Le lundi 11 février2002

Le lundi 11 février2002
1-
Ouf ! Trois soirées « en ville ». Absent donc des J.N. Le bonhomme énervé, tout pris. Ce matin, soleil reluisant ! Vrai que nous avons une lumière, alors, unique. Jamais vu cette si vive luminosité ailleurs, ni à Paris, ni à Rome , ni à Londres.
Hier soir, tard, nous sortons dans la rue Bonsecours, du Vieux, et, surprise, neige, glace, tout le bataclan hivernal subitement. Vers 18 h., arrivés au coin de Saint-Paul, c’était la pluie, une douceur dans l’air. Changement radival en quelques heures. Et à notre insu. Dans l’entrée du restau des « Filles du Roy »,un cri, un appel de détresse ! C’est l’amie, Françoise Faucher, en souliers (!) , qui appelle au secours « son grand chien fou », moi. J’y cours. Elle s’accroche à mon bras, mon Aile, elle, installée déjà dans notre voiture. Françoise veut que je la reconduise à son « pas galant du tout, mari un peu plus à l’ouest. Jean Faucher se démène dans la nuit, illuminée par les antiques réverbères, à dégivrer les vitres de son auto. Oh le gros macho ! Il a honte, s’excuse. Se fait engueuler par sa Françoise.
Nous sortions d’un anniversaire, d’une fête enjouée, celle fort bien organisée par Hélène Pedneaut (« Le signe du lion » rénové) et Lucille Cousineau pour marquer les 80 ans de la vaillante comédienne Huguette Oligny.
La foule (plus de 60 personnes !), parents, amis dans ce restaurant (Les filles du Roy) qui a les allures d’un bordel luxueux du « far-west » pour cow-boys enrichis et danseuses de « french cancan émigrées, quand il souhaite avoir les allures d’une auberge « canayenne » en début de colonie au bord du fleuve. C’est une sorte de « palace » et on s’y sent bien. Décors chaleureux, salon, canapés, fauteuils, cheminée, piano, large couloir pour les apéros, au fond, verrière, plantes vertes et cages avec oiseaux exotiques vivants !
Ma chère Aile toute épanouie —coupe de cheveux nouvelle, frisée si joliment, tailleur parfait— en voyant arriver des tas de membre de l’Union des artistes, elle lève sa coupe aux vieilles
Connaissances du temps de ses réalisations à la SRC. Nommez-les : Abert Millaire, Élisabeth Chouvalidzé, Aubert Pallascio, Gabriel Gascon, Gérard Poirier, France Castel, Clémence Desrochers, Louise Latraverse, la grande Picard… que je salue ainsi « bonjour ceux de Pointe-Calumet » car son père y tenait un ciné de plein air. Le premier du territoire. Que Duplessis fit fermer, pour calmer les évèques timorés…Gilles Pelletier et sa Françoise (Gratton) —nous nous sommes souvenus des répétitions chez elle, à Ville Mont-Royal Ma chère, des figurants pour les pageants catholicards du Père Clos sur le mont Royal— le cinéaste Melancon, accompagnateur de la toujours si belle Andrée Lachapelle, Amulette Garneau … je n’en finirais pas.
Je remarque qu’il y a des affinités —une amicalité totale—entre acteurs et metteurs en scène…Et moi, un auteur, dans ce maelström de bises et d’effusions, bien, il y a un certain mur. Un muret disons. Nous sommes de deux mondes. Eux, ils sont là « après coup » je dirais. Nous, les écrivains de l’ avant coup. Difficile à dire clairement. Une certaine gêne, en tous cas une distance. Je la sens toujours. Deux mondes amicaux, liés certes, mais différents. La solitude (pour pondre) chez nous, chez eux, les comédiens, la solidarité. Le clan. Que de cris fusent où j’entends : « nous sommes du même bateau, ensemble. » Je ne sens pas cette esprit de famille aux réunions d’écrivants.
Durant le repas, Hughette à sa table d’honneur devant les épais anciens murs de pierres et l’immense cheminée, avec des parents dont Jean-Louis Roux (sosie de Claude Ryan à présent !), son beau-frère, quelques bonnes surprises. Par exemple, Poirier et Faucher (avant le dessert) livrant un impromptu (à faux). Enguirlandage étonnant (signé Guitry). Ou madame Souplex, si énergique dans ses rondeurs, inspirée et tumultueuse, parodiant la tirade du nez (de Cyrano) en se servant, comme cible, du « grand âge » de la célébrée. C’est la franche rigolade dans toute la salle.
Avec gâteau et café, au vaste salon, concert de poésie, de chants, chacun y va de son refrain favori. Encore la rigolade.
2-
Comme c’est drôle ! La veille, samedi soir, nous étions encore dans le « Vieux », dans un étonnant et merveilleux site, le « Caveau », chez Georgio, rue Saint-Laurent au bord du vieux port. 25 ième anniversaire du mariage de ma fille, Éliane, avec son Marco. Un lieu envoûtant…sous voûtes, ex-cave de fourreurs ou de marchands de vin (?). Une immense cave hors du commun. Sorte de « catacombes » des premiers chrétiens ! Ambiance merveilleuse.
Clan des Barrière —dont la Mado, grand-mère de Marco, mon modèle de longévité, 93 ans !— au grand complet, clan jasminien réduit. Des amis très fidèles du couple fêté. Là aussi, petits « speechs » de circonstance, souvenirs, anecdotes fusaient, de l’un ou de l’autre. À la fin du repas, petit concert du « Harry James » de la famille, le benjamin Gabriel, trompettiste amateur. Après les excellents desserts, installation des trente invités dans une jolie salle attenante. Cela toujours sous des combles formidables faits de « pierres sèches » antiques, amusante et ironique séance visuelle faite d’images choisies d’albums de photos. Un montage et une projection sur grand écran, par « ordinateur », du même Gabriel. Vive émotion chez le bonhomme : ma fille, comme Marc, aura bientôt cinquante ans ! Oh la la ! Rien pour me rajeunir.
La vie file, file…
Nous étions une dizaine de curieux, vendredi soir à la cinémathèque-vidéothèque du boulevard de Maisonneuve, pour le visionnement de mon « Blues pour un homme averti » (1964). La bande-son affreusement mutilé, hélas. Les images en noir et blanc …parfois chevrotantes ! Un bon coup sur la tête pour moi. Je m’étais imaginé une dramatique sensationnelle, extraordinaire. Souvenir trompeur ! Mai non, ce « Blues.. » n’est pas sans grave défaut. J’avais trente trois ans et je maîtrisais mal les niveaux de langage. Aussi, pendant la projection, je me disais : faudrait que je ré-écrive ce texte un jour. Mais pour qui ? Trop tard. Je suis assez lucide pour constater le vieillissement de ce « Blue.. » qui fut publié chez « Parti-Pris », le gang enthousiaste à l’époque.
C’est instructif en diable ce déterrage de vieille pontes. Ça m’a rabaissé le caquet, je vous jure. Le jazz de Slide Hampton, lui, était toujours extra. Jacques Godin, malgré le son pourri, m’a montré encore son savoir-faire pour incarner un vieux « bomme » en quête d’un père mythique. Quelle présence !, comme on dit, il perce l’écran. Le « robineux » , Paul Hébert, émouvant dans sa nudité matérielle. Et toujours si juste ! Je me suis souvenu : un matin, très tôt, j’avais conduit mes petits-fils, rue de la Commune, pour qu’ils puissent observer les clochards. Ces derniers se débarbouillaient dans une fontaine publique sous la lumière matinale fauve. Leurs yeux incrédules, la découverte d’un monde de misère. J’avais cru bon qu’ils sachent le dénuement effrayant des laissés pour compte de notre société. Ils en étaient muets.
3-
Je repense à cette « Fin du monde », de Lagarce, au Théâtre Go. Ce malentendu funeste entre deux frères. L’un, que l’on devine artiste (joué par Denoncourt), malade gravement, qui revient chez lui après son bourlinguage et l’autre, modeste, serviable, resté dans la famille, ouvrier sans aucune vision autre que la « petite vie ». À la fin, le choc, le dialogue embarrassant, strident dans son non-dit, entre les deux frères.
Et Luc Picard qui me fait pleurer dans le noir.
J’ai pensé à mon frère, Raynald. Que je ne vois à peu près plus. Qui fut mon petit compagnon de jeux tant aimé, durant tant d’années. Qui mène une existence hors de ce monde du spectacle, des lettres. Nous sommes devenus peu à peu, nous aussi, deux blocs erratiques. Étrangers, hélas ! Nous dérivons chacun sur notre rive, séparés, « incommunicado ». Et cela me pèse. M’ennuie. Et je ne sais pas par quel bout…nous pourrions à nouveau être, redevenir, deux petits frères ou deux vieux frères.
La vie… merdre !
Pour combien d’entre nous, y a–t-il de ces gouffres niais, inévitables ?
Procès publics, enfin, au bord de l’Atlantique, un peu au sud. Ce cardinal bien con, à Boston. Law. Qui a tout fait pour cacher, déménager, taire la pédophilie de ces (« ses ») affreux malades ensoutanés. 130 enfants qu’on a massacré, qu’on a bousillé. Dans cette écœurante horde de vicieux, 70 curés, une vingtaine seulement font face à la justice maintenant. Les catholiques de Boston sont indignés par « les secrets » de leur Cardinal Law avec raison. Ils veulent qu’il démissionne de sa charge… vaticane. Tant de mensonges, de camouflage, d’échappatoire au lieu de faire face à la vérité. Ce complice, en robe rouge romaine, de l’horreur a suspendu huit de ses prêtres pour calmer la grogne. J’ai connu ces disciples de Jésus, jeune. Dans Villeray comme au collège des Sulpiciens. Qui n’a pas des cas à citer ? Plein d’anciens enfants pollués par ces prédateurs déboussolés, ces pédés tordus en soutanes, à Boston comme à Montréal, salis jadis, qui se taisent. On sait que la culpabilité retombe souvent sur eux, petites victimes. Ils se pensent les responsables de ces dérives infernales. Mystère psychologique bien connu.
Qu’ils se lèvent, qu’ils accusent, c’est le temps ou jamais avant que crèvent ces crapules à bénitiers, à scapulaires, qui osaient confesser les « fautes des autres » dans leurs armoires capitonnées et donner des absolutions et des pénitences, et jouer les bons pasteurs, les pieux conseillers en moralité. Ah les sépulcres blanchies ! Richard Hétu, de « La Presse » raconte que ce cardinal Law, au fond, obéissait à la consigne du Vatican, renouvelé il y a peu : « Que ces cas se règlent, loin de la justice normale, confidentiellement, entre membres du clergé ». Que la honte s’abatte au pus tôt sur ce cardinal de mes deux… !
4-
Marc Cassivi, samedi, écrit encore « les deux solitudes » Il parle du tragique d’avoir ignoré complètement le succès filmique de Falardeau avec son beau film : « 17 février, 1839 », portant sur nos formidables patriotes émérites, nos vrais et seuls démocrates, républicanistes, anti-monarchistes valeureux de cette époque. À ce torontois « Gala des Génies » ? « Ce film de Falardeau, on connaît pas ! » Ignorance crasse ? Je sais pas. Il n’y a pas deux solitudes, il y a deux nations. Deux peuples qui jouent à la bonne entente. En surface. Un seul prix pour « La femme qui boit », avec, en effet, l’excellente Lise Guilbault. C’est tout. Ce film sur les condamnés à mort d’ici :on en savait rien chez nos jurés « blokes » ! Bravo. Cela illustre le mur infranchissable qui s’est construit entre deux peuples, rayer à jamais de notre vocabulaire ce « deux solitudes » niais. Comme il faut rayer : la « conquête » quand on parle de 1760. C’est « la défaite » qu’il faut dire historiens niais !

Le samedi 2 février2002

Le samedi 2 février2002
Le voilà de retour, bien revenu, fendant, crispant, cet hiver que je n’aime pas. Installé ce matin avec JCCC (journaux, cafés, croissants, cigarettes), je dis à Aile : «On gèle maudit ! C’est le frette en règle ! » Jusqu’ici c’était bien. Je songe au sud…à cette plage de la Costa norte en République dominicaine. Il y a un an, exactement, nous volions vers ces plages, ce soleil en plein hiver, non, pas ce soleil (nous l’avons ici et bien radieux aujourd’hui) , cette chaleur. Mais… l’avion… Aile craint ce genre de véhicule, depuis toujours… depuis le 11 septembre, davantage encore.
Avec ce soleil resplendissant partout dans le ciel laurentien, impossible à midi et demi de ne pas aller marcher. Sur le lac, ici, la municipalité offre une longue ronde patinoire et un cercle de neige tapée autour du lac, pour les promeneurs. Aussi, une piste pour les …fondeurs (!). Le vent nous giffle. Il faut rabaisser sa capuche (Aile), sa tuque (moi). C’est cinglant. Des chiens fois, heureux courent devant la laisse tombée. De enfants ajustent leurs patins, assis sur des bancs. Atmosphère classique, tableaux de Cornélius Krieghoff.
Hier soir, cinéma-maison. Déjà on peut louer le récent Woody Allen. C’est fort amusant, rempli de répliques d’un drôle fantastique. « Le scorpion de jade » fait voir « l’acteur-Allen » vraiment, et non plus cette sorte « d’alter égo » devenu un peu lassant. Avec ce « Scorpion de jade » Woody Allen tient une bonne histoire, un scénario bien construit, et s’y jette avec un plaisir évident. Le voilà donc en enquêteur (sur les vols) d’une grosse compagnie d’assurances. Il serait un as, le meilleur. Mais… soudain —jouet innocent d’un hypnotiseur-bandit— ce sera lui le voleur…Oh que de rigolades ! Aile et moi très ravis de ce film se déroulant dans les années 1950 à New-York.
C’est fou, une ombre sur mon plaisir. Incapable d’oublier que ce talentueux cinéaste est, a été, un pornocrate quasi-pédophile. On sait cette histoire sinistre : les photos salaces prises avec sa grande fille adoptive et le scandale qui en résultait. C’est fou, je n’arriverai jamais à séparer l’ouvrage (de talent dans ce cas) d’un créateur d’avec sa vie. Ces faits accablants, m’empêche désormais d’admirer inconditionnellement l’auteur de tant de bons films.
Hier soir, après ce désopilant « Scorpion… », au lit, je veux poursuivre ma lecture de « Parfum de cèdre » de MacDonald et Aile me dit : « Finis d’abord ton « Massoud l’Afghan » et « Soie » aussi. On doit rendre ce deux livres bientôt à la biblio. Le « Parfum » , lui, est à nous. » Alors je quitte la campagne du Cap Breton et je retourne dans ce pays de déserts, de montagnes, de grottes, ce pays de malheur, décrit par le cinéaste-journaliste Chrisophe de Ponfilly. Il part, sac au dos, caméscope en bandoulière, rencontrer ce « chef de guerre » avant qu’il soit tué.
Ponfilly fait bien voir la pauvreté partout mais aussi une sorte de « comique involontaire » avec ces tirailleurs en réseaux qui luttent maintenant contre certains des leurs, les « fous de Dieu ».
Le taleb (talibans au singulier) n’est plus l’allié d’hier qui collaborait à chasser les intrus communistes. Il est devenu, aux yeux de Massoud et de ses troupes nordiques l’ennemi. Guerre civile ? Oui.
Cela se déroule en 1997, donc quatre ans avant le 11 septembre à Manhattan et cette « guerre aux terroristes » de W. Bush. Massoud n’y gagnera rien puisqu’il fut assassiné. Au moment où j’écris ceci, c’est la rencontre et l’auteur admire encore davantage ce démocrate afghan menacé, qui se terre comme va se terrer Ben Laden, l’exilé arabe venu joindre les fanatiques et devenir la figure emblématique de la pureté islamique, coranique. Je m’instruit. Un livre va mille fois plus loin qu’un reportage de télé bien entendu. Je suis là-bas, je vois tout, les détails d’une existence en une contrée dévastée où l’on rit encore, où l’ on se débat pour rire un peu, où l’on vit malgré la misère environnante, avec des restes avares. L’Afghan, dit Ponfilly, ressemble aux latins. Il aime bien rigoler, ricaner, se moquer des gens en place à Kaboul, capitale envahie par les forces obscurantistes, caricaturer ces fascistes anti-femmes, il est un individualiste, un amoureux de la vie qui voit grandir cette obscurité talibane répandue par des extrémistes farouches qui coupent des mains, qui fouettent, qui pendent qui interdisent radio, télé, musique…
J’ai fini par m’endormir le livre au fond des mains…La fatigue seulement… Salut Morphée !
2-
Il faut bien écouter, lire, les critiques. Faire confiance à qui ? Il y a tant de spectacles, de films, de livres ! Aile et moi s’il y a unanimité « pour » ou « contre » on décide d’y aller …ou non. Parfois, il y a mystère. Exemple : ce « Blast » au « Quat’Sous ». Paul Toutant à la SRC: « Une cochonnerie imbuvable, une violence gratuite, un spectacle assommant et vide. » Cela dans se mots à lui mas c’est clair, un navet à fuir. Et bang ! Sonia Sarfati, le lendemain, dans « La presse » juge que c’est un fameux de bon spectacle.
Eh ! Antipodes d’appréciation. Si on sait lire, on découvrir par le résumé de Sarfati qu’il s’agit d’une jeune femme assaillie dans une chambre de motel par deux « chiens ». Un bandit et puis un militaire. La femme : une proie, une victime innocente. Les deux hommes : deux bêtes immondes. Deux enragés, deux fous furieux. Ouen ! L’auteure, une britannique, se suicidera et n’écrira plus jamais donc. L’impression (preé-papiers, photos, extraits montrés) qui s’incruste : un autre crachat verbal, une violente dénonciation de la violence par…la violence !Sauce démago. Exhibitionnisme profitable. Cuisine aux hémoglobines alléchante. C’est fréquent. Crainte du sempiternel sensationnalisme. Suffit ! On ira pas.
Le journaliste Yves Boisvert a repris avec un fort bon talent la barre pour ces reportages sur des procès connus, au Canal D. Hier soir, avant « Le scorpion » si rigolo d’Allen, c’était l’évocation en images du fameux procès fait à Rozon. Le caïd de l’humour, gérant, manager de Trenet, fondateur d’un Musée de l’humour et d’une école, accusé d’agression sexuelle. Une toute jeune croupière, à l’hôtel resto d’Yvon Deschamps lors d’une fête des humoristes, s’avise d’aller rendre visite à la chambre de Rozon en fin de partie ! Déjà cela…Voilà que Rozon, fêtard normal, forcément éméché —on sort d’une fête arrosée— va peloter sa jeune visiteuse et l’inviter au lit. Il se débat et s’enfuit et…portera plainte à la police. L’émission a fait voir un sordide dérapage dans les médias. Une connivence ave le zèle loufoque de la loi police. Bon, en appel, Rozon obtiendra l’absolution de sa…gaillardise mâle. Il fallait bien illustrer que « connu pas connu » la police est la même pour tous. C’est faux. En effet, le plus souvent, une « notoriété » y goûte. C’est idiot, c’est ainsi. Je me souviens, voulant m’expliquer —petits-fils en retard pour l’école après un lunch à l’horaire mal calculé— à propos d’un « virage à gauche » interdit : « Monsieur Jasmin, je regrette, connu pas connu, j’ai pas à écouter vos explications ! » Une certaine agressivité. Le flic qui doit se dire : « Ces cons « connus », y pensent-y qui peuvent tout se permettre ? » Les enfants arrivèrent en retard à leur école, le policier prenant tout son temps pour rédiger sa contravention après être allé, lentement, vérifier sur son ordinateur…voir si ce « con connu » serait pas recherché par Interpol.
C’est la vie. J’avoue qu’il pourrait y avoir aussi des avantages. Un soir, à l’hôtel de Tadoussac, longue file et une hôtesse qui dit : « Venez monsieur Jasmin, suivez-moi je vais vous dénicher une table. » J’avais protesté et refusé l’inégalité, lui expliquant que je tenais à garder ma place dans la file…comme tout le monde. C’est juste pour dire… « juste pour rire »… les menottes passées à Rozon…une imbécillité judiciaire !
3-
Je jette un regard morne et glacial en ce samedi matin à un joyeux et bel encart publicitaire pour les « Jeux » à Salt Lake city. Ceux qui, comme Aile et moi, ont vu le reportage télévisé jeudi dernier sur les Mormons (80 % de la population de l’Utah) de « L’Église de Jésus-Christ des derniers saints des derniers jours » en garde un goût aigre. Cet appel festif général en une contrée contrôlée par de tels arriérés au masculinisme éhonté sonne faux en diable ! Comment allons-nous faire pour oublier qu’il y a là des enfants blessés gravement, endoctrinés lamentablement, des femmes transformées en « pondeuses effrénées », des cas de viols, d’abus sexuel, d’inceste, de naissances de malformés, le tout toléré, installé béatement au nom d’une religion d’aliénés mentaux religieux ? Comment ?
Une amie commune, célibataire pas endurcie, Marie-Josée, part lundi matin comme scripte officiel. Ce midi, au téléphone, petite cérémonie du « bon voyage à Salt Lake ». Aile lui dit : « Que je te vois pas te laisser ensorceler par un de ces loufoques machos ? » On rit pour pas pleurer des fois !
Ce film « Opération Cobra » (titre correct, adéquat) que je voulais aller voir ? Hum ! Critiques néfastes maintenant. On joue tout croche : mi-vérité, mi- fiction. Mensonges déguisés en vérités, saloperie ! Il y aurait « emberlificotage » du public. Personne ne saurait plus ce qui est improvisé et ce qui est arrangé en cours de tournage. Ce genre me pue au nez. Ainsi pour ce « Blair Project ». L’on vous dit : « on invente rien, tout est vrai ». Et, en vérité, tout est arrangé avec les gars des vues (ils sont trois à la réalisation, subventionné avec notre argent public encore). C’est tromper les spectateurs. C’est de la fausse représentation, Démagogique ! Comme c’est triste et malheureux de si jeunes cinéastes, déjà, en manipulateurs. J’avais bien entendu à la radio leurs bafouillages et leurs malaise vendredi en revenant du canal Vox de Vidéotron. Et quel exemple vicieux pour ces jeunes garçons entraînés dans cette fourberie !
Eh misère humaine !
4-
« Moulin rouge » est un film idiot. Quelques plans séduisent sur le plan scénographique, danses entraînantes sur musique pop et rock, chansons légères. Mais c’est une sinistre caricature du Paris de 1890. Une romance convenue d’un cucul fini avec Nicole Kidman et Ewan MacGregor. Voilà que ce film s’attire des éloges. Qu’aux USA il risque de devenir un fim-culte. C’est à s’arracher les cheveux…qui me restent. On se questionne Aile et moi. Sommes-nous des idiots ? Peut-être pas… C’est qu’à partir de l’imagerie célèbre de Toulouse-Lautrec, s’amenaient les gros clichés, les stéréotypes connus Moulin Rouge c’est un Paris tout faux, imaginaire. Un Moulin rouge bassement caricaturé. Faux comme de la…marde, je l’ai dis !
Dans « Time », des éloges. S’en foutre. Certains amerloques le visionnent 15 fois, 26 fois ! » « Fim de l’année » proclame « National Board Review » ! Mais, Dieu merci, « USA today » lui fiche : une « tite » étoile et demi ! Enfin, un peu de jugement !
Son cinéaste australien, Baz Luhrmann, en est fier et… dérouté. Il dit, mystère, s’être « laissé influencé par les comédies musicales de l’Inde ». Eh b’en ! Il prépare maintenant « sa » version de « La Bohème » sur Broadway. Seigneur ! Est-ce qu’il sait ce qu’il a fait ?
Le cabaret « historique » de Pigalle en est tout dévisagé et à jamais Lautrec se vire dans son tombeau… face à cette version filmique aux « folies bergères » américanisées.

