AU MILIEU DES BÊTES !

Autre « tour de machine », donc. On roule sur la 50 à partir de Mirabel et on file d’abord vers Lachute. Ensuite, région de Montebello, on arrive à cet étonnant zoo naturaliste. Zoo sans aucune cage. Vouloir circuler dans les sentiers boisés d’OMEGA. On y est donc et, mais oui, on ne sortira pas de « la machine ».

Courrez-y, l’automne achève, ça fait du bien de se plonger une centaine de minutes au moins dans la sauvage nature, au milieu des cerfs. Des daims, des paons ?, que sais-je? Des grands élans et autres bêtes de notre patrie. En ce temps de la chasse, combien de « disciples de Saint Hubert », vont revenir en ville « bredouillards », sans même avoir pu apercevoir un chevreuil ? Alors qu’ici, à Omega, dès le premier passage-grillagé, vous attendent tout de suite un lot de cerfs, parents et rejetons. Tous friands de vos…carottes ! On peut en acheter au « chalet central » —on a mangé de bons hot-dogs italiens !— à l’entrée du site; achat aussi de ces « kodaks » jetables.

Ce sera ensuite le défilé toujours impressionnant, comme majestueux, de ces habitants à poils : chevreuils aux gabarits variés, gros orignaux plus rares, boucs sauvages aux cornes étonnantes, un grand nombre de gras sangliers, des oiseaux sauvages autour de mini-lacs et puis plusieurs loups d’un beau blanc, à la fin, des ours noirs en quantité appréciable. Le parc Omega se divise en une vingtaine de sites. On y suit des cartons fléchés, c’est partout la beauté forestière, ce calme qui réconcilie avec la vie vive.

La guichetière nous avait prévenu : c’est le temps du rut, n’ouvrez pas trop grandement, les fenêtres de votre voiture. Des orignaux surtout pourraient devenir encombrants ». Nous étions prudents et l’ouverture des fenêtres était calculée. Laisser passer une seule …carotte…et puis une autre. Calculs et frissons. Oh les goulues bêtes avec leurs grands et sombres et si doux yeux ! Les noirs museaux tout mouillés, les langues si rouges. La beauté sauvage, la nature et ces intenses plaisirs des proximités.

Étonnant aussi de voir tant de volières naturelles —des bernaches ?— oiseaux de grisailles variées, géants grignotant quoi ? Larves, vers, coquilles ?, en divers marais ou vastes étangs. Soudain, un orignal détale, mystère. Soudain des cerfs jumeaux refusent de dégager notre sentier; attente acceptée. Ici, des loups dorment dans leur blancheur immaculée, là, un énorme sanglier, mufle bas, cochon velu et si gris, trottine en vitesse collé à notre carrosse ! Kodak : clic, clic ! Debout, un des noirauds, ours géant, exécute des figures d’un « cirque du soleil improvisé ». Vive Omega !

Le surlendemain, envie de revoir à l’ouest de Mont Rolland, notre si jolie Doncaster. Le site aménagé est gratuit d’accès aux résidents des lieux. Youpi, hein, les « séraphins? » Elle est toujours là et nous marchons le long de sa vivante coulée, couple enchanté d’un si beau soleil. On y a revu ses cascades bruyantes et on a grimpé sa lente montée toute en douceur, nous aimons ce site de paix rupestre. Des pique-niqueurs se redressent, nettoient leur table, remballent restes de vivres et…petits galopins. On s’agite car une rumeur grandit : on vient de voir un ours noir et il « valserait » du coté de « La cabane à Eddy ». « Raymonde, on y va voir ? » Non ? Ce temps de rut ! Chez feu-Eddy, la Doncaster se jette vibrante de rapides dans les bras de la Nord, tout au flanc du « P’tit tain ». Le bonhomme «  Galarneau » tombe à l’horizon, on rentre.

 

VIFS PAPOTAGES SOUS LES CISEAUX !

C’est avec plaisir que je vais à ma visite « menstruelle » (sic) à un salon-de-ragots, sur le Chemin Péladeau; là où coulent à flots d’incontinents bavardages. Ce cher barbier où le boss ricaneur, Yvon Racette, est intarissable. Racette est un piquant géographe amateur des alentours adèlois à la langue bien pendue. Aussi un sociologue autodidacte ( les plus clairs). Et même un ethnologue-du-dimanche. Enfin : un anthropologue primitif.

