La fille « orignale » !

Ce mardi-là, je suis allé jeter un œil dans un sombre enclos, j’ai vu la rangée de guetteurs: ô, gagner un lot au jeu de vidéo-poker ! Magasin aux illusions avec « bandits manchots », chassés jadis, installés par l’État pour vider les poches des « croyants » du fatum grec ! Je venais du Calumet, à côté, pour acheter ma pitance-actualités. J’y allais déjà à vingt ans et je ne permettrai à personne de dire que c’est le plus bel âge. J’aimais ce bel hebdo « Arts et spectacles », made in Paris, France. Je grimpe toujours, à pied : magasins ou ex-restos « à louer » souvent. Au 31 Morin vivait le docteur Rochon et sa fille Pauline, l’âme du Centre d’Art, mon employeur. Un peu plus haut, le « Citrus », modeste bistrot à terrasse « très » parfait pour  une bouffe originale, J’y étais hier ! Où il y a le parc Aubert, S’AGITAIT la Grosse Madame et son caboulot du coin. Démoli. Ce bout de la rue Morin avait des airs de far wesT. Il n’en reste que la maison de briques du « El Forno ». En face l’épicerie-boucherie Blondin, pas loin, un petit hôtel, « Le Chateauguay », disparu. En dessous, son pub d’où je voyais parfois sortir mon camarade Grignon, capot de chat au vent, marmottant au vent du nord de 1950 !

Suffit les souvenirs, je rentre et coup de fil du Jean-Paul Voisin : « Y a un orignal sur ta grève, va voir ! » Vite, je cherche l’appareil-photo, puis les jumelles et quand je descend l’escalier, trop tard. Vrai yatch-à-moteur la bête accoste déjà en face, au rivage du Chantecler. Des témoins abondent. Voisine Ouellet : « Il descendait à l’épouvante dans la rue, comme revenant de l’église ! » Pieux animal ? Messe basse ? Maurice Voisin :  « J’allais porter mon sac de déchets et paf !, face à face, c’était une femelle ! » Oh, une fugueuse des bois du Sommet Bleu ? Ado délinquante ? Le calme revenu…à midi, encore ce petit bonheur, au ciel du village, d’entendre sonner nos cloches, l’air vibrant, rue Lesage. «  C’est l’Angélus », ma mère chantait toujours.

« L’économie en reprise », titre Le Devoir centenaire. Vrai ?  Preuve : j’ai pu vite vendre mon pédalo et j’ai acheté une toute légère chaloupe au Susuki de Ste Agathe, 48 livres ! Puis, des coussins au Rona de Gaston Miron, un grand drapeau chez Canadian Tires et… à notre Rona-Riopel… oui, oui, une scie à chaîne. Pas pour moi. Un soudain besoin de madame, allez-vous me croire ? Ma tendre et si douce Raymonde veut émonder des tas d’anciens bosquets de chèvrefeuilles  mourants. Oh, ça va être un Massacre à la tronçonneuse, je le crains, chers lecteurs. Je songe à ma vaillante mère, pour couper un petit brin du peuplier de la cour, maman appelait à grands cris son mari, mon père.

Les temps changent et c’est ainsi qu’une  jeune « fille orignale » se garroche vers l’église ! Mécréante, impie, elle fait la nique au curé pour débouler toute une rue pavé et puis nargue mon voisin (qui a rénové la maison du Notaire Potiron (oui !), Maurice Lagacé. Puis, la « fille » court se faufiler entre nos haies et,  rut maudit,  va plonger dans le lac Rond pour, sans doute, rejoindre au Loup-Garou de l’ouest, un de ces « p’tits maudits boms ». Ce ceux qui défient le sermon inhumain des cardinaux cathos, sauce Ouellette.

Eh,bin bon !

MES JOLIS RATS !

Arrivants à Sainte-Adèle en 1973,  constatation d’un recoin de terrain inondé. Même en été. La cause ? Les maudits remblayage des voisins. Jadis. C’est moins tolérés, en 2010,  ces nuisances pour ceux qui ne se haussaient point ! Mes voisins à l’ouest, les joailliers Saint-Jean, avaient « remonté » leur terrain, et tant pis pour les autres ! L’eau de leur berge, ainsi refoulée, forma chez nous une « fausse-baie », stagnante,  marécageuse; rien à voir avec ces naturelles terres basses, inondables, qui servent de tamis, de filtres. Nous avions donc des eaux mortes puantes et des quenouilles (médicaments chez les Amérindiens !). Un met apprécié des rats musqués et des  castors. Bienvenue alors aux grenouilles. Que de crapauds qui chantaient la liberté, cher Félix Leclerc. Que de têtards au rivage chaque année !

Aveu : on a fait combler ce faux marais. Dompages de terre et puis problème écologique. Collectivement, nous tous, bons bourgeois proprios, étions des ignares. L’écologie élémentaire condamne ces égocentriques allongements de terrains riverains. Autrefois c’était la mode conne des rivages clairs et nets, tout nus, sans arbres surtout. Des murs de béton au ciment peint en blanc, parfois garnis de fausses pierres décoratives ! Visitez ces horreurs le long des lacs et rivières. Mode désormais combattue avec ordre de remettre en l’état, quand les élus mettent leurs culottes ! On voit même des courts de tennis (chez Laniel), ou bien une piscine ! Anarchie, égotisme, tristes époques niaises, saloperie d’ignares que nous étions.