Le vendredi 1er février2002

Le vendredi 1er février2002
1-
Grande excitation partout, les médias cherchent sans cesse de l’excitation ! Imaginez-vous donc il va tomber 7 pouces de neige ! Il en est tombé hier, jeudi, quelques centimètres seulement ! Une certaine déception…L’humain veut de l’action ou j’sais pas quoi…! D’où vient mon indifférence totale face à cette fausse agitation.? Déçus, hier soir, les animateurs radios et télés : « Demain, c’est demain (aujourd’hui quoi) que ça va tomber ! Sortez pelles et balais, citoyens ! Vous allez voir ça !… » Non mais… Il sera midi et…rien ne tombe ! Ah je ris…Ici en tous cas, pas un flocon ! Que cette faible lueur au ciel, cette pâleur hivernale au firmament ! Suspense niais ? C’est cela vivre en un pays confortable, faire partie du Groupe des 7, être riches ? Ailleurs, c’est une autre sorte de suspense : « Mangerons-nous un peu aujourd’hui ? » « Notre enfant va-t-il mourir aujourd’hui ? »
Hier soir, j’ai feuilleté un drôle de livre (reçu par la poste) écrit par Jocelyne Delage : « La vie de son papa ». Touchant mais trop long, trop méticuleux, l’ouvrage d’une recherchiste, Pointilleuse. Vain labeur hélas !
La pauvre fille fait imprimer tout, les potins les plus niais sortis de vieux « Radiomonde » des années 30, 40 etc. Un livre épais. Un livre inutile. Elle aurait dû éliminer les futilités (de toute carrière) résumer la vie de ce vaillant gastronome (un pionnier), dévoué aux intérêts de l’hôtellerie d’ici. Gérard Delage fut une sorte d’érudit sympa… Bien que je déteste les jeux de mot, les calembours (« la fiente des sots »).
Tout de même le personnage Gérard Delage —inventeur et animateur de « jeux questionnaires » longtemps aux débuts de la télé— sorte d’amusant et parfois fort brillant causeur à la faconde joviale, gourmet, amateur de bons vins, n’était pas banal. Né à Nominingue, collégien à Saint-Hyacinthe, étudiant en droit plus tard, il touchera à la radio, acteur en « radio savon roman », chez Robert Choquette et Cie, puis, animant, présidant même longtemps, la naissante « Union des artistes », il va se spécialiser dans les arts de la table !
Il est mort en 1991. Les photos de ce livre racontent mieux sa vie. Le texte trop touffu, trop rempli d’éphémérides sans signifiance importante, ne se lit pas bien. Pas du tout. Ce « florilège à Delage » est raté, il fera les délices des intimes, c’est tout. Une monographie familiale quoi. Hélas, je dirais, car il y a eu de ces trop rares hommes dans un Québec encore bien « habitant » qui aimaient la culture, aimait les arts, aimait (Delage) la bonne bouffe, les bons vins. Ils étaient un tout petit groupe, venaient « des gens du peuple » et, étonnamment, firent des mains et des pieds pour améliorer, ici, la qualité de vivre. Ce n’est pas rien dans un pays dominé au temps de Delage par le clergé qui craignait tant « les délices, les plaisirs »…. Delage aurait mérité une histoire, une vraie, captivante, pas ce lourd fatras, ce pavé de notices insignifiantes (à la lettre).
J’ai terminé le court roman « Le liseur » de Flinch. Un texte fort. Grand plaisir de lecture. Satisfaction totale. C’est rare. L’auteur raconte avec sensibilité l’existence du très jeune homme (15 ans) séduit par une « vieille » de 30 ans, j’en ai parlé. Il a honte de sa vieille maîtresse, une simple billettiste dans les trams de sa ville. Il l’évite, se cache d’elle, à la piscine publique. Ailleurs aussi. Cette « honte d’Hanna » l’habite comme une traîtrise lui fait mal. Or, elle va soudainement se sauver de son très jeune amant. Mystère. Des années plus tard, l’initié toujours comme envoûté par son amante, la revoit, dans une cour (il étudie le droit) en accusée lors d’un procès de gardiennes d’un camp nazi ! Il en sera perturbé. Je ne raconterai pas la suite. C’est excellent.
En cours de lecture, vu le sujet, me revient en mémoire…une traîtrise à moi. Anita G. Je l’aimais. Elle aussi. Nous nous plaisions. Elle étudiait la céramique elle aussi. C’était une enfant de la guerre. Émigrante si mignonne :beaux cheveux blonds, yeux… de cobalt ! Un soir de ciné-club, assis à ses côtés, je découvre, stupéfait, qu’Anita a un numéro tatoué sur son avant-bras ! Ma peur niaise. Je tournais le dos à…peut-être, une belle histoire d’amour. Bêtise adolescente ? Cette Anita avait-elle été la proie sexuelle des terribles SS ? J’avais dix huit ans ? Elle aussi. Je la fuyais. Trop de distance entre « le petit chanceux de Villeray » et cette jolie fille sortie miraculeusement de l’enfer nazi, de l’horreur…
Comme dans « Le liseur », une honte imbécile ! Je ne suis pas fier de moi sur cette histoire de 1949, pas du tout. Si honte que c’est la première fois que je la raconte par écrit. Mort, au « paradis promis », elle sera là, Anita G., elle me tournera le dos, avec raison, et moi, élu (?), j’aurai encore honte de ma peur et de mon mépris idiot. De ma fuite de tit-cul « canayen-frança ».
2-
Autre sujet de honte mais où, cette fois, je n’y suis pour rien. Hier soir, sur RDI. « Grand reportage » raconte les « mormons », ces arriérés mentaux d’une secte imbécile (60% de la population de l’Utah, 80% à Salt Lake City). Ces odieux polygames de l’Utah, au large de Salt Lake City, c’était à vomir. Ce Tom, par exemple, ses cinq jeunes femmes (épousées à 13 ou 14 ans !), pauvres victimes niaises d’un gros con fini. La trâlée d’enfants, innocents sacrifiés à ce genre de macho décadent.
Ah oui, à vomir. On regarde cela et les cheveux se dressent. En 2002 ? Au cœur des États-Unis ? On croit rêver ! Que fait l’autorité constituée. Rien. Réponse du documentaire : « Que voulez-vous, aucun juge n’est libre, presque tout le monde là-bas a des parents, des grands-parents, polygames, peut-on condamner sa propre famille? » Eh b’en oui ! Il faudrait mettre un cran d’arrêt définitif à ces « camps de lesbianisme sublimé » (mon verdict !), à cette secte dangereuse avec mariages consanguins, des rejetons infirmes, des mongols en quantité…Destin écœurant et involontaire pour ces enfants innocents. Pour une fois, on souhaiterait la police, le FBI, les troupes fédérales en Utah ! Il y aurait de la casse, c’est certain, de lourds dégâts au sein de ces clans de folie pure, mais ce serait la fin, le point final, à c es pratiques odieusement misogynes de ces dégénérés fabuleux.
Incroyable que les dirigeants des Jeux Olympiques acceptèrent de célébrer en une contrée de mâles malades sexuels ! Inacceptable. Cette riche, très riche, « église des derniers saints des derniers jours « (ouf !), fondée par un bonhomme Smith aux trente épouses (30 !) va profiter d’une visibilité grandiose et tenter ainsi de faire croire que « tout va bien » à Salt Lake City malgré l’eschatologique vision des mormons démoniaques (ils attendent pour bientôt la fin du monde et font des loufoques compilations généalogiques à cette fin !), malgré ces illuminés qui prêchent, répandent, pas trop féministes, qu’il faut revenir à Abraham, à Moïse, à Jésus, tous polygames bien entendu, ‘it’s in The Book’. Oui, Jésus en polygame à trâlée d’enfants (!) et Dieu? Lui aussi ! Yahvé, comme les autres mâles bestiaux de Salt Lake City, Dieu en pacha servi par des jeunes filles subjuguées, dominateur de misérables subornées.
L’émission a parlé de pédophilie, de viols, d’incestes, d’enfants battus et/ou abusés, et le reste de la racaille puritaine invertie !Un reportage accablant. Cela ne se passe pas en Afghanistan (où des suicidaires fanatisés espèrent le harem de vierges !) ou dans un pays aux confins du monde civilisé. C’est tout proche d’ici et en 2002 et, tous, bientôt, on va y aller voir avec les milliers de kodaks nous montrant les jeunes, chics et beaux athlètes de l’univers dans des arénas proprets, en cachant soigneusement cette misère totale, cette plaie ignoble de Salt Lake City !
Oh les tromperies irresponsables de la télé et des J.O. !
Oh mon Dieu !
À la toute fin, ce gros baveux de Tom, on nous le dit, il n’a pas su tricoter adroitement car il doit divorcer (en loi ) de chacune de ses fillettes abusées pour contracter (sauver la face) chaque une énième nouvelle union…eh b’en, il a reçu une peine de cinq ans de prison. Quoi ? Il a fraudé le B.S. ? Il devra payer 78,000 $ mais sa troupe des cinq « séparées » —à la caméra, elles se disaient comblées, épanouies, heureuses et… pas trop jalouses— reste unie et sous ses ordres.
3-
Vu chez Arcand les quatre femmes, emblématiques victimes du Crime organisé. Elles se scandalisent que (nous) l’État crache du notre argent public pour défendre ces commerçants de drogues, ces scélérats les motards (en Mercedes ?) criminalisés alors qu’elles reçoivent des pitances pour les séquelles des actes endurés lors d’attaque diverses. Le public, nombreux chez Arcand, apprenait la folie furieuse des lois : aveugles, sourdes et muettes. « Dura lex, sed lex » ?, oui « ça fait dur » Madame drapée aux yeux bandés à la balance égalitariste !
Ce soir-là, face à Martineau (qui a su mener son questionnaire solidement, il faut le souligner)un certain Claude Robinson. Dessinateur et scénariste d’un conte (« Robinson Curiosité ») pour animation.
Le barbu affirme —revenant avec promesses d’Hollywood euphorique— s’être fait voler toutes ses idées. Cela par ses ex-associés, promoteurs zélés, chez CINAR, la compagnie énorme qui nous suçait des fonds publics avec des « faux noms ». Robinson mène une lutte judiciaire seul sur son île de déception cruelle, démuni. Il espère un jour … quoi ? Recevoir le magot mérité ? Mais ce Cinar (coté à la Bourse) a fait une sorte de faillite, ses deux patrons, un couple, oui oui, furent congédiés (!) de leur propre firme vu qu’ils cachaient des profits dans des asiles bermudiens.
Les nouveaux doivent se dire, eux, innocents ! Eh ! Il y a aussi des jobs à garder, alors l’avocasserie gouvernementale (Procureurs de la Couronne !) se traîne les pieds. Le barbu est épuisé ! À suivre ? Hum…Les jobs, les jobs…
Je l’ai dit, je suis abonné à cette vieille revue nationaliste : « L’Action nationale » Cela se nommait jadis « L’Action française », en hommage à celle de France. De ce côté-là, catholicarde et conservatrice, on versa dans la xénophobie et le racisme virulent, le pape à Rome finit par l’interdire aux catholiques. Coup funeste, coup fatal. Changement de nom. En 2002, la revue est moderne désormais. On y lit des articles solides et, oui, modernes. Mon père, décrocheur du collège Sainte-Thérèse, y travailla comme petit commis, en face du théâtre cinéma Saint-Denis, vers 1920. L’abbé Groulx était « le » patron.
Vadeboncoeur —un nationaliste progressiste de gauche, il y en a plein et j’en suis— y signe un papier terrible illustrant comment les gouvernements désormais ne gouvernent plus. Les machines transnationales, avec ses complices le FMI et l’OMC, sont aux commandes partout en Occident, dit-il. La vérité, hélas ! Aucun élu, et tout le pouvoir ! En ce moment à New-York caucus des politiciens désarmés avec ces magnats financiers, à Porto Allegre, au même moment, grand caucus des sociaux-démocrates. Pas trop de police au Brésil. La police partout dans Manhattan, ah ! Comment ça se fait donc ? Le peule menacerait cette élite des non-élus réunie à New-York et aussi nos « valets élus » ?
4-
Je vais me mettre à la rédaction d’une lettre ouverte. Oui. Ma monomanie qui me reprend malgré le défouloir journal ? Bon. Contre qui Jasmin cette fois ? Je vais m’adresser au monde entier. Eh b’en, on vise haut, on voit grand ? Oui. Je vais écrire au nom de…Mahomet. D’Allah lui-même, ce « Allah ou Akbar» écœuré de ses fidèles fous furieux ! Une idée quoi. J’imaginerai un Mahomet absolument furieux contre… ses propres zélateurs ! Il va vraiment tempêter, fulminer, fustiger …ces « fous de lui ». Ce texte m’est venu en tête en visionnant ce terrible bon docudrame fait par des Français, à propos du « Vol 93 », l’avion détournée et « re-détournée » par quelques courageux passagers américains, le 11 septembre. Une histoire fatale, un récit horrible.
Reconnaissant, j’ai fabriqué un diplôme d’honneur aux feutres de couleurs pour les profs et élèves de l’école hôtelière d’ici. Un parchemin pour rire. C’est que ce « Paris Brest » était si bon…et les fruits de mer à la sauce je-sais-pas-quoi, et le foie de veau, et l’agneau, et le chocolat maison, et le reste, alouette ! Nous nous régalons et à prix modéré. Quelle veine d’avoir cette école à deux coins de rue !
Dans « Voir » Grenier nous apprend ceci : le comprimé d’ecstasy son coûte : 50 cents, prix de vente ? 40$ Ça c’est du profit chers « dealers » !
Je reviens —hier midi— de Vidéotron, rue Viger, canal VOX. Rencontre avec Serge Laprade qui, vétéran, revient au talk-show. Un autre. Moins que 15 minutes pour jaser sur mon dernier bouquin —illustré de photos que l’on fait voir à la caméra,. Ce « Je vous dis merci », Laprade semble l’avoir beaucoup aimé. Tribune téléphonique à la fin. Une dame me questionne « comment je fais pour avoir une si bonne philosophie de la vie. » Je reste embarrassé et ai répondu « Ma mère a su… ». Oui mais j’aurais dû répondre plutôt ceci : « Il faut s’estimer avant tout ». Un (ou une) jeune qui a une bonne estime de lui se conduira toujours « comme du monde ». Il ne va pas se droguer, ni rien. Il faut s’aimer pour pouvoir se tenir debout et ne pas se laisser enliser dans les conneries qui font « placebo » à l’insupportable mépris de soi-même. Tant d’enfants, élevés sans affection, —milieu riche ou pauvres— sont incapables, ne trouvent pas de raison, sont sans motivation, perdus, gâtés et abandonnés à eux-mêmes, bref, ne peuvent s’aimer. Socrate a parlé !
5-
Hier soir, vu « Un gars, une fille ». Encore l’ouvrage d’un obsédé sexuel, Guy Lepage et ses scripteurs nombreux ! À une heure où les enfants ne sont pas au dodo ! La SRC s’en contrefout ! Il n’y a plus de responsable nulle part. Dommage ! La « fille », bonne actrice, obligée de jouer l’obsédée sexuelle vendeuse de gadgets cochons, pénis de plastique, godemichés, vibrateurs, films de cul…Etc. C’est très triste. Débilitant. On en a, Asile et moi, une sorte de…haut le cœur. Rien de plus triste, de plus sinistre même que les pornographes. Connaissant un peu Lepage, un jeune homme cynique mais sain (en apparence), j’en arrive à croire qu’il se fait obsédé sexuel pour attirer la foule. Un salaud, démagogique auteur méprisant les téléspectateurs ? Ce serait pire encore, tiens, j’aime mieux croire qu’il est vraiment un pathologique obsédé.
À la fin d’Un gars… vol, vandalisme à la maison et bon, efficace et, hélas, bref sketch.
Avons regardé à ARTV « Le pélican » de Strindberg, traduction d’Adamov et adaptation (!) de René Dionne, musique de Léveillée, réalisation de Carrier. Une pièce aux bons ressorts dramatiques, à l’intrigue excitante mais…qui se cantonne dans un… surpace (?) énervant et vain. Serge Turgeon en vicieux exploiteur des femmes, fille ou mère, Gadouas Junior et Dorothée Berryman en enfants accablés par une mère avare et dénaturée, fort bien rendue par Marjolaine Hébert. Il manquait un…un je-ne-sais-quoi… Aile et moi, au générique de la fin, déçus.
J‘avais lu du Hervé Guibert. « À l’ami qui… » où le bavard pédé osait révéler que le célèbre Foucault (son ami) pratiquait des perversités sexuelles d’un masochisme scatologique défrisant ! Un tel cerveau si détraqué faisait réfléchir entre « jugement sain et intelligence froide ». Cela ne va pas du tout « de pair ». Hélas !
L’on publie « Le mausolée des amants’ un journal intime (Ah !) si j’ai bien compris. Pierre Thibeault, comme il croit nécessaire, recense son livre sans communiquer le moindrement de jugement…moral. C’est la mode actuelle et c’est la grand’ peur de passer pour moraliste. Une pitié. Il se laisse épouser par une Christine assez maso merci, lui flanquer son Sida, à ses deux gamins aussi…Thibault apprécie, semble-t-il, la sexualité crue, omniprésente. Une dimension de vie à sens unique quoi ! Il dit « morbide » mais « pas de complaisance ». Eh oui ! Dix ans après sa mort (du Sida) la Cristine toute dévouée (Mormonne, je dirais) s’autorise comme prévu à publier le…torchon : « Journal sur le mausolée ». Guibert : Zola le dégoûte (« L’œuvre ») et il se sent déshonoré de sa propre écriture. C’est fin, non ? Qui a envie de se plonger dans ce sinistre désarroi ? Pas moi. Tous les Thibault de cette terre littéraire déboussolée, oui.
Le même Thibault pose des questions utiles cette fois sur ce gala qui se prépare pour le mobde du livre. Quatre éditeurs reconnus a viennent de déclarer : non, gala vain et idiot ! Donnez, Ministre Diane Lemieux, cet argent du gala pour faire éditer davantage de nos manuscrits. Oh !
Le 23 avril, il y aurait 28 prix. Il y a plus de mille (1,000) livres à faire lire ! P. T. demande : « comment ? Lire 3 livres et demi par jour d’ici avril !» Donc, pas de crédibilité aucune pour ce gala des auteurs ? Eh ! Hélas, il termine par une basse allusion à Marie Laberge…Pourquoi donc ? Le succès enrage certains ! Curieux cette manie au Québec !
Éric Grenier (dans « Voir » toujours) jase sur le 12 millions de Coutu- pharmacien —et « magasinier général » de tous les coins de rue— offert généreusement pour faire avancer « la science des médicaments ». Un « juge et partie », demande Grenier ? Gros applaudissements du mécène…hum… désinteressé, en médias ! Avec justesse Grenier écrit que, face au 60 millions d’argent public, celui des contribuables, offert par la ministre Marois pour ce même bâtiment universitaire, c’est le silence compact. On fête pas la générosité des travailleurs taxés, du peuple. Belle connerie en effet !
Je vais lire sur « un chef de guerre », cette dénomination étrange. Sur le fameux Massouf, Afghanistan du nord, anti-soviétique envahisseur tué. Hâte de savoir s’il mérite tant l‘admiration de Bernard-Henri Lévy.
Marielle, ma quasi-jumelle, m’expédie une jolie carte pour me remercier de l’organisation de son anniversaire à la Piccola le 19 dernier. Aussi une lettre. Je lui ai rédigé aussitôt une réplique. Ma lettre mensuelle. Elle craint beaucoup avec ces « J.N » ici. Elle me dit : « Claude, fais bien attention, la vie privée … c’est privé. ». Wengne ! B’en oui…je le sais !
Entendu chez Bazzo sans Bazzo (est b’en souvent malade la brillante grande slaque, non ?) une entrevue avec trois cinéastes à propos d’un docudrame : « Le cobra magique » ou un titre du genre. C’est à « L’ex-centris », rue Saint-Laurent. Ils ont embrigadé une bande d’ados pour se faire la guerre. Du « paint-ball ». Mon petit-fils, Simon, en fut friand un temps. Il y alla deux ou trois fois. C’est cher ce camping sauvage et encadré à la fois . Et cela m’inquiétait. Or, l’un des trois gars affirme au micro de CBF-FM : « On a vite vu, constaté, comment l’obéissance, l’armée, l’encadrement organisé, (« notre scénario en somme » ) peut mener vite des jeunes au fascisme ! Ils perdent volontiers toute identité. Notre film illustre cela aussi même si nous savons bien que l’instinct, le besoin viscéral, de combattre, de batailler, est au coeur même du jeune mâle ! »
Oh oh ! Aïe ! Ma crainte est entière de nouveau. Je vais en jaser avec mon fils, le père de ce Simon. Vu, justement, hier soir, bout de film sur l’entraînement de jeunes cadets —qui iront en Afghanistan bientôt— de notre armée. Tous disaient candidement : « On a lâché nos études trop tôt. On avait pas d’avenir. Ça nous a fait un job quoi… » Les cris cons, les marches au pas, le masochisme accepté, les plus vieux en dominateurs gueulards, sadiques contentés, des jeunes automates, machines humaines décervelées, oui, hélas…Ce milieu en est donc resté à une sorte d’ esclavagisme bien puant. L’attirail vicieux de l’ obéissance aveugle…
Frissons chez Aile et moi devant le petit écran ! Gauche , droite, gauche…Une deux…Trois quatre…Quelles idioties navrantes, que de « caporal Lortie » aliénés, cinglés se font mâchouiller la cervelle… J’irai vite voir ce « Cobra… ». Et avec mon fils si je peux. Avant de partir civiliser les méchants Arabes intégristes ! Ce mot… intégriste…tiens ! J’ai peur.
Au coin de Bélanger et Saint-Denis, en face du Rivoli, il y avait un petit garçon de mon âge qui brillait dans ses études. Il fut admis comme moi, au Grasset des sévères Sulpiciens. Il est devenu un savant en matière de criminalité, je lis, mercredi matin, un savant « papier’» de ce Jean-Paul Brodeur. Il cause d’aide juridique…et de motards criminalisés. Il a grandi en science et en sagesse, c’est une sommité désormais. Hélas, il ne sait pas encore bien vulgariser ses études sérieuses. J’ai eu du mal à le suivre. C’était plus une simple flânerie aux vitrines du « Rivoli Sweet ».
Ça viendra tit-pit Brodeur, (tit-cul Jasmin, hon !) un jour, oui ?
À Brossard blâme sur des policiers qui ont laissé travailler des cameramen pendant qu’ils faisaient une besogne…descente dans…un bordel brossardien. On reproche aux agents d’avoir risqué que l’on voit bien les clients débauchés du lupanar !
Pis après ? Maudite justice tatillonne. Tu vas chez les putains…on peut les filmer prises à leurs pièges mercantiles…mais pas les clients ? Allons-donc…cette « légalité » à formulaires, à codes gonflés, à règlements variés, fait froid dans le dos.
Pas de machos bien mâles, caméra, stop ! Femmes bien mal prises car ceux qui n’aiment que les femmes-damnées, les pauvres salopes, caméra, oui, filmez ces prostituées, pas de gêne.
Certains ne respectent que la « femme-vierge ou la femme-maman », « la mère de mes petits », dit Kid Macho le con !
La femme-putain, ça c’est pour le plaisir, payée comptant, content ! On voit le jeu de ces braves clients. Kodak, arrière !
Si la femme est une truie, une cochonne, c’est la femme des joies physiques. La veille chanson chez les mâles tordus : t’as vu la danseuse à poil, ça c’est de la peau hein Farnand ? »
Reste qu’ à brutaliser un peu peut-être ? Qui, c’est pas Putain chic Nelly Arcand, call-girl snob pour enrager papa parti….pour messieurs délicats et fortunés !
Pas de kodak de ce côté huppé du monde ! Les exploitées volontaires… qui n’ont jamais mis les pieds en fac de lettres, elles, bienvenue les caméras…Épargnez les clients SVP. Policiers Linda DeLaplante et Pierre Bergeron, SVP, du monde respectable ces clients de motel louche ! 100 tomates la chienne, c’est pas des pinottes en partouze brossardienne , la paix à ces petits crésus en pantalonnade collective ! « Échange » de bons procédés, messieurs les avocats de ces vils maquereaux !Saviez pas ça ? Même le bozo lubrique ont droit à la discrétion. Société de droits, SVP. Ignominie !
Vive les caméras partout ? Si vous avez rien à cacher. Moi ? Rien. Honnêtement . Alors ? Quoi ? Quoi ? Je devrais avoir honte, gauchiste-à-la-Monique-Simard, caviar-et-fourrures, genre madame la féministe Cocue-Sartre-de-Bavoir. Car il faut te crier des « gros noms » si tu oses admettre dans nos rues (et nos motels) les caméras —cachées ou pas cachées. Le crack d’Attak, l’autre Jasmin, fulminerait…celui qui est à Porto Allegre en ce moment. Je l’entend gauchir à la radio, j’ai baissé mon Mozart opératique un peu… Ce Jasmin aurait honte de me lire ici, il dirait : mauvais gauchiste cousin de la fesse gauche !
M. Mignault du « Comité de déontologie policière », vous venez donc, en somme, de décréter : Partouzes à 100 dollars ou non, on verra plus rien à l’avenir dans nos quotidiens, braves citoyens encourageurs du vice ! Revenez à Bordel-Brossard-Motel-Ville ! On verra juste, c’est juste, seulement les belles guidounes, employées payées par des hommes invisibles . Amateurs de mamans-putains !
Eh bien moi, je dis :des caméras partout messieurs les hypocrites. La démocratie partout. Le génial ethnologue, anthropologue, le jésuite (si détesté par le Vatican qu’il l’expédiera en exil), Teillard de Chardin, lui, oui, lui, l’avait prédit : « Nous vivrons tous un jour dans des maisons de verre ».
Mettez-en même dans les bureaux des députés et des ministres qui se font offrir (hier, aujourd’hui demain, dans tous les partis) des valises avec des demi millions de piastres. Et qui n’appellent pas la police. Pas fous. On sait jamais si le fric venait à manquer, hein mon bon monsieur Royer, pas vrai sire Chevrotine joliettin ?
Déjà que plein de quidams qui s’en installent volontiers au-dessus de leur ordinateur. Petit œil crasse va ? La vie sera donc un reality-show, à Brossard, au petit motel-bordel, comme au Château Frontenac ? Eh oui ! Encore plus de kodaks à la cour-toute-neuve des bandits à Mom Boucher. Oui. Le peuple veut voir. Tout. Société fourbe qui dit « non à la caméra » pour pouvoir jouer en paix ses jeux de grands frustrés, de magouilleurs, de profiteurs.
Bon, voyons, du calme mon vieux, du calme. Bon. Je me tais.
Je m’emporte comme ça des fois, ne craignez rien…je sens de bonnes odeurs qui m’attendrissent et puis le ciel est tout noir à présent, et la neige se devine à peine sur le lac Rond…et j’ai faim…
On vit pas de caméras partout Monsieur Teillard de Chardin, pas vrai, vieux génie mort ?

