Le jeudi 5 décembre 2002

1-
Mon Dieu, excitation chez moi ! Avant-dernier fion scripturaire du journalisant ? Ou deux entrées ? Je le répète : ma fierté. d’avoir tenu le coup durant 365 jours !
Pleins paniers de notes disparues dans mon bac à recyclage. Le 9 : liberté totale.
À part mon hebdo : « Poing comme… » et…ce drôle de roman sur mon Exilé !
Hier, en ville, suis allé chercher une demi-douzaine de livres chez « Robert-Bourassa » (rue Saint-Just à Outremont). Sur le Mexique, sur le Coran, sur le bouddhisme, sur la Thora…et un petit dico français-espagnol.
Je devrai, plus tard, me trouver des textes sur François (d’Assise) et sur Thérèse ( d’Avila). Sur ma lancée, mon projet de livre, mardi matin, à « Tous l;es matins », au moment du générique, j’ai recommandé aux grands-parents de parler aux enfants, pour Noël s’en venant, de Jésus. Eh ! C’est sa naissance que l’on célèbre, non ? Pas Père-Noël-Coca-Cola, ni consommations effrénées, pas vrai ? Que l’on soit croyant ou non, ais-je dit, c’est ce plus grand des prophètes ( ou « sages ») qu’il faut saluer le 25. Le premier à crier « amour et paix » quand, en son temps, tout était bien pire que chez les agressifs Talibans de l‘Afghanistan. Un fait.
B’en, en studio, j’étais fier de moi.
2-
Hier soir, une assemblée « monstre » qui nous a ému, Aile et moi. Des milliers d’ex-travailleurs du réseau français de la CiBiCi se retrouvaient pour cet anniversaire du « 50 ans » de la télé publique. Certains ex-camarades pas revus depuis presque deux décennies. Nous avions quoi?, 25, 35 ans quand nous entrions « bosser » pour cette télé débutante. Cheveux blanchis sur toutes les têtes dans couloirs et studios (vidés) du sous-bassement, rue René-Lévesque. Buffets, musique, bars. Étreintes. Souvenirs grattés. Oublis aussi. Nous cherchions un nom, des prénoms. Les uns en bonne forme, d’autres…oh la la ! Cannes, fauteuil roulant, parkinson, début de la saudite Alzaimer (malheureux C.D.), jambe coupée ( mon pauvre Peter F.), pacemakers cousus sur certaines poitrines, cher Roland G. On a ri de nos anciens projets fous, de nos déceptions, de nos bons coups.
On a revu d’ex-camarades avec qui on a eu de laides querelles. Éponges passées ! Oubliées ces chicanes des « productifs » anxieux d’antan. Hier soir, nous étions tous, un verre de rouge au fond de la main, « hors-circuit » désormais, mains tendues partout, accolades, baisers sur les joues.
Les employés actuels de la SRC étaient invités avec nous, les vétérans. Cela était bien. Jeunes visages croisant sans cesse des visages ridés, plissés, des regards mouillés. Ah oui, une réunion singulière. Chocs nombreux ! Revisiter ce grand studio 42 où je plantais tant de décors pour tant d’émissions de variété. Un frisson ! Un défilé cocasse : rappel d’anecdotes. Une étonnante veillée du « vieux poêle » mais trop de monde, trop de bruits, difficile de jaser à cœur ouvert avec d’anciens collaborateurs. Hélas, moi le demi-sourd, réduit à opiner du bonnet mécaniquement pour ne pas faire se répéter de trop des confidences… à voix trop basse. Il y a eu des cris aussi : cris de surprise et blagues du genre : je te croyais exilé à Paris (Maurice D.) !,je pensais que tu étais mort ( Raymond D.) ! Gros pow-wow chaleureux en fin de compte : un 5 à 8 qui nous a fait mesurer…le temps qui file. Tous, nous ne serons pas là au 75 ième anniversaire. On le sait. On n’y pense pas. C’est la vie, sa dure loi d’airain. Chantons : « Mais nous, nous serons morts, mes frères » !
3-
Pour les fédérats nous ne formons pas une nation, nous ne somme pas différents, et il n’y a qu’un pays (imposé) : le Canada. Aussi, ces fédérastes enrageaient hier que le Mexique fasse du Québec, « L’hôte d’honneur » (après Cuba cette année) à leur fameuse Foire du livre mexicaine de décembre 2003. Qu’ils en mangent une « sciau » ! Cependant que l’on voit (de là-bas) en « latins du nord », hum… Hélas non, nous sommes dans l’américanéité des choses et nous vivons dans le froid —la neige et la glace— six mois quasiment par année. Alors… latins du Nord… Ouengne, faudrait pas exagérer !
J’avais lu jadis des écrits du fameux Graham Green et je le jugeais « parano sur les bords » avec sa suspicion, « les gens de la CIA, disait-il, l’encerclaient ». Eh bien, hier matin, entrefilet de gazette : oui, le cher dissident britannique était sur la black list de la CIA ! Je lis « qu’on le suivait à la trace au FBI ».Amoureux de l,’Amérique latine ( lire : « Le pouvoir et la gloire ») Green fessait fort sur les ambitions impérialistes des USA. « Ingérence détestable », gueulait-il. L’article dit que Graham G. fréquentait et applaudissait les Fidel Castro et les Daniel Ortega. « Persona non grata » notaient les ambassadeurs de Washington. On fit un film de son roman; The end of an affair », c’était un bon film calqué sur un maudit bon roman. Il est mort en 19991, exilé toujours inquiet sur sa chère Côte d’Azur, là où il enquêtait en journaliste libre sur un maire de Nice magouilleur dangereux et craignait toujours —il publia un petit bouquin sur cette pègre française— une noire action de la mafia nicéenne.
4-
J’ai commencé jeudi dernier le deuxième chapitre de ce jeune missionnaire « éxilé » (mon titre de travail). au Mexique parmi des créoles, des métis et des « indiens » Très inquiet. Énervé même. C’est toujours ainsi. J’aime cette vulnérabilité d’écrire sans plan, de me laisser aller à me raconter à moi-même une histoire. C’est merveilleux, excitant, de ne pas savoir ce que va devenir mon héros et ses entourages. Cela peut avorter. C’est arrivé souvent. Pas grave. Soudain, besoin de savoir (il est temps) si, à Pont-Viau, les P.M.É avaient des gens en mission au Mexique ! Ah, j’ai Internet. Je pitonne… plein de mots mais… Rien. Pas moyen d’apprendre. Déception de cet Internet. J’irai fouillé, à la cave, dans de vieux tomes d’annales de ce séminaire qui formait l’oncle Ernest parti, lui, en Chine, vingt ans.
Le building de la cour arrière, Chemin Bates, s’élève tranquillement. Deux roulottes à « power machin » ronronnent bien fort en face du Phénix. Merde ! Ce bruit…les résidents qui endurent cela sans cesse. Oui, merde! Nous, on filait, à jeun, vers la Laurentie dès ce matin.
La Marie-tous-les-matins au téléphone : « Prêt pour nous revenir demain, vendredi, pré-enregistrement pour le 31 »? Oui, prêt, chère Marie-Claude. J‘aurai mon sac de « bonbons à ménagerie » ! Tous, en studio, ils vont bricoler. Un mél de Sainte-Thérèse : « on vous veut pour jaser « littérature » en février ». Je clique « oui ». Serais-je toujours vivant en février ? Je note toujours en réponse à ces invites : « Si Dieu me prête vie jusque-là ». L’on proteste chaque fois mais, au fond des choses, c’est une réalité. La mort ne m’a jamais fait peur. Jamais.
Marielle ma quasi-jumelle : une nouvelle lettre tantôt. Noirceur de sa vie, désespérance. Comment la réconforter ? Effet de ce temps des fêtes sur les « sans-enfants » ? Je ne sais trop. J’ai douze ans, rue Saint-Denis, un voyou l’a frappée, je cours chercher l’ignoble, venger chevaleresquement cette petite sœur humiliée, Marielle comptait sur ce grand frère. Là, devant moi, sa lettre si sombre et me voilà, le vieux, comme moins capable de la venger.
5-
Mon Marcogendre et webmaestre, avec Éliane, partis pour un week-end-hôtel à Saint-Jovite et… panne sur l’autoroute 15 ! Il a dû bifurquer —planer comme le commandant Picher— habilement de la voie extrême-droite à l’extrême-gauche. Danger ! Frissons ! Maudit moteur pété. Du pognon à verser, remorquage et garagistes. Adieu le séjour de repos. Ouash ! Ils nous invitent à souper dimanche alors que nous ramènerons de son concert philharmonique (à Terrebonne) le musicien de la famille, leur benjamin Gabriel.
Demain soir; souper avec les Cuillièrier, l’ex-réalisateur Pierre-Jean et sa filigrane Casserole. Tantôt, téléphone d’arrangement. Moi : « Dis-donc, tu étais pas là au grand pow-wow hier soir ? » Lui : « Oui, oui mais vous étiez au studio 43 avec les « vieux », pas moi » ! Le saligaud. Je vais lui secouer les cuillères demain soir.
La frétillante Pétrovski a rencontré la veuve active du grand Riopelle, l’abitibienne venue d’une grosse famile, Hughette Vachon. Deux décennies … ne les séparaient pas. Elle veillait sur son vieux hibou, oie noire dans son île. Elle a mis une série de « conditions » à cette interview ! On peut faire cela ? Pas question de parler
de l’héritage, des problèmes avec Iseult, la fille dévouée du peintre. Eh b’en ! Ainsi, Nathalie nous apprenait que le torchon brûlait donc ! On sait que cette « infirmière hors du commun » est « pour » le prestigieux déménagement de la fameuse sculpture (comme la fille Iseult) alors que des amis de Riopelle s’y opposent. Il y a un « dévédérom » sur celui qui dit en ouverture : « Je suis un oiseau sauvage, je ne me fixe jamais nulle part ». Ce qui n’erst pas bien vrai. Pas vraiment un nomade le Riopelle, allons ! Paris très longtemps —New-York pas longtemps— Sainte-Marguerite et puis son Île aux Grues. C’est tout. Légendes, mythologie, le cours normal des embellissements.
Justement, vu un bon docu (Artv) sur le sculpteur Charles Daudelin avant hier. J’ai toujours aimé ce gaillard d’en arrière de Dorval, au sud de Ville Saint-Laurent. Jeune , on le voyait à ses marionnettes, puis comme étalagiste aux vitrines de la SRC, hôtel Ford. Plus tard, la sculpture publique. Aussi de l’art sacré : belle chapelle de religieuses, le maître-autel si baroque de la chapelle du Sacré-Coeur, dans l’abside-est de l’église Notre-Dame. Surpris du peu de soins accordés à ses ouvrages, on a pu le voir rouspéter avec raison sur le .désintérêt des propriétaires de ces sculptures extérieures.
Nathalie la trotteuse, cette semaine, raconte son expédition chez le « maire » officieux des Trois-Pistoles, nul autre que mon éditeur actuel, V.-L. B. L’avantage d’avoir (si bien) illustrer un coin de province : là-bas, il est le chouchou. Et moi ? Rien pour mon Villeray (si bien ?) illustré. .Mais moi je n’ai pas fondé un centre d’art dans mon quartier natal. Eh ! Ça m’apprendra. Fou, lisant l’amour bien chaud porté à cet enfant du lieu, je me suis imaginé tenancier-animateur d’un vibrant « café d’art » rue de Castelnau dans Sainte-Cécile. .Des vieux comme moi y viendraient tisser des souvenirs, je rêve…des jeunes boivent nos paroles… Et puis, je me suis réveillé.
Ainsi, au grand caucus radiocanadien hier soir, rencontre avec le nouveau patron D. Gourd, rejeton des grouillants Gourd abitibiens, il me lance : « Ah, mon cher Jasmin, vous nous avez donné de si jolis feuilletons dans les années ‘70 et ‘80, il faut nous préparer vite une nouvelle grande histoire vécue, vous avez le don des réminiscences enjouées… » Daniel Gourd cause, cause, me fait rêver d’aise
et…je me réveille encore, maudit !
En vérité, nous nous sommes salués brièvement, je lui ai souhaité « bonne chance » avec son nouveau gouvernail. Il aura besoin d’un vrai bon appareil en effet pour redresser le vaisseau (public sans grand public hélas ) qui plonge, qui plonge !
6-
« Falar d’eau » (fardeau sur sa tête sans cesse, comme accablé ) hier à TVA avec le Grand blond. Il vise juste : « Nous étions 50 % jadis, puis 25 %…nous ne serons plus un jour ( en 2020 ?) qu’un tout petit 10 % parmi les Canadians et on nous dira avec raison, ayant refusé notre propre patrie, « taisez-vous, minorité insignifiante » Ainsi Foglia, samedi, parlait de cette même bouche : une majorité finit toujours par assimiler une minorité . Eh ! Mais, lui, il causait sur les Montagnais ( Innus ) voulant se développer à côté de la majorité blanche sur la Côte Nord. Graves querelles en vue par là ! Chevrette en arroseur d’incendie prévisible. La majorité gueule : Privilèges à ces tribus en chamaille et pourquoi ? « Pour avoir la paix », n’ose pas répondre Québec-Landry. Puisqu’ils ne veulent pas s’intégrer à nous tous, Québécois. .Les « Indiens » disent : « Quoi, quoi ?, vous autres aussi, vous refusez bien de vous intégrer à votre « majority canadian », non ? Eh !
Voulez-vous bien me dire pourquoi tant d’entre nous continuons à bosser dans ce terrible monde des arts et spectacles ? Voyez : un certain Dominique Champagne fait feu des quatre fers un bon jour, est unanimement acclamé, avec son « Cabaret :neiges noires » et », et puis, il est invité au prestigieux TNM, et puis on va l’engager au fameux Cirque du soleil. Récemment, il remonte un show fou, « Vacarmes… ». Badang ! Crotte 1 Erreur. Échec. Critiques défavorables partout. Unanimité de nouveau : le Champagne nouveau est fade ! Imbuvable. Oui, un curieux de métier, je vous le dis. Il va se relever de cet éreintement et, fou, repartira dans une autre aventure scénique. Tous faits de cette étoffe bizarre, tous faits de cette farine…qui rend le « clown rouge » tout blanc de méprise soudain.
Un fait troublant : ces surdoués, brillants, imagiers actuels dédaignent les textes. Je songe à tant de textes (de jeunes auteurs) qui dorment sur les tablettes du centre CEAD. Pas de scénario solide ( l’histoire ), c’est là que le bât blessait chez Cha,mpagne, disent tous les éreinteurs.
Mon ex-petit camarade de l’École du meuble, Gilles Derome, un matin récent en lettre ouverte du Devoir récidive en voulant nous symboliser « Séraphin et Donalda ». Manie : il cite. Pourquoi faire le cuistre, étaler sa…confiture ? Il cite sans cesse. Cette fois, face à du Grignon, Pascal, « Monsieur Teste », Bourdieu, Bloy, Valéry. Et lui, mon cher vieux Derome, il en dirait quoi au juste de l’avarice ? Paravent refuge ? Peur de s’exprimer seul dans l’arène ? Mercredi, Nat Pétro fonce elle : Séraphin et Angélil, combats voisins ! L’avare gérant de Céline Dion aurait eu, — sa première « créature » viande à chien— une Donalda à …maganer, l’ex-chanteuse Anne Renée. Ce « René et Renée », fatal combat, se lirait dans le récent bouquin signé Jean Beaunoyer. Le confident du J.B. ? Un certain Beaulne, ex-compagnon-Baronet du René. Pris de remords tardifs, Beaulne voudrait faire effacer ses révélations ! L’éditeur doit espérer une « colère avec avocat et huissier » de ce Séraphin Poudrier moderne. Un monde de papotage-potinage inouï !
7-
Un reporter anglo d’ici écrit —avec grand succès me dit-on— dans le « Mirror ». Kritsian Gravenor, son nom. Un montréaliste dévoué et doué. Curieux de tout. Or, il confie (La Presse), que son journal préféré est « Allô Police ». C’est là, dit-il, que, le plus souvent, il l déniche ses sujets d’articles ! Simonac : je le crois car j’ai toujours voulu m’y plonger, je résistais, je l’avoue, par snobisme. Je devine en effet, que les drames humains y pullulent.
Chez Bazzo, mon étouffé de tousseur de Bourgault, tout épaté par « le magnifique sens des cérémonies » en France. Que j’ai raté à la télé du canal Tv-5, merde ! Il parle de « Dumas entrant au Panthéon ». Hier soir, marchant vers le mémorial aux anciens, Alexandre Dumas, en personne, nous apparaît —foulard-lavalière au cou, ample manteau, le gant noble— le verbe haut, derrière une camionnette chargée du bordel-à-filmer. Alexandre Dumas s’en allait vers un site funèbre comme à l’accoutumée. Je dis : « On n’ira donc pas, Alexandre, à la fête-50 ans »? Modeste panthéon ! Lui : « Oh non, ennuyeux ces chiards ». Une portière de voiture claque sous les gigantesques soucoupes hertziennes du parking. Dumas s’en va, mousquetaire en actualités.
Je reviens de l’École-magasin-culinaire. Bon stock ! Mais… faiblesse : biscuits au chocolat et un autre dessert ! Aile examinant ma chasse aux aubaines : « Ah, sucrerie hein » ? Non mais… est-y fatigante ?
8-
Hier soir, revenus du Panhéon-Vieilles-Gloires, vu à TVA, après le sieur de La Brêche, Michel Jasmin, mon cousin de Saint-Laurent. Il confessait en abbé sérieux Anne Létourneau —« je suis la fille du Pirate Maboul, répétera-t-elle— qui se sort assez bien de crises de boulimies atroces. Le sucre (ah, elle aussi !) était sa drogue, dit-elle. Elle se cacjait, se taisait, n’arrivait pas calmer des fringales pantagruélesques ! Engraissait à vue d’oeil. évidemment. « Tous autour de moi restaient muets, par charrité., par politesse… » dit-elle à Jasmin. Un jour, elle dit avoir fini par comprendre qu’il faut (comme pour les alcoos) de l’aide. Elle découvrira ANEB, un groupe efficace. Thérapies. Nouveau sucre : Anne, ma sœur Anne…navigue dans spiritualités exotiques, réincarnations, consultations de voyantes.
Aile et moi étonnés, on l’écoute raconter : « Un matin, une voix me parle à Key West : « Sors, ton nouvel homme est là, sur une galerie, pas loin, va ! Il est beau comme un acteur, il est brillant, il est cultivé ». L’actrice, fille de Monique Lepage ajoute : « C’était vrai ! Il était tout près, sur son balcon ( allô Roméo !) et ce sera le bonheur. Et j’ai ma petite Chinoise que j’ai adoptée ». Photo. Rideau ! La télé ainsi est un peu, parfois, du « Allô Police ». Mais en rose !
Tantôt, à l’École des petits chefs, je lis sur l’histoire des Hébreux. Une sorte de glossaire. Les grands noms des grands fondateurs. Documenter un peu mes synapses de neurones… en vue de mon roman in progress, « L’éxilé ».
Quand l’entrée finale du journal. Quand ? Redire que j’achève !

JOURNÉES NETTES – 5 décembre 2002

1-

Mon Dieu, excitation chez moi ! Avant-dernier fion scripturaire du journalisant ? Ou deux entrées ? Je le répète : ma fierté. d’avoir tenu le coup durant 365 jours !

Pleins paniers de notes disparues dans mon bac à recyclage. Le 9 : liberté totale.

À part mon hebdo : « Poing comme… » et…ce drôle de roman sur mon Exilé !

Hier, en ville, suis allé chercher une demi-douzaine de livres chez « Robert-Bourassa » (rue Saint-Just à Outremont). Sur le Mexique, sur le Coran, sur le bouddhisme, sur la Thora…et un petit dico français-espagnol.

Je devrai, plus tard, me trouver des textes sur François (d’Assise) et sur Thérèse ( d’Avila). Sur ma lancée, mon projet de livre, mardi matin, à « Tous l;es matins », au moment du générique, j’ai recommandé aux grands-parents de parler aux enfants, pour Noël s’en venant, de Jésus. Eh ! C’est sa naissance que l’on célèbre, non ? Pas Père-Noël-Coca-Cola, ni consommations effrénées, pas vrai ? Que l’on soit croyant ou non, ais-je dit, c’est ce plus grand des prophètes ( ou « sages ») qu’il faut saluer le 25. Le premier à crier « amour et paix » quand, en son temps, tout était bien pire que chez les agressifs Talibans de l‘Afghanistan. Un fait.

B’en, en studio, j’étais fier de moi.

2-

Hier soir, une assemblée « monstre » qui nous a ému, Aile et moi. Des milliers d’ex-travailleurs du réseau français de la CiBiCi se retrouvaient pour cet anniversaire du « 50 ans » de la télé publique. Certains ex-camarades pas revus depuis presque deux décennies. Nous avions quoi?, 25, 35 ans quand nous entrions « bosser » pour cette télé débutante. Cheveux blanchis sur toutes les têtes dans couloirs et studios (vidés) du sous-bassement, rue René-Lévesque. Buffets, musique, bars. Étreintes. Souvenirs grattés. Oublis aussi. Nous cherchions un nom, des prénoms. Les uns en bonne forme, d’autres…oh la la ! Cannes, fauteuil roulant, parkinson, début de la saudite Alzaimer (malheureux C.D.), jambe coupée ( mon pauvre Peter F.), pacemakers cousus sur certaines poitrines, cher Roland G. On a ri de nos anciens projets fous, de nos déceptions, de nos bons coups.

On a revu d’ex-camarades avec qui on a eu de laides querelles. Éponges passées ! Oubliées ces chicanes des « productifs » anxieux d’antan. Hier soir, nous étions tous, un verre de rouge au fond de la main, « hors-circuit » désormais, mains tendues partout, accolades, baisers sur les joues.

Les employés actuels de la SRC étaient invités avec nous, les vétérans. Cela était bien. Jeunes visages croisant sans cesse des visages ridés, plissés, des regards mouillés. Ah oui, une réunion singulière. Chocs nombreux ! Revisiter ce grand studio 42 où je plantais tant de décors pour tant d’émissions de variété. Un frisson ! Un défilé cocasse : rappel d’anecdotes. Une étonnante veillée du « vieux poêle » mais trop de monde, trop de bruits, difficile de jaser à cœur ouvert avec d’anciens collaborateurs. Hélas, moi le demi-sourd, réduit à opiner du bonnet mécaniquement pour ne pas faire se répéter de trop des confidences… à voix trop basse. Il y a eu des cris aussi : cris de surprise et blagues du genre : je te croyais exilé à Paris (Maurice D.) !,je pensais que tu étais mort ( Raymond D.) ! Gros pow-wow chaleureux en fin de compte : un 5 à 8 qui nous a fait mesurer…le temps qui file. Tous, nous ne serons pas là au 75 ième anniversaire. On le sait. On n’y pense pas. C’est la vie, sa dure loi d’airain. Chantons : « Mais nous, nous serons morts, mes frères » !

