Le mardi 29 janvier 2002

Le mardi 29 janvier 2002
1-
Je rentre avec Aille au chalet de St. Ad. Faisons un arrêt à l’école des chefs…Que du pain et des gâteaux aujourd’hui ! E ! Aile, pas folle pourtant des sucreries et des desserts s’empare d’un beau gâteau, « oh, un « Brest » me dit-elle, c’est délicieux ! » Hâte d’y goûter tantôt après souper. Ce matin, mardi, Foglia épingle une maîtresse d’école qui ignore l’orthographe. Deux F ? Bon, bon. En auto, tantôt, je dis à Aile, une forte en français : « Orthographe, un f ou deux f? » elle sait plus trop, me dit je vais ouvrir le dico en arrivant. Moi aussi, je ne sais plus et n’ai pas encore paginer (avant de J.N.) mon « tit » Robert.
C’ est pour dire. Des parents offusqués bavassent donc à Foglia : « Notre pauvre trésor… sa maîtresse est une ignare en orthograhe, hon ! » Et lui y va de sa descente en flammes. Je me suis dis : j’ai connu des maîtres d ‘école, très fort en ortho et nuls comme profs. Pas de pédagogie, pas de psychologie, ennuyeux, si ternes, incapasble de tenir la classe, de la rendre vivante, etc. etc.
On me voit venmr : si cette maîtresse « nulle » face au petit bolé élevé par des bolés est peut-être..peut-être une formidable animatrice, une fantastique pédagogue, une simple institutrice qui est bourrée de talent pur enseigner le programme. Hélas, elle n’ouvre pas son dico quand elle note l’élève, commet d’effarantes fautes, à juste titre, les parents savants s’en indignent.
Je pense bien qu’on a pu constater mes faiblesses en ce domaine. Cela date d’il y a très longtemps. On ne se refait pas. Je connais des auteurs très solides en la matière mais qui n’ont aucun don sérieux pour savoir bien raconter une histoire écrite. Rendu en livre, ça ne se verra pas trop, Dieu merci, il y a des correcteurs et des réviseurs pour nettoyer le scorie du manuscrit.
On voit le rapport ?
Moi et la « tite » maîtresse de première année on se ressemble :trop paresseux pour ouvrir le dico et ça n’est pas bien. 2-
Aujourd’hui comme hier, ciel gris. Temps pas trop froid mais…endormant. Cette grisaille m’assomme… mais je suis un héliotrope malade, moi. En ville hier en fin d’après-midi, pour les frisettes d’Aile. Jolie avec sa coupe…moutonnière. J’aime. Cet après-midi, devoir rencontrer des gens, chez ADP-Sogides, dans Pointe-Saint-Charles, au bord du canal Lachine, pour leur vanter mon prochain livre (!) partant pour l’imprimerie. Ce monde de distributeurs est en contact avec les libraires et peuvent collaborer aux « commandes » de strocks. Ils veulent voir « la « bête », s’informer du contenu du prochain livre. J’ai donc jouer volontiers l’homme-sandwich, le commis-voyageur. Mon livre est bon, il est fort , c’est un vrai manifeste, c’est un terrible pamphlet et. Etc. Ils m’écoutent en souriant. Le poète Desroches y est aussi car il voit à la maquette, la typo, etc. des éditons Trois-Pistoles. Il m’a dit qu’il rédigerait en deux tomes de 400 pages la mouture romanesque du téléroman populaire de TVA : « Le retour ».
Il faut bien manger. Il a pas l’air ennuyé mais plutôt amusé de ce travail de commande, « alimentaire » comme on dit. Environnement industriel un peu effrayant sur cette rue Saint-Patrick. Certes des usines se changent en blocs à condos mais…Hum…Il faudra planter beaucoup d ‘arbres. ADP est installé dans l’ex-« Northern Electric Company ». Briques rouges habituelles partout. En croisant la rue Ropery, j’ai salué en pensée la maison natale (je la voyais bien) de ma chère Germaine qui y est née en 1899.
Aile m’accompagnait, ainsi (un rendez-vous à trois) elle a pu déjeuner ave une amie, ex-réalisatrice à la SRC comme elle, Lis.C. Ai commandé des côtes de bœuf levées. Mium ! Mon régal. Lise, des moules, Aile, elle, un rossbiff. Bonne vieille taverne-brasserie « chez Magnan ». Rencontre du Président des Médecins : le doc Lamontagne, connu aux micros de CJMS quand il y jouait le conseiller populaire. Un voisin de table, la cinquantaine, me demande une « dédicace sur nappe ». Je m’exécute. Son compagnon, dans la trentaine, répond « Non ! » quand le premier le questionne : « tu reconnais ce monsieur écrivain, oui ? »
Un vieux serveur me jase un brin. Il aimait tant « La petite parie », me confie-t-il. Quand je lui dis l’avoir déjà vu chez Magnan, il me dit : « Ca fait 35 ans que je mange ici ! » Je le regarde fonctionner, c’est un jeu de mains (et de pieds aussi) impeccable. Virevolte bien faite ! L’expérience d’un métier fait cela.
Quand je reviens chez Magnan après mon numéro de « vendeur » chez ADP, les deux femmes sont plongées dans des cofidences et sur les réalisatrices retraitées et sur les plus jeunes aux prises avec l’effrayante chute du réseau français de la CBC. Tout se fait, là comme ailleurs, par les compagnie privées désormais. Monsieur Gourd, patron là, vient de laisser entendre (Las presse) qu’il est rare que ces producteurs privés mettent l’argent public reçu en aide aux écrans. J’ai sursauté de cette rare franchise chez un « boss » du réseau public ! Qui entérinait ainsi les graves accusations d’une Fabienne Larouche il y a deux ou trois ans. Ce matin, Louise Cousineau publie : « On a bondi. On a téléphoné. M. Gourd ne veut pas commenter. Refuse de nous parler. » Gaston la gaffe ou franc un moment et le regrettant ? Et il joint le vaste, très vaste, club des « mal cités ». Hum !
3-
Dimanche soir : revoir Claude Gauthier chez Suzanne Lévesque à T.Q. Bon spectacle. Revoir des « revenants », chansonniers « décotés », merveilleux pleins d’allant et d’un entrain sincère.
À « Campus », qui succède à « Bouillon de culture » de Pivot, moins d’énervement, plus de calme enfin. Deux romanciers, face à des logues et des philosophes (dont Gluckmann) affirment clairement : « Il n’y a, au fond, que le roman pour bien raconter le réel.
Le Gkuckmann est d’accord et il vient de publier un livre en rapport —« Dostoievsky- Manhattan »— avec la brutalité. kamikazienne du 11 septembre en se reférant à des romanciers : Flaubert, Tchékov et surtout Dostoievsky. Merveilleux d’entendre cela. Stéphane Denis avec son « Sisters » compose un roman de deux soeurs ambitieuses, sosies des deux sœurs connues qui tournèrent autour de la célébrité dont l’épouse de j.-F. Kennedy.
Il dira : « C’est une tragédie grecque parfaite ! » que ces histoires politiques. J’avais pensé cela en lisant sur l’armateur grec célèbre qui fut « l’autre mari » de cette Jacqueline Bouvet. Absolument une tragédie grecque… que je voulais rédiger…et puis un projet chasse l’autre.
Gluckmann, soudain, dit que la CIA a juste le grand tort d’être inculte, de ne pas lire Dostoievsky, d’ainsi ne jamais pouvoir détecter, imaginer, deviner un 11 septembre, de prévoir un Manhattan bombardé. OH ! J’ai songé à ce film « Trois jours du Condor », excellent thriller, où l’on voyait des agents de cette CIA payés pour lire. Oui. Des polars ! Tenter ainsi de découvrir des idées de complots sophistiqués (avec Robert Redford), l’auteur du roman et du scénario accordait ainsi trop de crédit à cette CIA si moqué depuis l’échec effroyable du 11.
On a vu à ce Campus, Philippe Djian, avec son « Ardoise » sous le bras; lui aussi, y alla de sa conviction que tout reste mieux dit, mieux illustré, mieux dénoncé aussi, dans un roman. Eh b’en, mes amis, le romancier, ici, s’en gonfle le torse, on me comprendra.
À propos de ce Djian, impossible pour moi d’oublier une journée d’août 1986 à mon talk show de TQS, « Claude, Albert et les autres » —je débutais vraiment— le Djian m’avait tenue la dragée haute, refusant de dialoguer, boudeur rentré, bougon fermé, distant, froid comme banquise …altier comme un coq de race. Il venait de voir son succès pour « 37 et demi le matin » confirmé par un film à succès fait à partir de son roman. Mauvais souvenir.
À ce « Campus » de dimanche soir, Djian avait gardé son air de pontife sauvage, de grognon embarré comme une huître. On aurait dit le poète et dramaturge Claude Gauvreau quand il boudait la presse, un sosie.
Enfin on parla d’une morte, Duras. L’actrice Moreau la joue dans un film qui sdort à Paris , film fait à partir du livre-confession de son élève-jeunot-soupirant Yann Andréa, celui qui passa de l’admirateur confit en co-locataire à cette belle plage Trouville (visitée avec Aile en 1981)où se terrait la drôle de dame, aussi cinéaste à ses heures, voguant d’échec en échec. Soudain Guillaume Durand, l’animateur sympasthique et habile de « Campus », à bon droit, ose : « Mais pour la sexualité…, le film n’en dit rien, là, il y avait une bizarrerie, non ? » Oh boy ! Malaise en studio , la caméra sait plus où se mettre, le preneur de son doit aller se cacher…Silence compact du questionné, un expert en la dame pourtant.
Pudeur niaise, non ? J’avais lu ce Andréa et en effet, il y avait un verbiage, une baratin para-littéraire qui tentait de cacher la vérité. Jeanne Moreau, elle aussi, se drapa dans un silence louche sur la question légitime, normale. Mon Dieu, pourquoi ce tabou ?
Ah oui, de la télé parfaite pour ceux qui se passionnent de littérature. Exemple : Dominique Noguez qui déclare qu’i y a un silence louche sur l’origine du mal, de la folie génocidaire, l’horrible bombardement sur le Japon, commis par Truman aux USA. Ces bombes atomiques sur des centaines de milliers de civils en 1945. Le Gluckmann répond aussitôt : « Non, faux, Hiroshima n’est la source du mal. Il y avait eu Guernica, vous semblez l’oublier ! » Plouc ! Silence embarrassé du Noguez. Je veux juste dire que ces combats d’intelligences déployées sont excitants et qu’ici on en a jamais, maudite marde ! Cela m’enrage tant !

