Le dimanche 18 août 2002

1-
Désormais j’aime tant tenir ce journal que je me suis réjoui quand le temps est mauvais. Comme ce matin. Faibles lueurs dans un firmament de gris bleuté. Fou, non ? Un écrivain écrit pour être lu. Lapalissade ? Mais non. En m’installant au clavier je sais qu’il y aura, tout de suite, dans les cinq cent fouineurs sympathiques, selon mon webmaestro, Marco. Au départ, ce fut une centaine d’internauphiles puis, vite, deux centaines. Progrès non ?
Mes romans les moins populaires m’amenaient combien ? Cinq mille liseurs (en comptant les bibliothècophiles) ? Mon « adieu » à la littérature de fiction, publié l’automne dernier — in « Pour l’argent et la gloire »— m’a plongé dans un monde différent. Ici plus besoin de plan, de composition, de recherche de style, d’action à élaborer, de personnages à structurer, non. Noter seulement —avec des fions, on reste un littérateur— le temps qui passe. Vive le journal jusqu’à la fin ? Ma fin. Je sais plus trop… car je me vois mal en diariste ad vitam aeternam. La peur d’être comme rivé à un boulot, une tâche, un… devoir.
J’appréhende les démons de la rédaction « imaginaire »…Ils rôdent tant sur mes épaules chaque jour. Des tas d’idées m’assaillent. Y résister ? Oui et non. Aile hier soir raconte un fait et puis me dit : « Je te vois encore noter. C’est pas pour ton journal. Tout ce que je te dis n’est pas pour ton journal ». Puis, la langue dans la joue, elle ajoute (joue) : « Va falloir que tu en révises tout un coup, hen ? » La démone !
Excellente fable folichonne du Stéphane Laporte ce matin. À partir des pommes cirées, toxiques peut-être. J’aime le talent. Il en a. Il me stimule. Je suis allé trop loin, récemment, en disant que je manquais de stimuli… Je découvre sans cesse du talent québécois stimulant­. Un peu partout. Je trempais dans un moment de noirceur. Spleen ?
2-
Le Vennat (de La Presse), ce matin et pour une troisième fois d’affilée, se soulage face à son jeune papa « perdu » sur les plages de Dieppe le 19 août 1942. Fiasco, débarquement prématuré ? Sang gaspillé en vain ? Erreur prévisible et masochiste pour contenter L’Armée Rouge de Staline aux abois ? Certainement une boucherie. 50 ans plus tard, on trente d’organiser des cérémonies consolatrices pour panser « la » plaie ? J’avais onze ans, je me souviens de la rage des nationalistes grondeurs : « On se sert de nous, misérable « chair à canon », pour tester les forces alliées. Une saloperie des Britanniques ». L’encre coulera encore longtemps là-dessus ?
Lu : le stress —une annonce de produit bio-actif (!)— grand et unique coupable de tous nos maux physiques (du Lafontaine !). Hans Sélié a écrit sur —pourtant— le « bon » et le « mauvais » stress ! Qu’en est-il? Le stress,
nommé jadis « nerfs à vif, énervement »— réduit nos défenses immunitaires, oxyde (rouille) nos « radicaux libres ». « Faites de l’exercice et avalez nos vitamines X » ! Allez aux comptoirs des pharmacies, les stressés ! Simple comme bonjour.
Cahier « été » de La Presse d’à matin. Avec des livres d’ailleurs et pas un seul article sur un livre d’ici ! Un 18 août, alors que certains de nos éditeurs publient des nouveautés. Toujours ce « racisme inverti ». Comme au cahier-livres du Devoir d’ hier : prestigieux papiers sur un Espagnol (Montalban) et sur un Grec (Kasantzakis). Loin, en page 4 : Cornellier écrit sur un essai d’ici. Sur un militant anti-rationalisme, en faveur du « spirituel, de l’absolu, du mystère (à la sauce Berdiaeff). « Tensions de l’errance » (édité par PAL) du philosophe André Désilets qui avance que le social, le politique, détruisent le sacré, le transcendantal. Ouf ! Il est fustigé : « réactionnaire, imposteur, aristocrate ». Il cogne dur, fesse fort, le L.C. Avec raison. En effet, pourquoi séparer drastiquement les composantes inhérentes à toute vie humaine ? Le « Qui fait l’ange… », toujours vrai !
3-
Ma liseuse Manon A., de Saint-Etienne-de-Lauzon. a déjà quitté ma petite ville qu’elle a trouvée « magnifique ». « Veni, vidi, vinci »? Discrète, elle n’a pas donné son coup de fil. Me courriellise qu’elle a pédalé sur le lac Rond avec son Ti-Mine (!), vu mon drapeau sur la berge, la maison, les persiennes…noires, a « tourbilonné » à « L’Excelsior », bouffé au « Petit chaudron » y jasant avec la jolie veuve, madame Aveline, la proprio « qui connaît bien M. Jasmin ». Moi en agent de tourisme laurentien ?
Hier soir, Aile a mis la main —enfin— sur l’unique copie de « Je rentre à la maison » — film de Manuelo Oliviera— avec l’admirable Michel Piccoli (devenu sosie de feu Gérard Pelletier). Hélas il est bon mais pogné dans un récit bien maigre, dans un rôle bien chétif. La minceur du propos —un acteur en fin de carrière, épuisé, abandonne un téléfim— nous laissait sur notre faim en face du comédien pourtant chevronné. Sarfati, complaisante, y collait quatre étoiles. C’était trop ! À qui se fier, répète-je.
Ensuite ? Fallait nous voir, excités, dans la nuit sur la galerie. Aile à ses jumelles, moi à mon téléscope bien bon-marché. Patate ! Pas de ce météorite en chute libre ! Cri d’Aile soudain : « Je le vois » ! Non, c’était un avion (vers Mirabel ?) et ses clignotants. Déception.
Je lis « les lèvres des Laurentides ». On parle de Saint-Jérôme ! Je m’étouffe dans mon café. Où sont le cou, le poitrail, la bedaine et le… trou du cul des Laurentides. Mont-Tremblant ou Mont-Laurier ? Je retiens mon… cheval.
4-
L’auteure des tomes sur « Julie Papineau », un franc succès de librairie, Micheline Lachance (ma petite camarade du temps de Québec-Presse) baptisait son chien « Papineau ». Eh bin ? Aucun respect du mari de son héroïne ? Avec Godin (ex-reporter devenu biographe bien coté), hippisme tardif, il y eut tentative de jouer « les citadins exiléss en campagnards-cultivateurs. Des tomates. Un fiasco, dit-elle. J’ai songé au peintre Mousseau (Saint-Hilaire) et ses déboires « en patates », au dramaturge Rémillard et ses fromages ratés (Saint-Eustache), aux citrouilles bin maganées de V.-L. Beaulieu (Rawdon ?). Et puis la mode passa. On ne s’improvise pas cultivateur, on l’avait oublié. Ces « retours à la terre » modernes —bien après le prêche des romanciers du début du siècle tel Ringuet— relevaient d’un utopisme sympathique.
Tantôt, céréales avec fraises « ailiennes », café sur café… soudain, violent vroum au-dessus d’une oreille. Je sursaute : un joli colibri m’a frôlé. Hélicoptère myope ? Maintenant plantureuses, la dizaine de corbeilles à fleurs d’Aile est leurs jardins. Plus curieux encore ? Aile et moi cette nuit : rêves de… tromperie ? Ensemble et chacun pour soi. Moi avec un Louise Turcot, rajeunie, qui me harcèle langoureusement. Aile, de son bord du lit, flattée mais prudente, éloigne poliment un Pierre Nadeau la draguant allégrement. « Dans mon rêve, tu étais décédé et j’en étais inconsolable », me dit-elle. Moment de silence. Je me (pré)vois pas mort et à veille d’être cocu posthumément. Orgueil.
La fille de Monique Leyrac, Gyronnay, publie sur des rééditions des longs reportages d’ Albert Londres, un chroniqueur très apprécié du public jadis. Et très méprisé par les collègues-journalistes de son temps. « La littérature » est, hélas, un ingrédient honni en matière de reportages journalistiques chez les puristes du métier. Gyronnay applaudit à fond la nouvelle édition de ses enquêtes lointaines (Chine, etc.). Souvenir : un jour de 1969, Jacques Guay —alors directeur de l’hebdo Québec-Presse—m’expédie en écrivain-journaliste pour un gros congrès politique. J’étais content car il voulait du reportage « impressionniste ». L’espace manquant, hélas, il ne publia que de courtes lignes sur mon séjour en aréna surchauffé. Gyronay sur Albert Londres dira : « d’accord, pas « très documenté » parfois mais jamais, jamais, ennuyeux ». « Et c’est ce qui compte », conclut-elle. Bravo, bravo ! On ne fait jamais appel dans nos joirnaux —on le fait en Europe (Gunther Grass par exemple) et aux USA (Norman Miller par exemple) aux écrivais québécois pour de tels « papiers », et c’est une grave erreur. « Look who’s talking »? Bin oui.
5-
Je vis avec un ange (ailé) ? Vendredi soir, rue du Chantecler, moi à ma bavette aux échalottes,, Aile a ses pâtes aux crevettes et pétoncles —chez « Délices de Provence », du chef Claude— les titres pour mon journal revolent. Ce « À cœur ouvert », m’ont averti des amis, ça ferait un peu tremblayesque avec son « Cœur découvert »à lui. À la télé bientôt. Bon. On change ça. Aile, généreuse, studieuse comme toujours, en devient un torrent de mots (de titres). Je veux aussi consulter les suggestions de mes liseurs. Notre méfiance des titres pouvant être ridiculisés par la critique. Exemple : « Incorrigible ». Je réfléchis qu’Aile, ne lisant jamais mes pontes, manifeste au fond une confiance énorme. Elle a bien raison, non ? Le loustic, dans la rue, l’autre jour, présentation et lui, tout rieur qui y va d’un : « Ah, c’est donc vous ça, Aile ? » Brr…
Saumon revenu ? Anguille retourné aux lieux de ses origines ? Le pape à Cracovie. Il se racontait hier, volontiers, humain à fond, en jeune travailleur d’usine, sabots de bois aux pieds. Lu que des gens tentent actuellement de trouver un boulot dans la contrée de leur enfance. Besoin impérieux ? Tant de monde le font. Force terrible. D’autres, que je connais, ont mis une croix, à jamais, sur ce que Saint-Exupérit nommait : « le vrai et seul pays ». Il a dit : « On est de son enfance comme d’un pays. » J’avais mis ça en exergue à « La petite patrie ». Vérité. Certains, familles démunies, déménageaient sans cesse et n’ont pas de ce lieu précis. D’autres vécurent une enfance si noire qu’ils ont biffé la racine-de-vie « maudite ». Comprendre alors.
Hier au nouvelles, découverte d’une Michaële Jean… défrisée hélas, devenant banale, un air « guidoune » vaguement et l’accent plus « parigot » que jamais ! Dresde en Saxe noyé d’eau : « Florence du Nord devenu Venise », dit l’actualité. Prague ramasse ses boues. En Asie aussi : pluies torrentielles. Ici ? Sécheresse totale dans l’Ouest, ballots de foin —des maritimes et du Québec— à pleins trains de marchandise. La météo en sujet capital partout. Menaces d’ouragan dans le Sud. Aile remonte de ses courses au centre-village : « Clo, c’est d’une humidité insupportable en bas » ! Le lac, petite plaine, amène du bon vent d’ouest « en haut ».
6-
J’ai retrouvé une Bible reliée en cuir noir souple, toute petite et l’ai mis entre Rimbaud et Verlaine à mon chevet. Désir de lire parfois de très vieux écrits, les premiers, à propos des hommes et du destin. Avant les penseurs grecs, avant ceux de Rome, avant Augustin et autres « pères » antiques, il y a eu ce livre. « Le » livre. Aux nouvelles, hier, une Aile bouleversée : « Mais c’est affreux, une maîtresse d’école, jeune, et un concierge d’école, jeune, en Angleterre. Ces deux jeunes enfants assassinés par eux ! À qui se fier ? Incroyable affaire, non ? » Mon trouble à moi aussi. Lire la Bible ? Les premiers sangs innocents versés, racontés.
Quoi ? Aux actualités : Napoléon-le-tueur absent de son tombeau ? Souvenir : visite en 1980 des Invalides. Le chic tombeau de porphyre du « caïd des banquiers » (selon Guillemin) recouvrant d’autres cercueils. Maréchaux en niches de marbre ! Drapeaux pendants aux murs de la noble crypte. Des « vitrines » aux éclairages de « window display », flamboyants. Étonnement d’Aile et moi. Un panthéon pour l’homme de l’impérialisme français. Et il serait à Westminster ? Son valet de pie dormirait dans le porphyre ? J’imaginais, Chemin Bates, son idolâtre montréalais, Ben Weider, bondissant à cette nouvelle !
Ce parisien toqué, Messyan, qui se fit rabrouer partout avec son « complot du 11 septembre » (« Aucun avion de kamikaze tombé sur le Pentagone », etc.) veut aller en cour contre « Paris-Match » qui le diffamerait ! Non mais…
Fabienne Larouche, scripteure et producteure de télé, moque « les corbeaux » —son qualificatif des jurés et ees organisateurs du Gala des Prix Gémeaux. Son ex-compagnon, Tremblay (Réjean), lui aussi, boude le Gala et grogne. Il souhaite que seuls les indices d’auditoire soient le gage « des vertus »pour les lauréats-télé. Oh la la ! Primes aux démagogues ? Aux exploiteurs des goûts les plus vulgaires dans le public ?
La vérité ? Il n’y a pas vraiment jugement des vrais pairs. Les gens doués sont trop pris, suractifs et n’ont pas le temps d’aller s’enfermer et visionner les innombrables produits des camarades. Qui acceptent ce joug pesant ? Le plus souvent des ratés, des semi-ignares, des gens de métier sous-doués —amers, jaloux, ulcérés et mesquins forcément — qui sont en perpétuel chômage par manque de talents transcendants justement. Résultat : déceptions de tous, des oublis graves, des rejets mystérieux, des récompenses imméritées. Abolissons ces niaises « distributions de prix » subventionnées. Le talent vrai n’a pas à être comparé. Jamais. Chaque bonne production est un prototype, unique donc, et ne doit jamais être évalué par rapport à d’autres créations. Il en va de même pour les jurys de Prix littéraires, pour ceux des les bourses et subventions aux écrivains. Une vieille farce.
7-
Esturgeons menacés par cette vaste rivière Rupert —au sud de la Baie James— dont on veut (Hydro-État) harnacher les vifs courants. Souvenir : j’aperçois des poissons longs comme des requins qui sautent hors de l’eau au large de Pointe-Calumet ! Renversé, ébloui, je suis. La mer en eau douce. J’en parle à Paul Arcand aux micros de CJMS. Je m’attire quolibets et moqueries. Je me tais. Ais-je eu la berlue ! Trop de soleil dans les yeux, sur la tête ? Plus tard, je lirai : « Il y a d’énormes esturgeons —« deux mètres et parfois plus »— en eau douce autour de Montréal. Ah ! Mais oui, il y a des esturgeons géants en eau douce. Je n’avais pas rêvé dans ma chaloupe à moteur et ne fus point pas la proie d’un mirage.
Une non-nouvelle : sondage, les Étatsuniens (ils écrivent Américains!) voyagent très majoritairement en pays… anglophones ! Eh ! Leur nombrilisme bien connu. La langue « de césar » en ces contrées. Un chauvinisme culturel ? Xénophobie ?
Trio fatal autour du « bush », le W : Donald Rumsfeld, Condolezza Rice, Dick Cheney. Des va-t-en-guerre (en Irak) dociles, militants ! Colin Powell se méfie de cette… croisade, lui. Des opposants du dictateur Hussein —capable de gazer des Kurdes— hantent Washington, grouillent, calculent, ces temps-ci. 69% des étatsuniens sont pour u-la « force »selon un sondage. Europe et pays arabes sont « contre ». À suivre…suivez « le trio des faucons », ils se préparent, dit-on, pour janvier 2003. CNN salive ! « La guerre comme un divertissement », dit Linus Torvalds.
Mon Dieu, ais-je exposé mes deux enfants aux dangers de l’électromagnétisme ( via les tours de fer d’Hydro-État) en ne déménageant pas vite du Vieux Bordeaux dans les années ‘60 ? De nouveaux chercheurs disent : « Oui, cancer » ! Seigneur, « si j’ara su j’ara pas venu » dans cette impasse Zotique-Racicot… et cela durant plus de 15 ans !
8-
C’était d’un bleu saturé étonnant, samedi : un ciel pur avec d’énormes sculptures mobiles d’une blancheur immaculée. Beauté. Et du fort vent !
Carpe diem, oui, chaque jour suffit sa peine (son bonheur aussi). Lu : « idiot de ramer quand le courant t‘emporte ». Sagesse d’orient ! Je viens de parcourir (on passe de larges pans tant c’est gnan-gnan) un petit livre —son pus récent— de Marc Fisher, alias Marc-André Poissant. Ce jeune cinquantenaire a tenu à nous narrer par le détail, et c’est long, un cheminement spiritualiste à sauce orientale durant la fin de son adolescence. Sept ans d’expériences quasi mystiques. Visions, concentrations la tëte au pored, le jambes au plafonsd et , à la fin, rencontre d’une voyante qui lui baragouine en français approximatif un passé prestigieux dans des vies antérieures. J’ai pouffé de rire souvent. L’auteur de « Le millionaire » un ouvrage qui a connu un succès fort (traduit souvent), passant de Poissant à Fisher, affirme que c’est son testament, son livre important C’est édité chez « Un monde différent, éditeur ». Tu parles ! On se demande s’il veut blaguer en certains passages. Ou s’il veut joindre une (maintenant) vieille vague nommée « nouvel âge » ? Titre : « L’Ascension de l’âme » (grand A hein ?) À quand L’Assomption de Fisher ? Pour faire un monde, faut de tout…Le gaillard est sympathique, je l’ai croisé en Salon du livre, il me semble sain d’esprit et tout… avec cette « ascenseur égotiste » je doute maintenant.
Téléphone : « Venez, École de théâtre, lundi à 17h. On va fêter Buissonneau et sa Roulotte » Encore une fois ? Mystère ? J’irai. Pour Paul. Téléphone : « C’est pour madame Bombardier, pour le studio du trois septembre, je veux vous pré-confesser sur vos amours de jeunesse…Vous voulez bien ? » Je voulais. On a ri. Téléphone : C’est le cousin de maman, Paul Lefebvre. Son opinion est faite en tout. Il va voter Martin à Ottawa et Dumont à Québec. Suffit du P.Q., me grogne-t-il. Il est très inquiet. Il regrette que « Bourgault n’aie jamais pu réunir, réussir jadis… » Sur un ton grave, mon Tit-Paul —du Bout de l’Île— m’annonce en vrai Nostradamus : « Mon Claude, une crise économique effrayante, comme en 1929, va fondre sur nous tous, regarde bien ce que je te dis là. C’est pour très bientôt. » Bon, bon. Je ouatche !
Lu : « tout homme regrette le passé et craint l’avenir ». Hen ? Pas moi. Ni l’un, ni l’autre. Suis-je anormal ?
Corrections : Fantine et non Fanzine chez le Hugo télévisé. Jabert et non Jalbert. Vu de la suite. Mélo total. Et toujours des pubs incessantes. Oui, mépris et des auteurs et du public à Radio-Canada (comme ailleurs). C’est absolument intolérable. « Advil » gueule…oui : « Advil contre la douleur… »,la douleur d’être arrosé de crieurs infâmes. Le ministre de la police (Intérieur) à Jabert : « C’est plus grave de penser que de voler. Oublier ce Valjean, faut plutôt surveiller les étudiants républicanistes, monsieur. » Du bon Hugo là !
Colonisation : Ginette Reno déclare qu’elle est plus à l’aise en anglais que…dans sa langue ! La peur de faire de erreurs. Terrifiant aveu non ? Claire et candide illustration de l’aliénation ici. Tristesse d’entendre cela, grande tristesse.
Hâte de jaser avec ma fille dès mardi midi. Aile : « Vrai, avec les enfants autour, c’est pas facile. Oui, on va pouvoir converser tranquilles ». Sur les enfants, sur l’éducation moderne ? Je nous connais.