3-

Pour les fédérats nous ne formons pas une nation, nous ne somme pas différents, et il n’y a qu’un pays (imposé) : le Canada. Aussi, ces fédérastes enrageaient hier que le Mexique fasse du Québec, « L’hôte d’honneur » (après Cuba cette année) à leur fameuse Foire du livre mexicaine de décembre 2003. Qu’ils en mangent une « sciau » ! Cependant que l’on voit (de là-bas) en « latins du nord », hum… Hélas non, nous sommes dans l’américanéité des choses et nous vivons dans le froid —la neige et la glace— six mois quasiment par année. Alors… latins du Nord… Ouengne, faudrait pas exagérer !

J’avais lu jadis des écrits du fameux Graham Green et je le jugeais « parano sur les bords » avec sa suspicion, « les gens de la CIA, disait-il, l’encerclaient ». Eh bien, hier matin, entrefilet de gazette : oui, le cher dissident britannique était sur la black list de la CIA ! Je lis « qu’on le suivait à la trace au FBI ».Amoureux de l,’Amérique latine ( lire : « Le pouvoir et la gloire ») Green fessait fort sur les ambitions impérialistes des USA. « Ingérence détestable », gueulait-il. L’article dit que Graham G. fréquentait et applaudissait les Fidel Castro et les Daniel Ortega. « Persona non grata » notaient les ambassadeurs de Washington. On fit un film de son roman; The end of an affair », c’était un bon film calqué sur un maudit bon roman. Il est mort en 19991, exilé toujours inquiet sur sa chère Côte d’Azur, là où il enquêtait en journaliste libre sur un maire de Nice magouilleur dangereux et craignait toujours —il publia un petit bouquin sur cette pègre française— une noire action de la mafia nicéenne.

4-

J’ai commencé jeudi dernier le deuxième chapitre de ce jeune missionnaire « éxilé » (mon titre de travail). au Mexique parmi des créoles, des métis et des « indiens » Très inquiet. Énervé même. C’est toujours ainsi. J’aime cette vulnérabilité d’écrire sans plan, de me laisser aller à me raconter à moi-même une histoire. C’est merveilleux, excitant, de ne pas savoir ce que va devenir mon héros et ses entourages. Cela peut avorter. C’est arrivé souvent. Pas grave. Soudain, besoin de savoir (il est temps) si, à Pont-Viau, les P.M.É avaient des gens en mission au Mexique ! Ah, j’ai Internet. Je pitonne… plein de mots mais… Rien. Pas moyen d’apprendre. Déception de cet Internet. J’irai fouillé, à la cave, dans de vieux tomes d’annales de ce séminaire qui formait l’oncle Ernest parti, lui, en Chine, vingt ans.

Le building de la cour arrière, Chemin Bates, s’élève tranquillement. Deux roulottes à « power machin » ronronnent bien fort en face du Phénix. Merde ! Ce bruit…les résidents qui endurent cela sans cesse. Oui, merde! Nous, on filait, à jeun, vers la Laurentie dès ce matin.

La Marie-tous-les-matins au téléphone : « Prêt pour nous revenir demain, vendredi, pré-enregistrement pour le 31 »? Oui, prêt, chère Marie-Claude. J‘aurai mon sac de « bonbons à ménagerie » ! Tous, en studio, ils vont bricoler. Un mél de Sainte-Thérèse : « on vous veut pour jaser « littérature » en février ». Je clique « oui ». Serais-je toujours vivant en février ? Je note toujours en réponse à ces invites : « Si Dieu me prête vie jusque-là ». L’on proteste chaque fois mais, au fond des choses, c’est une réalité. La mort ne m’a jamais fait peur. Jamais.

Marielle ma quasi-jumelle : une nouvelle lettre tantôt. Noirceur de sa vie, désespérance. Comment la réconforter ? Effet de ce temps des fêtes sur les « sans-enfants » ? Je ne sais trop. J’ai douze ans, rue Saint-Denis, un voyou l’a frappée, je cours chercher l’ignoble, venger chevaleresquement cette petite sœur humiliée, Marielle comptait sur ce grand frère. Là, devant moi, sa lettre si sombre et me voilà, le vieux, comme moins capable de la venger.

5-

Mon Marcogendre et webmaestre, avec Éliane, partis pour un week-end-hôtel à Saint-Jovite et… panne sur l’autoroute 15 ! Il a dû bifurquer —planer comme le commandant Picher— habilement de la voie extrême-droite à l’extrême-gauche. Danger ! Frissons ! Maudit moteur pété. Du pognon à verser, remorquage et garagistes. Adieu le séjour de repos. Ouash ! Ils nous invitent à souper dimanche alors que nous ramènerons de son concert philharmonique (à Terrebonne) le musicien de la famille, leur benjamin Gabriel.

Demain soir; souper avec les Cuillièrier, l’ex-réalisateur Pierre-Jean et sa filigrane Casserole. Tantôt, téléphone d’arrangement. Moi : « Dis-donc, tu étais pas là au grand pow-wow hier soir ? » Lui : « Oui, oui mais vous étiez au studio 43 avec les « vieux », pas moi » ! Le saligaud. Je vais lui secouer les cuillères demain soir.

La frétillante Pétrovski a rencontré la veuve active du grand Riopelle, l’abitibienne venue d’une grosse famile, Hughette Vachon. Deux décennies … ne les séparaient pas. Elle veillait sur son vieux hibou, oie noire dans son île. Elle a mis une série de « conditions » à cette interview ! On peut faire cela ? Pas question de parler

de l’héritage, des problèmes avec Iseult, la fille dévouée du peintre. Eh b’en ! Ainsi, Nathalie nous apprenait que le torchon brûlait donc ! On sait que cette « infirmière hors du commun » est « pour » le prestigieux déménagement de la fameuse sculpture (comme la fille Iseult) alors que des amis de Riopelle s’y opposent. Il y a un « dévédérom » sur celui qui dit en ouverture : « Je suis un oiseau sauvage, je ne me fixe jamais nulle part ». Ce qui n’erst pas bien vrai. Pas vraiment un nomade le Riopelle, allons ! Paris très longtemps —New-York pas longtemps— Sainte-Marguerite et puis son Île aux Grues. C’est tout. Légendes, mythologie, le cours normal des embellissements.

Justement, vu un bon docu (Artv) sur le sculpteur Charles Daudelin avant hier. J’ai toujours aimé ce gaillard d’en arrière de Dorval, au sud de Ville Saint-Laurent. Jeune , on le voyait à ses marionnettes, puis comme étalagiste aux vitrines de la SRC, hôtel Ford. Plus tard, la sculpture publique. Aussi de l’art sacré : belle chapelle de religieuses, le maître-autel si baroque de la chapelle du Sacré-Coeur, dans l’abside-est de l’église Notre-Dame. Surpris du peu de soins accordés à ses ouvrages, on a pu le voir rouspéter avec raison sur le .désintérêt des propriétaires de ces sculptures extérieures.

Nathalie la trotteuse, cette semaine, raconte son expédition chez le « maire » officieux des Trois-Pistoles, nul autre que mon éditeur actuel, V.-L. B. L’avantage d’avoir (si bien) illustrer un coin de province : là-bas, il est le chouchou. Et moi ? Rien pour mon Villeray (si bien ?) illustré. .Mais moi je n’ai pas fondé un centre d’art dans mon quartier natal. Eh ! Ça m’apprendra. Fou, lisant l’amour bien chaud porté à cet enfant du lieu, je me suis imaginé tenancier-animateur d’un vibrant « café d’art » rue de Castelnau dans Sainte-Cécile. .Des vieux comme moi y viendraient tisser des souvenirs, je rêve…des jeunes boivent nos paroles… Et puis, je me suis réveillé.

Ainsi, au grand caucus radiocanadien hier soir, rencontre avec le nouveau patron D. Gourd, rejeton des grouillants Gourd abitibiens, il me lance : « Ah, mon cher Jasmin, vous nous avez donné de si jolis feuilletons dans les années ‘70 et ‘80, il faut nous préparer vite une nouvelle grande histoire vécue, vous avez le don des réminiscences enjouées… » Daniel Gourd cause, cause, me fait rêver d’aise

et…je me réveille encore, maudit !

En vérité, nous nous sommes salués brièvement, je lui ai souhaité « bonne chance » avec son nouveau gouvernail. Il aura besoin d’un vrai bon appareil en effet pour redresser le vaisseau (public sans grand public hélas ) qui plonge, qui plonge !

6-

« Falar d’eau » (fardeau sur sa tête sans cesse, comme accablé ) hier à TVA avec le Grand blond. Il vise juste : « Nous étions 50 % jadis, puis 25 %…nous ne serons plus un jour ( en 2020 ?) qu’un tout petit 10 % parmi les Canadians et on nous dira avec raison, ayant refusé notre propre patrie, « taisez-vous, minorité insignifiante » Ainsi Foglia, samedi, parlait de cette même bouche : une majorité finit toujours par assimiler une minorité . Eh ! Mais, lui, il causait sur les Montagnais ( Innus ) voulant se développer à côté de la majorité blanche sur la Côte Nord. Graves querelles en vue par là ! Chevrette en arroseur d’incendie prévisible. La majorité gueule : Privilèges à ces tribus en chamaille et pourquoi ? « Pour avoir la paix », n’ose pas répondre Québec-Landry. Puisqu’ils ne veulent pas s’intégrer à nous tous, Québécois. .Les « Indiens » disent : « Quoi, quoi ?, vous autres aussi, vous refusez bien de vous intégrer à votre « majority canadian », non ? Eh !

Voulez-vous bien me dire pourquoi tant d’entre nous continuons à bosser dans ce terrible monde des arts et spectacles ? Voyez : un certain Dominique Champagne fait feu des quatre fers un bon jour, est unanimement acclamé, avec son « Cabaret :neiges noires » et », et puis, il est invité au prestigieux TNM, et puis on va l’engager au fameux Cirque du soleil. Récemment, il remonte un show fou, « Vacarmes… ». Badang ! Crotte 1 Erreur. Échec. Critiques défavorables partout. Unanimité de nouveau : le Champagne nouveau est fade ! Imbuvable. Oui, un curieux de métier, je vous le dis. Il va se relever de cet éreintement et, fou, repartira dans une autre aventure scénique. Tous faits de cette étoffe bizarre, tous faits de cette farine…qui rend le « clown rouge » tout blanc de méprise soudain.

Un fait troublant : ces surdoués, brillants, imagiers actuels dédaignent les textes. Je songe à tant de textes (de jeunes auteurs) qui dorment sur les tablettes du centre CEAD. Pas de scénario solide ( l’histoire ), c’est là que le bât blessait chez Cha,mpagne, disent tous les éreinteurs.

Mon ex-petit camarade de l’École du meuble, Gilles Derome, un matin récent en lettre ouverte du Devoir récidive en voulant nous symboliser « Séraphin et Donalda ». Manie : il cite. Pourquoi faire le cuistre, étaler sa…confiture ? Il cite sans cesse. Cette fois, face à du Grignon, Pascal, « Monsieur Teste », Bourdieu, Bloy, Valéry. Et lui, mon cher vieux Derome, il en dirait quoi au juste de l’avarice ? Paravent refuge ? Peur de s’exprimer seul dans l’arène ? Mercredi, Nat Pétro fonce elle : Séraphin et Angélil, combats voisins ! L’avare gérant de Céline Dion aurait eu, — sa première « créature » viande à chien— une Donalda à …maganer, l’ex-chanteuse Anne Renée. Ce « René et Renée », fatal combat, se lirait dans le récent bouquin signé Jean Beaunoyer. Le confident du J.B. ? Un certain Beaulne, ex-compagnon-Baronet du René. Pris de remords tardifs, Beaulne voudrait faire effacer ses révélations ! L’éditeur doit espérer une « colère avec avocat et huissier » de ce Séraphin Poudrier moderne. Un monde de papotage-potinage inouï !

7-

Un reporter anglo d’ici écrit —avec grand succès me dit-on— dans le « Mirror ». Kritsian Gravenor, son nom. Un montréaliste dévoué et doué. Curieux de tout. Or, il confie (La Presse), que son journal préféré est « Allô Police ». C’est là, dit-il, que, le plus souvent, il l déniche ses sujets d’articles ! Simonac : je le crois car j’ai toujours voulu m’y plonger, je résistais, je l’avoue, par snobisme. Je devine en effet, que les drames humains y pullulent.

Chez Bazzo, mon étouffé de tousseur de Bourgault, tout épaté par « le magnifique sens des cérémonies » en France. Que j’ai raté à la télé du canal Tv-5, merde ! Il parle de « Dumas entrant au Panthéon ». Hier soir, marchant vers le mémorial aux anciens, Alexandre Dumas, en personne, nous apparaît —foulard-lavalière au cou, ample manteau, le gant noble— le verbe haut, derrière une camionnette chargée du bordel-à-filmer. Alexandre Dumas s’en allait vers un site funèbre comme à l’accoutumée. Je dis : « On n’ira donc pas, Alexandre, à la fête-50 ans »? Modeste panthéon ! Lui : « Oh non, ennuyeux ces chiards ». Une portière de voiture claque sous les gigantesques soucoupes hertziennes du parking. Dumas s’en va, mousquetaire en actualités.

Je reviens de l’École-magasin-culinaire. Bon stock ! Mais… faiblesse : biscuits au chocolat et un autre dessert ! Aile examinant ma chasse aux aubaines : « Ah, sucrerie hein » ? Non mais… est-y fatigante ?

8-

Hier soir, revenus du Panhéon-Vieilles-Gloires, vu à TVA, après le sieur de La Brêche, Michel Jasmin, mon cousin de Saint-Laurent. Il confessait en abbé sérieux Anne Létourneau —« je suis la fille du Pirate Maboul, répétera-t-elle— qui se sort assez bien de crises de boulimies atroces. Le sucre (ah, elle aussi !) était sa drogue, dit-elle. Elle se cacjait, se taisait, n’arrivait pas calmer des fringales pantagruélesques ! Engraissait à vue d’oeil. évidemment. « Tous autour de moi restaient muets, par charrité., par politesse… » dit-elle à Jasmin. Un jour, elle dit avoir fini par comprendre qu’il faut (comme pour les alcoos) de l’aide. Elle découvrira ANEB, un groupe efficace. Thérapies. Nouveau sucre : Anne, ma sœur Anne…navigue dans spiritualités exotiques, réincarnations, consultations de voyantes.

Aile et moi étonnés, on l’écoute raconter : « Un matin, une voix me parle à Key West : « Sors, ton nouvel homme est là, sur une galerie, pas loin, va ! Il est beau comme un acteur, il est brillant, il est cultivé ». L’actrice, fille de Monique Lepage ajoute : « C’était vrai ! Il était tout près, sur son balcon ( allô Roméo !) et ce sera le bonheur. Et j’ai ma petite Chinoise que j’ai adoptée ». Photo. Rideau ! La télé ainsi est un peu, parfois, du « Allô Police ». Mais en rose !

Tantôt, à l’École des petits chefs, je lis sur l’histoire des Hébreux. Une sorte de glossaire. Les grands noms des grands fondateurs. Documenter un peu mes synapses de neurones… en vue de mon roman in progress, « L’éxilé ».

Quand l’entrée finale du journal. Quand ? Redire que j’achève !

Le vendredi 29 novembre 2002

1-
La belle neige, immaculée conception céleste, partout ce matin ! Ai perdu mon trousseau de clés ! Quand ? Où ? Je fouille partout. Merdre ! Robert Sansfaçon du DEV me fait comprendre que les permanents du canard détestent les pigistes, ces « voleurs d’espaces » que l’on chicane tant. .. Le dit pas aussi clairement. Mais je connais bien la situation. Partout où j’ai sévi (« le gars qui a un papier « libre », à humeurs, sans devoir s’asseoir de jours au journal !) j’ai senti cette…jalousie. Il me dit aussi « pas d’argent ». Je devine bien. Tant pis, le lectorat de l’avenue de Bleury se passera de mes lignes géniales, n’est-ce pas ? Il termine avec un mince espoir… « si jamais, un jour… » Ouen, ouen !
Le Salon du livre de l’Abitibi me veut. J’irai. Je voudrais revoir cette belle et austère province québécoise. L’hebdo « Accès.. » parlera de mon « À coeur de jour », en ai la promesse. Bien. Je ramasse des notes, fait un plan vague pour mon « Exilé, Ernesto ». Le ferais-je ? « Je suis parfois enceinte… » comme dit un topo pour la série « TABLO » annoncant mon passage pour cette semaine à ARTV.
2-
Carole-sommet-bleu n’est pas revenue ici ce matin comme promis, je suis sans « Wordl machin ». Promesse non tenue. La soeur de ma bru bosse comme une négrese (hon !) ces temps-ci. Contrats variés pour cette ordinophile échevelée ! Je lis dans mes deux magazines d’Histoire: j’en apprends. Sur le bouddhisme. Ouash ! Fatras (pseudo-philosophiques) semblable aux religions en titraillements. Les commentateurs expliquant (savamment ?) les premiers gestes du père fondateur. Oh ce Jésus…qui n’a pas écrit, lui, une seule ligne, hors ses barbots dans le sable face à la femme adultère…qu’on allait lapider (salut Nigéria !). Jésus qui ne voulait pas fonder une religion, lui. Le divin Bouddha malmené est exilé (sa pensée, très commentée ) en Indochine, en Chine, au Japon, et …en Californie plus tard, au Québec comme en France, mis à mille sauces.
Lecture aussi sur la Renaissance dans ces magazines de vulgarisation. Bonnes critiques sur des enflammés de cette époque. Lire c’est s’instruure. Sur Napoléon.
Sur tant d’autres sujets, « pas hot », mieux, toujours d’actualité tant la planète est le sujet des gloses le plus diverses. Longs et fascinants articles sur les Protestants, sur Luther et sur Calvin. Je garderai tout cela pour la branche-Barrière, convertie aux baptistes évangéliques, virage dont j’apprcie soivent les bienfaits et qui me donne même parfois la nostalgie d’une église, d’une quoi, d’un lieu de rassemblement commun, de paretage d’une…foi. Je ne serai jamais un vrai mécréant ? Ce projet de roman, justement, me fera plonger dans ce monde: vertu, dévouement total, mission, interrogations sur être ou avoir. Le grand âge venu, ambition de laisser un livre important…un bouquin pour faire réfléchir (moi, le premier). On verra bien.
3-
André Pratte à La Presse est un chien. C’est Alain Dubuc qui le dit. Hier. À McGill. Lisez, verbatin: « À l’intérieur de la page éditoriale (…) l’influence du patron (propriétaire) se manifeste « . ? Clair non ? Relire « Le chien et le loup » de Lafontaine. Sur la liberté mais « avec collier ». Pratte en page éditoriale est un chien. Je suis un loup. Sans espace public populaire pour m’exprimer et influencer. Ah ! Pas de braillage, c’est le sort du loup. Ta gueule et… « il court encore », dit le fabuliste. Je cours. En liberté totale.
Oh le beau et bon film d’une cinéaste douée hier soir au « Pine » en bas de la côte Morin. « Comment j’ai tué mon père », un récit fascinant. Michel Bouquet en père dénaturé y est éblouissant. Aile les larmes aux yeux. Trempes les miens. Effrayante rencontre entre un jeune gérontologue à grand succès, avec clinique florissante et splendide domaine à Versailles, proche de Paris, et ce papa revenant, fantôme. Le père qui, soudain, fuyait ses responsabilités…en ex-colonie africaine. Qui est revenu en France les mains vides, voir ce fils abandonné. Il a été chassé par les émeutiers en chamailles tribales là-bas. Face à face troublant. Des cris à la fin. Quelques répliques consistantes, impitoyables dans ces pitoyables retrouvailles. L’excellent cinéma d’auteure.
4-
Ma Francine, ici hier, avec des potinages fous. Une « échappeuse de noms » (names droper) forcenée ! À l’entendre X, ce pieux preacher (radio de soir, etc) n’est qu’un fumiste, un vil imposteur, amateur d’orgies, de bacchanales « raspoutiennes ». Mythomanie, probablement. J’en connais de ces divulgueurs de « vie privée », ils répandent et agrandissent des légendes urbaines folichonnes. Me méfier chaque fois car il m’est arrivé d’avoir pu vérifier certains bobards ‹sur l’animateur Giguère par exemple avec qui j’ai travaillé longtemps‹ et de constater des inventions absolument niaises. On veut quoi, se montrer intéressant ? L’on craint n’être pas assez captivant soi-même et l’on sombre alors dans le bavardage mondain ‹et diffamateur‹ éhonté.
À la télé hier soir, zappinage, « Trudeau » la suite, RDI, T.Q, « Le septième », un bon docu: sur les « junketts », ces patentes alléchantes payés par les firmes de cinéma riches. Bilets d’avion offerts pour rencontrer une vedette à Los Angeles, par exemple. Les participants se défendent. Bien parfois, bien mal aussi. Une certaine gêne. Isabelle Massé troublée par des questions d’éthique. La jolie Miss Diaz-nez-bouché aussi, il me semblait. Le reporter et critique Daniel Roux, si vieilli, tous, montrés en collabos pas toujours embarrassés. Ce Rioux (souvenir) je l’avais toisé vertement un jour ‹à mon micro de CJMS‹ à propos justement de ces ententes louches. Enragé, il m’avait viré raidement. Seule la vérité blesse ? Le voilà devenu plus prudent si j’en crois sa méfiance actuelle face aux « acheteurs » de chroniqueurs ‹logés, nourris, voyagés gratuitement.
5-
À Historia: le New-York de jadis bien raconté. Le temps de la Crise. Le « new deal » de Roosevelt.Le fameux urbaniste Robert Moose, qui va unifier New-York joignant le Bronx, Queen et Long Island avec ponts et tunnels nouveaux. Des cimenteries s’installent partout. Des jobs enfin pour les mal-pris. 180 millions de dollars (du temps) qui rouleront. Harlem qui éclatera, premiers émeutiers, bien avant les conflits du temps de Kennedy et de L.B. Johnson. Un personnage grouillant, visionnaire, un tribun habile, avec ses audaces, ses visions modernistes: de nouveaux parcs, un « périphérique » sur les berges de l’Hudson enfin nettoyées ‹comme Paris beaucoup plus tard. Le maire La Guardia, méprisant le populo, très jaloux de ce développeur inouï. Des images de ces années ’30 sur films en noir et blanc. L’Expo universelle de 1939 dans Central Park. Pavillons futuristes comme ici, en 1967.
Immense pavillon de G.M. prévoyant (maquettes futuristes en animation ) une cité sans plus aucun piéton, avec plein d’automobiles dans des corridors multiples partout, autoroutes urbaines à dix voies ! Une mégapole sur roues, bien remplie de véhicules: drôle l’égocentrique vision futuriste « sauce véhicules ». Un prêche visuel pour la « paroisse G.M. » La guerre qui surgit dès las fin de 1940, qui stoppera ponts, viaducs, tunnels, métros nouveaux …en construction ou sur plans. Tout ces projets fantasques qui figent ! La ferraille de cette expo ramassée pour l’effort de guerre. Quatre ans d’immobilisme.
Enfin, à TV-5, images toujours troublantes du Nunavik, des gens primitifs tiraillés. 4,000 ans de survivance héroïque ! Je ne me lasse pas de cette imagerie arctique si nue ! Une culture âpre, sommaire, us et coutumes de ces Innuits bouleversés par des Blancs qui montent enseigner…le progrès. Fameux documentaire. Ma foi, sans cette télé des canaux spécialisés, où irais-je donc fureter ? Je lirais.
Rencontré mardi un Guy Provost amoché dans le hall de la SRC. Il sort d’une autre opération. « La cariotide cette fois », me dit-il. Il aura 77 ans bientôt. Il m’a semblé si fragile. Oh oui ! Rencontré un de mes éditeurs, Lanctôt, mardi soir, à La Moulerie. Installé dans un recoin du restau avec une jeune beauté. Froid plutôt, a constaté l’amie Marie-Josée à qui je le présente. Bouderie qui dure depuis mon… envolée chez un rival, Beaulieu ? Sais pas. En tous cas, clairement, pas envie de bavarder avec nous trois. Moi qui avait envie de lui parler d’ « Enfant de Villeray » à éditer en poche…Bon, bon.
6-
Aile effrayée, troublée, et moi itou, quand nous regardons, à Tv-5, (« Envoyé spécial ») un reportage sur l’inceste familial. Une fillette qui doit dénoncer son père. Oh ! les ajustements tatillons à faire en cours d’une telle enquête. La police avec des psys spécialisés. On marche sur des oeufs. La crainte d’enfreindre la loi. Ce père dénaturé, dans une salle « à rencontre fatidique », qu’on va piéger. Bête immonde, à la voix qui s’étouffe face à sa fillette, pas loin, qui enfin le dénonce, on met du « bip » sur les paroles crues énoncées « Tu n’as jamais été un papa », criera-t-elle, « c’est ma mère qui est mon père maintenant ». On la voit s’éloigner dans un couloir, sa petite main dans celle de sa psy. L’incestueux ‹ »elle me provoquait en dansant nue devant moi »‹ tremblant de peur trop tard, aux aguets, il frémit, sachant bien qu’il aura 20 ans de prison au bout de ce chemin tortueux « de faire la preuve ». Une émission fascinante.
7-
Chez Arcand en direct (TVA) : Yvon Deschamps et Lise Dion, franche et naturelle toujours. On cause « argent vite gagné (par millions) quand on vient d’un milieu pauvre ». Formidables aveux de nos deux populaires humoristes alors qu’Aile et moi nous nous attendions à une émission ennuyeuse. Oh non ! Deschamps:  » Des pauvres oui , mais il y avait dans mon coin de Saint-Henri toute la parenté, des cousins et cousines par dizaines donc une sorte de chaleur humaine. Le clan ». Il dit aussi: »C’est curieux, ma belle maison à Westmount se trouve juste en vis à vis avec ma petite rue d’en bas du Mont-Royal. Juste en ligne droite  » ! Il dira encore: « il y avait pire que nous, la vraie misère, une famille voisine habitant dans un garage, un hangar quoi ». « Je suis un vieux millionnaire de gauche » car il avoue ne jamais arriver à se vivre en riche. a fait une crise. Ne sachant plus qui il est. S’achetant une moto, jouant à être « autre chose », N’arrivant pas à s’adapter à sa richesse nouvelle.
Lise Dion est de même farine, parle de sa mère en pavure et toujours fatiguée « femme de ménage ». Sa honte. À l’épicerie, au comptoir, devoir soudainement éloigner des ingrédients trop chers. Parle aussi de « pire: « J’ allais porter des biscuits de ma mère à des miséreux du quartier ». Humiliée à son tour: elle fut mère monoparentale, deux enfants à élever, pauvre serveuse de café. La reproduction fatale ? Non. Destin ? Son soudain succès « à faire rire ». Phénoménal. L’argent à flots. Oui, on se trompait: un trente minutes trop court, extrêmement captivant.
8-
Après le lunch tantôt, suis sorti. À quatre pattes dans la neige ‹qui tombe toujours abondante‹ sonder les abords des trottoirs de bois. Espoir farouche de retrouver mon trousseau de clés. Aile se creuse les méninges: savoir quand, exactement, ces clés disparurent. Où ? Je cherche, je récapitule les moments des deux derniers jours. On fait toujours ça, non ? Puis: plus du tout certain de rien, c’est classique. Avais-je mes clés quand on a quitté le studio du Chemin Bates jeudi midi ? Ah ! Suis-je allé aux journaux hier matin avec mes clés ou celles d’Aile ? Ah ! À l’école hôtelière avant-hier… Ouash ! Casse-tête. Sais plus trop. Enfer ! C’est rien les attentats d’hier au Kenya… Fou non ? On perd ses clés (ses cartes de crédit, ceci ou cela) et nous voilà à l’envers. Comme si on nous avait trouvé un cancer ! Ridicules petits bourgeois occidentaux. Des clés, ça se refait. Les « amputés de guerre » me les enverront par la poste, non ? Je veux me calmer.