Désormais : nouveaux règlements, rivages des lacs  « à rendre à la nature . Va-t-on obliger la démolition des tennis et piscines ? Observons ça. On est donc venu chez moi avec affichettes : défense de tondre ! Expropriation ? Oui. Loi rétroactive ?, oui, ce qui est illégal ? Nous nous sommes inclinés par amour du petit lac Rond pas mal abîmé, qu’il faut tenter de régénérer. Chez moi, la Ville viendra-t-elle boucher « son » égout pluvial déversant les déchets de la rue Morin dans le lac ? Observons ça. En tous cas ça bougonne ici et là mais « la loa c’é la loa », cher Séraphin Poudrier. Va-t-on  jouer la carte des « privilèges acquis » ? Aveu donc : en 1980, on a fait jeter de la terre sur notre « fausse baie »; les quenouilles arrachées disparurent. Moins de croassements, moins de castors, de rats musqués. Au printemps pourtant, c’est le retour de l’eau. Punition ! Autre aveu, j’aimais, qui venaient nous narguer avec leurs rameaux de saule au bec, ces chers rats moustachus…

… mais, autre chose, hier, sous notre haute galerie, funeste vision ! Qui va là, qui creuse farouchement son terrier, elle, Donalda, notre grasse marmotte avec, sur le dos, une horrible plaie ! Quoi ça ? La nuit, quel féroce combat est livré ? Un mystère !

VIEUX TRAÎNEAUX ET HOREURS NEUVES !

Voir des chiens attelés à des traîneaux qui courent sur le lac en ce beau dimanche ensoleillé, chargés d’enfants rieurs, nous plonge dans des images des temps anciens. Pour beaucoup, c’est l’image nostalgique frugal de mes arrières grands-parents. Ô les hivers d’antan, mes chers vieux morts !

Revoir comme ces photos jaunies dans un vieil album trouvé chez un regrattier. Ces chiens, langues sorties, sur le lac Rond ? Une plongée dans cet univers arctique exotique. Enfants, nous imaginions avec frayeur l’existence rude en ce pays des « Esquimaux ». Bonjour Jack London, bonjour Yves Thériault et ton héros Agakuk !

Ce même jour mais le soir, découvrir le joli tout blanc portable. Sur la table-à-café d’un couple bien-aimé à Val David. À ta demande, ils te cherchent —te trouveront illico— le nom de la capitale de la Nouvelle Calédonie. Là où un petit-fils grandi séjourne avec sa blonde Jade ! Soudain, surgissent de là-bas, les saluts de ce Thomas Jasmin. Message rue Saint-Michel venu de « l’envers » de notre planète, à 30 heures d’avion ! Jadis, un mois ne suffisait pas à correspondre !

Progrès, salut et mes vieux traîneaux qui filent sur le lac ! Ce portable, c’est merveille à constater, ces jeunesses s’appropriant n’importe quelle neuve machine, capables d’intégrer la neuve patente ! Tiens, achat (enfin !) d’un cellulaire, cette semaine, en cas d’accident en auto et, hélas, beaucoup de temps à examiner ses pouvoirs. Pauvres vieux qui vivons « tout écartillé », cher Charlebois, entre passé et présent. La nostalgie embarrasse une jeunesse qui se moque si j’ose interrompre le film du présent pour fouiller mes rétroviseurs. Soudain… l’actualité frappe, ouste les vieux traîneaux, crac !, un jury de cour s’avorte ! Bang ! Des escrocs sourient. Pourquoi donc ce fiasco ? Relire le grand Jean Racine. Celui des plaideurs ! Les légalistes du noble Ministère de la Justice ont joué les experts. Bafouaient les citoyens, jurés de bonne foi. Ces noires corneilles ont tressé « mille et une » accusations juste pour enfirouaper des gens normaux, ordinaires, comme vous et moi.

Ces bandits en soutanes noires au palais qu’ils merdisent sont des abrutis-en-justiciaireries. Scandaleux, madame l’aveugle et muette, Kathleen V., ministresse de mes deux fesses, votre silence sur cette saloperie de vos fonctionnaires saoulés d’avocasseries, une lâcheté. Les voleurs rigolent. Leurs défenseurs sont morts de rire. Le peuple investisseur de bonne foi a été  cocufié et cette cour, m’sieur le juge Wagner qui se tait aussi, un burlesque ! Madame-la-ministre, intimidée par ses « fous » en jaquette noire se cache ! Ses sous-ministres et procureurs se tapent les cuisses.  Madame : ce qui vient de se passer est dégueulasse.  Bon…c’est la vie, dehors, mes vieux traîneaux filent, mes joyeux patineurs colorent tout, les mignons toutous-en-laisse paradent… il y avait l’actualité et Don-qui-se-choque se révolte. L’ex-polémiste veille encore. Moi qui veut tant m’éloigner des foires d’empoigne… La justice à Québec me fait m’incliner, pas par respect, par envie de vomir !

LA GLACE ET LA LUMIÈRE

J’en ai parlé déjà : c’est nous (gens du nord) qui avons la plus belle —les jours ensoleillés bien entendu— la plus riche lumière. De toute la planète. À cause de la réflexion des neiges. Les auteurs de cette recherche en luminosité  l’affirmaient, disant que la lumière n’était pas aussi belle, ni aussi pure, ni aussi éclatante dans les suds. Même en zones tropicales. Quelle chance nous avons, non ? Que ceux, nantis,  qui s’exilent à Cuba ou ailleurs  cessent de dire « je pars pour le soleil », non, ils partent « pour la chaleur ». Là-dessus, certes c’est indéniable. Mais « la lumière des lumières », c’est NOUS QUI L’AVONS, je regrette « Danièle Air-Canada », mon amie partie au Mexique pour l’hiver.