Le dimanche 4 août 2002

1-

Un dimanche mat. Ciel bouché. La blancheur intimidante, annonciatrice de pluies. Il a fait si beau ces derniers jours. Oh (oui) les beaux jours, monsieur Beckett ! Hier, un samedi parfait. Éliane, ms file s’amenait au chalet avec mon Marcogendre et le grand Laurent (il pousse à vue d’œil mon cher cégépien d’Ahuntsic !). Baignades à répétition sous ce beau soleil. Du vent. Marco sort une de mes planches à voile pour initier son gars. Tout de suite, Laurent saisit les astuces du véliplanchisme. On ira chercher au garage d’en bas le benjamin (qui rentrait d’un camp de vacances chrétien de Mont-Laurier tout ragaillardi. Gabriel retrouve donc son copain (un voisin), William (habitant du 3 e arrondissement à Paris) dont la maman va rentrer de France bientôt. Hier, William dit : « J’ai su par Jacob (fils du voisin Lagacé) que vous écriviez des livres. Je lui donne une « Petite patrie-en-poche. Dédicace. « Merci, merci monsieur ». Il dit : « Je vais commencer à le lire ce soir ». Alors hier matin, au rivage : Épis, as-tu aimé ta lecture ? » Il fait : « Oh oui, beaucoup m’sieu » ! Riant, je dis : « Sur une échelle de 1 à 10, tu me mets combien William » ? Sa réponse polie, il jongle un instant : « Euh…Neuf et demi » ! Le gentil garçon et… j’ai honte de moi.
Sortie des cannes à pêche, en fin d’après-midi pour Gabriel et ce William… et un achigan en sort. Et des crapets, aussi de la mini- perchaude. Clic, clic ! Photos par Laurent. Aile offrait des trempettes et s’en allait ensuite voir au souper. Ce groupe-des-six jasera ad lib sur la galerie en dégustant fraîches laitues —le « dressing » expert d’Aile, yam !— et hamburgers bien cuits sur le barbàqueue (oh vache folle !). Vin rouge et coke diète. Enfin de ce bon gâteau (sans glaçage sucrée) dont Aile a le secret.
Avant le départ, expo-minute de mes essais graphiques en cours. Marco, mon web-maestro, et ma fille, bien admiratifs. Ils sont très stimulants. Laurent et Gabriel aussi. Ma foi, je me trouve « pas si mauvais » que je croyais. Marco en prend « pour, dit-il, « scanner » pour mon site web ». N’y connais rien. Confiance. Faut dire que je suis fier de mon « guenillou plein d’poux » et sa barouette à cheval.

2-
Dodo ? Aile poursuit le Bouchard saguenayien et je lis du Rimbaud car j’ai installé le célèbre voyou de Charleville, Arthur —et Paul (VerLaine)aussi— à mon chevet. Ce « Coffre de cèdre » de Mac Donald m’échappera, l’ayant abandonné il y a si longtemps, il faudrait que je recommence ma lecture pour m’y retrouver dans son fatras de personnages. Je dérange Aile pour lui lire des bouts exemplaires de la prose rimbaldienne. Oh le génie ! Téléphone tard : Éliane a oublié les bagages du campeur Gabriel dans ma Jetta. Demain matin, un ami, Mario-Paquette-l’architecte (du 12 ième Rang ), qui doit « descendre », viendra chez nous récupérer tout ce stock. Je lui donnerai un exemplaire de « Papa papinachoix » pour le remercier du dérangement.
Mercredi, le jeune réalisateur La Frenière (pour « Tablo » à Artv) me courriellise. Il me remercie pour l’hospitalité et est fébrile devant « beaucoup couper » pour son montage de… 8 minutes ! Je lui quête le vidéo sauvage « au complet » pour mes archives. Pour ma bio du Canal D, chez Béliveau Inc, on avait accepté de me donner les « chutes » des enregistrements. Il me quémande —à moi et à Aile l’ex-réalisatrice— des échos « après diffusion » me disant (comme il a raison !) qu’il y a peu de « feed-back » dans le métier (rétro-réactions).
3-
Je lis le Gilles Courtemanche à succès : « Un dimanche à la piscine à Kigali », prêté par mon voisin Jean-Paul. Pas un bien bon roman, il est journaliste —longtemps efficace « grand reporter » à la SRC— et cela (pour mon vif plaisir) lui fait farcir son roman de documentation réaliste sur ce Rwanda en sang. Courtemanche, dans Outremont comme aux Salons du livre, me bat froid, « ne me voit pas », tel un Hassidim, sans que je sache trop pourquoi. Mépris du « romancier populaire » ? Je dois dire qu’il n’est pas du genre (son droit) à se mêler aux camarades en écriture. Ce « Dimanche à la piscine.. » est d’une cruauté terrible face aux fonctionnaires en tous genres qui s’offrent « jardinier et cuisinière, indigènes bien tournées, le tout —vains bureaucrates satisfaits— aux frais de l’ONU, des bouts que j’aime beaucoup évidemment. G.C. écrit : « La France : suffisance, le Canada : innocence, les USA : ignorance ». Il réussit excellement, via l’histoire d’amour de Bernard Valcourt (son héros québécois venu installer la télé sans y parvenir), à illustrer cruellement l’effrayant massacre des « beaux » Tutsies minoritaires par les Hutus racistes et nazifiés (depuis la petite école).
N’empêche, cet ex-reporter de télé, payé par Ottawa, dans un programme-ONU, (on songe à André Payette —ou Pierre Castonguay— qui alla en Afrique), entché du merveilleux « physique » d’une « petite jeune » serveuse indigène de son hôtel-à-piscine (le « Mille-Collines ») est bien faible. Il fait l’éloge de la beauté physique avant tout. Il fait du héros (divorcé ) une sorte de voyeur (et consommateur de chair fraîche) plutôt pathétique. Pas très humain. Pas attachant du tout. C’et , ensime, une harlequinade : au début de l’idylle, la « pauvre jeune beauté noire » songe à l’exil salvateur avec son « Blanc instruit » venu du confortable Canada.
J’ai donc sauté des passages —d’un érotisme convenu— pour lire avidement sur les tenants et aboutissants de ce « très » épouvantable génocide. « Ils n’avaient (les Hutus déchaînés) pas les moyens des fours à gaz, c’est tout », écrit Courtemanche. Ce sera donc « à la main », à la machette, les empilements de cadavres mutilés, violés, le long des routes —à tous les carrefours— du Rwanda.
4-
À T.Q. ce mercredi, étonnant documentaire sur une vieille dame d’un petit village italien qui tient absolument à retrouver son frère et sa sœur, orphelins pauvres, vendus par des curés à des adopteurs étatsuniens vers 1950, après la guerre. Elle questionne les autorités cléricales : « omerta ». Une maffia ensoutanée. Mais elle s’entête et avec l’équipe du film ($), part pour les USA. Recherches. Péripéties. « Omerta » là aussi chez des curés « oublieux » culpabilisés.
Retrouvaille enfin ! Chocs émotifs terribles, on l’imagine. 35 ans passaient ! Un bon film. Étrange : hier, Éliane et Marco me parlent d’un Italienne rencontrée à leur église (baptiste évangélique) qui, elle aussi, fut victime de ces « catholiques » ventes d’enfants. J’ai raconté ce film. Le monde, oui, est tissé serré !
Enfin, on a vu (loué) « La pianiste » avec Isabelle Huppert, très primé à Cannes. Mystère ! Mon correspondant de Concord, G. Tod, avait bien raison : un film débile, un film racoleur, sans logique, avec une fin ratée. Une sado-maso toute déboussolée, prof de piano, cherche à se mutiler de toutes les manières. On a juste envie, dès le début de ce navet, de crier : « Appeler le 911 de Paris, c’est urgent ». Critiques louangeuses pourtant et ces « prix cannois », il y avait, cette année-là, des jurés morbides complaisants. On sait bien que la mauvaise santé mentale fait des ravages chez cette jet-set ultra-mondaine, ici comme ailleurs.
Correction : c’est une autre —celle au « distinguo »—, pas Gisèle Halimi, dans une gazette, qui acceptait la prostitution au nom de la liberté (des malheureuses démunies).
5-
Vendredi soir, Tommy Lee Jones (« Man in black ») est le 35 ième invité de Lipton à Artv. Son papa a un contrat —en Lybie pour le pétrole, avant Kadhafi et ses fermetures aux USA. Au secondaire alors, Jones refuse de s’exiler. On l’installe dans un pensionnat utra-prestigieux (à Houston ?). Cette école riche est une « porte-ouverte » ensuite pour une université chic de New-York. On l’inscrit. Il y découvre par hasard le « jeu »…celui du théâtre et s’y mettra. Il a du talent aux théâtres de New-York, du succès mais… il apprend qu’on lui refuse de bons rôles parce qu’il n’a pas « un gros nom » L’affiche de Broadway en a besoin. Pour le fric ! Alors, il part pour Hollywod se faire « un gros nom ». « Et puis, chose faite, je ne reviendrai pas dans l’est », dit-il, sourire en coin. Un ton sec, Texan oblige ?, un débit difficultueux (ex-bègue sans doute). Un peu sosie de notre Lalonde, acteur et romancier, Jones répond intelligemment aux questions avec une sorte de terreur : sa difficulté à parler !
Lipton : « Du côté de votre mère il y a du sang Commanche, non ? Lui : « Non, pas du tout. Cherokee. » Lipton : « Bon, bien, c’est de l’Amérindien, non ? » Lui : « Attention, Comanches et Cherokee c’est aussi différent que Français et Chinois ». Étonnement partout. Comme le paralysé Christopher Reeve (correction : pas de « s »), les chevaux sont sa passion désormais. « Oui, je trouvais le tennis ennuyeux (!) et le golf ça restait une affaire de riches à mes yeux ». « Le cheval est le plus beau des mammifères », s’écrie-t-il. J’ai alors songé aux misérables canassons (percherons ?) des voitures du laitier ou du boulanger, des maraîchers ou du regrattier de mon enfance. Bêtes que je tente d’illustrer ces temps-ci. Mammifères bien peu esthétiques Mister Jones !
6-
Hier matin, samedi, songeries —je compose des images d’illustrateur—, rêvasseries au bord de l’eau. J’oublie mon petit carnet de notes à « journal » qui me suit dans la maison. Je m’échappe sans cesse de mon devoir d’aquarelliste, je songe à cet anarchiste « des marais » Henri-David Thoreau (qui inspira un Gandhi), celui du « gouvernement qui gouverne le moins est le meilleur des gouvernements », ouais ! Vrai quand on songe aux bureaucraties énervantes pour tout libertaire mais si faux quand on souhaite, comme moi, une justice sociale, redistributive, pour les malchanceux du sort, les démunis, les « ceux qui ont pas eu la chance de s’instruire », les « ceux qui sont nés avec un quotient intellectuel déficient ». Alors oui, je consens volontiers « à taxes et impôts » et tant pis pour ce maudit lierre épais des fonctionnaires tatillons. Je mourrai socialiste. Et déçu.
Sylvio LeBlanc (mes chères « lettres ouvertes ») dit juste. Pourquoi tant de doués en musique populaire refuse-t-ils de choisir les mots de nos meilleurs poètes.
Ils devraient imiter un Léo Ferré, par bon exemple, qui a su dévoiler aux foules Baudelaire, Verlaine, Breton, Éluard, et qui encore ?, avec ses chansons. Charlebois a fait un beau Rimbaud. Et puis plus rien hélas ! LeBlanc juge (lu aussi) si débiles, si pauvres, tant de paroles niaises sur des musiques réussies.
Samedi matin, le Dev, Courtemanche narre d’excellents souvenirs de fêtes modestes en Bretagnedu sud où il avait séjourné. Il souhaite qu’au Québec l’on s’y mette davantage. Si vrai. Ici, le 24 juin, il y a eu une de ces « fêtes au village » très modestes. Ravi d’y avoir croisé des jaseux qui racontaient de formidables souvenirs. C’était tout simple, humain, d’une convivialité familière, et bien chaleureux.
Aile suivait avec passion les jeunes téléastes de « La course… » à Radio-Canada. On voit bien qu’il en sorti de fort talentueux jeunes talents au cinéma québécois de maintenant. Un certain Trogi —qui fit « La course… »— vient de signer un film —« Québec-Montréal »— cocasse et qui semble faire florès. On a mis la hache —coupures budgétaires !— dans cette glorieuse jeune « École ». Un désastre, non ?
Sartre préférait Honoré Balzac à Marcel Proust. Hon ! Il dira sur le fameux Marcel : « Un esthète compassé ». Hon, hon ! J’appludos. N’ayant jamais pu continuer sa « Recherche… », j’applaudis le vieux « coq-l’œil » de Saint-Germain-des-Prés. Je préfère Louis-Ferdinand Destouches, alias Céline.
Lysiane —fédérate— Gagnon rigolait samedi et c’est rare tant elle fait des boutons à fesser les indépendantistes. Je lis : « Il n’y a plus que les prêtres et les homos pour tant souhaiter le mariage ». N’y a-t-il pas des notaires partout pour rédiger des contrats d’union entre individus ? Et des testaments ? La loi Bégin garantit les droits des homos —le mot « gay » est interdit chez moi tant ce vocable (amériquétainerie)— est sot— et c’est justice. Mais c’ est trop peu : le ghetto-homo militant réclame « plusse » :le mariage en règle, le vrai, le normal, l’ordinaire, le total, le gros mariage à l’ancienne ! Non mais…
7-
C’est quoi cette guerre cachée, tue, camouflée, niée, en Tchétchénie depuis 1999 ? C’est 1,000 indépendantistes actifs —« foin des fédérations forcées »— face à 70,000 soldats russes bien équipés ! Il y eu une première guerre anti-souverainiste (menée par Moscou) en 1994-1996. Le nouveau KGB, baptisé FSB, crache du fric pour infiltrer les nationalistes, déniche des délateurs de « patriotes ». Le sang coulait hier, il coulera demain. L’ONU se tait (se terre), comme pour le Rwanda où l’ONU —tout comme les paras belges, allemands, français—)savait fort bien ce qui se tramait (lire : « Un dimanche… »). Comme pour Israël. La Russie, pays démocratique et souverain n’est-ce pas ? Washington-le-pentagone-la-CIa est aveugle. Laissons-les s’entretuer. Bush a besoin de Poutine, oui ou non ?
Alain Stanké a fait ses adieux d’éditeur dans La Presse. Il résume sa longue carrière et a bien raison de son satisfecit. Il qualifie —énumère— ses bons coups, ses auteurs. À mon nom, je lis : « le brillant Claude Jasmin …. » Hum ! Ça peut être péjoratif non ? Brillant comme dans superficiel ? Parano le bonhomme ? J,sais pas, j’aurais préféré, tiens, candide, naïf. Oui oui !
Un autre qui barbouille ? Oui. L’acteur André Montmorency. J’aime bien tous ces « amateurs » à « violon dingue ». J’en sais les bonheurs. À Sainte-Agathe, une vaste expo : des centaines de noms. Plein d’inconnus du public. Pis ? Démonstration que peinturlurer est un besoin souvent. Une quoi ? Une porte ouverte sur la liberté. « Une thérapie », disent plusieurs. Oui, oui, pis ? Un monde hoirs du rationnel, comme la musique, une pace accordée aux sentiments, aux émotions. Hier soir, je lisais dans mon Rimbaud qu’il abandonnait, adolescent, la poésie ancienne, celle des raisons raisonnables, des buts louables, des idées nobles (Banville et Cie), il cherchait des…sensations. Des illuminations. Ainsi de la peinture, à des degrés fort variables cela va de soi. J’irai à Sainte-Agathe.
Aux actualités hier soir : « Montréal devient une des capitales du tourisme…gai ». Bravo ? Bravo ! Ces célibataires (pour un très grand nombre) sont d’excellents consommateurs et le fric répandu est bienvenue ! Pour le fric-à-touristes —subventionnons, tous, nos restaurateurs, nos hôteliers :jobs, jobs !— il y a l’humour, le jazz, les francos —souvent anglaisés—le cinéma, la parade homo, et quoi encore. Vite, si vous avez une idée, correspondre avec le Ministère-Tourisme. À Toronto, comme ici, joyeux défilé antillais ! Les Caraïbes dans nos rues ! Est-ce qu’aux Antilles, —Jamaïque, Trinidad et Tobago, Martinique ou Guadeloupe— l’on organise une fête nordique —voire arctique ? Une fête des neiges ? Avec chiens-loups, traîneaux et iglous, avec tuques et foulards multicolores, grattes et pelles, avec une grosse souffleuse toute décorée ? Eh maudit qu’ils pensent donc pas au tourisme dans ce sud-là hein ? On nous montre des travestis en folie et on entend l’animateur tout guilleret : « C’est merveilleux, formidable, on dirait que la ville leur appartient ! » Sa taire. Un mot de travers et c’est l’index —bien « correct »— braqué sur vous : « intolérance ».
Oh, oh ! Aux nouvelles d’hier encore : « Moins d’émigrants —sortez des terres occupées, ça ira un peu mieux M. Sharon— en Israël et les Palestiniens font davantage d’enfants que les Israéliens (orthodoxes) » ! Danger flagrant de minorisation. Peur ! Campagne de l’État très inquiet là-bas pour faire s’accoupler —ô mariages, mariages !— les jeunes célibataires. M’sieu Sharon, ces fertiles Arabes, pas moyen de les stériliser, non ? Vous y pensez ? Vos chars blindés en Cisjordanie, distribuant des tas de capotes, non ? Il trouvera c’est certain.
Quoi litre maintenant ? Hésitation : des nouvelles de Shlink (dont j’ai tant aimé « Le liseur », ou Dolce-Huston, son repas de bourgeois très arrosé, avec elle-même-narrateur-Dieu-le-père qui conduit ce bal des gourmets ? Je verrai.
8-
Ce matin, lecture sur le… mandala, sauce bouddhiste. Une planche et dessus, du sable coloré distribué pour former une abstraction. Tu t’assoies devant et tu médites. Puis tu vas jeter ça à la rivière. Papa faisait-il cela avec ses tableaux au sable dont j’ai quelques modèles. Lui, le jongleur perpétuel. C’était avant son essor fameux en céramique naïve. Papa ne jetais pas son mandala friable, non, il le vernissait pour qu’il soit durable. Parant « papa », ce matin, Stéphane Laporte (La Presse) raconte bien « l’été, le soir, le balcon, la canicule, l’enfant (lui) qui peut veiller tard ». Laporte devrait faire éditer tous ces beaux —parfois savoureux— morceaux sur son enfance proche de la rue Décarie —il y revient assez souvent— et titrer : « La petite patrie de Stéphane ». Il y aura un jour cent, mille « petites patries » ? J’en serais ravi le premier. Même canard du dimanche : mon éditeur —et prolifique auteur— c’est son tour, est dans les devinettes du jour. Je lis : « Auteur né le 2 septembre à Saint-Paul de la Croix ». Ah ! Saint-Jean de Dieu viendra donc après ? Et puis, jeune ado, ce sera Montréal-Nord —« Race de monde »— à quatorze (14), douze rejetons dans un 4 et demi » ! Je n’en reviens jamais, je lui ai dit, de ce fait.
Canular ? Roger Drolet, le « preacher » laïc (pas tant que ça !) de CKAC et du cinéma Château a accepté de faire « Juste pour rire » l’été prochain. Je peux, si c’est vrai, lui garantir un fort bon succès.
Correction : Marchaudon et non Marchildon, la modeste et dynamique libraire qui jette son tablier, rue Laurier.
9-
Philippe Moreau, monomaniaque des lettres ouvertes ? —comme moi avant l’exutoire merveilleux du journal— réplique solidement au Arseneau qui, récemment, « plantait bin raide » tous les jeunes pèlerins réunis à Toronto. Il le traite de rien de moins que : « nouvel inquisiteur ». J’ai croisé sur la route-médias un laïciste forcené de cette trempe. Un petit tonneau du nom de Baril (!), présidant outremontais d’une ligue… d’inquisiteurs athées à masque de « droits de l’homme ».
La brève prière —assez neutre au fond— aux assemblées de l’hôtel de ville le rendait malade. Son acharnement à interdire ce moment de réflexion spiritualiste me fit le traiter à TVA —­la langue dans la joue, hein— de belzébuth ! Il en resta interdit un moment craignant peut-être que je sorte de ma poche un goupillon pour l’ arroser d’eu bénite. Quand j’ai défendu les crucifix chez le maire Gérald Tremblay, même émoi chez ces énervés.
Même si la majorité des nôtres désormais n’est plus « pratiquante » toute notre histoire —notre culture— (montréalaise en particulier) est tissée par les dévouements des Croyants —religieux et laïcs— qui fondaient Ville-Marie. Réalité incontournable. J’avais dit (à TVA encore) : « faut-il vite aller déboulonner le grand crucifix de métal sur le mont Royal » ? Depuis silence chez, oui, Philippe Moreau, les nouveaux inquisiteurs.
Oh le bon « papier », mercredi ! Signé par la jeune Rima Elkouri : « Il faut toujours se méfier des vieux », phrase prise au vieillard alerte, Henri Salvator (85 ans). Elkouri, comme tous ses collègues, séduite par « l’ancêtre » venu de Paris, note : « …nous qu craignons tant le passage du temps ». Ce même jour, un vieux verrat est en prison ! Chaque jour, il vidait de ses sous et de ses cennes —avec deux comparses— la fameuse « Fontana di Trevi », à Rome. En voilà un grippe-sous, littéralement. C’était, dit l’agence de presse, un revenu dans le 15,000 $ par mois. Non imposable ! Rome ramassait des miettes —prudent Roberto Cercelletta— pour donner à ses pauvres. Pour gagner plus de 150,00 $ par année, Roberto devra travailler dur quand il sortira de sa geôle. Souvenir : en 1980, au détour de rues et de venelles, Aile et moi, tombons sur la fontaine surchargée, immortalisée par Fellini (« La dolce vita »). Notre déception. On imaginait une vaste plaza à la hauteur de sa renommée. Rien du tout. Coincé, le lieu célèbre. À ses pieds, c’est la vue étonnante de personnages neptuniens, un baroque déchaîné, ouvrage fou, une vision excitante et ses eaux mugissantes….
Les éditos des journaux des USA font des réserves sur le projet —W, et ses militaristes conseillers— d’abattre Saddam Hussein. « L’après Saddam H. » reste l’immense point d’interrogation. En effet ! Ce matin, sur cinq colonnes, des experts divers (certes démocrates souvent mais aussi des républicains) font voir les difficultés à prévoir. Sagesse qui rasure un peu. Si W. B. les écoute ! Il y a Saddam débarqué, voire assassiné avec un guerre ruineuse de l’Irak (« axe du mal ») et de la « reconstruction » pas moins ruineuse. Et alors ? Le chaos total, prédisent certains. Ou bien, se sachant perdu, il se défend : bombes (biologiques) venus de ses dépôts clandestins et, plus inquiétant encore, capacité de « ré-actionner » des arme chimiques (bactériologiques) —il en usa, allié des USA durant la guerre à l’Iran, contre ses ennemis religieux— cachés, oui, cachés, entreposés, aux USA. Chaos « at home » ?
Tremblez mortels !
10-
Ma fenêtre. Le drapeau bin flaque. Pas de vent hélas. L’humidité règne. Hier, plein de cris sur les berge, des pédalos en grand nombre, et « le canot du dragueur » qui depuis 20 ans, sillonne le lac. Lui debout, ou à genoux parfois, avec, à son bord une jeune pouliche ramassée on ne sait trop où. Rituel qui nous amuse comme nous amuse cette jolie dame digne, raide dans son pédalo bleu poudre, au chapeau de paille 1900, qui passe et repasse, une fois par jour, à heure fixe, son « Devoir » sur les genoux, acheté au bout du lac, à un coin de rue de la plage municipale. Souvenirs : longtemps, à Ogunquit, durant 20 ans, chaque été, un zigue bizarre —sosie de Jack Lemon— s’amenait chaque midi, son filet sous le bras, son ballon sous l’autre. Il guettait, appelait des jeunes gens libres pour qu’une partie de ballon volant débute. Une vraie curiosité. Aile et moi toujours fascinés par son manège chaque été. Sa casquette sur l’œil, son maillot de bain bien ajusté, on le vouait tout heureux quand, au bout de vingt minutes, il parvenait à former deux équipes de jeunes joueurs. Pas un seul été, le Jack n’apparut pas. Étrange loisir, non ?
Hier, je dis à Laurent —et c’était vrai— que je venais de voir une drôle de bestiole entre deux eaux. Sorte de (trop) longue grenouille, immense bebitte inconnue de moi. Il rit. Je lui dis : tu pourrais filmer ça, tiens, tu aimes les caméras. Titre : « le monstre du Lac Rond ». Scénario de papi : on voit la plage municipale, mon Laurent : un gars et une fille, sa blonde, nagent. soleil aveuglant. Rires. Ballons. Sauveteur qui roupille sous son parasol dans sa chaise-haute. Vu ? Soudain, qui sort de l’eau, une tête monstrueuse surgit de l’onde ! Cris. Panique ! Témoignages contradictoires. Plus tard, crépuscule et farces pour se rassurer. Un comique ? Un homme-grenouille aimant les attrapes ?
Une semaine passe. Autre séquence :plage du Chantecler, en face. Jeunes touristes chassant les rainettes à l’ouest de la plage. Encore une fois, stupeur, cris de panique : au large, cette tête effrayante, serpent, poisson inconnu. Monstre survivant aux chutes des moraines quand, ici, dévalaient les plus vieille pierres du monde connu, celles de ce bouclier laurentien. Le temps des glaciers qui fondaient. De la grande Mer Champlain quand on ne voyait que le mont Royal et les hautes cimes des Laurentides. Des vieux en débattent, ce soir-là, autour d’un feu de camp.
Une semaine passe encore. Des reporters sont venus. De partout. En vain. Un bon matin. Nos deux jeunes héros, à l’aube, avec des filets, vont aux ouaouarons, ceux du marais deltaïque, petit site protégé à la charge du lac. De nouveau, proche du rivage la bête… apocalyptienne ! Un des héros sort du canot, criant, se sauve dans le boisé. L’autre reste dans son canot. Le fuyard, essouflé, raconte à ses parents. On part, en groupe, un à sa carabine, vers le marais aux nénuphars. Plus rien. Le calme. Le canot renversé…
« Pis ? Pis ?, me dit Laurent. Moi : « Ah, faudrait rédiger toute l’histoire, tu vois ça, un conte pour tous. Tout simple. Juste pour nous amuser, ilustrer la paix, la beauté de l’été ici et… soudain la bébite… qu’il faudrait confectionner, à l’épreuve de l’eau ». Laurent ne dit plus rien, il regarde ailleurs, il doit se souvenir de toutes mes histoires quand il était un petit garçon. Il est maintenant plus grand que moi. Se dit-il : papi change pas. Il cherche à inventer des fables encore.
N’empêche que je me demande encore ce qu’était cette créature, vue hier, sous notre saule aux longues branches dans l’eau, cette longue bestiole aux pattes palmées…Je ne me raconte pas d’histoires ?

