BONNE ANNÉE GRAND NEZ !

Veille de Noël et, si tard, plus un seul sapin à vendre. Nulle part. Dépit. Aller m’en scier un petit en terre-de-la-couronne. Couronne chérie du militariste-royaliste ce con de Harper. Moi en hors-la-loi avec ma sciotte ! Au journal du surlendemain de Noël, journaux, les bilans fastidieux. Les gros événements, en un ordre capricieux. Pour certains, le numéro « un » c’est le  chirurgien fou de jalousie, vaniteux déboussolé de St Jérôme, sa sauvage tuerie d’imbécile d’orgueilleux démentiel. Un  docteur en médecine qui assassine,  sauvage, un papa dénaturé, un boucher (ô chirurgie !) poignardant ses petits enfants (qu’il gardait) ! Dans un certain ordre s’alignent : deux, des Hells, bandits libérés pour cause de trop longue attente de procès, trois, le Rapport-Duchesneau, quatre, le sexooliste parisien Strauss-Khan et sa Noire qu’il assaille dans un Sofitel de Manhattan.
Silence mondial sur ma coupe illégale d’un petit sapin en forêt ! Ouf ! Attendons ce « Bye-Bye 2011», revue annuelle à la télé publique. Autre bilan. Très québécois ? Prévoir qu’il n’y aura rien sur ces étonnantes, surprenantes, révoltes en Afrique du nord. Rien sur les la mort de mon ami mort Gaston L’Heureux ou sur notre brillant cinéaste Villeneuve au bord de gager un Oscar à Hollywood bientôt. Rien sur le tueur fou de Tucson en Arizona ? Rien sur « le skieur Guay » un québécois champion du monde en ski en Allemagne. Et rien sur ce bourgeois millionnaire, François  Legault, son parti politique incolore, prudent ? Rien sur les premiers coups de « Marteau » avec l’arrestation de six fraudeurs dont cette mairesse de Boisbriand, Sylvie St-Jean ? Il faut faire rire d’abord et avant tout. Le Bye-bye une fois de plus ne sera pas une vraie « revue » de l’année 2011 ». Et pas un mot sur ce grand-père « pompette » qui renverse un vaisselier à Duvernay ? Moi. Ma honte. Je ne touchais plus au divin pastis, ma chère liqueur du temps jadis. Chez Pierre Boucher (ex-directeur du Cégep St-Laurent) mon beauf’ qui débouche une neuve fiole de son pastis. Abus. Deux grands verres ! Mon dérapage éthylique au moment de savourer la jolie bûche venue de l’École hôtelière de Ste Adèle, toute inquiète, ma tendre Raymonde qui me jettera sur les épaules « le manteau de Noé ». Devoir quitter Laval (« belle nuit,  sainte nuit…) et abandonner, hélas, les joyeuses  frimousses de quatre petits enfants gigotant au salon, à quatre pattes dans une mer de cadeaux. Le plus beau jouet-cadeau ? Tout simple : des lampes de mineurs fixés au front achetées pas cher à La Cordée. Les voilà, fous comme des balais sillonnant en riant la caverne des noirceurs, c’est à dire tout le logis dans la noirceur vaincue. Ils sont des découvreurs guidés par leurs lueurs miraculeuses. Les rires fusent.
Il est midi, lundi, au café du matin (on se leva tard), notre joie d’apercevoir par les portes-patio les premiers promeneurs de l’hiver. Ils font le tour du lac au soleil luisant ! C’est parti le vrai hiver ! Le voisin Ouellet a fait une mini-patinoire sur son rivage et un mini-feu d’artifices ce soir-là. Il y a l’anniversaire de naissance du premier et plus grand « prophète de l’amour », ce Jésus de Nazareth que les querelleurs de ce temps barbare vont crucifier à mort. Il y a aussi qu’on doit fêter le nouveau solstice, le début des jours qui vont s’allonger. Bonne nouvelle année à mes fidèles lecteurs. Que 2012 soit de paix partout. En Israël comme en Palestine, nouveau pays. Comme partout où l’on fusille dans les rues ces citoyens musulmans, nos frères humains. Qui aspirent à la démocratie.

BONNE ANNÉE GRAND NEZ !