On a pu apprécier cette luminosité unique ces derniers jours et j’ai vu patiner un jeune couple. De loin. Deux silhouettes agiles, tenues ensemble, bras à la taille, deux mains nouées, ils faisaient de gracieuses arabesques sur une glace toute neuve. Aussitôt, j’ai revu le « rond à patiner » du Shamrock,  collé au Marché Jean-Talon. Lieu béni, espace vénéré, endroit mieux qu’apprécié malgré des bosses et des craques, malgré ce gras gardien bougonnant, morveux bossu au nez pourpre dans son cabanon où l’on pouvait nous réchauffer les soirs au climat sub-arctique. Il y avait qui nous épatait une musiquette pourtant grinchante dans un mauvais haut-parleur. Ersatz pauvres des valses de Strauss.

Il y avait au dessus du « rond à patiner », dans la nuit de ces soirs d’hiver, ces ampoules à abat-jour de tôle verte, pauvre lumière faiblarde capable tout de même de transformer en beautés exotiques les adolescentes, belles inconnues. Oui, oh oui, surtout, il y avait tant de jolies patineuses, les unes accortes, acceptant rapidement nos offres de « galants sur lames » et d’autres réticentes, nous jaugeant trop longuement, méfiantes. Il y avait tant de ces « wolfs ».

Après un « oui » souriant, le nouveau couple s’envolait et l’invisible Cupidon s’excitait fort. Nous glissions en harmonies, noués de nos quatre mains, utralégers,  nous rêvions. L’amour peut-être… Nous avions 14, 15 ans ! Tournoyant aux quatre coins de la glace, nous nous faisions un cinéma « techicolors », hollywoodien. Ah les filles ! Non, papa, je ne ferai pas un prêtre plus tard. Souvent en jupettes, de velours, avec de longs bas de coton rose, corsées dans des blousons à minous de blanche laine  angora aux pompons virevoltants, la souple escorte, mouvante, souriait à la vie soudain si libre, engluée dans cette multitude colorée qui tournoyante. Joli spectacle que nous nous donnions à nous-mêmes, immense « valse des patineurs » populaire dans nos quartiers  modestes, nos villages et nos banlieues.

Congés d’un romantisme à bon marché, bref extrait de temps hors-nos-études, inattendu conte de fée sous l’œil blasé, ronfleur de ce gardien à mine patibulaire. Qui guettait l’heure de fermeture. Onze heures pile ! Oh, la chance ! À 16 ans, ma fée patineuse qui laisse sa tête reposer sur mon épaule, les cœurs qui battent plus vite, il y aura d’autres tours sur patins, puis prise du numéro de téléphone. Cinéma samedi soir ? Se présenter bien et alors la permission de fréquenter sa patineuse  « les bons soirs ».

Je vais guetter l’installation, dans « la plus belle des lumières », du bel  anneau à patiner sur le lac Rond, ici. De jeunes couples vont s’y mouvoir, je marcherai sous cette lumière rare dans l’anneau des piétons voisin. « Vieux » avec des coeurs jeunes dans notre lumière unique, tournons.

LE TEMPS ET RIEN D’AUTRE, M’SIEUR AZNAVOUR ?

Soufflant un peu entre des sacs bourrés de feuilles mortes, voilà Barak, écureuil noir du coin faisant l’acrobate agile, Raymonde a suspendu sa mangeoire à graines, il rôde, nos mésanges s’énervent, je le chasse, il revient sans cesse, finit par me cracher : « Serais-tu capable, jasminovitch, d’une chronique entière sans un seul  point ?,  on me connaît, je m’y jette :

d’abord pour signaler un bien goûteux « resto provençal », Chemin Péladeau juste au pied de la SAQ, aussi un autre, aussi bon marché le midi, chez « Luciano », quartier Mont-Rolland, qui me rappelle « La Chaumière », lieu cher disparu, angle Richer, printemps de 1970,  et, sur sa terrasse côté lac Rond, rencontre avec le grand-manitou-des-programmes à TVA, l’ex-crooner Robert L’Herbier qui m’appréciait hénaurmément (!) en écrivain-chroniqueur, le big boss m’avait (très) généreusement offert de me transformer en tout-puissant anchorman à son ultra populaire Canal 10, mais, à quarante ans, père de deux enfants, ma frousse du free lancing, du pigisme, je m’incrustai au Canal 2 en fonctionnaire fédéral, sous haute surveillance comme je le racontais au Canal 4, à Rosette Pipar de Cogeco, je me savais estampillé security risk et hugly separatist par les Trudeau paranoïaques, du genre à foutre en prison-Parthenais le grand poète de Sainte Agathe, Miron, adieu donc à ce pont en or et, sept mois plus tard, ce sera la police chez moi, à une rue de la Prison de Bordeaux, pour vérifier l’état de ma fournaise (hum !), plus tard, les plaques de vélo de mes deux jeunes (hum !), j’étais candidat échevin dans Ahuntsic pour un parti ouvriériste, le FRAP, et, en médias, Jean Marchand, chef syndical défroqué et politicailleur névrosé, criait : « Le FRAP est la façade des terroristes du F.L.Q. », bang ! annulation de toutes nos réunions de cuisine, nos Montréalais vissés aux petits écrans, le Jérôme à Boubou-pas-de-culottes, Choquette, ministre de la Justice en cowboy fou, the gun in the belt, enfermé au Reine-Élysabeth, gueulant : « Faut faire bien attention d’être juste aussi avec la pègre », quelle page d’histoire hein ?, Drapeau le maire mégalo jappait aussi : « Ce FRAP élu, le sang va couler dans les rues ! », Pierre Laporte égorgé rue Armstrong à Saint-Hubert (on a jamais trop su comment) et puis les rats-de-la-cave-de-St-Marc mis en tôle, le calme revint, je ne serai pas échevin —adieu enveloppes brunes, trois ans passent, joli printemps de 1973, ma Raymonde entre un Lautrec-show et quoi encore ?, voit une pancarte « à vendre » à une rue de « La Chaumière », veille modeste maison, centenaire, au déclin de bois bombé, tout bosselé, l’herbe très haute partout, proprios en proie à la maladie, pour 25,00 tomates, Raymonde, jeune réalisateure de télé pas riche, cassa toutes ses tirelires, alla à sa Caisse de Radio-Canada, achetait ce qui sera… notre nid d’amour ! Fin.