Le dimanche 30 juin 2002

Le dimanche 30 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Ouf ! C’est fini. Voici juillet. Demain. Congé de journal ? On verra. Certains jours d’orage, je reviendrai à ma petite machine mettre de l’ordre dans mes notes de calepin. Je vais expédier ce « tout juin » chez Victor-le-matamore du bien-bas-du-fleuve et sa tartineuse, Martine (Au but) saisira mon texte. Saisir ? Hum !
Ils sont venus. Mon Daniel toujours fier de sa neuve fausse-jeep, le beau Thomas, et Lynn la noiraude espiègle, Du Sommet (pas si bleu), Paul et Carole, sœur de ma bru, —ma dépanneuse émérite en ordi— descendaient aussi vers notre rivage. Deux petites cabotes, Lili et Zoé, se tiraillaient un bout de bois, ououf, ououf ! Baignades à répétition. Jasettes et puis trempette (aux légumes crus) offerte par l’experte Aile. Bières et limonades.
Le papi bienheureux en oubliait volontiers le beau bloc à papier-aquarelle qui l’attendait pas loin. Plus tard ! La sainte paix dominicale. L’été bien installé enfin.
En soirée revoyons, à TQ, un film cocasse :« ce roi fou un temps, Georges le numéro 3 ». J’ai rapproché le curieux roman de MacDonald, je veux terminer son « coffre de cèdre ».
2-
Il y a un zigue étonnant, un certain G.Tod, qui me tient parfois au courant de ses activités poétiques. Un anarchiste ? Un jeune ermite grouillant en quête de combats gauchistes ? Je ne sais trop encore. Il est de Concord, USA. Il aime le Québec. Il vient parfois ici, rue Saint-Hubert, pour réciter des strophes chez « L’inspecteur Épingle » devant « un parterre d’ivrognes », spécifie-t-il. Il semble bien connaître nos ébats (littéraires) et débats (politiques). L’ordinateur nous amène ainsi de ces correspondants hors du commun. Ainsi, le cher Marleau, lui, m’encourageait hier — et vivement, spirituellement— à ne pas passer la batte « aquarellisante » à un autre…que moi. Chaud au coeur.
Ce « poche » signé Hawking refermé, il me taraude avec ses calculs si renversants. Son histoire des jumeaux dont celui installé sur une haute montagne vieillissant moins vite que son frère !!! J’en reste baba ! Il m’a fait voyager entre Bing bang, bing, bing et bang bang et, à la fin (il n’en est pas certain) le grand Crush ! Des Jésuites savants l’invitèrent (lui et d’autres astrophysiciens) à jaser cosmos avec le pape à Rome.
Le Vatican si content depuis que les physiciens acceptèrent l’idée d’ un « début », d’un commencement de l’univers.« Ah, la Bible le disait bien ! Il y a eu un commencement…une création du monde ». Il n’y aura plus « l’obscurantisme catholique » enfin, ni un Galilée numéro 2 ? Non, plus jamais. Stephen Hawking, la langue dans la joue, laisse entendre qu’il n’a pas voulu provoquer une polémique mais … oui, il a certains doutes. Ainsi, cette expansion dure peut-être depuis toujours sans qu’il y ait eu un départ.
« Go, partez galaxies ! »
Là-haut, faut filer à 500 km-heure pour éviter de tomber ! Le Newton-à-la-pomme-qui-tombe l’avait prédit. Tout est sujet de gravité. C’est 720 km-h. Ou 12 km-h à la seconde ! C’est bien rapide en ce monde-là !Je relisais, je relisais, moi le zéro en maths au collège. Ces explosions d’étoiles, ces trous noirs —« des trous rouges », devrait-on dire selon Hawking. Ce « tout n’est que gaz » d’abord, ces nutrinos, ces photons, ces particules très invisibles à nos yeux … je me débattais avec mes synapses de neurones.
Nous ne serions que carbone et oxygène ? L’enthropie y est vicieuse : cette nécessité de se multiplier dans le chaos total. La surfusion et l’eau qui ne gèle pas même sous le zéro ! Bon sens ! Pas facile à saisir. Bon sang !
Je naviguais du mieux que je pouvais entre Euclide et Hubbles l’essentiel chercheur. Hawking songe à « pas de début et pas de fin ». Et il continue de chercher. Le « principe d’incertitude » de la nouvelle physique (la quantique) change tout désormais. Il y aurait non plus une mais trois flèches du temps : la thermo, la psycho et la cosmologique. Aïe ! La mémoire humaine, on ne sait trop comment elle fonctionne (ah ?), la mémoire des puissants ordinateurs, elle, on peut la comprendre, la démonter, l’examiner dit-il. Ouen !
Un Québécois travaille avec Hawking (le Einstein d’aujourd’hui), Raymond Laflamme, son nom. Fierté soudain, car ce Laflamme fait se corriger le maître à propos de l’effondrement de l’univers, le « big crunch » envisagé. « Il n’y aurait pas inversion des flèche du temps lors de la contraction (des trous noirs). S.Hawking, modeste génie, admet son erreur puis raconte l’erreur du grand Einstein, reconnu par lui, quand il voulut, un temps, « installer un modèle statique d’univers ». « La plus grande erreur de ma vie », aurait déclaré Einstein.
Ouf ! Tout ne serait qu’ondes en fin de compte ! Donc lumière ? Ce besoin de comprendre (l’univers) est formidable. Nous autres (écrivains, philosophes, psychologues), on tente de comprendre « son frère, ses amis, les humains modernes, la nature environnante », ces chercheurs embrasent l’espace tout entier. Quelle immodestie ?
Même lui, Einstein, qui ne croyait pas au terrible Yaveh de ses compatriotes, à la fin, luttait pour le sionisme, la patrie à reconquérir. Ardent militant pacifiste à Berlin, il est conspué et interdit, un long temps, de voyager. Pire : les USA refusent d’abord son visa de simple visiteur. « Jerusalem, l’an prochain ? » Nous voilà plongé dans l’actualité chaude du jour hein ? On tenta de l’assassiner. Arrestation d’un tueur, amende : 6 dollars ! Pétition contre lui. En 1933, Hitler est au pouvoir et Einstein, alors en Amérique, déclare qu’il ne rentrera pas son pays. À Berlin on publie : « Bonne nouvelle : il ne reviendra pas ! »
On sait la suite, sa lettre du génie à Truman. La bombe atomique. Ses remords. En 1952, on lui offre rien de moins que « la présidence d’Israël »! Il refusera, se disant un « naïf » en politique. Il dira : « la politique c’est le présent, une équation (à trouver) est quelque chose d’éternel ».
3-
Je lisais avant-hier (dans un quotidien) sur un bonhomme qui a quitté librement les actualités, —les nouvelles du jour. Il disait qu’il voulait être hors de ce présent qui rapetisse. Oh ! J’ai réfléchi longtemps là-dessus, le journal sur les genoux, le nez en l’air, regardant un goéland voltiger sur le petit lac Rond en cherchant un poisson à engloutir. Quoi? Vrai :une perte de temps tout ce fatras des nouvelles, des batailles politiques, ici ou à l’étranger ? Je ne savais plus. Il me reste dix ou vingt ans de vie, si on pouvait savoir ? Moi qui aime tant la vie, j’en suis devenu tout fébrile. Ne plus perdre mon temps. Comment ? J’ai eu la tentation d’imiter ce personnage. Que cela serait libérant, que cela me donnerait du temps pour…pour la création. Créer pour qui ? Pourquoi ?
Mais non, le lendemain, je me colle le nez de nouveau aux manchettes. Une sale vox me murmurait : « trop con, trop petit, pas assez fort hein » ? Je fis taire cette voix embarrassante. Tous, nous devons vivre « ici et maintenant » et nous ne sommes pas des Hawking. Au diable ces trous noirs (ou rouges), il y a des images à faire naître à propos de mes chers souvenirs d’antan : le guenillou, le vendeur de glace, les cordes à linge de ma ruelle. Je le ferai juste pour donner raison à cette voix d’Henry Miller —dans « Paris est une fête »— qui répétait sans cesse : « La mission de l’homme sur terre est de se souvenir. »
4-
Il est tard. Je veille. J’écris tout ceci. Je suis très énervé (excité aussi, amusé ?) de devoir fermer ma baraque aux mots pour un temps. Vaniteux : vouloir terminer ce six mois d’entrées diverses de façon captivante. Mon vieux souci :ne pas ennuyer les gens. À sept ans —avec Devault, Malbeuf, et Moéneau— j’avais déjà si peur d’ennuyer, dans la cour, avec nos séances dramatiques improvisées.
M’amuser d’un édito (de Saskatoon) où un compère, anglo pure-laine ?, recommande de nous « voler » de nouveau. Oui, dit-il, comme nous les Canadians nous ont volé le mot Canada, l’hymne nationale— oui, nous voler la fête du 24 juin, qu’il trouve « la seule réussie à travers le Canada ». Il n’y aurait qu’à allonger cette fête du Canada (demain), publie-t-il, mais oui la prolonger en incluant ce maudit 24 juin. Dont il est jaloux, il l’admet volontiers.
La vie ordinaire c’est aussi, ce midi, vite, vite, aller acheter un bidon de gaz (profane) pour qu’Aile puisse faire rôtir ses douze bons hamburgers. Ils furent succulents. Bon vin rouge, fraises et glace à la vanille…oui, la vie ordinaire, bonne.
« Tout ne fut, au commencement, que gaz accumulés », m’expliquait Hawking dans cette « Brève histoire du temps » (« J’ai lu »).
Je veux lire, de Julien Fortin, « Chien levé en beau fusil »(Triptyque), je veux tout lire. Écrire et lire, mes deux passions. Ma tristesse de nous savoir si peu nombreux les fous de lecture. Je questionnais mon beau jeune Thomas là-dessus au bord du lac. « Toi qui lisait tant jeune…pourquoi ? » Réponses vagues. Ai cru comprendre : « Papi, trop de lectures obligatoires au collège ! » Je crains tant qu’il passe à côté de plaisirs si féconds. Je l’aime tant.
Ma paresse ? J’avais voulu organiser à Val David ( à l’expo de poteries annuelle) un grand moment : montrer les céramiques naïves de papa. L’été prochain. Promesse de paresseux ? Mon ex-camarade, illustrateur et graphiste à la SRC, René Derouin, sur son domaine de Val David, en août, fera voir des « installations » comme l’exige la mode branchée.
Derouin prône la venue de liens entre les trois Amériques comme si des liens valables pouvaient se tisser avec l’éléphant du groupe, les USA. Il s’est souvent vanté d’avoir coupé avec l’Europe, la France. Le vieux rêve des muralistes célèbres (Rivera, Orozco, Siqueiros ) quand ils jouèrent des cartes truquées en tenant d’assimiler l’art « candide» des indiens, les seuls vrais indigènes des Amériques du sud. Un échec forcément.
Ah, ces Blancs torturés, gênés de descendre des Blancs d’Europe ! Je n’y crois pas. Le vieux complexe des « colonisateurs » (nous), refusant de continuer les liens normaux avec d’où nous venons quand nous avons émigré sur les terres des « sauvages ». Aucune confiance dans ces tentatives folichonnes, artificielles, de jouer les « nouveaux » sauvages. Un leurre.
Il y a un axe tout-puissant chez les anglos. On refuse de tenter de fortifier un axe francophone. Danger : la langue est le sang de la pensée créatrice. La culture véritable en découle. Les musiciens ou les peintres, eux aussi, ne peuvent s’en dissocier de ce fait têtu, la langue. L’axe espagnol (et portugais ?) des lointains voisins du sud est valable pour les usagers de ces langues. Comme les Noirs du nord ont des liens à se forger avec l’Afrique, leur patrie ancestrale lointaine. Derouin rêve de connivences artificielles. Hors-langue. Laissons-le rêver, tiens, il ne fait de mal à personne. Gaspillages d’énergie tout de même. Il y aura, sur « ses terres » boisées de Val David, entre les poissons d’argile multinationaux, les poèmes de Lapointe et les « installations » intellos-symboliques, quelques marcheurs pour rêver avec lui.
5-
Mon correspondant « imac-ien », le sarcastique humoriste Daniel Marleau, me conjure de ne pas confier mes illustrations à un peintre de profession. Merci ! Il a bien raison. Dès demain, j’affronte mon affaire, on va bien voir qui c’est qui mène chez moi. Marleau ne cesse pas de me souhaiter « une belle Fête du Caaaaanada », je l’étriperai un jour. Il me taquine franchement ? Il a braillé —en un courriel souffrant— que l’on ait osé lui changer le nom de sa petite patrie au Saguenay. Il a raison : ma foi, je fesserais rare s’il fallait que l’on nous change le nom de Villeray, par exemple.
On a donc, avant-hier, regardé « I am Sam », j’y reviens ?, et cette « fin heureuse, inattendue certes —qui a chagriné tant de critiques— me fait songer que la gent intellectuelle déteste le bonheur. On veut du tragique, c’est plus sérieux ! Jeune, j’étais de ce lot… dramatiseur à souhait. Mon Daniel : « Ah, je vais louer « I am Sam » alors, moi, j’aime bien le bonheur ! » Bravo fils ! Pas un garçon bien élevé ça ?
Tenir à dire que j’aime les intellectuels, que j’en suis un (autodidactement !) et fier de l’être, que j’ai le droit de dénoncer les illusions, les marottes, les lubies funestes de mon monde.
Je songe à mon marcogendre et ma fille, Éliane, roulant vers l’océan atlantique du New-Jersey et je suis jaloux. Ça persiste. J’espère que l’ami Dubois dénichera une piaule pour une quinzaine au Maine en août. Folie ? L’idée de convaincre le Marco d’organiser une soirée-jasette libre avec mes fidèles du journal. On serait dix ou cinquante, peu importe. Parler ad lib avec ceux qui m’aiment et aussi avec ceux qui —fidèles—voudraient aussi me critiquer. Une folie ? Une idée de mégalo ? Je verrai.