Le vendredi 16 août 2002

1-
Temps de grisaille comme hier. Humidité lourde. Avec, youpi, du vent dans les branches des érables. Content au fond. Irai à mes aquarelles tantôt. Projets : une pelle « à stime » et le rouleau à vapeur. Monstre pour l’enfant tout de même émerveillé. Ai fait appel à Lanctôt pour le sonder voyant la tiédeur chez Sogides pour mon projet d’un album illustré de La petite patrie. Sa réponse : « non, ai pas les moyens, va voir Marcel Broquet….» Ouen. Il y a aussi ART GLOBAL, rue Laurier. Souhaite que les Graveline et Soucy (Sogides-Ville-Marie-Typo) embarquent vraiment dans le « oui à l’album ».
Ce rouleau à vapeur… il me vient d’un vif souvenir. Il figurait, imposant, gigantesque, dans une illustration d’un tome de « L’Encyclopédie de la jeunesse », seuls livres chez moi quand j’avais 10 ans. Je contemplais longuement cette image fascinante. Je me rappelle encore de cette Françoise Faucher (pour « Biblios-jeunesse ») encore émue et qui examinait les illustrations laborieuses d’un livre des contes de Grimm. Je songe à mes illustrations joyeuses, légères, si claires, dépouillées, pour l’album projeté, bien éloignées de ces gravures fouillées, pleines de mystères, d’ombres maléfiques. Devrais-je, comme jadis, tout reprendre, faire des dessins mystérieux, avec des détails partout ? L’enfant (l’adulte aussi !) rêve-t-il davantage en voyant de ces illustrations complexes, sombres, aux signaux touffus. Mon Dieu… quoi faire ? Bof ! Non. Le paresseux dit : autre temps autre manière d’illustrer.
2-
Hier soir, la comédienne étonnante Catherine Frot chez Rapp à « Les feux de la rampe. Canal Artv. Belle heure. Comment se fait-il qu’aucune chronique-télé ne daigne annoncer (à « Choix d’émissons ») cette série qui est riche le plus souvent ? Connerie, non ? Hier parlant de Linus Torvalds enfant, j’ai mis « barnicleux ». Frot disait hier : une binoclarde. On dira donc pour Harry Potter :un binoclard. J’aime bien. Elle a dit pour son rôle de « nounoune » dans « Un air de famille » —formidable film et fameux rôle pour elle— j’avais un personnage « nunuchoix ». De nunuche. De nounoune aussi ? J’aime les mots d’argot. De partout.
On parle du Ghislain Lebel, frais démissionnaire du Bloc, comme d’un « imprévisible » aux actualités. J’ai bien senti le péjoratif du terme. Pourtant, j’aime tant rester « imprévisible », le qualificatif qu’Aile me colle bien souvent. Ah oui, surprendre, me pointer (en paroles ou en actes) là où on ne m’attendait pas :ma joie. Les bénis-oui-oui des pouvoirs occultes, discrets et calculateurs diront : « Un canon lousse ». Qu’ils aillent au diable ! Craindre tant les préjugés, les classeurs, les étiqueteurs. Faire mentir les catalogueurs à mon sujet. Les dérouter. Ne jamais me laisser enfermer. Surprendre sans cesse.
3-
Hier, Daniel, mon fils « unique », en brève visite. Il avait laissé ses deux garçons dans les cascades d’eau de Saint-Sauveur et est allé, seul, en vélo, rôder dans les chemins vicinaux de Val David et de Val Morin. Il est en pleine forme, fait plaisir à voir, bronzé, beau comme un dieu (le papa parle). Comme il l’exige, il est monté à ma chambre à écrire pour examiner l’ordi du paternel. Il a rectifié des « polices » Il m’aide, lui, mon initiateur électronique (malgré moi, au début !).
Parti reprendre ses deux baigneurs, Aile me dit : « Ton gars me fait penser parfois à ton père, Édouard :indépendant d’esprit, un peu sauvage, un peu secret, farouche individualiste ». Vrai ? Je me suis souvenu de papa disant : « Germaine, la paix, j’irai pas travailler à l’extérieur, oublie ça, je n’ai personne au-dessus de ma tête, je suis libre, mon propre patron dans mon restaurant. » Au dessus de sa tête il y avait pourtant ma mère-boss… et comment ? Comme papa, je n’ai jamais voulu avoir de patron juché sur mes épaules. Trente années scénographe de variétés, j’étais le « boss » de mes pontes. Daniel, l’ex-prof et journaliste, créateur de jeux de société, est donc —comme son grand-père et son père— son propre patron. Il travaille à « Bagou-2 » et a un projet nouveau en marche : « Top Secret ». Un jeu de société inédit où les joueurs fonceront dans… aveux et confidences. « Mais là, avec ces chaleurs, je travaille au ralenti », nous a-t-il avoué en rigolant.
Hier aux nouvelles, la reporter Michelle Levasseur « aux inondations ». Accent tonique absent, débit de débile légère… Non, « pu capab » !
4-
Merci ô magnéto ! Nous avons visionné hier soir le Tremblay renversant d’ « En pièces détachées », fameuse réalisation de feu Paul Blouin. 1970. Cette pièce n’est pas construite aussi solidement que tant de Tremblay. Pourtant on y trouve de formidables, inoubliables, morceaux de bravoure. Tremblay a une oreille géniale. Absolument géniale pour avoir su si efficacement transcrire ce langage effrayant, celui des misérables d’un quartier populaire (avant que le Plateau se « gentrifie » !).
Hélas, il est devenu un demi-sourd, quelle cruelle ironie du sort ! J’en parle pas… mais je sais ce que c’est. Nous vivons comme en marge parfois. Chaque fois qu’il y a « groupe ». Devenons des isolés involontaires au milieu des autres quand ça jacasse en gang. Une souffrance, croyez-moi. Nous perdons la majorité des propos échangés. Nous captons des bribes. C’est plate, très plate. Handicapé, nous nous taisons. Le cours des échanges nous est souvent borborygmes. Douleur alors ! On fait semblant de comprendre. Orgueil ! On refuse de toujours faire répéter et alors on fait celui (celle) qui a tout saisi. Soudain, je fais « non » et je découvre qu’on attendait un « oui ».
J’ai vu souvent des interlocuteurs hésiter à poursuivre avec moi un propos…Ils se détournent et ça fait mal. Maudite vanité aussi ! Aile, sans cesse : « Claude, en groupe, tu dois vite dire aux gens que tu entends mal, qu’ils doivent te parler fort… » Je refuse. Saudit orgueil !
Hier soir, j’ai songé à « Rear window », son chaud décor, en découvrant ce voisinage de méchantes commères dans un fond de cour du « En pièces détachées ». À la fin, j’ai songé —l’ambulance qui va amener à l’asile Marcel-le-fou— à la conclusion similaire dans « Un tramway nommé Désir » de Williams qui influençait tous les auteurs comme Dubé fut influencé par le Miller de « Mort d’un commis voyageur ». La forte littérature étatsunienne est si proche de nous, Américains du Nord. Ma mère, snob bizarre, répétait que c’était —les gens du Plateau des années 40 et 50— du « monde très commun ». Notre « fond de cour » à nous, rue Saint-Denis, dans Villeray : on avait à gauche, mossieu Laroche, un savant prof, à droite le notaire Décarie, la famille du docteur Lemire —un médecin, pensez donc ! À un étage, le journaliste Provost (de Radiomonde). Eille chose ! Okay ? On rit pu ! La Germaine s’enflait la caboche, au téléphone, je l’entendais dire : « Viens nous rendre visite, chère, nous habitons le « boulevard » Saint-Denis ». Papa, « habitant », fils de fermier, ricanait. De l’épouse née à Pointe Saint-Charles.
Il y avait du vrai. Tremblay n’a pas illustré « les professionnels » du Plateau, il devait y en avoir. Il a illustré du « pôvr’monde » et, avec sa pièce, il a voulu raconter très courageusement la misère profonde, désespérante. La détresse accablante de son entourage. Ces colonisés (de partout). Ces bafoués de l’existence. Temblay a été extrêmement utile pour faire voir la gangrène morale effroyable qui rongeait les nôtres en majorité. Il alla bien plus loin que Gélinas et Dubé. Le choc terrifiant de sa dramaturgie des débuts a fait de lui « le » dramaturge et son talent immense de dramaturge l’a propulsé sur des tas de scènes étrangères puisque « la vie minée » se vit aussi à New-York comme à Londres, à Sydney comme à Berlin.
Ce « En pièces détachées », qu’on reverra encore c’est certain, était défendu par d’hallucinantes actrices : Hélène Loiselle en « mater dolorosa » au « joual » poignant, marmottages difficultueux, mots chétifs qu’elle s’arrachait d’une bouche tordue. Ah, quelle comédienne ! Luce Guilbeault, Thérèse, inoubliable grossière ouaitresse déchue… et tant d’autres. Cette fresque grotesque aux couleurs violemment saturées —comme d’un Georges Rouault égaré sur nos rives— assomme net. Le burlesque de cette famille québécoise avachie se haussait souvent au niveau de la tragédie classique avec un « fatum » comme fatal, inévitable. On a compris mon admiration pour ce Tremblay-là et je ne tente pas de corriger le tir pour ses « Bonbons assortis », d’une prose plutôt facile.
5-
Chez le maraîcher du coin de la Caisse Desjardins :achat ce matin de fraises. Comme pour obliger Aile à faire de la confiture nouvelle. Revenu, elle me tend un bol et un couteau : « Faut équeuter maintenant, vas-y ! » J’ai croisé, rue Valiquette (la Catherine du village !), Jean-Marie Léger, un « ancien » du Grasset. Il me semble un peu mal en point —me trompe-je ?— comme vieilli précocement, rapetissé, zézayant quelque peu : « Tu viendras à la fête chez la présidente (Ass. des écrivains laurentiens) Vincent, oui ? » J’ai dit « oui » mais… Je cotise à la SARTEC, à l’UDA, à L’UNEQ… alors ce groupement laurentien …quelle utilité ? Les Laurentides ne forment pas vraiment « une région », c’est la banlieue —à peine lointaine— de la métropole québécoise. Son vaste terrain de jeux et loisirs. Un parc d’amusement ?
Aile s’est remis à Marcel Proust. Je dis : « Bon courtage ! »
Avec « Les patriotes » de Max Gallo, je lis : « Ami, entends-tu \ Le vol noir des corbeaux…Ohé, les tueurs \ À la balle et au couteau \ Tuez vite…
Sifflez, compagnons \ Dans la nuit, la liberté \ Nous écoute… Au Saint-Denis comme au Château, à vingt ans, nous allions voir tous ces films illustrant les Résistants d’une France sous la botte hitlérienne. Ces histoires de saboteurs-Partisans clandestins me soulevaient, m’excitaient. Ce chant me bouleversait. Je tente encore en 2002 d’en mémoriser les paroles.
Séchan a titré l’hagiographie fraternelle (à Renaud) « Bouquin d’enfer », allusion à « Boucan d’enfer », une toune de son frérot célèbre. Toujours une sorte de gêne quand on voit « le frère ou la sœur » d’une notoriété s’accrocher en wagon… derrière.
6-
Pour en finir avec ce Linus Torvalds, le « généreux » Finlandais —Finlande où il n’y a pas que le célèbre portable « Norquia »— donateur de son système (Linux) devenu multi-millionnaire californien comme malgré lui (ouen !), papa de trois fillettes, avance que (attachons nos tuques ) « la race humaine lui importe moins que l’évolution ».
Tel quel !
Verbatim !
Ce technicien de haut calibre, un génie, se veut carrément un non-penseur. Forcément j’ai sursauté en lisant son dernier propos venant de publier « Pour l’argent et la gloire », lisez : « Soyons francs, tout le monde rêve d’être célèbre et riche. Jeune, je voulais devenir Einstein, en mieux ». Il dit que ce sont de fieffés hypocrites ceux qui parlent « du poids de la gloire ». Mensonge et louche condescendance, affirme Linus Torvalds qui, à la fin de son interview-livre, s’est acheté un immense manoir et une BMW du type « maxima ». Le gamin binoclard (je l’ai placé !) d’Heklsinski, le petit « fort en maths » ballotté entre mère et père (séparés) et les grands-parents semble un bienheureux exilé. Grand bien lui fasse.
Pourtant j’ai songé au fou « Docteur Folamour », un matheux fasciste … Combien sont-ils ces scientifiques qui ne s’encombrent jamais d’aucune moralité ? Einstein, tiens, n’est-il pas mort de regrets au sujet du « secret atomique » qu’il révélait dans une lettre au Président Truman et qui assassinera des centaines de milliers de civils japonais en 1945. Einstein, lui, avait de la conscience. Au collège on nous répétrait : « Science sans conscience… Je reste du côté humain des choses. Un vieux schnock ?
7-
Sans la radio de Radio-Canada aurions-nous de ces longues et éclairantes entrevues du matin —où Anne-Marie Dussault s’améliore sans cesse, je tiens à le dire— oui ou non ? Ce matin, la fille d’Andrée Lachapelle, Catherine Gadouas, une musicienne de nos scènes, raconte les horreurs d’être choisi sur un jury dans un gros procès (les Hells du sieur sinistre « Mom » ). Le « cirque » insupportable des avocats l’a complètement dégoûtée du système judiciaire. « Odieux et ruineux », dit-elle. Elle parle très franchement et ce fuit, ce matin, un plaisir fécond de l’entendre.
Ainsi, même importance, à la même émission de Dussault, Pauline Marois, ex-relationniste de Parizeau, qui a vu le « Bunker » (télé à venir) de Luc Dionne, lui aussi ex-relationniste de politiciens (!). Marois en est sortie insultée, dégoûtée, scandalisée. Elle en éprouve « un vrai haut-le-cœur » dit-elle. « Toute la classe politique est jetée dans un même sac ». Un sac d’ordures, apparemment. Ce « Bunker » dionnesque : « reçu comme une gifle », dit Marois. On a lu les textes chez Téléfilm, chez le producteur, chez l’acheteur-diffuseur. Un tas d’imbéciles ? Un paquet d’innocents ? Matois exagère ? On verra bien.
Il y a un danger : Dionne, de cette cavalière manière, ferait voir que toute personne songeant à l’action politique n’est qu’un arriviste, un sale ambitieux égocentrique. Cela peut miner la « si fragile » démocratie. « Le moins pire des systèmes », disait Churchill. Les cyniques, les malchanceux du sort, vont souscrire volontiers —les brillants « gérants » en tavernes— à cette noirceur totalisante. Le redire : quelle radio offrira de ces émissions importantes si le Parlement (c’est pas l’envie qui manque à Ottawa) vendait la SRC ? Je critique « l’ex-auguste Société » à satiété, il n’en reste pas moins qu’elle sert utilement et souvent. « À la Maison blanche », série de télé USA, l’on fait voir des noirceurs crasses mais aussi des gens généreux, exemplaires. Les deux. Ici, au Québec, on fonce souvent dans les extrêmes. Effets d’un peuple colonisé ? Y penser.
8-
Ma fille, Éliane, viendra, en vraies vacances,» ici, lundi. Hâte de ce rapprochement inattendu. Je dois changer. Je la voix comme ma « petite fille » et elle aura bientôt cinquante ans ! Un père s’aveugle, n’ouvre pas les yeux sur cette réalité incontournable. Si elle vieillit, je vieillis encore davantage. Eh ! Cela l’arrange ? Oui.
Hier fête de L’Assomption de Marie, mère monoparentale d’un Jésus-Messie. Souvenir : août 1945. Hitler —on a tant prié pour la paix au Québec— va se suicider. En face du chalet familial, se dresse « une haute croix de chemin » avec les outils de fer sur la potence sacrée, la petite échelle, la niche-à-statuette pieuse. La « vieille » Proulx organise une neuvaine chaque été, même heure, même parterre (le sien). Maman nous fait traverser la rue et c’est la récitation d’un chapelet et prières mariales adéquates. Sept fois… jusqu’au 15 août. À la fin, nous chantons « J’irai la voir un jour, un jour dans sa patrie-i-e… » La piété partout en ce temps-là même en ce lieu « d’épivardage », Pointe-Calumet, où l’on passait nos journées en maillot de bain sur les plages, sur les radeaux et les quais du grand Lac des Deux-Montagnes. À chasser les grenouilles dans les bois d’en haut. À glisser dans la sablière-Pomerleau —assomptions naturalistes près de la gare du CiPiAr— son clair lac naturel devenu maintenant l’ « Aquascade » fréquenté du site.
J’aurais voulu prévenir— par charité pour le créateur du « Si les hommes vivaient d ‘amour ». Lanctôt m’avait parlé de mettre en livre les « lettres ouvertes » du chansonnier Raymond Lévesque. Mal équipé intellectuellement, impulsif déboussolé à ses heures, le chanteur glissait parfois dans un réactionnarisme lamentablement déliquescent. Honteux. Trop tard. Et Louis Cornellier lui sonnait les cloches durement samedi dernier dans sa chronique des essais. « À bon entendeur, salut »? « De la démagogie, une rhétorique de droite, anti-syndicalisme primaire, misanthropie vociférante », fesse L.C. Ce même samedi (le 10), Le Devoir consacre sa « une » et à V.S. Naipaul (par André Major)qui s’exile de son pays d’adoption (Trinidad) pour fuir le racisme et l’ignorance (!) et au poète devenu fasciste fou, Gabriele D’Annunzio (par Guilaine Massoutre). Les auteurs québécois ? Christine Brouillette est reléguée en page 5. C’est bien assez non ? Le « racisme inverti » traverse une crise rue de Bleury et cela depuis un bon bout de temps.
Ce matin Ménard-ministre cogne sur le juge Boilard : « un vaniteux ». Il est seul. Tous les chroniqueurs s’accordaient à dire que le « comité des juges-jugeant », bien con, a commis une bourde d’une niaiserie profonde en blâmant Boilard au moment où il était en train de juger une gigantesque cause, bien compliquée, très délicate. Sacré Ménard va. Seul, il a donc le bon pas ?
9-
Un certain Laurent Audar, lui aussi, est révolté par les publicités incessantes à Radio-Canada-télé qui montre « Les misérables » de Hugo. « Aucun respect ni pour les œuvre ni pour le public », dit-il. Vérité. Bravo !
Mon ex-petit-camarade en céramique, Gilles Derome, est aussi un servant en « lettres ouvertes ». Mercredi, Gilles, lecteur de Chomsky, nous révèle qu’il instruit un petit-fils sur les « vraies tours tombées » aux USA. Pas celles du 11 septembre. Toujours un peu sibyllin (on ne change guère, Gilles ?), Derome fait sans doute allusion aux « tours de magie » des C.A. des Enron et Cie. Sans doute ? B’en…pas trop clair une fois de plus.
Ce matin Rima Elkouri (La Presse) relate un fait divers… la concernant. Les journalistes vivent parmi nous, pas vrai ? Évocation maudite d’un percepteur de tickets au métro. Le guichetier zélé, à l’évidence, est un zélé sourd, aveugle et muet. Un malade. Conclusion : téléphone de plainte de Rima et la direction de la STM dira : « Rédigez–nous (journaliste !) un rapport complet et circonstancié dudit billet refusé et on vous enverra l’argent dudit billet ».
Non mais…
10-
Lu dans un « Nouvel Obs » : le grand matheux, Laurent Schwartz, admirait énormément le système universitaire des Etats-Unis. Il admettait « la sélection », craignait « la gratuité » (!), et…détestait « l’impérialisme » des USA cependant. Viudal-Naquet, auteur de la note posthume —et aussi de « La torture dans la République » (L’Algérie maganée de 19860)— souligne que Schartz n’aimait pas que les calculs savantissimes, il était féru de la Grèce antique et rédigea, jeune, une brillante grammaire de grec ancien. Je lis. Je me dis :pourquoi, ici, jamais ne sont publiés de tels articles lumineux. Que j’aurais dû fuir (comme Naipaul a fui à Londres), à vingt ans, en France. Je le voulais tant. Je serais autrement mieux stimulé. Bien plus souvent. Misère… Même magazine : d’Anne Crignon, un bon « papier » sur Alain Fournier (« Le grand Meaulnes »).Sur « Le capitalisme qui a perdu la tête » par J.E. Stiglitz, prix Nobel, ex-conseiller de Clinton. Enfin, tout un dossier, fascinant, sur les mensonges de la Bible. Tissus admirable de légendes. Il n’y a pas de Mont Sinaï, ni Murs de Jéricho, ni déluge-à-Noé, ni roi Salomon, ni Reine de Saba… Des archéologues n’en finissent pus de donner l’heure juste. Il en reste quoi ? « Des empires fabuleux n’ont jamais pu constituer un tel considérable livre de spiritualité et de mythologie, ce qui est unique. Aussi : Destruction du paganisme délirant et invention d’ un seul dieu, Yaveh. Aussi : « Rien de scandaleux face aux recherches modernes car la Bible ne doit pas être pris comme « un livre d’histoire » mais il peut contenir de l’histoire (Renan), c’est bien davantage. « C’est un livre de beauté et il est génial », Renan
Oui, dans nos murs, la pauvreté. Parfois on me fait le trop grand honneur de me dire que mes modestes écrits stimulent… mais moi aussi, comme tout le monde, j’ai besoin d’être stimulé. Je déniche de vœux livres mais il est bon aussi de lire « de l’actuel » et en profondeur. « L’Actualité » me semble souvent léger, léger, léger. Pourquoi donc cela ?
Regard à ma fenêtre. Le ciel s’illumine. L’horizon au dessus des collines s’éclaircit. Il y a eu de petites averses. Le vent lève davantage. Aller à l’atelier, découper du carton blanc, mouiller les cubes de pâte de couleurs, fermer les yeux, me souvenir du « rouleau à vapeur », de la pelle « à stime », reprendre mes yeux de gamin poltron dans Villeray… Ne plus avoir peur ! J’y vais.