C’est dans son fauteuil —tournant et à manivelle— que je me régale. Racette est aussi poète à ses heures. Il me glisse entre deux coups de tondeuse : « Bientôt la neige ! La neige muette blanche (qui va poser partout ses manteaux d’hermine).» D’un jet !» C’est chez mon « raseur de barbe blanche » (lieu dit « Des Sportifs ») que me parviennent des informations en tous genres. Parfois, quittant « la chatte-à-valeurs », mon compère aux peignes-fins me cause de jadis, de l’innocent des bois, un fou bien gai, ou de l’édenté, un quêteur d’en Pays d’en haut, oui d’un bûcheron encabané, sorte de Bill Wabo, (de Grignon). Enfin d’un bizarre laideron, faux-Don Juan aux cheveux gominés qui se voulait « danseur mondain ». L’Yvon donne aussi les « signes vitaux » récents de certains de ses clients (d’ex-camarades des ondes), populaires populistes, ces Ron Fournier ( de St-Sauveur), Gilles Proulx, Réjean Tremblay (de Ste-Marguerite). Tous camarades du vaillant « Claude-Poarier-aux-dividus-suce-spectre. »

Chez Racette c’est un puits de potins, salés et/ou sucrés. Aussi des évocations nostalgiques, par exemple du temps où il fut le « coiffeur privé » du « manitou » feu Pierre Péladeau. Ses outils vibrent, et, remuant sa chevelure d’ébène faux, mon Yvon, hilare, ne tarit pas, image classique du figaro à libre clapet. Dans tous nos villages laurentidiens, on en trouve un au « mâche-patates » (salut VLB !) à la margoulette désopilante, capables de rigolades mais aussi de vipérines attaques envers nos « politichiens » véreux. Sa riante boutique est un petit musée garni des saintes « reliques » du monde du sport : casquettes, écussons, chandails, insignes, crosses de hockey et même sièges du vieux Forum ! Les artefacts divers du monde des sportifs « à bedaines ». La télé de cette « chapelle ardente fait voir, en permanence, des matchs divers.

Soudain, jeudi, le rasoir en l’air, mon Yvon s’écrie : « Regardez-moi donc ça ! C’est-t-y assez beau ? » par sa vitrine baignée de soleil, venue de l’école voisine, trottinait une chaîne de bambins fortilleurs, tous encordée. L’avenir du Québec passait ! L’héritier Éric, détenteur de l’autre « chaise électrique » (échotier ici au journal) n’est pas moins amène et bavard, sociable et disposé à tout humour, cruel ou tendre. Un duo père-fils amateur de piques et horions pas seulement des attendris. Qui ignore encore que c’est là que l’on peut prendre le pouls exact du populo ?

Dans mon feuilleton « La petite patrie » (1974-76) je n’ai pas manqué d’en installer un de ces « figaros »; l’acteur (feu Roger Garand) le jouait avec compétence. Parloirs utiles pour narrer des secrets qui, scandalisaient parfois mon pieux papa ultramontain et, en1940, attendant mon tour, j’ouvrais les yeux et les oreilles sur « ma » société tricotée serrée. Rue Jean-Talon coin Drolet, comme chez Racette, fonctionnait une « faculté universitaire »… et populaire, lieu de sciences politiques », vivante « école ».

Vive nos barbiers !

 

 

LUISEZ BELLES AURORES BORÉALES !

Une rôdeuse matinale me remet un article du quotidien raciste, The Gazette, machine francophobe (très phobe). Croyez-le ou non, des nôtres, masochistes insoignables, achètent cette pourriture. Attention : ce quotidien contient d’excellents journalistes et leurs articles sont solides mais il y a ses éditeurs, chroniqueurs et même caricaturiste. Ainsi, Aislin, dessinateur émérite, a déjà publié un bonhomme se léchant l’anus (!) et mis en légende: « The patriot ! »

Ma courageuse anonyme m’offrait donc un texte sur « cinq colonnes », pissé par ce fieffé Conservateur né (et élevé) dans l’ancien ghetto « bloke » de Shawinigan Fall, un certain Peter Blaikie. Ce dernier reprend son « antienne sur l’air : « Pour les indépendantistes, c’est clair, les anglophones et les allophones ne voteront jamais en faveur d’un Québec souverain. » Grosse nouvelle hein ? Ou Blaikie joue un rôle ou bien c’est un imbécile. Ce que je ne crois pas. Tous ses reproches à Pauline Marois ( massacreuse d’anglais, n’est-ce pas ?), dette grandissante, surtaxes, bureaucratie comme lierre, attitude anti mines, Montréal tant négligé, etc.) s’appliquerait autant à Charest qu’à (ma foi) Bourassa ! Frileux sur la Loi 101, il vante (faux louangeur !) le bilinguisme merveilleux des Lévesque, Parizeau, Bouchard et même de J.-F. Lisée.