Veille de Noël et, si tard, plus un seul sapin à vendre. Nulle part. Dépit. Aller m’en scier un petit en terre-de-la-couronne. Couronne chérie du militariste-royaliste ce con de Harper. Moi en hors-la-loi avec ma sciotte ! Au journal du surlendemain de Noël, journaux, les bilans fastidieux. Les gros événements, en un ordre capricieux. Pour certains, le numéro « un » c’est le  chirurgien fou de jalousie, vaniteux déboussolé de St Jérôme, sa sauvage tuerie d’imbécile d’orgueilleux démentiel. Un  docteur en médecine qui assassine,  sauvage, un papa dénaturé, un boucher (ô chirurgie !) poignardant ses petits enfants (qu’il gardait) ! Dans un certain ordre s’alignent : deux, des Hells, bandits libérés pour cause de trop longue attente de procès, trois, le Rapport-Duchesneau, quatre, le sexooliste parisien Strauss-Khan et sa Noire qu’il assaille dans un Sofitel de Manhattan.
Silence mondial sur ma coupe illégale d’un petit sapin en forêt ! Ouf ! Attendons ce « Bye-Bye 2011», revue annuelle à la télé publique. Autre bilan. Très québécois ? Prévoir qu’il n’y aura rien sur ces étonnantes, surprenantes, révoltes en Afrique du nord. Rien sur les la mort de mon ami mort Gaston L’Heureux ou sur notre brillant cinéaste Villeneuve au bord de gager un Oscar à Hollywood bientôt. Rien sur le tueur fou de Tucson en Arizona ? Rien sur « le skieur Guay » un québécois champion du monde en ski en Allemagne. Et rien sur ce bourgeois millionnaire, François  Legault, son parti politique incolore, prudent ? Rien sur les premiers coups de « Marteau » avec l’arrestation de six fraudeurs dont cette mairesse de Boisbriand, Sylvie St-Jean ? Il faut faire rire d’abord et avant tout. Le Bye-bye une fois de plus ne sera pas une vraie « revue » de l’année 2011 ». Et pas un mot sur ce grand-père « pompette » qui renverse un vaisselier à Duvernay ? Moi. Ma honte. Je ne touchais plus au divin pastis, ma chère liqueur du temps jadis. Chez Pierre Boucher (ex-directeur du Cégep St-Laurent) mon beauf’ qui débouche une neuve fiole de son pastis. Abus. Deux grands verres ! Mon dérapage éthylique au moment de savourer la jolie bûche venue de l’École hôtelière de Ste Adèle, toute inquiète, ma tendre Raymonde qui me jettera sur les épaules « le manteau de Noé ». Devoir quitter Laval (« belle nuit,  sainte nuit…) et abandonner, hélas, les joyeuses  frimousses de quatre petits enfants gigotant au salon, à quatre pattes dans une mer de cadeaux. Le plus beau jouet-cadeau ? Tout simple : des lampes de mineurs fixés au front achetées pas cher à La Cordée. Les voilà, fous comme des balais sillonnant en riant la caverne des noirceurs, c’est à dire tout le logis dans la noirceur vaincue. Ils sont des découvreurs guidés par leurs lueurs miraculeuses. Les rires fusent.
Il est midi, lundi, au café du matin (on se leva tard), notre joie d’apercevoir par les portes-patio les premiers promeneurs de l’hiver. Ils font le tour du lac au soleil luisant ! C’est parti le vrai hiver ! Le voisin Ouellet a fait une mini-patinoire sur son rivage et un mini-feu d’artifices ce soir-là. Il y a l’anniversaire de naissance du premier et plus grand « prophète de l’amour », ce Jésus de Nazareth que les querelleurs de ce temps barbare vont crucifier à mort. Il y a aussi qu’on doit fêter le nouveau solstice, le début des jours qui vont s’allonger. Bonne nouvelle année à mes fidèles lecteurs. Que 2012 soit de paix partout. En Israël comme en Palestine, nouveau pays. Comme partout où l’on fusille dans les rues ces citoyens musulmans, nos frères humains. Qui aspirent à la démocratie.

 

Errata: c’est pas Villeneuve (« Incendies »)  mais Falardeau (« M.Lazhar ») qui ira aux Oscars.

VISA LE BLANC, TUA LE NOIR !

Au « Phénix », Chemin Bates à Outremont—où nous avons un mini appartement (pied-à-terre)— m’arrive une Raymonde excitée : « J’ai jamais vu ça, une bestiole blanche comme neige, albinos, un écureuil habillé d’hermine, déguisée « en immaculée conception ! » Suis jaloux; c’est pas à moi —qui aime tant les p’tites bêtes— que ça arriverait. Le surlendemain, rentrant à pied de « Chez Serge », à ma chère École Hôtelière : un écureuil… d’un noir total, une vraie boule de noir-à-chaussure. Il grimpe sur le Sacré-Coeur devant l’église. Tache noironne sur le cœur très sacré ! Puis s’amène une (pas moins) noire… corneille…qui se pose sur le crâne de béton du Jésus (moulé en série). Une noiraude peluche, trépignante, animée !

En 1945, le grand frère de papa rentre de 20 ans de Chine-du-nord. Il apprivoise sur son balcon du couvent de Pont Viau, des écureuils… « noirs », me disant : «Ça nous vient de Belgique, ces noirauds-là ». Je les observais qui mangeaient dans la main du missionnaire retraité (aux curieux : je raconte mon oncle Ernest dans « Chinoiseries », vlb-éditeur). Rue Beauchamp, mon p’tit nègro court sur le balcon d’une maison « toute bleue », la demeure, m’a-t-on dit, d’un adolescent du nom de Claude-Henri Grignon ! Et de ses frères. Leur papa, veuf mais remarié, vivait juste à côté, rue Morin. La cause ? La haine de ses fils pour « sa » deuxième femme. Le « gros docteur » avait fait construire un tambour-passage reliant cette maisonnette bleue à la sienne et on peut aller voir les traces de ce tunnel autour des deux portes, celle de la « bleue » et celle dans la cour, rue Morin. Allez voir, coin Beauchamp, cette longue maison du « papa boudé » avec sa cocasse rangée de cinq (5) pignons au dessus des cinq (5) mini balcons.

Au « P’tit resto’ —devenu un smoked-meat— rue Valiquette, un soir d’été, il y a longtemps, un quasi centenaire, monsieur Lupien (mort il y a peu), me jasait du passé; ô la belle soirée « d’audience » du souverain-conteur; on me connaît, je buvais ses… souvenirs. Mais comment savoir si cet aïeul n’inventait pas ! Un midi, il y a longtemps, je voulus présenter l’ancêtre Lupien au chanteur Claude Dubois mais, en retard, Dubois resta juché sur son Harley-Davidson. La crédulité du monde ? Dubois me confia : « Écoute bin ça, j’ai loué au Sommet Bleu, juste à coté de la croix lumineuse. Je raconte aux gens que, chaque soir, c’est moi qui plogue le crucifix de fer et que, tous les matins, je dois aller tirer la souitche. On me croit ! » Il riait.

      Bon, vas-y, installe-toi bien novembre. Enfin remplis les sacs orange de feuilles mortes. Pas par moi, trop vieux votre chroniqueux, il ne s’échine plus au râteau. « 81 » sonné jeudi dernier.  Humiliation bégnine ! Me reste à guetter « mon écureuil noir » et espérer en voir un tout blanc. Au fait, à quand la première neige ?,  blanche comme l’écureuil du Phénix à Outremont.

CROIRE ET MOURIR

La salle était remplie ! Voir un film illustrant « la petite vie » bien ordinaire de « curés » de France exilés en Algérie.