6-
Il vient de mourir l’acteur fabuleux des « Nuits de Cabiria » de Fellini où il fut un extraordinaire souteneur, veule, lâche, salaud. François Perrier est mort vendredi à 81 ans. J’aimais sa bouille de chien « battu ». Sa tête de « serviteur dévoué » dans le « Orphée » de Cocteau quand il jouait cet ange Hurtebise sorti des enfers, échappant à Cerbère, nageant à contre-courant pour L’Eurydice émergeante du Styx.
A ce sujet : soudain, il y a dix jours, bloqué en illustrations villerayiennes, je reprend un petit manuel —expurgé, à l’usage des écoles— de mythologie. Lecture attentive. Je prend des notes et puis je descend à l’atelier pour peindre Jupiter, sa jalouse d’épouse, Junon, Diane, Neptune, Bacchus et compagnie. Pouah ! Pas fort !
Mais j’y reviendrai. Je me laisserai aller davantage en accidents visuels et je parviendrai à produire une bonne série d’aquarelles sur les mythes fondateurs de tant d’écrits (littéraires ou psychanalytiques). Dimanche matin, chez le camarade Folch-Ribbas (La Presse), je lisais : « Aquarelles de l’auteur », pour une édition de « Le petit prince ». St-Exupérit en illustrateur, bien !
Le Meyssan, parano des complots, se ferait déboulonner déjà. Pour l’auteur Meyssan, le 11 septembre, les quatre avions-à kamikazes c’était le fait de méchants conspirateurs du puissant complexe militaro-industriel. Ils avaient tout organisé pour qu’enfin un grave conflit armé éclate que le pognon puisse rouler dans leurs poches. Deux Français, en 125 pages, lui fermeraient le bec. Il reste à attendre un film de Stone grand amateur du genre : « FBI-CIA : des pourris alliés à des pourris » ! Le manichéisme est payant pour les foules crédules, on ne le sait que trop. Internet serait rempli de ces paranos déboussolés.
7-
Coup de fil, appareil cellulaire béni !, de ma fille qui roulait vers la frontière Canada-USA. Il y a, c’est bien connu, des coupures de son. On s’y fait ? Mal. Aile ne supporte pas ce gadget. Je la sens légèrement inquiète :ses deux « grands» (18 et 20 ans) seront seuls au foyer. J’ai du respect pour ces mamans pourtant vieillies, qui, jamais, ne seront tranquilles d’esprit quand elles s’éloignent du phare, de l’abri, du port d’attache. Je trouve ça touchant. J’ai mal quand je songe à tous ces jeunes pris par le job d’été, à mon David, gardien de piscine à Sophie-Barat, à Laurent surveillant aux parcs de la Ronde, à Simon gardien à la Plage-Doré. Un été chez le diable non ? Je viens de raconter ces boulots ingrats dans « Pour la gloire et l’agent » en quelques lamentos bien braillards… lyriques et fondés.
Souvenir : j’ai quoi, 16, 17 ans ? Maman lisant sa chère Colette sur le balcon d’en avant. Je sors avec mon vélo. « Où vas-tu encore trotter là, mon garçon ? » Moi, exaspéré : « Oh, m’man, je t’en prie, j’ai pus dix ans ! » Elle : « Si tu veux te faire une blonde, j’suis pas folle, va donc pédaler vers Ahuntsic, par là. C’est du monde de notre genre. De notre classe ». La mère snob ! Bin snob la tite fille de Pointe-St-Charles, non ? Elle savait et n’aimait pas trop que je fréquente une mignonne noiraude de la rue Villeneuve sur le Plateau.
Un jour, j’apprend que Michel Tremblay —je veux lire son dernier : «Bonbons assortis », même si on doit écrire « Bonbons variés », signale Chartand du Devoir— avait une mère qui disait : « Restez sur le Plateau, ne descendez jamais en bas de Sherbrooke, c’est pas de notre monde » ! La grosse femme snobinarde ? Mon ex-éditeur, Yves Dubé (frère de Marcel) me disait —il était du Faubourg à mélase, rue Logan— que sa mère disait aussi : « Ne traversez jamais Dorchester, évitez le Faubourg Saint-Laurent (où est Radio-Canada), c’est du monde « cheap ».
Snobisme inouï allant du nord vers le sud, vers le bas ! Le romancier André Langevin (que devient-il, lui, si doué ?) y habitait dans ce faubourg mal aimé — lire « Une chaîne dans le parc ». Mère snob aussi ? Non. Impossible. Rien à faire : il n’y avait pas plus bas, c’était le fleuve, que le port, la Molson.
8-
Les cailloux de Mars ? Hum ! Il faudrait à la NASA deux milliards de fonds publics pour aller en cueillir. Y a-t-il traces d’eau, traces de vie… la grande question ! Ce sera pour 2014, semble-t-il, la réponse. Et c’est pas sûr. Patientia !
Dans quatre jours, se rappeler, du fondateur républicain des naissantes provinces unies d’Amérique, Jefferson, le « Tous, nous sommes nés égaux, doués par le Créateur de droits inaliénables :la vie, la liberté, la recherche du bonheur… » Oh, cela, la quête du bonheur depuis Platon et même avant. En 1776, ce terrible virage définitif, anti-monarchisme, une quinzaine d’années avant la Révolution française qui utilisera les mêmes termes. Son successeur, Double-V, utilisant la peur, tente de mettre la police partout, partout. Avec primes aux délateurs maniaques qui verront un saboteur dans chaque dissident, parmi les contestataires les plus pacifiques. Jefferson, au secours !
En ce temps-là, ici, même aux portes de nos églises de village, placardage « bostonnais » :Canadiens-français, joignez-vous à nous, à bas la monarchie ! »
Du bon peuple et nos petits curés favorables. Mais… la hiérarchie cléricale, déjà collaboratrice, excommuniait les libertaires qui osaient souhaiter que nous joignons les voisins décolonisés. Les occupants satisfaits, contents de ces valets en soutane rouges ! Par frousse, par intérêt, on nous accordera bientôt un faux gouvernement « représentatif ». Une Assemblée truquée. Surveillée.
Ensuite, Louis-Joseph Papineau tentera de réformer ce leurre. Ça va coûter cher aux Patriotes de 1837-1838. Le feu partout, des pendus et des exilés en Australie. Vive le 4 juillet !
9-
Laporte parlait avant-hier (La presse) avec son ironie décapante des tricheurs « initiés » dans les bureaux capitonnés des énormes firmes américaines. Scandales sur scandales. On gonfle les profits. On attire des investisseurs candides. Le ballon prêt de péter, on vend vite nos parts (de PDG) et ensuite seulement on déclare faillite.
Un observateur dit : « Quand il n’y a plus de police, les voleurs s’épivardent ». Les vérificateurs sont bafoués partout, moqués, trompés, éloignés…pas assez nombreux, mal équipés. Et vlan ! les spéculateurs modestes ont le bec à l’eau. Les employés de ces bandits —en « grey flanel suit »— deviennent des chômeurs. Aile: « Quoi? Il n’y a plus de rigueur, il n’y a plus de conscience, plus d’honneur, qu’égoïsme et jouisseurs pressés, voilà où nous conduit l’immoralisme ambiant actuel, constitué de prédateurs pressés, d’égocentriques. » Elle a bien raison. Bush, venu de ce monde des « rapaces », joue le râleur indigné : « Suffit ! On va y voir » !Quand mister B. ?
Yves Boisvert, chroniqueur à « La Presse » a une plume vigoureuse, brillante, son allégorie récente (avant-hier) entre ces terribles « poissons rampants » qui voyagent à travers les étangs pour les vider de toute vie aquatique et le jeune chef de la droite, Mario Dumont, était une chronique géniale.
Quoi, quoi, on fesse et puis on vante La Presse ? Bien comprendre : je cogne sur les éditos soumis au boss mais des reporters y sont souvent fameux. Ainsi à « The Gazette », le quotidien raciste, francophobe malade, que je fustige, les reporters y sont souvent très compétents. Il faut faire la différence entre les journalistes (syndiqués souvent) qui honorent le métier et les chefs soumis, les petits-chefs dociles et les sous-chefs accroupis sous les patrons. Le « boss » —derrière le proprio— stipendié, déshonoré, qui a vendu, et cher, sa liberté, tels tous les Pratte, Mario Roy et Cie.
9-
Un calmar d’une tonne (!) est exposé à New-York. L’article fait rêver aux lectures de jeunesse des gens de ma génération, à Hugo et sa poulpe (pieuvre ?) effrayante, Jules Verne et son calmar inimaginable…au fond des mers ! Autre article et autre sujet de rêverie pour les pauvres, les démunis : on oublie de l’argent dans des banques. Cela forme 180 millions ($ Us) en argent ! Personne ne réclame ces magots ! Mystère ! Rêvons encore :le Mexique produit des tas de feuilletons de télé. Une vaste industrie. Des gros mélos pour la plupart. Il doit bien y avoir au moins un ou deux téléroman valables dans le lot. Pourquoi ne pas en voir un peu. Pourquoi seulement le « dumping USA » ? Même le Japon (Chine, Corée) achète de ces « telenovellas »… pas chers forcément. Colonialisme aplatventriste étatsunien accepté. Quelle station briseera le moule. Les Québécois apprécieraient le meilleur de cette industrie Mexicaine… Ou Indienne. Nous ne sommes pas imperméables comme le public chauvin des USA aux cultures étrangères.
10-
À Saint-Jérôme, pas loin d’ici, annonce d’une expo de tableaux. Pas 5 ou 10 peinturlureurs, non, 30 peintres ! Je lis la liste. 90% d’inconnus ! Terrible : toute cette activité peinturluresque et si peu de connaissance de ces manieurs de pinceaux. Aucune information valable. Il y a là un mystère opaque, non ?
Le diable devenu vieux se fit ermite ? Un compagnon d’armes du révolté célèbre, Che Gueverra, l’intello Régis Debray, révèle à Robitaille (Le Devoir) que la politique (il fut, une fois libéré de prison) conseiller de Mitterand) c’est terminé. Il est plongé, dit-il, dans l’étude des religions. Ah ! C’est à lui que je faisais allusion plus haut en parlant de décrocher des actualités. Le bonhomme semble épaté par une connaissance (De Chayssac) qui a abandonné la France et le français, vit à New-York, ne parle plus que l’anglais-américain et recommence sa vie aux USA. Il dit qu’il est logique. Que Washington c’est Rome. Que tous les de Chayssac sont logiques. Exactement ses mots ! Qu’à Rome, tout de même, on parlait deux langues, le latin et le grec. Debray ne croit donc plus à l‘avenir de son pays. Il s’est donc englouti dans les vieux manuels d’histoires des religions.
Qu’en penser ? Effrayant non ? Plus aucun espoir ? Il plaint nos luttes (ADMIRABLES)au Québec, rappeLle que les Français à l’ ONU (New-York) rédigent les rapports en …américain (comme font tant d’hommes de science en France) ! Debray lance le gant. Il fuit. Il s’exile de tout. Écoutez cela : « Oh, horreur, nous allons devenir un grand Québec ! » Un auteur a dit cela, le français Jean-Claude Barreau. Ça donne un sacré choc, non ?
Debray avance que lorsqu’il y a un vide, un empire s’y installe. Une loi incontournable. Or, dit-il, les gens d’Europe refusent de combler cet espace dsisponible. Il dit que très peu de monde chez lui croit vraiment à une Europe forte. Alors ? Le trou, le vide. L’empire s’avance. Résultat : l’américanisation volontaire partout là-bas. Debray m’a captivé en disant que la quête de puissance a donné, deux fois, deux massacres horribles (1914-1918 et 1939-1945) et que cela pourrait faire la méfiance et du désintérêt des Européens en face du pouvoir, de la puissance.
11-
Une fin pour ce premier tome ? Je vois bien que les actualités m’intéresseront toujours. Je ne me cacherez pas dans l’étude des religions ou des arts de jadis. Je suis paré à raconter Marc-Aurèle Fortin aussitôt que « Vendôme » aura un coin de studio libre !
Demain, je lirai encore mes gazettes, encore et encore, j’aurai envie de chicaner, de rédiger des pamphlets…
Rien à faire. Je reste donc curieux comme une belette, accroché. À tout. Distrait et, de cette façon, comment me « cultiver à fond » à propos d’ un seul art, d’une seule discipline. Car la culture véritable c’est cela, foin de l’érudition puisque je ne veux pas briller dans les salons… littéraires ou autres. On ne change pas ? J’étais le grand distrait à l’école, au collège. Je le reste. Je m’intéresse à tout. Un peu. Comme tout le monde.
Aile, je la vois de la fenêtre de ma « chambre à écrire », s’est plongé dans « Le tueur aveugle ». Ensuite, on va pouvoir en jaser longuement. Le ciel, très lumineux est tout de même recouvert d’une sorte de brume. Humidité lourde. Au bord du lac, il y a une bon vent., mon drapeau tremble énormément, « fasaille » même. À partir de demain, je me le jure, Soeur Gagnon sera fière de moi, je me jette dans les aquarelles que je lui ai promises. Je veux que « La maisonnette » progresse.
Demain, je me trouve un autre bon livre à lire, pour les soirs quand la télé est trop insignifiante ou qu’il n’y a pas de bons films au vidéo-club du bas de la côte Morin. On ira voir « Chaos » au Pine, on se fera des grillades sur le barb’à queue. Et puis quoi ? Oui, Léo Ferré : « On s’aimera, on s’aimera ».