Le dimanche 27 janvier 2002

Le dimanche 27 janvier 2002
1-
Hier la beauté solaire nordique, ce matin, à « bloody sunday » tout bêtement blanc, pas un seul trou dans le couvercle céleste. Tant pis ! Ayant revu la jeune beauté de Daniel Gadouas dans « Un dimanche… » à ARTV, j’ai eu souvenance amère d’un projet. D’abord dire que j’avais souhaité le jeune Gadouas pour incarner mon « alter ego » de La petite patrie. En suggérant l’acteur au réalisateur, ce dernier refusait net : « On a eu du mal avec lui, récemment, il a fallu le refroidir dans une toilette de studio tant il était barbouillé de drogue ». Ma déception. C’était en 1974. Certes Vincent Bilodeau, choisi par Florent Forget, me fit une réincarnation adolescente bien parfaite.
Plus tard, vers 1979, avec la promesse fallacieuse des dirigeants de la SRC du temps (J.-M. Dugas et J.-C. Rinfret), je songeais à une dramatique que je voulais rédiger et réaliser moi-même sur Rimbaud et Verlaine. Le « boss » Rinfret me disant « Oui, mon Claude, on va te laisser faire une réalisation », je voyais un duo singulier : Jean-Louis Millette en Paul Verlaine envoûté, comme on sait, par son jeune et génial compagnon de rimes et, lui, oui, lui, Daniel Gadouas, en Arthur Rimbaud impétueux, iconoclaste et… fou. Je préparais avec enthousiasme le scénario et…vint la remise « aux calendes grecques » bien connue. Hélas, oui, mon projet « tomba en quenouille » , sombra dans « l’abîme du rêve » (Nelligan) vu le manque de parole du boss. Ma déception encore !
C’est dire comment ce jeune Gadouas, qui avait ce côté, cet aspect, fiévreux et romantique de Daniel Gadouas, son papa, hélas suicidé par défenestration, m’inspirait fort !
2-
On imagine pas comment écrire ainsi un journal sur Internet change un tas de choses. La certitude d’être lu à mesure qu’un ouvrage se fait… effet bizarre, je vous jure ! Rien à voir avec le fait de rédiger un livre dans la solitude, pour un lectorat inconnu, encore à venir. Ça change tout. Je suis excité certes par cette neuve réalité. Une première ! La centaine (ou 200 ?) de lecteurs fidèles fait que je les sens comme au-dessus de mon épaule. J’ai des envies de dialoguer. Je me retiens de ne pas interpeller ces gens qui voient le livre sec faire à mesure. J’en suis comme… gêné. Je dois oublier que l’on pourrait intervenir, m’expédier un courriel pour commenter, à chaud, l’itinéraire « in progress » de ces « Journées nettes ». Je me sens comme en danger. C’est fou.
Quand sera publié en livre ce journal « spécial » est-ce j’aurai biffé, changé, censuré des choses ? Je ne le sais pas encore. Devrais-je couper des éphémérides ayant perdu du sens ? Le manuscrit sera-t-il trop lourd, trop épais ? L’éditeur voudra-t-il tout prendre dans six mois, en fin de juin, pour un bouquin à paraÎtre en septembre (ou octobre) de 2002 ? On verra « dans le temps comme dans le temps » disait Ovila Légaré du « Survenant ».
J’ai très hâte de voir dans les librairies, en avril, ce « Écrire » que je viens de terminer. Avant-hier, Beaulieu l’exige pour sa série, j’ai envoyé à Trois-Pistoles un dessin (Don Quichotte et le Sancho) et une page manuscrite. J’ai mis six ou sept textes lyriques au beau milieu de ce bilan sur le métier (!) d’écrire…qui n’en est pas un, bien entendu comme je le répète dans « Écrire ». C’est aussi une manifeste, un pamphlet par bien des côtés. Il y a que, en dehors du portrait de l’écrivain « raté », j’ai voulu y semer un peu de « littérature » en cours de cette confession très prosaïque, très « factuelle », aux aveux francs. J’en suis si fier, si content.
J’ai mis du temps à répondre à l’invitation de Beaulieu et soudain, bang, ça m’a pris, ça m’ a emporté, je me suis vidé le cœur et je vais encore, me faire un tas d’adversaires !
3-
Aile et moi avons regardé, à la télé, le troisième et dernier tome sur l’écrivain new-yorkais, Norman Mailer, intitulé « le désenchanté ». Mailer en ouverture : « C’est pas comme écrire un livre. Vous voyez, je parle ici pour la télé, ça ne donnera rien d’important. On va regarder, tout de suite après, une autre émission, on va oublier aussitôt tout ce que je dis maintenant » Lucidité valable ! Mailer : « Aimer, c’est quoi ? Suis-je prêt à donner ma vie pour cet autre ? C’est la seule vraie question. Suis-je disposé à mourir pour lui ? » Aile et moi, nous nous regardons, gênés. Mailer qui dit parfois de niaiseries, qui est contradictoire a de ces moments forts ! Revenu de l’action politique, vieilli, Mailer cherche des veines, comme il dit : »L’écrivain est une sorte de mineur et si un filon s’épuise, il cherche ailleurs. » Il crache des sentences définitives sur Johnson, Nixon, sur Reagan, des « crachats » vraiment. Et il n’a pas tort. Il donne un verdict terrible sur la popularité de Ronald Reagan : « Les gens l’aimaient, il était nul mais si gentil, aucune idée solide, du charme (je songeais au charmant Brian Mulroney copain comme cochon avec ce Ronald-duck). La nation ne voulait que cela, « être charmée ». Il a parlé de l’immense bavure des Américains en Somalie, un Vietnam bref, et ce sera, deux jours plus tard pour gommer cela —et aussi le scandale « l’argent sale du trafic des armes » versé aux « Contras » du Nicaragua— l’invasion niaise de la Grenade (1983), une farce, dira Mailer. « Uncle Sam » enfin vengé de ce maudit Vietnam. Les réjouissances candides partout pour avoir pu chasser déménager un millier de pauvres ouvriers cubains « communistes » ! « On a gagné une guerre ! » Une « joke » ricane Norman Mailer. La guerre au Koweït, elle, lavera vraiment dans l’imaginaire américain la honteuse défaite du Vietnam. Un besoin urgent !
Plus tard, Mailer va creuser le filon « condamnés à mort ». Il va publier sur Gilmore…qui sera gracié et qui en sera révolté, qui insistera pour être exécuté comme… on le lui avait promis ! Mailer, interloqué, ira le confesser. Gilmore l’insistant sera exécuté le 17 janvier 1977. Et puis ce sera un autre livre, sur Abbott, autre condamné à mort (Random House, éditeur) sur qui Mailer va écrire combattant sans cesse la barbarie de la peine de mort. Ce dernier, lui aussi, sera gracié. Sortie de son pénitencier. Et puis, l’horreur : Abbott va tuer un homme (poignard) quelques semaine après sa libération ! Mon Mailer sur le cul ! La culpabilité alors. Cela fit couler beaucoup d’encre à l’époque et Mailer dit : « Arès cela, les exécutions capitales montèrent en flèche aux USA ». Ah oui, le « désenchanté ». Surprise d’Aile et moi en l’entendant proclamer : « Il n’y a qu’une vraie mort dans la vie et c’est la mort de l’âme. Des gens meurent avant de mourir. Quand votre âme est morte, c’est déjà la fin ! La mort qui viendra ensuite, ce n’est plus rien. » Chapeau ! C’est tellement vrai ! Il a affirmé que les USA qu’il aime, dit-il, comme on aime sa femme dans un mariage en crise (!), c’est « place à l’exportation de nos produits », point final. Un monde de spéculateurs. Dit aussi qu’il y a trois problèmes graves : les drogues, les Noirs et la pauvreté. Il craint une récession car, dit-il, le sort des Noirs et des pauvres sera effroyable si on revivait les années de la grande Crise de 1929-1939.
Il a dit que, jeune, il a lu Marx, dès 1949, et que cela l’a aidé à comprendre que toute société repose sur une structure et qu’il faut bien la connaître (« le Capital ») si on veut changer les choses. Il est allé en URSS en 1984 et a saisi que, partout, la misère est le lot des petites gens…
Mailer fit une parenthèse sur l’assassin de Kennedy (il a écrit sur lui comme sur Marylin Monroe) qui s’était déjà volontairement exilé au « paradis promis » des travailleurs,
l’URSS, y avait travaillé, avait compris que « l’ouvrier non-spécialisé » est un perdu, un diffamé, un exploité, un no-body, en URSS comme aux USA et que cela avait armé son bras meurtrier. Cer tueur de Dallas voulait se signaler, il refusait d’être un « rien ». Mailer à Moscou découvre le mensonge USA. MOSCOU n’avait rien d’un danger grave, n’était pas un monstre dut tout. L’URSS, déjà, était ruiné, à cause de la guerre aux armements aux USA. « Cette fédération n’ avait pas du tout les moyens de rivaliser avec l’industrie capitaliste de l’armement. C’était un « tiers-monde », pas du tout le Satan que Washington voulait faire accroire aux candides citoyens. De là l’écroulement, l’essoufflement, l’écrasement final en janvier 1990.
En fin d’émission, Mailer répète que l’écrivain cherche à comprendre. Puis à faire comprendre. Ce qu’il croit qu’il a compris, Ne veut que cela : la compréhension, seulement et toujours cela. Bien d’accord. À la toute fin, Mailer crachera sur « l’étiquette » que l’on s’empresse de coller à un auteur. Débat terrifiant ensuite pour la décoller ! Oh oui ! Voir ce « vieil homme et la mer », sur sa plage de Provincetown, au bout du Cap Cod, revenu de tout, amer et serein à la fois, donnait un choc. Je lirai son « Harlot’s gost », démoli férocement par « Time » et Cie, un « nauvrage navrant » a-t-on dit. Curieux de voir ça, un nauvrage littéraire !
Mon ami et voisin, l’anarcho Jodoin, qui refuse de regarder la télé, manque ainsi des émissions captivantes, (signé Richard Copans, ces trois émissions sur Mailer et l’Amérique)le pôvre ami et voisin ! C’est con, je le lui ai dit mais il s’obstine dans sa bouderie.
4-
En ais-je parlé ? Avoir relu l’été de 1994 dans ce « Un été trop court » (Publicor, éditeur ), ce journal intime de quatre mois d’été. Quel plaisir de revivre un temps enfui, recherche de ce temps perdu ! On devrait, tous, rédiger du journal. Aile fort stimulée quand je lui remémorais des faits de cette année lointaine …lointaine ! Il y a quoi, sept ans ?, pourtant que d’oublis.
Sa maman qui sombrait dans la démence d’un âge avancé, les larmes d’aile désespérée en cet été, les pluies diluviennes, incessantes, l’inondation du terrain, la plantation des pins nains. Notre motel, le 218 du Norseman, à Ogunquit, avec de la porte-fenêtre de la chambre, ses crépuscules mirifiques sur la rivière Ogunquit, ses aurores rouges comme sang sur l’océan à nos pieds. Le beau voyage alors ! L’oublie d’une maman, Yvonne, qui coulait dans les pertes de mémoire atroces.
Avons pris trois livres à la biblio du village. Un sur un chef de guerre (anti-soviétique) décédé, Massoud d’Afghanistan, un sur Bernard Landry par Vastel et un tome du journal (Ah ! du journal, me délices !) de ce frère mariste « devenu un réactionnaire fini » publie Martel dans le cahier « Livres » de La Presse ce matin.
Je l’avais lu et l’ai donc pris en vain. Vrai que ce Jean-Paul Desbiens est devenu un frileux, conservateur éhonté, mais il a de la jasette et de l’esprit. Et de la culture. Et j’avais aimé glaner de ses facéties où il s’enrage contre le progrès et la culture actuelle, les us et coutumes d’un monde qu’il craint, qu’il fustige aussi. J’aime bien lire des gens qui sont aux antipodes de mes sentiments et opinions, je trouve cela stimulant. Et puis le célèbre Frère Untel a de vraies bonnes raisons, ici et là, de s’enrager.
Le fameux petit frère mariste, amateur de bon gin, un temps exilé en Suisse par son église très énervée de ses « insolences », fut nommé Grand Pacha, chef édito à La Presse, à la fin des années ’60 et ce sera une aventure curieuse. Durant la Crise d’octobre, il est devenu comme cinglé. Il avait publié : « Il faut fermer le monde ». Aussi : « On est pas des « beus » pour chier en marchant ! » Il fut censuré par les proprios de la « Power Corp. » Vers la fin, il semblait hésiter à condamner les terroristes… il fit rapidement ses valises dans une sorte d’hébétude bizarre. Il fait allusion, ici et là, dans son journal, pétillant par longs passages, à ces vieilles chicanes…. avec tant de monde. Martel est cruel : « un réac fini ? » M ais non, Desbiens est plutôt un nostalgique des années du bon vieux temps catholique québécois, en cela, qui n’est pas nostalgique de sa jeunesse perdue ? Martel ? J’en douterais. Beaucoup.
5-
Hier, samedi, à Télé Québec, encore deux bons films et sans les putains de chiennes de maudites de décervelantes de dégueulasses d’infantilisantes de gnochonnes de criardes de mécréantes d’insupportables de…publicités ! Ouf ! Ça fait du bien.
Deux films de Claude Miller. D’abord « La classe de neige » de Carrère. Un récit haletant, terrifiant, bien mené. Celui d’un garçon dominé par son père incestueux, un malade pathétique, pédophile. Ce père inquiétant a rendu son enfant paranoïaque. Quel bon récit filmique de Miller.
Ensuite, T.Q. offrait, toujours de Miller : « La chambre des sorcières », vu au cinéma, que j’ai pris grand plaisir à revoir. Une histoire en apparence banale :une étudiante (30 ans) —amante d’un homme marié— en anthropologie qui doit se faire hospitaliser pour les nerfs, ses migraines et ses coliques monstrueuses. Anne Brochet ( la jeune fille dans « Cyrano » avec un Depardieu inoubliable) joue fort bien cette chercheuses de signification chez les Africains primitifs et, à l’hôpital, la voilà avec des soignants exilés d’Afrique. C’est subtil et très brillant. Sa science la rejoint en effet. Sorcellerie en chambrée (à trois) ? On voit une poule noire, des singes, des bébés criards, tout vire en un cauchemar qui l’accable. Qui la trend encore plus névrosée. On y voit, voisine de lit, une vieille dame inquiétante comme ce gourou dans le « Juliette des esprits » de Fellini. Cette vieille Éléonore, sorcière de nuit dans la pouponnière, renverse ! Une sorte de folle avec plein de sous-entendus, d’allusions. Vraiment un film bien fait. Cette « Chambre… », je le reverrais encore C’est tout dire. Le neurologue impuissant est brillamment interprété par le québécois doué Yves Jacques.
6-
Hier au souper —­agneau d’Australie, d’Aile aussi, rouge et rose, yum!— ma compagne s’épanche : « à Hull, fillette, j’avais deux bonnes amies fidèles, les petites Rochon, il y a eu déménagement et aucun adieu, rien, pas un geste, pas un mot, pas « d’au revoir». Longtemps après j’y repensais parfois et je ne comprenais pas comment on peut en arriver à se séparer de telles camarades sans un signe, sans rien. Ça me fait quelque chose ces façons de faire de ce temps-là. »
Et c’est si vrai. Les enfants suivaient docilement les parents et il n’y avait, hélas, pas d’espace pour l’expression des sentiments. « Ensuite, il y a comme une petite blessure », dit Aile. « Que sont-elles devenues ? Je ne sais pas. Je n’ai plus rien su d’elles. »
J’ai raconté à CKAC, pour la Saint Valentin de l’an 2001, une coupure de cette sorte. La petite Carrière que j’aimais tant et un matin… les rideaux partis aux fenêtres, leur porte d’entrée entrebâillée, plus personne. Le proprio qui me dit : « Cherche-la plus, attends-la pas, ce matin les Carrière sont déménagés en vitesse et je sais pas où ! »
Soudain, Aile : « Bon, assez jasé et je veux pas voir ça dans ton journal, hein ? » Je n’ai rien promis. Je ne comprends pas, je ne comprendrai jamais pourquoi, si souvent, les gens veulent garder pour eux des choses aussi simples, aussi belles, aussi attendrissantes surtout et qui ne sont pas des secrets personnels. Il va de soi qu’il y a des intimités qui ne se répètent pas mais…là, ce souvenir de petites amies perdues…
À ce propos —coupures d’amitiés et Saint Valentin— si Guy Lachance, réalisateur à CKAC chez Arcand, m’invite encore pour un conte, j’ai le choix : il y a la boiteuse sur son balcon, la jeune juive au bras marqué d’un numéro nazi, ou la jeune beauté sourde et muette en visite au musée naturaliste des Sourds, rue Saint-Laurent. J’avais aussi songé à ce jeune oncle, Fernand P. qui voulait me « matcher » à une petite guidoune du Faubourg à mélasse. Je verrai.
7-
Ça jase partout du procès qui va se faire en grandes pompes pour John Linch, cet étonnant jeune américain caché parmi les terribles talibans « fous de Dieu », d’Allah, pardon ! Divorce, le père, un avocat bourgeois de la Californie, décidant d’assumer son homosexualité ! Et bang ! conversion de John à l’islamisme radical. Exil. La mère, une photographe, venait de se convertir au bouddhisme, elle !
Oubliant la magouille des dirigeants et souteneurs de W. Bush, dans l’empire « Enron », qui se sauvaient avec la caisse avant de déclarer faillite, de ruiner les milliers d’actionnaires ordinaires, ce sera le « show Linch ». Une pertinente diversion, genre « foire O.J. Simpson » et ça arrangera le Président Bush, cette cohue, cette ruée aux écrans de télé.
Ce matin, « La presse » du dimanche, entrevue de ma collègue romancière, Monique Larue. On lit qu’enseigner la littérature française (à Edouard Montpetit ou ailleurs ) quand la jeunesse n’en a que pour les images et le rock anglophone n’a rien d’une sinécure. On l’imagine en effet. On lit aussi à propos de la mort récente du célèbre sociologue Pierre Bourdieu que ce dernier était « un chef de secte » et « dominateur » avec ça ! Eh b’en ! Le captivant Robitaille de Paris en profite pour parler de Jean-Paul Sartre « stalinien pendant 25 ans », de Sollers « maoïste zélé », de Foucault « pro-Komeiny-intégriste », ajoutant en citant Gluckmann, qu’il y a des Socrate :ceux qui questionnent sans enrégimenter et des Platon, se voulant conseiller du prince au pouvoir. Bravo ! Il oppose à un Althusser du genre Platon zélé à un Edgar Morin plutôt, lui, sage socratiste (sic).
La vérité.
J’ai croisé le fameux sociologue en studio dans le temps. En effet, un homme sage, rieur, ne se prenant pas pour un autre, curieux des détails techniques de cette télé d’ici, bavardant volontiers avec le décorateur que j’étais. Edgar Morin rentrait d’un séjour prestigieux, californien, où il avait été bien reçu et avait hâte de revoir Paris après le Mai’68. Robitaille fait aussi des liens perspicaces entre un Bourdieu, en 1995, à 65 ans, jouant l’ouvriérisme vindicatif chez les grévistes du transport et Sartre, vieillard à demi aveugle, en 1969, chez Renault en grève, grimpé sur un tonneau pour ses prédications maoïstes.
Fini ces intellos dominateurs, les guides autoproclamés du populo ? On dit que c’est le temps du scepticisme, du doute. Les nouveaux philosophes (Sartre, énervé d’une relève qu’il n’avait pas couvé, disait d’eux :des agents de la CIA !) sont plus prudents. Bernard-Henri Lévy reste celui qui est tenté par un rôle de gourou du peuple. Le seul peut-être. Norman Mailer, j’y reviens, a fini par dire ayant compris la vanité des « combatifs par l’écriture » : « J’ai compris tard qu’un intello, un écrivain, ne peut guère influencer la vie courante ». C’est le rôle des politiques quand ils osent avoir des politiques et pas seulement des opinions faciles pour joindre la faveur des sondages. Bourdieu a tout de même publié : »Les chiens de garde », une charge anti-médias percutante, un brûlot qu’on dit terrible, que je cherche à me procurer.
8-
Pierre Vennat, ce dimanche, parle de Lemelin qu a fait connaître « sa pente douce », de Beaulieu et son « Trois Pistoles » illustré, de moi et mon cher Villeray-Petite patrie. Il oublie Tremblay qui a su raconter son Plateau des années ’50 et ’60. En effet, un des rôles de la littérature est d’illustrer ses lieux d’origines. Plusieurs le font mais tant d’autres sont comme déracinés, on ne sait trop d’où coulent leurs sources, ils sont même fiers d’être comme sans origines précises —ils viennent de nulle part ! Un choix certes. À mes yeux une bizarrerie et fréquente !
Un jour, quelqu’un m’avait soufflé : si tu avais été, jeune, abandonné, malheureux comme les pierres, enfant triste, délaissé, jamais stimulé, perdu même, tu ne raconterais pas tant ton enfance, ta jeunesse. Je m’étais dit :ouais, vrai sans doute ! Il faut avoir obtenu au moins un peu de bonheur, jeune, pour vouloir tant se souvenir.
Le téléphone sonne : un certain Chapdelaine. Il a étudié à L’École du Meuble lui aussi, devenant ébéniste. Il habitait mon coin, jeune, il vit maintenant à Grande Vallée en Gaspésie et il m’invite à y aller le visiter. Il compose des poèmes, il a « composé » sa maison avec beaucoup de bois d’épave. Un logis en… »drift wood !Il ne lit pas J.N. car il n’a pas encore l’ordinateur, m’explique-t-il. Jasette ad lib. Il a bien connu mon jeune camarade Roland Devault. Un de mes héros impétueux dans « Enfant de Villeray », livre qu’il vient de lire avec, évidemment, beaucoup d’émotion, affirme-t-il, étant du quartier.
Un livre fait cela parfois : une sorte d’union de pensée formidable. Nous raccrochons après vingt minutes. Cela va lui coûter cher…de tant se souvenir !
Un certain Jacques Gélinas avance que la globalisation mènera au totalitarisme. Bigre ! Ça se peut. Tiens : ce chercheur dit aussi que l’argent à blanchir jouit de la complicité de tout le système en place. Jacques Gélinas, haut-fonctionnaire retraité mais resté actif, fonde trois choses : L’État, les grandes compagnies (transnationales) —les deux sont de mèche ces temps-ci face à la globalisation— et enfin, les consommateurs (nous).
Il n’y a plus de… « citoyens » déplore-t-il, pour les États et les entreteneurs géants. Il n’y a que des consommateurs ! Gélinas déclare que les élites sont sans aucune morale, qu’il y a défaitisme, abandon. Les gouvernements se taisent aussi, la peur de l’économie contrôlée par les gigantesques machines commerciales. Il n’a plus confiance qu’en ce mouvement naissant, qui débutait à Seattle, qui a fait son grabuge au Sommet de Québec…et qui continue. Il veut que cela grandisse, il compte sur ce réveil des citoyens, la seule vaste planche de salut.
Enfin, « La presse » parle de « Le liseur » un livre qui obtenait une audience fantastique…Son auteur, un Allemand, assure que jamais l’Allemand ne pourra arracher la page noire du nazisme. Que les jeunes tentent pourtant d’effacer ce souvenir odieux, atroce, dont ils ne sont pas responsables mais qu’il n’y aura jamais, jamais, rien à faire. J’y pense très souvent. En effet, comment charger des Allemands nés… disons en 1980 ou 1990, des méfaits intolérables commis par les grands parents, complices ou témoins muets ?
Quelle chance nous avons, au fond, de n’avoir été que des enfants, les descendants de modestes colons —abusés par les envoyés de la monarchie versaillaise souvent— s’installant en cultivateurs pour la plupart dans les parages du fleuve Saint-Laurent sans déloger ou chasser les indigènes puisqu’ils étaient, pour le plus grand nombre, des nomades, chasseurs et cueilleurs. Nous n’avons jamais participé activement à aucune guerre grave. C’est une chance. Je me demande ce que je serais si j’étais un Allemand. Je les plains. Le nazisme a imposé une tache noire indélébile, pour des siècles à venir, sur ce pays. Les grands musiciens et les philosophes de cette nation, eux-mêmes, en sont éclaboussés. Il faudrait que je lise… « Le liseur ». L’étudiant allemand tombant amoureux d’une employé de tramway plus vieille que lui, analphabète et qui, il va le découvrir, trempa dans le nazisme…Faut que je déniche ce livre. Voilà ce que fait de bons « papiers » du cahier Livres.
Je tiens à terminer cette Journée…nettoyée avec ceci qui est grave : « Le langage pédagogique est l’opposé absolu du littéraire… il ne peut engendrer aucune compétence langagière. » C’est le héros du dernier roman de Monique Larue, je l’ai dit plus haut, prof de littérature dans un cégep qui parle par sa bouche. Ça donne à réfléchir sur tous ces cours de création littéraire, ces ateliers spécialisés, ces séances offertes par des auteurs connus. Dans mon « Écrire » qui va vers un imprimeur bientôt, je fulmine contre ces arnaqueurs, je fustige ces attrapeurs de nigauds. Pour écrire, c’est tout simple, il faut prendre un crayon ou un stylo, et du papier. Ou un clavier. Oubliez les Marc Fisher, Arlette Cousture ou Réjean Tremblay ou Dominique Demers…oubliez ça. Ne gaspillez pas vos sous.