Plusieurs millions de Français sont allés voir une histoire vécue.  J’en suis sorti samedi très embrouillé. C’est un récit à propos d’une poignée de prêtres catholiques —condamnés à mort par des fanatiques d’Allah armés— dans un monastère en Algérie. Un pays arabe de religion musulmane, comme on sait. Sont-ils un reste du colonialisme tant haï en Algérie ? On va le leur dire carrément. Ces moines dévoués aux villageois de leurs alentours sont donc prévenus et par le autorités en France, et aussi par celles, militaires, du régime actuel (Bouteflica)  à Alger. C’est toute l’histoire : croire et puis mourir.

Le cinéaste, lentement, très calmement, fait voir la vie de ces « fanatiques de Jésus », vie édifiante : on soigne les malades, on fabrique du miel pour le marché, on laboure quelques hectares de terre. Bref, pas de zèle religieux, ni grand-messe, ni pèlerinage, rien car ils prient entre eux, ce sont des moines. Vite, on voit des guérilleros aux menaces graves, puis les avertissements : « Vous serez tués si vous ne rentrez pas chez vous, en France ! ».Voilà donc le sujet du film. Un choix démocratique, ils sont décidés à mourir, car il est clair leur destin : la mort.

Le code civil dit : « Sera poursuivi toute personne refusant  de secourir personne en danger ». La loi interdit aussi et le suicide et l’aide-à-suicide. Le directeur du monastère n’est pas un civil quelconque, c’est un mystique. Je ne crains pas le mot : un kamikaze ! Pacifique certes mais bon, il veut aller en paradis promis. Pas par Mahomet par Jésus. Exactement comme les « fous d’Allah ». Ces « kamikazes catholiques » ne vont tuer personne autour, certes. C’est cette « marche à la mort » —le martyr— qui m’a fait tant jongler à la sortie. J’ai songé aux martyrs québécois en Chine de Mao que j’ai raconté en 2008 ——grâce aux lettres de mon oncle missionnaire— dans mon livre « Chinoiseries ». Et en publiant « PAPAMADI » cette année,  j’ai illustré ma familiarité et mes connaissances avec le monde des voyants mystiques et martyrs. Ainsi ce film remuait en moi bien des choses.

Je suis croyant mais agnostique, j’ai des parents, des amis, mon fils, qui sont des athées. Des « mécréants », dit la cocasse expression.Cet aspect « suicidaire » du  beau film  chez ces moines exilés me dérange. Chef de groupe, moi j’aurais recommandé le déménagement urgent dans un abbaye de France. Je n’aurais pas couru au devant de la mort. Mais bon, mysticisme, un domaine religieux très à part. Ré-entendre « le corps du christ » en distribuant un bout de pain aplati m’a dérangé aussi, on songe à une secte et à des rites secrets, à une sorte de clandestinité. Effet bizarre en 2011.

Ces gentils agriculteurs à mi-temps, en robes blanches, ces cultivateurs-du-dimanche à la bonté passive (les incessantes cérémonies) et active (la clinique, le marché) sont si éloignés des besoins du monde laïc que, par millions, des gens veulent observer ce microcosme anachronique. C’est la clé du succès ?

Récemment, l’éditeur Marcel Broquet de Saint Sauveur m’a publié « Le rire de Jésus ». J’ai une passion admirative pour ce Nazaréen qui changeait l’histoire du monde, qui, en son temps de guerres perpétuelles, prêchait la paix et l’amour. Cet immense prophète n’a fondé aucune « religion » mais il viendra des exégète et ratiocineurs nombreux pour tout complexifier. Et même attiser de sombres et malsaines pulsions de mort. Tels ces kamikazes, sauce, ici, Brébeuf et Lallemant. Mais ne ratez pas ce fascinant film, vous verrez bien de quoi je veux parler.

 

 

 

 

 

 

CRÈCHE DE NOËL

Québécois, le christianisme fait partie intégrante de notre patrimoine culturel. Enrageant pour qui ? Pour quelques militants  « intégristes », irréligieux fanatiques. Bof, la caravane des croyants, comme celle des ex-croyants sensibles, se moquera de ces chiens hurleurs, non ? Catholiques québécois, sans honte niaise, résistons, levons-nous pour défendre notre héritage chrétien. Il y a bien plus laid, plus honteux, ailleurs dans le monde. Pour seul exemple, imaginez la douleur d’être descendants d’Allemands nazis, ou de Français collaborateurs volontiers du nazisme. Pas vrai ?

Comme tant des nôtres, je ne fréquente plus nos églises. Dans mon cas depuis un demi-siècle, ça empêche pas d’assumer notre passé religieux et même d’y conserver une nostalgie de bon aloi. On peut, sans adhérer à un dogme —à une gnose catho « romaine »—, d’apprécier des signes visibles de cet héritage. Ainsi, la crèche. J’y suis sensible à cette belle image d’un enfant-messie né dans une étable de Bethléem. Des savants chercheurs nous apprennent qu’il y a là une pure légende, comme un conte de fée. Ça se peut bien.

Une part de mythologie meuble toutes les religions, du prince indou, Bouddha, au cavalier militariste sanguinaire, le Jésus de l’Islam, Mahomet. L’être humain restera toujours sensible aux créations des grands poètes. Il m’arrive, ô Goethe, de croire à son diable Méphistophélès  ( dans Faust !) et à son diabolique pacte signé de sang. Fou hein ?

Chez moi, enfant, mon père interdisait l’arbre de Noël. « Danger d’incendie et, surtout, paganisme ! » Il insistait :  « Noël est l’anniversaire de la venue au monde de Jésus ». Devenu ado, je l’ai obligé à me laisser acheter au Marché Jean-Talon voisin, « un beau sapin »  ! Il bouillait…Chaque dernière semaine de décembre, papa nous laissait collaborer à  sa vaste installation d’une formidable crèche de Noël étalée tout du long de la fenêtre du salon. Fallait sortir du hangar le lot de papier-rocher, les paquets d’ouate et, bien entendu, les personnages : le bébé dans son ber de fausse paille, bambin blond aux yeux bleus, rien de bien sémite.