Le lundi 21 janvier 2002

Le lundi 21 janvier 2002
1-Encore de la neige aujourd’hui. Ma foi, petite bordée après petite bordée, nous retrouverons l’hiver qu’on dit normal, Il fait doux encore. Ce que je déteste de cette saison, c’est bien ses froids polaires Or, cette année, ça va bien. Hier, dimanche, même hiver en douceur. Youpi ! Ce matin chez Bazzo, un gars qui  » fait du nord  » (comme il dit), un peu sociologue, ethnologue, linguiste aussi, ce Hamelin semble aimer à mort le  » nord moyen  » et surtout le  » grand nord.  » Il expliquait que le nord supérieur, arctique quoi, le Québec n’en a pas le diable. Il disait aussi que pour les Cris, Montagnais, Innuits aussi, Montréal et même Québec, c’est vraiment  » le sud « , le grand sud ! Voilà ce Hamelin qui raconte  » que le soleil, au Québec enneigé, est un soleil autrement plus revigorant, vivifiant que…dans les Antilles  » ! Pourquoi ?  » À cause, disait-il de la réflexion, et aussi de notre neige en cristaux par ici, qui nous rend une lumière multipliée.  » On devrait dire  » aller à la chaleur  » quand on va aux Antilles et non pas  » aller au soleil, c’est nous qui avons le meilleur soleil.  » Eh b’en !
2J’aime bien regarder  » Découvertes  » à la télé du dimanche. On s’y instruit parfois même s’il s’agit de  » dumping  » Hier, dumping de la BBC, Londres. Un instructif reportage sur la maladie de Parkinson. Avec une étude pour savoir si l’ECTASY, (ou extasy) drogue illégale, ne serait pas un remède efficace pour ces malades graves. En tous cas une partie contenue dans cet élixir pour bougalous frénétiques ! Diable, découvrira-t-on du bon dans l’héroïne, dans la cocane un jour ! On verra bien.
Au téléphone hier Gabriel, le benjamin de Marc et de ma fille :  » Papi,on va donner deux concerts à la Pace des arts, je te réserve des billets ?  » Je dis toujours  » oui « . Gabriel, étudie à Maria Assumpta (!) et, activité parascolaire, joue (bien) de la trompette et j’aime cet instrument, il sonne clair, il…vivifie, il est modeste, n’a pas la subtilité du violon par exemple. C’est du souffle…humain, transformé en sons mélodieux. Jeune, j’écoutais le fameux Harry James sur un  » record  » Victoria, étiquette rouge, et je mimais le trompettiste. Déjà cette clarté sonore m’excitait. L’an dernier à un semblable concert de petits orchestres d’écoliers, c’était Edgar Fruitier, surprenant, qui jouait le M.C. et habilement, humoristique et connaisseur, avec un grain de condescendance. Un brin de…. générosité. Ce sont des amateurs qui, parfois, réussissent fort bien à rendre une pièce.
À la télé, hier, zapette active, je pige des bribes de la série sur les Croisades. Ces expéditions punitives dégeulasses au fond. Le pape Urbain no. 2 partait ce bal étrange, de Clermont, en France. Et puis ce sera la quatrième… la plus absurde, la plus sotte de toutes, animé par le pape Léon X, et surtout commanditée par ce Doge de Venise (Dandolo) qui voulait régler de comtes personnels avec les Turcs. Affreuse tuerie ! Épisode désolant dans l’histoire catholique. Une honte terrible ! Ce pape, un peu plus tard, condamnait le moine Martin Luther pour son  » manifeste  » anti-indulgences, pur oser qualifier le pape d’Antichrist ! Excommunié à Worms, procès historique, Luther ira se cacher un an mais débutera la Réforme qui amènera la contre-réforme (aveu de culpabilité du Vatican au fond), et les guerres entre les deux factions —sorte de guerres civiles quand des chrétiens s’entretuent— odieux carnages au nom de Jésus qui va durer 100 ans ! Étonnant d’apprendre qu’au début de la Renaissance, les bases du savoir, gréco-romain, ayant été protégées, conservées, par…oui, les  » méchants  » musulmans. En Espagne . Ainsi, quand le monde chrétien s’éveillera enfin aux sciences antiques, les Maures purent fournir ce qui avait été détruit en Grèce. J’ignorais cela !
Zapette donc et, comme en même temps, vues imprenables sur la propagande loufoque des nazis en 1943-1944 alors que le hitlériens savaient qu’ils perdraient tôt ou tard. Un chapitre terrifiant là aussi. Le Canal Historia a pu louer des archives fascinantes. Ainsi, tous ces canaux  » hors-grand-commerce « , m’apportent ainsi des images estimables.
3
Je suis abonné à  » Le couac « , un mensuel qui se veut de la même farine que  » Le canard  » de Paris. Certes, parfois, il est lassant de constater une sorte de négativisme militant qui s’attaque sans cesse à tout ce qu bouge chez les politiciens actuels. Ici et là quelque articles bien étoffés. Un ton évidemment qu’on ne trouve pas dans les quotidiens ordinaires. J’aime bien cette sorte de culot, d’effronterie. Mon fond…néo-anarchiste?
Aile aime bien les galas, les cérémonies de remises de prix. Hier, les Golden Globes. On y a vu, bien entendu, les vedettes états-uniennes. Par grappes même ! Et l’acteur Crowe, ( » A beautiful mind « ) qui incarne si bien le Prix Nobel Nash, malade mental, a triomphé dans sa catégorie. Bien jugé. Enregistrement du reste du gala et nous allons à ce  » Campus  » de TV-5. Encore le fourre-tout, le ton empressé, les chroniques qui volent , les entrevues rapides. Essoufflant à suivre. C’est plus difficile à suivre que  » Le retour  » ou  » La vie, la vie « …rien à voir avec  » Cré Basile  » ! Chaque fois, j’en sors énervé et épuisé.
Nous constatons une fois encore comment les Français aiment ergoter, supputer, jouer le devins, les  » gérants d’estrade  » face aux actualité politiques là-bas. Oh la la! Un livre est publié et un autre, même sujet, surgit aussitôt chez les libraires. Un des invités de Durand est Pas cal Sevran,  » cette face à claques  » que je pouvais pas piffer à sa série  » La chance aux chansons « . Sa complaisance était imbuvable. Avec  » On dirait qu’il va neiger « , nous apprenons qu’il tient son journal (le vilain copieur !) et qu’il vient d’en publier de larges tranches. Sevran me devient aussitôt plus sympathique , j’ aime tant les diaristes, le journal intime. Il dit qu’il tente de faire aimer son compagnon de vie, Thierry :  » Oui, c’est vrai, je l’aime tant ce jeune homme, je veux que tous les lecteurs l’aiment aussi !  » Bien. Bon. Beau programme pour moi. Je vais mieux tenter de vous faire aimer mon Aile. Je le lui dis et  » Aille!, SVP, oublie ça. Tache d’éviter de m’y mettre, je t’en prie. Les gens se fichent bien du conjoint, de la conjointe.  » Eh misère ! Chez  » Campus  » il y a un ex-ministre de l’éducation, destitué par son ami Jospin, ce Claude Allègre, laid comme un pou, publie que Jospin est  » broyé  » par las politique. Éclats en studio Allègre soudain :  » Quoi, vous, cher animateur, quand vous étiez À Canal-Plus, vous avez été broyé aussi, et avez publié un livre sur vos déboires  » Silence éloquent de l’animateur !
Combat de gueules alertes que ce genre de…  » show « . Cela me fascine toujours. Ici, c’est , le plus souvent, révérences, déférence, mensonge, politesses, retenue et savoir-vivre et…
l’ennuie !
4-
Ce matin, je vais à J et C comme chaque matin et aussi m’acheter de la gouache pour mes essais graphiques nouveaux. Il y a pas de  » rouge « , bon,  » on en fera venir « . À la pharmacie, achat d’une potion pour les oreilles car cette sorte de prothèse fait naître des …bobos ! Trouve pas ! Me faut des timbres à un cent…car le prix vient de grimper ! Il y en a pas ! Ça va pas bien ce matin ! Au café, je renverse de mon cher bon jus ! Non mais… La journée s’annonçait mal ! Je descend à la cave-atelier du nouveau  » beurreur « …et , maladroit, je taches sur mon chandail ! Dos-je revêtir une salopette comme celle de ma photo sur la couverture de mon  » Je vous dis merci  » ? J’aime pas trop.
5-
J’ai vu l’intéressant film de Wong Kar-Wai, en cassette-vidéo :  » Les silences du désir « . Un homme cocu et une femme trompée finissent, tout doucement, par se comprendre et par se consoler des infidèles. L’amour unit les deux rejetés C’est bien fait et j’aime toujours voir un petit bout de la Chine actuelle. De là à y accoler 4 étoiles et demi… Madame Sarfati est ou bien fort généreuse ou bien  » folle des chinoiseries « . C’est un film modeste qui se regarde bien chez soi, à la télé. Rien de plus.
Radio à l’ atelier du  » beurreur « , CKAC. Le psy Mailloux, toujours truculent et assez toto plus souent qu’à son tour, se démène. La question du jour : la pédophilie, les pédérastes sur les sites Internet. Le Web en serait rempli !Plein de bonnes gens qui veulent savoir. On les instruit pas mal. On tourne les coins ronds. Un policier vient au micro. Pénible et délicat. Pas le droit de jouer le jeu du pédé…ce serait hors la loi. Il y aurait 500 sites ! Diable ! Il s’agirait de  » fichiers cachés  » (?), d’un site-mère
(père !) à Moscou ! La police cherche les mots de passe de ces pervers. Il est dit, répété, que ces pathétiques amateurs
d’imberbes s’installent dans les écoles ou autour, les centres récréatifs, les arénas. Ils cherchent à se faire employer comme coach, instructeur de toutes sortes, conducteurs d’autobus scolaires, gardiens d’enfants, de maternelles etc. Bref là où il y a des enfants à initier sexuellement. L’horreur ! Des enfants en cliquant  » barbie  » ou  » pokémon  » ou  » chats, chiens « … risquent de tomber sur l’imagerie décadente de ces grands malades. Quelle tristesse ! Pauvre progrès, pauvre Web, pauvre toile si utile cette invention pour répandre du savoir partout… Il s’agit, non, d’un  » détournement  » d’invention. De progrès quoi !

le jeudi 3 janvier 2002

le jeudi 3 janvier 2002
1-
Ça y est : mes J.N. peuvent vraiment débuter maintenant. 2002. Les quinze jours de J.N., en décembre, ont servi de… rampe de lancement. C’était pour l’an neuf que je voulais noter au jour le jour mes éphémérides. Projet : sa rédaction éditée en livre, début de 2003. Je relirais alors le journal fait ici et je pourrais en tirer la substantifique moelle ? J’avais lu cela —ce « savoir faire » d’un diariste—, et je trouvai ça plein de bon sens. En somme, au bout d’une année, faire la relecture —la revue— de cette masse écrite ici et la tamiser, la filtrer, en dégager les points forts. Espérer y trouver des pépites— non pas d’or— de vie. L’or du temps ! On verra bien.
Ce matin, un jeudi de beau ciel en bleu et blanc comme notre drapeau national. Troisième jour donc de l’année novelle. Dès ce matin, comme partout ailleurs sans doute, la reprise de la routine quotidienne : d’abord, lecture des quotidiens, cette drogue, et café sur café, autre drogue. Je n’en bois pus que le matin de ce « nectar des poètes », comme on disait au temps de Balzac qui en était, lui, complètement intoxiqué, et du fort, du très noir chez l’auteur de « Germinal » Sur son lit de mort , Balzac aurait dit : « Je meurs de 250 000 tasses de café! »
2-
Lundi soir, attente du jour un. L’actualité ? Par un biais étonnant, à la télé, une émission sur les Croisades. Un grand mot regretté de Bush jr. Le documentaire raconte la peur du Grand chef de Byzance. Les Turcs, venus de l’Asie centrale, s’installaient en ce qui deviendra la Turquie. Le chef des « christianistes » s’énerve, panique pour la chrétienté menacée et fait appel au pape Urbain pour obtenir quelques bribes de guerroyeurs vaticanesques. Le pape , en ce temps-là, menait son affaire comme tout chef d’état avec armée et autres ressources bien laïques ! C’est au château-forteresse-abbaye de Cluny que niche la place forte des catholiques. Cluny ira beaucoup plus loin que le désir de renfort de Byzance Ce sera le prêche fou : « On a mal lu les évangiles. Le Christ permet de tuer, jamais un autre chrétien, mais les infidèles, les impies (entendez les Turcs), cela oui, mais oui, le Christ autorise les assassinats. »
Début de la dizaine d’horribles foires d’empoigne écœurantes : les Croisades ! Ces « chevaliers » moins valeureux que pirates. Des foires qui ont foiré justement. Beaucoup de sang, des pillages dégueulasses ! Plus tard, les masses de reliques folichonnes à marchander : dont ce « nombril du Christ, et quoi encore ? Le bois « de la véritable croix de Jésus » formerait des douzaines de potences sacrées !» Puis, ce sera l’odieux commerce des indulgences pour raison de construction du Vatican.
Tous les dimanches matins, au collège, c’était l’étude obligatoire de l’Histoire de l’Église, pas un mot sur ces turpitudes chez messieurs les Sulpiciens. Oh, les mensonges ignobles qu’on nous a conté ! Tromperie indigne sur des jeunes cerveaux malléables. Devrions-nous exiger des excuses? Cette mode des pardons à la chaîne, pouah ! C’est vain. Le mal a été commis. Inexpiable. Que les vieillards en soutane crèvent avec les remords. S’ils en ont, ces vieux fous !
3-
Je lis que le grand dramaturge catho, Paul Claudel, avait des actions dans des industries de guerre allemandes (nazis), durant le conflit, qu’il n’avait pas respecté sa promesse d’aider sa fille illégitime —tiens, tiens, tout à fait comme notre René Lévesque ! De là, j’y reviens, à traiter de tels brillants prosateurs de « sales cons monstrueux » comme Foglia le fait…Ouow ! C’est triste, ça empêche pas l’inspiration tout à fait hors du commun.
Cette télé, si assommante partout, à cause principalement des publicités tonitruante que je ne supporte plus. Il n’en reste pas moins que…Que j’hésitais —dans « les aveilles » du grand premier jour— entre revoir le monologueur Deschamps, ou visiter San Francisco, ou observer (sur 3 chaînes !) cette « Bottine souriante » (on les sort aux Fêtes seulement !) ou passer en revue le jour 11 septembre fatidique… L’ on vogue d’un canal l’autre…Deschamps toujours coriace, faux-innocent cruel et provocateur, c’était bon mais…j’éteins (les maudites pubs !)
4- et décide de lire un livre qui traîne sous la table à café. « L’histoire des forgerons » (un album « Time Life », illustré grossièrement hélas ) ses débuts (tiens, en Afghanistan !) ses découvertes inouïes, ses trouvailles renversantes, ses bijoux fabuleux, ses inventions guerrières. L’or et l’argent d’abord. Puis, dans l’ordre ce sera l’âge du cuivre, puis celui du bronze, enfin du fer !
À la fin, je me suis senti un peu plus intelligent.
Avec la télé, c’est moins fréquent , nous sommes d’accord ? Cet album faisait son tour de tous les continents. L’art des fontes savantes, des fours à sarbacanes, des coulages délicats par le procédé de « la cire perdu », en Chine comme en Arabie, et, à la fin de ce « voyage en métaux fondus », relire les pillages monstrueux des extraordinaires « métallurgistes », vraiment surdoués, chez les Aztèques, Mayas et Incas, par ces horribles conquistadors venus d’Espagne fait froid dans le dos.
5-
Agapes réussies quand s’amena tous les chers miens au soir du « JOUR UN ». Raymonde, bedaine sur son poêle, chassant « l’intrus » sans cesse, moi, a su contenter les onze becs avides.
Au dessert café, échange rituelle de petits cadeaux, symboliques puisque nous avons tout, bourgeois installés confortablement. Gabriel, benjamin de ma fille, tourne autour de nous avec un caméscope tout neuf. Images furtives dont celles du papi qui raconte des histoires comiques. Rappel, c’ était inévitable, du tragique 11 septembre à Manhattan : « Moi, j’étais en voiture… J’étais à me cours… J’étais à lire mon journal… » Etc.
Les souhaits volaient… et, bien entendu, les bonnes résolutions, hum !
6-
Lendemain de la fête, mercredi matin, ayant reçu tout un bloc d’albums-à-photos, nous voilà, Aile et moi, à dresser des piles de photos. Les amis, un album. Les familles, un autre, « nous deux » encore un. Enfin un album pour des photos de voyage, des îles de la Madeleine à Porto Plata, l’hiver dernier. Que de « moments de vie ». Que de témoins du temps qui file. « Mon Dieu, que j’étais jeune, une fois ! » s’exclamait Emmanuelle Riva dans le film de Duras-Renais « Hiroshima, mon amour ». Si vrai ! Nostalgie qui nous saisit alors ! Un certain silence s’installe tout à coup. Malaise. La loi impétueuse de la vieillesse qui nous dit, la cruelle : « Voyez, comme vous étiez beaux et jeunes, un temps ! » Salope !
J’ai terminé enfin ce roman, « Aliss », du jeune Patrick Senécal. J’aime lire la ponte des cadets. Un monde nous sépare.
Chez Senécal, en début, que d’hommages…aux amis, aux conseillers (!), aux chers parents, aux réviseurs, etc. À la fin, que de « sources » indiquées. À Kundera, à Jean Racine, à Anaïs Nin, à Sade, à Nietzsche…et à Lewis Carroll, auteur du célèbre « Alice… ». Oui, un monde. Dans notre temps (oui, pépère on t’écoute !), foin de tous ces remerciements. Nous écrivions, vierges, innocents, pionniers, nous avons, candides, le sentiment d’écrire sans cesse les premiers livres de la terre de Québec.
De nos jours, ces romanciers ont fait de longues études littéraires, connaissent les ouvrages des « illustres », s’en inspirent volontiers. Font des sortes d’interminables Paraphrases. Ainsi son « Aliss » n’est pas seulement un salut àl’ « Alice » de Carroll, mais aussi à Sade, le marquis malade d’ imageries d’une sexualité pathologique et sanguinolente. J’ai détesté son roman pourtant farci habilement de trouvailles solides, de « lignes » drôles, d’image fortes aussi. Son idée d’une sorte de voyage « initiatique » par une jeune fille venue de banlieue ( Brossard), décrocheuse, se retrouvant via une station mystérieuse du métro (cela est fameux !) dans une sorte de cité maudite est efficace au début. bonne. Hélas, ce n’est que « drogues et sexualité pervertie ».Cela fait convenu désormais. Pas de monstres, pas d’animaux mythiques, ni paysages surréels, pas de secrets, de tabous, de codes mystérieux. Pas de symbolique un peu surréaliste. Rien. Rien que les drogues (Macro, Micro et Royale, gélules habituelles !) et des partouses « ouellebecquiennes !
Des piqueries, des danses à 10 piastres, de l’échangisme aux piments usés à la corde (que de pénis et de vulves en l’air !), voyeurisme improbable, « adolescentisme » assommant ! Ce n’est que jus, liquide, un « ondinisme » infantile ! Obsession de l’ auteur ! Fantasme à sens unique ! Il y a une pègre classique, et les déviations d’un sadisme rebattu.
La fugueuse découvre quoi ? Le mal ? La fin d’ »Aliss », très moraliste, le soutient en toute bonne conscience ! Elle a jeté sa gourme mais va se marier, sera heureuse, et aura …deux enfants, un garçon, une fille ! À Québec en Haut , avec un type de bonne famille.
Et « cui cui cui », mon histoire est finie, disait Maman Fon Fon !. L’auteur, lui aussi, a jeté son sac d’ordures scripturaires, et, page de la fin, le jeune auteur écrit : « Merci papa, merci maman !». On croit rêver ! C’est bien long, un roman plein que l’on bourre de pages dialoguées longuettes… devenant ainsi, davantage qu’un roman, un scénario de télévision érotico-porno. Le livre aurait pu se passer de 50% de son volume. Déception. L’idée du jeune Senécal, je le redis, était excellente. On l’a assez dit : aucun texte n’est innocent : on éjecte, on projette, ce que l’on est. Hélas !
7-
Comme tout le monde ou presque, guet des émissions de fin d’année :
Tiraillement…Il y a et L’INFOMAN à la SRC (je j’estimais modérément) et Marc Labrèche à TVA. Valse-zapette comme il se doit. Le forcené moqueur, Infoman, a gagné : il y en avait des fortes ! Chez le Grand Blond, quelques bons moment. Plus tard :chez Bureau qui a un si beau bureau, conversation mal menée avec des humoristes. Plutôt ennuyeuse machine. Bureau est toujours comme… mal à l’aise avec les gens du monde des arts et spectacles. Je ne sais à quoi cela tient ! Avec des écrivains, il fut souvent bon (Paul Auster entre autres) avant de devenir un « homme d’infos ». Certes il fait précieux de « prime abordage » et un tantinet 18 e siècle mais il est cultivé, bien articulé dans ses topos, structuré dans ses questionnements. C’est toute autre chose qu’un Bernard Derome, par exemple, dressé avec —avant tout— lecture de papiers rédigés part d’autres. Bureau est très capable de formuler ses pensées et de jouer son propre jeu. Autre génération. Autre façon de faire au fond dont Derome et Cie ne sont pas responsables. Foin de « La fureur » , émission-jeunesse (?), on va au dodo avant minuit, il fallait être en forme pour la réception des miens pour le Jour Un, le lendemain.
Oh, oh :ça sonne en bas, voici Laforce, retraité de la SRC et devenu prof à Grasset et à Saint-Hyacinthe; c’est un départ ! En route pour une marche de santé de Val Morin à Saint-Adèle par la piste cyclable et skiable…Vive le froid ! Hum…

«NOËL DU CÔTÉ DE LONGUEUIL»

  • conte diffusé sur les ondes de CKAC, Noël 2001

  • À chaque année, à Noël, nous allions chez mémeille Jasmin, à trois coins de rue de chez nous.