Le mardi 25 juin 2002

Le mardi 25 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Adieu la fête nationale ! Ciel adéquat pour un lendemain. Grisailles au firmament. « Quoi ? Non, Clo. Pas de vélo à matin., trop sale ciel ! », dit Aile. Connaissant son cochon d’ « artisse », et sortant de ses ablutions (que c’est long la femme au lavabo du matin !), elle fait couler un bain souvent. Pour me faire taire, elle y jette de cette mousse rendant l’eau tout bleue avec des nuages de « cream puff ». Ça me fait rire. Je me sens une gogoune. J’y patauge. Hérédité ? Mon père détestait l’eau et le savon lui aussi. Fils de paysan ? Ma Germaine de mère criait après lui.
Deux jours de fête tombés dans… « l’abyme du rêve », (Nelligan). Visite du Groupe des 7, dimanche. Homards alla Ramona. Quinze tomates la bête au moins ! Aile : « Bof, une fois par année! C’est 30 au restau ! » Josée, son ancienne scripte de la SRC, devenue fidèle amie, est venue l’aider samedi. Ça revolait dans cabane et je me tenais sage, silencieux, discret. Il y a longtemps que c’est : « Toi,, mon Cloclo, je te demande juste d’animer nos invités, t’es excellent là-dedans, ne te mêle pas de la cuisine ! » Compris. À jamais. J’en profite. Je joue l’amphitryon zélé et efficace.
Un dimanche capricieux : ils arrivent, descente groupal au rivage. Belles couleurs vives, toujours quand le temps est gris. Jasettes : potins et nouvelles. Mimi en vacances de son job et pour longtemps. Retraitée précoce, pétante de vie. Elle a été fêtée, l’avant-veille à son collège (abandonnée) Marie-Victorin. Qu’elle aimait, qu’elle aimera toujours, dit-elle. Songe à « vraiment » peindre. Un vieux rêve enfin praticable. Josée, elle, contente d’enfin toucher du fric après ce conflit maudit (lock out) de la SRC. André (Dubois) observe le rivage et tourmente sa Michèle : « On devrait s’acheter un spot dans les Laurentides ». Mimi : « Non, non, merci ! Trop d’ouvrage. » Cancans. Méchants et gentils. La pluie nous arrose. On remonte en vitesse sur la véranda. Reprise de nos échos. Rires et souvenirs de vacances en groupe de jadis. La pluie plus forte à un moment donné. Avec du vent. Rentrée en catastrophe au salon. Le repas parfait d’Aile. Un peu trop de vin… blanc, rosée, rouge. Au dessert, quatre femmes
À l’unisson : les mères pas fameuses. Manque d’amour. Blessures diverses. Mineures et majeures. Freud, caché, écoutait le lamento des filles pas assez aimées ! André et moi, muets. Puis : « Moi ma maman m’aimait » !, je dis. André opine du bonnet. Quoi ? Les mères aimaient davantage leurs garçons ? Ça se peut-y ça ? Silence là-dessus. Il y a des yeux mouillés. Ah, « l’enfance,
cicatrice jamais refermée », disait la grande Colette.
Trois du groupe parent marcher jusqu’au joli parc de la rue Chantecler. C’est long. Les « restés au salon », nous décidons de tout éteindre dans la chaumière et mimer le sommeil. Je monte me coucher, Josée aussi (elle a sa chambre, ici), Mimi s’étend sur le divan. Le noir total. Rires quand les autres reviendront enfin. Un beau dimanche.
Je n’y tenais pas mais André (producteur) me reparle, rageusement, de notre échec pour la vente d’une série avec moi en prof-vulgarisateur des peintres d’ici. Le refus par (ARTV, Canal D et Historia) de notre « démo » avec Cornélius Krieghoff. Il voudrait approcher Télé-Québec et me dit : « On fera un nouveau « pilote », en septembre, avec ton cher Marc-Aurèle Fortin ». C’est ça un ami ! Je lui disais avoir préparé une belle émission sur M.-A.F, avec les reproductions et tout.
2-
Hier après-midi, petit speech du romancier adélois sous une des tentes (site de l’ex-hôtel Monclair). Une cinquantaine de curieux.
J’ai narré mes 4 ou 5 Sainte-Adèle. D’abord j’ai raconté les mensonges affreux de mon père sur les Laurentides. Devenus des ados, nous lui demandions de vendre Pointe-Calumet pour un chalet « dans le nord ». Papa noircissait les lieux :innombrables mouches-noires effroyables, rochers dangereux dans des eaux profondes, pas de plage de sable, le froid dès le crépuscule, les bêtes sauvages rôdant partout…
J’ai raconté la découverte du « nord » réel à seize ans avec le club de skieurs du collège Grasset. Le Saint-Adèle du temps du Centre d’art, du premier théâtre d’été, de l’ex-écurie du Chantecler où j’avais tenté de tenir atelier de potier, enfin, le Saint-Adèle des années 80, l’installation rue Morin, rédaction de mon premier polar « Le crucifié du Sommet bleu », les « Contes du Sommet bleu », etc. On m’a dit avoir aimé mes anecdotes.
Nous retournions parmi les ballons, la musique et les enfants maquillés pour le « souper aux brochettes ». Rencontres variées. Un monsieur Groulx (sosie de l’acteur Claude Blanchard) nous raconte longuement le temps des prises de vues pour « Les belles histoires ». Il y faisait de la figuration. Nous révèle des accidents de tournage fort cocases. Secrets sur Paul Dupuis (Arthur Buis) , le gros curé Labelle (Desmarteaux) , Alexis, Ducharme et Cie. Son père fut un pionnier du lieu, du côté de la Rivière aux Mulets. . Captivants souvenirs. Il m’a promis des photos « antiques », tout un album. En rentrant, nous croisons une petite famille. M. Côté m’arrête : »Je vos écoutais à CJMS avec Arcand. Que de bons souvenirs. Vos histoires… parfois je pleurais de rire. Exemple :cet ancienne blonde de vos dix ans, rencontrée avec vos petits –fils, devenue une armoire à glace avec moustache »! Il riait encore. « Vos petits-fils criant après son départ : « Ouasch ! Papi, c’était ça ta première blonde ! »
Sa femme rit avec lui, le gamin sourit de voir rire son père. Puis : « Je me souviendrai toujours de votre conte de Noël, à CKAC, l’an dernier, de ce pauvre Ovila, son taudis à Ville Jacques-Cartier. Fameux. » Parfois, on se questionne :ça sert à quoi nos bavardages ici et là et voilà que, hier soir, j’avais devant moi un des « invisibles ». De la radio. Qu’il était encore content de ses auditions. Requinqué le bonhomme, je vous jure. Aile étonnée et contente aussi.
Dimanche matin, veille de la Saint-Jean, levée du corps et vue bizarre :des oiseaux fléchés ? Fléchettes éparpillées. Ils filent. Si vifs ! Ils traversent, fusées minuscules, les carrés de vitre dehors. Fuites éperdues ? Revenant de journaux (et cigarettes aussi , hon !), une femme, rentre chez elle en tenant un gros et très long chat par les patres de devant. J’ai vu ce gros collet fourré que portait ma mère autour du cou le dimanche pour être « chic and souelle » ! Rue Morin, vue curieuse de ce vieux collet vivant qui se laisse faire.
Dans ce « Tueur aveugle », le roman que je lis (d’Atwood), il y a un récit dans le récit. Sans intérêt pour moi : Alex Thomas (le mystérieux militant gauchiste du roman) raconte épisodes après épisodes un conte d’extraterrestre à l’héroïne riche, Laura (la suicidée du roman). Je poursuis car je reste captivé par les descriptions de ce milieu cossu, si inconnu de moi (le père de Laura est proprio d’usines à Port Diconderoga, près de Toronto). Atwood illustre ces anglos dominateurs, bien installés, à la bigoterie toute « victorienne » et les affreux secrets de famille. C’est si éloigné de ce que nous étions, collectivement, la vaste plèbe « canayenne ». « Le tueur aveugle » c’est le monde des possédants, des « big shots » anglos, ébranlés (la Crise très bientôt) dans les années 20. Je continue et je saute le « roman dans le roman », ces fables extraterrestriennes.
3-
Samedi, je tente de gonfler de vieux matelas de plage. Je pédale sur une bombe de caoutchouc. En vain. C’est fini, mité, ruiné. J’abandonne, bof ! Je vais me baigner avec un de ces spaghettis de mousse. Mon voisin, le gras rat musqué s’amène, toujours effrontément. Je n’existe pas. Il a la gueule plein de branchettes feuillus (du saule) et disparaît sous notre quai-radeau. Un nid ?
Le soir, je sors le téléscope acheté cet hiver du beauf-Albert. Josée et moi, nous tentons de capter une étoile au nord-ouest. En vain. Il faudra donc que je lise le…manuel ? Ouash ! Tripotage de lentilles et hourra : on l’a ? On voit la carapace de cette étoile, croit-on. C’est comme l’astronaute marchant sur la lune, mille cratères, une texture de gruyère. Quand on vise le restau de l’hôtel d’en face : mêmes cratères. Ouaille ! Bon, rentrons ! Les chauve-souris vont sortir.
Josée à Aile dimanche matin : « J’ai eu du mal à m’endormir, ça grouille chez vous, plein de bestioles courent dans votre entre toit ». Voilà Aile toute chavirée : « Merde ! D’autres écureuils ! Ah non ! » Je ris. Tout bas.
Hier soir, fête extérieure, ma chanson préférée à la télé, un formidable « Labrador » de Claude Dubois. Fort bien envoyée par son auteur. « Ah, ta chère toune, Clo ! », dit Aile. Je hausse vite le son. Jouissance. Cette chanson m’émeut. Sa petite musique de guitare sèche m’envoûte. Il est question de glace, de nord, du frère isolé, perdu, de solitude, du père et de ses chiens, d’enfants qui ont besoin de chaleur… En surimpression, —évocation touchante— images de Riopelle, si vieilli et puis tout jeune ensuite, pour illustrer la nature qu’il aimait tant.
Soudain dehors, pif, paf, pouf ! Les feux de nos artificiers bénévoles. Ça commence mais je sortirai quand Dubois —devant 200,000 fans du Parc Maisonneuve— aura terminé. Aile invitée à descendre le grand escalier, reste sur la galerie, seul je descend au bord de l’eau. Herbes mouillés, sandales trempés. L’eau du lac multiplie les effets d’or, de rouge, d’argent et de citron, les collines décuplent les « boums » terrifiants. Ça grouille chez Maurice-voisin dans des bosquets de myric baumier. Loup-garou, elfes humains ?
Au ciel c’est, au fond, toujours les mêmes étoiles, les mêmes éclats, les mêmes queues de comètes sifflantes, pétards, baguettes magiques, mêmes paons dispersés, mêmes chevelures de fées, mais —enfants éternels— on admire la bouche ouverte. Revenu, c’est la fougueuse « vieille » Nanette Workman, louisianaise intégrée à nous, et une jolie, très jeune haïtienne, talentueuse, Mélanie Renaud. En chorus : un cantique laïc inoubliable : « …je vous entends jaser sur les perrons ces portes… piailleries d’école… » etc. Un fort moment. C’est fameux.
4-
Je glane dans le dernier numéro de « L’Action nationale » et j’y retrouve une tendance à dénigrer la langue populaire des nôtres. Des puristes s’énervent. Réactionnaires, nostalgiques, froussards. Une langue peut survivre à beaucoup de coups, de chocs, Dieu merci ! Le jeune prof d’université, Larose, le vieux pédant élitiste, J.-M. Léger —d’autres— s’imaginent un sombre complot bien masochiste, de la complaisance à parler mal. Des linguistes trop laxistes veulent notre mort langagière.
Une névrose qui dure depuis longtemps, depuis les campagnes de 1930 en faveur du « bon perler ». Tout le monde est pour la vertu, allons les excités. On fesse sur des effets –notre langue bin maganée— en ignorant les causes. Un vieux débat. Futile. Vieilli, feu Georges Dor adoptait hélas le camp des Pinsons et abandonnait le camp des « moénaux ». Snobisme : les instruits lèvent le nez sur des inventions (syntaxiques, etc.) d’un peuple dominé, diminué, infériorisé, moqué, bafoué, en un mot colonisé si longtemps. La prolétarisation totale des nôtres (arrivant en ville avec l’industrialisation galopante )est la cause de ces effets, de cette langue si maganée. Point final. Envie de rétorquer mais « L’Action… » accepterait-elle mon point de vue ? Comme un doute tant on accorde des pages et des pages à ces « fines bouches », à ces « nez délicats » qui dédaignent à mort le « mauvais perler » d’icitte !
5-
On me la ramenait encore : « Pourquoi tant désirer inscrire tes jours en ce journal » ? Répondre encore :je sens, je sais le temps qui passe, qu’il ne m’en reste pas tellement. Je ne peux plus construire un gros ouvrage. Mon rêve de jeunesse : une sculpture d’extérieur, plus solide que du Henry Moore. Non. Trop tard. Sans être désespéré, me dépêcher d’inscrire des marques, mes mains chaque jour, ou presque, sur des murs de grottes modestes. Oui, une urgence de vivre. Mettre ma griffe sur des éphémérides juste par plaisir, espérer des petits plaisir chez ceux qui me lisent.
Un hebdo régional, « Accès », surprend souvent. Une Frédérique David (un Nadeau aussi, un Desjardins) cogne très dur sur la corruption des favoris des régimes en place. Rare vent frais dans ce monde des hebdos qui sont, le plus souvent, des encarts de publicités locales. « Accès » offre même de l’espace à ce prof Lauzon (de l’Uquàm), le merveilleux don quichotte anti-exploiteurs.
6-
Notre argent public, dépensé comment ? Cinq cents millions de dollars pour deux petits jours de palabres dans les Rocheuses.
Penchez-vous là-dessus… cochons de payeurs de taxes ! Pourquoi pas un tel caucus —de 48 heurtes— dans un grand hôtel bien organisé du centre-ville à Toronto ou à Vancouver, à Montréal ou à Halifax ? Sans ces bataclans ruineurs, soldatesque déployée, police montée, barrages multiples. Sordide entreprise, gaspillage effarant pour discuter… de la pauvreté en Afrique ! On se moque des gens.
Soudain hier soir, Aile : « Je t’écoutais sous la tente : tu as révélé le secret, cette École Bouffe ! » Moi : « Oui, eh oui. J’ai toujours eu horreur de cette sorte de secrets, des privilèges. Tant pis si on est 50 demain aux portes, au lieu de la dizaine habituelle, tant pis ! » Elle rigole.
Mes chères « lettres ouvertes », ce matin, une chipie bien bourgeoise braille :elle sortait des HEC (pas de l’usine), elle allait chez le boulanger chic d’Outremont, rue Bernard, et puis chez les bonnes glaces du Bilboquet, même rue. Trottoir pas parfait, hon !, elle fouille… Cheville tordue, avant-bras éraflé et elle menace le maire Temblay ! Franchement ! Y a qu’à regarder où l’on pose les pieds, non ? Je préfère l’autre correspondant qui conspue notre actuel gouvernement élu de ne pas mieux se servir de son réseau, Télé-Québec, pour contrer la propagande fédéraste. Comme il a raison. Pourquoi pas des actualités commentés à T.Q. Au diable la loi fédérale, le CRTC et Cie, à bas l’autocensure perpétuelle du patronat de Radio-Cadenas aux « nouvelles ». Fin des reportages-bidon sur le canard blessé en Saskatchewan, province lointaine car il faut absolument parler des neuf autres provinces !
Il y aurait menaces, procès ? Pis ? Ça prendrait cinq, dix ans avant d’aboutir à l’auguste cour « soupream » des Pères Noël, à Ottawa. Entretemps, T.Q. ferait un ouvrage essentiel et normal. Mais…Plein de poltrons trop sages au pouvoir à Québec.
7-
Vu un documentaire étonnant à la télé. Sur Salamanque. Ville universitaire fameuse. Place publique régénéré, fêtes commémoratives à l’espagnole, joyeuses. Des « fous du Roy » partout dans les rues. Ce fut un « centre du monde », longtemps. Du temps qu’il y avait trois universités : La Sorbonne, Bologna et…Salamanque. Bibliothèque étonnante. Architecture de toute beauté. Échanges d’étudiants de toute l’Europe et d’ailleurs aussi. Jadis une vraie capitale européenne, comme Bruges en Belgique. C’est quand je vois des films de cette sorte qu’il me prend des envies de tout vendre, de n’avoir plus qu’un passeport et une malle et de partir à l’aventure avec Aile.
Vu « Le privé », film d’Altman, (ce soir, un Altman à ne pas rater) d’après un polar du célèbre Chandler, avec son célèbre « privé », Marlow, joué par Elliott Gould. Atmosphère, atmosphère…Oh oui ! Nous l’avions vu…Quand ? Plaisir de le revoir. Le polar, la loi du polar : on l’oublie vite, on le retrouve et on y reprend plaisir.
8-
Tantôt, je reçois un coup de fil de cette dynamo de la rue Liège, Francine Ladouceur (laferveur, son vrai nom). Son projet avance, cette expo de mes aquarelles petitepatriesques (j’utilise un néolo d’une courrielliste de ce matin ), que j’offrirais gratuitement pour ses œuvres.
J’ai la frousse : ne lui ai pas dit que j’étais insatisfait de mes premiers barbouillages, faut pas énerver le bénévolat . Je panique un brin : vite laisser ce journal pour peindre d’autres essais sur le « guenillou plein d’poux les oreilles plein’ d’poil » et autres fantômes de mon enfance. La frousse ! Dieux des peinturlureurs descendez sur moi !
J’y pense encore à ce film loué « Les légendes de Rita », quel bon film, loué sans regret aucun. Mort. Fuite. Prison. Espionnage obligé. Cavales. Amours. Le Mur horrible à Berlin. La mort de l’amoureux au pied du mur. À la fin (de ses déboires), sa fuite en moto malgré les gardes armés. Sa mort sur la route aussitôt. Récit d’une ex membre de « La bande à Baader », terroriste ballottée, outil de manipulation pour la Stasi de l’Allemagne de l’Est (1970); elle découvrira la folie folle de son anarchique combat. Ah oui, un film épatant ces « Légendes de Rita ».
9-
Une question l’autre jour :que devient donc X, ex-vedette de télé un temps. Réponse : « il joue au bridge, fou du bridge. » Ah ! Étrange destin. Pour un autre, j’entendrai : « Il ne pense plus qu’à la pêche » ! Ah ! Pour un autre : « Le golf est devenu son unique passion ! » Bon, bon ! « Destins —chantait le cher Tino Rossi à maman— lorsque ta main frappe à ma port-e- destin ! »
Rêve en trois lieux : A- Table à dessin, Radio-Can. Une dessinatrice accorte. M. L. Le camarade Hugo W. entre et jette ses esquisses sur une table de coin. Tassement. Caresses sur table à dessin ! On ouvre une fenêtre. Du vent. Plans qui s’envolent. H.W. s’amuse avec M.L. Je joue le surveillant. Moi ? Bizarre.
B- Boul St. Joseph, angle St. Denis. Bureau de design. Attente pour des plans. Extérieur. Jour (comme dit le ciné). Passage d’un défilé militaire. Des maisons encagées (du « sarnia bridge »). Partout. Soldats en pause. On boit. Debout. Farces grossières. Rires rauques. Le glauque. Des casques très ronds. (Ça vient du film avec cette anarchiste « Rita », un autre sur la Résistance, en France, vu récemment, avec Lino Ventura. Connivences ?) Défilé militaire reprend, grossit. Des casques trop ronds, comiques. M. L. y est encore, l’accorte dessinatrice. (Le lien ? Je sais pas trop.) Un camion vient. Tous y montent. M.L. aussi avec Hugo W. Entassement. Un public qui fuit ? Le chef-designer me colle, il veut des infos que j’ignore. Les plans de rénovation ? Il l’exige. Je proteste. Me dit de montrer avec tous les autres dans ce camion-navette. Allant où ? Il dit : « pour l’est, la Longue-Pointe ». (L’asile ?)
C-Rue Sherbrooke, angle Papineau. Beauté de vieilles maisons retapées. J’admire. Une guide à touristes parle dans un mégaphone. Une veuve va vendre, me dit-on. Une ligne de badauds s’enfle sur le trottoir. Tout sera démoli si aucun acheteur. Je traverse Sherbrooke. Trois belle filles sont dans le parc Lafontaine, pas loin. Des infirmières. Costumes brillants. L’une est vieillie précocement (La Rita du film ?). Une beauté discrète, on se moque d’elle, je vais vers cette sauvage maltraitée comme timide. Elle m’invite chez elle mais je refuse, je crains d’y aller. Je flaire comme un piège. Elle insiste. « Une bière ? Un thé, un café ? » Me tire par la main. Je regarde partout, ne veux pas être vu avec elle.
Le réveil. Brusquement. Ah, le mystère des songes !
10-
Je reviens à l’instant de l’École Bouffe ! J’étais le premier arrivé…avec mon petit panier ! On sera une dizaine, pas davantage. Merde, que des biscuits, des brioches, des pains ! Je prend une soupe —crême de tomate— congelée, une boite de brioches. Merde ! Je relis toujours, en poche —40 minutes d’attente—« Brève histoire du temps », oh la la !, astrologie de pointe, cosmograhie (cosmogonie ?) branchée, termes géants et obscurs, prévisions inouïes, trous noirs et étoiles naines blanches… « Si on y parvenait, à telle équation funeste, l’on pourrait, demain, assassiner vos pères et mères et cela avant qu’il ne vous aient conçus ! » Temps tordu, espace tordu. Bon, bon. Temps et espaces emmêlés, au diable ! Assez. Pouce ! Je traînerai un autre « poche » à lire la prochaine fois. Surtout qu’il est difficile de me concentrer quand ça pépie autour dans la file. :
Non, pas bon vulgarisatteur le Hawking. À moins que ce soit moi, le bouché total. À 18h., tantôt, mon éditeur velelbesque, troispistolien, jasera à ARTV. J’irai le regarder parler. Demain, une équipe —de ARTV justement— ici. Ils viennent « pré-voir » l’écrivain qui barbouille aussi. Quoi, et le journal tenu ? Rien, pas assez visuel, c’est ça ? Désormais, l’image primera, partout, toujours, que des images et un grand silence, ou bien des commentaires chétifs, brefs. Le philosophe et prophète Yvon Deschamps : « On veut pas le savoir, on veut l’voir ! »
Bon : « encore un peu de temps et vous me verrez, encore un peu de temps et vos me verrez plus. »
Alors, j’écris mon journal.