« Ça y est, j’ai dit, je l’ai fait, Barak. Pas un point ! » La bête eut l’air satisfait.

MARCHER SUR LES EAUX, MIRACLE ?

Dimanche dans deux jours et c’était dimanche, il y a cinq jours.

Nous nous sommes joins aux joyeux marcheurs sur le lac. Hen, quoi, un miracle, tous des Jésus ? Pas vraiment, car l’eau s’est durci, c’est de la glace. Bel après-midi donc de lumière. La beauté éblouissante ! Les experts le redisent : « la plus elle luminosité, elle est ici, parmi nous. » Pauvre camarade Michel Tremblay à Key West pris avec sa piètre lumière !

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Éliane ma fille unique qui me dit : « Marcher sur les eaux du lac hen? Nous aussi, on a marché sur la Mille Îles à Terrebonne et, oui papa,  quelle beauté malgré le froid tous ces costumes aux couleurs bigarrées partout. »

Et les chiens du Lac Rond ? Diable, c’est une véritable exposition canine sur l’eau dure de ce grand anneau. Les pèlerins-en-rond font voir une variété qui m’étonne. Il y a des beautés à quatre pattes époustouflantes, du fier Caniche royal au frou-frou Sheep Dog. Des rasés de près, des « de cuir », des tout poilus, yeux compris, des hauts sur pieds, des bas sur pattes, oui, une diversité qui m’a surpris encore une fois.

Et les patineurs du Lac Rond ?  Chaque fois que j’en croise un, tout mon passé-sur-patins me remonte à la gorge ! Le patin sur glace, c’est l’iconographie classique de tous les pays nordiques. Le symbole archiconnu d’un loisir inévitable. C’est l’envers de l’Afrique et des pays tropicaux. C’est la mise à l’endroit d’une vision caractéristique, celle  de cette longue saison sans chaleur certes mais, insistons car on néglige le fait,  avec la plus belle lumière de tout l’univers.

Ma blonde et moi, en halte sur le banc-à-Maurice, nous admirons cette vie d’ici qui tourne, ces silhouettes tournantes sur la piste bien tapée, toutes ces figures -des vieillards comme des jeunesses- vivifiées, ragaillardies, rougies, ces visages ensoleillés et réjouis. Tous, amis, parents, voisins, visiteurs familiers, touristes venus de loin parfois, inconnus qui socialisent un brin,  nous tournoyons au pas cadencé. Au pas de bonne santé. C’est l’heureuse et fortifiante  sortie dominicale, la joie-épreuve, la résistance affichées face aux timorés restés enfermés. Les encabanés comme on dit.

Des skis de fond glissent en parallèle autour du Rond. Certains chiens sont vraiment des maîtres et on rit de voir le maître ou la maîtresse si obéissant, en suiveurs dociles, entraînés, la laisse bien tendue au bout du bras ! On songe à une danse, ce tournoiement (salut poète St-Denis-Garneau !) qui est, tout autour de ce gigantesque  étang gelé, une étonnante « ronde » dont la musique s’absente. À part des cris de geais bleus ici et là, des aboiements mâles à la vue de femelles frisées, caniches rosés ou poodles bleutés !

« Pendant ce temps »… back to the farm… comme disait les films de cow-boy (de Roy Rogers ou de Gene Autry), de mon enfance, oui, pendant que nous admirions « la lumière des lumières », mon jeune dauphin, le David-poète, s’amenait, lui, au sud du Mexique. À San Cristobal, dans le Chiapas ! Traducteur de métier -car on ne vit pas plus de poésie que d’amour et d’eau fraîche -il a dit « oui » à l’appel d’une belle de là-bas, Priscilla. David va peaufiner un premier roman alors que le très vieil homme, moi, vient d’envoyer chez Broquet-éditeur (rue de L’Église à Saint-Sauveur) rien de moins que …le cinquième évangile ! Eh oui, 200 pages sur « Jésus, son enfance et son adolescence à Nazareth ».

Ce sera faux mais très vraisemblable, vous lirez ça. Hélas, en Galilée pas de bel anneau blanc, aucun petit lac gelé, ni patineurs, ni fondeurs… et les chiens ? En ce temps-là, le chien  était méprisé, pas encore domestiqués, il vivait dehors comme les rats. Les dimanches d’hiver ? Autour du grand lac de Tibériade, là, où Jésus marcha sur les eaux, b’en, ça piqueniquait, buvant des limonades, mangeant des grenades, des figues et des dattes, des amandes et des cerises, surtout des raisins.

Bon. 16 h. On rentre, revoir la galerie en volière avec nos cinq flamboyants cardinaux fidèles et toutes ces parulines qui picorent la tête en bas (étranges hirondelles). Oh ! Nouveauté : Trois mini écureuils qu’on nomme des suisses, qui draguent du museau dans la neige du plancher pour des graines tombées. Il y en de jolis, tout dorés, avec des rayures et un tout gris, si laineux.