    Elle était  » la riche  » de la famille. Elle avait un arbre de Noël géant avec un assortiment de boules compliquées, des guirlandes d’or et d’argent, des lumières multicolores clignotantes. Chez nous, juste une crèche, papa le pieux, papa le peureux craignait trop les incendies.

    Chez mémeille Jasmin, au 7453 St-Denis, la maison nous semblait luxueuse, tapis de Turquie dans le couloir, au boudoir, au salon, dans cette salle à manger avec beau buffet,  » side board « , argentier, vaisselier de bois sculpté. Les murs de sa demeure était en relief, du  » graphtexe « , disions-nous. Il y avait vitraux colorés au dessus des fenêtres,  » foyer  » artificiel avec et une machine lumineuse rotative, faisant rougeoyer les charbons de vitre noire.

    Oh, que nous aimions cette visite de Noël ! Mémeille-la-riche veuve, nous donnait à chacun un gros cadeau, étrennes rares. Le matin de Noël, nous avions dans nos bas suspendus, une orange, une banane, deux bonbons, deux flûtes de papier.
    Habitait chez mémeille, le frère de papa, mon oncl’Cléo, Léo de son vrai nom. Le benjamin de mémeille était cantinier du CiPi Ar, Monréal-Québec, Québec-Montréal. Il me prenait comme  » helper  » parfois. Je l’aidais, avec un harnachement lourd pendu au cou, à vendre ses sandwiches, ses eaux gazeuses. À Québec, nous couchions dans une petite chambre mansardée, rue St-Louis. Je me pensais à Paris chaque fois. Je voyageais, moi !Je voyais du monde, j’avais vu le Château Frontenac avant mon frère et mes soeurs ! J’avais déjà rencontré Monsieur Duplessis, en personne dans ce train. Il fumait son cigare, avait bu de mon jus d’orange, m’avait donné un dix sous de pourboire avant de reprendre ses palabres avec ses sbires au fond de son wagon.

    Mon oncle  » Cléo  » aimait rigoler, pas comme mon père faux franciscain à la triste figure du Tiers-Ordre L’oncle Léo était le parent le plus joyeux de notre tribu. A chaque fête de Noël chez mémeille, mon oncle Cléo invitait Vila, son homme à tout faire, son grand ami  » Vila « , qui se nommait Ovila. Ce Ovila me fascinait. Il jouait des claquettes avec des os de cochon, de son harmonica, véritable ruine babines, aussi de la guimbarde qu’on appelait une  » bombarde « . Ovila, bout en train excentrique, nous faisait danser des gigues, nous entraînait, les enfants dans des chansons à répondre‹ » envoyeille , envoyeille, la tite jument! ou :  » y a des hommes de riens qui y viennent et qui y viennent! « . ‹Un animateur d’une énergie rare l’ami de Léo.

    Chaque Noël, on avait hâte, les enfants, de revoir ce bout en train pourtant décharné, au visage osseux, blanc comme un drap mais si plein de vie. Je vous raconte une découverte à ne jamais oublier en cette veille de Noël de 1940. J’avais 9 ans. Onlce Léo me téléphonait : Mon p’tit Claude, cette année , mon Vila veut pas venir fêter. Y dit qu’il y a de la maladie chez lui, son plus vieux, Amédée. Quoi ? Je découvrais que notre saltimbanque annuel avait une famille et un enfant malade ? Il était donc un papa comme j’en avais un ! J’étais tout surpris. On s’imaginait, ‹l’égocentrisme des enfants‹, que le joyeux drille Ovila, était une sorte de bouffon sorti de nulle part. Un clown descendu du ciel pour le bonheur de la famille chez mémeille Jasmin.

    Oncle Léo ajouta :  » Vila t’aime bien. Tu vas venir avec moi et on va aller le convaincre, on va y secouer les puces, un Noël sans lui, ce serait pas un vrai Noël.  » J’étais d’accord. Mon oncle s’amena dans sa Ford rouge vin et en voiture !
     » Où est-ce qu’il habite, votre ami Ovila ?
     » Je sais pas, j’y suis jamais allé. Regarde, j’ai griffonné son adresse sur mon paquet de Players, c’est de l’autre coté du fleuve. Rive Sud. Près de Longueuil.
    Derrière la banquette de la Ford, il y avait des tas de sacs remplis de vieux journaux.
     » Pourquoi tous ces sacs, mon oncle ?
     » Ah ça, c’est lui qui me demande ça. Mon Vila dit que ça y fait du calfeutrage, mes vieilles gazettes. Il est pas riche, tu sais.
    Cela aussi m’étonnait. Non pas qu’il soit pauvre! mais que cet artiste puisse avoir des besoins si réels. Oui, ce grand désossé n’avait eu jusqu’ici aucune réalité vraie. J’allais rencontrer chez lui le bouffon de nos Noëls rituels, dans un autre cadre, dans sa maison. On traversa le Pont Jacques-Cartier.

    Mon oncle Cléo stoppa à une garage pour demander où se trouvait l’adresse fournie. Le garagiste, la fumée lui sortait de la bouche, se pencha à notre portière:
     » Oh, ça, là, c’est en bas, en arrière de Longueuil, c’est un trou de misère, c’est Jacques-Cartier. Les chômeurs de la ville s’installent là, sans permis ni rien. B’en souvent :y z’ont pas d’égout et pis pas toujours d’aqueduc pour l’eau courante.
    Diable ! Ovila vivait dans la misère ! C’était incompréhensible. Un homme si chaleureux, si gigotant.
     » Combien il a d’enfants Ovila, mon oncle ?.
     » Je sais pas trop, quatre, cinq , je sais pas . Je l’ai connu au  » Ci Pi Ar « , mais il a perdu vite sa job. Il savait rien faire au fond. Moins bon que nos nègres pour porter les valises.  »
    Quoi ? Ovila, un bon à rien ? Lui qui savait si bien raconter des blagues, qui jouait si bien de sa musique à bouche. Qui savait faire danser toute notre tribu, un bon à rien ?

    Je me réveillais raidement.

    Au sud de Longueuil, on a vu une pancarte :  » Ville Jacques-Cartier. Défense de  » dumper  » partout.  » Défilaient des rues de maisons plutôt sinistres. Des murs rafistolés avec des annonces rouillés de Kik,de coke de pepsi, de seven up. Des placages bizarres, des rafistolages inouïs, morceaux de bois vermoulu, restants de prélart, planches décolorés, des portes sans peinture, des fenêtres aux carreaux brisés, aux rideaux de guenille souillée.
    Aux carrefours, des silhouettes louches, courbées, mains aux poches, collets relevés, se faufilaient, semblant fuir des ombres indiscernables. Ma foi, j’étais dans un conte de Charles Dickens !

    Par ici pas de couronnes de guy aux fenêtres, aucun sapin lumineux comme dans notre rue Saint-Denis.

    Enfin, la rue indiquée !Enfin l’adresse, peinturluré sur un bout de plywood noirci. C’était là.
     » Ouaille, dit Oncle Léo, c’est un shack branlant, y a pas à dire.  »
    Le garagiste avait expliqué :
     » Méfiez-vous, c’est plein de monde croche par là, des voleurs, de la  » tite pègre  » vit dans ces baraques « .
    On a stationné. la Ford. Coups de klaxon de mon oncle. Ovila apparaît dans la porte. C’est bien lui, il sourit, tousse, crache.
    Mon oncle gueule :
     » On vient te charcher par la peau du cou « .
    Notre clown, plus blanc que jamais, éclate de rire.
     » Mon Vila, on va se prendre à deux, mon neveu pis moé, pour te convaincre pour Noël, demain. Tu peux pas nous faire ça, Vila !
    Ovila grelotte dans sa vieille veste de laine grise rapiécée, se penche dans la voiture;
     » Ah bin, mon Léo, tu m’as pas oublié.  »
    Il s’empare des sacs de vieux journaux, tout content. On sort, on marche vers sa demeure. Un filet de fumée très noire s’élève dans ce ciel de veille de Noël. Nous entrons. Des odeurs de moisi assaillent nos narines. Il n’y a pas de salon, ici, pas de tapis de Turquie, pas de murs de  » beurlap « , pas de vitraux aux fenêtres. Il y a un espace central, un gros poêle à bois qui boucane, une longue table, des chaises parfois sans dossier, un banc bancal. Au plafond pendent deux guirlandes de papier crêpelé. Une demoiselle à jupette, déguisée en père Noël, tournicote sous la lampe à poulie, elle tient un cierge allumée, dans l’autre main, un cahier à musique, c’est une annonce cartonnée des chocolats Laura Secord. Au fond, dans deux enclaves avec des portière de vieux rideaux en lambeaux, des lits. Dans l’un, cet Amédée malade qui renifle. Une fillette peigne une poupée ruinée, manchote.

    Deux petits garçons, assis sur le prélart délabré, se font un jeu de blocs avec des retailles de bois.

    Gêné comme moi, oncle Cléo disribue des cannes de bâton fort aux enfants, tente de les faire rire en imitant  » Woody Woodpecker « . L’épouse de notre clown merveilleux, traits tirés, cheveux défaits, le tablier taché, est étendue sur un divan crevé, nous fait signe de parler moins fort, indique le coin du Amédée tousseur. Tous nous regardent sans sourire, puis Ovila nous conduit au fond d’une chambre, on découvre dans une caisse d’oranges vide! un bébé naissant !
     » Oui, mes amis, c’est notre nouveau né, c’est notre cadeau de Noël. Il est né à minuit, avant-hier. C’est le docteur Ferron qui est venu délivrer Albina.  »
    La mère aux dents cassées dit :
     » On va le faire baptiser après-demain. Devinez comment on va l’appeler ?
    Ovila prend le poupon dans ses maigres bras et dit :
     » Noël, évidemment, Noël Vironneau. C’est notre petit Jésus.  »
    Je savais plus où me mette. Je n’avais jamais vu la misère, celle dont nous parlait le curé, les frères à l’école. Je m’imaginais qu’il n’y avait que nos petits chinois à dix cents pour connaître tant de pauvreté. Mon oncle s’accroupit près de la caisse d’orange et resta muet un long moment puis, à ma grande surprise il entonna d’une voix enrouée :
     » Il est né le divine enfant, jouez hautbois, résonnez musettes!  » Ovila, lui, chanta :  » Dans cette éta-ble que Jésus est charmant qu’il est aimable, dans son avènement! Il est tout à la fois!  »
    Toute la famille Vironneau entonna le cantique. Je me taisais.
    J’avais plus de voix. C’était une veille de Noël étonnante.
    C’était une drôle de  » crèche de Betléeem  » à Jacques-Cartier, si loin des pays arabes de nos images pieuses. Pas si loin ce chez moi. Je sortis le peu d’argent gagné à servir des messes, le mis près de la caisse d’orange-berceau. Oncle Léo m’imita, il sortit deux cinq, deux deux, des dollars tout fripés.

     » Tiens mon Vila, c’est pour leur acheter des petites douceurs demain à Noël.

    Bien catéchisé, je songeais à Joseph et Marie. Ici, il n’y avait ni boeuf ni âne. Il n’ y avait que deux poules près de leur cabane, et un coq aveugle. Ovila remercia, sortit son harmonica et joua,
    mélancolique,  » Un Canadien errant « . Il fallait partir.

    Rendu dehors, l’oncle Léo dit :  » Demain, tu viendras pas ? C’est définitif ? Si tu viens, tu repartirais pas les mains vides ?  »

    Ovila regarda dans la fenêtre sa femme avec son petit-Jésus nommé Noël dans les bras et finit par dire :
     » Bon, okay, Léo, je vas y aller. Mais pas longemps. Pis merci encore pour tes sacs.  »

    J’avais remarqué les gazettes cloués partout sur les murs contre le froid du dur hiver québécois.

    ***
    Le lendemain, chez mémeille Jasmin, quand Ovila entonna son  » Minuit Chrétiens « , puis :  » Les anges dans nos campagnes!  » et le :  » Ça bergers assemblons-nous!  » j’étais comme ailleurs, en arrière de Longueuil. Je songeais à la crèche-caisse d’orange. Je me disais :
     » Ça peut donc être vrai, un Jésus né dans une étable !  »
    Ovila nous encourageait à entonner en choeur :
     » Il est né le  » divine n’enfant  » !

    Je remarquais qu’il avait les yeux pleins d’eau notre  » joker « , notre bouffon blanc, inconnu jadis, qui avait une famille mal cachée derrière des annonces de coke et de pepsi. Alors, à ce Noël de 1940, j’ai moins mangé de gâteaux, de friandises, j’en cachais partout pour les offrir à Ovila avant qu’il s’en aille vers sa crèche du côté de Longueuil.

    Joyeux Noël à ceux qui ont le ventre plein,  » itou  » aux  » ventres vides  » du mauvais sort !
    FIN.