Le dimanche 20 janvier 2002

Le dimanche 20 janvier 2002
1-
Retour de notre marche de santé autour du lac. Temps doux par rapport à hier. Un soleil bataillant ferme avec du brouillard pour garder son apport de belle lumière. Une lumière spéciale si souvent l’hiver qui nous fait nous arrêter en chemin, Aile et moi tant cela est… c’est ça, spécial. Hier, samedi, du froid raide. Fenêtres givrées, obligation du grattoir et, après le lunch, on descend Chemin Bates.. Dans l’après-midi s’amène l’ envoyé « véelbéquiste » pour me prendre en photo en vue de la confection de la couverture de « Écrire ». Ludovic (!) est au Québec depuis cinq ans . Il me dit qu’en arrivant il a voulu au plus tôt savoir sur la littérature québécoise. Bonhomme classique, « clic clic » sans arrêt, le petit parasol de soie et on y va. Je ne comprendrai jamais pourquoi en faite tant ! La pellicule doit être bon marché. Une certaine gêne, toujours. Des contempteurs me croient « kid kodak », je déteste cette longue séance et comme pour y échapper, en pensée, narcisse obligé arrose le gaillard à lentilles de propos décousus sur… tout et sur rien. Il écoute et puis, à son tour, pas moins bavard, ne raconte des bribes de son passé.
Il finit par finir, part vers son bus, rue Rockland, et nous nous préparons pour le repas d’ anniversaire, à la Picolla :Marielle a eu 70 ans samedi. Mon cadeau, la carte, mon petit « speech » (ma manie chérie !)le gâteau, savoureux cadeau d’Aile. Table de 14 convives. Le demi-sourd que je suis devenu a bien du mal à suivre les méandres des jasettes, malgré les voix de stentors de la plupart des miens. Je suis rentré satisfait, bien content que mon initiative se soit bien déroulée.
2-
Ce matin, gros petit-déjeuner au « Petit chaudron » en bas de la côte Morin, là où je mangeais il y a plus de cinquante ans, skieur du lieu avec le club du collège Grasset. Revenu au chalet, c’est parti, j’installe mes vieux pinceaux, des feutres, la gouache et je commence cette série de tableaux graphiques que j’avais en tête depuis pas mal de temps. Influence de ces « journées nettes » ? Sans doute : je me servirai s des pages de journaux lus, gardant la date imprimée, m’inspirant librement des photos et des titres pour griffonner de tout. Un « journal » visuelle folichon. J’ai concocté deux « tableaux ». En suis pas trop satisfait. Je devrai trouver une manière, un style, peu à peu. J’ai mis , à l’encre de Chine, des oiseaux, des poissons, des fleurs sur les textes des journalistes. Casse-têtes insolites. J’espère arriver bientôt à allier ainsi le quotidien du « quotidien », en sortir des iconographies fortes. Ça prendra du temps, sans doute. Je garderai les meilleures pages, les ferai encadrer, les exposerai.
« La maisonnette » un œuvre caritative utile, dans « La petite patrie » m’a demandé de mes tableaux pour une sort d’encan. J’en aurai et des inédits. Mercredi matin dernier, une dame Tremblay au téléphone : « Bizarre , j’avais acheté une de vos aquarelles en 1980, voilà que tout le turquoise de votre tableau s’est tout effacé ! Quoi faire ? » Diable ! Je n’au pas su quoi dire ! J’ai fait de piètres excuses. De quoi j’ai l’air…mes vieilles aquarelles tombent en… néant !On dirait une séquence surréaliste d’un film de Cocteau, non ?
3-
Oh le merveilleux Stephen Spielberg (tome 2) chez l’animateur Lipton à ARTV, vendredi soir ! Étonnant de constater la timidité, la réserve, l’humilité aussi, non feinte, de ce cinéaste fort coté dans le monde entier. Ses propos de coulisses pour « Le soldat Ryan », ou « La liste de Shindler », « La couleur pourpre », « E.T., « Jaws », nommes-les, étaient fascinants. À cet amphithéâtre —bourré d’élèves de l’ « Actors studio »— il a répondu à Lipton le questionnant sur la présence du soleil sans cesse : « C’est que la la lumière c’est la vie. Le soleil fait tout, fait croître tout, humains, faunes et flores » Les sous-titres en français sont très bien faits, ce n’est pas toujours le cas en cette matière.
Je m’amuse toujours énormément de voir cette « Catherine » (le vendredi à la SRC) ave la jeune comédienne Moreau. Sa tête de linotte, son imbécile enjouée fait florès, fait feu des quatre fers, un feu roulant. On regarde ce vaudeville télévisé comme on mange des croustilles. C’est agréable, c’est pas nourissant du tout, c’est une récréation de bon aloi. Les acteurs y sont solides et Dominique Michel est courageuse de se mesurer avec tous ces jeunes talents vifs. Bravo ! Elle fait bien son boulot de proprio aux fantasmes insensés. Les scripteurs, efficaces, ne cherchent qu’à produire des répliques (one-liners) plus tarabiscotées les unes que les autres comme le veut le genre burlesque. Chapeau !
Fait frappant : aux USA, on construit une prison neuve chaque mois ! Effarante réalité, non ? Une industrie (!) prospère quand on sait que l’on confie souvent au « privé » l’administration de ces pénitenciers. C’est, tenons-nous bien, 30 milliards de dollars y passent chaque année ! Tout le budget annuel du Québec, ou presque ! Le reportage (« Zone libre » peut-être ?) spécifait :
« la délation y est fortement encouragée, sans cesse, les drogués voient leur sentence fondre de 50% s’ils jouent les mouchards. Imaginez le climat entre détenus ! En cas ce saisie d’un peu de « coke » c’est 15 ans de tôle, minimum !
Un certain Paul Larue, surnommé « Le poudrier » par son étonnant complice. Arrêté à Burlington, Larue acceptait un rôle d’indicateur et sa confession, aux USA via la terrible DEA, a entraîné dans sa chute ce blanchisseur de millions de piastres sales ! Qui ? Un avocat devenu juge ! Oh la la ! L’enquête sera longue —cinq ans— et tortueuse, évidemment ! Un juge ! Ce monsieur « respectable » extérieurement, ce Flahiff ! Un scandale effroyable, on s’en souvient. La digne « madame Justice » en perdait sa balance face à cette « balance Larue » !
Le journaliste Roch Côté a parlé d’une industrie clandestine de …mille milliards de dollars ! Il faut toujours se souvenir de cet Italien, fonctionnaire haut installé, qui osait dire : « L’économie mondiale s’écroulerait si on empêchait soudainement le convoyage d’argent sale. » Une crise économique sans ces banquiers —Suisses le plus souvent— sous-mafia, indispensables pégrieux, dont l’ex-ministre Garneau fut l’un de représentants. Évidement, ça joue les innocents : « Quoi, quoi, on et là pour prendre l’argent offert , on et pas des enquêteurs de police ! » La salade hypocrite ! Le juge Flahiff obtenait trois ans ! Il voulut —c’est stupéfiant— conserver son job de juge ! On lui dira : « non, merci » !Souriez ! Et tous ces banquiers, complices si discrets, ils ont eu quoi comme sentence ? Rien !
4-
Le film « Ali » semble bien fait. Hésitation à y aller voir. Ce sport (cette sauvagerie innommable )devrait être interdit. Que l‘on se casse les jambes, les bras , les reins (Alouette !) soit… mais que l’ on autorise des hommes à se frapper la tête est une ignominie. La tête c’est sacrée, c’est une machine prodigieuse, inouïe, et il faut être con, bête, idiot, aliéné, fou raide (ou misérablement pauvre et mal pris ?) ) pour avoir l’ inconscience de se faire cogner dessus. Oui, l’on pourrait inventer des batailles où les gens se feraient estropier, démantibuler, sortiraient de l’arène
ensanglantée manchots, unijambistes…mais la tête ! Mais… s’assommer à coups de poings sur la tête c’est d’une bêtise qui ne doit plus être tolérer, nulle part, par aucune organisation humaine (surtout pas aux Olympiques !) en ce vint et unième siècle.
Parlant de « garder sa tête, samedi matin, Aile cherche la margarine (le beurre a été banni ici ), ouvre et referme le frigo, se lamente, et puis , elle est là, sous ses yeux. Enragement ! Et moi…je cherche ceci et cela…qui se trouve toujours pas loin. Maudite vieillesse, nous écrions-nous chaque fois. À ces petits signes affligeants, nous prenons conscience que l’acuité de nos sens diminuent et c’est d’une terrible tristesse. Que les jeunes gens qui me lisent le sachent : la vieillesse c’est une sale hypocrite qui nous cache un couteau, un stylo…Sale bête va !
5-
Ce matin , la Cousineau (La Presse) déplore les attitudes intolérables des juifs (venus de New-York où il s’appellent des « Lubavitchs »), les « hassidiques » de son quarter ! Va-t-on la taxer d’antisémite comme on le fit quand je questionnais de la même façon en 1988 ? Elle parle d’un documentaire : « Gardiens de la foi… », demain, au Canal D, donc lundi soir. Elle dénonce ce film de Ian McLaren : « On ne sait rien, on ne nous parle pas du fait que ces orthodoxes ne nous parlent, ne nous retardent pas, jamais… » Ce serait un film banal, plein de banalités niaises ! Qui, quoi fait que jamais personne dans cette communauté d’intégristes « sauvages » n’arrive à dire la vérité ? D’où vient ce refus total de la moindre intégration ? Un mépris embarrassant pour tous les voisins, nous, de ces « fous de Yaveh ». Tous ces McLaren, à mes yeux, sont une sorte de scandale et avec l’argent public en plus. Écœurante langue de bois niaise. Une rectitude politique dangereuse à long terme. Cette tenue religieuse fera naître un racisme, c’est déjà en cours et je le déplore. Ces juifs hassidiques sèment l’antisémitisme comme personne d’autre. Voilà l’horrible vérité que les juifs ashkénazes et séfarades, les yeux bouchés, refusent d’admettre. Ils se doivent de secouer ce racisme éhonté de leurs co-religionnaires d’ Outremont !
Confidence : me voilà stimulé, tout excité par mes travaux de recherches graphiques. J’aime « Écrire », mais c’est moins facile…non, disons…moins libre, non, quoi dire, dessiner, peindre, est plus sauvage, plus vrai, non, maudit, comment dire, barbouiller est pus amusant. Ah, puis au diable, peu importe ce que c’est, le pinceau m’est naturel, la plume (le clavier), moins.

Le jeudi 17 janvier 2002

Le jeudi 17 janvier 2002
1- Ouf ! L’avare de Molière, paniqué, crie : « ma cassette, ma cassette ! », je criais « mon journal, mon journal ! » Ça y est, le texte final a été envoyé, hier, à Trois-Pistoles où une Katleen dévouée, efficace, veille à la bonne marche des éditions victolévybeaulienne ! Ô corrections maudites, ô ordinateur maudit qui autorise sans cesse le peaufinage…!
Bon : matin à ciel opale pour le grand net…nettoyage des jours enfuis. Hier à l’heure où Aile part examiner les mets du jour à l’école des petits chefs, deux camions de télé s’installent, les roues sur le trottoir, devant la maison. TVA veut, par satellite, savoir pourquoi le romancier autorise la fessée aux enfants.
Réflecteur dans le salon, parasol réfléchissant, gros kodak, on tourne ! Pierre Bruneau vous m’ entendez ? Tantôt, à j. et c., les deux sœurs de la rue Morin : « Hier soir, on vous a vu aux nouvelles du canal 10, bravo ! On est d’accord, il y a es enfants qui doivent être fessés ! » Bon, offrez-moi un livre et je ferai mille et une nuances. À la télé c’est toujours, faites ça vite, vous avez trois minutes. Résumons : l’enfant-roi ? Nous suivions les préceptes des Neil, Montessori et le célèbre docteur Spock. À la veille de mourir, Spock, notre guide, déclare; « J’ai fait erreur. Les enfants sous le laxisme total, ne s’épanouissent guère, deviennent des déboussolés. Il faut davantage de discipline. » Eh b’ en ! Ma génération écœuré de son virage.
Aussi , désormais, ma méfiance des psys. J’écoute davantage les sociologues car ils travaillent sur le terrain des faits, des compilations, des observations ponctuelles. Les enfants fessés et aimés s’épanouiraient mieux que les non-fessés mais pas vraiment aimés. La grande loi bénéfique : aimer ses enfants et quelques bonnes tapes sur les fesses si ces chers petits deviennent hystériques pour un jouet ou un cornet de glace refusé.
2-
Accrochez-vous, revue des derniers jours :
pas de place et temps pour raconter ma séduction d’une fillette dans le couloir de l’école des petits chefs. On n’ ouvre le portes qu’à 17 h, pas une minute avant. Attente en ligne. La jolie fillette s’ennuie. Va et viens, examine les grands patients. Elle compte les « atttendeurs ». Je l’aide. Elle rit. Elle a six ans. Se trompe, s’excuse en pouffant. Recommence. Je la questionne. Oui, elle sait ses chiffres. Elle compte très vite, jusqu’à vingt cinq, toute essoufflée mais si fière. Ses yeux brillent. . Les grand parents rigolent. Les lettres ? Oui, défilé à toute vitesse de l’alphabet. Nous parlons dessin, couleurs, ses images préférées…les portes du magasin s’ouvrent, et là voilà qui me suivra comme un bon toutou entre les vitrines. Elle me questionne sur mes choix. Je joue l’ignare en cuisine. Elle ri, se moque, me conseille. Six ans ! Quand je dois partir, triste pour rire, elle me tend la main. J’avais une nouvelle petite amie. Les merveilleux enfants, quand on s’intéresse un petit peu à eux, deviennent chaleureux, drôles,
émouvants dans leur naturelle propension à se monter fins pis intelligents.
De toutes ces années passées à amuser mes cinq petits-fils, je ne retiens que deux phrases : « Regarde-moi, regarde-moi ! » et « On est capables ! » Besoin vital, absolu, de grandir et de prouver que l’on devient quelqu’un d’intéressant.
3-
Samedi dernier, halte du « véellbiste » manuscrit à peaufiner, j’ai lu le premier roman d’Amélie Nothomb, petite bourgeoise belge, fille de diplomate, exilée au Japon longtemps, se délectant en studio de télé de fruits pourris, yeux sombres clignotants en face d’un Marc Labrèche, amusante par ses propos insolites. « L’hygiène de l’assassin », raconte les ultimes interviews de reporters déroutés face à un très obèse « Prix Nobel de littérature » qui est atteint d’un cancer rare et en phase terminale. Il avouera avoir assassiné, adolescent, sa cousine adorée. Sujet noir mais prose guillerette, un contraste fascinant. On tourne les pages et vite, la fin, hélas, s’enlise. Pas trop grave, on a eu du plaisir « pendant »…
4-
Gazette de vendredi : Petite bombe : faire comme on fait, à Paris, où les éditeurs québécois n’ont qu’un petit coin tout modeste. Notre « Salon du livre » en novembre 2002, devrait installer les gros éditeurs de Paris… dans un petit coin. Qui ose dire cela ? Un éditeur culotté, Aimé Guérin. Une idée farfelu ? Non, en finir avec le colonialisme d’ici. Ce « Salon… », très subventionné par notre argent public, a-t-il tant besoin du fric des géants parisiens. Le fameux trio de crésus-du-livre :« Galligrasseuil ». Place Bonaventure, chaque année, ils occupent, à prix fort n’en doutons pas, les meilleurs emplacements, tapis, lumières réglées, kiosques d’acajou ! Une fatalité ? Silence compacte, une gêne ?, à l’appel public de Guérin !
5-
Ce bandit, admirable (!) Stéphane Labrie, s’échappant de son fourgon —prouesse rare—se fait coffrer : il était chez sa petite amie dans Hochelaga ! Suivez la femme ! Ma déception. Mon tiraillement… moral. Eh oui, face à ces lascars désespérés réussissant de tels évasions spectaculaires. Romantisme douteux. Certes, certes ! « Quelle âme est sans défaut », mon vieux Rimbaud ?
Le dramaturge surdoué, Berthold Brecht : « Quoi est pus grave, le hold up d’une banque ou la fondation d’une banque ? » Oh le vilain marxiste !
Âme sans défaut ? TVA, hier soir, mercredi, face à face, l’ami Arcand le populaire « psy-radio », l’unijambiste barbu Mailloux, déclare : « Non, moi je serais incapable d’obéir, de supporter une femme comme patron ! »
Oh la la ! Aile a bondi de son fauteuil. Misogynie crasse chez un docteur en médecine psychiatrique ? En 2002 ? Décorateur de télé, j’ai eu à obéir souvent aux diktats de réalisatrices. Douées, tout va bien. Connes, non. Il y a des femmes connes et des intelligentes, bonhomme Mailloux, pépère ancien va !
6-
Avant-hier, mon fils, Daniel, ex-prof devenu inventeur de jeux de société, publie (Le Devoir et La Presse) une lettre ouverte condamnant toutes les gloses religieuses, sources de conflits armés si souvent. Ma fierté. C’est bien envoyé, bien rédigé. Aile est questionnée : « T’as lu Daniel ? C’est bien fait, hein ? » Réponse « ailée », née en mai comme mon fils : « Que veux-tu, c’est ça, les taureaux ! » Je rugis : « Et nous, scorpions ? On est quoi, des « pas bons » ? » On rit.
7-
Épouse du Yves Michaud au bord de la dépression, dit-il, en entendant les accusations de racisme antisémite d’un prof de Mc Gill, Marc Angenot. Procès à ce Angenot, pour diffamation, en marche !Depuis « l’infernal geste » des nazis, l’holocauste effroyable en Allemagne catholique et protestante, le moindre mot de travers sur les juifs et c’est la mort de votre réputation. Payons —pour des siècles et des siècles— chrétiens de toutes les sauces ! Payons les conséquences de ce meurtre collectif, le plus écœurant de toute l’histoire universelle. À Outremont, en septembre 1988, dans l’hebdo local, j’avertissais —amicalement— que les juifs intégristes, secte hassidim, devraient s’intégrer un petit peu à la majorité qui les entourait, nous, les « goys » ou aller s’installer en ghetto, comme les Hammisch de la Pennsylvanie ! Oh merde ! Ce ne fut pas long —la Ouimet de La Presse, le Cauchon du Devoir— que l’on me collait l’étiquette infamante : Jasmin Antisémite ! Encore aujourd’hui, on me taquine ou, carrément, on me soupçonne. Parfois pour blaguer, parfois avec… ce doute derrière la tête… Je n’en suis pas mort mais il n’existe pas de décapant pour cette sorte de tache. Dieu merci, ceux qui me connaissent bien savent que j’aime et que j’admire les juifs et… que je ne me prive pas de les blâmer —des juifs le font aussi— pour trop de colonies envahissantes en Palestine; un esprit libre, c’est comme ça.
8-
Le vendredi 11, à TVA, m’amusent ces « gérants d’estrade » farfelus, le pédant-Larocque, le « je suis partout » Michel Vastel et Léger-le-sondeur : ils disent, doctes et sagaces clairvoyants, ce que devraient faire les chefs péquistes. Ils savent, eux ! Se cherchent-ils des jobs de conseillers stipendiés ? On dirait.
À propos d’itinérance, des sans abri ? Ce même vendredi, Rioux, (correspondant à Paris) cite feu Foucault : « Foin de la république du bien, et son souci bourgeois de mettre en bon ordre le monde de la misère ». Vérité embarrassante ? Il y a plus embarrassant : feu Guibert, ami du grand homme, révélait la scatologie —les bains d’excréments en Californie !— dudit Foucault ! Un esprit si brillant aux prises, dans sa vie privée, avec un vice répugnant. Dans le temps, une lecture ravageuse du grand penseur !
9-
Quoi : stock de pseudodéphrine… ça mange quoi en hiver. Scandale, en réseau pharmacologique, c’est, les médicaments, une industrie gigantesque, un lobby tout puissant, ici comme aux USA, comme partout. Favoritisme, « patronage » éhonté ! Alphonso G. s’en va au Danemark pour nous représenter ! En bon macaroni —ce que Chrétien n’est pas— l’Alphonso doit payer pour ses vantardises, son manque de discrétion, ses allures de « parrain » goguenard. Les Chrétiens et Cie, plus « white-anglo-protestant » d’allure, vont continuer les tripotages politicien. Leçon pour tous à Ottawa comme à Québec : « favorisez vos bons copains mais arrangez-vous donc pour qu’on n’en parle pas publiquement.
10-
Déception vive de ce trois heures de télé, sur ARTV, :un Picasso réduit. Une bande sonore infect. Du dumping ? Une vie bien mal racontée. L’épisode du Picasso viré en dévoué stalinien, devenant une simple anecdote. Oh non ! Le terrible naufrage au large de Rimouski : notre Titanic à nous. Récit mal narré encore une fois, canal Historia. Quand on en sait plus long que les documentaristes, ces documents visuels sont menteurs, ou rapetisseurs, sont « poudre aux yeux » mais pour celui qui ne sait rien sur Picasso ou sur ce paquebot noyé, c’est « la » vérité. Je veux dire ici que les livres informent tellement mieux que cette télé toujours pressée. Coq à l’âne, un bon film fait cela : je pense souvent à l’acteur Crowe incarnant le Nobel Nash, malade mental de génie. J’entendais, enfant , le génie et la folie, mon petit gars, ça se touche ! Je pensais qu’on disait une… ânerie. Aussi tant de contes, tant de films, montraient de ces savants fous, des Frankenstein, des docteurs Mabuse, Cagliari, Jeckill, je remerciais le ciel, candide, de n’être pas un génie. Un fou. Ce film ave Crowe se mérite deux étoiles, celui ave Brad Pitt dans le fabuleux vol de trois casinos de Las Vegas, que j’ai vu comme un simple divertissement, trois étoiles ! Injustice !
L’heure du lunch, ciel tamisé par une neige légère. C’est beau. Pause pour du jambon frais cloué d’épices.
J.N.
SUITE-biss :le jeudi 17 janvier 2002
1-
Je continue à…nettoyer mes journées de cette mi-janvier.
Quatorze heure de l’après-midi, même jeudi et, oh ! la belle beauté par la fenêtre ! Une neige qui compte ! Descente des flocons comme au ralenti : « Regardez-moi bien tomber les humains ! » Pas vu cela depuis si longtemps avec cet hiver exceptionnel, que l’on nous dit « un phénomène depuis le début du siècle dernier ». Dehors, grande douceur, agréable de sortir. Les directeurs de centres de ski doivent se frotter les mains de contentement.
2-
Dimanche dernier, cahiers littéraires des quotidiens favoris sur la table. On comprendra que, pour un auteur, c’est le régal anticipé. Souvent, la déception. Le café fume peu. Le réchaud, c’est pas vargeux ! La cigarette, elle, fume. Maudit poison bien aimé, dont on arrive pas, ni Aile ni moi, à nous débarrasser. Lutte vaine depuis des mois. Essais dérisoires : on tient une semaine puis…rechute dans le vice du tabagisme. « Quand est-ce que ça débutait cette sale manie, Aile ? Réponse :« J’ai seize ans, j’entre comme sténodactylo au Service commercial » de Radio-Canada, ex-hôtel Ford, boulevard Dorchester. Je m’achète une cigarette à la fois, payée à des « grandes »… qui semblent tellement heureuses de fumer ! L’exemple, tu vois ! « Je serai une grande moi aussi, il n’y a qu’ à fumer. S’intégrer à un groupe complètement quoi. Bête. Et toi ? »
Je répond : « Moi, oublie-le pas, il y a plein de paquets dans la cave chez nous, où se trouve la gargote de papa. De toutes les marques. Je me sers. Petit voleur, va. Offrir des cigarettes aux petits copains, un geste pour avoir encore plus d’amis. Et rien à payer. J’ai treize ans, je crois. Fumer en cachette un peu partout. Comme tu disais : imiter les grands. Fumer comme les acteurs au cinéma. Devenir vite un homme urgent ! » Connerie de cette époque. On savait pas trop rien sur tabac et santé, faut dire. C’était valorisant, publicités partout. On changeait de marque de temps en temps. Mystère. Des Buckingham, Turrets, Winchester,
Philip Morris, longtemps. Des Gauloises, des Gitanes, pour faire l’européen ? Des Exports, Matinée, Benson and Hedge, Players Maintenant des More, longues, elles durent plus longtemps, il me semble. Hon !
3-
Ces cahiers donc. Comme j’aimerais lire sur la jeune auteur du « Ravissement » que j’ai tant aimé. Ou sur ce jeune Senécal qui m’intrigue. Mais non, cahier « Lectures », comme si souvent, pleine page, illustrée d’une photo énorme, sur un parisien, Benoit Duteurtre.
À Paris, n’est-ce pas, ce dimanche, on consacre à un écrivain du Québec le même espace ! Hum ! Satané colonialisme des médias snobs d’ici ! Ce Duteurtre, questionné, dit qu’il est allé plusieurs fois à New-York avant de se décider à venir nous voir. Bien aimable. Oh, cette fascination totale pour les USA en France.
Chacun son colonialisme quoi. Un groupe d’ici (Les jardiniers…?) aurait mis en musique son texte :« Sometimes I’m happy ». Autre mode du colonisé, l’english, pardon l’american way of thinking and writting ! Coups de pied au cul, oui, qui se perdent.
4-
Nous perdons, créateurs, tous nos droits 50 ans après la mort. Ou 70 ans, dans certains domaines. Je lis que reste à jamais :le droit moral. Interdiction de déformer, de « dévisager » l’ouvrage d’un mort. Procès possibles. On voit ça :pour Hergé et « Tintin », pour Jules Verne, fdes descendants lointains font des crises. Luc Plamondon a-t-il trahi le « Notre-Dame » de Hugo ? Il est mieux de se guetter ? Pas de danger avec Charles Perrault ? L.P. prépare une « Cendrillon », alias « Cindy », à a mode américaine ? La fille bafouée se fait « lifter », modernisée, mais ce Perrault pigeait chez Grimm… qui pigeait où, lui ? Molière pigeait souvent en Espagne : Don Juan. Corneille et « Le Cid ». Reste un fait : des metteurs en scène tripotent, raccourcissent, déplacent des scènes, changent des pièces. Le Pierre Perrault au Rideau Vert ? J’ai lu que Marleau y a fait des coupes. Silence partout ! Le « droit moral » qui s’en soucie au fond ?
La soupe est servie, ça sent les poireaux, je vais descendre en vitesse.