Le jeudi 18 avril 2002

Le jeudi 18 avril 2002

À CŒUR OUVERT
1-
Encore ce matin, au lit, store levé, effet sur le lac Rond de blanchiment (pas de fric) mais par la fumée subtile ! Brume partout. C’est la glace sur le lac, bien entendu, en contact avec l’air chaud qui s’installe. Beauté toujours d’un paysage « chinois ». Et puis la lumière va gagner. Voici maintenant, il va être midi bientôt, le lac tout noirci. Bleui. C’est la fin. Il va « caler » comme on dit par ici. La piste piétonne aménagée tout autour forme un anneau gigantesque d’un bleu…waterman ! Je vois le voisin Maurice, en chemise, au bout de son quai, j’ai vu ma dépanneuse des « Variétés » boyau d’arrosage en mains, laver son entrée d’asphalte. Faire de même. J’aime tant arroser ! En finir alors avec ce journal. Le suspendre. Profiter du beau temps enfin de retour. Y revenir en septembre ou même en noVembre. Ce beau temps m’appelle. Sortir. Plus de ce cul sur chaise ! Nettoyer le terrain, ramasser les branches cassées, déterrer et enterrer, planter encore un peu de tout, quoi encore ? Ah oui, envie, besoin vif de me grouiller, le beau temps revenu.
2-
Le camarade Jean O’Neil prépare un nouvel album illustré et me demande (via courriel) s’il peut m’emprunter des mots (dans mon « Vivre à Outremont, aujourd’hui »), permission de me citer quoi. Je dis « oui » bien entendu. Autre courriel : Marco, mon fondateur-sur-web, me questionne : si je faisais, pour le site, une sorte de bulletin de notes (autobiographiques) à propos de chacune de mes pontes publiées. Ouen ! Ce serait long. Je suis paresseux. Et je lui dis carrément que je n’aime pas trop bosser gratuitement. J’ai donné souvent, jeune ! Ce journal ? Oui, car il m’a obligé à rédiger en vue d’un bouquin. Un de plus.
Jacques Keable (autre courriel) m’expédie le texte de sa pétition pour empêcher le déménagement de la sculpture de Riopelle. J’ai adhéré. Mais…cette sculpture (1976-78 ?) m’a toujours parue bien faible, confuse, mal bâtie, chargée, « botchée » même. Vieux, le père Riopelle inventait cette chimère bronzé et pas l’yable regardable.
Mais bon…il y a la signature n’est-ce pas. Ça m’a toujours fait suer qu’avec le prestige venu on ne puisse plus critiquer, discuter un ouvrage mineur et même —ce « Jeu de drapeau » raboudiné, son premier titre— minable. Oui, oui, minable. Cette « Joute » place du stade olympique, je l’enverrais se cacher dans un champ vacant à l’abri des regards. Hon ! Pas honte d’oser juger un ouvrage d’un génie reconnu ? Bin non ! Non, j’ai pas honte pantoute.
3-
Jasmin-fils, Daniel, me livre (courriel du jour) ses premières réflexions sur…ses études et lectures —trois bouquins à la fois— à propos de la spiritualité asiatique. Zen et Cie. Il m’avoue avoir du mal à y voir clair. Il semble que cette pensée Zen soit aux antipodes de nos manières occidentales de réfléchir. Faire le vide. Arriver à penser le non-pensé ? Daniel me livre ses « flashes ». Il note: être là, entièrement, en ayant fait le vide dans sa tête.
Il me semble assez secoué. Si bien qu’il rigole. « On se trompait, tous ! »Tente la distanciation par une ironie bizarre. Nous aurions vécu ans l’erreur, lui, moi, tous, en civilisation occidentale, la cartésienne, la rationnelle. ! Penser à rien, oublier tout, chasser tout, faire le vide, pour pouvoir penser plus sagement ?, plus correctement ? Fiou ! Je vais attendre la suite et, déjà, je ne suis pas certain de bien comprendre. Oui, à suivre….
4-
Après-midi d’hier, après-journal et après-lunch, dehors sur la galerie. Le lac alors en gravier, en mâche-fer, cendres fumantes, je l’ai dit. Aile toujours démontée, furieuse même, claquant des deux mains face à l’invasion de ces « quiscalls » (?) noirs. Aile les hait ! Je rigole.
Moi ? Pas raciste du tout. Noirs, bleus ou rouges, les oiseaux sont tous les bienvenus. Grande âme hein ? S’il vient des corneilles, alors là, voir la voir. C’est Le Fléau dressé ! Je n’aime pas trop, c’est vrai, ces mouettes chieuses —et chiantes— qui arrosent, maculent, le radeau, ça ! Je l’ai souligné dans mon « Écrire ». J’y repense : dimanche matin, avec Victor-Lévy, petit déjeuner au « Gouverneur » de Trois-Rivières. Le père de « Bouscotte » me raconte de savoureuses anecdotes de son patelin. Il me « portraiture » comiquement des olibrius rares qui le hantent encore. Le voilà emmêlant des silhouettes de son enfance avec celles encore bien vivantes dans les rues actuelles de son cher Trois-Pistoles retrouvé où il gîte en sa banlieue dans une grande vieille maison à pignons.
Impression de le voir griffonner, « de visu » !, du « bien » à venir. De la graine à faire pousser. Du terreau à faire germer. De le voir préparer, défricher, débroussailler —essayer sur moi — ses « personnae », ceux de sa vaste comédie humaine « basfluvienne » !
Stimulé, bientôt, je l’écoute d’une oreille et, peu à peu, —entre œuf, saucisses et patates— je finis par faire défiler sur mon propre écran mental de ces hurluberlus du Villeray de l’après-guerre, me demandant si j’ai bien mis ce puits à sec ! On est donc ainsi ? Oh les écriveux ! Le patenteux de silhouettes impressionnantes. Les marqueurs ! Les candides « pointeurs ».
Miller répétait, dans « Paris est une fête », « La mission de l’homme sur terre est de se souvenir ». Je souscris. Et Vic souscrit aussi. « Bin sûr ».
5-
Je regarde volontiers les reprises, à la SRC, de « Catherine ». Comme j’aimais, jadis, « Cré Basile », j’aime ces sketches folichons qui marquent de farces chaque jeu de deux répliques. Divertissant. Reposant au fond. Je rigole beaucoup. Or, je revois, hier soir, cette désopilante et talentueuse Sylvie Moreau chez le « Francs-Tireurs ». Débat avec Martineau : le rôle des critiques. Vaste sujet. Et, hélas, la sotte, la gnochonne, l’étourdie, la « nonoune »quoi, y est et toute entière.
Ai-je la berlue ? Oui, je croyais à une « Catherine » inventée, jeu d’une actrice, et je découvre, Sylvie Moreau, lamentablement, platement, confusément, bafouilleuse, s’expliquer sur ses griefs pas clairs au sujet des rédacteurs d’analyses sur le monde du spectacle. D’abord, jouant la cuistre, elle nous sort —abri— Marcel Proust face à Sainte-Beuve ! Et puis s’enlise vite dans des gargouillis voulant tenir lieu de raisonnement. À T.Q., Martineau, poli, ne la tourmente pas trop et la laisse s’enfoncer.
Quelle imprudence, quelle prétention. Quelle présomption surtout. Essayer de dire que « la critique ne devrait pas critiquer. » Ce vieux débat est d’une vacuité totale. Il y a des critiques brillants, cultivés, intelligents et indispensables pour nous alerter sur les fadaises publicisés amplement. Et il y a des cons. Et, oh oui, beaucoup de « relationnistes » prudents, complaisants, abusés et mal déguisés. De simples « courroies dociles ». La pétillante et douée Moreau devrait s’obliger au silence sur ce vaste et vieux et vain débat. Qui grimpe sur des tétreaux doit apprendre à se faire juger, jauger. Point final.

Le samedi 30 mars 2002

Le samedi 30 mars 2002

1-
Ce matin, Rayon —la femme de ma vie refuse que je la nomme— est à sa toilette et je regarde, le grand store levé, le lac. Des vagues de lumière sur le lac gelé roulent vers moi à tour de rôle. Elles se forment sur la rive de l’ouest, au Chantecler, et filent rapidement pour s’éteindre sur notre rivage. Fascinant ! On dirait, en gigantesque, la lumière Xérox des machines à polycopier ! Étonnante lutte reflétant, au ciel, nuages et soleil.
Hier soir, la bonne pizza au four —visible— de « Grand’pâ » à Val David, la patronne s’en va tout un mois chez elle, en France.
Bavardages divers de quatre adélois retraités de la vie active. On en arrive Jean-Paul et moi à certifier que la vie n’a été pour nous que circonstances, hasards (des rencontres) , chances souvent. Pauline J. et Rayon tombent plutôt d’accord. Effrayant constat. Le mérite, les études, les recherches, le travail, l’acharnement, la volonté, oui, oui, tout ça compte mais sont dans les sillons du hasard d’abord. Mauvais exemple, mauvaise morale, pour les écoliers à qui on n n’ose jamais parlé de cette existence à base de circonstances incontrôlables, involontaires.
Quelques éloges en courriels pour mon conte à CKAC, hier, intitulé « Chemin de croix dans Villeray ». C’était le quinzième chapitre, « Le martyr », de mon livre paru en novembre 2000, titré « Enfant de Villeray, que j’ai adapté (sans même le relire puisqu’il s’agit d’un vrai événement) à un Vendredi saint. Cependant, au Forum de mon site web, deux blâmes. On refuse d’admettre que l’auteur aimable (?) puisse avoir été un tel voyou, jeune. Eh ! Hélas, oui.
Au moment de l’œuf, rôtis et jambon (je délaisse parfois les céréales) , Rayon me signale : « Comme c’est curieux, je lis sur Kaboul où les éclopés de la guerre Taliban-USA, se débattent pour trouver des membres neufs —bras, jambes— et je songe au film « Kandahar », qui va passer bientôt à la télé, où l’on montrait ces handicapés claudiquant vers les jambes artificielles parachutés et je repense à « I.A. » de Spielberg quand une effroyable séquence fait voir des robots humanoïdes, la nuit, ramassant dans un dépotoir des membres encore utilisables.» Oui, séquence forte, j’en ai parlé. Prémonitoire ?
En revenant de journaux et cigarettes, chanceux, j’ai trouvé, à notre biblio de la rue Morin, un exemplaire de « La petite poule d’eau » de Roy. Je dois relire ce roman qui m’avait fait éclater en larmes il y a si longtemps pour en jaser à « Bibliotheca » du canal TV-5, vendredi matin prochain. Hâte de vérifier si j’éprouverai une telle émotion encore ! À la télé de T.Q. (sans pubs !) Rayon a revu —j’était au Salon de l’Outaouais— le film « L’été meurtrier » que nous avions peu apprécié en salle jadis et m’a dit l’avoir jugé sensationnel, parfait ! Un jour, dans un avion pour la France, on revoit un film de Lelouch, « La belle histoire » —ou « Les uns, les autres », je me souviens plus—, qu’on n’avait pas beaucoup aimé. Voilà que nous estimions énormément ce même film sur l’écran de l’avion ! Avertissement : nos goûts changent. Ou bien nous changeons tant que nous n’avons plus les mêmes sentiments, les mêmes critères. Mystère !
2-
Hier, quittant CKAC, j’ai filé chez mon fils à Ahuntsic. Pas un chat.
J’avais oublié que Daniel m’avait dit être invité chez son beau’f Murrray à Saint-Sauveur. Nous nous retrouverons pour le souper de Pâques dans un restau grec, le clan Jasmin, le clan LaPan et aussi le clan grec des Paltakis, maritalement associé aux La Pan. Alors, je suis allé, un peu plus au nord, chez ma fille, Éliane. Gabriel, mon trompettiste favori, me conduit à sa chambre où trône un immense aquarium, puis veut me faire visiter un immense magasin de poissons tropicaux —il est dans une passion-poissons rouges—, rue Jean-Talon proche de DeLorimier. Diable, il y a là une centaines de bocaux à poissons en formats divers et une variétés de « nageurs ailés » étonnante. La beauté.
Je l’autorise à se choisir quelques spécimens. Le grand géant, son frère Laurent qui nous a accompagnés, est aussi curieux que son grand-père de ces bestioles aux coloris enchanteurs.
J’ai invité la famille au complet au « Wok » chinois de la rue Fleury. Bouffe chinoise que j’aime que ma chère Rayon déteste. Infidélité totale ! Compensation :deux assiettées ! Hon ! Gabriel, goguenard, m’a offert une épinglette écrite en calligrammes chinois. On questionne un gentil serveur du « Wok » qui déchiffre : « Québec libre ! » Contentement du vieux patriote.
Répondeur : téléphone des Faucher. « On a beaucoup aimé ton conte de CKAC ». Je dis à Jean : « Merci. Tu es bien intégré, tu as tout compris ! » Françoise sera à Québec, dans trois semaines, tout comme moi (pour le Salon du livre), elle joue au théâtre là-bas. Je tenterai d’aller la voir sur scène.
Quittant le « château Chambord » —rue du même nom— d’Ahuntsic, David me demande si je veux aller reconduire chez lui, à Bois-des-Filion, son ami François qui séjournait là. Un adolescent étonnant, merveilleux, intelligent. François me narre un séjour récent de quinze jours en Haïti avec les gens de son école religieuse protestante (de Sherbrooke) où il étudie en pensionnaire. Merveilleuse expérience, me dit-il, il a vu « une drôle de misère » sous un si beau climat où les gens ne sont pas si malheureux qu’on l’imagine. Il m’explique y avoir rencontré du monde relativement heureux, pas « matérialistes et pressés » (c’est impossible en cette contrée pauvre) des jeunes démunis mais capables de rire, de chanter et de danser, pas enclins du tout au stress ambiant de l’Amérique du nord. À l’écouter j’ai compris comment il peut être profitable de faire de telles expéditions pour des jeunes. Il a réfléchi à des tas de choses et il se pose des questions fondamentales maintenant.
3-
L’hydro-Québec d’Israël a coupé le jus au Président Arafat ! On lui a bombardé tous ses alentours. Le voilà au bord du martyr. Une bavure finale de l’armée israélienne et c’est l’ explosion totale à l’ONU. Nous vivons des heures graves. Une jolie jeune palestienne se explosée. Horreur ! Une autre victime de la crise actuelle. L’horreur de ces jeunes désespérés ! Sadam Hussein enverrait des chèques aux familles des ados kamikazes. On imagine un papa misérable dévoyé : « Pis, mon p’tit gars, tu te décides à te dynamiter oui ? On a grand besoin d’argent ! » Oui, l’horreur !
Ce n’est pas l’écrivain Jacques Ferron mais son frère, Paul, médecin aussi, qui tout discrètement initiait le « Parti Rhinocéros » et s’activait à le maintenir, si mes souvenirs sont bons. J’en fus en 1967. Comme agent officiel d’un candidat totalement mutique dans Outremont. Nous fument invités aux micros du Téléjournal de Radio-Canada, un soir. En publiciste folichon j’y allai de promesses électorales farfelues. À la fin de mon laïus, c’était prévu, on demanda à mon candidat : « Qu’allez-vous faire à Ottawa si vous êtes élu ? » Il avait droit de parler pour cette question, il répondit : « 60,000 piastres par année, comme les autres ! » Lundi soir, au « Lion d’or », il va y avoir une fête de commémoration sur ce rhinocérocisme. On m’a pas invité.
Le nouveau maire Tremblay marine dans une sauce malodorante ces temps-ci. Deux accusations de favoritisme grave déjà et la question —patate brûlante—de ses bons copains qui achetèrent, les filous, des « biens collectifs » pour une bouchée de pain. Dont son échevin Yomans de l’Ile-Dorval que le Gérald Tremblay blanchit volontiers ! ! Oh la la !Le grave pétrin. J’avais, évidemment voté pro-Bourque. Tremblay a dans sa barque neuf (9) conseillers de l’ancien Montréal et 32 élus des banlieues…
anglophones pour la plupart et/ou pro-défusion. Mal pris plutôt.
Plein d’innocents qui l’ont appuyé aveuglément. Cocus !
4-
Il y a quelques mois, ma sœur Marielle, découvrant mon nouveau dada, l’opéra italien, m’avait offert une cassette-radio avec des « extraits » d’opéra chantés par le célèbre Andrea Bocelli. Durant des soirs et des soirs, Rayon à ses toilettes vespérales, je mettais le Bocelli, plein son dans la chambre à coucher. Le bonheur ! Je connaissais ses tounes par cœur à la longue. Un soir, stoppant la machine d’un coup de pouce énervé, Rayon, fit : « Non mais…Ça suffit, non ? Ça frôle l’intoxication » Elle avait raison. Ce matin, retour à mon vice- Bocellie durant l’exposition lumineuse à la « Xérox » sur le lac. Rayon rigole : « Ça t’a repris ? » J’ai dit : « Viva l’Italia! »
Hier après-midi, rentrant de CKAC et du Wok chinois, une note de Rayon, elle est chez des voisins, rue Morin, à quatre portes de chez nous, « Viens ! » J’y vais. Une scripte de la SRC, Nicole S., épouse d’un chirurgien de l’hôpital Fleury, vit maintenant dans ce qui fut l’auberge « La chaumière » de réputation excellente. Étonnement de revoir ce restau de classe, transformée en logis. Vrai petit manoir champêtre au bord du lac.
Des gourmets réservaient régulièrement au restau du chef français qui fut longtemps aussi le chef du « Chantecler ». C’était son « side-line », cette Chaumière. Je me suis souvenu, j’étais laveur de vaisselle et aussi potier à l’ex-écurie de l’hôtel, et un saucier du Chantecler, venu de Marseilles, m’invitait pour mon anniversaire à une bouffe, moi le « tout-nu ». Rare et divin repas.
Nicole nous parle d’une bestiole effrayante qu’elle a vu nager, cet été, pendant qu’elle se faisait bronzer sur un matelas pneumatique. Sa peur ! Une sorte d’énorme tortue inconnue avec dit-elle, une affreuse tête de E.T. On a rigolé. Monstre marin ? Le petit lac Rond, un nouveau Loch Ness ? J’ai hâte à l’été. Mon caméscope sera prêt. Ah oui, pouvoir admirer son monstre !
Manie ? Je découpe des tas d‘articles dans les gazettes chaque matin et puis…non, je refuse de trop farcir mon « journal intime » avec les nouvelles pourtant si extravagantes parfois. Ce fou suicidaire qui tire à vue à Nanterre, La biographie de Dieu (!) en personne selon Alexander Waugh, Boisvert jasant sur les « détectives privés », le pape Pie numéro 12 et ses silences sur les fours crématoires, Foglia et sa notion de « vulgarité »…Je n’en finirais pas. Alors, je préfère descendre, la soupe de Rayon est servie !