Dernière heure : Hydro-Québec est venu chez nous pour abattre une épinette au moins centenaire qui nuisait aux fils. Comme c’est fou : le paysage diffère soudain, la vue n’est plus la même. Un arbre est tombé, un seul, et notre environnement en est tout transformé ! Je planterai ce printemps.

claudejasmin.com

FINIR MA VIE À OUTREMONT ?

     Il y a ce chalet au bord du petit lac Rond. Il y a vieillir. Devenu « très très » vieux, sans automobile, me déplaçant avec difficulté, où aimerais-je finir ma vie ? ». On y songe parfois ma tendre Raymonde et moi et le plus souvent la réponse est : «  Rue Bernard, à Outremont. » En mai 1985 je zieutai ce logis outremontais, au 360 de la rue Querbes. Et nous quitterons ce mignon 551 rue Cherrier soulagés, il y avait plus moyen de stationner. Rue Querbes :  « entrée de garage » (comme on dit) garantie. Jour et nuit !

     Fin de ces années 1990, ça suffisait les entretiens variés, une seule grande maison, à Ste Ad, c’était bien assez. Mise en vente du 360 avec déménagement à ce « Phénix » -bloc d’appartements construit sur une usine de Kraft- du Chemin Bates. Phénix ou sans cesse renaître de ses cendres. Ce neuf condo c’était comme vivre à l’hôtel, avec conciergerie, plus de neige à pelleter, plus de gazon à tondre quoi, pas de « chassis-doubles » à changer, la bonne paix.

      J’ai eu 78 ans, il y a pas longtemps, Bécaud chantait : « Et maintenant, que vais-je faire ? » J’aurai 80 piges bientôt, puis 85 berges en 2015 et la vue qui baissera davantage. Fin du permis de conduire peut-être ? Songer alors à une installation, -une station- dernière. Une voix gueulera : « Terminus ! Tout le monde débarque ! » Aïe !  Lecteur, tu seras vieux un jour, tu y penseras à « où planter sa dernière tente », ô voyageurs du temps présent. Là, rue Bernard, là où on va si souvent voir le monde bien vivant. En ville; pourquoi la ville ? La peur. Oui, sans doute. Grande ville où on trouve les grands hôpitaux avec les spécialistes en tous genres, mécaniciens en ces garages des derniers espoirs.

      Oui donc à ma bonne vieille jolie rue Bernard. Avec nos cannes, voyez ce vieux couple, nous deux, qui traverse pour la chère Moulerie familière, ou Le Petit Italien aux plats si souvent succulents. Il y a tous les autres restos du secteur, la bonne vieille tabagie, le bon pain bien doré, les excellentes brioches des petits matins. « Ma » rue quoi et la librairie Outremont, pas loin, sauce art déco, le vieux théâtre Outremont pour du bon cinéma aussi, des concerts. ET le nerveux, agréable, marché Cinq-Saisons. J’en passe… En effet, c’est bien là, rue Bernard à Outremont, que nous voulons vivre dénicher notre dolce vita. La boucle d’une vie se bouclera, me semble-t-il, car, enfant, on venait patiner au parc Saint-Viateur, pour la musique à valses viennoises, pour « le rond vraiment en rond ». Adolescent, on y revenait, pour ses parcs bien champêtres, -où stationner la coccinelle ?- ses rues aux frondaisons étonnantes, en promenades comme dans « prendre une marche ». Avec la dulcinéa qui étudiait l’art dramatique chez la grande Sita Riddez, rue Durocher; rue où trônait le sur actif éditeur Leméac. Le mien durant presque deux décennies, là on trouve un bon resto désormais.

      Cher Outremont, où, en 1925,  (j’en ai parlé) ma Germaine de mère entraîna, de sa rue Hutcheson à l’église Sainte Madeleine, mon Édouard de père dans le mariage. Boucle bouclée, à la veille de disparaïtre, je sortirai sur mon balcon pour revoir au nord les deux flèches du clocher de Sainte-Cécile dans Villeray. Quoi, qu’est-ce qui m’arrive ? Revoir ma vie, en enfilade -gros magasins de diapositives ?- comme dans un film au moment de mourir. Mais oui, vous verrez, jeune gens, nous viennent ces moments, septuagénaires, où on songe à la funeste camarde ! Vous regardez le bitume de votre rue – oh asphaltage récent, Chemin Bates !- et c’est le noir Styx ! Vous cherchez des yeux le redoutable gardien, Cerbère ? Cherchez bien, il y a ce parc-à-chiens au coin de ma rue ! À votre horizon, voici, aux rames de sa noire galère, lui, le navigateur en brumes, Charon. Conduis-moi au ciel, damné pilote ! Dernier navigateur imprudent de nos fins de vie. J’achève de lire « Les portes de l’Enfer », le bon roman.

     Ne craignez rien, votre chroniqueur est en relative bonne santé, il y a seulement que la mort ne me fait plus peur : vous y pensez plus souvent, vous avez vécu du mieux que vous avez pu, aucun grand péché n’accable votre conscience. C’est pas si grave, vous avez eu 89 ans, ou 99,  vous étiez à la fin d’une matinée ensoleillée de juin, affalé sur une chaise de la terrasse bien aimée, rue Bernard justement et un passant s’est penché sur vous. Il fait médecine à l’université pas loin, il a bien vu, il dit aux badauds  : «  Ce vieillard est mort, j’en suis certain ! » Une ambulance stationne devant La Moulerie. On vous emporte. Adieu Outremont !

SUR L’ÉLÉPHANT DE DAVID JASMIN-BARRIÈRE

NOTES D’ANALYSE DU PAPI :

Sans aucune objectivé !

