartre du stalag), qu’il aurait suffit que Sartre sache mieux lier ces antipodes.

RÉCUPÉRATION HONTEUSE
Ce Lévy-numéro-deux, Benny, a donc été l’exorciste de Sartre. Horresco referens! Voici Sartre en « témoin de Jéhovah ». De Yahvé! Muni de ce témoignage « agonique », B.-H. Lévy court chez son gourou Levinas et découvre que le « baby-sitter » du « vieux Sartre », ce Benny en veste de cuir, fréquente lui aussi le même guide spirituel, Levinas. Alors B.-H. sous-titre un chapitre: « Un Sartre juif? » Avec un point d’interrogation mais il répond: « oui! » Un peu plus loin, B.-H. sous-titre: « Juif comme Sartre ». Voilà donc Sartre, grand sceptique, athée farouche, agnostique impétueux, sauvé par Le Livre, par le message biblique de l’ancien Testament. Faut le faire!
Ce jeune exorciste, Benny, est maintenant, nous apprend B.-H., exilé en Israël où il étudie, se spécialise dans le Talmud. Conclusion: le grand hérétique, Sartre, a pu mourir en paix! Pour clore son enquête-biographie, B.H. Lévy raconte que le poète Mallarmé disait qu’un jeune poète qui meurt ce n’est qu’un fait divers( pauvre Rimbaud!) mais qu’un vieil écrivain, au moment où enfin il comprend tous ses moyens, où il est enfin disposé à commencer son oeuvre, et qui meurt, cela, ‹ seulement cela‹ est une tragédie! Alors, B.-H. va conclure: il faut donc excuser les déraillements de Sartre. Mourant,. avance-t-il sans rire, Sartre était redevenu un tout jeune homme, un homme nouveau, prêt à vraiment commencer son oeuvre. C’est écrit, noir sur blanc.
Après avoir paralysé, juste avant la guerre, pour deux décennies le romancier Mauriac par une critique vitrioleuse, dans la NRF: (« Dieu n’a pas d’imagination et M. François Mauriac non plus! ») après avoir assassiné symboliquement son ami Camus (pour « L’homme révolté » et « Le mythe de Sisyphe ») dans sa revue « Les temps modernes », après avoir sanctifié trois dictateurs ‹emprisonneurs et installateurs de camps pour dissiendente et esprits libres‹ Sartre confessé est rajeuni, pardonné, en état de grâce! Le moribond se trompait sans cesse mais, potion magique, poudre de perlimpinpin, le Sartre-Lazare, tout rajeuni, sortant de son tombeau, allait tout recommencer.
On s’incline bas devant cette « récupération ». Pas par respect. Par envie de vomir. C’est le vaillant Hugo de « Les mains sales » ‹pièce que Sartre interdisait de représentation par courtoisie envers les soviétiques‹ masqué en Hoderer hallucinant. Ça suffit. Je m’en vais relire le roman « La nausée », tant aimé à 20 ans, relire « Les mots », splendide autobiographie de son enfance, tenter de revoir « Les mains sales » (avec Daniel Gélin) en vidéo-cassette. À la Boîte noire? Comme on relit le Céline romancier malgré son antisémitisme effroyable du temps de l’Occupation en France. Ou Louis Aragon, le poète, malgré son stalinisme puant.
Est-ce que, sur son lit de mort, le philosophe B.-H. Lévy, nous fera le coup, à son tour, de renier tous ses ouvrages? Ce serait trop facile. Sartre fut l’entraîneur néfaste qu’il fut, point final! Cette grotesque fable d’un Saint Sartre, illuminé par judaïté impromptue, ne colle pas. Il faut relire le « Sartre » d’Annie Cohen-Solal et éviter la foutaise de cette enquête folichonne.
On en discute à « claudejasmin@claudejasmin.com ».