Le vendredi 1er février2002

Le vendredi 1er février2002
1-
Grande excitation partout, les médias cherchent sans cesse de l’excitation ! Imaginez-vous donc il va tomber 7 pouces de neige ! Il en est tombé hier, jeudi, quelques centimètres seulement ! Une certaine déception…L’humain veut de l’action ou j’sais pas quoi…! D’où vient mon indifférence totale face à cette fausse agitation.? Déçus, hier soir, les animateurs radios et télés : « Demain, c’est demain (aujourd’hui quoi) que ça va tomber ! Sortez pelles et balais, citoyens ! Vous allez voir ça !… » Non mais… Il sera midi et…rien ne tombe ! Ah je ris…Ici en tous cas, pas un flocon ! Que cette faible lueur au ciel, cette pâleur hivernale au firmament ! Suspense niais ? C’est cela vivre en un pays confortable, faire partie du Groupe des 7, être riches ? Ailleurs, c’est une autre sorte de suspense : « Mangerons-nous un peu aujourd’hui ? » « Notre enfant va-t-il mourir aujourd’hui ? »
Hier soir, j’ai feuilleté un drôle de livre (reçu par la poste) écrit par Jocelyne Delage : « La vie de son papa ». Touchant mais trop long, trop méticuleux, l’ouvrage d’une recherchiste, Pointilleuse. Vain labeur hélas !
La pauvre fille fait imprimer tout, les potins les plus niais sortis de vieux « Radiomonde » des années 30, 40 etc. Un livre épais. Un livre inutile. Elle aurait dû éliminer les futilités (de toute carrière) résumer la vie de ce vaillant gastronome (un pionnier), dévoué aux intérêts de l’hôtellerie d’ici. Gérard Delage fut une sorte d’érudit sympa… Bien que je déteste les jeux de mot, les calembours (« la fiente des sots »).
Tout de même le personnage Gérard Delage —inventeur et animateur de « jeux questionnaires » longtemps aux débuts de la télé— sorte d’amusant et parfois fort brillant causeur à la faconde joviale, gourmet, amateur de bons vins, n’était pas banal. Né à Nominingue, collégien à Saint-Hyacinthe, étudiant en droit plus tard, il touchera à la radio, acteur en « radio savon roman », chez Robert Choquette et Cie, puis, animant, présidant même longtemps, la naissante « Union des artistes », il va se spécialiser dans les arts de la table !
Il est mort en 1991. Les photos de ce livre racontent mieux sa vie. Le texte trop touffu, trop rempli d’éphémérides sans signifiance importante, ne se lit pas bien. Pas du tout. Ce « florilège à Delage » est raté, il fera les délices des intimes, c’est tout. Une monographie familiale quoi. Hélas, je dirais, car il y a eu de ces trop rares hommes dans un Québec encore bien « habitant » qui aimaient la culture, aimait les arts, aimait (Delage) la bonne bouffe, les bons vins. Ils étaient un tout petit groupe, venaient « des gens du peuple » et, étonnamment, firent des mains et des pieds pour améliorer, ici, la qualité de vivre. Ce n’est pas rien dans un pays dominé au temps de Delage par le clergé qui craignait tant « les délices, les plaisirs »…. Delage aurait mérité une histoire, une vraie, captivante, pas ce lourd fatras, ce pavé de notices insignifiantes (à la lettre).
J’ai terminé le court roman « Le liseur » de Flinch. Un texte fort. Grand plaisir de lecture. Satisfaction totale. C’est rare. L’auteur raconte avec sensibilité l’existence du très jeune homme (15 ans) séduit par une « vieille » de 30 ans, j’en ai parlé. Il a honte de sa vieille maîtresse, une simple billettiste dans les trams de sa ville. Il l’évite, se cache d’elle, à la piscine publique. Ailleurs aussi. Cette « honte d’Hanna » l’habite comme une traîtrise lui fait mal. Or, elle va soudainement se sauver de son très jeune amant. Mystère. Des années plus tard, l’initié toujours comme envoûté par son amante, la revoit, dans une cour (il étudie le droit) en accusée lors d’un procès de gardiennes d’un camp nazi ! Il en sera perturbé. Je ne raconterai pas la suite. C’est excellent.
En cours de lecture, vu le sujet, me revient en mémoire…une traîtrise à moi. Anita G. Je l’aimais. Elle aussi. Nous nous plaisions. Elle étudiait la céramique elle aussi. C’était une enfant de la guerre. Émigrante si mignonne :beaux cheveux blonds, yeux… de cobalt ! Un soir de ciné-club, assis à ses côtés, je découvre, stupéfait, qu’Anita a un numéro tatoué sur son avant-bras ! Ma peur niaise. Je tournais le dos à…peut-être, une belle histoire d’amour. Bêtise adolescente ? Cette Anita avait-elle été la proie sexuelle des terribles SS ? J’avais dix huit ans ? Elle aussi. Je la fuyais. Trop de distance entre « le petit chanceux de Villeray » et cette jolie fille sortie miraculeusement de l’enfer nazi, de l’horreur…
Comme dans « Le liseur », une honte imbécile ! Je ne suis pas fier de moi sur cette histoire de 1949, pas du tout. Si honte que c’est la première fois que je la raconte par écrit. Mort, au « paradis promis », elle sera là, Anita G., elle me tournera le dos, avec raison, et moi, élu (?), j’aurai encore honte de ma peur et de mon mépris idiot. De ma fuite de tit-cul « canayen-frança ».
2-
Autre sujet de honte mais où, cette fois, je n’y suis pour rien. Hier soir, sur RDI. « Grand reportage » raconte les « mormons », ces arriérés mentaux d’une secte imbécile (60% de la population de l’Utah, 80% à Salt Lake City). Ces odieux polygames de l’Utah, au large de Salt Lake City, c’était à vomir. Ce Tom, par exemple, ses cinq jeunes femmes (épousées à 13 ou 14 ans !), pauvres victimes niaises d’un gros con fini. La trâlée d’enfants, innocents sacrifiés à ce genre de macho décadent.
Ah oui, à vomir. On regarde cela et les cheveux se dressent. En 2002 ? Au cœur des États-Unis ? On croit rêver ! Que fait l’autorité constituée. Rien. Réponse du documentaire : « Que voulez-vous, aucun juge n’est libre, presque tout le monde là-bas a des parents, des grands-parents, polygames, peut-on condamner sa propre famille? » Eh b’en oui ! Il faudrait mettre un cran d’arrêt définitif à ces « camps de lesbianisme sublimé » (mon verdict !), à cette secte dangereuse avec mariages consanguins, des rejetons infirmes, des mongols en quantité…Destin écœurant et involontaire pour ces enfants innocents. Pour une fois, on souhaiterait la police, le FBI, les troupes fédérales en Utah ! Il y aurait de la casse, c’est certain, de lourds dégâts au sein de ces clans de folie pure, mais ce serait la fin, le point final, à c es pratiques odieusement misogynes de ces dégénérés fabuleux.
Incroyable que les dirigeants des Jeux Olympiques acceptèrent de célébrer en une contrée de mâles malades sexuels ! Inacceptable. Cette riche, très riche, « église des derniers saints des derniers jours « (ouf !), fondée par un bonhomme Smith aux trente épouses (30 !) va profiter d’une visibilité grandiose et tenter ainsi de faire croire que « tout va bien » à Salt Lake City malgré l’eschatologique vision des mormons démoniaques (ils attendent pour bientôt la fin du monde et font des loufoques compilations généalogiques à cette fin !), malgré ces illuminés qui prêchent, répandent, pas trop féministes, qu’il faut revenir à Abraham, à Moïse, à Jésus, tous polygames bien entendu, ‘it’s in The Book’. Oui, Jésus en polygame à trâlée d’enfants (!) et Dieu? Lui aussi ! Yahvé, comme les autres mâles bestiaux de Salt Lake City, Dieu en pacha servi par des jeunes filles subjuguées, dominateur de misérables subornées.
L’émission a parlé de pédophilie, de viols, d’incestes, d’enfants battus et/ou abusés, et le reste de la racaille puritaine invertie !Un reportage accablant. Cela ne se passe pas en Afghanistan (où des suicidaires fanatisés espèrent le harem de vierges !) ou dans un pays aux confins du monde civilisé. C’est tout proche d’ici et en 2002 et, tous, bientôt, on va y aller voir avec les milliers de kodaks nous montrant les jeunes, chics et beaux athlètes de l’univers dans des arénas proprets, en cachant soigneusement cette misère totale, cette plaie ignoble de Salt Lake City !
Oh les tromperies irresponsables de la télé et des J.O. !
Oh mon Dieu !
À la toute fin, ce gros baveux de Tom, on nous le dit, il n’a pas su tricoter adroitement car il doit divorcer (en loi ) de chacune de ses fillettes abusées pour contracter (sauver la face) chaque une énième nouvelle union…eh b’en, il a reçu une peine de cinq ans de prison. Quoi ? Il a fraudé le B.S. ? Il devra payer 78,000 $ mais sa troupe des cinq « séparées » —à la caméra, elles se disaient comblées, épanouies, heureuses et… pas trop jalouses— reste unie et sous ses ordres.
3-
Vu chez Arcand les quatre femmes, emblématiques victimes du Crime organisé. Elles se scandalisent que (nous) l’État crache du notre argent public pour défendre ces commerçants de drogues, ces scélérats les motards (en Mercedes ?) criminalisés alors qu’elles reçoivent des pitances pour les séquelles des actes endurés lors d’attaque diverses. Le public, nombreux chez Arcand, apprenait la folie furieuse des lois : aveugles, sourdes et muettes. « Dura lex, sed lex » ?, oui « ça fait dur » Madame drapée aux yeux bandés à la balance égalitariste !
Ce soir-là, face à Martineau (qui a su mener son questionnaire solidement, il faut le souligner)un certain Claude Robinson. Dessinateur et scénariste d’un conte (« Robinson Curiosité ») pour animation.
Le barbu affirme —revenant avec promesses d’Hollywood euphorique— s’être fait voler toutes ses idées. Cela par ses ex-associés, promoteurs zélés, chez CINAR, la compagnie énorme qui nous suçait des fonds publics avec des « faux noms ». Robinson mène une lutte judiciaire seul sur son île de déception cruelle, démuni. Il espère un jour … quoi ? Recevoir le magot mérité ? Mais ce Cinar (coté à la Bourse) a fait une sorte de faillite, ses deux patrons, un couple, oui oui, furent congédiés (!) de leur propre firme vu qu’ils cachaient des profits dans des asiles bermudiens.
Les nouveaux doivent se dire, eux, innocents ! Eh ! Il y a aussi des jobs à garder, alors l’avocasserie gouvernementale (Procureurs de la Couronne !) se traîne les pieds. Le barbu est épuisé ! À suivre ? Hum…Les jobs, les jobs…
Je l’ai dit, je suis abonné à cette vieille revue nationaliste : « L’Action nationale » Cela se nommait jadis « L’Action française », en hommage à celle de France. De ce côté-là, catholicarde et conservatrice, on versa dans la xénophobie et le racisme virulent, le pape à Rome finit par l’interdire aux catholiques. Coup funeste, coup fatal. Changement de nom. En 2002, la revue est moderne désormais. On y lit des articles solides et, oui, modernes. Mon père, décrocheur du collège Sainte-Thérèse, y travailla comme petit commis, en face du théâtre cinéma Saint-Denis, vers 1920. L’abbé Groulx était « le » patron.
Vadeboncoeur —un nationaliste progressiste de gauche, il y en a plein et j’en suis— y signe un papier terrible illustrant comment les gouvernements désormais ne gouvernent plus. Les machines transnationales, avec ses complices le FMI et l’OMC, sont aux commandes partout en Occident, dit-il. La vérité, hélas ! Aucun élu, et tout le pouvoir ! En ce moment à New-York caucus des politiciens désarmés avec ces magnats financiers, à Porto Allegre, au même moment, grand caucus des sociaux-démocrates. Pas trop de police au Brésil. La police partout dans Manhattan, ah ! Comment ça se fait donc ? Le peule menacerait cette élite des non-élus réunie à New-York et aussi nos « valets élus » ?
4-
Je vais me mettre à la rédaction d’une lettre ouverte. Oui. Ma monomanie qui me reprend malgré le défouloir journal ? Bon. Contre qui Jasmin cette fois ? Je vais m’adresser au monde entier. Eh b’en, on vise haut, on voit grand ? Oui. Je vais écrire au nom de…Mahomet. D’Allah lui-même, ce « Allah ou Akbar» écœuré de ses fidèles fous furieux ! Une idée quoi. J’imaginerai un Mahomet absolument furieux contre… ses propres zélateurs ! Il va vraiment tempêter, fulminer, fustiger …ces « fous de lui ». Ce texte m’est venu en tête en visionnant ce terrible bon docudrame fait par des Français, à propos du « Vol 93 », l’avion détournée et « re-détournée » par quelques courageux passagers américains, le 11 septembre. Une histoire fatale, un récit horrible.
Reconnaissant, j’ai fabriqué un diplôme d’honneur aux feutres de couleurs pour les profs et élèves de l’école hôtelière d’ici. Un parchemin pour rire. C’est que ce « Paris Brest » était si bon…et les fruits de mer à la sauce je-sais-pas-quoi, et le foie de veau, et l’agneau, et le chocolat maison, et le reste, alouette ! Nous nous régalons et à prix modéré. Quelle veine d’avoir cette école à deux coins de rue !
Dans « Voir » Grenier nous apprend ceci : le comprimé d’ecstasy son coûte : 50 cents, prix de vente ? 40$ Ça c’est du profit chers « dealers » !
Je reviens —hier midi— de Vidéotron, rue Viger, canal VOX. Rencontre avec Serge Laprade qui, vétéran, revient au talk-show. Un autre. Moins que 15 minutes pour jaser sur mon dernier bouquin —illustré de photos que l’on fait voir à la caméra,. Ce « Je vous dis merci », Laprade semble l’avoir beaucoup aimé. Tribune téléphonique à la fin. Une dame me questionne « comment je fais pour avoir une si bonne philosophie de la vie. » Je reste embarrassé et ai répondu « Ma mère a su… ». Oui mais j’aurais dû répondre plutôt ceci : « Il faut s’estimer avant tout ». Un (ou une) jeune qui a une bonne estime de lui se conduira toujours « comme du monde ». Il ne va pas se droguer, ni rien. Il faut s’aimer pour pouvoir se tenir debout et ne pas se laisser enliser dans les conneries qui font « placebo » à l’insupportable mépris de soi-même. Tant d’enfants, élevés sans affection, —milieu riche ou pauvres— sont incapables, ne trouvent pas de raison, sont sans motivation, perdus, gâtés et abandonnés à eux-mêmes, bref, ne peuvent s’aimer. Socrate a parlé !
5-
Hier soir, vu « Un gars, une fille ». Encore l’ouvrage d’un obsédé sexuel, Guy Lepage et ses scripteurs nombreux ! À une heure où les enfants ne sont pas au dodo ! La SRC s’en contrefout ! Il n’y a plus de responsable nulle part. Dommage ! La « fille », bonne actrice, obligée de jouer l’obsédée sexuelle vendeuse de gadgets cochons, pénis de plastique, godemichés, vibrateurs, films de cul…Etc. C’est très triste. Débilitant. On en a, Asile et moi, une sorte de…haut le cœur. Rien de plus triste, de plus sinistre même que les pornographes. Connaissant un peu Lepage, un jeune homme cynique mais sain (en apparence), j’en arrive à croire qu’il se fait obsédé sexuel pour attirer la foule. Un salaud, démagogique auteur méprisant les téléspectateurs ? Ce serait pire encore, tiens, j’aime mieux croire qu’il est vraiment un pathologique obsédé.
À la fin d’Un gars… vol, vandalisme à la maison et bon, efficace et, hélas, bref sketch.
Avons regardé à ARTV « Le pélican » de Strindberg, traduction d’Adamov et adaptation (!) de René Dionne, musique de Léveillée, réalisation de Carrier. Une pièce aux bons ressorts dramatiques, à l’intrigue excitante mais…qui se cantonne dans un… surpace (?) énervant et vain. Serge Turgeon en vicieux exploiteur des femmes, fille ou mère, Gadouas Junior et Dorothée Berryman en enfants accablés par une mère avare et dénaturée, fort bien rendue par Marjolaine Hébert. Il manquait un…un je-ne-sais-quoi… Aile et moi, au générique de la fin, déçus.
J‘avais lu du Hervé Guibert. « À l’ami qui… » où le bavard pédé osait révéler que le célèbre Foucault (son ami) pratiquait des perversités sexuelles d’un masochisme scatologique défrisant ! Un tel cerveau si détraqué faisait réfléchir entre « jugement sain et intelligence froide ». Cela ne va pas du tout « de pair ». Hélas !
L’on publie « Le mausolée des amants’ un journal intime (Ah !) si j’ai bien compris. Pierre Thibeault, comme il croit nécessaire, recense son livre sans communiquer le moindrement de jugement…moral. C’est la mode actuelle et c’est la grand’ peur de passer pour moraliste. Une pitié. Il se laisse épouser par une Christine assez maso merci, lui flanquer son Sida, à ses deux gamins aussi…Thibault apprécie, semble-t-il, la sexualité crue, omniprésente. Une dimension de vie à sens unique quoi ! Il dit « morbide » mais « pas de complaisance ». Eh oui ! Dix ans après sa mort (du Sida) la Cristine toute dévouée (Mormonne, je dirais) s’autorise comme prévu à publier le…torchon : « Journal sur le mausolée ». Guibert : Zola le dégoûte (« L’œuvre ») et il se sent déshonoré de sa propre écriture. C’est fin, non ? Qui a envie de se plonger dans ce sinistre désarroi ? Pas moi. Tous les Thibault de cette terre littéraire déboussolée, oui.
Le même Thibault pose des questions utiles cette fois sur ce gala qui se prépare pour le mobde du livre. Quatre éditeurs reconnus a viennent de déclarer : non, gala vain et idiot ! Donnez, Ministre Diane Lemieux, cet argent du gala pour faire éditer davantage de nos manuscrits. Oh !
Le 23 avril, il y aurait 28 prix. Il y a plus de mille (1,000) livres à faire lire ! P. T. demande : « comment ? Lire 3 livres et demi par jour d’ici avril !» Donc, pas de crédibilité aucune pour ce gala des auteurs ? Eh ! Hélas, il termine par une basse allusion à Marie Laberge…Pourquoi donc ? Le succès enrage certains ! Curieux cette manie au Québec !
Éric Grenier (dans « Voir » toujours) jase sur le 12 millions de Coutu- pharmacien —et « magasinier général » de tous les coins de rue— offert généreusement pour faire avancer « la science des médicaments ». Un « juge et partie », demande Grenier ? Gros applaudissements du mécène…hum… désinteressé, en médias ! Avec justesse Grenier écrit que, face au 60 millions d’argent public, celui des contribuables, offert par la ministre Marois pour ce même bâtiment universitaire, c’est le silence compact. On fête pas la générosité des travailleurs taxés, du peuple. Belle connerie en effet !
Je vais lire sur « un chef de guerre », cette dénomination étrange. Sur le fameux Massouf, Afghanistan du nord, anti-soviétique envahisseur tué. Hâte de savoir s’il mérite tant l‘admiration de Bernard-Henri Lévy.
Marielle, ma quasi-jumelle, m’expédie une jolie carte pour me remercier de l’organisation de son anniversaire à la Piccola le 19 dernier. Aussi une lettre. Je lui ai rédigé aussitôt une réplique. Ma lettre mensuelle. Elle craint beaucoup avec ces « J.N » ici. Elle me dit : « Claude, fais bien attention, la vie privée … c’est privé. ». Wengne ! B’en oui…je le sais !
Entendu chez Bazzo sans Bazzo (est b’en souvent malade la brillante grande slaque, non ?) une entrevue avec trois cinéastes à propos d’un docudrame : « Le cobra magique » ou un titre du genre. C’est à « L’ex-centris », rue Saint-Laurent. Ils ont embrigadé une bande d’ados pour se faire la guerre. Du « paint-ball ». Mon petit-fils, Simon, en fut friand un temps. Il y alla deux ou trois fois. C’est cher ce camping sauvage et encadré à la fois . Et cela m’inquiétait. Or, l’un des trois gars affirme au micro de CBF-FM : « On a vite vu, constaté, comment l’obéissance, l’armée, l’encadrement organisé, (« notre scénario en somme » ) peut mener vite des jeunes au fascisme ! Ils perdent volontiers toute identité. Notre film illustre cela aussi même si nous savons bien que l’instinct, le besoin viscéral, de combattre, de batailler, est au coeur même du jeune mâle ! »
Oh oh ! Aïe ! Ma crainte est entière de nouveau. Je vais en jaser avec mon fils, le père de ce Simon. Vu, justement, hier soir, bout de film sur l’entraînement de jeunes cadets —qui iront en Afghanistan bientôt— de notre armée. Tous disaient candidement : « On a lâché nos études trop tôt. On avait pas d’avenir. Ça nous a fait un job quoi… » Les cris cons, les marches au pas, le masochisme accepté, les plus vieux en dominateurs gueulards, sadiques contentés, des jeunes automates, machines humaines décervelées, oui, hélas…Ce milieu en est donc resté à une sorte d’ esclavagisme bien puant. L’attirail vicieux de l’ obéissance aveugle…
Frissons chez Aile et moi devant le petit écran ! Gauche , droite, gauche…Une deux…Trois quatre…Quelles idioties navrantes, que de « caporal Lortie » aliénés, cinglés se font mâchouiller la cervelle… J’irai vite voir ce « Cobra… ». Et avec mon fils si je peux. Avant de partir civiliser les méchants Arabes intégristes ! Ce mot… intégriste…tiens ! J’ai peur.
Au coin de Bélanger et Saint-Denis, en face du Rivoli, il y avait un petit garçon de mon âge qui brillait dans ses études. Il fut admis comme moi, au Grasset des sévères Sulpiciens. Il est devenu un savant en matière de criminalité, je lis, mercredi matin, un savant « papier’» de ce Jean-Paul Brodeur. Il cause d’aide juridique…et de motards criminalisés. Il a grandi en science et en sagesse, c’est une sommité désormais. Hélas, il ne sait pas encore bien vulgariser ses études sérieuses. J’ai eu du mal à le suivre. C’était plus une simple flânerie aux vitrines du « Rivoli Sweet ».
Ça viendra tit-pit Brodeur, (tit-cul Jasmin, hon !) un jour, oui ?
À Brossard blâme sur des policiers qui ont laissé travailler des cameramen pendant qu’ils faisaient une besogne…descente dans…un bordel brossardien. On reproche aux agents d’avoir risqué que l’on voit bien les clients débauchés du lupanar !
Pis après ? Maudite justice tatillonne. Tu vas chez les putains…on peut les filmer prises à leurs pièges mercantiles…mais pas les clients ? Allons-donc…cette « légalité » à formulaires, à codes gonflés, à règlements variés, fait froid dans le dos.
Pas de machos bien mâles, caméra, stop ! Femmes bien mal prises car ceux qui n’aiment que les femmes-damnées, les pauvres salopes, caméra, oui, filmez ces prostituées, pas de gêne.
Certains ne respectent que la « femme-vierge ou la femme-maman », « la mère de mes petits », dit Kid Macho le con !
La femme-putain, ça c’est pour le plaisir, payée comptant, content ! On voit le jeu de ces braves clients. Kodak, arrière !
Si la femme est une truie, une cochonne, c’est la femme des joies physiques. La veille chanson chez les mâles tordus : t’as vu la danseuse à poil, ça c’est de la peau hein Farnand ? »
Reste qu’ à brutaliser un peu peut-être ? Qui, c’est pas Putain chic Nelly Arcand, call-girl snob pour enrager papa parti….pour messieurs délicats et fortunés !
Pas de kodak de ce côté huppé du monde ! Les exploitées volontaires… qui n’ont jamais mis les pieds en fac de lettres, elles, bienvenue les caméras…Épargnez les clients SVP. Policiers Linda DeLaplante et Pierre Bergeron, SVP, du monde respectable ces clients de motel louche ! 100 tomates la chienne, c’est pas des pinottes en partouze brossardienne , la paix à ces petits crésus en pantalonnade collective ! « Échange » de bons procédés, messieurs les avocats de ces vils maquereaux !Saviez pas ça ? Même le bozo lubrique ont droit à la discrétion. Société de droits, SVP. Ignominie !
Vive les caméras partout ? Si vous avez rien à cacher. Moi ? Rien. Honnêtement . Alors ? Quoi ? Quoi ? Je devrais avoir honte, gauchiste-à-la-Monique-Simard, caviar-et-fourrures, genre madame la féministe Cocue-Sartre-de-Bavoir. Car il faut te crier des « gros noms » si tu oses admettre dans nos rues (et nos motels) les caméras —cachées ou pas cachées. Le crack d’Attak, l’autre Jasmin, fulminerait…celui qui est à Porto Allegre en ce moment. Je l’entend gauchir à la radio, j’ai baissé mon Mozart opératique un peu… Ce Jasmin aurait honte de me lire ici, il dirait : mauvais gauchiste cousin de la fesse gauche !
M. Mignault du « Comité de déontologie policière », vous venez donc, en somme, de décréter : Partouzes à 100 dollars ou non, on verra plus rien à l’avenir dans nos quotidiens, braves citoyens encourageurs du vice ! Revenez à Bordel-Brossard-Motel-Ville ! On verra juste, c’est juste, seulement les belles guidounes, employées payées par des hommes invisibles . Amateurs de mamans-putains !
Eh bien moi, je dis :des caméras partout messieurs les hypocrites. La démocratie partout. Le génial ethnologue, anthropologue, le jésuite (si détesté par le Vatican qu’il l’expédiera en exil), Teillard de Chardin, lui, oui, lui, l’avait prédit : « Nous vivrons tous un jour dans des maisons de verre ».
Mettez-en même dans les bureaux des députés et des ministres qui se font offrir (hier, aujourd’hui demain, dans tous les partis) des valises avec des demi millions de piastres. Et qui n’appellent pas la police. Pas fous. On sait jamais si le fric venait à manquer, hein mon bon monsieur Royer, pas vrai sire Chevrotine joliettin ?
Déjà que plein de quidams qui s’en installent volontiers au-dessus de leur ordinateur. Petit œil crasse va ? La vie sera donc un reality-show, à Brossard, au petit motel-bordel, comme au Château Frontenac ? Eh oui ! Encore plus de kodaks à la cour-toute-neuve des bandits à Mom Boucher. Oui. Le peuple veut voir. Tout. Société fourbe qui dit « non à la caméra » pour pouvoir jouer en paix ses jeux de grands frustrés, de magouilleurs, de profiteurs.
Bon, voyons, du calme mon vieux, du calme. Bon. Je me tais.
Je m’emporte comme ça des fois, ne craignez rien…je sens de bonnes odeurs qui m’attendrissent et puis le ciel est tout noir à présent, et la neige se devine à peine sur le lac Rond…et j’ai faim…
On vit pas de caméras partout Monsieur Teillard de Chardin, pas vrai, vieux génie mort ?