Le jeudi 10 janvier 2002

Le jeudi 10 janvier 2002
1-
Hier, un mercredi (sans J.N.) avec problèmes sur ma vieille machine « Mac ». Oh la la ! Arrivais pas à expédier des J.N., celui du 7 ou du 8 janvier ! Des appels SOS à Daniel et Marco, le fils et le gendre, si habiles, eux, en « ordinations ». Et Aile chez le toubib et à Notre-Dame… « Rien de grave », dit-elle à son retour d’hôpital où elle a croisé un Michel Chartrand, tout sage, en ligne avec tout le monde dans un couloir. On ramasse les victuailles et on remonte à Ste. Ad. Bouffe au St-Hubert « barbàqueue ». La bonne soupe poulet-riz…yum !
Vu le « Bureau-au-si-beau-bureau », « Le Point », avec un monsieur Roy, spécialiste de l’Islam. Conversation éclairante. Clichés « musulmans » mis aux vidanges un après l’autre. Au matin, « in » Le Dev., lu ce Patrick Declerc, un savant psychanalyste ex-Canadien vivant à Paris —longtemps— parmi, oui, au milieu les SDF, itinérants. Encore le cassage des stéréotypes. Parfait ! Je viens de retrouver ce bonhomme dans un article du dernier « Nouvel Obs » acheté au dépanneur sous Le Manoir. P.D. dit : « des fous volontaires. Oui. Une folie. » Il publie un livre sur la question. J’y reviendrai. Il dit que les clochards (clochardes) refusent toute forme de vie sociétale. Leur libre choix. Comme on est loin des sincères (!) démagogues (maire Tremblay et Cie) qui veulent absolument les encadrer, les ramener…à nous !
2-
Ma « voisine » d’en face, de biais si vous voulez, Chemin Bates, est la femme de mon fils. Lynn travaille comme relationniste pour les publications de Quebecor. Quand je ramène j. et c. au Phénix, je passe souvent la saluer. Mardi matin, elle est de belle humeur. On pique une jasette. Elle craint un déménagement. Projet de regroupement à la Maison mère, rue Saint-Jacques, en face de la Tour de la Bourse. Elle dit : « ce sera le métro obligatoire alors, pas de place pour stationner dans ce bas de la ville ! »
Son boss », Simard, n’était pas à son bureau, voisin de celui de Lynn. Ce Simard fut mon éditeur, le monde est donc petit, pour un conte-jeunesse :« Partir à l’aventure, loin… » et de deux autres livres : « Un été trop court », journal d’une saison (l’été de 1994) et un essai sur le mode « fantasy », l’horreur : « La nuit, tous les singes sont gris. »
J’avais cru, candidement, vu leur puissante machine concentrationnaire, à des moyens publicitaires énormes ! Mais non…rien ou pas grand chose en promotion dans leurs revues, journaux etc. Chaque « cabane » de Péladeau tient à garder sa liberté, n’est-ce pas, cela devient l’envers du « productif », les dirigeants se méfient même de leurs produits annexes ! Et puis, on le sait : la familiarité engendre du mépris ! Résultat pour mes trois publications ? « Mévente ». On a mis en charpie mes livres. Je m’envolai alors chez un autre voisin, rue Ducharme, Jacques Lanctôt.
3-
Attendant Aile à ses tests médicaux, j’ai visionné cette Biographie du Canal D : « Claude jasmin, touche à tout », un jack-of-all- trade » ? Je revois mon fils affirmant que… « Mon père ne m’épanche pas facilement, il se garde bien de se confier en profondeur… » Je reste songeur !
L’image que l’on projette sur autrui, sur ses enfants même, est en dehors de votre contrôle.
Il est vrai que j’ai une sorte de curieuse pudeur…surtout envers mes descendants. La crainte de les charger du poids de mes…anxiétés ? Peut-être. Je me suis souvenu d’un vague camarade d’Aile à la SRC, qui, subitement, nous confiait ses problèmes intimes : divorce, délicat partage…etc. Je l’avais vite interrompu à la grande stupeur d’Aile. Explication exigée après son départ : « Bien…Je craignais qu’il regrette, après ses confidences, de s’être livré trop crûment. » Eh oui ! Folie ? Je ne sais trop.
4-
Ce mardi soir, le restau encore. Ma chère « Moulerie », (sauce roquefort ou sauce indienne, miam !) rue Bernard. Rencontre d’une comédienne, madame Martineau, qui « tient salon » à Outremont ! Littérature, musique, chant, poésie etc. Elle me remercie de l’avoir installée dans le livre « Outremont » , l’an dernier. Me menace d’une invitation à son « salon ». Brrr… Je n’ai rien d’un salonnard, moi !
Jeune, l’insulte courante pour tous ces redresseurs de jeunes personnalités en friche, nous : « Maudit achalant, pas de morale hein ! » ou « Fais pas ton moraliste, okay ? » Nous confondions deux mots : moraliste et moralisateur. Il arrive qu’on me fasse le fameux reproche. Eh bien oui, je suis moraliste et très fier de l’être. Ça fait enrager tous ce monde libertaire, désaxé, mou, flou, pour qui , il n’y a de bon que « liberté à gogo ! » Deux grand auteurs, d’une nature pédéraste pourtant, étaient des moralistes solides, André Gide et Henri de Montherlant. Ils avaient leur échelle de valeurs, des critères, des balises. S’il faut haïr les moralisateurs qui se répandent en interdictions futiles, qui ont davantage de peurs idiotes que des valeurs essentielles, il faut soutenir les moralistes.
Je parle de cela car j’ai envoyé encore des messages à mes jeunes mousquetaires, les cinq petits-fils. Je ne cesse de leur recommander « l’estime de soi ». Quand on a de l’estime pour soi on se conduit bien. Les dérives de tant de jeunes viennent, à mon avis, de ce bafouement de soi-même. Je dis à ces adolescents :
« Vous êtes uniques. Vraiment des êtres uniques. Comme tout le monde certes mais trop de monde l’oublie etc c’est alors le glissement vers des modes néfastes, ils deviennent des suiveurs en chutes funestes, drogue etc. Jeune je m’aimais, je m’aime, et je me suis conduit comme quelqu’un qui s’aime, qui croit en lui. J’ai toujours fui à toute vitesse, d’instinct, les « essais » niais juste pour être à la mode, porno, échangisme, communes naïves,
alcools à satiété, expériences « juste pour voir ».
Vous devriez, lecteurs, voir la tête des jeunes quand, aux écoles, je dis : « Soyez différents, ne vous habillez pas tous de la même façon, fondez votre jeune personnalité hors des rangs, ayez le courage de ne pas être moutonnier, combattez ce « grégaire » si rassurant, évitez de vous fondre dans la masse ordinaire des écoliers. Oh oui, leurs têtes alors !
5-
Aile me chicane souvent. Parfois avec raison. Je suis d’un naturel salissant, sauvage, d’une « bohème » malcommode. Elle se fâche fort à l’occasion, en devient moins … Aile —ou ange— que démone. Une diablesse ! Et c’est les altercations comme dans tous les couples où l’on ne peut rouler sempiternellement en douceur. La diablesse, la satane en colère contre son « petit maudit cochon », en a comme des cornes sous sa jolie frange de cheveux, invisibles aux étrangers, un pied de bouc, de biche ?, hon ! un « crow bar »? La tempête passe, je fais des promesses : « ça ne se reproduira plus, je respecterai nappes, tapis, meubles… »
La tempête me fait me réfugier dans la lecture de cet « Été top court », cet été de 1994. J’écris pour moi ? Mas foi, oui, j’aime bien, après presque une décennie, revoir, revivre nos éphémérides. Calmée, Aile écoute, toute souriante, mon rapport des faits et gestes —et pensées— de notre couple voyageant au Saguenay cet été-là, puis nous dorant la peau en lisant au soleil d’août au bord de l’Atlantique du Maine, à Ogunquit. Je recommande à tout le monde de rédiger ainsi des calepins de mémoires. C’est fort divertissant à déchiffrer plus tard, il faut me croire, essayez. Quand je voudrai, je relirai, amusé, étonné parfois, le temps qui filait, de septembre 1987 à février 1988 (« Pour tout vous dire », chez Guérin) ou bien les jours qui passaient de mars 1988 à décembre de cette année-là (« Pour ne rien vous cacher », chez Leméac).
Dés 1984, un an après la mort tragique de la première épouse, bizarre, je publiais, chez Leméac, cinq romans policier. Cinq fois, l’assassin du polar était une femme ! Oui, curieux ! Un psy qui me lit dira-t-il : « Hum, c’est clair, tentative inconsciente de déculpabilisation ? » Eh !
6-
Ce matin, jeudi, ciel uniformément gris. Temps doux hier, mercredi à Montréal et encore aujourd’hui. Hier soir tombait une neige toute molle, fondante. Aile ravie de cet hiver qui ne vient pas vraiment. Cette vieille maison centenaire nous fait des factures en chauffage mirobolantes, époustouflantes…alors…
Actualités du matin : ce terminus où tournoyaient les tramways de ma jeunesse, rue de Fleurimont (disparue, rayée de la carte !) vaut dans les 20 millions de dollars ! Québec, l’acheteur, veut un méga hôpital. À quoi s’opposent certains dont un fameux gynécologue (celui d’Aile). Ce lieu était aussi proche de notre grande frayeur :L’École de réforme (devenu école de théâtre) . Menace de nos parents quand on cassait des carreaux : « on va vois faire renfermer à l’école de réforme ! ». Lieu aussi, plus tard, lieu de regroupement des manufactures de lingerie où mes sœurs ont sué, bossé, où des juifs hassidim —discrets, cachés—faisaient de l’argent; les ordres aux midinettes venant de petits-boss, de sous-patrons, les contremaîtresses honnies par mes sœurs. Pas loin encore, l’hôpital des enfants, Sainte-Justine (déménagée Côte Sainte-Catherine) où l’on m’opérait pour une appendicite à 13 ans, premier séjour hors foyer, éprouvant. Ce CHUM donc où virevolteront, au lieu des trams, des civières par centaines !
Le réalisateur Laforce, sur la piste du « Petit train du nord », nous en contait une bonne : un jour il fait la connaissance de l’acteur Gilles Renaud. Pas vraiment un inconnu ! Sa tante, « vieille fille » midinette, (c’est le lien de ce coq à l’âne !) assise à sa machine à coudre pendant vingt ans face à une autre « catherine-ouvrière » racontait en détails la vie de son cher neveu, le petit Laforce. Et vice-versa. Cette autre tante était celle de l’acteur Renaud ! À Rosemont, à la maison : tout se savait de l’un ou de l’autre sans, évidemment, qu’ils se connaissent !
Étonnant, quand, vieillis, le réalisateur et le comédien travaillèrent ensemble, ils savaient tout l’un de l’autre par ces commérages des deux « ma-tante », trente ans durant !
Cui, cui, cui, cette histoire, cocasse non ?, est finie !
7-
Plein de civières de nouveau dans les couloirs des « Urgences ». La ministre Harel passerait à la Santé, le Trudel, jugé « chancelant », dehors. Aïe ! Ce jeu (bien peu musical) de la chaise honteuse ! Quoi encore ? Le ministre Gagliano soupçonné de nouveau de favoritisme, d’ingérence grave. La farce. Le bon peuple n’est pas dupe et sait fort bien qu’en ces milieux politiques le favoritisme est florissant et cela depuis la nuit des temps, dans tous les échelons de tous les partis « politichiens » quand ils arrivent au pouvoir… ou qu’ils s’y maintiennent.
Qui croit-on étonner ? Allons, c’est connu comme « Barrabas dans la passion ». Un cas éclate au grand jour et voilà les graves « informateurs » patentés, hypocrites, qui crachent manchettes et commentaires, jouent les scandalisés. Combien de journalistes à bons contacts se font vite nommer relationnistes, chefs de cabinet, directeurs de bureau dès l’élection terminée ! Hen ? Oui, une farce. « Tu penses qu’on s’en aperçoit pas », chantait Vigneault ?
Mon Dieu, je me sens depuis ces J.N. comme en 1989 quand j’arrivais pour cinq ans, à la radio de CJMS, avec mon « débater » Arcand, pour gueuler sur les actualités. Je ramassais, découpais, empilait les nouvelles chaque jour. J’aimais ça ! J’aime encore ça et ça se voit hein ?
8-
Je lis des déclarations d’un ex-ministre de l’Éducation qui se fit mettre à la porte pour Jospin quand des foules descendirent dans la rue, contre sa réforme globale. Ce Allègre, à Paris, éclate : deux forces énormes bloquaient mon travail de rénovation :les bureaucrates du ministère en question et les bureaucrates des syndicats installés. Il aurait préféré sonder la population par référendum. Je dis à Aile pour illustrer la vérité d’Allègre : « Tu t’es présentée et tu as été élue, tu es ministre de la culture, mettons. Te voilà dans ton neuf bureau. Aussitôt, sous-ministres, directeurs de ceci et de cela, t’entourent. Eux, ils savent tout. Eux, ils sont informés des dossiers. Pas toi. Eux vont te dire quoi faire, quoi dire, comment manœuvrer, pas vrai ? Et toi, tu deviens quoi ? Tes projets, tes promesses, tes idées neuves , ton envie de changer les choses…Les « permanents », bien installés, inamovibles, vont t’expliquer le réel, comment on peut contourner leurs semblables, la hiérarchie syndicale bien bureaucratisée, elle aussi, qui déteste le moindre changement. Et tu te tairais ? Oui ou non ? À moins d’être forte, indépendante d’esprit en diable, fonceuse…
Aile réfléchit longuement.
9-
Enfant, il y avait deux abbés pédophiles dans Sainte-Cécile, l’un, aux petits garçons, l’abbé B., —le jeune frère d’un ami l’apprit à ses dépens— l’autre aux petites filles, l’abbé F. —une de mes sœurs dut le combattre. Des parents portaient plainte sur plainte chez le curé. C’est long mais ils finirent par partir. On parlait d’une « prison des prêtres » ! Je n’en revenais pas ! Dans le Nord ! Légende urbaine ? Rome vient de recommander, urbi et orbi, que l’on ramène les cas de pédophilie au Vatican. Quoi ? On a plus confiance aux évêques depuis le silence écœurant d’un évêque de France, qui a reçu une peine de prison pour son « cover-up » scandaleux. Voila qu’ici, nos évêques refusent cette loi… écrite en latin. Un code ? Apostat, hérésie ! Non, Rome s’incline : « Vrai que la justice chez vous est bien menée. » Envie de rire…en latin de servant de messe !
Appel de Trois-Pistoles tantôt : V.-L. B. Ne pas oublier mon dessin, la age manuscrite et trouver le titre définitif et envoyer copie avec espaces larges pour les corrections, etc. Le titre ? Ce sera : « ÉCRIRE POUR L’ARGENT ET LA GLOIRE. » Ça fait pas trop littéraire, hein ? Une provocation encore tit-Claude ? Non, jeune, naïf, je croyais vraiment devenir et riche et plein de gloire. J’y songe, n’étais-je pas « cocu » de Beaulieu ? Quand, la nuit souvent, il téléphonait ses longs tiraillements scripturaires pour « L’héritage » ou pour « Montréal P.Q. ». Des heures enlevées à ma compagne quand je l’attendais au lit ! Oui, il me « cocufiait » ma foi du bon yeu ! Aile rit quand je le lui ai dit cela tantôt.
Un soir d’été, on aperçoit le V.-L. B. , éthylique en ce temps-là, écrasé dans l’escalier de son chef et copain, Jean Salvy, rue Hutchison près de chez nous. On fit un détour, craignant une longue diatribe larmoyante. C’était son temps déraisonnable comme il est agréable désormais cde jaser avec l’auteur guéri.
10-
Brume dans le port de Yarmouth, un midi d’été, au bout de la en Nouvelle –Écosse. Aile et moi attendions le bateau pour nous rendre aux USA, à Bar Harbor. Ce matin, l’on parle de pêcheurs de ce port qui vendent aux amerloques complices, sans l’avouer au fisc maudit, des tonnes de homard. Hon ! Souvenir : traversée en bac donc et la pluie qui tombe. À Bas Harbor, aucun motel libre. Nous filons vers Bangor où je souhaite piquer une jase avec Stephen King —il y habite— que nous lisons souvent Aile et moi. Or, à Bangor deux autoroutes sont comme en parallèles et nous y tournons sans arriver à en sortir, malgré les échangeurs, les bretelles…Ah oui, l’horreur ! Oui, du Stephen King vécu dans cette la nuit orageuse. Cette épopée inusitée m’a toujours étonné ! On a fini, tard, trouvant une issue par hasard, par nous réfugier dans un motel, le lendemain, soleil et nous filions vers Mount-Desert voir le site de la grande Yourcenar. L’effrayant King ? Non, on en voulait plus, échaudé par la mésaventure de me plus pouvoir nous dégager des autoroutes emmêlées.
11-