Salut David,

Ici ton vieil homme qu’on dit « encore vert » ! Ma Raymonde a lu ton ÉLÉPHANT et, dimanche,  ne saura trop quoi t’en dire. Tu dois la comprendre, autodidacte, jadis modeste  secrétaire, elle a pu grimper jusqu’à «  réalisateur de télé »  à force du poignet…et de talent certes. Elle n’a pas eu donc comme toi, (comme moi) la chance d’être initiée aux textes modernes. N’a pas lu les Aragon, Char, Éluard (mon préféré) ou nos poètes modernes d’ici, les Giguère, Brault, Lapointe,etc.

Mais m’a dit être «  impressionnée » du fait de cette publication chez L’HEXAGONE, la maison d’édition de tant de « grands » poètes d’ici.  Quant à moi : j’ai (de nouveau, j’avais lu ton brouillon)  apprécié. J’ai bien vu ton travail, la révision (correcteur chez VLM-Littérature ?) , ton peaufinage. J’ai senti un labeur solide avec cette finale version actuellement publiée.

EXEMPLES : Acte 1, : ton : «  une grêle fumante mitraille les passants »… J’aime ça. C’est du fort !

Ou encore : «  Je roule sur des rails aux étiquettes en mouvement ». J’aime beaucoup.

Ou : «  …que l’aube aux pattes de canard me transforme en escargot », formidable imagerie !

J’ai estimé plein de passages de L’Éléphant

dont : scène 4 : «  …funambule sur sept orteils de lin ».

scène 5 : «  dans d’immenses canaux…poussant des bacs d’orangers. »

Et : « L’éléphant devant moi, chauve, sauf de violence et de haine ».

ET : «  Je vaux une poignée de porte, une clé et une serrure.. Extra, savoureux, choc, inattendu.

Sans oublier, Scène : 6 : « Les guêpes du génie de la lampe vrillent à travers la forêt », chapeau mon gars !

AUSSI : « les murs polymorphes se métamorphosent en aiguilles à tricoter, en machine à coudre,  en chemise blanche, en jeans et en cravate orangé… » », brillant!

Tu dois ben savoir que les gens en sont aux  Baudelaire, Verlaine…etc. Tu dois savoir qu’il n’y a qu’un public minoritaire pour apprécier (même en 2008) cette façon moderne de rassembler mots et images.

De là ton audace méritoire certes. Tu es déjà en 2025 ?

Ton : « Lorsque j’ai compris que les mystères viennent et puis s’en vont », oh la la, tu as ce don de t’envoler mais aussi d’atterrir en sol dur, présent et très réel. Bien.

Un Borduas ou un Claude Gauvreau, d’autres aussi,  auraient apprécié de tes luminosités écrites. Mais…ici et maintenant, il n’y aura pas foule, tu le devines je suppose.

DU BON STOCK, ACTE 2 : « Assis sur une chaise indigo, l’ambiance est grenat », ah que j’estime ton sens des teintes, on sent que la couleur t’importe.  Ondes ou particules élémentaires ? Fort.

Et cela : « Je n’a pas mangé ni bu depuis le toit du temple », que je goûte cela , oh oui !

Ainsi de : « L’étendue saharienne barbeau, outremer et malachite est porteuse de couleurs » Ouasch… Que c’est frappé à mon goût !

Et ton : «  Du sommet orange laisse une traînée, il se présente : Pomacanthus Annularis »

De l’inouï, ici, et du mystère, bravo !

TON : …La moustache, moteur à quatre temps, propulse sur des vagues…Salvator Dali… » , surprenant, captivant.

Comme ce : » Les oiseaux ne chantent plus, la voûte pâlit à vue d’œil », ainsi il y a des moments de réalisme fort.

VOIR  TON MARITIME: «  La brise d’un paquebot transatlantique que casse des icebergs

(et) Il porte des bijoux qu’il a obtenu des struthioniformes se perchant… «

(Et) ils rient de leurs dentiers javellisés… » Oh ! vraiment,  tu as du jus mon cher David et un Goliath « ancien » prosateur sera sur le cul face à ce David à fronde dans la vallée juive de l’Élah. Tu continues : « Son cerveau est verrouillé par un cadenas oxydé et des algues prolifèrent dans l’aquarium de ses cellules trop grises. »

Ta liberté totale fera sans doute que ce roman (auquel tu bosses ) contiendra cette folie des mots -et des images- même dans un récit dit  réaliste.

Tu le peux. Tu le dois.  Tu auras ainsi une petite musique bien à toi.

ENFIN,  VIVE TON « Mes chemises pleuvent de l’argile précuite » OU : « j’ai poignardé les marchands de sable… des champignons ont poussé sur mes biceps ».

OU ACTE 3 : «  À mauvais chat mauvais rat. Je l’ai lu sur Wikipédia », oh, voilà des manières renversantes ces notes ultra réalistes dans un enjeu ultra poétique. Chapeau ! comme : « redescend en vrille, en vis de pierre, en phare d’Alexandrie, en piano à queue »,aïe ! j’adore ça.

ET :« deux organes de la vision Kmers jouent au football », bien bon !

Et page 35, ta liste loufoque,  opérations chirurgicales que tu énumères, excellent :  l’excrèse, l’hémostase, l’insufflation, Cocasse, étonnant !

Lire ce « l‘insécurité d’un tambour l’emporte sur la course » ou bien : «  il émet des barrissements mystiques …et perd ses feuilles tout en floraison (l’Éléphant)…un avion survole la lac rond (*oh, est-ce Ste Adèle ?)…où… y chasser la grenouille (Ah ! souvenir de Ste-Adèle ?)