Ce braqué de Blaikie termine l’étalement par : « la langue devient obsessionnelle avec les Marie Malavoix et Cie, voici la sotte Loi 14, la folie des manuels d’histoire nationalistes, etc . » Paniqué, (même s’ils sont 300 millions sur le continent et nous 2 ?) le Hérault de The Gazete crie : « Anglos, ne nous laissons pas manger la laine sur le dos ! » On lit ce raciste et puis on va se laver, patauger dans le Rond et je revois, ce midi, sur les troncs des pins et des saules du rivage, des reflets mouvants, sorte d’aurores boréales.

C’est l’eau du lac, remué par la brise, qui m’offre ce spectacle cinétique tout à fait envoûtant. Ça repose les yeux de ces lectures francophobes. Je n’ai aucune carte d’aucun pari politique. N’en ai jamais eu. Sauf durant 15 jours, car obligé, voulant jouer le député mais des frileux à « cette grande gueule de Jasmin », pépères Parizeau, Royer, Boileau, chassèrent l’« esprit libre ». Je n’ai pas de « parti » donc, qu’une cause. Elle est naturelle. Mondialement répandue. Il y a plus de 150 nations à l’Onu. Je combattrai jusqu’à ma mort pour que notre nation aie une patrie. Mais je comprend ce que notre histoire —depuis « La défaite » (1763), la domination anglaise, les tentatives d’assimilation— a fait des aînés. Des citoyens ultra prudents, colonisés et aliénés.

J’ai grande foi en ceux qui viennent. La jeunesse québécoise ne traîne plus ces chaînes historiques, ces boulets héréditaires regrettables. Pour me détendre de ce nécessaire combat, je lis, je ris, je souris aux chansons nouvelles comme aux musiques actuelles et, hier, je ralentis rue Archambault, pour ce chat aux bizarres zébrures pourpres dont je vous ai parlé. Nous nous regardons longuement dans le fond des yeux. Je m’imagine qu’il veut me miauler : « Mon pauvre vieux patriote, tu vas mourir bientôt et tu ne verras pas ça une patrie pour les tiens. » Ça me fait de la peine et je file vers —récent cadeau au vieux papa— mon cher « Kindle » tout neuf. Où m’attendent des récits, des classiques et des nouveautés, à en oublier ces aveugles bienheureux, anglos « en ghetto », lisant ce torchon nommé « The Gazette ». Mais vous, aurores boréales qui entortillez les saules, luisez, luisez !

 

VISIONS INOUIES À VAL MORIN !

Certains font 12 heures d’avion pour aller voir ça mais moi, dimanche après-midi, invité par mon Daniel de fils unique, j’ai fait dix minutes de Honda et j’ai vu… Assis —ma canne à la main, chapeau de paille sur le coco nu— dans la chaise offerte par Lynn, ma si jolie bru, au bord de la route à Val Morin, j’étais soudain en Asie du sud ! Que de robes multicolores aux soieries toutes de rouges, d’argent et d’or, textiles d’une richesse folle, que de jupes (aux hommes les pieds nus !), à ce congrès de communautés Tamoules.

Soudain, au milieu des chants et des danses, sur une musique sonnant « araboïde » (!) s’est amené un étonnant char allégorique aux images de déesse hindouistes (?) et qui roule tout doucement, voiture-kiosque couvert de plumes de paon ($), de fleurs inconnues. Mais le sommet de cet très étrange parade : tiré par une camionnette Ford moderne avec une sorte de longue potence où, mimant un oiseau,un Tamoul en pagne, est balancé sans cesse, l’homme est suspendu…oui, oui, par la peau ! Il faut le voir pour le croire !

Quel monde exotique en plein Val Morin ! Les villageois se mêlent volontiers à ces étranges pèlerins venus d’un peu partout à chaque mi-juillet. Ne ratez pas ce cortège l’an prochain. Vous vous retrouverez comme touristes chez vous, un dépaysement garanti ! Le lieu de rassemblement se situe au haut d’une colline et Daniel me soutient pour cet interminable escalier (branlant) qui conduit à un site inconnu de moi. Val Morin contient un vaste « ashram » (?) authentique. Que j’ignorais. Une installation connu des amateurs de yoga, me dit-on où on voit une sorte d’auberge (avec piscine olympique !), divers pavillons. Dont l’un sert d’autel vénérable au fondateur avec, exposé, un petit avion de type cessna fort coloré ! C’est avec son appareil qu’il désigna jadis le lieu pour devenir cette centrale hindouiste.