    le jeudi 20 décembre 2001

    1-
    Première vraie neige hier soir, tard. Lumières clignotantes dans la rue. Par la fenêtre, je vois armada miniature; déneigement déjà ? Je vois une masse métallique sombre stationné au bord du trottoir, charrue fixé, ronronnement du moteur, grondement sourd, grosse bête qui va bondir, des phares, des clignotants jaunes et rouges, sur les côtés, sur le toit, lumignons dans la nuit. C’est joli, reflets dans mes cèdres saupoudrés d’ouate. Me sens comme Truffaut dans « Close encounter… » fasciné, ébahi. Grand bébé, vieil enfant !
    2-
    Aile se lamente hier: « Noël: un commercial à n’en plus finir ». Vrai. On s’adapte en rechignant.
    Les cadeaux ? Mon Dieu, à qui, et quoi offrir ? Je fais des chèques depuis des années. Ainsi, leurs choix, de l’argent quoi, aux deux enfants et aux cinq petits enfants. Facile ? Oui, paresse? je sais bien. L’idéal ? Y réfléchir, questionner subtilement, observer amoureusement et puis surprendre. Mais c’ est plus compliqué. Oui, paresse. J’ai un peu honte.
    Aile et moi, une vieille entente de jadis, jamais de ces cadeaux rituels aux Fêtes. Non.
    Le cadeau puisque « chaque jour » est une fête, un Noël, vrai pour des amoureux: Aile, elle-même, le plus beau des cadeaux. Pareil pour elle. C’est Aile qui le dit.
    Que d’elles, que d’Ailes hein ?
    3-
    Lu en attendant d’entrer au magasin de « l’école des chefs » ‹poulet farci, canard, tourtière‹ « À ce soir » de Laure Adler, vue au canal TV 5 au « Cercle de minuit ». Fini de le lire vers 20 h, après souper. Laure a perdu un petit garçon, Rémi, vraiment tout jeune, deux ans ?. Une sorte de pneumonie fatale, mystérieuse. À ce soir raconte le douloureux souvenir de cet été effrayant où elle et son compagnon de vie vont et viennent sans cesse à l’hôpital pédiatrique à Paris. Un livre certes émouvant mais mince. Un faux 250 pages, c’est gonflé. Pages blanches, espaces larges. Raymonde a pleuré en le lisant avant moi. J’ai été touché , le sujet est si triste: la mort d’un enfant. Pas bouleversé. Adler y est sobre, c’est bien, trop pudique…pas de générosité, dirais-je. Elle file tout droit, dans ses larmes, sa détresse et nous accorde bien peu d’informations. Sur son travail, sur elle, sur « lui », sur l’enfant condamné, la gardienne, etc. C’et écrit avec art cependant, avec des trouvailles littéraires bien amenées. On y trouve aussi des infos terribles ‹ses crises de fureur face à ce désordre hospitalier, oh !‹ sur le monde médical. Oh mon Dieu, c’est donc partout pareil , les urgences…lentes, les médecins froids, pressés, distraits…Misère !
    4-
    Un père Noël du Complexe Desjardins raconte à « Montréal, ce soir » les gens pressés, les parents à la course, le temps qui court, vole…Un vieux bonhomme étonnant. Je questionne Aile: « Toi, tu y as cru longtemps au bonhomme de Coca-cola ? » Sa réponse: « Non, un jour, veille de Noël, je dépose ma poupée au pied du sapin et je dis à ma mère, « je veux que le Père Noël sache bien que j’en ai déjà une, que j’en veux pas deux, qu’il doit m’apporter autre chose ». Ma mère dit:  » Voyons, inutile, il le sait bien, il sait tout ». Alors j’ai compris que c’était impossible cette mémoire pour des millions d’enfants dans le monde, que ma mère mentait. Et j’ai cessé ainsi d’y croire. J’avais quatre ans ? »
    Elle me questionne et je découvre que chez nous, pas de bonhomme Noël, il n’existait pas. On n’en parlait même pas. C’est bien, non ? Mon père ne parlait que du petit Jésus et installait sa crèche compliqué dans la fenêtre du salon où il n’y avait jamais de sapin. Que cette crèche élaborée. Comme je le raconterai demain matin à CKAC, il y avait l’énorme sapin décoré chez mémeille Jasmin la riche veuve. Une splendeur à nos yeux, son sapin.
    5-
    On a viré le gras tribun démagogue, André Arthur, à Québec, pour le remplacer par l’ex-mairesse de Sainte-Foy. Dans la rue, un très jeune questionné m’étonne agréablement à la télé hier: « Le monde des médias me surprendra toujours et je veux pas trop m’en approcher pour pas troubler ma quiétude ». Paf ! De même, d’une seule « fripe ». Soudaine belle espérance en la jeunesse d’ici s’ils sont nombreux de cette farine.
    6-
    L’auteure de « Putain », Nelly Arcand, un pseudo, veut faire machine arrière subitement ! La Presse de ce matin publie son long plaidoyer très pro domo : « je ne suis pas ce que l’on pense ».
    Quelle connerie. Elle a écrit sa confession-analyse au « je », elle a minaudé aux interviews, genre: c’est moi et c’est pas moi. » Voilà qu’elle tente à cette heure de passer pour innocente de son écrit. Franchement !  » Je suis pas putain », clame-t-elle et une photo énorme la montre, nombril à l’air, faisant le jeu de ce qu’elle condamne:  » la marchandisation du corps féminin. Paradoxe, contradiction, trop tard pour sortir d’une confusion qu’elle a entretenue bien commercialement. Nelly est-elle sotte ?
    7-
    Paraît que « Tourism », prochain film de Lepage illustrera le monde des « corps » en vacances dans des « clubs ». Ah ! La sauce-Ouellebec (« Plateforme ») s’allongerait donc partout. On verra bien. Vision toute autre ? Je viens de lire « Hauts lieux de pèlerinage »(Flammarion), plein d’ilustrations qui vont de ce fameux Saint-Jacques de Compostelle (à la mode ces temps-ci dans le milieu des artistes) jusqu’à Fatima, Lourdes, Notre-Dame de la Salette, etc. etc. Images étonnantes, texte niais et fade (Martineaud et Moreau). Papa aurait aimé lire et voir ces reliques, vieux os, crânes, « le nombril de Jésus », oui, oui, le c¦ur du curé d’Ars et autres facéties d’une religiosité imbuvable. Un monde carnavalesque stupéfiant. Un commerce à indulgences éc¦urant. L’exploitation des infirmes, des malades, des désespérés. Laure Adler raconte dans son « À ce soir », son recours aux dévotionnettes et même aux médiums, sorciers,
    pratiques occultes, etc. Un très bon passage de son livre . Elle en a honte mais elle dit bien qu’en état de désespérance, tout devient un secours plausible. Tristesse. Et je dis à Aile: »tu sais, toi gravement condamnée , ma foi (!), moi aussi, j’irai à Fatima, à Lourdes. La confiance, la foi totale, sincère, peut faire changer un métabolisme et, parfois, guérir, non ? » Elle reste songeuse ! Le livre raconte aussi Rome aux 365 églises-à-reliques, Jérusalem aux « lieux » évangéliques sur-exploités, pour touristes chrétiens ! Curieux: plein de vierges Noires (Éthiopiennes ?) dans maints lieux de… pérégrination. Marie en négresse ! Bizarre non ? Renan, Taine, d’autres laïcistes affirmaient: « l’ouvrage du démon ces piéticailleries ! » Les réformistes protestèrent aussi, bien sûr face à tous ces papes complaisants du « marketing » primaire religieux. « Le nombril de Jésus » Non mais…! On a parlé jadis de son « saint prépuce » !
    8-
    Je ne cesse pas de lire, livres et revues françaises, sur les dangers du racisme., J’y voyais une sorte d’obsession. Je prends conscience maintenant (autres livres lus) que l’élite ‹écrivains, intellos, journalistes, profs‹ française a très mauvaise conscience, une lourde honte collective, face aux tolérances de l’antisémitisme ardent de (pères et grands-pères) la France d' »avant » et de « durant » l’occupation des Allemands nazis. C’est de cela, de ce poids accablant sur la conscience nationale, qu’elle parle sans cesse au fond. Idem sans doute, en pire, en Allemagne.
    9-
    Mon tit-Paul Buissonneau, vieux stentor toujours énergique, hier avec Claude Charron à Canal Historia, que je regarde très souvent Paul raconte La Roulotte des parcs à ses débuts et dit de moi: « Eh oui, Claude était mal pris, jeune chômeur…il est venu m’aider aux costumes, aux décors… ». Eupéhmisme: son théâtre ambulant m’a aidé de mille façons. C’était une « école » de vie, de générosité, d’initiation au monde réel, ces enfants-en-ville, l’été, privés de rêves, d’images.
    10-
    Minou Pétrowsky, mère de Nathalie, à Cbf-fm, démolissait complètement le film « Le Seigneur de anneaux ». À l’entendre, m »explique Aile, c’est un navet, que des bagarres, des effets agressifs, des truquages infographiés , des décors-maquettes trop visibles, bref un film stupides, des guerroyages sans fin. Eh b’en, cela avec une fortune colossale. Les ados du type de mon petit-fils, Simon, amateur de moyennâgeries chevaleresques vont-ils, eux, mieux apprécier. Je le questionnerai au Jour de l’an.
    11-
    Christiane Charette à sa dernière performance…patate, le vide, l’échec ! Embrouilami avec le « cantiqueux » sympa Desjardins… Platitudes soporifiques avec l’acteur exilé à New-York, Lothaire Bluteau tot mélamgé, confus à l’extrême, et « song in english » avec un Comeau sérénadeur venu de Bathurt au New-Brunswick… Une heure plate. Hélas. Toute la saison, Charette a su faire voir des mélanges d’invités formidables. Dommage pour hier soir, un adieu ennuyeux !
    Quand je bloc-note sur télé, comme ici, ça me rappelle tant de topos livrés à CKAC, à CJMS si longtemps, et à CKVL à la fin, où je devais forcément regarder tant d’émissions que… je ne voulais pas voir. S’imposait naturellement cette revue des « populaires ». J’en avais mal au ventre parfois devant ma télé. En bout de piste, virage et ce fut la série « La moutarde me monte au nez » avec Marcotte et du plaisir, des farces et des coups de gueule, très ad lib !
    C’était, il me semble , dans une autre vie tout cela !
    12-
    Descôteaux ce matin dans Le Dev qu’il dirige: « Esprit libre et Droite, ça ne va pas ». Bien raison.
    John Saul, la queue-de-veau de la Vice-Reine actuelle, à Ottawa-colonie, publie des propos contre Bush, contre les USA, peuplé d’ impérialistes plutôt responsables de la haine musulmane…Oh, oh ! L’éditorialiste recommande à Chrétien, qui défend un peu la liberté d’écrire de sa queue-de-veau, de se porter aussi à la défense des journaux de Can West, du gang-Asper de Winnipeg, mais…dit-il, ce sont des « amis » ¿entendre puschers de fonds électoraux‹du parti libéral fédéral. Oh !
    13-
    Foglia et moi ? Comme on dit « sa moyenne au bâton » est fameuse. Je le lis, comme tant d’autres. Il ennuie rarement. Je l’envie, je ne suis pas jaloux. J’ai déjà eu ce bonheur de chroniquer librement au Journal de Montréal (1971-1976), un fonne vert ! Ce matin: l’anglais aux écoles mieux appris quand plus éduqué. Vrai. Et bang ministre Legault ! Mon cher magasin Baggio, en « petite Italie », j’en cause dans « Enfant de Villeray », ferme ses portes. Comme Foglia, j’y achetais mes vélos et ceux de mes enfants. Ce sera une boutique de linge. Eh !
    Il livre ensuite un témoignage d’un écolier de Vaudreuil à la fidèle mémoire pour un prof hors du commun. Toujours fascinant cette gratitude (voir m a part de reconnaissance avec ce « Je vous dis merci », frais arrivé en librairie ! Oui, plogue ! Des profs oublient l’influence déterminante qu’ils peuvent avoir sur des jeunes…quand ils sont capables. Enfin Foglia parle musique rock de sa jeunesse et l’actuelle, avec un bon punch. Important le lunch final, comme le « spin » de départ quand tu débutes un papier publié.. la ligne de départ » d’une chronique.
    14-
    Lysiane Gagnon signe un billet impressionnant. J’ai connu le sujet abordé. Le centre d’accueil, les préposés débordés. Les « vieux » abandonnés. Quand la Gagnon lâche un peu sa hargne, sa haine même, du nationalisme d’ici, cet ex-compagne du patriote D’Allemagne, mariée à un bon « bloke » maintenant, montre du c¦ur et pas seulement de l’intelligence. Terrible narration ce matin, effrayante même ! Elle dit qu’ils sont 7 pour 56 vieux dans ce genre de centre de dés-acceuil ! Les bonnes s¦urs, qui étaient sans famille, libres donc, géraient sans doute avec autrement plus de compassion ces « lieux des adieux ». Le boss, si ça va mal, si un visiteur ose se scandaliser (comme à « Notre-Dame de Lourdes »), b’en, il engage un avocat et vlan: ohé ! le râleur: plus de droit de visite ! Ça vient de finir, explique Gagnon de La Presse. Honte !
    15-
    Pauvre Larose et son rapport timide par bouts, un peu plus audacieux pas d’autres, il vient de recvoir « le baiser de la mort ». De quelle bouche ? Le sénateur, rouge bourassiste longtemps et viré au bleu mulronéen, Jean-Claude Rivest l’embrasse tendrement de ses grosses babines « fédérates », il avance que son son rapport sur l’état du français, est une merveille ! Oh la la !
    Suffit pour aujourd’hui, départ pour Monrial, pour être tôt à CKAC et y lire mon conte de Noël.
    La neige fine tombe toujours sur les Laurentides. Le ciel comme le sol est de même blancheur. Grands draps étendus dans l’espace, lessive savonneuse quand l’hiver fait: « coucou ! j’y suis, j’y reste. Québécois à vos tuques et à vos pelles ! À ma brosse à neige, la Volks semble une meringue immangeable. Salut !