Nous avions une Marie bleue et un Joseph brun, des angelots avec ou sans trompette, des bergers et leurs moutons brouteurs. Pour les trois rois venus en pèlerinage, mon père installait (eh oui !) de statuettes importée de Chine. Il avait tenu commerce d’importations avant d’ouvrir son caboulot de La petite patrie, voir mon récit « Chinoiseries », (publié chez vlb). « Une installation » n’ayant rien à voir avec celles des concepteurs avant-gardistes. Un jour, le curé Lefebvre de Sainte Cécile, décida de monter une crèche vivante sur le parvis, rue De Castelnau, avec des personnages joués par des paroissiens…pas frileux. Foules aussitôt et ce fut un dur coup pour la popularité de la crèche d’Édouard Jasmin !

LA MORT DE JEAN

Je le cherchais des yeux souvent dans les rues avoisinantes depuis qu’il me semblait… parti, j’éprouvais un certain malaise. Je l’aimais bien. Était-il déménagé du village. Où était-il rendu ? Je ne savais pas ce qui lui était arrivé. Je m’y étais attaché à Jean Mackay. C’était un beau grand géant. Cheveux frisés. Toujours bien droit malgré un canne à son flanc. Mon aîné de presque un douzaine d’années.

La première rencontre, il y a plusieurs années, fut si légère, ironique et cordial car il aimait rire, mon Jean. Il m’attaquait à chaque fortuite rencontre en rigolant : « Comment ça va m’sieur l’écrevisse ? » Son rire bien franc. C’était un gaillard qui me semblait en si bonne santé. Il allait mourir à 110 ans, que je me disais, et encore ! Le croisant à tel ou tel coin de rues, je lui criais très fort : « Salut mackaile, p’tit kapaille-black-eye ! », il sursautait chaque fois et puis riait. Me montrait sa canne brandi.

Rue Grignon, rue Grondin, rue Lesage ou dans la rue qui mène à l’église, nous aimions deviser sur tout et rien. Nos jacasseries étaient comme un prétexte, celui de palabrer sur les actualités chaudes, à l’ombre ou au soleil, été comme hiver. J’aimais ce Jean Mackay au tempérament optimiste, aux propos sages, amateur de gros bon sens. Au fond, nous ne savions rien de l’un et de l’autre, nous n’étions que deux silhouettes quasi anonymes et pourtant affectueuses. Sans raison claire, sans but précis. Une sorte d’amitié lâche, une entente qui ne servait à rien, la gratuité totale. Jean m’était devenu un instrument vivant, humain du mobilier de nos rues de Sainte-Adèle. Fou hein ? Il ne me questionnait pas. Sur rien. Et moi de même. Deux adèlois libres.

Pourtant, un jour, je ne sais plus pourquoi, je vis son regard soudain s’assombrir. Il me racontait le fils d’une très belle jeune chanteuse (qui écrira des romans), aux amours tournées courtes, qui, prise de carrière débutante, lui confia son jeune garçon. « Mais, un mauvais jour, mon jeune adopté s’est enlevé la vie ! » Il détourna le regard. Une première. Je lui avais serré l’avant-bras. Il se secoua : «  Ouais, on fait mieux de rentrer m’sieur l’écrevisse, regardez le ciel au dessus du lac, ça va tomber raide et fort ! »

Je l’avais regardé s’en aller, une marche de jeune homme, un pas si ferme et si solide. Non, il n’allait pas mourir de sitôt.

Oui, depuis longtemps, trop longtemps, je ne voyais plus Jean Mackay à ses capricieuses promenades dans le village; un jour, en bas, rue Valiquette, un jour, en haut, dans le parc de l’ex-hôtel Montclair, devenu amphithéâtre naturel. Je m’ennuyais de lui. Vraiment. Je me disais qu’il était sans doute aller vivre en ville dans une de ces résidences pour grands aînées, ou bien, chez un de ses enfants, loin, ailleurs. Eh bien non, je lis soudain dans le journal : « Les funérailles auront lieu le samedi 11 décembre à 14 h à l’église de Val David. »

Il y a des années, un soir, dans un resto de la rue du Chantecler, veillée sublime pour les amateurs de petite histoire comme moi, un très vieux vieillard, à la mémoire inouïe,  M. Lupien, me raconta avec verve et une mémoire intacte le Sainte-Adèle du temps du gros docteur et agent des terres Grignon, père du célèbre feuilletoniste. Ma joie alors ! Il y avait eu aussi mes rencontres inopinées avec le père-fondateur de te quincaillerie, le très vieux monsieur Théoret, avec canne lui aussi. Une autre si  précieuse armoire-aux-archives gardées impeccablement. Ce causeur émérite est mort et même son fils, repreneur du commerce, lui aussi ! Bien avant le temps de Jésus, c’était écrit, n’est-ce pas ? Tempus fugit ! Et comment. Que Jean Mackay repose en paix, qu’il marche tête haute, et sans sa canne, dans les sentiers de ce paradis promis.

SERMON SUR LA MONTAGNE

C’était à Mont-Rolland, ou à Piedmont ? Bof, flou dans ma mémoire. En tous cas, vision soudaine de deux jeunes silhouettes. Je me rapproche. Image plaisante, un tableau naturiste, titre : Jeune couple sur un banc bancal. Des rochers,  cascade d’eaux rugissantes. À l’horizon, nos collines, défeuillées. Paysage de mauves et de pourpres affadis. Bientôt de belles  neiges ? Ce couple joli, quinze ans…ou vingt ? Difficile à dire désormais. Elle au joli visage d’un Botticelli, cheveux d’un roux blond. Lui, un noiraud musclé, beau visage sculpté, bel Apollon. Envie d’admirer moi aussi cette chute sonore et ses eaux bouillonnantes. Je m’installe donc à l’autre bout du banc.