Le défilé finit par y aboutir avec ses danses et ses cantiques et vous y verrez de très jolies jeunes filles, aussi des dames à cheveux blancs, des hommes recueillis à la peau bistre, aux chevelures d’ébène et tous ces fronts marqués de rectangles d’or ! Vraiment, j’étais très loin : l’Asie du sud au cœur de Val Morin. Souriants, affables, ces visiteurs végétariens (beaucoup venus de Toronto), vous offrent des platées de riz à saveurs inconnues. De joyeux enfants tamouls trottinent, dans un pavillon, il y a une sorte de gras bouddha et file de « receveurs de cendres » (!). Ailleurs encore, un haut parleur diffuse des sermons en langue tamoule. Tout un kiosque sert à remiser vos souliers, vont et viennent les « nus pieds » obligés !

Il m’a fallu redescendre le long escalier en forêt, (ça bat l’Oratoire St-Joseph) et on a perdu ma chaise ! À la terrasse de mon Daniel, bière à la main, j’ai eu envie d’évoquer mes pèlerinages en mars, Chemin de la Reine-Marie, avec mon pieux papa catholique. Nos imposantes processions de la Fête-Dieu d’antan quand toutes nos rues se couvraient de fidèles dévots en marche avec le Saint Sacrement doré, le dais vénérable, le curé catho triomphaliste, et moi dans ma belle soutane rouge d’enfant de cœur, fier comme Artaban. J’avais, dimanche, une certaine nostalgie, j’aime tant les décorums, les rituels. Où sont les défilés religieux d’antan, il n’y a plus rien, mon église a été vendue… en condos !

J’AI FAIT UN RÊVE ! ( I HAD A DREAM)

Pour les assimilés (volontiers aliénés) à la culture pop des USA, vanter notre culture est toujours un signe d’étroitesse. Pour ces suiveurs-des-USA vous êtes un régionaliste. L’insulte. Ils s’exclament : « Sors de ton cocon, deviens international ! » Ils disent aussi: « universel » Une farce. Pour touts ces dociles publicitaires, courroies de transmission (surtout à La Presse, Gesca-Power), les Cormier, Cassivi, Hugo Dumas, Sarfati (aux voyages payés) et j’en passe, « internatioaliste » c’est USA-only. (Los Angeles, Holywood, New York). Chez eux, jamais d’information sur la culture (pop ou non) de l’Espagne, de l’Italie ou de l’Allemagne. Pas un mot !

À moins que de ces créateurs percent. Aux USA. Tous sont des valets-des-amerloques. Moutons de l’Empire-USA.

Or, j’ai fait un rêve ! C’est permis de rêver, non ? J’ai imaginé que Boston, et peu à peu, tout le Massachusetts, quelque part au 19 ième siècle, aurait pu être envahi d’énormes masses d’émigrants. Tous venus de ma chère Italie, et, résistants comme nous au Québec, ces populations installent la culture italienne partout au sud de nos frontières, Maine et New Hampshire compris tiens.

Quelle bon plaisir ! Voyez-vous ça : à quelques heures de route, nous tous en visiteurs plongés dans cette « Nouvelle Italie ». Non plus dans un de ces états semblables aux 55 autres. Pour moi, un bonheur total !

C’est imaginable certes mais ça n’est, hélas, qu’un doux beau rêve ! Imaginez maintenant des hordes d’émigrants venus d’Espagne, foules immenses et qui s’installent un peu plus au sud, disons Connecticut, New Jersey, Maryland. JY compris la Virginie ! Un grand état nommé Nouvelle Espagne ! En une dizaine d’heures d’automobile nous nous retrouverions en visite parmi la formidable culture espagnole et cette autre (avec l’italien) si jolie langue, musique, chants, architecture, théâtre et cinéma. Leurs us et coutumes quoi. Quelle variété et vive la diversité, oui ? À bas l’uniformité si ennuyeuse.

Nous irions souvent. Comme tant de nos touristes du sud nous reviennent, adorant « la vie française » au Québec (il y en a plein). Olé « Novo Spania ». Oui, il est permis de faire un rêve ? Tenez, allons encore plus avant dans cette fabuleuse hypothèse des migrations massives : il serait arrivé le même phénomène pour les Allemands (Pennsylvanie ?), pour les Polonais, pour les Grecs. Pour les Portugais. Cela n’aurait-il pas été formidable ? L’hégémonie « impériale » USA anéantie et adieu aux rouleaux compresseurs de ce gros paquet d’états à peu près tous semblables. Adieu, à tous les carrefours des villes, aux répliques si assommantes, quand on voyage, à tous ces Colonel Machin et Hamburgers-McDo ! Fini les conformités commerciales abrutissantes partout à notre sud, à ce plat territoire culturel sauce « pareil au même ». Car, allez à Philadelphie ou à Chigago, à Miami ou à Tampa, au Texas ou au Colorado, partout c’est « us et coutumes identiques » Partant, l’ennuie, un vaste assommoir. Pour nous amuser, rêvons d’une grande formidable « Nouvelle Europe ». À nos portes. Vastes lieux pour devenir « vraiment » curieux universels. Plus des consommateurs dociles du gros bloc-USA, comme les Sarfati, Cassivi, Hugo Dumas, tant d’autres dociles publicitaires des USA.