    Le lundi 17 décembre 2001

    On a vu hier, dimanche un monde à l’envers : pas de neige là-haut et en ville de la neige pas mal. La chanson de Ferland : il a neigé à Port au Prince Ça nous fait drôle. Sur l’autre rive du lac, neige artificielle, à gros canons. Bizarre, en promenade, de voir le blanc et le vert. Langues de gazon d’été et, juste à côté, cette neige pour les rares skieurs. Hiver sur commande quoi ! Partout un ciel blanc mat. Et la neige en un va et vient prudent.
    Je viens de relire les J.N. d’hier. Que de coquilles, mon doux Dieu ! J’étais pressé, trop. Et mon abonné nouveau , M. Desjardins, a raison : « Est-ce qu’avec l’ordinateur on se laisse aller un peu ?  » Oui. Vrai. Faut plus ! Songer que, l’an prochain, ce journal sera transformé en un livre « corrigé « , ne suffit pas, ceux qui, ici, le lisent  » en primeur  » ont droit à tous les égards. Je me relirai mieux, promis. Le chroniqueur  » web  » de La Presse, Gugleminetti, a fait l’annonce officielle de mon entreprise dans sa page. Merci à lui. Ces  » Journées nettes  » se doivent d’être  » nettes  » de fautes.
    L’émission  » Jamais sans mon livre  » cherche ‹courriel de chez Stanké‹ des écrivains qui détestent Noël. J’ai répondu que j’aimais bien fêter. On ne me verra donc pas là. Je connais plein de gens qui, en effet, ont en horreur ces jours de fête organisées, vantées, stimulées par le commerce. Je résiste à cette tendance car je pense aux enfants. Je sais aussi que ces occasions comme forcées n’en restent pas moins que Noël est une occasion de rencontres entre proches. On se verrait moins souvent sans  » la patente  » des fêtes. Ces occasions de fêter en famille combattent la sauvagerie en chacun de nous et même une certaine paresse. Ainsi, nous deux, nous irons  » à la dinde aux atocas « , aux tourtières et à la bûche, à Duvernay, à Noël. Raymonde verra ses deux frères, les compagnes et les enfants grandis. À moins que leur cadet, Claude, un jeune soldat, ne soit encore expédié (comme l’an dernier) au Kosovo ou Dieu sait où ? En inquiétant Afghanistan ?
    La tribu des Boucher n’est pas bien populeuse, une dizaine de têtes. Celle des Jasmin, bientôt réunie pour fêter ma quasi-jumelle Marielle, c’est une quinzaine de pies bavardes. Au village, ici, au Jour de l’an, caucus jasminien, nous serons une douzaine et Raymonde déjà s’énerve un tantinet, cherchant une recette sans dinde ! J’imagine mon lectorat, lui aussi, embrigadé dans le rituel annuel. Vivre en pays industrialisé et se plaindre est une faute grave. Montrer une ingratitude inouïe. On n’a qu’à regarder ces orphelins à Kaboul ‹à la télé, hier‹ ou ailleurs pour avoir envie de se la  » farner bin dur « , pas vrai ? J’ai pu voir les sapins chez m,es deux enfants, ce matin, avant de remonter ici, que de cadeaux sous l’arbre décoré ! Nous, moi, tant d’autres de ma génération, avec une seule petite boîte sous le sapin. Pour certains voisins, plus pauvres encore : rien !
    Tous en suspects surveillés avec cette Loi C-36. Atmosphère d’octobre 1970, sans les soldats dans nos rues. Invitation aux délateurs. Régime inquiétant désormais. Depuis l’horreur de New-York, pour prévenir toute action néfaste de terrorisme, c’est le bouclage partout, les polices de tous les corps munis de privilèges énormes. Ambiance de suspicion envers tout dissident, toute critique, tout refus. Des comploteurs clandestins sont forcément des gens rusés et la police n’y peut rien. Elle le sait. Alors elle installe C-36, avec appel aux indicateurs du dimanche, qui peuvent être des cons, des fous, des racistes surtout. Le terroriste est  » hors du monde « , hors-la-loi forcément, il vit caché, terré, camouflé. Arafat n’y peut rien, Bush comme Chrétien non plus.
    Serge Losique, président  » à vie  » du Festival du film d’ici, voyage sans cesse en avion à la recherche de pellicules fameuses. Il est  » bin tanné  » des transferts. Alors, samedi, (La presse en A-13) sur quatre colonnes il y va d’un plaidoyer vibrant pour que nous installions au plus vite une méga-place-aéroport de classe internationale, une  » plaque tournante  » fabuleuse capable de rivaliser ave Toronto. Potion magique quoi ! À partir d’un problème égoïste notre  » président-à-vie « , Losique, arrive à inventer une urgence nationale. À vos taxes citoyens, monsieur est fatigué des transferts !
    J’ai terminé hier midi ce PLATEFORME. Bon. C’est le récit, bien mené, il faut le dire, d’un pauvre petit con. Un sexoliste (ou sexolique comme dans alcoolique ?) qui s’attache (s’amourache ? non, pas vraiment) à Valérie, riche et jeune experte en tourisme, qui est comme lui. Une autre sexoliste.  » Qui se ressemble  » Pas d’amour mais une quête perpétuelle d’occasions de forniquer. Pas de sentiments humains, allons, c’est vieux jeu !
    Or, coup de théâtre, deus ex machina étonnant, alors qu’ils se sucent, s’empoignent et s’enculent, à trois ou à quatre, mitraillage subit dans le joli buffet-bar-sauna d’un hôtel-club en Thaïlande. Rafales meurtrières. Bombe pulvérisant ce jet-set déboussolé. Un lac de sang ! Une fin d’histoire mélodramatique subite ! Le héros de  » Plateforme  » y perdra sa catin, sa poupée mécanique, sa gonflable au silicone. Ouvrage de  » nettoyage ethnique  » radical par un commando.
    Des islamistes, on le devine. Le Coran a le dos large ces temps-ci.
    Bizarre cette conclusion apocalyptique, d’un morale toute judéo-chrétienne au fond, avec ce narrateur pourtant anti-moraliste à tout crin. Le projet  » clubs bordels  » est abandonné aussitôt. Michel va mourir, seul, désespéré davantage, dans ce beau pays asiatique ou, pour quelques dollars ‹un mois du salaire des indigènes‹ on trouvait une jolie fillette, pucelle exilée du nord de la Birmanie, prête à la prostitution avec l’homme blanc, riche, bedonnant, venu de l’ouest développé.
    On lit, on lit, comme fasciné par la course de ce dépravé. Le mal est un aimant, il attire immanquablement, on le sait bien depuis la nuit des temps. Le gens heureux (sains, amoureux) n’ont pas d’histoire ‹pas de roman‹  » les bons sentiments font de la mauvaise littérature  » ? C’est de Gide, je crois.
    Nous sommes encore allés à  » La Moulerie « , rue Bernard. Chantons :  » Des moules et puis des frittes, des frittes et puis des moules « . Là, rencontre inopinée de la comédienne qui incarnait, durant 80 sketches, ma maman dans mon feuilleton autobiographique  » Boogie woogie  » et son chéri ex-caméraman de la SRC, Claude B. Table à quatre aussitôt, commérages usuels.
    En rentrant, télé :  » Campus « , TV 5, où un certain Dantec surgit, tendu, remuant, tout un numéro. On a pu lire, ici, de ses  » attaques  » ‹attaques car il dit qu’il est un guerrier, un kamikaze‹ dans  » Voir « , par exemple. Cet ex-musicien pop, vit au Québec en bonne part puisque :  » oui, j’ai fui l’Europe qui est nulle, qui est finie (mon Dieu, sans Dantec, que va devenir l’Europe ?). Il disait hier soir à Guillaume Durand de ce  » Campus « , que l’Europe est complètement foutue.  » Elle n’existe plus, est  » figée  » condamnée, etc.  » Il dit :
     » L’Amérique, elle, (du nord, centrale, du sud ?) est neuve, pas dégénérée  » Hum ! Il publie  » Laboratoire de catastrophe naturelle « , une sorte de  » journal  » (ah, ah !) où, semble-t-il, sa moulinette à tout broyer ne fait pas de cadeaux.
    Le Dantec révolté s’était muni d’une caméscope à écran-couleurs de bon prix et s’enregistrait en discutant ! Narcissisme ? Non, dit-il, c’est en cas de coupures, ou de montage frauduleux.
    Durand:  » Qu’en pensez-vous, Josiane ?  » La longue figure triste tressaille :  » C’est un écrivain « . C’est définitif. Le ton irrévocable. Opinion émise avec gravité par  » la  » critique du  » Monde « , les allures d’une pythonisse décrétant  » in et ex-orbi « .
    On a envie de rire de ces jeux pseudo-intellos parisiens.  » Campus  » virevolte, semble toujours en retard dans son minutage, s’excite, énerve. Il y a chevauchement des voix ce qui est affreux en télé.
    Je m’ennuie de Pivot !
    Raymonde et moi on va au dodo les oreilles bourdonnantes, les yeux fatigués. Pas facile à bien décoder cette foire libre pour les Québécois si calmes. Hum !
    Ici, arrêt de J.N. .
    Il va être 17h. L’heure de filer au  » magasin  » secret.
    Retour.
    Oui, Je reviens de l’école-des-chefs. Et euh Raymonde me prévient:  » j’espère que tu mets pas sans cesse mon nom dans ton journal.  » Oh ! Oh ! Elle est aux antipodes de ma personnalité : discrète, secrète, pudique. Antienne vieillotte :  » Les contraires s’attirent.  » Aussi, je l’appellerai, au lieu de R., elle. Je mettrai, tiens :  » Aile « . C’est mon ange après tout . On se comprendra?
    Donc, Aile m’averti avant d’aller renifler les devoirs-du-jour cuisinés :  » attention, pas de côtelettes, pas d’affaires du genre. Pas de sauce grasse et pas de gâteaux ! « . Bon, bon.
    Je suis revenu avec des rognons deux steaks au poivre et un pot de bleuets.  » Aile :  » Ah, ces steaks sont cuits, pas facile à réchauffer sans les sur-cuire.  » Moi ? Penaud.
    J’y pense, motivation pour ce journal : cela devenait de plus en plus difficile de faire imprimer mes  » lettres ouvertes  » dans les quotidiens. Ici, j’y vais donc très librement; chez les timides des journaux, il faut y aller mollo, calculer le tir. Vive la liberté du journal. L’ex-réalisateur de Pierre Nadeau, Castonguay, qui me disait :  » Que fais-tu ? J’achète le Devoir pour tes lettres. J’en vois plus souvent !  » A-t-il  » Internet  » au moins ?
    Thomas au téléphone :  » Papi ? Merci pour ton cadeau.  » Mon benjamin de petit-fils enrage d’être né un 20 décembre,
    mélanges du cadeau d’anniversaire avec celui de Noël. Je lui au mis sur la carte :  » Jésus est né le 25, c’est pas mal, mais toi, plus rapide, tu es né le 20,. Bravo ! C’est formidable !  » Il en rigole.
    Entre Noël et le Jour de l’an, invitation, rue Esplanade, à  » banqueter  » chez un nouvel ami, Jean-Guy Sabourin et sa compagne. Sabourin est le directeur et fondateur de  » La Boulangerie « , un dynamique ex-théâtre de poche situé au nord-est du parc Laurier. Le camarade ‹ex-réalisateur‹ (que d’ex dans mon monde) de Raymonde, l’ami Pierre-Jean Cuillèrier nous  » noué  » ave ce Sabourin. Ce dernier joua, aux côtés du grand acteur Cuny, un des missionnaires martyrisés dans un film de l’ONF,  » Le festin des morts « . Il y était parfait ayant des allures de jésuite retors. Les Sabourin ont un chalet dans une île qui nous était inconnue, au large de Dorval. L’été dernier, nous y sommes allés. Un site étonnant, faut s’embarquer sur un bac, où a nature triomphe sans les oxydes de carbone. C’est fermé l’hiver. Sabourin, retraité de l’UQUAM, donne des cours à de jeunes filles émigrantes et mères célibataires ! J’aime entendre ses réflexions sur un monde insolite. C’est un fameux cuisinier, on va se régaler.
    En attendant, pour l’amuser, je lui ai  » courriellisé  » un début de pièce ‹en ais-je parlé ?‹ où des gens à court de revenus, acceptent des caméras chez eux, installation d’une télé régionale modeste. Pas eu encore de commentaires.
    Oh ! J’allais oublier : le célèbre physicien infirme Stephen Hawkins ‹Einstein de ce temps, dit-on‹ passa en trombe (comme Woody Allen d’ailleurs !) à Campus. Il publie :
     » L’univers comme une coquille de noix « . J’avais tenté de comprendre son  » Histoire du temps « , incapable de tout saisir. Avec lui, pas de tataouinage. Hawkins déclare :  » Danger! Clonage, manipulations génétiques, découvertes pour transformer l’ADN des humains : nous devons surveiller les rapides progrès actuels des ordinateurs, robots, implants, machines dotées d’intelligence. Nous pourrions être dépassés, nous faire éliminer, nous succéder et avantageusement pour les intéressés.  »
    Bon Dieu ! Il m’a fait peur. En studio, le  » caporal  » Dantec ricane :  » Moi, j’ai pas peur !  » Comme il est brave, hein, il ne lâchait pas sa caméscope d’un doigt et j’ai songé à film étonnant,  » 15 minutes  » ce film effrayant dont je vous ai parlé et où on voit deux voyageurs fous venus de Prague, leur caméscope. Dantec fou ? B’en
    Pas oublier : j’écoutais dans la file pour le  » manger pas cher  » de l’école-des-chefs, que de propos croisés bizarres. L’une jase recettes pour Noël, l’ autre de sa fille exilée sur la Côte-Nord, un maigre chauve déplore les prix en Europe puis raconte le golf à Fort Lauderdale, un petit gros jacasse sur le badminton en hiver puis bifurque sur  » les Jeux  » à Salt Lake city. Oui, que de discours humains variés, je fais mine de lire ma revue mais j’ai pas assez de mes oreilles pour récolter ces échos croisés du monde dans lequel je vis.
    Ça sent bon en bas. Temps d’ aller y goûter.