Le dimanche 30 décembre 2001

Le dimanche 30 décembre 2001
1- Ce matin, même éclairage solaire, exactement, qu’hier
samedi. Le soleil est quelque part enfoui sous ce firmament blanchâtre. Mais où ? Sortira-t-il à un moment donné c’est toujours, gens des  » nords « , ce que nos espérons. En fouillant le ciel, on peut apercevoir quelques traces de bleu, fugitives, intimidées par tout ce lait répandu là-haut.
Hier soir, nous rendant chez les Sabourin de la rue Clark, je montre bien à Aile l’édifice vieillot de briques rouges, le 41 Avenue des Pins, où l’on étudiait ‹fin des années ’40 ‹la poterie de fond en comble si j’ose dire, avec cours de chimie élaborés sous madame Normandeau, une Française, diplômée de la célèbre école de céramique de Sèvres, toujours vêtue de son sarrau blanc immaculé. Je revois la porte de garage par où nous  » palentions  » nos poches d’argile. Tant d’années passées là, de 17 à 20 ans, un temps merveilleux. Nous avions, pas loin, rue Saint-Laurent, des charcuteries européennes, voisins, des cafés d’étudiant, l’Échouerie, la Petite Europe. Grands efflanqués, ados, ce fut la découverte de mets exotiques, de cafés rares, de vin rouge en carafon ‹une nouveauté ‹ bien meilleur que celui que mon père achetait pour le temps des Fêtes à  » la commission des liqueurs « , venu de l’Ontario en grosse fioles à bouchon vissé.
Nos finissons par trouver du stationnement libre face au dôme ‹éclairé joliment ‹ de la chapelle de l’Hôtel-Dieu, rue Sainte-Famille. Rue où habitait  » le peintre à bicyclette « , Marc-Aurèle Fortin, nouveau marié à 50 ans, avant lui, Laliberté, Morrice, Mulshtock qui vient de mourir, le modeleur célèbre,
Laliberté d’autres. C’était proche de l’école des beaux-arts quoi. Plus tard, Borduas, divorcé, ‹et sa bande ‹ habita aussi ce quartier. Nous marchons dans un soir féerique vers le vieux logis rénové. de Sabourin.
Ce J.-P. S. est devenu un fameux  » mitonneur  » de bons plats. Potage savoureux, canard et boeuf s’emmêlèrent, vin rouge.
Deux desserts six bavards en ont bavardé un coup. Quatre heures à table. Le Cuiéllerier (!) et sa Carole sont d’intéressantes belettes. Je sais jamais comment écrire son nom, disons  » Spooner  » pour les intimes, son surnom du temps de la télé. C’était de lui dont parlait le romancier Raymond Plante dans  » La Presse « . Plante avouait son bonheur, son goût pour les jeux de société avec feu Robert Gravel.  » Spooner  » nous a donné des détails là-dessus. On a fait la connaissance d’un prof de droit  » emeritus « , sympa, et de sa compagne, Anne ‹Anne-que-vois-tu-venir ?  » ‹ fille de député. À Rimouski, exilée à Ottawa donc, pensionnaire des bonnes nonnes et heureuse du fait (il y en a!) qui est diplômée sorbonnarde de Paris. Et qui, cher Plamondon-Dubois, aurait voulu être une artiste! Mais lui, le Poupart, compagnon placide qui n’a rien d’un Barbe Bleue.
Discussion sur théâtre, sur l’éducation de nos jours, sur cinéma, sur nos jeunesses en vieux cours classiques. Des critiques féroces et de l ‘humour féroce. On a ri beaucoup. Aux cafés, notre hôte m’a fait plaisir en proposant que, toute la bande, nous produisions cet été, un ruban vidéo dramatique. En effet, on s’amuserait. Une dramatique pour nos voir jouer ensemble. Sa compagne , Diane, une enseignante de Saint-Jérôme, a fait du théâtre, Spooner aussi, Anne aussi, moi itou (La Roulotte) et Raymonde ‹pardon ‹ Aile a étudié chez Dame Sita Ridez un temps. On utiliserait l’avocat Poupart comme producteur et  » consilior  » (comme pour la mafia quoi! ), utile quand notre film exotique et  » unique  » serait acclamé et réclamé par tous les réseaux de télé du territoire! Ce qui ne fait aucun doute. Bref, oui, déjà, je me prépare à rédiger, pour Jean-Guy, une petite série de synopsis. Il sera notre répétiteur-metteur en scène ‹Aile sera à la mise en images. Sabourin lui a juré qu’il pouvait emprunter une caméra moderne à l’UQAM où il enseigna longtemps. Pas fou, l’auteur hum se réserve le rôle le plus sympa!
2-
D’abord une correction, non, deux : A- Le titre du divertissant  » chiard  » USA, ‹cambriolage de casinos de Las Vegas ‹ est  » L’inconnu de L. V.  » et non  » L’étranger  » comme je l’ai écrit.
B- Et c’est Marie Brassard, non Brossard, qui fit avec un talent époustouflant, à l’usine C, sa curieuse démonstration d’un transsexuel tordu. Le titre de ce monologue intrigant :  » Jimmy, créature de rêve.  » De cauchemar, oui!
Bon.
Avez-vous remarqué ? À RDI, aux nouvelles, la belle Miss Bourgie, compétente, a des yeux de panique, un regard  » tout à trac  » pour nous faire la lecture ‹sur « prompteur  » ‹ des nouvelles. Elle fait peur! On dirait sans cesse qu’elle nous cache une catastrophe : l’annonce de la fin du monde ? En week-end, à la SRC, on a droit à une jolie Haïtienne du Québec, Michaële Jean, compétente aussi, qui parle avec un très fort accent parisien! Plus pointu encore que celui des parisiens actuels. Faut le faire! On se croirait sur un canal de l’hexagone! C’est dépaysant quoi, bien exotique!
Ces nouvelles : Buffalo, de la neige en folie! Sydney (Australie), des incendies en folie! Buenos Aires, des meutes en folie! Pérou, des inondations en folie! New-York, Toronto et al, beaucoup de (SDF) sans-abri, 13 personnes sur cent! Des enfants là-dedans.
Ici ? Rien 1 Rien de grave, touchons quoi, du bois vraiment ?
Pause :  » On va marcher Cloclo ?  » C’est Aile qui m’appelle.
3-
Je rentre tout juste de notre promenade de santé. Le tour du Lac Rond : via la rue Morin, le Chemin du Paysan, le bas des cotes de ski, l’escalier vers l’hôtel, la rue vers la  » mitaine  » protestante ‹qui abrita les noces de Michèle Richard et René Simard jadis ‹ la rive du lac, sentier du parc municipal en face des restaus, et  » at home « . À peine une heure.
Beaucoup de très jeunes skieurs,  » planchistes  » donc, les canons à neige vrombissent dans l’air, les télésièges sont pleins. Couleurs saturées partout, les costumes d’aujourd’hui. Visuellement très stimulant sur tout ce fond blanc!
Des Japonais en masse, des Latinos, beaucoup de plaques de l’Ontario, pas mal de l’État de New-York. Ça y est, c’est parti pur jusqu’à la fin de mars. Pas nombreux les promeneurs, jamais. Tant pis pour les casaniers devant la télé. Vont tous mourir avant nous!
4-
Abonnez-vous, patriotes québécois, à  » L’Action nationale « . Instructif en diable. Deux articles de fond ce mois-ci : A)- l’un apostrophe vertement ‹par un  » retour de France « . Là-bas, c’est pire que pire, le chic c’est d’adopter la langue de Bush! Une sorte de colonialisme volontaire ridicule. Les Français toujours tiraillés ‹très paradoxalement ‹ entre l’animosité envers les USA et une niaise fascination bien conne! L’auteur les conspue, véhément, il les ridiculisent avec raison.
B)- Un autre article, fort bien documenté, raconte la francophobie des catholiques absolument ‹de langue anglaise ‹ dans Pontiac et alentours, en Ontario. Cela dure encore débutait, 1841, dès l’Union imposée du Québec avec l’Ontario. Une histoire vraiment écoeurante : des  » MonSeigneurs  » (Bourne, Ryan et ce salaud de Smith) en collusion avec les envoyés du Vatican (ces nonces!) pour sans cesse diluer, assimiler carrément les francophones catholiques. Même s’ils étaient majoritaires dans toutes ces paroisses. Dégoûtant. Dégueulasse.
Au début, l’idée de ce  » Vatican impérial ) c’était qu’il fallait renforcer de toute urgence le catholicisme en Canada, en Amérique du nord, à n’importe quel prix. Même au prix de tuer la langue, la culture des nôtres, pionniers ou émigrés, Tous tenus pour des demeurés et des insignifiants aux yeux de ces zélotes racistes. Un petit curé, Archambault, a lutté, protesté, même chez un éminent cardinal, Léger. Il n’a pas bougé, bien soumis à ces  » nonces-du-diable « .  » L’Action nationale « , ainsi, très souvent, fait cet ouvrage de renseignements  » scandalisants « .
5-
Vendredi soir, sortant du joli Café de la Gare, le long de la piste du  » P’tit train du nord « , à Mont-Roland, la douceur. Une neige délicate tombait tout doucement sous la lumière des réverbères.
Silence, paix. Quelques skieurs de nuit entrent et sortent de la gare-bistrot. Jean-Paul J., mon aîné, nous parle de ses voyages en train, tout jeune, partant de la gare Jean-Talon ou de Bordeaux à Montréal. Il raconte  » le plaisir  » de voyager en  » train de ski  » en 1939, la joie de ces expéditions. Soudain, deux flics surgissent, ils vont vite à un cabanon-toilettes-publiques, en face. Des jeunes s’y trouvaient. Lampe de poche. Altercation. Petit remue-ménage. Nous nous questionnons. Pour fumer du hasch ? Pour comploter ? Des filles ? Pour, simplement, se réfugier loin des parents? On nous expliquera :de jeunes graffiteurs récidivistes! Les policiers relèvent les adresses etc. Ils devront payer pour la peinture, ces vandales de 14 ans!
6-
Pierre Foglia, samedi matin, méchant, vainement, à propos du grand succès du dernier roman de Marie Laberge. Ma totale surprise car d’habitude il ne fouine pas mesquinement :  » Marie Laberge un fossile, une tarte, manière périmée, une dinosaure-à-plume!  » L’assommoir en l’air!
Envoyielle donc chose !
Or, rédiger de cette sorte de  » romance « , de saga, demande du talent solide. Que les envieux s’y essaient! Je n’en ferai jamais, je n’aime pas le format mais je respecte aussi l’immense public qui estime ce genre. À la fin de sa descente carabinée de Laberge,  » Fol-glia « , ou  » Fou-glia « , ce samedi matin, avance que les  » grands écrivains  » sont tous des  » sales cons  » et des monstres! Dans son sac, il jette Tolstoï, Proust, Malraux, et Mordecaï Richler et Victor Hugo. Des sales cons et des monstres ? Dans leur vie privée veut-il dire ?
Tudieu, par-le-sang-bleu!
Pirouette ? Humble, il se décrit : il aime ses enfants, sa blonde, porte du linge propre, mange aux bonnes heures donc qu’il ne sera jamais un grand rédacteur! Il déclare du même souffle qu’il n’est  » qu’un chroniqueur de journal  » ‹je le tiens pour un bon écrivain du populo ‹ parce qu’il  » est gentil et tout plein mignon!  » Alors là
J’écoute, en  » nettoyant mes journées « , des  » concertos célèbres  » de Mozart par la Philarmonic Orchestra. Musique vive, légère, sautillante par endroits, qui ne nuit pas à ma concentration quand je dois rapailler, ici, mes éphémérides. Quand Aile va aux courses l’après-mdi, elle revient souvent avec un film en cassette.
J’ai hâte toujours de voir sa trouvaille. Souvent bonne. Comme un cadeau, une surprise, pour le grands slaque qui, lui, tape au clavier. Parlant surprises : j’ai enveloppé plus tôt, onze petits  » riens  » pour un tirage de cadeaux quand les miens bien aimés ‹oh! je ne serai donc jamais un grand! ‹ s’amèneront, ici, pour fêter le premier jour de l’an nouveau. Ma hâte.

le samedi 22 décembre, 2001

le samedi 22 décembre, 2001
Conte de Noël
La lumière va s’éteindre. Soleil au ciel. Un samedi de franche clarté.