Le vendredi 26 avril 2002

Le vendredi 26 avril 2002

« J’ÉTAIS PERMANENT
À RADIO-CANADA»
lettre ouverte
1-
Ce matin, temps hésitant, le soleil bataille pour avoir un peu de place, il fait frais et je vois une chaloupe (première vue !) et une silhouette sur le lac. Pêcheur. Hier, au lit, je lisais le début du deuxième roman de Vigneault-fils, Guillaume. Il parle de pêche de fin d’hiver, avance que dorés et truites sont affamés alors, qu’il n’est pas besoin de (fines) mouches, juste la bonne grosse cuillère ! Le goût d’y aller voir…Mais…paresse ou pas vraiment pêcheur ! Ce roman ? Encore, comme pour son premier, une jeunesse si éloignée de la mienne. Encore des bourgeois bohémiens : voilier, canot, lac à la Minerve, alcools, belle-maman de l’ex-(enceinte)…en psychanalyste (c’est aussi donc la maman du meilleur copain, son beau’frère), avion privée (joli cessna tout bleu ), planches de surf à polir, mercédes à l’horizon, fille ramassée ans le Vieux, une serveuse congédiée (deus ex-machina !) mais aussi faisant une maîtrise en bio !, on part avec elle en voyages libres, la Buick vers le Maine, camping à Arcadia Park, la tente et une bouffe maritime (crabes, oursins !) .
Bagarre dans un pub à Bar Harbour… au moment de l’abandonner pour…. Morphée! Zzzzzz !
J’avais publié, pour son premier roman, un (presque) vilain « papier ». Je parlais d’un certain « jet-set jeunesse », de bobo, bohémien-bourgeois, et d’égotisme. Cet article-critique pourrait re-servir tel quel pour ce deuxième bouquin de Vigneault jr ? Non. Attendre. Car je vais continuer ma lecture. Ce n’est pas plat. Le mythe Kérouac veille. « Road-story » comme pour nombre de mes vieux romans. Je devine la randonnée à travers les States ? Un vieux modèle depuis Poulin et sa coccinelle allemande. Blues classiques !
Comme je le lui disais au Salon du livre de Gatineau (il souhaitait cette explication): il y a surtout la surprise de voir « l’univers » qui nous sépare, les romanciers des années ’60 et lui (eux !) d’aujourd’hui. Avec « L’iguane », intrigant roman actuel, de Denis Thériaut —qui vient de gagnaer un prix Odyssée, contre le « Putain » de Nelly Arcand— c’était autre chose : le monde du fantastique, le petit pauvre, enfant battu, père déchu, gamin magané, poqué, qui se réfugiait sous ce totem d’un iguane empaillé dans une grotte sur la Côte-Nord. J’aime examiner les contenus de romanciers du jour. C’est excitant.
2-
Je m’installais dans un studio de Cjms, avec Arcand, tous les matins. J’avais ma liste (d’épicerie). Sujets de discussion pour nos micros de nos « Face à face ». On ne change guère ? J’ai devant moi encore ce matin ma douzaine de sujets, actualités titillantes. Pour rire, je dresse cette liste de thèmes qui me font réagir (mais je n’ai plus de micro que mon cher journal).
a- la grève à Radio-Canada. Un lecteur du Dev recommande d’alerter la Sheila Cops. Les politiciens d’Ottawa. Vrai !En 1959, notre conflit se réglait enfin quand le député (un rouquin dont j’oublie le nom), au pouvoir avec Diefenbaker, se leva en chambre pour secouer les patrons de la CBC-SRC. Et tout se résolvait comme par magie ! Oui, seul bon moyen: la politique. Ce que déteste les planqués-gérants de Montréal. Leur grand’peur, ce recours au pouvoir politique, de là leurs exigences loufoques de garder le silence. Comme en 1959, indifférence, silence à Ottawa. C’était une bataille lointaine, celle des « frenchies » de Montréal. Le gréviste René Lévesque, c’est connu, constatant le désintérêt complet en devenait nationaliste, écœuré à fond par l’inertie totale à Ottawa quand une grève se déroule en françâis. Vrai qu’à Toronto, la bataille serait terminée et depuis longtemps. La gente politique adore fouiller et « bosser » les gérants des compagnies fédérales, et les gras et gros gérants craignent comme peste les fureurs des politiciens, alors les grévistes doivent le savoir et foncer par là !
b- Aznavour chantait à Ottawa et pas pour de pinottes. Public franco à 85 % L’aimable vieillard y va de présentations toutes in english ! Ignorance, mépris ? Inconscience ? Un spectateur a protesté et Aznavour, patriote de son Arménie natale, l’a envoyé paître cavalièrement. Le vétéran du « Faisan Doré »se fait sonner raidement les cloches par un liseur absolument scandalisé. Avec raison.
c- Un article fouillé fait bien voir, ce matin, une Égypte (et Le Caire) sous très haute surveillance par les USA. Des subventionneurs solidaires avec seulement Israël. Liberté ? Non. La solidarité naturelle avec les Palestiniens s’en trouve comme abolie. Tristesse. Dis-moi qui te subventionne et… C’est pour cela que je dis souvent aux écrivains : dites-moi qui vous subventionne et….
d- On utilise le mot « sinistre » à propos de ce désir de porter à l’écran les horreurs du manipulateur-Thériaut, dit Moïse. Est-ce vrai ? Peut-être mais…Le plus grave c’est que le film serait un récit plat et réaliste, sans la qualité filmique que nous sommes toujours en droit d’exiger; même pour ces docu-dramas. Jadis « L’étrangleur de Boston », un cas célèbre, ne fut accusé de rien. « Le silence des agneaux » n’est pas sinistre seulement, c’est un récit filmique bien ficelé, bien joué, surtout génialement tourné. Avec art, j’entends. Il n’y a pas de mauvais sujets, ni de sujets trop sinistres, il y a de mauvais films. Arcand auraut-il été d’accord ?
e- Montréal va permettre des vendeurs ambulants de bouffe à bon marché, cela en zones à touristes. Un quidam s’en inquiète et affirme : non, stop, à la « malbouffe » offerte à tous. L’obésité, dit-il, sera à vendre avec ces carosses à hot-dogs etc autres junk-foods ! Eh, le visiteur (jeune) pas trop argenté ira-t-il, sans ces chariots, aux Jardins du Ritz ? Ou dans un des chics restaus de la rue Crescent, ou dans ceux —« fancy »— du Vieux ? Doutons-en, hein ? Mon tit-Paul m’aurait-il contredit ?
f- Dans La Presse, un ex-gitane, paumée en France, exilée à Montréal, heureuse —devenue commerçante et donnant de la job à des émigrants, spéciifie-t-elle deux fois (cheap labor ?)— se porte à la défense de son cher « monsieur » Le Pen ce matin ! La bohémienne transformée ici en affairiste déteste le rapprochement Hitler-LePen. La droite extrémiste est donc partout !
g- Pierre Gravel, éditorialiste mesuré, fesse sur le Vatican ce matin ! Et raidement ! Il nous rappelle l’odieuse « note interne vaticaneste » du pape disant : « Silence la curaille ! Rapportez les cas « criminalisables », au Siège social, ici, seulement. Foin des polices de ces pays ! » Il frappe fort et juste. La radio, au même moment nous apprend que le cardinal bostonnasis (cachotier et protecteur de ces bandits en soutanes) obtiendrait une promotion. Où ? Au Vatican, tiens !
h- Charest menacé (!) du pouvoir à Québec aux prochaines, une firme de démarcheurs fait circuler ses offres de « bons offices ». Oh ! Le jeune Mario Dumont monte aux barricades. Mais lui, au pouvoir, un jour, baisserait la garde. Et vite. Ses cochons-de-copains se « coltineraient » solidement. La loi du « milieu », car, oui, c’est un « milieu », une « maffe » que ce parlement des bons amis fidèles. Et cracheurs de « foin » politique bien trébuchant et sonnant. De tous bords, de tous côtés, hélas !
i- Incroyable !, nous avons un nouveau maire, Tremblay, plein de titres spéculatifs, rempli d’intérêts et cela, dans maintes compagnies qui ont toujours besoin d’informations privilégiées. Pointé du doigt, l’innocent (l’est-il ?) joue la candeur ! Magouilles à l’horizon, le Tremblay n’as pas du toit l’intention de se retirer de « ses » portefeuilles ! Mon Arcand bondirait là-dessus, je le connais.
j- Le projet de loi pour la « parenté homosexuelle » va passer. Je dis bravo pour les enfants déjà adoptés qui n,Omnt rien fait pour perdre quoi que ce soitr. Mais je dis aussi danger de marginalisation nocive pour les « ceux à adopter » qui viendront. Déjà ces enfants sont marqués et le seront donc doublement. Je peux fort bien comprendre ce besoin humain des lesbiennes accouplées —et des homos mâles— pourtant ce serait égoïsme grave que de plonger des enfants dans cette farine insupportable de la marginalité. Si, vraiment, ils aiment les enfants, ils ne leurs feront pas ce cadeau empoisonné. Un lourd sacrifice, je le sais bien.
k- Je lis Girard ce matin, chronique économique. Je questionnerais mon gros nonours, Arcand : « est-il un bon et habile spéculateur ? » Aile et moi ? non. On a de l’argent « placé » comme on dit, on ne sait pas ce que notre fiducie (Desjardins) fait avec. Eh ! Oui : des ignares en affaires. On fait confiance. Comme tant de gens sans doute. Les Reers, ¿moi, le vieux, des Feers— vont en actions et en obligations (surtout) et on ne sait pas du tout comment ça fonctionne. Est-ce normal ? Non, sans doute que non. Héritage de nos anciens ? Eh oui. Et puis il y a que l’argent ne nous intéresse pas. Mais pas du tout. On lit des rapports qu’on ne comprend pas trop. Une confiance aveugle (!) dans ces « représentants » de chez Desjardins. Une folie ? On ne sait pas. On ne sait rien. On sait une seule chose : notre seuil de tolérance (aux risques) est bas, bien bas. Alors « qui risque rien n’a rien », c’est toujours vrai ? Aussi on se la ferme.
3-
Hockey hier soir. Zapette chauffante. Ouverture ridicule avec hymnes chantés. Que vient faire ce patriotisme à la noix aux temps des échanges divers ? Une farce. Démagogique en diable ! Les États, par respect, devraient exiger que l’on sorte ces chants sacrés du commerce (très industriel) du sport-spectacle moderne, non ? À Las Vegas, ouvre-t-on les tables de jeux la main sur le cœur et à l’attention ? Il y a des limites au grotesque, à la mascarade nationaliste, au burlesque du travestissement patriotard, non ? Donc, hier soir, les « méchants » Bruins en gagneurs. Désolation dans l’aréna. Des huées ! Moi, très mécontent. Reste du gamin de Villeray qui n’applaudissait que les gars de Montréal.
Salut les maudites plorines et en avant la kultour ! Filons sur Artv. Noiret pour une autre heure. Miam ! Ayant commis des tas de navets parmi quelques succès formidables —avec de grands réalisateurs— l’acteur célèbre est extrêmement modeste. Réaliste. Il ne renie rien. Les deux pieds en terre, solidement. C’est rafraîchissant en diable. Ça nous change des divas, des prétentieux qui se hérissent quand on parle de certains faux pas. ll répètera : « tout ce cinéma, c’est bon pour le confort. » J’aime bien cette façon d’accepter ce que l’on est. De ne pas se prendre au sérieux. C’est un métier… « d’artisan », spécifie-t-il. Quel merveilleux régal ! Un bonhomme franc qui dit la vérité tout en la sachant relative, fluide, insaisissable. Ah oui, un vieux gaillard unique. Bon, tant pis pour les absents, je ne raconterai pas les trésors —anecdotes d’une saveur fameuse— déballés par le vieux Noiret. De la sacrée bonne télé…d’entretien. Son questionneur, Bernard Rap, bien documenté, bien préparé, muni d’extraits solides de ses « grands » films, fait très bien son travail d’investigateur. Important pour un bon résultat, ce vis à vis, on peut voir parfois d’excellents créateurs qui bafouillent ou ennuient à cause d’un questionneur imbécile. À ce sujet, Philippe Noiret répétait qu’il faut s’efforcer, pour évoluer, pour s’épanouir, d’être entouré par des gens intelligents, cultivés, (même plus brillants que soi) et que les crétins, les cons, qui pullulent (en coulisses de cinéma) rendent cons.
À cause du format préalablement « internétisé » (oh !), qui me ramène, veut veut pas, au journal, envie comme diariste d’interpeller directement les lecteurs. Ce que je ne faisais pas jadis. Fou non ? Sorte de familiarité puisque je sais que l’on va me lire une heure (ou même moins) après envoi des pages d’un jour sur le web. C’est amusant. Ainsi envie d’écrire : « Pensez à moi, demain matin, quand je roulerai sur la 40 vers le Salon de Québec. » Ce journal mis en livre souffrira-t-il d’une telle cavalière manière ? Pourquoi oui ?
4-
Piteux —sincèrement affligé j’espère— le pape parle de « prières pour toutes ces victimes » des curés pédos. C’est bien mais, chrétiens, ne doit-on pas songer à prier aussi, oui, oui, à prier pour ces grands malades !
Quoi ? Le « Priez pour nous pauvres pécheurs », c’était un mensonge ? Une façade ? Bin oui, ces malades graves, ce sont des âmes égarées, des désaxés sexuellement —et tout ce qu’on voudra— mais qui va nier que ces pasteurs cathos ne sont pas effarés, perdus, déboussolés par ce terrible vice ? Qui est certain qu’ils ne vivent pas, au moment de l’horrible tentation, des affres redoutables ? Un accablement terrifiant. Une peur effroyable.
On dirait à lire les proses actuelles sur la pédophilie, que ces « monstres » en soutanes n’existent pas en toute réalité. Qu’ils sont, aux yeux du vieux pape romain, comme des fantômes. Des quoi ?, des inconnus, ma foi.
On en a honte certes mais pire, on ne les reconnaît pas comme êtres humains vivants parmi nous tous. Mais non, ils existent, ils mangent et ils dorment (même mal, très mal, j’en jurerais ) ils vivent, ils tombent dans leur affreuse manie des jeunes garçons, ils se couchent l’âme en lambeaux.
Que croyons-nous ? Ces mauvais prêtres se savent traîtres, trompeurs indignes, salisseurs, dominateurs faciles, écœurants manipulateurs. N’en doutons jamais, ils se haïssent profondément, ils ont honte du déni de leur vocation sacerdotale, ils suent et ils saignent d’indignité, se savent des dégradés.
Ils doivent vouloir se suicider souvent. Non ?
Je ne dis pas vrai ? Et sous la vaste coupole michaëllangélienne de Saint-Pierre, c’est le rejet, une sorte d’oubli du réel, un désaveu froid, total, toute la hiérarchies correct tourne le dos à ces effrayants mais misérables déchus ? Non, ce n’est pas une attitude chrétienne. Le « va et ne pèche plus » du fondateur Jésus est lettres vides, face à bien pite que l’adultère.
Il n’y aura donc plus que les psychologues pour mieux les expliquer —sans les excuser et sans les accabler. Des savants (de demain, bientôt ?) pourront-ils régler cette inconduite inqualifiable à partir de manipulation, ou bien de médicamentation ? À prendre matin, midi et soir ! Non je n’ai pas envie de rire, c’est trop déroutant, trop inhumain d’être affligé de cette effrayante mamie —on parlait hier (La Presse) de « puérilité narcissique, de blocage infantile avec la mère ». On verrait bien, et au plus tôt, le progrès de la science puisqu’il n’y aura aucune pitié christianiste. Ni à Rome, ni ailleurs. L’écrivain, c’est son métier aussi, veut comprendre. Accuser c’est facile.
5-
Dans nos gazettes, hier et aujoud’hui, voici un portrait du chef du MAJ (mouvement action justice), Manseau. Il nous apprend qu’il voulait devenir prêtre, qu’on lui a bousiller sa vocation, qu’il a été une victime d’abuseur sexuel en soutane…diable et c’est le mot. À la fin de l’interview on lit qu’il fait toujours vœu personnel de pauvreté et aussi…. de chasteté ! Là…on peut se poser des questions, non ?
Il faut de tout pour faire un monde. J’en ai connu des prêtres intéressés par le zizi des petits garçons. Au collège, il y en avait. Puni, envoyé « en haut lieu », je pleurai « plusse » d’inquiétude que de remords, installé de force entre les genoux d’un directeur fringant, excité et bien caressant. Il y avait aussi le révérend père Cha., un « moine » très, très « taponneur » pour les cuisses des jeunes ados à ce même collège, un externat classique. Je suppose qu’il y en a eu partout. Surtout dans les internats.
Il faut chaque fois parler aussi des autres prêtres. De ces fantastiques prêtres dévoués complètement à notre éducation. Le plus grand nombre, Dieu merci !
Oublier l’ivraie ? Tout est là. Les victimes n’oublient pas et c’est indispensable. Ce chef du MAJ semble déterminé. Il fait appel aux délateurs. Il a raison ? Il y aura danger de quoi ? D’invention. Oui, d’exagérations ? Oui. Ainsi d’anciens jeunes garçons, se sachant homosexuels, il y en a —et consentants précoces, ça arrive — à l’époque, qui voudront maintenant poser en victimes innocentes. Des alléchés par le fric promis. C’est prévisible. Comment trier ? Impossible.
J’ai déjà connu une type, musicien, évidemment homosexuel, qui affirmait carrément l’être devenu à cause d’un « grand » initiateur, un chef de jeunesse musicale. Il faut savoir
qu’assumée ou non, cette tendance (involontaire, comme l’a dit si souvent un Daniel Pinard), a besoin, parfois, d’un agent révélateur. Un Michel Tremblay a été clair sur ce sujet, avec courage. Que de jeunes homos sont tombés sur, justement, de moins jeunes homos, ainsi, ces aînés ne furent pas du tout des « pollueurs d’âmes ».
C’est une question délicate et le chemin pris par tous les Manseau du monde est encombré de…mensonges. Mettons dans cette croisade —valable certes —aux dénonciateurs des barrières avec l’écriteau connu : « Attention : danger. »
6-
Thierry Meyssan publie « L’effroyable imposture » à Paris, il tente de démontrer que la CIA et le Mossad juif sont les meneurs des horreurs de deux tours bombardés à Manhattan le 11 septembre dernier. Et le reste ! Ça marche. Le Thierry Ardisson, se masque en sérieux, l’invite à déballer (le 16 mars) ses légendes urbaines à sa télé de music-hall. Le livre se vend. L’homme est friand de complots. Deux Thierry se tapent la bedaine. Des journaux le moquent, d’autres, doutent un brin. Il y a quelques faits curieux. Comme dans tous les grands événements historiques. Or, on vient de parler de « suicide ». C’est un fait. À jamais, la crédibilité de ce Meyssan sera détruite si, avec le temps, sa thèse du complot s’avère une fumisterie. Il gardera le fric de ses tirages. Se fera G.O. dans un genre de « club med » bien à lui, loin de l’Occident. Ceux qui détestent —ou en sont trop fragiligés— ce genre de plaisanterie planétaire peuvent « pitonner » sur (clic !) Oaxbuster.com pour se faire servir antidotes en tous genres.
Cette guerre en Palestine ! Je lis sans cesse, partout : « des intellectuels, juifs et arabes, doivent se lever et parler. Oui, oui. Mais qui écoutent les instruits. Où peuvent-ils parler ? Le monde d’ici comme d’ailleurs se fiche bien des penseurs, des sages, des cultivés, des réfléchisseurs, des pacifistes, des intellos et…des écrivains. Est-ce que l’Arabe cultivé, instruit, clairvoyant peut critiquer, blâmer, condamner un Arafat-va-t-en-guerre ? Est-ce qu’un intello juif peut parler librement, juste un peu, contre le chef-de-guerre-Sharon ? Non. Hélas non ! Place donc aux images de télé, brutales, et insignifiantes par cette brutalité même, quand c’est possible entre deux chars, entre deux murs délabrés, aux portes des villes attaquées. « Ici Joyce Napier qui vous parlait de Ramallah ! » Ouen ! À la roche et puissante CNN des amerloques ? Même brutalité des faits. Où le trouver ce sage savant qui aurait envie de tenir un langage neuf ? Sais pas. Il se tait. Prudence indispensable, des deux bords du conflit durable, s’il veut survivre. Ici, on lit, hier, ce Omar Aktouf : les Arabes de la Palestine ont raison, le lendemain, ce matin quoi, on lit Élie B., dans le Dev : les Israëliens ont raison. Dis à dos.
On lit aussi ceci :les cinq (5) « k » d’une religion lointaine. Un rituel : k pour kesh, les cheveux et la barbe, longs. B) K pour kara, brcelet obligatoiure, c) k pour kacch, culottes de type boxer, nécesssaire ! d) k pour kangha, le peigne rituel, enfin, k pour kirpan (connu maintenant par ici) la dague en guise de relique plutôt belliqueuse, non !
Le juif a sa kippa. L’islamiste, la burqa…
…et le boy-scout ?, son canif et sa petite roulette, son tit foulard deux tons, son chapeau pointu…Etc. Et toi ? T’as rien, rien du tout. T’as l’air de quoi ? Et moi ? Rien aussi. Eh oui, rien. Pas de symboles, pas de rituel. On a l’air de rien aussi, des simplets. Puis la bataille s’installe, ah, oh, on insulte une victime de coco de papa sikh, pour un canif, un béret, un bout de guenille… C’est « La vie, la vie », hein !
7-
Nathalie Pétro, ce matin, chavirée. Pas de film d’icitte à Cannes. Elle saute à sa conclusion, la faute à Ottawa, ce Canada mis par dessus Québec. Quoi, c’est rempli dans des voûtes secrètes d’excellents films d’ici et Cannes les boude ! C’est ça ? Non, c’est du délire. C’est rare chez cette lucide :voir son excellent article sur le « Cirque du soleil » en quéteux de subvention, récemment).
Ça y a pris à matin. Une berlue ! À Cannes, aucun long métrage d’ici, il doit y avoir un complot ! Ah , les complots ! Il y a quelques grands pays importants. Leurs mégapoles. Il y a 145 pays qui comptent pas, ni à l’ONU, ni à l’UNESCo, ni à Hollywood ni à Cannes. Sauf, de temps à autre, surprise, un film de Finlande, s’impose, de Bosnie s’éclate, ou de Norvège, de l’Iran…Oh, c’est arrivé, du Québec. Ça arrivera encore. La culture se fait, se donne, se montre, se communique, se vante, se grandit dans 5 ou 6 grandes capitales. New-York, Paris, Londres, Rome, Berlin…c’est à peu près tout. Les créateurs des autres « places », silence !
Nathalie fait mine de pas le savoir ce matin.
Québec, la jolie ville, on se voit demain midi !
« Fais-toi belle, ô ville, car ton prince arrive…»
Non, ça c’est du Cardinal Léger rentrant de Rome en pourpre cardinalice, à son zénith. Avant sa conversion et son exil en Afrique.