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MANGER AUJOURD’HUI

 

 

D’abord dire que mes 30 bonnes raisons de vivre par ici m’attirent des reproches : « Vous avez omis la fantastique piste du « P’tit train du Nord », « Vous avez négligé votre Excelsior, et sa mini-mangrove au chlore, votre palétuvier chéri », « Vous avez oublié notre chère Bibliothèque publique du centre commercial ! » Bon, bon. Vrai. Et je pourrais en ajouter, mais pardon, je suis bien vieux et, comme on apprenait au collège : « Mémoria diminuitur nisi eam exerceas ! » Traduction : « la mémoire diminue si on ne l’exerce pas ». Tiens, parlons bouffer, manger, autrefois et maintenant.

Jeunesses, sachez le bien, c’est assez récent le goût développé, les raffinements car,jadis, « manger au resto », c’était pour un hot-dog (rôti ou stimé), un hamburger, une soucoupe de frites. Parfois du luxe : un club-sandwich ! Ou bien un « chips and fish », notre régal rue Bélanger.

Mon père, importateur de « chinoiseries » failli, a tenu très longtemps une modeste gargote au sous-sol de notre demeure. Cuisine élémentaire ! Les jeunes clients (beaucoup de zazous) revenus des deux cinémas du coin se payaient la traite. Hum… Simples sandwiches, jambon ou poulet, de la soupe Cambell, un banal « grill cheese ». Voyez-vous le menu chez « au caboulot ». Quand papa récompensait un beau bulletin du mois —« et papa nous aimait bien », cher Léveillé— il façonnait, la langue sortie, un beau Sunday (sorbet). Avec du caramel, du chocolat en masse, de la goûteuse guimauve et… oups ! une belle cerise dans son jus !

Seuls les grands bourgeois, les artistes célèbres, allaient bouffer dans nos rares « grand » restaurants, tel « Chez son père », « Au quatre cent ». Notre jeunesse, dans l’après-guerre, c’était l’ignorance totale de la cuisine raffinée et il n’y avait pas d’école dite hôtelière. À Pointe Calumet dans Avenue Lamothe, l’actrice Juliette Huot passait pour un cordon bleu juste pour ses « sphaghetti italiens », une gibelotte ou une fricassées improvisées.

Jute ici, aujourd’hui ? Plus de douze places, et fort bien cotés. Ce fut incroyable, cela, en 1940, 1950. Aussi, j’y vais très vite : les bonnes pâtes de « La Chitarra » et de « Spago ». De fameux rouleaux chez « Sothaï », Palais fins, filez à « L’eau à la bouche » ou à l divine « La Vanoise ». Et chez « Garçons », dégustez omelettes baveuses ou croque-monsieur rare. « Aux deux oliviers » ou à « L’Esméralda » on voit le joli Lac Rond. Chez « Milot », ses moules succulentes et chez Grillades Aspria » ou chez « Le Provençal », c’est « oh bonne mère ! » À las mi-côte Morin, goûtez bœuf ou fromages « ébouillantés » au « Chat Noir », enfin, pour « l’osso des ossos, » entrez chez « Juliano ». J’en oublie je gage ? En tous cas, nous, les anciens, on trouve que pour bouffer, les temps ont « bin » changé. Très bien.

 

MINUIT ET TRENTE ET ÇA PUE !

Nous avons dans nos murs des gens corrects. Ça fait deux fois que je peux entendre à la radio des courageux qui dénoncent ce film étatsunien tout récent sur la capture du chef arabe Ben Laden. « On assiste à la valorisation d’un acte « criminel » et on fait voir avec complaisance des scènes de torture ! », disent des chroniqueurs lucides des USA. Vérité.

Le film montre que ces soldats de Washington surgissaient chez le pape d’Al-Qaïda, à « minuit et trente », —en langue codée, ZERO DARK THIRTY, le titre du film— dans son appartement où vivaient de ses parents et des gardes pas pour le capturer. Pour l’assassiner. Le meurtre d’une crapule reste un meurtre. Ce film rend donc hommage à des meurtriers; car les tueurs de la CIA au Pakistan, cette nuit-là, commettaient une exécution, telle une mafia ! CIA-pègre quoi ! L’exécution pure et simple (pas une bavure) d’un ennemi.