Lire ou regarder ? Choix fait. Offre de seize (oui 16) épisodes de télé sur l’histoire complète des Britanniques. Non !Trop c’est trop. Esclavage ! La lecture, c’est mieux. Nous avons plus appris sur les pays d’Afrique « en chamailles » en lisant le formidable « Ébène » de Capuscinsky que de regarder seize émissions sur ce sujet. J’en suis sûr. Cependant il y a lecture et lecture : je tentais depuis deux jours de lire avec profit une sorte de manuel un brin scolaire sur la science. Merde ! Je me suis senti de nouveau ce collégien quand je ne pigeais rien en mathématiques. Pourtant pas un livre pour initiés ! Ce blocage me déçoit gravement. Aile au souper : : « T’en fais une tête ! Qu’est-ce t’as? Tu sembles abattu ! » Je lui raconte et ajoute : « Comment ont fait tes deux frères ? L’un si doué en chimie, l’autre docteur en physique nucléaire ? » La démoniaque Aile : « Ah, que veux-tu, c’est des Boucher ! Pas bouchés. En rien ! » Pourquoi n’ais-je pas un esprit capable de saisir les choses scientifiques ? Suis-je borné, suis-je intelligent ? J’en doutais hier soir. Heureusement, je cause et Aile ne cesse d’émettre des « Eh maudit que t’es brillant ! » Consolation.
12-
Nath Pétro, ce matin, chronique sur la laideur. Johanne de Bellefeuille cherche désespérément des gens laids pur un « spécial » de télé. Comme dit une chanson : « Gaston… y a le téléphon et y a personne qui répond… » J’avais songé, jadis, à un concours anti-Lise Payette : « Le plus laid homme du Québec. »
Certes, on aurait récompensé le plus laid et, à la fois, le plus charmant. Cela existe si souvent. Je me retiens (hélas ?) de rédiger sur les avantages d’avoir un bon, un beau physique. Avantagé comme je le fus, jeune, je saurais de quoi je parle. Des facilités indéniables pour ceux qui sont plaisants à regarder. J’avais constaté, jeune, les injustices faites à ceux qui sont vraiment pas jolis à voir. Deux mondes terribles, au fond des choses. Un sujet moins léger qu’on croit, plus métaphysique qu’on croit, vous savez. Je songe à l’acteur Lepage, pas avantagé du tout physiquement et qui a su séduire la plus joie actrice de années ’80, Louise Laparée. Ah, il y a le charme, vous voyez bien. Si un laideron et courageux lecteur veut se manifester, à Johanne la désespérée, qu’il compose le (450) 670-3384.
Je lis les « lettres ouvertes’ il y a de fameuses. C’est rare. Ce matin, Claude Poulin, prof de cégep retraité qui maudit Norman Lester et son célèbre « Livre noir… » écrit : « ce sont des Québécois incapables d’accepter le fait que la présence anglaise fut un facteur essentiel (sic) de leur survie (sic) en Amérique,anglophobie… »
Tabarnak, ces cornichons enseignaient à nos enfants ! Je sacre parfois quand je suis révolté. Quel ignare et quel toupet d’ignorer, lui, un prof d’histoire, que l’Anglais conquérant nous laissait des privilèges (religion et langue) dans la mesure où il craignait notre ralliement aux indépendantistes du sud. Les Américains rôdaient à nos frontières souvent. C’était leur grande frousse et nos maîtres imposés regrettèrent tant leur générosité « calculée » que, par la suite, ils ne cessèrent plus de tenter de nous diluer, de nous noyer, de nous faire disparaître : forcing avec l’Ontario, 1841, dilution avec les provinces, 1867, etc. etc. Eh oui, ces caves myopes, enseignaient ! Heureusement ces Poulin, fédérats bornés, maintenant retraités, ne peuvent plus tromper les jeunesses. Nuisance au rancart !
12-
Des clés pour le bonheur ? Il y en a. Ah le bonheur, hein ! Boris Cyrulnik, que j’ai peu lu, est un psy « éthologue », publie et livre une longue entrevue captivante sur le sujet dans le dernier « Nouvel Observateur », no. 1939, première semaine de janvier. Je vous en re-jaserai un peu plus tard dans J.N. En attendant comme c’est intéressant d’en apprendre sur des plus jeunes que soi, Montréalais.

Le mardi 8 janvier 2002

Le mardi 8 janvier 2002
1-
Installé devant le vieux modèle d’ordinateur, Chemin Bates, je veux continuer en « Journées nettes » craignant tout de même…des ratés. On verra. Suis allé d’abord à j.et c. au sous-sol du Manoir. Il y a là quelques boutiques de commodités pour les « pensionnaires » de l’énorme complexe. Un salon de coiffure où je vois toujours de très vieilles dames installées pour se faire, se refaire, une beauté…capillaire. Au de-là de « l’âge des frivolités »‘, constater chaque fois que j’y passe l’éternel souci du « bien paraître » qui accable la gent féminine. La pharmacienne vietnamienne est là, enfermée, sans lumière du jour, attendant sans cesse toute cette clientèle du vaste Manoir, où les petits et grands maux corporels doivent se multiplier. Coin infirmerie, désert le plus souvent. La garde… lit. Coin banquier…pour dépôts et calculs finaux des rentes (ces FEERS) et quoi encore ? Mon dépanneur, venu d’Afrique du nord visiblement ‹ô minorités visibles, on vous voit !‹ toujours affable semble étudier, amusé, le comportement vacillant de ses vieilles et vieux qui ramassent, très lentement, les denrées nécessaires pour…survivre.
Aile et moi, à l’occasion, faisons de vagues plans pour ce…quatrième âge… qui viendra un jour. Où aller s’installer ? Dans quelle immense cages-à-vieux ? On tente d’oublier le fait le plus souvent possible. Aile a toujour en mémoire, odieuse, la fin des jours de sa maman, à « Marie-Rollet », à Rosemont. Les tracas inévitables quand on perd son souffle, sa vitalité, ses souvenirs eux-mêmes…La déchéance…Brr… Aile, sombre, agacée, énervée par cette échéance-santé qu’elle maudit d’avance. Moi, toujours « tête heurteuse », je m’imagine volontiers encore bien vigoureux à cent ans.
Le soleil, ce mardi, se débat avec un ciel blanchi à la chasux vive, translucide par rares endroits, voulant régner dans l’air froid de la saison. Hier soir, bouffe chez mon cher Piccola, rue Saint-Laurent. Toujours nos calmars grillés avec pâtes aux tomates. Les petits pains huilés et à l’ail dans le panier, une tradition chez « Piccola ». En sortant, en face, une bannière géante tire les regards sur l’église Saint-Jean de la Croix, on y lit, bien iconoclaste : « L’ÉGLISE EN CONDOS », venez voir ! Ô mores, ô tempores ! L »église en condios, formule païenne en diable ! Qui l’eût cru ? Près du marché Jean-Talon, petit parc joli juste en face de cette église-en-condos, la métamorphose « appartementale » aura lieu rapidement, n’en pas douter.
Trouvé à la Piccola le « ICI » de la semaine. Toujours brillant ce Robert Lévesque qui y tient chronique. C’est un fou intéressant. Il étale sans cesse sa culture, qui est solide, et ça fait étrange dans ce petit « canard », donné comme « Voir ». Denise Bombardier qui l’a croisé rue Bernard, dit-il, lui aurait crié: « Ordure ! » Allusion à cette critique anti-Tremblay, celle d’un roman que le Lévesque avouait ‹incroyable !‹ n’avoir pas lu. Un fou ? Un drôle de zigue, captivant à lire, se chassant lui-même, il y a un ou deux ans, du prestigueux « Le Devoir » en tripotant méchamment, de nuit, ses ordinateurs. Lévesque écrit dans « Ici »: « Quand la mort nous débarassera-t-elle de cette détestable Bombardier ? » Puis Il cite ‹il cite beaucoup‹ Cioran:  » Je tue le temps et le temps me tue, alors on est à l’aise entre assassins. » Vous voyez le genre de pensées qu’entretient ce gaillard, un sosie de Quasimodo. Tremblay rétorquait ainsi à la vacherie lévesquienne à CBF-FM, chez Homier-Roy: »C’est un suicidaire, ce R.L., il n’y a qu’à attendre. » Ma foi…
2-
J’ai lu hier soir un bonne partie de « Mystérieux Mozart » de Sollers. (Plon, éditeur.) Que de citations ! Sollers a devant lui les sept volumes de la correspondance du génie allemand. Aussi ses biographies. De plus, il a fait une sorte de pèlerinage en Autriche, dans les pas de Mozart. C’est un bouquin vivant, allègre mais il faut s’y connaître en musique pour bien suivre les méandres de sa pensée, les connections ébouriffantes qu’il fait en érudit inspiré. entre la vie et les oeuvres d’Amadéus. Solers fait des allusions estimables au célèbre film de Corman: »Amadéus », que j’aimerais bien revoir. Livre parfois confus par tant d’éclairs d’érudition musicale, car Sollers s’y connaît en musique. Il en reste pas moins que je tournais les pages. Cela, c’est la marque indiscutable, finale, d’un livre de talent. Je le terminerai et avec plaisir. J’apprends sur ce petit garçon trimbalé d’abord par papa Léopold, musicien lui-même et tout fier de son enfant-prodige, qui deviendra un fabuleux compositeur avant…1791, de crever dans la misère, sa cote baissant à mesure qu’il ose complexifier, louanger des forces occultes (il était franc-maçon), vanter les mérites de l’amour libre sur « argent et pouvoir », ses ouvrages critiqués par l’établissement viennois, sont devenus, aujourd’hui, bien consacrés dans l’univers entier, vraiment sur tous les continents.
Ce matin, à la radio de Bazzo, soudain, cette chanson si légère qui me fascine tant, avec ses notes de piano fraîches comme gouttes de pluie, notes claires qui dansent, qui volètent… »la mer du nord en hiver »… « la mer du nord en hiver »… Le cher Souchon ! Vite, zapette et je hausse le son: « La mer du nord en hiver »…ta tara, ta, tatata… c’est si joli, de nouveau, mon coeur en joie. C’est peu, c’est tout. Une « tite » toune, bien éloignée d’un opéra de Mozart. N’empêche Sollers me donne l’envie d’acheter des cassettes -Mozart: « L’enlèvement au sérail », « Les noces de Figaro », « Cosi fan tutte », « Don Giovanni », « La flûte enchantée ». Je le ferai ? J’en ai assez, et depuis longtemps, de rester un quasi ignare en ce domaine de la « Grande musique ». Chez moi, enfant, rien en musique « sérieuse », comme pour la littérature. Aucun livre à lire… que des annales pieuses, abonnements de papa-le-pieux.
Coup de fil de la productrice, Ghislaine Amyot, de Vendôme (où se trame mon projet sur l’histoire de l’art d’ici ). Oh, on va me dire: « Oui, venez, on fait votre cher Marc-Aurèle Fortin, le Canal Historia marche ! Venez vite. ! » Mais non, c’est plutôt :  » Méfiez-vous d’un « virus », Claude. N’ouvrez pas tous les courriels, ces jours-ci, jetez à la « poubelle » tous les « envois » concernant « Vendôme ». Virus méchant !  » Courriel, poubelle, envoi, virus: vocabulaire d’aujourd’hui.
3-
Ma grande soeur, Marcelle, au téléphone, très énervée à préparer l’anniversaire, le 19 qui vient, de Marielle. Réunion du clan pas facile à faire. Niaises disputes sur amies, nièces, neveux à joindre à la tribu….Voyant son désarroi… je décide de prendre l’affaire en main. Aile fronce les sourcils. Bon. Pas la fin du monde. Gros paquet de coups de fil, en somme. Quoi chère Aile, confiance, j’y arriverai. Trouver du temps donc pour organiser cette rencontre festive. Louer à la « Piccola » tiens ? Je verrai. Et les cadeaux… l’argent à ramasser… ? Oh la la ! Molière: qu’allais-je faire dans cette galère ?
Lysiane Gagnon, ce matin (« La presse ») fustige le « couple royal », à Ottawa, Clarkson et Saul, pour leur audace, leur franc-parler ‹ »déplacé » selon la Gagnon‹ sur W. Busch, sur les Croisades catholiques, bien plus meurtrières que celle de ces odieux intégristes musulmans, et, re-bang: sur les vendeurs d’armes en Occident ‹Canada compris ?‹qui collaborent aux chamailles sanglantes du Tiers-monde dont, évidemment, l’Afghanistan…Etc.
La Lysiane commande: fermez donc vos clapets, ne dévoilez pas vos opinions, vous êtes en « représentation officielle ! » Belle mentalité. C’était au chef rouge, Chrétien, de ne pas nommer des intellos à des postes niais. Il devait savoir que certaines personnes restent des « esprits libres », qu’importe le costume de parade, les rubans et les médailes.
Je me sens bien: et Mario Roy et Pierre Folglia ce matin, opinent dans mon sens (voir une J.N. récente) à propos des sans-abri, itinérants montréalais. Qu’on leur fiche la paix, ce sont des anarchos qui refuseront toujours tout de notre société organisée, par exemple, même les règlements légers des centres d’accueil.
Folie donc, maitre cucul et coco, Tremblay, de vouloir stabiliser des instables…pour un bref ou un long temps. Comme de vouloir traquer des terroristes (souvent suicidaires). Nous lisons, ce matin, un premier bilan de cette guerre à des « ombres ». Une dépense colossale pour le budget des USA ! Lisez bien: Neuf cent quatre vingt dix neuf millions de dollars. Us. Un milliard tantôt ! Bombes sur les intégristes de tout poil pour dénicher quelques leaders, « fous de Dieu » qui, c’est probable, ne savaient pas grand chose de précis de l’équipage sordide entraîné en grand secret pour attaquer les deux tours de World Trade Center dans Manhattan, le 11 septembre.
Ma riposte à moi. Ma guerre aux kamikazes ! Simple. « Ah si j’étais le roi ! », dit une comptine. Au lendemain de l’horrible tuerie, aurait débutée, vaste et discrète à la fois, une gigantesque opération d’infiltration des milieux musulmans louches ‹connus déjà et à découvrir‹ ceux du fanatisme islamique, intégriste. Une opération forcément secrète. Avec, partout, des agents secrets. Stipendiés généreusement. Ce qui ne coûte tout de même pas « un milliard de dollars ». L’argent ? Payer des arabes-espions et des « balances » ? Mais oui. Le fric n’est pas seulement le « nerf de la guerre », il est celui de l’espionnage, de l’information productive, efficace. Des agents secrets donc, en bien plus grand nombre, et leurs « stools », indicateurs, collabos indispensables en ces sinistres matières.
Attention: engagement massif d’agents d’origine arabe, parlant la langue des « fous » du « Allah ou akbar », oui, en quantité, la plus grande possible. Il ne manque pas d’araboïdes sur cette planète, musulmans non-pratiquants comme nous ne pratiquons plus, majoritairement, le catholiscisme. Des Arabes de toutes les teintes qui n’ont ni foi vive en Mahomet ‹monté à cheval au paradis des vierges‹, ni aucun intéret dans cette dérive religieuse fanatique.
Facile d’engager et d’entraîner de tels gens, on en trouve par centaines de milliers dans toutes les mégapoles du monde. Et il n’en faudrait pas, pas du tout, des centaines de milliers. On n’apprend rien sur des planqués machiavéliques, en déployant les fantastiques et ruineuses forces armées d’avant-garde sur un pays misérable aux tribus en chicanes. Allons donc ! Le forcené, le (ou les) terroriste illuminé, à l’esprit tordu, peut se terrer en Indonésie comme aux Phillipines, à Los Angeles comme à…Montréal. Ce serait mon plan si je m’installais au Pentagone, une CIA momentanément très agrandie.
J’ai dit et, ô Seigneur, s’il fallait qu’à Washington, un sbire important lise tout ceci ? Et tombe d’acord ! Voyez-vous cela ? Appel d’urgence: je dois prendre immédiatement l’avion pour Washington ! Moi, pris à organiser l’affaire. Et ces Journées nettes, hein? Faudrait suspendre mes écritures quasi-quotidiennes. De grâce, n’envoyez pas une copie de mon (sobre et) intelligent plan au « bureau oval » de la Maison blanche. Laisez les industriels américains en armement continuer à se frotter les mains, à s’enrichir comme jamais. Eux, sans les guerres, ils se lamentent.
W. Bush a fait beaucoup pour ranimer cette sale industrie et on le lui rendra aux prochaines élections. En attendant, à Washington, coupons les protections sociales, le partage des richesses avec les démunis, les malchanceux, les mal-instruits ! Mon plan ne ferait rien pour les usines de mort. Il ferait dépenser moins de centaines de millions des taxes des travaileurs américains. N’empêche si un Secrétaire à la défense, ou un « sous-queuquechose » important, m’approuvait subitement, par miracle. Une colombe ? Coup de fil:  » Misteur Jazzmine ? Here « Double You » ! Génious, your plan. Come here, fast… » Plus de journal ni demain, ni pour longtemps ! Tremblez mortels lecteurs.
Bien compris ? Silence partout donc. Ça vaut mieux si vous tenez à lire mon journal.