Le jeudi 11 avril 2002

Le jeudi 11 avril

À CŒUR OUVERT(?)

(J .N .)

À COEUR DE JOUR (?)
1-
Hier, bain de soleil, oui, oui, sur la galerie d’en arrière. Transats ouverts, le jaune d’aile, mon rouge. Lectures variées sous l’astre !
Moi avec le  » Courrier  » et Aile avec  » L’Actualité « . La belle vie. Enfin de la chaleur. Mes vieux os criant famine ! L’amie Marie-Josée m’achalait de son trottoir de piqueteuse :  » Quand vas-tu fesser le polémiste, notre grève t’intéresse pas c’est ça ?  » Hier avant le souper, bang ! . je me décide, je grimpe à ma salle des machines et je crache une  » lettre ouverte  » pour la grosse  » Presse « , je veux que ce soit lu. Et le Journal de  » Monrial  » ne publie pas de ces polémiques. Lâches qu’ils sont. La foule! ? ils s’en contrecrissent ?  » Business « , 888-8888, et ne pas froisser nos chers clients ! C’est ça ?
Content de ma  » défense et illustration  » de ce Radio-Canada de ma jeunesse ! N’en avais plus rédigée de ces brûlots brefs depuis que je tiens journal ici. Va-t-on la publier ? On verra bien.
Je reçois des courriels chauds, lumineux parfois, mon secret souvent (je me fais des copies pour archives) mais que ces correspondants sachent qu’ils sont un moteur. Ils me font continuer. Car il m’arrive (comme pour tout le monde sans doute) certains jours de me dire :  » à quoi bon ? Cessez tout cela. Ne plus rien faire que lire en paix « . Ces témoignages si gentils font que je sursaute et je fonce de nouveau dans ma manie scripturaire. Continuez donc!
2-
Ce soir aller au petit château-Chambord pour souper avec les garnements ‹si grandis‹ de ma fille, Éliane. Elle est à Québec avec mon gendre l’internaute savant, Marco. Congé d’ados, repos, vacances,  » lune de miel des 50 ans  » ! Je ne sais pas trop ! Pas de mes affaires. Un  » beau-pater  » doit se la fermer  » bin dur  » , non ? Puis, ce soir, aller conduire le benjamin Gabriel chez des Jasmin (Gaétan, de la fesse gauche) à Pierrefonds!
! .et puis demain à 2 h une limousine (yes sir, le Scully sait faire ! ) viendra me prendre pour aller à Ville La Salle jaser pour  » Bibliotheca  » , sur  » La pertite poule d’eau  » et bien d’ autres choses.
Samedi matin, filer en Jetta vers le  » Saloon  » de Trois-Rivières. Un lieu sympathique, davantage que la grosse foire montéalaise de novembre. Revenir à Montréal dimanche soir.
Absent donc du journal pour trois jours et cela, oui, oui, me chagrine. Habitude bien ancrée donc.
La gentille et dévouée Katleen ( » une ourse aux pattes de velours « , lui ai-je courriellisée et elle a pas protesté ! ) de chez Trois-Pistoles me commande un communiqué (hen quoi ?) pour ce journal qui sortira en septembre. Oui, hen ? Quoi? Déjà ? C’est que les distributeurs de livres préparent  » très d’avance  » leurs pubs et commandes aux camions de livraison et aux libraires.
Bon, quoi mettre ? Rédiger du  » fou  » ?  » Claude Jasmin sans aucune pudeur, s’ouvrant de façon innocente à tous, livre tous ses secrets les plus intimes, ses maux de ventre et de coeur, il ose raconter ses manies secrètes!  » Vous voyez le genre. Mensonges libres. Faciles. Mais non., je ne ferai pas ça. Aussi , diable, pourquoi l’éditeur ne fait-il pas ce boulot ? C’est son job. Moi : je risque de minimiser l’importance (hum) du journal ou alors d’exagérer sur son contenu. Menteurs comme on est, les écrivains. Vains. Je ris de moi.
3-
Hier soir, le frère Untel, devenu bin réactionnaire avec l’âge, racontait à canal  » Historia  » les folies furieuses lors de l’installation en vitesse Grands V, des écoles gratuites (désormais) sur tout le territoire. Propos fascinants. Improvisations et corrections qui pleuvent. Jérôme Desbiens, enrégimenté derrière le fameux Rapport Parent a fait ce qu’il a pu. Avec bon sens sans doute. Il y avait, il l’a dit avec une formidable franchise, toutes sortes de freins :politiques, économiques, sociologiques, catholiques, d’affaires, etc.
Il y eut le favoritisme ordinaire : de si grosses bâtisses à couler dans le béton, on imagine architectes, ingénieurs et entrepreneurs autour du fromage gigantesque ! Une honte ? Non, la loi ordinaire en société humaine, hélas. Desbiens a admis des tas d’erreurs. Ces polyvalentes de 3,000 écoliers, par exemple. Le réseau des bus  » jaunes  » à installer partout .
Ah oui, une émission savoureuse. Cette liberté niaise, ce laxisme imbécile des années ‘ 60 où, dit-il, plus personne n’évaluait personne. Chaque prof faisait à sa tête. I y eut les chamailles de 1968. Des grèves sauvages. De la casse. Du vandalisme. Je me souviens bien du milieu  » arts  » en ébullition. La marmite sautait quoi ! Il dit qu’il a vu tout cela, de très près, ouen, enfermé dans le bunker bureaucratique ? Le brave frère Mariste qu’il est resté tente de partager les blâmes. Pas facile, il faut l’admettre….L’inverse du  » free for all  » viendra, aujourd’hui mes  » beauf « , des profs, me le disent, qu’il pleut des formulaires à gogo, des réformes contradictoires à gogo, de Québec, la bureaucratie, pieuvre connue, indispensable lierre, je le sais bien, je n’ai plus 20 ans, s’est installé et avec vigueur. Contrôles partout. Trop ? Eh !
4-
Début hier soir de!  » Les Caruso « , un titre du genre. Canal  » Séries plus « . Bof ! Plate. Toujours la même sauce. On en a assez vu. La maffe classique ou non, et bang bang ! Je te tue, tu me tues. Lunettes fumées. Habits bien coupés. Familles bien aimées malgré le sang versé dans les garages et les parkings. Oh oui, assez, suffit, clichés, stéréotypes. Valise bourrée, fuite, cachette, on en a raz-le-ponpom, non ? Vu, aussi, ainsi,  » Le dernier chapitre. La fin. Plate. Confus. Voyages vides de sens sans cesse Toronto-Montréal. Lassant. Luc Dionne a perdu sa touche-magie du temps de  » Omerta  » ? Assez oui c’est assez. Le sujet est devenu rebattu,. Redondant. Trop de stock partout sur ce sujet. Revenir au bo vieux film  » Le Parain  » des débuts et y rester quoi ! Avec ce Marlon Brando si imposant. C’était du neuf. Puis vint les séquelles! (fatal en cas de succès, avec tous ces pondeurs parasites paresseux)  » suites  » devenues ennuyeuses comme la pluie.
5-
J’ai donc envoyé ma  » lettre ouverte  » sur le Radio-Canada d’antan à La Presse, et je fustige la mode (le mode)  » contractuels  » et  » pigistes  » pour tous ces jeunes diplômés, ballottés sans cesse, incertains de l’avenir. Pourquoi ce temps nouveau ? Pour mieux contrôler, intimider, ces non-syndiqués ? Sans doute ! Si la SRC ne répond pas à mes questions, je le ferai, moi, et ça va cogner en vérités inavouables. Je vais guetter la réaction des patrons. S’il y en a une de réaction. On connaît l’astuce du silence. C’est un classique ! Et puis, à  » La Presse « , voudra-on défendre cette cause des  » permanents  » ? Oh, oh ! Lisez sous les articles : partout,  » collaboration spéciale « . Oh ! Et de plus en plus ! Un bon signe hein ?
Ma honte, hier à l’École-Bouffe, ai pris des beignets. Une pleine boîte Et un sac ce chocolats frais ! Ma grande honte ! Aile souriait, la méchante. L’air de me dire :  » Vilain et méchant garnement va !  » Elle y plongera autant que moi, la démone. Je vais engraisser rare ! Tiens, reviens du lunch, délicieux potage, bisque au homard, iam ! Et Aile :  » Pour ces chocolats et ces beignets, tu apporteras tout ça rue Chambord ce soir !  » Eh ! Pas si démone que je croyais. Si pleine de bon sens, cette femme m’ est indispensable, on le voit bien. Suis remonté au clavier avec un! dernier beignet graisseux ! Petit voleur va ! Môman rit au paradis !
La grève menace au J. de Mtl, rue Frontenac. Une autre. Des souvenirs montent quand je vois les lignes de piquetage boulevard René-Lévesque. C’est la  » petite  » guerre de 1959. C’est la peur. Crainte de voir s’éterniser un conflit. La frousse que le chef syndical ne soit pas assez lucide, ou pas assez courageux ou, au contraire, trop vantard. Aveugle. Ou bien menteur. Ratoureux. Démagogue. Des dos qui se tournent. Pertes d’amis scabs. Sales jaunes ! La solitude. Réunions où l’on tente de nous stimuler. Enfantillages souvent.  » Pep talk  » bien con ! Soupe populaire où j’étais l’aide-chef d’un régisseur habile. Marches dans le matin froid. Pancartes injurieuses. Janvier passe. Février passe. La peur du chômage pour longtemps. Les rumeurs folles. Les déformations. Les communiqués patronaux pour intimider les grévistes. Les réponses qui crânent. Des cris de rage. Des chevaux de la police. Un peu de coups. Vandalisme de nuit. La faim qui grimpe. Le loyer pas payé rue Saint-Denis. Mon père, pas riche, très mécontent. Oui, la grève c’est la guerre.
J’ai entendu : « le soufisme est une religion de mendiant !  » Ah ! Comme je sais peu sur les  » autres  » religions. M’instruire un bon jour. Ces temps-ci mon fils s’est mis à l’étude du bouddhisme. Il m’apprendra des choses ? J’ai hâte. Religions de mendiant ? Quelle affaire ? Des  » Mendiants  » ? Et les franciscains, oui ? Les capucins ? Non ? Les Dominicains ? Pas du tout ? Et nos Jésuites ? Longue histoire que toutes ces  » communes « . d’hommes et de femmes. Les Sulpiciens de Paris qui se font offrir toute l’Île de Montréal ! Pas trop mendiant dans le genre ? Lire sur tout cela. Oui, quand ? Mais quand ? Ces querelles, les Récollets tassés, méprisés et chassés de ce Québec, bigot et pieux. Avant, les Jésuites bannis par Rome.  » Quid  » au juste ? Et puis repris, remis en honneur. C’est quoi toutes ces tractations para-religieuses ? Je n’en sais que des bribes. Ah oui, vouloir trouver du temps pour apprendre mieux. Ainsi, à partir d’un terme entendu à la télé :  » ordres mendiants  » l’envie de me jeter dans des lectures qui pourraient m’éclairer. Je ne le ferai pas. Cela aussi!  » pas le temps  » ! On dit toujours ça, tous, et on reste des ignorants.
6-
Coup de fil de TVA :  » Bonjour m’sieur Jasmin, on cherche qui viendrait jaser sur nos ondes à propos du chef d’orchestre (Dutoit) qui claque la porte découvrant de la gronde anti-chef à l’OSM.  »
Eh b’en ! Je recommande à cette recherchiste de TVA de dénicher un musicien qui a vécu les coulisses de la Place des arts. Pas moi, c’est certain. Je ne sais rien. Est-il un dictateur, un tyran horrible, un despote effroyable ? Comment savoir ? Même un critique comme Claude Gingras n’en sait rien. À part les racontars de corridors de la part! de musiciens! paresseux, fainéants graves, ou, au contraire, éc¦urés d’être traités comme valets, comme des  » moins que rien « . Comment savoir ?
Le Thierry Ardisson l’autre soir à canal TV-5 :  » Pour des morts comme Marilyn, comme J.F. Kennedy,  » la fille secrète  » Mazarine, comme d’autres  » affaires  » encore, on a fini par apprendre qu’il n’y avait pas de  » fumée sans feu « , et accepter l’apparence grave de complot, n’est-ce pas ?  » Ardisson parle au chef de l’OBS, Joffrin, qui est en studio. Il continue :  » Alors, vous fustigez ce livre (de Messien ?) qui parle d’un complot-Cia-Pentagone pour Manhattan bombardé, le 11 septembre, mais, ‹dit le Thierry avec sa face à claque et sa tête de lascar‹ dans vingt ans ou moins encor, on apprendra des choses, comme on a appris pour Kennedy, pour Marilyn. Alors, faut-il faire taire l’auteur qui dit  » complot « .
Puis, il avance qu’on aurait dit très publiquement dans une satation de province au Moyen-Orient :  » il y a eu un cortège de 150 voiture quand Ben Laden a dû quitter la frontière Afghan-pakistanaise !
Ardisson : « Comment ça se fait que cette nouvelle a été abandonnée ? J’ai contacté toutes les rédactions et on n’a pas trop su quoi me répondre. Le Ben Laden, oui ou non, serait-il protégé par ses anciens supporters et amis, les USA ?  » Sil4nce en studio puis le rédac-chef de l’Obs, la mine faussement contrite, rétorque :  » Je vais voir ça , c’est promis !  » Un bon moment.
Vaste question! mais d’abord pour Marilyn et Kennedy, il s’agit toujours, en 2002, de rumeurs et d’hypothèses. Et la jeune bâtarde de Mitterrand c’est du  » pipi de chat  » face à l’histoire ! Il mélange tout. Ardisson sombre ainsi dans le journalisme pour amateurs de fantaisies niaises. Décevant.
Même  » show « , car c’en est un : le Finkelkraut (?) lance soudain au Thierry, pour son juron favori :  » Tabernacle  » ! Sursaut en la demeure ! Il dit qu’il a appris cela en venant au Québec. Surprise amusée chez nous ! On sourit : une reconnaissance par nos sacres ? Mieux que rien. Puis il récite, de sa voix caverneuse qui porte, sa version novelle de la fable de Lafontaine :  » Le renard et le corbeau  » où il moque une certaine féminisation des mots fort! gaga. Excellente version en effet ! Et quand l’Ardisson lui dit :  » Vous fûtes maoiïste, oui ?  » Il répond rieur :  » Mais oui, oh oui, trois semaines environ, et j’étais bien jeune !  »
Bref, vous voyez, on est un peu éloigné de la télé puérile et bruyante de  » La fureur  » ou de je ne sais que quizz débile. En fin de compte, toutes ces chaînes dites spécialisées ont sauvé du naufrage total ce médium ‹bien aimé désormais‹ que je m’apprêtais à détruire à jamais.
Envie de lire Charles Péguy en écoutant le même philosophe invité chez Ardisson-fourre-tout. Il a dit qu’on avait défiguré le poète le plus important de son époque, qu’on l’avait effrontément amalgamé, après sa mort, avec la droite catho, les Maurras et Cie. Les pétainistes, hélas, s’en firent un héros. Enfin, il a recommandé de lire Péguy sans ces diffamateurs conscients. Mais je le trouverai où ? En biblio ? Ici, à Ste. Adèle ? Gros doutes mais sait-on jamais. Souvent, je regrette de vivre ici à cause de cela, la minceur de la biblio !
7-
J’ai vraiment pas aimé le milieu et la fin  » L’iguane  » du jeune Thériault et ça me chicote. Cette mère violée. Ce curé moralisateur. Ce père ivrogne, batteur. Que de clichés rebattus sous un amas verbiageux. Des mots rres, très rares ! Danger cela. Ça fait cuistre. Gide ou Simenon, tous disaient :méfiance, on doit fuir ce tic. C’est nuisible en littérature. Vanité de jeune flo ? Sa photo en 4 ième de couverture nous montre  » un plus très jeune  » auteur pourtant !
D’où vient ce mode d’écrire des sortes de  » contes  » plus ou moins plausibles. Influence d’un cinéma pour ados, à cauchemars vite fabriqués et vite résolus ? J’en ai bien peur ! L’autre Thériault (Yves) ‹et Beaulieu dans  » Un loup nommé!  » a bien raison là-dessus‹ savait trousser cette manière de conte. Souvent ces brefs romans sont, justement, comme des légendes. Yves T. fut souvent un trait d’union, puissant, étonnant, avec tous nos vieux  » conteurs  » d’ici, ceux du 18 ième et surtout du 19 ième siècle. Héritage très respectable, non ? Je le relirai, il le faut. J’ai tant aimé  » Ashini  » par exempole, jeune, et les autres livres, ceux de ses débuts. Plus tard, je le négligeais, trop pris par toutes mes propres pontes à moi. Égocentrisme ? Oui, oui.
8-
Film loué en vidéo ‹et loué à Berlin et à Toronto ! Jouons avec les mots‹, que l’on regrettait d’avoir raté au cinéma d’en bas. Cette  » Ange de goudron « , film d’ici : déception encore. Pourtant une histoire forte. Ces émigrants algériens émouvants, ce vieil anarcho-gogauchiste (Raymond Cloutier esquisse bien un rôle hélas esquissé), ce jeune d’Alger déjà révolté, écolo, ou quoi au juste! C’est bien flou. Randonnée touristique en motoneiges. La nuit. La cachette vague. Le propos incohérent encore. Paquet de passeports à faire brûler ? Aéroport du grand nord ( ! ) où l’on va rapatrier ces sans-papier du Maghreb. Police féroce et douaniers, piège. Tuerie sauvage et peu crédible du jeune révolté. Un récit incohérent hélas. C’est regrettable. Un peu mieux! un peu plus! et c’était une réussite. Bref, un film pas ennuyeux mais décevant.