    vendredi, 14 décembre 2001

    1-
    Pas de brume dans le Nord en ce vendredi des  » aveilles  » de Noël. Stries de bleu au ciel. Temps doux pour une mi-décembre. Ce qui n’arrange pas les affairistes des centres de ski. La neige fabriquée qui fond ! Ouash ! En ville, on craint les neiges, ici, dans les Laurentides c’est la promesse d’une meilleur viecommerciale.
    Hier soir donc, je file au  » magasin  » de nos écoliers-en-cuisine. Pâtes fraîches ? J’en prends toujours et Raymonde gronde :  » Tu vas mourir totalement empâté, mon pauvre gars !  » Je rigole. Pris aussi des desserts frais du jour.  » Hum, pas bon pour ton mauvais cholestérol ça, mon gars !  » Pris, oui, du pâté chinois :  » viande, blé d’inde, patate « , disait  » La p’tite vie « . Juste pour voir s’il sera aussi parfait que celui de R. Qu’elle fait bien crémeux, comme je l’aime. Pris aussi des côtelettes d’agneau. Le tout pour une douzaine de piastres, viande à chien mon Séraphin que c’est pas cher.
     » Au cas où « , dit Raymonde, car il y a des soirs où il y a peu, elle avait fait cuire une langue de  » beu « , une grosse, avec sa recette d’oeufs à la mayonnaise. (Pas trop.) J’avais mon dessert frais . Elle en fait rarement, n’aime pas les sucreries, ma tendre Ray. Ni de soupe ou potage.
    Bon. Suffit de parler du  » manger « .
    2-
    Ce matin dans La Presse, je vois mon titre : JOURNÉES NETTES. En gros caractères dans la chronique  » web et cie « . Déception, on a pris mon titre ! Mais non, on y annonçait l’existence de ma nouvelle entreprise littéraire, ici. Ouf ! Je lis aussi qu’un punk, ex-drogué, itinérant, a fait une vidéocassette sur son existence de marginal. Éric dit  » roach  » Denis.Ouvrage qui l’aurait sauvé !
    J’y médite. Partout, bientôt, tout le monde avec caméscope qui enregistre tout le monde. Nouvel évangile :  » Filmez-vous les uns, les autres!  » Je te traque, tu me traques. Un monde non ? On filmera du présent aussitôt transformé en passé! Mille milliards de documents dans les demeures, dans les abris ! Une nouvelle conjugaison, le mode du  » présent-passé  » !
    Va-t-on vivre juste pour mettre en boîte ce qu’on vient de vivre ?
    3-
    Parlant punk, vu hier soir le film  » EDWIG « . Un machin curieux. Le récit, syncopé et muni des bruits  » rock  » adéquats, d’un ( une ?) berlinois, côté  » communiste « , un gras papa incestueux, abuseur, une maman affolée de sentir la nature invertie du garçon. Un mur très berlinois est installé entre eux. Ce Edwig, c’est le titre du film, se devine, s’appréhende, se sent, se sait une  » fille « . Un G.I. rôde ! Un gros soldat Noir homo. Il désire (aime-t-il ?) ce-cette Edwig blond-blonde. Flirt primaire
    Mariage après une opération désastreuse, ratée, de castration à Berlin. L’exil dans une ville perdue aux USA avec ce soldat qui le-la trompe avec un plus jeune. Solitude. Edwig garde des enfants pour survivre. Musique de garage. Rock and roll, bien entendu.Groupe d’amateurs. Agente intéressée. Voici une liaison bizarre : elle a 30 ans, il a dix sept ans et est bien mignon. Il aime, comme sa-son Edwig, le rock and roll. Musique à composer. Un  » band  » se forme où la-le Edwig, perruqué-e, raconte en chansons, swing-punk-rock, sa vie allemande, ‹on verra le  » mur  » qui trombe‹ ses déboires autobiographiques et misérabilistes, vieille sauce allemande, en couplets bruyants.
    Bon
    Raymonde, télé éteinte, avoue un malaise. Moi aussi. Pourquoi ? Simplement parce que ce récit d’hermaphrodisme est narré sur un mode caricatural avec un aspect joyeux, ironique. Ce détachement est un mensonge. Il y a un drame. Une vie ruinée. Et on file de  » toune  » en  » toune « , de bars minables en  » trous  » de province, ignorant, abandonnant le désastre d’un demi-trans-sexuel, travestie malheureux, battu, bafoué. Tableaux d’un malheur effroyable mais avec images léchées, à l’esthétisme punk. Le récit est accablant et le film, lui, virevolte avec complaisance dans le visuel à la mode.
     » Edwig  » est donc un film raté avec de séquences menées sur un train d’enfer.
    La Presse : les seins de la punk enrichie, Madonna, valent une fortune chez les assureurs !
    Je me souviens pas du nom d’un grand écrivain britannique affirmant :  » Deux choses me sont indispensables, la Bible et le journal du jour.  » Vrai que le quotidien est riche d’enseignements sur le monde tel qu’il va. Qu’il tourne.
    4-
    Vidéo aux nouvelles ‹on n’en sort pas‹ du Bin Laden, dans son refuge, tout content (Allah ou akbar) des morts de New-York. Au nom de leur Dieu, et du prophète, leur Jésus, l’araboïde Mahomet. Un cynisme qui donne froid dans le dos.
    Washington-Bush, voudrait que l’univers se dise :  » Ainsi en va-t-il pour tous ces actuels Palestiniens en kamikazes.  »  » Qu’Israël frappe, tue tous ces gens-là « . Raccourci utile. Amir Khadir, ex-candidat péquiste battu dans Outremont, ose exprimer des vérités embarrassantes ce matin, dans La Presse. Il dit que ce Bin Laden (ben ou bin ?) est un allié  » objectif  » des intérêts américains au Moyen-Orient. Oh ! Et il n’a pas tort. Sans ce fanatique fou  » espéré  » pas moyen de défendre les affaires pétrolières qui, seules, captivent la  » famille Bush  » avance Khadir. Il rappelle les liens amicaux récents des Bush avec les Laden il y a pas si longtemps ! Ouille !
    5-
    J’avais rencontré dans ses bureaux du Chemin Bates, en 1980, le vendeur de poids et haltères, millionnaire, Ben Weider. Pour un projet de film vague, pour son très cher Napoléon, son idole. Amusé d’y avoir vu partout des tableaux du Corse, objets de culte,  » son vrai blaireau « , corridor, hall, dans tout l’environnement de Weider. Voilà que des chercheurs lui donnent raison :  » l’Empereur déchu, exilé, fut empoisonné par du cyanure de potassium. Un meurtre lent « . On dit (Cocteau) que des bustes du Bonaparte se trouvaient même dans des chaumières en Angleterre ! Incroyable non ? Je dis, avec certains historiens, que ce Bonaparte fut le Adolphe Hitler du début des années 1800, pas autre chose. Un fou furieux. Millions de jeunes soldats morts à son bilan. Millions !
    6-
    J’ai déjà vu une reproduction d’affiche dans le Saint-Agathe des années ‘30 :  » No dog, no jew « . En anglais hein ! L’horreur. L’ex-montréalais, arrêté cette semaine en Californie, Irving Rubin, affirme avoir été une cible des racistes, à Montréal. Antisémitisme s’élaborant pourtant partout en Occident. Pas juste à Montréal.
    Nous avions nos chemises brunes, cet hitlérien Adrien Arcand, nazi avoué et  » subventionné par le pouvoir du temps à Ottawa « , publie Norman Lester. Au Canada anglais il y avait aussi des chemises  » brunes « , et des  » noires « , des « bleus « ; gros paquets de racistes anglos, très nombreux au-delà de l’Outaouais.
    Le francophobe enragé, Galganov, jeune, fut de cette revancharde  » Ligue de défense juive « . Il l’admet ce matin, lire Louise Leduc. Le sociologue Yves Claudé nous dit que ces  » ligueurs juifs « , organisateurs de  » milices « , ne sont pas seulement anti-arabes, qu’ils sont très actifs encore à Montréal, qu’ils sont antifrancophones et antiquébécois. Enfin, qu’on les trouve à McGill, à Concordia et dans des milieux d’affaires  »
    Eh b’en ! Instructif.
    7-
    Arafat, jugé incapable d’enrayer la terreur palestinienne, se trouve isolé, rayé comme interlocuteur. Il devra donc retourner se terrer en Tunisie. Retour donc à la case zéro. Retour à la guerre totale. La puissante armée des Hébreux face de nouveau aux clandestins, comme du temps de l’après-victoire, la fameuse  » guerre de sept jours  » en 1967. Encourageant.
    8-
    J’ai terminé ce  » Journal  » du Cocteau du temps de la France nazifiée. Pis ? B’enoui, il était snob, souvent méprisant des masses, du peuple. Il reste un créateur étincelant, un imagier fascinant. Dernier chapitre : son film est prêt à être tourné ,  » La belle et la bête  » mais convocation du  » maître  » chez ses producteurs :  » Regrets, on refuse d’embarquer, trop risqué. Trop chers vos devis.  » Cocteau dégoûté, écrasé. Arrêt de son journal. Le film se fera cent vingt jours plus tard. Une note de bas de page dit :  » Cocteau reprendra son journal, celui du film en cours. Le premier qu’il signe seul. Viendra un autre film signé Cocteau, que, jeunes, nous admirions tant,  » Orphée « .
    Ici, arrêt pour le lunch. Descendons réchauffer les  » chinoiseries  » achetées hier soir.
    9-
    Bon. Retour au clavier. Musique :  » Impressions  » d’André Gagnon avec la philharmonique de Londres.
    Je tape : Jean-Pierre Léaud, l’acteur fétiche et alter ego du cinéaste surdoué François Truffault, annonce  » Le pornocrate  » qui serait l’histoire d’un cinéaste de porno qui veut maintenant tourner un film de ce genre mais en y mettant des sentiments. Rebuffades des producteurs. L’Odile du Devoir a aimé mais entendu à la radio bazzoienne :  » Affreux, Léaud bredouille, on ne comprend absolument rien. Inaudible ! « . Ne plus savoir à qui se fier désormais. J’aime l’inunanimité, la critique divisée, mais on ne connaît pas assez bien les personnalités de nos critiques.
    Les critiques jouent les  » objectifs « , se veulent des machines à juger. Jadis, des critiques se livraient davantage et on finissait par bien les connaître. Alors  » un  » qui détestait nous servait d’encouragement à y aller (théâtre, livre, films). Un  » autre  » qui aimait nous prévenait de ne pas y aller. Exemple : Jean Béraud de La Presse, années’60, nous avions appris ‹il parlait de lui, de ses goûts‹ qu’il haïssait les modernes, alors quand ll démolissait furieusement un Beckett, un Adamov ou un Ionesco, nous savions qu’il fallait voir ça. Même chose au domaine du livre pour un Éthier-Blais. Sa chronique du samedi était pleine de ses humeurs, de ses sentiments, il n’était pas la soi-disant machine  » objective  » qui décrète. Connerie des critiques de ce temps se voulant des robots infaillibles.
    10-
    Reçu plus tôt un courriel des Trois-Pistoles. Mon Victor ne peut me répondre pour ce brûlot À signer ensemble. Il est tout pris par ses textes télévisuels pour un projet de futur téléroman. Sa secrétaire, Katleen ‹il en une, lui ? ‹ m’annonce qu’il me reviendra ce week-end. Mais je ne sais plus si c’est vraiment le bon moment ‹maudit 11 septembre‹ pour mon appel en faveur de nos felquistes d’antan, pour qu’on leur reconnaisse un rôle historique adéquat. Mmm
    Le pâté chinois de  » l’école de Sainte-Adèle  » ? Très bon.
    Raymonde me montre toutes ses corrections faites hier pour mon petit livre  » Écrire  » à paraître chez V.-L. Beaulieu. Toujours forte, cette chère  » première de classe « . Bon, corrigeons, corrigeons; que l’aspirant écrivain le sache : ça ne finit pas. Travail plate et indispensable néanmoins, cette prose pour JOURNÉES NETTES n’est pas révisée par Raymonde et ça doit paraître.

    MON ONCLE AMÉDÉE

  • diffusé sur les ondes de CKAC – enregistrement Real Audio)
  • (CONTE DU VENDREDI SAINT)

    Par Claude Jasmin

    (Musique grégorienne en sourdine)

    Hier, c’était jeudi saint, journée moins solennel qu’aujourd’hui. Nous avons fait, en bandes, la rituelle  » visite des sept églises « . Sept, oui, comme les sept plaies de Jésus en croix. Belle occasion religieuse, à treize, quatorze ou quinze ans pour fleureter les filles du quartier.

    Jacqueline Fortin a fait voir un petit costume rose fuschia,  » étrennage pascale prématuré. Micheline Carrière a montré ses belle cuissardes de cuir.

    Son frère Léo, ‹le grand blond avec des chaussures neuves‹Š en cuir patent deux tons, se pavanait.

    Marielle, ma soeur étrennait un  » jumper « , jupe  » craquée « , ma soeur Lucille, un manteau vert Irlandais, mon frère Raynald une paire de culotte  » british « avec, aux genoux et au fesses, des renforts en cuirette brune.

    Et moi, un blazer marine avec une ancre de bateau brodé. En or  » sivoupla!  »

    Les sept églises c’est aussi une parade de modes pour la jeunesse.

    On a un plan de marche, rue Saint-Laurent d’abord dans La petite Italie, à Saint-Jean-de-la-Croix, première plaie ! Entrée, eau bénite, génuflexion, prières, sortie après re génuflexion. Guetter dehors si on n’apercevrait pas Ouow! la soeur de Franco Nuovo étrenne un chaperon d’un beau caramel tendre!