Sourires et petits saluts de part et d’autre car, avec « ma tête de pâtre grec », je n’effraie personne. Le garçon me sourit, me parle. D’elle et de lui, de l’avenir et de l’amour. « Est-ce durable ? » Ô la vieille question ! Je confie être toujours amoureux, depuis 50 ans, de la même fille ! Mes tourtereaux  sursautent :« Quoi?, hein, ça se peut ça ? » Ce sera alors mon sermon sur cette colline. « Facile si on accepte de mêler l’amour avec la sexualité. La tendance pornographique de notre  époque peut tromper les amoureux pressés, hélas ! »

La fille ouvre un sac de pinottes et aussitôt opine du bonnet : « Oui, vrai ça, partout, ciné et télé, c’est le « vite consommé » et bye-bye! » On rit. Je continue : « Facile et possible l’amour qui dure si on sait mettre ensemble sentiments et sexe. Très facile alors de faire durer. Tourner le dos carrément à « sexualité bestiale seulement », accepter de ne pas séparer « besoin génital et émotions humaines. » Un gras geai bleu nous frôle, une noire corneille se sauve en coassant fort. L’eau remplie d’écumes déboule, durable elle aussi.

Ils m’écoutent ravis et j’en suis..ravi ! Leur dire aussi d’aller à la biblio et lire, de M. Kaufmann, « amour@sexe »

( ou vice versa, je sais plus). Une lecture utile en diable. Leur dire aussi qu’il y a Marie-Paul Ross à lire, à consulter. Qui ? Une religieuse savante et sage (docteur en sexologie). Elle aussi, comme Kaufmann, fut invité à « Tout le monde en parle ». L’eau rugit, glisse, tombe avec son beau fracas. Vastes parois de granit rose qui brillent au soleil, astre timide de fin octobre. Silence face à cet entonnoir minéral gigantesque. Un décor laurentien familier. La fille me raconte qu’aux études on ne fait qu’illustrer les appareils génitaux, le fonctionnement organique. « La machine mécanique », et elle rit tristement. Place à la biologie. Lui me dit : « On n’ose pas nous parler des« sentiments », une pudeur bizarre ». Comme je donne raison à ma chère sexologue-nonne, Ross. Dans le récent bulletin « Madame », elle parle de « déshumanisation ». Fléau actuel. Aussi de « défiminisation » quand on veut faire croire à l’égalité-hommes-femmes alors que l’amour est le plus profond désir chez une fille. Le plaisir ? Une valeur ajoutée, rien de plus. Mes deux jolis pigeons à roucoulements sursautent encore si je dis : « Le principal organe de la sexualité ? Le cerveau. »

Une réalité. Merde, on enseigne quoi aux écoles ? Que pénis, vagin, testicules, vulve ! Quelle connerie l’école, alors ! Non mais…

p.s. : Un sermon ?, pourquoi pas ? Ne suis-je pas l’auteur d’un « cinquième » évangile :  « Le rire de Jésus » ? Publié en 2009 cbez Marcel Broquet, éditeur à St-Sauveur !

(30)

ALICE ET LES SEPT ÉGLISES !

Gens des Laurentides, nous sommes si attachants que même le froid, merde, s’attache à nous. « Aimez-moi moins », disait une réplique molièresque. N’empêche, ça y est, le printemps est là, et voici le congé pascal si bienvenu, comme tout congé. Agréable ponctuation dans le morne écoulement des journées ouvrables. À moins que des accommodements racistes effacent même nos dimanche de Pâques ! Je sais que vont apparaître tous ces trous creusés dans les pelouses de nos jardins, ouvrage de mulots ? Chaque printemps c’est le retour de cette entreprise de tunnels. Parlant tunnel, j’ai vu le film de Burton,  « Alice… », en son pays merveilleux avec sa grande fille tombée dans un vaste tunnel. Récit un peu assommant à effets truqués (Avatar bis !) où seul le chapelier a un rôle consistant; Johnny Dep y fait florès.

Les jeunesses actuelles, jeudi, n’auront pas à « faire-les-sept-églises ». Un rituel catho de jadis pour le jeudi-Saint, pour évoquer les 7 plaies du Christ à veille de revenir de sa bizarre visite.« Est descendu aux enfers », dit le « Je crois en Dieu ». Dans un village, s’agissait-il d’entrer et de sortir 7 fois de l’église ? En ville, c’est pas les églises qui manquaient. Le grand auteur Mark Twain, en visite à Montréal, écrit : « Il y a tant d’églises dans cette ville que si vous lancez une pierre, vous êtes certain de casser un vitrail ! » N’empêche, naguère, c’était congé, le doux printemps revenu et pouvoir marcher en souliers sur le macadam enfin nu. C’était de « se mettre propre » et d’étrenner parfois une pièce de linge, d’aller « faire ses 7 églises ». Un moyen aussi de fleureter. Avec, pour sa joie à lui, l’élue choisie ou, pour elle, le bel adonis. Sur un des sept porches, arrêt, cœur qui bat, l’échange de son « portrait ». Une des 4 poses (pour 25 cents !), de la machine photomaton. Bonheur « trop » humain, n’en déplaise à ce Jésus qui, dimanche, sortait de la mort.