Le jeudi 21 mars 2002

Le jeudi 21 mars 2002
1-
Quoi ? Premier jour du printemps et encore une bordée d’ouate ?
J’irai au Salon de Hull avec la navette (minibus) des « Écrevisses » samedi matin. L’auto… trop risqué. On annonce du frette aussi pour samedi ! Misère. Moi qui aurais aimé rouler, via la 50, de Mirabel à Hull dans ma Jetta, vitres baissées !
Hier, j’ai relu mon, « tout frais arrivé » de l’imprimeur, « Écrire ». Aile aussi. Ses larmes subitement ! Pourquoi ? Aile : « Oh, Claude, tu m’arraches le cœur. Tant de déceptions. Et tu te dis un raté. Ça me fait, mal. » Alors, je lui explique ce relatif « raté ». « Tu comprends, jeune, on a espéré tellement mieux, tellement plus fort. Nous somme tous des ratés non, face à nos ambitions d’adolescent ? »
Ce livre contient de la grogne, du ressentiment, des griefs graves sur nos médias colonisés face aux Parisiens, sur les « Salons du livre », sur les « docteurs en lettres » snobs, et le reste, mais aussi un peu d’humour et plusieurs longs textes littéraires où je tente ainsi de démontrer qu’au delà de nos misères d’écrivains, il y a cette envie de pondre du…poétique !
Un drôle de livre, en fin de compte. Je l’aime. Beaucoup. J’en suis fier et si soulagé…ça défoule de parler franc. L’aimera-t-on, en parlera-t-on en bien, en mal ? Ah ! Vieux suspense. Je redoute le silence total vu mes piques raides sur les médias, presse, radio et télé. Une sorte de vengeance quoi. On verra.
En allant à cigarettes et journaux, ce matin, suis allé porter un exemplaire du « Écrire » aux voisins, les Jodoin. Ai dit à Jean-Paul : « Tu entres dans la littérature québécoise, mon vieux, vois la page 99 et suivantes ! » Il a semblé médusé, étonné. C’est un passage où je relate une excursion à Pointe-Calumet qu’il voulait que je lui fasse visiter raconte, de visu, après sa lecture de « Pointe-Calumet boogie-woogie ».
2-
Cette série télévisée « Le dernier chapitre » ! Foutoir visuel ennuyeux. On dirait qu’ il y a six (6) gangs de bandits, douze (12) chefs. On ne comprend plus rien. Pire qu’avec son « Omerta » que je préfère tout de même. Dionne prouve, cette fois, qu’il ne sait pas rendre clairement les tenants et aboutissants d’une histoire. Mais c’est fort bien ficelé, très pro. Alors les loustics, pas exigeants, vont suivre ce caravansérail à vroum,vroum, bien mal foutu. Il y a du bing, bang, Bigras, présence physique impressionnante, il y a, lumineux, Roy Dupuis, si beau garçon et, toujours pleine de naturel, Marina Orsini, et puis qui encore ? Il y a l’imagerie courante, toute faite de très brèves séquences télescopées. Illusion rythmique sur un amas de silhouettes mal établis, esquissées. Alors les gogos, voyeurs effrénés d’images sans sens, vont rester à cet écran. Tant pis pour la bonne compréhension des intrigues.
Avant l’indigeste saga —police versus motards criminalisés—, à Historia, bon documentaire sur la naissance d’Israël, ses guerres, Nasser, la Jordanie en sandwich, Golda Meir, le tout jeune Arafat, etc. Je ne me lasse pas de revoir ces « stock shots », repris, recousus, raboudinés, remontés, sur cette époque terrible.
Vu aussi mon ex-camarade de CJMS, Arcand, tenter de faire parler l’ex-vedette-jeunesse, la chanteuse Renée Martel qui vient de confier sa biographie à (?) son propre fils avec qui elle a fait la paix. Viol à 18 ans, alcool, drogue, tournées sans cesse, son fils négligé, père en tuteur et artiste un peu cruel, carrière d’automate puisqu’elle « a toujours détesté, dit-elle, ce milieu », et quoi encore.
Aile me dit : « C’était une beauté rare. Populaire chez les jeunes. J’étais jeune réalisatrice aux « variétés ». Elle ne se livrait jamais. Muette, mécanique, intouchable et mystérieuse. » Face au questionneur —en apparence froid et sans cœur— les réponses sont lentes, comme prudentes, calculées. Émission un peu plate. Martel semble lasse, épuisée même, en tous cas réticente à faire plus ample écho aux révélations de son livre. Ces confessions terribles, une mode, se situent au bord d’un voyeurisme malsain. La foule adore. Chez nous, une certaine gêne à examiner la victime se livrant plus ou moins.
3-
Pour sa santé, Aile se charge volontairement de pelleter la neige sur la longue terrasse du côté ouest de la maison. Durant ce temps, comme chaque midi, tantôt, je descend faire nos sandwiches —jambon, poulet, dinde, rôti restant, c’est selon— formant le lunch du midi.
Dehors, c’est étonnant, jamais vu autant de neige depuis décembre ! Beauté des sapins lourds de blancheur lumineuse. Oui, grande beauté ici. Ça y est :chicane ! Encore une de nos chaises anciennes qui perd un barreau. Aile commande : « Vite, répare ça ! » Elle est incapable chaque fois d’attendre. Je sors la colle Lepage. Badang ! Pressage trop énergique et ça pisse partout, ça coule sur la table où j’avais couché l’infirme, la fiole en éjaculatrice précoce. Énervement d’Aile ! Enragement. « T‘es comme ton Édouard de père, tu travailles trop vite, en fou ! »
Ça revole, elle s’agite, court au torchon ! Bousculade. Menaces. Moi, penaud. Je sais bien ma maladresse en la matière. Elle n’a pas un bon mari bon bricoleur, hélas ! La queue entre les jambes, essuyage fait, je remonte à l’étage, à ce journal. Ouf !
Plus tôt, Aile écœurée : au marché Métro, vendeur de fleurs, campagne du jour et offre de contribuer « in english only » ! Elle a protesté aussitôt comme on doit toujours le faire pour réveiller ces racistes inconscient —encore en 2002— de vivre au milieu de 84 % de francophones.
Souvenir de 1945 : ma pauvre Germaine, ma mère, colonisée, humiliée, bafouée, méprisée, rabaissée, comme nous tous en ce temps-là, qui s’efforçait de parler anglais, en pleine rue Saint-Hubert, clientèle à 99% francophone, à un marchand « raciste » de « Greenberg » ou de « Wise Bros », soumise, docile, chien battu. Baptême ! ça ne change pas encore ce racisme ?
Ce gras raciste (c’est une forme de racisme cette ignorance de la majorité, non ?) cet offreur de tulipes-charité sait qu’il utilise la langue universelle. Speak white ! Débrouillez-vous les caves québécois, apprenez la langue des maîtres actuels (ça va durer longtemps ?), celle de l’univers marchand, de la planète commerciale. « Mon épée me démange », disait Cyrano ! Et comment ! Autour d’Aile, des gens semblent étonnés de sa protestation. Des cocus contents ? Notre manque de fierté, d’honneur, finira pas nous assassiner culturellement. « Nation nigaude », disait Baudelaire ! Oh oui !
3-
Aux chers « Francs-Tireurs » de T.Q. hier soir, la jolie haïtienne, liseuse de bulletins de nouvelles, Michaël Jean de la SRC. Dutrizac, avec ses airs d’effronté de service » et Richard Martineau, avec sa voix de fausset hélas, aux commandes. On y cause « hommes battus ». Des témoins, militants de « la cause des mâles » démontrent que ça existe et plus souvent qu’on pense !
Gageons qu’il s’agit de violence morale, de harcèlement verbal. Ma foi, c’est certain. Pourquoi seuls les hommes seraient de foutus accableurs dans les couples qui fonctionnent mal ? Martineau mitraille la belle Jean —il excelle dans ce sport— elle répond du tac au tac, brillante. Hélas, elle trimbale un accent parigot plus accentué encore qu’à Paris ! Elle ne sort certainement pas des ghettos des démunis de l’île misérable. Pas de question là-dessus par Martineau juste taquin.
Je me suis souvenu de son reportage-enquête (la question-Noirs) quand elle vint questionner les artisans de CJMS un jour. Je l’avais taquinée lui disant : « Vous manquez hélas de crédibilité, étant une Noire, vous êtes mal placée pour sembler vraiment « neutre » et jouer l’ arbitre impartial sur le sujet de la tolérance. » Verrait-on un reporter Blanc questionner les Africains chez Mugabe : « Nous aimez-vous vraiment ? Détestez-vous les Blancs ? » Mais j’avais envie de badiner. Michaële Jean le prit fort mal et me battit froid.
Son conjoint, le cinéaste documentariste, Lafond, fit, avec elle, un formidable reportage sur Haïti. Un des pauvres gamins interviewés me frappa… droit au cœur. Son visage si triste, où brillait une intelligence évidente, une gravité d’adulte, tourmenté profondément, me rendit songeur pendant, non pas des jours, mais des semaines et même des mois. Comment l’aider ? J’avais voulu lui demander l’adresse de ce jeune enfant si lumineux et si perdu. Folie ! Je finis par me raisonner. À quoi bon tenter d’aider un seul garçon quand ils sont sans doute des centaines de milliers à vivoter dans ces conditions funestes ! N’empêche, parfois, je revois encore ce jeune et si beau visage, effrayant, où l’on pouvait lire une détresse…incommensurable. Tous ne peuvent fuir à l’étranger comme notre « parisienne » lectrice de nouvelles ou comme mon ami Dany Laferrière.
4-
J’imagine déjà la foule de nos admirateurs, samedi matin, rue Berri, au Terminus, quand nous partirons, les écrivains de Monrial, pour Gatineau- Hull. Quel déchirement ça va être. J’imagine aussi la foule à Hull Gatineau nous voyant arriver. Mon Dieu, je crains l’émeute. La promotion pour les auteurs est tellement riche ! C’est un million et demi (1,500,000 $) de dollars cette publicité, cette visibilité, aux romanciers.
Merde, qu’est-ce que je raconte ?
Je me mélange avec les publicitaires politicards de « Groupaction ». « Mon » ministre, à Ottawa, de la culture, Sheila-la-Cop, crache cet argent (1,650,000 $) pour la visibilité du « Oh Canada ! », et du drapeau rouge, dans tous les festivals du Québec. C’est à Québec qu’il faut diluer le fleurdelisé qui rend malade les fédérats ! « Groupaction » retourne à la caisse électorale du parti (Libéral) la fabuleuse somme de 112, 162 $ ! Pauvres éditeurs, ils comprennent rien. Je vais expliquer le business à Victor-Lévy samedi à Gatineau. Lui dire entre quat’zieux : « Tu verses 50,000 tomates « chez la Cop », et tu recevras 1,650,000 de dollars (de pistoles !) de contrats pour tes Éditions Trois-Pistoles. C’est bin clair, non ? Facile ! Il suffisait d’y penser.
Cette énorme magouille publicitaire donne envie de vomir et fait tomber à terre les culottes du successeur de Gagliano, Don (donald duck ?) Boudria ! Jouant le surpris, il bégaie qu’il va mener une enquête ! La farce ! Il s’agit de l’argent public monsieur Jean Brault, fondateur de « Groupaction-politik ». Des argents gagnés à la sueur des fronts des travailleurs. Trois contrats se signent (1997-1998-1999), donc trois rapports sont livrés (à un demi-million chacun) avec « mode d’emploi » pour déployer l’unifolié partout au Québec, trois fois à peu près le « même mode d’emploi », avec des petites variantes.
4-
Reparlons des amateurs de complot. Sauce Oliver Stone. Il y Internet où chacun peut halluciner et capoter en « légendes urbaines ». Il y a maintenant un bouquin : « L’effroyable imposture », où un certain Thierry Meyssan veut nous convaincre qu’aucun avion de kamikazes a foncé dans le Pentagone. Eh b’en… Le journal Le Monde avance que ce n’est que bobard genre Internet dévoyé. Le Thierry est fâché noir.
Face à un autre Thierry, celui qui a un terrible accent « mondain parigot », Ardisson, il rétorque qu’il a ses source sûres et que la politique étrangère des USA est sans plus aucune crédibilité. Là, il chasse de travers. On sait bien que la politique étrangère des USA est farci de propagande, c’est connu aujourd’hui, mais ce fait a n’a plus rien à voir avec l’avion sur le Pentagone ! Ça fait vendre de la copie, tout ça. À suivre…quoi !
Pierre Laporte, je le tiens d’une source pure, fut égorgé par un mafieux se glissant rue Armstrong, à Saint-Hubert ! Robert Bourassa fut empoisonné par un ami de Daniel Johson junior. René Lévesque a été assommé et puis assassiné par Claude Morin qui craignait la révélation d’autres secrets de la GRC. En voulez-vous des « complots » Vive le Net ! Vive la liberté !
Sur Internet, un abonné répand qu’il y a sur tous les avions modernes, et ce, depuis les premiers détournements célèbres, un bouton de sécurité. Si un pilote se croit en danger, il n’a qu’ à écraser ce bouton caché et l’avion devient téléguidé, automatiquement, à partir de son aéroport de départ. Ouen ! L’internaute conclue : « mensonges ces Saoudiens s’emparant du pilotage !
Hen, hen qu’en pensez-vous ? On souhaite vous voir conclure : « c’était donc tout planifié, accepté ! Les dirigeants politiques des USA savaient tout sur ces kamikazes et voulaient que les Tours jumelles se fassent démolir ! »
Bonne nuit, allez-vous coucher les petits enfants, notre noir conte du vilain bonhomme Perrault-2002 est terminé, cui cui cui !
5-
Assez des folies : Lysiane Gagnon est une importante conseillère (clandestine) de John Charest. Ma source ? Son article de fédérate crasse ce matin. Hypocrite, elle raconte les noirs desseins de Landry et comment John, malin, les a appréciés. Il refuse de faire l’ »union face à Ottawa. « Le rapport Séguin, c’est une astuce parizeauiste » dit-il. Ottawa ne nous doit pas une cenne de péréquation, ni à nous ni aux autres provinces. Dumont est un innocent, Joe Clark, un autre. La Gagnon termine son devoir « desmaraisien », à la sauce Power Corp-Gesca, disant qu’on est tous, les Québécois du Bloc comme les gens qui votent « oui », (60 % de ses lecteurs, tiens !), un petit des caniche (sic) et ses amis fédérats, un gros doberman (sic). Beau mépris du lectorat de La Presse , non ?
Air-Canada vient d’autoriser un écrivain, maudit par l’Iran, à voler sous ses ailes ! Jaques Chirac, a fustigé jadis le romancier insulteur du Coran, Salman Rushdie. J’étais, moi aussi,
furieusement contre son livre où il parodiait grossièrement une des trois grandes religions monothéistes, la musulmane. Trop facile de faire de Jésus un pédé, un prédateur sexuel ou un pédophile…et quoi encore. Trop facile de faire d’Abraham ou Moïse, un con fini, un illuminé titubant sous l’alcool, fornicateur déchaîné et aliéné mental. Ces élucubrations de carabin ignare (livres ou films) n’excitent que les désaxés. Les badauds infantiles. Même athée, ce que je ne suis pas, je n’approuverais jamais ces contes folichons pour titiller les déboussolés. Jamais. On doit un respect minimum pour les fidèles juifs, chrétiens ou mahométans. Ce bourgeois londonien, Rushdie, mondain devenu récemment manhattanien, a couru après ses déboires, Qu’ils s‘achèvent, je veux bien. Il a payé assez cher, guetté par des gardiens, craignant sans cesse le meurtre. . .
6-
C’est qui ça « Gambling Inc » ? C’est une part de notre gouvernement.
Loto-Québec apporte sa belle part de fric au fisc.
Alors, on se ferme les yeux sur Gambling Inc. Et on répète comme mantra : argent qui contribue aux hôpitaux et aux écoles. Argent bien sale ! Bientôt ces revenus honteux vont dépasser les taxes sur l’essence, est-ce assez dire les profits sur un vice encouragé, vanté aux télés ? Un prof d’université (en travail social), à Hull, Amnon Suissa, l’affirme. Il ajoute qu’il y aura très bientôt un million (c’est dans le 700,000 à ce jour ) de Canadiens en « addicts », compulsifs quoi, au vice du jeu.
Les lignes du 1-800-SOS-JEUX vont rougir !
Ainsi nos élus, se taisant tous, sont des complice de méfaits graves. Sont des hors-la-loi. Ils contribuent volontiers à la détérioration de la santé publique. La prison pour ces innocents ? Mais oui. Pour « refus de secourir personne en danger », c’est dans le code !C’est un de leurs plus grands devoirs de la protéger.
À Hull, où je m’en vais samedi, on annonce 1,100 places nouvelles de stationnement au parc Leamy. Rigolard, le relationniste s’exclame : « Que voulez-vous, on est les victimes (!) de notre succès ! » Très enrageant !
Le remuant boss, Gaétan Frigon (ex-patron efficace des alcools-Québec), servile serviteur de « Gambling Inc-Québec » ose dire que « c’est un malentendu de le voir en mandataire pour rendre le vice du jeu plus acceptable ».
Coups de pied au cul qui se perdent !
Loto-Québec vient de cracher 200 millions de notre argent public pour des machines VLT’S, machines (sépulcres blanchis !) avec clignotants pour avertir « charitablement » certains joueurs qu’ils exagèrent. Un fait têtu :il y aura PLUSSE de machines-one-arm-bandits. Bandits de l’État !
7-
Mon camarade en écritures, Daniel Gagnon, signe un très beau papier sur Rio, mort il y a peu. Le fils retrouvé bien tard, Yann, fait publier, lui, sa drôle de lettre lue aux obsèques. Il parle d’absence et de silence…Oh que j’admire le peintre, oh que je méprise l’homme. Comme j’ai méprisé l’homme-Picasso, et admiré son art. Comme je méprise les parents des « Enfants du Refus global », tel que racontés, montrés, dans l’émouvant et très dérangeant, troublant, film, de Manon Barbeau, la fille de l’automatiste Marcel Barbeau. Elle aussi signe un bel article (tout cela dans Le Devoir de ce matin) sur le génie né rue de Lorimier en 1923.
J’y reviens, Nadeau photographe : deux autre grandes preuves. Une sur une vitrine rue Bernard où il y eu tuerie récemment et une autre, Riopelle encore. Oui, un génie dans son métier, ce Jacques Nadeau.
À « Campus », à TV-5, le photogénique Guillaume Durand, a présenté Janine Mossuz-Lavau (sociologue)n et son livre enquête : « Vie sexuelle en France ».1- Fin de la femme passive. Elle veut prendre son plaisir comme l’homme. Si insatisfaite, divorce. Seigneur, dans mon jeune temps, toute la paroisse serait allée en divorce ! 2-La virginité ? Une bagatelle. Un petit moment désagréable à passer. Jadis : pucelage féminin précieux comme la prunelle de yeux. 3- Désormais, pour les femmes aussi : l’amour et la pratique sexuelle, deux choses. Fin du romantisme ? Je le regrette. « Que vaut la sexualité s’il n’y a pas les sentiments ? » J’allais répétant cela à la SRC, jadis, juste pour faire enrager certains sexoliques de mes entourages. Un jour, un de ces maquereaux me rétorqua : « Que valent les sentiments sans la sexualité ? » On a ri. Puis : « Ça existe, sais-tu. Oui, il y a des amours qui patientent, d’autres, sages, qui subliment. » Les deux ensemble, c’est le vrai bonheur. Je le sais. Beaucoup de matamores du sexe font mine de l’ignorer et mange de cette mince galette faute de bon pain. 4- Les femmes draguent désormais parfois. Et pourquoi pas en effet ? 5- Et les préservatifs ? Avant de former un couple, le jeune l’utilise volontiers, par prudence. Mon Dieu, oser acheter un capote en 1950. Que pensera le pharmacien ! On préférait le « retrait ».
Justement le livre dit que la pilule est encore vue comme un contrainte et qu’on préfère le « retrait ». Ah b’en flaille bine !
Back to…6- La partouze, l’échangisme quoi, progresserait. Là-dessus, mon opinion ne changera jamais : pis aller lamentable pour des couples qui éprouvent de l’attachement mais qui ne s’aiment plus d’amour. Ça vient de finir.
Conclusion de son enquête : les femmes veulent l’amour et consentent aux jeux du désir, faute de mieux. Les hommes veulent du désir et consentent à s’embrigader dans l’amour. Si elle le dit l’enquêteuse-sociologue. Combien sommes-nous, hommes, à vouloir les deux ? Je refuse de me croire exceptionnel. Je refuse.
8-
Pas loin d’ici, pas à Tel-Aviv, à Brossard, un type signe une lettre ouverte dans The Gazette. Il refuse l’Israël belliciste de Sharon et Cie. Ce Abdul Malek de Brossard, ça ne tarde pas, se fait vandaliser. Jet de balles de golf, vitre fracassée ! Rôdeurs intimidants, la nuit. Ses voisins jouent aux vigiles par sympathie.
Une voisine a pris les numéros de plaques d’une voiture suspect dans le quartier. La police l’a noté. M. Malek dit vouloir discuter par lettres ouvertes, à visage découvert et n’en revient pas de ces balles de golf. Diable ! Avec mon ancienne monomanie de lettrouvertisme (avant mon journal qui a tari cet exutoire), je prenais des risques ? J’ai toujours pensé que la violence est l’arme de ceux qui ne savent ni parler, ni penser, ni écrire.
Bon, les servantes, les bonnes, l’ex- nanny, se mettent à l’écriture. Pas nouveau quand l’ex bon maître se nomme Marlon Brando. Pour le fric. Cette fois, non. Il s’agit d’« employées de maison » comme dit l’Europe, le « New-York Times » raconte : « The Nanny Diaries » (du journal ?), c’est les récits glanés quand deux « servantes » travaillèrent dans une trentaine de maisons huppées de New-York, cela dans les années ’90. On va faire un film de ces historiettes de deux gouvernantes indiscrètes. Cela irait des comportements sexuels des « patronnes oisives » jusqu’à leurs obsessions pour les chaussures. Des dames de la haute crient déjà au scandale. Résultat : les agences de domestiques font signer une clause au contrat, « défense de divulguer, après emploi, quoi que ce soit. Sinon menaces de poursuites judiciaires.
Restons au domaine…du livre. Il y a une « Corporation » —né comment, fondée par qui ? — il y aura un gala du livre —malgré les refus de gros éditeurs de participer— pas de gala genre « Gémeaux » ou « Masque ». Une « Fête du livre » à 17 heure au Capitole de Québec et diffusion, avec numéros de « variétés », à 19 h et demi, sur Télé-Québec, ce 23 avril. Animation la mignonne Sophie Durocher. Pixcom signera le show.
Il y a 90 jurés (anonymes), des pairs, qui ont fait un premier tri. Ensuite vient la votation sur ces finalistes par 150 écrivains et 150 libraires, éditeurs, bibliothécaires. 300 votes pour 29 prix dont 18 pour « la littérature », il y en a pour la promotion, la distribution etc. Prix baptisés « Odyssée ». Aussi un « prix spécial » à Tremblay pour l’ensemble de son œuvre.
Finalistes : Michel Tremblay, Nelly Arcand, Serge Kokis, Nancy Houston, Dominique Demers etc. J’y suis pas ! Calmez-vous mes fans !Ça continue, ma guigne, dès l’école jamais de médaille, jamais d’images, aucun prix. J’y pense mon Lanctôt fait partie des déserteurs et n’a donc pas soumis mon « Enfant de Villeray ». Et alors, adieu trophée, misère humaine !Tant pis pour moi !
Une certaine grogne : « tous ne connaissent pas bien certaines catégories ». Alertée, Lise Oligny, directrice de cette mystérieuse « Corporation », corrigera l’an prochain. Il y a aura désormais jury spécialisé selon chaque catégorie. Mon opinion ? il n’y aura jamais assez de visibilité pour le monde les écrivants.
Les boudeurs, dont le riche « Boréal », disent à la ministre en culture : gaspillage, foin d’un gala, futile, vain, qui n’aidera en rien les écrivains, vraiment inutile. Donnez plutôt tout cet argent précieux pour subventionner nos manuscrits qui attendent une sortie !
9-
Riopelle a vécu, un certain temps dans les Hamptons de Long Island, voisins de Manhattan. On a tenté (Pierre Matisse et Cie) de le mousser. Le milieu le bouda avec ostentation.
Il y avait un Riopelle à New-York :Jackson Pollock. Son jumeau vraiment. Même énergie étonnante. Une vedette internationale ! Et les États-Unis, enfin sur la carte de la peinture moderne depuis l’après-guerre craignait la montée d’un autre européen, car, Riopelle, pour ces chauvins, c’était encore la maudite École de Paris qui, à leurs yeux, avait assez écrasé (un siècle !) l’Univers de la peinture depuis Manet, Monet et Cie. Un grand complexe d’infériorité enfin se défaisait. Il y avait désormais de forts talents modernes, c’était la vérité.
Riopelle ? « Qu’il retourne à Paris »… où, ironie, on le traitait d’« américain » ! Il ne récolta que de très mauvaises critiques. « Un talent mineur ». Il y retourna en France. Richard Hétu racontait un peu ces déboires dans La Presse. Il a ajouté que son histoire d’amour catastrophique avec l’Américaine Joan Mitchell, sa maîtresse écrasée, lui aurait nui.