Hitler s’étant flingué, à Berlin, en 1945, les alliés organisaient en toute légalité « Les procès de Nuremberg » pour les chefs nazis en montrant l’honorable visage des civilisés. Cela malgré certaines louches protections en faveur de certains nazis dont les Étatsuniens avaient besoin. Rien n’est parfait. De là à nous inviter à visionner un «  bourrage de crâne » puant, wow !Triste de voir une cinéaste (Bigelow) surdouée et une actrice talentueuse — héroïne toute hébétée à la fin— acceptant de fabriquer et montrer cette burlesque manipulation des publics. J’ai entendu que durant une demi heure de ce film, on fait entendre les (vraies) lamentations des victimes des deux tours à Manhattan, qu’en même temps, on assiste aux cris des Arabes torturés ! Tenter ainsi de nous déculpabiliser est une summum de démagogie, grotesque. Ces torturés, sur ce continent,mais aussi, on l’a appris, dans des pays d’Europe-de-l’Est où l’on tolère ces horreurs. Or, de nombreux experts affirment que la torture (condamnée partout dans le monde civilisé) est futile, vaine et nulle. Qu’elle ne fait naître que mensonges, inventions, qu’elle conduit donc ces questionneurs sauvages vers des fausses cibles (qu’ils torturent en vain). Avouer n’importe quoi pour faire cesser la douleur.

N’allez pas, je vous en prie, à ce cinéma qui nous méprise ? Une telle histoire, réelle hélas, c’est « honneur au meurtre politique ». C’est certain que personne de censé n’est d’accord avec ce fils de multi-millionnaire saoudien désaxé. On dit que Ben Laden n’a pas imaginé ces bombardements de Manhattan. Il en fut ravi ben sûr. On l’a donc assassiné, ce responsable idéologique et ce film de grossière propagande fait honte à un art que l’on estime tant. Des putes, j’y reviens, et cette cinéaste douée et cette actrice très talentueuse. Ce « crime policier » est genre « exécutions policières » faites à un Richard Blass, à Val David ou à un Jacques Mesrine, en plein cœur de Paris. Triste de savoir que cette « exécution » fut autorisées par Barak Obama ! Lui, espoir de tant de gens, en criminel fasciste, tels ces dictateurs archiconnus de l’Histoire. J’en reviens pas alors qu’on pouvait amener Ben Laden, vivant, par exemple au tribunal de La Haye.

LA VÉRITÉ ?

 

 

Un « homme des bois », un certain M. Bain, un soir de septembre, quitte son petit domaine des Laurentides, armé jusqu’aux dents. Il va assassiner Pauline Marois ! Va-t-on revivre ce film étatsuniens où le triste héros —« You talk to me ? You talk to me ? »— veut assassiner un chef politique. Intercepté à la « sortie des artistes » du Métropolis par des travailleurs de scène, il en tue un ! En blesse un autre gravement.

Voici deux faits ? Dans La Presse, un ingénieur du « west island », M. Lauzon, analyse l’affaire-Bain et accuse ses voisins anglos qui lui vocifèrent en pleine face des « fucking separatists », d’armer des meurtriers. M. Lauzon de Beaconfield avoue qu’il cache son indépendantiste, n’ose pas sortir son drapeau fleurdelysé à la St-Jean, recommande à ses enfants, écoliers, de taire son choix nationaliste. Il se questionne. « Pourquoi est-ce que j’endure ces répugnants discours intolérants de mes voisins anglos ? » Son article se conclue par : « je crois que leurs répétiifs « fucking P.Q. » méritent d’être dénoncé ». M. Lauzon relie le meurtrier Bain à ces anti-indépendantistes.

Autre fait. M. Brière, même journal, ingénieur lui aussi ( à Sherbrooke) veut nous révéler : « mon plus grand handicaps dans ma vie est que je parle mal l’anglais ! » Il dit qu’il s’expatria un an à Victoria mais vainement ! Qu’il a envoyé chaque été ses enfants dans un camp du New Hampshire. « Pour qu’ils soient « plus libres que moi ! » Il parle de notre langue nationale comme d’une désastreuse « barrière linguistique. » Diable, avec la mondialisation, enverra-t-il ses enfants apprendre le mandarin en Chine ? Ce M. Brière révèle aussi qu’il fut un militant actif aux côtés de René Lévesque. Il en parle comme « d’un péché » de jeunesse ». Il voulait par son texte nous enfoncer dans la tête que « nous sommes une minorité en Amérique du nord et que nous le demeurons ». Bon Dieu, est-ce un appel à l’assimilation ? Que pense-t-il donc de la minorité anglophone du Québec ?