J’ai aperçu ma Donalda, fouineuse, énervée, qui se décevait grandement de la coupe-à-blanc (commandée par Raymonde l’automne dernier), ravage dans tous les arbrisseaux de ses alentours ! Sur la longue galerie, geais bleus, pics divers et folâtreuses mésanges constatent le vide de la mangeoire à oiseaux, le printemps revenu, débrouillez-vous désormais ! Terminé la bouffe gratuite ! Grognon-Séraphin, mon gras raminagrobis (encore Alice-aux-merveilles !) est revenu, pataud, inspecter les haies voisines. Mine triste, démarche sans énergie aucune, l’ex-Empereur Bonaparte exilé à l’Île Sainte-Hélène. Il a maigri. Terriblement. Bien mal en point mon matou faux fauve. Le faire « descendre aux enfers » comme Christ ressucité ? Mon fils de Val David, Daniel, vient d’enterrer, le cœur gros, sa vieille Zoée. Trop malade pour vivre un été de plus. Je caresse dix, vingt projets comme à chaque printemps. Et vous ? Viendra-t-il dans mes parages quelque bestiole folle ? Une bête nouvelle ? J’ai vu travailler (les petits doigts agiles, ô !) patiemment un racoon sur le dos de notre bac noir. Il poussait une brique vers le bac bleu voisin pour pouvoir soulever le couvercle noir sous lequel gît sa pauvre bouffe à composter. Il me reste une peur : mon cher acrobate Jambe-de-Bois, écureuil de cirque… l’avoir vu écrasé et sanguinolent sur l’asphalte… Si ce n’était pas lui… un sosie alors ? J’espère. Je te guette l’artiste ! Reviens-moi !

« QUEL BEAU DIMANCHE MAMZELLE GERMAINE »

    Un matin, réveil, il est déjà neuf heures ! Paresse, rester étendu. Ouvrir un œil et puis les deux : sur le mur, dans mon rideau de fenêtre, ça bouge.Dehors, du vent dans les branches des cèdres ? Ça bouge beau ! Cinéma libre et gratuit. Les plus beaux jeux d’ombres et de lumières sont souvent donnés ! Savoir voir. Imiter Renoir. Jeux de lignes, nids tricotés, des bizarreries… de toute beauté, des images graphiques, elles d’une fine dentelle de deuil, dentelle bien noire.

       Le soleil s’amuse de tout ? Plus envie de sortir du lit ce matin-là, captivé, comme hypnotisé  par ces fins mouvements, silhouettes découpées si délicates, si finement..

      Puis tu vas marcher sur les eaux comme un Jésus laïc. Sur le lac gelé, entendre des craquements, la petite peur, enfantine, comme jadis, à quatre ans, le soir, quand tu craignais l’ombre au fond d’une garde-robe, quelque chose bougeait ou bien tu entends des soupirs, non, des craquements. Sur le lac, au soleil, ce dimanche-là, s’il fallait, hum… si  la glace s’ouvrait sous tes pas, très soudainement, un malchance, non ?, une faille, oui ?, on sait jamais. Tu as entendu un vrai craquement cette fois, tu avances et,crac, il te semble, tu rêves pas, un autre « crac » feutré, encore.    

        Peureux, tu marches moins vite, tiens ! Les autres patinent tout autour de toi, dans l’anneau blanc et bleu, ils volent comme en état de lévitation, ô c’est beau des jeunes patineurs ! Bras en balançoires, ils tournent entre nos collines, ils vont à toutes volées, de vrais jeunes  innocents ! Ils filent rapides comme des fantômes ! Je jongle avec rien dans les mains, ni quilles ni anneaux (olympiques ou non ). Images furtives sur le La Rond, pantins d’un peintre, images peintes d’un Normand Hudon ou d’un Breughel.

         Des esprits sur patins bien aiguisés, on dirait des elfes, sylphes, insectes légers, volants, bravo ! Des appelés de dieux inconnus, craints aussi des insomniaques à mauvaise conscience. Fantômes bien réels si vois vous approchez, visions d’hiver qui va finir dans 30 jours. Voici qui passe, canne au poigne, cette belle vieille que je connais, survivante nostalgique. Ce vieux bonhomme—que je connais aussi— assis très droit encore sur un banc de la municipalité, il rêve au soleil d’une épouse morte trop tôt. Salut René ! L’autre, s’achetant un chocolat chaud dimanche, se souvient trop d’un enfant disparu, parti trop vite, précoce exilé en Scandinavie et qui n’écrit jamais. Salut Michelle !

       Cet ami fauché bêtement, je garde toujours son souvenir, voici son sosie à sa ligne à « pêche blanche », lui au lac !, coup au cœur mais pas un mot, taire la douleur du meilleur ami trop vite disparu. On a déjà vu ça, au cinéma, un revenant, dans la réalité, c’est sans espoir. Patinez belle jeunesse, le tems passe vite, lui aussi il patine. L’existence se prend, n’est pas un concours. N’y aura aucune médaille, ni de bronze ni de fer blanc. Ils glissent sur le lac juste pour boire de l’air pur, c’est gratuit, donné, eaux froides qui vont fondre dans 30 jours, la mort, bonne pour les autres, je sais j’ai eu dix ans. Adieu la peur, ayant lu des histoires vraies et récentes sur des motoneigistes vrais ! …

Marcher sur le lac et voir un enfant se sauver de vous, même si on cache sa canne noire ! « Oui, les adultes l’effraient, hélas… » dira la maman. Un joyeux drille me fat voir un drôle de traîneau à longs minces skis, machine si légère à panier bas en avant, à haut guidon de beau bois, une merveille. Brel chantait : « Quel beau dimanche mamzelle Germaine ! »

MENSONGES QUE MON PÈRE CONTAIT !

Comme toujours au temps des fêtes,  j’ai débuté, un rituel, mon roman annuel.  Après mon « Rire de Jésus », cette fois je suis plongé avec… Belzébuth, Lucifer et Satan ! Au début de l’été sortira donc en librairies « PAPA M’A DIT… « , titre de travail. Je raconterai mes frayeurs provoquées par les récits de papa ( un bonhomme bizarre) qui prenait plaisir à raconter ses « diableries ». Comme aujourd’hui avec certains films, les jeunes aiment avoir peur, j’aimais avoir peur, petit garçon. Est-ce que je lui dois ma vocation d’écrivain ? Sans doute.