OH je lis : « cinq enfants frisés blonds droits

(*j’ai songé à mes 5 gamins chers)

Et à nos feux à Ahuntsic en 1998 lisant ton: «  des bûches sèches, animées parle papier journal froissé… »

ENFIN DAVID, ce «  L’Éléphant boursoufflant  ..spécifique la navigation des allumettes… OU CE : « nous nos éclairons de courage », c’est très beau cela, bien parfait) AUSSI TES : « …des abeilles fabriquent déjà du miel dans mon cadavre », (image étonnante et forte)

Bon. Bref, c’est du bon, du très bon. Pas pour la foule, pour un public d’élite hélas, initié évidemment.

Saluts, ton papi, Claude

DES NOUVELLES… BESTIAIRES ?

     « Pis, comment vont toutes vos bestioles ? », me lance rigolarde une passante chez IGA. Combien de lecteurs (trices) se questionnent là-dessus, pensai-je. V’là des nouvelles : je ne vois plus nager mes rats sous notre quai. En voyage temporaire ou exilés à jamais ? Mais on m’a jasé de rats musqués se démenant au petit marais deltaïque que la Ville s’est gardé à la charge du lac. Voisin Maurice dit que des castors furent déplacés qui obstruaient la décharge du lac Rond proche de la kioute chapelle, cette mitaine pour des mariages à p’tits Simard ou des vieilles Miss-Richard.

      L’autre après-midi, au bord de l’eau, passage furtif et bruyant de l’oiseau maigre et immense, le grand héron, le héron bleu ? Mon ignorance. Une image, je ne sais pourquoi, qui m’intimide chaque fois. J’ai aperçu, une première cette saison, mon vieux tigre,  Valdombre. Il passait. Si lent. Avec ses grands airs de fauve en chasse, le ridicule sympa.

      L’ACUPUNCTURE DU PORC-ÉPIC  

      Ma belle Carole nous apprend ceci : le chic et si noir Caniche Royal de son Paul est allé s’épivarder nuitamment sur le mont DePassillié voisin. Funeste rencontre d’une fille piquante et rampante et crouncht !, le museau vite couvert d’aguilles ! Celles de Miss Porc-épic ! Il rentra penaud et miauleur. Aïoyoille ! Ce mouton de luxe à la pelote de couturière  fut vite conduit chez le vétérinaire pour une séance de… dé-s-acupuncture. Sortie des épingles ! 

         Quoi encore ? Il y a peu, au salon, fortes odeurs de notre discrète moufette du dessous-de-balcon d’en avant. Pouah ! Il y aurait eu bagarre ? Son pestilentiel parfum aux effluves maudites montèrent vers nous du dessous de l’escalier. Oui, là où pensionnent notre couple de marmottes, Donalda et Alexis. Combat vespéral et perdu par qui ?  Entrant par la fenêtre dans le salon, ce jus-de-marie-laberge empoisonna le visionnement d’un excitant « 24 chrono » toujours si énervant.

       Encore ? Ce vieux grand chien caramel chez Jodoin développe une façon d’aboyer -à tous vents- qui s’apparente à du…feulement !  Y é bin vieux ! Une métamorphose vocale d’avant… la mort ? Sais pas. Et puis quoi ? De ces récents jours s ensoleillés, lecture sur le radeau avec, soudain, l’arrivée d’un  trio de canards, colvert ou chipeau ? Souchet ou Sarcelles ? Mon ignorance. Mon livre aux genoux, j’observe, les voilà sans cesse, la tête dans l’eau et le derrière en l’air, qui picosssent, finissent par se lasser, s’éloignent -le petit air snob du canard, vous savez- reviennent. Toujours  exactement au même endroit… leur manège. À leur énième départ, j’empoigne mon vieux râteau de fer et vais inspecter ce lieu privilégié. Rien. Que des algues. Ni bleues, ni rouges, b’en vertes. Mystère ! Mais il y a par là le bout d’un tuyau d’égout pluvial. Quoi ? Canards rats d’égout ? Serait-ce le motif d’une mangeaille canardienne ?

 

UN HÉRON ME HANTE !

           Plus tard, un certain matin de lumière, on pédalait vers le bistro de la Mexicaine. Voici encore un trio de canards au sud du lac Raymond. Colvert ? chipeau ? En tous cas la beauté calmante du lent, calme et auguste déplacement de ces palmipèdes. Ils font dans l’eau des traces à trois et je lis, très clairement, le sigle archiconnu de Volkswagon. Un V et un W enlacés !

      Ce même beau matin, à l’oeuf chez Plein Air, l’hôtesse nous répond en riant : « Non, je ne m’habitue pas à l’hiver et il va revenir. Je conserve une nostalgie du Mexique et le besoin de revoir mes parents moi qui suis parti de Mexico, il y a longtemps, étant à leurs yeux « la bien vilaine jeune marxiste révoltée ». On rigole. Raymonde lui dit : « Moi, née ici, je ne m’habitue pas davantage à la longueur de nos hivers. »

       Au loin, « mon » héron survole le parc du village. Il me suit ? Il me hante ! Il me cherche ? Avant-hier, je marche et, coup aux yeux,magie, la beauté de ces vignes toutes rougies collées au mur du resto Luau ! Puis, ce bouquet sang et or collé au Café de la rue Morin ! Puis… j’ai examiné des corneilles posés au sol en sortant de l’École Hôtelière : ce noir de suie totale, leurs galbes parfaits, ce port altier, oui, de bien jolies sculptures. Du Harp. Mais Raymonde, à l’oreille si fine, les hait tellement qu’elle m’interdit de leur accorder une seule ligne. Je me retiens donc mais…

         Enfin vous dire que je suis comme en manque de bêtes. Je m’imagine, la nuit, canne à la man, me baladant librement : verrais-je fourmiller plein de petites bêtes. Au rivage du lac ce que je voudrais tant voir : un vison amphibie, une belette, une marte… Rêvons pendant que nos parulines s’en vont au Venezuela, que nos goglus filent vers l’Argentine. Ohé, la belle mexicaine de Val David, l’hiver va revenir.