    Puis on file vers la troisième plaie, coin Beaubien, l’église saint-Édouard. Même manège. Tiens, la soeur de Pierre Perault arbore un bibi à fleurs avec un petit oiseau ! !

    Plus à l’est, voici Saint-Ambroise, quatrième plaie! Et vision céleste, la grande soeur de Jean-Claude Lord, vêtue d’un tricot violet, mauve et rose. C’est un genre !

    On méprise, rue Bélanger, Saint-Arsène, rien qu’un sous-basement, une église pas finie !

    Ensuite, on foncera, rue Saint-Hubert coin Villeray, pour Notre-Dame du Rosaire, plaie cinquième ! Oh ! Le petit faraud de Jean-Luc Mongrain exhibe un chapeau tarte chocolat ! La mode !

    Ça s’achève la parade des vanités: Sixième arrêt du défilé de modes: rue Jarry, l’imposante bâtisse, Saint-Vincent Ferrié ! La soeur de René Angélil fait voir sa jupe écossaise neuve ! Enfin, pour la septième plaie, ‹souliers neufs souvent, alors on a, oui, nos plaies aux talons! Eau bénite, signes de croix et génuflexions dernières, dernières oraisons dans notre église, Sainte-Cécile, rue de Castelnau. Et, ouops!, ma mère sur le perron qui fait des gros yeux. On riait comme des fous, mon frère Raynald, et moi.

    Mais c’était hier, aujourd’hui, c’est vendredi saint, c’est plus grave. J’ai treize ans, servant de messe depuis cinq ans déjà. J’ai donc un rôle.

    L’église est remplie. Les statues portent des cagoules violettes. La messe sera très solennelle. Dite avec trois prêtres. Il y a aura la forte musique des orgues comme mille millions de tonnerres de Dieu ! Le père de tit-Claude Léveillée dirige les choeurs et Lucille Dumont, célèbre paroissienne, chantera des solos.

    Nous avons mis des surplis de dentelles fines, des soutanes de velours rouge, des ceinturons et des calurons. C’est un jour important du calendrier religieux. À trois heures, Jésus sera mis en croix, saignera de ses sept plaies pour nos péchés. Il va crier à son père, ça nous impressionne: » Pourquoi tu m’abandonnes?  »

    Le ciel va se couvrir de nuages noirs, le grand voile du temple va se déchirer de bas en haut. La terre va trembler. Jour tragique entre tous.

    En chair, le curé se fera apocalyptique. Cette année de 1944, il en profitera encore pour fustiger ses ouailles pécheresses. Le curé Lefebvre a le don des objurgations accablantes. Des prêches qui secouent. Les pécheurs trembleront dans leur banc.

    Je me sens au-dessus de tout ça. Dans le choeur de bois sculptés et vernis, nous sommes si proches du saint des saints. Toutes ces admonestations ne nous concernent pas.

    Nous les enfants en soutanes, nous nous imaginons au-dessus des chrétiens ordinaires de la nef. Au-dessus de la condition humaine quoi.

    Je ne crains qu’une chose: que mon oncle Amédée, le mécréant de notre famille, s’amène et s’affiche jusqu’en avant de l’église. Il l’a déjà fait. Ce fut la honte de notre famille, le Amédée, pompette, qui, en pleine messe de minuit, osa uriner sous un bénitier !

    Le bedeau l’avait chassé comme le païen qu’il est. Son cousin, mon père, avait frisé la syncope !

    La messe est commencée et tout allait bien lorsque, misère, le voilà !

    C’est bien lui, la tête haute, flegmatique, le voilà l’anarchiste, le sans foi ni loi! Amédée, mon oncle le révolté. Il porte beau comme toujours avec sa belle crinière blanche, ses joues bien roses, ses yeux d’un bleu d’azur. Il fait une entrée solennelle.

    On se retourne dans les bancs d’en arrière. L’oncle maudit fait de sonores bruits de bouche, se gourme ostensiblement, fait claquer sa belle canne à pommeau doré, sur les banquettes.

    La cérémonie était commencée et monsieur Léveillée faisait chanter un  » kyrie Eleison  » lent. C’était donc une sorte de pause. Le calme. Moment de réflexion pieuse. C’est son genre. L’oncle a dû calculer ce moment pour faire son apparition. Pour s’afficher, semer l’émoi, troubler la quiétude des bons-chrétiens.

    Ma mère, se vengeant de son beau-frère Oscar ‹ » Oscar qui boit le bar  » au Montagnard de Saint-Donat‹ entonne souvent pour accabler mon père:  » Ce Amédée, ton cousin, une honte! C’est ça, ta famille, des têtes fortes, comme Paulo, ton oncle, l’avocat rouge, viré anglais. Et protestant! Ta tante Lise, exilé dans un bordel, au Yukon. Ça vote libéral et ça crache sur monsieur Duplessis!  »

    Mon père le bigot, chaque fois, se défend mal, il déteste son cousin mais qu’y faire?

    Maintenant je vois mon oncle Amédée qui s’avance, digne et noble, dans une allée de côté. Il a son air fier comme sur les vieilles photos de l’album de famille, quand il était maire de son village.

    Tous les cérémoniaires sont assis et l’observent comme les juges en face de Riel ou du défroqué Cheniquy.

    Le  » Kyrie Eleison  » s’étire langoureusement. Cette pause dans l’office, ça tombe mal, on ne voit et n’entend que lui! On ne voit plus que l’oncle Amédée, seul mobile dans cette assemblée immobilisée.

    Amédée marche lentement, mouchoir brodé d’or sous le nez, vers un des autels latéraux, côté Sainte Vierge. Trouve enfin une place libre et va s’y installer en faisant des acrobaties pour enjamber deux dames de Sainte-Anne. Une patronnesse lui fait farouchement des signes de se découvrir le crane. Jovial et bruyant, il accepte, goguenard d’enlever son chapeau de paille luisante.

    Je me souviendrai toujours, j’avais sept ans et il avait décidé, un dimanche matin de vacances, de m’accompagner à la messe, à ma grande surprise. Je revenais de communier et l’oncle m’ avait dit:

    – » L’as-tu dans bouche là, mon petit gars?  » Il parlait de la sainte hostie consacrée. Je fis un signe affirmatif et refermai les yeux en m’agenouillant. Alors, Amédée se pencha vers moi et me dit:  » Mors-lé! T Tu vas voir, y arrivera rien! Mords-lé! Mords-lé!  »

    Ma confusion et ma honte.

    Maintenant,il se lève, enjambe de nouveau les enrubannées de bleu. Du choeur, je peux entendre ses excuses rieuses ! Je souffre. Seigneur Dieu !, il vient vers moi, vers la balustrade, semblant examiner les lieux comme un inspecteur en bâtiments. Il frappe de sa canne le marbre d’un socle, le granit de la barrière sculptée. Va-il oser entrer dans le choeur, monter l’escalier qui conduit à l’ autel, apostropher les prêtres?

    Il y a que cet oncle est inconsolable d’avoir perdue, sa jeune épouse, il y a vingt ans, il l’aimait comme un fou notre tante Rose qui fut victime de l’effrayante épidémie de tuberculose. La saudite Tibi des années’30. La guigne fut sur lui, car, plus tard, Émile, son fils unique, devenait u manchot à cause d’une machine agraire incontrôlée sur sa terre de Sainte-Dorothée ?

    Tant de malheurs l’ont rendu vindicatif, querelleur et puis agnostique. Athée.

    Le voilà maintenant qui s’approche encore davantage. Il m’a vu ! Il me fait des signaux de la main ! Je baisse la tête aussitôt. Tout pour me faire rentrer dans la mosaïque du plancher

    Le curé me jette un vilain regard. Quoi ? Suis-je le gardien de mon oncle ? Qu’y puis-je, simple enfant de choeur ? Souhaite-il me voir aller le frapper, le traîner dehors ? Qu’est ce qu’un garçon de treize ans peut faire contre le diable en personne ? Rien.

    Le voici qui ouvre la barrière côté Sainte Vierge. Je respire. Il va donc grimper à un des jubés. Bon débarras.

    Les  » Kyrie éleison  » s’achèvent.

    Je respire mieux ! Puis, non, il s’exhibe là-haut, la jambe passée par-dessus la rambarde ! il tousse haut et faux! Il se racle la gorge avec ostentation, échos et vibrations sous la nef de Sainte-Cécile. Les fidèles ont le nez en l’air. En avant, les assis me fixent d’un regard accusateur. Voilà le neveu, le filleul, du monstre !

    Je veux vomir. Je veux disparaître. Tout guilleret, mon sinistre  » parrain penché  » m’envoie encore des saluts frénétiques. Il est équilibriste au cirque Barnum ! Il passe en revue, grimaçant, les fidèles dans la nef, on dirait qu’Il va leur cracher dessus. Je ferme les poings  » Il sort encore son grand mouchoir. L’agite dans ma direction comme au quai d’une gare. Je ne sais plus où me mettre..

    Il disparaît enfin Il doit être allé cuver son cher rhum au fond des gradins du jubé. Je respire mieux. Qu’il s’endorme au plus tôt.

    Bonté divine ! On entend soudain des bruits dans la sacristie, derrière le maître-autel. Que fait donc le gros bedeau Dépatie ? Il n’est jamais là quand on a en besoin. Du vacarme encore ? C’est bien lui ! J’entends ses bruits de gueule, ses raclements de forcené, sa toux exagérée, il doit gesticuler contre ses  » ombres maléfiques  » qui, dit-il, le poursuivent quand il a bu. J’imagine le pire maintenant.

    Un des servants, à toute vitesse, paniqué, change le grand missel de côté. S’enfarge dans sa soutane, trébuche, un autre le relève, tous alors de me dévisager de nouveau. Je suis le responsable du gâchis de ce Vendredi saint, c’est clair.

    Dans un accès de défi incontrôlable, l’oncle Amédée surgit et va droit vers le tabernacle, ose l’ouvrir, s’empare d’un ciboire, l’abandonne pour attraper un chandelier.

    C’est l’heure de la lecture de l’évangile, au lutrin, en avant, les prêtres, à l’écart, ne le voient pas. Il fait virevolter deux chandeliers maintenant. Douze lueurs luisent ! Mettra-t-il le feu aux nappes de dentelles? Je ferme les yeux. Les autres enfants de choeur se mettent à trépigner et rigolent. Mais le frère Foi agite son claquoir et ramène un semblant d’ordre et, enfin, enfin, le musclé bedeau apparaît, les yeux méchants et entraîne l’oncle apostat en coulisses. L’église respire !.

    L’ orgue tonne de nouveau. Les trois prêtres ont repris le Saint office sacré du Vendredi saint.

    L’abbé Favreau vient vers moi et me chuchote:  » Mon petit Claude, Dépatie et le frère Foisy tentent de le retenir. Allez vite vers lui et conduisez ­le vers la sortie de la rue Henri-Julien. Ne revenez pas. On ne vous tiendra pas rigueur de manquer la messe. Allez-y vite, vite !  »

    Les autres enfants de choeur me regardent partir comme si j’allais en enfer sous leurs yeux ! Me voilà avec la mission redoutable d’entraîner Satan Amédée, loin de l’église. Invoquant à mon secours tous les saints du ciel et Jésus crucifié à trois heures cet après-midi, je me lève et, tremblant, je marche vers la sacristie.

    Il est là, blotti au fond d’une armoire géante de la sacristie, il chantonne, un cruchon de vin de messe à la main, il s’en verse de grandes rasades, éructant, marmonnant des imprécations inaudibles. Il crapahute sur le sol maintenant. Gargouille effrayante.

    Il me voit maintenant, grimace un sourire hideux, j’en frissonne, il me fait des yeux courroucés, se redresse et lance des coups de pied dans l’air.

    Et puis j’en ai pitié, je lui ouvre les bras et le voilà qui grogne:

    – » Ash! Te voilà mon neveu préféré, mon filleul bien aimé. Tu seras le premier pape canadien français comme le prédis ta grand-mère. Viens m’aider. Je veux me trouver un  » kit « , me déguiser en curé et aller brasser l’encensoir sous le nez de ces rongeuses et ces grenouilles de bénitier !  »

    Le frère Foisy est parti disant qu’il allait téléphoner à la police. Dépatie s’est saisi d’une lourde croix de défilé et se protège du mieux qu’il peut de ce vieillard furibond.

    Quoi faire, Sainte Cécile, patronne des musiciens ? Je trouve le courage d’aller le prendre dans mes bras et je le supplie:

    – » Mon oncle, vous allez m’accompagner dehors, venez vite, on va aller à la Casa Italia voir votre ami, Fasano. Il a du bon vin, bien meilleur que du vin de messe. Venez avec moi, mon oncle !  » Dépatie, à coups de crucifix d’argent, l’encourage vivement à me suivre.

    Amédée recule de trois pas, ouvre les bras, pousse un rugissement de lion qui doit s’entendre jusqu’au fond de la nef. Le curé Lefebvre a dû en interrompre son sermon eschatologique. Il veut foncer comme un taureau sur le bedeau. Devoir le calmer:

    – » Je vous en supplie mon oncle, je ne deviendrai jamais pape, ni simple cérémoniaire, à cause de vous, ni même thuriféraire, si vous sortez pas maintenant, je resterai simple enfant de choeur. On me tient responsable de vos frasques !  »

    Surprise, il cligne des yeux, semble réfléchir un instant, me fait son bon sourire de vieil ange déchu. Il brandit sa canne:

    – » Tu vas me faire le plaisir de rentrer dans le corps de cadets avec les tambours et les trompettes ! Compris ? Suffit de porter tes robes noires et rouges ! T’es pas une p’tite fille! C’est promis, oui ?  »

    Je promets. Je promettrais n’importe quoi.

    Je lui ai saisi un bras et tente de l’attirer vers la sortie. Il ne bronche pas. Dépatie s’énerve. Le frère Foisy est revenu disant:  » La police s’en vient! Amédée va s’appuyer au rebord de la longue crédence et chiâle maintenant::

    – » Mon neveu, j’aurais b’en voulu les démasquer, tous. Faire arrêter cette mascarade. Ou bien Dieu n’existe pas ou b’en il m’haït à mort ! Sans ça, il n’aurait pas permis que ma Rose soit morte si jeune, ni que mon garçon, mon Émile, mon bâton de vieillesse, se fasse arracher un bras si jeune.  »

    Soudainement, lui, ce mécréant endurci, il sanglote, tout secoué! On entend à peine l’orgue et le chant. Foisy et Dépatie se taisent maintenant car ils voient que Satan peut pleurer !

    Je lui caresse un bras, celui qu’il accroche fermement à sa belle canne. Timidement, je lui dis:

    – » Dieu vous aime, mon oncle ! Malgré vous. Il éprouve ceux qu’il aime le plusse. C’est grand-maman qui le dit. Faut vous consoler et pardonner, mon oncle. Après-midi, à trois heure, Jésus crucifié, b’en, il va pardonner à tout le monde, mon oncle!  »

    J’ y répétais ce que le curé Lefebvre répétait.

    Amédée hoquetait, comme à bout de souffle, abasourdis, stupéfaits, le bedeau et le frère le regardaient, suspendu, accroché à l’ armoire, avec sa tête penchée. On aurait dit un vieux Christ en croix, un Jésus vieillard!

    Et puis il s’est laissé glisser sur le plancher de granit et, à terre, il devenait un p’tit bonhomme, un  » vieux  » p’tit bonhomme tout ratatiné!

    Je lui dis doucement:

    – » Accepter votre vie, mon oncle, et arrêtez, un peu, de boire, et vous redeviendriez maire de Sainte-Dorothée, comme avant, quand vous étiez si généreux et tout, mon père m’a tout raconté de votre ancienne belle vie!  »

    On pouvait entendre maintenant, en chair, les dernières recommandations du curé Lefebvre et le silence recueilli des ouailles obéissantes.

    Amédée se secoue, se redresse et je l’aide, lui redonne sa canne échappée. Il va vers un gros prie-Dieu et s’y jette à genoux, se masse la poitrine, tousse, cette fois, pour vrai, se sort la langue, il lève au ciel des yeux exorbités. Est-ce que je vais assister à un miracle ? L’oncle en un Saül ? Un Saül, sur son chemin de Damas ? À la conversion d’un hérétique ? Renversés, le frère Foisy et Dépatie écarquillent les yeux. Je m’agenouille près de mon oncle et il me sourit, me fait signe de m’approcher davantage. Au loin, la chorale de monsieur Léveillée éclate et l’ orgue tonne de nouveau, les mugissements d’un Vendredi saint! Amédée me sourit, me tapote les mains:

    – » Va reprendre ta place, je dérangerai plus. Va reprendre ta place !  »

    Il se lève, marche vers la sortie en faisant tournoyer habilement sa canne: c’est Charlot aux cheveux blancs, aux yeux bleus! Je reste à ses côtés, je l’aime maintenant, je l’ ai vu pleurer. Je l’accompagne dans le petit escalier qui conduit au local de  » La goutte de lait « , rue Henri-Julien. Il me fait une petite caresse sur la nuque et dit:

    – » Va vite rependre ta place. Je vas aller voir mon ami Fasano à la Casa. T’as raison, son vin est le meilleur.  »

    Je l’ai vu s’éloigner rue de Castelnau, oui Charly Chaplin avec le canotier de Maurice Chevalier et la canne de  » Mandraque-le-magicien « , dans les bandes dessinées de  » La Patrie du dimanche.  »

    Je sus allé me réinstaller parmi les autres ensoutanés, ils me regardaient, il me semble comme un héros, une sorte d’exorciste. Celui qui avait pu chasser le diable de Sainte-Cécile.

    J’observais se faire craquer en deux, en quatre, la grande hostie, et j’avais la tête ailleurs, je tenais distraitement les burettes d’eau et de vin, j’attendais un signe pour verser ce qui allait devenir le sang de celui qu’on allait clouer en croix cet après-midi.

    J’n’étais pas le diable mieux qu’Amédée qui s’était  » pas  » converti tantôt sur le prie-Dieu de la sacristie. J’étais parti, ailleurs, je ne faisais que penser à Pâques, dimanche, après-demain. Au gros  » oeuf de chocolat  » avec crème de menthe et du jaune dedans, l’oeuf géant, mal enveloppé, mal caché dans le haut de la garde-robe de mes parents.

    Un cadeau de mon parrain, l’hérétique Amédée.