Nageant dans mes souvenirs, j’ai un plaisir fou en faisant revivre ses chers voyantes tourmentées par le démon, ses mystiques stigmatisées, ses thaumaturges, du Frère André à Thérèse Neumann « qui saignait de partout tous les vendredis », me disait mon pieux papa. De Catherine Emmerich à cette « Madame Brault » de Pointe-Claire, dame dévote  que le diable (« un affreux chien noir géant  », disait papa  !) jetait dans le fossé quand elle se rendait à son église !

Faisant revivre ce drôle de père, je me suis souvenu de sa « haine » des Laurentides, où il n’est jamais venu. Je ne sais trop pourquoi, vers 1940, 1945, la réputation « du Nord » grandissait. Tant que l’on se mit à réclamer que papa vendre son petit domaine (50 pieds par 300 pieds) pour « passer nos étés dans le Nord papa ! » Un lieu moins « commun », suggérait Germaine, un peu snob. Cela enrageait mon père qui appréciait tant son cher Pointe-Calumet où étant sans auto, il pouvait venir par train ou par bus. À chaque fois qu’on l’en implorait avec des « Achète donc un chalet dans l’nord, si-ou-pla, p »pa ! », c’était une occasion pour papa de peindre en noir les Laurentides.

« Le Nord !,  vous savez pas ça, mais ici à Pointe vous êtes souvent en maillot de bain le soir. Tard souvent, c’est la chaleur du sable partout qui permet ça. Là-bas dans vos Laurentides rêvés, c’est frette en titi et vite, il est pas quatre heures de l’après-midi que le monde des Laurentides doit mettre un chandail de laine, une veste. On gèle, c’est ça le nord. Vous regretteriez vos baignades ici, tard, à noirceur souvent. » On se taisait, un peu embarrassés.

Mais on y reviendra et ce sera : « Quoi le Nord ? Pauvres enfants ignorants, ce que vous savez pas, c’est le danger de s’assommer. Ici, dans le grand lac des Deux Montagnes, une vraie mer, vous pouvez aller  nager partout, c’est jamais creux. Mais dans l’Nord, oh la la, vous vous approchez de n’importe quel rivage, n’importe quel lac et vous plongez, b’en badang ! Il y a partout des rochers invisibles. Danger de noyade avec le front pissant le sang, la mort souvent, tombé sans connaissance par une roche caché dans ces petits maudits lacs. » Impressionnés, on se taisait. Était-ce exagéré ? On savait rien des lacs du Nord.

Une fois revenus encore à la charge, papa déclara :

« Écoutez-moi bien, je vois entend vous plaindre de nos p’tits maringouins de la Pointe, dans vos Laurentides de rêve, c’est le fléau des mouches noires, ça mes enfants, c’est effrayant, quand ça vous pique, ça emporte des morceaux de peau, c’est grand comme des vingt-cinq cennes ! Voyez-vous ça ? Le monde se promène avec des pansements plein les bras et les jambes. »  On ne reparla plus du nord. J’y suis, en permanence depuis plus de 30 ans, je ne me sus pas noyé encore et n’exhibe nul pansement ! Un curieux personnage, vous verrez ça cet été dans « Papa m’a dit ».

RETOUR D’UN « ENFANT DE VILLERAY »

1986. Déménageant de la rue Cherrier vers la rue Querbes dans Outremont-en-bas, j’étais content d’avoir mon nouvel éditeur… disons « sous la main ». Un voisin de la rue Ducharme. Avec Lanctôt-éditeur, ce sera d’abord : « Pâques à Miami », sorte de « tombeau » littéraire à mon père mort. Puis ce sera : « Enfant de Villeray », une autobiographie de mon enfance. Un récit apprécié, vite épuisé. Voilà mon cher felquiste (qui avait payé sa dette pour sa prise d’otage), au bord de la banqueroute et qui me propose une dette en retardant de me payer mes droits ! Mon refus net ! Mon récit tari, eh ! Eh bien, fidèle lectorat, consolez-vous, voilà que Michel Brûlé (Les Intouchables) vient de ré-imprimer mon « Enfant de Villeray » qui sera en librairies dès le 10 novembre, jour de mon anniversaire. Avec, en complément (style DVD et ses annexes) en beaux noirs et blancs, vingt-cinq « portraits » tracés de ma banche main, portraits des protagonistes de mon enfance. J’imagine la hâte dans les foyers de gens cultivés, hum…

Oh, comme il y a loin justement de ces années 1930 dans mon cher Villeray (comme dans un paisible village) à nos jours, à ces élections. Que dirait mon catholique papa de tout ce bordel montréalais ? Seigneur ? Lui si pieux, si bon citoyen, membre du Tiers Ordre, si « à cheval sur les principes ».

Il serait étonné, scandalisé surtout, de savoir qu’il y a tant de ces candidats bien naïfs, superbes candides, se faisant enfirouaper par de généreux (hum !) donateurs. Horresco referens ! Madame Toupet Blanc, péquiste, tout comme monsieur Innocent-Premier, libéral, face aux offres acceptées d’enveloppes brunes bourrées de fric, affirment haut, net, clair, n’avoir rien vu, rien su… Des anges ! Des purs ! Les menteurs, les hypocrites !

Allons, si mon papa du haut de l’éther, écarquille les yeux de surprise, les électeurs un peu informés, eux, se doutent bien que des élections… eh b’en ça demande du pognon, de la mazoune. Ces compulsifs aspirants de pouvoirs divers ont besoin de ces magouilleurs, Québéco-italiens ou non, et de toutes ces espèces sonnantes et trébuchantes. Ces messieurs-dames, entreprenants entrepreneurs, « cracheurs de fric »  cupides, sousmisionnaires retors, s’entourent de musclés casseurs de bras, de nez, de lunettes, alouette ! De bien liturgiques sacreurs organisent des discrètes rencontres restauratrices (sic). Sinon avec le futur élu en direct, du moins avec ses sbires, les grenouilleurs en proches alentours dudit candidat. Débarquement des briques !