L’ÉCURIE DE SAINTE-ADÈLE

1951, j’ai vingt ans. Ici, une adèloise inouïe, fille cultivée d’un vieux médecin de la place, la célibataire Pauline Rochon anime le village. Peut-on imaginer un petit bourg du nord où il y a des concerts, un modeste salon du livre dans l’ex-boulingrin du Chantecler, des expos, des cours de peinture par Agnès Lefort, prestigieuse galeriste de la rue Sherbrooke, du théâtre par Fernand Doré et sa compagne, Charlotte Boisjoli, des conférences culturelles diverses ?  Et… un atelier de céramique. Ma branche.

En ces années-là, tout en bas de la côte-Morin, dans une vieille maison à pignons (qui sera longtemps une crêperie bretonne), la « sur active » Pauline Rochon organise toute seule toutes ces activités. En est l’âme. Au printemps de 1951, j’ai un diplôme de céramiste tout neuf, un été de chômage et puis voilà qu’un poste de « prof de céramique » s’ouvre à ce prestigieux « Centre d’art » laurentien. J’accepte de m’exiler, heureux comme un roi.

VIVRE DANS UN ÉCURIE !

J’ai raconté l’échec dans mon bouquin, « Sainte-Adèle-la-vaisselle », ce drôle de séjour précaire, l’éloignement « premier » de ma petite patrie, l’absence de reconnaissance, le manque d’élèves, de matériel aussi, aussi, le métier de laveur de vaisselle à l’hôtel. Pour ne pas crever de faim. Je connaissais les Laurentides que par des excursions, le ski des collégiens du Grasset. À l’automne de 1951, c’était une vraie installation. Le proprio de l’hôtel, M. Thompson, offrait au Centre d’art de Pauline son écurie (devenue un entrepôt de chaises de soleil). C’est là que je m’installe donc -une première- loin du béton, du goudron, du ciment, de l’asphalte, des promiscuités des ruelles, des rues aux logements empilés les uns sur les autres. Adieu Villeray et ses escaliers en colimaçon !

1951 donc, vingt ans, puceau, pas encore « majeur » comme on disait, avec hélas seulement trois ou quatre élèves. Alors les « gages » versés par Pauline Rochon comblaient fort mal mes besoins essentiels. Comme de manger à ma faim, malgré la modicité des prix pour manger à la « Pension Lamoureux », rue Chantecler. Première semaine et, déjà, une nuit d’angoisse pour l’urbain élevé hors la nature car, de ma chambrette sous le toit, un mini grenier exigu, j’entends gratter aux murs de bois de l’écurie. Cela m’a réveillé net. Oh, les sons lugubres vont s’amplifiant !

Cette fin de septembre est très chaude et j’ai laissé mes fenêtres grande ouvertes, celle de l’étage comme celle du bas. Je crois entendre comme un souffle qui se répercute, qui va s’intensifiant. Le gars de la ville a un peu peur. Je ne sais rien d’une campagne, j’ignore tout de la vraie nature. Voilà que ça gratte fort maintenant, que l’on se frotte contre le mur de côté, là où le ruisseau venu du lac Rond coule vers les cotes de la 40-80. Quid ? Un rôdeur ? Un fou, un bozo ? Une bête ? Bruits qui persistent… ce halètement très inquiétant… je crains l’intrusion ou même que la bête soit à l’intérieur déjà.

L’HOMME QUI A VU L’OURS !

Garçon des villes, on ne craint ni les chiens méchants ni ces chats errants -« en chaleurs »- qui envahissaient les ruelles. Mas les vraies bêtes du Nord… ces sourds grognements puis secousses contre mon mur, des coups frappés… L’anxiété m’envahit, je n’ose descendre de mon antre. Il le faut, courage. Me voilà donc dans l’échelle, calculant chaque degré. En bas, commutateur défectueux, ma veine ! J’allume ma lampe de poche arrachée du tour à poterie. J’éclaire… le sombre, le recoin d’où vient ce brouhaha. Rien. Dehors, c’est toujours ce souffle bestial, puis : bing,  bang, bong ! Je m’empare d’une pelle pointue. Vaillant et surtout curieux, j’entrouvre la porte de l’écurie…

Silence maintenant. Que la nuit et sa lune d’opale si seule là-haut, devant moi le chemin désert qui conduit à l’hôtel. Au loin des cris vagues. Hiboux ? Je sors, marche prudemment vers le coté d’où provenaient ces bruits insolites. Rien. Soudain, pas loin dans le boisé derrière l’écurie, quelque chose remue. Ça marche, carcasse énorme, c’est noir, rond, touffu et balourd. Sous des sapins, gros dos rond dans un fossé, s’éloigne…un ours ! Le premier de ma vie ! Qui se tourne, lueurs d’yeux qui m’examinent, je recule, l’ours repart pour aller zigzaguer entre les rares chalets, à l’époque, de nos bons bourgeois.

Je rentre, guère rassuré, je reste inquiet car, quand je reviendrai tard, du Q.G. des employés de l’hôtel, avec mon bidon d’huile à chauffage pour mon poèle coleman -le gérant, M. Marin, le permet- je pourrais faire une de ces rencontres si inégales. Celle de l’ours et de l’homme. Au fait est-ce un rejeton de « mon » ours celui-là qui rôde au Sommet Bleu ?