Le vendredi 28 décembre 2001

1- Un paysage de blancheur ce matin. Après midi, ça passe au gris là-haut! Mon drapeau sur la rive , m’ indique un vent d’ouest. Faible. Ce soir , avec les J., bouffe à la vieille gare de Mont Roland. Que de gares rénovées au long de la voie à vélos à skis de fond de Saint-Jérôme à Mont Laurier! Fondu bourguignonne en vue, yum.
Correction importante pour mes affionados, ceux qui iront voir mes deux téléthéâtres (1964 et 1965) ‹et me rencontrer‹ à la cinémathèque, boulevard de Maisonneuve.
a) c’est en février, et  » non en janvier « , le premier :
 » Blues pour un homme averti « , avec un Jacques Godin, inoubliable à mes yeux, en vieil enfant,  » bomme  » perdu quêtant un père rêvé… C’est le 8  » février  » donc à 8 h.p.m., ou 20 h quoi. Salle Fernand Séguin. ET
b) le 12 février, 4 jours plus tard, à 7h.p.m. cette fois, 19h quoi, , ce  » Tuez le veau gras  » avec un  » jeune  » Benoît Girard étonnant, un » instruit « , revenu de la Sorbonne, dans sa petite ville il osera trahir ‹il avait pu les faire se révolter‹ les ouvriers en grève une Janine Sutto en môman couveuse merveilleuse.
Hier, je terminais donc ce ÉCRIRE. Je vais poster cela à Victor-Lévy B. tantôt. Ouf! Content de cet  » adieu à la littérature « . Ne reste que mon journal, ici. Aurais-je la force de cesser le roman ? On verra bien. Je veux revenir à mes pinceaux, à mon encre de Chine.
2-
Vu hier soir à ARTV,  » Le sea horse  » de Carrier avec Godin et la  » grand jaune  » la Filiatreault. Couple vieillissant perdu, paumé, insécurisé et cherchant une sortie à leur existence misérable. Une tenancière de  » pub  » et un marin mécanicien se confrontant. Duel captivant et un récit bien triste. Une fin faussement heureuse. Deux vies impossibles. Freud veillait sur cette femme
Battue, à l’enfance trahie, piétinée, qui refuse de croire que son vieux voyou, candide, la ramènera au bonheur. Plus de confiance, répétera-t-elle quand le générique défilera.
Ensuite, départ pour une des salles de cinéma en bas de la rue Morin. Quand on y va, on a l’impression du cinéma à Wells Beach ou à Ogunquit, l’été. Eh oui! Sais pas trop pourquoi! À 21h 30,  » L’étranger de Las Vegas « , ou  » Ocean Eleven « , car ils sont onze voleurs de métier!
Le film divertissement classique, sauce bien américaine, attaque du coffre-fort de 3 casinos à Las Vegas. Matt Damon, Brad Pitt, la siliconé des babines, Julia Roberts. Le héros aux allures de James Bond, qui cherche à ravoir son ex, la grosse babine enflée! Qui pose et fait peu!
Déception : plein de gadgets,  » full  » électroniques, dira un jeune Peu crédibles outils ultra sophistiqués, de ce cambriolage gigantesque et réussi. On vous en jette plein les yeux, ça revole et on espère que le public n’aura pas le temps d’interroger tant de machinations brillantes. Film fraudeur au fond! On ne nos reprendra pas, c’est juré Regrets vifs de n’être pas allé voir  » Kandahar « , visions d’Afghanistan, hélas, tournées au Pakistan pour des raisons bien connues, c’était une salle voisine.
3-
Faut que je questionne mes enfants : avons vu du  » Sol et Gobelet  » antique sur ARTV. Plutôt niais, mal fait, cucul pas mal On tente de mythifier (!) ces bouffons d’antan. Vaine nostalgie à mon avis. Un Sol-Favreau toujours crachotant, feu-Luc Durand bien mécanique, une histoire abracadabrante. Bref, je veux savoir si c’est la vérité que ces bouffonneries infantiles télévisées sont des devenus d’impérissables souvenirs pour ceux qui ont 40 ans aujourd’hui. Si oui, pourquoi donc ?
4-
Ce soir, à l’Actor’s studio, ARTCV, 21 h., l’invité Tom Hanks. Nous regarderons encore. Susan Sarandon y fut, la semaine dernière, plutôt fascinante, non ? Et l’on s’habitue peu à peu à ce questionneur rempli de suffisance, il pose de bonnes questions, est bien documenté et fait voir des extraits des films de son invité pertinents.
5-
La boxe. Le film  » Ali  » se mérite pleins d’étoiles. Nul doute que cette biographie de Cassius Clay (son nom d’avant sa conversion à l’Islam) doit être bien menée Mais la boxe! Une bêtise grave. On sait bien, en 2001, l’importance de cette merveille humaine : la tête, le cerveau. Faut être sauvage, abruti, inconscient, arriéré mental profond, (de jeunes gueux exploités par des brutes ?) pour se cogner à coups de poing sur la tête. À la rigueur, je tolérerais un combat où l’on se casserait les bras, les jambes, le cou, les reins (alouette! ) tout quoi mais se frapper le cerveau ? Folie furieuse, imbécillité navrante! La boxe devrait être interdite L’ONU devrait déclarer  » hors la loi  » ces combats! On en voit aux Jeux Olympiques et c’est dire la connerie universelle qui continue!
Avec ces badauds-voyeurs (que nous sommes, tous) qui rêvent de voir la mort, pulsion morbide.
6-
Ce soir nous télévisionnerons : a) Raymond Devos en récital de drôleries surréalistes à L’Olympia de Paris en 1999 ‹il nous décevait, il y a quelques années, au Saint-Denis‹ mais Devos est si étonnant si souvent Canal D, 19h. Touchons du bois et espérons qu’il sera redevenu l’étonnant humoriste de ses commencements ce grand ami de notre Félix.
b)
Coup d’oeil au film-docu de Labrecque sur  » Anticosti « , à partir de celui de M. Menier, (Meunier ?)un chocolatier de France, millionnaire qui voulut installer un village autonome au milieu du fleuve jadis. Nous regrettons encore, Aile et moi, de n’y être pas allés quand l’on parcourait toute la Côte Nord, il y a deux étés. Paresse de touriste.
c) aussi, donc Tom Hanks chez ARTV. Nous aurions aimé revoir ce petit film simple, bien fait, ce  » Marius et Jeannette  » à Marseille, un film attachant, modeste, avec plein de coeur, c’est à T.-Q à 21h, ça aussi, mais on ne peut pas tout voir!
Bon, si on allait marcher un peu sous ce ciel gris ? Oui.

le lundi 24 décembre 2001

Samedi soir donc, bonnes pizzas  » au four  » visible chez  » Grand-pa  » à Val David. Les J., nos voisins et commensaux, en verve. J.-P. a le coeur fragile mais il fait encore du ski alpin à 74 ans. Je lui passe  » Le couac  » chaque mois et ce  » canard déchaîné « , made in Québec, semble Le captiver. Il le passe à son fils, P. Un  » vert  » méchant ! Longue jasette sur les allumeuses. De Marilyn Monroe à Lara Fabian. Jadis, la fille trop accorte passait vite pour une guidoune, une folle facile. J.-P. et moi, Aile et P. toutes amusées, nous faisons le tri entre l’agace et la pulpeuse de bon aloi.  » Avoir de la classe  » reste mon modèle féminin. Non sans offrir du sex appeal ! Conversation légère rigolote. Nos souvenirs de jeunesse : les  » clubs de nuit « , ce Ballroom, rue Bleury et Ontario, l’orchestre du parc Belmont, les dancings des plages, adolescent.
Deux p’tits vieux à souvenirs attendris Dans un coin, un chansonnier au micro, sa guitare, avec la belle toune de feu John Lennon :  » merry Christmas and an happy new year  »
J.-P. et moi avions lu Dion, si souvent amusant dans Le Devoir. Son papier, samedi matin, sur la  » non-mémoire  » des histoires comiques, si vrai. J.-P. et moi, tentons de nous souvenir rien d’abord.
Plus tard, je raconte :  » Une fois c’est un type aux toilettes publiques. Un bonhomme entre dans la cabine voisine et dit : SALUT ! L’autre, par bonté, répond : SALUT ! Le voisin :  » Comment ça va ?  » L’autre :  » PAS PIRE, PAS PIRE « . Le voisin :  » QU’EST-CE TU FAIS DE BON ?  » L’autre :  » B’en, comme tu sais, j’suis aux toilettes comme toi « . LE VOISIN :  » Bon, écoute, il y a un cave qui répond à tout ce que je te dis, je te rappellerai.  » FIN.
Rions, c’est l’heure !
Une autre : À la porte d’un club privé, un type lit :  » CLUB PRIVÉ. POUR INTELLECTUELS SEULEMENT « . Il sonne. Le gérant ouvre l’huis :  » Vous avez lu l’affiche, oui ? Êtes-vous un intellectuel ?  »
Le type :  » Faudrait définir le terme d’abord.  »
Le directeur :  » Entrez, entrez !  »
Suffit !
Reçu le mensuel de la Bibliothèque Nationale, section archives. Une page montre une photo de mon père. Petit choc ! Mort il y a 13 ans déjà ! Je m’ennuie de lui. J’ai vendu tous ses papiers de  » céramiste du dimanche « , fort bien coté jusqu’aux USA. Ce père ultramontain fut mon enragement, ado révolté contre la religion d’ici, et puis, son caboulot abandonné, sa gargote fermée, papa se transformait en artiste-naïf, primitif. Ma joie alors de découvrir que ce petit restaurateur, mon père, avait retenu son âme d’artiste pour mieux éclater devenu vieux !
Le vieil  » abbé Pierre  » est nommé  » l’homme le plus admiré « . En France. Je me souviens quand il était venu ici, à l’Oratoire, il avait causé un vrai scandale en osant déclarer dans ce vaste lieu ambitieux :  » Le Christ n’a pas froid dans ses belles églises mais dans chacun des pauvres !  » Il y avait eu une gêne  » hénaurme « , un silence éloquent.
Eh b’en :chocolat (pur à, au moins, 70 %) et la cocaïne :même effets sur le cerveau quasiment ! Daniel Pinard, récemment, laissa entendre la chose. Une drogue ? Le suis-je, moi qui croque si souvent des morceaux de ce chocolat fort en cacao que l’on disait très sain pour la santé ?
Dimanche soir, visionnement d’un enregistrement d’  » À la maison blanche « . Nous estimons beaucoup, Aile et moi, cette série américaine, euh non, états-unienne, bien filmée. Du mouvement sans cesse, justifié, des types, tous intéressants, bien joués, qui fricotent autour du  » bureau ovale « .
Évidemment, des histoires qui se déroulent à la  » centrale  » du plus fort pouvoir politique et économique sur la planète, ça aide à captiver l’intérêt. Tous les adjoints de M. le Président sont d’ineffables queues-de-veau dévoués à la maintenance du pouvoir présidentiel. On ne voudrait pas manquer un seul épisode. Nous voilà  » accrocs  » maintenant. Pourtant l’auteur Aaron Suskind ne simplifie pas les choses. Il installe beaucoup trop d’intrigues,  » plot « ,  » sous-plot « , sous-sous-plot  » ‹pour parler américain, euh.,..état-unien. C’est une erreur, on a du mal souvent à bien comprendre les tenants et les aboutissants des épisodes.
Bon, devrais-je lui envoyer un courriel à ce Suskind ? Et puis m’écoutera-t-il ? Suivra-t-il mes conseils ? Hum . L’équipe, réalisateur, techniciens et acteurs, est supérieure aux textes, ils méritent mieux. J’ai dit !
Hier matin, dimanche, neige tombée nuitamment, premiers exercices de déblayage. Bon pour la santé ! Ce matin, lundi, exercice de dégivrage, glace aux fenêtres de l’auto. C’est l’hiver pour de vrai ? Pourtant, les jours rallongent depuis le 21. Hourra !
Sur ma neuve radiocassettes : Mozart, Verdi, fanfares, marches militaires, Puccini, Ravel, Brel, Gagnon, Ferré, sans culture musicale vraie, je pique partout.
Un roman du jeune Sénécal,  » Aliss « , ‹paraphrase ambiguë et salissante de l’  » Alice au pays des merveilles « ‹ me tombe des mains. C’est grossier, facile, avec les clichés éculés sur une certaine jeunesse déboussolée Mélange des niveaux de langage, argot parisien et joual invraisemblable, pages remplies de dialogue de série-télé-cheap. Vraiment, est-ce la littérature de demain. Sans doute que non. Le besogneux jeune romancier de ce  » Aliss « ‹sang, sperme et fantasy à quatre sous‹ obtenait de bonnes critiques pour ses deux précédents romans dont  » 5150 rue Des Ormes « . Sont-ils mieux fabriqués ? On l’a même comparé à Stephen King ! Pas sûr de poursuivre ma lecture. Sa  » Aliss « , dix-huit ans, décrocheuse de banlieue (Brossard), obsédée sexuel précoce, sent le mâle infantile L’auteur peut-être, puisque l’on dit  » qu’aucun écrit n’est innocent « . Une histoire univoque, racoleur, influencé par quoi ?, de la plate porno industrielle.
Un médecin dans La Presse, se porte à la défense de son collègue (Amir Khadir) démoli par Lysiane Gagnon, j’en ai parlé.
Il rappelle les liens Bush avec Ben Laden. Le Al-Qaeda, Ben Laden créatures états-uniennes au temps des méchants envahisseurs Russes. Vérité encombrante, chère Lysiane ?
Dimanche dans  » La presse « , un petit gars de Bolton se vidait le coeur. Il racontait son horreur désormais de la guignolée, son panier de vivres offert à un camarade de sa classe et puis , à l’école, la honte effrayante du donneur et du receveur, la perte d’un compagnon. Vérité encombrante là-aussi. Terrible réalité. En effet, il faudrait la plus grande des discrétions lors de la remise des  » paniers aux pauvre « .
Paroisse de L’Épiphanie, un curé rare : Raymond Gravel. Sur quatre colonnes (toujours La Presse) il renie Dieu ! Oui. Celui des Bush et Ben Laden. Il publie que Dieu ne savait plus où se cacher durant les Croisades (en sa faveur), durant les bûchers de l’Inquisition, dans l’Allemagne nazi des fours. Gravel ajoute qu’on a bombardé Dieu dans les avions sur les Tours. Il va jusqu’à ajouter que Dieu a en horreur les ayatollahs et les papes ! Ce Gravel se fera-t-il exilé en Suisse comme, jadis, le Frère Untel ? Le curé achève sa diatribe étonnante en nous demandant de libérer Dieu, le dépossédé, à Noël. Eh b’en, on est loin des sermons d’antan, si ennuyeux !
Demain, bouffe de Noël dans la tribu d’Aile, à Saint-François de Laval. La Fernande aux chaudrons, ça devrait être désirable. Le Jacques, frère d’Aile, me racontera de nouveaux savoureux épisodes sur ses  » enfants  » de l’école secondaire où il enseigne.
Pierre, autre frère d’Aile, docteur en physique nucléaire, directeur des études au cégep Saint-Laurent, et ex-général en chef de nos armées de réserve, nous taquinera sur les déplorables effets du laxisme contemporain sur tout le monde.
Prises de bec au menu ! Entre tourtière et dinde farcie, entre canneberges et cornichons, nous allons trinquer à la bonne santé du petit Galiléen, né à Nazareth et qui a changé le monde.