La vérité, la voici. Depuis des siècles, notre normale (et très exemple qui épate tous les étrangers) résistance à l’assimilation a fait de nous une nation. Même Harper en convient. Cela n’a rien à voir avec le fait d’apprendre volontiers cette « lingua franca », fort utile, en Occident. nous le savons Italiens ou Espagnols, Allemands ou Hongrois. La vérité est que les « Québécois de langue anglaise » doivent s’intégrer. Point final. Que tous ceux qui parlent déjà français ( ils deviennent de plus en plus nombreux) sont, eux seuls, des Québécois à part entière. La réalité vraie est que nos formerons bientôt une seule nation. La nation Québécoise (aussi que ce M. Bain est une malade mental). Qu’un jour cette nation française en Amérique du nord formera un pays normal comme les quelque 250 autres nations à l’ONU. Que s’abolira donc cette « minorité » anglo. Ce « ghetto ». Nos anglos intelligents et lucides le savent bien. Cette vérité énerve seulement « les racistes » qui habitent à Beaconfield. Ou à Morin Heights ou à Shawbridge. Si je m’exilais à Rome, je deviendrais (et vite !) un romain parlant l’italien. À Berlin, un berlinois parlant allemand. Voilà la vérité. Pas une menace, non, la loi humaine. À moins d’être un raciste anti-italien ou anti-allemand.

VIE ET MORT : CORNEILLES ET POMMIER

Un samedi soir vivant, les terrasses des restos débordent, dans le Parc Famille, foule, des rires, des cris, sur la scène extérieure, haut-parleurs pour le rock avec ses rythmes simples, ses répétitions mélodiques, ça cogne fort aux oreilles. De jeunes enfants s’en énervent et pleurent. Des ados se balancent et des vieux grimacent. Les rues des alentours sont pleines, les voitures cherchent où se stationner, bref, c’est l’été à plein, une joie dans l’air, une « légèreté de l’être m’sieur Kundera (dont je lis : Les testaments trahis). Oui c’est juillet, la « bel’ saison », répète une chanson.

Et ne venez pas nous refroidir avec vos « songez-vous aux malades, aux handicapés, aux malchanceux du sort ? » On le sait bien que, pas loin, certains aînés sont seuls dans une chambre, en résidence climatisée, orphelins obligés de ces beaux airs de fête partout au village, hommes ou femmes ridés, ils regardent… le plafond. Ou qu’un jeune désespéré, ayant perdu confiance en lui (et les autres) jongle ces jours-ci à comment s’en aller vite et à jamais. Mais oui, on le sait bien que l’existence de certains n’est qu’une piètre potion-de-vie, bien maigre, souvent empoisonnée. Qu’y faire ? Plein de gens vivent heureux malgré tout, malgré tant d’âmes perdues dans les filets de la désespérance la plus totale. En va-t-il d’un instinct de survivance ? Est-on responsable du monde ?

Ai-je le droit d’aller fixer un hibou-de-Rona ( 10$) sur mon radeau que de bien jolis canards s’acharnent à décorer …de grasses fientes ? Eh bien ça marche, une drôle de peur du rapace en plastique. Levant les yeux —une première pour moi— deux corneilles —amoureuses— se donnent plein de becs, se font de furtives caresses. Ma Raymonde qui les détestent tant : si elle pouvait apercevoir ces noires silhouettes sveltes, charmantes, agiles, toutes sautillantes aux branches du vieux saule du rivage. Réconciliation peut-être avec ces criards si elle les voyaient se poursuive, se dorloter. Bon, me voilà un peu ému : deux pigeons, tourterelles, colombes mythiques peintes en noir. Qui jouent les tourtereaux des fables romantiques !

Le téléjournal n’en a pas parlé mais voilà que notre « vieux » est mort, raide mort. Tombé quand, comment ? Ces vents (avec déluges) d’il y a pas longtemps ? On a rien su. Pas de présages, aucun signe d’alarme, pas de sombre pronostic, ses branches toutes pleines de pommes ! Un matin, on se lève, et il est là, couché de travers mon vieux ridé, crocodile éjarré, caïman inerte, alligator humilié avec ses pommes naissantes vertes comme jamais. Notre pommier avait cent ans…ou plus ? On sait pas. Fini de ramasser sa vaste manne chaque fin d’été. 50 sacs bien remplis, sucrées, jeunes pommes d’un si vieux pommier.