Daniel me recommande faire plus court. Je crois qu’i a raison. Ma tendance à  » diarer  » trop longuement. Oui, me corriger là-dessus.

Aile m’étonnait ce matin :  » Claude, quand feras-tu ton traditionnel  » arbre de Noël  » spécial avec tes branches de bouleau décorées suspendues au plafond.  » Ma foi, elle aime ça ! Je pars aussitôt : au rivage pas de vielles branches intéressantes. Je zieute les sapins. Non, trop cruel. Je monte vers la terrasse du côté, tous ces cèdres qui font trop d’ombrage. L’échelle. La scie. Je coupe. Ensuite, sortie des oiseaux décoratifs de la cave, et des lumières, et ça n’est pas long que c’est suspendu. Aile en est contente. Son beau sourire.

Marc, mon  » installateur  » Internet, me signale :  » Cher beau’p, depuis hier et votre conte à CKAC, 600 visites sur votre site ! Et allez à votre forum, c’est rempli. » J’y vais. Mon Dieu, comment bien remercier tous ces correspondants ? Le temps Qu’ils sachent ici, s’ils lisent J.N., mon plaisir. Certains avouent des larmes ! Des souvenirs, mal enterrés, de pauvreté en enfance. Je suis ému. L’un m’expédie même une photo d’une pauvre demeure, là où se déroulait mon  » conte-vérité « , à Jacques-Cartier,  » pauvre maison construite, dit-il, par mon grand-père « .

J’ai très chaud au coeur : merci, merci !

J’ai terminé le tome 2 de  » Ma vie comme rivière ! (le joli titre !) de l’épouse de Michel Chartrand , Simonne Monet, fille de juge outremontaise embrigadée dès la noce dans les combats du temps. À la fin : grève des mineurs d’amiante à Asbestos. Police duplessiste qui matraque. Son homme mis en cellule. Il y a cinq enfants dans la maison modeste. Elle manque de tout. Des reproches sévères, durs parfois, sont adressés à ce mari, père absent, lutteur syndicaliste. Rien à voir avec les bluettes du film biographique du fils Chartrand. Oh non ? Regrettable maquillage.

Vision pénible à T.Q., chez Dussault hier soir. Invitation en studio, pour 50.$, à des itinérants. Certains maganés gravement.

Comme toujours trop de monde. Chacun ses deux minutes de visibilité. Pas le  » 15 minutes! Promis par Warhol ! On constate que chacun est un cas, est  » une histoire  » particulière et alors les  » définisseurs de situations  » semblent stupides. Pas un de ces  » perdus  » n’a les mêmes raisons pour raconter son …itinéraire. Voilà la simple vérité. Une dame millionnaire, madame Yvon Deschamps, par ailleurs admirablement dévouée à son oeuvre  » Le chaînon « , a joué la rébarbative innocente :  » Pourquoi couchez dehors et ne pas plutôt rentrer pas dans votre famille ?  » On l’aurait battu cette Judy Richards.

Hier soir, à 21 h, à ARTV, l’actrice Susan Sarandon ‹inoubliable dans  » La dernière marche  » avec Sean Penn‹ a montré beaucoup d’intelligence et aussi beaucoup de modestie. Cette star a parlé de son métier sans théorisation. De la télé qui comte. C’est bien rare.

Chez la Bazzo, hier matin, Marie Laberge, comblée du bonheur d’avoir un vaste lectorat, dit qu’elle ne pourrait jamais parler d’elle. Pudeur, discrétion, orgueil ? Nous sommes aux antipodes, Marie et moi. On sait que j’aime bien parler de moi en espérant, ‹toujours‹ que je ne suis pas si différent des autres et que je sers d’éveilleur ( de quoi donc au juste ?) quand je livre des pans de mon existence. Quand je lis des autobiographies ‹et j’en lis beaucoup ‹ c’est ce qui se passe. Ah, il réagit ainsi !, oh, il apprécie cela !, tiens, il déteste ceci ! On ne cesse de comparer nos vies, non ?

Quand j’ai publié ‹1987-1989-  » Pour tout vous dire  » et puis  » Pour ne rien vous cacher « , mon journal de ces années, plein de chauds applaudissements dont le témoignage, emballé, du journaliste et scénariste de télé, Réjean Tremblay. Jean-Pierre Guay, de Québec, avec ses tomes de journal, m’avait donné le goût, je n’avais jamais lu du journal alors. De personne. Maintenant évidemment, oui. Beaucoup. Dont celui de Cocteau, vous le savez.

Aveux de regrets, de remords accablants, à la télé d’hier, le poids effrayant d’un homme qui a tué un piéton ! Avertissements sans cesse, partout, en cette époque  » des dangers de conduire en état d’ébriété « . Je me souviens d’une  » cuite « , fête d’avant Noël à CJMS, 1993, de mon retour imprudent chez moi.

J’aurais pu me tuer. Tuer quelqu’un. Je buvais beaucoup trop de Pernod et de Campari en ce temps-là. J’avais repris conscience le lendemain. Ne plus voir du tout comment, par quel chemin, j’étais rentré ! Connerie totale. Je ne bois plus q’un peu de vin rouge à l’heure du souper.

Dans Le Devoir de ce matin :le mystère Gaston Miron. Un texte de son ex-compagne, prof à Laval, qui fait la publicité dune édition à venir. Cet animateur et poète, sans écrire bien longtemps, ni très souvent, a réussi à se construire un socle solide. Miron était louangé, fêté souvent, vénéré par plusieurs, glorifié même, il était habitant, chaleureux, bavard, grand voyageur,  » branché  » aussi, grouillant, patriote, paysan, cultivé, désintéressé, gigueur Il fut mis en prison en octobre 1970. Avec les  » cinq cent  » soupçonnés des polices obéissants à la  » liste noire  » des excités névrosés.

Oui, il y a un mystère Miron, cet  » homme rapaillé  » écrivait parcimonieusement !

Je tourne les pages et hop! Surprise ! Voici une photo de mon petit dernier bouquin,  » Je vous dis merci « . Le Cornellier m’arrose de louanges, glissent quelques bémols. Un papier fortifiant, somme toute. J’éclate de rire ! Cornellier juge la couverture  » vulgaire  » et déplore que moi,  » l’artiste  » spécifie-t-il, j’aie laissé faire l’éditeur Stanké. Alain a dû rigoler ce matin car c’est  » mon  » idée ce bonhomme en salopette, au soleil, qui barbouille un mur de briques d’ un lettrage coulissant. Je voulais faire simple, modeste, joyeux aussi. Pas  » vulgaire « , monsieur Cornellier ! De gustibus

Pierre Morency, un poète de Québec :  » Voir un cardinal, c’est voir du feu sur la neige !  » Parfaitement. Dit excellemment. On a en a vu un couple récemment sur la galerie. Bouches ouvertes derrière notre porte-patio !

Étrange d’écrire ici : c’est publié, édité, aussitôt écrit ! Ça change tout, c’est différent du journal qui est publié un an plus tard. J’approche autrement anecdotes et éphémérides forcément.,

Je sais que c’est lu au fur et à mesure quoi. Ça me fait drôle.

L’une chante :  » je voudrais voir la mer  » moi, je chanterais:  » je voudrais voir ces régiments de soldats, grandeur nature, en terre cuite, déterrés à Xian dans le Nord de la Chine. Quelle vision cela doit être, non ? J’en parle parce que le journal y fait allusion ce matin.

Je corrige mais tard : c’est Marie Brassard, et non Chouinard, comme je l’avais écrit erronément ici, qui jouait, à l’Usine C, ce travesti androgyne mystifiant (qui se masturbait en scène). L’autre est une chorégraphe vantée qui se produit ces jours-ci.

Je n’en reviens toujours pas de ces 600 visiteurs et de tous ces aimables correspondants sur mon site d’ordinateur. Décidément cette invention est incroyable. Je ne pensais pas vivre une telle expérience sur  » mes vieux jours « .

Nous allons aller bouffer tantôt, une fois de plus,  » Chez Grand-pa « , à Val David. C’est un bistrot sympathique, patronne accorte, émigrée de France. Un été, j’y rencontre Vigneault. Nous revenions d’un séjour sur sa chère Côte Nord et je lui dit mon grand étonnement d’avoir constaté l’eau si chaude de  » la mer Saint-Laurent  » en face de chez lui. Gilles me dit :  » N’en parle pas trop, mon vieux, on veut pas trop de touristes, pas de Mc Do et Cie.  »

Par la fenêtre, en face, par dessus le lac Rond, l’hôtel Chantecler s’illumine. Mode d’éclairer les bâtiments. En clignant des yeux on peut s’imaginer Chenonceau,  » le château des dames  » sur la Loire.  » La nuit tous les chats  » La nuit on peut prendre une vessie pour une jolie lanterne. La nuit, ici, aura maintenant de joyeuses lueurs multicolores : guirlande de lampions électriques devant ma porte. J’ai installé la panoplie, habituelle, comme tout le monde.

 » Je le fais pour les enfants qui vont venir au Jour de l’an « , dis-je à Aile. Elle sourit. Sacré menteur : chez nous, rue Saint-Denis, il n’y avait rien, pas assez riches les Jasmin. J’en rêvais de ces chandelles électriques dans les parterres comme chez le voisin, notaire ou médecin.

Eh oui, on passe sa vie à compenser, à composer, à réparer, à soigner  » cette blessure, l’enfance, qui ne cicatrise jamais « , les mots de la grande Colette.

Dimanche 9 décembre 2001 – JOURNÉES NETTES : (début de journal intime intitulé J.N.)

JOURNÉES NETTES : (début de journal intime intitulé J.N.)

[page Web originale]

1- Ça y est! Ça me reprend. L’envie de tenir journal. Pourquoi pas. Pourquoi pas via l’Internet. J’ai aimé cette douce manie jadis (1986-87-88).

Ciel bleu doux. Bleu tendre. Le  » bleu poudre  » de notre enfance. Depuis deux jours, le froid est arrivé. On a cru que le temps doux du début du mois allait durer jusqu’aux Fêtes. Non, Brr! Nous rentrons, Raymonde et moi, de notre promenade quotidienne ‹adieu vélo !‹ dans les alentours du village. Je rédige cette première page d’un nouveau journal, sur ordinateur.
J’y reviens au journal probablement parce que je suis en train de lire celui de Jean Cocteau. Il raconte les années 1939-1945. Les Allemands dans Paris. La vie culturelle qui semble aussi dynamique qu’avant leur défaite totale. Comme dans tout journal j’y glane des passages captivants. Un air de  » collaboration  » maudite y rode. Cocteau, réputation déjà acquise ( » Les enfants terribles « ,  » Les parents terribles « , film :  » Le sang d’un poète « , etc.) , peut vaquer à ses nombreuses activités artistiques en paix. Relative.

2- Hier soir, réunion d’amis à l’Ile des Soeurs et le producteur André Dubois (« Vendôme « ) m’assomme ! Il m’ annonce que notre ruban vidéo où je racontais la vie du peintre québécois Cornélius Krieghoff, ne semble pas intéresser le canal ARTTV.
J’en suis abattu. J’avais préparé un Marc-Aurèle Fortin en guise de deuxième émission. J’étais prêt à retourner en studio à Ville La Salle, devant ses caméras vendômiennes. Eh b’en non ! On lui aurait dit à ce canal ARTV que c’était dépassé le genre professoral (je me voulais simple conteur, vulgarisateur, pourtant !). Foin de l’aspect  » magistral  » ! Bon, bon. Sus à l’animateur qui parle, seul, debout, devant un kodak ! Bon, bon.
Je retraiterai donc davantage.
Tant pis. Je regrette d’avoir parlé de ce projet qui me tenait tant à coeur lors de cette  » Biographie  » diffusée deux fois cette semaine au canal D.  » Ne jamais parler de ses projets « , me disait-on souvent. Vrai !

3- Avant hier, audition d’un orchestre d’écoliers au collège Regina Assumpta, rue Sauriol, à Ahuntsic, où nous avons admiré le trompettiste de la famille, le fils de Marco et de ma fille Éliane, mon cher Gabriel. 96 jeunes musiciens ! Ça sonnait magnifiquement ! Émouvant. On dit tant de mal de la jeunesse. Toute cette jeunesse qui a pratiqué ses pièces, répétitions difficile prises sur le temps des jeux, des sports, des loisirs ordinaires, et, vendredi soir, ce spectacle étonnant. Oui, émouvant.

4- Jeudi soir, à l’Espace Go,  » Le ventriloque « . Un spectacle pas banal. Texte curieux de Larry Tremblay ( » The dragonfly of Chicoutimi « ). Une fille renfermée dans sa chambre., Elle veut rédiger une histoire. Parents monstrueux qui se méfient de son isolement. Apparitions sauvages, fantomatiques. Séance d’un psychanalyste fou (ca classique). Bref, une soirée hors de l’ordinaire. Freud fait ses ravages. Avec ce Tremblay du Saguenay on est très loin du réalisme de Michel Tremblay. Autre génération. Aucune allusion géographique. Cette fille plutôt bafouée, au bord de la crise de nerfs, vit une sorte de cauchemar existentiel. Elle n’existe pas par rapport aux réalités québécoises. Ce texte pourrait se dérouler n’importe où, dans n’importe quelle langue.

5- Ces jeunes nouveaux auteurs, pas tous, écrivent sur des thèmes indifférents à  » ici maintenant « .  » Le ventriloque  » dont la poupée en cache d’autres, illustre bien que désormais  » peu importe le pays « , toute jeune âme a de lourds comptes à régler.
Comme il le dit dans le programme, Larry Tremblay, on peut fort bien y trouver un questionnement pas vraiment débarrassé de notre problème d’identification nationale. Vrai.
À la fin de la représentation, causerie  » ad lib  » dans la salle. Quand j’ai dit qu’un tel spectacle devrait être montré au grand public, Poissant, son brillant metteur en scène m’a répondu :  » Oui, c’est vrai. Il y a maintenant le canal ARTV.  » Je ne savais que le surlendemain Dubois m’annoncerait qu’ARTV ne semble pas intéressé à notre projet du  » conteur  » de l’histoire de l’art d’ici. Zut !

6- Par ma fenêtre, je vois qu’une partie du lac Rond est en train de virer en glace. L’hiver pour de longs mois s’amène ! Ne pas m’énerver. Je n’ai pas vu passer ni le printemps, ni l’été, ni l’automne!Alors l’hiver, lui aussi va filer à la belle épouvante. Et ce sera de nouveau le printemps adoré qui filera lui aussi. Le temps ! Dès 1995, ma station de radio, CJMS, fermant et Raymonde retraitant de son job de réalisatrice, devenu donc plus libre que jamais, je croyais avoir le temps de voir passer le temps, enfin. Faux ! Il file plis vite que jamais. Bizarre, non ?
Ferrat chantait :  » On ne voit pas le temps passer « , je découvre une vérité tangible maintenant . Je n’aime pas cela. L’impression de me faire voler. Je me dépêche donc, pas si vite, de terminer ce petit livre (100 pages ?) commandé par Victor-Lévy Beaulieu pour sa collection  » Écrire « . Chaque auteur invité doit y mettre un sous-titre à son  » Écrire « . J’ai mis pour provoquer et pas vraiment pour provoquer :  » Pour l’argent et la gloire. » Pas vraiment pour choquer car, jeune, je m’imaginais devenir un jour célèbre et riche. Je prévoyais faire construire un domaine, un château, pour les miens ‹gens si modestes. Pour les venger de leur existence pauvre. Ce beau château de mes songes creux ne s’est pas construit. Pas du tout. Mercredi dernier, j’ai pondu un chapitre de ce futur petit livre ( » Écrire « ) où je me suis peint en châtelain non advenu qui lutte pour être dans la réalité. Je veux mettre tout de suite cet extrait sur ce site Internet que m’a installé Marco, mon gendre. C’est onirique dans un long texte beaucoup plus réaliste.

Je sens que j’aimerai tenir ce journal. Je retrouve le plaisir d’être  » diariste », de noter des éphémérides, comme pour mes livres  » Pour ne rien vous cacher  » ou  » Pour tout vous dire « .
Vive le journal !