le vendredi 21 décembre, 2001

1-
On remonte sur la 15, plein de gros mottons gris envahisseurs du bleu du ciel. « Le bleu du ciel » titre d’un livre du fameux Georges Bataille. Un ardent illustrateur d’érotisme parfois …névrosé. obsédé. Paraît-il. Jamais lu. Titre, me dit Aile, du projet de série télévisée de V.-L. Beaulieu. Il l’utilisait beaucoup par la bouche de son « agonisant » déraillant, Sicotte-Quincaillier. dans « Bouscotte ». Ce bleu que l’on guette sans cesse tous les matins d’une vie. Trop rare hélas. Je sors de la station CKAC avec Arcand. Je viens de lire mon conte de Noël. Le studio de l’émission la plus écoutée du matin, et son portique: pas de changement, un désordre total ans la pénombre, porte-patères encombré, traîneries sur étagères débordantes, , paperasses au sol, gobelets de plastique partout, vraiment un « trou »! La bohème ?
L’an dernier avec mon oncle « Oscar-qui-buvait-le-bar-au-Montagnard « …de Saint-Donat, nous avons eu des échos enthousiastes durant tout un an. Mieux, il y a pas longtemps: une ex-serveuse de l’hôtel d’Oscar m’apostrophe dans la rue: » Ah vous ! Je viens de Saint-Donat. J’ai connu votre oncle, enfant. Votre histoire m’a… comme assommée. Merci ! » Le monde est petit », vous dîtes ?
Arcand ce matin, quand je lui parle de mon existence d’heureux retraité: « Chanceux, comme j’ai hâte d’arriver à ce temps de ma vie ! » Ma surprise face à ce boulimique du boulot. Je dis: « Oui mais faut d’abord avoir bossé comme moi, 30 ans de décors ‘ » Le sourire sur sa face, voulant dire:  » Ferme-la. C’était une bonne planque, la télé ! » Bizarre comme on imagine reposant, une sinécure, ces boulots de créateur sur commande ! On se trompe. En pub ou en faiseur de « clips », on fait pas ce qu’on veut, on doit se confirmer aux clients, aux réalisateurs, aux techniciens, et moi dans le temps, aux chanteurs. Je lui parle de mes achats au magasin de la cuisine-des-chefs à Sainte-Adèle, il ricane plus fort:  » Ah, les pays d’en haut ! Viande à chien! Séraphin Jasmin en profite ? » Jaloux va !
2-
Hier, soulagement, en entrant, Chemin Bates, je retrouve mon portefeuille oublié « en ville ». J’ai donc vécu toute une semaine « sans ». On n’en meurt pas. Quand on est deux. Aile fournissant le fric ! Quoi offrir au gentil concierge du Phénix, Ghislain ? On sait jamais quoi. Ce fut une fiole de rouge et un exemplaire de roman. Facile ? Eh oui !
Un dénommé Paradis m’envoie une carte de souhaits. Il achève un livre sur « le métier » d’écrire ». Auquel j’avais d’abord refusé de collaborer puisque « écrire n’est pas un métier ». Me suis ravisé, lui si gentil, et lui ai fourni des mots. Enfant, c’était un gros paquet de ces cartes. Nous aimions les étaler puis les contempler. Comme nous aimions admirer notre gros paquet d’images pieuses » récoltées à l’école. Aux fêtes, nous aimions répondre à tous ces envoyeurs de bons voeux. Maintenant, c’est quoi… ? une dizaine, quinze au maximum. Souvent de firmes commerciales ou… du Cardinal Turcotte ‹un ancien du collège Grasset‹ anonyme, sans signature.
3-
Lanctôt, mon éditeur depuis quelques années, me déclare être « pauvre comme job », il m’ affirme qu’en cette année 2001, aucun de ses « enfants » n’a levé vraiment. Il me poste donc 50% ‹3,550 $‹ de ce qu’il me doit en redevances. Pour « Enfant de Villeray », paru à l’automne de 2000. Environ 3, 000 « acheteurs » aux comptoirs des libraires ! Il faut multiplier, dit–on, par, 3 ou 4 « lecteurs » par exemplaire. Donc entre 10,000 ou 15, 000 lecteurs, je ne dis plus « acheteurs ». Ajoutons les emprunts dans toutes les biblios publiques et scolaires. Ouengne…! Combien ? 30,000 ou 50,000 ? Impossible à vérifier !
Je veux dire ceci: un écrivain travaille ‹durant des mois et des mois‹ un bouquin, il doit attendre son cachet toute une un année. Il reçoit 3,000, $ ou 6,000 $…c’est pourquoi je dis que faire de la littérature, c’est une vocation, une passion, surtout pas un métier… comme, par exemple, pompier ou policier syndiqué avec très bon salaire. Peut-on vivre un peu confortablement avec 6,000 $ par année ? Bien sûr que non ! Et plein d’inconnus, de débutants, qui vendront 200 ou, maximum, 600 exemplaires dans une année ! Une misère la littérature ? Oui. Pis ? On aime notre passion ! Écrire !
4-
Ai oublié d’en parler ici: dans ce livre sur les lieux de pèlerinage, une photo me reste collée en mémoire. C’est, dans un couvent-église en Suisse, la bibliothèque publique dans un art rococo somptueux, toute en rondeurs, boiseries et marqueteries, rampes, escaliers, étagères dans un ensemble extraordinairement époustouflant. J’étais hypnotisé. Ébahi ! Ah ! Je voudrais vivre, et mourir ma foi, dans une vaste coquille-à-livres aussi magnifique. Une folie architecturale qu’on retrouve jamais, nulle part, en nos temps modernes. Pourquoi donc ?
5-
J’ai lu deux livres « pratiques » ce jours-ci. L’un: « Mieux comprendre la psychothérapie » (Jolicoeur et Sauvé) ‹où l’on donne aussi des conseils aux praticiens ! Nous avons une amie (Carole) qui sera une « pro » bientôt dans cet étrange métier de « confesseur-guérisseur » laïc !
Fou hein, me semble que j’y ferais florès. Aile ricane : » Toi ? Tu parle trop, Il faut se taire dans ce boulot et écouter. Pourrais-tu ? » La venimeuse!
Ce petit livre pris chez Stanké, mon éditeur actuel, explique le processus: pourquoi y aller, comment bien choisir son psy, où ça mène, qu’est-ce qui se passe, les sortes de techniques… Etc. Du gros bon sens. À la fin, les auteurs répètent que c’est la méthode « longue durée » la meilleure ! Au divan, un an, deux, trois ? Jeune, de rares camarades y allant, je songeais à une analyse. Mais… pour les impétueux dans mon genre…C’est si long et il faut cracher du fric. Mon côté radin, séraphin, craint les dépense vaines. ( Attention: J’ai aussi un côté dépensier, gaspilleur à l’occasion.) Freud dit que c’est, cet argent versé, un moyen efficace de soigner sa névrose !
« Faut pas y aller », affirmait Louis Archambault ‹mon prof à l’École du Meuble, que je salue bas dans mon « Je vous dis merci »‹ « nos bibittes sont nos moteurs de création ». Au fond, je me suis auto-psychanalyser avec mes livres. Je crois cela. Fou ? Laissez-moi mes illusions ! Je proclame souvent, en riant hein ?  » Ouvrez-moi en deux, mes amis, et vous ne trouverez pas une seule bibitte, pas un seul ver, là-dedans ! »
L’autre livre ? Sur les risques de fumer de la marijuana ? Clair: selon les auteurs, aucun danger. Chaque chapitre, sur un ton scientifique, avec des résumés d’études, des chiffres, réfute tous les bobards sur l’herbe populaire chez certains. Pas d’accoutumance, pas de cellules brûlées, aucun risque grave, en somme, on devrait au plus tôt légaliser et vite cette drogue bien douce. En somme, seuls les dinosaures peureux en font un épouvantail. Un petit livre pour me calmer si un des petits-fils s’abonne au chanvre ! Bien que…j’ai décelé un ton « sauce bizarre », « prozélistique » pas mal, pour le permissif. Je ne sais plus qui a raison entre ces laxistes « bon genre bon chic » et les « bonshommes sept heures », policiers répressifs, qui veulent que se poursuivent « prison et amendes » pour les fumeurs de pot comme pour les vendeurs de mari. Seigneur, comment s’y retrouver. Un matin, un scientifique dit « blanc’ le lendemain, un autre , pas moins scientifique, qui vient dire « noir ». En tant de domaines, le loustic, moi, aimerait bien moins de contradictions, plus d’unanimité.
La terre tourne, oui ou non ? Galilée enfin en paix: elle tourne. Mais tout le reste ?. Un exemple: les manipulations (OMG) agricoles. L’un: « on va faire manger tout le monde sur la planète ». L’autre: « danger, poisons, cul de sac ». Hum ! Et le clonage des souches: l’un: « renouvellement d’organes condamnés », l’autre: « écoeuranterie, monstruosités ! » La religion: l’un: « manipulation des cerveaux, abus infâmes, crédulité exploitée », , l’autre:  » consolation essentielle, vitale, indispensable aux mal pris, aux désespérés ou aux simples inquiets. Eh !
6-
Hâte de voir, à 20h, à ARTV ce soir, Suzan Sarandon se faire interviewer. Inoubliable dans ce film sur les condamnés à la chaise électrique. Il faudra que je supporte le fat, prétentieux, ronronnant bonhomme aux questions, intelligent mais d’allure su suffisante, hélas. S’en ficher, le défilé de ses brillants invités fait des heures fascinantes. Hier, à ARTV aussi, « Le grillon du foyer » un conte mélo de Dickens (sauce « Oliver Twist ») plutôt mal montré, si lent, si maladroit, sans rythme efficace, lourdaud, par mon cher feu- Florent Forget qui allait bientôt mourir subitement, hélas. Ce « Grillon… » mélodramatique ferait un fameux show sur Broadway ou sous la patte du parolier Luc Plamondon. Les ingrédients ‹ style « Les misérables, très années 1800‹ y sont. Caleb (joué avec feu par feu Guy Hoffmann) artisan exploité par un méchant patron, sa fille aveugle abusée (sniff ! sniff !), son fil perdu, exilé aux Amériques, qui revient à la fin, beau, riche… Toit le reste, oh oui, en modernisant l’affaire, ça ferait un grand succès populaire et c’est la dernière fois que j’en avertis nos producteurs ! Sinon ? Je l’adapte moi-même ce « Grillon… ». Moquez-vous, j’ai un projet à la minute, savez-vous ! Et puis, qui sait, il y a eu un film noir et blanc sur ce « Grillon du foyer « , deux peut-être même !
7-
L’ audacieux jeune avocat providentiel des felquistes, Robert Lemieux, exilé à Sept-Îles, surgit soudain, vrai « Jumping Jack » ! Le voilà tout révulsé, chaviré, bouleversé, par l’incarcération , « incommunicado », d’un motard criminalisé, soupçonné de 13 meurtres « commandés », plus ceux de deux conducteurs de fourgon de police, Maurice « Mom » Boucher. Un cousin lointain d’Aile, je la taquine là-dessus !) Une poursuite de 30 millions de $, eh b’en ! Contre qui ? Contre Bouchard, Landry, Ménard et… le Gouvernement ‹nous tous, notre argent public. Ces millions, en cas de victoire, seront versés aux « Droits de l’homme ». Lemieux parle de « conspiration ». Ouow ! Aux caméras accourus il dit: « Monsieur « Mom » B. est un Québécois, ça pourrait arriver à un autre Québécois. » C’est la rhétorique démago de Trudeau en octobre ’70: « Un gérant de caisse pop, un enfant, vous. M. Boucher, alias Mom, transformé en citoyen ordinaire, un bon yable comme vous et moi, faut le dire, faut le faire. Maître Lemieux était-il tanné de l’obscurité, de l’anonymat, nostalgique des chiards médiatiques de 1970 ?
8-
Me suis acheté une radio portable pour ma petite salle des machines. Plain de cassettes sur ma commode. Quelques classiques, quelques opéras ‹le Verdi de nos Italiens de ma ruelle ‹ beaucoup de Leclerc, Léveillée, mon cher Brel, Ferré, Montand. Le ciel toujours en lutte auguste, lente, entre le bleu et le gris noiraud ! Je vais tenter de comprendre ‹puis de vous en parler‹ « L’illusion économique » de Emmanuel Todd (Folio). Je veux pas mourir idiot. Combattre mon handicap, le monde économique toujours incompris. D’abord aller marcher sous ce soleil embarrassé. Aile cherche un grand chaudron…pour son « six pâtes » du Jour de l’an. Elle doit quêter partout chez nos voisines. Et ce soir, à 17h que trouverais-je chez les écoliers de l’institut hôtelier des Laurentides ? Surprise ! J’écoute les chansons du « Nelligan » de Tremblay-Gagnon. Renée Claude renversante :  » J’ai cru l’aimer et j’ai cru l’être… » Sa voix claire. C’est beau !