Est-ce que tout va s’en aller ? Arbres, hommes, femmes ? Déjà quatre morts autour de chez nous : le père Laniel, puis le céramiste Claude Vermette, puis m’sieur le juge, un voisin taciturne, enfin un ex-héritier de La Casa Loma tout proche de la plage publique. Merde, à qui le tour ? Brel avait peur comme tout le monde et chantait pour compenser : « J’veux qu’on chante, j’veux qu’on rit, quand on me mettra dans l’trou ! Il crânait ? Une façade ! Assez, en attendant, un soir, s’attendrir de ce bambin qui a les yeux comme la panse à la terrasse de notre cher glacier du Boulevard, face à la station d’essence. Ses yeux rieurs chantent de joie anticipée, il se sort la langue et ferme les yeux. Son bonheur ! La vie se fait bonne d’un rien, de tout, de ce jardin fleuri si parfait dans sa modestie (fleurs sauvages) aux parterres de mon vieux camarade disparu, Grignon. Vive l’été ! Au bout du saule deux corneilles s’embrassant mais… « voir un ami mourir » (Brel encore), voir un si beau vieux pommier mourir.

QUOI, DORMIR, RÊVER, SHAKESPEARE ?


 

Cette nuit, bruits et un rat-con, rat-coon, rat masqué… a rejeté nos deux briques au yable et ouvre le bac noir !

La faim !

Un midi, un écureuil, tout maigre, tout frétillant, guette un oiseau nouveau-né !

La faim !

Bof, pauvres petites bêtes adèloises ? Mais il y a les humains : pire sort, atroces famines en certaines contrées d’Afrique. Contraste avec ma passion pour le règne animal et ces magnifiques documentaires à la télé ( ARTV, TV-5, Télé-Québec) où toute vie se résume à un mot : LA FAIM !

MANGER et puis se reproduire ensuite.

Ici, dans notre ciel, derrière le joli neuf resto « So-Thaï » —carrefour Morin-Chantecler— aux mets asiatiques extra-savoureux, apercevoir une bien noire corneille —bec et griffes ouverts— chassant un malingre petit merle.

Manger ?

Impossible d’ignorer tous ces travailleurs jetés à la rue (Aveos-Air-Canada et cie ), ni ignorer la Syrie déchirée. Nous autres bons petits bourgeois des jolies Laurentides allons-nous nous charger des malheurs du monde entier ? Non ? On regarde à la télé —en rotant le bon repas pris— nos sympathiques hordes étudiantes qui crient dans le noir des soirs déambulatoires : « JUSTICE ! » Et c’est plein d’adultes nostalgiques :« C’est beau, c’est bien, nos jeunes découvrent la lutte pour la démocratie ! » Que celle ou celui qui n’a jamais regretté son cher « jeune temps » jette une première pierre à ces mélancoliques.

Or, ici, « dans l’nord », à l’abri des problèmes métropolitains (ô trafic !), les Laurentidiens que nous sommes vivent une existence bien paisible. Une impression seulement car on n’ignore pas tant de destins broyés. Mal cachés dans les replis verdissants de nos jolies collines. Soyons certain d’un tas de misères, ici comme partout.

Je viens de recevoir —éditeur indispensable, Michel Brûlé des « Intouchables »— le récent bouquin de l’esprit libre, Norman Lester. Dernier COUP DE POING et je vous avais vanté le premier, eh bien, courez l’acheter. C’est encore un riche puits d’odieux scandales aux couleurs variées. Ça va du pourpre pourri au violet sinistre, du noir atroce au gris à se pendre ! Que de sordides découvertes stupéfiantes. Ce petit-juif-rosemontais, Lester, c’est l’anti-censure par excellence, lisez-le pour ne pas crever con idiot et innocent.

Être informé c’est être libre, dit-on, ça ne nuit pas mais notre impuissance enrage. La corruption des ingénieurs( élite instruite dévoyée), des bâtisseurs, et, hélas, de nos élus « enveloppés de brun ». Ô fatras à collusions mafieuses. Vite, vite, madame Charbonneau, à vote maillet ! Hélas, la langueur tolérante du citoyen mou exacerbe. Quoi faire ? Quitter ta jolie colline ? Aller en métropole marcher avec la jeunesse ? Ne pas te contenter de surveiller le rat-con juché nuitamment sur ton bac noir, l’écureuil affamé, la corneille tournoyante au dessus de ton cher resto So-Thaïï ? Shakespeare clame : « Dormir, rêver… » Non, Bill, non : s’indigner et agir !