Ainsi un ex-directeur de Chambre de commerce (tiens, tiens !), au nom céleste, « Labonté », a vite su par quel croche chemin il faut passer si on souhaite arriver au beau bureau lambrissé de la mairie. Ou à ses coulisses d’importance. La madame Toupet Blanc en a « blanchi » davantage quand le chat « noir » sortit du sac. Innocent Premier, sans trembler d’un poil, ce pur Outremontais qui a pas su « compter les compteurs », accursionniste ambivalant, eh bien, il ricane.

« Elle itou,  comme bibi, a savait pas rien ». Cette crasse va faire, hélas, qu’on ira moins nombreux voter et que le cynisme va grandir. Qu’à l’avenir, des gens compétents vont refuser de s’avancer dans des sentiers balisés bizarrement, maffieux, remplis de merde, disons le mot : de « marde ».

Comprenons-nous bien : des penauds, timides, mous, pleutres, lècheculistes « Directeurs d’élections » se taisent. Des ministres responsables (hum)  entonnent l’air connu : « Que la bonne police fouille ! » Le grand chef Charest  —« Non, pas d’enquête comme la Seco, non ! »—  sachant « très très très » bien de quoi il retourne, regarde ailleurs et siffle. Pauline, notre aimable châtelaine souverainiste, ne pipe mot. Tous, ils savent le réel : sans argent, sale pas sale, fin des moyens solides et pas de victoire ! Ainsi va la vie et plusse de gens ordinaires n’iront plus voter. Résultat prévisible, la nature ayant horreur du vide, un tyran, un brave « despote éclairé », un démagogue viendra s’installer un jour. Pour longtemps.

Bon, novembre s’en vient, la neige, blanc manteau utile,  va finir par tomber, on sortira nos pelles… La vie courante chassera tout cela, la vie ordinaire passe, ne craignez rien, bien avant cette sordide élection municipale. Primo vivere, non ?, nous, les cochons de payeurs, on a pas « d’enveloppe brune » renflée à notre porte. On va payer taxes et impôts, braves et silencieux agneaux ! Ces saloperies extrêmement navrantes vont durer. Homo…sapiens, sapiens, qu’ils disent, ouais !

***

ENFANT DE VILLERAY : LE RETOUR

[deuxième version]

En 1986, déménagé rue Querbes (à Outremont-en-bas) j’aimais bien avoir mon éditeur pas loin. C’était Jacques Lanctôt, l’ex-horribilis felquiste preneur d’otage (M. Cross). Il avait payé sa dette à la société comme on dit. Hélas, mal pris, un jour, il rechigna à payer mes droits pour « Enfant de Villeray ». Qui est une autobiographie de mon enfance. Je vous en parle pour vous dire, cher fidèle lectorat, que cet « Enfant de Villeray » (vite épuisé dans le temps) vient d’être ré-imprimé. Il sera en librairies dès le 10 novembre (jour de mon anniversaire !).  En couverture, un gamin blond, frisé et en culottes courtes, tirant sur sa pipe-jouet. Éditeur : Michel Brûlé.

Mon Lanctôt banqueroutier ré-exilé à Cuba (volontairement encore !), j’ai comme éditeur actuel le cher Marcel Broquet, vite joignable à Saint Sauveur. 10 minutes en Jetta. Marcel vient de m’expédier au Salon du livre à Sherbrooke où, vendredi dernier, je fus « l’invité d’honneur », si ou pla. Où j’ai pu causer à satiété, en kiosque et sur deux tribunes, de mon « Rire de Jésus ».

Ces mondanités littéraires, hum, me mettent en retard. Revenu dans mon village, c’est l’ouvrage pré-hivernal : couper l’eau d’arrosage en avant et en arrière, vider les corbeilles aux fleurs fanées. Poser cette satanée clôture de lattes et jute pour protéger mes « souffles de bébé » plantés jadis. Installer mes tapis de « coco ». Lundi, au beau soleil, à quatre pattes, enfouir les feuilles mortes dans un million de sacs orange. Ouf, re-ouf ! Ma belle Raymonde, fougueuse au râteau, n’en finissait pas de m’expédier cette sacrée marée de détritus jaune et rouge, faisant des petits, moyens et gros tas croustillant comme Corn Flakes sur le terrain. Merde ! Voilà ce qui ramène le grand auteur « d’honneur » à ses vraies dimensions humaines : homo crapahutant en salopette.

Les deux vélos à ranger en cave. Pis le pédalo à grimper sous le saule. Le quai à mieux ancrer. Le radeau à protéger des glaces à venir. Pas oublier de mettre à l’abri sous la galerie (sans déranger mes marmottes hein !) les transats, leurs matelas… et autres sièges. Oui, ouf et re-ouf ! Qu’il était loin ce décor sherbrooquois de monsieur l’écrivain d’honneur en week-end.

C’est pour dire. La vie. Soudain, je sursaute, une chantepleure du jardin fait des gouttes et, clic-clic, ailes battantes, voilà une jolie mésange vive acrobate, tête à l’envers, vient sucer cette eau rare. Ma joie !

Revenions donc d’Estrie comme deux rois mages (hum) cherchant Sainte Julie (notre Jésus à Béthléem). Aller admirer l’enfant nouveau-née : Laurence. Qu’elle est mignonne, cette nièce, nouvelle québécoise, nous roulions donc par des routes de campagnes. Loin des plates autoroutes. Et, partout, mêmes soins, mêmes travaux préparatifs pour défier notre long hiver. Tous ces villages, de Saint Césaire et Chambly, à Saint Marc et  Beloeil ! Que de vivants ! Tout ce peuple québécois varié, multiforme, répandu, fourmillant et qui se débat, qui range les « choses de l’été » comme moi, comme tout le monde. Car bientôt novembre… première neige quand ?