Le mercredi 19 décembre 2001

Le mercredi 19 décembre 2001
1- Mort de Bécaud hier. Coqueluche dès 1955 par ici. Leçon d’énergie. Il criait :  » Hé! Les baladins ! Amenez-moi..  » Ils l’ont amené pour de bon. Disparu. Scénographe de variétés, j’ai travaillé souvent pour Bécaud. Je lui tenais son bol de cognac, une fois. Lampée énergisante indispensable tant sa dépense était fantastique ‹je me dissimulais sous la caméra-grue‹ entre les segments de son récital au grand studio 42, il avalait et repartait sous les réflecteurs, en sueurs, les mains comme des oiseaux.
Avec le réalisateur Letarte, nous étions allés à son hôtel,  » suite somptueuse à  » le Bonaventure « , pour lui présenter la maquette de son décor. Il est accompagné d’une  » beauté  » juvénile ! Eh ! On avait vu ça aussi pour le mari de Simone Signoret, ‹cocue comme l’autre Simone de Beauvoir, une féministe bien tolérante)‹ même groupie bien tournée aux semelles de la star Montand. Bécaud, joyeux, alerte, jeta un regard intéressé à son décor, accepte le design, se frotte les mains :  » Vous allez voir, je pète le feu ces temps-ci, ça va rouler !  » et nous offrit un  » drink « . Soleil sur la terrasse, piscine rutilante, la groupie en bikini surgit et lui :  » Vas-y mon petit, je te rejoindrai. »
Le mort d’hier fait un signal :  » j’ai eu une belle vie !  » Des poètes populaires ‹Delanoé surtout‹ se sont servis de cette machine humaine flamboyante pour s’exprimer. C’est beaucoup. C’est utile. Que le dieu des félicités terrestres ait son âme !
2- Avons visionné, hier, un film curieux :  » À la verticale de l’été « , étrange récit se déroulant à Hanoï. Trois vietnamiennes aux prises avec l’amour. Hélas on voit pas le pays, ni cette ville longtemps colonie de Paris. Plein de belles images :fleurs, plantes vertes, chants d’oiseaux sans cesse vues de la fameuse Baie d’Along (orthographe pas certain), appartements ensoleillés, resto cocasse, Aile et moi aimons examiner des  » ailleurs « . Comme pour ce film à Prague (sous les nazis), impossible de voyager vraiment à l’étranger. Une rue, une maison et c’est tout. Beau dommage ! On voit tant Montréal, Paris ou New-York dans les films tournés là. Question de budget ! Nos étions perdus : tout le monde se ressemble ! Connerie ? Comme pour les Noirs si souvent. Question : est-ce que les Noirs, les Jaunes, nous trouvent tous trop semblables eux aussi, nous, les Blancs ? Donc un beau film, d’un visuel si lumineux mais une histoire incompréhensible pour nous.
3- Message, hier, de mon fils, son étonnement , sa fierté de m’avoir initié (de force, je l’avoue ) à l’ordinateur. Il m’écrit qu’il entend Thomas, son fils, parler avec sa mère de moi, le papi, puis son appel téléphonique, ensuite, Daniel va à son écran et trouve les mots de Thomas dans mon J.N. Il dit :  » Étonnant, en trois heures, la vie vécue se retrouve dans ton journal « . Eh oui ! Étonnant en effet, vive l’ordi, vive internet ! Il se moque de moi :  » Me semblait que tu allais cesser d’écrire, que tu allais aquarelliser ? Ce journal ?  » Eh oui, il a raison. Marc, mon installateur  » de site  » me taraudait :  » Vous devriez, beau-père, faire un roman sur écran, par épisodes Etc.  » Moi :  » Non, c’est fini la littérature avec mon  » Je vous dis merci  » frais publié. Je termine  » Écrire  » pour V.-L. B. et je reviens à l’art pastique. Mais Soudain l’idée d’un journal.
4- À la mort du francophobe  » Mauditkakaille  » Richler, caméra de télé chez moi, face au lac. J’avais loué ses talents de romancier ( » le monde de Barney  » est fameux) et fustigé son racisme à notre égard. Ses odieuses calomnies, nous illustrant ‹mettant en péril les anglos ‹ collectivement, en fascistes enragés et dangereux (ils sont 300 millions d’anglophones tout autour, grave péril hein ? !) alors que nous sommes un petit peuple, minoritaire sur ce continent, héroïque, résistant à l’ américanobulldozer « . La Vice-Reine Clarkston et son  » suiveur  » Saul, vont bientôt accrocher à la dépouille du raciste la médaille de L’Ordre du Canada. On s’incline ‹comme je dis souvent‹ devant cela, pas par respect, par envie de vomir !
5- Ce matin, lu chez Cousineau-télé : La petite Brazeau, ma jeune  » ancienne camarade  » de CJMS, accepte de présider la voyeuriste émission de TVA :  » Je regarde  » Dominique Bertrand démissionnait, elle, de ce  » piège à cons « , Marie Plourde aussi, refuse de jouer à ce jeu sordide. Lu aussi, ailleurs, que Miss Brazeau, mère de famille (deux jeunes ados), était entouré de porono chez elle,  » at home  » hein, pour se documenter. Belle ambiance pour les enfants ! Franchement, on a envie souvent de s’écrier comme le philosophe primitif et naïf, Yvon Deschamps :  » US qu’on s’en va ?  » Ne me voyez pas en puritain prude SVP.
L’érotisme est de bon aloi. Le voyeurisme c’est le chemin vers la solitude, vers l’onanisme.
Je ne dirai pas que la masturbation rend sourd elle rend triste ses adeptes, tôt ou tard. Il faut pour garder vivant  » le désir  » ne pas craindre les fréquentes allusions à la sexualité, les caresses opportunes ou non, les  » appels  » enjoués quoi. Il faut semer l’atmosphère érotique autour de l’autre. Bref, il faut de l’imaginaire, des fantasmes. Je crois que les voyeurs (voyeuses) sont des gens bougrement paresseux, sans imagination. Qu’ils ne savent pas installer un climat érotique normal, indispensable. Pleins de maris, d’épouses, qui ne font jamais rien pour le moment où l’on ira au lit. N’en parlent pas, ne lisent rien d’érotique, ne regardent rien d’érotique, ne forment pas d’images sexuels dans leur tête  » n’imagine pas « , voilà ! Des couples, même jeunes, s’assèchent sans cesse alors, par leur faute.
Ils iront  » voir  » ailleurs :la nouveauté c’est plus facile ! Paresseux ! Pire, se feront voyeurs des ébats mécaniques avec  » sound track  » exagéré, des inconnus ‹l’  » actage  » fausse-passion physique‹ de ces poussifs copulateurs stipendiés ‹et plus ou moins drogués‹ pour forniquer  » on camera « . J’en vois qui se procurent au vidéo-club du coin, de ces cassettes  » XXX « , gênés, embarrassés, les yeux à terre. Oui, des super-paresseux. On peut trouver des images érotiques merveilleuses, dans des livres merveilleux ‹sans la nudité niaise inutile souvent, l’explicite étant anti-érotique‹ cette iconographie collaborant au désir. Vulves et pénis exhibitionnistes ‹magazines chirurgicaux‹ images explicites vaines quand on veut sexualité et sentiments humains réunis. Ne comptez pas sur  » Je regarde à TVA ou à TQS, tard, pour conserver longtemps l’amour dans votre couple. Je me souviens d’un scénographe, compagnon obligé, qui pris las pente voyeuriste. Films en 8,mm, on est en 1956, images salopes, collections de vulgarités, photos de son cru avec putes payées, au bout de quelques années, on découvrit mon compagnon mort dans sa baignoire un samedi matin. Bonne chance Miss Brazeau !
6- Ce matin, les quotidiens : Lepage, ce génie imagier de la Vieille Capitale et reconnu dans l’univers, fera un nouveau film :
 » Tourism « , titre de l’anglomanie sauce mondialiste.
Dès ses premiers  » shows  » de théâtre, je disais  » c’est un cinéaste « .  » Le Confessional « , et puis  » Le polygraphe « , le prouvèrent efficacement. Vint ses autre films,  » Nö  » et  » Possible worlds « , hum, moins forts. C’est que le surdoué Lepage se déconcentrait volontairement par trop d’activités parallèles. Hélas. Lepage pourrait devenir notre Fellini québécois. Oui, aussi bon, meilleur un jour peut-être !
Le hasard, la pauvreté aussi, l’a fait  » théâtreux « . J’ai aimé énormément, récemment, sa  » Face cachée de la lune  » au théâtre mais y ai bien vu ce qu’il aurait pu réaliser avec un film en utilisant ses étonnantes trouvailles sur scène pour cette  » Face  »
Bon, il a du succès de Tokyo à Londres, en passant par Paris et Moscou. Il ne m’écoutera donc pas. Je ne vais pas écrire un  » Que Staline se le tienne pour dit ! », comme le cave éditorialiste de  » L’Action  » à Québec, jadis. Mais, cette fois, je sais que j’ai absolument raison pour Lepage. Cela dit, il fera du théâtre tant qu’il voudra, ses machines restent pourtant la négation du théâtre qui est, avant tout, et doit rester un art de  » parole « . Lepage c’est le super génie des formes, de l’image. Ah, pis oui, je l’écris :  » Que Lepage se le tienne pour dit !  » Et bonne chance pour son  » Tourism « .
7- Un journal c’est marquer ce : Beau soleil, ici, de temps en temps aujourd’hui ! La petite plaine du lac brille. Symbole ?, mon fleurdelisé sur le rivage s’effiloche au vent du nord chaque début d’hiver ! Daniel, hier :  » on va tout savoir avec ce J.N. , comme ça : les steaks pas trop les sur-cuire ?  » Le vilain moqueur. C’est quoi un journal ? Mon avis quoi. J’en ai lu pas mal.

1-D’abord ne pas s’en servir que pour ses idées, en somme ne pas en faire un cahier d’essais. À l’occasion, oui, comme je viens de le faire sur  » porno et éros  » ou sur Lepage et cinéma, le journalier (!) peut s’étendre un brin. Pas trop souvent ? Promis.
2- Ne pas faire télégraphique. J’en ai lu des :  » Vu hier Paul Claudel chez Gallimard.  » Ou :  » Rencontré, jeudi midi, Mauriac  » Et point final. Non pas de ces  » Vu, à la Moulerie, ma chère Louise Rémy.  » Et  » bonsoir les amis  » ! Le diariste (ce mot, pouah !) doit bien refléter la vie qui passe. Sa vie. Le temps qui s’écoule, jour après jour, illustrant les éphémérides incontournables dans toute existence humaine.

8- Chez Bazzo ce matin, débat sur la liberté d’écrire avec le Maisonneuve de RDI et le Boisvert de La Presse. Miss Bazzo, bien bavarde, plutôt silencieuse cette fois. Prudence  » radiocadenacienne « . Autocensure, salut ! On a laissé entendre que Norman Lester (son  » Livre noir des anglos « ) agissait en devinant qu’on le  » jetterait  » ensuite de son job de reporter enquêteur à la SRC.
Comme un Charron voleur de blouson chez Eaton.
Comme Robert Lévesque tripotant les ordinateurs du Devoir.
Ouen
Ah la LIBERTÉ ! Chez Lisa, un matin récent, face à N. Connard affirmant se sentir  » libre  » à La Presse. Mon envie de rire. Qu’elle matraque un peu les fédérats d’Ottawa et elle verra les limites de sa liberté chez Gesca-Power Corp. Y était aussi Michèle Bazin, devenu relationniste dans une patente affiliée au MAC. Elle aussi :  » je suis libre, je suis libre  » sur l’air de  » Je suis belle dans ce miroir « , une Castafiore abusée ! Non mais il n’y a pas de relationniste libre. C’est impossible, activité inconciliable avec la fonction de  » porte-parole « , allons. Antipodes. Métier pas toujours déshonorant bien sûr. Certains se donnent l’illusion d’être libre ! Moi ? Ici, ah oui, un journal totalement libre.
9- Ai rédigé, en deux heures à peine, hier, mon conte pour CKAC, chez Arcand vendredi matin. À la fin, doute, frayeur. Si mon héros, ce Ovila véridique, peint sous des couleurs misérabilistes puisqu’il était si démuni, a des enfants qui écouteront ce triste souvenir de 1940 ? Pourraient-ils protester ? Les risques du métier d’écrire de l’autobiographie. Eh !
Washington hier :  » Danger de mort pour tout pays qui oserait abriter Ben Laden.  » Eh ! En effet quel pays oserait ? J’ai songé : Haïti. Mais oui, pays de désolation, le plus pauvre de note hémisphère. Abandonné car il n’y a pas de pétrole là. Laden s’y fait donc accueillir, bombardement du gros voisin, Uncle Sam, traque et découverte du Ben dans un trou noir
Après ? Bienfaisante pluie diluvienne des secours de toutes sortes, orage d’aide, et, enfin, espoir de rétablissement économique en cette contrée de malheur.
10- Connaissez-vous Tit-Gilles ? Qui ? Tit-Gilles Breault ? Il habitait en haut du Parc Lafontaine. L’autre jour, via le reporter Noël de La Presse, son histoire en long et en large. Il a 59 ans maintenant. Il se nomme aussi Joussef Mouamar. Oui, conversion à Mahomet. Son droit, non ?
Un instant : Tit-Gilles est le protégé du ‹notre FBI-CIA‹ SCRS, une police secrète installée ici après que la GRC enquêtée nous fit comprendre qu’elle était pourrie jusqu’à l’os avec ses illégalités anti-indépendantistes des années ‘70 et ‘80.
Protégé Gilles Breault ? Pire que ça. Notre Tit-Gilles du Parc Lafontaine reçoit 7,000 dollars par mois, plus dépenses de voyage, frais de  » représentation « , Le (la ?) SCRS est riche! Le Breault-Mouamar voyagera dans 20 pays ! Oui, 20 ! À nos frais ! Okay ?
Le pieux converti à Allah est entretenu par nous pour quoi faire ? Pour rédiger des menaces ‹et des pas piqués des vers‹ aux infidèles de l’islamisme, nous tous ! Tit-Gilles recommande la mort, partout, dans le métro de Montréal même.
B’en tabarnouche, c’est le boute du boute , non ?
Notre police secrète laisse faire son chouchou ? Oui. Pour tenter d’attirer vers Tit-Gilles les crack-pots ! Car Tit-Gilles B. est une  » balance « , un infiltré, un délateur, un  » stool « , un indic !
Clair cela ? Quoi, que dites-vous ? Que ça ressemble aux provocateurs de la GRC, installés à la CSN (bombe au Manoir Richelieu) , au P.Q. (bombes, faux FLQ, incendies criminelles, vols).
Oui. Tout à fait. Tout à faut écoeurant, ce manège. Comme les flics déguisés en putes. Or, notre Tit-Gilles  » Mouamar-mon-cul  » est un zélé. Il en fait beaucoup trop, le Coran sous le bras, dans écoles, collèges, métro, et à CJMS un temps !  » Preacher  » musulman d’un bord, amateur de fausses bombes de l’autre. On portera plainte ? Perte de temps ! Pas d’arrestation : c’est le chouchou de la police secrète. La S.Q et la police de la CUM enrage. Cela a un nom : incitation à la violence. C’est dans le code, c’est interdit. Mais, Tit-Gilles, lui, est au-dessus de la loi, protégé par le SCRS, qui nous coûte 196 millions de notre argent public, qui compte 2,000 membres ! On croit rêver!
Qui veut interroger Chantal Lapalme, la porte-parole de ce foutoir? Elle répond au reporter :  » pas de commentaires « . Pauvre fille, fait bien gagner sa vie quelque part hein !
C’est pas tout : écoeuré par ce canard de bois qui est un  » appelant  » aux désordres meurtriers, un juge français, menacé de mort par Tit-Gilles s’amène ici pour le questionner. Avec mandat international. Fini les folies de Breault ? Non. La police d’Ottawa va le cacher au  » Motel Universel « , proche du stade olympique ! Rêvons ! Francophobie habituelle des fédérats ?
C’est trop dégoûtant, parlons de Cécile Brosseau de La Presse, qui vient de mourir. Elle aimait vraiment les artistes. Faisait des reportages sur eux sans cesse. Dévouée, avec un brin de complaisance, trop bonne. Je l’aimais. Modeste, efficace si on avait besoin d’un coup de pouce pour une expo, un livre, un film, une pièce de théâtre. Paix à ses cendres !
11- Nouveau vaste décor, rutilant, nouveau riche, parvenu, pour les nouvelles à Radio-Can. Ça  » flashe. hein ?Acier brossé, scintillant, aluminium poli aveuglant, colonnes en faisceaux (fascistes !) métalliques éblouissants : un hall de tour du World Trade Center ? Quelle erreur ! À nos frais, un  » marketing  » de luxe dangereux. La télé publique devrait donner le signal d’être  » au service  » des citoyens cochons de payeurs de taxes, offrir le signal de la modestie et de l’efficacité. Les patrons auraient dû exiger des designers un nouvel abri illustrant et la solidité, ‹pas le  » magasin de bebelles des fêtes « ‹ et l’aspect tout dévoué aux citoyens.
Quelle manque de flair ! D’intelligence de son rôle ! Quelle connerie ce chiard intimidant, impérialiste, dominateur. Il fallait, dès l’ouverture filmé, revampée elle aussi, non pas montrer un cité gothique lumineuse prise en plongée, mais non, au contraire, mettre la caméra au niveau du citoyen. De la rue. Donner la note  » identificatrice  » : nous voulons vous aider à tout apprendre, à tout comprendre sur tout. Être  » avec  » lui, le spectateur. Pas au-dessus ! Quels cornichons les dirigeants actuels en information. Ce n’est pas un quizz à tirage millionnaire, les nouvelles, ni un music-hall. Tout de même. Imbéciles !
12- Surprise, message de Trois-Pistoles. Pour mon projet d’un petit manifeste commun sur  » Ne serait-il pas temps, en 2002, d’assumer l’action de nos felquistes en toute maturité et gratitude « , je venais de lui signifier ‹bon conseil d’Aile‹ de remettre cela à plus tard, vu le 11 septembre à New-York. Oui, surprise :  » non, non, Claude, c’est justement le bon moment  » m’expédie V.-L. B. Ajoutant,  » je te reviens après le fêtes  » Il est plongé dans ses textes pour son projet de nouveau feuilleton. Qui a raison : Aile ou mon jeune camarade Vic ?. Me voilà tout ébranlé.
Oh, je lis : Henriette Major, auteure pour la jeunesse, fréquentée jadis, passerait ses hivers dans le sud de la France. Un de mes rêves. Je vais tenter de la rejoindre. Où ça ? Pas trop frette, pas de ce mistral ! Où ? Où ? Fermer tout, le journal ? non, j’écrirais de là-bas. Trop vieux pour ces trois mois de frette noère.
On recommande (Homel de La Presse) la nouvelle biographie de l’illustre James Joyce. Me souviens n’avoir pu terminer  » Gens de Dublin  » ou quoi de lui encore ! Même chose pour le célèbre Marcel Proust. Trop touffu, illisible pour moi. On est du côté de Céline ( » Voyage au bout de la nuit « ,  » Mort à crédit  » ) ou du côté des touffus ! Je sais pas ! Je n’ai pas honte de mes choix, je suis pas snob.
Ai vu  » Renoir  » à ARTV. Mon projet offert et avorté à ce canal ARTV. Mon Édouard Manet, mon Krieghoff : refusés. Pour ce  » Renoir « , oui, pas d’animateur à l’écran, comme l’exige la  » boss  » chez ARTV, juste une voix hors champ, un narrateur avec une voix, hum vous savez, celle des annonces de télé pour  » Canadian Tires « , rauque, appuyée, de gorge, bien convaincante, t’sé, que je hais.
L’information ‹bonne‹était du même degré que pour mes deux essais refusés. Je m’étais dit : On écoutera, ici,  » quelqu’un que l’on connaît bien « , raconter la vie d’un peintre. Un Italien connu fera bien cet ouvrage chez lui , ou un Allemand en Allemagne mais non, c’est  » non merci.  » Je m’en console un peu mal j’ai le journal, une chance ! J’adore cela, vous savez. Ai-je des lecteurs ? Oh ça, je vais attendre, à la mi-janvier ?, le rapport mensuel de mon gendre là-dessus !
Gilles Groulx, ( » Où êtes-vous donc bande de câlisses ? « ) cinéaste mort trop jeune, va être fêté à la cinémathèque. L’ai connu, étudiant la céramique (un an) avec moi à l’École du Meuble. Timide, discret, si doux, blond, les yeux pâles, la voix feutrée, souriant sans cesse Je n’avais pas deviné du tout qu’un jour, quittant les argiles à modeler comme moi, il se ferait cinéaste, quand moi je devenais saltimbanque sur La Roulotte puis scénographe. La vie !
 » Ohé, les baladins amenez-moi pas je suis pas prêt !  »