Le mardi 12 mars 2002

Le mardi 12 mars 2002

« À COEUR DE JOUR » ?

1-
Mais oui, envie de changer « Journées nettes » pour « à cœur de jour ». Pourquoi pas ? Je songe, on le devine, au titre à donner au livre de ce journal qui sera publié à l’automne. Ce matin neige folle. Folle neige. J’aime donc voir ces petits flocons comme échappés à regret par le firmament. Chute au ralenti, dirait-0n. Image d’hiver calme et douce. Beauté. Ça y est, encore ce soir, sur TVA-TM, à 17 h. et demi, mini-débat avec la belle Maréchal. On fera écho à un rapport de Statistiques-Canada qui dit que presque 30 % des citoyens se voient et victimes du mal nommé : « la travaillite ». Moi qui fut longtemps pris de cette maladie (quatre jobs à la fois dans les années ’60 !) je vais en maudire les effets.
Il fallait nous voir, hier après-midi —halte de notre promenade-santé— nous prélassant à quatre sur un long banc d’une terrasse du Chantecler, le soleil nous inondant, un copule voisin et nous. Jean-Paul, 76 ans, et sa Pauline, se reposant des glissades à ski. Quelle audace, non ? Je les félicite. Si peu de neige cette année que nous ne sommes pas allés, pas une seule fois, à ski de fond sur les pistes du « P’tit train du mord », Aile et moi. Honte un peu! Hâte de reprendre nos vélos dès avril.
Dimanche soir, embarras : regarder le Gala des Oliviers et vouloir aussi regarder 9/11 alors que le magnéto enregistre une troisième émission. Ça zappait rare ! Nos humoristes ont fait un excellent boulot. Nous avons ri très souvent. Plein de maudites pubs criardes et zap !, on ne riait plus du tout aux images de deux Français vidéastes à New-York qui, par hasard de reportage (sur les pompiers), sont soudainement happés par le bombardement kamikasien des tours du WTC. Reportage tragique, quasi-insupportable. Acheté par TVA dit la gazette de ce matin. Mais pas envie de revoir cette tragédie humaine qui donne mal au coeur.
2-
L’autre jour, au Musée Juste pour rire, j’ai dit au cinéaste Melançon notre bon plaisir pour sa série « Asbestos ». Le deuxième épisode était fort bien mené encore une fois. Un monde comme antique, il me semble. C’était il y a mille ans, il me semble, que l’on traitait les ouvriers des mines comme des abrutis sans importance. Mais non, c’était il y a cinquante ans seulement. Incroyable !
Une fois de plus, je vois l’ouverture du télé journal à Radio-Canada avec fanfare du « fin du monde ». Un décor surchargé, étincelant, clinquant même, très « nouveau riche ». Ambiance « star-war » ou quoi ? Folie visuelle prétentieuse là où le peuple qui entretient ce réseau du peuple, très public, dot être intimidé (?) par ce chiard visuel d’arriviste. Quelle bêtise. Du buzzy, du funky, du fuzzy de tintamarre de foire commerciale pour une vente de bébelles électroniques alors que la télé d’État devrait être sobre, sérieuse puisque c’est le moment d’informer le peuple des actualités, ce n’est pas un show de Véronique Cloutier hein ?
Une gentille dame, hier soir, me contacte : « Vous, un si bon conteur, vos viendriez en studio pour jaser dans notre série d’émissions documentaires où l’on parlera « mafia montréalaise », pègre québécoise, famiglia Cotroni, votre époque non ? » Moi, tout surpris ! Y seront des chroniqueurs judicaires comme le vétéran Lysotte ou le ministre Charbonneau (tiré à bout portant, lui, au Devoir), aussi la « victime » miraculée, Auger, d’autres « connoisseurs » en crime organisé. Ils décideront mais j’ai bien dit que j’étais ignorant en cette matière, que des « légendes urbaines » dans mon Villeray natal. Un « blind pig » au coin de la rue, un petit « bordel à bras » à un autre coin de rue. Des potins, des rumeurs quoi ! Certes, je pourrais lire des livres sur le sujet et puis jouer « l’historien de service ». Pas trop intéressé.
Cher journal ! Hier, lisant dans du vieux journal mien, je trouve : « Lu tome 5 du journal de J.-P. Guay. Que de piques terribles ! Un acharnement de ma part, des lettres d’injures quasiment et le Guay imprime tous mes envois brouillons. Avoir su ! » Je descend à la cave chercher ce Tome 5. En effet, chaque fois que Guay —rencontré lors d’une émission littéraire— m’expédiait une lettre, je lui répondais comme pour m’en débarrasser, surtout pour le secouer car il se plaignait sans cesse de manquer d’argent mais refusait tout boulot.
N’empêche que son journal, que je n’aimais pas —rempli de prénoms inconnus, de cachettes niaises— me donna le goût d’en tenir un dès 1987. Cela formas deux tmes, j’en ai parlé. Je me promettais de faire tout autrement que Guay, d’être net et « clair de nœud. » Je lui dois donc ma manie de journaliser…avec tant de bonheur depuis le 15 décembre, quand je m’y suis remis.
J’ai abandonné ce « Pars vite et viens tard » de Frédérique Vargase. Trop franchouillard à mon goût. Aile s’y met maintenant…juste pour voir. Trois nouveaux bouquins devant moi —quatre avec ce curieux « Parfum de cèdre » sur ma table de chevet— un de Joseph Kessel, un de madame Giroud (du journal, miam !) et un autre…dont j’oublie l’auteur. Tous choisis à la biblio du village à trois coins de rue, là où l’on se garnit surtout de « best sellers » sans doute demandés par la multitude.
J’ai lu —aux portes de l’École hôtelière—des pages du Kessel, celles d’un style vivant, d’une manière pétaradante, sur un New-York inquiétant, celui de la « Crise » fameuse. Kessel y fait (il était alors journaliste pour « Le matin ») des portraits effrayants des chômeurs, des quêteurs partout, d’une chic Fift Avenue déconcertée, démantibulée, —écriteaux « à vendre » ou « à louer » tapissent les vitrines vidées— photos littéraires dynamiques de cette méga cité effondrée par le Krach de 1929.
Sorte de reporter surdoué le Kessel ! On y est vraiment , on rôde avec lui dans les cantines de rue, dans les dortoirs improvisés, dans des refuges de misère humaine totale. Grande hâte de retourner vagabonder avec lui. Quel guide brillant ! J’ai un peu lu aussi des pages quand Kessel est à Berlin, qu’il découvre, en 1930, la montée du nazisme et ce démagogue « fou mégalo » à moustache. Il décrit, fasciné et inquiet, ces fêtes bizarres avec torches dans la nuit, étendards, drapeaux et fanfares, saluts des foules hypnotisées « à la romaine » à une Allemagne ruinée qui doit redresser …via le fascisme absolu. Pages étonnantes d’un observateur de Paris qui sent que le monde va se fracasser bientôt dans des tueries jamais vue encore. Ah, lire ! Quel plaisir total, même avec ces pages d’anciens bouquins !
3-
Lire ? Ce matin, René Bolduc (Le Devoir) s’insère dans la querelle :auteurs d’ici ou auteurs de France aux collèges ? Il y va carrément et il n’ y aura plus de chicane. Il renvoie dos à dos les Cornellier et les Ricard. C’est tout simple, dit Bolduc, de France ou du Québec, les jeunes ne veulent rien lire, ne plus lire. Ils n’en ont que pour cinéma, Internet, vidéos, la vitesse.
Bang ! Ça vient de finir, rangez vos épées… « les intellectuels », dit-il. Le Bolduc est pessimiste ou dit-il vrai ? Il parle de la fin de « la culture des lettrés », avance que des Prix Nobel s’enferment dans « leur culture hyper spécialisée, alors qu’un savant jadis…. » Il jette donc l’éponge ? Bolduc achève par « devons-nous capituler devant la culture technicienne, utilitaire, vouée à l’instantanéité. » Jugement pressé ?
Diable, il m’a fait peur savez-vous ? Puis, voyez comme est fait un optimiste à tout crin, je me dis : « bon, il se peut qu’être cultivé, désormais, change de sens. » Combien de fois j’ai entendu des enfants —oui, des galopins aux écoles— me révélant des notions diverses (scientifiques ou autres) que moi, cinquante ans plus vieux qu’eux, j’ignorais ? Est-ce que ce fait indubitable fait que les « anciens » nous devenons pleurnichards, nostalgiques.
« Bouhou, bouhou », écrivaient nos phylactères de bandes dessinées… « Snif, snif, bouhou, vous allez pas, ingrats jeunes gens, jeter ma bonne vieille culture d’antan ! » Je sais plus. Ce refus de paniquer, j’y tiens. Je me souviens trop bien des chialeurs démontés de mon temps d’élève des écoles et collèges : « Chenapans incultes ! C’est une honte ! Vous êtes, tous les jeunes de 1940, de 1950, des crasses petits poltrons ignares ! »
Nous aimions trop le cinéma, le jazz, pas assez Bach, Mozart et Beethoven, nous allions vers le surréalisme, l’automatisme , la poésie nouvelle, nous levions le nez sur Balzac, Flaubert et Zola, nous préférions Camus ou Malraux. Tous les Victor Barbeau du territoire nous vouaient aux hégémonies !
Non, je ne sais plus trop….
4-
Je me trompais. Ces « Monologues du vagin », selon une éfiante Nat Pétro, (La Presse de ce matin), font un spectacle (au « Lion d’or ») plein d’humour, capable même d’autodérision, n’ont rien des noirceurs féministes à la vieille sauce revendicatrice. C’est bien noté. Elle dit : « festif », adjectif à la mode.
Autre thème très actuel : les femmes en « porteuses de bébé pour les autres. » Gilles Masse sermonne l’éditorialiste Ouimet. Comprenez-donc, dit-il, que des femmes infertiles (ablation d’utérus par exemple) vivent un grand bonheur, un besoin enfin accompli. Réponse : « Oui mais.c e sont toujours des filles pauvres, vulnérables, qui font cela pour un peu d’argent. Un bébé, continue Ouimet, n’est pas un objet qui peut s’échanger. Elle parle d’histoires qui, parfois, finissent très mal. Qu’en penser ? Je réfléchis.
Oh ! s’amènent les techniciens en « duplex » de TVA. J’y vais.

Le lundi 18 février 2002

Le lundi 18 février2002
1-
Comme hier, dimanche, du soleil partout. Un ciel d’un bleu poudre uni. Nous partons demain pour du théâtre. Je ne sais jamais trop où car c’est ma belle Aile (belle Aile !) qui y voit. Elle est folle de ce médium. Pas moi. Aussi quand, voyant l’unanimité des critiques pour une pièce, je dis « on devrait y aller » elle saute toute joyeuse sur le téléphone et réserve des billets ! Mercredi midi, nous remontons, avec David l’aîné des petits-fils en congé, je l’ai dit. David et moi c’est quelque chose. Il fut, né le premier, mon premier « chevalier » du groupe des 5 ! Cela a tissé des liens à part. J’y faisais mes premières tentatives en récréation enfantine du papi. Il m’a donc appris beaucoup. J’y allais pas le coup classique des « essais et erreurs ». Un jeu le lassait, j’en changeais. J’adaptais tel ou tel processus ludique.
Un jour, je découvrais qu’il adorait mon jeu des « jours qui passent ». C’était une sarabande folle : chant d’un coq, l’aube, réveil au fond d’un grand placard du sous-sol de la rue Chambord, soupirs, gesticulation, d’une gymastique folle, céréales englouties —par pantomime toujours— sortie du placard, départ en automobile, David avait une petite machine à volant opératoire, vroum, vroum, debout, marche, boulot à travail mécanique, clingne, clangne, bing bang, là aussi, que quelques secondes, puis retour « at home », vroum, vroum encore, et souper, flic-flac, gloup-gloup glouton, un peu de télé, à faux, rires mécaniques, tapes sur les cuisses, faux rires, et puis re-dodo au placard, fermons bien les portes-pliantes, bâillements sonores, ronflements très sonores, quelques secondes toujours, mon chant du coq (cela, il aimait !) de nouveau. Même manège, exactement. En quelques minutes, nous refaisions le parcours des douze heures d’un jour. Ça revolait, de plus en plus vite. David riait. Était aux anges. Un jeu fou. Enfiler sans cesse des jours et des jours.
Je cherchais un sens à sa grande satisfaction ! Je comprenais qu’il aimait cette accélération du temps. Il devait croire qu’il se jouait du temps réel.
2-
Henriette Major, romancière-jeunesse, m’écrit et m’envoie des photos. . Je voulais voir où elle se réfugiait l’hiver. C’est du côté de Saint-Raphaël, dans le Midi. Un appartement en plein milieu de cette petite ville. Pas très loin de la mer. Je n’irai pas. Je songe à « plus au sud », à un lieu où l’on pourrait faire de la plage avec lectures, soleil garanti… Or, on vient de m’expliquer (une Française amie) qu’en hiver, en France, il n’y a pas de ces endroits assez chaud pour le prélassement continu comme en Floride ou dans les Antilles. Surtout pas du côté de Nice ou Menton. Ma grande déception en apprenant cela. Quand je questionne: « À Carcassonne, à Perpignan ? » On me dit : « Non, en hiver, c’est frais, il faut souvent une petite laine ! »
Henriette, dans sa missive, me vante les lieux et me dit de garder ça pour moi. « Il faudrait pas voir grossir, ici, une colonie québécoise. » Pourquoi pas ? La grand’peur du « Hollywood floridien ? »
Comment suis-je fait ? Moi, j’avais bien aimé ce Hollywood maudit par certaines élites (!) lors de nos séjours en Floride dans les années ’80. J’y trouvais une sorte de…familiarité (?) « b’en de che nous », bonhomme, cavalière un peu mais si chaleureuse. Un « petit Québec » ? Mais oui. Pis quoi ? J’en ai fait le portrait pittoresque dans « Pâques à Miami » et Louis Cornellier du « Devoir » l’avait grandement apprécié, Martel de « La Presse » aussi. Il y a chez nos grands bourgeois instruits une sorte de dédain du petit peuple, des gens des classes laborieuses, populaires, qui, retraités, aiment ces retrouvailles « ethniques » « hollywoodiennes ». Il en alla longtemps de ce même mépris hautain pour Old Orchard, remplies des nôtres. Comme du Pointe-Calumet de mon enfance. Oui, comment suis-je fait, car je me sens de bien bonne humeur entouré de cette… « populace », terme méprisant utilisé par ceux qui fuient en vitesse ce « là où nous nous regroupons ».
3-
Hier, dimanche, un gala encore à la télé. Pour notre cinéma. Moi j’aime bien les galas. Certains les abhorrent ! Avec l’humoriste doué Patrick Huard, la Sylvie Moreau (que j’aime tant en fofolle « Catherine » le vendredi soir) présentait des sketches désopilants : en ado vaseuse dans un hall de multiplex, en intello à bicycles, trouvant des symboles freudiens aux Boys-3, etc. Un bon spectacle. Notre honte à Aile et moi d’avoir négligé de descendre en bas de la côte Morin, au ciné Pine, pour « Un crabe dans la tête » du jeune Turpin. Ce film a remporté la grande palme ! Le formidable film de Falardeau sur la mort de ce malheureux de Lorimier recevait une bonne part des Jutra. Quatre sur sept ! Bref, du drôle, de l’émouvant car c’est toujours stimulant et agréable de voir des talents récompensés. J’aime la jeunesse créative. J’aime constater qu’il y a relève sans cesse.
Un correspondant : « Quoi ça au juste votre « racisme inverti » ? C’est, face au raciste ordinaire, donc ceux qui craignent et détestent « les étrangers », c’est —inversé— l’auto- racisme, Celui de ceux qui ne nous lisent pas, qui ne vont jamais voir un film québécois, tiens, tiens ! Pour ces cons, les « étrangers » ou nos nouveaux venus, sont, tous, parfaits, surdoués, excellents. Et nous ? Nous ne valons rien. Nous sommes, collectivement, de la schnoutte, de la merde, des attardés mentaux, des insignifiants. Voilà le racisme inverti, exactement l’envers du raciste courant.
C’est une plaie grave dans une communauté peu nombreuse. Du colonialisme quoi. Une aliénation qui fait… chier tous ces « racistes invertis » sur ce que nous sommes, ce que nous inventons. Une maladie fort répandue, hélas, parmi l’élite (hum !) chez les minoritaires, ils sont éblouis par les majorités régnantes : Hollywood, Paris, New-York, un peu Rome, un petit peu Berlin, Londres. Le reste du monde ? Tous des minables ! Clair comme ça ?
4-
Avoir un caméscope ou pas ? J’en ai un. Caché dans un placard. Ennuyeux de devoir rassembler la visite et dire : « Bougez pas, parlez pas, j’ai une cassette à vous faire voir ! » Des photos, échangées de main à main, c’est mieux, c’est léger, ça n’empêche pas la convivialité. Et on peut vite déceler si cela ennuie. Circulation plus rapide alors, pas vrai ? Mais le ruban dans le téléviseur…, hum, c’est long ? c’ est plate ?…silence, la politesse, malgré l’ennuie impose un silence de convenance !
Pourtant, quelle joie si nous (les anciens) pouvions nous voir revivre, gigotants, vivants, à cinq ans, à dix ans ! Oh oui ! Mais non, on a que de vieilles photos en noir et blanc. J’en ai mis une cinquantaine dans mon récent « Je vous dis merci » J’avais eu l’idée, un jour, de publier tout un livre fait de photos avec de longues légendes en dessous de chaque vieux cliché. Longs « bas de vignette » détaillant les sentiments, les émotions, se rapportant à ce gros album. Projet abandonné vite, je n’ai pas de photos, aucune, de « nous » le gang de Villeray », au naturel, à nos jeux, dans nos ruelles. On a toujours que des photos quand, lavés, peignés, sur notre « 36 » quoi, sourire obligé, posant e artificiellement pour le beau Kodak de môman. Ou de pôpa ! Hélas !
Le caméscope donc ? Oui. Pour la mémoire visuelle, pour ceux (le jeunes enfants) qui s’en fichent bien aujourd’hui !
Le vieux MacLuhan affirmait : « Le message est le message ». Bien. Mais je dirais, moi : « Le message est …le messager. » La subjectivité inévitable fait que le messager importe avant tout. Ainsi —disait qui ?— un ouvrage de génie regardé par un crétin devient un ouvrage de crétin. Oh! Aïe ! Terrible vérité. Examinons donc mieux qui émet une opinion, qui critique, qui parle, qui est, en somme, le messager. Je blague souvent : « À l’inverse un ouvrage de crétin regardé par un génie …s’améliore-t-elle ? » Je blague et pourtant. Un Malraux discutait ad nauséam sur la richesse symbolique d’un simple tableau naïf. C’était lumineux à entendre. Un génie fait cela. Ce génie (des liens, des raccourcis, des ellipses) enrichissait un ouvrage…de bonhomme parfois assez pauvre créateur.
Je conseille souvent des jeunes: rencontrez des gens brillants. Supérieurs à vous. Cela va vous aider. Soyez vus, écoutés, visités, observés par de gens intelligents. Ils vont vous stimuler, vous grandir probablement. Vous enrichir. Fuyez, abandonnez, éviter les cons sympas, les crétins colleux, les imbéciles divertissants, les flagorneurs joyeux, ils ne vous apporteront rien. Rien. Certes, jeunes gens, c’est plus facile de fréquenter plus minables que soi, c’est reposant, mais c’est aller vers le rapetissement. Ayez la modestie de fréquenter les plus lucides, les puis forts. C’est, au début, un certain silence, une certaine domination, l’acceptation d’apprendre seulement, mais, à court terme, « à la longue » comme on dit, c’est une existence bien plus riche et plus d’épanouissement. Idem pour lectures, films, etc. C’est plus amusant, moins forçant pour nos méninges de visionner « Les Boy », ça donne rien, aller voir un film solide de propos, à l’Ex-Centris par exemple, enrichit profondément souvent.
Voilà un peu —vous saurez tout ici— de quoi je cause comme invité à rencontrer des jeunesses étudiantes dans écoles ou collèges. Beaucoup de jeunes grognent sourdement à mes appels… « On veut du fonne, juste du fonne ». Je vois chaque fois ceux qui vont stagner, qui vont régresser même peu à peu. Ces paresseux, ces « réfractaires à la culture importante », s’en iront tout doucement vers une vie anémié. Et ça me fait de la peine chaque fois. J’aime les jeunes.
Vu encore ce « Campus », à TV-5, dimanche soir, hier. À la fin de ce match à idées, à déclarations vives, à confessions calculées, Aile : « Mautadit que ça parle vite ces intellos et auteurs et critiques français. » Et c’est vrai. Pas reposant. Je monte me coucher chaque fois comme…étourdi. Enrichi aussi. Et stimulé surtout. Ici, rien de ces vigoureuses bagarres verbales, hélas ! Ni au ralenti ni à vitesse moyenne. Rien. À la fin de l’émission à TVA, chez la Cazin, une zélote du « multicul-à-ghetto », dame McCalister, me tance d’un : « Vous nous laissez pas parler Jasmin, vous êtes speedy ». Moi vantard, excédé de ses protestations : Excusez, j’ai un processus mental rapide. Désolé que vous ne puissiez pas suivre. » Hon !